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Chronique des Missions et des Etablissements communs 6

Chronique des Missions et des Etablissements communs. Fukuoka mai. Heureux chroniqueur du Bulletin de Juin ! Pour cette fois, il nest pas à court de copie et na pas à se poser lobsédante question mensuelle : Que vais-je donc raconter cette fois-ci ? Le passage à Fukuoka de Mgr le Supérieur Général nous met dans un autre genre dembarras : comment résumer les trois jours que nous venons de passer ?... Matière abondante au point de remplir tout un numéro du Bulletin.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs.
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    Fukuoka

    mai.

    Heureux chroniqueur du Bulletin de Juin ! Pour cette fois, il nest pas à court de copie et na pas à se poser lobsédante question mensuelle : Que vais-je donc raconter cette fois-ci ?

    Le passage à Fukuoka de Mgr le Supérieur Général nous met dans un autre genre dembarras : comment résumer les trois jours que nous venons de passer ?... Matière abondante au point de remplir tout un numéro du Bulletin.

    Après avoir parcouru les Indes mystérieuses, les douces missions de lIndochine et du Tonkin, la Chine chaotique, notre vénéré Supérieur foulait enfin le sol japonais à Nagasaki le 1er mai 1932, en route pour la mission de Fukuoka.

    De même que lon ne visite pas lIndochine sans aller se recueillir sur la tombe de Mgr dAdran, on ne peut venir au Japon sans aller faire un pèlerinage au vaste champ des Martyrs quest Nagasaki et ses environs.

    Midi ! Soleil printanier... une brise rafraîchissante fait vibrer les arbres de la montagne sacrée.... Les cloches des églises de Nagasaki envoient au large au devant de Son Excellence leurs joyeux Alleluia. Sur le quai du port, Mgr Breton et le P. Halbout, Mgr Hayasaka et son clergé devisent aimablement ; une foule de fidèles : frères, religieuses, chrétiens attendent impatiemment larrivée du bateau. Enfin ! Trois coups de sirène et le Nagasaki Maru venant de Shanghai entre au port ! Un mouchoir sagite, une tête de vieillard quencadre une belle barbe blanche apparaît, cest lui ! cest Mgr de Guébriant, Supérieur Général des Missions-Étrangères de Paris. Il est accompagné du P. Samson, procureur à Shanghai et fervent ami des missions du Japon. Accolade pleine deffusion entre le père et le fils, entre le grand-père et le petit-fils, bénédiction de la foule et en route pour lévêché.

    Le Divin Maître adoré, la statue de la découverte des chrétiens vénérée, Mgr parcourt hâtivement les bâtiments de lévêché, sattardant de-ci de-là à contempler quelque portrait de Mgr Petitjean, de Mgr Cousin, de Mgr Combaz, souriant dans leur cadre. Entre les missionnaires dune génération passée et ceux dune génération qui passe, un fluide magnétique semble circuler et Mgr de Guébriant, la tête légèrement penchée, paraît leur dire : Mes chers anciens, vous avez bien travaillé et cest à vous que je dois davoir rendu ce magnifique diocèse indépendant et indigène.

    Oh oui, ils ont bien travaillé nos anciens ! Mgr le Supérieur eut loccasion et la joie dé sen rendre compte à la bénédiction du Saint-Sacrement quil donna dans la banlieue de Nagasaki, à Urakami. Les huit mille chrétiens qui forment cette paroisse sont tous descendants danciens confesseurs de la foi, exilés vers 1870. Aussi la foi de ces braves gens est-elle fortement ancrée. Ecoutez-les chanter tous ensemble leur Credo et les louanges de la Vierge ! quelle émotion vous étreint le cur ! Les vieux chrétiens de Nagasaki sont restés attachés et reconnaissants aux Pères des M.- E. qui leur ont donné la foi; cest ce que dit à Sa Grandeur un prêtre indigène présentant la paroisse. A cette adresse de sympathie Mgr répond par quelques mots du cur ; sans les comprendre les fidèles les lisent dans les yeux humides de leur grand-père dans la foi, et un étourdissant banzai retentit, répétant à tous les échos, quavec leurs vieilles méthodes, les M.-E. ont fait et font encore, grâce à Dieu, du bon travail.

    Le temps passe, il faut se hâter. Mgr se laisse conduire au petit séminaire, grande bâtisse de ciment armé et de briques, édifiée avec laide des chrétiens, il y a quelques années à peine, par notre confrère le P. Gracy. La personne qui nous fait les honneurs de la maison est un brave Père Franciscain. Mgr apprend alors que le petit séminaire de lImmaculée Conception vient de changer de propriétaire et est devenu une maison séraphique.

    Mgr visite ensuite le noviciat des Frères de Marie, leur école apostolique et leur grand collège de Nagasaki où huit petits séminaristes de Fukuoka font leurs études, les différentes uvres du diocèse, et rentre à lévêché en attendant le train de nuit qui lamènera dans la jeune mission de Fukuoka.

    Benedictus qui venit in nomme Domini... Tel est le cri qui, de toutes les lèvres monta quand, dans le matin clair du lundi 2 mai, à la portière de son wagon apparut notre vénéré Supérieur Général. A Fukuoka, malgré lheure matinale, cinq heures et demie, nous étions tous là, jeunes et vieux, et ce ne fut certes pas sans une légitime émotion que nous nous prosternâmes devant S. E., qui, alerte et souriante, adressait à chacun un mot aimable. Deux autos nous emportèrent rapidement à léglise cathédrale où attendait la foule des chrétiens pour assister à la messe de S. E.

    La messe terminée et les forces réparées, Mgr de Guébriant voulut aussitôt prendre connaissance de notre séminaire naissant. En termes concis, clairs et pleins de sincérité, Mgr Breton le lui présenta en la personne de vingt petits séminaristes, grain de sénevé levant, mais espoir de la mission. Puis deux élèves lurent à tour de rôle une adresse latine et française. Mgr le Supérieur prenant à son tour la parole, félicita les deux orateurs de leur habileté à manier des langues auxquelles ils viennent dêtre à peine initiés et les en récompensa par un jour de congé.

    Puis il nous dit lintérêt quil porte à luvre des Séminaires et assura Mgr de Fukuoka de son appui dans la construction du séminaire local, baptisé, à la requête unanime des missionnaires, du nom de Séminaire de Guébriant. Mgr accepte le parrainage.

    Ensuite ce fut la visite au couvent des Surs du Homonkwai. Mgr leur dit sa joie de voir des religieuses indigènes seconder les efforts des missionnaires et par une paternelle bénédiction les encouragea dans leur travail.

