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Chronique des Missions et des Etablissements communs 10

Chronique des Missions et des Etablissements communs Tôkyô 5 septembre.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs

    Tôkyô

    5 septembre.

    Le 14 août, la mission de Tôkyô a eu la douleur de perdre le doyen de ses prêtres indigènes, le P. Lucas Tonooka Kinsei, mort dans son poste de Numazu dune hypertrophie du cur, à lâge de 67 ans. Né à Kyôto en 1866, il avait été baptisé dans sa jeunesse, avec le reste de sa famille, à Hamamatsu par le doyen des missionnaires ambulants, le P. Testevuide. Puis il était entré au Séminaire de Tsukiji, et, sous la direction paternelle du P. Ligneul, avait peu à peu parcouru le programme des études nécessaires au sacerdoce, quil reçut des mains du vénéré Mgr Ozouf, aux Quatre-Temps de septembre 1894. Depuis, on avait utilisé ses services à Nagoya dabord et dans le district de Gifu et de Toyohashi qui en dépendait, puis à Numazu, à Sekiguchi, Mito, Shizuoka, Tsukiji, Asakusa, où il remplaça le P. Lissarague pendant la guerre, Odawara et lambulance de Kamakura, enfin Hamamatsu et Numazu. Sa maladie de cur sétait aggravée dans le courant de juin, et le P. Mathon, curé dOdawara, lui donna à cette époque lExtrême-Onction. Puis un mieux sétait fait sentir, et il avait pu dire la messe, lorsque lun de ses fils spirituels, le P. Usui, nouvellement ordonné, vint célébrer sa première messe dans son pays natal. Mais durant les chaleurs exceptionnelles de cet été, ses forces sétaient affaiblies, et la veille de lAssomption de la Sainte-Vierge, il expira doucement. Ses funérailles ont eu lieu à Numazu le 16 août, à 10 h. du matin. 18 missionnaires et prêtres japonais assistaient à la messe de Requiem qui fut dite par le P. Usui, tandis que Monseigneur lArchevêque donna labsoute. Le P. Tonooka nous laisse le souvenir dun bon prêtre, pieux, dune grande amabilité. Il avait un goût spécial pour la poésie, et les chants japonais, pour lesquels il était doué dun organe agréable. Ses parents qui lui avaient donné le nom de Kinsei, Voix dor, aux premiers jours de son enfance, avaient sans doute pressenti ces heureuses dispositions. Nous pouvons légitimement espérer que cette voix se mêle actuellement à celles des anges et des saints, qui, pour léternité, chantent les miséricordes du Seigneur.

    Sans préjudice des récompenses meilleures et plus durables quils recevront au ciel, parmi les Français et les Françaises qui se dévouent aux uvres déducation et de charité dans nos missions, il en est dont les mérites sont reconnus dès ici-bas par les distinctions honorifiques du gouvernement français. Nous sommes heureux de signaler, dans cet ordre de faits, la nomination à la Légion dhonneur de la Rde Mère Joseph-Auguste, des Surs de St-Paul de Chartres, qui a exercé pendant plusieurs années la charge de Provinciale de son Institut pour les nombreuses maisons quil compte au Japon et en Corée. Les épreuves nont pas manqué à lInstitut, particulièrement à Tôkyô, surtout lors du grand tremblement de terre, dont on a commémoré le 1er septembre le dixième anniversaire. On se souvient quà cette époque, les Surs se montrèrent particulièrement secourables aux sinistrés. La magnifique école moderne, quelles ont bâtie, depuis, sur les hauteurs de la colline de Kudan, rend témoignage au zèle et à lesprit dinitiative qui na cessé danimer les Surs de St-Paul, depuis leur arrivée au Japon en 1878. La croix de la Légion dhonneur est donc bien méritée par lInstitut et la Rév. Mère qui la dirigé longtemps et représenté dignement.

    Le jour même où lon fêtait la nomination à la Légion dhonneur de Sur Joseph-Auguste, cest-à-dire le 25 août, à la clôture de la retraite des Surs, on a fêté également les cinquante ans de profession religieuse de la R. Mère Supérieure de Morioka, Sur Clémence St-Joanis. Environ un mois auparavant, on avait fêté à Hakodaté, berceau de lInstitut des Surs de St-Paul au Japon, les noces de diamant de Sur Onésime, dont les services pendant plus de 50 ans, comme directrice du Dispensaire, ont été universellement appréciés par la population chrétienne et païenne de Hakodaté, et par nos missionnaires qui ont travaillé longtemps dans cette région.

    A Hakodaté, les Surs de St Paul ont été particulièrement soumises à lépreuve du feu, des incendies ayant ruiné par trois fois leurs établissements. A Tôkyô, les Surs Franciscaines de M. I. ont failli être soumises à la même épreuve, à leur hôpital Ste-Marie. Dans la nuit du 10 août, le feu sest déclaré dans la lingerie et les dortoirs du Couvent des Surs, installé pour le présent dans lhôpital même, sans quon ait pu encore en découvrir la cause. Heureusement que les Compagnies de pompiers, mobilisées les 9, 10 et 11 août pour les manuvres de défense contre les attaques aériennes de la cité, étaient sur pied. Arrivées immédiatement en grand nombre sur les lieux du sinistre, elles ont réussi très vite à maîtriser lincendie, grâce à une telle profusion deau, que les dégâts faits par leau équivalent presque, dit-on, à ceux faits par le feu.

    La Société des Pères de Maryknoll, qui peut être regardée à son origine comme une filiale de notre Société, doit prendre dans un avenir prochain une mission au Japon même. Pour en préparer les débuts, trois jeunes missionnaires sont arrivés dAmérique le 1er septembre à Yokohama : les PP. Whitlow, Briggs et Walsh. Le Père Felsecker, qui a passé en 1931-32 neuf mois au Japon, est venu de Dairen pour les installer, et leur a déjà aménagé une maison à Omori, doù ils suivront les cours de japonais, à lusage des étrangers, organisés à Tôkyô.

    Nous attendions le retour de S. E. Mgr Mooney, Délégué Apostolique, pour le 6 septembre. Une dépêche qui le nommait archevêque de Rochester lui est parvenue à Seattle, au moment où il était sur le point de sembarquer pour le Japon.

    Le P. Roussel, qui aide le Père Chérel à la paroisse de Kanda, a été atteint dune pleurésie purulente, qui a nécessité son transfert à lhôpital Ste-Marie. On craignait de ne pouvoir faire lopération jugée pourtant urgente. Heureusement cette opération a pu être faite le 28 août ; et tout porte à croire que le malade sachemine vers la guérison.


    Fukuoka

    Les mois de juillet et daoût sont une époque de détente générale, pendant laquelle, malgré toute la bonne volonté, le commun des mortels est obligé de ralentir le travail, bien heureux sil réussit à respirer à peu près régulièrement et à ne pas trop suer. Eté plutôt anormal cette année, avec plusieurs séries de journées excessivement chaudes, entrecoupées dorages, typhons et pluies diluviennes plus que de coutume. On na pas chômé pour si peu dans nos parages. La plupart des confrères ont profité des vacances scolaires pour réunir chez eux les enfants chrétiens de leur district et pendant plusieurs semaines leur faire le catéchisme ; colonies de vacances, devrions-nous plutôt dire, pour être à la page. Dautres ont donné des retraites aux Communautés Religieuses ou se sont préparés à le faire.

    Par ces temps de canicule, sans contredit les plus heureux sont Messieurs les professeurs. Libre de ses mouvements, dès que les oiseaux se furent envolés, notre P. Marc Bonnecaze, en bon philosophe quil est, en profita pour aller prendre le frais sur les trottoirs cimentés de la capitale remise à neuf. Après douze ans de Japon, on peut lui pardonner cette fredaine. Il a dailleurs été reçu à bras ouverts, promené en tous sens, impressionné à fond par les merveilles quil a vues, et comme conséquence de tout cela une révolution pacifique pourrait bien se produire dans son secteur.

    Tot capita, tot sensus. Aux attractions de la métropole, le Supérieur de notre petit séminaire préfère le charme reposant des montagnes, surtout celle du Kyushu, dont laspect pittoresque lui rappelle son beau pays de Savoie. Aussi, en pleine canicule, entraînant notre évêque et le P. Martin, pour la quinzième fois fit-il lascension du Mont Aso, le roi des volcans et sans difficulté, paraît-il. Affaire dhabitude et dentraînement, disent les uns. Affaire de gazoline, disent certains autres dun air de connaisseur. Car il faut dire, par amour de la vérité, que depuis lan dernier une magnifique route part de la gare du chemin de fer et monte en serpentant le long du cône déruption. En moins dune heure, un autobus à trente places, sièges confortables, moteur puissant, freins de choix, vous dépose à cinq cents mètres du cratère dont les lèvres, déchiquetées par de continuelles éruptions, sélèvent à 1700 mètres daltitude. Au fond dun gouffre de 300 mètres de profondeur sur deux à trois kilomètres de diamètre, le géant pousse de temps à autre des rugissements qui vous font reculer dépouvante et qui rappellent aux enfants de la mer la furie avec laquelle, aux grandes marées déquinoxe, les vagues viennent déferler sur la falaise tremblante. Le volcan Aso a le privilège de posséder le plus large cratère du monde, il fume et crache continuellement, et à chaque grande éruption change de place et de forme. En outre, dans limagination populaire le dieu de la montagne est supposé prendre part à la vie intime de la nation, se réjouir et sattrister avec elle suivant les circonstances quelle traverse. Cest du moins ce que, dans une leçon soigneusement préparée et religieusement débitée, faisait remarquer la jeune conductorette, qui, à mesure que lautobus grimpait la pente, faisait un vrai cours de géographie et rappelait aux voyageurs les souvenirs historiques et légendaires des pays aperçus dans le lointain. Cest ainsi quen février dernier, au moment même où le Japon, battu en brèche par lEurope et lAmérique, se voyait bien à regret contraint de quitter la Société des Nations, le Mont Aso manifesta sa colère par une éruption des plus violentes. Abandonnant son cratère, il souvrit une nouvelle issue à 300 mètres plus loin, montrant par là quil approuvait la décision du gouvernement japonais douvrir une ère nouvelle de diplomatie en Extrême-Orient.

    La veille de cette ascension, dans la ville de Kumamoto, sise aux pieds du volcan, nos trois alpinistes bénissaient la nouvelle école maternelle, construite sur le terrain du cimetière catholique désaffecté et destiné à devenir un nouveau centre paroissial.

    Quelques semaines après, le 1er septembre, cétait lécole maternelle du P. Drouet à la cathédrale, qui ouvrait ses portes ; le 8 septembre, celle de Ohori, dans le secteur ouest de la ville de Fukuoka où bientôt aussi un nouveau clocher se dessinera à lhorizon ; enfin le 11 septembre, cétait le tour du P. Heuzet à Tobata. Avec celles de Omuta ouverte en avril et celle de Shindenbaru ouverte en mai, cela nous fait un total de six écoles maternelles ayant vu le jour cette année. A part les Surs de lEnfant Jésus de Chauffailles à Kumamoto et les Surs Japonaises de la Visitation à Shindenbaru, partout ce sont des maîtresses laïques qui enseignent. Mgr a demandé à la Sur Véronica, Supérieure des Surs de la Visitation, de se charger de la haute direction de ces diverses écoles maternelles. Elle veillera au maintien dune méthode uniforme denseignement, réunira les maîtresses à époques fixes pour leur donner des directives, échanger des idées et se communiquer le résultat de leur expérience.

    De son île dAmakusa, à lextrémité méridionale du diocèse, le P. Halbout, lui aussi, notifie urbi et orbi quil a pris possession de son nouveau presbytère, construit sur le bord de leau, dans la magnifique baie de Sakitsu, futur parc national... et que bientôt, à lendroit même où pendant trois siècles les descendants des chrétiens se voyaient tous les ans obligés de fouler la croix aux pieds, sélèvera un bijou déglise, tel quon nen voit pas à cent lieues à la ronde. Bois ? Ciment armé ? Combinaison des deux ? Est bien malin qui peut le savoir. Attendons le jour de linauguration. Cest plus sûr.

    A Kokura, le P. Heuzet, après avoir eu pas mal de difficultés avec le syndicat des médecins de la ville, qui au nom de lintérêt général protègent surtout leur intérêt privé, a enfin réussi à ouvrir un dispensaire gratuit pour le bénéfice des pauvres du quartier. Là aussi en attendant mieux, lentreprise est aux mains dune doctoresse et de deux infirmières catholiques.

    Le 28 août, Mgr Breton rentrait dun court voyage à Shanghai où il était allé en quête dauxiliaires pour nos uvres diocésaines et où pendant une semaine il goûta la fraternelle hospitalité de nos procures. Le lendemain S. E. repartait de nouveau pour Madara en compagnie de son vicaire général. Tous deux donnaient en passant un coup de chapeau au P. Veillon à Yobuko, un coup dil à sa salle paroissiale en construction et sembarquaient non plus sur le bateau express de la Nippon Yusen Kwaisha qui en 26 heures couvre la distance Nagasaki-Shanghai, mais cette fois sur le petit canot poste automobile, qui, quand la mer y consent, relie le continent à lîle de Madara, une distance de 15 kilomètres environ. Le lendemain, minutieusement préparés pendant les vacances par le P. Joseph Breton, missionnaire du lieu et émule de Robinson Crusoé, 50 enfants passaient lexamen de catéchisme devant Mgr et son vicaire général et recevaient le sacrement de confirmation. Grande joie pour toute lîle, grande joie surtout au Couvent des Amantes de la Croix que Mgr visita pour fixer lemplacement dune future chapelle.

