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Commissio synodalis in sinis

Commissio synodalis in sinis Peping le 26 avril 1929 Monsieur le Rédacteur en chef de la Politique de Péking, Les Missionnaires de Chine, tous les étrangers qui ne sont pas aveuglés par l’Anticléricalisme, enfin ceux qui connaissent l’histoire de l’Eglise, ont été vivement peinés par la lecture de l’article intitulé “l’Italianisation de l’Eglise” de Pierre Mille, et relaté dans votre hebdomadaire : “La Politique de Pékin” du 20 avril.
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    Commissio synodalis in sinis
    Peping le 26 avril 1929

    Monsieur le Rédacteur en chef de la Politique de Péking,

    Les Missionnaires de Chine, tous les étrangers qui ne sont pas aveuglés par l’Anticléricalisme, enfin ceux qui connaissent l’histoire de l’Eglise, ont été vivement peinés par la lecture de l’article intitulé “l’Italianisation de l’Eglise” de Pierre Mille, et relaté dans votre hebdomadaire : “La Politique de Pékin” du 20 avril.

    En qualité de missionnaire et comme membre de la Commission Synodale, qui a dans ses attributions la presse, permettez-moi d’adresser une rectification, et de protester contre tout ce qu’il y a de faux dans le titre comme dans le fond de l’article.

    “Italianisation de l’Eglise” : Rien que ce titre est un non-sens et va directement contre la constitution même de l’Eglise Catholique et son histoire, et encore plus directement contre le fait que le “Pape vient de recouvrer son indépendance et la pleine souveraineté temporelle”.

    L’Eglise, depuis sa fondation, est restée catholique ; cette catholicité est en effet une de ses notes distinctives : le jour où l’Eglise deviendrait Italienne, Française ou Américaine etc., ce jour-là elle ne serait plus l’Eglise divinement fondée par le Christ.

    Les affirmations et les craintes manifestées dans cet article sont purement gratuites ; elles se trouvent en contradiction avec les paroles et les actes du même Pontife Pie XI. Voici ce qu’écrivait le Pape, en 1926, aux Evêques de Chine : “Le seul nom même de l’Eglise “Catholique”, c’est-à-dire universelle, indique parfaitement qu’elle s’adresse à toutes les nations, qu’elle ouvre ses bras à tous les peuples et que dans son sein, par la divine volonté du Christ, son fondateur, il n’existe aucune distinction ni de race ni de peuple” . (1)

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    (1) Lettre de Pie XI aux Vicaires Apostoliques de Chine “Ab Ipsis Pontificatus Primordiis”, 15 juin 1926,


    Pie XI ne se contente pas de parler : il agit et consacre six Evêques Chinois et un Evêque Japonais. Voilà des faits.

    Le Pape, en signant l’accord du Latran et en se contentant d’un territoire restreint, mais suffisant pour affirmer sa souveraineté et son indépendance vis-à-vis de n’importe quelle nation, a “voulu prouver jusqu’à l’évidence” que sa souveraineté s’exerçait dans le domaine spirituel. “Mon état est le plus petit des états, a-t-il dit, dais c’est encore le plus grand, puisqu’il touche à l’éternel” . L’Italie, ni plus ni moins que les autres nations, aura sa place dans la famille catholique dont le Pape est le Père.

    Le Pape recevra une somme d’argent considérable. Pierre Mille parle de 2 milliards Peu importe la somme. Le Pape aurait l’intention de l’employer à “des œuvres et des missions italiennes”.Voilà l’épouvantail : Rappelons-nous d’abord que l’Italie ne fait pas un don au Pape, mais paye une dette due en justice, une indemnité, Le Pape reste complètement libre d’employer ces fonds comme il l’entend.

    Chef de l’Eglise universelle, il emploiera ces fonds pour le bien de l’Eglise universelle. Si le Pape des missions favorise de ses largesses les missions, il le fera certainement sans aucune distinction de nationalité. Il a du reste été démenti que ces fonds fussent nécessairement destinés aux missions.

    Je profite de l’occasion pour adresser, au nom des missionnaires de Chine, une protestation contre certaines allusions désobligeantes, concernant les directives pontificales, répandues dans la presse de Chine ; critiquer ou prêter au Souverain Pontife ou à ses représentants des sentiments qu’ils n’ont pas, nous blesse profondément.

