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Corée : Un édit royal contre la religion catholique (1839)

CORÉE Un édit royal contre la religion catholique (1839)
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    CORÉE


    Un édit royal contre la religion catholique (1839)

    Mgr Imbert avait été exécuté le 21 septembre 1839 avec les PP. Maubant et Chastan ; de nombreux chrétiens indigènes avaient été mis à mort en même temps, soit à la capitale, soit dans les provinces. Lopinion publique sémut de ces exécutions multipliées. Aussi le gouvernement coréen jugea-t-il opportun, pour expliquer sa conduite, de lancer un nouvel édit, répétition de celui de 1801. Cette proclamation royale fut répandue dans tout le royaume, en caractères chinois et coréens, afin que le peuple entier, hommes et femmes, savants et ignorants, pût la lire sans difficulté. La rédaction en avait été confiée à Tjyo Syou-sam-i, homme de la classe du peuple, mais renommé pour sa science, précepteur et ami du premier ministre Tjyo In-yeng-i, et comme lui ennemi juré de la religion de Jésus-Christ.

    Le Bulletin est heureux doffrir à ses lecteurs la traduction de cet intéressant document encore inédit et prie le docte et vénéré traducteur de vouloir bien agréer lexpression de sa respectueuse reconnaissance.

    (N. D. L. R.).



    ÉDIT ROYAL
    pour réfuter la superstition,
    adressé à tout le peuple, petits et grands,
    de la capitale et de la province.

    Le Roi 1 parle à peu près en ces termes : Oh, ho ! Dans le Juste Milieu 2 il est dit : La loi du Ciel sappelle nature. Dans les anciennes Annales, il est dit : Lauguste Souverain du ciel a donné aux hommes dici-bas les facultés intellectuelles et morales ; si on leur obéit, la nature devient stable.


    1. Hen-Tjong caractères chinois, né en 1827, a régné de 1834 à 1849.
    2. caractères chinois, un des quatre livres classiques chinois.


    Sagit-il du premier principe et du commencement de ses manifestations, il est dit : le Ciel ; il est dit : lauguste Souverain du ciel ; par le Ciel, on entend exprimer son apparence extérieure ; par lauguste Souverain du ciel, on exprime sa providence. En disant la Loi (ou le Ciel) a donné les facultés intellectuelles et morales, on exprime quil ne sagit point deffets obtenus par efforts réitérés du véritable enseignement ou avertissement. Que le premier principe immatériel se mette en mouvement, les deux principes (caractères chinois, mâle et femelle) savancent en tournant ; que les quatre saisons se mettent en marche, toutes choses naissent et surgissent. Quant à lhomme, dans la nature quil a reçue, il y a quatre vertus, qui sont : lhumanité, la justice, la bienséance, la prudence ; les relations sociales sont au nombre de cinq, savoir : entre le père et le fils, le prince et le sujet, le mari et la femme, le frère aîné et le frère puîné, les amis, toutes relations qui découlent de lessence même des choses et nattendent pour se produire ni dispositions, ni arrangement, ni violence. Aussi est-il dit : Le Ciel fait naître tous les hommes ; dès que les objets existent, les lois existent pareillement ; si on les observe, on obéit au Ciel, si on les enfreint, on se révolte contre, le Ciel. Ainsi donc quiconque veut obéir au Ciel ou servir lAuguste Souverain du Ciel, comment pourrait-il y avoir rien qui soit en dehors des quatre vertus et des cinq relations sociales ? Oh, ho ! Depuis Pok-heui (caractères chinois, Sin-nong caractères chinois, les empereurs Yo caractères chinois et Syoun caractères chinois fondèrent lempire par la succession du Ciel, ce quils reçurent avec vénération et crainte, ce quils continuèrent avec respect, ce quils expliquèrent amplement, ce quils répandirent avec révérence, cest cela et rien autre chose De même, depuis notre Confucius, qui transmit à la postérité les principes des anciens 1 et recueillit leurs lois 2, jusquà cette pléiade de sages de la dynastie des Song caractères chinois : quils expliquent la raison du Ciel ou quils sondent la conscience de lhomme, cest toujours cela et rien autre chose ; quon sen écarte seulement de lépaisseur dun cheveu et aussitôt cest ce quon appelle une doctrine erronée ; à plus forte raison sil sagit dune doctrine étrangère, ténébreuse et malsaine, vaine et fausse, bizarre et trompeuse et de mauvais aloi. La loi immuable des châtiments de notre royaume est de mettre à mort sans miséricorde : cest ce quon appelle châtier pour empêcher quon nait encore à châtier.


