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Chronique des Missions et des Etablissements communs 7

Chronique des Missions et des Etablissements communs Tôkyô 5 juin.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs
    Tôkyô
    5 juin.

    Sur la demande de l’Ambassadeur d’Italie, le baron Aloisi, un Te Deum d’actions de grâces a été chanté à la cathédrale de Sekiguchi le 2 juin, à 11 h. du matin, en signe de réjouissance pour le traité conclu récemment entre le St-Siège et le royaume d’Italie. Leurs Excellences, le Délégué du Pape, Mgr Giardini, et l’Ambassadeur d’Italie, ont reçu à la porte de la cathédrale les principaux invités : le prince Kanin et le prince Asaka, représentants de la Maison Impériale, le premier ministre Tanaka, et les membres du corps diplomatique représentant les diverses puissances. S. E. Monseigneur Giardini, dans un discours en français, qui fut ensuite traduit en japonais par le Père Totsuka, mit en lumière la signification et la portée du grand événement : l’entente réalisée entre les deux pouvoirs, la garantie de l’indépendance du St-Siège, la nature de la Souveraineté qui vient d’être reconnue, essentiellement spirituelle et ne s’exerçant dans le domaine temporel que pour y remplir sa mission de paix, les heureux effets du Concordat sur l’état d’âme de la population italienne, les garanties morales que le pacte conclu a trouvées dans l’approbation des puissances, et, par-dessus tout, celles que lui assure pour l’avenir la Providence qui a dirigé et dirigera toujours les événements.

    Après le Te Deum, une réception se tint dans la salle des fêtes de la maison des œuvres, puis un banquet eut lieu à l’Imperial Hotel, où, répondant aux toasts portés par Mgr Giardini et Mgr Chambon, l’Ambassadeur d’Italie exprima la reconnaissance du peuple italien au Souverain Pontife et à Son Eminence le Cardinal Gasparri, qui, de concert avec Sa Majesté le Roi Victor-Emmanuel et le premier ministre Mussolini, avaient réalisé dans le traité de Latran un chef-d’œuvre diplomatique, donnant pleine satisfaction aux parties intéressées.

    Le même jour, 2 juin, Mgr Chambon donnait le matin la Confirmation chez les Frères Marianistes, à l’Ecole de l’Etoile-du-Matin, et Mgr Rey à la paroisse de Tsukiji. L’après-midi eut lieu, comme tous les ans, à 3 heures, dans le vaste terrain attenant à la cathédrale de Sekiguchi, la procession du Saint-Sacrement, à laquelle prirent part, comme de coutume, de nombreux fidèles des paroisses de la capitale.

    Le jour de la Pentecôte, Mgr Giardini bénissait à Numazu, une des plus anciennes chrétientés de la Mission, une nouvelle église, remplaçant l’ancienne détruite par un incendie, il y a deux ans. Pour la première fois, une messe pontificale y était célébrée, grâce au concours de quelques missionnaires de Tôkyô et de religieuses Japonaises de la Visitation, invités pour la circonstance par le chef du district, le Père Tonooka. Une séance de conférences aux païens, données par les RR. PP. Drouart. de Lézey, Candau, et l’amiral Yamamoto, réunissait, le soir malgré la pluie, une bonne assistance dans un théâtre de la ville, loué pour la circonstance.

    Le 25 mai, sont arrivées à Tôkyô, pour fonder le nouvel hôpital catholique sur le terrain acheté dans la banlieue, à Shimo Ochiai, la R. M. Provinciale de Chine des Franciscaines Missionnaires de Marie, ainsi que quatre Sœurs destinées à la nouvelle fondation. Le 27 mai, Mgr l’Archevêque de Tôkyô a inauguré la chapelle provisoire des Sœurs en y disant la messe. Le dernier concert, donné à Tôkyô pour la fondation du nouvel hôpital, par les soins du Comité des Dames Catholiques, avait procuré un bénéfice net de 4.500 yen.

    Le 27 mai, au Couvent des Dames du Sacré Cœur, qui fêtait en ce jour la fondatrice de l’Institut, Sainte Madeleine-Sophie Barrat, a eu lieu le soir une exposition des ornements confectionnés par les Dames japonaises de l’Œuvre des Tabernacles, pour répondre aux besoins des églises du diocèse et même des diocèses voisins.


    Fukuoka
    mai.

    Le district de Kurume a été divisé en deux. Le P. Raoult, chargé seul jusqu’ici de ce poste, devient curé de Omuta et le P. Fressenon est nommé au poste de Kurume.

    La jolie petite église, que le P. Raoult laisse à Kurume, parlera longtemps de lui dans la paroisse et dira le sacrifice qu’il a fait en la quittant :

    Peu avant son départ, le P. Raoult donna une conférence publique sur Ste Jeanne d’Arc. Les Japonais, sans connaître beaucoup notre Sainte nationale, commencent à l’aimer surtout à cause du patriotisme et du loyalisme qui transpirent dans toute sa vie. La ville avait mis gracieusement à la disposition du Père un spacieux local et s’était chargée d’annoncer la conférence. Un jeune avocat rentré récemment de France aida le Père en la circonstance. Plus de 700 personnes assistèrent à la conférence.

    On avait cru devoir recommander au conférencier de ne pas trop insister sur le côté religieux et surnaturel de la question.

    Le 20 mai Monseigneur partait pour visiter le second groupe d’îles de son diocèse : le groupe de Madara qui compte près de 1.200 catholiques, dispersés en 3 centres principaux : Yobuko, Madara, Matsushima,

    3 centres, en 3 îles, en 3 jours, c’est presque un record, dans ce détroit où le temps varie si subitement.

    Madara avait une vieille église,... elle la cède à Yobuko qui lui redonne une allure de jeunesse... Elle achète elle-même une vieille église du groupe de Hirado, l’agrandit, l’orne d’une tour avec une cloche, et lui donne des airs de cathédrale...

    Matsushima, île des pins, est une île catholique, la seule peut-être du Japon. Il y a 80 ans un jeune catholique d’une île voisine y est adopté par une famille païenne. Il convertit sa femme et ses parents d’adoption. Ils sont alors les seuls habitants de l’île. A sa mort il laisse 10 familles chrétiennes. Plus tard 6 autres viennent porter à 16 le nombre des familles de l’île et à 96 le nombre de ses habitants.

    A 8 milles du continent, l’île a une lieue de tour et n’est abordable que d’un côté. On n’y voit aucune rizière, mais uniquement de nombreux champs de blé, pommes de terre... Son sommet est couronné de magnifiques pins.

    Monseigneur est le premier évêque qui aborde dans cette île. Par suite des circonstances, seul le P. Brenguier avait pu répondre à l’invitation du P. Breton, le curé de ces îles. Il est difficile de dire l’accueil reçu dans ces îles, de la part de ces descendants des anciens chrétiens, et de leur pasteur. Le P. Brenguier avait accepté de faire les sermons. Toute ingrate que fut la charge, elle lui fut plus facile que celle de faire honneur à tous les plats de poissons, légumes, etc. etc., produits de ces îles, qui ornaient la table commune trois fois par jour. Comble de malheur, de mauvaises dents l’empêchaient, malgré tout son désir, de “faire des péchés de gourmandise”.


    Séoul
    28 mai.

    Entre la retraite des missionnaires et celle des prêtres indigènes on prend juste huit jours, le temps nécessaire au départ des uns et à l’arrivée des autres. Dans cet intervalle, le Procureur doit s’arranger pour tout préparer sans trop bousculer personne. C’est donc le lundi 13 mai que commencèrent les exercices pour les prêtres coréens, pour se terminer le matin de la Pentecôte. Le P. Polly, toujours à la peine, donna deux instructions par jour, une en latin et l’autre en coréen, à la satisfaction de tous, si bien que plusieurs demandaient pourquoi, les années précédentes, on était allé, chercher des “orateurs” au loin.

    La veille de la Trinité, il y eut à la Cathédrale une petite ordination : 10 sous-diacres, 1 acolyte et 7 tonsurés. Mgr Mutel étant allé à Taikou pour une ordination aussi, ce même jour, c’est son Coadjuteur qui fit la fonction à Séoul.

    Le P. Bouillon est rentré de France le 22, disposé à travailler malgré son asthme. Il est parti rejoindre son poste aussitôt ; ses chrétiens l’y attendaient depuis 26 mois.

