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Chronique des Missions et des Etablissements communs 7

Chronique des Missions et des Etablissements communs. Tôkyô 1er juin.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs.
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    Tôkyô

    1er juin.

    Monseigneur de Guébriant terminait, durant le mois de mai, sa visite des missions de la Société par les missions du Japon, de Corée et de Mandchourie. La mission de Tôkyô a eu le bonheur de posséder notre vénéré Supérieur à partir du samedi soir, 7 mai, jusquau mercredi soir, 11 mai. S. E. qui, malgré son âge et les longues pérégrinations quelle venait daccomplir depuis les Indes jusquaux provinces intérieures de la Chine, ne veut pas même entendre parler de fatigue, car, comme Mgr se plaît à le dire : Ubi amatur, non laboratur ; aut si laboratur, labor amatur, S. E., dis-je, sest prêtée volontiers à exécuter pendant les quatre journées quelle a passées parmi nous, tous les points dun vaste programme, comprenant des visites aux postes de la ville de Tôkyô et de la proche banlieue, et aux nombreuses communautés religieuses et écoles catholiques de la capitale. Les simples lignes qui suivent donneront, pour en fixer la mémoire, une idée de la manière dont ces journées ont été remplies, en même temps quelles témoigneront de lintérêt que notre vénérable Supérieur a tenu à montrer à luvre de nos confrères et de leurs dévoués auxiliaires.

    Donc le samedi soir, 7 mai, à 9 h. 20, lextra-rapide lHirondelle amenait de Kyôto à la gare de Tôkyô, en compagnie de Mgr Chambon, des PP. Bois Frédéric, Samson et Bec, Mgr de Guébriant qui y était reçu par de nombreux missionnaires, religieux et chrétiens, au nombre denviron 200, au nom desquels une jeune fille, Mlle Soma, lui présentait une gerbe de fleurs.

    Le lendemain, dimanche 8 mai, Son Excellence célébrait la messe à la cathédrale, où de nombreux fidèles recevaient la communion de sa main. A 11 heures, visite à la Délégation Apostolique ; après le déjeuner, visite à lAmbassade de France. A 2 heures de laprès-midi, réception des chrétiens dans la salle des fêtes de léglise cathédrale de Sekiguchi. Bouquet offert par Mlle Ogura ; salutation en latin par le P. Lucas Tonnoka, au nom des prêtres japonais ; compliments exprimés tour à tour, au nom des adultes de lAction Catholique, par M. Kitamura (adresse délivrée en japonais et traduite en français par M. Okubo, maître des cérémonies au Palais) ; au nom des Dames Catholiques, par Mme Suzuki ; au nom de la Jeunesse Catholique, par M. Yoshimitsu ; au nom de la Jeunesse féminine, par Mlle Torii Sachiko (ces deux dernières adresses faites en français) ; enfin au nom des enfants, par M. Tokugawa. Puis eut lieu la présentation dun vase artistique et dune enveloppe contenant une offrande au distingué visiteur. Réponse de Mgr de Guébriant, traduite en japonais par le P. Vincent Totsuka. Chant des Martyrs japonais ; photographie au magnésium. A 5 heures, la réception se terminait par le salut du St-Sacrement donné par Mgr de Guébriant. Après le souper, S. E. se rendit à Azabu pour visiter le doyen de la mission, le Père Tulpin.

    Le lundi 9 mai, à 7 heures, messe au grand séminaire S. François-Xavier; à 9 heures, réception à la crypte ; discours en latin du Supérieur, le P. Candau, dun élève et de Mgr de Guébriant ; chant des Martyrs. A 10 h., visite à lHôpital Ste-Marie, des Surs Missionnaires Fr. de M., et salut du St-Sacrement. A 11 h., réception des missionnaires à Sekiguchi. Notre vénéré Supérieur nous a entretenus pendant une heure des motifs destimer et daimer notre vieille Société des M.-E., et nous a recommandé lamour de notre vocation et lamour de lEglise, que nous avons pour mission unique de fonder dans les pays infidèles que nous évangélisons. A midi, le déjeuner réunissait, auprès de Nosseigneurs de Guébriant et Chambon, S. E. le Délégué Apostolique, les RR. PP. Heinrich, provincial des Marianistes, de Kuenburg, supérieur de lUniversité des PP. Jésuites, le R. P. Jean-Joseph, supérieur de la maison franciscaine, le P. Faber, S. J., procureur de la mission espagnole des Carolines, ainsi que les missionnaires et prêtres japonais du diocèse, en tout une quarantaine de convives. Après le déjeuner, Mgr le Supérieur de la Société se mettait gracieusement à la disposition des missionnaires qui voulaient le voir en particulier.

    A partir de 3 h. ½ , visite aux Dames de St-Maur, aux PP. Jésuites, aux Bureaux de la Presse Catholique, aux Surs de St-PauI, au poste de Kanda (PP. Chérel et Roussel), puis finalement à la Délégation Apostolique où Mgr de Guébriant a soupé.

    Le mardi 10 mai, S. E. se rendait à Béthanie, à luvre dassistance aux tuberculeux, fondée par le P. Flaujac, où à 8 h., elle conférait le baptême à cinq malades, et disait la messe dans la nouvelle chapelle, dont les agrandissements étaient en voie dachèvement. A 10 h., Monseigneur visitait le poste de Koenji (M. Mayet), lécole voisine des Religieuses espagnoles de la Merci, et ensuite les Frères Marianistes. A midi, Mgr de Guébriant déjeunait à lAmbassade de France. A 2 h., il rendait visite aux Dames du Sacré-Cur, puis au poste dOmori (P. Cornier), aux Surs japonaises de la Visitation, au poste de Tsukiji (P. Cesselin), et finissait sa journée en assistant à une séance donnée au petit séminaire ( P. Larrieu) à 6 h., puis après souper, à la représentation du film des 26 martyrs japonais.

    Le mercredi 11 mai, le programme de la journée se déroula ainsi : messe à 6 h. au petit séminaire, visite à 9 h. ½ à lAmbassade de France, et à 10 heures, réception au Palais par Sa Majesté lEmpereur. A 11 h., visite au poste dAsakusa (P. Lissarague) ; à 12 h., déjeuner à Sekiguchi. Laprès-midi, à 3 h. ½ , visite au poste de Honjo (P. Honjo), et dans le quartier, à lossuaire, où lon garde les restes des 30.000 victimes qui périrent consumées par les flammes sur le terrain de lIntendance, lors du tremblement de terre de 1923, au jardin public dUeno, et même au Métro voisin, puis au poste de Hongo, (P. Houtin). Le soir à 6 b, 45, dîner à Sekiguchi, auquel avait été invité M. le Comte de Martel, ambassadeur de France. Mgr de Guébriant se rendait ensuite à la gare de Tôkyô, où il prenait le train pour Osaka à 8 h. 25, salué à son départ par de nombreux missionnaires, religieux et chrétiens.

    Ainsi passa parmi nous le vénéré Supérieur de la Société, nous laissant limpression que lamour et le dévouement quil porte à la Société des M.-E. et à tous ses membres étaient vraiment infatigables. La mission de Tôkyô len remercie, en même temps que des précieux avis et du réconfortant exemple quil nous a donnés.

    Le 12 mai, à 10 h. 45, une messe pontificale de Requiem a été célébrée à la cathédrale de Sekiguchi par Mgr Chambon, sur la demande de M. lAmbassadeur de France, pour le repos de lâme de M. Paul Doumer. Les nefs étaient remplies dune assistance nombreuse et recueillie, dans laquelle figuraient aux premiers rangs S. A. le Prince Chichibu, envoyé par S. M. lEmpereur, et la Princesse Chichibu, déléguée par lImpératrice, le premier ministre Inukai, qui devait être assassiné trois jours plus tard, de nombreux ministres et dignitaires japonais, et les membres du corps diplomatique. La chorale du séminaire S. François-Xavier, dirigée par le P. Anoge, exécuta la messe de Requiem et plusieurs morceaux polyphoniques avec la perfection coutumière.


    Fukuoka

    9 juin.

    Les premiers jours de mai ramènent lanniversaire de la mort de Mgr Thiry. Nous avons pu, cette année, grâce aux souscriptions des fidèles, élever dans le cimetière catholique de Kurume un monument convenable sur la tombe du premier évêque de Fukuoka.

    Linauguration en a été faite le 15 mai, fête de la Pentecôte. En labsence de Monseigneur, le P. Fr. Bois, Vicaire Général, procéda à la bénédiction du monument.

    On se contenta de quelque chose de bref, mais on se rattrapa sur le sermon. Dans une improvisation remarquable le prédicateur remercia les fidèles de lattachement quils portent à leurs pasteurs et de leur générosité à le montrer. Nous qui sommes habitués au P. Brenguier et qui trouvons à lentendre un plaisir toujours nouveau, nous regardons comme chose tout à fait naturelle la, perfection avec laquelle il sexprime, mais combien en trouverait-on, même parmi les as, qui aient réussi, comme lui, à sassimiler et à manier aussi aisément une langue comme le japonais ? Bonne leçon de travail et de persévérance pour nos jeunes. Ils ont là un exemple de ce que peut un labeur acharné et méthodique, exemple à méditer lorsquils seront tentés de découragement.

    Passons maintenant à lextrême sud de la mission, à Hitoyoshi. Le P. Bonnecaze, un authentique méridional, est en train de remuer ciel et terre pour faire connaître la religion catholique aux populations païennes du Higo. Daucuns diront : le midi bouge ! Voyons-y plutôt se répéter un épisode de la primitive Eglise. Comme S. Paul à Ephèse, quotidie disputans in schola tyranni alicujus, ita ut omnes... audirent verbum Dei, notre confrère, aidé par un groupe de jeunes gens zélés, prêche opportune et importune et non sans succès. Il vient de construire, en ville de Hitoyoshi, près de la gare, une salle de conférences et cercle détudes religieuses, à la disposition des âmes de bonne volonté. Il a profité, pour linaugurer, du passage dans la région, du R. P. Cimatti. Supérieur des Salésiens de Miyasaki, et de sa troupe dartistes, lesquels ont bien voulu prêter leur concours pour un concert religieux. Réussite complète. Et maintenant que la fête est terminée et que, hélas, la belle musique sest tue, les séances continuent et nombreux sont les païens qui viennent entendre la parole de vérité, au point que notre confrère songe (mais sa bourse, malheureusement, est vide) à agrandir les bâtiments à peine inaugurés.


    Osaka

    3 juin.

    Le précédent bulletin faisait mention de larrivée de Mgr le Supérieur, le jour de lAscension, à Osaka, où dès le jour même, il prenait contact avec les missionnaires réunis pour la circonstance.

    De courte durée fut le séjour de Son Excellence, puisque dès le surlendemain, Elle prenait le chemin de la capitale.

    A son retour, Mgr de Guébriant voulut bien consacrer deux autres journées à la visite des chrétientés, comme des uvres établies dans le diocèse ; en même temps, ne trouvait-il pas le moyen de donner des conférences aux confrères ?

    Dès le lendemain sannonçait Mgr le Délégué qui, à son tour, désirait se rendre compte de la situation de la mission quil voyait en détail pour la première fois depuis son arrivée au Japon. Tâche relativement facile, puisquun grand nombre de postes sont placés près des grosses agglomérations : Osaka, Kôbé et Kyôto ; cependant Mgr Mooney voulut visiter aussi la côte de la mer du Japon devenue depuis une quarantaine dannées le fief du Père Relave.

    Grande fut sa surprise à Miyazu, de trouver à proximité dune église proprette, une nouvelle école catholique de 150 jeunes filles, école fondée par ce missionnaire dans une région, où par son aménité, comme par son savoir-faire, il a pu gagner la sympathie des autorités et la confiance de la population.

    Au retour, deux heures consacrées à Maizuru, lui permirent de visiter, avec la chrétienté du Père Duchesne, lécole qui est en construction. Celle-ci nattend pour ouvrir ses portes à un peuple denfants, que lachèvement de la bâtisse, et la venue des Surs indigènes de la Visitation.

    Un nouveau deuil, aussi inattendu dailleurs que les précédents, (le cinquième en trois mois) vient encore déclaircir nos rangs.

    Une épidémie de variole, sévissant dans la région, le P. Puissant pour se conformer aux exigences des autorités médicales, plutôt méticuleuses, consentit à se faire vacciner. Malheureusement, cette inoculation, généralement fort bénigne, causait un empoisonnement du sang qui devait emporter notre confrère.