    1. Sapplique aux empereurs Yo caractères chinois et Syoun caractères chinois.
    2. Sapplique à Moun-oang caractères chinois et Mou-oang caractères chinois.


    Hélas ! notre pays dOrient est situé dans une région polie et éclairée, il a reçu une civilisation dhumanité et de sagesse, ses murs sont douces, sa doctrine est bonne : de cela il y a longtemps ! Gloire à nos saints ancêtres qui, ayant reçu lordre manifeste du Ciel, ont fondé notre royaume ! Ils ont mis en lumière les relations sociales pour régler les choses humaines, ont promu létude de la sagesse pour perfectionner les murs du royaume. Leurs vertueux fils, leurs admirables descendants ne se sont point départis de la vigilance ; ils ont su largement répondre aux vues du Ciel : un heureux destin sest trouvé immuablement assuré, des pléiades de lettrés et de sages sont apparues, du haut en bas de la société, depuis le Ministre dEtat et le grand dignitaire jusquau villageois et au simple particulier, dans chaque famille on sassimile les exemples des pays de Tjyou et de Sa 1 dans chaque maison on récite les écrits des pays de Rak et de Min 2 ; les hommes prennent pour base de leur vie la fidélité et la piété filiale, les femmes mettent en très haute estime la chasteté et lintégrité ; limposition de la coiffure, le mariage, les funérailles, les sacrifices, il est de règle que tout se fasse conformément aux rites ; lettré, laboureur, commerçant, chacun suit les règles de sa profession et jusquà ce jour cest en saidant mutuellement quils ont vécu et cest sur eux que la patrie sest appuyée.

    A plus forte raison en fut-il ainsi sous notre grand Roi Tjyeng-tjyong 3, lequel reçut libéralement du Ciel la sagesse pour continuer la série des cent souverains ; aussi splendeur de lintelligence, perfection des formes, il possède tout dans un ensemble brillant. Malheureusement cet affreux malfaiteur de Seung-houn 4 parut, qui se procura et introduisit des livres dEurope dont le titre est La doctrine du Maître du Ciel. Ce ne sont point là les préceptes des rois nos ancêtres, et néanmoins ils sen servaient en secret pour se tromper et se séduire les uns les autres ; ce nest point là la véritable doctrine des sages, et pourtant ils sy jetaient avec une fascination trompeuse, se précipitant ainsi dans un état de sauvages et danimaux.


    1. Patrie de Confucius.
    2. Patrie des philosophes Tjyeng-tja et Tjyou-tja.
    3. jE caractères chinois. Règne de 1776 à 1800.
    4. Ni seung-houn-i Pierre, baptisé à Pékin en 1784 et premier introducteur de la religion catholique en Corée.


    Cest alors que Tjyeng-tjyong, redoutant quavec le temps lincendie ne fît que saggraver, châtia les meneurs et fit grâce au reste, voulant espérer que le désir de la vie serait comme un chemin ouvert à leur rénovation ; bienfait sans pareil, clémence incomparable, eussent-ils été stupides comme les pourceaux et les poissons, inhumains comme le hibou 1 ou le tigre 2, ils auraient dû en être touchés et le comprendre ; mais leur propre nature était gâtée, ils nont point su se corriger de leurs vieilles habitudes, et ainsi on est arrivé, pour châtier ces pervers, aux causes criminelles de 1801 dune si grande sévérité. 3 Ceux dentre eux qui avaient une certaine valeur se sont entichés de la nouveauté et ont donné lexemple ; les ignorants et les simples se sont épris de ces faussetés et ils ont suivi, si bien que ceux qui, par position, étaient Ministres dEtat se sont fait chefs de repaires secrets, les maisons mêmes où lon se transmettait les Poésies et les Rites ont été infestées.