    Après la retraite. le P. Curlier a dû rester à l’évêché, sur le conseil du docteur, qui lui a trouvé une maladie “très intéressante”, comme sujet d’étude probablement, le “sprue” étant inconnu chez les indigènes. Pour le cher Père, et pour nous, la seule chose intéressante serait la guérison.

    Pour les amateurs de statistique : divorces prononcés par le Tribunal de Séoul : 101 en 1925 ; 110 en 1926 ; 140 en 1927 ; 146 en 1928. Et Il y en a d’autres prononcés par les belles-mères, à l’insu du Tribunal et des statisticiens.


    Taikou
    31 mai.

    Les nouvelles de Sa Grandeur Mgr Demange sont toujours bonnes. Le mieux acquis, soumis à l’épreuve de certaines fatigues, s’est maintenu et affirmé. Nous pouvons dès lors espérer que les mois de la séparation sont comptés, et que Monseigneur nous reviendra parfaitement rétabli.

    Le 25 mai a été une des grandes journées de notre jeune Mission. Sa Grandeur Mgr Mutel, malgré son grand âge, avait bien voulu accepter de venir tenir la place de Mgr Demange pour conférer les Ordres Mineurs à cinq lévites et élever au Sacerdoce 7 diacres. Une belle couronne de 19 confrères et prêtres coréens entourait Sa Grandeur à l’imposition des mains, cérémonie toujours si émouvante.

    Le 26 était le jour des premières messes et des destinations. En pareille occurrence il y a toujours des surprises ! Ce renfort si précieux de 7 jeunes confrères a permis de donner enfin les aides depuis si longtemps désirés, aux plus surchargés par la fondation de 4 nouveaux districts. Pour les heureux bénéficiaires de ces aides c’est un soulagement,... pour les autres, et ils restent nombreux, c’est un commencement d’espoir, dont ils s’arrangent comme ils peuvent, en attendant mieux.

    La persistante sécheresse, qui menace, cette année encore, de compromettre le repiquage du riz et d’accentuer gravement la famine dont souffrent déjà les plus malheureux, sera un véritable fléau si elle dure encore un peu, car l’an dernier la récolte a déjà été grandement déficitaire. Dieu daigne exaucer les prières que, dans toute la Mission, prêtres et fidèles Lui adressent d’un commun accord pour la cessation de cette épreuve.

    Grâce à un temps magnifique la Fête-Dieu a revêtu un grand éclat dans plusieurs résidences de missionnaires. A Taikou, avec plus de 2.000 assistants, à Sin Ouen Ri, avec près de 300 communions, à Masanpo, dans l’île de Quelpaert, et à Sjyen-Tjyou, la procession a été particulièrement brillante.


    Moukden
    12 juin.

    Presque à l’improviste le P. Vernois, nouveau missionnaire de Moukden, nous est arrivé accompagné du P. Daval, qui l’avait accueilli à sa descente de bateau, au port de Newchwang. Après une réception simple et cordiale qu’il a qualifiée de grandiose, il s’est mis, comme tout bon nouveau, à l’étude de la langue.

    A l’exemple du chroniqueur de Paris, celui de Moukden pourrait très bien adopter la rubrique : “De passage à…. Moukden”, et la liste, chaque mois, serait riche et variée. Situé sur le chemin de fer transmandchourien, à la jonction des lignes de Corée et de Pékin, Moukden est l’endroit où tout voyageur, empruntant la ligne du Transsibérien, est amené à s’arrêter. Le voyageur apostolique, qui a devant lui quelques heures de loisir et qui veut bien se hasarder à traverser la concession japonaise, puis la ville chinoise dans toute sa longueur, arrive enfin dans un quartier qui n’est pas le plus beau de la ville, mais où il distingue sans peine les tours de la cathédrale. On n’a jamais entendu dire qu’aucun de ceux qui ont fait cette course s’en soit repenti ; quant à nous, nous avons toujours gardé le meilleur souvenir des visites qui nous ont été ainsi faites.

    Qu’il nous soit permis de signaler, bien qu’un peu tard, le passage de deux personnages, dont les noms sont connus et vénérés dans toute la Société : Sa Grandeur Mgr Chambon, archevêque de Tôkyô, et le Révérend Père Robert, premier assistant. Ce dernier, comme l’on sait, rentrait en Europe après une longue tournée de visites dans les Missions d’Extrême-Orient ; Mgr Chambon l’accompagnait depuis Tôkyô jusqu’à Changchun.

    Le 7 juin, un télégramme de Harbin nous annonçait l’arrivée de Mgr Evariste Tchang, vicaire apostolique de Tsining, mission détachée de celle de Si-Ouan-Tse (anciennement Mongolie Orientale). Mgr Tchang, retour de Rome où il venait de recevoir la consécration épiscopale des mains de Son Eminence le Cardinal Van Rossum, voulut bien s’arrêter un moment ici. C’était la première fois que les chrétiens de Moukden avaient le plaisir de voir un évêque Chinois. A sa descente du train, Monseigneur Tchang, qui voyageait en compagnie de Mgr Van Dyck, vicaire apostolique de Suiyuan, fut accueilli par un groupe de prêtres indigènes et européens. Le temps pourtant bien court de son séjour parmi nous — moins de 48 heures — et la fatigue du voyage n’ont pas empêché Sa Grandeur de répondre avec la meilleure grâce à toutes les invitations qui lui furent faites de visiter les établissements de la Mission. Successivement écoles, séminaire, couvent, orphelinat eurent l’honneur de recevoir et de complimenter le nouvel évêque Chinois. La réponse à tous ces discours, faite dans un langage simple et paternel, toujours parfaitement adapté à l’auditoire, fut pour tous une véritable jouissance, pour quelques-uns même une leçon : “Que les joies de cette fête, a-t-il dit à plusieurs reprises, ne nous fassent pas oublier la dette immense contractée par nous envers l’Europe et les missionnaires étrangers, sans lesquels ni vous ni moi n’aurions jamais connu la Vérité !”

    Le dimanche 9 juin, grand’messe pontificale célébrée par Mgr Tchang. Chants, musique, décorations, cérémonies, tout rappelait la pompe des plus grandes fêtes. Là encore Monseigneur voulut bien prendre la parole et rappela aux fidèles, dans un long discours, leurs devoirs concernant les vocations sacerdotales et le recrutement des séminaristes.

    Le même jour, à deux heures de l’après-midi, Sa Grandeur nous quittait pour se rendre, via Chinchow, à Song-Chou-Tsouei-Tse (mission de Jehol), son pays natal, où Elle compte prendre quelques jours de repos avant de se rendre dans son nouveau Vicariat.


    Kirin
    8 juin.

    Du 5 au 10 mai, nous avons eu l’honneur et la grande joie d’avoir Mgr Chambon, archevêque de Tôkyô, pour prédicateur de notre retraite annuelle. Sa Grandeur, dans des entretiens qui nous édifièrent profondément, nous remit en face de nos devoirs de missionnaires et nous fit aimer et comprendre davantage l’esprit de notre chère Société.

    A l’issue de la retraite, en conformité avec l’article 41 du Règlement de la Société, ont étés élus : délégué à la réunion du groupe, le P. Rouger ; délégué suppléant, le P. Gibert.

    Le 1er mai, le P. Robert, rentrant en France par le Transsibérien, s’est arrêté à Chang-Chun, puis à Harbin, où il put apprécier le climat de la Mandchourie et constater qu’en cette saison, un bon feu dans sa chambre n’est pas un luxe inutile.

    Au début du mois, les PP. Licent S. J., Directeur du Muséum d’histoire naturelle à Tientsin, et Teilhard de Chardin S. j.. professeur à l’Institut Catholique de Paris et chargé de missions scientifiques par le Muséum de Paris, sont venus faire en Mandchourie un voyage d’étude. Puisse ce voyage être aussi fructueux que celui qui fut accompli l’an dernier par le P. Licent.

    Mgr Gaspais, accompagné du P. Gibert, est allé à Tsitsikar rendre sa visite au P. Bondolfi, Supérieur Général de la Société des missionnaires d’Immensée. La province de Heilungkiang, Mission confiée à cette Société, a maintenant un Supérieur en la personne du P. Imhof, anciennement Supérieur du Séminaire de Tsitsikar.