    Pour donner au malade le moyen de guérir rapidement Mgr Castanier le fit transporter à lhôpital de Sakai, peu éloigné de Kishiwada, résidence du missionnaire. Tout fut inutile puisque, dans la matinée du dix-huit mai le P. Puissant assisté de Mgr et du P. Cettour, rendait son âme à Dieu dans la plus grande sérénité.

    Les funérailles présidées par Monseigneur auquel Mgr Mooney avait eu la délicate attention de se joindre, eurent lieu dans léglise de Sakai, devenue trop étroite pour contenir les fidèles désireux de donner cette dernière marque de sympathie à celui qui les avait tant aimés.

    De son côté le P. Anoge navait pas hésité à venir de Tôkyô prendre place au milieu des confrères dOsaka, réunis une fois de plus pour cette triste circonstance.

    La disparition du P. Puissant se produit au moment où la paroisse de Kishiwada, dotée dune belle église, dun presbytère commode et dune école enfantine ne demande quà prendre tout son essor.


    Séoul

    4 juin.

    Le Bulletin du mois davril a signalé la nomination, par la Propagande, dun directeur national de luvre de la Propagation de la Foi pour la Corée.

    A cette occasion le chroniqueur aurait pu faire remarquer que les missionnaires de Corée nont pas attendu linvitation de Rome pour établir cette uvre ici, mais que davance ils lont prévue et davance y ont répondu.

    On peut lire en effet dans Dallet (Histoire de lEglise de Corée) une lettre du P. Thomas Tchoi au P. Legrégeois, en date du 14 septembre 1857. Rendant compte des principaux faits arrivés dans son district, le Père dit entre autres choses : Jai enrôlé cent quatre-vingt-une personnes dans luvre de la Propagation de la Foi.

    A cette époque beaucoup de diocèses riches dEurope ou dAmérique ne pensaient guère à cette uvre, raison de plus de rendre hommage à nos aînés. Nest-ce pas pour eux un titre dhonneur que davoir inculqué à leurs néophytes, tous pauvres et persécutés, le devoir de contribuer, par leurs prières et leurs aumônes, à lévangélisation de toutes les parties du monde ? Et cette uvre de la Propagation de la Foi na jamais cessé dêtre prospère en Corée, autant que les événements lont permis.

    Le 12 mai, nous nous sommes associés au deuil de la France en célébrant un service funèbre pour le repos de lâme de M. Doumer. Toutes les autorités locales, le Vice-Gouverneur Général en tête (S. E. le Gouverneur Général, alors absent, avait envoyé un mot de condoléances avec une couronne), le Général en chef, le Préfet etc., le corps consulaire, assistèrent à la cérémonie. Mgr Demange, venu ici pour prêcher la retraite des prêtres indigènes (cétait le jour de la clôture), chanta la messe de Requiem, Mgr Mutel donna labsoute.

    Mgr Demange rentrait le lendemain à Taikou pour recevoir Mgr de Guébriant attendu le 14.

    Notre vénéré Supérieur Général arriva à Séoul le mardi, 17 mai, à 7 h. du soir. Il était accompagné par Mgr Larribeau qui était allé à sa rencontre jusquà Taikou, par Mgr Breton, évêque de Fukuoka et du P. Samson, de la procure de Shanghai. A la descente du train, lapostolique voyageur était reçu par Mgr Mutel, les missionnaires, les prêtres indigènes, le consul de France et une foule de chrétiens. Ceux-ci, ainsi quils lexprimèrent dans une adresse, furent heureux de profiter de la présence du Supérieur Général de notre Société pour dire quils ne pourraient jamais oublier que lEglise de Corée est vraiment la fille du sang et des sueurs des prêtres des Missions-Étrangères de Paris... etc..

    S. E. consacra les trois journées quElle passa parmi nous à visiter les séminaires, les écoles, les uvres des Surs de S. Paul de Chartres, tant à Séoul quà Chemulpo, donnant à tous des conseils opportuns. Mais son cur déborda surtout dans ses entretiens avec les missionnaires. Monseigneur nous parla de notre Société avec tant damour, nous rappelant les liens qui unissent tous ses membres, que vraiment cor nostrum ardens erat in nobis dum loqueretur. Cette visite a été pour nous une excellente retraite pouvait dire un confrère approuvé par tous.

    Mgr de Guébriant nous quitta le vendredi 20 mai, à 7 h. 20 du soir, en route pour Moukden. S. E. le Gouverneur Général qui, lavant-veille, lavait reçu très aimablement, sétait fait représenter à son départ et avait même eu la délicate attention de faire mettre à sa disposition un compartiment spécial.

    Le samedi des quatre-temps, veille de la Trinité, Mgr Mutel a conféré les deux premiers ordres mineurs à onze tonsurés et ordonné deux sous-diacres et cinq diacres.

    Depuis quelque temps Mgr Larribeau souffre, à intervalles plus ou moins espacés, de suffocation, crampes de poitrine et autres constrictions douloureuses du thorax. Les remèdes prescrits par les médecins de Séoul ne produisant quun soulagement passager, le vénéré malade, cédant aux affectueuses sollicitations de Mgr Mutel, est parti hier pour Shanghai afin de consulter les docteurs français.


    Taikou

    7 juin.

    Visite de Monseigneur le Supérieur Général.

    Après leur retraite annuelle, intervertie cette année avec la retraite du clergé indigène, les missionnaires étaient repartis chez eux, quelques jours avant lAscension, sans avoir rencontré Mgr le Supérieur Général. La coïncidence de la Pentecôte, fêté très suivie en Corée, et qui amène des chrétiens fort éloignés des résidences, leur permettrait-elle de revenir saluer Mgr de Guébriant annonce pour cette date à Taikou ? Ce souci fut dissipé par une convocation de Mgr Demange : Mgr le Supérieur serait parmi nous le dimanche et le lundi de la Pentecôte,

    De fait le samedi soir, 14 mai, le Père Bulteau, titulaire de Fusanchin, et le Père Anchen accueillaient au débarcadère Mgr de Guébriant, accompagné de Mgr Breton, évêque de Fukuoka, et du Père Samson.

    Il était difficile darriver à Taikou au milieu de la nuit ; aussi avait-il été convenu que Leurs Excellences sarrêteraient à Fusan. Devant la trop modeste église qui de sa butte, en un site superbe, domine la baie, Mgr le Supérieur trouva rangés les enfants des écoles et de nombreux chrétiens heureux de lacclamer à son arrivée. Dès ses premiers pas sur la terre de Corée, Mgr de Guébriant eut sous les yeux deux des plus typiques aspects de lEglise chez nous : chrétiens accueillants et nombreux, bâtiments modestes et sans vaine façade. Cest pourquoi, sans doute, par la bouche de Mgr Breton, sûr dêtre compris en japonais par ces chrétiens coréens, Son Excellence voulut-elle exprimer sa joie dêtre venue à lEglise de Corée et, comme premier gage de son affection, donna sa première bénédiction.

    Deux évêques et deux Pères à loger là où un Père... un peu de taille na pas trop de place, cest un problème. Le P. Bulteau, par bonheur, habitué à voir tout de haut, arrangea si bien les choses que chacun, trouvant à peu près son compte, le dimanche matin arriva... en même temps que les quelque 600 chrétiens qui essayaient, mais en vain, de trouver place dans léglise qui nen pourrait contenir la moitié.

    Après la messe paroissiale que célébra, au milieu des chants, Mgr le Supérieur, il fallut bien se presser un peu. Salué au départ par la même attachante foule Mgr de Guébriant quittait Fusanchin un peu après 9 heures. Une heure plus tard, en gare de Samrangtjin, quelques minutes darrêt lui ayant permis de recevoir les salutations du P. Parthenay, cest un peu avant midi que Son Excellence trouvait, avec Mgr Demange entouré des confrères français et indigènes de la ville, toute la chrétienté de Taikou qui lattendait dès la descente du train : séminaire, écoles chrétiennes, uvres diverses, et des centaines de fidèles désireux de témoigner sans plus tarder leur reconnaissance au chef même de cette Société de missionnaires qui leur apporta la foi il y a cent ans. Mgr de Guébriant passe devant les rangs compacts de ces chrétiens respectueusement inclinés, visiblement heureux... mais il est midi... des autos emportent Evêques et Pères jusquà proximité de lévêché.

    Laprès-midi, à 3 heures, la cathédrale est comble quand Mgr le Supérieur se présente devant lautel pour donner la bénédiction solennelle du S. Sacrement, assisté et entouré des confrères déjà presque tous arrivés. Les chrétiens qui, à midi, nont pu que saluer Son Excellence sur la place de la gare, tiennent à faire mieux, chez eux ; aussi, à lissue de la cérémonie, la cour de la cathédrale est-elle blanche de monde. Au nom de la chrétienté et de ses uvres diverses, un chrétien notable, conseiller général, dit ses remerciements pour tout ce que lEglise de Corée doit à la Société des Missions-Étrangères, rappelle, scellée dans les larmes et le sang, lunion de cette Eglise et de la Société, union quil désire et souhaite voir durer, dans la collaboration étroite de la direction sûre de lune et de la soumission généreuse de lautre.

    A ces sincères paroles que Mgr Demange lui traduit Mgr de Guébriant, faisant passer tout son cur dans sa voix, répond en père et en chef. Cest en effet à une portion particulièrement chère de sa grande famille quest venue Son Exc., désireuse et heureuse de mieux connaître ceux qui ont tant coûté, sans doute, à la Société des M.-E., mais qui ont si bien répondu à son affection et à son attente. Sa bénédiction est le gage dun attachement encore plus grand et du désir de faire encore plus, si possible, à lavenir, pour ces chers fils de lEglise de Corée. Pendant que les chrétiens se dispersent lentement, tant ils sont avides de contempler encore celui qui représente tant de choses pour eux et à qui ils ont conscience de devoir tant, Mgr le Supérieur visite les écoles chrétiennes et porte une bénédiction spéciale aux maîtres et maîtresses de nos centaines denfants, lespoir de demain.

    Le soir, tous les confrères sont réunis et le resteront tout le temps de la présence de Mgr de Guébriant. Le lundi matin, Son Exc. qui a célébré la messe au séminaire, reçoit, en présence des missionnaires, les vux et compliments des séminaristes. En un discours, dune profondeur de sentiments vraiment impressionnante, le doyen des élèves, (qui sera prêtre quelques jours plus tard), retrace, avec une clarté et une simplicité remarquables, la vie étroitement unie du clergé coréen et des missionnaires depuis lérection de lEglise de Corée jusquà maintenant. Mgr le Supérieur, dans sa réponse profondément sentie, se livre pleinement ; et les jeunes dentre nous revivent sans effort ces lectures du dimanche soir, à la rue du Bac, dans lesquelles Son Exc. ouvre librement son âme, dans ce commentaire du Règlement, occasion davis si riches dexpérience et si imprégnés de zèle apostolique.

    Les séminaristes sétant retirés pour jouir dun congé qui ajoute encore aux paternelles recommandations, Mgr le Supérieur est à nous seuls, à nous ses missionnaires, ses collaborateurs, ses confrères ; alors cest la Société des Missions-Étrangères vue dans son vaste champ daction dExtrême Orient qui passe devant nos yeux ; vraiment nous navons pas à regretter dêtre les derniers visités. Puis cest la Société vue dun plan supérieur ; cest une infusion nouvelle de ce même sang qui circule aux Indes, en Chine, au Japon, en Corée. Comme les grandes uvres, comme luvre même de Dieu à laquelle elle coopère, notre Société est faite de simplicité deux notes caractéristiques sont bien siennes ; elle est en effet la plus missionnaire des Instituts missionnaires et la plus ecclésiastique parmi les Instituts missionnaires....

    Le temps que sest fixé Son Exc. est déjà écoulé quElle voudrait parler encore, et que nous aimerions à entendre parler encore de notre chère Société. Mais Mgr se propose de voir chacun de nous en particulier après une visite des locaux du séminaire. Le reste de la matinée et laprès-midi y suffiront dailleurs car nous sommes toujours le pusillus grex. Ces quelques minutes daudience particulière ont été bien courtes, et pourtant il nen est pas qui ne soit sorti la figure réjouie de cet entretien avec celui qui aime à se dire notre père.