    Monsieur Pierre Mille cite la conclusion d’un article de Monsieur Octave Hombert, paru dans la “Dépêche Coloniale” ; les missionnaires sont appelés “les meilleurs agents de notre influence en bien des pays”.

    Je crois pouvoir protester contre cette appellation, même au nom de mes confrères français, dont l’esprit apostolique est bien connu ; c’est à eux que revient le mérite d’avoir préparé plusieurs missions indigènes.

    Tous, nous reconnaissons les services rendus aux missions par la France, et personne n’ignore que les missionnaires, par leur dévouement continuel, en dépit de toutes les difficultés, ont contribué à faire connaître et aimer leur patrie ; mais ils ne sont pour cela les agents d’aucune nation.

    Voici du reste le programme que leur a tracé Pie XI lui-même :

    “Ce ne sont point les chefs de la société civile, c’est Dieu lui-même qui appelle les missionnaires à ce saint ministère. “Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis” ; et c’est de l’Eglise qu’ils reçoivent la charge et le devoir de prêcher l’évangile. Ils ne sont donc pas les hérauts des hommes, mais les hérauts de Dieu, ceux qui continuent religieusement l’œuvre confiée aux apôtres par le Christ” .

    “C’est pourquoi, toujours et en toutes circonstances, l’Eglise s’est opposée à ce que ses ministres et plus spécialement ceux qu’elle avait députés aux saintes Croisades des missions, favorisassent les intérêts de leur patrie terrestre ; elle veut que “cherchant non leur propre intérêt, mais celui de Jésus-Christ”, et portant “le nom de Jésus devant les nations et les rois” ils n’aient d’autre but que la gloire de Dieu et le salut des âmes” (1).

    En 1927, à la suite des incidents de Nanking, les missionnaires du Szechwan furent instamment priés d’évacuer la province.

    Un confrère répondit fièrement : “Nous avons nos anciens qui nous ont laissé une tradition. Ceux qui dorment à Mo-pan-chan, à Fong-Houang-chan ou ailleurs, en ont vu de dures parfois et ils ne sont pas partis pour cela. Notre Mission a une magnifique histoire, héroïque souvent ; s’il nous appartient d’y ajouter encore une page, il nous la faut écrire dans le même “style”.

    __________________________________________________________________________________
    (1) Lettre de Pie XI “Ab Ipsis Pontificatus Primordiis”


    Le “Style” des missions n’a donc pas changé depuis 200, 300 ans : c’est toujours celui des Dufresse, des Perboyre, des Monte Corvino, des Ricci et de tant d’autres. Ceux qui dorment dans nos cimetières de Chala, de Canton, de Chengtu, etc., et ceux dont la dépouille mortelle reste ignorée dans les ravins du Thibet ou les sables de la Mongolie ont souffert et travaillé pour l’Eglise Catholique tout court.

    Deux hommes éminents et deux grands Français ont défini le rôle du Missionnaire Catholique :

    “Le missionnaire catholique, dit Mgr de Guébriant, quelle que soit son origine, et le missionnaire français plus que les autres, à cause du tact qu’il tient de sa race, n’est le pionnier d’aucune nationalité. Il est le pionnier de Dieu. Sauver des âmes et étendre à la terre entière le bienfait de la Rédemption, voilà tout son rêve. Ceux qu’on lui suppose en plus ne sont qu’imagination et calomnie. Le rôle du missionnaire n’est pas de frayer la route aux fondateurs d’empires coloniaux”. Ces paroles, M. Georges Goyau les faisait siennes, dans la leçon d’ouverture de ce cours d’Histoire Missionnaire qu’il professe avec tant d’éclat, depuis janvier 1927, à l’Institut Catholique de Paris, sous les auspices de la Société des “Amis des Missions”, et il fournissait, par des faits et par des textes, la preuve historique de ces affirmations. “Le missionnaire est là pour une action religieuse et non pour une action politique ; il est le fourrier de Dieu, non pas celui d’une puissance européenne” (1).

    Les missionnaires de Chine demandent qu’on respecte le Pape, qu’on ne lui prête pas des sentiments qu’il n’a pas et n’aura jamais ; des faits et la Vérité, voilà ce qui compte. Veritatem facientes in cantate (Ephes. 4-15).
    Croyez, je vous prie, à mes sentiments distingués.

    G. DE JONGHE M. E. P.
    Secrétaire de la Commission Synodale en Chine.

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    (1) Cité par Henri Froidevaux. Asie française.


    1929/325-328
    325-328
    Jonghe
    Chine
    1929
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