    La frêle embarcation était à peine rentrée au continent, quun typhon de force peu commune sabattait sur les côtes du Kyushu et de la Corée et faisait de nombreuses victimes. Nos séminaristes des îles éprouvèrent quelque difficulté à faire la traversée. Tous cependant étaient présents à lappel, le soir du 4 septembre. Mieux que cela, à son premier sermon de retraite le P. Bonnecaze ne fut pas peu surpris de voir trois nouvelles figures, un tant soit peu hétérogènes, arrivées à la dernière heure, une de Corée et deux de Formose.

    Nos dévouées auxiliaires, les Surs Franciscaines M.M. viennent de faire une perte irréparable dans la personne de Sur Pureté, décédée à Hitoyoshi le 16 août dernier, après 37 ans de vie religieuse, dont 6 au service des lépreux à Biwazaki, 28 au service des enfants de lasile et des malades de Hitoyoshi, et 14 mois sur un lit de douleur où lavait clouée un mal incurable. Sur Pureté, originaire du diocèse de Rennes, dort maintenant son dernier sommeil en terre japonaise, parmi les enfants et malades pour lesquels elle sest dévouée.


    Séoul

    5 septembre.

    Malgré la température qui porte plutôt à loraison de St Pierre, le mois daoût est, ici, lépoque des retraites du moins pour les écoliers et leurs maîtres et maîtresses ; cest quon profite des vacances. Cependant on a bien soin de ne donner aux enfants que ce quils peuvent aisément supporter. Chez les Surs, cest plus sérieux, ça va de soi ; 43 étant employées dans les petites écoles de différents districts, la retraite a lieu nécessairement durant les vacances ; toutes ces bonnes filles viennent à la maison-mère de Séoul. 116 grandes ou petites cornettes ont pris part aux exercices, couronnés par la cérémonie des vux perpétuels pour treize plus anciennes.

    Otiare quo melius labores affirmait notre vieux Lhomond ; quoi quil en soit, la gent écolière a repris le cours de ses études sans regrets apparents ; il me semble, en effet, que les vacances nont pas pour elle le charme que nous y trouvions nous-mêmes. Si je ne me fais pas illusion, ce sont les professeurs qui profitent surtout de ces semaines de délassement. Le P. Chizallet, après une petite fugue aux fameuses Montagnes de diamant, est allé rendre visite à son compagnon de départ (1905 ) le P. Bermond quil na pas trouvé rajeuni. Le P. Ant. Gombert a passé quelque six semaines chez son frère, puis sest dirigé sur Taikou où il a donné les exercices de la retraite aux bonnes Surs de là-bas. Le P. Dourisboure est revenu enchanté de son voyage apostolique en Mandchourie. Comment en serait-il autrement ! fait-il remarquer, après la si bonne hospitalité reçue partout où jai passé ! Les chrétiens coréens, que le Père a visités, sont répartis comme il suit : à Moukden un peu plus de 60, également une soixantaine à Changchun ; 150 dans la colonie St Joseph au nord de Harbin ; quelques unités à Harbin même et à Kirin ; les enfants étant inclus dans ces chiffres, le nombre des confessions est à peu près de 200. A part quelques rares exceptions, ces chrétiens remplissent fidèlement leurs devoirs religieux, assistance régulière à la messe du dimanche, confessions assez fréquentes. Sauf quelques-uns qui parlent suffisamment le chinois, tous se confessent à laide dun petit livre imprimé en coréen, ayant en regard la traduction latine ; les illettrés, mais ils sont en très petit nombre, ne craignent pas davoir recours aux bons offices dun interprète. Lesprit de prosélytisme, qui animait les premiers chrétiens coréens, et qui, grâce à Dieu, nest pas perdu, paraît là-bas plus agissant, aussi un bon tiers des chrétiens que le Père a vus sont des néophytes baptisés par nos confrères de Mandchourie. Nayant guère eu de rapports quavec des chrétiens groupés et pratiquants, limpression générale ne pouvait être que bonne. Mais à côté de ceux-là, combien dautres quon ignore ! On peut espérer que, quand la sécurité règnera dans le paradis mandchou, les brebis égarées se grouperont et se feront connaître.

    Le 1er septembre, Hongkong nous a communiqué par télégramme lannonce du décès de notre bon P. Devise. Nous en étions encore aux nouvelles données dans la dernière chronique et qui datent du 30 juin ; nous attendions chaque jour une lettre confirmant le pronostic favorable du médecin.... Hélas ! le cher Père naura même pas eu la consolation de mourir dans sa mission. Le mauvais état général de sa santé lui avait fait demander, il y a trois ans, dêtre déchargé de ladministration de son district et Mgr Larribeau lavait alors appelé à lévêché. Par ses divers talents, entre autres celui darchitecte, le cher Père rendait à tous les confrères dinappréciables services et toujours avec la meilleure grâce du monde.... Retribuere Domine !


    Taikou

    8 septembre.

    Le 16 août arrive le P. Gombert de la Mission de Séoul qui nous fait le plaisir de venir prêcher la retraite des surs coréennes. Cette retraite, commencée le 18 au soir, sest terminée le 27 par la cérémonie de profession de deux religieuses et de prise dhabit de trois nouvelles novices.

    Le 1er septembre un télégramme de Séoul nous apprend la mort du P. Devise : cette nouvelle nous attriste vivement, car le cher défunt était bien connu de tous les anciens missionnaires.

    Le même jour les télégrammes des journaux annoncent que Mgr Mooney, Délégué Apostolique au Japon, est nommé évêque de Rochester (New-York). Tout en félicitant Son Excellence, nous ne pouvons que regretter vivement lexcellent Prélat dont nous avions pu apprécier la haute intelligence et la simplicité charmante. De tout cur nous lui exprimons nos vux sincères et notre reconnaissance pour tout le bien quil a fait parmi nous pendant son trop court séjour.

    Le 3 septembre le P. Taguchi, de la Mission de Tôkyô, chargé de la presse, ancien élève du séminaire de la Propagande, durant un bref séjour à Taikou, a bien voulu faire une conférence publique dans la grande salle de la maison de réunion de la ville. Cette conférence a été un vrai succès, malgré la pluie qui a certainement empêché pas mal de personnes dy venir. Les assistants au nombre de plus de 500, dont le préfet et plusieurs personnalités de Taikou, ont appris des choses dont ils navaient jusque là aucune idée ; il faut espérer que cette conférence aura un bon effet et attirera vers lEglise catholique les âmes de bonne volonté.


    Moukden

    7 septembre.

    Si quelque confrère du Japon a lu le Nippon Dempo du 15 août dernier, qua-t-il pensé de nous en voyant laccusation despionnage portée contre deux missionnaires catholiques : Brother Pickel et Brother Alpitabul qui, le 3 août, auraient pris des photographies en territoire réservé près de Yingkou (caractères chinois) ? Et ce fut si grave, paraît-il, que les autorités ont dû prendre des mesures pour exercer une surveillance diligente sur ces personnes dont on a eu lieu déjà de suspecter la conduite. Rien que cela !

    Heureusement pour nous, la liste alphabétique des membres de la Société ne contient aucun de ces noms.

    Est-ce avec des histoires de ce genre que certaine presse japonaise veut éclairer lopinion sur les missions catholiques ?

    Le Bulletin daoût 1932, p. 603, reproduit avec les commentaires quil mérite un canard de même valeur publié le 3 juillet 1932 par le Mainichi dOsaka.

    Le Japan Chronicle du 29 juin 1933, p. 893 (daprès La Croix du 1er août, p. 2) flagelle comme il convient les accusations gratuites et grossièrement injurieuses portées, daprès le journal Kokoumin, par des gendarmes de Nagasaki contre plusieurs missionnaires catholiques français, qui auraient pris des photographies dans les zones interdites et les auraient envoyées à létranger !!

    Pour le cas des Brothers Pickel et Alpitabul, cest un journal japonais publié en anglais à Dairen, The Manchuria Daily News qui nous la révélé le 22 août, en faisant observer du reste que la stupidité de ces correspondants irresponsables risque de donner une piètre idée des administrations japonaise et manchoukuo.

    Ce même journal ajoute quil nexiste pas de Brothers catholiques ainsi nommés dans le Manchoukuo ; que lactivité des missionnaires catholiques sexerce exclusivement, de lavis même des autorités locales, dans le domaine religieux : quil ny a pas de travaux secrets militaires ou navals à Yingkou ; et il conclut en disant que, si quelquun doit être surveillé parce quil peut faire tort au pays, cest lhomme qui a écrit un pareil communiqué.

    Ces correspondants doccasion, stupides et irresponsables, pour employer les expressions du Manchuria Daily News, prennent bien soin denvoyer leurs canards à certains journaux du Japon plutôt que de les publier dans la Presse locale. Que des feuilles en mal de copie publient sans contrôle de pareilles âneries, que le Japan Advertiser tienne à montrer son peu de clairvoyance en les reproduisant en première page, il ny a rien là qui puisse nous étonner. La haine et la faiblesse du pauvre esprit humain expliquent bien des sottises. Mais nest-il pas regrettable que lorgane préposé à la surveillance de la Presse, qui devrait se montrer toujours juste et perspicace, sexpose à endosser une part de ce ridicule en laissant publier, sans exiger aucune garantie, ces accusations plus ineptes que dangereuses, mais qui nen jettent pas moins le trouble dans les esprits, tout en cherchant à causer un dommage injuste ?


    Chengtu

    10 août.

    La chronique du 10 juillet vous annonçait la retraite de la 24e armée derrière la Rivière Min. Comme jhabite dans ces parages, depuis un mois je suis coupé de toute communication avec le reste de la mission et il mest impossible de vous donner les nouvelles du mois. A tout hasard, jenvoie ce mot à la résidence épiscopale, espérant que lun ou lautre de nos confrères voudra bien me remplacer. Jai, dailleurs, confiance en mon étoile, car depuis bientôt cinq ans que je rédige la chronique de la mission, toutes mes lettres sont bien arrivées à destination. Je signalerai cependant la misère de la population : chasse aux jeunes gens pour leur enrôlement forcé dans larmée, chasse aux hommes dâge mûr pour porter les bagages et les caisses de munitions. Un de mes chrétiens, âgé de 50 ans et père de cinq enfants, pris comme porteur il y a plusieurs mois, aurait été tué sur le front ; la femme dun autre, mère de 6 enfants, est devenue folle et est morte peu après, etc. etc. Tout commerce est arrêté ; le riz et le chanvre, qui sont les deux principales ressources de ce pays, sont tombés à un prix déficitaire, et malgré cela nous avons payé limpôt de la 50ème année de la République.

    Suite

    La guerre civile se poursuit avec acharnement dans la partie sud de la mission ; dix districts, se trouvant de lautre côté du front, ne peuvent plus communiquer avec Chengtu. En ville, nous jouissons dune paix relative, mais cest la guerre au porte-monnaie ; les taxes militaires pleuvent. On ne peut prévoir la fin dun tel régime, on peut prévoir le pire. Les uvres de charité seules sont florissantes, cependant quon pille plusieurs greniers de la mission, y compris celui de lhospice de vieillards de Sintsin, qui compte une soixantaine de vieux et vieilles. Au nord, les bolchévistes tiennent toujours Tongkiang, Lankiang, Pachow et menacent Paolin et Kouanguen. Notre P. Eymard, obligé de quitter sa résidence de Paolin, sest réfugié à Pongky, dans la mission de Shunking.

    Les PP. Beauquis et Pinault depuis près dun mois reçoivent lhospitalité des R. P. Bénédictins de Sishan (Shunking), doù ils distribuent des aumônes aux malheureux chrétiens de leurs districts envahis par les Rouges.

    Les Pères Laurent Tsen et Marc Yuin, de Kouanguen, attendent en dehors de chez eux la possibilité de rentrer dans leurs postes.

    Le Père Joannes Yang, en date du 15 juillet, écrit ce qui suit à Monseigneur : Je suis arrivé avec difficulté à Lanpu, le 21 juin. Pendant trois jours, je me suis mis à la recherche de mes chrétiens de Tongkiang, mais parmi tous les réfugiés je nai pu en trouver que trois ; jappris par eux que, dans la deuxième occupation de la ville par les communistes, sept chrétiens furent massacrés. En ce moment, toute la région est entre les mains des Rouges. Les réguliers de la 29ème armée ne veulent pas se battre, mais se contentent de garder le fleuve Kialinkiang. Je compris bientôt quà Lanpu je nétais pas en sûreté, et le 10, je quittai cette ville et me rendis à Shunking où je trouvai les PP. Beauquis et Pinault et les chrétiens de Pachow venus avec eux. Je trouvai également quelques chrétiens de Tongkiang à qui jeus la consolation de faire laumône. Dès que ce sera possible, je me mettrai en route pour les régions de Paolin, Lanpu, Gnilong et Shunking où je visiterai mes chrétiens de Tongkiang dispersés dans ces différentes villes.

    Pendant ces vacances, le grand séminaire commun permute avec le petit séminaire de Hopatchang. Ces deux déménagements se sont effectués sans incidents. Pourquoi ces changements ? Nous espérons que lair pur des montagnes et le calme de la vallée seront favorables à la santé et à la formation intellectuelle de nos grands séminaristes.


    Ningyuanfu

    18 août.

    Le Kientchang
    A Houili, la mission a repris possession du terrain dont on lavait injustement expropriée, il y aura bientôt un an, pour en faire un terrain de manuvres. Le colonel Su a livré un papier officiel affirmant que ce terrain appartenait à la mission catholique.