    A peine quelques instants de repos, et, en compagnie de Mgr Demange, Son Exc. visite le Couvent des Surs de S. Paul de Chartres. Une orpheline, au nom de ses compagnes, et une novice au nom de la Communauté, redisent à Mgr le Supérieur ce quil a déjà entendu partout, la reconnaissance du personnel auxiliaire de ses missionnaires. Dans sa réponse Mgr souligne la fraternité qui unit les Surs de S. Paul et la Société des M.-E., et se dit émerveillé des développements de ce jeune noviciat. Ici encore un congé prolongera heureusement limpression profonde de cette visite.

    Le mardi matin Mgr de Guébriant célébra la messe chez les Surs. Par des réunions toutes cordiales et prolongées, après les repas, on a bien essayé de ne rien perdre du temps de présence de Mgr le Supérieur parmi nous, mais le mardi, midi était lheure déterminée pour la séparation ; déjà, dailleurs, Mgr Larribeau était arrivé de Séoul le matin comme pour réclamer son dû.... Un peu avant midi, donc, tous les confrères offraient leurs dernières salutations à Son Excellence et Lui témoignaient leur reconnaissance pour les douces heures quElle leur avait procurées par sa présence. Le souvenir et les effets en demeureront parmi nous, concrétisés par un attachement plus grand à notre chère Société et le ferme désir den garder avec lesprit les fidèles traditions.

    Chronique de la Mission.
    Le matin du jour où Mgr le Supérieur Général devait nous quitter, en compagnie de Mgr Larribeau nous arrivait de Séoul Mgr Ross, Vicaire Apostolique de Hiroshima, venu saluer le Supérieur Général des Missions-Étrangères de Paris, et en voyage de retour pour le Japon. Le même soir Son Excellence nous quittait.

    Le 21 mai Mgr a conféré le sous-diaconat à un séminariste et ordonné 4 prêtres, entouré pour cette belle cérémonie de 16 missionnaires et prêtres indigènes. Depuis 14 ans il est sorti du séminaire de Taikou 32 prêtres ; la mort en a déjà ravi trois.

    Selon la tradition, cest seulement le jour de leur première messe que nos jeunes confrères ont reçu leur nomination. Grâce à ce renfort de quatre jeunes prêtres Mgr a pu créer quatre nouveaux districts, un dans chaque province, donc deux pour la future mission indigène ; de ces 4 districts, 3 sont proprement ad paganos; aussi ces fondations de centres nouveaux ont-elles nécessité quelques mutations de confrères déjà plus expérimentés et mieux à même dès lors détablir sur des bases solides ces nouveaux postes.

    Le même jour Mgr annonçait la nomination de la nouvelle supérieure des Surs de S. Paul de Chartres à Taikou, Sur Béatrix, qui nest pas une inconnue dans la mission puisque, déjà, de ses 26 ans de Corée, elle en passé 4 à Taikou quelle avait dû quitter pour occuper limportante charge de Maîtresse des Novices au couvent de Séoul.

    En route pour France, par le transsibérien, le P. Candau, de Tôkyô, nous a fait le plaisir de sarrêter quelques heures ici.

    Après deux ans dabsence, le P. Louis Lucas nous est revenu avec une mine florissante et un stock renouvelé dhistoires et historiettes.

    Favorisée par un temps splendide la Fête-Dieu a été des plus réussies. Une vaste tente, couvrant lesplanade de la grotte de Lourdes qui domine la ville, abrite près de 2000 personnes, tandis que plus de 2000 autres chrétiens et païens trouvent à peine place à lombre des arbres des deux côtés de lesplanade. Mgr officie pontificalement, les séminaristes exécutent les cérémonies, les enfants des écoles assurent, avec le couvent, les chants communs de la messe. Aux deux reposoirs du séminaire et du couvent, décorés avec beaucoup de goût, Mgr donne la bénédiction du S. Sacrement, tandis que bannières et drapeaux des écoles et des uvres diverses sinclinent. Cest comme à regret que la foule se disperse, trouvant trop tôt finie cette réconfortante cérémonie.

    La consécration dune église, longtemps désirée, longtemps attendue et après beaucoup de soucis, enfin édifiée, cest un rêve quont fait de nombreux confrères, mais que tous nont pas vu se réaliser ! Plus heureux est le Père Bermond, au district de Masanpo, car le 1er juin dernier Mgr Demange, assisté de huit missionnaires et prêtres coréens, consacrait la belle et solide église, toute de granit, que notre cher confrère a bâtie en lhonneur de St Joseph, dans un site superbe. Une assistance très nombreuse emplissait lédifice quand, après la bénédiction solennelle du St. Sacrement, Son Excellence bénit deux belles statues du Sacré-Cur et de St. François de Xavier.

    Le district de Masanpo donne beaucoup despoir ; déjà, cette année, le Père y a donné 75 baptêmes dadultes instruits, tandis quil y a enregistré 140 baptêmes denfants et dadultes in articulo mortis. Le climat très favorable et le site très reposant ont entraîné le choix de Mgr Demange, désireux de donner à ses collaborateurs une station de repos et de vacances. Une maison, comprenant plusieurs chambres aménagées, a été ajoutée à la résidence du Père; et les confrères sont assurés dy trouver, avec laimable accueil du Père Bermond, un repos réparateur.

    Monseigneur lui-même a profité de loccasion pour prendre à Masanpo quelques jours de détente ; et cest à son retour que Son Excellence a fait connaître au P. Lucas son nouveau poste. Précisément ce cher confrère déchargera le Père Bermond de la moitie de son district; pour ce faire il devra fonder un nouveau centre, bien placé, sur la ligne de chemin de fer qui dessert le sud de la province, au centre dun pays vaste, nouvellement mis en valeur par dimportants travaux dendiguement du fleuve, et, dès lors, riche en promesses.


    Chengtu

    15 mai.

    La retraite annuelle des prêtres indigènes qui dordinaire a lieu après les fêtes de Pâques a été retardée cette année et ne commencera que le 29 mai. On espère quà cette date, le R. P. Rodriguez, rédemptoriste, qui a promis de la prêcher, sera arrivé à Chengtu.

    Le vendredi 13 mai, messe et absoute à la Cathédrale pour le repos de lâme du Président de la République, Monsieur Doumer. Toutes les autorités civiles et militaires avaient répondu à linvitation du Dr Béchamps, consul de France, et assistaient à la cérémonie. Etaient également présents un certain nombre danciens étudiants en France.


    Suifu

    1er mai.

    Le 14 avril dernier, Mgr Renault accomplissait ses soixante ans. Un cycle. En Chine, un pareil anniversaire ne pouvait passer inaperçu. Pour le commémorer dignement, il y eut, le dimanche suivant, 17, grandmesse pontificale en léglise de Notre Dame des Martyrs. Une grandmesse pontificale à Suifu, cétait plutôt rare, du moins jusquici. Néanmoins, sous la direction attentive du maître de cérémonies, le P. Champion, à qui il manquait pourtant, on le lui a fait remarquer, la verge violette à lextrémité dor, les cérémonies, si compliquées soient-elles, furent exécutées presque à la perfection. Les PP. Couvet, Mansuy et Mathias Hiong remplissaient respectivement les fonctions de prêtre assistant, de diacre et de sous-diacre. Les autres offices avaient été confiés aux élèves du petit séminaire. Les confrères et les prêtres chinois assistaient au chur en surplis. Cétaient les petits séminaristes qui étaient chargés du chant.

    Le sermon fut donné par son Exc. Elle-même
    A midi, banquet à la procure. A la fin du repas, le P. Mansuy chanta, de sa belle voix de ténor, la cantate ci-dessous composée par notre doyen, le P. Gire.

    Au nom du clergé indigène, le P. Et. Lieou, vicaire du P. Gire et en même temps directeur de lécole secondaire des filles de la porte de louest y alla aussi de son compliment.

    Dans sa réponse, après avoir remercié les missionnaires et les prêtres indigènes de leurs souhaits, Monseigneur, jetant, par la pensée, un regard sur le travail immense quil reste encore à accomplir dans le Vicariat, et qui ne peut être mené à bien sans les efforts conjugués de tous, fit appel à lunion des ouvriers apostoliques ; union de cur, union de prière, union de travail.

    A Son Excellence Mgr Renault, qui est encore jeune malgré ses soixante ans, Ad multos annos !

    Et pour bien montrer quil est toujours alerte et quil na rien perdu de son zèle, le 22, Monseigneur quittait Suifu pour une tournée pastorale dans les districts de Loutcheou, de Tchangchan et de Laki.


    HOMMAGE RESPECTEUX
    A Son Excellence Monseigneur Renault
    Evêque dAntiphrène, Vicaire Apostolique de Suifu,
    pour le Soixantième Anniversaire de Sa Naissance.
    _____


    I

    Lorsque le Roi des Cieux veut sourire à la terre,
    Il fait naître des fleurs, ou choisit un Berceau.
    Cest de Son Cur aimant que vient le nom de Père;
    Est-il rien de si tendre, est-il rien de si beau ?...

    Refrain

    Mêlons nos voix dans un chant dallégresse.
    Dun Père aimé, nous voyons chaque jour,
    Malgré les ans, refleurir la jeunesse.
    A nous son cur. A lui tout notre amour.

    II

    Depuis vos premiers ans, lAnge du Sanctuaire,
    De vos jours précieux, tresse les anneaux dor ;
    De nos curs réunis écoutant la prière,
    Il les prolongera pendant longtemps encor.

    III

    Quand lEnfer en fureur de ses traits nous harcèle,
    Dieu sait choisir un Chef à ses vaillants soldats.
    Sentant que votre main guide notre Nacelle,
    Nous irons confiants à tous les saints combats.

    IV

    Mais nous faisons des vux pour que votre Houlette
    Faisant briller lAmour, la Paix et le Bonheur,
    Nait plus quun seul Troupeau, fruit de votre conquête ;
    Et vous le conduirez jusquau Divin Pasteur.

    PHILIPPE GIRE,
    Missionnaire Apostolique
    Off. dAcadémie


    29 mai.

    Le bien, et surtout les conversions, ne se fait point sans opposition de la part du démon et de ses suppôts. Ainsi, dans le district de Ouang ta tsoui (nord-ouest de Suifu), dont le zélé missionnaire est le P. Dubois, les catéchumènes sont nombreux, et des écoles de doctrine ont été établies en vingt endroits. Eh bien, dans plusieurs localités, maires et inspecteurs, alléguant les règlements de Nanking, défendaient douvrir des écoles purement confessionnelles et fermaient celles qui étaient ouvertes. Cet acte de sectarisme était trop gros de conséquences, pour que nous restâmes les bras croisés. Nous nous adressâmes donc aux autorités supérieures et nous leur remîmes copies des décrets de Nanking permettant précisément les écoles de doctrine ou catéchuménats. Après un mois dattente, et grâce à lintervention dun chrétien de Chukentan très influent auprès du général commandant la place de Suifu, nous obtînmes du sous-préfet une proclamation en faveur de la liberté religieuse et du libre établissement des écoles de doctrine.

    Cette proclamation a été affichée dans tous les marchés du district de Ouang ta tsoui, et les catéchuménats, qui avaient été fermés manu militari, ont été rouverts.

    Malgré ces divers incidents, le P. Dubois compte pouvoir, ce premier semestre, administrer le baptême à près de 160 personnes bien instruites.

    Sécheresse extraordinaire autour de Suifu et dans les autres départements du vicariat. Sil ne tombe pas une pluie abondante avant la fin de ce mois de mai, la récolte est irrémédiablement compromise, et ce sera la famine en perspective, car ce sera la troisième année que la récolte de riz aura été déficitaire. Afin de fléchir le ciel et obtenir de Lui quil pleuve, les autorités ont ordonné labstinence, et pour que celle-ci ne subisse point daccroc, défense a été faite aux bouchers de tuer. Cest aujourdhui le 15e jour dabstinence.

    Monseigneur Renault est rentré à Suifu samedi, 21 mai. Au cours de sa visite pastorale dans les districts de Loutcheou, de Tchangchan et de Laki il a donné près de 400 confirmations.


    Mort du P. Puech.

    Le 24 mars, à 4 h. de laprès-midi, le P. Puech arrivait à la procure ; il y venait pour voir Mgr le Supérieur Général, et aussi pour assister à la retraite. Il était en excellente santé.

