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Chronique des Missions et des Etablissements communs 11

Chronique des Missions et des Etablissements communs. Tôkyô 5 octobre.
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    Chronique
    des Missions et des Etablissements communs.
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    Tôkyô

    5 octobre.

    Le 1er octobre, la ville de Tôkyô sest agrandie, englobant 84 villes et villages de sa périphérie, ce qui porte sa population du chiffre de 2.070.529 à celui de 5.408.262 habitants. Dans les 35 arrondissements qui forment la nouvelle division administrative de la capitale, lEglise Catholique compte actuellement 12 paroisses, avec 8.000 fidèles. Le dernier recensement de la mission entière, arrêté au 1er juillet 1932 (la mission comprend 10 départements), accusait 13.023 catholiques. Le nombre total des baptêmes administrés du 1er juillet 1931 au 1er juillet 1932 sélevait au chiffre de 1.769, dont 905 dadultes (y compris 488 in art. mortis).

    Avec la maison franciscaine récemment installée à la frontière sud-ouest du plus grand Tôkyô, à Denen-Chofu, près de la rivière Tamagawa, souvre une nouvelle paroisse.

    Les PP. Franciscains, venus du Canada, et qui dirigent déjà au sud du Japon la mission de Kagoshima et Oshima, après un séjour provisoire, dabord à larchevêché de Sekiguchi en décembre 1929, puis à Denen-Chofu à partir de mars 1930, à Ochiai à partir davril 1931, ont enfin jeté leur dévolu sur une colline boisée des bords du Tamagawa, qui offre un endroit propice pour le recueillement de la vie conventuelle, en même temps que sa proximité des agglomérations urbaines, qui se développent aux environs, est de nature à faciliter les uvres dapostolat auxquelles les PP. Franciscains se destinent.

    En attendant lérection du Couvent proprement dit et de léglise paroissiale future, ils ont bâti la maison duvres, comprenant cellules, salles et chapelle provisoires, dont ils ont pris possession le 6 septembre dernier, S. E. le Délégué Apostolique a béni la maison et célébré la messe le 4 octobre, jour de la fête de Saint François dAssise. Le petit groupe de chrétiens des environs qui formera le noyau de la nouvelle paroisse, ainsi que plusieurs missionnaires et représentants des maisons religieuses et écoles catholiques, et plusieurs chrétiens de Tôkyô, Omori et Yokohama étaient venus prendre part à la cérémonie qui commença à 10 heures.

    La pluie empêcha les visiteurs daller dans le bois de la propriété convier les oiseaux à se réjouir et chanter avec eux les louanges de Dieu. Mais dans lintérieur de la maison, on pria avec ferveur pour la prospérité de la nouvelle fondation franciscaine, tant à la messe quà la bénédiction du St-Sacrement, qui fut donnée par Mgr lArchevêque de Tôkyô, et suivie dune allocution où S. E. parla des missions franciscaines au Japon dil y a 300 ans, des uvres reprises au nord et au sud du pays par les fils de St François, de leur dévoûment, de leur zèle, de lesprit qui les anime, et engagea les chrétiens à sinspirer de ce même esprit, qui ne manquera pas dexercer une heureuse influence sur leur vie spirituelle et de susciter aussi des affiliations à lOrdre Séraphique.

    Aux agapes fraternelles qui avaient eu lieu à midi, le R. Père Callixte, Supérieur religieux de la maison, comme de la mission de Kagoshima, avait remercié gracieusement les invités : et à leur tour Leurs Excellences, Mgr le Délégué Apostolique et Mgr lArchevêque de Tôkyô, ainsi que quelques convives, avaient pris la parole pour exprimer les vux quils formaient pour le succès de la nouvelle fondation.

    Le matin de ce même jour, Mgr lArchevêque avait célébré à 6 heures une messe chantée chez les Surs Missionnaires Franciscaines de Marie, qui dirigent lhôpital Ste-Marie à Shimo-Ochiai ; et à 8 heures, après avoir donné la Bénédiction du St-Sacrement, avait présidé à linauguration du Noviciat des Surs, qui a été transféré de létablissement de Biwasaki (mission de Fukuoka) au nouvel établissement de Tôkyô. Il sy trouve actuellement trois novices et deux postulantes japonaises.

    La retraite annuelle des missionnaires de Tôkyô sest ouverte le soir du dimanche 25 septembre et sest clôturée le soir du 30. Elle a été prêchée par le R. Père de Küenburg, S. J., Recteur de lUniversité Sophia à Tôkyô. Tous les missionnaires et les prêtres japonais, qui comprennent à peu près tous le français, ont pu apprécier le zèle avec lequel le R. P. Prédicateur sest acquitté de sa tâche, en écoutant avec intérêt les sermons substantiels et illustrés dexemples contemporains qui leur étaient adressés deux fois par jour, et en sappliquant aux méditations que le R. Père avait pris la peine de polycopier à lusage des retraitants.

    S. E. le Délégué Apostolique a pris part avec les missionnaires à tous les exercices de la retraite.

    Durant cette retraite, le mercredi 28 septembre, les missionnaires et prêtres japonais, les représentants des communautés religieuses, et un groupe important de fidèles ont assisté au service solennel qui a été célébré pour le repos de lâme de Son Eminence le Cardinal Van Rossum. Préfet de la S. C. de la Propagande. La messe était dite par Mgr lArchevêque, S. E. le Délégué Apostolique assistant au chur. Dans la lettre de faire-part du décès du cardinal Van Rossum, Mgr lArchevêque écrivait : Les services rendus aux Missions par Son Eminence et en particulier sa sympathie bien connue pour les missions du Japon nous imposent le devoir de prier spécialement pour le repos de son âme.

    Parmi nos hôtes de passage, il nous faut noter dabord (ce que nous aurions dû faire le mois passé) larrivée à Tôkyô, peu après la mi-août, du P. Bodin de la mission de Séoul, venu pour se perfectionner dans lusage de la langue japonaise, que le cher Père possède déjà dailleurs assez pour lire les journaux, et pour pouvoir exercer actuellement le ministère qui lui a été confié auprès des malades de luvre de Béthanie. De son côté, le P. Bertrand, de la mission de Taikou, venu au début de lannée à Tôkyô pour soccuper des Coréens catholiques, est en mesure de seconder le curé de la cathédrale auprès de ses ouailles japonaises.

    A Shizuoka, un R. P. Bénédictin de la mission coréenne de Gensan (Ouen-san), le P. Anselme Romer, Supérieur du séminaire, est venu également se perfectionner en japonais, et a été à même, pendant les mois daoût et de septembre, daider et de suppléer le P. Giraudias dans son poste.

    Le vaisseau amiral, le Primauguet, a ramené sur nos rives laumônier sympathique prêté par la mission de Chengtu à la flotte française dExtrême-Orient. Le P. Flachère a été cette fois peut-être un peu trop accaparé par son ami de longue date, le P. Flaujac, pour que nous ayons pu jouir de sa présence. Lamiral et son état-major, ainsi que plusieurs officiers et marins ont été à plusieurs reprises les hôtes de Mgr Chambon durant lescale du Primauguet à Yokohama, la fanfare du bord a bien voulu se prêter à donner des concerts aux malades du Sanatorium de la Ville de Tôkyô, auquel est adjointe luvre catholique de Béthanie, ainsi quà la cathédrale de Sekiguchi.

    Les observateurs nous ont également signalé le passage, comme une étoile filante, du P. Tournier, de la Procure de Shanghai, qui aurait, paraît-il, stationné quelque temps dans les régions boréales avant de revenir se plonger dans des calculs qui nont rien à voir avec lastronomie.


    Osaka

    10 octobre.

    La Province du Tango, sur la côte ouest de la mission, compte les deux stations de Miyazu et de Maizuru. Dans la première, le Père Relave, qui en est à la fois le fondateur et le titulaire, était parvenu à établir un ouvroir. Celui-ci, fort bien administré, avait depuis longtemps gagné lestime et la sympathie de la population, quand au printemps dernier, le missionnaire obtenait den confier la direction aux Surs indigènes de la Visitation, fondées, il y a quelques années, par Mgr Breton.

    De son côté, Maizuru ne pouvant se résigner à rester en arrière, les divers titulaires de ce poste, aidés dailleurs par la mission, singénièrent à ramasser les fonds nécessaires à la fondation duvres similaires. Leur désir est réalisé. Déjà en 1931, le P. Marmonier fit lacquisition dun terrain convenable, sur lequel ont été élevées cette année les constructions nécessaires pour abriter un ouvroir et une école maternelle.

    Le 29 août dernier, Mgr Castanier, fondateur de ce poste, avait la joie de bénir et dinaugurer ces nouvelles uvres, confiées aux mêmes Religieuses de la Visitation.

    De tous les prédécesseurs du P. Duchesne, conviés pour la circonstance, seuls les PP. Relave et Bec purent répondre à linvitation. Cependant nombre dhabitants avaient tenu à se joindre aux notables et aux autorités locales, pour prendre part à la cérémonie. Le commandant de la garnison de Maizuru, voulut prendre la parole pour publier hautement lestime et ladmiration quun long séjour en France lui avait inspirées pour les uvres catholiques. Joignant lexemple à la parole, il retirait ses enfants de lécole officielle pour les confier aux Religieuses.

    De leur côté les Surs de lEnfant-Jésus de Chauffailles, installées depuis de longues années à proximité de la cathédrale de Kawaguchi, se trouvant trop à létroit dans leur ancien établissement, viennent de faire construire à Noé, dans la banlieue dOsaka, un magnifique lycée de jeunes filles. La bâtisse en ciment armé est à même de rivaliser avec les uvres similaires de la ville. Le transfert doit se faire dans le courant de ce mois doctobre.

    Le Père Anoge, professeur au grand séminaire de Tôkyô, vient de rentrer dune longue croisière dans le sud, en Indochine et Malaisie. Mais dès son arrivée à Kyôto, il dut saliter ; la Faculté, consultée, diagnostiquait une pleurésie qui, sans être grave, nen condamne pas moins notre confrère à plusieurs semaines de repos.


    Séoul

    5 octobre.

    Dans le courant du mois de septembre il y a eu quelques changements de postes affectant cinq prêtres indigènes et deux missionnaires. Le P. Antoine Gombert, selon la teneur de la lettre davis, vocatur in Ryongsan ut curam habeat rei spiritualis in duobus seminariis. En dautres termes, le P. A. Gombert est nommé Director spiritus des petit et grand séminaires.

    Ce nest pas sans un gros serrement de cur que le Père a dû quitter sa bonne ville dAnsyeng où il était depuis son arrivée en Corée, il y a trente-deux ans, et où il laisse dunanimes regrets chez les chrétiens, cela va sans dire, mais aussi chez les païens.

    Le P. Lucas désigné pour le remplacer nen est pas à son premier déménagement, si lon peut dire ainsi. Il y a une dizaine dannées, il a dû céder son district aux RR. PP. Bénédictins ; alors transféré à Chinampo, dans la province de Hpyeng-An, le Père fut invité, en 1927, à se retirer devant les missionnaires de Maryknoll. En dernier lieu il se trouvait à Mirinai, vieille chrétienté qui fut à lhonneur au temps des persécutions ; le premier prêtre coréen, le Père aujourdhui Bienheureux André Kim y fut enterré.

    A loccasion de la fête des Bienheureux martyrs coréens, par les soins de lAssociation des étudiants catholiques de Séoul, deux conférences religieuses ont été données dans le Hall de la Chambre de commerce. Le premier orateur, professeur à notre école secondaire, dit ce quest Jésus-Christ ; le second, un prêtre indigène, exposa les marques de la véritable Eglise, lEglise Catholique. La salle qui peut contenir douze à treize cents personnes, était pleine dès louverture de la séance et les nombreux retardataires neurent quà retourner chez eux.

    Mgr Larribeau est parti le 26 septembre en tournée de confirmation et de visite pastorale dans la province du Tchyoung-Tchyeng nord, champ dapostolat des PP. Perrin, Colin et Barraux. Son Excellence compte revenir à Séoul le 11 octobre.

    Extrait du Bulletin de la mission de Séoul :

    10 septembre. Le P. Canisius O. S. B., de Yenki (Kanto), allant à Taikou sarrête quelques jours à Séoul ; il nous apprend que la mission de Yenki continue à être bien éprouvée. A cause des communistes et des brigands ladministration des chrétientés est devenue impossible et 3 à 4.000 chrétiens ont dû chercher refuge ailleurs ; de ce fait, sur les 160 chrétientés de la Préfecture, une centaine ont été abandonnées par les chrétiens.

    Cette région du Kanto, habitée en grande partie par des Coréens, paraît être ainsi provisoirement sans doute laissée à son malheureux sort, les Japonais étant, pour le moment, trop occupés à la pacification des provinces de Moukden et de Kirin.


    Kirin

    septembre.

    Pendant les deux mois qui viennent de sécouler le brigandage a sévi avec un redoublement dactivité sur tout le territoire de la mission et les brigands de tout acabit et toute dénomination ont rivalisé de zèle et daudace pour piller, violer, rançonner, incendier etc..