    Dans le Houili, spécialement dans la région de Kiangtcheou, les brigandages nont malheureusement fait quempirer. Plusieurs combats très meurtriers auraient eu lieu entre les soldats réguliers et révoltés. Il semble que ces derniers auraient eu le dessous, puisque le P. Flahutez annonce larrivée de soldats à Kiangtcheou. Quelques-uns dentre eux, endoctrinés par lex-Iuintchang, ont profité de labsence du Père pour entrer à loratoire, insulter le personnel de la mission, casser quelques vitres de léglise et saccager la vigne dans le jardin. Selon son habitude le P. Flahutez se venge en soignant les blessés.

    Houangmoutchang a reçu pour la troisième fois cette année la visite des brigands. Au marché, plusieurs maisons, après avoir été pillées, ont été brûlées. A Hiagaikeou, les maisons de trois chrétiens ont subi le même sort. Le P. Li a été molesté, dépouillé de tout, même de ses vêtements. Cependant, le chef de bande, averti, a fait rendre au Père les objets volés, sauf sa montre et son argent. Les villes de Foulin, Hanuenkai et Tsinkihien, se sentant elles-mêmes menacées, envoyèrent leurs gardes nationales au secours de Houangmoutchang et elles réussirent à repousser les brigands vers Kinkouho.

    Laffaire du vol de fusils au prétoire de Ouitchen a eu son dénoûment. Dès le lendemain, grâce à Yangkinchan, grand chef Sifan, plusieurs des voleurs ont été ramenés avec 35 fusils sur 50 et plus. Après un jugement sommaire, 11 exécutions ont eu lieu.

    Pendant une quinzaine de jours nous avons été privés de poste. Actuellement le courrier commence à nous arriver par le sud. Toute communication avec le nord, à partir de Foulin, est coupée. Da pacem, Domine !


    Tatsienlu
    1er août.

    A Tatsienlu, eurent lieu ce mois-ci les examens dans les divers établissements scolaires de la Mission. A partir de cette année, la date des vacances a été quelque peu modifiée : ce sera désormais du 20 juillet au 1er septembre. Ce mois est aussi celui des comptes rendus, et pour quelques confrères celui des voyages : les comptes rendus sont à peu près tous parvenus à Monseigneur ; quant aux voyageurs, signalons : les FF. Joseph et Nazaire de la Léproserie de Mosimien qui étaient à Tatsienlu au début du mois ; puis le P. Valour, qui y fit une apparition du 4 au 7 juillet ; enfin le P. Doublet. Ce dernier, descendant de sa solitude de Taofu, nous arrivait le 19 juillet ayant fait un voyagé très normal ; après un court séjour à lévêché, il se rendit, lui, un homme des hautes altitudes, chez le P. Valour, dans la fournaise de Chapa ; il en revint bien vite, et au moment où paraissent ces lignes, il chevauche sur le chemin du retour. Le Supérieur du petit séminaire, le P. Leroux, le lendemain des examens, se hâtait de son côté vers Mosimien et Lutingkiao ; en son absence, le curé de Tatsienlu emmenait les séminaristes villégiaturer aux environs de la ville.

    Comme le relatait la précédente chronique, un des Pères du St Bernard et un auxiliaire se rendirent de Weisi à Tsechung ; de là ils allèrent au Loutsekiang, puis par petites étapes regagnèrent Weisi, par la route de Latsa à Gaiouan, route quils se proposaient dexaminer attentivement, car ils pensent établir leur refuge sur cette passe. Dici peu, lautre Père et un compagnon doivent refaire le chemin en sens inverse pour bien vérifier les renseignements des premiers voyageurs.

    Sur les rives de la Salouen, le P. Genestier pense avoir terminé à la septième lune la construction de léglise du Sacré-Cur à Tchrongteu, et déjà il médite les invitations à la bénédiction. Le Loutsekiang est menacé dune invasion des Tsaronais ; le motif en serait le mécontentement de ce peuple dépossédé par les Chinois de certains droits sur le pays des neuf fleuves Kieou Kiang (1). En attendant cette nouvelle épreuve, les pauvres Loutses ont dû, ce printemps, serrer fortement leur ceinture par suite de la famine ; ils doivent, en outre, payer un lourd emprunt et contribuer à des constructions de routes.

    __________________________________________________________________________
    (1) (caractères chinois)


    Le Père Goré, que nous félicitons de sa nomination de membre correspondant de la Société de Géographie américaine, vient denvoyer à Mgr une grammaire thibétaine dont il est lauteur ; elle sera imprimée sous peu. Cest au dire des connaisseurs un ouvrage qui suppose beaucoup de travail et une connaissance remarquable de la littérature du Thibet. Elle sera complétée par un dictionnaire auquel notre confrère met la dernière main.


    Yunnanfu

    2 septembre.

    S. E. Mgr de Jonghe était à Rome vers la mi-juillet. Sa Sainteté et S. Em. le Cardinal Préfet de la Propagande lui ont fait un excellent accueil. Il a donné une interview très intéressante à la Fides sur le mouvement scolaire en Chine. Avant de se rendre en France, il comptait aller passer quelques jours avec Monseigneur Costantini à la Spezia. Son Excellence doit recevoir la consécration épiscopale le dimanche 17 septembre et aurait lintention de sembarquer à Marseille le 8 octobre ; elle arriverait ainsi à Yunnanfu vers la mi-novembre.

    Le 30 août, le P. Pirmez, revenu le 20 du Tonkin, reprend la route de Taly. Ce même jour, Sur Adrien, supérieure du Kaotihang, fête son 25ème anniversaire de profession. Daigne le Seigneur lui accorder une santé plus brillante et la prolongation dune vie toute de dévouement jusquaux noces dor et au delà.


    Kweiyang


    26 août.

    Sacre de S. E. Mgr Larrart.
    Le sacre de Mgr Larrart a eu lieu le dimanche 13 août. Il y a une bonne demi-année que notre confrère avait été préconisé Evêque de Valona et coadjuteur de Mgr Séguin avec future succession, et les invitations adressées à NN. SS. Jantzen et Carlo qui avaient répondu avec empressement. Seulement, les Bulles, condition sine qua non du sacre, expédiées depuis cinq mois, narrivant pas, force était bien dattendre. Comme on les croyait perdues, on avait obtenu par voie de la Délégation de Pékin de procéder à la cérémonie quand même, lorsquelles sont parvenues quelques jours après. Malheureusement, dans lintervalle de ces 5 ou 6 mois, les circonstances avaient changé ; Mgr Jantzen sest vu retenu chez lui par des raisons impérieuses et sest fait excuser. Mgr Carlo, de son côté, a vu la route se fermer devant lui et, à un moment donné, nous avions eu la perspective dun sacre avec deux Pères de la mission comme co-consécrateurs, tout comme dans les temps de persécution. Enfin, presque au dernier jour, Mgr Carlo nous a fait lagréable surprise darriver quand même.

    Parvenue avec le Père Huc aux confins des deux missions de Lanlong et Kweiyang, devant le pont du Houa Kiang (pont en chaînes de fer denviron 70 mètres de long, jeté à une vingtaine de mètres au dessus de leau sur un point où leau mugit, écume et bondit sur des dents de rocher), Son Excellence na trouvé du pont que la seule carcasse. Les avant-gardes des deux armées ennemies Ouang et Yeou, qui sobservent en cet endroit stratégique, avaient dépouillé les chaînes de leur tablier, et celles-ci sallongeaient toute nues comme des cordes déquilibriste. A cette vue, le P. Hue, malgré son entrain et sa jeunesse, reste rivé au rivage quatre heures durant, jusquà ce que, moyennant finances, quelques planches jetées lune devant lautre aient rendu le passage moins terrifiant. Mgr Carlo, lui, malgré ses 50 ans passés, sétait de suite risqué sur ce squelette de pont dun pas alerte et sûr comme un jeune sous-lieutenant et avait passé sans hésiter.

    Deux jours après, le P. Signoret de la même mission, que lextrémité de son vaste district amène à cinq étapes de Kweiyang, avait eu le bon esprit de se joindre à eux et de venir égayer la réunion de ses saillies et de ses trilles. Sa présence est toujours la bienvenue à Kweiyang, quil veuille bien sen souvenir !

    Les cérémonies du sacre se sont déroulées normalement et bien. Faut-il dire de façon impeccable ? Non, tout de même ; on comprend que quelques échines vieillies dans la brousse, roidies par les rhumatismes voire même par de vieilles blessures, ont bien dû retarder dune seconde ou deux dans les saluts densemble ; mais somme toute, cétait bien comme cela.

    De bien des côtés étaient arrivés pour le nouvel évêque des cadeaux et des inscriptions louangeuses horizontales (pien) ou verticales (toui tsé) ; les autorités civiles et militaires invitées à dîner à cette occasion avaient aussitôt répondu à linvitation. Les chrétiens de Tinfan, anciens paroissiens de lélu, étaient arrivés nombreux pour saccorder le plaisir de voir leur curé à lhonneur.

    A la fin du repas, il ny eut pas de champagne, les Caves de Reims nayant pas de succursale à Kweiyang, mais il y eut quelques tostes. Dabord, de Monseigneur Seguin, lévêque consécrateur :

    Il va y avoir 26 ans, dans cette même salle, un modeste, oh ! très modeste banquet réunissait à cette table autour de Mgr Guichard une belle couronne de prêtres de notre mission, à loccasion dune fête de famille comme celle daujourdhui. Cette année-là, nous avions, en plus, la joie de posséder au milieu de nous le Vicaire Apostolique de la mission-mère de notre Kouytchéou, qui était alors le regretté Mgr Chouvellon. Nous espérions que, continuant cette tradition, le successeur de Mgr Chouvellon, Mgr Jantzen serait lui aussi venu comme parrain de son condisciple et ami. Mais lhomme propose et Dieu dispose ; à son grand regret Mgr Jantzen a dû nous priver de cette joie.

    Je remercie de tout cur Mgr Carlo qui na pas hésité à affronter les dangers et les fatigues dun long et pénible voyage, pour venir revoir encore les lieux où il a passé les plus belles années de son apostolat. Il est de la famille et na pas oublié que sa mission de Lanlong est fille de celle de Kweiyang, comme celle du Kouytchéou létait de la mission de Chungking. Nous sommes bien contents de vous revoir, Monseigneur, et jespère bien que ce ne sera pas la dernière fois. Tant de liens nous unissent que la fête aurait été par trop incomplète si vous nous aviez manqué.

    Il manque ici encore le Supérieur de la mission de Chetsien et je le regrette, car lui et ses vaillants collaborateurs, les Pères du Sacré-Cur, ont témoigné par leur endurance et leur patience dans les épreuves quils sont dignes de la lignée des anciens du Kouytchéou.

    Mes chers confrères, nous voilà, vous et moi, contents et heureux que le choix de Rome se soit porté sur Mgr Larrart. Voici qui nest pas pour diminuer notre contentement. Récemment, en classant les archives de la mission, je suis tombé sur une vieille lettre dun ancien directeur du séminaire de Paris, où jai lu ce passage : trop de missions demandent du renfort pour envoyer à chacune le nombre de missionnaires quelle demande. Mais, pour le Kouytchéou, la qualité remplacera la quantité ; si lidéal existait pour un jeune missionnaire, je vous dirais que M. Larrart le réalise : santé, talent, jugement, piété, bon esprit, et, in quantum humana fragilitas nosse sinit, je puis vous dire que vous serez pleinement satisfait.

    Vous voilà sous la houlette dun chef qui vous aime bien tous et ne demande quà se dépenser pour vous, comme ont essayé de le faire ceux qui lont précédé. Tous, anciens et jeunes, Européens et Chinois, vous êtes déjà un égal objet de sa sollicitude et de ses soins, à tous je demande de renouveler au fond du cur entre ses mains votre double promesse dordination en y ajoutant celle de laimer de toute votre âme. Rappelez-vous toujours la vieille devise du Kouytchéou : Ex pluribus unum, symbolisée par lépi de maïs.

    Je termine en offrant à Mgr Larrart mes vux dun long et fécond épiscopat, et à Mgr Carlo mes souhaits les meilleurs pour lui et tous ses confrères de la mission de Lanlong.

    Monseigneur Larrart répond de sa parole concise :
    Monseigneur, la liturgie de ce matin dit en quelquendroit que ce jour de sacre doit être un jour de joie pour le nouvel évêque, mais jai quelque difficulté à éprouver ce sentiment, car si je me rends compte de la grandeur et de la beauté de mon nouveau rôle, jai aussi conscience de mon insuffisance à le remplir, et je crains fort que vous naviez tout à lheure trop embelli mon portrait. Ce qui me console un peu, cest que je ne suis que coadjuteur. Ce matin, cest de tout cur que je vous ai adressé le souhait liturgique Ad multos annos, et cest de tout cur que je désire le voir devenir une réalité. Je vous aiderai de tout mon pouvoir, cest entendu, mais.... ne soyez pas trop pressé de vous en aller, et veuillez rester longtemps notre chef et notre modèle ; cest ici le vu de tous.

    Merci, Mgr de Lanlong, dêtre venu, vous y avez quelque mérite par ce temps de chaleur et surtout de troubles. Vous étiez déjà mon aîné à tous les points de vue, vous voilà maintenant mon parrain, et si parfois vous sembliez oublier les devoirs que ce nouveau titre vous impose, je me chargerais de vous les rappeler. Nous sommes officiellement séparés, mais cela ne nous empêchera jamais, je pense, de rester unis dans nos travaux, dans nos joies et nos épreuves.

