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Consécration Episcopale de Mgr Thiry

Consécration Episcopale de Mgr Thiry, évêque de Fukuoka.
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    Consécration Episcopale de Mgr Thiry,
    évêque de Fukuoka.
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    Le matin du 11 décembre 1927, dans la campagne morne et froide dUrakami, pendant que les cloches lançaient leurs notes vibrantes aux échos des vallées, on vit se dessiner au milieu des rizières, dans les étroits sentiers et sur les grands chemins, de longues files de gens se rendant à léglise. Ils étaient venus de tous les points du diocèse, des îles les plus éloignées de Nagasaki comme des grands centres du nouveau diocèse de Fukuoka. Arrivés la veille, ils navaient pas craint daffronter les intempéries de la nuit, pour assister au sacre de Mgr Thiry.

    Aussi, quand, vers 9 h., précédé du clergé, du Rév. Père Ross, administrateur de la mission de Okayama, de Mgr Roy, préfet apostolique de Kagoshima, de Mgr Alvarez, préfet apostolique du Shikoku, de Mgr Larribeau, coadjuteur de Séoul, entouré de ses deux assistants : Mgr Demange et Mgr Castanier, et suivi de son Excellence Mgr Giardini, délégué apostolique, revêtu de la cappa magna, Mgr Thiry fit son entrée à léglise, ce fut au milieu dune foule évaluée à 11.000 personnes. Pendant que la procession savançait lentement, ayant peine à se frayer un chemin dans lassistance, la jeune fanfare dUrakami se fit entendre, suivie par la Schola qui donna un Ecce Sacerdos et un Hc dies, aux accords puissants.

    La cérémonie se déroula au milieu dune piété et dans un faste qui frappèrent lassemblée. Je nessayerai point de la décrire. Tout le monde connaît les rites qui y président, rites émouvants dans leur simplicité et leur symbolisme, rites qui furent accomplis avec un ensemble et une perfection tout à lhonneur du Père Drouet, maître des cérémonies.

    Son Excellence était le consécrateur, et, quand sa voix harmonieuse et solennelle séleva dans lenceinte pour poser les questions dusage, ce ne fut pas sans une certaine émotion, que lon entendit, dabord, la réponse du premier assistant, Mgr Demange, prononcée fortement, puis celle de lélu lui-même, dont la voix claire tremblait légèrement.

    Le P. Heuzet fit la lecture des Bulles.
    Les chants liturgiques du sacre et de la messe furent exécutés par les maîtrises des 4 paroisses de la ville, les reprises étant chantées par les PP. Bertrand, Martin et F. Bois. Les envolées musicales sélevèrent tantôt puissantes, proclamant la majesté du Très-Haut, tantôt douces et mélodieuses, murmurant sa miséricorde et sa bonté. Lorgue était tenu par le virtuose quest le Père Cimmati, de la Congrégation des Salésiens. Evoquer son nom suffit pour donner une idée des flots dharmonie qui déferlèrent sous les voûtes sacrées.

    Quand le Te Deum retentit, Mgr Thiry, revêtu de tous les ornements pontificaux, la mître en tête et la crosse à la main, savança au milieu de la foule, visiblement ému, guidé par les accents de lhymne victorieux, donnant dune main tremblante ses premières bénédictions.

    Comme le dit par la suite un orateur, à ce moment solennel les Saints Martyrs de Nagasaki durent tressaillir en leurs demeures célestes, et peut-être même descendirent-ils au-devant du Pontife pour lui dire merci, à lui et, en sa personne, à tous ses prédécesseurs : saints évêques et missionnaires de Nagasaki.

    La cérémonie sacheva au milieu dune joie et dune paix profondes. Puis Nos Seigneurs les évêques se retirèrent, au chant de léclatant Laudate Dominum à 2 voix de Perosi.

    A midi dans la grande salle des conférences, ancienne église dUrakami, les invités se réunirent pour les agapes fraternelles. A ces agapes présidèrent une gaîté et une fraternité vraiment apostoliques. A la fin du repas, son Excellence se leva et dans un français très pur porta le toast suivant :

    Monseigneur,

    Je suis très heureux de mêtre trouvé ici aujourdhui et davoir présidé à votre sacre, parce quil ne sagit pas simplement du sacre dun nouvel évêque de lEglise, mais de lévêque dun nouveau diocèse.

