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Chronique des Missions et des Etablissements communs 11

Chronique des Missions et des Etablissements communs Tôkyô 3 octobre. Le samedi 23 des Quatre-Temps de septembre, Monseigneur lArchevêque a ordonné quatre sous-diacres dans la chapelle du grand-séminaire. La rentrée du Séminaire avait eu lieu le 11 septembre avec 80 élèves.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs

    Tôkyô

    3 octobre.

    Le samedi 23 des Quatre-Temps de septembre, Monseigneur lArchevêque a ordonné quatre sous-diacres dans la chapelle du grand-séminaire. La rentrée du Séminaire avait eu lieu le 11 septembre avec 80 élèves.

    Du dimanche soir 24 au vendredi soir 29 septembre a eu lieu la retraite annuelle des missionnaires, prêchée par le P. Gustave Raoult, de la mission de Fukuoka, tandis que le P. Vincent Totsuka prêchait celle des prêtres japonais. Les deux prédicateurs ont grandement intéressé et édifié leur auditoire, le premier en nous prêchant le don de Dieu en J. C., à laide de traits vécus ; le second, en montrant que la vie du prêtre doit être à lexemple du divin modèle une vie de sacrifice, acceptée et aimée pour lamour de Jésus de mieux en mieux connu.

    Deux conférences avec projections ont été données au grand-séminaire et à lUniversité Sophia, sur le pèlerinage de Goa, durant lostension des reliques de saint François-Xavier à la fin de 1932, par Mme Jeanne Armstrong, qui a été guérie instantanément dune maladie de la moelle épinière, en baisant les pieds du Saint, et sest convertie de langlicanisme au catholicisme.

    Le 27 septembre, M. Jousset, consul de France à Yokohama, a remis au nom du gouvernement français la décoration de Chevalier, de la Légion dhonneur à M. Mutschler, religieux marianiste, âgé de 71 ans dont 51 ans de profession religieuse, qui, après avoir professé dans les Vosges, est venu au Japon en 1892, et pendant 41 ans a enseigné le français et la musique, dabord à lécole de lEtoile du Matin de Tôkyô, puis au collège de Yokohama depuis sa fondation en 1901. Nous sommes heureux de constater une fois de plus que le gouvernement français sait apprécier les services de ses bons serviteurs à létranger, et spécialement ceux rendus par la Société de Marie au Japon et à la France.


    Fukuoka

    10 octobre.

    La mission de Fukuoka a eu sa retraite du 4 au 10 octobre. Le R. P. Proulx, religieux dominicain de la Mission de Sendai avait accepté de la prêcher, mais il mourut subitement le mois daoût dernier : heureusement le P. Drouet, curé de la cathédrale était un peu là... et grâce aux livres de spiritualité, dont sa bibliothèque est abondamment pourvue, il a pu nous parler fort éloquemment de nos obligations sacerdotales et apostoliques. Le P. Veillon empêché par une indisposition, que nous espérons passagère, ne put se joindre à nous. Son absence fut dautant plus regrettée que chacun sapprêtait à fêter joyeusement les noces dargent sacerdotales du sympathique confrère.

    En pleine retraite, le 7 octobre, débarquaient à Fukuoka Messieurs C. Prévost et P. E. Léger, de la Compagnie de Saint-Sulpice, Province du Canada, venus en éclaireurs, pour préparer les voies aux confrères de cette Société qui, en temps voulu, prendront la direction du Séminaire de Guébriant.

    Le bateau, qui les avait amenés au Japon, comprenait en outre 45 prêtres et religieuses originaires du Canada, appartenant à 12 congrégations différentes. Mgr Roy, Préfet Apostolique de Kagoshima, qui rentrait dans sa mission par le même bateau, avait télégraphié une adresse au Saint-Père, S. E. le Cardinal Pacelli daigna, au nom du Père commun des fidèles, répondre par le sans-fil suivant : Souverain Pontife heureux saluer vaillants missionnaires destinés Chine Japon, les remercie filial hommage, leur envoie avec vux paternels bénédiction implorée.

    M. Prévost, 35 ans, après son année de Solitude a exercé la charge de professeur et de Préfet de discipline au collège de Montréal. M. Léger, 29 ans, a professé le Droit Canon au Séminaire Saint-Sulpice de Paris pendant deux ans, et exercé la charge de Directeur-Assistant à la Solitude dIssy pendant un an.

    Au repas de midi, Mgr Breton leur adressa nos souhaits de bienvenue et leur exprima notre joie à tous de les voir parmi nous. Après le dîner, dans une séance moins protocolaire, leur fut chantée la vieille chanson des Missions-Étrangères : Le Gai Bonjour... Les arrivants, heureux présage, néprouvèrent aucune peine pour se mettre au diapason de notre joie. Ils y allèrent, tous les deux, de leur petite anecdote amusante... M. Léger surtout, qui venait presque tout droit de Paris, était pourvu dun stock de mots dits par tel ou tel personnage connu... M. Tronson et ses examens particuliers furent mis tout naturellement sur le tapis : et cest ainsi que nous apprîmes comment le pieux et saint M. Olier avait pénétré au Ciel... Comme cette partie de la Légende Dorée est probablement ignorée des lecteurs du Bulletin, peut-être ne seront-ils pas fâchés de la connaître....

    Or donc, en ce temps-là, le fondateur de Saint-Sulpice mourut et fut porté par les anges en Paradis... S. Pierre en le voyant caressa longuement sa longue barbe blanche. Il était si heureux dadmettre en ce lieu de délices ce bon et fidèle serviteur.... Mais M. Olier, ayant jeté un coup dil prudent sur lassemblée des saints, fut tout estomaqué dy voir des femmes... les saintes du Bon Dieu celles que M. Tronson appelle les personnes de lautre sexe... du coup, son visage se rembrunit... Mais entrez donc, dit S. Pierre, nul plus que vous nest digne dêtre des nôtres... Je voudrais bien, reprend M. Olier, mais là-bas je vois des femmes... et les femmes ne sont pas admises dans lenceinte de nos séminaires de Saint-Sulpice... Voyons, voyons, dit le bon S. Pierre, ceci nest pas une raison : les séminaires ont été fondés pour éduquer les séminaristes... le Paradis a été créé pour tout le genre humain... Sans doute ! sans doute ! Mais le cas mérite réflexion... et M. Olier sen retourna méditer dans les jardins avoisinant le Paradis... Un homme ennuyé, cétait ce brave S. Pierre. Que faire ? Qui mettre à la place de ce curé qui ne semblait pas en amitié avec les Enfants de Marie.... Il alla trouver S. Paul quil savait homme de conseil. S. Paul mis au courant du fait... mais pauvre S. Pierre, toujours le même, emballé... Mais cest très simple... à midi moins le quart vous ferez sonner lexamen particulier, et vous verrez.... .

    S. Pierre manda larchange réglementaire : noublie pas de sonner à midi moins le quart... et il observa son curé....

    Quand la cloche sonna, M. Olier sortant de sa méditation demanda quel exercice devait avoir lieu... Cest lheure de lexamen particulier, lui fut-il répondu... Et, dun bond, le Fondateur de Saint-Sulpice entra en Paradis


    Séoul

    4 octobre.

    Mgr Larribeau, en compagnie de Mgr Demange et de Mgr Morris (préfet apostolique de Hpyeng-yang), est parti avant-hier pour Ouensan où a lieu, cette fois, la réunion annuelle des ordinaires de Corée, prescrite par le Directorium. On estime que les conférences dureront une semaine. Mgr Sauer O.S.B., vicaire apostolique et abbé, reçoit ses hôtes dans son abbaye située en pleine campagne à 10 km. environ de la ville de Ouensan.

    Nous navons pas reçu de grands détails sur les derniers jours du regretté P. Devise. On sait seulement quil a encore célébré la sainte messe en la fête de lAssomption et quil est décédé le 31 août. Le 28, il avait été administré par M. labbé Moussié, curé de la paroisse de Lemps (Ardèche) où habite le frère de notre cher défunt. M. Moussié est un ancien aspirant des années 1905-1906.

    Deux élèves de notre Grand Séminaire, mais appartenant à la préfecture apostolique de Hpyeng-yang, sont partis dici pour Rome le mois dernier. Ils achèveront leurs études de philosophie et de théologie au séminaire de la Propagande. Souhaitons à ces jeunes gens meilleure santé là-bas quaux deux séminaristes envoyés à Rome par la mission de Taikou il y a quelques années ; tous les deux sont décédés prématurément, lun à Rome même, lautre de retour en Corée où il avait été renvoyé pour cause de maladie de poitrine.

    Il faut être de son siècle autant quil est permis, disait je ne sais plus quel personnage. Nous sommes au siècle des conférences et aussi des sports. LEvangile par-dessus les toits est la traduction moderne du Prdicate super tecta. Ces temps derniers un membre de la jeunesse catholique, puis un prêtre japonais de passage à Séoul, puis un autre prêtre ont prêché par radio un certain public quon ne peut que difficilement atteindre autrement.

    En outre, à loccasion de la fête des Bx Martyrs de Corée (26 sept.), deux conférences, lune sur le Catholicisme en général, lautre sur le matérialisme, ont été données dans la vaste salle de la Chambre de Commerce de Séoul. Lauditoire, composé entre autres dun millier de protestants et de païens relativement instruits, a paru suivre avec intérêt (beaucoup prenant des notes) les éclaircissements donnés par les Pères Sin Paul et Ryang Pierre.

    Les conférences radiodiffusées ou non sont ainsi à lordre du jour, cependant, en cette saison dautomne surtout, le sport est roi. La Grèce antique dressait des statues aux vainqueurs des jeux olympiques, nous nen sommes pas encore là, mais les journaux sont remplis des exploits des As et leurs photographies sy étalent en première page au même rang que celles des célébrités du moment. Les tenues professionnelles ajoutent à lintérêt qui se porte sur leurs noms. Dans les rues on croise à chaque instant écharpe de cycliste, flanelle de tennis, caleçon de coureur, etc.. En vérité, nous ne sommes plus dans le royaume du Calme matin. Les missionnaires, arrivés en Corée il y a une quarantaine dannées et même moins, nauraient jamais cru possible une pareille transformation des murs et un tel engoûment pour ces sortes de jeux dont eux-mêmes du reste navaient pas la moindre idée. Donc le sport est roi aussi bien en Corée que dans les Républiques de Chine, dEurope et dAmérique ; bon gré mal gré il faut nous soumettre à ce souverain tout en nous efforçant dempêcher nos jeunes gens, nos écoliers, nos écolières, de tomber dans les exagérations auxquelles il entraîne. Omnia tempus habent ; cest la sagesse même ; mais ce précepte nest pas toujours facile à faire entendre ; les confrères qui ont à soccuper plus ou moins directement de la jeunesse ne me contrediront point, jen suis sûr !


    Taikou

    8 octobre.

    La grande nouvelle de ce mois-ci est celle que nous annonçait Monseigneur dans sa circulaire du 12 septembre : larrivée en Corée dune nouvelle société de missionnaires.

    Depuis plus de deux ans déjà, dans le but de préparer lérection dune mission indigène dans la partie ouest de la mission de Taikou, Mgr Demange avait créé un Vicariat forain comprenant les deux provinces nord et sud du Tjyen-la. Il y a quelques mois, Son Excellence, écrivant à la S. C. de la Propagande, lui annonçait que cette préparation était en bonne voie, et que la création dune mission indigène ne souffrirait aucune difficulté dès que le Denier du culte serait établi suivant les prescriptions du Concile Régional, si toutefois la question de la province méridionale ne venait tout entraver. Cette province en effet, la seconde pour le nombre des habitants, est celle où les chrétiens sont le moins nombreux ; et un évêque indigène, ne pouvant espérer des subsides de létranger, serait absolument incapable, avec les seules ressources reçues dans le pays, de procurer lévangélisation de cette région. Cest pourquoi Son Excellence proposait à la S. Congrégation de donner cette partie de la Corée à une société de missionnaires ayant de nombreux sujets et des ressources suffisantes, ajoutant que cela permettrait au bout de peu de temps de créer dun seul coup dans le nord du Tjyen-la la mission de Tjyen-tjyou confiée au clergé indigène, et dans le sud la mission de Koang-tjyou quadministrerait cette nouvelle congrégation, au cas où on pourrait lobtenir.