    Chengtu.
    15 mai.

    Le dimanche 21 avril, en la fête de St Joseph, eurent lieu, dans notre église cathédrale de Chengtu, la bénédiction et l’inauguration des orgues. Notre sympathique compatriote, le Dr Bécamp, qui avait accepté de prendre place au clavier, nous fit entendre quelques morceaux de toute beauté. Aussi, se croyaient-ils déjà transportés au séjour des célestes concerts, tous les nombreux chrétiens qui assistaient à la messe que Monseigneur célébrait pontificalement ce jour-là.

    Le Chengtu kouai Pao, journal chinois de notre ville, dans son numéro paru le 24 avril, a donné un curieux article sur M. Lou Tchen Siang, à l’occasion de sa profession religieuse au monastère bénédictin de St André (Belgique). L’auteur de l’article commence par nous rappeler les états de service du nouveau religieux : M. Lou Tchen Siang fut délégué aux conférences de La Haye en 1899 et 1907, Ministre des Affaires Etrangères et Président du Conseil des Ministres, délégué à la conférence qui se tint pour le Traité de Versailles. L’auteur se demande ensuite quel mobile a pu le déterminer à interrompre une si brillante carrière et à se faire moine. Le motif, le voici, d’après l’opinion de notre journaliste : “Délégué à la conférence de Versailles, M. Lou a vu les représentants du monde entier, oublieux des promesses faites à la Chine lors de son entrée en guerre, rejeter en bloc toutes ses demandes les plus légitimes et, par contre, tout accorder au japon ; ambassadeur à Genève, il a vu se continuer la même politique. Humilié, honteux pour sa patrie de cette perte de face, il s’est réveillé comme d’un songe, il a vu clairement la vanité des choses de ce monde, et s’est alors décidé à demander des consolations à la religion catholique. Au Pape de Rome il fait hommage de ses nombreuses décorations, puis, en 1927, il entre chez les moines noirs de Bruges. Cette ville est justement le pays d’origine de feue Mme Lou et cela prouve bien que M. Lou lui garde un éternel souvenir. Au printemps de cette année-ci, son temps de probation se trouvant accompli, M. Lou a émis ses vœux . Telles sont les raisons pour lesquelles les moines noirs comptent un moine de plus, un moine qui, derrière la porte close du monastère, médite chaque jour sur la vanité de la gloire de ce monde”.


    Chungking
    31 mai.

    Ont été choisis comme délégués, pour être les représentants de leurs confrères à la réunion préparatoire de l’assemblée de 1930 : pour Chengtu le P. Ambroise ; pour Suifou le P. Rochette ; pour Ningyuanfu le P. Valtat ; pour Chungking le P. Caron.

    Tien tche vient de passer quelques jours sur le “qui-vive”. Une bande de quelques centaines de brigands se livrait dans les environs à des razzias quasi quotidiennes, et allait jusqu’à menacer de venir attaquer le Petit Séminaire pour s’y installer. Afin de parer à toute éventualité et de prévenir des malheurs toujours possibles en pareil cas, la communauté fut évacuée en la ville de Tchong tcheou, pendant que quelques hommes dévoués restaient avec le P. Supérieur, pour assurer la garde des établissements. Enfin, aujourd’hui nous avons le plaisir d’annoncer que les brigands ont porté ailleurs le théâtre de leurs méfaits ; les élèves sont revenus au bercail, et la vie normale a repris. L’alerte fut sérieuse ; mais, encore une fois, la “Petite Thérèse” a sauvé ses missionnaires.


    Ningyuanfu
    25 avril.

    Le lundi de Pâques Monseigneur partait pour Yang tsaopa. Là, attendant Sa Grandeur, se trouvaient réunis les PP. Tchen et Yang ainsi que les chrétiens des environs. Parmi ces derniers 42 furent confirmés.

    Le 9 avril, le P. Yang nous quittait pour aller rejoindre son nouveau poste, dans lequel il est heureusement arrivé.

    Le mercredi de Pâques a été marqué, à Kiangtchéou, par un événement d’importance. Notre cher P. Burnichon fêtait ce jour-là ses 60 printemps. Les chrétiens du marché, tenant à manifester leur sympathie à leur pasteur, étaient venus en grand nombre lui offrir leurs félicitations. Ce même jour, les PP. Audren et Bettendorff, répondant à l’invitation de leur confrère, arrivaient, tout heureux de se retrouver dans la demeure hospitalière du patriarche à la barbe fleurie.

    Le soir, dans la fusée de pétards des grands jours, une délégation de payens apportait les cadeaux traditionnels et présentait ses félicitations. Un immense caractère (longévité) invitait le héros de la fête à continuer la série de ses années : après 3 fois, pourquoi pas 4 ou même 5 fois vingt ans ? Le souhait que formaient ces gens, nous le faisions nous-mêmes ; nous le faisions afin que notre doyen puisse continuer la longue série de ses travaux apostoliques et demeurer notre exemple.

    Le lendemain la messe fut célébrée avec toute la solennité que nous permettaient nos modestes moyens. Des chrétiens en grand nombre avaient voulu, par la communion, s’unir à la pensée du Père, remercier Dieu et demander pour lui de nouvelles grâces. Un salut fut chanté, qui clôtura les exercices religieux.

    Pour la circonstance on tua le veau gras, (en l’espèce “un superbe animal habillé de soie” du poids respectable de 220 livres). Le moment venu, les occupants de 50 tables envahirent le presbytère, qu’on avait ce jour-là aménagé et décoré en vue du confort et du goût artistique des nombreux convives. Ce furent deux belles journées, deux journées dont le P. Burnichon gardera le meilleur souvenir et que nous, ses confrères, l’invitons à renouveler en temps voulu, grâce à la bienveillance particulière de la Providence à son égard.

    Le 18 avril, les deux fils de l’ex-président Roosevelt, précédés de quatre jours par MM. Cutting et Yang, celui-ci interprète chinois, arrivaient à Ningyuanfu. Ils y sont demeurés pendant trois jours les hôtes de la Mission Catholique. Ces Messieurs, partis d’Amérique le 10 novembre 1928, sont passés par la France, les Indes et entrés en Chine par Bahmo. De là, ils ont rejoint Tatsienlu par Teniut Talifou, Likiong et le royaume de Mouli. Le but de leur voyagé était de trouver et de tuer l’ours blanc, dans la région de Moupin. C’est de là que le P. David avait réussi jadis à envoyer deux spécimens de cet animal dans les musées d’Europe. Il y a deux ans, un voyage au Koukou Nor, entrepris dans le même but, n’avait donné aucun résultat. Cette fois-ci, nos voyageurs devaient être plus heureux. Ils ont réussi en effet à tuer un ours blanc, mais ce fut au cours de leur voyage de retour en Amérique. Ils l’ont trouvé à trois jours d’ici, au nord de Mienlin, dans la forêt d’Ilé.


    Kouiyang
    15 mai.

    A la suite de la retraite, Monseigneur est allé passer quelques jours au collège. Sa Grandeur ne rentrera que vers la fin de cette semaine.

    Le P. Ten Pascal, ex-vicaire de Tinfan, est arrivé le 10 mai au grand séminaire ; il y vient enseigner les sciences profanes. A Tinfan, son remplaçant est le jeune P. Boyer. A ce dernier nous souhaitons un prompt succès dans l’apprentissage du ministère apostolique.

    Le P. Guettier, retour de Hanoi, annonce son départ de Yleang pour les premiers jours de mai. De tout cœur nous lui souhaitons de pouvoir, sans accident, traverser la région au-delà de Houa-Kiang Mais le pourra-t-il ?

    La nouvelle Mission de l’est, cédée aux PP. Allemands, continue de passer par de bien dures épreuves, ce qui est un signe qu’elle sera bénie de Dieu. Après la mort tragique du P. Winkelman, tué par les brigands dans les environs de Tongjen, les PP. Mauermann et Minselmann, arrivés depuis peu et qui étudiaient la langue à Chetsien, ont failli, en mars dernier, subir le sort de leur confrère. La ville dans laquelle ils se trouvaient fut envahie soudainement par des brigands au nombre d’un millier. Ces bandits se portent aussitôt sur la Mission Catholique, pillent tout, saccagent tout, s’emparent des deux missionnaires, les menacent à chaque instant de les fusiller et finissent par les emmener comme otages. Des soldats réguliers furent aussitôt envoyés à la poursuite des brigands ; deux jours plus tard, au cours d’un combat qui se livra entre les uns et les autres, les deux prisonniers réussirent à s’évader et regagnèrent leur résidence. Ils n’ont plus rien, et l’insécurité des routes ne leur permet pas d’aller se ravitailler. Le P. Darris, de Tongjen, a pu leur venir en aide, mais il va se trouver lui-même à court de vin de messe.