    Nous ne pouvons entrer dans le détail des réceptions et itinéraires de Mgr, réceptions qui ont dû se répéter sans grand changement tant de fois au cours de sa visite dans chacune de nos missions, et itinéraires banals dans un pays ultra-civilisé comme le Japon où le voyage na pas même limprévu de quelques minutes de retard dans lhoraire des chemins de fer. Nous préférons résumer ici les deux entretiens que notre vénéré Supérieur a bien voulu nous accorder, désireux den faire profiter les confrères qui nont pas eu le bonheur de lentendre.

    Après un court récit de sa randonnée en Extrême Orient, Mgr nous dit le plaisir tout particulier quil éprouve de se trouver à Fukuoka, nouveau diocèse, nous dit-il, à la formation duquel jai eu une part appréciable et que jai à cur daider dune façon particulière. Vous êtes, mes chers amis, les premiers dans la société qui ayez pu remplir à la lettre notre programme et ayez donné lexemple dune obéissance entière à lun des articles fondamentaux de notre règlement. Nous sommes par vocation des défricheurs qui, une fois le terrain préparé, laissent la place à dautres pour aller chercher ailleurs une autre brousse. Laissez-moi vous féliciter de la manière dont vous vous êtes acquittés de votre tâche, ou plutôt je nai pas à faire votre éloge, quand une voix tout autrement autorisée que la mienne, la déjà fait et dune manière si heureuse. On ne connaît pas assez dans notre société les termes du bref dérection du diocèse de Fukuoka, bref que je vous invite à relire et à méditer : il vous aidera à estimer encore davantage votre vocation. Nous savons parfaitement, y disait Pie XI, lessor remarquable qua pris ces dernières années le diocèse de Nagasaki, sous la direction des prêtres des M.-E. de Paris. Nous connaissons en particulier laugmentation considérable du nombre des fidèles et des prêtres indigènes, aussi jugeons-nous lheure venue de diviser le diocèse et den mettre sous la juridiction du clergé indigène la partie la plus florissante et la plus avancée ! Quant au reste, où lévangélisation est encore à létat rudimentaire, nous lérigeons en un nouveau diocèse, celui de Fukuoka, que nous confions aux prêtres des M.-E. de Paris. Les défricheurs que vous êtes, que nous sommes tous, pouvaient-ils espérer un plus magnifique éloge, leur tâche terminée ?

    Mais un autre motif de ma joie daujourdhui, cest de me trouver au milieu de missionnaires de pays entièrement païen. Mais me direz-vous ?... oui, je sais parfaitement bien que toutes nos missions sont en pays païens, mais il y a des degrés très accentués dans le paganisme. En pays de colonie, le paganisme est encore abordable à lemprise de lévangile, mais ici, comme dans les pays païens politiquement indépendants, le paganisme se montre dans toute sa force redoutable et les missionnaires qui évangélisent ces régions ont à lui livrer un corps à corps tout particulièrement dur et méritoire. Faisons honneur à notre vocation. Il y a encore dans le monde plus dun milliard de païens, ce bloc devrait depuis longtemps être entré dans le sein de lEglise. Sil ne lest pas encore, la faute en est non pas à la grâce de Dieu qui na pas fait défaut, mais au manque de correspondance de la part des instruments dont Dieu se sert, que ce soit les corps sociaux, les nations ou les individus. Tous ont failli à la mission quils avaient de conquérir le monde au Christ, ou du moins ils y ont répondu dans une proportion dérisoire. Sans chercher la part de responsabilité de chacun dans cette affaire, ce quil nous faut faire, hic et nunc, cest entretenir et accroître, si possible, le mordant, lélan missionnaire qui doit caractériser notre Société. Faut-il vous dire, pour vous encourager que, lors de ma tournée à travers les missions, jai constaté partout, particulièrement chez les chefs de mission, un renouveau prononcé de cet esprit missionnaire et que, pour mon compte, cette longue visite a été pour moi bien plus profitable que deux mois passés dans un couvent, à méditer des exercices spirituels !

    A midi, ce fut dans une atmosphère de la plus réelle et sincère gaieté que nous fîmes le traditionnel gochiso (banquet) de famille. Le R. P. Cimati, supérieur de la mission salésienne de Miyazaki, et le P. Gérard, supérieur de la Trappe de Shindenbaru sétaient joints à nous. De 2 à 4 heures, réception à lévêché pour les membres des Communautés religieuses ainsi que pour les chrétiens et païens désireux de sentretenir avec S. E.. A 4 heures, réunion générale à la montagne où séminaire et couvent seront construits. Mgr de Guébriant dans un cadre de verdure ensoleillée, procéda à la bénédiction de la première pierre des deux bâtiments, et le P. Martin chanta la beauté des vocations sacerdotales et religieuses.

    En dépit des fatigues dune journée au programme particulièrement chargé, Mgr voulut bien, dans la soirée, nous entretenir encore quelques instants des missions vues du dehors: Actuellement, nous dit-il, missions et missionnaires tiennent une place exceptionnelle dans le monde intellectuel, position qui contraste étrangement avec les idées quon sen faisait il ny a pas très longtemps. Il y a une trentaine dannées, on estimait le missionnaire, certes, on admirait sa vocation, et les catholiques lui savaient gré de se dévouer pour une bonne uvre entre tant dautres bonnes uvres, mais cétait tout. Aujourdhui, le monde non croyant lui-même, sintéresse aux missions et en reconnaît la nécessité. Les catholiques eux, voient dans luvre des missions ce quils auraient dû y voir toujours, la bonne uvre par excellence, la mise en pratique du commandement suprême du Christ consigné dans la dernière page de lévangile : Euntes docete omnes gentes, prdicate evangelium omni creatur.

    Ce changement complet, ce revirement dans lopinion catholique, on a tendance à lattribuer aux deux derniers papes. Certes, Benoît XV et Pie XI ont contribué plus que quiconque, par leurs encycliques et directives répétées, à éclairer les catholiques sur la vraie place des missions dans le plan divin ! Mais enfin, il me semble, pour être juste, que les Souverains Pontifes ont plutôt été, dans la circonstance, lécho de la conscience catholique elle-même enfin remuée par le spectacle si réconfortant de lhéroïsme de cette armée de missionnaires qui peinent depuis tant dannées sur toutes les plages du monde païen, Ce sont les missionnaires eux-mêmes qui ont fini par attirer les regards du monde entier sur leurs travaux et sur limportance mal soupçonnée de la cause à laquelle ils se dévouent : cuique suum.