    Des combats sérieux se sont déroulés pendant la première quinzaine de septembre autour de la ville de Kirin. Jour et nuit on entendait le grondement du canon, le crépitement des mitrailleuses, léclatement des bombes davion. Les troupes rebelles, ou du moins une partie dentre elles, ont dû senfuir en désordre vers le nord-ouest et jettent la terreur dans la région où elles se sont réfugiées.

    A la guerre et au brigandage sest ajouté un nouveau fléau, le choléra. Grâce aux précautions prises dès le début, grâce surtout à la vaccination obligatoire dans les grands centres, la contagion na pas pris toute lextension quon aurait pu redouter. Dans certaines régions cependant il y a eu dassez nombreuses victimes. A Touilongchan, le P. Baron a administré les derniers sacrements à 18 malades dont 17 sont morts ; il y a eu jusquà 6 morts dans la même famille.

    Daprès une lettre de Paris la santé du P. Roubin sest suffisamment améliorée pour que notre cher confrère puisse maintenant célébrer la sainte messe tous les jours.

    Le 21 septembre, le P. Cubizolles se sentit soudainement indisposé et son état donna assez dinquiétude pour quon jugeât prudent de lui administrer lextrême-onction et le saint viatique. Heureusement ce ne fut quun malaise passager et le soir même le Père pouvait assister au Salut. Nous espérons que cet accident naura aucune conséquence et que le Père retrouvera rapidement de nouvelles forces.


    Chengtu

    15 septembre.

    Notre cher confrère, le P. Laroche, rentré en France sur lordre du médecin, en octobre 1929 et qui, sans attendre que sa santé fût complètement rétablie, avait accepté un poste daumônier dans une communauté religieuse à Epernay (une centaine de jeunes filles tuberculeuses à catéchiser, confesser et préparer à la mort) a eu une rechute qui la obligé à un repos complet, au point de lempêcher de célébrer la sainte messe pendant plusieurs mois.

    Notre malade, dans sa lettre du 15 juin, nous annonce une amélioration assez sensible, mais il ajoute que les perspectives dun prompt retour parmi nous sont assez problématiques. A la grâce de Dieu ! Une excellente chrétienne qui porte beaucoup dintérêt aux missionnaires au radoub lui a proposé le poste de chapelain dans sa famille en villégiature à Hendaye. Sur lavis du médecin le Père a accepté, espérant que lair de la mer toute proche lui rendra les forces suffisantes pour revenir au milieu de nous.

    Pendant le mois daoût le choléra a continué ses ravages. Pour la seule ville de Chengtu on parle de 20.000 morts. Comme il ny a pas détat civil en Chine on ne saura jamais le chiffre exact.

    La 24ème armée qui compte environ 100.000 hommes en aurait perdu plus de 10.000 et ce nest pas étonnant si ce quon raconte est vrai. A Sintsin, où loge un régiment, une seule compagnie aurait eu 50 morts en quelques jours. Le capitaine avait reçu dix-huit piastres pour chaque bière, mais il garda largent pour lui et enterra ses soldats dans des nattes. Dénoncé en haut lieu, le Maréchal Lieôu le fait arrêter, ordonne de déterrer les morts et de les mettre en bière. Lopération nétait pas terminée que lon comptait près de 200 nouveaux cas de choléra dans la garnison et ces jours-ci on dit quil reste à peine 100 hommes de tout le régiment.

    Naturellement, dans ce pays saturé de superstitions, les bonzes et autres sorciers à qui les esprits ont parlé ne manquent pas et, chaque jour, les journaux détaillent complaisamment leurs dires qui peuvent se résumer en ces quelques mots : les soldats mourront jusquau dernier, les civils sont grands pécheurs aussi, mais grâce à lintercession de Bouddha il nen mourra que la moitié.

    A Ponggan, cest un chien qui a servi de truchement entre les esprits et les hommes. Un nommé Tchang avait un beau chien noir qui le suivait partout. Lautre jour ce chien refuse de suivre son maître au marché en disant : aujourdhui je reste à la maison, mais rapporte-moi un beau morceau de viande. Ce qui fut fait et le chien, bien repu, dit à son maître : Cette année la récolte de riz est excellente, lannée prochaine elle sera maigre et la troisième année les hommes perdront leur cervelle!

    Heureusement il y a des histoires plus joyeuses, celle-ci par exemple. A Chengtu, un tailleur nommé Li sé tchang, meurt du choléra et est enterré. Il paraît aussitôt devant le Roi des Enfers (Niên Ouâng) qui linterpelle ainsi : Ah ! cest toi, Li sé tchang (1)! Lautre se récrie. Mais non, mais non, Li sé tchang, cest mon cousin et voisin, moi je suis Li sé tchang (2). Les satellites infernaux se regardent en disant : Nous nous serions donc trompés ! Après un interrogatoire sommaire et vérification du Livre de Vie Niên Ouâng renvoie Li sé tchang dans ses foyers et fait donner cent coups de rotin aux satellites.

    Le brave tailleur reparaît donc dans sa boutique, au grand ébahissement de sa femme et de ses enfants. Au même instant on entend un grand bruit dans la boutique voisine, cest Li sé tchang frappé par le choléra et que les satellites infernaux emmènent voir Niên Ouâng. Je passe le journal à mon voisin, bon lettré et fervent bouddhiste, et lui demande ce quil pense de cela ; après avoir lu il me répond gravement : Niên Ouâng mérite de lavancement pour avoir réparé cette erreur mais à sa place jaurais fait donner mille coups de bambou aux satellites infernaux, ils ne valent pas mieux que les satellites terrestres de notre mandarin.

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    (1) (caractères chinois), (2) (caractères chinois).


    Chungking

    1er octobre.

    Le P. de Jonghe, arrivé le 13 septembre, commençait dès le lendemain la visite de nos écoles normales et paroissiales de la ville ; et, le 19, prenait, par automobile, la route de Chengtu. Lautorité qui sattache à sa personne, sa longue expérience et son sens averti des questions scolaires sauront donner à ces tournées dinspection, auxquelles la préposé la confiance de la Délégation et dont il sacquitte avec tant de dévouement et de modeste objectivité, tous les heureux résultats que peuvent en espérer nos missions de Chine.

    La question scolaire ne se pose-t-elle pas aujourdhui pour tout missionnaire de Chine dune façon particulièrement angoissante ? Nul nignore que dans ce mouvement qui précipite la jeunesse moderne à une culture plus étendue, lEglise ne saurait se laisser distancer et vaincre par les écoles païennes ou protestantes. Mais à combien de difficultés parfois insolubles se heurte lérection et la bonne marche dune école catholique qui doit car cest lessentiel faire à linstruction religieuse la part qui lui convient ? Quen serait-il en effet dune génération chrétienne qui, à la base de ses études, naurait pas lappui de la morale et des doctrines éternelles ? Et cest ici quinquiétant se pose le dilemme : Nos écoles seront enregistrées ou elles ne le seront pas.

    Dans le premier cas, elles seront soumises aux règlements arbitraires souvent imposés par le Bureau local de lEducation ; soumises à des manuels distillant lerreur et limmoralité ; à des horaires qui ne laisseront point ou que trop peu de place à lenseignement chrétien ; lélément païen y dominera et... pejorem sequetur conclusio partem !

    Dans le second cas, nos écoles, ne pouvant délivrer de diplômes, seront désertées ; les élèves chrétiens passeront aux écoles païennes, et cen sera fait de leur éducation religieuse et morale.

    Mais..., on mobjecte que nous vivons dans un pays charmant, où lon trouve toujours un joint pour tout accommodement ; où les règlements scolaires, si rigides soient-ils posés théoriquement, sont en pratique assez caoutchouteux ; que dans telle et telle mission, lenseignement catholique, et un enseignement suffisant, a pu se ménager un compromis avec les programmes et règlements officiels Tant mieux ! De son observatoire et bureau central de la Commission synodale, le Père de Jonghe saura faire profiter tout le monde des expériences acquises, et nous lui en serons reconnaissants.

    Le 22 septembre, le Père Aymard, nommé professeur au Séminaire Commun de Chengtu par la confiance des Vicaires Apostoliques, partait accompagné de deux futurs philosophes, qui déjà ont fait un an de probation. Nos théologiens de Chungking, rappelés de Chengtu en juin dernier, continuent provisoirement leurs études dans les locaux du petit séminaire de Tse-mou-chan, où un supérieur commun a été désigné pour les deux séminaires. Les PP. Sallou et Millacet y assurent le service des cours théologiques.

    Aux conférences tenues à Chengtu par NN. SS. Rouchouse, Renault et Jantzen, il a été décidé de continuer le séminaire commun aux Vicariats de la Société ; ce séminaire commun sera transféré dans les locaux du petit séminaire actuel de Ho-pa-tchang, que S. E. Mgr Rouchouse a libéralement mis à la disposition des Vicaires Apostoliques. Ho-pa-tchang est situé à 140 lys au nord de la ville de Chengtu, dans la saine solitude de pittoresques montagnes. Le nouvel établissement demandant quelques mois daménagement, les cours recommenceront, en attendant, au séminaire de la ville de Chengtu, groupant déjà un certain nombre délèves de Chengtu et Suifu.

    Le P. Pagès reste à la tête de la nouvelle formation : sa longue expérience comme professeur et supérieur de Pinang font espérer que son autorité vigoureuse maintiendra parmi les élèves une ferme discipline et quil formera ainsi pour nos missions du Setchouan un clergé digne de celui qui, de Pinang, sortit de ses mains.


    Suifu

    1er octobre.

    Après cinq ans dattente et de démarches, notre école secondaire de filles de Suifu vient dêtre enfin reconnue officiellement. A la fin daoût, elle recevait du bureau provincial de léducation son sceau officiel portant ces termes : (caractères chinois).

    Sans la campagne menée contre elle par quelques chrétiens égarés, elle eût été enregistrée beaucoup plus tôt.

    Néanmoins, les élèves qui y étudiaient, alors quelle était en instance de reconnaissance, et qui ont obtenu les notes suffisantes ne subiront aucun préjudice : sur présentation de leur certificat détudes primaires supérieures, le bureau provincial de léducation leur délivrera leur diplôme de fin détudes secondaires (caractères chinois).

    Nous aimons à espérer que ses jours dépreuve sont terminés et quelle vivra désormais des années tranquilles et prospères.

    Sur les instances du principal, (un ancien élève du P. Montel, mission de Chengtu), le P. Jouve a accepté de donner un cours de français à lécole supérieure (caractères chinois) de Kiangan. Cet emploi donnera à notre confrère loccasion de faire connaissance avec les intellectuels de la région. Et de ce contact la xénophobie de ceux-ci sortira-t-elle peut-être atténuée.

    La santé du P. Renou, chargé du district de Chukentan, laissant à désirer, le P. Grasland, gracieusement cédé par le P. Vincent chez qui il apprenait la langue, est accouru lui apporter son concours le plus dévoué. Cest lui qui assurera tout spécialement ladministration des malades des stations éloignées.

    Le P. Petit est atteint de maladies multiples : respiration difficile au point de ne pouvoir faire deux pas sans être à bout de souffle ; dans ses urines, une forte quantité de sucre qui dénote un diabète très avancé. Et comme un séjour de deux mois à Béthanie na amené aucune amélioration dans son état, il a dû, quoique à contre-cur, se résigner à se laisser embarquer pour la douce France. Ses confrères de Suifu, par la voie du Bulletin, lui donnent lassurance que, là où il sera, ils seront à ses cotés par la pensée et par leurs prières.


    Ningyuanfu

    3 septembre.

    Le Kientchang
    Nous venons dapprendre que pour combler les vides faits dans nos rangs le Séminaire de Paris nous envoie un nouveau: M. Laborie Louis, du diocèse de St Flour, qui sembarquera à Marseille le 14 de ce mois. Il aura la chance de prendre contact avec sa nouvelle famille dès Hanoi où il rencontrera notre provicaire, le P. Le Mercier, parti là-bas consulter la faculté sur un mal, sans doute peu grave, mais quil traîne depuis trop longtemps.

    Le P. Boiteux a pu rejoindre sans encombre son périlleux Tchangpintse. Il est vrai quaverti à temps du retour de son curé, Hô tsòng touân, accompagné dune vingtaine de fusils, était allé au-devant de lui. Aussi pas ombre de Lolos dans la descente vers le fleuve. Dans une lettre du 22 dernier le Père nous dit que, malgré les inévitables pillages sans lesquels Tchangpintse ne serait pas Tchangpintse, le pays est cependant assez tranquille et quil en profite pour donner à ses chrétiens, groupe après groupe, une sérieuse préparation au sacrement de Confirmation. Son plus grand ennui, et qui fera sans doute son plus grand mérite aussi, est de se sentir entièrement coupé du monde ; depuis longtemps, plus de lettres, plus de journaux et il ne peut prévoir la fin de ce terrible isolement.

    Nos courageuses Surs F. M. M. navaient pas craint de pousser leurs visites de malades jusquà Tetchang où tout récemment encore nos chrétiens vivaient sous un régime de terreur. Les deux premiers jours chacun, craignant de se compromettre, feint de les ignorer et cest en vain quelles promènent par la ville leurs boîtes à médecine. Dénouement : les soldats eux-mêmes font appel aux bonnes Surs, la population se dégèle, 250 baptêmes denfants de païens in articulo mortis. Tout va bien qui finit bien.