    La S. C. de la Propagande accepta volontiers la proposition de Monseigneur, et chercha aussitôt des missionnaires pour le Tjyen-la sud. Au mois de juillet dernier, elle avertit Son Excellence que la société des missionnaires de S. Colomban, érigée depuis une vingtaine dannées seulement en Irlande, et ayant déjà deux missions en Chine, se chargeait de cette uvre, et enverrait à Taikou des ouvriers apostoliques sans tarder. Ceux-ci devront travailler dabord sous la juridiction de lEvêque de Taikou ; après une préparation suffisante, ils formeront une mission indépendante dans le Tjyen-la sud, avec les missionnaires indigènes qui y travaillent, et à ce moment-là il est à croire que la préparation sera suffisante aussi pour le Tjyen-la nord où sera créée une mission indigène indépendante.

    Cest à la suite de cette décision que nous est arrivé, le 11 septembre, le futur Supérieur de la nouvelle mission, le P. Mac Polin, venant de la mission de Han yang, province du Hu Peh (Chine), où il travaille depuis 1920. Les nouveaux missionnaires pour la Corée doivent être déjà désignés et arriveront sans doute fin novembre à Taikou, où ils resteront quelques mois pour apprendre la langue et se préparer à leur ministère.

    Nous ne pouvons que nous réjouir de recevoir de nombreux et zélés missionnaires venant de cette catholique Irlande, si bien appelée lIle des Saints. Que Dieu soit béni du renfort quil nous envoie ainsi !


    Kirin

    Son Excellence, ayant accepté la démission du P. Cubizolles, cest le P. Duhart qui assume désormais les fonctions de supérieur du Séminaire. Le P. Lannay a été appelé au Séminaire, tandis que le P. Tchang François a été envoyé en district.

    Après avoir exercé son ministère dans le vicariat de Moukden, le P. Dourisboure a répondu avec empressement à linvitation de Mgr Gaspais. Cest à Haipeitchen surtout, où il y a une agglomération de chrétiens coréens, que le zèle du P. Dourisboure sest exercé pendant près de 15 jours. Inutile de dire la joie des chrétiens coréens de voir un Père parlant leur langue. Le P. Dourisboure est parti, mais son souvenir reste.

    Le 28 août, plusieurs confrères, français et chinois, sont venus à Kirin présenter leurs vux à Son Excellence. A cette occasion nous avons eu la visite du P. Tchen, prêtre du vicariat de Fushun, et voisin de Kirin.

    Aux environs de la chrétienté de Siaopakiatze, plusieurs villages sont venus demander à entrer dans notre sainte religion. Le P. Revaud soccupe activement de ce mouvement de conversion et plusieurs catéchistes sont maintenant dans ces villages y enseignant la doctrine.

    Cette année la fête de la Nativité de la Sainte Vierge fut célébrée à Lourdes avec un éclat inusité. Le cher P. Sandrin arriva bon premier. Le 7, débarquèrent les pèlerins de Sinking, de Siaokioutai, et dautres villages encore. Le jour de la fête au matin, plus de 400 pèlerins étaient massés près de la grotte. Le séminaire, toujours fidèle aux belles heures de la vie paroissiale, chanta la Messe Royale de Dumont, sous la direction du P. Duhart. Le sermon de circonstance fut donné par le P. Cubizolles, le créateur et lapôtre de notre Lourdes Kirinien.

    Ces dernières semaines, les autorités Mandchoukouo ont fait passer un examen aux professeurs des écoles secondaires. Plusieurs, paraît-il, nauraient pas subi avec succès cette épreuve.


    Chengtu

    15 septembre.

    La guerre civile, qui désolait notre mission, sest terminée brusquement le 14 août : la cavalerie de St Georges en lespèce une barque apportant 20.000 dollars aux avant-postes de la brigade Pen, chargée de défendre le secteur de Chungkingchow, et le grade de divisionnaire pour son chef avait fait son uvre. En vingt quatre heures tout le front craquait et le Maréchal Lieou ouen houi ordonnait la retraite sur Yachow et les Marches tibétaines.

    Notre mission compte une dizaine de résidences occupées par la troupe et plusieurs furent pillées de fond en comble. A Sintsin, la réserve de riz de lhospice des vieillards fut confisquée, malgré les protestations du curé Monsieur Lieou.

    En ce moment on prépare la lutte contre les communistes, qui, de nouveau, progressent sur plusieurs points dans le nord de notre mission. Dernièrement ils ont occupé la ville de Gnilong et menacent Paolin, quévangélise le P. Eymard, vicaire forain de la région. Les PP. Beauquis et Pinault, dont les résidences sont occupées par les communistes, sont encore à Shunking où ils jouissent de la fraternelle hospitalité des RR. PP. Bénédictins.

    Le 1er septembre, le P. Pagès, supérieur du Séminaire Commun, a quitté Chengtu pour se rendre à Hopatchang (s-préf. de Penhsien) et prendre possession des bâtiments du Petit Séminaire, mis à la disposition des évêques de la Province pour y installer le Séminaire Commun.

    Le Petit Séminaire est transféré à Chengtu dans les anciens locaux du Séminaire Commun.

    Le vendredi 25 août, à 14 h. 45, tremblement de terre. La secousse a été assez forte et a duré 40 secondes. Les journaux signalent des éboulements et des fléchissements de terrains dans les montagnes de Songpan à la frontière du Koukounor, mais on ne sait encore où se trouvait lépicentre du séisme.

    Notre nouveau confrère, le P. Jean Lyet, sera le bienvenu, car parmi les anciens plusieurs sentent le besoin de prendre un peu de repos.


    Suifu

    1er octobre.

    Dans laprès-midi du 27 juillet dernier, se présentait à la mission catholique de Penchan un officier dordonnance du général Tchen len fen, commandant la 4ème division de la 24ème armée (Armée du maréchal Lieou ouen houi). Après les échanges de politesse habituelle, il annonçait au P. Ambroise Ouan que le général, très sympathique à la religion chrétienne, lenvoyait pour le convoquer à assister à une conférence sur les religions, qui devait avoir lieu, dans quelques instants, chez les protestants. Il linvitait donc à ly accompagner. Le P. Ouan, après avoir changé dhabits, suivit lofficier.

    Mais, il navait point fait deux pas dans la rue quun sous-lieutenant, escorté de quatre soldats armés, laborda avec moult politesses en lui disant que le général, craignant des incidents, à cause des nombreux soldats plus ou moins disciplinés qui se trouvaient en ville, le dépêchait au-devant du Père pour le conduire à lécole normale de filles, choisie, au dernier moment, comme lieu de réunion, parce que plus vaste que létablissement des protestants....

    Cette prévenance, ce changement de rendez-vous ne laissèrent pas dintriguer le Père ; et il nétait pas loin de penser quil se mijotait quelque chose contre lui.

    A lécole normale campait le gros du bataillon des gardes du corps du général. Mais point de général, ni de pasteur protestant, ni de notables : pas un civil.

    Après une heure dattente, vinrent deux trésoriers militaires qui lui signifièrent la volonté de leur chef de lui emprunter deux mille piculs de riz décortiqué et quil serait détenu jusquà leur complète livraison. Le picul de riz pèse 192 kilos et se vendait alors 14 piastres. Cétait donc $28.000, plus de 140.000 francs !! que messieurs les militaires voulaient lui extorquer. Le bon P. Ouan, cela va de soi, était dans limpossibilité de réunir une telle somme. De plus, les 35 piculs de riz quil avait dans son grenier avaient été enlevés quelques jours auparavant par un colonel. Le Père sefforça, mais en vain, de faire comprendre à ses deux interlocuteurs que, malgré la meilleure volonté du monde, il ne pouvait fournir les 2000 piculs quon lui demandait....

    Cinq jours plus tard, grâce à lintervention de quelques amis, lemprunt était réduit à 500 piculs, mais il les fallait sur le champ. Et pour bien montrer que cétait sérieux, laide de camp du général fit attacher le P. Ouan aux barreaux de la porte à claire-voie du poste, les mains liées derrière le dos. Les mauvais traitements ne cessèrent que contre le paiement de 500 piastres.

    Entre temps, la nouvelle de la détention du P. Ouan parvint à Kiating, aux oreilles des PP. Garrel et J. B. Tchen qui en prévinrent télégraphiquement le maréchal Lieou ouen houi, dont, le quartier général se trouvait, à ce moment, à Sintsinghsien. Le maréchal donna immédiatement à son lieutenant, qui nen tint aucun compte, lordre de relâcher le P. Ouan.

    Le 14 août, à la suite de la trahison de plusieurs généraux, le front de la 24ème Armée craquait de toutes parts, et te maréchal Lieou ouen houi ordonnait à ses divisions restées fidèles de battre en retraite en direction de Yachow. Le général Tchen len fen quittait le secteur de Penchan, mais en emmenant avec lui le P. Ouan.

    Le 16, celui-ci arrivait à Hongia avec son escorte et se faisait conduire à la mission catholique où il empruntait 162$ quil glissait dans la main de lofficier chargé de le surveiller et obtenait ainsi sa mise en liberté.

    Le 31 juillet, les soldats-esprits, entraient à Mapien, ville chinoise limitrophe de la Lolotie, et sinstallaient à loratoire pour y faire place, six jours plus tard, à une centaine de brigands sous les ordres dun certain Tchen koue pin, se disant au service de la 21ème Armée ? Ceux-ci firent aussitôt main basse sur les objets du P. Boisguérin. Ainsi, de ses mouchoirs, ils se sont faits des chemises ; de ses corporaux et purificatoires, des mouchoirs ; de ses amicts et manuterges, du linge hygiénique pour leurs dysentériques ; de ses livres, du feu pour chauffer leur marmite.

    Ils y sont encore, et ils menacent de mettre le feu à létablissement, si on les oblige à le quitter. A plusieurs reprises, ils envoyèrent des émissaires à la recherche du P. Boisguérin quils désireraient capturer. Heureusement que notre cher confrère se trouvait loin de Mapien, lorsque ces indésirables y firent irruption, il attendra leur départ pour y rentrer.

    Le Consul de France à Chengtu, mis au courant de lévénement, est intervenu auprès du maréchal Lieou siang. Espérons que celui-ci voudra bien prendre les dispositions nécessaires pour mettre fin à cet état de choses.


    Ningyuanfu

    30 septembre.

    Le Kientchang
    Depuis un mois, ce sont de continuels mouvements de troupes dans la mission. Les oratoires de Foulin, Hotchangpa, Houangmoutchang et Yuechi ont été à plusieurs reprises occupés par les militaires.

    Le chef militaire de Houili irait au Ienuen et serait chargé de diriger lexploitation des mines dor de Louyta, or qui servirait à payer les soldats, qui nont pas touché leur solde depuis plusieurs mois, et aussi, à rendre largent et le riz que les militaires se voient dans la dure nécessité demprunter, mais affirme-t-on, pour la dernière fois !! Que le peuple ait confiance ; dans trois ans le pays sera transformé, les terrains encore incultes seront cultivés, de nouvelles routes seront ouvertes, toutes les mines, qui sont la grande richesse du pays, seront mises en exploitation, les Lolos auront fait leur soumission ; le peuple vivra des jours heureux comme il nen a jamais connus jusquici !

    Notre maréchal na pas été vaincu. Il a cessé de combattre par pitié pour le peuple, fatigué de cette lutte fratricide où trop de sang a déjà été versé !!!

    Craignant, comme on lavait annoncé ici, que les soldats ne passent par le Hotao, pour arriver à Mienlin, Mgr a envoyé le P. Arnaud occuper la résidence, sans titulaire depuis plus dun an. Les soldats ne sont pas encore venus ; jusquici, à Mienlin, on sest contenté de ramasser de largent et du riz, daménager cinq ou six grandes pagodes. Mais le séjour de notre confrère ne sera pourtant pas inutile, il saura, par ses bons conseils, remonter le moral des chrétiens, toujours un peu inquiets depuis les événements de lan passé.

    De Hongpouso, le P. Y écrit que le marché a été pillé deux fois par les brigands ; aucune famille na échappé au pillage. Lui-même a été mis dans lobligation de donner lhospitalité pendant plusieurs jours au chef militaire envoyé pour chasser les pirates.

    Le P. Laborie a dû quitter Hosi lundi dernier pour aller rendre visite au P. Monbeig. De Yentsin, il partira pour Tchangpintse et rentrera par Tétchang.