    Il est remarquable dailleurs que ce revirement dopinion coïncide avec un renouveau incontestable dans lEglise, avec un accroissement de son influence et il nest pas téméraire de penser que luvre des missionnaires a contribué pour beaucoup à améliorer sa position dans le monde. Ainsi pour ne parler que de lExtrême Orient où le chiffre des catholiques est encore si modeste, imaginez-vous ce quil serait advenu si lemprise de 1Eglise avait été absolument nulle, le résultat du travail des missionnaires nul ? Quel triomphe chez nos adversaires, de constater cet échec auprès de certains peuples, de certaines races dhommes, etc.. Je vous disais ce matin de renouveler votre esprit missionnaire, votre mordant ! je le répète. Songez moins aux résultats immédiats quà la grandeur de luvre à laquelle vous coopérez. Quand bien même, nous piétinerions sur place, sans enregistrer aucun progrès visible, songez ce que votre seule présence en face du fonds païen est pour le prestige de lEglise. Pour moi, termine Mgr, voici 50 ans que jentrais à la rue du Bac. Ces 50 ans je les ai passés en mission, dans les pays païens, je ne les regrette pas et si cétait à recommencer, je recommencerais de bon cur certes, car je suis intimement persuadé que cest la meilleure et la plus belle manière demployer sa vie

    La première journée avait été bien remplie. Le lendemain devait avoir un programme aussi lourdement chargé. Parti de lévêché à 8 heures et demie du matin, Mgr y rentrait le soir à 10 heures, après avoir visité le centre de la mission : Kumamoto, sa paroisse, son école secondaire et sa léproserie ; Kurume et son école ; Imamura et ses 1700 chrétiens. Tous les confrères et les dévouées religieuses étaient aux anges !

    Le mercredi, 4 mai, deux autos prenaient la route du nord. Elles sarrêtèrent dabord à Yawata, la ville aux fumées éternelles, où le P. Doller fit les honneurs de son poste et de son école enfantine, puis dun bond elles prirent leur course vers la Trappe de Shindenbaru. Là, accueil chaleureux du bon P. Gérard. Au retour S. E, jeta un coup dil sur la chrétienté de lendroit, chrétienté toute nouvelle, formée de pauvres gens que la faim fit sortir récemment de ces îles Goto où la persécution les avait relégués il y a 300 ans.

    Après une visite au poste de Kokura, où le P. Heuzet leur fit oublier les fatigues de la route, et à celui de Moji, les voyageurs rentraient sains et saufs vers 6 h. ½ .

    Jeudi. Ascension de N. S.... Le ciel était gris, triste... Sur les flots bleus de la baie de Fukuoka, un hydravion attendait... il glissa légèrement... et dans un jet décume monta dans les airs, en route pour Osaka....

    Ainsi sen fut notre Vénéré Supérieur Général, accompagné des PP. Bois, Vic. g. et Samson. Il emportait avec lui notre admiration, notre respect, lassurance de nos prières, de notre affection, de notre reconnaissance. Que Dieu bénisse son retour en France, et, comme le dit Mgr Breton, nous le garde en excellente santé jusquà sa nouvelle visite, en lannée ?


    Osaka

    6 mai.

    La chronique dOsaka, en ce mois davril, se montre surchargée dévénements dont les uns, sils furent escomptés davance et apportèrent une lueur de joie aux missionnaires, les autres, fort imprévus, sont de nature à couvrir la mission dun voile de tristesse.

    A la première catégorie appartient larrivée de Monseigneur le Supérieur, qui, par une curieuse coïncidence, en un jour dAscension, descendait des régions éthérées pour venir prendre contact avec la terre dOsaka. A défaut de renseignements précis sur les habitants de lau-delà, notre curiosité se trouve dédommagée par les nouvelles que Son Excellence nous donne sur les missions et les confrères déjà visités.

    Ensuite, depuis quelques semaines, Nishinomiya, à mi-chemin entre Osaka et Kôbé, possède une grande et magnifique église, à laquelle ne manquent ni décors ni fidèles. Quand, au cours de lannée précédente, le P. Bousquet, titulaire du poste, exposait son intention délever un sanctuaire sous le vocable de Sainte Thérèse de lEnfant-Jésus, et étalait les plans élaborés, plus dun fut tenté de traiter de chimérique ce désir, tant il apparaissait irréalisable par ces temps de vie chère et de marasme. Cétait compter sans la ténacité de notre confrère et sa confiance sans limite en lintervention de sa puissante protectrice.

    Les fidèles résolurent daller de lavant ; un architecte catholique, M. Umeki, prenant à cur la construction de lédifice, mit à la disposition du P. Bousquet les ressources de son talent pour lui permettre de réaliser ce véritable tour de force. Cest ainsi que le 17 avril, par une journée ensoleillée, Monseigneur procédait à la bénédiction du nouveau sanctuaire, et célébrait pontificalement en présence dune foule nombreuse et contente dassister à ces cérémonies relativement rares en pays de mission. Le R. P. Cimati, supérieur de la mission de Miyasaki, dans le Kyushu, et un jeune religieux salésien exécutèrent dune façon magistrale les chants liturgiques, et le P. Candau, supérieur du grand séminaire de Tôkyô, tint sous le charme de ses flots déloquence un auditoire aussi attentif que sympathique.

    Laprès-midi fut consacré à deux nouvelles auditions de musique et de conférences religieuses, données par le P. Candau et M. Ogura, pasteur protestant converti au catholicisme.

    Nishinomiya ne fut pas seul à bénéficier de la présence des religieux salésiens et des deux orateurs venus de la capitale. A tour de rôle, les chrétientés des environs dOsaka, Kôri, Kishiwada, Noé, Amagasaki, Tamatsukuri, Sakai, Tanabe et Takatori à Kobé, purent jouir de ces réunions, où nombre de païens prennent contact avec le catholicisme quils ne connaissent souvent que de nom.

    Dautre part, le diocèse dOsaka vient de traverser une série dépreuves aussi inattendues que pénibles. La tombe du regretté P. Vagner était à peine fermée que le doyen dâge de la Société disparaissait dune manière inopinée. Le P. Villion portait allègrement ses 89 ans, se dépensant avec lardeur dun jeune homme dans son poste de Nara, et animant les réunions de confrères de sa verve intarissable. Le Jeudi Saint lavait vu prendre part aux cérémonies de ce jour et à la réunion qui suivit. Nexprimait-il pas, ce jour-là, la joie que lui causerait la visite de Mgr le Supérieur ! Il eût été bien surpris si on lui avait prédit que cétait notre dernière rencontre.