    Tatsienlu

    8 septembre.

    Le séminaire a un nouveau supérieur, le P. Leroux, qui reçoit avec son premier poste la direction de notre petit groupe de séminaristes. Ils étaient 9, la rentrée de septembre amènera 7 ou 8 nouveaux ; tous peuvent prendre exemple et motif de persévérance sur nos trois grands séminaristes de Pinang qui le 31 juillet reçurent la tonsure et sempressèrent de faire part de leur joie à Monseigneur et à leurs benjamins.

    Au Loutsekiang, le P. Ly a pris possession de son nouveau poste dans le courant de juillet ; de ce fait le P. André déchargé de ce district peut être tout entier à son ancien poste de Bahang et environs, déjà suffisamment étendu.

    Le P. Genestier libre de toutes fonctions fatigantes prend soin des quelques chrétiens qui entourent sa nouvelle résidence à Tchongteu ; cette résidence et léglise en construction depuis trois ans risquent de rester encore longtemps inachevées par suite des tracasseries de lancien mandarin envers le Père et son entrepreneur et de la difficulté de trouver des ouvriers.

    Dans la seconde moitié de juin, le P. Nussbaum a passé le district de Siaoweisi au P. Bonnemin et sest mis en route pour Yerkabo, district dont il est chargé désormais avec lannexe de Batang. Il a déjà passé dans ces postes presque vingt années de sa vie de missionnaire.

    Maladie et mort du P. Ménard.
    Au début du mois daoût, le 8, le P. Ménard, supérieur du séminaire tombait malade. Nous ne savions pas au juste quelle était sa maladie lorsque, le 11, arriva à Tatsienlu un docteur allemand, médecin aux Philippines, M. Fushmann, qui diagnostiqua immédiatement une fièvre typhoïde. La maladie suivit régulièrement son cours et les 19 et 20 août notre confrère parut entrer en convalescence. Rassurés, le P. Pasteur et le docteur quittèrent Tatsienlu se dirigeant sur Mosimien dont M. Fushmann désirait visiter la léproserie.

    Cependant létat du P. Ménard saggravait le mieux trompeur qui avait permis au docteur de séloigner de Tatsienlu était suivi de complications très sérieuses du côté de lintestin et le vendredi 26 août le Père recevait lextrême-onction et le saint viatique.

    Monseigneur Valentin écrivit immédiatement à Mosimien pour prévenir le docteur. Le dimanche matin, 28, au moment où Mgr le Coadjuteur remplaçait à la cathédrale le curé absent il parut que le malade était près de sa fin et Mgr Giraudeau vint lui donner lindulgence in articulo mortis. Juste à ce moment arriva le docteur dont les soins dévoués ranimèrent quelque peu notre confrère qui passa encore plusieurs jours entre la vie et la mort ; tantôt nous reprenions espoir, tantôt nous pensions quil nen avait plus que pour quelques minutes ; on le veillait nuit et jour. Le 6 septembre, à onze heures et quart du matin, après une dernière absolution, le P. Ménard qui avait gardé sa connaissance jusquà la fin rendait son âme à son Créateur.

    Exposé un jour et demi dans le grand salon de lévêché aménagé en chapelle ardente, le corps fut mis en bière dans la nuit du 7 au 8 septembre. Le 8 septembre, devant une assistance recueillie, le P. Doublet chanta la messe de Requiem, Mgr Valentin donna labsoute et nous conduisîmes jusquau cimetière des missionnaires notre regretté confrère ; il y repose aux côtés de Mgr Chauveau, des PP. Desjean et Davenas. Requiescat in pace.


    Kweiyang

    24 septembre.

    Il y a deux mois le P. Ménel faisait une chute et était relevé estropié. Estropié, il le restera, cependant il arrive à pouvoir se remuer un peu plus aisément.

    Malheureusement son cas se répète. Mardi, 13 septembre, le P. Noyer, après un travail de procure assez fatigant, faisait quelques pas dans le jardin pour surveiller le creusage dun puits. Une fois sur le bord, il fut pris comme de syncope et faillit tomber au fond du puits, dix mètres de profondeur. On le porta sur son lit et on saperçut alors que ce que lon avait pris pour une syncope se trouvait être une hémiplégie ; tout le côté droit est paralysé et si le Père a gardé assez de connaissance pour suivre une conversation, la langue reste embarrassée et il narrive pas à se faire comprendre.

    De son côté le P. Bacqué, à Pinfa, se plaint darriver au bout de ses forces et se voit obligé à demander du repos. Voilà donc deux confrères à qui la faucille tombe des mains subitement et en plein travail et qui vont grossir le groupe des invalides.

    Parmi les autres dun certain âge il en est qui font encore bonne figure, mais ils tiennent un peu à la façon de ces palais dExposition, à la merci du moindre choc. Il suffit dune averse sur le dos, dun simple refroidissement pour les immobiliser.

    Le samedi des Quatre-Temps, Monseigneur Seguin a conféré lordre de lecteur à dix de ses séminaristes dans la chapelle du grand séminaire.

    Ces jours derniers la gent écolière, plus occupée de politique que détudes, a découvert des marchandises japonaises chez quelques commerçants de la ville, commerçants chinois, cela va sans dire, et les dites marchandises ont été aussitôt confisquées et brûlées en place publique. Non contents de cela, les étudiants ont provoqué quelques bagarres et sont allés enfoncer les devantures des magasins et casser les glaces sous les yeux de la police. Soit dégâts, soit marchandises confisquées, cela doit bien faire quelques centaines de mille francs de pertes à supporter par les commerçants lésés.


    Canton

    octobre

    Dans la chapelle du couvent des Surs canadiennes de lImmaculée Conception, a eu lieu la cérémonie de profession religieuse de Sur St Pierre Apôtre. Une assistance très nombreuse sétait réunie au couvent à cette occasion. Monseigneur le Vicaire Apostolique présida et prononça quelques mots de circonstance.

    Une nouvelle postulante, Aimée Chan, originaire de Shün-Tak est entrée au couvent des Carmélites, ce qui porte à 13 le chiffre des habitantes du monastère provisoire.

    Deux postulantes sont entrées au noviciat du couvent de nos Surs indigènes de lImmaculée Conception. Monseigneur lAuxiliaire a présidé la cérémonie. Il a fait le plus grand éloge de luvre accomplie dans les coins les plus reculés des districts, par ces précieuses catéchistes.

    Le Vicariat est devenu propriétaire, à Tsing-Yun, dune belle maison bien située le long dune des principales rues de la ville. Elle sera transformée en résidence et chapelle. La mission de Tsing-Yun est un des rares emplacements qui soient, dans lintérieur de la ville, à labri des inondations du Pékiang. Lorsque loccasion soffrira, nous achèterons dans les environs de la chapelle-résidence un terrain sur lequel sera construite lécole de la mission.

    Monseigneur a écrit à toutes les chrétientés de préparer, pour le 23 octobre prochain, la fête de luvre de la Propagation de la Foi. Une quête sera faite à cette occasion. Le produit de cette quête remis à Son Excellence Mgr le Délégué Apostolique sera, par ses soins, envoyé à Rome.

    A loccasion du passage à Canton de M. le Colonel de la Pomarède, attaché militaire au Siam, Monseigneur a invité à dîner quelques personnages appartenant à lUniversité, au Bureau provincial de lInstruction Publique, à celui de lHygiène et au Barreau de cette ville. Tous nos convives chinois sexpriment parfaitement en français et connaissent très bien notre pays où ils ont fait leurs études et dont ils conservent le meilleur souvenir.

    Le 7 octobre, un thé a été offert au Consulat de France par Monsieur Eynard, Consul de Canton. La communauté française de Shameen, les membres de la mission catholique sy sont rencontrés avec M. le Maire de Canton et une soixantaine danciens étudiants des Universités de France. Ils sont aujourdhui fonctionnaires du Gouvernement chinois. La réunion a été des plus intéressantes. On sest promis de se revoir fréquemment.

    8 octobre. Le refroidissement de la température qui se produit régulièrement au début du mois doctobre a commencé aujourdhui à se faire sentir. Le thermomètre na pas dépassé 20º durant le cours de la journée. Il descendra jusquà 16 ou 15 les jours suivants ; des notes prises ces 30 dernières années nous permettent de lassurer.

    En plusieurs endroits de la campagne les inspecteurs de lenseignement primaire visitent les écoles non enregistrées et menacent de les fermer si des démarches ne sont pas faites dans un bref délai pour obtenir lautorisation officielle.

    15 octobre. Un télégramme nous a annoncé la mort de Monseigneur Mérel, notre ancien Evêque. Personne parmi les anciens missionnaires de Canton nignore de quel zèle fut toujours animé ce vaillant et pieux prélat. Il le déploya, quand il était simple missionnaire, dans les districts de Ling-Shan, de lîle de Wai-tchao, de Kityang où en certaines années il baptisa jusquà trois cents adultes.

    Devenu Evêque il visita plusieurs fois les chrétientés de sa vaste mission et sappliqua à promouvoir de nouvelles uvres. Le Collège du Sacré-Cur, lasile des Petites Surs des Pauvres furent fondés par lui. Il appela du Canada de nouvelles auxiliaires, les Surs de lImmaculée Conception dOutremont etc. etc..

    Monseigneur Fourquet a célébré une messe pontificale de Requie pour le repos de lâme de celui dont il fut le collaborateur tant en province quà Canton ; nos chrétiens ont assisté en très grand nombre à cette cérémonie funèbre.

    Monseigneur a reçu du nouvel Académicien, Monsieur Abel Bonnard, une lettre qui lui a causé un réel plaisir. Elle évoque des souvenirs du séjour que fit à Canton, en 1919, le nouvel immortel, souvenirs chers à lAcadémicien comme à lEvêque.


    Swatow

    17 octobre.

    Nous avons célébré ce matin un service solennel en mémoire du regretté Mgr Mérel dont nous venions dapprendre la mort à Singapore. Mgr Rayssac a donné lAbsoute au milieu dune assistance serrée ; de nombreuses communions ont été offertes pour léminent défunt. Nos chrétiens ont gardé vivant le souvenir du missionnaire infatigable qui pendant plusieurs années, avant sa nomination de Préfet Apostolique du Kwangtung, évangélisa le district de Kityang, voisin de Swatow, où il passa les années les plus consolantes de son ministère apostolique. Lui-même avait gardé une vive affection pour cette région de lest de la province qui jusquà 1914 faisait partie de la mission de Canton. Beaucoup de nos chrétiens, émigrés en Malaisie, en ont eu la preuve pendant les années que léminent Prélat y passa en se dévouant sans compter au service des Chinois fixés dans ce pays ; ils trouvaient toujours auprès de lui aide et assistance et paternelle sollicitude.

    La mission de Swatow gardera avec reconnaissance sa pieuse mémoire.


    Pakhoi

    17 octobre.

    Notre mission a été visitée le 18 septembre dernier par un typhon assez fort qui a fait des dégâts surtout dans la région de Kouang-Tcheou-Wan et du Loui-Tchao.

    Heureusement quune autre visite bien plus intéressante nous est annoncée pour la fin du mois. Notre cher nouveau confrère, le P. Cotto, nous arrivera par la prochaine malle. Tous les missionnaires de la mission de Pakhoi lui adressent davance leurs meilleurs vux de joyeuse arrivée. Que ne peuvent-ils être tous à Pakhoi pour lui chanter le gai bonjour! Ils y seront par la pensée en attendant mieux.

    Une autre agréable nouvelle : nos ex-malades, les PP. Genty, provicaire, Rossillon et Léauté suivent de près le P. Cotto. Nous aimons à croire quils sont redevenus solides comme des chênes et nous leur souhaitons de braver longtemps et impunément tous les ouragans.

    Les ouvriers apostoliques parcourent ces temps-ci leurs vastes champs daction, cest le moment des semailles et chacun y met tout son cur, cela va sans dire. Mais nous savons par fil spécial que le cher P. Lebas, sur son fringant coursier, fait des merveilles de célérité et laisse bien loin derrière lui tous les vieux cavaliers de la mission.

    Malheureusement à tous ces tableaux de joyeuse vaillance il y a une petite ombre. Notre cher Evêque a été ces jours-ci un peu fatigué, mais grâce à Dieu déjà il va mieux et nous espérons bien que sous peu il aura retrouvé toute son énergique vigueur.


    Nanning

    15 octobre.

    A Nanning les Surs canadiennes aidées par les Vierges chinoises ont de plus en plus de travail au Dispensaire. Durant les mois de juillet, août et septembre elles ont donné plus de 15.000 consultations.

    Au noviciat des Vierges indigènes de la Ste Famille vingt jeunes filles de différents districts ont été admises ; il a fallu empiéter sur les locaux de la Ste Enfance et les petites filles de cette dernière uvre ont été envoyées à Kouyhien.