    Moun-mo 4 se coupe les cheveux pour se déguiser et ose venir jusquà la capitale, Sa-yeng 5 écrit une lettre sur de la soie dans le but dappeler des bateaux par mer. Cest alors que leurs tentatives perverses, leurs desseins de rébellion deviennent tout à fait pressants. En vérité, sans notre grand roi Syoun-tjo 6 et notre grande reine douairière Tjyeng-syoun 7, qui, découvrant la perversité de ces démons et faisant éclater la majesté de la hache et du couperet, mirent tout au grand jour et tranchèrent au vif, du royaume en tant que royaume, de lhomme en tant quhomme, nul ne peut savoir ce quil fût advenu.

    Hélas ! aujourdhui que, depuis 1801, quarante ans se sont écoulés, les lois prohibitives sont à peu près tombées en désuétude et cette religion perverse na fait que foisonner ; comme des serpents et des yek 8 qui cachent leur ombre, comme livraie qui renaît de sa semence, ces affreux rebelles changent de nom et paraissent ou disparaissent, les perfides interprètes 9 rassemblent des fonds et communiquent avec le dehors ;


    1. Le hibou Hyo, dont le petit dévore la mère.
    2. Le tigre Kyeng, animai dont le petit dévore le père.
    3. 1801 est la date de la première grande persécution en Corée.
    4. Nom du Père Tjyou (Tsiou), chinois, né en 1769, parti de Pékin en février 1794, entré en Corée le 23 décembre 1794, décapité à Sai-nam-hte le 31 mai 1801, à une lieue de Seoul.
    5. Nom de Hoang Alexandre, coréen, né en 1775, décapité le 10 décembre 1801.
    6. Syoun-tjo caractères chinois, né en 1790, règne de 1800 à 1834.
    7. Reine douairière, deuxième femme de Yeng-tjong, grand-père de Syoun.tjo ; née en 1745, mariée en 1759, morte en 1805.
    8. Yek petit animal fabuleux qui peut causer des maladies ou la mort en lançant du sable à ceux qui lapprochent.
    9. Les néophytes qui entretenaient des relations avec lEglise de Pékin appartenaient pour la plupart au Bureau des Interprètes.


    en secret ils ont appelé des Européens et cela jusquà deux et trois fois ; 1 le son de leur voix se fait entendre dans les pays étrangers, pendant quils enserrent intimement leurs comparses ; cest devenu plus fort quen 1801.

    Cest pourquoi nous, jeune enfant, pour nous conformer avec soin aux institutions des souverains nos ancêtres et pour obéir avec respect aux ordres de notre vénérable aïeule 2, nous navons pu nous dispenser dappliquer les châtiments du Ciel ; mais bien que, si fascinés et séduits quon ne puisse les ramener, si noyés et perdus quon ne puisse les sauver, tête contre tête, épaule contre épaule, ils se soient comme jetés deux-mêmes dans de terribles tueries, nous pourtant, qui sommes les père et mère du peuple, comment pourrions-nous, au milieu de tout cela, ne pas ressentir dans notre cur de la pitié et de la compassion pour ces malheureux ?

    Hélas ! Nous avons entendu dire que ne pas instruire le peuple et le châtier, cela sappelle perdre le peuple ; cest pourquoi il nous faut prendre les principes de cette religion perverse, les disséquer article par article et vous faire entendre nos avertissements, à vous, nos collaborateurs, dignitaires de la Cour, et à vous, hommes et femmes de tout le pays, afin que chacun de vous en soit bien instruit. Tous, donc, respectez ceci !


    1. Le Vén. Maubant entra en Corée le 12 janvier 1836 ; le Vén. Chastan, le 13 janvier 1837, et le Vén. Imbert le 18 décembre 1837.
    2. La Régente, reine douairière Kim, femme de Syoun-tjo, grand-mère du Roi Hen-tjong ; née en 1789, mariée en 1802, morte en 1857.


