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Considérations sur lenseignement de la Théologie en mission

Considérations sur lenseignement de la Théologie en pays de mission
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    Considérations sur lenseignement de la Théologie en pays de mission


    Ces Considérations, que nous devons à un professeur de théologie dune de nos Missions, nous semblent mériter lattention des lecteurs du Bulletin, de ceux en particulier qui ont la lourde charge de la formation de notre clergé indigène. Elles donneront lieu, nous lespérons, du moins, à des échanges de vues, à des discussions didées, à des critiques aussi, sans aucun doute, mais qui, les unes comme les autres, serviront justement à la mise au point de ce qui peut encore rester dimprécis dans ce programme nouveau, ou de trop exclusivement local dans son application ; et cest là lunique et ardent désir de lauteur.

    Déjà un vénéré Confrère dune tout autre partie de notre Extrême-Orient, après avoir eu la primeur de ces Considérations, a bien voulu répondre que, pour le fond, il partageait pleinement les idées soumises à son examen.

    Oui, écrit-il, le grand mal est bien lignorance religieuse, même parmi ceux qui pratiquent encore la Religion, et la cause principale est bien notre méthode denseignement. Nous poussons aux pratiques, sans exposer la doctrine dune manière claire, élémentaire, bien raisonnée ; nous supposons toujours la doctrine connue, et nous ne lexpliquons pas assez.

    Donc, si on le peut, il faut changer la manière de prêcher, et dabord la manière détudier la théologie, et donc la manière de lenseigner. Mais ce changement si important, comment le provoquer et le produire ? Cest à chaque Evêque den prendre linitiative dans son diocèse ou vicariat, changeant les manuels détude, sil le faut, et cest le cas dans beaucoup de pays ; puis donnant les directions et ordonnances nécessaires. Pour lEglise entière, les Souverains Pontifes ont fait ce queux seuls pouvaient faire, Léon XIII en rappelant à la philosophie de S. Thomas, et Pie X en traçant des règles précises pour la prédication dans sa Lettre Pascendi Dominici Gregis.

    Quant aux études, elles devraient être combinées de telle sorte que lenseignement du Séminaire fût une préparation toute naturelle et complète à la prédication et à la conduite des fidèles. Si je ne me trompe, telle est bien la pensée de lauteur des Considérations, et le plan exposé dans ce projet renferme à peu près tout ce qui convient et serait nécessaire à sa réalisation. Sur lordre des matières, on pourrait discuter : le meilleur est le plus naturel, cest-à-dire celui qui déduit logiquement la pratique de la doctrine même, de telle sorte que tout y soit et que cependant il ny ait pas de confusion. La chose paraît dabord assez compliquée ; à y regarder de plus près, elle nest pas impossible, ni même très difficile, si on veut, une fois pour toutes, sortir de la méthode reçue jusquà présent.

    Si je ne me suis pas mépris sur le dessein exprimé dans ces notes, je crois quil existe deux livres écrits et composés tout exprès pour répondre au besoin dont nous parlons et réaliser le désir et le plan de lauteur. Ces deux ouvrages sont : dabord, le Catéchisme du Concile de Trente, rédigé par des docteurs et maîtres, dans le but de donner aux prêtres, en un petit volume, la science théologique (selon S. Thomas), sous une forme claire et simple ; enseignement complet et absolument pratique. Les tables placées à la fin du livre sont à elles seules une révélation.1.

    En second lieu, le Plan dinstructions pour le Diocèse de Nevers. La division du livre est celle du catéchisme. En cinq années tout passe dans ces instructions : 1º Dogme, Credo ; 2º Grâce et Sacrements ; 3º Commandements et Morale ; 4º Liturgie, fêtes, cérémonies et tout ce qui sy rapporte ; 5º Explication des Evangiles de chaque dimanche, direction pastorale complète.

    De sorte que dans le même volume il y a toute la substance des choses ; le développement de chaque texte est facile, et, pour prêcher aux fidèles, les prêtres nont quà prendre leur théologie et à la développer un peu.