    A cette occasion nous avions demandé un passeport pour le voyage de ces enfants. On nous a renvoyés de Caïphe à Pilate et de Pilate à Hérode, en lespèce, la police fluviale nous renvoya à la police urbaine et celle-ci au Gouverneur civil et chacun de se récuser. Pensez donc ! La mission ne voudrait-elle pas, par hasard, se servir de ce passeport pour aller vendre ces petites filles... aux maisons publiques de Canton ou dailleurs ? Après cinq jours de vaines démarches, les enfants, accompagnées par une Sur canadienne et deux religieuses chinoises, partirent sans passeport. Mais lil de la police veillait, un télégramme envoyé à Kouyhien ordonnait quon aille durgence perquisitionner à la mission et sinformer de visu si la caravane était bien arrivée. Décidément les officiels chinois nont guère bonne opinion de nous !

    Le P. Caysac, malade, est allé à Hanoi consulter la Faculté. Celle-ci a diagnostiqué un fonctionnement défectueux du foie et condamné le Père à un régime sévère qui ne lui sourit quà demi. Le P. Caysac espère cependant pouvoir venir assister à la retraite annuelle qui aura lieu à la fin du mois et, qui mieux est, il amènera avec lui un prédicateur de retraite. Cela nous réjouit tous car depuis plus de vingt ans nous navons pas eu de retraite prêchée au Kouangsi.

    Les PP. Rigal et Madéore ont remis leurs districts entre les mains des Pères de Maryknoll avant de se mettre en route pour la retraite.


    Vinh

    6 octobre.

    Mort du Père Coulot.
    La mort prématurée de notre jeune confrère nous a été une bien douloureuse surprise.
    A vrai dire il ne jouissait pas dune santé des plus robustes et il avait été déjà assez durement éprouvé en 1930 par une dysenterie infectieuse. Les chaleurs de lété dernier lavaient fatigué et la fièvre le visitait de temps à autre.

    Le 9 septembre il entra à lhôpital de la mission, à Xã-Đoài, où lui furent prodigués les soins les plus dévoués. Au bout dune dizaine de jours il devint clair quil était atteint de la fièvre typhoïde. Les médecins de Vinh qui vinrent le voir à plusieurs reprises ne semblaient pas dabord très inquiets, mais le 30 septembre ils furent davis de le transporter à Vinh pour une opération chirurgicale, la vésicule biliaire ne fonctionnant plus.

    Le 1er octobre la voiture-ambulance de lhôpital de Vinh vint prendre le malade, muni auparavant, sur sa demande, des derniers sacrements. Lopération eut lieu le lendemain matin : la vésicule biliaire était démesurément gonflée et pleine de pus, un drain fut placé... mais une péritonite ne tarda pas à se déclarer et, malgré les soins les plus éclairés et les plus assidus, létat de notre cher malade ne fit quempirer sans laisser aucun espoir.

    Il séteignit doucement le 4 octobre à 11 heures 10 du soir ; il avait gardé sa connaissance jusquau bout et accepté généreusement le sacrifice de sa vie, sacrifice quil renouvela plusieurs fois pour le Vicariat de Vinh. A ses derniers moments il fut assisté par les Pères Pourchet (venu de Thanh-Hoa), Lefèvre et Lantrade et par la Sur Supérieure de lhôpital de la mission qui lavait accompagné à lhôpital de Vinh et soigné dès le début de sa maladie avec un dévouement vraiment infatigable.

    Les obsèques eurent lieu le 6 octobre à Xã-Đoài où la messe des funérailles fut chantée par Monseigneur Eloy entouré dune quinzaine de confrères, dune douzaine de prêtres annamites et des élèves de nos deux séminaires.

    Notre cher confrère navait pas encore trois ans de mission ; il avait étudié la langue annamite à Thuân-Nghĩa et avait administré la paroisse de Mành-Són pendant un an. Il était depuis un an professeur au grand séminaire où il sera difficilement remplacé.


    Hunghoa

    10 octobre.

    Les chaleurs de lété nont rien eu dexcessif, cette année ; les santés sen sont bien trouvées, en général. Le Père Méchet lui-même, qui, lan dernier, était assez fatigué, se trouve tout ragaillardi. Il pourrait vous raconter quau cours dune récente excursion, en compagnie dun vieil ami, il eut, à 5 km. de Yên-Bái, une panne dautomobile ; une vis sétait cassée, et, naturellement, le chauffeur annamite nen avait pas de rechange ! Que faire ? on était en pleine forêt ; route absolument solitaire, et pas la moindre habitation dans le voisinage ; de plus, à cette heure, une heure de laprès-midi, le soleil dardait ses rayons, sans réserve aucune ; et puis, chose moins intéressante encore, la faim se faisait sentir, car, si le plein dessence avait été fait, le matin, au départ, les vivres manquaient absolument !

    Malgré tout, nos deux amis, sencourageant mutuellement, se dirent quils étaient encore jeunes, 74 et 64 ans ; et, lun suant, lautre soufflant, se mirent bravement à pousser le véhicule. Tant bien que mal, ils arrivèrent à lorée de la forêt, à proximité de la ville, et, là, confiant leur voiture à des coolies, montèrent prosaïquement en pousse-pousse. Lentrée, en beauté, dans Yên-Bái, était manquée ; et puis, devant cette auto, qui suivait ainsi, ny avait-il pas de quoi rougir un peu ? Notre cher doyen en prit son parti ; fi des sourires malicieux des Annamites ! fi aussi des railleries plaisantes, que ne manquerait pas de faire le Père Jacques, en les voyant arriver ainsi, tous deux, moulus et affamés, avec quatre heures de retard ! Une chose le réjouissait, malgré tout : il se trouvait encore jeune ; il lavait bien vu, en poussant la guimbarde ; son compagnon, plus jeune de dix ans, avait dû savouer vaincu ! Que le bon Dieu garde longtemps encore au cher Père Méchet cette douce illusion de rester jeune !

    Le lundi 12 octobre, à 6 heures du matin, une prise darmes solennelle avait lieu à Hanoi, à loccasion de larrivée du nouveau Général de Division ; une dizaine dofficiers ou danciens combattants y furent faits Chevaliers de la Légion dhonneur. Le Père Mazé, récemment promu, à titre de Lieutenant dAviation, reçut la croix des mains du Général Billotte, Commandant Supérieur des troupes de lIndochine, qui, en termes chaleureux, lui exprima le plaisir quil avait de décorer un missionnaire. A cette cérémonie, les Pères Fleury et Mulot représentaient notre mission ; le Père Hébrard, de la mission de Hanoi, y assistait également. Tous, nous renouvelons au nouveau Légionnaire, nos plus sincères félicitations.

    Le Père Bayle, de la mission de Vinh, rendant visite à lun de ses parents, Commandant de la Légion Etrangère, à Vietri, a poussé une pointe jusquà Hunghoa à quelque 20 km.; les confrères, quil y a rencontrés nont pas eu ce jour-là, doccasion de mélancolie, et la conversation na guère chômé ; on ne reçoit pas toujours un Bordelais.

    Mgr Ramond, retour de Chapa, est rentré à Hunghoa, le mardi 3 octobre. Son Excellence était passée par Hanoi, pour y plaider, auprès des Autorités supérieures, la cause des écoles privées ; espérons que, malgré la crise économique, bonne suite sera donnée à ses demandes.

    En parlant de crise, il faut bien dire que, maintenant, elle se fait sentir sérieusement ; ici, les chrétiens ne demandent presque plus de messes, et, comme il nen vient plus de France, cest la disette, sur ce point. Les Procureurs de Paris, malgré tout leur dévouement, ne peuvent non plus nous en procurer, même à un taux inférieur : cest une épreuve, qui peut durer encore longtemps, aussi, quelle belle uvre ce serait que celle qui se fonderait, en Europe ou en Amérique, pour assurer, en nombre suffisant, aux missions, des honoraires de messes ! Nest-ce pas, en beaucoup dendroits, la principale, sinon la seule ressource des missionnaires et des prêtres indigènes ? Puisse quelque bonne âme réaliser, un jour, ce souhait de tous !


    Le samedi 24 septembre, 11 de nos théologiens ont pris part à lordination des Quatre-Temps, à Kẻ-Sở : 6 diacres, 3 sous-diacres, et 2 minorés ; que Dieu leur garde la ferveur de ces jours bénis !

    A lheure actuelle, le Tonkin est à nouveau inondé. Rarement, on a vu tant deau, au début doctobre ; les rizières, déjà repiquées deux ou trois fois, sont sous leau ; pour comble dinfortune, le riz, qui émerge, et commençait à mûrir, est attaqué, en maints endroits, par un ver, qui dévore la tige et détruit tous les épis ; cest, en perspective, une récolte presque nulle, pour le dixième mois.


    Phatdiem

    septembre.

    Le Père Mironneau, dont le district est formé par la province laotienne des Hua-Phan, a été élu membre suppléant de la Chambre Mixte de Commerce et dAgriculture du Laos. Il sera appelé, probablement, un jour ou lautre, à tenir compagnie au P. Excoffon, curé de Vientiane et au P. Barriol, élus membres titulaires de cette même Chambre.

    Lundi, 12 septembre, Mgr De Cooman, Vicaire Apostolique de la nouvelle mission de Thanh-Hoa, a quitté la mission de Phatdiem dont S. E. était le Coadjuteur depuis le 6 janvier 1918.

    Comme S. E. se sentait fatiguée et quelle navait jamais pris de congé, ni à Hongkong ni en France, elle est allée, avant de sinstaller à Thanh-Hoa, dans la concession de Phuc-Dia, gérée par le P. Delavet, pour y prendre deux mois de vacances.

    La veille du départ, confrères, prêtres annamites et Frères des Ecoles Chrétiennes se trouvèrent réunis autour de S. E.. A lissue du déjeuner dadieu, Monseigneur Marcou, contenant difficilement lémotion qui létreignait, exprima son grand regret de voir partir celui qui, pendant 14 ans, fut son bras droit.

    Le jour précédent, au grand séminaire, le doyen des séminaristes montra combien grande avait été linfluence de Mgr De Cooman, sur les personnes consacrées à Dieu dans la mission. Comme professeur au petit séminaire, Supérieur du Probatorium et du grand séminaire, S. E. eut une part considérable dans la formation de la majorité des prêtres du Vicariat. Chargée du personnel de la Maison de Dieu, S. E. fut, non seulement le Supérieur, mais surtout le Père de tous les catéchistes. Elle donna aux religieuses indigènes, les Amantes de la Croix, de nouvelles Constitutions avec les vux canoniques. Cette réforme mit en effervescence tous les démons de lenfer qui, pendant de longs mois et par de nombreux faits extraordinaires, cherchèrent, vainement du reste, à la mettre en échec.

    A tous ces compliments S. E. répondit brièvement en rappelant le conseil de Notre Seigneur : Quand vous aurez fait ce qui vous était commandé dites : Nous sommes des serviteurs inutiles ; nous avons fait ce que nous devions faire.

    Le P. Barbier avait passé presque toute sa vie de missionnaire à Phatdiem. Bien des liens lattachaient à ce poste : les Ecoles dont il était le Directeur, la station climatologique dont il était le Chef, le Secrétariat de lévêché et tant dautres connaissances ou souvenirs !! Tous ces liens ont été rompus ! Le P. Barbier, lui aussi, a quitté la Mission de Phatdiem, le 20 septembre, pour celle de Thanh-Hoa. Il y exercera les fonctions de secrétaire de S. E. Mgr De Cooman.

    Le 29 septembre, fête de St Michel, sont arrivés les Décrets de la division de la Mission et de la nomination de S. E. Mgr De Cooman comme Vicaire Apostolique de Thanh-Hoa.

    21 septembre.

    Noces dargent sacerdotales du Père Réminiac.
    Le Père Réminiac ceci est dit pour ceux qui nont pas le bonheur de le connaître est Supérieur du petit séminaire de Phuc-Nhac depuis six ans ; à ses fonctions de Supérieur sajoutent celles de chef de district, limportant district de Phuc-Nhac, (quinze mille chrétiens). En dehors des années de guerre passées en France et des années de maladie au début de son séjour au Tonkin, toute sa vie de missionnaire sest passée dans lenseignement, dabord au petit séminaire, puis au grand séminaire à Phatdiem.

    Malgré toute la modération quavait demandée, imposée le cher Père Réminiac, le jour de ses Noces dargent sacerdotales a revêtu un caractère de belle fête. Les consignes, les règlements, cest très joli, mais cest article de raison ; le cur a cette spécialité de se tenir en dehors du prévu, du convenu : la spontanéité, voilà son élément.

    La veille, dès deux heures, les trois Pères, ses collaborateurs au petit séminaire, tenaient à lui offrir, les premiers, leurs félicitations et leurs vux, présentés par un expert en la matière, le R. P. Deux, qui, bientôt, fera ses noces de platine sacerdotales.

    Depuis plusieurs jours, des délégations, venues de loin, avaient anticipé leurs vux. A partir de ce moment, deux heures, les groupes se succèdent, prennent laspect dun défilé la veille, dans la soirée et le jour de la fête, sespaçant les jours suivants, avec les derniers retardataires.

    Il nest guère possible, ici, que dénumérer quelques-uns de ces groupes ou délégations : Les prêtres annamites, professeurs dans la maison. Les catéchistes. La paroisse de Phuc-Nhac, dont les notables défilaient solennellement au son de la fanfare. Les Ecoles de garçons, de filles. Les Moniales. Et je nai pas nommé la foule des particuliers, ses obligés, que le Père a aidés ou secourus auprès des autorités provinciales.