    Oh, ho ! Ceux qui suivent la doctrine du Maître du Ciel disent : Cette doctrine consiste en somme à honorer le Ciel, à vénérer le Ciel. Sans doute, il faut honorer le Ciel, vénérer le Ciel, mais en ce quoi ils disent lhonorer et le vénérer se réduit en définitive à se laver de ses péchés et à demander la grâce, toutes pratiques méprisables qui aboutissent delles-mêmes à manquer de respect au Ciel et à faire injure au Ciel ; tandis que, pour nous, honorer et révérer le Ciel consiste à observer les quatre vertus et les cinq relations sociales dont nous avons parlé plus haut, à approfondir les ordres du Ciel et à obéir aux décrets émanés du Ciel, de manière que la conduite journalière soit conforme à la raison ; et ainsi apparaît bien évidente la différence quil y a entre lerreur et la vérité, sans quil soit nécessaire dy revenir deux fois. De plus, celui quils appellent Jésus, impossible de savoir si cest un homme ou un esprit, sil est réel ou fantastique ; ses disciples disent que, en principe, étant Maître du Ciel (Dieu), il est descendu sur terre, est mort, puis est ressuscité pour devenir Maître du Ciel caractères chinois (Dieu), le suprême Père et Mère de lunivers et de la vie des hommes. Or le Ciel caractères chinois est sans voix, sans odeur (immatériel) ; lhomme a un corps, une enveloppe (matérielle) ; impossible absolument aux deux de se confondre, et maintenant ils disent que le Ciel est descendu pour se faire homme, que lhomme est monté et quil est devenu le Ciel : y a-t-il en cela lapparence seulement dun principe pouvant faire illusion, quils en viennent à de telles faussetés ? Réfléchissez-y vous-mêmes, depuis lantiquité jusquaujourdhui pareille chose sest-elle jamais vue ?

    Oh, ho ! Sans un père, comment naîtrait-on ? Sans une mère, comment serait-on nourri ? A qui veut les reconnaître, de tels bienfaits sont comme lauguste Ciel qui est sans limites et, depuis que lhomme est au monde, cest là le grand principe qui ne peut être détruit. Et pourtant, ceux-ci disent : Ceux qui mont mis au monde sont les père et mère de mon corps ; quant au Maître du Ciel, cest le père et mère de mon âme ; le respect filial, lamour, la révérence, lobéissance vont à celui-ci et point à ceux-là. Ainsi ils rompent avec leurs père et mère. En vérité, avec les sentiments de la chair et du sang, est il possible quon en vienne là ?

    Le rite des sacrifices est le moyen de se ressouvenir de ceux des âges lointains et dêtre reconnaissant envers les auteurs de nos jours : cest le besoin du fils pieux qui ne peut se résoudre à considérer ses parents comme morts ; ce sont là et volontés des esprits et sentiments innés à lhomme, tous principes immuables. Et ceux-ci pourtant détruisent leurs tablettes, ils abandonnent les sacrifices en disant que les morts nen peuvent avoir connaissance. Sil en est ainsi, ce quils appellent leur âme, sur quoi sappuie-t-elle ? à quoi adhère-t-elle ? Du commencement à la fin ce sont des affirmations déraisonnables qui nont pas le sens commun. Le tigre est un animal féroce, et pourtant il a les sentiments de père à fils ; la loutre est une petite créature, et pourtant elle a la notion de loffrande des sacrifices ; et eux, qui cependant ont la tête ronde et la pointe des pieds carrée, ils ne valent même pas les tigres et les loutres. Est-il possible quil existe dans lhomme une perversité si excessive ?

    Oh, ho ! La relation de prince à sujet est telle quau ciel comme en terre on ne peut sy soustraire ; et ceux-ci se donnent les titres de Pape, dEvêque, et non point seulement comme seraient des chefs de hordes de barbares ou des chefs de bande de voleurs, mais ce quils veulent, cest ravir lautorité des gouvernements et faire que ladministration ne se puisse plus exercer et que les ordres ne soient plus exécutés : source de calamités, principe de désordres. Où a-t-on jamais vu rien de pire ?

