Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Chronique des Missions et des Etablissements communs 8

Chronique des Missions et des Etablissements communs Tôkyô Symptôme d’évolution religieuse au Japon.
Add this
    Chronique des Missions et des Etablissements communs
    Tôkyô

    Symptôme d’évolution religieuse au Japon.

    Les 10, 11 et 12 juin, à Tôkyô, dans le grand Hall de l’Université Impériale, s’est tenue une réunion plénière des Supérieurs des lycées de jeunes filles. Tout collège reconnu officiellement par le Ministère de l’Instruction Publique s’y trouvait représenté. Directeur nous-même d’une école secondaire approuvée, nous fûmes convoqué à cette réunion. C’était une excellente occasion pour nous renseigner sur la mentalité des éducateurs japonais, aussi nous fîmes-nous un devoir de nous y rendre.

    758 directeurs du Japon, de la Corée, de Formose s’y trouvaient présents, dont cinq ou six femmes, une religieuse du Verbe Divin, un pasteur japonais, un bonze et un missionnaire des Missions-Étrangères. Atmosphère cordiale, discussions courtoises. Les débats étaient dirigés par un directeur du Ministère de l’Instruction. Une trentaine d’employés appartenant à ce même Ministère et répartis en plusieurs bureaux prenaient des notes.

    Le 10, à 9 heures du matin, la séance fut ouverte par un magistral discours du Ministre de l’Instruction publique.

    Différentes questions relatives au règlement scolaire furent discutées et réglées. Contrairement à notre attente, la plus grande partie de ces conférences fut consacrée à la discussion de problèmes posés par les idées, spécialement par la question religieuse.

    Jusqu’ici, au Japon, les efforts des éducateurs se sont portés avant tout sur le culte national. Les maîtres, pour corroborer l’enseignement oral qu’ils donnaient à leurs élèves, conduisaient parfois ces derniers en pèlerinage aux temples shintoïstes. Ces pèlerinages furent assez souvent des occasions de brimer les enfants catholiques, qu’on accusait de manquer de patriotisme, ils furent aussi des occasions de décrier la religion catholique comme contraire aux Institutions Nationales.

    Or le gouvernement japonais est actuellement grandement préoccupé par la pénétration dans le pays des idées subversives made in Russia. Ces idées, il veut les combattre par tous les moyens. De là son appel aux éducateurs.

    Le problème religieux fut donc débattu au sein de l’assemblée qui se tenait à Tôkyô. Nous ne dirons rien des nombreux discours. Nous nous contenterons de donner les conclusions de ces débats. Seules, dans le cas présent, ces conclusions nous intéressent.

    I. — Evidemment l’esprit païen n’est pas mort. Quelques partisans de l’ancienne école voient, dans le renforcement du culte national, un remède efficace contre la poussée des idées communistes. Les représentants de cette école proposèrent donc d’accentuer le culte d’Amaterasu, comme déesse du Japon. Ils demandèrent encore que fut généralisée la pratique des pèlerinages aux temples shintoïstes. “Inutile, disaient-ils, de se mettre martel en tête pour traiter de la religion, puisque sur ce point le Japon est on ne peut plus favorisé”.

    Si flatteuse pour l’amour-propre japonais et, naguère encore, si en vogue dans le pays, cette proposition n’eut aucun succès. Signe d’un changement dans les esprits.

    II. — Une proposition contraire fut ensuite mise en avant, proposition sur laquelle ses auteurs insistèrent fortement et qu’ils appuyèrent par d’excellents arguments. Les salutations faites aux ancêtres de la patrie devaient, y disait-on, être expliquées par les directeurs des écoles dans un sens purement civil, comme des actes de respect, des marques de patriotisme.

    Celui qui dirigeait le débat expliqua clairement que de donner un sens religieux à ces salutations c’était aller en même temps et contre la liberté de conscience et contre la loi japonaise, puisque cette dernière reconnaît la liberté des cultes pour tous les citoyens de l’Empire. On ne devait s’exposer à blesser dans leurs croyances ni les bouddhistes ni les chrétiens. Vouloir interpréter ces cérémonies dans un sens religieux, c’était, ajoutait-il, s’exposer à les voir traiter de superstitions. Finalement la grande majorité se rangea à cette proposition.

    Sans doute, depuis longtemps déjà, le Ministre de l’Education prétend bien ne donner à ces cérémonies qu’un sens purement civil, mais, dans la réalité, les éducateurs ne manquaient pas de les interpréter dans un sens cultuel autant que national.

    Il est évident que le Ministère de l’Instruction Publique montre de nos jours beaucoup moins de timidité et beaucoup plus d’insistance. Ainsi, dans certains manuels d’histoire parus cette année, il est expliqué bien nettement qu’au caractère de Kami — divinité — on doit donner le sens de Kami — supérieur. — Les ancêtres de la Maison Impériale ne sont donc plus des dieux, mais des êtres supérieurs, des êtres dignes de respect et de reconnaissance de la part des sujets du Mikado. On ne réclame plus pour eux que le culte du patriotisme, culte auquel ils ont droit.

    Ainsi posée, la question n’offre plus de difficulté. Toutefois, ce problème ne sera définitivement réglé que le jour où il sera introduit quelque modification dans les cérémonies, par exemple par la suppression des Norito qui ont un caractère nettement religieux. Encore convient-il de dire ici que les enfants des écoles n’assistent pas à cette cérémonie. Chacune des écoles passe à tour de rôle devant le temple, les élèves font un salut en inclinant la tête, et tout est fini par là.

    Si donc il est ordonné par le supérieur de l’école de ne faire qu’un simple salut comme marque de respect, il y aura certainement progrès sur le passé.

    III. — Mais dans la réunion dont il est ici question, on alla plus loin encore. Jusqu’ici on ne pouvait pas parler de religion aux élèves. Or il fut demandé d’entretenir le sentiment religieux chez les élèves et même de le faire naître au besoin avec beaucoup de bienveillance chez les sujets qui en seraient dépourvus.

    Il est donc permis de parler religion aux élèves, seules sont interdites dans les écoles les cérémonies culturelles et les prières collectives. Beaucoup parmi les éducateurs présents ont donc reconnu la nécessité de la religion ; ils la considèrent comme une force dans le domaine des idées ; l’éducation religieuse a pris rang parmi leurs préoccupations. Tel est le fait nouveau.

    Que l’on arrive aux mêmes conclusions dans les assemblées de directeurs des lycées de garçons et surtout dans celles des directeurs des écoles primaires, il est hors de doute que la position de la religion catholique sera grandement modifiée. Les missionnaires, au lieu d’être considérés comme des hommes dont la doctrine ne cadre pas avec les Institutions Nationales, feront au contraire figure de personnages utiles dont on ne craindra pas de demander le concours.

    Pour ce qui regarde l’enseignement secondaire, nous n’avons pas grand souci. Les directeurs qui faisaient partie de la présente assemblée ont été ou seront supérieurs d’écoles de garçons, car ils sont souvent transférés d’une école à une autre et le milieu est assez homogène. Mais nous serions curieux d’avoir des pronostics sérieux sur le milieu primaire qui, loin d’avoir l’homogénéité du premier, varie au contraire beaucoup selon les différentes contrées. Attendons.

    En résumé, le Ministre de l’Instruction Publique s’efforce d’obtenir l’union de tous les citoyens dans le respect aux Ancêtres de la Patrie, cela en supprimant de la question tout le côté religieux ; il se propose en second lieu d’acquérir le concours de tous pour combattre les idées malsaines qui sont un danger pour le pays. Il irait peut-être plus loin, mais pour ce qui concerne la question des cérémonies religieuses, il y a au-dessus de lui le Conseil Privé de la Maison Impériale.

    De plus, il ne faut pas se faire illusion. Les Directeurs présents à l’assemblée n’avaient pas des idées bien nettes sur la religion, mais ils en sentent la nécessité et c’est déjà quelque chose. Ils se rendent compte aussi que les vieilles superstitions ne suffisent plus pour donner au peuple des convictions solides et pour le retenir sur la pente où l’entraînent les idées subversives. C’est là un symptôme.

    Ce sera peut-être le point de départ vers la recherche d’une religion sérieuse, une religion dont les principes s’accordent parfaitement avec le principe d’autorité sur lequel repose la puissance impériale. Cette religion, on ne la trouvera pas facilement en dehors du catholicisme. Ce pas franchi, ce sera l’heure de Dieu.

    Toutefois, humainement parlant, cette heure paraît encore lointaine. Si déjà, dans la classe moyenne, des gens se rencontrent qui reconnaissent que seul le catholicisme est de force à résister à la poussée des idées bolchevistes, les grands en général n’ont pas encore ouvert les yeux. Les ouvriront-ils à temps ? Tout est là.

    AUDIVI.
    6 juillet.

    Chronique.— Mgr Chambon s’est rendu au commencement de juin à Sapporo (Hokkaido), pour prendre part, comme premier assistant, au sacre de Mgr Kinold, premier évêque de la mission franciscaine, qui a reçu l’onction épiscopale des mains de S. E. Mgr Giardini, Délégué Apostolique. Le deuxième assistant était Mgr Sauer, de la mission de Wensan (Corée), confiée aux RR. PP. Bénédictins.

    Pour la première fois, la Confirmation a été donnée le 30 juin dans la nouvelle paroisse de Hongo, à Fujimae-cho, confiée à la direction du Père Steichen. Le P. Steichen, chargé en outre de la rédaction de la Revue Catholique, le Koye, était ces derniers temps très fatigué par suite d’une entérite persistante ; mais il y a espoir que son état va s’améliorer.


    Fukuoka
    6 juillet.

    Cette année la procession du Saint-Sacrement a pu se faire pour la première fois dans les postes d’Imamura, 2 juin, et de Kumamoto, le dimanche suivant.