    Avec cet ouvrage de 450 pages seulement, un bon manuel serait facile et intéressant à composer. Il ne resterait plus quà faire ladaptation de la doctrine aux idées, aux murs, aux besoins particuliers de chaque pays de Mission. Encore une fois, cest le plan de lauteur réalisé, autant que jen puis juger, et ses Considérations serviraient bien dintroduction ou de direction pour le nouvel enseignement. Les voici in extenso.


    1. Tous nos Partants le reçoivent doffice : nous sera-t-il- permis de faire remarquer ici le peu de lisibilité de cette édition en caractères minuscules ; ce qui fait quaprès peu dannées de mission la lecture de cet ouvrage nest plus accessible à trop dyeux fatigués.


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    I. Projet dune modification de méthode ; ses raisons

    1º La création dun clergé indigène fut toujours considérée par le Saint-Siège comme le grand moyen dune évangélisation efficace et durable. Ce fut la fin principale assignée par les Souverains Pontifes à la Société des Missions-Étrangères, instituée, au milieu du XVIIe siècle, uniquement pour la conversion des infidèles. On peut bien dire que cette Société a fait tous ses efforts pour atteindre ce but éminemment apostolique et quelle y a passablement réussi, puisque ses 36 Missions, toutes en Asie, comptent en ce moment (1922) plus de onze cents prêtres indigènes, dont près de 800 dans les 9 Missions de lIndochine française.

    La récente Encyclique Maximum illud a plus que jamais accentué limportance de cette uvre et de cette volonté formelle du Siège Apostolique. Plus récemment encore, Benoît XV lui-même daignait donner à un Evêque de Mission un commentaire non moins clair quauthentique de ses propres instructions : Je veux un clergé indigène nombreux ; mais à condition quil soit bien formé, cest-à-dire instruit et surtout surnaturel.

    2º Il va de soi que cette bonne formation, plus que jamais indispensable, exige avant tout, comme base, un enseignement théologique très soigné, qui munisse le futur prêtre et pasteur de toutes les connaissances nécessaires ou même simplement utiles à son ministère apostolique, mais qui transforme son cur plus encore que son intelligence ; et, par suite, enseignement qui contienne aussi à forte proportion la doctrine intégrale touchant la vie intérieure et surnaturelle.

    3º Ces principes sont admis par tous et sans discussion ; mais on constate bien vite que, en général, la pratique dément la théorie. Cette inconséquence tient à plusieurs causes : toutefois la principale est que lenseignement théologique conçu selon cet idéal saccommode très difficilement, en pays de Mission, avec les manuels composés en Europe. Quelle que soit leur valeur intrinsèque, ces manuels sont tous, pour nous, trop exclusivement didactiques, trop longs et trop savants, sétendant sut des questions peu connues dans ces régions, restant muets sur dautres de grande importance ici, ne faisant que très peu dapplications au saint ministère tel quil se présente en pratique dans nos régions exotiques.1


    1. Pour corroborer ce que dit ici notre confrère, voici ce que nous lisons dans le Bulletin catholique de Pékin, nº de Décembre dernier, au sujet du Conspectus Theologi Dogmatic que vient de publier M. Flament, supérieur du Séminaire de la Mission de Pékin : Les Manuels (dEurope) sont souvent dun poids écrasant pour nos élèves, tels quils sortent des Petits-Séminaires. En fait, ils nont souvent ni les aptitudes intellectuelles, ni même, parfois, la force physique pour pénétrer tant de développements critiques, historiques, etc. qui peuvent être dun grand intérêt dans les milieux européens, mais qui sont inutiles aux Chinois et échappent à leur mentalité. Aussi, tout en condensant (ici) lenseignement, sest-on plutôt efforcé, pour plusieurs points spéciaux, de ladapter au milieu dans lequel se trouvent les séminaristes chinois, dans lespoir dêtre plus à leur portée ; dans lespoir aussi de sauvegarder plusieurs vocations, car il nest pas rare de voir des jeunes gens pleins de piété, de bonne volonté, qui offrent par ailleurs toutes les garanties dune véritable vocation, arrêtés au seuil du sanctuaire, parce quils nont pas compris une science restée au-dessus de leur portée.


