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Corée : Le Keum-Kang-San

Corée Le Keum-Kang-San (caractères chinois) Avant-propos. La Corée nest plus le Royaume-Ermite révélé au monde par nos anciens, les Bienheureux Imbert, Maubant, Chastan etc.. Aujourdhui, par toutes les voix de la publicité, elle invite les touristes de lunivers entier à venir contempler la merveille des merveilles quelle renferme dans son sein, son Keum-Kang-San, ses Montagnes de Diamant.
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    Corée
    Le Keum-Kang-San (caractères chinois)
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    Avant-propos.

    La Corée nest plus le Royaume-Ermite révélé au monde par nos anciens, les Bienheureux Imbert, Maubant, Chastan etc.. Aujourdhui, par toutes les voix de la publicité, elle invite les touristes de lunivers entier à venir contempler la merveille des merveilles quelle renferme dans son sein, son Keum-Kang-San, ses Montagnes de Diamant.

    Pour empêcher ces beautés naturelles dêtre souillées par les managers dattractions diverses, il est question de faire de cette région un parc national. Un officiel chargé daller sur place étudier ce projet, hier, à son retour, faisait part aux journalistes en ces termes dithyrambiques de ses impressions : Au Japon, un parc national symbolise la beauté type de la nature du pays, mais le Keum-Kang-San peut devenir le plus beau parc naturel non seulement de lOrient, mais du monde entier.

    Laccès de ces sites grandioses est maintenant facile ; de Séoul, en moins dune journée, chemin de fer et auto conduisent les touristes à pied duvre.

    Il y a une quinzaine dannées, cétait moins commode, mais ce nest pas la difficulté des communications qui pouvait arrêter le sportif quétait le P. Chargebuf. Notre regretté confrère partit donc un jour, sac au dos, à lescalade de ces fameux pics. Il en revint enthousiasmé. Les échos des montagnes ont dû redire longtemps les : Adieux au Mont-Mont-Dore, que de sa voix un peu nasillarde, mais combien prenante, (estimée beaucoup par le P. Delpech), le cher Père chantait si bien :

    Adieu monts orgueilleux, rochers, cimes altières,
    Pics déchirés et nus, vierges des pas humains.

    Le P. Chizallet, Supérieur du Petit Séminaire de Séoul, profitant de ses vacances, est allé, vers la fin du mois de juillet dernier, excursionner dans ce pays merveilleux. A son retour, sur notre demande, il a bien voulu écrire ses impressions. Les lecteurs du Bulletin, sans aucun doute, le remercieront cordialement.

    P. V.


    Trois jours aux montagnes de Diamant.

    1) Le programme. Vantées en Corée de temps immémorial, depuis longtemps connues et appréciées des Japonais et résidents étrangers, en passe de devenir célèbres même en dehors de la péninsule coréenne, les Montagnes de Diamant (1) méritent cette renommée par la sauvage beauté de leurs sites, par les plaisirs quelles procurent aux fervents de lalpinisme et par la fraîcheur de leur climat qui en fait le séjour rêvé à la période des grosses chaleurs.

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    (1) En coréen : Keum-Kang-San, en japonais : Kongo-san.


    Son accès, pratiqué autrefois presque exclusivement par voie de mer, en partant de Ouen san (Genzan), est devenu extrêmement facile et agréable par voie de terre ; plus rapide que le chemin de Ouen san, cette voie, qui a remplacé les rares caravanes organisées parcimonieusement autrefois, permet dadmirer une ligne électrique, fort pittoresque sur la fin de son parcours, et qui, lan prochain, ira jusquau pied des pics inaccessibles ; actuellement les derniers quinze kilomètres sont parcourus par des automobiles dont les services sont très appréciés.

    Profitant de quelques jours de loisir pendant les vacances, je résolus daller faire un court séjour dans ces montagnes ; mais ne disposant que de peu de temps, il fallait lemployer au mieux. Après avoir soigneusement étudié la carte et recueilli de précieux renseignements auprès des indigènes, je me décidai à faire lascension de deux pics doù jespérais avoir une belle vue densemble, me réservant un jour de demi-repos, par défiance de mes jambes restées sans exercice depuis plus de trois ans.

    2) Une ascension. Dès le lendemain de mon arrivée, je me mis en route vers le Mang-Koun-tai (1372 mètres). Je partis de bonne heure, sous la conduite dun guide quon mavait dit indispensable. Létat du ciel ne tarda guère à me donner de linquiétude, et les paroles de mon guide nétaient pas pour me rassurer : les nuées, accrochées aux plus hauts pics, empêcheraient une bonne visibilité. Mais nayant pas dautre journée à consacrer à lascension de ce pic, je suivis mon programme et continuai mon chemin. Le sentier que nous suivons est très accidenté, toujours dans la gorge où roule un torrent rapide, souvent en cascades, endigué de chaque côté par des rochers montant perpendiculairement parfois à plusieurs centaines de mètres. Ce sentier passe sans cesse dune rive à lautre, cherchant une place au pied des falaises ; parfois il nexiste plus, les inondations récentes layant emporté. Une ou deux fois, jai le plaisir de le retrouver avant mon guide, grâce à la bonne carte dont je me suis muni. La montée se poursuit sans incident ; lorsquil a été impossible de tracer un sentier, pour en tenir lieu, un ou plusieurs troncs darbres entaillés ont été adossés au rocher ; on franchit ces mauvais passages en saidant des pieds et des mains. A la fin du parcours, pour grimper les cinquante derniers mètres dune paroi presque à pic, une chaîne a été scellée au sommet, qui permet dy arriver sans trop de difficultés.