    A Imamura, paroisse de 1800 habitants, la foule des chrétiens de l’endroit fut naturellement nombreuse, pieuse, recueillie. Des fidèles, venus de différents postes environnants, l’augmentaient encore. Six confrèr,es escortaient le Saint-Sacrement que portait Mgr Thiry.

    A Kumamoto, trois confrères vêtus de beaux ornements, purent aussi donner à la cérémonie le caractère de solennité qui lui convient. A signaler la présence des deux communautés religieuses et le zèle des jeunes gens catholiques, ce qui expliquait la parfaite exécution des chants liturgiques.

    Ici, comme du reste à Imamura, un groupe nombreux de charmants enfants bien formés jetaient des fleurs devant le Saint-Sacrement : Ex ore infantium... perfecisti laudem.

    Un jour viendra sans doute, — nous l’espérons —, où ces fêtes plus nombreuses et plus belles encore, seront pourtant brièvement signalées, comme chose toute naturelle, mais en ce moment-ci “on crée” et c’est ce qui fait le mérite des organisateurs.

    Faut-il rappeler que ces belles manifestations de foi ont eu lieu depuis plusieurs années à Biwasaki, chez Les Religieuses Franciscaines et cela le jour même de la fête du Saint-Sacrement ?

    Osaka
    4 juillet.

    Le 3 juillet, le P. Bergès a fêté ses 25 ans de sacerdoce. Une dizaine de confrères sont allés relever paf leur présence la solennité tout intime de cet anniversaire.

    Le P. Vagner a été nommé Délégué de notre Mission à la réunion des missionnaires.

    Du 3 au 8 juin, notre région, en particulier nos deux grandes villes d’Osaka et de Kobé ont été honorées de la visite de Sa Majesté l’Empereur. Les fêtes données à cette occasion ont eu tout l’éclat désirable et n’ont été marquées par aucun accident fâcheux. A Osaka, les autorités ont présenté à Sa Majesté un petit groupe de personnes qui se sont distinguées au service du bien public. L’audience a eu lieu le 4 juin, à 5 heures du soir, dans les salons de la préfecture d’Osaka. Au premier rang, on plaça la Révérende Mère Bernardine, de la Congrégation du St Enfant Jésus de Chauffailles, Supérieure du lycée de Filles Shin-Ai (foi et charité), à Osaka. La vénérable Supérieure était la seule étrangère parmi les personnes ainsi honorées.

    Ajoutons que Mère Bernardine a quitté la France en 1873, à l’âge de 25 ans ; elle a passé toute sa vie à Osaka, se dévouant à l’éducation des jeunes filles.


    Séoul
    10 juin.
    Suite à la chronique du 28 mai

    En 1928, il a été construit à Séoul 810 maisons ; la ville compterait 325.000 habitants.

    Au 1er avril 1928, il y avait en Corée 1385 écoles primaires pour Coréens avec 451.446 élèves ; cette année, à la même date, 1505 écoles avec 462.000 élèves, soit une augmentation de 120 écoles et 11.500 élèves,

    Le 27 mai, Sœur Camille de Lellis, Supérieure des Sœurs de St Paul de Chartres, à Séoul, fut priée de se rendre aux Bureaux de la Province pour la remise de la Médaille du Ruban Bleu, médaille qui lui avait été décernée à l’occasion du couronnement de l’Empereur du Japon. Le diplôme d’honneur qui accompagne la médaille fait valoir les longs services de la Sœur Supérieure à l’orphelinat. C’est la première fois qu’une Religieuse est l’objet d’une distinction en Corée. Ce n’est pas comme Religieuse qu’elle a reçu cette récompense, mais seulement comme directrice de l’Orphelinat ; car les Japonais, comme la plupart des Gouvernements, n’attachent d’importance qu’aux œuvres de bienfaisance ou d’éducation.

    Ceci s’entend du point de vue officiel, car il ne manque pas de Japonais pour s’intéresser aux questions religieuses en leur particulier. Voici, par exemple, les professeurs de l’Ecole de Médecine qui viennent de fonder une association pour l’étude du bouddhisme en Corée. Mais c’est le bouddhisme ! Quel dommage que le catholicisme ne puisse pas être national !


    Taikou
    9 juillet.

    Avec les grandes chaleurs commence en Corée la morte-saison pour le travail apostolique, en ce sens que les chrétiens, et les païens que l’on voudrait joindre, n’ont plus qu’une préoccupation dominante, celle d’assurer leur existence pour le reste de l’année, en préparant une heureuse culture. Tous dans les rizières, ils donnent, à cette époque de l’année, une somme de travail énorme, dont on les croirait incapables, quand on ne les a vus qu’en période de repos, fumant leurs longues pipes et bavardant sans arrêt des heures et des heures, sans aucun souci apparent, à faire envie aux noirs les plus paresseux.

    Cette année, comme trop, souvent d’ailleurs, à une inquiétante et persistante sécheresse ont succédé des pluies surabondantes, jusqu’à maintenant pourtant supportables. Il y a donc lieu d’espérer encore que l’année ne sera pas désastreuse.

    Le seul événement marquant du mois, quoique sans éclat extérieur, a été la prise d’habit de 6 Novices au Couvent des Sœurs de Saint Paul, à Taikou. Cette communauté, déjà au grand complet de ses bâtiments, pourrait être beaucoup plus nombreuse si les locaux le permettaient ; les demandes d’admission sont très nombreuses : la Corée semble vraiment un pays particulièrement riche en vocations religieuses des deux sexes.


    Chengtu.
    23 juin.

    Notre cher Père Laroche va de mieux en. mieux et on espère qu’il pourra remonter dans sa chaire de philosophie à la rentrée d’automne.

    Notre “benjamin”, le P. Charel a ressenti les effets de l’acclimatement et a dû venir à Chengtu consulter la Faculté. Rien de grave d’ailleurs ; après quelques semaines de repos, il est reparti pour son district.

    Il y a peu de temps, dans une chronique précédente, j’ai signalé la prise de possession du Monastère de Shunking. Aujourd’hui, je me fais un plaisir de donner aux lecteurs du Bulletin une notice un peu plus détaillée sur l’origine de cette fondation si intéressante.

    Notice sur la fondation du prieuré des SS. Pierre et André
    de Sischan, Shunking.

    A la fin d’août 1926, Dom Théodore Nêve, Abbé de St André près Bruges, déclarait à Dom Joliet, de Solesmes, au cours d’une visite de celui-ci, son intention de faire une fondation monastique en Chine ; mais la Mission de Katanga et la jeunesse encore grande de la plupart de ses moines imposaient un délai de quelques années avant de procéder à la réalisation.

    Deux mois plus tard, le sacre, à Rome, des six premiers évêques chinois parut une occasion propice. Aussi, sur de nouvelles instances qui lui furent faites, le P. Abbé de St André se décidait à inviter officiellement Dom Jouet à passer la Noël à St André avec plusieurs des nouveaux évêques, s’offrant de prendre la responsabilité d’une mission de reconnaissance en Chine, préliminaire à l’établissement d’un monastère. L’Abbé de Solesmes accepta de céder provisoirement son moine à cette intention. Le soir même du jour où était faite cette invitation, Dom Jouet quittait Solesmes. C’était le 22 décembre. Vingt-quatre heures plus tard, à St André, un accord de principe se faisait cordialement avec le P. Abbé de St André. Une heure après, arrivaient les deux évêques, Mgr Souen et Mgr Hou, qui officièrent pontificalement à la messe de minuit et à celle du jour.

    Mais c’est avec Mgr Tchen que le P. Abbé désirait surtout s’entendre, et le 4 janvier il le rencontrait dans ce but à Liège, accompagné de Dom Joliet. L’évêque, fort sympathique à l’idée de fondation, conseilla avant toute chose de prendre langue avec S. E. le Délégué Apostolique en Chine. C’est ce que fit le P. Abbé. Mais le retour brusque du Délégué à Péking fit que la réponse n’arriva à St André que le 21 mars, fête de St Benoît. Elle était des plus cordiales et suggérait que la mission de reconnaissance comprît deux moines, qui resteraient d’abord plusieurs mois à Péking, chez leurs confrères de l’Université Catholique. De là, Son Excellence proposait de les diriger vers le Szechwan, dans un des vicariats chinois dont il préparait l’érection. Sur l’heure, le P. Abbé accepta ces indications et, huit jours plus tard, D. Pie de Coquéan, familiarisé avec la vie d’apostolat par plusieurs années de mission à Katanga, était désigné lui aussi pour la Chine.

    Le 2 mai, les deux moines quittaient Marseille sur le Sphinx. Traversée sans incident, avec la bonne hospitalité traditionnelle aux Procures des Missions-Étrangères à Singapore, Saigon, Hongkong ; débarquement à Shanghai le 24. Le 28, après un agréable séjour à Zi Ka Wéi, les deux Pères prenaient le bateau pour Tientsin. Le 4 juillet, ils arrivaient enfin à Péking.

    Jusqu’à Pâques de l’année suivante, les deux Pères furent naturellement reçus chez leurs confrères américains de l’Université. Même les invitations directes ne manquaient pas, au lieu d’aller au lointain Szechwan, de venir se fixer près de la capitale. S. E. le Délégué, sauf l’indication du Szechwan, d’ailleurs non impérative, ne voulut préciser aucune Mission particulière. C’est alors qu’en souvenir du P. Ménez, jadis missionnaire à Chungking, D. Joliet fit une première démarche auprès de Mgr Jantzen. Celui-ci répondit fort gracieusement, regrettant seulement que la destination des moines fût pour la future Mission Chinoise dans la direction de Wanhsien et de Suiting. Mais l’horizon politique ne tarda pas à s’obscurcir. Il fallait essayer : si Chungking, par suite des circonstances, se trouvait impossible, on s’ingénierait à trouver ailleurs, et finalement, s’il le fallait, on reviendrait à quelque vicariat plus proche de la côte.