    En outre, ces manuels européens ont à peu près tous (pour nous toujours) les défauts suivants :

    a) Le défaut dexposer la Morale séparément du Dogme, ce qui entraîne forcément des omissions, des répétitions, des redites désastreuses, les auteurs ne sentendant pas sur la démarcation à établir ; ainsi, dans sa Théologie purement morale, Lehmkuhl a beaucoup plus de notions purement dogmatiques sur lEucharistie que Tanquerey dans sa pure Dogmatique. Cette confusion se produit surtout quand lauteur du dogme nest pas celui de la morale, ce qui est le plus ordinaire, pour des raisons que chacun devine aisément. Cette division arbitraire et contre nature laisse le dogme sans conclusion et la morale sans fondement, dautant plus que fréquemment la partie dite dogmatique nest enseignée que deux, trois ans après la partie censée morale. Cest alors ou le toit avant le fondement, ou le fondement sans édifice ; larbre sans son fruit, ou le fruit isolé. De là encore, porte ouverte à la morale de gendarme, laquelle ne voit et ne montre dans la loi que procès-verbal et prison. De là enfin, emploi dans lun et lautre manuel, quand ils ne sont pas du même auteur, de termes essentiels différents pour exprimer les mêmes notions, ou au moins des mêmes mots dans un sens parfois opposé, ce qui déroute forcément la logique simpliste de nos jeunes étudiants.

    b) Le défaut de disséquer la doctrine ecclésiastique en de multiples espèces qui paraissent signorer, sinon sexclure : dogmatique, morale, ascétique, mystique, pastorale, canonique, apologétique, scripturaire, casuistique, de controverse, historique ; et encore, fondamentale et spéciale, etc. Chacune de ces catégories est assignée à un manuel indépendant, dont lenseignement exigerait au moins une année détude, laquelle, par suite, ne peut être entreprise que par de très rares spécialistes. Les élèves ne savent comment ajuster en une montre unique tant de pièces disparates et disproportionnées.

    De là résulte aussi limpossibilité matérielle de satisfaire, même pendant six années de séminaire, non seulement aux prescription du Codex Juris, mais encore aux besoins essentiels de nos futurs prêtres et pasteurs.

    Lexcellent Martinet, dun bon sens toujours aussi surnaturel que pratique, ne craint pas de qualifier cette méthode dirrationnelle, et conclut sans hésitation : In docendis sive præceptis, sive dogmatibus, præposteræ methodo eorum qui conantur homines avertere ab errore et malo per utriusque confutationem, anteponenda est methodus naturalis, quæ odium erroris et mali audientibus ingenerat per dilectionem veri et boni ex idonea utriusque expositione conceptam, scilicet normam agendorum nullatenus dividendo a regula credendorum

    c) Le défaut de vivre trop peu de temps, pas toujours autant que le professeur qui les a fait adopter, et naturellement, le plus récent de ces manuels est le plus apprécié. Du reste, est-il un professeur qui les enseigne intégralement, et qui ne leur substitue, au moins en partie, le cours du professeur, ce qui met le comble au désordre.

    4º Tout ceci est dautant plus nuissible, en mission, que les étudiant, quoique généralement bien doués, ne peuvent avancer que lentement, étant, surtout ceux des pays chauds, dune santé délicate, et manquant de cette préparation et de ce soutien, presquinsensibles mais très efficaces, que donnent de bonne heure, en Europe, des lectures variées et la participation quotidienne à une vie intellectuelle intense, tant dans lordre profane que dans lordre religieux.

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    II. Projet de modifications : leur objet

    1º Pour toutes ces raisons et dautres encore, il paraît très désirable, sinon indispensable, de rédiger un Manuel abrégé, contenant in extenso et quoad substantiam, dans un ordre pratique plutôt que logique, toutes les questions de théologie dogmatique, ascétique, morale, pastorale, canonique, etc. que les futurs pasteurs ont besoin de posséder, pour leur sanctification personnelle dès le séminaire et, plus tard, pour celle aussi des âmes dont le salut leur sera confié : manuel dont il suffirait de faciliter létude par des explications courtes et nettes, toujours basées sur le texte, de façon à obtenir une doctrine adaptée aux temps et aux lieux, pratique, vivante et vivifiante, ne demandant plus que les développements que seule fournit à chacun lexpérience du saint ministère.