    Il y en a un autre que jaurais bien voulu voir ici aujourdhui, mon ami de toujours, Mgr Jantzen. Jen escomptais sans doute trop de joie et cest pour cela probablement que mon désir na pu se réaliser. Vous avez bien voulu le remplacer, cher P. Fayet, sachez que je prends mon rôle de filleul au sérieux et que je compte sur votre aide et vos conseils.

    Merci à tous dêtre venus. Je me suis laissé dire que si lépiscopat comportait un noviciat, il ny aurait pas beaucoup de profès. Bien quun peu jeune pour donner mon opinion, javoue y souscrire entièrement. Mais inutile de regarder en arrière, nest-ce pas ? Notre époque a ses misères ; nos aînés ont eu les leurs aussi et les ont surmontées. Gardons toujours la vieille caractéristique du Kouytchéou : union, zèle et gaieté.

    Mgr Carlo bouge sur sa chaise, hésite comme un écolier qui a peur de réciter sa leçon, se lève enfin et commence ainsi : Quand le jeune David, sur le point de combattre Goliath, eut mis le casque et larmure de Saül, il sessaya à marcher et trouva que non habebat consuetudinem, et moi aussi, dès que je messaie à parler en des circonstances comme celle-ci, je maperçois que non habeo consuetudinem.... Cette habitude Sa Grandeur la-t-elle, ne la-t-elle pas ? en réalité, elle seule est juge, mais ce qui appert aux auditeurs cest quElle nen a pas besoin. Répéter ce quElle a dit, ce ne serait pas reproduire son toste, il y manquerait le ton, le geste, le sourire, ces hésitations feintes qui soulignent le mot en faisant mine de lescamoter. Par exemple ceci : Vous nallez pas me croire, vous vous refusez à me croire, Mgr le coadjuteur, mais je sais tel directeur de la rue du Bac qui, il y a 18 ou 20 ans, voyant un jeune missionnaire sur le point douvrir ses ailes, a dit tout simplement : cest un second Larrart. Le directeur est mort depuis, difficile à Mgr Larrart daller aux sources et de contredire.

    Suivait une série de monologues, chansons lyrique et comique des PP. Champeyrol et Signoret pour étoffer le tout. Je nen donnerai pas le texte, il est fait dallusions, de sous-entendus, de quelques soupçons de caricature parfois, le tout très amusant pour ceux de la maison, mais quelque peu ésotérique et partant sans intérêt pour ceux du dehors ; donnons seulement la finale :
    Nous voulons vous servir et vous aimer sans trêve,
    Daigne Notre-Seigneur réaliser ce rêve !
    Puissions-nous très longtemps unir chaque matin
    Les noms de Jean Larrart et de François Seguin.

    On sera peut-être content de connaître, à grands traits du moins, le curriculum vit du nouvel évêque, le voici :

    Né au diocèse de Bayonne, dans ce pays basque si profondément chrétien et si fertile en vocations, il fit ses études au petit séminaire de Mauléon, et entra à la fin de sa rhétorique au grand séminaire diocésain. Une fois minoré, il partit pour la rue du Bac et arriva à Kweiyang le dimanche des Rameaux 1910.

    Trois mois après, alors quil était à ses débuts de létude du chinois, le poste de Tékiang vint à vaquer, et, pour des raisons particulières, exigea un nouveau titulaire sans tarder. Le P. Larrart y fut envoyé. Dans une situation épineuse, où il était difficile de passer entre Charybde et Scylla, notre jeune confrère glissa entre les deux avec laisance dun ancien. Ce nétait pas héroïque, mais cétait faire preuve dun bon et clair jugement, ce qui est mieux. Deux ans après, son fardeau se double du district voisin, il laccepta de bonne grâce et le parcourut en tous sens, aussi bien que le sien propre. Lannée suivante, Mgr Guichard, qui lappréciait et semblait entrevoir en lui son propre sosie, le nomma professeur au grand séminaire. Il y laissa deviner plutôt quil ne donna sa mesure, car 10 mois plus tard, la mobilisation len tirait pour lenvoyer au front et il ne nous revint quen 1919. A son retour, il fut nommé au poste de Tinfan, avec la charge de vicaire forain, et il y resta jusquau jour de sa préconisation. Il a tenu le poste à la satisfaction de tous. Nombre de vicaires, surtout des prêtres chinois, se sont succédés à ses côtés ; avec chacun deux il sest entendu comme naturellement et sans effort, et a su tirer de leurs qualités le meilleur rendement. En résidence, il a eu souvent à faire face et front à la soldatesque et il y a toujours réussi, moins encore par son tranquille sang-froid que par sa bonhomie et son dévouement à soigner et guérir plaies et bosses de tous ceux qui se présentaient. Si, quelquefois, le cur manquait au vicaire pour visiter les stations de chrétiens voisinant avec les stations de brigands, il y allait lui-même sans peur ni forfanterie, vivant aussi aisément que tout chinois de riz et de piment.

    A deux reprises, pour cause de fatigue ou maladie du supérieur ou dun professeur du grand séminaire, Mgr Seguin fit appel à son dévouement pour les remplacer, et il vint, tout bonnement, tout souriant, reprendre livres et rond de cuir, faisant et refaisant, dès que les vacances le lui permettaient, le voyage de Tinfan, quelquefois sous les chaleurs caniculaires, dautres fois sous la pluie ou la neige et répondant à qui le plaignait : Oh ! ne vous en faites pas ! je suis costaud!

    Il y a quelques années, un beau matin léglise de sa résidence seffondra ; tranquillement il simprovisa architecte et entrepreneur, et en construisit une autre plus solide, plus grande et plus belle, quil dédia, la première de la mission, à Ste Thérèse de lEnfantJésus.


    Canton

    Le 30 août, retour à Canton de Monseigneur lAuxiliaire. Il est heureux de raconter aux fidèles les belles choses quil a vues à Rome, à Lyon, à Paris, à Lourdes. Il le fait avec un bonheur visible.

    Avec S. E. Monseigneur Yeung, est arrivée, le même jour, S. E. Monseigneur François-Xavier Ouang, Vicaire Apostolique de Wanshien au Setchuen.

    Monseigneur Ouang a voulu voir la métropole de la Chine méridionale et retrouver son ami Monseigneur Fourquet dont il fit connaissance en 1928 à Shanghai. Ils faisaient, lun et lautre, partie de la commission chargée de lunification des prières et du catéchisme.

    Monseigneur Ouang a été surpris des progrès rapides réalisés par notre municipalité ; larges rues, très bien entretenues, magnifique pont, musées, monuments divers, écoles nombreuses, jardins publics...

    La rentrée des écoles vient davoir lieu. Huit de nos séminaristes se sont dirigés, hier, vers le Séminaire régional ; ce qui porte à 16 le chiffre de nos étudiants en philosophie et théologie. 28 nouvelles recrues sont arrivées au petit séminaire. Au Sacré-Cur, le nombre des élèves est à peu près celui du dernier semestre. Ce Collège a obtenu de beaux succès. Tous ceux de ses élèves présentés à lUniversité Sun-Yat-Sin ont été reçus. Cet examen constitue un concours, car, par défaut de local, sur environ 2000 candidats, 150 seulement sont admis. A lexamen dune Ecole spéciale relevant de la même Université, lunique candidat présenté par le Sacré-Cur, a été reçu avec le numéro 1. Le journal Yut-wa-yat-po a fait un très bel éloge du Collège du Sacré-Cur.

    Durant les mois de juillet et daoût, de nombreux visiteurs sont venus passer quelques jours à la mission. Ils tenaient à voir notre ville pour se rendre compte des prodigieux progrès réalisés dans toutes les branches de ladministration.


    Swatow

    18 septembre.

    La pluie tant désirée est enfin venue, en petite quantité, cest vrai, suffisante cependant pour permettre aux cultivateurs de planter des patates douces à la place du riz desséché, avec lespoir de ne pas trop souffrir de la faim pendant lhiver prochain. Heureusement que malgré la disette le riz reste à un prix abordable, grâce aux arrivages des pays plus avantagés de lIndochine, du Siam et de la Birmanie, où les producteurs ont le bon sens dexporter le surplus de leur récolte à bas prix plutôt que de le jeter à la mer ou de le brûler, comme cela se fait ailleurs pour dautres denrées.

    Nous avons de bonnes nouvelles du P. Coiffard ; lopération quil a subie au rein droit, la débarrassé dun gros caillou biscornu et pointu ; la plaie est déjà fermée. Il va maintenant soccuper de ses yeux et suivre un traitement qui doit améliorer sa vue qui depuis quelques années baissait de façon inquiétante. Nous espérons que ce traitement réussira comme lopération et que le Père pourra bientôt nous revenir en parfaite santé.

    Le P. Etienne, Supérieur du séminaire, est allé prendre un congé de quelques mois à la Maison de Nazareth ; il y goûtera dans le calme et le recueillement un légitime repos après un séjour ininterrompu en Chine de 33 ans dont 15 de supériorat du séminaire.

    La tentative des Rouges du Kiangsi de passer au Kwangtong et de pousser une pointe dans notre direction na pas réussi ; repoussés à la frontière ils se sont dirigés vers le nord de la Province du Foukien où, dit-on, ils ont commis de grands ravages, sans cependant parvenir à la côte. Cet échec a calmé un peu lenthousiasme de leurs camarades de même couleur de notre région et les confrères peuvent, tout en se tenant sur leurs gardes, faire la visite de leurs chrétientés dispersées.


    Pakhoi

    13 septembre.

    Dans la deuxième quinzaine daoût a eu lieu la retraite annuelle de nos Pères chinois ; tous étaient présents. Elle fut prêchée par le P. Dominique, des Pères de Picpus de Hainan, supérieur du séminaire de Hoihow. Maniant la langue de Cicéron avec une aisance admirable, le prédicateur sut, tout en se maintenant à la portée de ses auditeurs, intéresser et édifier les retraitants. Daigne le cher P. Dominique, dont la simple cordialité nous a vivement touchés, accepter le grand merci de tous et ne pas oublier que cest un au revoir que nous lui avons dit. Il voudra, nous en sommes sûrs, rendre à loccasion le même service aux missionnaires français de Pakhoi.

    Notre nouvelle bâtisse, bien quà peu près terminée, na cependant pas pu recevoir nos retraitants ; cest donc au séminaire, vide de ses élèves, que nos Pères chinois ont pu méditer dans le recueillement le plus complet.

    Le P. Cotto, pénétrant pour la première fois dans lintérieur de la mission, avait conduit les séminaristes à Tsaply, à quelque 60 kilomètres de Pakhoi, où, paraît-il, il a trouvé le pays de ses rêves. Invité à laisser la place au P. Tsiu, pour prendre lui-même quelques jours de vraies vacances chez les confrères de la brousse, il a tout simplement répondu que, Tsaply lui offrant tous les avantages quil désirait, il resterait jusquau bout. Le P. Cotto est lhomme de toutes les situations, il fera son chemin.

    Durant la même période, des représentants de la jeunesse de Pakhoi sous la conduite du P. Lebas, sont allés prendre leurs ébats à Tchouksan-plage, et montrer leurs fières frimousses aux habitants de Tonghing. Ces petites sorties, pour ceux qui y ont pris part, ont heureusement rompu la monotonie de la vie de Pakhoi.

    Hongkong nous a rendu nos malades. Ils sont les hôtes du curé de Fort-Bayard, qui ne leur ménagera pas ses bons conseils. Le P. Léauté sen va reprendre la direction de son district et présider à la construction de son église. Le P. Richard, bien que parfaitement remis, ne fera que se montrer ; il doit, en effet, nous quitter bientôt pour prendre en France un congé bien mérité.


    Nanning

    14 septembre.

    Le chroniqueur chôme depuis trois mois, mais les vacances sont finies ! Reprenons le harnais et envoyons vite une poignée de nouvelles extraites du journal du procureur.

    3 juin, le P. Cuenot arrive en autobus, via Lioufou, où il sest arrêté pour négocier un achat de terrain ; tout a bien marché. Le 21, les séminaristes partent en vacances, accompagnés par les PP. Cuenot et Madéore. Point de direction : Lioufou, Eulpai et Pinglo : 600 kil.. Le 19, le P. Maillot débouche en coup de vent, venant de Longtcheou, et, après quatre jours seulement de vacances, repart en vitesse. Les PP. Crocq et Séosse vont au Tonkin consulter la Faculté : on découvre à lun un commencement de lésion au poumon, à lautre une usine de sucre à lintérieur. A tous deux on ordonne des régimes appropriés. Après une quinzaine passée au Tonkin, ils rentrent à Nanning le 22 juillet.

    Le P. Héraud y est arrivé le 17. Même lui, le vétéran, na pas voulu quil soit dit que les vacances se passeraient sans une sortie. En réalité, il venait chercher largent quun bienfaiteur dAmérique lui a envoyé pour achever son église qui sera dédiée à Ste Thérèse de lEnfant Jésus. Il oublie quil entre dans sa 44ème année de mission, un record au Kouangsi et quil a droit à un repos relatif. Baste ! dit-il comme Ste Thérèse, je rue reposerai au Ciel.

    Le 25 juillet, le bus de Lioufou ramène le P. Madéore qui, lui, ramène le P. Peyrat. Ce dernier a bien besoin de vacances : il est maigre comme un ascète, et, pendant ses courses apostoliques le soleil impitoyable lui a donné une couleur de vieux bronze ! Mais il a toujours le sourire et le verbe pittoresque : bref, cest toujours le Poilu.