    Le 11 avril départ de Péking, arrivée à Shanghai le 19, à midi. Là encore, les nouvelles du Szechwan se faisaient sombres, mais de plus en plus le recul semblait la pire des solutions. Puisqu’on pouvait passer, les deux moines décidèrent d’aller prendre l’air à Chungking. Ils y débarquèrent sans encombre le 12 mai. Cependant les échos recueillis à bord et dans les escales, et plus encore à Chungking même, faisaient toucher du doigt le bien-fondé des lettres et conseils reçus depuis trois mois. La région de Wanhsien, en particulier, était vraiment bien troublée. Malgré la générosité de Mgr Jantzen mettant une résidence de missionnaire à leur disposition, les deux moines jugèrent sage d’attendre un peu. Puisque d’autre part la route de Chengtu était libre, n’était-ce pas une occasion excellente de faire un tour à la capitale, et en même temps d’élargir le champ de leurs expériences si récentes encore et si superficielles ? Monseigneur approuva ce projet et dans un esprit de surnaturelle abnégation conseilla spontanément aux deux moines, s’ils trouvaient des conditions plus favorables à Chengtu, de n’hésiter point à y faire choix d’un établissement.

    Le 18 mai, fête de l’Ascension, fêtée au Grand Séminaire, les deux voyageurs montaient en chaises. Aucun accident fâcheux, grâce aux arrangements pris par le P. Gallice. Arrivé à Kien Tchéou, premier poste du vicariat de Chengtu, une lettre de Mgr Rouchouse les attendait avec des paroles d’émouvante bienveillance. Le lendemain, ils forcèrent l’étape et arrivèrent à Chengtu à la nuit noire, la veille de la Pentecôte. On ne les attendait plus au palais épiscopal ; mais tous ceux qui ont eu l’occasion d’y faire visite savent avec quelle joyeuse cordialité on y est reçu. Le lendemain à la messe pontificale, les deux moines n’étaient pas peu émerveillés de retrouver de semblables offices au fin fond de la Chine.

    Les charmes de la conversation ne firent pas oublier les affaires. La situation politique était calme dans le vicariat, et il semblait possible de trouver quelque site favorable dans le futur vicariat chinois. De là on pourrait, si les circonstances le permettaient, aller visiter la résidence offerte par Mgr Jantzen. Mgr Rouchouse, encore à la déception de n’avoir pu obtenir un établissement des Trappistes dans son diocèse, malgré la splendeur de l’offre qui leur était faite, pressait les Bénédictins de les remplacer en quelque manière. Un itinéraire à rallonges fut élaboré et Monseigneur demanda au P. Laroche de se faire le guide des explorateurs à la recherche d’un monastère.

    Sur ces entrefaites, D. Pie, déjà fort fatigué, vit que cette expédition dépassait ses forces. D. Jouet quitta donc seul Chengtu avec son mentor, le P. Laroche. Le moine regardait obstinément tout le long de la route si le site rêvé n’allait pas fulgurer à ses yeux. Ce n’est pas que les beaux sites manquent dans ce merveilleux pays, mais... il y a avait toujours des mais. Seuls trois emplacements étaient reconnus comme possibles, quand, le 27 juin, une première tentative fut faite vers Sischan, à 9 lis à l’ouest de Shunking. Mais les pluies, les sentiers boueux, les manœuvres des porteurs de chaises qui refusèrent finalement de continuer, tous ces obstacles, réunis firent dépenser une demi-heure pour parcourir une distance de 200 mètres sur une pente glissante et finit par amener les explorateurs à 400 mètres du lieu prédestiné. Impression plutôt fâcheuse qui n’était pas dissipée deux jours plus tard, quand on put enfin se rendre sur le terrain.

    Le lieu n’a rien de sensationnel. Situé au fond d’un vallon, exposé au Sud-Est avec vue sur la plaine et sur une partie de la ville, il contient une source qui ne tarit pas, quelques rizières et quelques champs sur les plateaux étagés jusqu’au sommet, avec, sur les talus intermédiaires, des arbres plutôt jeunes mais de belle espérance ; vers le haut, des rochers et enfin l’air plus vif et la vue panoramique du col et des deux crêtes qui l’avoisinent. C’est reposant, volontiers on dirait monastique, paisible retraite, mais sans isolement ni difficulté pour le ravitaillement ; cela semblerait trop humain et animé pour un ermite, mais c’est très adapté à la vie cénobitique. De plus Shunking, presque au centre de la province, est en communication graduellement toujours plus facile par rivières et par routes.

    Un mois après, le P. Pie, enfin venu de Chengtu, donnait son assentiment et le P. Abbé ratifiait par télégramme. Propriété de Mission, cédée au prix d’achat par l’Evêque, on n’avait pas les longues discussions d’un achat de terrain ordinaire.

    L’épreuve vint vite. La santé du P. Pie empira, si bien qu’une descente à Chungking, à l’hôpital, s’imposa. Rien n’étant encore arrêté des plans de construction, il fut décidé que le P. Joliet, profiterait de cette absence de son confrère pour explorer de nouveau, et tout le chaud mois d’août se passa en de nouvelles pérégrinations. Il rentra pour trouver à Shunking d’alarmantes nouvelles sur la santé du P. Pie. Ce dernier dut descendre à Shanghai d’abord et enfin quitter définitivement la Chine en novembre.

    Demeuré seul, le P. Joliet sentit bientôt lui-même les effets du surmenage et de l’acclimatation, et cela quand il approchait de la soixantaine. Pendant qu’on travaillait aux préparatifs de construction, et malgré les soins très dévoués du curé de Shunking, M. Paul Ouang, il parut bientôt en danger de mort et reçut l’Extrême-Onction vers la fin de novembre. Au même moment, lui arrivait l’annonce d’un renfort de deux moines qui paraissaient bien destinés à ne trouver qu’un tombeau.

    Mgr Rouchouse, averti, dépêcha encore une fois le P. Laroche. Celui-ci, par ses soins assidus, parvint à enrayer le mal, et dès que le malade fut transportable, il fut ramené à Chengtu. Là, deux mois de convalescence à l’hôpital d’abord, puis à la résidence épiscopale le remontaient, ranimé qu’il était surtout par la cordialité de Monseigneur et de tout l’entourage de Sa Grandeur.

    Pendant ce temps, les deux nouveaux moines, D. Emile Butville de St Paul de Wisques et D. Hildebrand de St André, empêchés par la guerre de suivre la route directe de Shunking, venaient rejoindre leur collègue à Chengtu le 8 février. Dix jours plus tard tous trois partaient ensemble pour le monastère en construction, dont D. Joliet lui-même n’avait vu que les plans.

    Le curé avait fait merveille, si bien qu’on put s’installer tant bien que mal et chanter la première messe le jour de Saint Benoît. Avant la fin de l’année, les constructions seront terminées avec une vingtaine de cellules pour moines et novices et quelques chambres pour les hôtes. Entre temps le monastère était érigé en prieuré sous la dépendance de l’Abbaye de St André, mais avec faculté d’avoir un noviciat, et le P. Abbé choisissait D. Joliet comme Prieur. Aussitôt diverses demandes ou ouvertures de postulants chinois se dessinaient.

    Il est toujours bien scabreux de se lancer dans des prophéties. Est-ce une aurore ou un crépuscule ? Faut-il croire ceux qui disaient aux moines qu’ils arrivaient trop tard, que l’heure était plutôt de quitter la Chine, ou bien les enthousiastes un peu jeunes, qui auguraient un succès et une floraison monastique en ce vieux pays ? Doit-on penser que les étranges gracieusetés de la Providence qui n’ont guère cessé depuis trois ans ne sont que les présages de plus grandes grâces, ou bien l’entreprise doit-elle s’étioler et disparaître, victime du vice d’origine d’une direction trop aventureuse et insuffisamment préparée ? Pareilles questions ne se tranchent pas par voie d’arguments, mais au gré des propensions secrètes de chacun et de ses affinités tant naturelles que surnaturelles.


    Chungking
    22 juin.

    Sa Grandeur Mgr Jantzen, parti le 21 juin en visite pastorale, arrivait le lendemain à Tong liang. Sa Grandeur continuera sa visite par Ma pao tchang, où Elle présidera aux fêtes jubilaires du P. Gibergues, puis de là, passera à Juin Tchouan, Tong Kouan Y, Lan Tchouan et Ki Kiang d’où Elle pense rentrer à Chungking.

    Le P. Gibergues doit célébrer le 26 juin le 25ème anniversaire de son ordination sacerdotale. En ce jour-là, tous les missionnaires du Vicariat seront unis aux confrères et aux prêtres chinois, qui auront le plaisir d’être à ses côtés, pour remercier avec lui la divine Providence des grâces reçues pendant ce quart de siècle de vie sacerdotale, et en demander de nouvelles et nombreuses jusqu’aux noces d’or, de diamant et ultra selon les desseins de Dieu.


    Suifu
    30 mai.

    Les batailles qui se déroulèrent les 19, 20, 21 et 22 avril furent chaudement disputées : plus de quatre mille hommes hors de combat dans chaque camp. Aussi une intervention du maréchal Ten si heou n’eut pas de peine à aboutir à une suspension d’armes. Mais l’état de guerre n’a pas été aboli ; les armées de Lieou ouen houi restent toujours dressées en face de celles des confédérés, sur le front de Tzechow-Neikiang, séparées seulement par un faible cordon de troupes appartenant à une division de Ten si heou. Toutefois, à en juger par les conférences qui se succèdent, les belligérants sembleraient désirer trouver un terrain d’entente...