    2º Entre autres singularités, ce Manuel aurait les suivantes :

    A) Pas de références. Elles seraient trop encombrantes dans un compendium de ce genre... Et volontiers nous dirions delles, comme S. François de Sales : les doctes nen ont pas besoin, et les autres ne sen soucient pas (Introd. à la Vie dévote, Préf.). Exception serait faite pour les textes de lEcriture Sainte, les définitions des Conciles, les prières liturgiques, etc.

    B) Pas de preuve par les SS. Pères. Toujours par souci dabréviation, pour ne pas trop surcharger la pauvre mémoire, ménager la faible santé... Mais, au surplus, outre que ces textes ne font guère que répéter en dautres termes la doctrine à prouver, est-il possible de leur donner, dans un simple compendium, létendue et les autres qualités requises par les théologiens (voir en particulier Hurter lui-même) pour que ces documents aient une valeur vraiment démonstrative ? Enfin quel prédicateur pourrait les citer avec profit à nos néophytes inérudits ? Et, même en Europe ; quel usage en fait-on dans le saint ministère ?

    C) Pas de controverses. Du moins aucune mention toties quoties des schismes ni des hérésies.

    Ici encore on invoquerait, avec un a fortiori accentué, les mêmes excuses que ci-dessus et, en outre, quelques considérations spéciales dont voici les principales :

    a) La réfutation des assertions hétérodoxes se fait tout naturellement par lexposition claire et la solide démonstration de la vérité catholique contraire.

    b) Sans compter que la plupart de ces erreurs, dans leur énoncé primitif, qui, dailleurs, nous est mal connu, sont bien mortes et enterrées, la réfutation ex professo de celles qui paraissent vivantes serait au moins inutile pour la prédication aux fidèles, qui ny comprendraient rien, et les hérétiques certainement ne viendraient pas lentendre. (V. Berardi, IIIe vol. Nº 597).

    Même là où lon doit lutter contre les protestants, on paralysera leur action par le dévouement et la charité bien plus efficacement que par la controverse et la discussion, qui nont jamais converti personne. Il nen va pas autrement, cest un fait dexpérience, pour la conversion des infidèles.

    c) Cétait la conviction et la pratique de S. François de Sales, qui sentendait en conversions : dans ses sermons aux fidèles mêlés aux hérétiques, comme dans ses conférences privées avec des protestants, il se bornait à exposer la doctrine catholique avec cette simplicité lui mineuse qui lui était naturelle, et cette méthode lui réussissait à merveille. Il disait : Celui qui prêche avec charité, prêche toujours assez fort contre lhérésie, alors même que dans ses sermons il ne se trouve pas un seul mot de controverse (Voir, dans sa Vie, sa mission du Chablais).

    Il y a différents degrés dans les régions de lesprit ; la discussion appartient aux degrés inférieurs. En se disputant, on se place toujours homme contre homme ; la raison de lun semble toujours valoir la raison de lautre. En exposant, on place Dieu contre lhomme (L. Veuillot : Vie de J. C., Introd., p. VIII).

    d) Toutefois, pour subvenir à tous les besoins, on donnerait en appendice un résumé suivi des principales erreurs, hérésies et schismes, précédé de quelques observations générales qui le rendraient utile à tous et partout, et quil serait facile de développer plus ou moins suivant les circonstances.

    En outre, on aviserait à ce que dans chaque Mission, ou au moins dans chaque groupe, il y ait des hommes compétents pour réfuter, en temps opportun, soit par brochures largement répandues, soit même dans les feuilles publiques, les doctrines dangereuses. Il est manifeste quaujourdhui le protestantisme archi-rationaliste na plus que des objections simplistes contre les dogmes qui gênent la conscience en voie démancipation vers le luxe et la licence effrénés.

    3º Par contre, comme il a été dit plus haut, on trouverait dans ce compendium : un exposé, soit in extenso, soit sous forme de conclusions, de la doctrine surnaturelle intégrale ; des thèses ascétiques, des applications pastorales ou apologétiques, des réflexions de piété, des prescriptions canoniques, complétées, sanctionnées au besoin par lautorité compétente.