    Cest lui qui célébra la messe du samedi saint à la chapelle de la procure, et cela sans fatigue. Ce soir-là, après le souper, il tint longuement compagnie à Mgr de Guébriant, et, après que celui-ci se fut retiré, il conversa longtemps encore avec les confrères. Il était gai.

    Le 27, vers une heure du matin, il commença à ressentir des douleurs très aiguës dans le dos, dans la poitrine, dans les bras, aux mains et aussi à la gorge. Il réveilla ses voisins, les PP. Pierrel et Masson qui, croyant quils avaient affaire à des douleurs névralgiques, se mirent à frotter énergiquement les parties douloureuses avec de lalcool camphré. A cinq heures, il allait mieux ; il souffrait bien encore, mais ses douleurs étaient moins vives. Néanmoins, il ne put célébrer la sainte messe.

    A 7 h. et demie, après avoir bu une demi-tasse de café, il sortit de sa chambre et sassit auprès des confrères qui faisaient cercle non loin de là. Il causa avec eux une bonne demi-heure, puis rentra chez lui, poussa sa porte, et se mit à sy promener, en récitant, à haute voix, les invocations suivantes : Cor Jesu Sacratissimum miserere mei. Jesu., Maria, Joseph, etc.. Tout à coup il seffondra, son corps barrant la porte. Attirés par le bruit de la chute, deux confrères pénétrèrent chez lui par la fenêtre et le portèrent sur son lit, tandis que dautres confrères entraient dans la chambre par la porte maintenant dégagée. Le P. Puech ne respirait déjà plus. Il était mort dune attaque dapoplexie foudroyante. Vite, le P. Vincent lui donna labsolution et lui administra lExtrême-Onction, pendant que le P. Mansuy lui suggérait à haute voix, à loreille, des sentiments de repentir et de confiance.

    Le docteur protestant, appelé durgence, narriva que pour constater le décès.
    Le lendemain matin son corps fut exposé au parloir de la procure transformé en chapelle ardente, et là les chrétiens vinrent prier pour lui pendant trois jours.

    Ses obsèques eurent lieu à léglise cathédrale, le 31, à huit heures. La messe fut chantée par le P. Morge ; les PP. Boisguérin et Grasland y faisaient fonction dacolytes. Outre les confrères et les prêtres indigènes, y assistaient les petits séminaristes chargés du chant, les élèves de lécole normale du Santétang, une délégation des vierges de la Doctrine chrétienne, et plusieurs centaines de chrétiens. Labsoute fut donnée par Mgr de Guébriant.

    Ce même jour, linhumation eut lieu au cimetière de Hotikeou en présence de NN. SS. de Guébriant et Renault et des PP. Tarrisse, Mansuy, Grasland, Laurent Kouan et Simon Lin. Les dernières prières furent récitées par Mgr le Supérieur Général.

    Le P. Benoît Puech naquit à Lafourcandié, diocèse dAlbi, le 31 mars 1865. Entré laïc au séminaire des M.-E., le 3 décembre 1887, il y fut ordonné prêtre le 21 septembre 1890, et le 14 février de lannée suivante, il débarqua à Suifu.

    Il apprit la langue chinoise à Chelichan, au pied du mont Omei, sous la direction du P. Raison.

    Après un an de vicariat à Kiating et un intérim dun an à Penchan, il fut, en juin 1894, mis à la tête du district de Yachow, qui comprenait alors les sous-préfectures de Yagan, de Minchan, de Yunkin, de Louchan et de Tientsuen. Cétait donc toute une région qui était confiée à son zèle. A cette époque, la station la plus prospère de cet immense district était Taiouan. Il y bâtit une coquette et ravissante église, révélant ainsi son talent darchitecte. Mais survint le soulèvement des boxeurs ; léglise, la résidence et les écoles de Taiouan furent incendiées le 14 juillet 1900.

    En 1901, il fut nommé à Kiating, où il remplaçait une des colonnes de la mission, le P. Jaime. Il singénia à créer dans cette grande ville un mouvement de nouveaux chrétiens. Il y baptisa plusieurs familles ; elles furent le point de départ des nombreuses conversions qui y eurent lieu plus tard, sous son successeur, le P. Pierrel.

    De 1910 à 1911, il fut procureur de la mission à Suifu. Cette année-là, Mgr Chatagnon et son coadjuteur, Mgr Fayolle, daccord avec leur conseil, avaient projeté de bâtir une série détablissements. Il fallait un architecte. NN. SS. firent appel au dévouement désintéressé du constructeur de Taiouan. Le P. Puech devint architecte de la mission. Mais en mission, le métier darchitecte est loin dêtre une sinécure : entrepreneur, contremaître, ouvrier, le missionnaire-architecte doit être tout cela, et, de plus, il doit soccuper de lachat des matériaux et de leur acheminement à pied duvre. Pendant onze ans, il ne cessa de construire. Les missionnaires bâtisseurs comprendront le dur labeur auquel il fut astreint, il édifia successivement les églises, résidences et écoles de Yanghien, de Tsetcheou, de Hongia et de Kiakiang, la grande école des filles du Simen (Suifu } et le grand séminaire, maintenant petit séminaire, de Tiao houang leou. Cest donc avec raison que le poète qui chanta le P. Puech à loccasion de la bénédiction de ce dernier établissement, en 1922, disait dans la dernière strophe de la cantate :

    Puisquau saint livre dor nos uvres sont écrites,
    Au grand jour du Seigneur ces pierres parleront
    Proclamant vos labeurs, vos vertus, vos mérites,
    Et les âges futurs longtemps les rediront.

    En 1922, il fut chargé du district de Kiangan où il remplaçait le P. Breuil, nommé à Loutcheou. Là, les difficultés et les croix ne lui manquèrent pas. Elles lui vinrent dun groupe de ses chrétiens qui voulaient semparer des biens quy possède la mission. Pendant quatre ans, il eut la douleur dassister à une campagne de presse, de tracts et daffiches, menée contre lui et les autorités ecclésiastiques. Il en souffrit. Mais il nen fut pas démoralisé. Il tint bon au poste. Et en 1931, il réussit à vendre la plus grande partie des biens fonciers possédés par la mission dans la sous-préfecture de Kiangan, malgré lopposition forcenée de cette demi-douzaine de chrétiens égarés par leur cupidité.

    Le P. Benoît Puech est tombé au champ dhonneur à 67 ans. Et au moment de rendre son âme à Dieu, il pouvait répéter avec saint Paul : Bonum certamen certavi ; cursum consummavi ; fidem servavi.

    Toute sa vie, il montra un dévouement peu ordinaire aux intérêts de la mission et il fut toujours dune piété exemplaire.

    Son seul défaut fut dêtre ronchonneur, et davoir les réparties trop vives.
    Cest un bon ouvrier que perd la mission de Suifu.

    R. I. P.


    Ningyuanfu

    15 mai.

    Le Kientchang
    Le P. Tchen nous écrit le 26 avril quil vient dapprendre que le P. Li et son catéchiste ont été enlevés par les brigands à Loanchekao, entre Houangmoutchang et Mali. Le P. Li a été relâché le lendemain, il devait regagner Houangmoutchang pour annoncer à la famille Tong que les brigands exigeaient 60 fusils pour la liberté de son catéchiste. Nous navons pas reçu dautres détails.

    Le P. Flahutez a parcouru tout son district et a eu la joie de ramener plusieurs apostats ; en plusieurs endroits de nouvelles familles sont venues se faire inscrire comme catéchumènes.

    Le P. Boiteux a passé la fête de lAscension chez le P. Monbeig et devait être de retour à Tchangpintse pour la Pentecôte. La route de Tetchang à Tchangpintse est toujours fermée et, de lautre côté du fleuve, les Lolos pillent aussi tous les jours.


    Tatsienlu

    8 mai.

    Le P. Auguste Graton dont la santé laissait fort à désirer depuis le début de cette année a été autorisé, conformément au Règlement de la Société, à prendre un congé en Europe : il nous a donc quittés pour aller chercher en France les bons soins qui remettront ses poumons à neuf ; comme il navait pas encore visité la léproserie de Mosimien, il est allé se documenter sur cette nouvelle uvre de la mission, puis sest mis en route le 21 avril pour gagner Shanghai via Chungking,

    Nous attendons ces jours-ci la nouvelle Supérieure du couvent des Franciscaines Missionnaires de Marie : Mère Rose de Viterbe qui fut 16 ans assistante à Tatsienlu et lune des fondatrices de luvre des Franciscaines dans notre vicariat.

    La ville de Tatsienlu regorge de soldats : troupes des généraux Iû, Houâng et Tén ; ces derniers viennent du Kientchang et ont beaucoup de Lolos parmi leurs hommes. Il y a huit jours, on annonçait que la garnison allait se révolter et piller la ville, comme cela eut lieu en février.... toujours la solde non payée : la chambre de commerce a été invitée à prêter quelques milliers de piastres...

    La guerre contre les Thibétains a repris au nord de Taofu, les communiqués chinois sont optimistes, attendons la suite des événements.

    A Batang, où la garnison est passée au service du thibétain Kézong tsérine, la situation est inchangée : le chef de la révolte a établi son quartier général dans les bâtiments de la mission : cest une façon de la protéger.


    Kweiyang

    8 mai.

    La retraite des missionnaires, selon un usage déjà ancien, a eu lieu durant la deuxième semaine après Pâques : deux confrères seulement étaient absents, dont le P. Didier que retenait chez lui la construction dune chapelle. La semaine qui a suivi la retraite sest passée en distractions au milieu dune gaîté tranquille et douce comme il sied à de vieilles barbes. Où sont les exubérances dantan !

    Nous avons profité de cette réunion pour offrir à notre vénéré Mgr Seguin, à loccasion du vingt-cinquième anniversaire de sa consécration épiscopale, le témoignage de notre vive reconnaissance pour laffection, la charité et le dévouement quil na pas cessé de nous témoigner depuis quil est notre Evêque. Le P. Fayet, provicaire, se fit notre interprète pour dire à Son Excellence combien ses missionnaires lui sont attachés par les liens de la plus sincère affection et de la plus profonde vénération, les vux ardents quils forment pour que Dieu leur garde encore longtemps un évêque dont la piété, la délicatesse et la simplicité leur rappellent son saint patron, S. François de Sales. Mgr avait insisté pour que cette fête fut une fête de famille tout à fait intime, sans pompe extérieure ; pour ne pas le contrarier, ainsi fut fait. Lan dernier, à son retour de France, Sa Grandeur avait été gratifiée par des amis dune caisse dexcellents souvenirs de Bourgogne : ce jour-là lui parut être le moment propice pour les montrer au grand jour et ils furent parfaitement appréciés.

    En labsence du procureur en titre, le P. Gros, parti en France pour y chercher un regain de jeunesse et de santé, le P. Noyer, aumônier des Surs du Sacré-Cur (ce qui, en raison de multiples instructions et catéchismes, nest pas une sinécure) a bien voulu accepter la charge de procureur intérimaire, charge dont il se tire aisément et à la satisfaction générale.

    A lexception du brigandage passé au Kouytchéou, comme ailleurs, à létat endémique, nous jouissons de la tranquillité. Cependant il y a trois semaines, à Meytan, des soldats de larmée régulière se présentèrent à la résidence du curé pour y prendre logement : celui-ci, le P. Hou, presque un vieillard, à grande barbe grisonnante, voulut les arrêter, ils entrèrent quand même après lui avoir cassé deux dents et ne sortirent quau bout de huit jours, sur ordre venu den haut.

    Dernièrement la province a changé de maître, tout doucement et sans secousses ; Mao kouang siang a passé la main à Ouang kia lié, comme lui ancien lieutenant de Tcheou sy tchen. Est-ce à cause de cela ou pour dautres raisons plus lointaines, on a vu se rétablir entre le pouvoir civil et lEglise le courant de sympathie qui sétait plus ou moins interrompu depuis un an ou deux.

    Dimanche dernier nous parvint la nouvelle de la division de notre Vicariat dont la partie Est est érigée en mission autonome sous le nom de mission de Chetsien. Cest approximativement un rectangle de 350 x130 kilomètres, longeant la frontière du Houlan et confinant au Setchoan, au nord, au Kouangsi, au sud. La partie nord du rectangle comprend 5 districts avec près de 3.000 chrétiens ; la partie sud, habitée en majeure partie, sinon totalement, par la race Miao, est un pays neuf qui jusquici na guère vu le missionnaire. Cette nouvelle mission est confiée aux PP. allemands missionnaires des SS. CC. dIssoudun dont dix sont déjà sur les lieux et dont le plus âgé na pas 40 ans.