    Tatsienlu

    1er septembre.

    LÉcho du Thibet.
    Nous avons eu la douleur dapprendre la mort du P. Aubert. Cest à un double titre que son souvenir doit rester parmi nous, puisquil fut missionnaire du Thibet durant six années, puis représentant de notre groupe de Vicariats à Paris, de 1901 à 1933. Voici quelques souvenirs de son séjour dans les Marches du Szechwan : il fit ses premières armes à Chapa, où il était assisté du Père T. Hiông ; puis il resta quelque temps au Séminaire, avant de devenir curé de Mosimien. Cest dans ce poste quil subit la persécution de 1901 : fuyant avec les vierges et les orphelines, il passa deux jours à la montagne sans manger ; quand il redescendit à Mosimien, il ne restait de la chapelle et de la résidence que les murailles. Rappelé à Paris cette même année 1901, il quittait définitivement notre mission. Nous recommandons lâme du cher défunt aux prières de nos lecteurs.

    Les souvenirs, que le décès du P. Aubert nous donne loccasion de rappeler, sont déjà vieux ; en voici de plus anciens encore. Au Loutsekiang, nous écrit le P. André, vient de mourir Sandjroup, le dernier des quatre premiers enfants achetés en 1856, à Bonga, par les Pères Renou et Fage. Il est décédé comme il avait vécu, dans dadmirables sentiments de foi. Depuis cette lointaine époque, les quatre chrétiens se sont multipliés, et le P. André qui prévoit lavenir, vient dacquérir, avec le consentement du mandarin local, des terrains situés à Sekim, et suffisants pour linstallation dun poste. Sekim est dans la vallée de la Salouen, là où se greffe la route du Loutsekiang en Birmanie.

    Le 20 juin, le P. Nussbaum arrivait à Tsechung pour visiter son plus proche voisin, le P. Goré : Parvenu en face de Tsechung, nous dit le voyageur, je vois le Mékong couler au niveau du câble qui sert de pont. Il fallait donc dispenser les mulets de la gymnastique du pont de corde, et se résigner à écourter mon séjour. Je repartis le 23. Quand on a pratiqué huit jours de cheval, sous un soleil de Sahara, cest le cas de le dire, on na pas perdu ses quarante huit heures.

    A Tatsienlu, le mois daoût se passa dans le calme des vacances. Après la fête de lAssomption, le P. Pasteur se rendit à Chapa, dont la douce température (33 degrés à lombre) ne lempêcha pas de jouir, comme venait de le faire le P. Leroux, de la large hospitalité du P. Valour. Le curé de la cathédrale, comme on dit dans un style bien pensant, rehaussa par sa présence la solennité de la fête patronale de St Louis. De Chapa, il se rendit à Mosimien, où il admira la belle orthographie de la chapelle qui sélève à la léproserie. Un Frère passe ses journées à façonner dans le ciment trois grandes et belles statues, destinées à la façade extérieure. Jamais les indigènes de nos pauvres régions nont considéré pareilles choses. Mais peut-on lavouer ? La plupart des ouvriers de la léproserie ont dû être licenciés, le nerf de la guerre manquant. En effet, par suite des hostilités dans la région de Yachow, les communications avec la Chine sont coupées. La caisse de la Procure sen va de la poitrine, et il est impossible de lui trouver des fortifiants. Espérons que cet état calamiteux va bientôt cesser.

    Trois séminaristes, qui sont allés passer quelques jours dans leur famille, à Tsong hua et Mowkung, sont revenus nous rapportant dexcellentes nouvelles des PP. Pezous et Charrier. Ce dernier séjourna une vingtaine de jours à Tanpa, et y célébra la fête du 15 août. La paix avait paru un moment être de nouveau menacée entre Mowkung et Tanpa, mais tout reste calme. Les séminaristes nous ont amené de Tanpa la mule aux vingt quatre printemps du P. Graton ; nous allons la soigner le mieux possible, en prévision du retour de son maître qui annonce son départ de France en octobre.

    Ces temps-ci, le pauvre peuple subit les conséquences de la guerre familiale des maréchaux Liêou. A Tatsienlu, un emprunt de 20.000 $ est imposé à la population par larmée. Dans la sous-préfecture de Lutingkiao, le prétoire réclame à cor et à cri limpôt en maïs, mais les grains se balancent encore sur leur tige dans la campagne. Le maréchal en déroute a, paraît-il, perdu Yachow ; on dit dabord quil pensait se retirer sur le Kientchang, puis quil viendrait à Tatsienlu. Heureusement il semble que cette calamité nous sera épargnée : un armistice serait survenu, aux termes duquel il serait laissé au vaincu les quelques sous-préfectures de la région de Yachow, le Kientchang et les Marches.


    Yunnanfu

    2 octobre.

    Un nouveau deuil est encore venu nous attrister ; le coup est dautant plus pénible quil frappe à limproviste. Le P. Duffau était attendu dun jour à lautre, il devait se transporter à Mi hao, où il aurait plus de consolations et serait moins isolé. Le 7 septembre, une lettre de Tonghai, écrite à son insu, le disait très malade ; nous avons cru à une exagération, cétait sans doute une crise de rhumatismes. Cependant le P. J. Tchong se rendit auprès de lui avec la consigne de faire son possible pour nous lamener. Le 11, il entendit sa confession, lui conféra lextrême-onction, et, ne croyant pas à un danger tout au moins immédiat, reprit le lendemain la route de Yunnanfu. Le P. Duffau lui dit quil avait eu les membres enflés, mais que le mal avait disparu et que dans quelques jours il serait sur pieds. Nous regrettons vivement que le cher Père nait pas retenu le P. Tchong un jour ou deux de plus, celui-ci se serait rendu compte de la gravité du mal et serait resté pour lassister à ses derniers moments. Le 17, nouvelle lettre annonçant que le Père avait, le 15 au soir, sur les 6 h. 30, rendu son âme à Dieu. Le volumineux anthrax, qui sétait formé sur la joue droite, aura sans doute percé à lintérieur et empoisonné le sang. Le P. J. Tchong se rendit à nouveau à Tonghai et procéda le 21 à linhumation. R. I. P.

    Mgr de Jonghe écrit de Paris, le 28 juillet, quil quittera Marseille le 6 octobre, sera à Penang le 27, et pense couvrir en 12 jours le trajet Penang-Yunnanfu, via Bangkok.

    Le 4 septembre, les élèves catéchistes ont été transférés de Péhakiao dans la nouvelle école construite dans lenclos de lévêché.

    Le P. Burger a été indisposé, mais pas aussi sérieusement quon aurait pu le craindre ; cest, écrit le P. Magnin, une insolation qui naura pas de suite grave. Une insolation à Tchenfongchan ? le cas est plutôt rare et mérite dêtre signalé.


    Kweiyang

    26 septembre.

    Cette fois, pas de grandes nouvelles mais seulement quelques menus faits glanés par-ci par-là.

    Le 18 septembre, à loccasion du 2ème anniversaire de la prise de Moukden par les Japonais, la gent estudiantine de Kweiyang, écoliers et écolières, faisait dans la rue une manifestation patriotique. Mais celle-ci ne fut pas du goût du gouverneur Ouang kia lié, qui la fit disperser par ses soldats ; il y eut quelques enseignes enlevées et distribution de coups de crosse. Trois jours après, le gouverneur recevait la visite des délégués des étudiants qui venaient demander des réparations : la mort des soldats auteurs des coups de crosse, la destitution du chef de la police, et restitution des enseignes au son de la musique militaire. Il nest pas sûr quils nobtiennent pas gain de cause, du moins en partie, et il y a quelque chance dassister à un défilé des écoles aux sons de Sambre et Meuse!

    Deux ou trois semaines plus tôt, au poste de Tongtcheou, tenu par le jeune P. Damien Jen, les élèves de lécole, une quinzaine de gamins, demandaient au curé la permission daller prendre leurs ébats dans un ruisseau tout proche. La permission obtenue, les plus petits, dont un payen, partaient et arrivaient les premiers, presque aussitôt le petit payen se noyait. Le maître décole, survenant peu après avec le gros du groupe, aperçut le cadavre et ne trouva rien de mieux que de le prendre sur son épaule et lapporter aux parents. Ceux-ci ne songèrent dabord quà remercier et à se lamenter sur le malheur arrivé, mais quelques jours après, poussés par quelques énergumènes, ils se décidaient à porter une accusation au mandarin du lieu, qui se trouvait de passage dans le bourg. Celui-ci mit le maître décole sous les verrous et ne le relâcha que contre la somme de 100 piastres (5 à 600 fr.), versée par le P. Jen. Laffaire paraissait finie, mais ceût été trop beau. Le surlendemain, le mandarin acceptait un supplément daccusation et se mettait aussitôt en mouvement pour parfaire sa justice. Il sinforma si le Père naurait pas à lécurie quelque monture de valeur, cheval ou mule, rien de tout cela, le Père voyage à pied, mais il avait à lécole un petit harmonium utilisé pour les classes de chant. Le mandarin le fit prendre et en fit don à lécole payenne du bourg.

    Un beau geste. Le premier septembre amenait le 2ème anniversaire de louverture dun dispensaire par nos dévouées religieuses. canadiennes en ville de Kweiyang. A cette occasion les autorités de la ville, gouverneur en tête, organisèrent une réunion pour mettre le dit dispensaire en relief et remercier les Surs du bien quelles faisaient. Il y eut, comme dhabitude en ces cas, présentation dinscriptions louangeuses, gala, photographie et distribution de médailles dor pour les Surs et médailles dargent doré pour leurs aides.

    Dès le surlendemain trois Surs partaient pour Hongkong, deux comme malades et une comme infirmière. Parvenues à la deuxième étape, Kouitin, elles trouvaient la ville bondée de soldats et toutes les auberges occupées. En attendant que leur guide leur eût trouvé un gîte quelconque pour passer la nuit, elles se tenaient assises dans la rue. Survint un commandant de larmée de Ouang kia lié qui les salua, leur demanda où elles allaient, doù elles venaient, et apprenant quelles tenaient le dispensaire de Kweiyang il répliqua : Oh ! alors, cest vous qui avez si souvent soigné nos blessures et nos bobos et se tournant vers ses soldats : puisque loccasion se présente de se montrer reconnaissants, ne la laissons pas échapper, allez chercher logement ailleurs et faites place à ces dames, et lui-même les installa dans sa propre chambre et disparut.

    Il y a plaisir à enregistrer un fait de cette couleur-là.
    Sur leur parcours, bien des infirmes se présentaient à elles et leur fournissaient ainsi loccasion dadministrer nombre de baptêmes.

    A Touchan, le P. Derouineau souffrait durémie depuis quelques semaines et il est parti, lui aussi, pour Hongkong consulter la Faculté. Cest le P. Champeyrol titulaire de Touyun, le poste voisin, qui assume lintérim avec laide du P. Lucien Tchen.

    Le samedi des Quatre-Temps, Mgr Seguin, après avoir prêché la retraite des élèves du grand séminaire, conférait les deux derniers ordres mineurs à neuf dentre eux.

    Enfin pour conclure, une bonne nouvelle : le départ au 22 septembre dun nouveau confrère le P. Dewonck pour la mission de Kweiyang. Il sera le bienvenu, et pour autant que cela dépend de nous, non des événements, le bien reçu.


    Canton

    Dans le courant du mois de septembre, deux Russes Monsieur Dmitri George Kosikis, lieutenant-colonel, décoré de la croix de Saint-Georges pour sa belle conduite pendant la grande guerre, et Madame Elisabeth Léonide Basargia ont abjuré le schisme grec pour entrer dans lEglise Catholique. Quelques jours après, ils ont reçu les sacrements de pénitence et deucharistie et, un peu plus tard, celui de mariage, dans notre Cathédrale. La connaissance quils ont de la langue anglaise, nous a permis de leur enseigner la vraie doctrine. Ils ont dailleurs mis, lun et lautre, à cette étude, beaucoup de bonne volonté.

    Monsieur Dmitri George Kosikis est Directeur de la Canton Riding Academy. Par sa mère, il descend de Rostopchine, le gouverneur de Moscou en 1812.