    Le 31 juillet, les PP. Madéore et lui sen vont surprendre le P. Maillot et faire un pèlerinage à N.-D. de Taipin qui commence à devenir célèbre. Ils en reviennent le 8 août, ramenant le P. Billaud qui délaisse pour quelques jours les dictionnaires Aubazac et la grammaire Caysac. Dans la matinée, le P. Fang, prêtre chinois professeur au séminaire, venait de mourir de la fièvre typhoïde. Les funérailles eurent lieu le 10, entre deux averses dune queue de typhon.

    Le 23 août, les PP. Costenoble, Peyrat, Billaud vont à Longtcheou pour la fête du 27. Il sagit de linauguration de léglise restaurée. On se souvient quelle fut pillée en 1930 par les communistes. Le P. Caysac, avec le concours de Mr Simon, Consul de France à Longtcheou, a fait les choses en grand et nombreux sont les invités. Ne signalons que Mgr Hedde, Préfet apostolique de Langson, et les PP. Dépaulis et Cador, venus tout exprès de Hanoi. Après la cérémonie, cliché commémoratif. Les voyageurs du Tonkin sont stupéfiés de voir quil y a des appareils photographiques en Chine, quils croyaient toujours un pays de brigands et de sauvages ! Le 31, ces mêmes Pères rentrent à Nanning en bateau et arrivent presque en même temps que le P. Dalle qui rentre de ses vacances tout chargé des effluves du Détroit Parfumé (Hongkong).

    Pendant ce temps le P. Madéore a mis à profit ses derniers jours de vacances pour une tournée apostolique dans la famille dun jeune homme quil a baptisé le 20 août et qui entraîne après lui la conversion de toute sa parenté. Cest encore un voyage de 800 kil. à son actif.

    Le P. Pélamourgues nous écrit : Vous avez donc tous la bougeotte ! Or ça se gagne ; je pars pour Hongkong, moi aussi. Je vais soigner une hernie attrapée je ne sais où, et le 6 septembre, le P. Biotteau nous écrit. Le Père P. L. M. (abrégé de Pélamourgues) est arrivé en gare, mais Dieu ! quil a maigri ! Il a bien besoin dun séjour à la clinique du Docteur Marie.

    En fin de juillet, Mgr, étant à Rome, nous a envoyé à tous son bon souvenir par Radio du Vatican. S. E. annonce son départ de France vers le 10 octobre pour rentrer via Amérique.


    Hunghoa

    9 septembre.

    Que de pluie en fin juillet et dans la première quinzaine daoût ! Demandez plutôt au P. Gautier. Par charité pour nos deux confrères de la région montagneuse de Nghĩa-Lộ, il avait projeté un voyage chez les Pères Cornille et Doussoux, durant la période de repos de lété. Tout avait été préparé avec soin, et, à la fin de juillet, accompagné dun Annamite, il enfourchait sa bécane, et se lançait sur la route de Yên-Bái à Nghĩa-Lộ ; seul, le beau temps espéré fit faux bond. Quel voyage laborieux ! que de boue ! la bicyclette à pousser la plupart du temps, des arroyos débordés, à passer sur des radeaux de fortune, au risque dêtre emportés par le courant, et, pour comble de malheur, les deux freins de la machine brisés, la chaîne cassée, une pédale faussée ! Bref, la route était atroce, et cela, sous une pluie continuelle ; aussi, ne lattendait-on plus à Đông-Iú, résidence du P. Doussoux, pas plus quà Bàn-Hèo, chez le P. Cornille. Il fut reçu à bras ouverts, naturellement, et réconforté ; et puis, les jours suivants, malgré les difficultés des chemins, malgré une pluie persistante, il y eut visite des maisons Mèo, dont le P. Doussoux soccupe ; celui-ci trouvait bien que le P. Gautier navait guère le pied montagnard, mais il ny eut cependant pas de chute trop remarquable ni daccident regrettable. Le beau temps ne venant pas, le voyage dura plus quil navait été prévu ; encore un peu, et le P. Gautier eût passé les fêtes de lAssomption chez ses hôtes ! Grâce à Dieu, il y eut enfin une éclaircie, et la pluie diminua ; notre confrère en profita pour reprendre le chemin du retour ; cette fois, il prit lancienne route, mieux tassée, et, sans trop danicroche ni de fatigue, refit, avec son compagnon, les 80 km. qui séparent Nghĩa-Lộ de Yên-Bái.

    De la pluie, notre Station daltitude de Chapa nen manque pas, mais la fraîcheur, dont on y jouit, compense largement cet inconvénient. Quelle facilité de travail, là-haut, à 1.500 m.! et les bonnes nuits, où lon peut vraiment reposer ! le bon appétit continuel ! sans parler des promenades agréables que les amateurs peuvent faire çà et là ! Cette station se transforme et sembellit peu à peu : non seulement une route goudronnée en facilite laccès, mais encore de nombreux chemins forestiers permettent les excursions les plus variées. Aussi, chaque année, quelques confrères sont-ils heureux dy aller tenir compagnie à Mgr Ramond ; les jeunes, surtout, en profitent, et, le travail du secrétariat épiscopal terminé, sen donnent à cur joie ! Le massif du Fan-Si-Pan, qui domine majestueusement la Station, de 1.600 à 1.700 m., excite la curiosité de tous ; le P. Idiart-Alhor voudrait bien savoir ce quil y a derrière ces montagnes, et si ses chères Pyrénées ne lemportent pas, pour le pittoresque des sites ; le P. Millot aspire au jour où des sentiers seront tracés dans ce massif impressionnant, et où lon pourra, tout à son aise, faire du sky, comme dans le Jura.

    Cette année, un but de promenade était tout indiqué : à 9 km. de Chapa, les Pères Dominicains, de lEcole Lacordaire, à Hanoi, avaient organisé une Colonie de Vacances, pour les enfants européens : dans une ancienne Station dAgriculture, trois Pères et une dizaine denfants campèrent tant bien que mal, et profitèrent du bon air de la montagne, pendant un mois et demi ; tant au point de vue études il y avait classe, chaque matin quau point de vue santé et piété, ce fut une heureuse innovation, et, certainement, les années suivantes, de nombreux parents seront heureux de confier leurs enfants à ces bons religieux. Ceux dentre nous, quune course de 18 km. neffrayait pas trop, y passèrent de bonnes journées, toujours trop courtes ; que ces bons religieux agréent nos remerciements !

    Léglise de Chapa va se terminer, et, lan prochain, il y a lieu de lespérer, nous serons plus au large, dans la maison actuelle. Une souscription, faite par le Comité de la Station, nous aidera à réaliser ce projet ; tous attendent le jour où, enfin, Notre-Dame de Chapa, édifiée au milieu même de Chapa, dominera toute la Station, et rendra plus facile à tous laccomplissement de leurs devoirs religieux. Quelques sermons, donnés, le dimanche, par le P. Pays, Dominicain, ont eu lheureux effet dexciter la générosité de plusieurs ; que la Ste-Vierge le lui rende largement !

    Nos séminaristes sont revenus de vacances ; le 12 août, 26 nouveaux élèves entraient en sixième, au petit-séminaire de Hà-Thạch, ce qui donne un total de 99, pour les quatre cours actuels ; ce même jour, 17 théologiens allaient commencer ou continuer leurs études au Grand Séminaire de Kẻ-Sở ; et, le 1er septembre dernier, 3 de nos catéchistes étaient admis parmi les nouveaux philosophes du Grand Séminaire de St-Sulpice, à Hanoi ; Spes messis in semine.


    Thanh hoa

    3 septembre.

    Le probatorium de Balàng nest plus. Toutes les autres maisons ayant été cédées à Phatdiem, Balàng a, en effet, été promu Petit Séminaire.

    Pour les débuts, un élève est arrivé malade, et lanalyse du sang a révélé quil sagissait de typhoïde. En conséquence, tous les élèves viennent dêtre vaccinés contre cette maladie. Cela leur a valu un congé au dortoir, et a rappelé aux Pères qui furent soldats de vieux souvenirs.

    La retraite de début dannée a été prêchée par le P. Schlotterbek. Le Père, encore supérieur du grand séminaire de Phatdiem, devait nous arriver dans lauto de la mission de Phatdiem. Mais, deux jours plus tôt, deux boys sans vergogne décidèrent de soffrir une petite promenade. Le procureur faisait tranquillement la sieste quand un catéchiste lui arrive tout essoufflé et les cheveux à demi coupés. Père, dit-il en tendant la clef de contact de lauto, votre voiture est au fond de larroyo. Elle y est tombée devant moi, tandis que jétais chez le coiffeur. Vos deux boys se sont sauvés à la nage et lun deux ma prié de vous remettre cette clef . Et voilà pourquoi le P. Schlotterbek nous est arrivé prosaïquement par le train.

    Le P. Groslambert fait ses malles, à destination du Châu Laos. Les montagnes lui rappelleront son village natal, lun des plus haut perchés du Jura.


    Saigon

    Nous avons eu le plaisir de voir, à leur passage à Saigon, Mgr François Ouang, vic. apost. de Wanshieo et Mgr Boniface Yeung, év. auxil. de Canton. En gens pratiques, ils sétaient fait annoncer de France à leur compatriote le P. François Assou, curé de Cholon. Mais ce dernier, qui leur préparait une réception magnifique, sest trouvé tout à coup, au lendemain de lAssomption, terrassé par la maladie, au point quil a cru prudent, sur le conseil du docteur, de recevoir lextrême-onction.

    Ce sacrement lui a valu un sursis, mais dans létat de faiblesse où se trouvait le père, il était évident quon ne pouvait pas faire la fête chez lui. Il avait dailleurs chargé un de ses confrères annamites de le suppléer auprès des évêques.

    La première visite de ceux-ci, qui avaient été reçus, comme de juste, à la Procure des M.-E., fut pour le P. François, et ils ont insisté pour être photographiés avec le cher malade. Ceux qui ignorent lénergie de ce dernier et qui verront cette photographie, seront surpris de trouver si bonne allure à un malade qui a reçu lextrême-onction quelques jours avant.

    Les deux évêques ne pourront se plaindre de leur séjour à Saigon et Cholon : on leur a tout fait visiter, et pendant trois jours, on pouvait rencontrer en ville ou aux environs une suite dautos dont lune était pavoisée aux couleurs françaises et chinoises. La communauté chinoise catholique de Cholon et Saigon y est allée largement.

    Le plus âgé de nos Pères annamites, le P. Triêu, 90 ans, a reçu lui aussi un avertissement sérieux, et on a dû lui donner lextrême-onction. Il est encore à linfirmerie du séminaire, où il a lair de se remettre, mais devra renoncer à retourner dans sa paroisse de Nhà ràm qui la comme curé depuis 52 ans. Une place bien gagnée lattend à la Maison de Retraite de Chi hoà.


    Réception de S.E. Mgr Tòng à Notre-Dame de Paris.

    Le Bulletin est heureux de pouvoir publier le récit quen fait à S. E. Mgr Dumortier un distingué prêtre indigène du vicariat de Saigon.

    Je reviens à linstant de la belle cérémonie à Notre-Dame : cest encore sous le feu de mes émotions que je mempresse de transmettre à Votre Excellence, avant de partir pour Angers et Lourdes, mes impressions sur lémouvante cérémonie, dun cachet bien parisien, organisée par les soins de luvre de la Propagation de la Foi et de St Pierre-Apôtre, qui a eu lieu cet après-midi à deux heures à Notre-Dame, sous la présidence de S. E. le Cardinal Verdier, Archevêque de Paris.

    A 1 h. 30, une belle auto est venue nous prendre à la rue du Bac pour nous emmener, avec S. Exc. Monseigneur de Guébriant et le bon Père Ferrières, à larchevêché, situé non loin du Séminaire des Missions-Étrangères. Là, précédé par lauto du Cardinal, revêtu de la Cappa Magna, accompagné par deux de ses Vicaires Généraux, nous nous sommes rendus à Notre-Dame. Juste à deux heures, au son des cloches, sonnées à toute volée, reçus par les Membres du Vénéré Chapitre, S. E. le Cardinal et Leurs Excellences Nosseigneurs de Guébriant et J. Bte Tòng sont entrés dans la Cathédrale. Devant le grand portail, au seuil de cette célèbre Métropole, Mgr lArchevêque de Paris a adressé à Mgr Tòng quelques paroles de bienvenue. Immédiatement, le cortège sest formé pour conduire notre prélat à lautel. A lentrée du chur, deux trônes se dressent face à face près de la table de communion, le Cardinal a pris le trône du côté de lEpître, tandis que S. Exc. Monseigneur de Guébriant est allé occuper le trône du côté de lEvangile. Près de lautel, un trône, avec baldaquin richement orné, était préparé pour S. Exc. Mgr Tòng. On commence les vêpres pontificales des Apôtres St Pierre et St Paul dont on fête aujourdhui la solennité comme dans nos Missions, avec un cérémonial un peu compliqué que nous navons jamais vu chez nous. La maîtrise de la Cathédrale chantait des psaumes en faux-bourdon alternativement avec des séminaristes des Missions-Étrangères. Le plus beau morceau quon exécuta pendant cette cérémonie est sans doute le Magnificat, chanté à plusieurs parties, vibrant sous les voûtes de cette belle cathédrale, accompagné par les orgues et la fanfare. Cétait triomphant ce beau cantique que je nai jamais entendu chanter comme à Notre-Dame. Après le verset Benedicamus Domino, S. E. Mgr Tòng, debout à son trône, dune voix forte et agréable, a chanté la bénédiction solennelle. Cest la première fois, depuis la fondation de lEglise de France, quun Evêque annamite donne sa bénédiction sur la ville de Paris. Mgr Tòng a pontifié avec une aisance étonnante, revêtu dune chape rouge, brodée dor, portant la mitre précieuse. Il a vraiment un peu le facies de Pie X quand il pontifie.

