Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Comment on fonde un poste chrétien en Birmanie

Comment on fonde un poste chrétien en Birmanie.1 Préparation. Lorsquun missionnaire veut entreprendre la fondation dun nouveau poste, la première chose à faire est naturellement de mettre le bon Dieu de la partie en priant et faisant prier beaucoup : Nisi Dominus dificaverit domum, in vanum laboraverunt qui dificant eam. 1. Lauteur de ces lignes en est à la fondation de son sixième poste en Birmanie Septentrionale : il a donc toute compétence pour traiter le sujet (N. D. L. R).
Add this
    Comment on fonde un poste chrétien en Birmanie.1


    Préparation. Lorsquun missionnaire veut entreprendre la fondation dun nouveau poste, la première chose à faire est naturellement de mettre le bon Dieu de la partie en priant et faisant prier beaucoup : Nisi Dominus dificaverit domum, in vanum laboraverunt qui dificant eam.


    1. Lauteur de ces lignes en est à la fondation de son sixième poste en Birmanie Septentrionale : il a donc toute compétence pour traiter le sujet (N. D. L. R).

    Puis il lui faut chercher, perle précieuse et partant fort rare, un bon chrétien, intelligent, zélé et tout dévoué, comme catéchiste.

    Après quoi, à luvre !

    Grâce aux chrétiens déjà. formés dans les environs, ou aux amis quil aura su se faire parmi les païens, il prendra, soit directement, soit mieux par lintermédiaire de son catéchiste (car pour longtemps cest celui qui devra toujours marcher en avant), tous les renseignements désirables concernant tant la contrée où il espère fixer sa tente que les habitants des environs. Alors le catéchiste, aidé au besoin de quelques amis, parcourra tous les villages et hameaux païens des alentours pour y aire des connaissances et peu à peu des amis.

    Naturellement lidée de la fondation dun nouveau village, pour utiliser de bons terrains fertiles mais incultes, viendra petit à petit dans la conversation. Après plusieurs semaines, peut-être même des mois, quand on se connaîtra mieux de part et dautre, la voie des confidences sentrouvrira réciproquement. Cest alors quhabilement le catéchiste aura à parler du projet du missionnaire, à expliquer sommairement la religion, surtout à répondre à de multiples objections pour faire évanouir toutes sortes de préventions plus absurdes les unes que les autres.

    Il y aura, cest inévitable, bien des tiraillements et, quand on traitera la question religieuse, dune manière insinuante mais très nette, il y aura certainement parmi les auditeurs un grand refroidisse denthousiasme, comme aussi un certain nombre de désertions. Le bon Dieu ne permettra pas cependant que quelques auditeurs au moins ne restent fidèles.

    Alors de concert avec ces futurs disciples, dûment et maintes fois avertis que notre uvre est avant tout et essentiellement religieuse, on fera le choix dune place saine, pas trop à proximité de centres païens, et où lon puisse sûrement, avec du travail, avoir des terrains fertiles et en quantité suffisante pour la future colonie.

    Cest à ce moment que le Père, qui na, pour ainsi dire, point encore vu ses nouveaux disciples, mais les connaît pourtant déjà assez bien, entre en scène.

    Débuts. Il sabouche avec les dix, quinze ou vingt braves gens qui ont plus ou moins donné leur parole ; et il sagira désormais pour lui darriver à gagner leur cur en passant, hélas ! dabord et trop souvent par le ventre, comme nous aurons maintes fois loccasion de le voir. Toutes questions réglées et lentente survenue, on se quitte tous amis, se donnant rendez-vous, pour un jour prochain au lieu choisi pour la fondation nouvelle.

    Cependant le missionnaire a fait auprès du Gouvernement les démarches nécessaires pour cette installation nouvelle, et, au jour dit, un peu inquiets de part et dautre par rapport au résultat de lentreprise, tous se rendent au lieu qui a été choisi dans la forêt. On installe à la hâte quelques huttes en branchages pour la nuit, et bientôt commence le défrichement de la place du nouveau village.

    Rien de pittoresque et même dintéressant comme ce campement au milieu des bois, avec la visite inopinée, la nuit plus encore que le jour, de mille hôtes de la forêt. Cependant, si dormir sous la feuillée est chose poétique, après un certain temps le charme diminue, malgré ou peut-être à cause de la société : scorpions, cancrelats, fourmis de toute sorte et autres insectes, tant petits que gros. A la fin, une des plus grandes jouissances de cette vie bohémienne, je puis laffirmer, consiste dans le bain matinal pris au torrent voisin, en vue de chasser mille démangeaisons, imaginaires ou trop réelles.

    Au bout de quelques jours la place se trouve à peu près nettoyée et chacun se bâtit, le Père comme les autres, une petite maison plus ou moins temporaire, en attendant de pouvoir faire mieux. Suit alors, sous la surveillance surtout du catéchiste, le défrichage des parties les plus faciles de la forêt pour préparer une première et précoce moisson.