    La cérémonie par laquelle les élèves témoignent à leur Père leur reconnaissance et lui expriment leurs souhaits, prit, comme il convenait, un caractère plus solennel et aussi plus joyeux ; il ny manquait pas démotion de part et dautre.

    Mais voici le plus éloquent témoignage peut-être : Une délégation de ses anciens élèves, prêtres, offre un cadre contenant la liste de cinquante prêtres, actuellement vivants, formés par le Père. Pour le cinquantenaire ce chiffre aura triplé.

    De par la volonté du jubilaire, il ny eut pas grand-messe, mais, si je ne craignais les foudres des liturgistes, je dirais quil y eut mieux : Une messe basse qui doit mieux convenir aux sentiments qui pressent lâme, ce jour-là. Avant la messe, le chant du Juravit ; pendant, plusieurs chants de circonstance, tous en parties, donnaient bien aux élèves le sens de la beauté et de la grandeur de cette fête sacerdotale. Avant la messe encore, le Père Hải, surveillant général, sut dire les mots quil fallait pour accentuer cette impression,

    Le soir, un salut solennel daction de grâces nous laissait sur cette note religieuse qui restera la dominante de ce jour.

    Au repas de midi nous nous trouvions une trentaine autour du Père, la plupart, des prêtres annamites; les missionnaires de Phatdiem ayant, en grand nombre, rejoint le Vicariat de Thanh-Hoa. Monseigneur, retenu par ses nombreuses occupations, navait pas pu venir.

    Au souper on sentait planer cette douce mélancolie qui naturellement accompagne tous les meilleurs moments de notre vie.

    Et pourtant, cest par de la joie et du bien que se solde cette journée : Joie et bien indicibles pour le Père lui-même, nous le devinons ; pour tous les prêtres qui ont eu le bonheur dêtre à Phuc-Nhac ce jour-là ; joie et bien, surtout pour les élèves de ce petit séminaire, que leur âme neuve rend plus sensibles à toutes les touches du beau et du bien.

    Il y avait de la joie sur la terre ; il y en eut dans le ciel, puisque le bon Dieu et ses saints aiment tant la joie et ceux qui sont joyeux.

    Avec toutes nos félicitations, disons un grand merci au R. P. Réminiac pour la joie que nous a donnée, pour le bien que nous a fait sa fête sacerdotale.

    Dores et déjà nous nous promettons dêtre présents à ses noces dor.


    Saigon

    Mort du Père Villeneuve.
    Les Cochinchinois, et en particulier les Saigonnais, Français et Annamites, apprendront avec émotion la mort du R. Père Joseph Villeneuve dont la nouvelle a été câblée de France à lévêché de Saigon le 5 septembre courant.

    Qui ne connaissait pas le R. Père Villeneuve, aimé de tous, grands et petits, le bon Père pour les enfants, le très cher Cha Vinh pour les Annamites ? Tout le monde a encore présente à la mémoire la grande et forte silhouette de lancien vicaire de la Cathédrale de Saigon qui avait une voix si chaude, un visage toujours souriant, un cur si généreux. Cétait le Père, lami, le conseiller, le consolateur de tous ceux qui venaient à lui et de ceux quil allait de lui-même chercher quand il les savait dans laffliction, dans la détresse. Cétait en un mot lapôtre qui se donnait corps et âme aux pauvres comme aux riches, aux tout petits enfants comme aux grandes personnes. Il ne faisait aucune différence entre catholiques et non catholiques, entre pratiquants ou non pratiquants, entre gens de différentes races, car il avait toujours espoir de gagner leur cur. Ne parlait-il dailleurs pas très couramment lannamite et lindien ?

    La mort du R. Père Villeneuve sera regrettée par ses enfants de la Sainte-Enfance de Saigon, de lInstitution Taberd, ses paroissiens de Saigon, de Thudaumot, de Mytho, car le pauvre père missionnaire avait parcouru non seulement les grandes villes, mais aussi la grande brousse, où il vivait avec les indigènes et comme les indigènes, dans les plantations, dans les forêts ou dans des terres encore incultes.

    Cest cette vie intense de labeur et de dévouement qui a terrassé cet Hercule quétait le R. Père Villeneuve, et qui la obligé à rentrer en France il y a une douzaine dannées pour se refaire une santé fortement ébranlée.

    Tout espoir est fini ! Cet homme qui a dépensé le meilleur de lui-même pour servir sa religion et son pays, est mort à lâge de 55 ans !

    Ceux qui lont connu garderont de lui un souvenir ému et affectueux.

    JACQUES LÊ-VÂN ĐÚC
    (Courrier de Saigon, 10 sept. 1932.)


    Hué

    10 octobre.

    Léglise de Di-loan. Le P. Cadière vient de terminer dimportants travaux à son église de Di-loan. Ce bel édifice, en pur gothique, construit par le P. Barthélemy, il y a quelque trente ans, navait encore point de façade. Après avoir refait soigneusement la toiture lannée dernière, le P. Cadière a entrepris aussitôt la construction de la façade. Les travaux ont duré sept à huit mois. Le Père sest dépensé sans mesure pour tracer les plans et surveiller attentivement les ouvriers ; il a aussi dépensé sans compter. De lavis des connaisseurs, et aussi de ceux qui ne le sont pas, luvre est parfaitement réussie : cette large et haute façade, dans le beau gothique du XIIIe siècle, fait ladmiration de tous, chrétiens et païens, Annamites et Français. Le vaste terre-plein qui est devant léglise, est agrémenté de rocailles couvertes de fougères, de petits jardinets aux plantes verdoyantes : le tout, du meilleur goût. La chrétienté de Di-loan est fière de son église, et à bon droit, car cest une des plus belles de lIndochine, surtout au point de vue de la pureté du style.

    Nos malades. Nous avons revu avec plaisir à la Délégation Apostolique le R. P. Durand, Franciscain, Secrétaire de S. E., de retour de Dalat où, sur lordre des médecins, il était allé passer quelques semaines. Létat de sa santé sest bien amélioré. Bonnes sont les nouvelles reçues de nos chers malades de France, les Pères Lemasle et Dancette. Leur guérison paraît bien assurée ; aussi espérons-nous les revoir ici dans quelques mois. Par contre, un de nos prêtres indigènes, le P. Chước, a dû passer plusieurs semaines à lhôpital, tandis que le P. Darbon était condamné au repos complet. Heureusement les voilà de nouveau sur pied lun et lautre.

    Rentrée des classes. Le mois de septembre a vu, comme de coutume, la rentrée des classes des écoles de tout genre et de tout degré. En lhonneur du retour du roi, les vacances avaient été prolongées de quelques jours. Très nombreuse est partout cette année la gent écolière. Il ny a que lécole des Frères (Ecole Pellerin) qui a vu diminuer le nombre de ses élèves : cela, surtout à cause de la création de deux écoles libres catholiques, lune à Phủ-cam, lautre à Kim-long. Nos deux séminaires nayant de rentrée de nouveaux que tous les deux ans, ne comptent cette année que les effectifs de lan dernier ; et encore le grand séminaire a-t-il vu diminuer le sien par le départ de lun de ses élèves pour le monastère de Phước-Sơn et de deux autres pour Rome, où ils vont parfaire leurs études théologiques au Collège de la Propagande.

    Ecoles libres catholiques. LInstitut des Petits-Frères du S. C., fondé à Trường-an, près Hué, il y a quelques années, et dont le but principal est de tenir des écoles primaires, vient denvoyer pour la première fois ses religieux dans leur champ dapostolat. Deux écoles ont été ouvertes, lune à Phủ-cam et lautre à Kim-long ; chacune a reçu quatre religieux. Les enfants se sont fait inscrire nombreux dès les premiers jours : 70 à lécole de Phủ-cam, 130 à celle de Kim-long. Dans cette dernière il y a de nombreux païens des villages environnants. Les locaux, tout neufs, sont vastes et commodes. Chacun des établissements a été béni solennellement par Mgr le Vicaire Apostolique, entouré de nombreux missionnaires et prêtres indigènes, au milieu de la joie générale de ces deux grands centres chrétiens des environs de la capitale. Le zèle de nos jeunes religieux-instituteurs est appelé à y faire beaucoup de bien.

    Au Carmel. Le 3 octobre, le Carmel fêtait solennellement Ste Thérèse de lEnfant-Jésus, et après la grandmesse, chantée par le grand séminaire, S. E. Mgr Chabanon bénissait deux belles cloches offertes par les surs de la Rde Mère Prieure. Assistaient à la cérémonie, S. E. M. Nguyễn hữu Bài, Président du Conseil des Ministres et lancien Gouverneur Général, M. Charles et Madame, venus accompagner jusquà Hué S. M. Bảo-Đại, après avoir, en France, veillé attentivement et avec cur sur son éducation. S. E. M. Bài et Mme Charles ont eu lhonneur dêtre parrain et marraine des deux baptisées.

    Le retour en Annam du roi Bảo-Đại. Le jeune empereur dAnnam, S. M. Bảo-Đại, vient de rentrer dans son royaume, ses études étant terminées. Il a passé dix ans à Paris, y recevant une éducation complète et soignée. Arrivé à Tourane le 8 septembre dans la matinée, sur laviso Dumont dUrville, il était le soir à Hué. Trois jours de fêtes populaires et de cérémonies officielles ont inauguré le nouveau règne. Tout se fit magnifiquement. Mgr le Vicaire Apostolique assistait aux deux dîners officiels, chez le Gouverneur et chez le Roi ; les missionnaires de Hué et des environs étaient invités aux soirées de la Résidence et du Palais.

    Le nouveau roi, à peine âgé de 19 ans, a produit la meilleure impression par sa simplicité de manières alliée à une réserve pleine de dignité. Sa parole douce, son affabilité, son aimable sourire lont rendu tout de suite très sympathique à tous. Il na rien de la tenue compassée et hiératique de ses prédécesseurs. Au Palais, on le voyait causer familièrement avec ses invités et avec les personnes qui lui étaient présentées, après leur avoir tendu aimablement la main.

    Peu de jours après son arrivée le jeune roi, rompant avec létiquette traditionnelle, se rendit sans cérémonie chez S. A. R. le Régent gravement malade. Celui-ci fut vivement touché et émotionné dune telle condescendance. Ensuite les divers établissements publics de Hué : les écoles, les hôpitaux, les casernes, ainsi que le jeu de tennis, reçurent successivement la visite de S. M.. Sans vain apparat, avec une dignité exempte de fierté, le roi prend contact avec le peuple et montre quil porte intérêt à la vie sociale.. Il lavait dit dans son premier discours, en mettant le pied sur la terre dAnnam, à Tourane : Ma sollicitude ira particulièrement vers les petits et les humbles, vers ce peuple annamite laborieux et sage, si attaché à sa rizière, qui me trouvera toujours prêt à le protéger et laimer. A lhôpital central, au pavillon des tuberculeux confié aux soins des Surs de St Paul, il eut ce mot aimable pour ces dévouées religieuses : Continuez votre uvre, mes surs ; vous faites ici beaucoup de bien.

    Les bonnes gens du peuple sont ravies de cette familiarité de bon aloi de leur souverain ; les vieux mandarins sont dans la stupéfaction de tant de simplicité dans les allures et redoutent la disparition des traditions ancestrales ; quant à la jeunesse évoluée, celle quon désigne sous le nom de Jeune Annam, elle escompte de gros changements politiques ; il y a de plus ceux qui rêvent dune république annamite. En sorte que la situation du nouveau souverain est délicate, et sa charge difficile à remplir. Il a besoin de toute la sagesse dun nouveau Salomon pour conduire sa barque sans avaries dans les conjonctures présentes.

    Le roi paraît résolu à de sages réformes, à une prudente modernisation du gouvernement annamite. Les actes que nous avons relatés ci-dessus le prouvent. De plus, le jour même de sa prise de pouvoir, il a supprimé la cérémonie des cinq lays (prostration jusquà terre) que faisaient à lempereur les mandarins de tout grade dans les grandes circonstances et la remplacée par trois profondes inclinations. Il a annoncé officiellement des réformes dans le mandarinat, la justice, lenseignement, et a donné le rang de Ministre sans portefeuille au Président de la Chambre des Représentants du peuple.

    Dailleurs lOrdonnance royale qui a été publiée le jour de lintronisation marque clairement lorientation sagement moderne du nouveau gouvernement : Nous avons la volonté formelle, proclame le souverain, de poursuivre sans défaillance une politique de respect des principes traditionnels et une sage et large modernisation de ladministration de lEmpire. Mais nous demandons à ceux-là mêmes de nos sujets qui ont rêvé laube de notre règne comme une transformation idéale et chimérique de lordre des choses réelles de réfléchir et de voir cette heure avec la sage et froide raison qui sait se libérer du rêve pour scruter les faits dans leur exacte réalité.

