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Clergé indigène

Clergé indigène La question du Clergé indigène est à lordre du jour. LEncyclique Rerum Ecclesi, la Lettre-circulaire de Mgr le Supérieur de la Société lont mise au point et en ont montré limportance vitale, décisive pour lavenir des Missions. On ne saurait donc y trop insister et cest pourquoi nous empruntons au Bulletin Salésien (N0 485, Mai 1926) larticle suivant, dont lauteur souligne de façon spéciale la pensée du Souverain Pontife sur le Clergé indigène. (N.D. L. R.)
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    Clergé indigène
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    La question du Clergé indigène est à lordre du jour. LEncyclique Rerum Ecclesi, la Lettre-circulaire de Mgr le Supérieur de la Société lont mise au point et en ont montré limportance vitale, décisive pour lavenir des Missions. On ne saurait donc y trop insister et cest pourquoi nous empruntons au Bulletin Salésien (N0 485, Mai 1926) larticle suivant, dont lauteur souligne de façon spéciale la pensée du Souverain Pontife sur le Clergé indigène.

    (N.D. L. R.)

    Nous essaierons de préciser ce que Rome entend par Clergé indigène, quelles raisons urgentes poussent lEglise à sa formation, quels obstacles cette création trouve devant elle.

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    Par clergé indigène, Rome nentend pas, mais pas du tout, une armée auxiliaire de prêtres et de religieux recrutée dans les nations fraîchement évangélisées, et qui serait chargée du gros travail de lévangélisation, dune besogne moins reluisante de défrichement, après quoi le semeur, lorganisateur et le moissonneur venus dEurope ou dAmérique passeraient, récolteraient et engrangeraient ! Non, non ! la pensée de Rome est limpide : De ce que le Pontife Romain, dit Pie XI aux Vicaires Apostoliques, vous a confié, à vous et à vos collaborateurs, la charge apostolique de prêcher la vérité chrétienne aux nations païennes, il ne faut pas conclure que les prêtres indigènes nont dautre raison dêtre que dassister les missionnaires dans les fonctions de moindre importance et de compléter en quelque sorte leur action.

    Cet ordre du Pape ne vise rien moins quà réaliser, sur les terres infidèles, ce qui est le but dernier de lévangélisation, la fondation des Eglises, et des Eglises qui sorganisent sétendent, et sadministrent elles-mêmes. Lapostolat, sil a pour terme la conversion des âmes, ne cherche à latteindre que par la création des Eglise nationales. Cest bien ainsi quont agi les Apôtres. Quand ils convertirent les nations et y fondèrent les communautés chrétiennes, ils ne firent pas appel, pour les conserver et les achever, à un clergé importé de Palestine : ils constituèrent un clergé autochtone.

    A maintes reprises, le St-Siège a déploré la timidité avec laquelle certains missionnaires se décidaient à entrer dans cette voie qui est celle de la tradition et du bon sens. Benoît XV surtout a fait cette remarque cinglante : Comment ne pas éprouver un sentiment de tristesse, quand on voit certains peuples chez qui la lumière de lEvangile brille depuis des siècles, qui de la barbarie se sont élevés à un degré de civilisation leur permettant de posséder des hommes de valeur dans toutes les carrières libérales et qui... nont pas, encore dévêques capables de les régir ?1

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    1. Encyclique Maximum illud.


    Après le grand Pape Pie XI, après cet admirable missionnaire quest Mgr de Guébriant, redisons donc que le premier souci du missionnaire accouru des pays de foi, doit être de fonder des églises, des églises complètes, brebis et pasteurs. Or le missionnaire na pas réalisé cette admirable création, tant quil na pas donné à ses convertis des pasteurs, des pasteurs tirés deux-mêmes pour les garder, les instruire, les paître.

    Et ceci nest pas seulement, comme nous venons de le dire, une question de bon sens, de tradition et dordre ; cest aussi une question de vie. Ou lon constituera des Eglises pleinement indigènes, ou lévangélisation sera frappée de stérilité : elle vivotera, elle ne se dilatera pas.