    Après trois heures et demie de montée ininterrompue, je suis arrivé seul au sommet, mon guide indisposé sétant arrêté au bas de la dernière paroi abrupte. Jai trouvé là une grosse déception. Le brouillard était si dense que je ne voyais rien à dix mètres. Espérant quil se dissiperait, je résolus dattendre, en minstallant en un coin, où je ne courais nul risque de chute. Bonne précaution, car le sommeil me gagna et je fus éveillé un quart dheure plus tard par la pluie. Force me fut de descendre rapidement en reprenant mon guide au passage.

    Un peu en dessous du sommet, une misérable cabane dun mètre carré nous abrita tant bien que mal et nous permit de laisser passer laverse. Une figure grimaçante de bouddha y était peinte, au nez de laquelle je massis fort irrévérencieusement. Jai pu constater là une façon bien moderne de témoigner sa dévotion à Bouddha. Certains touristes avaient déposé leur carte de visite à ses pieds. Voilà une forme de culte qui nest ni bien coûteuse ni bien gênante ; je la rencontre pour la première fois, mais, vu sa commodité, son originalité et la vogue dont jouissent ici les cartes de visite, je ne doute pas que ce mode dhonorer les diablotins ne se généralise parmi les fervents du bouddhisme.

    La pluie heureusement ne dura pas ; je mempressai de manger, auprès dune source très fraîche, les modestes provisions apportées, et la descente se poursuivit, assaisonnée des histoires abracadabrantes de mon guide sur la migration des âmes à tel ou tel des pics que nous avions sous les yeux, et coupée de deux nouvelles averses. Malgré léchec ou plutôt la déception éprouvée au sommet, ma journée ne fut pas perdue, car en route jeus maintes fois loccasion dadmirer de très beaux coins, et le chemin, à lui seul, vaut la peine dêtre fait.

    Le lendemain fut employé à visiter quelques bonzeries, à faible distance. Lune dentre elles a perdu plusieurs bâtiments dans lavalanche de pluie qui sest abattue sur les Montagnes de Diamant, il y a une quinzaine de jours ; toutes ces bonzeries possèdent de délicieuses sources deau fraîche et sont dans un site ravissant. Une surtout ma frappé à ce point de vue : la bonzerie de Makayen ; rarement on trouve emplacement aussi large, dans ces montagnes aux vallées toujours enfermées dans des parois de rochers à pic. Ici, entre le rocher et le torrent, sétend un assez vaste espace, garni de beaux sapins et dont les bonzes ont tiré un excellent parti ; ils ont su y faire même un peu de culture. Je nen dirai pas davantage sur ces bonzeries, dautant quil y en a de beaucoup plus remarquables, je crois. En somme, journée nullement fatigante, pendant laquelle jai flâné seul, sans guide, au gré de mon caprice.

    3) Une seconde ascension. Le troisième jour, javais décidé lescalade du plus haut pic, le Pi-ro-pong (1638 mètres). Lexpérience des jours précédents mavait montré que je pouvais parfaitement me passer dun guide. Jen pris un cependant pour maider à franchir les torrents. Je neus quà men féliciter. Des ponts de troncs darbres soigneusement assemblés avaient été établis partout ; ils ont tous été emportés par linondation et ne sont pas encore rétablis. A chaque traversée mon guide mévite lennui de me déchausser en me prenant sur son dos. Cest un gain de temps, car lopération se répète souvent, surtout au début, dans la gorge extrêmement sauvage, appelée Gorge des dix mille cascades.

    A mi-chemin, mon guide, comme celui de lavant-veille, se trouve indisposé et incapable daller au sommet. Comme il sest engagé envers moi, il se trouve lui-même un remplaçant dans la personne dun bonze jeune, vigoureux, avec lequel je suis arrivé au but sans le moindre accroc. Avant datteindre le sommet, lorsque la montée devient plus rude, les parois de rochers entre lesquelles jai voyagé jusque là, sécartent progressivement, découvrant la crête de la montagne que lon voit devant soi bien avant dy arriver et qui paraît être une barrière infranchissable de rochers ; à la voir à une telle hauteur on croit ne jamais pouvoir y parvenir, mais grâce au chemin établi lan dernier par les soins de lAdministration des chemins de fer, lascension nest pas trop pénible ; un peu délicate cependant là où le chemin a été emporté par des éboulements récents ; il faut alors chercher sa route, faire parfois un peu de gymnastique et surtout se montrer très prudent parmi ces pierres et ces rochers branlants quon risque à chaque instant de faire dégringoler sur celui qui vous suit. Dieu merci cette maladresse na échappé ni à mon guide ni à moi.