    De son côté, Nanking câble ses instructions, mais autant en emporte le vent. Nanking est si loin, et ses moyens de coercition sont si limités ! Du reste, — et ceci n’est une révélation pour personne —, la soumission de nos satrapes setchouanais au gouvernement central est toute théorique ; ils ne se conforment à ses ordres que si ses ordres répondent à leurs désirs.

    Cet état de choses qui effraye les braves gens fait les délices des pêcheurs en eau trouble. Profitant du départ des soldats pour le front, bandits et communistes sont sortis de leurs cachettes. Les campagnes sont mises en coupe réglée par de nombreuses bandes d’indésirables, lesquelles arborent toutes le drapeau des soviets des paysans, se croyant sans doute inviolables à l’ombre de ses plis.

    Le délégué désigné par les votes des confrères de Suifu pour les représenter à la commission préparatoire de la réunion générale de nos Supérieurs majeurs en 1930 est le P. Rochette ; son suppléant est le P. Pierrel.

    Un nouveau deuil vient d’éprouver la communauté des Franciscaines Missionnaires de Marie, à Suifu Après une dizaine de jours de souffrances, Mère Marie Françoise a rendu son âme à Dieu le 24 mai, à 5 heures du matin. Ses obsèques eurent lieu le lundi suivant. Y assistèrent, outre les Religieuses Franciscaines, les jeunes filles de leur pensionnat et les Vierges indigènes de la Doctrine chrétienne, Sa Grandeur Mgr Renault et tous les missionnaires et prêtres indigènes de la ville de Suifu. La messe fut célébrée par le P. Couvet, l’absoute donnée par Mgr le Coadjuteur.

    1er juillet.

    Le doyen des prêtres indigènes de Suifu, le P. Pierre Li, après une retraite de six mois à peine, s’est éteint pieusement à la maison de campagne des “Sept Etoiles”, où Mgr Fayolle le soigna avec dévouement. Ordonné prêtre par Mgr Chatagnon, le 21 septembre 1889, il fut successivement vicaire, professeur au Petit Séminaire, chef de district.

    Son ministère fut béni de Dieu. Dans tous les districts qu’il dirigea, notamment dans ceux de Iun hien, Nanki et Longtchang, il eut la joie d’administrer de nombreux baptêmes d’adultes. Trop bon, il eut parfois à déplorer des défections parmi ses nouveaux chrétiens. Mais quel est le missionnaire qui a vu tous ses néophytes persévérer jusqu’au bout ? On doit lui rendre cet hommage qu’il ne négligea aucun moyen pour attirer les païens à notre sainte religion.

    La plus grande partie du département de Iun hien est en effervescence. Parti de Ou pao tchen, le principal marché de Iun hien, le mouvement bolchevico-paysan gagne du terrain rapidement. Les premiers jours de mai, le chef de la garde civique de Ou pao tchen était assassiné ; ce meurtre est resté impuni. Le 24 du même mois, pour délivrer le délégué du gouvernement provincial retenu prisonnier à Chouang che kiao, les soldats du sous-préfet durent livrer une véritable bataille. Du côté des bolchevistes, les pertes s’élevèrent à une centaine de tués ou blessés. Le 15 juin, plus de deux mille paysans, mal armés heureusement, entraient par surprise dans la ville de Iun hien ; mais devant l’attitude loyale de la garde du sous-préfet et des miliciens, ils se retiraient, en se promettant bien d’y revenir plus tard.

    Les autorités connaissent parfaitement bien les meneurs, mais elles n’osent pas les arrêter, ne se sentant pas soutenues par l’armée, laquelle reste concentrée sur le front Tseyang-Tsechow-Neikiang. Elle est là pour faire face à une contre-offensive possible des troupes de la faction du général Yang sen et consorts. Une pareille situation, n’est guère favorable à l’évangélisation. De fait, les catéchuménats du P. Dubois, établis dans la zone contaminée, ont dû être licenciés.


    Ningyuanfu
    27 mai.

    Le 1er mai, deux religieuses sont allées à Loukou visiter et soigner de nombreux malades. Elles ont eu le bonheur de pouvoir administrer 252 baptêmes in articulo mortis. Le manque de remèdes a pressé leur retour et, à leur grand regret, elles n’ont pu suivre plusieurs princesses Lolos qui étaient descendues de la montagne pour inviter les Sœurs à aller chez elles.

    Du 6 au 11 mai a eu lieu la retraite des prêtres chinois. Tous étaient présents. A la suite de cette retraite, trois d’entre eux prêchèrent la retraite aux différentes communautés : séminaristes, élèves-catéchistes, vierges.

    Trois religieuses, destinées à la fondation de Houili, nous ont quittés samedi matin. Deux autres les avaient précédées de huit jours, qui avaient profité de ce voyage pour visiter les malades dans le Tetchang.

    De Mobotchikou le P. Bettendorf signale de nombreuses conversions dans la région de Kiangi.

    Le P. Flahutez, après avoir accompagné le P. Bocat dans le Hotao, est monté passer les jours chauds et en même temps s’initier au saint ministère près du curé de Houang mou tchang.


    Tatsienlu
    31 mai.

    De Yerkalo le P. Goré envoie les nouvelles suivantes : “Le Kongka lama, de retour en son fief, est allé brûler de l’encens sur les hauteurs voisines pour éloigner les mauvais esprits. Dans le cas, les mauvais esprits c’étaient les bandes de Débou qui se disposaient à passer dans la vallée de Dzonguen. Le Kongka lama n’a réussi qu’à moitié, puisque ses adversaires ont emmené plusieurs dizaines de bêtes à cornes. Une escouade de la garnison chinoise de Batang est arrivée à Yentsing : le P. Ly se propose de l’accompagner au retour pour aller faire une première visite à ses ouailles de Batang. Des marchands, qui avaient voulu profiter de cette escorte pour se ravitailler, ont été pillés entre Dragnitines et Bong.... Le gouvernement provincial a chargé le sous-préfet d’ouvrir cinq écoles élémentaires dans le district. Afin de montrer sa bonne volonté, il vient de réouvrir celle de Pétine, qui était fermée depuis deux ans”.

    De Mosi, chrétienté plus proche de Tatsienlu, mais située de l’autre côté des neiges éternelles, le P. Ménard nous écrit : “A Pou tsé pa, à 35 lis de Mosi, j’ai ouvert une école depuis tantôt deux mois. Cette école, qui compte aujourd’hui une trentaine d’élèves, deviendra, je l’espère, une bonne pépinière de catéchumènes. Je prépare cinq baptêmes pour la Pentecôte. Ajoutés à deux autres que j’ai déjà donnés, cela fera un total de sept conversions de païens pour l’année”.

    A la fin de juillet, nous nous réunirons à Tatsienlu pour la retraite annuelle. Les PP. Charrier et Graton annoncent que pour venir ils ont l’intention de prendre la route de Kong iu, dans le but d’éviter les brigands. ils n’éviteront certainement pas les “montagnes russes”, lesquelles avec le caractère spécial de leurs habitants, sont “l’unique charme” de ce pays.


    Canton
    11 juillet.

    Une Congrégation Contemplative de femmes a fait demander à Monseigneur s’il consentirait à la recevoir dans son Vicariat. Sa Grandeur a répondu qu’Elle considérait comme un grand bienfait, la présence d’une communauté de ce genre sur le territoire de Sa juridiction.

    Notre délégué à la réunion préparatoire de l’Assemblée de 1930 est le P. Favreau.

    Le 29 juin, Monseigneur a envoyé au nom du personnel de toute la Mission un télégramme de félicitations à Mgr Mérel et un autre au P. Guillaume. Le premier célébrait ses noces d’or sacerdotales, le second celles de diamant.

    Monseigneur Versiglia a été notre hôte pendant 24 heures. Sa Grandeur se rendait à Macao pour des fêtes salésiennes en l’honneur du Bienheureux Don Bosco. A ces mêmes fêtes, notre provicaire, le P. Thomas, a représenté le Vicariat.

    Quelques confrères se trouvent actuellement à Canton. Ils y passeront, il faut l’espérer, quelques semaines. Ils ont besoin de repos durant les grosses chaleurs que nous éprouvons ces temps-ci, surtout après qu’ils ont passé plusieurs mois d’un travail constant dans les diverses chrétientés de leurs districts.

    Le Collège du Sacré-Cœur est entré en vacances le 6 juillet.


    Swatow
    18 juillet.

    Le 29 juin dernier, notre vénérable doyen, le P. Charles Guillaume, a célébré, au Sanatorium de Béthanie, dans la plus stricte intimité, ses noces sacerdotales de diamant. Et le voilà maintenant en route pour d’autres jubilés. Il a bon espoir d’en fêter encore deux ou trois ; nos vœux l’accompagnent. Ad multos annos !


    Pakhoi
    29 juin.

    Pakhoi est un pays charmant qui, depuis quelques mois, n’a plus d’histoire et qui, par conséquent, devrait être heureux. Hélas ! il n’a pas non plus d’évêque, ce qui n’est point précisément un gage de bonheur. “Quand donc finiront nos tourments ?” dit la chanson. “Quand donc finira notre deuil ?” demandent les missionnaires de Pakhoi : et la chanson a bien le même air, qui sent un peu la lassitude.

    Pour patienter, on travaille ; on travaille jusqu’à en tomber malade. Les températures caniculaires dont nous jouissons y aident d’ailleurs, se faisant cette année plus indiennes que chinoises. Si les éléments tombent ainsi dans le désordre, comment les santés ne seraient-elles pas déséquilibrées ? Monsieur Marqué est en France ; Monsieur Ferrand est à Béthanie ; Monsieur Rossillon souffre toujours de son diabète à quoi vient s’ajouter une poussée de furonculose fort douloureuse ; Monsieur Genty reçoit de son cœur, de sa tête, de ses intestins, des avertissements peu agréables ; Monsieur Lemaire écrit qu’il est souffrant depuis plusieurs mois. Les autres ne disent encore rien de ce genre : espérons qu’ils n’auront pas à rompre leur mutisme. Et, comme je le disais, on travaille malgré tout. Ainsi, le P. Léauté a, malgré les chaleurs, organisé chez lui une magnifique procession pour le 2 juin. Malheureusement, il ne nous en donne que peu de détails.