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    Ce que le Pape, en effet, commence à affirmer au nom des principes, il laffirme plus vigoureusement encore au nom des faits. Et tous les missionnaires avertis et désintéressés, cherchant le royaume de Dieu, pensent comme le Vicaire du Christ.

    Cest un fait, hélas ! Trop connu que la raréfaction des vocations sacerdotales et religieuses. Nous navons plus assez de prêtres. Un seul curé est, dans certains diocèses de France, préposé à trois ou quatre paroisses. Un million dhabitants à Paris, écrivait récemment François Veuillot, échappe totalement à laction du prêtre. Crise tragique, qui a probablement atteint son maximum dacuité, mais dont lâme française souffrira longtemps encore ! Les causes en sont connues. Comme on na plus denfants, on nen donne pas au Seigneur ; comme on a été élevé, à lécole laïque, dans lamour exclusif des biens de la terre, on ne va pas se dévouer à un au-delà que lon nie pratiquement ; comme la vague de plaisir déferle toujours, on na garde dembrasser un état qui est à base dabnégation et de sacrifice. Ajoutez à ces trois causes les entraves que la politique met à la fondation et au développement des noviciats religieux, et vous ne trouverez pas étrange que ce soit larmée des missionnaires qui paie les frais de cette crise.

    Et en Europe même, que de tâches nouvelles soffrent à lactivité du prêtre, en plus des soins à donner au peuple fidèle, de la conversion des pécheurs, de la conquête des incroyants ! Tout un monde dhérétiques et de schismatiques, désemparé, cherche à qui saccrocher pour ne pas sombrer dans la Libre-Pensée : la High Church anglaise va causer à Malines avec le Cardinal Mercier, comme dans une antichambre ; lécroulement du Saint-Synode russe et les malheurs du patriarcat de Constantinople jettent lorthodoxie grecque dans le désarroi : ce serait lheure de Dieu. Mais il faut des ouvriers, nombreux et spécialisés, pour tenter cette récolte peut-être mûre. Autant de bras dérobés aux Missions. Pie XI résume admirablement cette raison dans ces lignes : LEurope, doù partent la plupart des missionnaires, manque aujourdhui de prêtres, et elle en manque dautant plus que plus pressante devient, avec laide de Dieu, la nécessité de rendre nos frères dissidents à lunité de lEglise et darracher les non-catholiques à leurs erreurs. Et nul nignore que, si Dieu nappelle pas moins de jeunes gens que jadis à la vie sacerdotale ou religieuse, le nombre est cependant bien moins grand de ceux qui obéissent au mouvement du souffle divin.

    De cette double constatation il se dégage, en toute évidence, une conclusion : il faut, pour suppléer à cette pénurie de missionnaires européens, grossir les rangs, et la valeur, et linfluence du clergé indigène.

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    Dautant plus que, sur ces terres infidèles elles-mêmes, la tâche, année par année, saccroît dans des proportions effrayantes. Laissons ici la parole à Mgr de Guébriant, dont lautorité, appuyée sur 40 années de missions, est irrécusable. Dailleurs sa pensée raisonne en chiffres, et rien nest brutal comme des comptes bien aglinés.

    Il faut que vous le sachiez : le progrès de lévangélisation du monde est arrivé à un moment critique de son histoire.

    Les Missionnaires que vous envoyez si généreusement travailler à la conversion des peuples païens ne peuvent plus poursuivre leur marche conquérante, si vous ne leur donnez les moyens de recruter autour deux, au sein même des familles converties, des auxiliaires qui les aident dans leur tâche déjà écrasante et qui demain va devenir impossible à soutenir.

    I1 faut désormais, de toute nécessité, quils puissent organiser autour deux un clergé indigène, et pour cela fonder des petits et des grands séminaires.

    Il le faut, dis-je, et il le faut à tout prix : cest une question de vie ou de mort pour nos missions !