    Immédiatement après les vêpres, les suisses viennent chercher à lautel S. Exc. Mgr Tòng pour le conduire en procession avec le Cardinal, Monseigneur de Guébriant et les autres prélats, au banc duvres, face à la chaire.

    Quand tout le monde était bien installé, un beau suisse est venu inviter Monseigneur de Guébriant à monter en chaire. Le vénéré prédicateur, malgré son âge, monte lestement les degrés de cette chaire célèbre. Il commence dabord par présenter Mgr J. B. Tòng à lauditoire parisien avec son éloquence coutumière. Lillustre orateur expose avec émotion le but de la Société des Missions-Étrangères, les travaux et les progrès accomplis sur la terre dAnnam par les membres de sa Société. Il montre à lauditoire français. Mgr J. B. Tòng en proclamant en termes émouvants que cest labrégé et laboutissement des efforts et des labeurs de ses Missionnaires. Cétait si touchant ce passage que plus dun auditeur, en lécoutant, a eu les larmes aux yeux. Enfin, le vénérable Supérieur de la Société des Missions-Étrangères, dans la chaire de N.-D. de Paris, sest fait lécho de ces paroles mémorables, prononcées, il y a quelques semaines, à Rome, par le Souverain Pontife Pie XI, lors de son allocution aux pèlerins français, à ladresse de nos Missions de lIndochine : Que lAnnam sera un jour la France dExtrême-Orient et quil sera la fille aînée de lEglise pour lAsie comme la vieille France a été la fille aînée de lEglise pour lOccident. Cétait le comble des émotions ; si ces paroles avaient été prononcées dans un autre lieu, lauditoire aurait applaudi à craquer la voûte. Cest aussi sur ces dernières paroles que le vénérable orateur est descendu de la chaire.

    Le Suisse de la Cathédrale a rempli auprès de Mgr Tòng le même cérémonial que pour Mgr de Guébriant. Lauditoire était attentif et regardait vers la chaire, Mgr Tòng monte en chaire, avec aisance comme sil était chez lui, à Tândịnh ; avec une diction parfaite et une tonalité française, notre prédicateur, bien connu à Saigon, commence son discours. Il salue S. E. le Cardinal de Paris en termes éloquents, il loue son zèle et son amour pour les Missions, il retrace son activité féconde et le proclame le merveilleux bâtisseur des églises du temps moderne. Le Cardinal plus dune fois a essuyé ses larmes. Notre illustre prédicateur expose en termes vigoureux létat général de nos Missions, surtout de la Mission de Phatdiem. Il loue, devant lauditoire français, la foi profonde et agissante de nos chrétiens annamites. Il exalte avec satisfaction la fécondité et lactivité de lapostolat dans le pays dAnnam. Il tire ensuite de ce beau tableau la conclusion, en proclamant, avec un accent ému et plein de conviction, que tout ce splendide résultat, obtenu après des siècles de travail et de souffrances, sur la terre dAnnam, vient de la France : Gesta Dei per Francos.

    Ces magnifiques paroles, lancées à travers les voûtes de la Cathédrale, radiodiffusées dans le monde entier, du haut de cette chaire célèbre des Lacordajre, des Monsabré, des Janvier, par le premier Evêque annamite, a certainement une portée peu banale. Lauditoire ne se contenait plus, des larmes coulaient et on voyait sur des visages lémotion difficilement réprimée. Lorateur, comme péroraison, adresse à la Société des Missions-Étrangères, noblement représentée par le vénérable Supérieur, S. Ex. Monseigneur de Guébriant, et Messieurs les Directeurs, cet hymne de reconnaissance, avec une émotion mal contenue :

    O nos Pères dans la foi, au moment où vous allez remettre entre nos mains le dépôt sacré, conservé à travers des siècles, au prix de tant de souffrances et de travaux, même au risque de votre vie, il est bien juste quayant été à la peine vous soyez à lhonneur. Il mest permis de proclamer ici, du haut de cette chaire, au nom dun million et demi de catholiques indochinois et au mien, notre profonde gratitude envers vous.

    Ces paroles, prononcées avec un accent de sincérité et de conviction, ont produit sur lauditoire une considérable impression. Pas loin de la chaire, jai pleuré à chaudes larmes, regrettant réellement que Votre Excellence et nos chers confrères ne soient pas présents pour prendre part à cette touchante cérémonie et pour entendre ces belles paroles.

    Le Cardinal, debout à son fauteuil, face à la chaire, a pris ensuite la parole, pour remercier les orateurs de cette cérémonie, de leurs éloquentes paroles, il exalte ensuite avec émotion le magnifique travail de la Société des Missions-Étrangères et lhéroïque activité de ses membres

    Cette fête est, au fond, un triomphe pour la Société des Missions-Étrangères, et Mgr Tòng la concrétisé en termes éloquents du haut de la chaire de N.-D. de Paris

    Voilà, Monseigneur, mes impressions sur cette grandiose fête où notre Mission de Saigon, en la personne de Mgr J. B. Tòng, a été bien honorée

    PAUL VÀNG.


    Hué

    7 septembre.

    Heureux retour. Dans la soirée du 5 septembre le P. Dancette nous est arrivé, revenant de France où il a passé deux ans. Le voilà en possession dune jeunesse renouvelée : plein dallant comme toujours, il ne demande quà dépenser au service des âmes une santé heureusement recouvrée.

    Au Monastère de Phước-Sơn. Le 20 août, le monastère de Phước-Sơn fêtait solennellement St Bernard. Malheureusement la coïncidence du dimanche ne permit quà un très petit nombre de prêtres dy venir. S. E. Mgr Chabanon présidait. Outre les offices solennels, le programme de la journée comprenait une ordination de 2 tonsurés et 5 minorés, la profession temporaire de deux religieux et la profession perpétuelle de deux autres, lun de Hué et lautre de Hanoi.

    Le nombre total des profès perpétuels à Phước-Sơn est maintenant de dix-neuf (et non de douze, comme nous lavons dit par erreur dans la notice nécrologique du R. P. Benoît). Cette journée fut aussi loccasion doffrir nos félicitations et nos souhaits au nouveau Prieur du monastère, le R. P. Bernard Mendiboure, digne successeur du saint P. Benoît.

    Rentrée des séminaires. Le 21 août, les élèves de nos deux séminaires ont vu se terminer leurs vacances. Ce fut dans les deux maisons une journée de joyeuse animation : la mélancolie des jours de rentrée de France est inconnue par ici. Les nouvelles recrues sont, tant à Anninh quà Phú-Xuân, en nombre satisfaisant. Le grand séminaire a reçu douze nouveaux philosophes ; le nombre total des séminaristes est de trente-et-un, auxquels il faut ajouter les deux qui sont à Rome. Au petit séminaire, 38 nouveaux petits huitièmes (dont trois de la mission du Laos) : ce qui porte leffectif de la maison à 120 élèves.

    Fête des BB. Martyrs à Phước-Môn. Le dimanche 3 septembre, fête des BB. Martyrs Indochinois, S. E. M. Nguyễn hữu Bài avait invité, comme il en a lhabitude depuis plusieurs années, le grand séminaire à célébrer cette solennité dans son comté de Phước-Môn, où il demeure habituellement. Phước-Môn est une vaste concession, à quelque 70 kilomètres de Hué. Là, à côté de la résidence de Son Excellence, il y a une chrétienté de sept à huit cents âmes, une Ste Enfance, une école ; une vaste et belle église est en voie de construction. Le programme comprenait, le matin une messe solennelle et dans laprès-midi une procession à travers la propriété et le salut du St Sacrement. Pendant le temps libre les amateurs purent se livrer à dintéressantes excursions par monts et par vaux. Grâce à lamabilité et à la générosité de M. le Comte de Phước-Môn, qui en supporta tous les frais, cette journée, toute de piété en lhonneur de nos BB. Martyrs, fut en même temps un agréable délassement pour le corps et pour lesprit. Lépilogue fut, au retour, une courte mais fervente visite au sanctuaire aimé de N. D. de La-Vang. Le soir les séminaristes commençaient leur retraite, prêchée par le R. P. Dionne, Vice-Provincial des Rédemptoristes.

    Léglise et le presbytère de Bác Vọng. Le P. Chapuis vient de terminer dans la chrétienté de sa résidence, Bác-Vọng, une belle église en briques couverte en tuiles : à la solidité se joint lélégance. Le bon goût et lesprit pratique président aussi à la construction du presbytère que le Père est en train de bâtir à côté de son église. Ce nest certes pas du superflu que ces deux édifices : depuis quatre ans que le P. Chapuis est dans cette région, au milieu des néophytes et des païens, le bon Dieu et son ministre étaient logés bien à létroit et bien pauvrement dans une méchante paillote. La tour surmontée dune flèche, qui orne la gracieuse façade de la nouvelle église, sera pour tout le voisinage païen une prédication muette de la religion du Seigneur du ciel.

    Auditeurs païens inattendus. Un petit fait qui sest passé sur la paroisse du P. Chapuis montre une fois de plus combien les païens sont actuellement curieux de connaître notre sainte religion. Le P. Thích profitait dun court séjour dans son village natal, Kẻ Lừ, entièrement païen, pour préparer au baptême une ou deux familles qui avaient demandé à se convertir. Les catéchumènes venaient le soir, après souper, écouter les instructions du Père. Quelques païens du voisinage se joignirent à eux ; leur nombre allait croissant tous les jours, à tel point que les auditeurs dépassèrent bientôt la centaine. Se voyant débordé par une pareille affluence, le P. Thích fit appel au zèle de deux de ses confrères pour causer plusieurs soirs de suite, jusquà une heure fort avancée, à ces braves gens, de plus en plus avides de les entendre. Exiit qui seminat, seminare semen suum. Puisse le grain divin être tombé dans une bonne terre !

    Télégramme du Roi au Pape. Le jour où S. E. Mgr Tòng recevait la consécration épiscopale des mains du Souverain Pontife, arrivait au Vatican un télégramme de S. M. Bảo-Đại, remerciant le St Père de lélévation dun Annamite à lépiscopat. Le Pape se montra fort touché de cette démarche du Roi dAnnam, et en témoigna sa vive satisfaction.

    Chez les Surs de St Paul. Le 7 et le 8 août, les Surs de St Paul de Chartres de Hué ont fêté le plus dignement possible le cinquantenaire de profession religieuse de leur vénérable supérieure, la sur Isaac. Cette bonne religieuse méritait bien cette petite fête de famille : cest, en effet, un beau curriculum vit que le sien. Depuis près dun demi-siècle la sur Isaac travaille dans les missions de notre Société : après quelques années passées au Japon et un court séjour en Cochinchine, elle arrivait à Hué en novembre 1897 : elle y est toujours restée depuis, dabord à la Ste Enfance, puis à lInstitution Ste Jeanne dArc et enfin de nouveau à la Ste Enfance, toujours en qualité de supérieure. La coquette chapelle de la Ste Enfance et les vastes bâtiments qui lentourent furent construits par elle, voilà plus de 30 ans. Ce ne sont que de modestes cases sans étage, il est vrai, mais combien propres et bien tenus. Une centaine dorphelins y sont élevés : bien nourris et bien soignés, ils font, aujourdhui comme toujours, plaisir à voir. A lorphelinat la sur Isaac joignit successivement une crèche, un petit hôpital pour vieillards incurables et un ouvroir. Que dâmes de petits enfants et de bons vieux partent de là pour le Ciel presque tous les jours ! Mais cela ne suffisait pas au zèle de la religieuse missionnaire. Peu dannées après son arrivée, sans quitter la Ste Enfance, elle fondait en plein centre urbain linstitution Ste Jeanne dArc, sans autres ressources que celles que lui procurait la charité. En 1910 elle en fut nommée supérieure, et pendant vingt ans elle ne cessa de développer son uvre, quelle compléta enfin par la construction dune chapelle et de confortables bâtiments pour un pensionnat destiné aux indigènes. Voilà trente-six ans que la sur Isaac se consacre aux uvres enseignantes et hospitalières de Hué et sy dépense sans compter. Elle a mis à leur service, disait lorateur du jour de son jubilé, une foi vive, une énergie peu commune et par dessus tout, un grand amour des âmes : pour elles, elle a toujours été bonne jusquà lexcès, jamais jusquà la faiblesse. Que dorphelins et de malheureux elle a secourus, que dâmes lui doivent le Ciel ! Aussi entend-on sortir son éloge de toutes les bouches : Ah ! quelle bonne religieuse que la sur Isaac !

    Le jubilé de leur Supérieure tant aimée fut pour les Surs de St Paul une heureuse occasion de lui témoigner leurs sentiments de respectueuse estime et de religieuse affection. La mission se joignit à elles, manifestant ainsi quel prix elle attache aux services que la vaillante religieuse na cessé de rendre à lapostolat avec un dévouement inlassable et sans limites. La Rde Mère Kostka, provinciale, sur cadette de la jubilaire, était venue tout exprès de Hanoi ; le Tonkin, la province de Saigon, lhôpital de Bình-Định, lécole de Tourane étaient représentés par des délégations de religieuses : unies à leurs surs des trois établissements de Hué, elles formaient une belle couronne de blanches cornettes autour de leur vénérable compagne. Les fêtes durèrent deux jours, présidées par NN. SS. Dreyer et Chabanon, et honorées par la présence de tous les anciens aumôniers de la Ste Enfance et de Ste Jeanne dArc.