    Voici les principales raisons de cette méthode, qui au premier abord, paraît complexe et bien lourde :

    a) Tout cela doit entrer dans la composition dun manuel doctrin catholic, aussi complet que possible quant à lobjet, quoique bref quant au développement. Et ce système de condensation méthodique éclaire, coordonne, simplifie, abrège, vivifie étonnamment, et seul permet de faire face au programme canonique.

    b) Lexpérience comme la raison et la psychologie prouvent que les matières non enseignées, au moins quoad substantiam, en cours officiel de théologie, demeurent toujours, dans lesprit de lélève, et plus tard du prêtre pasteur, quelque chose de plus où moins surérogatoire et facultatif, affaire de ferveur et de piété. Et, nous le répétons, cette impression première, ce pernicieux préjugé, les meilleures lectures spirituelles, les retraites les plus sérieuses ne le déracineront pas. Il y faut des convictions profondément ancrées, capables dimposer des sacrifices et de gouverner la vie. Or ces convictions pratiques ne sacquièrent que par létude, la réflexion personnelle, la prière, appuyées sur la doctrine et lautorité, démontrant clairement le devoir et le faisant aimer. Si on nen arrive là, quelles déplorables conséquences dans la prédication, la direction, dans toute la vie sacerdotale et chrétienne !

    c) Les élèves sont, en général, incapables de faire par eux-mêmes ces applications pratiques de la doctrine quils étudient. Le professeur, évidemment, pourrait y suppléer ; mais, supposé même quil y pense et le veuille toujours, il est de fait que tout développement ou application purement orale, cest-à-dire nayant pas sa base explicite dans le texte imprimé, ne laisse pas de trace durable. Les notes manuscrites elles-mêmes ne sont pas relues : cest un fait aussi certain que lamentable.

    d) Par contre, dans cet incessant rappel de la théorie à la pratique, dans cette concentration persistante de son attention sur tout ce qui lui est et lui sera nécessaire pour sa propre sanctification et celle de son troupeau, létudiant, futur pasteur, trouverait lestime et lamour de la doctrine sacrée, et même du manuel où il en puise les éléments, avantage immense autant que rare ; doù il arriverait que, lestimant, il lapprendrait par le cur et la volonté plus encore que par lintelligence ; que, layant bien apprise et bien comprise, il voudrait et saurait la bien enseigner, au grand profit des âmes à sauver ; et quainsi ne sévirait jamais parmi nos néophytes ce fléau des fléaux qui désole les pays catholiques : lignorance religieuse, à laquelle on ne peut sempêcher dassigner, comme cause première et principale, une incontestable désaffection et défectuosité dans létude et lenseignement de la science du salut.

    e) Tout, dans cette étude et cet enseignement sacrés, devrait être imprégné de surnaturel, et non pas seulement de ratione theologica, laquelle, trop souvent, demeure simplement rationnelle, pour ne pas dire rationaliste ; non, certes, quon ose contester, car on sait, on croit même positivement ; mais on en demeure à la théorie, et cette foi de lintelligence ninflue point sur le cur et la vie pratique.

    Il nest pas jusquau nom impersonnel de Christus, dont la consonance est par trop exclusivement historique et de fonction, qui ne devrait être remplacé par celui de JESUS CHRISTUS (mel in ore... in corde jubilus), écrit chaque fois en toutes lettres... il faut lavoir expérimenté pour simaginer combien cette simple substitution embaume, éclaire toute la doctrine et impressionne suavement, même le professeur...

    Quil nous soit permis de résumer tout cela en le confirmant de la grande autorité de Martinet :

    Cum experimento constet talem esse pastorem in Ecclesia qualis fuit clericus in schola, scilicet pascentem oves scientia Jesu Christi, aut vanis disputationibus, prout a magistris theologiæ didicerit docere religionem aut de illa disputare, ita ordinandæ sunt lectiones theologiæ Seminarii ut, post studia scholæ, sint presbyteris instar manuelis et breviarii, in quo inveniant semina omnium quæ docturi sunt, eo disposita ordine qui aptior sit ad eruditionem et persuasionem populi. Pessimus enim ipsis incumberet labor si, ad pulpitum sacrum evecti, necesse haberent mox a magistris acceptam methodum dediscere ut novam inquirerent. Maximi ergo momenti est electio methodi.