    Le soir de ce même jour fut assombri par la nouvelle de la mort dun de nos prêtres chinois, le P. Jean Kin. En visite chez les chrétiens, le matin il se trouvait très bien portant et avait déjeuné comme dhabitude ; vers trois heures de laprès-midi il perdait subitement lusage de la parole et expirait peu après. Son plus proche voisin, à 20 ou 25 kilomètres de là, appelé et parti en toute hâte, ne put arriver à temps. Le défunt venait de dépasser la soixantaine, mais sa vigoureuse santé, son entrain étaient loin de nous faire prévoir une fin si proche.

    Presque toutes les chroniques de nos missions ont mentionné le plaisir que leur a procuré la visite de Mgr de Guébriant : les missions du Kouytchéou sont des rares à garder le silence sur ce sujet, et pour cause. Cela prouverait du moins une fois de plus que notre province, pour être au centre de la Chine, nen est pas plus abordable pour cela. Elle ferait songer, si parva licet... à ce quétait autrefois lAuvergne par rapport au reste de la France.


    Lanlong

    15 mai.

    Le Ripuaire.
    La retraite finie, nos confrères chinois ont pris quelques jours de détente et ont rejoint leurs postes. Voyages sans incidents.

    Le dimanche 1er mai, le P. Séguret voyait arriver à Tsegai le pharmacien de Silong, sa femme et son bébé. Cétait à la pointe du jour ; le P. Séguret qui avait quitté Silong la veille à midi fut tout de suite inquiet. Voici ce qui sétait passé : Une compagnie de gardiens de la paix arrivée fraîchement aurait raconté que les Yang koui (diables européens) avaient été chassés de Nanning, Outchéou, etc.; entendant cela quelques gamins dits étudiants ne voulant pas être soupçonnés de réaction vinrent mettre la résidence à la page et chassèrent le pharmacien et sa famille. On racontait déjà que la chapelle aurait été mise à sac, mais espérons que ceci naura été quun faux bruit. Le commandant du fameux détachement aurait défendu de piller quoi que ce soit. Oui, mais à quelle heure ?

    A Silin, toujours au Kouangsi, chez le P. Epalle, ça ne va pas mieux. Le chef de la garde nationale a fait afficher des placards injurieux sur les murs de la résidence. A Lanlong même il a fallu ajouter à lordre du Gouverneur de la province du Kouytchéou un ordre du commandant de la place pour avoir la paix... Mais ne nous plaignons pas trop.


    Swatow

    15 juin.

    Depuis quelque temps une partie des nombreuses troupes envoyées dans notre région pour sopposer à linvasion des bandes rouges de nos provinces voisines du Kiangsi et du Foukien, emploie ses loisirs à purger les districts infestés de brigands et de communistes depuis de longues années. La besogne nest pas aisée. Les rouges occupent surtout les régions montagneuses doù il est difficile de les déloger. Plus dune fois déjà on a essayé de réduire ces bandes insaisissables ; chaque fois les troupes, appelées à dautres travaux jugés plus urgents, abandonnèrent la besogne à moitié faite, et chaque fois les Rouges revinrent plus féroces.

    Cette fois lexpédition a recours à des moyens quon croit définitifs : nayant pas réussi à exterminer les malfaiteurs par le fer ou le plomb, on veut les faire périr par le feu et la faim ; on incendie les montagnes, on rase les villages qui ont été sous la domination bolchévique, les habitants qui ont dû subir, la plupart à contre-cur, la dure loi communiste, sont expulsés et défense leur est faite de retourner pour reconstruire leurs foyers détruits ou pour cultiver les champs qui doivent rester en friche. On espère ainsi réduire ces brigands-bolchéviques en rendant leurs repaires inhabitables.

    Malheureusement le nombre des villages condamnés est grand, ils se comptent par centaines ; près de cent villages ont déjà été rasés ; le nombre des gens sans gîte et sans subsistance augmente de façon inquiétante : de ces malheureux, les uns, plus ou moins contaminés par le virus rouge, se joignent aux bandes pillardes qui, chassées de la montagne, viennent razzier la plaine doù les soldats sont absents ; les autres, surtout des vieillards, des femmes et des enfants, viennent grossir la foule des sans-travail qui reviennent par milliers, chaque semaine, des régions de la Malaisie et du Siam doù, faute de travail, ils sont expulsés et rapatriés doffice. Le résultat se traduit par une aggravation de la misère publique et linsécurité générale dont on ne peut prévoir la fin.


    Pakhoi

    16 mai.

    Notre retraite, commencée le 18 avril, sest terminée le dimanche 24 par un salut solennel et le renouvellement du Bon-Propos.

    Après la retraite, pendant quatre jours, Monseigneur nous a donné des conférences, à raison de deux par jour, pour essayer dorganiser notre jeune mission. Il en sortira certainement un grand bien pour luniformité dans la manière de voir et dagir.

    Le moment de la séparation étant arrivé, après une messe chantée pour le repos de lâme de nos vaillants devanciers, chacun reprit le chemin de sa brousse avec la volonté dy tracer courageusement son petit sillon pour la plus grande gloire de Dieu.

    Sous la direction de notre évêque, architecte en loccurrence, les constructions pour laménagement de notre petit séminaire sélèvent rapidement. On peut espérer quà la rentrée du mois daoût nos élèves seront convenablement logés. Daigne la bonne Providence faire en sorte que le personnel nécessaire à cet établissement se trouve aussi facilement !


    Hanoi

    Le Scoutisme en Indochine. Une promesse solennelle.
    Dimanche, à lissue de la grandmesse, les Scouts de France tinrent, à la Mission, une Cour dhonneur solennelle durant laquelle six jeunes scouts prononcèrent, sur les drapeaux inclinés, leur promesse.

    S. E. Monseigneur Gendreau, le vénérable Evêque de Hanoi, avait tenu à présider en personne cette cérémonie, pour montrer dabord combien il bénit toutes les uvres de jeunesse et combien il se réjouit particulièrement de voir la jeunesse Française et la jeunesse Annamite réunies au sein dun même idéal de fraternité chrétienne.

    Léminent prélat, en effet, est entouré sur la petite estrade improvisée, de S. E. le Tong Doc Hoan, Conseiller à la Cour dAppel de Hanoi et de S. E. le Tong Doc dHaiduong dont les fils, avec leur jeune camarade Huget, vont tout à lheure faire leur promesse scout.

    Lassistance française est très nombreuse et nous remarquons aussi plusieurs mamans annamites qui sont venues assister à la promesse de leurs enfants ou parents.

    Après le chant de lhymne scout, le grand salut dhonneur et lappel des novices qui viennent se ranger face à la tribune, à la hauteur des drapeaux, Monseigneur Gendreau prend la parole.

    Il dit toute la joie quil a de présider une aussi belle cérémonie.
    Vous venez, dit-il, en sadressant aux jeunes gens, affirmer ici publiquement votre vouloir de servir Jésus-Christ du fond du cur et sincèrement. Regardez lassemblée qui vous entoure ; elle sintéresse aussi à cette cérémonie parce quelle sait et quelle admire votre décision de faire chrétiennement tout votre devoir, non seulement aujourdhui mais toujours.

    A Jésus-Christ vous offrez votre jeunesse et vous avez raison, cest le plus bel âge de la vie.

    Souvenez-vous du jeune homme de lEvangile, du regard que Jésus posa sur lui pour linviter à une vie meilleure.

    Aujourdhui aussi Jésus vous regarde et il vous aime. Ne vous détournez pas de lui et marchez joyeusement et fièrement dans la voie quil vous a tracée, car il vous a aimés dun amour tout spécial en vous amenant dans cette élite de la jeunesse chrétienne.

    S. E. rappelle ensuite aux jeunes Scouts les trois points de leur promesse.
    Vous allez dire par serment que la franchise sera la règle de votre vie dans les menues choses de tous les jours, comme dans les plus graves conjonctures. Noubliez jamais cette promesse. Napprenez pas à ruser mais à ne jamais tromper votre propre conscience.

    Vous allez promettre aussi de vous dévouer. Imitez Jésus-Christ qui sest dévoué jusquà accepter la plus ignominieuse des morts non seulement pour ses amis, mais pour tous les hommes, à quelque race et à quelque pays quils appartiennent.

    Parmi vous, voilà quil en est de races différentes, mais vous ne faites quun même corps, vous ne faites quune même famille et cela réjouit grandement le cur de celui qui représente ici le Souverain Pontife qui, vous le savez, applaudit à votre mouvement, le bénit paternellement.

    Enfin par la pureté que vous voulez garder, vous serez forts contre le mal, contre le monde, contre vous mêmes et vous saurez aborder la vie le front haut et sans crainte.

    Après la cérémonie de la Promesse les scouts défilent en chantant leur Hymme de Marche.

    Puis Monseigneur, veut bien condescendre à se faire photographier au milieu des petits Louveteaux qui viennent dassister avec des yeux denvie à la promesse de leurs aînés.

    Les scouts réclament la même faveur qui leur est accordée. Ils se rangent ensuite et forment la voûte dhonneur au passage du Vénéré Prélat et des personnalités qui laccompagnent, tandis que les chants de lau-revoir sont entonnés par les petits et les grands loups avec une émulation, une ardeur et une joie communicatives.

    Cette belle cérémonie marque un nouveau pas dans le développement du Scoutisme en Indochine.

    Ce ne sera pas le dernier.

    (Avenir du Tonkin, 23 mai 1932.)


    Vinh

    10 juin.

    Grâce à linitiative du Médecin-Chef de lhôpital et du Résident-Administrateur de la province, une uvre de bienfaisance vient de se fonder à Vinh pour recueillir, nourrir et éduquer les enfants annamites orphelins ou abandonnés. Cet orphelinat a été installé dans des bâtiments occupés jadis par des troupes et situés près de la citadelle, à quelques centaines de mètres de la mission ; la direction en a été confiée aux Religieuses de S. Paul de Chartres. Elles ont déjà recueilli plus de 40 petits orphelins et orphelines de 6 à12 ans.

    Le P. Bélières, très fatigué depuis la fin davril, vient de partir pour Hanoi et Mầu-Sơn, afin de demander à un climat plus frais et plus salubre le rétablissement dune santé qui fléchit sous le poids des ans et de la chaleur.


    Hunghoa

    10 juin.

    Le samedi 7 mai, nous apprenions, avec stupeur, lodieux attentat dont a été victime Monsieur le Président Doumer. Tous, au Tonkin, ont gardé le souvenir de ce Gouverneur de lIndochine, si actif et entreprenant. Au service solennel qui fut célébré, le jeudi 12 mai, à la cathédrale de Hunghoa, en présence de toutes les Autorités provinciales, Mgr Ramond tint à rappeler, en quelques mots, luvre du regretté défunt en cette région, sa vie toute de devoir et de probité, ainsi que son patriotisme, qui lui a fait accepter si généreusement le sacrifice de quatre de ses fils ; que les prières de lEglise lui obtiennent la récompense éternelle !

    Le 15 mai, ce fut grande fête au camp militaire de Tong : une cloche de 600 kilogs, offerte, par souscription, à la chapelle de Ste Thérèse de lEnfant-Jésus, a été bénite par Mgr Ramond. Dès la veille, deux Officiers de la Légion Etrangère venaient prendre Son Excellence à Hunghoa, pour la conduire à Sontay ; le dimanche matin, jour de la Pentecôte, ils étaient à la disposition de Monseigneur, pour lemmener au Camp, à 5 km. de là. Inutile de dire que la petite chapelle avait été décorée avec goût, et que, ce jour-là, elle se trouva trop étroite.

    Ce fut, tout dabord, la messe célébrée par Son Excellence, pour la population annamite ; la Confirmation fut ensuite donnée à 52 adultes ou enfants ; parmi ceux-ci se trouvaient 6 petits français ou françaises ; tous, au sortir de la messe, remercièrent Monseigneur. Le Père Pierchon était, lui aussi, heureux de présenter à son Evêque ce premier groupe de néophytes ; que, plus tard, dautres suivent, pour le développement de ce nouveau centre catholique !