    Car on nest pas riche, et le peu de riz apporté en venant est épuisé depuis longtemps. Chacun, il est vrai, sest bien ingénié, selon ses talents, à tirer de la forêt cette forêt qui fournit tout, les objets les plus variés, auxquels on fait les honneurs de la marmite. Cependant bien souvent déjà le Père a dû y aller de sa poignée de riz à droite ou à gauche. Que voulez-vous ? Ce sont ses enfants, nest-ce pas ? Trop heureux encore sil pouvait espérer en être quitte à si bon compte.

    Mais pour cultiver il faut des instruments, des bufs, de la semence, et aussi un peu de quoi se mettre sous la dent en attendant la récolte. Pour les instruments, cest facile ; la forêt les fournit. Mais le reste ? Eh bien ! oui, cest là la grosse difficulté : il faut que le missionnaire singénie à le procurer en tout ou en partie, et il devra patienter pour la restitution jusquà une, deux, voire même plusieurs récoltes. Car aujourdhui, comme déjà du temps de Notre-Seigneur, ce sont les pauvres qui viennent à nous, pauperes evangelizantur ; et ces pauvres gens, transplantés loin de leurs amis et connaissances, napportent trop souvent pour toute fortune que leur bonne volonté.

    Développement. Cependant, si tout marche à peu près, les premiers venus se sont apprivoisés et maintenant se sentent heureux. Encouragées par lexemple, de nouvelles recrues samènent peu à peu. Cest alors que, sentant sous ses pieds une base plus stable, on peut et même on doit, en connaissance de cause, séparer livraie du bon grain.

    Pendant ce temps on a continué à marcher de lavant : tout le monde sest mis à étudier les prières et le catéchisme. Peu à peu, grâce aux prières en commun, matin et soir, à la chapelle, la vie chrétienne commence à poindre.

    Courage, patience surtout, comme aussi beaucoup daffection, et, après deux, trois ou quatre années defforts, vous arriverez à mener au baptême votre petite congrégation bien instruite, mise à lépreuve et dans les meilleures dispositions.

    Ce nest point à dire que, pendant tout ce temps, le missionnaire naura pu sabsenter, séloigner un peu, même commencer un nouvel essai dans les environs ; mais quil noublie jamais que les jeunes enfants ont longtemps besoin de leur mère. Aussi que ses absences ne soient pas trop prolongées, ou mieux que ses jours de présence soient multipliés le plus possible. Après le premier âge, il y a la croissance, et, tant au point de vue matériel que sous le rapport religieux, son influence est nécessaire. De néophytes, en effet, il sagit maintenant de faire de bons chrétiens, vivant vraiment de la vie chrétienne, surnaturelle et eucharistique : cette uvre, le prêtre seul peut la mener à bien, et cest très long.

    Il y a, dailleurs, mille petits détails qui loccuperont ; car, pour ces convertis, entièrement séparés du paganisme, le missionnaire est tout : père, juge, médecin, maître décole, administrateur de toutes choses au village, planteur dun genre très spécial, comme aussi, dun autre côté, bien souvent il lui faut être architecte, entrepreneur, maçon même, etc. Cest lui quon vient chercher à la naissance et qui plus tard devra ensevelir les morts. Entre temps il doit être vraiment tout à tous et en tout. Pendant que lenfant lui demande une caresse, le jeune homme déversera dans son cur ses secrets, ses espérances et ses peines, lhomme mûr lui demandera des conseils, et jusquau vieillard, qui ne manquera pas de venir lui raconter ses chagrins.

    Couronnement. Cependant au bout de plusieurs années, si le bon Dieu a daigné bénir ses efforts, le missionnaire en vieillissant a la consolation de voir un poste chrétien de plus, désormais stable, et où règne vraiment une vie chrétienne éclairée, intense.

    Pourtant une chose manque encore. La paillote, qui jusquici a servi de chapelle, est vraiment trop misérable ; dailleurs elle tombe en ruine. Sa grande ambition serait maintenait délever, au milieu de ces enfants du bon Dieu, une maison pour leur Père un peu moins indigne de sa divine Majesté. Heureux si quelques âmes généreuses lui fournissent les moyens dédifier une petite chapelle, qui fera bonne figure à côté des nombreuses pagodes païennes et dont la croix, rayonnant au sommet de son humble clocher, criera à tous les passants : Venite ad me omnes.

    .Luvre est achevée. Le missionnaire, avec quelques cheveux de moins sur la tête ou quelques poils blancs de plus, laisse la place à un autre, chargé de surveiller à la ronde un assez grand nombre de postes déjà formés. Pour lui, égrenant un peu de son cur de ci de là, il sen va recommencer ailleurs.

    E. PELLETIER,
    Miss. de Birmanie Sept.

    1923/235-239
    235-239
    Pelletier
    Birmanie
    1923
    Aucune image