    Quant aux sentiments de S. M. Bảo-Đại à légard de la France, ils sont bien connus. Il est, comme son père, le roi Khải-Định, un grand ami de notre pays, un admirateur de notre culture française. Il ne la pas caché dans son discours darrivée à Tourane. Se tournant vers les Français présents : Messieurs, dit-il, junis dans un même sentiment de gratitude tous les Français dAnnam, dont je sens autour de moi la chaude sympathie. Quils soient assurés de trouver toujours auprès de moi le plus amical accueil. Et au dîner officiel du Palais royal : Messieurs les Français, dont la présence ici me fait évoquer invinciblement les douces années qui viennent de sécouler en votre généreux pays, cest la France, la grande Nation Protectrice de lEmpire dAnnam, qui est accueillie avec vous dans ce palais en fête.


    Phnompenh

    11 octobre.

    Le bon Père Charles Ackermann vient de séteindre pieusement au séminaire de Culaogien, le 9 octobre, après de longs mois de souffrances supportées avec une résignation et un abandon joyeux à la volonté divine qui ont fait lédification de tous ceux qui ont vécu à ses côtés. A lentendre parler de sa mort dune façon si calme, à le voir faire fréquemment le pèlerinage au cimetière et prier à lendroit où devait être creusée sa tombe, les confrères et les élèves du séminaire pouvaient mieux comprendre la parole euge, serve bone et fidelis.... Le bon serviteur, le charmant confrère, le professeur dévoué qui depuis 38 ans, toujours au même poste, avait si bien rempli sa tâche pouvait attendre en paix lheure du repos et de la récompense.

    Monseigneur Herrgott dont il avait été lami et, de 1896 à 1928, le collaborateur avait tenu, après une dernière visite faite quelques jours plus tôt, à venir assister à ses derniers moments et à présider aux obsèques qui eurent lieu au milieu dun grand concours de confrères et de prêtres annamites.

    Cette mort était attendue, cependant elle a profondément impressionné.
    La ville de Phnompenh dont, malgré la crise, on poursuit lembellissement subit des transformations motivées par les nouvelles conceptions de lurbanisme. Après le pont des Nagas qui, face au Phnom, mettait sa note de style kmer sur un coin de la ville, voici que lon détruit encore un nouveau pont ; celui-ci plus célèbre et que lusage courant désignait sous le nom de Pont des Dollars.

    Les vieux Kmers auraient voulu quon le conservât, quitte à faire les aménagements nécessaires ; leurs desiderata nont pas été pris en considération et cest regrettable.


    Bangkok.

    30 septembre.

    Signalons en bloc, le passage à Bangkok des Pères Villebonnet et Vignaud de la mission de Hanoi ; du Père Anoge dOsaka et du Père Cavaillier du Laos, qui tous ont profité de leurs vacances pour faire de beaux voyages, sinstruire et réjouir les confrères heureux de les recevoir.

    Les noces dargent sacerdotales du cher Père Broizat ont été célébrées à Banplaina, son poste principal, le 8 septembre dernier. Dix confrères européens et quatre prêtres indigènes manifestaient par leur présence, toute la sympathie quils éprouvaient pour le jubilaire. Inutile de dire que la fête fut brillante en tous points. Trois musiques se relayaient sans arrêt pour ensevelir les assistants Pères et chrétiens dans des flots dharmonie. Des chants en annamite et en siamois furent exécutés avec brio par les élèves des écoles des différents postes. Plusieurs compliments enrubannés et enluminés rappelèrent à tous les échos la vie bien remplie du jubilaire. Le sermon de circonstance donné par le Père Richard déroutant en majestueuses parallèles les fonctions de la Sainte Vierge et du Prêtre fut particulièrement goûté. Des fusées desprit, fruit des insomnies du cher Père Ollier, jaillirent au dîner et pétillèrent à lheure des toasts, risquant même déteindre les bulles étincelantes découvertes jadis par Dom Pérignon. Malgré la saison des pluies, le temps resta serein et permit aux confrères dagréables excursions dans les environs. Banplaina se trouve caché dans une immense plaine de verdure sillonnée de fleuve et de canaux. De très nombreux annamites se trouvent disséminés dans leurs méandres et sadonnent à la pêche. On y vit heureux, loin du tumulte, bien que la crise mondiale nait point épargné ce petit coin de lunivers. Le Père Broizat qui le connaît par cur et laime de tout son cur sait y faire germer les vertus et les conseils de lEvangile. De nombreuses vocations sacerdotales et religieuses le prouvent. Nous lui souhaitons bon courage pour continuer sa rude besogne et nous lui promettons bien volontiers, pour soutenir son apostolique ardeur, lardeur non moindre de nos prières.

    Le boycottage des marchandises japonaises au Siam continue, dailleurs encouragé par de vigoureux appels qui paraissent dans la presse chinoise. Un journal, le Chin Chong Yidpho, vient dêtre supprimé par le Préfet de Bangkok pour ses articles virulents. Disons dailleurs que la suppression temporaire des journaux à Bangkok par le nouveau Gouvernement devient fréquente. Cinq en moins de cent jours ont vu leur prose mise aux arrêts pour des périodes plus ou moins longues. Il est vrai que les tolérer serait folie, quand, tel le dernier en date, ils urgent le Siam de copier les méthodes bolchévistes. La Russie seule peut encore faire bénéficier aujourdhui, paraît-il, le Siam, de ses manières dagir, alors que lAngleterre, la France et même lAmérique nont que très peu à offrir au Siam en ce qui concerne les théories politiques et économiques. Nous espérons que le Gouvernement saura réagir contre de pareilles utopies faites pour conduire à labîme le peuple qui les suit.

    La Société de Géographie Commerciale et dEtudes Economiques dont le Président est Monsieur Louis Marin vient de décerner, le 22 août 1932, le Prix Radius à la Révérende Mère Marie Bernard, Prieure des Ursulines à Bangkok jusquen avril dernier et maintenant, Prieure de Regina Cli à Chiengmai. Le Prix Radius est décerné chaque année, par une commission spéciale, à un Religieux français qui par laction ou par la langue, a contribué au rayonnement de la France dans le monde. Le titulaire de ce prix reçoit un diplôme spécial, le titre de membre correspondant de la Société et un chèque de 2000 francs.

    Nous joignons très respectueusement nos félicitations à celles de la Société de Géographie et nous prions Mère Marie Bernard et ses Religieuses Ursulines, de les agréer.

    Le dimanche 25 septembre, Mgr Perros a solennellement béni le nouveau Couvent des Religieuses Indigènes dirigé par les Surs de Saint Paul de Chartres. Construit à Khlong Toi, faubourg de Bangkok, par un architecte italien, le nouveau Couvent est spacieux, bien aéré et muni de tous les perfectionnements que réclame lhygiène moderne. Sur Séraphine, la Supérieure, na rien négligé pour rendre attrayant et confortable cet Etablissement à celles qui lhabitent ordinairement ou transitoirement. Nous pouvons même dire quelle a remporté le suffrage non seulement de toutes ses Surs pour luvre splendide et durable quelle vient dachever non sans peines morales et matérielles, mais encore celui de tous les membres de la mission qui tinrent à lui offrir leurs félicitations. Malgré la crise économique qui sévit actuellement très dure au Siam, Sur Séraphine a réalisé un édifice durable et digne dabriter les Epouses de Jésus-Christ. Nous aimons à signaler en particulier la Chapelle où dans une paisible et divine atmosphère se formeront des générations dâmes éprises didéal et dascétisme. Daigne Dieu bénir ce Couvent en lui faisant augmenter le rayonnement de ses uvres appréciées depuis longtemps déjà dans toute la mission de Bangkok.

    Graves désordres scolaires.
    La mission catholique de Bangkok toute entière déplore les malheureux incidents qui viennent dobliger les Chers Frères de Saint Gabriel à fermer les portes de deux de leurs plus florissantes Institutions scolaires au Siam pour une période indéterminée.

    Le vendredi 9 septembre, alors que le signal de la rentrée des classes était donné par la cloche, au Collège de lAssomption, tout un groupe délèves des classes supérieures danglais et de français se mirent à vociférer un appel aux jeunes les convoquant durgence dans la grande salle de lEtablissement. Une débandade sen suivit et près de neuf cents voix répondirent à lappel sur les dix-sept cents élèves présents. Un certain Sakul Na Samsen, fils dun sénateur siamois, vint alors inviter le Cher Frère Frédéric, Directeur, à se rendre à la grande salle et à entendre sa proclamation. Celle-ci comprenait trois demandes aux Autorités du Collège :

    1º Réduction des tarifs décolage,
    2º Fermeture du Collège les jours de certaines fêtes bouddhiques,
    3º Réadmission de deux élèves renvoyés pour indiscipline.

    En sage, le cher Frère Directeur se garda bien de signer séance tenante, ainsi quon lexigeait, cette triple demande. Il répondit simplement, après consultation, que le Collège congédiait immédiatement tous les élèves et quune réponse serait donnée le lundi 12 aux demandes faites.

    Satisfaits de leur exploit, nos jeunes collégiens sempressèrent ensuite de louer quinze autobus pour se rendre au Collège Saint Gabriel où ils lurent à nouveau leur proclamation. La conduite du cher Frère Hubert, Directeur, fut identique à celle de son Confrère de lAssomption. Il licencia les élèves, sans rien signer.

    Entre temps, la liste des agitateurs et des promoteurs de la révolte, au nombre dune trentaine environ, était bénévolement communiquée aux Frères.

    Inutile dajouter que la presse locale eut une abondante copie ce jour-là. Mais le plus incompréhensible est que, même avant lévénement, certain journal siamois, au matin du 9, annonçait déjà la révolte dans ses colonnes et que plusieurs de ses photographes et reporters se trouvaient au Collège au moment même du tumulte. On se trouvait donc devant un petit Coup dEtat parfaitement préparé et organisé. On eut de plus la certitude, peu de temps après, quun certain nombre de parents soutenaient les revendications de leurs enfants et les engageaient à lindiscipline.

    Il ne restait donc aux Autorités des Collèges de lAssomption et de St. Gabriel, que la ressource de laisser passer la vague dinsubordination et de lui fermer leurs portes. Cétaient deux mille cinq cents élèves quon mettait en vacances forcées dont deux mille au moins contre leur gré et surtout contre le gré des parents. Cette décision néanmoins simposait. Tous les journaux européens et la majorité des journaux siamois la souhaitaient. Il nest pas concevable en effet que trois douzaines de cervelles détraquées viennent imposer des conditions à des Autorités entièrement libres dagir à leur gré. Nul parent en effet nest forcé de faire instruire ses enfants dans les Collèges Catholiques de la mission. Par contre tout parent, en les y envoyant, accepte le règlement qui sy pratique et les charges quil impose. On ne peut reprocher aux Autorités des Collèges que davoir été parfois trop indulgentes en tolérant la présence de certains mauvais sujets. Leur esprit de foi qui leur montrait les âmes susceptibles dacheminement vers la religion catholique, les empêchait quelquefois de frapper dexpulsion des têtes légères, au détriment de lesprit de discipline. Ce grave désordre scolaire les obligera désormais à un recrutement plus sévère, à une judicieuse sélection parmi les sujets, à consacrer enfin tous leurs efforts à la formation religieuse, intellectuelle et morale dune élite qui ne peut que faire croître le prestige et la renommée de leurs Collèges.

    Faut-il ajouter que le Siam tout entier passe par une crise dEducation et que lAutorité nombrage plus les Institutions publiques ? Si le temps modifie les constitutions politiques il ne lui appartient pas cependant de changer la Morale, la Discipline, lObéissance, lHonnêteté, la Reconnaissance.

    En se révoltant de propos délibéré les jeunes des Collèges de lAssomption et de St. Gabriel, ont, en dehors du mauvais exemple donné, prouvé leur manque dattachement à leurs Maîtres, voire leur ingratitude pour lenseignement reçu et leur peu de valeur humaine. Dans ce cas il était donc totalement inutile de leur donner une réponse le lundi 12. On ne traite pas avec des écervelés. Aussi le Collège de lAssomption afficha simplement sur sa porte principale cet avis : 1º) Le Collège est fermé pour une période indéfinie. 2º) Les Autorités du Collège se mettent à la disposition des parents des élèves qui désirent les consulter. 3º) La réponse quon devait donner aujourdhui aux élèves, a déjà été publiée par tous les journaux du 10 courant.

    Cette réponse, très ferme, était quaucune des trois demandes ne pouvait être ni discutée ni accordée. LAutorité restait maîtresse de ses droits et privilèges. Elle souleva une réunion de parents et délèves qui, canalisés par la police empêchant toute réunion au Collège de lAssomption, sassemblèrent dans un parc public et manifestèrent violemment contre les Collèges de la mission catholique. Plusieurs centaines, dit-on, jurèrent dabandonner ces Collèges et de sinscrire ailleurs. Nous ne pouvons que les encourager à le faire. Ils iront créer de nouveaux foyers dindiscipline, fomenter de nouvelles révoltes, mais du moins ne sèmeront plus la zizanie dans nos Etablissements.