    Nanning
    10 juillet.

    La guerre civile s’est terminée au Kwang-Si “en queue de poisson”. Les chefs de la “clique”, voyant la défaite fondre sur eux, se sont enfuis lamentablement, et, tandis qu’ils font maintenant bombance au Tonkin ou à Hongkong, le pauvre peuple souffre de la faillite qu’ils ont déclenchée.

    Les billets de la Banque du Kwang-Si — cinquante millions de piastres, — dit-on, n’avaient pour garantie que la signature des chefs en question. Ces billets ne sont plus maintenant que des chiffons de papier.

    C’est, en l’espace de quatre ans, la seconde faillite de ce genre. Vraiment, il faut que le peuple soit de bonne composition pour ne pas se révolter en masse.

    En général, les confrères n’ont pas eu trop à souffrir de cette guerre. Seul, le P. Rigal a eu deux fois sa résidence envahie par des soldats hounanais. Ceux-ci faisaient jadis partie des bandes communistes, ils en ont conservé l’esprit. Le Père eut beau leur offrir ses dépendances, c’est sa chambre qu’ils voulaient : il fallut la céder à ces forcenés.


    Hanoi

    Une fin d’année mouvementée.

    I.— Un résultat imprévu des noces de diamant du P. Cadro.

    Non bis in idem, dit la sagesse des nations. Eh bien ! tant pis pour la sagesse des nations ! Je vais, pour la seconde fois, vous raconter la visite que fit au Séminaire de Hoang Nguyen le Délégué du Saint-Père. Du reste, le Délégué qui nous honora de sa visite n’est pas celui que nous eûmes jadis l’honneur de recevoir. Nous avions, cette fois-ci, la grande joie d’offrir nos respectueux hommages à Son Excellence Mgr Dreyer. Nul besoin, n’est-ce pas, de le présenter aux lecteurs du Bulletin ?

    Mais, pour vous permettre de comprendre mes émotions successives, multiples autant que variées, je dois reprendre mon récit de plus haut.

    L’année scolaire allait son train ordinaire et, comme nous étions au mois de mai, la fin des études approchait à grands pas : 20 mai, toutes les compositions étaient finies, le palmarès avait été envoyé à l’imprimerie. Il ne restait plus que les examens, on s’y préparait ferme.

    Ce fut donc sans préoccupation aucune, sans l’ombre d’un souci quelconque, que le 22 mai, je me rendis aux noces de diamant de notre vénéré doyen, le Père Cadro. Là, une première émotion m’attendait, oh ! joyeuse et combien ! Les élèves de théologie venaient d’offrir les vœux d’usage, quand ils demandèrent, comme la chose la plus simple du monde, une toute petite faveur : “En l’honneur de notre cher jubilaire, ne pourrait-on pas supprimer les examens de fin d’année ?”

    En entendant cette proposition, je vis notre jeune Coadjuteur froncer légèrement le sourcil ; pour moi, de toutes mes forces, j’appuyai la motion : supprimer les examens ? mais oui, parfaitement, toutes les matières sont vues et revues.., il fait si chaud... il y a tant d’autres sanctions pour les études... puis enfin, il faut bien le reconnaître, des noces de diamant ne se rencontrent pas à chaque fin d’année scolaire, etc.. Bref, je fis si bien que Mgr Gendreau se laissa toucher. Aux applaudissements unanimes des élèves, et je dois ajouter des professeurs, Sa Grandeur supprima les examens de fin d’année.

    Ça va ! me dit cet excellent P. Vuillard, qui préside avec tant de compétence aux destinées de notre Grand Séminaire, ça va ! mais qu’est-ce que vous allez faire de vos élèves jusqu’au premier juin ? Car enfin la sortie n’est que dans une dizaine de jours.

    — Ne m’en parlez pas, ils vont tout me mettre sens dessus dessous. Mais et les vôtres ?

    Je vis alors que mon charmant confrère, plus rusé que le vieil Ulysse de classique mémoire, avait déjà son idée en tête. En effet, le bout de son appendice nasal bougeait, ce qui chez lui — le fait est notoire — est l’indice d’une grande contention d’esprit. Puis, tranquillement, en caressant sa barbe : “On pourrait avancer la sortie, émit-il.

    — Seigneur ! comme vous y allez ! avancer la sortie !
    — Essayons toujours.

    Il essaya, il sut s’y prendre, il sut parler. Bref il sut présenter si bien la chose que notre bon vieil évêque se laissa toucher et décida que le Grand Séminaire partirait en vacances le samedi 25, et que le Petit Séminaire donnerait sa séance habituelle, à l’occasion de la distribution des prix, le lundi 27 mai.

    A mon retour au séminaire, je fus reçu en véritable triomphateur. Je vous assure qu’il me fut donné de jouir, ce jour-là, d’un succès oratoire auquel je ne suis pas habitué. Pourtant mon discours ne fut pas long : Pas d’exorde.

    Premier point : Pas d’examen.… tonnerre d’applaudissements.
    Deuxième point : Sortie le 28.... ce fut du délire.
    Conclusion : Préparons la séance... applaudissements de circonstance.

    Mais jusqu’ici il n’est pas question de Son Excellence le Délégué, me direz-vous. Je le sais bien. A ce moment-là, je ne pensais pas du tout avoir l’honneur de recevoir un si auguste personnage au Petit Séminaire, et... la surprise fut mienne avant que d’être vôtre.

    On travaillait d’arrache-pied à mettre au point les chants, les débits, les costumes et les décors. De nos sueurs nous arrosions nos travaux, car alors la chaleur était telle, que même aux mémoires les plus ingrates, elle rappelait ces vers fameux du poète :

    Midi, roi des étés, épandu sur la plaine,
    Tombe en nappes d’argent, des hauteurs du ciel bleu.


    II. — Il est enfin question de Son Excellence le Délégué.

    C’était le samedi soir, on venait de faire une répétition générale, je commençais la critique des opérations, je pestais en particulier contre Triboulet, qui ne se remuait pas comme je le désirais, quand tout à coup, on me remit une lettre de notre Père Procureur : Oh ! oh ! pensai-je tout haut, un courrier spécial ! Que peut-il y avoir de si grave ? Ce qu’il y avait, mon correspondant m’en informait dans les termes suivants : “Son Excellence, Mgr Dreyer, revenant d’assister aux funérailles de Mgr Ruiz, évêque de Haïphong, vous fera l’honneur de présider votre séance de distribution des prix” .

    La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre. En un clin d’œil tout le monde fut averti : séminaire, paroisse, chrétientés. Chacun se mit à l’œuvre pour recevoir de son mieux le Représentant du Pape.

    J’étais quelque peu hésitant. Que faire ? Se contenterait-on des préparatifs ordinaires de la distribution des prix ? Non, Père, pas moyen ! me crient tous les séminaristes. Mais alors que faire ? Que faire ! sinon s’y mettre de tout cœur, travailler jour et nuit, tacher de faire quelque chose de bien ? Oui, oui, me crie-t-on, et les approbations de pleuvoir de tous les côtés. — Bon ! ça peut s’arranger, appelez-moi le surveillant général. On commence de s’organiser : là, l’équipe des peintres et dessinateurs déploie tous ses talents ; plus loin, celle des gens habiles à dresser une carcasse d’arc de triomphe s’en donne à cœur joie. Ici, les plus petits passent une vague couche de peinture sur des bambous fraîchement coupés ; tout proche de ce groupe, d’autres font de la teinture sur les modes les plus variés. Partout dans la maison, résonnent des bourdonnements comme dans une ruche. Des accords harmonieux se font entendre dans la direction de la chapelle, qui annoncent que le programme musical, n’est pas oublié.

    Vraiment cette ardeur me fit plaisir. Avec cet entrain chez mes artistes je n’avais aucune raison d’être inquiet. Tout serait parfaitement réussi. Mais il nous fallait du beau temps, car la majeure partie des décorations était en papier. Ce fut donc avec ferveur qu’on pria le lundi, à la messe matinale, et le bon Dieu nous exauça, car le temps fut splendide à souhait.


    III. — L’arrivée subite de Son Excellence
    au Petit Séminaire.

    Cependant peu s’en fallut que la fête ne commençât par un accroc. Il était sept heures et nous prenions tranquillement notre déjeuner, quand un domestique arrive au grand galop : “Mgr le Délégué et Mgr Chaize viennent d’arriver à la chrétienté de Dao Nguyen”. Bon ! Et nous qui n’attendions Son Excellence que vers huit heures ! Mais ne perdons pas le nord. Et je donne mes dernières instructions : “Tous les élèves désignés pour les derniers préparatifs vont se hâter de donner l’ultime coup de main. Vous, les autres, mettez-vous en soutane et, avec les délégations paroissiales, allez vite, former un cortège qui amènera lentement le Représentant du Saint-Siège dans notre vieux Séminaire de Saint Pierre”. Je dis et, laissant dans les tasses le café tout fumant, je me précipitai, en compagnie du P. Binet, au-devant de notre illustre visiteur. Son Excellence se prêta avec une aimable condescendance à tous mes désirs. Aussi, quand lentement, très lentement nous entrâmes au collège, tout était paré, balayé, astiqué, archiprêt. Et ce fut sous une voûte de papiers multicolores, de banderolles, d’inscriptions in omni lingua, que Mgr Dreyer fit son entrée solennelle au Séminaire de Saint Pierre.