    En arrivant au sommet, jai lagréable surprise de voir un Coréen moffrir un verre de thé bien chaud que jacceptai et bus avec plaisir. Le jeune homme qui me loffre vit là sous la tente, vendant des curiosités aux rares touristes qui montent jusquà lui : une moyenne de vingt par jour, affirme-t-il. Chaque soir, il redescend chez lui et, le lendemain, en remontant, il doit apporter avec lui sa provision deau. Pour tromper lennui de la solitude, il a un livre dans lequel, comme je redescendais, je lentendis ânonner plutôt que lire. Evidemment, ce nest pas un grand intellectuel, mais cest peut-être un sage.

    En arrivant sur ce sommet, comme sur celui du Mang-Koun.Tai, jai encore le déplaisir de me trouver dans le brouillard. Ce brouillard se déchire pourtant par instants et me permet de voir tout le versant ouest de la chaîne, avec un panorama sétendant à perte de vue. Au loin les monts escaladent les monts et, à mes pieds, les pics de granit se dressent dans toute leur élégance ; on dirait des milliers de clochers gothiques, semés sur ces montagnes par le génie dun architecte qui ne sest jamais répété dans son uvre. Toutefois, je ne suis quà moitié satisfait, car le versant est, le versant de la mer du Japon, doù montent ces malencontreuses nuées, me reste obstinément voilé. Après trois quarts dheure dattente vaine, je me décide à descendre. Comme je suis la pente douce qui se trouve sur la crête, lespace dun kilomètre, je vois tout dun coup un coin de mer ; cest le début de la débâcle des nuages ; en quelques enjambées je regagne le sommet. Là, je suis bien payé de ma peine et compensé de ma déception de lavant-veille. La mer, en réalité à une vingtaine de kilomètres, paraît être à mes pieds, à portée de la main ; jai sous les yeux lensemble de la chaîne, le Keum-Kang intérieur et le Keum.Kang extérieur, je vois le Keum-Kang maritime avec ses flots si curieusement découpés ; la ville de Ka syeng sétale au pied de la montagne, traversée par une belle rivière et à proximité de deux beaux lacs, dont les eaux semblent dun bleu intense, comme celles de lOcéan. Les côtes de Corée apparaissent jusque bien loin, au nord de Ouen san (Genzan), maffirme mon guide. Et partout autour de moi, ces pics rocheux, aux formes variées, parfois si bizarres, surplombent des gorges profondes, magnifiquement boisées. Jai peine à marracher au spectacle, mais il faut bien redescendre.

    Non loin de la cime, en montant, jai goûté leau délicieusement fraîche dune fontaine. Cest là que je marrête pour prendre mon riz froid ; lappétit est bon en montagne, et jai vite fait dachever mon repas. A la descente, rien à noter sinon les innombrables inscriptions que lon rencontre sur les roches, quelquefois des figures sculptées à même, sur la paroi verticale de la roche, figures qui ont dû demander bien du temps et des efforts aux bonzes qui les ont taillées ; leur caractéristique est dêtre colossales : toujours trois à quatre mètres de hauteur pour un bouddha, quil soit assis ou debout.

    La montée mavait demandé quatre heures et demie de marche, trois heures un quart suffirent à la descente ; à cinq heures et demie, jétais de retour à lhôtel, enchanté de ma journée et à peine fatigué. Le lendemain soir je rentrais dans la fournaise de Séoul.

    4) Conclusion. Les Montagnes de Diamant sont un groupe tout à fait extraordinaire dinnombrables pics rocheux, on parle de douze mille, réunis sur un espace assez restreint, (une centaine de kilomètres carrés seulement). Ce paysage est certainement une des plus belles merveilles du monde : ses pics élancés, ses murailles de rochers verticaux sur des hauteurs parfois considérables, ses chemins pittoresques et presque toujours ombragés, ses innombrables cascades, ses bois aux fleurs variées et rares, la fraîcheur quon y trouve, tout contribue à leur beauté et à en rendre le séjour extrêmement agréable.

    Sur le pic le plus élevé, pendant quun peu en dessous de moi le bonze qui mavait guidé causait avec le jeune homme de la montagne, me souvenant que je suis sur le plus haut sommet de Corée, après le Paik-tou-san (frontière nord-est), je nai pu me tenir de tracer un large signe de croix aux quatre coins de lhorizon de cette Corée que javais sous les yeux. Jusquici les bonzes, et par eux le démon, sont les maîtres sur ces montagnes. Que notre Seigneur daigne y régner désormais et sur tout le pays !

    Benedicite montes et colles Domino !

    SA OUEN.

    1930/633-639
    633-639
    Sa Ouen
    Corée du Sud
    1930
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