    Le samedi 23 septembre, est mort à Hongkong Monsieur Tchan Kwing-ming, ancien gouverneur de Canton. La Mission Catholique lui devait de la reconnaissance ; les missionnaires qui lont connu ont gardé pour lui une profonde sympathie. Une divergence dopinion sur la question de lunification du pays lavait fait sortir du parti Kuomintong. Il aurait voulu faire de la Chine une confédération semblable à celle de la Suisse ou des Etats-Unis dAmérique. Gouverneur de Canton, il sétait montré intransigeant dans la prohibition du jeu et de lopium. Sa morale était rigide.

    Ses anciens collaborateurs, quoique membres du gouvernement actuel, nont pas craint de lui rendre leurs hommages. Plusieurs dentre eux, ont envoyé des secours à la famille pour laider à régler les frais des funérailles, car Tchan Kwing-ming est mort pauvre. Le 25 septembre, courte visite, à la mission, du Général Gaston Wong Keung, chef détat-major de la 19e armée de route qui mène campagne contre les rouges du Fou-Kien.

    Le Révérend P. Jonen, Supérieur religieux des Pères Dominicains de la Province de Rhénanie, à qui est confiée la Préfecture apostolique de Ting-chow, Fou-Kien, est notre hôte depuis quelques semaines. Il semploie à faire mettre en liberté un de ses confrères captif des brigands.

    Le 10 octobre, le cher P. Jarreau a célébré ses 60 ans dâge. Nos confrères du voisinage, quelques-uns de nos maisons communes de Hongkong et les chrétiens du district de Toung Koun ont tenu à prendre part à cette réjouissance.

    A loccasion de la fête nationale Chinoise du double dix (10 oct.), Monseigneur sest rendu au Palais du gouverneur pour lui présenter ses devoirs.


    Swatow

    16 octobre.

    La pacification de ce coin de la Province continue ; dans certains endroits on ne craint pas de recourir pour cela à des mesures radicales. Ainsi au Hoi-Lukfung, berceau du Communisme de cette région, on avait installé, après la dispersion des troupes rouges, des espèces de refuges ou lieux de rénovation pour permettre à ceux qui sétaient laissés tromper par les meneurs communistes, de se corriger et de redevenir dhonnêtes gens. Le succès de cette méthode na sans doute pas donné les résultats attendus, ou bien lon doutait de la sincérité des convertis ; quoi quil en soit, un beau matin, il y a de cela quelques jours, 5 ou 600 de ces néophytes furent inopinément mitraillés jusquau dernier par les troupes chargées de leur surveillance. Le lendemain on pouvait annoncer que lordre règne au Hoi-Lukfung. Malheureusement ceux quon fait disparaître de cette façon, un peu trop sommaire, ne sont pas les plus dangereux : chefs et propagateurs ne se laissent pas prendre au piège ; ils sont en sûreté ailleurs, prêts à recommencer à la première occasion.

    Le P. Thiollière vient de nous quitter pour un long périple qui doit le mener jusquau pays natal où il pense refaire ses forces pour de nouvelles campagnes apostoliques. Nos vux laccompagnent pour son congé bien gagné par 32 ans de séjour ininterrompu en Chine.


    Nanning

    Le 19 septembre à 7 h. 20 du matin heure locale une légère secousse sismique a été ressentie. Voici quelques chiffres extraits du compte rendu annuel : Nombre des catholiques, 4965. Ce chiffre naccuse quune augmentation de 77 unités, mais il y a lieu de se rappeler que trois districts comptant plus de 400 baptisés ont été cédés à la Mission du Wuchow. Le chiffre des communions de dévotion a augmenté de 8.000 et dépasse 66.000, pour 2665 communions pascales. Le nombre des consultations données aux malades dans les dispensaires a plus que doublé et atteint 113.000. Le nombre des enfants de payens baptisés à larticle de la mort est de 918, obtenus surtout par les Religieuses Canadiennes et indigènes : 67 à Long-Niu (P. Rigal) 116 à Pak-Sha (P. Kiang), 134 à Kouy-Hien (P. Séosse) 265 à Sieou-Jen (P. Peyrat) 292 à Nanning (P. Labully). Quant aux plus beaux bouquets de baptêmes dadultes, ils ont été obtenus par les PP. Séosse (66), Peyrat (72) Kiang (86). Le total général des baptêmes est de 1471 pour 24 prêtres dont 10 indigènes. Si lon déduit les absents, les malades, le nouveau qui est à létude de la langue, ceux qui étaient détachés dans les missions voisines et ceux qui sont chargés de la Procure et des séminaires, il ne reste que 15 prêtres soccupant directement dévangélisation et la proportion de baptêmes par prêtre est de 98. Cest de beaucoup la plus forte moyenne obtenue depuis 58 ans que la mission existe !


    Hanoi

    9 octobre.

    Lété, qui sattardait outre mesure au Tonkin, vient enfin de prendre congé. Il la fait dailleurs de très mauvaise grâce, dans la nuit du 2 au 3 octobre, claquant portes et fenêtres, trouant les toits, secouant les arbres à les briser, abîmant cultures hautes et rizières, chavirant de nombreuses embarcations, tuant même plusieurs personnes. Espérons que son départ aura été, cette fois, définitif et profitons du calme revenu et de la fraîcheur relative que nous a laissée le typhon pour recueillir quelques nouvelles susceptibles dintéresser les lecteurs du Bulletin.

    Comme chaque année, la ville de Hanoi, durant les mois de juin, juillet et août, a vu une bonne partie de sa population, surtout féminine et enfantine, émigrer vers les plages : baie dAlong, Do-Son, Samson, ou vers les stations daltitude : Tam Dao, Chapa, Mau-Son. La vie et lactivité paroissiales en ont été naturellement ralenties. Mais curés, professeurs, aumôniers y ont gagné, au moins, de pouvoir se détendre un peu. Les uns, comme MM. Fournier et Vignaud, ont vogué vers Hongkong et les rivages circonvoisins ; dautres, MM. Tardy, Vuillard, Lebourdais, se sont offert sur terre un voyage semi-circulaire dont létape extrême fut Kontum, où ils eurent le bonheur dassister au Sacre de Mgr Jannin. La plupart se contentèrent de lhabituelle villégiature au Mau-Son, ou demeurèrent prosaïquement dans leurs résidences. Du reste, cette dernière façon de passer lété ne manque nullement de charmes. Elle comporte celui, entre autres, pour les confrères de Hanoi-ville, de recevoir dassez nombreuses visites. Aussi avons-nous vu dans nos murs, durant les mois qui viennent de sécouler, et sans compter les missionnaires de lintérieur et des missions voisines, MM. Cadière, Urrutia, Viry et Massiot de Hué ; Crocq, Caysac, Séosse, Maillot, du Kwang-si ; le R. P. Finn, Jésuite irlandais, professeur à lUniversité de Hongkong, etc.. puis, tout dernièrement, notre très sympathique procureur, M. Vircondelet, et un Jésuite allemand, le R. P. Abfauhauser, professeur à lUniversité de Munich.

    Mais tout cela, cest déjà le passé ! Septembre, en ramenant voyageurs et estivants, a marqué pour chacun de nous lheure de se remettre au travail. Le bon P. Dronet, dont la paroisse de Hanoi et les confrères présents fêtèrent, fin de juin, les noces dor sacerdotales, a repris ses longues séances au confessionnal, et ses visites pastorales, et ses catéchismes, et ses instructions. Ses auxiliaires, MM. Dépaulis et Fournier, auxquels se joignent, dans les grandes circonstances, MM. Pédebidau, procureur, et Décréau, supérieur du Probatorium, secondent de leur mieux notre infatigable curé. Les deux premiers ont dû prendre complètement à leur charge les uvres de jeunesse ; cercle militaire, Jeunesse Catholique, Scouts et Louveteaux, Croisés eucharistiques, auxquelles nos bons Religieux Dominicains et Sulpiciens retenus par leurs propres occupations ne peuvent plus prêter leur précieux et dévoué concours. Seule lUnion catholique des Jeunes filles hanoïennes, avec les Guides et les Jeannettes, ses filiales, continue à bénéficier, sous la haute direction du P. Dronet, des instructions et conseils du R. P. Aubert, Dominicain.

    Tous ces groupements sont en plein essor. La Croisade Eucharistique surtout, après deux années seulement dexistence, donne, en surface comme en profondeur, des résultats déjà considérables et pleins de promesses pour lavenir. De Hanoi, où Croisés et Cadets, français et annamites, garçons et filles, rivalisent de zèle, desprit de sacrifice et de ferveur, luvre se propage rapidement dans les paroisses de lintérieur. Déjà une vingtaine de groupes ont été constitués avec un effectif total denviron 1500 enfants. Voici le montant des Trésors durant le mois daoût, mois des vacances, pendant lequel les classes étant fermées, les réunions moins nombreuses, beaucoup daumôniers absents, les petits croisés se sont trouvés, plus quen temps ordinaire, livrés à eut-mêmes et au zèle de leurs apôtres; assistances à la messe : 15.429 ; communions : 12.311 ; visites au Saint Sacrement : 141.730 ; dizaines de chapelet : 172.731 ; bonnes actions : 61.240 ; sacrifices : 29.155.

    Nos écoles se sont à nouveau remplies. Les Religieuses de Saint Paul de Chartres à Sainte Marie, les Frères des Ecoles Chrétiennes à Puginier, les deux écoles paroissiales de garçons et de filles, enregistrent des chiffres dentrées, sensiblement égaux à ceux des années précédentes, ce qui est un succès, eu égard aux difficultés dordre économique et à la concurrence des établissements officiels et privés laïcs. La pension Lacordaire a ouvert ses portes, le 15 septembre, à près de 80 élèves, chiffre notablement dépassé aujourdhui. Les bons Pères Dominicains, satisfaits de cette affluence qui va au-delà de leurs espoirs, regrettent cependant labsence délèves annamites. Mais à cette situation, due à des circonstances où nentre aucun manque de confiance et destime, il sera, avant longtemps, remédié. Le Séminaire Saint-Sulpice a pris aussi le départ, à pas forcément plus lents mais tout à fait sûrs, vers un avenir qui ne comporte point daléas. Trente étudiants appartenant aux Missions de Hanoi, Hunghoa, Phatdiem, Thanh-hoa, Vinh sy initient aux secrets de la philosophie et de la formation sulpicienne. Un quatrième directeur, M. Gastine, nouvellement arrivé et un cinquième M. Bouis, actuellement en cours de traversée, complèteront le corps professoral, dès que leurs études de langue annamite seront terminées.

    Voilà pour le centre hanoïen ; nous y bornerons la présente chronique. Mais que nos confrères broussailleux ne croient pas quon les oublie. Larticle de décembre leur sera exclusivement consacré.


    Hunghoa

    12 octobre.

    Le lundi 25 septembre, Mgr Ramond quittait Chapa, notre Station daltitude, pour rentrer à Hunghoa ; comme chaque année, Son Excellence a bien profité de cette villégiature dans la montagne. Et, que dire des Pères Desongnis et Idiart-Alhor, qui avaient passé, auprès de lui, plus dun mois et demi ; quelle mine superbe ils rapportèrent de là-haut lun et lautre !

    Le voyage de retour ne fut pas trop pénible ; mais, les jours suivants, un ciel de feu et des nuits étouffantes leur rappelèrent quils nétaient plus à 1.500 m. daltitude. Même en fin de septembre, le Tonkin offre encore à ses habitants bien des variations atmosphériques et de multiples occasions de soupirer après la fraîcheur ! Cette année, en particulier, dans les derniers jours de septembre et au début doctobre, on se crut revenu en pleine canicule, et, durant plus dune semaine, sévit, sur tout le Tonkin, une vague de chaleur vraiment exceptionnelle, prélude dorages ou de typhons.

    Le 2 octobre, dans la soirée, parvenait lannonce dun typhon dune extrême violence, se dirigeant vers Haiphong, et, moins de cinq heures après, vers minuit, un vent terrible se mit à souffler, sans discontinuer, et cela dura toute la nuit ; impossible de fermer lil, et chacun de se demander ce quil allait advenir ; avec cela, une pluie torrentielle, qui inondait tout !

    Le 3, au matin, on put se rendre compte des dégâts ; ici, maisons renversées, tuiles arrachées, toitures emportées ; là, arbres déracinés, cultures dévastées ; et, sur les fleuves, comme dans les étangs, barques ou radeaux désemparés et en péril ; cétait un vrai désastre ! Rarement typhon causa, en si peu de temps, autant de dégâts ! Ainsi, à Hunghoa, dans le seul jardin de la Délégation, plus de 150 grands arbres gisaient à terre ; dans les environs, trois ou quatre gros banians séculaires avaient été arrachés, on ne sait comment, et, sur les collines voisines, les arbres à laque, richesse de cette région, étaient brisés, par milliers ; de même, la récolte, pour plus dun tiers, était perdue.