    Son Excellence se rendit d’abord à la chapelle où le Tu es Petrus de Perruchot chanta notre fidélité, notre attachement au successeur de Pierre, puis, après quelques mots venus du cœur, le Délégué du Saint-Père faisait descendre sur nos fronts inclinés la bénédiction du Pape à ses enfants lointains.

    Mais, cette même bénédiction papale, déjà Mgr Dreyer veut la porter aux fidèles de la paroisse, il sera ensuite tout à nous. Les tambours battent, la fanfare attaque ses morceaux les plus brillants, les pétards font entendre les crépitements d’une douzaine de mitrailleuses, et le cortège se dirige vers l’église paroissiale tout proche.

    Pour moi, mettant à profit le répit qui m’est laissé, je vais donner un dernier coup d’œil aux préparatifs de la séance.


    IV. — Finis coronat opus.

    Neuf heures, c’est le moment. Tout est prêt.

    Les acteurs en brillant costume de pages, la toque crânement posée sur l’oreille, viennent inviter Son Excellence à se rendre à la salle des fates. Le cortège s’organise et, dans le vacarme traditionnel, chacun s’en va occuper la place qui lui est assignée.

    Un chant de circonstance :

    Journée d’allégresse,
    Innocente ivresse,
    C’est un jour béni...

    dit à Mgr Dreyer notre joie de l’avoir au milieu de nous en un tel jour. Et sans doute
    Notre cher Petit Séminaire
    Aurait voulu vous recevoir
    Avec la pompe nécessaire
    Qui convenait en cette affaire…

    mais le temps nous a fait défaut et nous nous sommes trouvés dans l’impossibilité de faire mieux que ce que l’on venait de voir. Après avoir écouté avec bienveillance un petit mot prononcé par le supérieur et un compliment lu par un rhétoricien, le Représentant du Saint-Père voulut bien nous dire sa joie de se trouver au milieu de ses enfants du Séminaire de Saint Pierre et sa satisfaction de la réception qui lui avait été faite, réception que Son Excellence alla jusqu’à qualifier de magnifique. Vinrent ensuite quelques conseils donnés avec autant de compétence que de bonté. Puis la séance commença.

    Ce fut la chorale qui ouvrit le feu en enlevant avec brio La Chasse de Claude Augé. On donna ensuite les prix aux élèves des deux premières classes. Puis une pantomime vint dérider tous les spectateurs : les chaises couraient, les tables marchaient, à la grande surprise de ceux qui voulaient s’en servir, cependant, un Arlequin, suivi partout d’un impayable Pierrot animait toute la scène de joie et de bonne humeur.

    On reprit la distribution des prix, coupée encore par un chœur à trois voix. Finalement notre jeunesse attaqua Triboulet et les Pages, morceau qui était bien le clou de la journée. Nos jeunes acteurs s’en tirèrent à merveille, les pages furent espiègles à souhait, Triboulet fut le plus fol de tous, il fut vraiment le roi des fous. Aussi, quand au dernier chœur, les pages armés de mirlitons, de tambourins et de claquettes, lui firent un cortège quelque peu carnavalesque, on les applaudit vraiment de tout cœur .

    C’était fini. Les élèves remercièrent Mgr Dreyer qui mit le comble à la joie générale en reportant au 16 août la date de la rentrée. Finalement tous nos invités, après avoir écouté un radio-concert donné par notre “as” de la T. S. F., le P. Vignaud, se rendirent au réfectoire partager le modeste repas que le Procureur avait préparé de son mieux.

    Hélas ! Il fallut ensuite commencer les séparations. Son Excellence nous quittait de suite pour se rendre à Hanoi. Tout le Séminaire accompagna le noble visiteur ; tout en lui transmettant nos derniers remerciements, nous lui demandâmes de vouloir bien revenir pendant l’année scolaire. Son Excellence nous avait vus dans les divertissements et les plaisirs, nous osions espérer qu’Elle viendrait nous revoir au travail, au devoir.

    G. V.

    Hunghoa
    4 juillet.

    Le 9 juin dernier, la fête du Sacré-Cœur de Jésus fut particulièrement solennisée dans toutes les paroisses de la Mission, suivant les instructions et le désir de Pie XI, et en maints endroits, rehaussée par la procession du St-Sacrement, que la pluie avait rendue-impossible le dimanche précédent.

    Le 10 juin, les élèves de Philosophie, et leurs jeunes frères du. Petit Séminaire de Hà-Thạch, partaient en vacances pour deux mois.

    En même temps, commençait, au Tonkin, une période de chaleur exceptionnelle. L’été s’est fait attendre cette année, mais nous n’y avons rien perdu, et la fin de mai, comme les trois premières semaines de juin, nous ont apporté de multiples occasions d’exercer notre patience.

    A la retraite dernière, Frère Benoît nous invitait avec ardeur, à accepter et souffrir tout pour Dieu, et à dire : Fiat ! Alleluia ! en toutes circonstances. Nos ascètes — notre Mission en compte certainement — n’ont pas oublié leurs résolutions de retraite, et ont dit avec joie ce fiat !, durant ces jours pénibles et ces nuits d’insomnie, où il semble qu’on n’ait qu’une chose à faire, s’obstiner à vivre. Mais, si peut-être quelques-uns, moins avancés dans les voies de la perfection, disaient : Fiat !, et en sourdine : “Seigneur, … un peu de bon vent, s’il Vous plaît !” tout en escomptant l’heureuse perspective d’une prochaine villégiature dans la montagne, ou le retour de journées plus fraîches, que Dieu leur pardonne ! ils n’ont pas oublié pour cela les sages conseils du vénéré Trappiste ; mais, c’est dur de rester toujours sur les sommets... de la perfection, s’entend !

    Le 12 juin, M. Thuần, Curé de la paroisse de Du-Bơ, terminait sa 25e année de Sacerdoce. Une petite fête de famille réunit autour de lui une quinzaine de prêtres ; Les uns, originaires de cette paroisse, les autres qui furent ses élèves au Petit Séminaire vers 1897, ou ses vicaires, ainsi que ses paroissiens assistèrent nombreux aux offices de la journée, heureux de prier pour leur Pasteur.

    Le jeudi 13 juin, s’embarquaient à Hảiphòng, à destination de“Béthanie”, les Pères Granger et Fleury. Le premier, qui, il y a quelques années, ressentit les affres d’une première crise d’angine de poitrine, a besoin de repos, et redoute toujours les soucis trop nombreux ; au Sanatorium de Hongkong il en aura moins qu’à Yên-Bái. Le Père Fleury, lui, y va prendre ses vacances, et se retaper un peu au point de vue estomac, à la fin d’une année scolaire, qui lui fût pénible, surtout durant ces dernières chaleurs.

    Par suite du départ du Père Granger, le poste de Yên-Bái a, par intérim, un nouveau titulaire, le Père Méchet, qui, jadis (il y a de cela 30 ans), y était déjà curé.

    Le 3 juillet eut lieu, à Hưnghoá, la réunion ordinaire, à l’occasion de la St Paul, fête de S. G. Mgr Ramond ; Missionnaires et Prêtres indigènes lui offrirent, cor unum et anima una, leurs meilleurs souhaits.

    Le Père Lanter, particulièrement rayonnant, ne put échapper à une interview, à peine discrète. “Qu’y a-t-il donc, cher Père ? ” Et nous apprîmes que les soucis, que lui causait l’équilibre de son budget, s’étaient évaporés. Pressé de questions, il avoua modestement qu’il avait tué un tigre, soit : prime, 40 $ ; peau, 30 $ ; os de tigre, pour médecines, 40 $. Voilà, certes, de quoi remonter un budget apostolique ! Un beau chapeau neuf proclamait déjà, sous les rayons du soleil de juillet, le retour de l’aisance dans l’humble paillote de notre confrère.


    Phatdiem
    24 juin.

    Un grand C allongé sur le bord de la mer ; la courbe supérieure tracée par une petite chaîne de collines désertes et rocheuses ; l’autre extrémité s’élevant jusqu’au sommet d’un petit pic isolé et aride, abrupt du côté de la mer. Une longue bande de terrain plat et sablonneux réunit les deux caps et descend en pente douce vers l’immense nappe d’eau qui lutte de beauté avec le ciel bleu. C’est un des plus jolis coins de la Mission de Phatdiêm : la plage de Ba-Làng. Les avions qui passent dans les airs semblent attirés par un grand bâtiment neuf situé au nord de la plage. Les enfants choisis par le Maître de la moisson y viennent chaque année, en grand nombre, se jeter dans les bras de l’Ami des tout petits. En juin, le Probatorium devient maison de repos pour les confrères, qu’une station au bord de la mer repose des chaleurs de l’été et des soucis du ministère. La mer..! cette surface qui tantôt s’étend calme et brillante, tantôt se balance agitée et bruyante, suivant un rythme toujours à l’unisson de celui du vent, n’a jamais cessé d’attirer l’homme. D’instinct celui-ci y voit l’image de son cœur . Mais devant le charme des plaisirs, l’homme, trop souvent, oublie qu’il y a des abîmes : intus inclusum est peiiculum, intus est hostis ! Le P. Pellois vient d’en faire l’expérience.

    C’était le dimanche 23 juin, après le salut du Très Saint-Sacrement, Mgr De Cooman était allé se baigner en compagnie de quelques confrères. Le P. Pellois, tranquillement couché sur le dos, s’était laissé bercer au gré de l’eau, sans se douter qu’un fort courant l’emportait vers la haute mer. Un moment donné, il veut reprendre la position verticale, mais s’aperçoit qu’il n’a plus pied et qu’il dérive de plus en plus. Ne sachant pas nager, il était incapable de lutter contre les flots et courait grand risque de se noyer. Déjà il avait presque perdu la respiration à cause de la quantité de liquide qu’il avait absorbée en essayant, mais en vain, de rebrousser chemin.