    Il convient, en résumé, de remercier la Providence, qui, à son heure, a permis ce déchaînement scolaire. Qui sait si des troubles beaucoup plus graves ne se seraient point produits dans un avenir prochain, troubles désormais écartés nous lespérons, grâce à la sélection qui sopérera lors de la rentrée des classes. Sans illusion possible, on peut affirmer que les Collèges de la mission seront, même à cette date, lobjet dune mesquine jalousie. Déjà certains extrémistes officiels, sils losaient, demanderaient leur fermeture définitive. Cette perspective peut un jour se réaliser, mais à moins dun ordre gouvernemental entraînant probablement quelque complication diplomatique, elle ne peut pas être présentement envisagée. Limmense majorité des élèves ont suivi les meneurs, leurs grands camarades, comme des moutons de Panurge et regrettent, ainsi que leurs parents, leur attitude passée. Les exclure totalement de nos Collèges, serait presque une injustice. La rentrée sans doute est indéfiniment ajournée (1), mais la mission catholique et la France ont à cur de ne point laisser disparaître leur influence séculaire et de faire germer encore, malgré linstabilité politique actuelle, des énergies bienfaisantes, des caractères généreux, des âmes fortes que les chers Frères de St Gabriel, malgré leur pénible expérience, sengagent toujours et courageusement à modeler, à instruire et à élever daprès les salutaires principes de lEvangile de Jésus-Christ.

    ___________________________________________________________________________
    (1) LAvenir du Tonkin, à la date du 1er octobre, annonçait que les collèges de lAssomption et de St Gabriel rouvriraient leurs portes le 11 octobre.


    Malacca

    27 septembre.

    La mort de Monseigneur Perrichon a jeté le deuil sur la mission de Malacca... Mgr est mort à Malacca où il avait passé 21 ans de sa vie de missionnaire. Après avoir donné la confirmation, le dimanche 7 août, il se sentit indisposé. Le malade pensait que quelques jours de repos le remettraient sur pied, mais la Providence en avait décidé autrement. Une maladie de cur, compliquée dun élargissement du foie, fit de rapides progrès et enleva le malade en quelques jours.

    La retraite des missionnaires a eu lieu du 12 au 16 septembre ; elle a été prêchée par le R. P. Tournier, Rédemptoriste dIndochine. Le prédicateur a mis tout son cur et toute son énergie à faire de nous des hommes nouveaux ; il a eu la bonté de nous dire quil était content de nous et nous lui sommes très reconnaissants du bien quil nous a fait. Le Père restera pendant quelques mois en Malaisie, sa connaissance de langlais et du français lui permet de faire un travail assez étendu : retraites des Frères et des Surs, retraites des enfants des écoles, etc..

    Les PP. Fourgs et Goyhénètche nous ont quittés mercredi dernier, 21 septembre ; ils vont en France sur lordre de la faculté ; lun souffre dune maladie de reins et lautre veut essayer de se débarrasser dun souvenir gênant de la guerre : une balle qui sest logée près du cur et na pu encore être extraite. Ces deux derniers départs portent à cinq le nombre de nos confrères en congé.

    Les PP. Devals et Souhait, partis depuis quelques mois, vont beaucoup mieux, Vichy fait des merveilles, paraît-il. Nos confrères vantent beaucoup les agréments de la Maison du Missionnaire et laccueil cordial quon y reçoit. Ils recommandent à ceux qui voudraient y faire un séjour demporter des cartes postales, vues et projections de leur mission. Cest un renseignement qui peut avoir son utilité. Le P. Hermann est en Alsace.

    7 octobre.

    La mort de Mgr Perrichon va apporter des changements dans notre mission. Mgr Barillon a envoyé à Rome sa démission dEvêque de Malacca. Cette démission vient dêtre acceptée. Mgr est nommé Administrateur du diocèse. Les confrères envoient cette semaine leurs votes pour lélection dun nouvel évêque de Malacca.

    La Malaisie est en mal de Commissions de Retranchement. Le Gouvernement a les siennes, les municipalités suivent lexemple ; celle qui nous intéresse le plus est la Commission des Ecoles aidées par le Gouvernement. On sattend à une diminution de personne et à une diminution de salaires, avec une augmentation des honoraires à payer par les élèves. Tout cela ne dit rien qui vaille. Les Frères et les Surs sont sur le qui-vive. La décision doit être donnée dans quelques jours.

    Singapore voit augmenter son personnel ecclésiastique. Aux deux procureurs belges Pères de Scheut qui sont déjà installés ici depuis un an et plus, sont venus sajouter deux Pères espagnols. Ces derniers résident à lécole des Frères à qui, tout en se perfectionnant dans la langue anglaise, ils servent de chapelains. Un autre Père, de la mission hollandaise de Banka, viendra habiter avec le P. Lee, à léglise chinoise à Singapore, pour étudier le chinois.

    Tous ces Pères nous rendent service pour les messes du dimanche et le ministère.
    Notre doyen, le P. Belliot, est encore dans le mouvement. Il habite à 15 kilomètres de Singapore et venait nous voir tous les quinze jours. Il a réduit la période dabsence à huit jours, cette semaine il est venu trois fois. Ses 84 ans nont pas lair de trop lui peser.


    Mandalay

    4 octobre.

    Le P. Roche et les PP. Trezzi et Lacoste, Bétharamites, après une cure de trois semaines à la léproserie St Jean, ont regagné Bhamo pour se remettre avec ardeur à létude du shan.

    Le P. Pâquet dont les journaux locaux nous annonçaient larrivée probable pour le 28 septembre est arrivé en effet à la date indiquée, plein de santé et prêt à reprendre le harnais. Avec quelle impatience on lattend sur les montagnes katchines !

    Dautre part, nous attendons dans quelques jours un nouveau confrère de Paris, le P. Cassan, du diocèse de Rodez. Quelle joie pour tous de voir les cadres se rajeunir ! La mission va-t-elle voir enfin luire des jours meilleurs ?

    Malheureusement, notre vieil évêque, Mgr Foulquier, est en ce moment bien fatigué : inflammation de lil opéré il y a deux ans, avec accompagnement de fièvre et perte dappétit. Espérons que les bons soins du spécialiste qui le traite ne tarderont pas à le remettre sur pied.

    Mgr Falière est allé se reposer quelques jours à Maymyo des fatigues de septembre. Septembre est en effet un des mois les plus pénibles à Mandalay : par surcroît, cest aussi le mois des statistiques, des comptes rendus en triple et en quadruple, et autres paperasseries, casse-tête inconnu des premiers Apôtres et qui explique très bien la nécessité de quelques jours de repos.


    Pondichéry

    septembre.

    Le Trait dUnion
    Pondichéry. Le 21 août, retraite du mois pour les confrères de Pondichéry et des environs.

    Le 28, fête de Monseigneur. La veille au soir, Sa Grandeur veut bien se rendre au séminaire pour recevoir les souhaits de bonne fête des directeurs et des séminaristes et leur apporter sa bénédiction et ses encouragements ; lannonce dun congé et... dun bon dîner est accueillie par des applaudissements unanimes. Le lendemain dimanche, Monseigneur célèbre la Ste Messe à la cathédrale et distribue la communion à de nombreux fidèles. A midi, tous les confrères du chef-lieu et des alentours sont réunis au réfectoire ; avant de se mettre à table, le P. Gayet se fait linterprète des confrères présents et absents et offre à Monseigneur les vux de tous ; dans sa réponse, Sa Grandeur a un mot aimable pour chacun. Le soir, à 4 heures, cest le tour des chrétiens : réunis devant la cathédrale, ils commencent par offrir des guirlandes et des bouquets à Monseigneur et aux confrères qui laccompagnent ; les compliments viennent ensuite, lun en français, lautre en tamoul : tous les deux disent bien haut jusquà quel point Monseigneur a conquis tous les curs et le félicitent chaudement de sa promotion au grade de Chevalier de la Légion dhonneur. Sa Grandeur remercie et nomme tous ses diocésains chevaliers du Christ et défenseurs de la religion. La cérémonie se termine par la bénédiction solennelle du St Sacrement.

    Mahé. Le 7 de ce mois de septembre, Mgr Colas, accompagné par le P. Morin et le P. A. Leblanc, quittait Pondichéry vers les 4 heures de laprès-midi, en route pour Mahé, où il allait administrer la Confirmation, et voir ce petit établissement français de la côte Malabare, dont la chrétienté navait pas eu la visite de son Archevêque depuis plusieurs années.

    Le voyage dura sept jours avec arrêts à Tindivanam, Bangalore (4 jours en raison du cinquantenaire du Collège St Joseph) et Mysore.

    Le 13 était le jour de la dernière étape avant datteindre Mahé. La traversée du Coorg est très intéressante ; elle devait pourtant être agrémentée par de courtes ondées et, pour le P. Leblanc, manquer dun charme escompté, celui de faire la rencontre de quelque tigre ou de quelque éléphant. Enfin voici le pays Malabar : toute cette contrée de lOuest intéresse vivement Mgr Colas et ses compagnons de voyage ; laspect du pays, les gens du Maléalam, tout est différent des contrées tamoules. On arrive à Tellichery, encore 5 milles et cest la rivière de Mahé. Le vieux pont de bois de Mahé a été emporté par les eaux ; dans quelques mois il sera remplacé par un pont solide, déjà bâti mais pas encore livré à la circulation, et il faut passer la rivière sur un bac. Dès que la voiture archiépiscopale paraît, le canon se fait entendre sur la rive française, où le P. Loyon, M. lAdministrateur et les habitants de Mahé sont groupés. Après débarquement et les premières salutations, Mgr lArchevêque est conduit en demi-procession jusquà léglise devant laquelle le Curé de Mahé souhaite la bienvenue à Monseigneur : un salut du T. S. Sacrement terminait cette réception solennelle.

    Le Sacrement de Confirmation fut administré par Mgr Colas à une cinquantaine denfants, le dimanche 18, en présence dune foule de chrétiens, et de païens aussi, qui remplissaient la vaste église. Cinq jours pleins ont été passés à Mahé ; le P. Loyon était si content de posséder Mgr Colas quil sest du coup trouvé beaucoup mieux, et a pris lengagement de tenir bon au moins jusquau mois de mars prochain.

    Toute fête a son lendemain ; Mahé et tout le Malabar ont beau être enchanteurs, il a fallu songer au retour. Le 19 on se remettait en route via Calicut et Palghat pour arriver à Coïmbatore dans la soirée. Là, une fois de plus, il a été donné aux voyageurs dexpérimenter lamabilité si franche et si cordiale de Mgr Tournier. Le 21, Mgr Prunier étant absent, le motor car brûlait la politesse à Salem, et vers les 4 heures de laprès-midi, Mgr Colas et les confrères qui laccompagnaient arrivaient à Eraiyur juste à temps pour clôturer le Jubilé de 25 ans de prêtrise du cher P. Trideau.

    Le jeudi matin 22, après avoir salué au passage les confrères de Cuddalore, Mgr Colas, le P. Morin et le P. Leblanc, rentraient dans la cour de la mission, après une absence de 15 jours et un voyage on ne peut plus agréable.


    Mysore

    septembre.

    Des Noces dor à Bangalore.
    Lannée 1932 a apporté avec elle le cinquantième anniversaire de lélévation du Père Vissac au principalat du Collège Saint-Joseph et de laffiliation de lécole à lUniversité de Madras.

    Les fêtes viennent de se terminer, et le Collège fidèle à sa devise : Fide et labore et à son emblème, une croix avec deux abeilles en quête de miel, a repris sa course vers de nouveaux travaux, de nouveaux succès, et de nouveaux anniversaires.

    Quand on étudie lhistoire dune uvre importante à ses premiers débuts, la même impression est toujours infailliblement ressentie : à la base de cette uvre il y a toujours quelquun et chez ce quelquun ce qui domine, cest la force dâme, lesprit dentreprise et une foi profonde.

    Celui qui est appelé à bon droit le fondateur du Collège Saint-Joseph possédait, lui aussi, ces trois qualités, pour ne pas dire ces trois vertus qui font de quelquun un homme.

    Le P. Vissac avait 34 ans en 1882, et, ce qui ne gâtait rien, une constitution robuste au service dune force extraordinaire de volonté et dun cerveau puissant. Ses uvres sont dailleurs le vivant portrait de sa personne. A peine mis en charge de lécole Saint-Joseph, le nouveau Supérieur fit un coup de maître en laffiliant à lUniversité de Madras : lécole Saint-Joseph prit le nom de Collège Saint-Joseph et le P. Vissac en devint le premier principal.

    Avant son affiliation à Madras, lécole St-Joseph végétait. Mgr Bonnand, Vicaire Apostolique de la Côte de Coromandel, en 1841, avait été le premier à concevoir limportance dun Collège catholique à Bangalore. Un terrain fut acheté à lendroit où sélèvent lévêché actuel, lécole St. Aloysius et léglise Saint François-Xavier. Mais ce fut Mgr Charbonnaux qui mit le projet à exécution. En 1858 une école fut ouverte aux enfants européens : cette école dailleurs ne leur était pas réservée exclusivement, car lInstitution St-Joseph était en même temps Séminaire et Orphelinat. Ces trois éléments plutôt hétérogènes étaient peu favorables au développement et à la concorde. Les anciens de la mission désiraient à tout prix conserver lunion, les modernes le voulaient moins. Ces derniers gagnèrent leur première victoire en 1865, date de la séparation des séminaristes davec les pensionnaires et les orphelins. Une seconde victoire fut remportée en 1875 : les orphelins vinrent sinstaller à Saint Patrick et laissaient les 64 pensionnaires européens auxquels sajoutaient 86 externes, seuls maîtres du lieu.