    Bangkok

    Le révérend Père Colombet.
    Provicaire Honoraire de la Mission de Bangkok.
    Pour la dernière fois en la fête de .notre bon Roi Saint Louis, les traits si connus et si vénérés du doyen des missionnaires du Siam, depuis leur établissement en cette partie du monde, purent être contemplés ici-bas, et la silhouette fine et menue du Révérend Père Colombet définitivement gravée dans la mémoire des hommes. De longtemps elle ne sy effacera pas.

    Il ne nous est possible que desquisser ici la physionomie de ce vaillant missionnaire et de ce grand serviteur de Dieu, pieusement décédé le 23 août à lHôpital Saint Louis de Bangkok, après une courte maladie de dix jours de fièvre.

    Né à Gap, paroisse de lAssomption, le 26 mai 1849, Monsieur Emile, Genest. Auguste Colombet, membre dune nombreuse famille, puisquil eut dix frères ou surs, tous morts, fit dabord ses études au petit séminaire dEmbrun. La guerre de 1870 le trouve à la rue du Bac quil doit quitter en attendant que des temps meilleurs ly ramènent. Ordonné prêtre à Paris le 23 décembre 1871, il sembarque pour Siam le 31 janvier 1872. Il y arrive le 5 avril suivant.

    Durant 61 ans, son activité prodigieuse va se dépenser au service de Dieu, de la France et du Siam sa nouvelle patrie quil ne quittera transitoirement que deux fois. Trois évêques, Nosseigneurs Dupont, Vey et Perros apprécieront successivement ses talents. Il sera dabord professeur au séminaire de la mission, puis vicaire dans léglise importante des Chinois de Bangkok. Finalement Monseigneur Vey se lattachera à lévêché, comme procureur et lui confiera, au bout de quelque temps, léglise naissante de lAssomption quil développera magnifiquement et dont il conservera la charge durant cinquante sept ans.

    Son zèle pour lenfance et la jeunesse abandonnée fut le point de départ de la fondation du Collège de lAssomption, (actuellement dirigé par les Frères de St Gabriel), son Collège, dont il dota le Siam et dont il put admirer jusquà sa mort le vigoureux épanouissement, puisquil bénissait, en cette année 1933, le dix-millième élève inscrit.

    Entre temps, il sintéressait à la jeunesse féminine et le Couvent de lAssomption, dirigé par les Surs de St Paul de Chartres, lui doit sa réalisation.

    La cathédrale de lAssomption tient enfin du Père Colombet sa fondation et son achèvement. Elle est splendide.

    Telles furent ses uvres principales. Il en est un bon nombre dautres, secondaires, qui lui prirent et son temps et son argent et ses forces.

    En scrutant sa vie si pleine, on en dégage vite la caractéristique. Partout, toujours et envers tous, il exerça supérieurement la charité. Sur le terrain religieux, pédagogique ou social il éprouve plaisir à se montrer charitable. Il en est que les fléaux de lhumanité, que les tares physiques et morales, que la pauvreté spirituelle ou matérielle laissent froids et indifférents. Tel ne fut jamais le Père Colombet. Vrai disciple du Sauveur, il fut un bienveillant à légard dautrui et un sympathique universel. Non pas cependant quil fut un dupe des fautes ou des défauts du prochain. Mais, son esprit surnaturel savait parfaitement discerner les actes et les intentions, des personnes. Lentendit-on jamais non pas médire, mais simplement répéter une médisance ? Mania-t-il lépigramme ? exerça-t-il la peine du talion ?

    Charitable, il le fut encore par ses aumônes discrètement faites et doublées de prix par son sourire. Que de confrères na-t-il pas aidés en leur distribuant soit des intentions de messes soit des secours dargent ! Malgré de lourdes charges financières qui pesèrent sur ses épaules jusquà sa mort, sa générosité ne séteignit jamais. Quant à laumône spirituelle des conseils et des exemples, il en resta prodigue. Dexcellent jugement, il savait avertir du prochain naufrage spirituel ceux et celles qui se confiaient à lui ou lui demandaient conseil dans telle et telle circonstance importante de leur vie. Ce fut un Père et un Chef. Missionnaire, Provicaire, Supérieur temporaire de la Mission de Siam, il fut estimé, loué, aimé. Des générations lui conservent leur reconnaissance et leur admiration. Il est aujourdhui des Ministres dEtat qui se plaisent à raconter leurs années scolaires sous son aimable férule. Supérieur de Collège, il sut appliquer en effet avec sagesse et fermeté le règlement : dura lex sed lex ! Infatigable, on avait rarement la joie, dit-on, de le savoir absent. Il était omniprésent et inexorable en matière de discipline. Mais son cur de prêtre primait et planait sur les événements de la vie écolière. Sil a su construire un temple au Seigneur, il lui en a formé des milliers plus splendides encore et plus précieux dans les âmes de ses enfants. Il leur a communiqué sinon les grâces de la conversion totale, du moins les invites au sérieux de la vie.

    Emouvant vieillard, le Père Colombet conserva néanmoins une admirable jeunesse dâme, car il connaissait cette parole de Mgr dHulst : Il faut des jeunes non seulement pour empêcher le monde de finir, mais aussi pour lempêcher de dormir.

    Il sut renouveler chaque matin sa jeunesse au saint autel, sapprochant de plus en plus de Dieu tout en sintéressant chaque jour davantage aux merveilleux aspects de sa création. A notre époque, le panorama du monde change vite. Aussi bien, en sa vie de quatre-vingt-quatre ans quels aspects nouveaux, le cher P. Colombet na-t-il pas observés ! Des bateaux à voiles aux transatlantiques à moteurs Diesel, de la lampe à lhuile de coco aux lumières Néon, de la diligence qui relie Gap à Paris en huit jours à lavion Air Orient qui, presque dans le même laps de temps, vous conduit de Bangkok en France, sans parler de la T. S. F., du téléphone, du cinéma, du microphone, que de prodigieux efforts de la science moderne ne lui a-t-il pas été donné de contempler ! Et nous ne parlerons pas de limpressionnante succession des événements politiques ou religieux ! De cette admirable galerie de Papes, de Pie IX à Pie XI ! De cet essor des Missions Catholiques du XIXe et du XXe siècle ! De cette vitalité splendide de la Société des Missions-Étrangères ! De ce labeur intense de sa chère Mission du Siam, dont il fut non seulement le témoin privilégié, mais aussi lun des plus marquants animateurs !

    Avec le temps lui vinrent les honneurs, chevalier de la Légion dHonneur, chevalier de lEléphant Blanc, officier dAcadémie. Nul nignore quil naccepta ces distinctions que dans la mesure où elles devaient servir à rehausser son prestige pour le salut des âmes. Car, de la gloire il neut cure, pour avoir suffisamment médité sur linanité des grandeurs humaines. Ce qui nempêchait nullement la visite dans son modeste presbytère et des Princes et de la haute noblesse siamoise que sa dignité et sa courtoisie savaient attirer et charmer. Indifférent à ce qui pourrait éblouir ou infatuer, le Père Colombet rayonna dhumilité. On le voit encore, légendaire, dans les rues de Bangkok, marchant à pied, son parapluie noir doublé de blanc sous le bras, deux orphelins laccompagnant à sa longue promenade hebdomadaire quil nabandonna quà lâge de soixante-quinze ans ! Rien dacadémique non plus ni dans ses écrits ou ses sermons, parfois un tantinet à la Saint Jean, mais il savait du moins capturer lattention et toucher les curs. Il connaissait sans doute cette comparaison du Saint Curé dArs : Lhumilité est aux vertus, ce que la chaîne est aux grains de chapelet : enlevez la chaîne, tous séchappent.

    Il puisait la sève profonde de sa vie de missionnaire dans la prière. Il ne ferma Hamon, le livre préféré de ses méditations, que la veille même de sa mort. Son culte eucharistique fut grand et la dernière cérémonie religieuse quil contempla fut la procession de la Fête-Dieu tout autour de sa chère cathédrale. Il aima la souffrance qui durant les sept dernières années de sa vie fut sa compagne dhôpital. Ame vraiment chrétienne, malgré des infirmités nombreuses, celle du P. Colombet ne connut ni la tristesse, ni le découragement, ni les larmes. Nature riche, virile, confiante, il sappuya constamment sur Dieu, sur la Sainte Vierge et Saint Joseph, Trinité terrestre quil désirait voir laccueillir.

    Son vu fut réalisé. A peine se terminait loctave de lAssomption que Saint Joseph emmenait au ciel, le mercredi 23 août, son fidèle serviteur. Nous ne décrirons pas les funérailles. Elles eurent lieu le 25 et furent une apothéose nationale et unique dans les annales catholiques du Siam. Le Gouvernement Siamois représenté par son Chef accompagné dune pléiade de Ministres dEtat, le Corps diplomatique, la colonie française au complet, de nombreux membres des colonies européennes, la foule immense des chrétiens et danciens élèves, sans oublier les délégations de toutes les Ecoles, Couvents et Collèges, encadrées par les Frères et les Surs, rendirent un suprême hommage à la dépouille mortelle du Révérend P. Colombet. Le clergé français, italien, indigène formait une triomphale couronne autour du cercueil. LEvêque enfin, présidait et officiait pour le repos éternel de lâme de celui qui sans doute avait le bonheur dappartenir désormais au beau royaume du Roi des rois, tandis que néanmoins tous faisaient monter encore leurs prières, mêlées de pleurs et de sanglots pour leur illustre et incomparable Père en Jésus-Christ.

    Quil repose en Paix.

    L. A. CHORIN.


    Malacca

    1er sept.

    Le 5 août, le P. Stephen Lee, curé de léglise Chinoise de Saint Pierre et St Paul de Singapore, bénissait une chapelle nouvelle dans le district de Mandai où, grâce à la collaboration de Mr Paul Lee Keng Hoat, il a pu établir une colonie de chrétiens Tchau-Tchus, réfugiés de Peh-Né, anciens paroissiens du P. Becmeur. Ces pauvres gens, délivrés de la terreur rouge, ont pu reprendre en toute tranquillité la vie des champs, sadonnant à la culture des ananas, du tapioca, du tabac et des légumes, dun rapport assez maigre, il est vrai, mais du moins assuré. La chapelle, qui maintenant se dresse au milieu de leurs jardins, adoucira lamertume de lexil ; elle leur rappellera la belle église de Peh-Né que peu, sans doute, ont conservé lespoir de revoir. Au P. Stephen Lee incombe la charge de cette nouvelle station.

    Quelques jours plus tard, le mercredi 17, le P. Girard bénissait un sanctuaire nouveau aux environs de Kuala-Lumpur, dans la colonie de lépreux installée par le Gouvernement à Sungei-Buloh. La Chronique a dit les démarches faites par notre jeune confrère pour obtenir un terrain sur le territoire même de la colonie et avec quelle ardeur il menait campagne pour réunir les fonds nécessaires. Son rêve est une réalité désormais.

    Assisté des PP. Hermann et Perrissoud de Kuala-Lumpur, le P. Girard procéda, le 17 août, à la bénédiction de la chapelle de Sungei-Buloh dédiée à N.-D. de Lourdes. La Matron (infirmière en chef) de la Léproserie, le Docteur tous deux protestants, ainsi que les dirigeants des différents Clubs étaient présents. Les malades catholiques qui ne pouvaient marcher sont arrivés dans leurs petites charrettes accompagnés de leur infirmier. Par ailleurs bon nombre de païens et de non-catholiques avaient tenu à assister à la cérémonie. Enfin, après la bénédiction, un infirmier catholique, lépreux lui aussi, reçut chez lui à un tea-party tous les malades catholiques. Ce fut donc fête sur toute la ligne. Le lendemain, messe et érection du Chemin de Croix.... Ils sont contents, écrit en terminant le P. Girard, et cest le principal.

    Souhaitons quavec laide de la Bonne Vierge, le P. Girard puisse accomplir parmi ses chers lépreux tout le bien quil désire. Alors le nombre des fidèles croîtra, et Marie deviendra, pour ceux qui nont plus rien à espérer en ce monde, réellement là Porte du ciel.

    Notre retraite annuelle vient de se terminer. Elle sest déroulée, sous la présidence du vénéré P. Ruaudel, dans lenceinte bénie du Collège de Pinang. Vingt-trois missionnaires et prêtres du clergé indigène y ont pris part.

    Les PP. Duvelle, Bécheras et Sy ont fait laller et le retour en auto, soit un total de près de 1.900 kilom. Il leur a été ainsi loisible de mener à bien le programme suivant : 1º visiter les postes échelonnés sur leur route, 2º y vivre sur lhabitant, 3º faire plaisir à tout le monde, 4º dépenser cinq fois moins que sils eussent voyagé par le train.

    Au retour, en passant à Malacca, le P. Duvelle proposait un vote de félicitations pour le P. Bécheras à cause de la confiance, disait-il, quil avait manifestée en se fiant à des chauffeurs tels que le P. Sy et moi Bah ! riposta un loustic, pour ce qui reste encore à casser chez le P. Bêcheras ! Le P. Bécheras, sachez-le, est un habitué des accidents sur route, cétait à se demander, quand il enfourchait une bécane ou une motocyclette, ou montait à bord dune six-cylindres à quel saint il se vouait et vers quel nouveau désastre il courait.