    Hélas ! dès lors quil y a le principe femelle et le principe mâle, il doit y avoir mari et femme, cest là une loi immuable ; or ceux-ci ne prennent pas de mari, ne prennent pas de femme, sous le vain prétexte de garder la virginité ; quant à ceux de la basse classe, hommes et femmes vivent confusément, souillant et bouleversant les bonnes murs : par le fait des derniers, les relations sociales sont troublées. Dailleurs, puisquils en sont venus à ne connaître plus ni père, ni mère, est-il nécessaire de parler de ce quil en est deux comme maris et femmes ?

    Quant à la sainte Mère, au Père spirituel, au Baptême, à la Confirmation et autres choses et noms de cette espèce, plus on va et plus cest jonglerie ; en somme, ce sont des renards et des démons, des sorcières et des magiciens, qui, par leurs applications deau et leurs incantations, trompent le monde. Pour peu quon ait dexpérience et dinstruction, est-il vraiment possible quon conserve un doute et se laisse séduire ? Ce quils disent du Paradis et de lEnfer pourrait plus facilement, sans doute, tromper les ignorants et les simples ; mais encore cela nest rien que la doctrine vieillie et pourrie de Bouddha ; les anciens lont discutée sans en rien laisser subsister, et il ny a pas lieu de sattarder à la réfuter de nouveau ; mais encore ces choses, qui les a jamais vues ? qui les a rapportées ? Toutes se résument en un mot : ce sont des mensonges. Ceux-ci pourtant ont reçu leur part des dons du Ciel, ils font aussi partie de lespèce humaine, et néanmoins ils enfreignent et rejettent les cinq devoirs sociaux, ils détruisent et rompent les trois règles de la vie, pour chercher après la mort le bonheur sur un terrain trouble et confus, obscur et ténébreux. Nest-ce point là le comble de lillusion ?

    La voie pour trouver le bonheur, en vérité elle existe ; dans le livre des Poésies, il est dit : Efforcez-vous constamment dadhérer à la volonté du Ciel, et vous vous attirerez de nombreuses félicités. Et encore : Notre aimable et joyeux prince cherche le bonheur sans se détourner. Adhérer à la volonté du Ciel, cest adhérer à la droite raison ; ne pas se détourner, cest ne pas se tourner vers des actions mauvaises pour y chercher le bonheur. Si lon agit ainsi, le bonheur vient de lui-même ; si lon nagit pas ainsi, on veut le bonheur et au contraire on récolte le malheur.

    Nous avons entendu dire que Jésus est mort dune mort ignominieuse et souverainement atroce, par où lon peut constater si sa doctrine conduit au bonheur ou au malheur. Mais bien loin que, voyant cela, ils se tiennent sur leurs gardes, les supplices et la mort sont pour eux un paradis ; les glaives, les scies, les cangues, les entraves, si violents quils soient, ils ne savent pas les craindre ; pareils à des gens ivres, pareils à des fous, impossible de les ramener et de les réveiller ; ce ne sont pas des ignorants, ce sont des insensés : cest vraiment lamentable !

    Hélas ! Si leur religion était brillante et lumineuse, droite et grande, pourquoi la prêcher et lenseigner dans lobscurité de la nuit, dans des maisons cachées ? Pourquoi se rassembler dans les profondeurs des montagnes, dans la solitude des vallées ? Gens en rupture de famille ou descendants de criminels, ayant échoué dans leurs desseins et maudissant leur patrie, gens de bas étage et souverainement ignorants, qui veulent extorquer des richesses ou enseigner la débauche, ils sappellent entre eux chrétiens 1 et ils se donnent des noms pervers2, cachant tête et queue pour arriver à former un parti ; pourquoi cela ? Par ces menées, il appert combien ils sont souverainement pervers et fourbes et, en définitive, leurs desseins ne valent pas mieux que ceux des rassemblements de Bonnets jaunes caractères chinois ou de Nénuphars blancs caractères chinois.

    Est-ce donc que ceux-ci ne sont point nés, nont pas grandi dans ce pays ? Est-ce quils ne mangent pas, ne respirent pas dans ce pays ? Or les usages de ce pays consistent uniquement à développer et à parfaire les quatre vertus, à semer et à cultiver les cinq relations sociales ; ce que laïeul et le père se sont transmis sans interruption, ce sur quoi le maître et le disciple sappuient lun et lautre, consiste totalement en cela. Pour quelle raison délaisser la voie ouverte à tous, voie plane de ce pays pour sengouer des dires trompeurs dune race étrangère, éloignée de nous de plusieurs milliers de lieues et se jeter ainsi dans le filet et le précipice ?