    A Teekiang, le P. Baumeister a dû fuir devant l’arrivée des brigands. Il est allé se réfugier chez des chrétiens, dans une station de la montagne.

    Enfin, depuis assez longtemps déjà, nous sommes sans nouvelles de trois missionnaires du S. C. d’Issoudun, trois nouveaux Pères qui devaient nous arriver de Hankow par la route de Chungking.

    29 mai.

    On se rappelle qu’au mois de novembre 1928, le gouverneur du Kwei-Chow, Tcheou si tchen, partit à la tête de ses troupes pour s’opposer à l’invasion de la province par son compétiteur, Ly siao uen, qui s’avançait à l’est, du côté de Tongjen. De sanglants combats furent livrés, dont Tcheou sortit vainqueur. Ses adversaires se trouvèrent obligés de battre en retraite.

    Ils revinrent à la charge peu de temps après. A la fin de février 1929, on apprenait en effet que Ly siao uen, avec quelques milliers de ses partisans, était parvenu à quelques jours de Kweiyang. De nouveau, des soldats furent envoyés pour arrêter son avance, plusieurs engagements eurent lieu dans les environs de Kouittin. Pendant ce temps, Ly, trompant la surveillance de ses adversaires, réussit, à la tête d’une petite troupe de ses fidèles, à traverser toute la province du Kwei-Chow et à gagner le Yunnan. Là, il demandait l’aide du gouverneur Longuin. Celui-ci, sur l’ordre de Nankin, dit-on, lui fournit des armes et des munitions avec une division de soldats yunnanais.

    Muni de ces renforts, Ly rentre dans le Kwei-Chow afin d’en chasser Tcheou, qui a été déclaré rebelle par le Gouvernement Nationaliste. Presque tout le pays, à l’ouest, se trouvait acquis à Ly qui y comptait beaucoup d’amis. Des combats se livrèrent non loin des frontières.

    De son côté, Tcheou ne reste pas inactif, pour faire face à son ennemi et repousser cette nouvelle invasion, il organise une expédition ; de nombreux soldats partent de Kweiyang et s’en vont dans la direction par laquelle viennent les envahisseurs. Le 20 mai, Tcheou si tchen allait rejoindre son armée par la route de Ganchouen.

    Soudain, le 22 mai, on apprenait dans la ville que le gouverneur Tchéou avait été tué à Houang Kochou. De suite c’est la panique dans la ville. Exode général de tous les hauts fonctionnaires, accompagnés par la garnison. Tout ce monde fuit dans la direction Tseny et de Tongtse. La ville reste sans défenseurs. Tous les services publics sont abandonnés. Les écoles sont fermées et les élèves rentrent dans leurs familles. En ville, il ne reste plus que population civile, pas un soldat, pas un policier. La populace commence alors le pillage de quelques prétoires vides et de quelques maisons de fonctionnaires. Toutefois, un ancien chef militaire réussit à ramasser quelques soldats revenant du front, et avec leur aide assure autant qu’il peut la police. Dans la nuit de samedi à dimanche, les avant-gardes des vainqueurs arrivent enfin aux portes de Kweiyang, et bientôt la ville est occupée par les soldats du général Tchou. Ly siao uen suit par derrière, il n’entre en ville que le mardi 28 mai.

    Il paraît certain que les armées de Tchéou ont subi une complète défaite. Les batailles qui se sont livrées dans les environs de Kouanli et de Palin kiao furent très meurtrières. Les pertes furent surtout du côté de Tchéou. Ce dernier tomba non loin de Houang Kochou, en pleine bataille. Fut-il tué ou simplement blessé ? On ne sait trop. Une version dit que, grièvement blessé, il a pu s’échapper, et qu’il serait parti pour une destination encore inconnue. Le fait est qu’on n’a pu découvrir son corps.

    Les troupes vaincues, plus ou moins démoralisées, ont fui dans toutes les directions. Que deviendront ces fuyards encore bien armés ? Pendant ce temps, les brigands de tout calibre surgissent de tous les côtés. Le nouveau gouvernement, non encore installé, aura du mal pour rétablir l’ordre.

    La Mission Catholique, qui s’est tenue toujours en dehors des partis politiques, n’a cessé d’avoir de bonnes relations avec tous les gouvernements qui se sont succédés dans la province depuis la Révolution, et Dieu sait s’il y en a eu ! Nous avons confiance qu’il en sera de même avec le futur gouvernement.

    L’avenir toutefois est inquiétant. Toutes ces guerres civiles, accompagnées de brigandages, épuisent une province et le pauvre peuple aura sans doute encore à souffrir.

    Que les lecteurs du Bulletin veuillent bien avoir une prière pour ma Mission si éprouvée de Kweiyang. Da Pacem Domine !

    F.S.

    Dans l’est, le samedi de la Pentecôte, le zélé P. Darris a baptisé à Tongjen onze catéchumènes, les prémices de cette station. Ce résultat qui paraît minime, représente cependant beaucoup de travail et de peine. La semence est jetée dans cette région de l’est et elle commence à lever. D’autres viendront par après pour cueillir à pleines mains la moisson d’épis qui s’annonce.


    Lanlong
    15 mai.

    Dans la course générale vers le progrès, notre petite Mission de Lanlong ne souffre pas de se laisser handicaper, elle ne veut demeurer en arrière sur aucun point. Elle possède aujourd’hui son sourcier. En effet, au cours d’un séjour qu’il fit naguère en France, le P. Williatte se trouva en relation avec l’Abbé Bouly, le sourcier bien connu. Ce dernier se fit un plaisir d’enseigner son art à notre confrère et le P. Williatte rentra ainsi de France avec son brevet de sourcier. Or, se trouvant l’autre jour de passage à Hwangtsaopa, il fut, par le P. Richard, curé du lieu, invité à inspecter le terrain de l’endroit. L’emplacement d’une source y fut signalé et, quand les puisatiers appelés se furent mis au travail, ils tombèrent sur un magnifique courant d’eau vive. Le P. Richard se trouve enchanté de cette trouvaille et il ne doute pas que les confrères de passage à Hwangtsaopa — et ils sont nombreux — ne le deviennent aussi.

    A Wangmou, poste occupé par le P. Doutreligne, les partisans du trop fameux Ly siao uen ont attaqué les soldats de la garnison le 27 avril, et ils ont eu momentanément le dessus. Profitant de cet avantage, ils se sont précipités directement à la résidence de notre confrère. La rafle y fut complète, tout fut enlevé, tout, depuis les armes jusqu’au Père, sans oublier la caisse. Emmené par les pillards à une petite journée de distance, le P. Doutreligne a dû, sur les instructions de ses geôliers, écrire une lettre aux officiers de la garnison, les priant de se retirer eux et leurs soldats. Ces ordres ayant été exécutés, notre confrère fut, dès le lendemain, reconduit à son domicile et laissé libre de ses allées et venues. Profitant de sa liberté, il se hâta de fausser compagnie à ses nouveaux amis et, de cachette en cachette, il s’en fut à Loyang. Il n’est pas demeuré longtemps dans ce refuge : ayant appris que les Réguliers se dirigeaient de nouveau sur Wangmou, il est reparti dans le but d’observer les événements. Les PP. Kin et Han, qui se trouvaient l’un et l’autre chez le P. Doutreligne au moment de la bagarre, ont eu, eux aussi, beaucoup à souffrir tant dans leurs biens que dans leur corps, mais en définitive ils sont demeurés maîtres de leur liberté et chacun d’eux a pu se retirer en lieu sûr. En somme, les chefs ne voulaient que la personne du P. Doutreligne, pour faire rétrograder la garnison, mais les subalternes ont voulu autre chose.


    Swatow
    18 juin.