    Calculez en effet. La Chine, à elle seule, fournit à lEglise, bon an mal an, 100.000 nouveaux enfants. Est-il excessif dadmettre que tout lensemble des Missions en fournit 400.000 ? Pour 400.000 chrétiens, tous pratiquants, est-il exagéré de réclamer 400 prêtres ? Evidemment non, cest même un minimum. Sil faut 400 prêtres de plus chaque année, outre les missionnaires dont il faut maintenir leffectif, il en faudra 800 dès la seconde année, et 2.000 la cinquième. Où trouver un pareil clergé, qui, dans 25 ans, devra se chiffrer par 10.000 ? Cest déjà beaucoup demander à lEurope et à lAmérique de maintenir, tel quil est, le nombre des missionnaires. Leur réclamer par milliers des prêtres supplémentaires ne saurait être que chimérique.

    Il faut choisir : ou cesser de convertir les païens, ou trouver sur place parmi les nouveaux convertis les éléments du clergé qui, en assurant les résultats acquis, permettra aux missionnaires de continuer leur marche en avant....

    On ne saurait parler un langage plus clair et plus net. La disproportion entre le nombre des néophytes et celui des prêtres va toujours sexagérant. Morale : faisons appel au clergé indigène.

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    Ce clergé sera dautant plus nécessaire que, comme lobserve le Souverain Pontife, un événement politique peut surgir qui, du jour au lendemain, priverait ces chrétientés lointaines de leurs chefs religieux, si ces chefs religieux étaient exclusivement recrutés en Europe ou en Amérique. Le cas sest vu pour la guerre de 1914, rappelant sous les drapeaux de leurs pays respectifs quantité de missionnaires ou rapatriant de force, des colonies européennes, les missionnaires de la nation ennemie de la métropole. Le cas sest renouvelé au lendemain du traité de Versailles dont une clause exigeait le transfert dune nation à une autre de certaines missions catholiques. Demain ce sera un simple incident, exploité par une passion politique et sa presse, qui jettera la suspicion sur un groupe de missionnaires européens et peut-être décrétera leur expulsion.

    Et puis il ny a pas quen Europe que les nationalismes sont exacerbés. Ouvrons les yeux et constatons les faits. Une vague de xénophobie passe dans le monde jaune, essayant de balayer tout ce qui parle et pense européen. Jusquici sa violence a été contenue à peu près : qui peut affirmer quelle le sera toujours ? Au fond nous allons fatalement à un conflit de races : quand il éclatera, qui assurera la continuité de lEglise ? Seul le clergé indigène, dont linfluence, si elle est puissante, travaillera en plus à endiguer la catastrophe.

    Ce nest pas le seul méfait que certain nationalisme aveuglé ou ignorant cause à la foi chrétienne. Parmi ces peuples de lExtrême. Orient aux religions millénaires, cest une tendance courante didentifier la religion importée avec le drapeau de celui qui limporte, et lon croit devenir mauvais patriote si on adopte ce culte venu dEurope. Erreur néfaste, qui frappe de stérilité luvre de lapôtre. Mais aurait-elle la vie aussi dure si, depuis le temps que le premier missionnaire est arrivé sur ces terres, on avait constitué, avec des éléments locaux, léglise chrétienne dans sa plénitude ? Les faits auraient alors parlé deux-mêmes et prouvé à ces braves gens quon peut abandonner la religion de ses aïeux sans pour cela abdiquer sa nationalité.

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    Nous savons bien comment le missionnaire européen a cru pouvoir résoudre pratiquement ce grave problème. Suivant le conseil de saint Paul il sest fait tout à tous, Chinois avec les Chinois, Kabyle avec les Kabyles, Fuégien avec les Fuégiens, Malgache avec les Malgaches. Il a tenté de perdre volontairement tout ce qui, de façon ou dautre, couleur de la peau mise à part, pouvait le distinguer des hommes du pays. Mais il na jamais pu réussir pleinement, cela se conçoit. Surtout il na pas pu pousser lidentification jusquà prendre lâme de ces pays-là. Quel missionnaire européen peut se flatter de comprendre, comme un homme de son pays, lindigène quil évangélise ? Non. Lâme de ces races nous échappe, il faut en convenir. Nous entendons encore un salésien belge nous dire, après douze ans de séjour au Congo : La vraie pensée du nègre nous est inconnue. On croit lavoir saisie, et ce nest pas cela : ils sont déconcertants. Seuls des gens de leur tribu, de leur race, peuvent savoir de quels éléments est composé le cur innombrable de leurs compatriotes ; et seuls, par conséquent, ils peuvent, avec plein succès, les approcher, les atteindre, les manipuler, les convertir. Cest Benoît XV qui observait avec tant de justesse : Le prêtre indigène, ayant la même origine, la même mentalité, les mêmes sentiments et les mêmes goûts que ses compatriotes, a une merveilleuse puissance pour insinuer la foi dans leur esprit. Bien mieux que personne autre il connaît les méthodes de persuasion. Et souvent il a un accès facile dans les maisons où le prêtre étranger ne pourrait mettre les pieds 1 . Et Pie XI, le polyglotte, ajoute à la réflexion de son prédécesseur cette remarque si vraie : Que dire aussi de ce que les missionnaires étrangers, à cause de leur connaissance rudimentaire de la langue, ne peuvent parfois exprimer clairement leur pensée, de sorte que la prédication y perd beaucoup de sa force et de son efficacité ?