    A cent mètres de lui était Mgr De Cooman. Sa Grandeur allait sortir du bain, lorsque tout à coup Elle entend des cris de détresse venant du large. Seule Elle peut secourir le naufragé ; les autres confrères sont loin : sur la plage il n’y a personne. Sans hésiter Monseigneur, excellent nageur, fait des efforts inouïs pour franchir le plus rapidement possible, la distance de plus en plus grande qui le sépare du Père, craignant à chaque instant de voir celui-ci disparaître dans les bas-fonds…..

    Sa Grandeur l’atteint au moment où il plongeait pour la nem foie, le saisit par un bras et, embarrassée par ce poids lourd, essaye de regagner la plage. Mais le courant et les vagues assez fortes, qui déferlaient en sens contraire, rendaient le sauvetage extrêmement difficile. Au bout de quelque temps, Monseigneur complètement épuisé, pâle comme un mort, lâche prise et se couche sur le dos en soupirant : “je n’en puis plus” !

    Le P. Pellois descend de nouveau au fond des abîmes. Il sent que tout espoir est perdu. Un instant il a la pensée de saisir Monseigneur, mais il la repousse en se disant : “si je l’entraîne avec moi, il y aura deux noyés au lieu d’un”. Se recommandant à la divine miséricorde, il se résigne à subir la mort....

    Tout ceci fut l’affaire de quelques secondes seulement, car Sa Grandeur ne pouvait se résoudre à abandonner un confrère. Après une courte et fervente invocation à Ste Thérèse de l’Enfant Jésus, Elle crie : “Prenez-moi par le pied”. Rarement obéissance fut plus prompte et plus parfaite. Le P. Pellois agrippe le pied de Monseigneur si solidement qu’il y laisse une empreinte. Libre alors, de ses mouvements, Monseigneur put lutter contre les éléments et, au prix d’un surcroît d’efforts et de fatigues, ramener au port l’imprudent baigneur, qui garde à son sauveur une très vive reconnaissance.

    Sa Grandeur, en arrivant sur la plage, était absolument à bout de forces et aphone, sa figure était blanche comme un linge, ses traits tirés comme ceux d’un mort. Quant au P. Pellois il se plaignait seulement d’avoir avalé un peu trop d’eau salée...

    C’est déjà le troisième sauvetage dont peut se glorifier Mgr De Cooman. Honneur à ce héros !


    Saigon
    10 juillet.

    Le 16 juin dernier, la nouvelle église de la paroisse annamite de Cholon, commencée en mars 1926 et achevée en décembre 1928, a été bénite solennellement par Mgr Dumortier, en présence du Gouverneur de la Cochinchine, de M. de Tastes, ancien maire, et de M. Gazano, maire actuel de la Ville. L’église était splendidement ornée et rutilante de lumières.

    C’est un élégant et beau monument. Il est dû au talent et au travail du Père J. B. Huong, qui, pour trouver de l’argent, s’est d’abord adressé à sainte Jeanne d’Arc, à qui l’église est dédiée, et a su, au jour le jour, mener son œuvre à bonne fin.

    L’église a 60 mètres de long sur 16 de large, 7 travées et un clocher original qui s’élance à 47 mètres dans les airs. Les vitraux, peints sur toile et encadrés entre deux verres, ont été adroitement exécutés par le Père lui-même.

    Pendant la messe qui a suivi la bénédiction, le P. Séminel, professeur au Séminaire, a captivé l’assistance par un magistral panégyrique de sainte Jeanne d’Arc.


    Hué
    9 juillet.

    La session des examens officiels s’est terminée à la mi-juin. Pour la première fois, le Petit Séminaire d’An-Ninh présentait des candidats à l’examen du certificat d’études primaires franco-indigènes, et pour la première fois, il a obtenu un beau succès puisque sur 12 candidats présentés 9 ont été reçus. Au centre de Quang-Tri, où a eu lieu cet examen, aucune école n’a obtenu une aussi forte proportion de “Certifiés”.

    A Hué, l’Institution Sainte Jeanne d’Arc arrive bonne première avec ses trois candidates admises.

    Nos prêtres indigènes ont fait leur retraite annuelle au Petit Séminaire d’An-Ninh du 3 au 9 juillet. Ils se réjouissaient à l’idée d’entendre le R. P. Larouche, C. SS. R., leur exposer la doctrine liguorienne. Mais le bon Père, fatigué, a dû remettre à une autre année la prédication de sa retraite. Et c’est un Père “de chez nous” qui a dû remplacer le Père Rédemptoriste Canadien-Français. Mgr notre Evêque a été heureux de pouvoir faire cette année les conférences ordinaires à son clergé annamite.


    Bangkok.
    2 juillet.

    L’Institut Royal de Siam vient d’examiner soigneusement, en Mai, vingt-quatre manuscrits traitant de L’Enseignement du Bouddhisme aux enfants, manuscrits que lui ont remis leurs auteurs. Les membres de l’Institut, à l’unanimité, ont couronné l’œuvre de S. A. S. la Princesse Poon Phisamai. Soumise au Roi, leur décision fut alors confirmée et ordre royal a été donné d’imprimer et de distribuer cette œuvre préfacée par Sa Majesté.

    Plus que jamais, donc, le Bouddhisme semble s’implanter au Siam et plus que jamais, les hautes sphères officielles se préoccupent de son enseignement. Cette poussée bouddhique n’est pas faite, sans doute, pour intimider les Catholiques ; elle ne servira qu’à les encourager davantage dans l’étude des doctrines bouddhistes, pour mieux les supplanter.

    Signalons encore, dans le même ordre d’idées, la députation de moines bouddhistes venus de Ceylan. Ceux-ci sont arrivés au Siam dans le but d’engager un “chapitre” de dix moines siamois à se rendre à Ceylan pour y “conférer l’ordination” à quelques membres cingalais dissidents. Il y aurait conflit, dit-on, entre les divers monastères de Ceylan, du moins en ce qui concerne la validité des ordinations. Les “Lords Abbés” des onze principaux monastères de Bangkok, réunis en conseil sous la présidence de S. A. R. le Prince Patriarche du Royaume, ont, malheureusement pour les Bouddhistes cingalais, décliné l’envoi de toute députation monastique.

    Nous avons salué avec joie, le 26 mai dernier, l’aurore de la quatre-vingt-unième année de notre cher Père Colombet, Provicaire et sous-doyen des Provicaires de la Société. Toujours alerte, malgré ses cinquante-six ans de présence au Siam, il semble que Dieu veuille le conserver encore longtemps pour l’édification générale. Nous le désirons de tout cœur .


    Malacca
    5 juillet.

    La date du 29 juin était le cinquantième anniversaire de l’ordination sacerdotale du vénéré Mgr Mérel, Archevêque de Craina. Les confrères de Malacca n’ont pas pu, pour la plupart, présenter de vive voix leurs félicitations et leurs souhaits à Sa Grandeur, retenus qu’ils étaient à leur poste, par la solennité des SS. Pierre et Paul, mais tous étaient unis au vénérable Jubilaire pour remercier le bon Dieu de toutes les grâces reçues pendant ces cinquante ans, et pour lui demander de conserver de longues années le Prélat qui nous donne l’exemple du travail et de toutes les vertus.

    Le dimanche 30 juin, Mgr Mérel chanta une Messe pontificale assisté des PP. Auriol, S. Lee et Bonamy. Ce dernier représentait le cher diocèse de Nantes. Après la Messe, les chrétiens chinois, venus saluer Sa Grandeur, l’ont fêtée comme les Chinois savent le faire.

    Les anciens missionnaires de Sa Grandeur, à Canton, Swatow et Pakhoi n’ont eu garde d’oublier celui qui fut leur confrère et leur Père. Des lustres et un beau prie-Dieu sculpté sont venus de Chine dire à Mgr Mérel que Canton, Swatow et Pakhoi n’oublient pas celui qui fut leur Evêque.


    Laos
    5 juillet.

    Nous allons arriver au huitième mois, et toujours pas de pluie. Nos campagnes souffrent de la sécheresse ; les rares semis qui ont été faits se dessèchent sur pied, ou bien sont dévorés par les insectes. A cette calamité dont souffrent nos paysans, il est venu s’en ajouter une autre, sous la forme d’une maladie contagieuse, sorte de peste qui atteint spécialement les animaux domestiques petits et gros.

    Nous venons de perdre M. Drouot, Commissaire du Gouvernement, Résident à Thakhek. M. le Commissaire était très estimé de tous ; aussi tous, Laotiens, Annamites, Européens tinrent à venir lui rendre une dernière marque d’estime en assistant à ses funérailles. Monseigneur notre évêque, entouré de sept missionnaires, présidait lui-même la cérémonie funèbre. Le P. Paulin chanta la messe ; l’absoute fut donnée par Sa Grandeur.


    Mysore
    21 mai.

    A Kollegal, notre station ad gentes se développe dans de bonnes conditions. Le P. Graton, qui en a la charge, annonçait dernièrement qu’il espérait sous peu donner le baptême à 60 catéchumènes. S’il était plus facile d’instruire les adultes, l’admission au sacrement pourrait ne pas être retardée, mais dans la plupart des familles, si les enfants se trouvent avoir actuellement la préparation suffisante, les nécessités du travail n’ont pas permis d’avancer du même pas en ce qui regarde l’instruction des parents.

    Depuis quelque deux ou trois ans, la municipalité de Bangalore City (partie indienne de la ville de Bangalore), procède à d’importants travaux d’amélioration. Le dernier en date de ces travaux est la création d’un vaste rond-point en face de notre église Saint Joseph. Or le curé de cette paroisse est le P. Briand, dont nous allons fêter le jubilé sacerdotal dans le courant du mois de juin. Le conseil municipal, voulant honorer le vénérable jubilaire, a décidé que le rond-point projeté porterait le nom de Briand Circle. Le but de nos édiles est par là de remercier le P. Briand pour le travail que ce dernier a fait dans le quartier au cours de ces trente dernières années, en particulier pour la fondation d’une école et celle d’un dispensaire. Ces deux établissements, dont chacun reconnaît la grande utilité, se trouvent placés sous la direction des Sœurs Catéchistes Missionnaires de Marie Immaculée.