    La crise tant redoutée est passée, et, Dieu merci, sans incidents graves. Les partisans du Kwangsi se sont retirés devant les Cantonnais vainqueurs ; ils ont cédé la place sans résistance. A la campagne les paysans, instruits par l’expérience, se sont organisés et ont résisté avec succès aux incursions des bolchévistes qui étaient sortis de leurs cachettes. Ces derniers avaient mis leur espoir dans les rouges du Kiangsi et les “camarades” du Foukien, qui avaient réussi à établir le régime communiste dans plusieurs sous-préfectures voisines du Kwangtong ; ni les uns ni les autres n’ont pu franchir la frontière de la province et la révolution annoncée a été ajournée encore une fois.

    Le P. Lambert nous est arrivé plein de santé et de jeunesse, après une heureuse traversée. Sa présence parmi tant de barbes blanches et grises les rajeunit un peu, du moins quant à la moyenne des statistiques, puisque de 52 ans il la ramène à 50. 5. Malgré les 320 que marque le thermomètre et les bruits de guerre et de révolution, il s’est déjà mis à l’étude de la langue, sous la direction du P. Ginestet, maître ès “bons tons”. Bon courage et long et fructueux apostolat !


    Nanning
    6 juin.

    Sur la foi d’affirmations de source chinoise, on avait annoncé qu’une Exposition Industrielle aurait lieu l’année prochaine. Elle devait se tenir à Liuchow, l’une des villes les plus florissantes du Kwangsi, la plus centrale et peut-être destinée à devenir un jour la capitale de cette province. Les objets à exposer auraient compris différentes classes : agriculture, forêts, règne animal, règne végétal, règne minéral, soies, poissons, insectes, machinerie, textiles, industries chimiques, beaux-arts, éducation, moyens de communication, santé, hygiène, etc.

    Sur ces entrefaites, le Kwangsi, ayant eu l’audace de se révolter contre le Gouvernement Central, se voit attaqué de trois côtés différents : au nord, à l’est et à l’ouest. Les soldats reculent en débandade ; les chefs se sont déjà mis à l’abri. Autour de la ville de Nanning, on creuse hâtivement des tranchées ; on n’en a pas exempté notre cimetière. Bref, on se prépare à soutenir un siège. Affolée, la population s’enfuit.

    Dimanche dernier 2 juin, nous avons eu, pour la première fois à Nanning, la Procession du Saint Sacrement. Elle s’est déroulée à l’intérieur de notre enceinte, autour de la cathédrale et autour d’une partie du couvent, où les chères Sœurs avaient préparé un magnifique reposoir.

    En dernière heure, un télégramme nous apprend la mort de Sa Grandeur Mgr Ducœur, Vicaire Apostolique de Nanning.


    Vinh
    20 mai.

    L’événement le plus important du mois a été pour notre Mission la bénédiction de la nouvelle église de Vinh. Cette cérémonie eut lieu le 12 ; elle fut faite par Mgr Eloy, qu’entourait une belle couronne composée de six confrères et de vingt prêtres indigènes.

    Cette église à trois nefs et à transepts est construite en briques, les voûtes en sont en ciment armé ; elle est de style ogival et mesure 50 mètres de long, 16 de large et 14 sous clef de voûte. Les connaisseurs, ou ceux qui se disent tels, pourront assurément critiquer certains détails, mais l’ensemble est fort harmonieux et plaît beaucoup à tous les visiteurs.

    On dit que c’est la plus belle église de l’Annam. Quoiqu’il en soit, elle fait grand honneur au R. P. Souvignet (de Hanoi), qui en a dressé les plans, ainsi qu’au R. P. Delalex, curé de Vinh, qui a parfaitement exécuté ces mêmes plans, et cela en dépit des difficultés de toute sorte qu’il a dû surmonter.

    Les cinq grandes baies du chœur sont garnies de vitraux représentant le Sacré-Cœur, St François de Sales, St Vincent de Paul, Ste Jeanne de Chantal et Ste Marguerite Marie. Les autres fenêtres seront garnies de vitres “grisailles” attendues incessamment.

    Le maître-autel est dédié à la Sainte Vierge, les quatre autres sont dédiés au Sacré-Cœur, à St Joseph, à St Jean Vianney, à Ste Thérèse de l’Enfant Jésus.

    6 juin

    La nouvelle de l’établissement d’une maison de Franciscains dans notre Vicariat vient de nous être confirmée par une lettre du R. P. Bertin, ancien officier de marine, qui est chargé de faire cette fondation et qui s’annonce comme devant nous arriver en novembre prochain.

    La veille de la Ste Trinité Mgr Eloy a ordonné un prêtre et un diacre.


    Hunghoa
    6 juin.

    Une bien triste nouvelle venait brusquement mettre en deuil, le samedi 25 mai, la Mission de Hưnghóa : elle apprenait à tous la mort du cher Père Chatellier : après une vie toute de labeur et de mérites, il nous avait quittés, pour un monde meilleur, le soir du 23 mai.

    D’un caractère aimable et enjoué, d’une bonté toujours souriante, le Père Chatellier avait su, par sa franchise et sa loyauté, par son bon sens et sa parfaite droiture, gagner l’estime et la confiance de tous ceux qui l’approchaient, tandis que les nobles qualités de son cœur avaient groupé autour de lui d’indéfectibles amitiés,

    Tous le pleurent : son Evêque, qui trouva toujours en lui un conseiller discret et sincère, se préoccupant sans cesse de tout ce qui pouvait contribuer à la prospérité de la Mission, et, au cours des visites pastorales, un collaborateur aimé et dévoué ; — ses Confrères, pour qui il fut un modèle, et qui garderont le souvenir d’une telle vie, toute faite d’honneur, de dévouement et de travail, en même temps qu’ils remercieront Dieu d’avoir été, pour la plupart, sous sa direction, au début de leur vie apostolique ; — les Prêtres indigènes et les Catéchistes, dont il avait toute la confiance, et qu’il savait encourager, soit au cours des nombreuses retraites qu’il leur prêcha, soit dans des entretiens particuliers, où il trouvait moyen de leur dire, pour les réconforter, quelques paroles pleines de condescendance et d’affection ; — ses nombreux chrétiens, plus de 5.000, au bien desquels il se dévoua sans mesure durant 34 ans, et qu’il édifia par ses exemples autant que par son enseignement ; — on
    peut ajouter : toutes les paroisses de la Mission apprirent avec peine sa mort ; il avait accompagné Mgr Ramond un peu partout, et tous le connaissaient et avaient pu apprécier sa prudence et sa bonté au Saint-Tribunal.

    En janvier dernier, durant la retraite fervente que nous prêcha le vénéré fondateur de la Trappe de N. D. d’Annam, le sujet unique des instructions : l’amour de Dieu, avait fortement impressionné le bon Père Chatellier ; il manifesta à quelques confrères le bonheur qu’il avait éprouvé d’entendre parler ainsi de l’amour de Dieu, et la joie qu’il aurait d’aller au plus tôt “aimer le bon Dieu, pour tout de bon, au Ciel”. Ce dut être son unique pensée durant les derniers mois de son séjour ici-bas et même durant sa maladie, car une des seules paroles compréhensibles qu’il dit alors fut celle-ci : “Mais, c’est curieux, comme il est difficile de faire un vrai acte d’amour de Dieu !” Toute sa vie en fut un ; que le bon Dieu donne bientôt à notre regretté confrère de voir son désir pleinement réalisé, et qu’il accorde à ceux qui restent d’être apôtres comme lui.

    Le Père Pierre Jean-Marie Chatellier
    de la Mission de Hunghoa.

    Le Père Chatellier était né à Sautron, dans le diocèse de Nantes, le 16 octobre 1868. Il fit ses études au Petit Séminaire, où il connut Aristide Briand, alors élève d’une des classes supérieures. De là, il entra au Grand Séminaire, pour y faire sa Philosophie ; il devait garder toute sa vie le souvenir de la direction qu’il y reçut, et la suivre jusqu’au bout, avec la même fidélité.

    Admis au Séminaire des Missions-Étrangères, il dut y être, comme en Mission, un travailleur acharné, vu ses connaissances théologiques, et le goût qu’il eut toujours à lire toutes les Revues ayant trait aux questions dogmatiques et spirituelles. C’est le 5 juillet 1891 qu’il fut ordonné prêtre et qu’il reçut sa destination pour le Tonkin-Occidental.