    III. Applications pratiques

    1º Lidéal de lenseignement catholique serait : un Catéchisme, petit et moyen ; un Cours de Théologie selon la méthode proposée, dûment améliorée ; un Plan suivi de Prédication, à remplir obligatoirement en 4 ou 5 ans : tout cela étant le développement et lapplication lun de lautre. On assure que lEglise va imposer le Catéchisme élémentaire qui serait la base de tout le reste. Fiat !

    2º Plus dun lecteur estimera, sans doute, que, embrassant tant de notions diverses, le résumé projeté dépasserait forcément les proportions raisonnables dun manuel classique. Quon se rassure : une expérience restreinte, mais concluante, a prouvé quon peut facilement tout enseigner en 4 années de 9 mois, comprenant par semaine dix classes dune heure. Au surplus, dans le cas contraire, il suffirait de moins insister sur quelques questions secondaires : les élèves, devenus pasteurs, sauraient au besoin où les retrouver.

    3º Il serait sans inconvénient que chaque Mission eût son manuel spécial, élaboré par les professeurs sous la direction du Vicaire Apostolique ; mais mieux vaudrait que chaque grande région adoptât un cours fondamental commun, dûment rédigé et approuvé ; et, dans ce cas, chaque Vicariat devrait posséder son Propre complémentaire.

    4º Le manuel serait dabord imprimé ad emendationem à peu dexemplaires. Après trois ou quatre révisions et corrections successives, on limprimerait définitivement, ne varietur. Toutefois les hommes compétents, Vicaires Apostoliques et professeurs, se tiendraient au courant des progrès de la science ecclésiastique et, tous les cinq ans, au moins, feraient annexer à chaque volume du Manuel un fascicule contenant les modifications et additions opportunes.

    5º Chacun voit immédiatement les grands avantages de ce texte fixe et uniforme pour les examens sacerdotaux, la prédication, et aussi pour lenseignement lui-même, surtout dans nos Missions, où la pénurie de personnel force souvent à improviser lun ou lautre des professeurs. Avec notre système, ceux-ci nauraient plus quà expliquer la leçon de chaque jour, et non à en préparer, déterminer, coordonner davance le texte incertain, décousu, morcelé, travail délicat et fastidieux, mais indispensable avec un manuel non adapté, où il y a parfois plus à laisser quà prendre.

    6º Les théologiens font avec raison aux Evêques une très grave obligation de prêcher, autant que possible par eux-mêmes, et toujours par des intermédiaires bien préparés. Pour bien sen acquitter, ils choisissent avec soin les pasteurs paroissiaux et, plus encore, leurs directeurs et professeurs de Grand-Séminaire. Mais, alors quils surveillent jusquà un mot de leur catéchisme diocésain, songent-ils à examiner les manuels de théologie et à diriger de près lenseignement de la science sacrée, enseignement doù dépend celui du catéchisme et de la prédication ? Nous demandons pardon doser poser la question, mais nous ne nous permettrions pas de donner la réponse, que dailleurs tant de circonstances rendraient indulgente, même si elle devait être négative.

    Cette double obligation atteint aussi nos vénérés Vicaires Apostoliques, auxquels seuls nous nous adressons ici. Ils ont incontestablement beaucoup moins de choix pour leur personnel enseignant et, par suite, beaucoup plus de raisons de se rassurer. Et cependant nous avons souvent recueilli sur cette question capitale les doléances de lun deux, qui néanmoins se croyait mieux partagé que dautres en fait de professeurs vraiment qualifiés.

    Ces inquiétudes ayant attiré nos réflexions, nous osons soumettre à lexamen et à la critique de nos Supérieurs et de nos confrères le résultat de ces réflexions et de nos essais datant déjà de plusieurs années.

    Mais que Martinet nous prête encore notre dernière excuse : Si sensuimus a communi via non nihil deflectendum, speramus id fecissé non tantum salva reverentia, sed ea rationis evidentia quæ apud æquos lectores nos liberet criminatione novitatis ; adversus autem nimio consuetudinis studio præoccupatos nos defendat hæc D. Augustini sententia : Plane quis dubitet manifestæ veritati debere consuetudinem cedere ?