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    1. Encyclique Maximum illud.


    Du point de vue de la compénétration intime de lâme de linfidèle par lapôtre, il importe donc, on le voit, que le clergé indigène se multiplie, jusquà remplacer un jour mais oui, le clergé venu dEurope, qui alors, selon le désir de Pie XI pourra savancer plus facilement vers de nouvelles régions païennes à gagner au Christ.

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    Les objections, on les connaît, et Rome sest donné la peine de les formuler presque toutes avec précision et de les réfuter.

    Ce clergé indigène, a-t-on dit, sera obtus dintelligence, comme la race doù il provient, et sa culture religieuse demeurera toujours fort chétive.

    Ce raisonnement traduit un préjugé lamentable. Pourquoi ces races seraient-elles en soi inférieures intellectuellement aux nôtres ? A priori on ne le saisit pas. A posteriori on constate que ces intelligences, pliées aux disciplines de lesprit, font aussi belle figure que quiconque. Cest le Saint-Père lui-même qui affirme quau Collège de la Propagande, à Rome, les élèves indigènes égalent les autres étudiants par la vivacité de leur intelligence et le succès de leurs études.

    La vérité psychologique est que ces races nont eu pendant des siècles pour pâture de lesprit que laliment fourni par les sens et limagination. Au contact de ces seuls objets leur intelligence sest racornie, matérialisée, assoupie. Mais sortez de leur torpeur millénaire ces facultés, et vous demeurerez surpris de la rapidité avec laquelle, en une génération ou deux tout au plus, ils vous rattrapent.

    Actuellement ces malheureux ressemblent étrangement à ceux de nos ancêtres lointains qui, perdus dans les forêts druidiques, déversaient leur culte au pied de grossières idoles. Et pourtant cest de cette humanité primitive que sont éclos, avec le temps, nos admirables clergés modernes.

    Mais ce clergé indigène, insiste-t-on, demeurera bien au-dessous du niveau moral de nos missionnaires. Atteindra-t-il même à ce minimum de vertu sacerdotale requis par sa fonction ? Tout particulièrement ne croyez-vous pas que ces honneurs et cette situation de pasteur ne gonflent son âme dun orgueil ingénu ?

    Si lon attend de ce premier clergé indigène les vertus et la hauteur morale de nos meilleurs clergés dOccident, on raisonne avec autant de sens que lorsquon demande à ces esprits, sortis dhier de leur torpeur intellectuelle, de disserter avec une précision impeccable sur les rapports des trois Personnes de la Trinité Sainte, Natura non facit saltus : la nature ne procède pas par bonds, dit le vieil adage latin. Ce nest que petit à petit, avec le temps et la patience, que, dans son ensemble, nous verrons ce clergé sélever à ces hautes vertus qui honorent nos clergés dOccident.

    Mais cette initiative va coûter terriblement cher. Elle exige louverture, léquipement et lentretien de petits et de grands séminaires : cela absorbera des sommes folles.