    Il y arrivait en octobre 1891, alors âgé de 23 ans. Jouissant d’une bonne santé, il commença à Kẻ-Sở l’étude de l’annamite, et alla, quelques mois après, la continuer dans la paroisse de Kẻ-Sét, dans les environs de Hànội. Il s’y mit de tout cœur, et le succès couronna son travail ; il fut, en effet, dans la suite, l’un des missionnaires le plus au courant des nuances de la langue annamite et des us et coutumes de ce pays.

    A cette époque, Mgr Gendreau eut besoin d’un professeur pour le Petit Séminaire de Phúc-Nhạc ; Sa Grandeur jeta les yeux sur son “petit Pierre”, comme Elle l’appelait affectueusement, et le Père Chatellier entra dans l’enseignement, sous la ferme et aimable direction du Père Ravier. Il y trouvait également le bon et déjà vénérable Père Deux et le Père Méchet ; avec quel plaisir il racontait plus tard les taquineries ou petites plaisanteries, bien innocentes, du reste, qu’il faisait, avec ses aînés, au cher doyen de la maison. Il aimait ce ministère, et garda un bon souvenir des deux cours dont il fut chargé. Plus tard nous le verrons remplacer, en 1899, le Père Bessière, dans la direction du Petit Séminaire de Hà-Thạch, durant le séjour de celui-ci à Hongkong, et, lors de la mobilisation du Père Quioc, en 1917, c’est encore au Père Chatellier que Mgr Ramond confiera la direction de ses séminaristes.

    En 1895, époque de la division de la Mission du Haut-Tonkin, le Père Chatellier fut désigné pour cette nouvelle Mission ; il allait y être, pendant 34 ans, chargé du plus important district, celui des paroisses de Yên-Tập, Du-Bơ, Chiểu-Ứng, où se trouvent les principales chrétientés de notre région ; il y fut “Missionnaire”, dans toute la force du terme.

    Que de courses apostoliques, la plupart du temps à pied, dans ces pays de collines ! quel souci presque nul de sa nourriture et du sommeil ! que de longues heures au Saint-Tribunal ! quel détachement complet ! C’était plaisir pour tous de rencontrer le Cố già Trung, toujours par monts et par vaux, avec son inoubliable musette en bandoulière; que de choses hétéroclites elle a contenu en même temps, cette vieille musette ! Tout y trouvait place : vêtements, médecines, papiers d’affaires, boîtes de conserves offertes par quelque confrère, souliers, cigares plus ou moins bien roulés, et, par-dessus tout le Bréviaire, qui, tant bien que mal, pouvait enfin y être casé.

    De ses deniers personnels, le Père Chatellier contribua, pour la plus grande partie, à la construction de trois églises paroissiales et de nombreux catéchuménats. Les aumônes qu’il fit sont incalculables, et ses chrétiens, anciens et nouveaux, abusèrent souvent de son excessive charité ; il ne savait rien refuser, et de “pieux larcins”, comme il disait, lui rappelaient la loi évangélique du détachement ; pour lui, il la pratiqua jusqu’à l’extrême limite.

    A tel régime, la santé la plus robuste s’use vite. Depuis plusieurs années, notre cher confrère ne pouvait plus ni prêcher ni parler en public ; les courses le fatiguaient aussi ; plus tard, des coliques hépatiques l’obligèrent, malgré lui, à faire un séjour à Hongkong, et à recourir chaque année aux bons soins des Sœurs de l’hôpital de Yên-Bái ou de la Clinique St Paul, à Hànội.

    Au Carême dernier, Mgr Ramond l’emmena, comme d’habitude, avec lui pour la tournée pastorale. En même temps qu’il y faisait du bon travail, le Père y reprit de nouvelles forces. Il paraissait bien portant, quand il descendit à Hànội, avec Sa Grandeur, pour y rencontrer le nouveau Délégué Apostolique.

    Mais, il restait à faire la visite de quelques familles chrétiennes, isolées dans la partie montagneuse de son district ; de peur de fatiguer les prêtres annamites, le Père Chatellier se rendit donc à Ngả-Hai, à cinq ou six heures de marche de Yên-Tâp. Déjà, les premières chaleurs, toujours si pénibles au Tonkin, se faisaient sentir, et le séjour d’une quinzaine, que fit notre cher confrère dans cette région malsaine, le fatigua beaucoup. Le voyage de retour surtout fut très pénible et acheva de l’épuiser.

    Le dimanche 12 mai, donnant le Salut du St Sacrement dans l’église de Yên-Tập, il s’évanouit durant la cérémonie, et dut être ramené dans sa chambre ; le lendemain, un de ses vicaires, le trouvant sans forces, nous l’amenait à Hunghoa. Le Père Chatellier vomissait continuellement, se plaignait de douleurs aiguës au ventre ; il ne pouvait rester en place, ni le jour ni la nuit ; de plus, il reconnaissait à peine Mgr Ramond et les confrères présents, sa conversation était sans suite aucune.

    Le voyant ainsi déprimé, le Père Vandaele le conduisit, dans l’auto d’un Européen de Hưnghóa, à la Clinique St Paul, à Hànội ; ce devait être, pour le cher malade, son dernier voyage ici-bas. Durtant huit jours, en effet, l’état du Père Chatellier resta stationnaire : fièvre continue, agitation permanente, délire incessant ; à peine reconnut-il le Père Dronet, qui lui administra les derniers sacrements ; Mgr Gendreau et les confrères qui le visitèrent ne furent pas reconnus non plus, ils ne reçurent aucune réponse aux paroles qu’ils lui adressèrent.

    Le jeudi matin 23 mai, Mgr Ramond quittait Hưnghóa, pour se rendre aux obsèques de Mgr Ruiz, Evêque de Hải-Phòng ; le Père Chabert l’accompagnait, et leur première visite, en arrivant à Hànội, fut pour le cher malade, qui, hélas ! ne reconnut ni l’un ni l’autre ; c’était la fin, il n’y avait plus d’espoir. Le soir à 9 heures, notre bon Père Chatellier nous quittait pour le Ciel. Le lendemain était la fête de N. D. Auxiliatrice. Cette Bonne Mère qu’il invoqua si souvent, et en l’honneur de laquelle il récita tant de chapelets, aura été certainement son Avocate à l’heure de sa mort.

    Le samedi 25 mai, eurent lieu, en la cathédrale de Hànội, les funérailles de notre regretté confrère ; un service solennel fut célébré pour le repos de son âme, et Mgr Ramond, entouré des missionnaires de Hưnghóa et de Hànội, donna l’absoute. S. E. Mgr le Délégué Apostolique, et Mgr Chaize, Coadjuteur de Mgr Gendreau, assistaient à la cérémonie ; M. Robin, Résident Supérieur du Ton-kin, qui, il y a une trentaine d’années, avait connu et apprécié le Père Chatellier dans la région de Du-Bơ, s’était fait représenter par son Secrétaire particulier.

    Et maintenant, le bon Père Chatellier repose parmi les missionnaires enterrés à Hànội, non loin du Père Girod, son vieil ami. Requiescat in Pace !

    Le même jour où le Père Chatellier entrait à la Clinique St-Paul, le P. Laubie la quittait, après un séjour de plus de quatre mois. Il est maintenant à Sơn-Tây, où il peut rendre quelques services au Père Massard et se distraire un peu. Il suit avec soin les prescriptions du médecin, et les Sœurs de l’Hôpital de la Mission l’aideront, comme celles de Hànội, à reprendre des forces ; nous le lui souhaitons tous.


    Hué

    Petit Séminaire d’An-Ninh. — Les 24 et 25 avril, le Petit Séminaire d’An-Ninh a eu l’honneur de recevoir la première visite de Son Excellence Mgr le Délégué Apostolique, accompagné de Sa Grandeur Mgr Allys et du R. P. Secrétaire de Son Excellence. De nombreux drapeaux, de la verdure à profusion sous forme de guirlandes et d’arcs de triomphe ornaient les salles de la maison, la cour et le jardin.

    Tout d’abord, Mgr Dreyer, reçu à la chapelle selon le rite du Pontifical, donna la bénédiction papale. Puis les professeurs et les séminaristes, auxquels s’étaient joints les missionnaires et les prêtres indigènes des environs, lui présentèrent leurs respectueux hommages, au cours d’une petite séance littéraire.