    Et ce fut ainsi dans presque toutes les paroisses de la Mission ; à lheure actuelle, on nentend parler que de cures à réparer, à refaire, de murs à consolider, etc.. Dans le district du Père Chabert, plus exposé aux typhons, parce que tout en plaines, de nombreux catéchuménats ont été détruits, dure épreuve, alors quabondent les demandes de conversion. A Tong, Camp militaire, où le vent soufflait à son aise, sans obstacle aucun, désastre aussi ! Un mot laconique du Père Pierchon disait, le lendemain : tout, anéanti ! heureusement, il ne sagissait que de lécole ; construite, sur le plan des vastes hangars de lAviation, mais en bambous et simple torchis, elle sétait effondrée tout dune pièce ; ses 60 ou 70 élèves chôment donc actuellement ; peut-être même quelques-uns dentre eux se sont-ils réjouis de ce congé forcé !

    Grâces à Dieu, il ny eut que peu daccidents de personnes, mais la crainte fut partout, durant cette nuit du 2 au 3 octobre, qui marquera dans lannée 1933. Aussi, lorsque, quelques jours après, on annonça une nouvelle dépression atmosphérique, se demandait-on, non sans inquiétude, ce quil allait arriver ; heureusement, ce ne fut quune simple alerte, et ce typhon, le dernier de lannée, espérons-le, se combla rapidement, sans causer de dommage.

    Le Père Desongnis, qui, lan dernier, avait été lauxiliaire du Père Vandaele, à la Procure, a reçu récemment sa première destination : il est envoyé, comme vicaire du Père Chabert, à Tình-Lam, paroisse voisine de la Mission de Hanoi, au sud de la mission. Cest là que, jadis, travaillèrent les Pères Duhamel et Blondel, tous deux également dArras. La besogne ne lui manquera pas ; partout des néophytes et de très nombreux catéchumènes ! mais il est à bonne école, pour se former aux coutumes et affaires annamites. A tous deux, au curé comme au vicaire, heureux succès !


    Quinhon

    26 septembre.

    La chronique de juillet nétant pas arrivée à destination, le Bulletin na pu annoncer la belle ordination du 29 juin. Dans la chapelle du nouveau Grand Séminaire, Monseigneur Tardieu a ordonné six minorés et six prêtres, dont un originaire de Kontum pour la nouvelle mission. Une trentaine de prêtres assistaient à la cérémonie.

    Nous avons oublié de signaler deux distinctions (Le Dragon dAnnam) accordées par le roi dAnnam à nos confrères : le P. Vallet, de Nhatrang, et le P. Le Darré, de Phanrang ; distinctions bien méritées. Nos plus sincères félicitations à nos deux confrères.

    Le 22 août, le noviciat de Gò thị était en fête. Seize prêtres avaient tenu à manifester leur sympathie envers la communauté, qui avait eu la douleur de perdre sa supérieure en mai dernier, en venant assister à la vêture de neuf postulantes et à lémission des vux de cinq novices. Cette cérémonie très touchante, a porté le chiffre des professes à 37, dont trois Bahnar de Kontum. Dès le lendemain, 23 dentre elles prenaient joyeusement le chemin de leurs postes respectifs, soit comme institutrices dans les écoles paroissiales, soit comme infirmières dans lhôpital de la mission à Kim châu. Le pensionnat de Ste Thérèse à Kontum en a eu cinq pour sa part.

    Le 17 septembre, Mgr Tardieu, entouré de huit confrères, présidait une cérémonie du même genre dans la chapelle de la léproserie de Qui Hoà. La fête des Stigmates de St François avait été choisie pour lémission des vux perpétuels de deux religieuses F. M. M., arrivées il y a un an à peine pour prendre la direction de lasile des lépreux, fondé par le regretté P. Maheu. Lexemple de St François embrassant un lépreux fournit à Son Excellence le thème dune belle et pieuse allocution avant la bénédiction des divers emblèmes : voile, anneau, couronne dépines, qui, dans le rituel des Surs Franciscaines indiquent le sens des cérémonies des vux perpétuels.

    Nos chères missionnaires avaient également choisi ce jour pour la bénédiction de leur monastère récemment achevé. Cette maison de cinquante mètres de long donne une impression de solidité malgré la simplicité qui est le cachet des fils et filles de St François. Située face à la mer, à quelques dizaines de mètres du rivage, les servantes de nos lépreux, après leur labeur quotidien, pourront y refaire leurs forces et espérer y vivre de longues années pour le bonheur des membres souffrants du Christ. Fiat ! cest le vu de tous les missionnaires de Quinhon. La présence du docteur, médecin-chef de lhôpital de Quinhon, à cette cérémonie, atteste le prix quattache lAdministration provinciale à luvre de nos Surs missionnaires.

    A dater de ce jour, les Surs Franciscaines M. M. prennent la direction effective et complète de luvre, avec toutes ses charges : rapports avec lAdministration provinciale, etc. etc.. Le P. Nicolas, aumônier de la léproserie, se voit déchargé de ce fait au moins dune partie des gros soucis et fatigues que son dévouement lui avait fait accepter depuis deux ans. Notre cher aumônier tient en cette circonstance à adresser au Noviciat des Amantes de la Croix de Gò thị ses sincères remerciements. Laide effective de ces chères Surs lui a permis de faire fonctionner les divers rouages de luvre avant larrivée des Surs F. M. M., et de faciliter linstallation de ces dernières. Nos trois petites infirmières de bonne volonté sont rentrées dans leur couvent de Gò thị où on leur a assigné dautres fonctions.

    Le 1er septembre a amené la date de la rentrée de nos deux séminaires. Au Grand Séminaire, le départ en paroisse de 18 séminaristes, pour leurs deux années de probation, est cause que 24 cellules seulement sont occupées. Au Petit Séminaire, la rentrée de 24 nouveaux porte à 115 le nombre de nos petits séminaristes.


    Hué

    3 octobre.

    Linstitut de la Providence. Une uvre qui semble appelée à faire un très grand bien dans les Missions de lIndochine française vient dêtre inaugurée à Hué. Il sagit dun établissement catholique denseignement secondaire classique, le seul qui existe dans les cinq pays de lUnion Indochinoise. Il porte le nom dInstitut de la Providence, Thiên Hưu Học Đường.

    Comme toutes les uvres divines, La Providence a passé (pendant cinq ans) par des épreuves de tout genre avant dêtre définitivement établie. Pour cette fondation on avait tout dabord mis les plus grands et les plus légitimes espoirs sur un ordre religieux, qui finalement naccepta pas. De nombreuses démarches entreprises auprès de diverses congrégations naboutirent point non plus. Sera-t-on plus heureux dans un avenir plus ou moins lointain ? Il est permis de lespérer maintenant que luvre est en marche. Cette maison déducation catholique était si vivement désirée par la population tant annamite que française, elle apparaissait dautre part dune telle utilité à lépoque actuelle, que la mission, pour ne pas laisser passer lheure opportune, se décida, lors du passage de S. E. Mgr de Guébriant, lan dernier, à la prendre à sa charge. Notre vénéré Supérieur Général en effet na cessé dencourager et daider par tous les moyens en son pouvoir tant Mgr Allys que Mgr Chabanon en vue de la réussite du pieux projet. La confiante persévérance de nos Vicaires Apostoliques, à laquelle na pas fait défaut la sympathique bienveillance de lAdministration française, a réussi à triompher de tous les obstacles qui, depuis 1928, sopposaient à la création de cet établissement scolaire catholique.

    Se confiant à la divine Providence pour trouver les ressources et le personnel enseignant, S. E. Mgr Chabanon chargea un ancien élève du petit séminaire, aujourdhui architecte et entrepreneur de travaux publics, M. Đinh đoàn Sắc, de dresser le plan général du futur collège et den construire tout dabord le bâtiment central. Les travaux furent menés rondement : au bout de dix-huit mois la maison à deux étages, de 73 mètres de longueur, était prête à recevoir externes et internes. Elle sélève en plein centre urbain, non loin de lévêché et tout à côté des Pères Rédemptoristes.

    Le P. Lemasle, Provicaire, a été nommé Supérieur du nouvel Institut. Il a pour collaborateurs-prêtres le P. Thục, qui en sa qualité de licencié ès-lettres est légalement le Directeur de la maison, le P. Dancette, le P. Massiot et le P. Thích ; il y a de plus quatre professeurs ou moniteurs laïques. Ces nominations ont imposé à nos deux séminaires et à la communauté des Petits Frères du Sacré Cur un sacrifice sensible : ils perdent, le grand séminaire en la personne du P. Thục, le petit séminaire en celle du P. Massiot, et la congrégation des Petits Frères en celle du P. Thích, trois excellents professeurs. Linfluence bienfaisante quils exerçaient sur les candidats au sacerdoce et à létat religieux, ils en feront bénéficier les jeunes gens confiés désormais à leurs soins et destinés, pour la plupart, à prendre place un jour parmi lélite de la société : cest donc toujours uvre dapostolat quils continuent à faire.

    Pour pouvoir bien prendre en main léducation des enfants confiés à lInstitut de la Providence, le P. Supérieur na voulu commencer quavec une classe de sixième, à laquelle sont jointes provisoirement deux classes préparatoires, la septième et la huitième. Le nombre des classes augmentera progressivement chaque année à mesure que les élèves avanceront dans leurs études : en effet, le but premier des Pères placés à la tête de létablissement est dêtre des éducateurs et des éducateurs catholiques. Cest pourquoi païens et chrétiens suivent le même règlement, qui est celui dun collège catholique, avec prière, messe et instruction religieuse.

    Les demandes dadmission sont arrivées nombreuses : le jour de la rentrée, le 15 septembre, elles atteignaient le chiffre de 190. C était trop pour le petit nombre de professeurs dont on disposait ; il fallut faire subir aux candidats un concours éliminatoire : finalement on ne retint que 132 élèves, parmi lesquels 37 pensionnaires. Au point de vue religieux on compte : 28 catholiques, 1 protestant et 103 non chrétiens ; comme nationalités, il y a 17 Français et 115 Annamites.

    Le 17 septembre, Mgr le Vicaire Apostolique bénissait solennellement le nouvel édifice, entouré de nombreux missionnaires et prêtres indigènes, de plusieurs Pères Rédemptoristes, du R. P. Secrétaire de la Délégation Apostolique O. F. M.; assistaient aussi à la cérémonie des Frères des Ecoles chrétiennes, des Surs de St Paul de Chartres, ainsi que lélite de la population française et annamite. La Cour impériale était représentée par trois Ministres : les Ministres de lEducation nationale et de la Justice et le Ministre des Travaux Publics et des Rites. Etait présent aussi S. A. R. Tôn thất Hân, ancien Régent. S. E. Mgr Dreyer, Délégué Apostolique, avait tenu à témoigner par sa présence en quelle haute estime il tient luvre naissante. Après la bénédiction, un modeste lunch réunissait les assistants dans la salle à manger de lInstitut. Mgr Chabanon adressa ses remerciements émus à la foule qui était venue si nombreuse honorer de sa présence la cérémonie, aux élèves et à leurs parents, à NN. SS. Allys et de Guébriant, à S. E. Mgr Dreyer, au P. Provicaire Supérieur de la maison, aux professeurs et au P. Etchebarne, de la Mission, qui tous, les uns dune façon les autres dune autre, se sont intéressés où sintéressent au nouvel établissement. Mgr le Délégué Apostolique répondit au nom du St Père, disant combien Sa Sainteté serait heureuse dapprendre que lIndochine Française possédait enfin un Institut dEnseignement secondaire classique catholique, qui formerait lélite française et annamite pour le plus grand bien de notre sainte Religion, de la France et de lAnnam. Il termina par des vux au nouvel établissement en commentant avec beaucoup dà-propos ces quatre mots : Vivat, crescat, floreat et fructifïcet. Les applaudissements nourris qui saluèrent ces paroles montrent que cest bien là le vu de tous, prêtres et laïques, Français et Annamites.