    Notre vice-doyen, le P. Renard, après avoir remis entre les mains du P. Baloche sa paroisse de Pulo-Tikus (lîle des Rats), est descendu sur Singapore doù il sembarquera pour Hongkong. Quelques mois dhiver à Pokfulum, les tendresses maternelles du P. Marie, le repos auront vite fait tout le bien souhaité, et le Père Renard nous reviendra plus solide que jamais, et à nouveau tout débordant dentrain.


    Mandalay

    5 septembre.

    Le P. Herr nous est arrivé le 22 juillet de Bhamo pour se faire opérer dune hernie qui lempêche de faire ses habituelles randonnées à cheval. Mais le Docteur de Maymyo qui la examiné, a jugé que ses 70 ans sonnés étaient un sérieux obstacle à lopération et lui a conseillé de repartir chez lui avec son mal et... avec un bon bandage nouveau modèle. Le pauvre Père est donc reparti à son poste un peu dépité, mais surtout avec le grand regret davoir fait un voyage inutile et davoir perdu son temps

    Un de nos jeunes prêtres indigènes a été très sérieusement malade et a dû être hospitalisé. Grâce à Dieu, le mal a été conjuré et après quelques semaines de convalescence à la Léproserie St Jean, le P. Stephen ira rejoindre son poste à Amarapura.

    La fête de lAssomption est toujours célébrée très solennellement à la Cathédrale ; Messe Pontificale, etc... Ce jour-là, nos jeunes enfants font leur première communion et reçoivent le sacrement de confirmation. Cette année, le nombre des confirmands était de 40.

    Après la fête, le 17 août, Mgr Falière repartait en tournée. Le programme comporte la visite des postes échelonnés le long du fleuve, et de quelques autres postes au sud de la Mission. La tournée doit durer un mois environ.

    Le P. Moindrot a été condamné par la Faculté à une cure de repos absolu. On craignait une phlébite ; ce nest pas cela, paraît-il, mais quelque chose qui lui ressemble et que je ne saurais définir. Quoiquil lui soit encore difficile de rester longtemps debout, le médecin vient de lui permettre de dire la messe.


    Laos

    26 août.

    Pour une petite plaie à la jambe le P. Arnaud est depuis un mois à lhôpital de Paksé. Il doit y ronger son frein, à la vue de tout le travail quil a sur les bras et quil ne peut faire : travail à la montagne chez les Khas, travail de Paksé à Bassac sur les rives du grand fleuve.

    Le P. Lazare, qui dirige lécole des catéchistes, est, lui aussi, souffrant depuis quelques semaines. Devant la ténacité de la fièvre, il sest décidé à venir demander à la Faculté de Thakhek de vouloir bien le remettre à flot.

    Nous faisons des vux pour que nos deux malades soient au plus tôt guéris, et en état de reprendre le collier.

    Après un mois passé à Nong Seng, notre jeune P. Mainier fut dirigé sur Vientiane, la capitale du Laos français. Lorsquen 1883 les PP. Prodhomme et Rondel firent leur première expédition vers le nord, ils ne virent sur lemplacement de Vientiane que ruines de pagodes envahies par la brousse et, à part quelques maisons laociennes, pas âme qui vive.

    Cest en 1828, à la suite dune guerre entre le Siam et Chao Anou, dernier roi de Vientiane, que cette ville fut mise à feu et à sang par les troupes siamoises. Elles déportèrent, dit-on, 6.000 familles, prirent les éléphants et 400 chevaux de guerre. De lancien royaume de Vientiane, le Siam fit purement et simplement une province siamoise, quil appela Dao Phoueun ; mais, selon le mot dun historien, les soldats siamois ne laissèrent que la terre, leau et les fauves de la forêt, là où ils avaient trouvé une riche province et une ville merveilleuse.

    Ces monceaux de pierres et de briques, restes des nombreuses pagodes, furent enlacés par les lianes et recouverts de hautes herbes comme dun vert linceul. Çà et là émergeait la tête dun Bouddha géant ou la spirale aérienne dun That (colonne bouddhique), comme témoignages dancienne splendeur.

    De 1828 à 1894, ces restes demeurèrent ensevelis. Cest à cette époque, le 14 juillet 1894, que Pavie installa Mr Lugan et choisit ces ruines comme centre dune nouvelle province. Peu à peu, sous le gouvernement français, Vientiane se réveilla de son long sommeil, pour devenir la capitale du Laos, une ville agréable et joliment bâtie, mais excentrique et.... inutile.

    Ces mêmes chaloupes, qui, en 1895, remontaient le Mékong pour atteindre Vientiane, y conduisent aujourdhui encore le voyageur. Soufflant, suant, haletant, elles mettaient, il y a quarante ans, trois jours pour faire le service de Thakhek à la capitale, aujourdhui encore, elles ne mettent pas une heure de moins.

    Ah ! ces bonnes vieilles chaloupes du Mékong !


    Pondichéry

    28 août.

    Le Trait dUnion
    Pondichéry. Le 22 juillet, rentrée du grand séminaire. Le P. Pointet qui a déjà été professeur au grand séminaire pendant la guerre remplace le regretté P. Veyret, pendant que le P. Audiau hérite de la houlette et de la baguette du P. Bassaistéguy, nommé directeur de lécole industrielle de Coïmbatore.

    Le nouveau séminaire de Bangalore monte rapidement. Les gros travaux seront terminés avant les pluies. Il ne restera plus alors quà bâtir les dépendances et à meubler la maison. Sera-t-elle prête à recevoir ses hôtes en janvier prochain ? Cest plus que douteux. Dans tous les cas, ce sera un magnifique séminaire, un des plus beaux de lInde, situé dans un endroit idéal.

    Le 15, arrivée du P. Trideau qui vient faire ses préparatifs de départ. Il sest embarqué le 21 à bord du Bernardin de St Pierre. Nos prières et nos vux suivront le voyageur qui va, sur lordre de ses supérieurs, demander à la mère-patrie de lui rendre les forces et la santé quil a dépensées sans compter au service des âmes.

    Nellitope.Tous les ans, Nellitope célèbre sa fête patronale, lAssomption, avec une pompe extraordinaire. Tout Pondichéry y assiste. Cette année, hélas ! les circonstances nétaient guère favorables et, jusquau dernier moment, on sest demandé ce qui allait se passer. Cest que la dispute entre les choutres et les pariahs dure encore. La pomme de discorde, la barrière de séparation, est toujours dans léglise. Les chrétiens de caste ne veulent ni lenlever ni la laisser enlever, malgré les ordres répétés. Privés de pasteur et de messe depuis plusieurs mois, ils continuent de sonner les cloches, se réunissent à léglise et font leurs processions comme par le passé. Léglise, disent-ils, leur appartient et ils refusent de livrer les clefs à lautorité ecclésiastique. Ils ont même adressé une supplique au Souverain Pontife lui demandant de reconnaître leur droit exclusif à lusage de lédifice sacré et de leur donner un curé quils paieraient eux-mêmes.

    Pour faire cesser ce scandale, il fallut recourir aux tribunaux. Appelés en référé, les détenteurs des clefs se virent condamner à les remettre à qui de droit dans les 24 heures, faute de quoi le Juge de paix se rendrait lui-même sur les lieux, mettrait de nouvelles serrures et fermerait léglise avec laide de la police. Là-dessus, grand émoi au village, dautant plus que la neuvaine préparatoire à la fête était sur le point de commencer. Les hommes viennent à Pondichéry essayer de soulever lopinion. Une députation se présente même au gouvernement pour demander au représentant de la France dintervenir en leur faveur. Déboutés sur toute la ligne, les chefs de la chrétienté finissent par où ils auraient dû commencer : ils apportent les clefs de léglise au P. Combes, curé de la cathédrale et chargé, par intérim, de la paroisse de Nellitope, et le supplient de venir célébrer leur neuvaine et leur fête, sengageant, devant témoins, à ne pas faire opposition à lenlèvement de la balustrade et à laisser désormais sonner les cloches pour les pariahs comme pour les choutres.

    Devant cette marque de bonne volonté et pour le bien de la paix, le P. Combes accède à leurs désirs. Voilà comment Nellitope a eu sa fête cette année encore, à la grande joie de tous. Grâce à ces mesures de bienveillance, les esprits se sont calmés, et il y a tout lieu de croire que les promesses seront tenues.

    Monseigneur sembarquera à Marseille le 13 septembre et sera, par conséquent, à Pondichéry dans les premiers jours doctobre.


    Mysore

    20 août.

    Notre clergé diocésain compte une unité de plus. Il y a quelques semaines, St Sulpice nous renvoyait le jeune diacre Frank Schembry pour recevoir ici même, au milieu des siens lonction sacerdotale des mains de son évêque. Lordination du nouveau prêtre eut lieu la veille du 15 août, en léglise St François Xavier. Une belle couronne de 32 prêtres entouraient le jeune lévite : ce fut une cérémonie bien intime et bien silencieuse ; sans le grand dôme de la nouvelle église et le grand jour qui emplissait limmense édifice, on se serait cru aux catacombes.

    Le lendemain, le P. Frank Schembry chantait sa première messe dans la chapelle du Collège St Joseph et, dans sa touchante allocution, le P. Aranjo, lui aussi enfant spirituel de St Sulpice, nous dit la joie que devaient ressentir, en pareil jour, les élèves, les parents et le jeune prêtre lui-même.

    On pouvait voir à lautel 5 enfants du Collège, aujourdhui prêtres. Après tout, un collège nest pas forcément une uvre de luxe, ce nest peut-être pas toujours une uvre surérogatoire et dans la mission de Mysore, cest lune des uvres les plus prospères et, grâce à laquelle, en matière déducation, les Pères des M.-E. occupent une place, et des plus honorables.

    Le Collège continuera ses nobles traditions : il a déjà un long passé ; il a connu des vicissitudes et traversé maintes tourmentes. Mais, sadaptant aux circonstances, même quelquefois très difficiles, il a su et saura rester fidèle à la mission que ses fondateurs lui ont assignée, et jamais peut-être cette mission nest apparue plus capitale que de nos jours.

    En cette matinée du 15 août, le Collège était à lhonneur ; à lhonneur aussi étaient ce père et cette mère admirables qui voyaient monter à lautel leur troisième fils. Puisse notre nouveau prêtre travailler longtemps dans notre Mysore : la formation quil a reçue à St Sulpice est une formation hors de pair, les fruits nen peuvent être que nombreux et durables.

    Cette année, la fête de Sainte Philomène, célébrée le vendredi 11 août et présidée par Mgr, a été un véritable triomphe. La Sainte devient universellement connue et aimée dans toute lInde du sud, et son sanctuaire à Mysore est plus que jamais un centre dune activité débordante et insoupçonnée.


    Coïmbatore

    23 août.

    Le jeudi 27 juillet séteignait pieusement à Xaveriarpalayam, son village natal, le P. Marie Xavier, après 32 ans de ministère apostolique. Il fut toute sa vie un prêtre humble et exemplaire. Ses funérailles, auxquelles assistaient une quinzaine de prêtres, furent présidées par Mgr de Coïmbatore. Il repose maintenant à côté du P. Cornevin, mort en 1849 après un an de mission.

    Le P. Loyon de la Mission de Pondichéry est venu à Coïmbatore pour sy faire opérer dune loupe à la nuque. Le Docteur est très dévoué et a la réputation très méritée dêtre un chirurgien hors ligne. On vient de nombreux côtés faire appel à son habileté. Lopération a été faite sans quil soit nécessaire de recourir au chloroforme et semble bien réussie.

    Le P. Castanié, à qui un séjour au Sanatorium St Théodere avait fait beaucoup de bien, vient davoir une rechute et il est venu à Coïmbatore où il reçoit les soins dévoués du Docteur. Après quelques jours de mieux, son état a empiré et sur sa demande, Monseigneur lui a administré lextrême-onction. Il supporte avec une résignation admirable ses souffrances qui sont grandes.

    Le 15 août, jour de premières communions et de confirmations à la paroisse de la cathédrale. Il y eut 134 premières communions et 303 confirmations dont une centaine de néophytes de lannée.


    Salem

    25 août.

    La future résidence commence à prendre.... racine ; les travaux de fondations sont poussés activement par le P. Michotte, qui est toute la journée sur le chantier et sur... le gril.

    Le logement et la chapelle du P. Blons à High Field, complètement achevés en quatre mois, ont été bénis vers la mi-août ; cette bénédiction fut loccasion dun pique-nique pour nos séminaristes qui ne connaissaient de Yercaud que la masse sombre des montagnes dominant la plaine de Salem et barrant lhorizon au sud.

    La fête de lAssomption fut, cette année, un vrai jour dapothéose pour le P. Ligeon, heureux davoir vu sa paroisse dIndiens retournée par une retraite, prêchée par le P. Marie Louis S. J., qui se clôtura par 700 confessions et communions, et 145 confirmations données par Mgr Morel.

    A Perumkurichy, nouveau centre de chrétienté dans le district de Namakal, le P. Hourmant vient de baptiser 85 catéchumènes ; le mouvement de conversion saccentue : plusieurs villages demandent à étudier la doctrine et à se convertir.

    Les PP. Mercier et Sovignet, après un mois de villégiature au Sanatorium de St Théodore, ont repris le harnais avec un renouveau dentrain. Les PP. Brun et Massol ont été les remplacer aux Montagnes Bleues.



    1933/762-806
    762-806
    Anonyme
    France et Asie
    1933
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