    Le P. Vissac prit les rênes en 1882. Les vieux bâtiments furent vite démolis et remplacés par une nouvelle et gracieuse bâtisse, lévêché actuel. Lemplacement avait cependant un sérieux inconvénient, celui de se trouver éloigné du centre de Bangalore. Aussi lambition du nouveau principal était-elle de transporter le Collège dans le cur même de la ville. Lhomme entreprenant quétait le P. Vissac eut raison de toutes les difficultés et, en 1894, un nouveau bâtiment sélevait dans le quartier St. Patrick. En 1898, le nouveau Collège souvrait avec 100 internes et 89 externes.

    Quand en 1902, vaincu par la maladie, le P. Vissac dut abandonner le gouvernail, il laissait entre les mains de son successeur, non plus lobscure école de 1882, mais un véritable collège avec un personnel enseignant de toute première valeur.

    Pendant douze ans, le P. Froger continue et complète le travail du P. Vissac. Le nouveau principal, nayant plus à se soucier de bâtisses quoique, lui aussi, ait fait agrandir le Collège, se fait remarquer surtout comme parfait éducateur et générateur denthousiasme ; désormais le Collège de Bangalore est un de ceux qui mènent le pas dans le Sud de lInde.

    En 1904, la Section Indienne se sépare de la Section Européenne et a pour premier Principal, le P. Blaise, de 1904 à 1912. Les années passent, le nombre des élèves augmente toujours, et force est de bâtir de nouveau. Le principalat du P. Aucouturier commence : ses chefs-duvre dureront et avec eux, le souvenir dun travailleur acharné, et infatigable.

    De nos jours les bâtiments de lInstitution Saint-Joseph comptent une unité de plus bâtie en 1924, également par le P. Aucouturier, et qui abrite les étudiants se préparant aux examens plus élevés de lIntermediate et même du B. A. Cette Section appelée le Collège Departement comprend cette année 336 étudiants et étudiantes, ce qui porte le nombre actuel des élèves de Saint-Joseph à plus de 1800.

    Pour célébrer le cinquantième anniversaire de laffiliation du Collège à lUniversité de Madras, des fêtes ont donc été organisées les 9, 10 et 11 septembre. Sept évêques y prirent part : autour de Mgr le Délégué Apostolique et de Mgr Despatures, nous avions la joie de voir Mgr Morel, ancien archevêque de Pondichéry, et son vénéré successeur, Mgr Colas. Les missions de Salem et de Coïmbatore étaient dignement représentées par NN. SS. Prunier et Tournier. La mission de Kumbakônam elle aussi voulut prouver une fois de plus sa reconnaissance et son attachement à la vieille Société des M. E., et nous disons un grand merci à Mgr Peters qui est venu lui-même assister aux fêtes.

    Par leur présence, les 7 prélats et les 50 prêtres, ont montré leur attachement au vieux Collège, cette uvre magnifique qui restera, selon les propres paroles du représentant du St Père, une des gloires de la vaillante Société des Missions-Étrangères... Saint-Josephs College not only will save their name from oblivion, but it will enshrine those name with an aureole of perennial gratitude and remembrance....

    Ces paroles ne sont-elles pas dailleurs lécho de celles prononcées le 11 novembre dernier par notre Vénéré Supérieur Général ? Navait-il pas, lui aussi, prodigué ses chaleureuses félicitations et ses paternels encouragements ?

    Et tout récemment, au cours des nombreuses réunions tenues à loccasion du Jubilé, tous les délégués des anciens élèves nont-ils pas été unanimes à louer le bon travail effectué au Collège ? Tous, européens ou indiens, catholiques ou brahmes, ont rendu un hommage émouvant à ceux qui firent Saint-Joseph, à ceux qui le firent parce quune uvre de ce genre était indispensable.

    Le Collège Saint-Joseph est fait, et cest dun cur généreux, saignant peut-être, mais tout de même heureux, que la Société des Missions-Étrangères est disposée à remettre entre dautres mains moins chargées, luvre des Vissac, des Froger et des Aucouturier.


    Coïmbatore

    22 septembre.

    Parmi les événements qui ont rompu la monotonie du cours ordinaire des choses dans la mission de Coïmbatore, il convient de signaler la tournée de confirmation de Mgr Tournier à Karamattampatty, première résidence épiscopale de la mission quand elle fut séparée de Pondichéry. Sa Grandeur nétait pas encore complètement remise des suites de la fièvre contractée dans son voyage sur les montagnes. La fatigue ramena la fièvre qui, heureusement, ne dura que deux jours.

    Mgr Roy, ancien évêque de Coïmbatore, après avoir passé quelques mois au Sanatorium St Théodore vient de rentrer au milieu de nous. Le repos dont il a joui, le climat printanier des Montagnes Bleues et les bons soins du P. Pessein, Supérieur de St Théodore, lui ont rendu quelques forces. Espérons que les chaleurs de la plaine ne léprouveront pas trop et quil pourra rester à Coïmbatore pendant une longue période.

    Le P. Castanié, fatigué par lâge et surtout par les soucis que lui a occasionnés un grave malentendu entre ses chrétiens et les païens des environs, est allé demander à lhôpital Ste Marthe les soins dévoués des religieuses du Bon Pasteur, qui, nous lespérons, le rajeuniront et lui permettront de revenir bientôt, plein de forces nouvelles, dans son district si aimé.

    Les PP. Petit, V. G. et Panet, procureur de la mission ont fait dernièrement un voyage dexploration sur un coin des montagnes du nord de la mission pour y étudier sur place les dispositions dune tribu montagnarde que lon cherche depuis longtemps à convertir. Quelques familles ont manifesté un certain désir de conversion. Daigne le Bon Dieu bénir les efforts du P. Martial qui est en charge de cette région, et lui accorder la consolation de fonder prochainement une nouvelle chrétienté sur ces montagnes.

    Les Religieuses Missionnaires de Marie consacrent plusieurs jours chaque semaine à visiter les environs de Coïmbatore, soignant les malades, distribuant des remèdes, administrant des baptêmes et annonçant la bonne nouvelle à de nombreux païens qui ne savent guère encore ce que cest que la vraie religion. Un catéchiste les accompagne et sefforce dinstruire les païens. Espérons que leur zèle sera récompensé par de nombreuses conversions.

    Le petit séminaire est en ce moment éprouvé par linfluenza. Quatre séminaristes sont à lhôpital et le Supérieur, le P. Perrière, paye son tribut à la maladie. Heureusement, personne nest gravement atteint et quelques jours de repos suffiront pour remettre tout le monde sur pied.

    Salem

    25 septembre.

    Daprès le dernier recensement, la population catholique du diocèse sélève à 22.044.
    La moisson du présent exercice a donné :

    Baptêmes:
    dadultes païens 457
    denfants 132
    in art. mortis640
    dadultes 45
    Conversions de protestants 45

    Mgr Prunier, à son retour de Bangalore, où il était allé à la réunion des évêques de la province ecclésiastique de Pondichéry et au cinquantième anniversaire de la fondation du Collège, après avoir solennisé le deuxième anniversaire de sa consécration épiscopale par une messe pontificale célébrée à la Cathédrale, en présence dun bon nombre de confrères, est parti, accompagné du P. Mathew Talashira en tournée de confirmation à Cadagatur, chez le P. Chevallier qui lui réservait lhonneur de bénir sa nouvelle église.

    Le P. Mercier joint à sa charge de curé de la Cathédrale, celle daumônier des prisons ; en raison de cette dernière charge il accompagnait, ces jours-ci, jusquau pied de la potence un condamné à mort quil avait préparé au dernier sacrifice.

    Le talent oratoire du P. Bulliard a été mis à contribution par Bangalore pour la prédication dune neuvaine à la paroisse de Blackpally et dune retraite au Couvent du Bon Pasteur.

    Le zèle apostolique du P. Ligeon garde toujours son même potentiel dardeur conquérante. Devant le flux montant de ses néophytes, il caresse lespérance davoir bientôt une grande et belle église qui pourra contenir toutes ses ouailles. En attendant, il répare la toiture de léglise actuelle.

    Le P. Devin est en train de crépir les murs de son presbytère, mettant ainsi la dernière main à ses travaux de bâtisse : il va être logé un peu plus confortablement quil ne la été jusquici.

    Les PP. Massol et Sovignet, après un mois de repos au Sanatorium, y ont laissé le P. Brun en tête à tête avec le bon P. Pessein, et ont rejoint leurs postes.

    Les PP. Playoust et Chassain souffrant toujours de crampes destomac, sont allés se faire traiter à lhôpital Ste Marthe, à Bangalore, espérons quils y trouveront quelque adoucissement à leurs souffrances grâce aux bons soins qui leur seront prodigués.

    Le P. R. Michotte nous annonce quil sembarque le 18 novembre : il sera donc de retour parmi nous dans la première quinzaine de décembre.


    Séminaire de Paris

    1er septembre.

    Un deuil sensible et bien inattendu vient frapper toutes les uvres missionnaires. Le Cardinal Van Rossum, Préfet de la Propagande, vient de mourir en Hollande, pendant que Son Eminence y prenait quelques jours de repos. Tous les confrères auront pour lui une prière spéciale.

    Les Partants sont rentrés au Séminaire le jeudi 18. Lun deux, M. Quéguiner, destiné au Sikkim, est retenu dans sa famille par la maladie et devra différer son départ, bien quil soit en bonne voie de guérison.

    Le 28, fête patronymique du diocèse de Versailles, les Partants ont accompli les cérémonies à la grandmesse et aux vêpres à léglise paroissiale de Meudon. M. le curé avait organisé ce jour-là une journée de missions. Le P. Sibers fut lorateur du jour.

    Les cérémonies de départ auront lieu le vendredi 9 septembre pour les passagers de la ligne dIndochine, et le dimanche 18 pour ceux de la ligne de Chine et du Japon.

    Les aspirants de Paris et de Bièvres ont leur rentrée fixée au 7 septembre. Mgr le Supérieur arrivera le 6 au soir.

    De passage à Paris MM. Sibers et Davias.
    Admissions : 27 à 33 MM. Belleville, du diocèse dAnnecy ; Chaumieau, de Luçon ; Vaxelaire et Claudel, de St Dié ; Drulhe, de Rodez ; Jeanningros, de Besançon et Leblanc, de Nantes.

    Plusieurs nouveaux, admis lan dernier et retenus chez eux pour diverses raisons, arriveront cette année.

    15 septembre.

    Mgr le Supérieur est rentré le 6 septembre de ses vacances prises à St-Pol-de-Léon. Il y avait eu la visite au cours du mois daoût du P. Pâquet rentrant en Birmanie, et celle du P. Thibaud, directeur des postulants. Ceux-ci ne sont pas moins de 12 dans le seul diocèse de Quimper. Et il semble évident quil est possible den recruter beaucoup dans les autres diocèses, si chacun de nous sefforce de les découvrir dans son pays respectif.

    A Montbeton, le P. Harnois est gravement malade. Il a écrit à Mgr le Supérieur une lettre dadieu admirable. Prions pour lui.

    Le P. Gavan Duffy, qui était venu assister au Congrès Eucharistique de Dublin, a passé par Paris retournant aux Indes. Plus que jamais, il y jouera un rôle de premier plan dans lorganisation des écoles catholiques, quil a mises sur un pied si satisfaisant dans larchidiocèse de Pondichéry.

    Le 8 septembre, le T. R. P. Gillet, Maître Général de lOrdre de St Dominique, bénissait à Saint Philippe du Roule le mariage de M. André Duboscq, rédacteur au Temps. Mgr de Guébriant, qui est lié avec ce dernier, assistait à la cérémonie.

    Le P. Robert consacre les dernières semaines de ses vacances à un voyage détudes en Algérie, en la compagnie de Mgr Olichon, directeur général de lU. M. C.

    La cérémonie du premier départ a eu lieu le vendredi 9. M. Boulanger, dans son allocution dadieux, a commenté, en lappliquant à chacune des missions échues en partage à ses auditeurs, le texte : Funes ceciderunt mihi in prclaris.

    Alertés par un article du journal Le Temps paru au cours de laprès-midi, un certain nombre de reporters sont venus aux informations, et le lendemain matin lEcho de Paris, le Journal, Figaro, lAmi du peuple, Excelsior publiaient un compte rendu sympathique et élogieux.

    Les nouveaux aspirants arrivent peu à peu, et sauf ceux qui sont retenus par le service militaire, tous seront présents le 18, dernière date fixée pour leur entrée.

    De passage à Paris MM. Raoult, Gracy, Roger, Fargeton, Delalex et Gavan Duffy.
    Admission Nº 34. M. Béliard, du diocèse de Nantes.

    Départs de Missionnaires. Les nouveaux missionnaires dont les noms suivent se sont embarqués à Marseille le 14 sur le Bernardin de St Pierre: MM. Laborie (Ningyuanfu), Pouvreau (Lanlong), Caillon (Hanoi), Ronsin (Vinh), Groslambert (Thanh hoa), Tricoire (Saigon), Douchet (Hué), Meunier (Bangkok), Cassan (Birmanie Sept.), Audiau (Coïmbatore).



    1932/842-887
    842-887
    Anonyme
    France et Asie
    1932
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