    Je vous félicite donc, Monseigneur, pour la confiance dont le Saint-Père vous a honoré, en vous chargeant dun devoir si grave et si important. Je vous souhaite, cependant, davoir toujours à vos côtés laide dévouée et puissante de vos confrères missionnaires. Sous votre sage direction, ils réussiront, dans les nouveaux postes, à donner ces précieux fruits dévangélisation qui ont conduit le diocèse que vous quittez à létat florissant actuel.

    Un mot à vous, mes chers missionnaires, qui assistez aujourdhui à un événement très important, événement qui arrive pour la première fois dans lhistoire de votre Mission au Japon, mais qui concorde aussi avec le but spécial de votre Société.

    Comme le disait très bien un des Révérendissimes Evêques ici présents, votre Société a le but de travailler pour se détruire. Voilà, en effet, quaujourdhui, après tant dannées de travail, vous êtes en train de partir, de tout quitter ici, où vous avez donné votre vie aux autres, de façon quils puissent vivre seuls. Vous vous retirez, pour aller recommencer ailleurs votre travail dune nouvelle naissance.

    Je nai quà vous féliciter vous aussi. Si ce quon vous demande est un grand sacrifice, votre vertu la accepté dès le premier jour de votre vocation missionnaire.
    Un petit mot encore à vous, mon cher clergé japonais, qui, par les soins des missionnaires qui vous quittent, êtes arrivés au point de pouvoir vous soutenir seuls.

    Eh bien ! souvenez-vous toujours de vos bons Pères et gardez toujours dans sa pureté et sa force la précieuse doctrine quils vous ont confiée. Cherchez aussi de tout votre possible à multiplier les fruits dapostolat autour de vous et à rendre plus agréable et facile dans leurs nouveaux postes la charge des missionnaires auxquels vous devrez toujours une reconnaissante dévotion.

    Quand Mgr le Délégué, applaudi de toute lassemblée, eut terminé, Mgr Demange, à son tour, prit la parole. Avec un tact et une éloquence incomparables, il remercia dabord son Excellence du mot si élogieux quelle avait adressé à la Société des M.-E. ; puis, en frère aîné il donna à son cadet dans lépiscopat les conseils quune similitude de situation dabord et lexpérience de quinze années dépiscopat lui avaient suggérés : Vous verrez et vos missionnaires verront beaucoup de travail à faire ; vous aurez la tentation et vos missionnaires la fortifieront de vouloir tout faire dun seul coup. Ny succombez pas, parce quelle vous entraînerait avec elle. Puisque vous avez confiance en Dieu, (faisant allusion à la devise du jeune pasteur), allez et faites le bien au jour le jour.

    Ensuite, on entendit plusieurs autres orateurs.
    Mgr Roy, dans un à-propos éloquent, rappela les liens qui réunissent sa famille canadienne à la nôtre.

    Le P. Raguet, doyen des missionnaires de Nagasaki, fit passer en ses mots lémotion de son cur.

    Le P. Candau, représentant de Mgr Rey, fit admirer sa verve féconde. Le P. Breton, dOmori, délégué des Schtimi, en sa qualité de compatriote de Mgr Thiry, parla gaîment, à la joie générale.

    Le toast en anglais du R. P. Ross fut très applaudi, même par ceux qui ne lavaient pas compris, tellement il y fit passer de sentiment et de conviction.

    Le P. Cimmati, à la parole simple et toute cordiale, parla en italien.
    Le P. Yamaguchi lut un discours écrit en un latin digne dun professeur de séminaire.

    Enfin, Mgr Thiry se leva. Devant tant de merveilles si étonnantes pour lui, il voudrait imiter la Vierge de Nazareth, admirer sans comprendre et se taire ; mais le devoir sacré de la reconnaissance len empêche. Et, ne voyant en tous ces événements que la continuation de laction de la Divine Providence sur lui, il veut dire à tous le merci du cur.

    Il évoque dabord, comme en un panorama trop court, les premiers berceaux de sa vocation : famille, paroisse, collège, séminaire ; puis sadressant à son Excellence :
    La Providence a voulu que cette nouvelle grâce me fut octroyée par le représentant du Saint-Père en ce pays. Ceci me fait presque moins regretter les circonstances qui mont empêché de répondre à une attention, si délicatement exprimée, de notre Vénéré Pontife.