    Le jour de Pâques, il contractait un rhume assez bénin, dont il espérait guérir rapidement. Cependant, le 1er avril, se sentant moins dispos, il se décida à venir se reposer à lévêché (précaution quil prenait assez souvent pour ne pas mourir sans sacrements). Un médecin de ses amis et deux fidèles voulurent laccompagner par déférence plutôt que par inquiétude. Dès son arrivée, il se sentit mieux et prit son repas de midi. Quelques instants plus tard, il perdait connaissance et expirait le jour même à cinq heures et demie, après avoir reçu les derniers sacrements. Mgr, malheureusement absent, se voyait retenu à Tôkyô par la réunion des Supérieurs des missions du Japon.

    Les funérailles remises au mardi suivant furent vraiment imposantes. Au personnel de la mission étaient venus se joindre les religieux et religieuses du diocèse, Tôkyô députait son Vicaire Général, le P. Flaujac ; dOkayama venait Mgr Ross accompagné du Supérieur des PP. Jésuites de la province.

    LAmbassadeur de France déléguait un représentant ; le Consul de Kôbé, dautres résidents de Kôbé ou dOsaka venaient assister aux obsèques.

    Les notabilités japonaises avec lesquelles le P. Villion entretenait des relations suivies, Préfet et Maire de Nara, M. Inabata sénateur, se firent un devoir daccompagner jusquau cimetière notre cher défunt. Quant aux chrétiens qui, tous, aimaient et estimaient le P. Villion, ils vinrent en nombre tel que léglise devint trop étroite pour permettre à tous de pénétrer à lintérieur.

    Dès le lendemain des funérailles du P. Villion, une dépêche de Tôkyô, nous apprenait la mort du P. Takeno, mort survenue au sanatorium de Shichirigahama, où notre cher confrère était allé se reposer quelques semaines plus tôt. Depuis plusieurs années, atteint par la tuberculose, le P. Takeno se sentait perdu et cest à force de précautions quil avait réussi à maintenir un état de santé plus que précaire.

    Dès la nouvelle du décès, le P. Nagata se rendit à Tôkyô, et célébra la messe denterrement dans léglise dAzabu ; Mgr lArchevêque donnait ensuite labsoute. Son corps repose aux côtés du P. Vagner qui, en 1891, lui avait donné les premières leçons de latin.

    La tristesse causée par ces deuils répétés, était bien vive encore, quand la mort vint chercher une nouvelle victime, en frappant le P. Duthu, un vétéran de la mission.

    Arrivé en 1888, le P. Duthu avait exercé le saint ministère à Kôchi, dans le Shikoku et fait un stage dune vingtaine dannées à Okayama, où il organisa la paroisse dune manière magistrale. Au moment de la cession aux RR. PP. Jésuites de cette partie du diocèse, il revint à Kitano, dans la ville même dOsaka ; enfin en 1922, à la mort du P. Aurientis, il fut appelé à recueillir sa succession à Kyôto.

    Létat des jambes de ce confrère ne lui permettant plus de donner libre cours à son zèle, il souffrait de cette situation, et depuis plusieurs années, demandait à être relevé de ce poste. Son désir sétant réalisé en septembre dernier, il se retira à lévêché, où il passa lhiver, saison quil redoutait en raison des souffrances que lui causait le froid. Cette année, il dut même saliter et rester plusieurs semaines sans célébrer la sainte messe. Sentant les forces revenir avec le retour du printemps, il avait accepté de faire lintérim de Noé, poste devenu vacant, et se réjouissait de pouvoir reprendre la direction dune chrétienté à titre définitif. La Providence en avait jugé autrement ; le 11 avril, vers les trois heures de laprès-midi il fut trouvé mort. Congestion cérébrale ? Embolie au cur ? que sait-on ?

    On juge de la surprise de Monseigneur et du confrère avec lesquels il sentretenait gaiement une demi-heure auparavant.

    Ses obsèques célébrées le 14 avril furent en quelque sorte la répétition de celles du P. Villion ; nombreuse assistance, composée surtout des fidèles auxquels le regretté défunt navait jamais marchandé sa peine ni son dévouement. Mgr Breton, évêque de Fukuoka, le Supérieur des PP. Jésuites de Tôkyô et dautres personnalités vinrent se joindre à nous et aux religieux ou religieuses du diocèse.

    Ces deuils, répétés à si peu dintervalle, creusent dans la mission dOsaka des vides difficiles à combler dans un moment où le travail sintensifie partout.


    Séoul

    2 mai.

    En venant à Séoul, il y a une dizaine de jours, pour leur retraite annuelle, les missionnaires espéraient quavant de retourner dans leurs districts ils auraient le bonheur de voir Monseigneur de Guébriant. Ce fut donc une déception pour tous dapprendre en arrivant ici que, par suite des événements de Chine, la visite à Séoul de Monseigneur le Supérieur Général était retardée de deux semaines. Ceux qui le pourront reviendront donc pour les 17 et 18 mai.

    Excepté les PP. Mélizan et Pichon encore retenus en France, tous les missionnaires ont pris part aux exercices de la retraite ; commencée le 25 avril, elle se terminait le 1er mai. Mgr le Coadjuteur cédant à des instances hautement autorisées, avait bien voulu nous la prêcher lui-même, à la grande satisfaction et au plus grand profit de tous.

    Ces exercices furent heureusement couronnés par la célébration des noces dargent de Mgr Larribeau et de ses deux condisciples, les PP. Polly et Jaugey. Ce jour, 1er mai, qui est aussi lanniversaire du sacre de Mgr le Coadjuteur, fut pour toute la mission de Séoul un jour dactions de grâces et de joie parfaite.

    Mgr de Duse, assisté de ses cojubilaires, (Mgr Mutel présidant au trône) chanta la sainte messe. A lissue de cette cérémonie les chrétiens offrirent aux saints du jour leurs félicitations et leurs vux.

    Aux agapes de midi, un missionnaire prit la parole au nom de tous ses confrères et félicita les trois jubilaires. Voici quelques passages de son discours un peu long sans doute pour être inséré in extenso dans le Bulletin :

    En lan de grâce 1902, le bouquet spirituel de la retraite des missionnaires fut tout semblable à celui de la retraite daujourdhui : la célébration des noces dargent de prêtrise de notre évêque et de deux confrères. Si le bon Dieu nous a conservé jusquà ce jour un des jubilaires, notre vénéré Vicaire Apostolique, quem Dominus vivificare et beatum facere dignetur, il nous a retiré les deux autres, les très regrettés PP. Doucet et Robert. Des 42 missionnaires réunis à cette table il y a 30 ans, les survivants sont peu nombreux, ils ont vieilli ; mais cest dun cur toujours jeune et ne faisant quun avec le cur des confrères venus en Corée depuis 1902, quils fêtent joyeusement les jubilaires de 1932.