    En premier lieu, le P. Supérieur présenta le séminaire à Son Excellence, il fit l’historique de la maison, puis l’exposé de son état actuel au point de vue intellectuel et moral. Ensuite, chaque classe développa une partie du thème choisi : “la prédication de l’Evangile à travers le monde, et en particulier dans le royaume de l’Annam”. L’allégorie et l’histoire, la poésie et la prose, furent tour à tour mises à contribution par les conférenciers en herbe, s’exprimant tantôt en annamite, tantôt en latin et tantôt en français. Des chants dans les trois langues, en l’honneur du Saint-Père et de son auguste Représentant, complétaient le programme en y introduisant de la variété.

    Mgr le Délégué adressa ensuite à son jeune auditoire une belle et forte allocution, développant ces deux pensées, qui “doivent être, dit-il, la devise d’un bon séminariste” : Ora et labora, la prière et le travail, travail de formation morale et intellectuelle.

    Le soir, une belle illumination de la cour et de la maison termina la fête.

    Maîtres et élèves garderont pieusement le souvenir de cette visite que leur fit le Délégué du Saint-Siège. Ils s’efforceront de mettre en pratique les bons conseils et les sages directives que, soit en public, soit dans les conversations particulières avec chacun des professeurs, Son Excellence a bien voulu nous donner, pour la formation morale et intellectuelle des séminaristes.
    An-Ninh, le 21 mai 1929.

    4 juin.

    Chronique. — Le 12 mai, Sainte Jeanne d’Arc a été fêtée plus solennellement que de coutume dans la paroisse française de Hué. Le P. Lemasle, curé de cette paroisse, avait invité Son Excellence Mgr le Délégué Apostolique, à présider cette cérémonie. Après la réception liturgique et les souhaits de bienvenue habituels, Mgr Dreyer encouragea nos compatriotes à rester toujours, à l’exemple de la Sainte Pucelle, des apôtres et des missionnaires pour le peuple au milieu duquel ils vivent. Le R. P. André Durand O. F. M., secrétaire de Mgr le Délégué, chanta la messe solennelle. Son Excellence assistait au trône. Les autorités du Protectorat, Leurs Excellences le Régent et le Premier Ministre de l’Empire, vinrent saluer Mgr Dreyer dans le salon du presbytère. Tous paraissaient enchantés et de la belle fête donnée en l’honneur de Sainte Jeanne d’Arc et de la réception cordiale de Mgr le Délégué.

    Le 14 mai, avaient lieu à Hué les examens du certificat d’études élémentaires indigènes. Nos établissements religieux ont obtenu de beaux succès : 34 élèves des Frères des Ecoles Chrétiennes s’étaient présentés, 31 ont été reçus ; l’école des Petits-Frères du Sacré-Cœur, celle des Filles de Marie-Immaculée et l’institution Ste Jeanne d’Arc ont été encore plus heureuses, puisque tous les candidats et candidates ont été reçus : 16 dans la première école, 16 dans la seconde et 14 dans la troisième. Les élèves du Petit Séminaire d’An-Ninh étaient allés passer ce même examen à Quảng-Trị : 15 sur 16 ont été définitivement admis. L’examen pour le diplôme d’études primaires supérieures s’est passé à Hué, dans la semaine du 27 mai au 3 juin ; nos chers Frères de Pellerin ont obtenu 10 diplômes.

    Depuis son arrivée à Hué, le 9 mars, Mgr le Délégué avait reçu l’hospitalité à l’Evêché. Le palais de la Délégation, construit grâce aux souscriptions faites dans les diverses Missions de l’Indochine, venant d’être terminé, Son Excellence en a pris possession le 3 juin. Cette prise de possession s’est faite en présence de Mgr Allys, de S. E. Monsieur Nguyễn Hỉc Bài, de plusieurs Pères français et annamites de la Mission, de M. Denis Lê Phát Án, des notables et de population catholique de Phủ-Cam.

    Cet édifice qui domine la ville de Hué fait honneur au talent de l’entrepreneur, M. Nguễn Vǎ Nghĩ, un ancien élève du Petit Séminaire d’An-Ninh.


    Malacca
    31 mai.

    Le Bulletin de mai annonçait que le P. H. Duvelle allait faire un voyage de quelques jours à Hongkong. A son passage à Saigon, il a consulté la Faculté qui l’a gardé là-bas. Elle nous le renverra après l’avoir débarrassé de ses microbes : aricocéphales, de leur nom.

    Le P. Bécheras est à l’hôpital de Singapore depuis bientôt deux mois. Un accident de bicyclette avait occasionné une fracture du fémur. Hier, il a pu faire une promenade, pas très longue, autour de son lit.

    Les processions de la Fête-Dieu, favorisées par un temps splendide, ont eu lieu dans les quatre églises de Singapore : le jour de la Fête-Dieu, le dimanche dans l’Octave, le jour de la Fête du Sacré-Cœur, et le dimanche suivant. On peut dire que la majorité des chrétiens de chaque église assista à chacune de ces processions.


    Laos
    9 juin.

    Monseigneur est rentré de sa longue randonnée dans l’est de la Mission. Au cours de cette tournée, de nombreux fidèles ont reçu le sacrement de Confirmation ; dans la seule chrétienté de Tharé, les confirmands se trouvaient au nombre de 230. A peine était-Elle de retour que Sa Grandeur se remettait en route. Cette fois Elle allait visiter le centre de la Mission : Kham Kom, Sieng Gun, Sieng Vang.

    Nous entrons dans la saison des pluies. Cette année-ci elle a commencé très tard. Habituellement des pluies abondantes, tombées dès le commencement de mai, permettaient aux cultivateurs de faire leurs semis, mais il n’en fut pas ainsi cette année et c’est seulement ces jours-ci que la divine Providence, prenant en pitié les pauvres Laotiens, vient de leur envoyer de l’eau en abondance.

    En septembre 1928, un jeune Laotien avait été envoyé à l’école du gouvernement, pour lui faire obtenir un brevet élémentaire Franco-Laotien. Ce jeune homme, ancien élève du P. Boher, vient de passer brillamment ses examens. Il en est sorti avec le no 1.


    Pondichéry
    21 mai.

    Les vacances... Vivent les vacances ! ou plutôt, Vive la vacance ! comme l’écrivent sur la porte de leur collège secondaire les futurs bacheliers de la colonie, faisant ainsi écho aux je l’école du Tonkin, dans une phrase qui n’a rien d’académique.

    Donc le 20 mai à 7 heures du matin, joyeuse, alerte et vive, la cloche du Petit Séminaire annonçait la distribution des prix. Oh ! rien d’une grandiose solennité académique, la séance se passe en famille, j’allais dire in Petto : lecture du palmarès devant les élèves, en présence du corps enseignant, réuni au grand complet, puis... Vive la vacance !…. Comme une volée de moineaux, les étudiants s’éparpillent aux quatre coins de l’horizon et les professeurs, supérieur en tête, prennent la direction des Montagnes Bleues, ce pays où l’air est plus frais, et dans lequel les forces reviennent plus vite.

    Le dimanche 12 mai, la fête nationale de Ste Jeanne d’Arc a été célébrée très solennellement dans nos deux principaux établissements de l’Inde : Pondichéry et Karikal.

    A Pondichéry, le soir à six heures, procession à la statue de Sainte Jeanne d’Arc ; dans le parc, face à l’église de N. D. des Anges, le chant A l’étendard ! a été enlevé avec foi, harmonie et précision. Puis, retour à l’église, et panégyrique de la Sainte. Le Gouverneur de Pondichéry, les chefs de services étaient présents. Inutile d’ajouter que ni les fleurs ni les drapeaux ne manquaient.

    La mère patrie n’est pas seule à garder à Ste Jeanne d’Arc le culte du souvenir. A la fête de la Sainte nationale, Karikal a voulu cette année donner un éclat digne du 500ème anniversaire de sa glorieuse épopée. Les jeunes gens du Cercle dont elle est la patronne ont fait grandement les choses.

    Dès la veille au soir, une retraite aux flambeaux parcourait les rues de la ville, annonçant par avance les beautés de la fête. Le lendemain dimanche, 12 mai, grand’messe solennelle avec assistance de toutes les autorités, les Cipayes l’arme au pied, faisant la haie dans l’église. Le P. Veaux avait tenu à officier, malgré le poids des ans et celui de la chaleur. Le panégyrique fut prononcé par le P. Hougard. L’église était littéralement tapissée : drapeaux, tentures, guirlandes et fleurs faisaient partout miroiter les trois couleurs. L’imposant clocher avait, lui aussi, arboré la grande flamme tricolore.