    Excellence, fidèle à votre devise, vous allez vous donnant tout à tous, dans ce cher pays de votre délégation. Vous vous ajoutez à la liste déjà longue des bienfaiteurs dont la Divine Providence a bien voulu se servir à mon égard. En vous remerciant, je voudrais en votre personne, étendre jusquau Souverain Pontife de nos âmes toute notre respectueuse gratitude et lui donner la nouvelle assurance du plus entier dévouement à la cause de lEglise et du salut des âmes et de la plus humble soumission à toutes les décisions pontificales.

    Ensuite, sadressant à ses deux parrains :
    Ce matin, en vous voyant à mes côtés, pleins dattention et dégards, vous me paraissiez comme deux aînés près du cadet, lencourageant, laidant à prendre la croix que la Providence imposait à ses jeunes épaules, et, malgré les craintes du moment, je me sentais sans inquiétude. En vous remerciant, jexprime un souhait, celui de vous voir rester longtemps à mes côtés, malgré la distance qui nous sépare, mencourageant, maidant de vos prières et de vos précieux conseils.

    Après un mot aimable à Mgr Larribeau, en qui et avec qui il salue les contemporains, ainsi quaux Supérieurs des Missions, des Congrégations et des Instituts religieux, il sadresse aux confrères de la Mission et les remercie des 20 années de bons conseils, support, réconfort et prières quil a passées près deux.

    Devant cet avenir nouveau, que Dieu ouvre devant nous, je voudrais, dit-il, que, ensemble nous le remercions de cette Divine Providence qui dispose tout suaviter. Les auteurs spirituels disent quil y a des sacrifices que Dieu ne demande pas à nimporte qui. Je voudrais quensemble nous le remercions de nous avoir jugés dignes du sacrifice de lheure présente.

    Les Saintes Ecritures (les spécialistes en la matière me le pardonneront sil le faut) ne nous demandent que deux choses à faire sans relâche : la prière et laction de grâces. Fidèles à cette invitation, je voudrais que nous allions chaque jour vivant notre préface : Dignum et justum est.... semper et ubique... gratias agere.... remerciant Dieu pour le passé, le présent et lavenir...; que la main dans la main, selon la tradition de NN. SS. Petitjean, Laucaigne, Cousin. Combaz et de nos anciens, nous allions confiants dans le Seigneur et semant le bien sur notre route.

    Il termine par quelques mots en japonais aux membres du clergé japonais.... Et enfin, comme bouquet final, un souvenir au bon et généreux M. labbé Bulteau, compatriote de Mgr, et nous nous levons en souhaitant de tout cur au nouveau Pasteur : Ad multos annos !

    Dans le courant de laprès-midi, Mgr Thiry donna la bénédiction du St Sacrement. Sous la direction du P. Matsuschita, la schola fit entendre de beaux morceaux : Adorate, polyphonie sur le plain-chant, à 4 voix ; Salve Mater cantilène grégorienne, Magnificat, Tantum ergo 4 voix, de Perosi....

    A 6 h. les invités rentrèrent à lévêché pour le souper et une audition musicale. Le P. Cimmatti se surpassa au piano. Lorchestre de la jeunesse catholique, uvre du nouvel évêque, causa une agréable surprise. Les morceaux furent agrémentés dintermèdes, trouvant toujours dans le P. Cimmatti un délicieux accompagnement.

    Le lendemain, il y eut réception à la Mission catholique. Les autorités de la ville et les consuls vinrent présenter leurs félicitations à Mgr Thiry. A nouveau, lorchestre se fit entendre. Le représentant du maire porta le toast traditionnel, auquel Mgr répondit en quelques mots.

    En résumé, la journée du dimanche 11 décembre, pour tous, fut une journée du ciel. Puisse le pontificat du nouvel évêque de Fukuoka, qui sinaugure si bien, se continuer de même ! Cest le désir de ses missionnaires qui lui disent de tout cur : Ad multos et felices annos.

    GEORGES LAGRÈVE,
    Missionnaire de Fukuoka.

    1928/150-155
    150-155
    Lagrève
    Japon
    1928
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