    Lorateur continua retraçant le curriculum vit de chacun : lenfance dans la famille, les études au collège, le Séminaire de Paris, celui de Pinang (en effet Mgr Larribeau et les PP. Polly et Jaugey furent du nombre des aspirants que les circonstances dalors conseillèrent denvoyer au Collège Général et qui y reçurent la prêtrise), larrivée en mission et le travail accompli pendant ces vingt-cinq années dapostolat dans les diverses parties de la mission. Il termina en souhaitant aux jubilaires ex toto corde de nombreuses années et une moisson encore plus abondante de mérites pour léternité, pour le beau ciel où le Prince des Apôtres leur a préparé une si brillante couronne, un si doux repos.

    Ensuite le P. Barraux, sur lair du gai bonjour, chanta très aimablement et avec humour les hauts faits des héros du jour.

    Et la fête sacheva pieusement par le chant du Te Deum, précédant la bénédiction du T. S. Sacrement donnée par Mgr Larribeau assisté des PP. Polly et Jaugey.


    Taikou

    10 mai.

    Le mois davril a été occupé par les deux retraites ecclésiastiques. Contrairement à ce qui se faisait ordinairement, ce sont les prêtres indigènes qui se sont réunis les premiers cette année, tandis que, huit jours après leur départ, tous les missionnaires français présents dans la mission entraient eux-mêmes en retraite espérant, par une heureuse coïncidence, passer le jour de clôture avec Mgr le Supérieur Général. Les circonstances nayant pas permis cette heureuse rencontre au jour attendu, les confrères sont repartis célébrer chez eux lAscension et la Pentecôte, espérant, daprès les dernières nouvelles, pouvoir venir jouir, au lendemain même de cette dernière fête, de la présence à Taikou de Mgr de Guébriant.

    Entre les deux retraites, de la Délégation apostolique de Tôkyô, parvenait à Mgr Demange la bonne nouvelle de lapprobation par Rome du premier concile de Corée.


    Moukden

    8 mai.

    La paix parfaite ne règne pas encore en Mandchourie. Du côté des brigands, il y a une accalmie notable. Les grandes bandes ont été dispersées, et la puissance agressive de ceux qui restent est singulièrement diminuée car les forces de police sont mieux organisées, et le ravitaillement en armes et munitions se fait de plus en plus difficile.

    Et pourtant, plusieurs de nos chrétientés restent encore inaccessibles !
    Dautre part, les sociétés secrètes dites des grands sabres et des lanternes rouges, plus ou moins associées aux troupes que certaine presse chinoise, par euphémisme sans doute, décore du nom de volontaires (I Ioung Kiun), sèment la terreur dans la partie nord-est de la mission. Des diplômes dofficiers de divers grades arrivent clandestinement de Pékin à ladresse danciens chefs de bandes mal convertis. Le but avoué, cest la lutte contre le Japonais envahisseur et ses alliés. En fait, le résultat le plus clair de leurs opérations, cest la continuation du pillage et des violences de toute sorte dont les populations paisibles continuent à être victimes.

    Au début du printemps, nous avons eu la désagréable surprise de voir nos paysans se livrer un peu partout, et sur une échelle inconnue jusquici, à la culture de lopium. Ce geste semble avoir été spontané, à la suite de la crise dautorité qui se fait encore plus ou moins sentir en certaines branches de ladministration. Il montre à quel point nos populations tiennent encore à ce poison, sinon pour lui-même, du moins pour les bénéfices quelles en retirent. Heureusement pour la réputation de notre jeune Gouvernement mandchou, des ordres stricts ont été lancés davoir à supprimer absolument cette culture. Puissent-ils être intégralement observés ! Notre province de Moukden serait au moins préservée de cette calamité. Chez nos voisins de Jehol, au contraire, des instructions formelles ont été envoyées dans les villages les plus reculés, pour encourager chaleureusement la culture du pavot. Gouvernement, fonctionnaires et cultivateurs en retirent un tel profit ! Devant cette coalition dintérêts, la Ligue anti-opium aura fort à faire.

    Le 21 avril, la Commission denquête envoyée par la Société des Nations arrivait à Moukden. Le 2 mai, elle partait pour Changchun, la nouvelle capitale de la Mandchourie, doù elle continuera ses investigations jusquà Kirin, Harbin et Tsitsikar. Le passage des distingués Commissaires à travers le territoire du Manchowkuo fournit à notre Gouvernement loccasion, quil na pas laissé échapper, de se faire connaître en fait, en attendant dêtre reconnu en droit. A Changchun, réception officielle de la Commission par le Premier Ministre, puis par le Régent, Son Excellence M. Henry Pou Y ; négociations avec le Ministre des Affaires Etrangères au sujet de ladmission de M. Wellington Kou, assesseur de la Commission, dans le territoire du nouvel Etat, et de ladjonction dun membre du Gouvernement de Changchun à la Commission pendant son voyage détude à travers la Mandchourie. Tout sest amicalement arrangé, et la plus parfaite courtoisie semble avoir présidé à tous ces pourparlers.

    Le passage de la Commission denquête à Moukden nous a valu lhonneur de la visite du Général Claudel, membre français de cette Commission, qui est accompagné, en qualité de secrétaire-interprète, du Commandant Jouvelet. Tous deux, au cours de séjours précédents en Chine, ont acquis une expérience qui facilite singulièrement leur tâche.

    Le P. Patrouilleau est installé depuis le 16 avril, comme curé de la nouvelle paroisse S. -François-Xavier, à proximité de la Concession japonaise. Il a déjà inscrit plusieurs catéchumènes qui semblent animés de la meilleure volonté, et chaque matin, 20 à 30 personnes assistent à la sainte messe dans sa chapelle. Cest un fructueux ministère.


    Kirin

    1er mai.

    La série des brigandages nest pas close, les ruines saccumulent sur les ruines et depuis longtemps les plaines de Mandchourie navaient vu de pareilles bandes semer la panique parmi les habitants.

    La ville de Fouyou, malgré ses fortifications et sa nombreuse milice, na pas échappé au sort de tant dautres villages et bouraddes. La mission catholique elle-même ne fut pas épargnée. Le 15 avril, à une heure et demie du matin, écrit le P. Trincal, je métais levé, javais fait le tour de la cour et comme tout était calme je me décidai à me recoucher. Hélas ! je venais à peine de mendormir, quand je fus éveillé par des cris poussés dans la direction du sud ; il était deux heures du matin : sept brigands avaient fait irruption dans la cour de la résidence. La bande se partagea en deux groupes, le premier groupe, trois brigands, se dirigea vers les cuisines pendant que le second groupe gardait les quatre coins de la cour. Ne trouvant rien à leur convenance ils obligèrent mon domestique à venir frapper à ma fenêtre. Après avoir tergiversé quelque temps, je dus enfin sortir de ma chambre, mais à peine dehors, les coups de cravache pleuvaient sur mon pauvre dos et on menlevait tous mes habits et largent dont disposait le poste. Depuis, la situation na guère changé, le P. Trincal et ses chrétiens sont toujours à la merci des brigands.