    Mort du Père Lavabre. Le dimanche 24 septembre, le P. Auguste Lavabre est décédé, à lâge de 56 ans, dans sa 34e année de mission sans un seul retour en France. Originaire du diocèse de Rodez, il arrivait dans la Mission de Hué dans les derniers jours de 1899. Sauf une dizaine dannées où il fut chargé de la paroisse de Ba-Ngoạt dans la province de Quảng-Trị, toute sa vie de missionnaire se passa dans le nord de la province de Quảng-Bình, à Kẻ-Bàng, à Kẻ-Sen, et à Kẻ-Hạc. Cétait un excellent confrère, toujours de bonne humeur ; missionnaires et prêtres indigènes étaient heureux de le rencontrer dans les réunions sacerdotales où il mettait de la gaieté par le pittoresque de sa conversation. Ce quil aimait, cétait la vie de la brousse et la société des bonnes gens de la campagne, dont il possédait le vocabulaire imagé : avec eux il tenait des conversations interminables, sintéressant à toutes leurs petites affaires, à leurs chicanes, à leurs procès. Doué dun grand bon sens, il savait apprécier choses et gens, souvent avec perspicacité, toujours dune manière personnelle, parfois très amusante. Sous des dehors un peu originaux il cachait un excellent cur : pour tout au monde il naurait voulu faire la moindre peine à un confrère et quand on allait le voir il en éprouvait le plus sensible plaisir. Presque jusquà la fin de sa vie, son seul mode de locomotion était la marche à pied : le nombre de kilomètres quil a fait ainsi, soit pour son ministère, soit pour venir aux retraites ou aller voir ses confrères, est incalculable. Mais avec les années les infirmités étaient venues, il ne pouvait plus que difficilement visiter ses chrétiens. Le voisinage relatif (25 kilomètres) des Pères de Pirey et Laurence, ses amis, lui était un réconfort, et quand il se sentait trop malade, cest chez eux quil venait se soigner pendant quelques jours. Cest chez eux, à Tam-Toà, près de Đồng-Hới, que la mort est venue le prendre. Depuis de longs mois il souffrait dune phlébite : une embolie au cur était à craindre. Il sy attendait : aussi, bien que la mort soit survenue subitement, elle ne la certainement pas surpris sans préparation. Au matin du dimanche 24 septembre, alors quil était nuit encore, il eut besoin de sortir ; il tomba foudroyé dans la cour, ayant tout juste eu le temps de pousser un faible cri (quun domestique se rappela avoir vaguement entendu dans un demi-sommeil). Le jour venu, on le trouva étendu la face contre terre : la mort avait depuis longtemps fait son uvre. Auprès de sa dépouille mortelle les chrétiens ne cessèrent de prier, en grand nombre, pendant deux jours et deux nuits. Le 26 septembre eurent lieu les funérailles, qui furent magnifiques. Une foule considérable de chrétiens (sans parler des nombreux païens) était accourue tant de la paroisse de Tam-Toà que des diverses chrétientés où le défunt avait successivement exercé le saint ministère ; étaient venus aussi S. E. Mgr Chabanon et une vingtaine de prêtres français et indigènes, parmi lesquels le P. Lambert, de la Mission de Vinh. Après le chant de lOffice des Morts et la célébration de la messe solennelle des funérailles, Mgr le Vicaire Apostolique donna labsoute. La petite colonie française de Đồng-Hới tout entière, M. le Résident de France à sa tête, se fit un devoir dassister à la cérémonie des obsèques. Le cher défunt repose maintenant dans le petit cimetière de Tam-Toà ; son souvenir sans nul doute restera longtemps vivant tant chez ses confrères que chez les chrétiens, car le P. Lavabre était très populaire et très aimé.


    Kontum

    14 septembre.

    Le 26 juillet, à Saigon, sembarquait pour France, sur lAramis, notre cher P. Provicaire, le vaillant P. Hutinet. Au moment où tout est à organiser dans la nouvelle Mission, cest une grosse contrariété à offrir au bon Dieu de le voir partir ainsi, sans compter que cest un gros sacrifice pécuniaire pour nos maigres ressources ; mais nous ne regrettons rien, pourvu quen cette doulce France, le cher Père retrouve sa santé dantan, car la sienne actuellement était bien ébranlée par ses 30 années dune vie vraiment apostolique dans la brousse bahnar, vie bien dure, croyez-le.

    Avant son départ dici, lui-même a dû faire un douloureux sacrifice en quittant son beau district des Sedangs, à Kon Hôring, auquel il était si attaché. Il y a semé le bon grain à pleines mains ; avec la grâce de Dieu, ce bon grain a germé et fructifié magnifiquement; chaque année, cétait de belles gerbes quil apportait dans les greniers du Père de famille : cette année, son dernier compte rendu de Kon Hôring accuse 159 baptêmes, dont 96 de catéchumènes. Il laisse au zèle du cher P. Stutzmann 700 catéchumènes à instruire et à baptiser, en plus du soin quil doit donner à 1486 chrétiens en 16 chrétientés !

    Là-bas, au pays, le P. Provicaire rencontrera avant son départ notre nouveau confrère, le P. Marty, que nous attendons impatiemment. Notre merci le plus vif au Conseil Central, en le priant de récidiver le plus tôt possible.

    Ce sont 20 confrères de plus quil nous faudrait actuellement, nous disait encore hier Mgr Jannin. Songez donc que pendant de longues années encore nous ne pouvons espérer avoir que quelques ordinations bien rares, tant de prêtres annamites que de prêtres bahnars. De tous côtés, les chefs de district sont débordés, surtout chez les Sedangs et chez les Jeurais. Les lettres arrivent de tous côtés demandant des prêtres, et sentassent en vain, hélas ! sur la table épiscopale.

    Au commencement daoût, le P. Thân, originaire de la paroisse de Tân-hương à Kontum, nouvellement ordonné à Quinhon, a été envoyé au secours de notre cher doyen des Pères annamites, le bon P. Phan. Au moment de la division des deux Missions, le P. Tương avait rejoint Quinhon ; et par le fait, le P. Phan devait administrer deux districts jeurais ; il était écrasé sous le faix, à ce point, quà peine un mois après larrivée du P. Thân chez lui, il a été obligé de partir pour se reposer dans sa famille, à Nhatrang.

    Et combien durera encore cette douloureuse épreuve pour une mission nouvelle de manquer ainsi de personnel, en face de tant de bien à faire ! Dès le lendemain de son Sacre, Mgr Jannin a envisagé la fondation dune uvre qui donnera des pasteurs aux nouveaux chrétiens et des apôtres à ceux qui sont payens, mais pas avant 15 ou 20 ans. Et puisquil faut commencer par le commencement, ici à Kontum, sur un magnifique terrain, on commence la construction du Probatorium, en attendant celui du petit séminaire, et celle encore plus lointaine du grand séminaire. Ce nest quaprès cela, que Mgr Jannin pensera à se construire un évêché quelconque. En attendant louverture du Probatorium, au milieu de lannée prochaine, nous avons déjà deux petits ante-Probatorium, un pour les annamites à lEcole St Joseph et un pour les Bahnars au Collège Bx Cuenot, avec 6 ou 7 enfants chacun.

    Cest grâce à la bonté de Mgr Tardieu, qui a permis au P. Sion de nous envoyer 4 Petits-Frères de St Joseph, que nous pouvons commencer ces embryons décole cléricale : cest également grâce à sa bonté que le 22 août, à Gothi, au Couvent des Amantes de la Croix, deux fillettes bahnars, sous les noms de Sr Pauline et Sr Céline, ont pris le voile et ont commencé le noviciat. Que la bonne Mère du Ciel daigne les protéger et les aider à devenir deux saintes religieuses !


    Bangkok

    30 septembre.

    De retour de France depuis six mois à peine, le P. Ferlay, sur certificat médical, a dû regagner le pays natal pour y subir une opération sérieuse. Comme il est à craindre que son séjour en France ne soit assez prolongé, Mgr Perros a nommé, pour le remplacer comme directeur de lEcole Normale de Petriu, le P. Perroudon. La question scolaire a toujours été très importante au Siam comme ailleurs et la formation des maîtres décole une uvre capitale pour la mission. Nul nétait plus désigné que le P. Perroudon pour remplir ces importantes et délicates fonctions.

    Des inondations considérables dans le nord du Siam ont obligé maîtres et élèves spécialement à Chiengmai à un repos forcé. Des dégâts matériels importants sont signalés en diverses villes et lune delles enregistre malheureusement plus de soixante personnes noyées. On redoute pour Bangkok même, la capitale, une crue de la Menam (fleuve qui la traverse du nord au sud), en novembre prochain.

    La question dexportation du riz, qui jusquà ces derniers temps fut assez facile à résoudre, sest, en septembre 1933, aggravée considérablement. Le Gouvernement de Canton, en effet, à la date du 16 septembre vient dimposer un droit de un dollar par picul (environ soixante kilogs) de riz entrant en Chine. Comme Siam y exporte chaque année plus dun million de piculs, ou 45% de son exportation totale, la Chine est donc un marché intéressant quil ne faudrait pas perdre. Malheureusement, le fermier, déjà pauvre et dont le riz est vendu déjà à un prix peu rémunérateur, devra supporter cette nouvelle taxe et abaisser encore ses prix. Le prix de revient du riz peut, il est vrai, sobtenir par lamélioration des méthodes agricoles et lemploi de machines. Mais il faut de largent pour se les procurer et le crédit agricole siamois nen est quà ses débuts. Par ailleurs le Gouvernement devrait abaisser les taxes qui pèsent lourdement sur les épaules des fermiers. Presque les deux tiers de la nation siamoise se composent de gens qui cultivent, vendent et exportent le riz, cest donc dire que la question du riz est capitale pour le Siam. Peu importe en effet que le Siam ait gagné 11 prix sur 20 pour le riz à lexposition mondiale de Régina (Canada) en cette année 1933, si, bien que dexcellente qualité, ce riz ne peut pas se vendre. Cest évidemment une source de satisfaction de savoir quau Siam le riz est excellent, mais cela ne procure pas grand profit.

    Il y a quelque espoir que la situation saméliorera pour le Siam dans le fait que la Chine, obligée de manger du riz et incapable de sapprovisionner chez elle de toute la quantité nécessaire, abaissera ses tarifs et sera forcée dacheter, même à un prix supérieur, le riz qui lui manquera.


    Rangoon

    26 septembre.

    Mgr Provost vient de faire sa visite annuelle au Petit Séminaire de Moulmein. Il a profité de son séjour là-bas pour donner la confirmation chez le P. Boulanger, à léglise St Patrick. Il sest embarqué, dimanche soir, 24 septembre, pour Bassein où doit avoir lieu prochainement la retraite des religieuses indigènes, qui sera suivie dune cérémonie de vêture et de profession.

    Le P. Ravoire a le système nerveux fortement ébranlé ; ladministration dun poste difficile, pendant près de 30 ans, en est cause. Il est un peu comme St Paul ; sil na pas été lapidé ni battu de verges, du moins il a sans cesse parcouru son district dans tous les sens, fait plusieurs naufrages, failli devenir la proie des requins et tomber entre les mains des brigands : in itineribus spe, periculis fluminum, periculis latronum. Mais cest surtout pendant la dernière rébellion quil a passé des heures angoissantes : la nécessité de garder sa maison toujours bien fortifiée, de faire de nombreuses patrouilles pendant la nuit, de relever les sentinelles, la tenu près de deux ans sur le qui-vive et lui a presque fait perdre lhabitude de dormir, in vigiliis multis. Le cauchemar est dissipé maintenant, mais il en subit le contre-coup. Il va rentrer en France et nous espérons quun congé de quelques mois, en lui faisant oublier ses anciennes misères, lui rendra sa belle santé dantan.

    Le P. Mourlanne garde la chambre depuis une quinzaine de jours ; il est affligé dune espèce deczéma qui ne met pas sa vie en danger mais le fait bien souffrir et le condamne à limmobilité.

    Le P. Chevallier est venu se faire mettre de nouvelles dents, la collection complète, pour remplacer les originales quil a fallu lui arracher.

    Nous avons eu la visite du Rév. P. Don Guiseppe Capra, professeur déconomie politique à luniversité de Pérouse et dexploration géographique à luniversité de Rome. Il explore chaque année quelque partie du monde, et, cette année-ci, cest la Birmanie, le Siam, le Cambodge et la Cochinchine quil se propose de parcourir et détudier. LItalie, nous a-t-il dit, serait un excellent marché pour notre bois de teck. Sa mission est semi-officielle et ses frais de voyage sont payés par le Gouvernement de Mussolini.