    Le soir procession triomphale. Sous de magnifiques dômes dont les dorures miroitent et scintillent aux feux étincelants de lampes multiples, par les rues de la ville, on porte la statue de Ste Jeanne d’Arc et celle de l’Archange St Michel. A ce brillant cortège la police en armes forme une garde d’honneur.

    Pour terminer cette belle journée, dans une féerie de lumières, dans une église archicomble et... surchauffée, le P. Tesson donnait la bénédiction du Saint Sacrement.

    Le P. Bonis vient de rejoindre son poste à Karikal, après voir fait au Sanatorium un séjour de deux mois et demi, pour se soigner d’une maladie peu dangereuse mais très ennuyeuse.

    Le mois dernier, notre confrère, le P. Leblanc a pris le bateau pour la France. Après 23 ans de travail ininterrompu dans ce climat si anémiant de l’Inde, le cher Père va demander à la mère patrie une provision de nouvelles forces afin de pouvoir ensuite travailler encore.


    Séminaire de Paris
    15 mai.

    La cérémonie de départ a eu lieu le 15 avril comme les derniers Echos l’avaient annoncé. Mgr le Supérieur a prononcé l’allocution et le soir nos quatre partants s’en allaient joyeux vers Marseille.

    Un nouveau deuil a attristé la dernière quinzaine d’avril. Le P. Couvreur est mort au Vésinet le 17 avril, fête du Patronage de St Joseph. Pendant plusieurs jours il s’était admirablement préparé au dernier passage et M. le Curé du Vésinet en a dit toute son édification dans son bulletin paroissial. Notre regretté confrère a été mis en bière le 19 en présence de Mgr le Supérieur, des PP. Boulanger et Gérard. Le lendemain matin, la dépouille mortelle fut transportée au Séminaire où la cérémonie des obsèques avait lieu à dix heures. Le P. Boulanger chanta la messe, Mgr le Supérieur donna l’absoute et toute la communauté conduisit le corps au cimetière Montparnasse, où Mgr le Supérieur récita les dernières prières. De nombreux témoignages de condoléances, plusieurs conçus en termes émouvants, sont venus prouver au Centre de la Société quel souvenir laissait le cher disparu, dans l’âme de ceux auxquels il a fait si souvent, si discrètement un bien de l’ordre parfois le plus élevé. Nos Missions ressentiront profondément la perte que la Société vient de faire.

    Le 23 avril, les M.-E. ont eu à s’associer à un autre deuil, celui de la vénérée Compagnie de St Sulpice. Son Supérieur Général, M. Garriguet, décédé au Séminaire d’Issy le 23 avril à l’âge de 78 ans, a été transporté à l’église St Sulpice pour la cérémonie des obsèques que présidait le Cardinal Archevêque de Paris. Son Eminence a célébré Elle-même la Messe et donné l’absoute. Plus de vingt archevêques ou évêques, parmi lesquels Mgr le Supérieur, et une très nombreuse assistance sacerdotale étaient présents à l’émouvante cérémonie.

    Le P. Bouffanais, arrivé de Rome le 25 avril, a pris hier, 30 avril, sa place au Conseil Central de la Société.

    Le 17 avril, une Exposition Missionnaire s’est ouverte à Dijon, les PP. Depierre et Nassoy avaient préparé le stand des M.-E. Le dimanche 21, les PP. Gérard, Nassoy et Depierre prêchaient dans les principales églises et le soir donnaient des conférences avec projection. Le samedi 27, Mgr le Supérieur s’y rendait à son tour. Reçu au Grand Séminaire, Mgr le Supérieur y a donné une lecture spirituelle, présidé la grand’messe au Collège St François de Sales et parlé aux élèves, et enfin le soir, en présence de Mgr Petit de Julleville, a fait la conférence de clôture. L’assistance était, dit-on, de 2.500 personnes. Mgr Olichon a électrisé l’assistance bourguignonne en faisant passer sur l’écran les figures des missionnaires, hommes et femmes, que le diocèse de Dijon a fournis aux missions contemporaines, dans une proportion que beaucoup, même parmi le clergé, étaient loin de soupçonner. Les M.-E. y étaient en excellente posture.

    Le 30 avril, est arrivé au Séminaire le T. R. P, Rutten, Supérieur Général des Missions de Scheut, qui a précédé à Paris Mgr Evariste Tchang, le nouvel Evêque chinois consacré le 14 avril à Rome par le Card. V. Rossum.

    Le jour de l’Ascension, Mgr le Supérieur a appelé au départ pour le mois de septembre 23 aspirants, et aux saints ordres pour l’ordination du 29 juin : 16 à la prêtrise, 4 au diaconat et à la prêtrise, 9 au sous-diaconat, 13 aux ordres d’exorciste et d’acolyte, 8 aux ordres d’ostiaire et lecteur, 6 à la tonsure.

    Six aspirants sont rentrés de la caserne et vingt ont quitté le Séminaire pour accomplir leur service militaire.

    Le chanoine Poncet, de l’abbaye de St Maurice d’Agaune (Suisse), a passé au Séminaire à son retour d’Indochine. Content de ce qu’il a vu en Annam et aux Indes, il nous a donné l’assurance que plusieurs religieux de sa Congrégation (chanoines réguliers de St Augustin) iraient dès cette année dans nos missions. Les uns prendront charge du Collège St Joseph de Bangalore, les autres ouvriront un collège secondaire à Hué, peut-être même un externat à Hanoi. Avec le chanoine Poncet, Mgr Haouisée, S. J., coadjuteur du Vicaire Apostolique de Shanghai, s’est assis à notre table le 2 mai.

    Le 6 mai arrivait rue du Bac Mgr Evariste Tchang, nouveau Vicaire Apostolique de Tsi-Ning. Il s’est rencontré dans le bureau de Mgr le Supérieur avec Son Excellence Mgr Fumasoni-Biondi, délégué du St-Siège aux Etats-Unis. Mgr Tchang a passé trois jours avec nous. Le matin de l’Ascension il partait pour Bruxelles, d’où il ne tardera pas à regagner son poste Via Siberia.

    Le 10 mai une réception était donnée à la Maison de la Bonne Presse en l’honneur du Cardinal Lépicier, Légat du Pape aux fêtes d’Orléans. Mgr le Supérieur y a pris part avec les PP. Gérard et Sy. Sa Grandeur assistait également le 14 mai au dîner offert à Son Excellence le Légat par le cardinal Dubois.

    Le P. Lévêque est depuis trois semaines installé à Bourg-la-Reine. Au Foyer des Etudiants se trouvent en ce moment 9 annamites, 8 chinois, 4 japonais et 2 coréens. Les demandes d’entrée sont nombreuses mais le local actuel ne permet pas de répondre à toutes les demandes. Le P. Lévêque est en outre le correspondant officiel de 14 étudiants annamites répartis entre diverses maisons d’éducation.

    L’Amicale missionnaire a tenu sa réunion mensuelle le 6 mai, Mgr le Supérieur y assistait.

    Mgr Caillot, évêque de Grenoble, en route pour les fêtes d’Orléans dînait et couchait au séminaire le 6 mai. Aujourd’hui, passage au Séminaire de Mgr Builes, le jeune et sympathique évêque de Santa Rosa, en Colombie. Il tenait à prendre des informations sur l’installation, dans son diocèse, d’un Séminaire de Missions pour toute l’Amérique du Sud. Passage de M. le chanoine Tachet curé de l’église du Sacré-Cœur à Genève et grand vicaire de Mgr Besson. Il est très désireux d’organiser une grande journée missionnaire à Genève pour le 13 octobre.

    Le P. Robert, ayant enfin terminé sa longue tournée de visites, était attendu ces jours-ci à Paris, car il avait pris le Transsibérien le 3 à Harbin, mais une circonstance imprévue l’a fait bifurquer sur Rome et on ne l’attend à Paris qu’aux environs du 25.

    Admissions, no 3, 4 & 5 : MM. Millacet (Bayonne), Barrême (Châlons), et Dumont (Lille) .


    1929/421-448
    421-448
    Anonyme
    France et Asie
    1929
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