    Wangkiatountse, pour la deuxième fois depuis quatre mois, fut de nouveau sur le qui-vive il y a quelques jours : une bande de soldats à la poursuite, paraît-il, de larmée anti-Kirin, ne trouva rien de mieux que de venir sinstaller, hommes et chevaux, dans léglise elle-même. Ornements, objets du culte furent saccagés à plaisir ; quant aux vitres de léglise, ces vaillants guerriers estimèrent très intelligent de les faire voler en éclats à coups de pierres. Actuellement encore plus de 800 brigands armés sont aux environs du village. Puisse Marie Immaculée, patronne de cette chrétienté, protéger le village et son bien-aimé pasteur, le P. Baron !

    Au milieu de ces causes de tristesse émergent cependant bien des motifs de joie et despérance. Citons simplement lordination du 17 avril. A cette date, dans léglise cathédrale magnifiquement ornée, en présence de plus de vingt prêtres européens et indigènes, Son Excellence Mgr Gaspais, conféra le sacerdoce à quatre diacres et la tonsure à deux séminaristes. Avec cette ordination le nombre des prêtres chinois de la mission de Kirin est de vingt-neuf.

    A signaler aussi lexemple de la belle chrétienté de Siaopakiatse qui, à elle seule, a fourni 22 prêtres à la sainte Eglise depuis 1887.


    Chengtu

    avril.

    Notre mission vient de perdre, dans lespace de quelques jours, deux ouvriers dans la force de lâge : M. Jacques Ouang et Sur Marie de S. Valentino.

    Ordonné prêtre le 31 octobre 1920, M. Jacques Ouang visita successivement les districts de Tsi toui oua, Tong lan et Ta yuan où il est décédé le 4 avril 1932, à lâge de 46 ans.

    Sur Marie de S. Valentino (originaire dItalie) resta plusieurs années à Ningyuanfu (Kientchang). Récemment, elle fut envoyée à Chengtu où elle se dévouait aux soins des pauvres de lhospice du Pee men. Atteinte du typhus qui a fait déjà, parmi nos Franciscaines Missionnaires de Marie, plusieurs victimes, elle séteignait pieusement le 6 avril.

    A un confrère qui lui demandait sil trouvait la Chine beaucoup changée, Monseigneur le Supérieur répondit que si, dans certaines régions, on pouvait constater quelque amélioration au point de vue matériel : routes élargies (il ne sagit pas de routes empierrées avec fossés pour lécoulement des eaux, mais du tracé de la future route fait avec de la terre prise dans les rizières et que la moindre pluie rend impraticable), services dautobus, pousse-pousse etc., le fond de lâme chinoise lui paraissait être resté le même et que cétait bien toujours la vieille Chine quil avait connue quand il était missionnaire au Setchoan. Cétait parfaitement répondu ; un voyageur moins averti aurait été, lui aussi, obligé den convenir en voyant, ces jours-ci, lenthousiasme avec lequel on célèbre partout le niang-niang-houi (fête des femmes) les 1, 2 et 3 de la troisième lune et cela malgré la défense portée par le gouvernement. Pendant ces trois jours ce ne sont que processions de jeunes femmes se rendant dans les pagodes pour brûler de lencens et essayer de saisir au vol les figurines habillées en garçons lancées dans la foule par les bonzes. La lutte est ardente car cest le gage de la naissance dun fils dans le courant de lannée !

    Des officiers subalternes de la 29ème Armée sont venus plusieurs fois à lévêché et voulaient forcer Monseigneur à leur prêter la somme de 1.500.000 piastres. Pour en imposer, ils ont envoyé leurs soldats armés envahir lévêché par deux fois et fouiller partout. En dernier lieu, le 12 avril, ils emmenèrent le P. Couderc, Provicaire, comme otage, le retinrent dans la résidence dun fonctionnaire plus dune demi-heure et le relâchèrent après une vive discussion. Laffaire a été portée au Consul de France et aux Autorités Provinciales et nous espérons que leur intervention, dans le cas présent, aura des résultats satisfaisants.


    Chungking

    1er mai.

    Le 9 avril, dernier jour de son passage parmi nous, S. E. Mgr de Guébriant acceptait loffre gracieuse faite par le général Tang, directeur des ma-lou, dune promenade en auto sur la route de Chengtu, dont le dernier tronçon, près de Yunchwan, sera ouvert incessamment à la circulation. Au retour, le général retenait Leurs Excellences et le P. Claval à déjeuner dans son hôtel de Tsengiagai.

    Le soir, avant de nous quitter pour sembarquer sur le Kipin, Monseigneur le Supérieur, dune voix que lémotion brisait, nous adressa quelques paroles dadieu. Car nétait-ce pas sa chère province du Setchouan quil allait aussi quitter, cette province à laquelle, jeune missionnaire, il avait voué sa vie et lardeur de son cur, et où il nous avouait avoir tant désiré mourir ? Nétait-ce pas pour lui cette fois ladieu suprême ?

    Avec lui sembarquaient S. G. Mgr Jantzen, qui allait faire la visite des districts de la région de Kweifu, et le P. Petit, de la mission de Suifu, se rendant à Shanghai.

    Le P. Thomas, quune délicate opération retint plusieurs mois au Japon, nous revenait le 27 avril, bien rétabli. Il garde un souvenir ému de la fraternelle charité qui laccueillit là-bas, et des attentions dont lentourèrent nos confrères durant sa maladie.

    Les démêlés sino-japonais deviennent ici prétexte à alourdir encore les impôts et taxes dont est déjà grevé le peuple outre mesure. Si sèche que paraisse léponge, une pression plus forte en exprime encore quelques gouttes nouvelles. Cest aujourdhui les actes dachat, qui, si anciens quils soient, doivent être soumis à un nouvel enregistrement, et point gratis assurément. Tant dexigences pécuniaires tuent la poule aux ufs dor, entraînent les affaires dans le marasme ; les faillites se multiplient : et cependant, sous les yeux des opprimés qui rongent leur frein, en espérant que le jour viendra de la vengeance, à travers toute la campagne suburbaine, sur les tombeaux séculaires bousculés, les palais des puissants du jour surgissent et dressent leur superbe insolence. Et que nous sommes loin ici de larchitecture indigène, de cet art qui sans doute a ses beautés, mais nest plus de mode ! Nos nouveaux maîtres ont lesprit large et moderne : lart qui les abrite est un art étranger, il est vrai, mais un art pratique et réalisant ce quil y a de plus confortable.