    1. caractères chinois, chrétiens, amis de religion.
    2. Il sagit ici des noms de baptême.
    3. Noms de sociétés secrètes chinoises.


    Hélas ! Ceux dentre eux qui étaient invétérés et plus profondément submergés, ceux que les recherches et les enquêtes ont finalement découverts, ont déjà subi le châtiment de leur crime ; mais pour ceux que lon na pu découvrir encore, on ne peut savoir à quel point ils restent liés, ni jusquoù ils se propagent. Les morts, sans doute, ne méritent pas compassion, mais pour les vivants, il leur faut changer du tout au tout ; eux tous aussi sont nos enfants, pourrions-nous souffrir de les voir senfoncer comme un seul homme dans lillusion, sans penser au moyen de les réveiller de leur erreur et de les diriger vers la vérité ? Voici que nous vous ouvrons le fond de notre cur : ce ne sont point là nos paroles à nous, mais plutôt cest la loi éternelle du Ciel, ce sont les grands principes de lhumanité, ce sont les enseignements de tous les sages de lantiquité. O vous tous, dignitaires et peuples, respectez-les, respectez-les ! Que le père exhorte son fils, que le frère aîné exhorte son puîné : ceux dentre eux qui sont tombés dans lerreur, il faut penser à les éclairer et à les diriger ; ceux qui ny sont pas tombés encore, il faut penser à les avertir et à les détourner ; et si, éclairés et dirigés, avertis et détournés, finalement ils ne veulent pas obéir, il faut penser à les exterminer et à les châtier, afin que lon nose plus supporter encore cette maudite engeance. Et alors ne sera-ce pas admirable, ne sera-ce pas admirable ?

    Mencius a dit : Si la règle de vie est droite, alors le peuple sélève et, le peuple sélevant, il ny a plus ni erreur, ni corruption. Et maintenant ce quil y a à faire, cest uniquement de mettre ses soins à perfectionner ses actions pour faire fleurir la piété filiale, le respect aux aînés, le dévouement aux princes, la fidélité aux amis ; de cultiver les livres traditionnels pour sexercer aux Poésies, aux Annales, au livre des Mutations, aux Rites ; de se garder de contrevenir par un excès de liberté aux règles des anciens sages ; de se garder, en sappuyant sur de menus détails, de faire injure aux enseignements des savants antérieurs, de manière à ce que nos lettrés et nos dignitaires ensemble émanent en toute pureté de la loi spontanée de la vertu et des principes du ciel ; alors notre doctrine sera maintenue sans quon pense à la maintenir et la doctrine étrangère sera réfutée sans quon pense à la réfuter. Ceux-ci dès lors, saisis démulation, se mettront deux-mêmes en mouvement ; pénétrés de crainte, ils se repentiront. Comment ny a-t-il pas lieu de penser quils en viennent à quitter le mal pour revenir au bien ?

    Hélas ! Nest-il pas dit dans les Annales : Si le peuple est en faute, la responsabilité en incombe à moi seul ? Maintenant les excès audacieux de cette religion perverse viennent uniquement de ma faute et de ce que, dans ma faiblesse et mon ignorance, je nai pas su diriger mon peuple ; si, me retournant vers moi, je maccuse moi-même, je me sens pénétré de douleur. Quand je pense que, de tout ce qui vous touche, le froid et le chaud, la faim et labondance, rien néchappe à notre sollicitude inquiète du jour et de la nuit ; pour ce qui intéresse votre vie même, pour le maintien des relations sociales, quand il sagit de définir la limite de ce qui fera de vous soit des hommes, soit des animaux, comment pourrions-nous ne pas répéter les enseignements, renouveler les avis et vous exhorter dans la douleur de notre cur ?

    19e année de To-koang caractères chinois, 18e jour de la 10e lune (24 novembre 1839).

    Pour traduction conforme.
    G. MUTEL
    1923/532-541
    532-541
    Mutel
    Corée du Sud
    1923
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