    La cérémonie de la bénédiction de la cloche avait été fixée pour 8 heures et demie. A 8 heures, le cortège sorganisa : enfants des écoles, scouts de Sontay, élèves de lécole presbytérale de Bach-Lộc, catéchistes, vinrent chercher Monseigneur, pour le conduire solennellement à la chapelle ; les Pères Mazé et Desongnis laccompagnaient. Durant la messe basse, une chorale française exécuta, avec brio, les chants liturgiques, et fit entendre des cantiques de circonstance, tandis que des artistes bénévoles, violonistes de talent, faisaient résonner la chapelle daccords célestes, dinspiration purement religieuse.

    Dans une courte allocution, Monseigneur dit ce quest la cloche, voix de Dieu, rappelant à tous sa divine présence, voix de lEglise, rappelant aux chrétiens leurs devoirs quotidiens, voix aussi de la patrie, lorsque son sol est violé par lennemi ; puis, on se rendit au campanile provisoire, où la cérémonie liturgique saccomplit, au milieu dun religieux silence ; les onctions du Pontife, et le lavage de la cloche, sérieusement fait par le Père Desongnis, captivèrent lattention de tous ; ce fut enfin le coup de cloche, donné tout dabord par Son Excellence, et, ensuite, par les parrains et marraines, français et annamites.

    La cérémonie terminée, le Père Pierchon présenta à Monseigneur les personnages présents : le Général de brigade Bonnet et Madame, le Résident de Sontay, le Délégué dAnnam-Tonkin, lAdministrateur-Adjoint, les chefs de corps des unités de la garnison, et plusieurs autres bienfaiteurs, venus de Hanoi et de Haiphong. Pour tous, Mgr Ramond eut un mot de remerciement ; en particulier, il exprima sa reconnaissance à Madame la Générale Bonnet, que lon trouve toujours là où il y a du bien à faire, et à qui est dû lheureux résultat de la souscription ouverte pour cette cloche. Un vin dhonneur fut servi, durant lequel les marraines offrirent à tous dexquises dragées ; et les photographes continuèrent à braquer leur objectif, tandis que la cloche ne cessait de résonner.

    A midi, une fête intime réunissait, autour de Son Excellence, les missionnaires de la province de Sontay ; le soir, Mgr Ramond regagnait Hunghoa, heureux de cette fête si bien réussie. Le Père Pierchon ne létait pas moins ; tout avait marché à souhait ; mais, ce qui le toucha plus encore, ce fut de trouver, le soir, dans son courrier, une lettre de Monsieur Pasquier, Gouverneur Général, lui exprimant son regret de navoir pu assister à cette fête franco-annamite, et adressant à laumônier dévoué du camp de Tong ses félicitations et encouragements.

    Après les fêtes de Pâques, nous fûmes privés, durant plus de trois semaines, de la vue de Phébus ; quétait-il devenu ? où sétait-il retiré ? toujours est-il quune humidité extraordinaire ne cessa de régner pendant tout ce temps ; rien de sec nulle part, au grand dam des rhumatisants et asthmatiques ou catarrheux ; le Père Méchet, notre doyen, navait jamais vu pareille chose, et se demandait déjà si nous nétions pas menacés de quelque aventure extraordinaire. Dans les jours qui suivirent la Pentecôte, un petit vent du Laos, je ne vous dis que cela, nous rappela que nous étions dans les pays chauds ; le jour, soleil brillant ; la nuit, vent brûlant, insomnie complète ; de ce fait, le Père Méchet était rassuré !

    Les chaleurs ne sauraient arrêter le Père Jacques. Alors que tous recherchaient un peu de fraîcheur, lui, courageusement, allait visiter le poste de Hà-Giang ; mais, quel voyage ! Ce centre militaire, voisin de la frontière chinoise, est à 180 km. de Tuyên-Quang ; un service dautos, récemment créé, procure souvent aux voyageurs plus dimprévus quils ne le souhaiteraient. Parti de cette dernière ville, à 7 heures du matin, sans boire ni manger, notre confrère, narrivait à destination quà 8 heures du soir ; violent orage, qui larrosa copieusement, route défoncée par la pluie, déchargement de lauto au passage de certains ponts reconnus trop faibles, poussée à lui donner, pour lascension de côtes escarpées, enfin rupture dune roue, ce qui faillit précipiter, et le véhicule et ses occupants, dans un ravin ou dans la Rivière-Claire ; bref, rien ne manqua comme émotions ; et, lorsque le Père Jacques, après une marche à pied de 7 km., arrivait à Hà-Giang, il nen pouvait plus. Les catholiques de la station profitèrent de cette visite annuelle du missionnaire ; à son retour le Père Jacques fut plus heureux ; en moins de 4 heures, il fit le trajet, quil avait fait, quinze jours avant, en plus de 12 heures ; désormais il ne sembarquera plus, dans ces autos de la Haute-Région, sans se munir de victuailles, en prévision des pannes ou autres accidents, causes de retard.


    Phatdiem

    7 juin.

    Lémotion produite par, la mort de Monsieur Doumer, ancien Gouverneur Général de lIndochine, a été particulièrement vive ici. Dès quil eut appris le décès de lillustre homme dEtat, Monseigneur Marcou télégraphia à Monsieur Pasquier dans les termes suivants : Gouverneur Général, Hanoi, Evêque, clergé, catholiques Mission Phatdiem offrent vives condoléances famille Doumer, prennent part deuil national et prient pour le grand patriote. Marcou.

    Le Gouverneur Général répondit par le télégramme ci-après : Mgr Marcou, Phatdiem. Très touché sentiments dont vous vous faites linterprète de la part Mission Phatdiem, occasion deuil douloureux qui frappe la France et lIndochine, vous prie agréer et transmettre Mission ma profonde gratitude. Pasquier.

    Le 27 avril, cinq novices des Filles de N. D. des Missions, à Phatdiem, faisaient leurs premiers vux et trois jeunes postulantes prenaient lhabit.

    Le 16 mai, au Carmel de Thanh-hoa, une jeune fille originaire de Phatdiem revêtait les livrées des Filles de Ste Thérèse. Cétait la première fête de vêture de ce jeune monastère. Elle fut présidée par S. E. Mgr Marcou, et la population française et annamite de la ville y assista nombreuse. Malheureusement lexiguïté de la chapelle du Carmel une chapelle provisoire destinée à devenir plus tard parloir et ne mesurant que six mètres de côtés ne permit pas à tous les assistants de suivre, comme ils lauraient désiré, les touchantes cérémonies que comporte cette fête carmélitaine. Le P. Poncet présenta les excuses des religieuses et affirma en leur nom quà la prochaine prise dhabit elles pourraient offrir un local plus grand, cest-à-dire la chapelle définitive qui sera consacrée à la bien-aimée Patronne des Missions ; la somme nécessaire pour cela est encore à trouver, mais elles ont pleine confiance en sainte Thérèse de lEnfant-Jésus.

    Ce fut Madame Tran-van-Ly, femme dun jeune et distingué mandarin de la province, nièce et fille adoptive de M. et Mme Denys Lê-Phat-An, bienfaiteurs insignes du Carmel, qui eut lhonneur de conduire la jeune novice jusquà la porte de clôture.

    Dautre part la toilette de cette dernière avait été très aimablement offerte par Madame Nguyên-hữu-Bai, femme de Son Excellence le Premier Ministre dAnnam.


    Saigon

    mai.

    La mission de Saigon vient dêtre assez éprouvée par un typhon dans sa partie qui touche à la mission de Quinhon. Cest la région de Phanri qui a le plus souffert ; le typhon a ravagé tout le pays depuis la mer jusquà la montagne. Le mardi, 3 mai, rien ne faisait prévoir ce désastre ; lobservatoire de Phuliên avait bien annoncé un typhon, mais beaucoup plus au sud et au large. De nombreuses barques de pêche étaient sorties en mer comme dhabitude. Vers 17 heures un vent violent se leva de façon inopinée ; le temps se couvrit, en lespace de quelques minutes la mer devint noire et grosse. Quelques jonques, luttant avec lénergie du désespoir, purent séchouer sur la côte et furent ainsi sauvées. Le vent venait de Phanrang, dune violence toujours accrue, plaquant tout au soI. La plupart des habitations, construites en paillotes, senvolaient comme fétus de paille : la nuit sinistre commençait. La mer abattait sans cesse de véritables murailles deau sur le sable du rivage, rejetant de nombreux cadavres. Au petit jour, la tourmente était passée, mais la pluie continuait toujours très forte. On recueillit sur la côte de Phanri 126 cadavres, qui furent immédiatement enterrés. Dans la journée de nombreux autres furent rejetés par les flots ; à Phanri, sur 300 hommes partis à la pêche, on compte 18 rescapés ! Dans lintérieur, nombreux morts et blessés par leffondrement des maisons. Le mercredi matin, le P. Lý, curé de Phanri et Mao, télégraphiait à Mgr Dumortier que léglise de Mao sétait effondrée. Cette église, en briques et couverte en tuiles, paraissait cependant solide ! Peut-être le constructeur navait-il pas calculé suffisamment la résistance au vent ? Mais allez donc calculer la résistance à un typhon ! En attendant, le P. Lý se trouve très éprouvé ; il na heureusement quun seul chrétien, son ông câu, parmi les victimes du typhon ; mais que de misères à soulager pour un prêtre qui na, en temps ordinaire, aucunes ressources ! Mgr lui a fait tenir de suite un premier secours par le P. J.-B. Tòng qui, fatigué, devait se rendre à Phanthiet pour prendre quelque repos.

    La montagne a reçu la queue du typhon ; Dalat et Dran ont été aussi très éprouvées. Mais là, ce fut surtout leffet de leau. La pluie a commencé à tomber le mardi soir, se changeant pendant toute la nuit en véritables trombes deau, si bien que lobservation a donné 31 centimètres deau en 20 heures ! A ce régime, les trois affluents du Donnai, le Cam ly, le Da dung et le Da nhim sont devenus des torrents dévastateurs. Le Cam ly a ravagé Dalat. Dès le matin du mercredi, le niveau du lac montait dune façon inquiétante, et bien que toutes les vannes fussent ouvertes, leau passait, à 11 h, à un mètre au-dessus de la route qui forme digue. Cest à ce moment que la digue, creusée par les eaux en cascade, se rompit. Le flot envahit le petit lac et rompit la seconde digue, plus récente et non empierrée. Ce fut, subitement, linondation de la vallée du Cam ly et cest là quil y eut une trentaine de victimes, annamites ou sauvages, malgré les efforts héroïques des sauveteurs et même des sauveteuses européens, qui réussirent à arracher quelques victimes à la mort. Dheureuses victimes du typhon, ce furent les 2 tigres et les 2 panthères des Chutes du Cam ly ; leur cage ayant été enlevée et renversée par le flot, ils surent se tirer daffaire et mettre de suite une certaine distance entre eux et la cage maudite.

    Les bâtiments de Dalat nont guère souffert du typhon, sauf peut-être ceux de la T. S. F., puisque les appareils ayant été inondés par la pluie, toute communication avait cessé avec le monde extérieur. Mais cela a été vite rétabli, et dès le jeudi, on pouvait télégraphier sans fil entre Dalat et Saigon. La nouvelle église de Dalat na guère souffert et le P. Nicolas a mis lancienne à la disposition des sinistrés sans abri.

    A Dran, le Da nhim a fait au moins autant de ravages. Emportant les ponts, il a inondé et balayé la fertile vallée où lon cultivait les fameux légumes de Dalat. Là, deux européens ont été victimes de linondation, avec de nombreux annamites.


    Hué

    6 juin.

    Fête de Ste Jeanne dArc. La fête nationale de Ste Jeanne dArc, le 8 mai, devait être célébrée à Hué solennellement, comme de coutume. La douloureuse nouvelle de la mort de M. Doumer, Président de la République, fit contremander toutes les réjouissances extérieures. La messe officielle de ce jour fut néanmoins célébrée à léglise St François Xavier par S. Exc. Mgr Chabanon, mais sans laccompagnement prévu de la fanfare de la Garde indigène. Le grand séminaire fit entendre, avec la piété et la perfection coutumières, quelques morceaux de circonstance. Un beau Credo fut chanté par un groupe de soldats français, embryon dune petite chorale militaire que le zèle actif du P. Darbon, curé intérimaire de la paroisse française, est en train de former. Toute la population française de Hué assistait à cette messe, ayant à sa tête les Autorités françaises et annamites. Elle écouta avec un intérêt soutenu léloquent et pratique panégyrique de notre grande sainte nationale, donné par le R. P. André Durand, Franciscain, Secrétaire de Mgr le Délégué Apostolique.