    Ah ! que les collines du Setchouan sont belles, quand, au printemps, les fleurs de pavot rient sous le soleil dor ! Javisai un monsieur qui, du bord de la route, les contemplait avec un sourire manifeste de propriétaire ou dintéressé satisfait : Je croyais, lui dis-je, que la culture du pavot était interdite. Lentement il coulissa vers moi des yeux narquois : Eh ! oui, sans doute, elle est interdite officiellement. Mais, vous êtes étranger et vous ne savez pas quen Chine, si catégoriques que soient les décrets, il y a toujours des accommodements possibles. Dans cette région, lon saccommode avec les municipalités. Pourtant celle de la commune voisine a eu laudace denvoyer sa police abattre par les champs les jolies têtes qui promettaient une si belle récolte. Les propriétaires lésés ont porté plainte, et il faut espérer que le jugement sera rendu en leur faveur. Ce nest pas la culture du pavot quon devrait interdire, mais la vente et lusage de lopium. Les fumeries dopium sont en effet tolérées ; le commerce nen est pas interdit si lon sait, quand il le faut, glisser la petite somme ; et les fumeurs se font de plus en plus nombreux. Or, si la culture du pavot devenait de fait impossible au Setchouan, cette province devrait entièrement sapprovisionner dopium au Kweichow ou au Yunnan, où la culture se fait sur une grande échelle. Nest-ce donc pas stupide dimporter dailleurs un article quon peut obtenir facilement sur place, et à bien moindres frais ? Jallais exprimer mon avis personnel à mon intéressant interlocuteur ; mais un attroupement se formait qui me rappela à la prudence, tandis quune voix gouailleuse lançait ; Un vieux chien détranger ! Et de la vieille mode encore ! Il tire sur une longue pipe de bambou !


    Suifu

    15 avril.

    Le 24 mars, Monseigneur le Supérieur Général, accompagné de Mgr Li, préfet apostolique de Yachow, quittait Chengtu en automobile et, dans laprès-midi du même jour, arrivait à Kiating où lattendait Mgr Renault. Il y visitait les uvres et les écoles (ces dernières sont très prospères : 200 élèves à lécole des garçons et 320 à lécole des filles), et, dès le lendemain matin, sembarquait pour Suifu avec Mgr Renault.

    Le 26, à 9 heures du matin, à 120 lis de Suifu, une surprise. A Kanpéchou, port du district de Ouangtatsoui dont Mgr le Supérieur fut le fondateur (1904-1905), ses anciennes ouailles augmentées dun grand nombre de néophytes qui étudient ou vont étudier la doctrine, surveillaient son passage, larrêtaient et lui faisaient une réception chaleureuse. Ce district de Ouangtatsoui, Mgr le Supérieur a lhabitude de lappeler son péché de jeunesse, parce quun bon nombre de catéchumènes qui y avaient reçu le baptême de sa main avaient abandonné leurs devoirs religieux. Or, à voir la plage qui sétend au pied du marché de Kanpéchou noire de monde, Son Excellence put constater que ses travaux apostoliques dil y a trente ans ne furent point inutiles. Son successeur, depuis un an à peine, le zélé P. Dubois, appuyé par Mgr Renault et prenant pour base les familles converties par Mgr de Guébriant et revenues à la pratique religieuse, a fait refleurir le désert. Cette année, il y a établi plus de 20 catéchuménats fréquentés. Avec la grâce de Dieu, Ouangtatsoui ne sera plus le péché de jeunesse de Son Excellence, mais sa gloire de jeunesse. A noter, de plus, que deux séminaristes qui étudient au séminaire commun de Chengtu et deux jeunes filles de linstitut des vierges de la Doctrine chrétienne sont des fils ou des filles de chrétiens baptisés par Mgr de Guébriant à Hochese, station dépendante de Ouangtatsoui.

    Le 26, à 17 heures, Monseigneur le Supérieur débarquait à Suifu, au port de Chaouanteou. Il y fut reçu par les missionnaires, les petits séminaristes et de nombreux chrétiens. De là il gagna la procure en chaise. La réception y fut des plus simples ; désirant lui réserver le caractère exclusivement familial, les autorités ne furent point informées de son arrivée. Nous voulûmes quil fût à nous, entièrement à nous.

    Et puis à Suifu il nétait pas en pays inconnu. Il fut pendant trois ans (1901-1904) chargé du district du Kongtsitang paroisse de Suifu ville. Les chrétiens de Suifu, cela va de soi, se glorifient de ce que leur ancien pasteur est Supérieur Général de la Société des Missions-Étrangères; il dut donc partager son temps entre eux et nous, mais nous en eûmes la plus grande part.

    Les lundi, mardi et mercredi (28, 29 et 30 mars), il nous fit deux conférences par jour. Et quelles conférences ! Avec quel amour il nous parla de notre vieille Société des Missions-Étrangères ! Depuis, nous sentons que notre Société a poussé dans nos curs de plus fortes et de plus profondes racines, et nous éprouvons comme un nouvel attachement à notre vie de missionnaires. Que Mgr le Supérieur daigne en agréer notre plus sincère reconnaissance.

    Voici lordre du séjour de Mgr de Guébriant à Suifu.
    Le 27 mars, il célébra la messe à la paroisse de la porte de louest, dont le curé, le P. Philippe Gire est un ami de longue date. Le même jour, à 4 heures de laprès-midi, il donnait le salut du T. S. Sacrement au Kongtsitang.

    Le 28, il célébra le saint sacrifice à la paroisse de la porte du nord, dont la belle église est due, en partie, à sa générosité.
    Le 28 au soir, il se rendait au petit séminaire de Tiao houang leou pour ne rentrer à lévêché que le lendemain matin.

    Le 30, il célébra la sainte messe à linstitut des vierges de la Doctrine chrétienne, et profita de loccasion pour visiter les uvres qui sont réunies autour de cet institut : hôpital, dispensaire, écoles primaires supérieures de garçons et de filles. Le 30 au soir il visita lécole normale des catéchistes-baptistes.