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    Telles sont, dans leurs grandes lignes, ces Considérations sur lenseignement de la Théologie en pays de Mission, que la confiance dun confrère a bien voulu, après expérience faite dans un de nos Grands Séminaires, mettre à notre disposition pour les soumettre aux lecteurs du Bulletin de la Société. Les Raisons de ce changement de méthode et leurs Applications pratiques pourront sembler, de prime abord, une nouveauté téméraire, sapant par la base le vieil enseignement traditionnel. Mais, quoiquil en soit du plan présenté ici, des critiques qui lui seront opposées et surtout des améliorations quon lui apportera, quon ne se presse pas de crier à la révolution, lorsquil ne sagit que dune évolution, qui est dans lair.

    Voici, en effet, ce que nous lisons sous la plume autorisée, certes, du Cardinal Mercier, dans son beau livre de la Vie intérieure (2 entretien, p. 62) :

    La reconnaissance filiale que nous portons aux maîtres vénérés et aimés de notre génération sacerdotale doit-elle arrêter sur nos lèvres une parole de regret ? Quelle place occupe le dogme dans notre éducation ? La morale était au premier plan de lenseignement et des préoccupations générales. Encore la casuistique y empiétait-elle largement sur lexposé des principes. Les rubriques remplaçaient la liturgie ; une froide énumération dhérésies et de schismes, un entassement de faits fragmentaires masquaient la marche providentielle des événements à travers lhistoire et le développement organique du dogme ; partout un squelette au lieu dun organisme vivant, la lettre tuant lesprit.

    Puis divers enseignements spéculatifs rangés dans des compartiments à part, à grande distance de notre foi vivante, de notre commerce intérieur avec Dieu, comme si la théologie se fût ravalée à alimenter et à diriger notre spiritualité !

    Naturellement, linfluence stérilisante de ces méthodes devait passer dans lenseignement des cours de religion des collèges et des pensionnats, dans les catéchismes de première communion ou de persévérance, même dans les instructions dominicales ; et il se trouve alors, ce sur quoi je me lamente devant vous, que la prédication chrétienne est devenue presque étrangère à cette adoration du Père en esprit et en vérité, que le Christ annonçait à la Samaritaine comme la caractéristique des temps futurs.

    Ajoutons encore une référence qui nous permettra de conclure que la thèse de notre confrère nous semble bien toujours dans ses grandes lignes, en parfait accord avec les directions du Saint-Siège. Par deux circulaires (16 Juillet 1912 et 17 Octobre 1913) la S. Congrégation Consistoriale recommande aux RRmes Ordinaires dItalie dapporter un soin extrême dans le choix des manuels scolaires les plus convenables et de doctrine sûre, et elle précise sa pensée, en un point qui inclut a fortiori les autres sciences sacrées : La S. Congrégation entend que soient exclus des Séminaires les manuels dHistoire ecclésiastique qui négligent ou omettent la partie surnaturelle, qui est lélément vrai, essentiel, indispensable, dans les fastes de lEglise, et sans lequel lEglise elle-même devient incompréhensible. La pure objectivité scientifique, voire dogmatique (si on ose dire), ne suffit donc pas pour la formation ecclésiastique des élèves du sanctuaire. En conséquence, la circulaire rappelle la règle édictée par la S. C. des Evêques et Réguliers, dans le Programme général des études, du 10 Mai 1907, à savoir que le manuel de philosophie et de théologie soit proposé par le Conseil des professeurs et soumis à lapprobation de lEvêque.

    Cest bien ce quose dire plus haut notre évolutionniste confrère.
    _______


    N. B. A la demande de lauteur, cet article a été tiré à part en une petite plaquette, dont un exemplaire est adressé à NN. SS. les Evêques et aux Professeurs de Théologie de chacune de nos Missions, pour leur permettre de létudier de plus près, de lannoter même, et, sils le jugent à propos, de nous transmettre leurs observations.


    1922/118-129
    118-129
    Anonyme
    France
    1922
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