    Qui le nie ? Mais, sil est un cas où la parole évangélique : Cherchez le royaume de Dieu, et le reste vous arrivera par surcroît, est susceptible de se réaliser pleinement, cest bien celui-ci. Le royaume de Dieu, cest avant tout la création de ces jeunes églises indigènes qui assureront le salut des âmes autour delles. Or, sans séminaires, petits et grands, ce royaume de Dieu menace non seulement de se voir réduit à de chétives proportions, mais même de disparaître. Voilà donc où doivent se déverser dabord les générosités des fidèles, et nul doute que, sous le souffle de lEsprit-Saint, elles naillent croissant avec cette nouvelle campagne dévangélisation. Dailleurs, le meilleur moyen dattirer sur soi, les siens, ses affaires, les bénédictions de Dieu, cest daider aux Missions. Quand je vais toucher le fond de ma caisse, disait un directeur de maison salésienne, jenvoie 200 francs aux Missions, et elle se remplit de nouveau.

    Faisons confiance, comme le dit Pie XI, au très aimant Rédempteur des hommes, dont la Providence fera que la générosité de lunivers catholique croîtra pour vous aider plus largement à lexécution de ces salutaires projets.
    Ce sera long, bien long, ce travail.

    Evidemment. Il demande non seulement des générations, mais des siècles. Raison de plus pour commencer de suite, et ne pas attendre trop longtemps pour jeter les toutous à leau, comme disait le Vén. Don Bosco. Si lon veut que les premiers chefs indigènes des missions aient atteint le degré de développement intellectuel et moral de leurs pères dans la foi, lentreprise naboutira jamais. Il faut faire confiance à ces jeunes chrétientés, et cette confiance, non seulement les touchera, mais accroîtra dans leurs chefs, avec le sens des responsabilités, le désir de sen montrer dignes. Cest le cas où jamais de répéter le vers du fabuliste :
    Il sy prit dabord mal, puis un peu mieux, puis bien.

    Les premiers évêques des Gaules nétaient pas tous des S. Irénée et des S. Hilaire, ni des S. Remy et des S. Martin. Une élite émergeait ; mais les autres devaient avoir, nous limaginons, beaucoup à conquérir sur le terrain de la doctrine et sur celui de la sainteté. Au Moyen-Age, cétait déjà bien mieux. Et enfin au XVIIe siècle, dans la seconde moitié de cet âge brillant, après que le Concile de Trente dun côté, les Messieurs de S.-Sulpice et de S.-Lazare de lautre, eurent fondé les grands-séminaires, ce fut parfait. Mais il en avait coulé de leau sous les ponts de la Seine avant quon eût atteint ce point de maturité religieuse !

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    On raconte, dans la vie dun grand Français, Jacques Cartier, un trait magnifique, digne des sentiments religieux de Christophe Colomb. Il assistait à un service funèbre dans la cathédrale de S.-Malo, son pays natal. Les strophes du Dies irae se succédaient sur leur rythme dolent. Tout à coup une plainte, à laquelle jusque là il navait pas pris garde, lui perça le cur comme une flèche : Tantus labor non sit cassus!
    Quun si grand effort celui de la Rédemption, ne demeure pas vain !

    Jacques Cartier fut soudain pris aux entrailles à la pensée de linutilité de la Rédemption pour un si grand nombre dinfidèles, et il comprit le devoir qui simpose à tous les disciples du Christ de se faire les collaborateurs de son apostolat. Quelques mois après il plantait la Croix du Sauveur sur les rives du S.-Laurent.

    Vingt siècles ont passé depuis le drame du Calvaire et, comme le soulignait ironiquement Jules Lemaître, un peu plus du sixième de notre petit astre est guidé par le symbole de Nicée et le Concile de Trente, par la vérité.

    Alors, comme disait Mgr de Guébriant, la question qui se pose est brutale : Voulons-nous cesser de convertir les païens et nous en tenir aux quelques millions de néophytes déjà arrachés au paganisme ?
    Si oui, nen parlons plus.
    Si non, aidons de toutes nos forces les uvres, les congrégations, les sociétés qui travaillent, sous toutes les latitudes, à créer et multiplier le clergé indigène, condition sine qua non de lextension du règne de Dieu en terre infidèle.

    1926/464-473
    464-473
    Anonyme
    France
    1926
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