    Le Rév. P. Metiver et le Frère Cormier, du diocèse de Chittagong, Bengal, venant de Calcutta, se sont arrêtés deux jours à Rangoon. Ils rentrent au Canada pour un congé, via le Pacifique. Tous deux appartiennent à la Congrégation de Sainte Croix.

    Le nombre des chômeurs est considérable et le Gouvernement, loin de les aider, étudie les moyens den augmenter le nombre par une nouvelle suppression de postes dans les diverses branches de ladministration. Evidemment, ce sont les petits fonctionnaires qui vont encore être les victimes de cette mesure. Une société sest formée pour secourir ces sans-travail ; avec les fonds recueillis par souscription publique, elle peut héberger et nourrir à peu près 150 individus. Mais combien dautres meurent de faim ?

    Un vieil Ecossais, retiré des affaires, qui avait fait fortune dans le commerce du bois en Birmanie, vient de laisser, par testament, une somme de près de 10 millions de francs pour les pauvres de Rangoon. Il na pas fallu moins de quatre mois à nos édiles du conseil municipal pour sentendre sur la manière demployer cet argent. En fin de compte, ils ont décidé de le placer et de ne servir que les intérêts aux indigents de la ville.

    4 Octobre Le P. Fargeton vient de rentrer après deux ans dabsence. Il est arrivé le 30 septembre. A le voir, on croirait quil jouit maintenant dune santé plus robuste que jamais, mais, hélas ! il lui reste encore quelque chose des petites infirmités qui ont nécessité un si long traitement en France. Souhaitons quil achève ici de se guérir et quil puisse tenir encore longtemps.

    Du P. Maye, nous avons linformation plutôt vague quil continue de faire ses malles. Nous pouvons donc espérer le revoir dans un avenir assez prochain.


    Pondichéry

    29 septembre.
    Le Trait dUnion
    Pondichéry. Le 25 août, remise de la Croix de la Légion dhonneur à la Révérende Mère Eugène, supérieure des Surs hospitalières de lhôpital colonial.

    Cest dans la cour de lhôpital que sest déroulée la cérémonie, en présence du corps médical au grand complet, de tout le personnel de létablissement, des chefs de service de la colonie, de la très révérende Mère supérieure des Surs de St Joseph de Cluny et dun grand nombre de religieuses. Répondant à laimable invitation du Chef du service médical, beaucoup de missionnaires avaient tenu à être présents, eux aussi, et à apporter ainsi le tribut de leur reconnaissance à la bonne Mère Eugène qui les soigne si bien, quand ils sont malades.

    A 5 h., Monsieur le Gouverneur fait son entrée, précédé de Madame Juvanon quon apporte dans une chaise. Après quelques mots de Monsieur Labernadie, Médecin chef de lhôpital, Monsieur le Gouverneur savance et épingle la croix sur la poitrine de Mère Eugène, puis, dans un discours plein de cur, il félicite le nouveau chevalier davoir mérité cette haute récompense par une vie toute de dévouement et dabnégation. Déjà, dit-il, vous portez sur votre poitrine une croix qui est le symbole du sacrifice, désormais, vous en porterez encore une autre, qui est le symbole de lhonneur et du patriotisme.

    Le 26, la paroisse de Notre-Dame des Anges célébrait en grande pompe sa fête patronale. Le matin, grandmesse avec diacre et sous-diacre ; le soir, procession. Une neuvaine fort bien suivie avait préparé la fête.

    Le dimanche suivant, 3 septembre, procession du St Sacrement à travers les rues de la ville. Assistance nombreuse, pieuse et recueillie.

    Le 27, le P. Audiau, professeur de dogme au grand séminaire, souffrant du foie, a dû abandonner son poste pour quelques jours et aller demander à lhôpital Ste Marthe, à Bangalore, les soins et le climat que son état réclamait. Il va de mieux en mieux et nous espérons le revoir dans le courant de la semaine. Il nous écrit que le P. Cussac est, lui aussi, en pleine convalescence.

    *
    * *

    Monseigneur sest embarqué à Marseille le 13 de ce mois. Nous lattendons à Pondichéry le mardi 3 octobre. Une réception publique lui sera accordée le soir à 5h. ½ . Monseigneur Tong, le nouvel évêque de Phatdiem, voyage par le même bateau que Sa Grandeur.

    Le P. Trideau écrit, de Djibouti, quil fait un excellent voyage. Tout le monde à bord se montre charmant à son égard. Le dimanche, le salon des premières ne suffit pas à contenir lassistance qui se presse pour entendre la messe. Cest le P. Daniel qui le remplace à Eraiyur.

    Ariancouppam. Le 10 septembre, fête patronale célébrée avec toute la solennité accoutumée. Le prédicateur de la neuvaine était le P. Marinader. Cest le séminaire qui sest chargé de tous les offices le dernier jour. Le P. Pointet a chanté la grandmesse, assisté dun diacre et dun sous-diacre. Pendant toute la journée, des groupes de séminaristes se sont tenus dans léglise, à la disposition des nombreux païens qui sy succédaient sans relâche, leur expliquant ce quils voyaient et leur donnant un aperçu de notre sainte religion.

    Konankuppam. Après avoir été agrandie, restaurée et embellie par le P. Sacré, léglise fut ouverte au culte le 27 août par une messe solennelle. Le diable, toujours à laffût dune occasion de nuire, profita de cette cérémonie pour provoquer une querelle entre choutres et parias, à propos des places à occuper.

    Sattiamangalam. Le P. Lamathe, Curé de Gingee et autres lieux, a eu le bonheur dobtenir que les Surs de S. L. de Gonzague prennent charge de son école de filles à Sattiamangalam. Le P. Combes, directeur de la congrégation, est allé lui-même installer les religieuses au nombre de 4, et a béni le couvent le 29 août, en présence de tous les chrétiens de lendroit.


    Coïmbatore

    30 septembre.

    Le P. Castanié, dont la précédente chronique annonçait la maladie grave, sest éteint tout doucement le mercredi 20 août à 23 h.45. Il était atteint dhydropisie et supportait sa maladie avec une patience bien édifiante. La Mission de Coïmbatore perd en lui un bon missionnaire. La régularité était une de ses qualités maîtresses. Tout chez lui était en ordre, ses registres étaient très bien tenus et comme le Bon Pasteur il connaissait toutes ses brebis et leur histoire. Pendant 43 ans, sans retourner au pays natal, il a travaillé sans bruit mais avec esprit de suite, se dévouant sans compter pour le bien de ceux dont il avait la charge.

    Notre vénéré doyen, le P. C. Petite, a eu, pour la première fois de sa vie, un accès de fièvre. Un court séjour au Sanatorium de St Théodore lui a rendu ses forces et il est de nouveau au poste où il se dévoue avec son zèle accoutumé.

    Notre benjamin, le P. Audiau, vient aussi davoir la fièvre. Quelques jours passés à lhôpital Ste Marthe lont remis sur pied. Puisse-t-il ne refaire connaissance avec la fièvre quaprès avoir fêté ses noces dor, comme le P. Petite.

    Le P. Andrew, qui est en charge dun grand district à quelque 25 kilomètres à louest de Coïmbatore, a eu le bonheur de baptiser environ 75 payens, et il espère que dautres conversions viendront encore réjouir prochainement son cur dapôtre. Ses chrétiens de caste se sont disputés lhonneur dêtre parrains des nouveaux venus, de caste réputée inférieure, et ils travaillent à les former à la vie chrétienne. Cet acte de charité ne peut que leur attirer à eux-mêmes la bénédiction du Bon Dieu.

    Le P. Chervier, après avoir fait ses premières armes sous lhabile direction du P. Crayssac, vole maintenant de ses propres ailes à Kolappulur. Pour commencer, il a quelques centaines de catéchumènes dont il a déjà baptisé un certain nombre. Puisse-t-il continuer et ne sarrêter de baptiser que lorsquil ny aura plus un seul payen dans son district.

    Monseigneur a donné une cinquantaine de confirmations à Kaity aux convertis du P. Périé. Depuis un demi-siècle de nombreux missionnaires se sont dévoués pour travailler à la conversion de la tribu montagnarde des Badagas dont le P. Périé est en charge. Les résultats obtenus sont assurément consolants, mais on les aimerait plus nombreux. Jusquà ce jour les missionnaires ont surtout semé dans les larmes et nont guère connu les joies de la moisson. Le P. Périé est encore du nombre des semeurs. Aura-t-il la joie des moissonneurs ? Tout le monde le lui souhaite, mais cest le secret de Dieu. Tant de zèle et defforts ne resteront pas sans résultat. Le jour viendra, puisse-t-il être proche, où tous ces sacrifices seront récompensés par une abondante moisson.


    Salem

    27 septembre.

    Au chef-lieu, les fondations en pierre de la nouvelle résidence épiscopale, commencées au début du mois daoût, sortent de terre ; elles ont été copieusement arrosées par les pluies, insolites en pareille saison, qui ont à plusieurs reprises arrêté les travaux, en provoquant des éboulements dans les tranchées inondées : tous ces contretemps nont pas ébranlé la patience du P. Michotte qui a dû recommencer plusieurs fois le même travail : labor improbus omnia vincit.

    Non moins tenace, le P. Ligeon poursuit sa tâche irréalisable en ramassant les matériaux pour la construction dune grande, belle et solide église à Yercaud : il fait extraire et tailler des pierres à Cet effet.

    Moins bruyant, le P. Devin pousse aussi activement les travaux dune chapelle de secours à Tengarakothi.

    Le P. Hourmant, sétant déchargé de la direction de lorphelinat de Namakal sur le P. Thékkédam, et de ladministration des anciens chrétiens sur le P. Nalais, peut donner tous ses soins à ses 558 néophytes répartis dans quatre villages, tout en dirigeant les travaux de bâtisse dune chapelle à Perumkurichi, le plus important de ses nouveaux centres de chrétienté qui compte 198 néophytes.

    Le P. Depigny, sa tâche finie à High Field, a demandé à reprendre du service actif dans les rangs des broussards ; il remplace à Idappadi le P. Thalashira appelé au Petit Séminaire faire lintérim du P. Harou, terrassé par la malaria et hospitalisé à Bangalore.

    La mort du P. Chassain, décédé à lhôpital St Joseph à Marseille dun cancer au pancréas, est venue replonger dans le deuil la mission déjà si éprouvée par la perte, en janvier dernier, du P. Playoust, également victime dun cancer à lestomac, comme lavaient été les PP. Labandibar et Malfrayt, de si regrettée mémoire. Le service dusage célébré à la cathédrale pour le repos de lâme du cher défunt, fut chanté par le P. Bulliard, son compagnon de départ, en présence dune dizaine de confrères.

    Le P. Palluel, retenu en France par la maladie, est condamné à un régime très sévère de végétarien ; entre autres malaises, la Faculté lui a trouvé des troubles circulatoires : des spasmes vasculaires de mauvais augure qui affaiblissent notre espoir de le revoir bientôt parmi nous.

    Létat de santé du P. Laplace saméliore lentement ; si la vue a fait des progrès sensibles, les forces ne reviennent pas vite. Espérons que son séjour en Savoie hâtera la guérison complète.


    Séminaire de Paris

    15 août.

    Le numéro du 1er août nayant pas paru, voici les Echos des quatre dernières semaines.

    Le 15 juillet, S. E. Mgr de Guébriant présidait la cérémonie de départ des religieuses missionnaires chez les Catéchistes de Marie Immaculée. Le lendemain, Son Exc. était à Roquencourt, dans le Nord, où il assistait à la 1ère messe solennelle de notre jeune partant de Coïmbatore. Inutile de dire quune conférence de Mgr de Guébriant était dans le programme de la journée.

    Le même jour Mgr Prunier bénissait trois cloches à Mégerville, dans la Seine-&-Oise.

    Durant la seconde quinzaine de juillet notre vieille maison de la rue du Bac a revêtu une allure toute asiatique. Jugez-en : Aux cinq évêques, aux deux prêtres, aux trois séminaristes annamites et chinois dont il a été question dans les précédents Echos, sétaient joints les douze petits étudiants tonkinois de St Pol-de-Léon. Par moments, en entendant les conversations, on se serait cru fort loin dici.