    28 mai.

    Le P. Pinatel, qui souffrait beaucoup du foie depuis pas mal de temps, recevait dernièrement l’avis de faire en France un séjour prolongé. Il comptait tout d’abord s’embarquer dans le courant de juin, mais l’avis, venu à la dernière minute, qu’il y avait une place de libre à bord du bateau où s’embarquaient déjà les PP. Monchalin et Tignous, a brusqué son départ, A l’heure où ces lignes sont écrites, il doit avoir tout juste quitté Pondichéry. Nous lui souhaitons heureux voyage et un complet rétablissement.

    Alors que le P. Pinatel quittait Bangalore, le P. Laurent, souffrant du cœur, se rendait à l’hôpital pour une consultation, le Docteur insistait pour l’y retenir, mais le Père voulut à toute force rentrer chez lui pour donner la bénédiction comme à l’ordinaire, promettant d’ailleurs de revenir le lendemain pour se faire traiter.

    Le lendemain, c’est-à-dire hier 27, il se crut encore assez de force pour se rendre à la Procure, en vue de la réunion du conseil. Là cependant, se sentant par trop fatigué, il ne descendit pas de voiture, mais se fit conduire à l’hôpital Ste Marthe. La matinée s’y acheva sans autre incident qu’une forte fatigue.

    Le Père ne se croyait pas même assez mal pour se mettre au lit, bien que le Docteur l’en pressât. Vers une heure de l’après-midi une crise survint. Sans conviction, le Docteur lui fit une injection qui ne produisit aucun soulagement. Dans le même temps il faisait prévenir le P. Paulin qu’il n’y avait aucun espoir. Sans se croire perdu, le P. Laurent accepta de se confesser, reçut l’Extrême-Onction et le Saint Viatique. Après avoir fait en parfaite connaissance son action de grâces, il se plaignit quelque peu que l’oppression augmentait. Un instant après Dieu le rappelait à lui. Euge, serve bone et fidelis.

    Le P. Laurent, qui nous a quittés pour un monde meilleur, n’avait pas précisément le tempérament britannique : on le connaissait tout au contraire pour la facilité qu’il avait de s’introduire auprès de tous sans avoir été présenté, et cela quelquefois aux heures les plus invraisemblables. On se rappellera longtemps, par exemple, comment il alla un soir, sur les 10 heures, réveiller un officier du Gouvernement qui dormait sur une voie de garage, dans son wagon privé.

    On eût pu croire que pareille façon de faire devait lui aliéner l’estime à tout le moins de la société européenne. Mais il n’en fut rien. C’est que derrière des manières un peu déconcertantes, il cachait un cœur excellent et un dévouement à toute épreuve. Européens comme Indiens se sont toujours plu à le reconnaître.

    On l’appelait le Vétéran des Terres, car il se dépensa successivement dans tous les coins et recoins de la Mission. A plusieurs reprises et pendant de longues années, il résida dans le malnad, c’est-à-dire dans la partie malsaine du diocèse. Cela lui donna maintes crises de malaria, crises toujours fortes et pénibles, mais qui une fois terminées paraissaient ne lui laisser aucune fatigue.

    Par la suite, l’âge et une chute malencontreuse lui rendirent impossible de continuer à administrer de larges districts. C’est alors qu’il fut appelé à Bangalore et mis en charge du personnel du chemin de fer, à la gare de la City. On vit alors bien des fois en ville sa bonne figure joviale.

    Nos lecteurs ont lu par ailleurs comment il s’acharna à travailler jusqu’a la dernière minute. La veille de sa mort, il avait encore biné et donné cinq sermons. Le cœur, “son vieil ennemi” comme il l’appelait, n’avait pourtant cessé de protester toute la journée. Le lendemain, il essaya encore de se rendre au conseil. Mais la fatigue trop forte lui fit renoncer à descendre de voiture, et il se fit conduire à l’hôpital.

    Trois heures plus tard le Bon Dieu l’avait rappelé à lui. Nous avons toute confiance qu’il a maintenant reçu la récompense de ses 45 ans de dévouement aux Indes.


    Kumbakônam
    21 juin.

    Lors de l’inauguration du Petit Séminaire de Kumbakônam, nous annoncions que le P. A Xavier en prenait la direction. A la suite d’une maladie assez grave, ce Père a dû prendre un repos prolongé. Il a été remplacé à la tête du Séminaire par le P. Marie Ignace, précédemment curé du district d’Outtamanour. Le P. Assirvadam sera chargé de l’administration de cette paroisse.

    Le P. Blons, fatigué depuis assez longtemps déjà, a dû quitter son district de Kottapaleyam et monter au Sanatorium St Théodore pour y refaire sa santé. Il est remplacé par le P. K. Félix, un de nos prêtres indigènes les plus âgés, mais toujours vaillant malgré le poids des ans.

    Parmi nos confrères malades qui se trouvent actuellement en France, le P. Bulliard a donné de ses nouvelles. Il en est toujours au même point qu’à son départ, et cela après avoir essayé de Vichy, après avoir passé par la radioscopie, après avoir suivi un traitement dans une clinique, après avoir absorbé quantité de tisanes d’un méli-mélo de foin, de paille, d’écorces, de racines, de graines, etc.... le P. Chassain parle de nous revenir en octobre prochain.

    Le traité du Latran a eu des répercussions imprévues jusqu’au fin fond de notre Mission, sur les pentes du Kollimalei. Là-bas, à Madiampatty, vit dans la retraite un ancien zouave pontifical, notre vénérable doyen, le P. Bricaud. Vous penserez peut-être qu’en apprenant la signature du traité qui rendait au Saint-Père son indépendance, cet ancien zouave se prit à chanter son Nunc dimittis. Pas du tout ! Cette heureuse nouvelle produisit sur lui l’effet d’un séjour prolongé dans la fontaine de Jouvence et rendit au vénérable octogénaire quelque chose de la vigueur de ses jeunes années. Tous nous en remercions le bon Dieu. Puissent ces heureux effets persister encore bien longtemps chez notre cher doyen, afin que pendant de longues années il demeure au milieu de nous, exemple vivant d’énergie et de fidélité au devoir.

    Le P. Laplace, procureur, a été choisi par les missionnaires de Kumbakônam pour être leur représentant à la réunion préparatoire de l’Assemblée Générale de 1930. Son suppléant éventuel est le P. Deltour.

    A Kumbakônam, les Sœurs Indigènes du Saint Cœur de Marie ont perdu leur Supérieure, Mère Sousei Bénigna Marie, morte le 3 mai, après une maladie de 22 jours.

    Vers la même époque les Sœurs européennes apprenaient, par un télégramme venu de Paris, la mort de leur Supérieure Générale, Melle Augustine Rousselet, Directrice Générale des Filles de Saint François de Sales.


    Séminaire de Paris
    15 juin.

    Le Dimanche de la Pentecôte, Mgr le Supérieur a célébré la grand’messe pontificale rue Lhomond, à la maison mère des PP. du St Esprit. Mgr Le Hunsec avait insisté pour donner à la fête patronale de sa Congrégation le caractère de la plus étroite union entre missionnaires.

    Le lendemain 20 mai, a eu lieu le pèlerinage de N.-D. de Long-pont. Fidèle à une tradition déjà longue, la communauté de Bièvres, renforcée de quelques aspirants venus de Paris, était présente et faisait les cérémonies. Mgr le Supérieur a célébré la grand’messe et présidé la procession.

    La fête de N.-D. Auxiliatrice n’a pu être célébrée cette année, à cause de l’octave privilégiée de la Pentecôte. On a remis à une date ultérieure la messe chantée d’ordinaire ce jour-là en exécution du vœu de 1871.

    Le 26 mai, vers 9 heures, le P. Robert, parti de Kharbine le 4 mai, est arrivé à Paris après avoir passé une journée à Vienne, trois jours à Rome et près d’une semaine en Provence et à Marseille. Il est en excellente santé, très content de son voyage, et, dans une très large mesure, édifié de l’esprit vraiment apostolique dans lequel il a vu travailler nos confrères sur les points les plus variés de nos Missions. Il a fait le 31 une conférence aux aspirants, qu’il a vivement intéressés par la relation de son voyage et les nouvelles de nos Missions.

    Le jour de la Fête-Dieu, un temps splendide a favorisé les processions du Saint-Sacrement, tant à Paris qu’à Bièvres. A Paris grâce à un service d’ordre parfaitement organisé, la procession s’est déroulée au milieu d’une assistance nombreuse et recueillie.

    La Société compte un nouvel évêque. M. Provost, de Birmanie Méridionale, a été choisi comme coadjuteur de Mgr Perroy.

    Le P. Bouchet a repris ses tournées de visites aux soldats annamites. Il circule actuellement dans les villes du Sud de la France où la plupart des Annamites ont été groupés.

    Le 10 juin Mgr le Supérieur partait pour Rome, accompagné par le P. Ferrières, pour traiter différentes questions relatives aux Missions d’Extrême-Orient. Sa Grandeur compte être absente une dizaine de jours.

    Admissions Nos 6, 7 & 8 : MM. Pommiès (Bordeaux), Lafrenez (Verdun) et Prat (Bayonne). Nos 9 à 15 : MM. François Renou (Bayeux), Parrel (Toulouse), Morel (Angers), Ollivier (Lyon), Vacquier (Paris), Toquebeuf (Le Puy), Carriquiry (Bayonne).



    1929/477-511
    477-511
    Anonyme
    France et Asie
    1929
    Aucune image