    Conférences. Le temps, qui lui était mesuré, navait permis au prédicateur que dexposer rapidement, dans un vaste tableau densemble, les grandes lignes de la vie de Ste Jeanne dArc. Il fut loisible au R. P. André de développer son sujet, avec toutes les conclusions qui simposaient, dans deux conférences quil donna, le dimanche suivant, chez les Rév. Pères Rédemptoristes devant un public nombreux et sympathique, annamite et français. Une semaine plus tard ce fut le tour du R. P. Bertin, Supérieur des Franciscains de Vinh, dintéresser ce même public en lui parlant de lAstronomie. Ancien officier de marine, le R. P. Bertin avait toute la compétence voulue pour traiter des mystères de la voûte céleste. Il capta lattention de son auditoire et linstruisit. Il fit plus : en religieux et missionnaire quil est, il le conduisit par delà limmensité des espaces célestes, là où resplendit la lumière de la Vérité Eternelle rayonnant sur le monde.

    Ordination. Le samedi des Quatre-Temps de la Trinité, ordination générale à la cathédrale de Phủ Cam : 22 ordinands, à savoir : huit prêtres, deux diacres, un sous-diacre, neuf minorés, deux tonsurés. Un de ces derniers venait du monastère de Phước Sơn. Ce nest pas souvent quon a vu à Hué un si grand nombre de nouveaux prêtres à la fois. Notre clergé indigène dépasse de ce fait la centaine. Mais comme il ny a plus eu dordination sacerdotale depuis 1928, ces huit nouveaux prêtres comblent à peine les vides que la mort et les infirmités ont faits dans le clergé de la mission pendant ces quatre années.

    Changements et visite. Naturellement quelques changements de poste, de missionnaires et de prêtres indigènes, ont accompagné le placement des nouveaux prêtres. Cest ainsi que le P. Delvaux prend la direction de la paroisse de Tân Yên : il ne quitte ses montagnes de Ba Long que pour dautres montagnes aussi pittoresques. Le P. Boudillet est nommé à Đá Hàn, à quelques kilomètres de Hué, en remplacement du P. Piéters, qui retourne à son ancien poste, toujours aimé, de Hương Lâm. Le P. Eb est nommé professeur au petit séminaire dAnninh, mais comme nous voilà aux vacances, il noccupera sa chaire de Belles-Lettres quà la rentrée de septembre ; dici là il remplira par intérim la charge daumônier de la Ste Enfance. Ce qui permet au P. Maunier, titulaire du poste, daller passer trois mois à Hongkong pour y recouvrer de nouvelles forces physiques et y prendre part à la retraite de juillet.

    Le P. Darbon a été nommé membre du Comité de secours aux sinistrés du Sud-Annam! Il sagit des victimes du terrible typhon accompagné dun raz de marée qui a ravagé Phang Rang et la région avoisinante au commencement du mois de mai.

    Le P. Etcheverry, nouveau missionnaire de Kweiyang, a pris, depuis Tourane, la voie de terre pour se rendre dans sa mission ; ce qui lui a permis de passer quelques jours dans la mission de Hué en compagnie de ses compatriotes du pays basque.

    Le petit séminaire et nos divers établissements religieux, en particulier lEcole des Frères (Ecole Pellerin), viennent denregistrer de beaux succès aux examens officiels du Gouvernement.

    Fête du Ki Niêm. Le 5 juin, deuxième jour du cinquième mois, a ramené la fête nationale annamite appelée Kĩ Niệm. Elle commémore la restauration du royaume annamite, après la défaite des Tây Sơn, au début du XIXème siècle, et laccession au trône de la dynastie actuelle des Nguyễn, quand Cia-Long prit le titre de roi. La fête consiste en sacrifices rituels et en réjouissances publiques. Comme de coutume, la Cour a demandé quune messe fut célébrée solennellement à la cathédrale de Phủ Cam à la mémoire de Mgr dAdran et des Français morts au service du roi Cia-Long. La cathédrale était élégamment pavoisée. Mgr le Vicaire Apostolique célébra lui-même la messe, pendant laquelle la Schola du grand séminaire, sous lhabile direction du P. Thục, chanta plusieurs parties dune messe très pieuse de don Pérosi, et la fanfare royale exécuta plusieurs excellents morceaux. Une foule considérable de Français et dAnnamites remplissait la vaste église. Au premier rang étaient placés les Autorités Françaises civiles et militaires, les Ministres et les grands mandarins de la Cour dAnnam et les Chefs de service. Cest une pensée de reconnaissance envers les bienfaiteurs de son ancêtre Gia-Long qui inspira au roi Khai-Định, il y a une dizaine dannées, linstitution de cette messe annuelle.


    Phnompenh

    9 juin.

    Les lecteurs du Bulletin doivent se demander si la mission de Phnompenh na pas été entraînée par une crue du Mékong et transplantée dans un autre hémisphère. Par ces derniers temps de canicule, personne, ici, ne se serait plaint daller voir sous dautres cieux si le soleil était moins brûlant. Cest ce quont fait les PP. Gatelet, Guesdon et Chabalier qui sont partis faire un petit tour en France : quelques mois seulement, et nous les reverrons à leur poste.

    A Cai Hua, le P. Merdrignac continue à faire le commis voyageur. La forêt lui fournit du bois de chauffage qui saccumule sur la berge du canal. Or il fallait trouver la formule pour faire de ce combustible un comestible. Le Père la trouvée ; par un moyen un peu détourné, il est vrai, mais efficace, radical. Ce nest point avec des cornues ni des alambics, cest chez tous les amateurs de bois de chauffage : chaloupes, distilleries, usines électriques, fours à briques, rouleaux compresseurs, dragues, pensionnats, etc.. Tous ces amateurs, malheureusement, ne sont pas installés à proximité du canal de Cai Hua ; ils sont dispersés un peu partout dans les six provinces. Il faut aller les chercher, les trouver, les relancer, les persuader, bref les décider à prendre son ours.

    Le P. Merdrignac, Dieu merci, a la langue bien pendue, les arguments les plus persuasifs ne lui manquent pas, les voyages ne leffraient pas non plus et il arrive à son but : trouver le riz nécessaire pour nourrir ses deux mille chrétiens. Il a pu semer du riz de trois mois et, si la récolte donne, il pourra prendre un peu de repos, ce qui ne sera pas du luxe.

    Le P. Mennetrier est entre les mains de la Faculté ; il est descendu à la clinique Angier, à Saigon, mais il sy ennuie ferme et compte bientôt nous revenir.

    Le P. Thieux, chargé du poste de Prek Treng a commencé, aussitôt arrivé, la construction dun couvent qui abritera les deux Surs annamites chargées de lécole.

    Nous avons eu la visite du P. Dézavelle, retour de Dalat ; sortant des délices de Capoue, réhabitué à la fraîcheur des montagnes, le broussard laocien a cru quil pouvait faire fi de notre soleil de mai. Sournoisement, celui-ci la rappelé à lordre et, total, une sérieuse insolation la retenu à la chambre pendant une semaine et il a pu répéter : ah ! il ne fallait pas y aller.

    Notre confrère en a vu dautres et de plus dures, aussi il a secoué cela rapidement et, complètement remis, a pu continuer son voyage.


    Singapore

    7 juin.

    Après un séjour de 9 mois en France, le Père Baloche est rentré en bonne santé, au commencement du mois de juin. Quand il partit, lannée dernière, il sagissait de le dégoutter. Mais en France, les médecins découvrirent que ce qui était goutte ici, sous léquateur, était rhumatisme suraigu pour lEurope. Le rhumatisme sest bien calmé, mais il na pas complètement abandonné la place.

    Le Père Baloche remplace à léglise indienne de Penang le Père Souhait qui est allé en France chercher la guérison du sprue.

    A Singapore, les fêtes du St Sacrement ont été favorisées par un temps splendide. La procession a eu lieu dans les quatre paroisses de la ville, le jour de la fête, le dimanche dans loctave, le jour de la fête du Sacré-Cur et le dimanche dans loctave du Sacré-Cur.


    Rangoon

    11 mai.

    Si la dernière correspondance de la Birmanie méridionale ne se perd pas tout à fait dans la nuit des temps, il faut cependant remonter assez loin dans le passé pour en retrouver la trace. Notre chroniqueur, malade, obligé de rentrer en France et de revenir, après 18 mois de congé, chercher ici la guérison dune bronchite qui sétait montrée rebelle à tout traitement, a bien des excuses davoir négligé ses fonctions. Il a fait un suprême effort pour consacrer quelques lignes à la mémoire de notre si regretté Vicaire Apostolique, Mgr Perroy, mort le 10 avril 1931, et puis a pris définitivement sa retraite.

    Mais uno deficiente non déficit alter. Reprenons donc contact avec les lecteurs du Bulletin.

    Nous resterons dans les limites dune actualité relative en mentionnant tout dabord la visite de notre vénéré Supérieur Général, Mgr de Guébriant. Il est arrivé le 16 novembre à Rangoon, en compagnie du P. Beyls de Coïmbatore. Comme cétait le jour de la clôture de notre retraite, tous les confrères étaient là pour le recevoir. Le soir même, Son Excellence a bien voulu nous adresser la parole et, dans une causerie charmante, exposer les motifs que nous avons dêtre fiers dappartenir à la Société des Missions-Étrangères. Après avoir visité très rapidement, avec Mgr Provost, quelques postes importants de la mission, Elle partait pour Mandalay le 22 novembre et revenait 4 jours plus tard, pour sembarquer le jeudi, 26 novembre, à destination de Penang.

    La paroisse S. Antoine, à Rangoon, est bien éprouvée depuis quelque temps. Le vicaire indigène, le P. Donoghoe, est mort au commencement de décembre, à lhôpital, des suites dune opération dappendicite compliquée de péritonite. Et le curé, le P. Mourlanne, senior, qui restait seul pour administrer 10.000 chrétiens, souffrait alors dun mal sur la nature duquel les médecins se sont prononcés dans le courant de janvier : un cancer à la mâchoire inférieure droite. Le pauvre Père a dû se retirer à la léproserie de Kemmendine pour se faire soigner et surtout pour se préparer à la mort. Il souffre beaucoup mais ne laisse échapper aucune plainte et porte sa lourde croix avec une admirable résignation. Le terrible mal a fait des progrès très rapides, et nous pouvons nous attendre à perdre bientôt un excellent confrère et un bon missionnaire qui a travaillé pendant 40 ans dans la grande paroisse indienne de Rangoon (1). Le P. Desalle, son premier vicaire, est rentré de France juste à temps pour prendre en main la direction de cette importante paroisse. Il est aidé par le P. Lescure que Mgr a dû détacher du poste de Kyaiklat.

    Le P. Angevin a été pris au P. Meyrieux et donné au P. Philippe pour remplacer le P. Lescure.

    Le 25 février, Mgr Provost a béni solennellement la nouvelle église du P. Foulquier, à Maryland. Belle cérémonie quhonorait de sa présence Mgr Foulquier, ancien Vicaire Apostolique de la Birmanie Septentrionale, frère du titulaire de lendroit. Le clergé de la mission était représenté par 9 prêtres européens et 12 prêtres indigènes, et de nombreux chrétiens étaient venus pour la circonstance. Le P. Foulquier a du mérite davoir pu mener à bonne fin la construction de cette belle et vaste église, car Maryland nest pas dun accès facile et cest tout un problème pour se procurer des ouvriers et amener à pied duvre les matériaux nécessaires. Il avait déjà doté son poste dun spacieux presbytère et dune grande école de garçons, deux solides bâtiments en briques. Le couvent, de date un peu plus ancienne, fut édifié par son prédécesseur, le P. Fargeton.

    Du dimanche de la Passion au Jeudi Saint, deux Pères Franciscains anglais de Bellari ont donné une mission à la Cathédrale. Matin et soir, une foule énorme, où lon pouvait remarquer bien des protestants, se pressait dans limmense église pour entendre les prédicateurs qui ont fait merveille. Les confessions et les communions se sont comptées par milliers ; il y a eu beaucoup de retours, et de nombreux protestants demandent maintenant à se convertir.

    Mgr bénira prochainement la nouvelle chapelle du petit séminaire de Moulmein, uvre du P. Picot, architecte de la mission qui nen est pas à son coup dessai. Le nombre des élèves augmentant de plus en plus, et le séminaire, bâti sur le flanc dune colline escarpée, nétant guère susceptible dagrandissement, il a fallu construire une chapelle séparée, ce qui permettra de transformer en dortoir la salle qui sert aujourdhui de chapelle.