    Le 19 juillet, nous recevions à notre table S. Ex. Mgr Sinion Tsu, S. J., V. Ap. de Haimen, avec son ami M. labbé Thaddée Tchang du vicariat de Shanghai. Le soir du même jour Mgr Tsu invitait nos hôtes Mgr Tong, Mgr Ouang, Mgr Ly, Mgr Wang et Mgr Yeung à de fraternelles agapes dans un restaurant chinois de la capitale.

    Le 20 juillet, nos quatre évêques chinois avec le P. Laroche allaient faire leur pèlerinage à Lisieux.

    Le 22 juillet, Mgr Yeung, lévêque auxiliaire de Canton, passait la journée chez les moines bénédictins de Lophem.

    Le 24 juillet, signalons larrivée de S. E. Mgr de Jonghe dArdoye. le Vic. Ap. nommé de Yunnanfu. Il nous a quittés le 5 août pour aller dans sa famille.

    Le 25 juillet, S. E. Mgr de Guébriant nous quittait accompagné par Mgr Tong, Mgr Ly, Mgr Ouang, le P. Laroche, le P. Vang et le P. Ten, pour aller assister au pardon de Ste Anne dAuray. Après cette fête, notre vénérable Supérieur a fait à tous ces pèlerins les honneurs dune cordiale réception dans le château familial de Kernèvez, à St Pol-de-Léon. Tous sont revenus ravis et de la fête bretonne, et de laccueil reçu.

    Cest encore le 25 que Mgr Yeung et Mgr Wang Visitaient le château de Versailles, où le P. Bourdin leur servait de cicérone. Le lendemain, ils quittaient Paris pour retourner en Chine. Ils se sont embarqués le 28 juillet, à bord du Félix Roussel, avec le P. Dancette qui sen retournait à Hué.

    Le 31 juillet, Mgr Ly et le P. Laroche sont partis pour lEst où ils ont fait un voyage dune dizaine de jours, visitant Portieux, Cutting, paroisse natale du Vén. Moÿe, et poussant même jusquà Trèves.


    Le 2 août, cétait le tour de Mgr Tong daller avec le P. Vang et le P. Ferrières faire une tournée dans le nord-est de la France. A Origny-en-Thièrache ils ont été reçus officiellement et très chaleureusement, par la municipalité et le clergé. Cela sexplique par le fait quOrigny est non seulement la paroisse natale de Mgr Pigneau de Béhaine, mais, de plus, la fille dadoption de la ville de Saigon pour sa renaissance daprès la grande guerre. A peine de retour à Paris, Mgr Tong nous quittait, le 8 août, pour aller faire une cure dans la station thermale dAix-les-Bains.

    Mgr Ouang nous a quittés le 2 août pour aller passer quelques jours en Belgique. Il comptait conférer le 13 août le sous-diaconat à son compatriote Son Exc. Lou-Tsen-Siang, moine bénédictin à Lophem.

    Nous avons appris avec émotion que le P. Flachère a failli se noyer dans le Fleuve Bleu. Par bonheur, Dieu a voulu le conserver à ses chers marins qui laiment bien, et qui ont voulu le lui témoigner, puisque le Ministre de la Marine vient de le faire chevalier de la Légion dHonneur. Nos sincères félicitations au rescapé et au chevalier !

    Nos aspirants de Rome ont tous passé avec succès leurs examens. Parmi eux les PP. Dewonck, Cussac et Harmandon partiront pour les missions avec le diplôme de licencié, conforme aux nouveaux programmes. Ils laissent à Rome leur condisciple, M. Lobez, qui va préparer des examens dEcriture Sainte. Il a passé cette année le baccalauréat dEcriture Sainte avec mention cum laude.


    Le 17 septembre prochain va avoir lieu le sacre de S. E. Mgr de Jonghe dArdoye, suivi le lendemain de la cérémonie du départ des jeunes missionnaires.

    La Mission de Hué vient de faire une lourde perte dans la personne du cher P. Henri-François-Joseph Denis, Supérieur de la Trappe de N.-D. dAnnam, décédé le 25 juillet 1933. Bien que sa profession religieuse eût rompu ses liens canoniques avec la Société, on sait que le cher défunt ne nous a jamais quittés de cur et que, dans sa Trappe, il est resté plus missionnaire que jamais. Aussi, nous nous faisons un devoir de le recommander aux suffrages de toute la Société.

    Admission. Nº 21 à 26 : MM. Pérrin, de Rennes ; Revel, de Nantes ; Brun, de Nîmes ; Danière, de Lyon ; Colin, de Quimper ; Mamet, de Besançon.

    1er septembre.

    En cette seconde quinzaine daoût la vie du Séminaire était bien ralentie. Nos jeunes partants du 18 septembre ont fait leurs malles qui les précèderont à Marseille. S. Ex. Mgr Colas a passé ces deux semaines au milieu de nous. S. Ex. Mgr de Jonghe dArdoye, rentré de Belgique le 17 août, ne nous a pas quittés depuis.

    Le P. Montagu, nouveau supérieur du Séminaire de Bel-Air, a pris possession de son poste. Il sy est rendu accompagné du Père Parmentier qui la présenté à M. le Curé de Bièvres.

    Signalons quelques visites : celle du P. Tessier de Nanning, qui venait de faire un séjour à Châtel-Guyon ; celle du P. Bailly de Yunnanfu, qui revenait de Bains-les-Bains ; celle du P. Veysseyre du Mysore, qui a pris quelques jours de repos à Dormans ; celle du P. Bergougnoux, qui, en revenant de Rome, a fait une courte apparition à la capitale ; celle de Dom Brun, Abbé de la Trappe de Pékin ; enfin le chanoine Baudiment est venu butiner dans nos archives pour achever la biographie de Mgr Pallu.

    Monseigneur le Supérieur est encore au château de Kernèvez. Le 24 août, il se trouvait, en qualité de premier assistant, à la consécration de S. Exc. Mgr Cogneau, le nouvel évêque auxiliaire de Quimper, où depuis 25 ans il remplit les fonctions de Vicaire Général. Sa consécration a été faite par son propre évêque, S. Ex. Mgr Duparc, qui, selon le mot de Mgr de Guébriant, travaillait ce jour-là, pour la première fois peut-être, autant pour lui que pour les autres. Mgr Cogneau porte le titre épiscopal de Thabraca, déjà illustré par deux des nôtres : Mgr Brigot du Siam et le Bienh. Taurin Dufresse de Chengtu. Au nouvel évêque nous disons de tout notre cur : Ad multos annos.

    S. Exc. Mgr Wang de Shunking et S. Exc. Mgr Ly de Yachow ont passé la majeure partie de cette quinzaine au monastère St André de Lophem. A part quelques rapides visites à Bruges et à Bruxelles, ils ont peu voyagé en Belgique. Ils ont profité du calme du monastère pour se reposer.

    Le 26 août, ils sont arrivés tous les deux à Boulogne-sur-Mer, pour assister le lendemain à la belle et pittoresque procession de Notre-Dame, à laquelle les avait invités S. Exc. Mgr Dutoit, évêque dArras. Ils se sont rencontrés là avec S. Exc. Mgr Sloskan, le sympathique administrateur apostolique de Mohilev. Le 27 août, jour de la grande fête, Mgr Wang chantait la messe, tandis que Mgr Sloskan y prêchait devant un auditoire profondément ému. Au repas de midi Mgr Wang a prononcé en latin un toast charmant. Après avoir fait des vux pour que Notre-Dame-de-Boulogne fasse briller sur la Chine le Soleil de son Divin Fils, il a très aimablement remercié, en la personne de Mgr Dutoit, tout lépiscopat français pour le vif intérêt quil porte à la Chine. Il a dit combien il a été heureux de retrouver chez tous ceux quil a eu le plaisir de rencontrer cette même charité à légard des Missions qui anime le cur du Souverain Pontife. Ces paroles montrent bien la clairvoyance de nos évêques chinois, à qui nous adressons un sincère merci.

    Admission. Nº 27 : M. Duquet, de Besançon.

    15 septembre.

    Après avoir présidé comme les années précédentes au 1er dimanche de septembre, le Pardon annuel de St Pol-de-Léon, dans le Finistère, S. Exc. Mgr le Supérieur est rentré à Paris le 5 septembre. Il y a été rejoint par NN. SS. Wang, Ly, Tong et de Jonghe qui revenaient du Congrès de lUnion Missionnaire du Clergé qui sest tenu à Strasbourg.

    Chacun de ces évêques a rapporté de Strasbourg la meilleure impression de laccueil enthousiaste que leur ont fait la bonne ville alsacienne et tout spécialement S. Exc. Mgr Ruch.

    Mgr Boucher, à linitiative de qui nous devons déjà la magnifique réception de Mgr Tong à Notre-Dame, avait organisé à la Basilique du Sacré-Cur de Montmartre, pour le dimanche 10 courant, une grande cérémonie en lhonneur des Evêques Chinois encore présents à Paris, savoir : Mgr Paul Wang de Shunking, Mgr Mathieu Ly de Yachow, et Mgr Joseph Chow (Lazariste) de Paotingfu. Mgr Boucher lui-même y prononça une allocution à laquelle répondit S. Exc. Mgr Chow. Puis, les évêques chantèrent en chinois la consécration de leurs Vicariats au Sacré-Cur, consécration quils lurent ensuite en français. La cérémonie se termina par le salut du St Sacrement donné par S. Exc. le Nonce Apostolique de Paris.

    Etant à ce moment-là au Congrès de Vienne, le Cardinal Archevêque de Paris ne put assister à cette solennité. A son retour le 14 septembre, il invita S. Exc. Mgr de Guébriant à un déjeuner quil donnait en lhonneur de S. Exc. le Cardinal Bourne, de passage à Paris.

    S. Exc. Mgr Colas a passé au milieu de nous ces derniers jours. Il nous a quittés le 10 septembre, accompagné par le P. Gérard. Il a passé par Lourdes pour aller à Marseille. Là, le rejoignaient S. Exc. Mgr Tong et le P. Vang, qui avec Mgr Colas se sont embarqués le 13 septembre à bord de lAmboise. Mgr Colas rentre directement à Pondichéry, tandis que Mgr Tong sarrêtera pour faire un pèlerinage en Terre Sainte.

    S. Exc. Mgr de Jonghe, après un voyage à Chartres, où il a visité les Surs de St Paul, et après son voyage à Strasbourg, sest rendu à Bièvres, où, dans la solitude de notre séminaire, il se prépare à sa Consécration qui aura lieu le 17 septembre dans notre chapelle de la rue du Bac.

    S. Exc. Mgr Wang a fait, lui aussi, un voyage en Bourgogne où il a été visiter la famille du Prieur bénédictin de son Vicariat.

    S. Exc. Mgr Ly, après son voyage de Strasbourg, se repose chez nous en attendant le sacre de Mgr de Jonghe.

    Signalons aussi la rapide visite de Mgr Prunier passant à Paris durant lun de ses voyages.

    Ce Congrès de Strasbourg nous valu la visite dun grand nombre de professeurs de séminaires qui nous ont honoré de leur visite à leur passage à Paris. Nous avons eu aussi le plaisir de recevoir pendant deux jours, M. labbé Robert Prévost, laumônier des Etudiants de lUniversité Catholique de Lille ; grand ami des missions, il était très désireux de voir nos évêques indigènes.

    Le 14 courant, notre vieille maison, depuis quelques jours dans le calme, reprenait son activité normale. Cétait la rentrée des aspirants qui nous revenaient après deux mois passés dans leur famille. Les voilà immédiatement occupés à préparer le sacre de dimanche prochain, et le départ de lundi.

    Le 15 septembre 1883, dont nous touchons aujourdhui le cinquantenaire, fut pour notre Société un jour faste. Cest alors, en effet, quentrait dans notre séminaire un jeune séminariste de St-Sulpice, labbé Jean-Baptiste Budes de Guébriant, notre vénéré supérieur actuel.

    De tout cur, nous remercions la Providence du don quElle fit ce jour-là à la Société et nous Lui demandons avec ferveur de nous le conserver encore longtemps, pour que, par son exemple et par sa parole, Son Excellence continue à susciter, à encourager et à diriger, comme par le passé, toutes les activités missionnaires.




    1933/845-887
    845-887
    Anonyme
    France et Asie
    1933
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