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    (1) Le P. Mourlanne est mort le 1er juin.


    Nous avons quatre confrères en France.
    Le P. Mourlanne, junior, essaie depuis deux ans de se débarrasser dune collection dinfirmités très pénibles, mais sans grand succès. Il nous écrit que son état ne sest pas encore amélioré dune façon très sensible et ne nous laisse pas espérer son prochain retour.

    Le P. Maye, parti en janvier 1931, ne donne pas souvent de ses nouvelles et nous ne savons pas quand nous aurons le plaisir de le revoir.

    Le P. Fargeton est allé consulter les médecins français sur la nature dun mal que la Faculté de Rangoon navait pu diagnostiquer. Au cours dune opération dappendicite quil vient de subir, les docteurs ont fait dans son anatomie des découvertes qui, très probablement, nécessiteront plus tard une nouvelle intervention chirurgicale. Espérons que tout ira bien.

    Le P. Picot sest embarqué le 13 avril pour Marseille. Il profite de la nouvelle disposition de notre Règlement qui permet de prendre un congé de 6 mois tous les 10 ans. Il naura pas retrouvé la maison paternelle, car son village, S. Souplet-sur-Py, Marne, a été complètement détruit pendant la guerre.

    Le P. Sellos vient dêtre à lhonneur. Le Gouvernement de lInde lui a décerné la médaille de première classe du Kaisar-I-Hind, en reconnaissance des services signalés quil a rendus, pendant 15 ans, à la cause de léducation, comme directeur de la grande école S. Antoine, à Rangoon. Il va désormais mettre ses aptitudes pédagogiques à la disposition des étudiants catholiques de lUniversité.

    Mgr Provost est allé dernièrement prendre quelques jours de vacances à Bassein, son ancien poste, mais il na pas trouvé là-bas beaucoup plus de fraîcheur quà Rangoon.


    Pondichéry

    mai.

    Le Trait dUnion.
    Eraiyur. Du 18 ou 28 avril, visite pastorale de Mgr. 252 premières communions et 685 confirmations. A Eraiyur, les chrétiens avaient orné et couvert de branchages toute la rue qui conduit à léglise, de sorte que Mgr put faire son entrée avec mitre et crosse en plein midi ; léglise était bondée de monde ; le baisement de lanneau dura trois quarts dheure. Même empressement dans les autres villages visités par Monseigneur. A Sidévi, la confirmation fut administrée sous un pandal, ou pavillon reposant sur des colonnettes en bois et couvert de feuilles de cocotier.

    Viriyur. Le 23 avril, Mgr quitte Pondichéry pour le district de Viriyur où il administre la confirmation à 400 enfants et rentre le 16 mai.

    Pondichéry. Le même jour, le P. Tesson sembarque à bord du Chantilly. Amaigri, épuisé, il va demander un peu de force au climat de France pour travailler encore. Nos meilleurs vux laccompagnent. A bord, il retrouve les PP. Gavan Duffy et Curtin embarqués la veille à Madras à destination de Dublin où ils vont assister au congrès eucharistique. Tous les Pères de Tindivanam étaient venus souhaiter bon voyage aux partants.

    Le 8 mai, les élections se passent dans le calme le plus profond. M. Dupuy, du Petit Parisien, est élu.

    Le 12, le P. Clément quitte Pondichéry pour se rendre à lhôpital Ste Marthe. Etat stationnaire.

    Le 15, retraite du mois des confrères du groupe de Pondichéry.
    Le même jour, fête de Ste Jeanne dArc à léglise de Notre Dame des Anges. Assistance très nombreuse, sans compter une foule énorme de curieux attirés par les pétards, la musique, et lair de fête qui règne aux abords du lieu saint. La première partie du programme se déroule dans le jardin Jeanne dArc où les fidèles se rendent en procession. A 6 h. M. le Gouverneur arrive et vient déposer une magnifique gerbe de fleurs au pied de la statue de la sainte quil salue longuement pendant que les clairons sonnent au drapeau. Le maire de la ville est là ainsi que les autorités civiles et militaires. Après une cantate à Jeanne dArc chantée avec entrain par les jeunes gens de la paroisse, le cortège se remet en marche pour aller à léglise entendre le panégyrique de la Sainte de la patrie, prêché par le P. Blaise avec toute léloquence quil sait déployer en pareilles circonstances. Le salut du St. Sacrement couronna cette belle fête dunion sacrée.

    Le 19, arrivée en rade de lAzay-le-Rideau venant de France. Cinq missionnaires, dont un Dominicain, étaient à bord et sont venus passer la journée à la Mission. Ils sont destinés aux Missions de Salem, Rangoon, Quinhon, Kouytchéou et Lang-Son.

    Le 21, ordination, à la cathédrale, de 9 diacres et de 2 sous-diacres. Les séminaristes partent en vacances le 23. Le petit séminaire-collège a fermé ses portes le 21. Le P. Escande se rend au sanatorium et le P. Gayet à Balmadies.

    Nos 3 séminaristes qui suivent les cours du collège de Bangalore ont passé leurs examens avec succès, deux, lIntermediate et un, le B.A. Les PP. Chavanol et Pungier sont venus consulter la faculté.

    Chandernagore. Le 20 mai, le P. Morin est rentré à Pondichéry enchanté de son voyage à Chandernagore et au Sikkim. Le P. Durier peut, depuis un mois, se livrer au ministère de sa paroisse ; il se fait vieux, mais va relativement bien. Après quil fut remis sur pied, le P. Morin la quitté pour aller passer un mois à Kalimpong qui, dit-il, est un endroit enchanteur, en raison des hautes montagnes très escarpées qui sétendent à perte de vue et par-dessus lesquelles on voit les chaînes plus élevées couvertes de leurs neiges éternelles : tout cela forme un panorama féerique ; les Himalaya, leurs gigantesques sommets, méritent bien leur réputation.

    Le P. Morin ne tarit pas de louanges à ladresse de Mgr Douénel et des confrères du Sikkim : leur mission est très pénible à administrer et ils sy dépensent sans toujours bien compter avec leurs forces.

    A son retour, le P. Morin sest arrêté une journée à Vizagapatam où il a été reçu par les Missionnaires de S. François de Sales avec une amabilité telle quil serait difficile de se montrer plus aimable et plus accueillant. Les bons Pères ont répété au P. Morin quils ne pardonneront jamais à un missionnaire de Pondichéry de passer à Waltair sans sarrêter chez eux à Vizagapatam.


    Salem

    avril-mai.

    Un nouveau centre de catéchumènes vient de souvrir à Perumkurichi, dans le district de Namakal ; le P. Hourmant y baptisait dernièrement une cinquantaine dadultes ; en les ajoutant aux adultes baptisés à Paruttipali, cela porte à la centaine le nombre des conversions obtenues par le Père dans les cinq premiers mois de cette année.

    Le P. Mercier a joint à ses nombreuses occupations la recherche des descendants des chrétiens baptisés pendant la grande famine ; il en a déjà récupéré un certain nombre et semploie à les grouper ; dans ce but, il est en pourparlers pour lacquisition dun terrain où il pourra les établir et leur élever une modeste chapelle, comme cela a été fait à Paruttipali.

    A loccasion de la fête du Patronage de S. Josepb, une retraite fermée a été prêchée aux paroissiens de la cathédrale et une autre, à Yercaud, aux élèves de lEcole secondaire de filles tenue par les Surs de S. Joseph de Cluny.

    Le 28 avril, fête du Bx de Montfort, avait lieu à Yercaud, à lécole secondaire de garçons dirigée par les Frères de S. Gabriel, linauguration dun nouveau pavillon. Monseigneur Prunier, en témoignage de lintérêt quil porte à toutes les uvres du nouveau diocèse, avait accepté linvitation des Frères. Après la messe pontificale S. E. bénissait la nouvelle bâtisse et répondant au compliment qui lui était lu, loua le dévouement de ses vaillants collaborateurs et rendit hommage à leur désintéressement.

    Le P. Devin, à la suite dune nouvelle attaque de malaria, a dû aller faire un séjour au sanatorium S. Théodore : le repos, le bon air frais des Montagnes Bleues, un régime moins frugal lont eu vite remis sur pied. Le P. Michel, victime lui aussi de la malaria, est allé chercher la guérison à lhôpital Ste Marthe, à Bangalore.

    Comme bouquet final, embaumé des senteurs du printemps, arrivée à Salem de notre nouveau confrère, le P. Nalais, que le P. Quinquenel était allé, la veille, attendre à Madras.


    Séminaire de Paris

    1er mai.

    Les Echos du 1er avril, avaient annoncé daprès un télégramme, lheureuse arrivée à Chengtu de Mgr le Supérieur. Une lettre datée du 14 mars, postée à Chengtu même, nous confirme cette bonne nouvelle et dit que tout va bien. En ce moment, Son Excellence doit être au Japon et même à la veille den partir pour la Corée et la Mandchourie.

    Rome nous signale la nomination de M. Audren, provicaire de Ningyuanfu, comme coadjuteur avec future succession de Mgr de Gorostarzu, Vicaire Apostolique du Yunnan. Nous formulons les meilleurs souhaits pour ce nouvel évêque de notre Société.

    Le P. Aubert est rentré au Séminaire, en bonne voie de guérison, lopération subie ayant donné dexcellents résultats. Nous sommes sûrs que la convalescence saccentuera rapidement et que notre cher confrère reprendra ses travaux sans tarder. De même les PP. Genty et Grandjanny ont subi avec succès lopération de la cataracte à la clinique des Frères de St Jean de Dieu. Tous deux sont revenus au milieu de nous avec la certitude dune rapide guérison.

    Le vendredi 22,nos quatre Partants davril ont quitté le Séminaire. La cérémonie des adieux fut très suivie et très émouvante. Lallocution fut prononcée par le P. Sy, supérieur du Séminaire. Le lendemain, la communauté faisait le pèlerinage traditionnel à N.-D. des Victoires, pour mettre le voyage des chers partants sous sa maternelle protection.

    De passage à Paris les PP. Toudic, Grandjanny, Raoult, Dénarié, Prouvost, Balocbe, Graton, Harostéguy, Pichon, Laval.

    15 mai.

    Le 3 mai, le P. Robert se rendait à Amiens avec Mme la Présidente de luvre des Partants, pour assister à la réunion de luvre, si vivante dans cette ville, grâce au dévouement inlassable de Mme Provost. Son Excellence Mgr Lecomte présidait cette réunion et témoignait ainsi sa grande sympathie si connue envers les M.-E..

    A la nouvelle de la mort du Président de la République, le P. Robert se rendit immédiatement à lElysée, pour inscrire son nom sur les registres de condoléances. Avec le P. Gros, il assistait le jeudi suivant aux obsèques nationales, et représentait Mgr le Supérieur et la Société.

    Mgr le Supérieur, par une lettre postée à Shanghai, annonce son départ pour Nagasaki le 30 avril et fixe la date probable de son départ de Karbine pour Paris au 28 mai. Nous aurons donc la grande joie de le revoir vers le 10 juin.

    La Vente de Charité de luvre des Partants aura lieu les 4 et 5 juin de 2 h. à 6 h. du soir. Elle se tiendra comme les années précédentes dans le jardin du Séminaire.

    Aujourdhui 15 mai, le P. Robert, accompagné du P. Gérard, répondait à linvitation de Mgr le Hunsec et prenait part à la fête patronymique de la congrégation du St Esprit.

    Dimanche dernier, au nom de Mgr le Supérieur, le P. Robert faisait les appels : 17 aspirants pour la prêtrise, 5 pour le diaconat, 14 pour le sous-diaconat, 10 pour les ordres dexorcistes et acolytes, 2 pour les ordres dostiaires et de lecteurs, 7 pour la tonsure. Parmi les ordinands, 4 appartiennent à la communauté de Bièvres. De plus, 3 aspirants-prêtres ont été appelés au départ en mission.

    De passage au Séminaire. Mgr Bruley des Varannes, ancien évêque de Monaco, appelé pour administrer la confirmation dans le diocèse de Paris, réside au Séminaire pendant son séjour à Paris. MM. Laplace, Chabalier, Maillard, Alb. Thomas.
    1932/521-563
    521-563
    Anonyme
    France et Asie
    1932
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