    Le 31, au matin, après avoir assisté au Kongtsitang à la messe de Requiem chantée pour le repos de lâme du P. Puech, dont la mort subite, survenue à la procure, le 27, attrista tant notre réunion de famille, et donné lui-même labsoute, il partait pour le probatorium de Ho ti keou, accompagné de Mgr Renault et des PP. Mansuy et Grasland. Et comme le cimetière réservé au clergé se trouve dans lenclos de cet établissement, il alla, à plusieurs reprises, sagenouiller et prier sur les tombes des missionnaires et des prêtres indigènes tombés au champ dhonneur de lapostolat. Mgr le Supérieur noublia donc personne, ni les vivants, ni les morts.

    Le 1er avril, toujours accompagné de Mgr Renault et des PP. Mansuy et Grasland, il gagnait Sankiangki, port de Ho ti keou, où lattendait la jonque qui la emporté à Chungking. Avec lui voyageait le P. Petit dont létat de santé exige un repos de plusieurs mois à Shanghai ou à Hongkong.


    Ningyuanfu

    15 avril.

    Le Kientchang.
    Nous avons été heureux dapprendre que le reste du voyage de Son Excellence Mgr le Supérieur dans notre mission sest poursuivi dans dexcellentes conditions. A Yangtsaopa, Yuechi, Foulin, les chrétiens sont venus nombreux au-devant de leur ancien évêque et ce fut pour tous une réelle joie que de le revoir et de lui redire une fois encore leur attachement ainsi que leur filiale et respectueuse affection.

    La Samedi Saint, Son Excellence Mgr Baudry conférait la prêtrise au diacre Jean Lieou rentré de Pinang le 1er mars. Lordination sest faite dans la chapelle du petit séminaire. Dieu soit remercié de nous avoir donné un prêtre de plus ! Le nouvel ordonné est nommé professeur au petit séminaire.

    Cest aussi avec beaucoup de plaisir que Mgr a reçu une lettre du P. Boiteux annonçant son retour à Tchangpintse ; le Père a pu faire toute la route sans être inquiété.


    Tatsienlu

    8 avril.

    Délégué par Monseigneur pour saluer à son passage à Foulin Monseigneur le Supérieur Général, le P. Valour arrivait dans cette localité le 12 mars. Le surlendemain il se portait au-devant de Son Excellence quil rencontrait au passage de la barque du Tatouho, en bas de Tachoupou. Le P. Valour passa avec Mgr le Supérieur la journée du 15 à Foulin et, le jour suivant, fit route avec lui jusquà Tsinkihien où, après une nuit à lauberge, il prit congé de Son Excellence.

    Notre vénéré Supérieur était en très bonne santé et en lentendant parler, en le voyant si à son aise sur les routes, dans les auberges et au milieu des chrétiens chinois, on navait pas de peine à se rappeler quil a passé plus de trente années au Setchouan. Mgr de Guébriant montra lintérêt quil porte à la mission du Thibet en interrogeant longuement notre confrère sur nos uvres et nos espoirs et en lui prodiguant des conseils propres à favoriser le développement de nos chrétientés.

    La nouvelle Supérieure des Franciscaines Missionnaires de Marie, à Tatsienlu, Mère Colombe, fut atteinte du typhus exanthématique ; extrémisée le 10 mars, elle mourait le 14 ; elle était à Tatsienlu depuis le 22 novembre 1931.

    A Mosimien, à loccasion des fêtes pascales, le P. Placido, franciscain, eut la joie de baptiser ses huit premiers lépreux, débuts dune uvre qui sannonce bien consolante : en effet cinquante malades sont déjà réunis à la léproserie.

    La Congrégation des chanoines du S. Bernard pense envoyer cette année quatre ouvriers apostoliques dans la vallée du Mékong ; lintention des révérends Pères serait de placer deux missionnaires à Weisi pour y apprendre le chinois et deux à Tsekou pour apprendre le thibétain.

    Larrivée du général lu à Tatsienlu a eu comme conséquence la suppression du gouvernement civil des Marches et tout dépend désormais du général.

    Le 26 février, toute la garnison de Batang, officiers compris, trahissait la Chine en passant sous les ordres dun thibétain, ex-délégué régional à Nankin, Kézong tsérine ; dès la réception de cette nouvelle on a expédié en toute hâte, via Litang, des soldats et le colonel Ma, ex-commandant de la place à Batang, est parti derrière eux pour essayer de ramener au service de la république ses anciennes troupes.

    On a dit que notre résidence de Batang aurait été molestée à la suite de ces événements, mais jusquici nous navons pas eu confirmation certaine de cette mauvaise nouvelle.


    Yunnanfu

    mai.

    Son Excellence Monseigneur de Gorostarzu a reçu, il y a quelques jours, une dépêche annonçant que le Saint-Père lui accordait un Coadjuteur avec future succession dans la personne de Monseigneur Audren, provicaire de la mission de Ningyuanfu.

    Nos plus respectueuses félicitations et nos meilleurs vux au nouvel élu.


    Lanlong

    15 avril.

    Le Ripuaire.
    Les travaux de Kinkiatchong valent à ces Messieurs de la vallée de nombreuses visites, mais si vous voulez trouver la porte ouverte il faudra vous y prendre davance et avertir, sans quoi... visage de bois.

    Les PP. Heyraud et Nénot venant prendre les saintes Huiles ont passé trois jours ici ; la santé du P. Nénot est florissante, espérons que cette année il naura pas trop à souffrir des chaleurs du printemps.

    Nos onze confrères chinois sont arrivés au complet pour suivre les exercices de la retraite annuelle prêchée par Son Excellence. Le jour de louverture, dimanche de la solennité de S. Joseph, messe chantée avec diacre et sous-diacre, les élèves du probatorium et leurs maîtres vinrent aider de leurs chants.

    Le P. L. Esquirol est arrivé à Hongkong le 15 mars, le P. Epalle est parti, il y a trois semaines, pour son district de Ghangtsin, au Kouangsi.


    Swatow

    16 mai.

    La chronique davril du sanatorium de Béthanie a déjà annoncé-la mort de notre doyen, le P. Charles Guillaume. Avec lui disparaît un des vétérans de lévangélisation de la province du Kwangtong. Pendant ses 60 ans de Chine il a vu se passer bien des événements, sopérer bien des transformations à tous les points de vue. Il a évangélisé une grande partie du territoire qui forme la mission actuelle de Kaying confiée aux PP. de Maryknoll. Vif et alerte, doué dune bonne santé et dexcellentes jambes, il parcourait, toujours à pieds, son vaste district formé de 5 ou 6 sous-préfectures, que se partagent actuellement sept ou huit missionnaires. Esprit dordre et de régularité, disposant judicieusement de tous les moments de ses journées et de ses nuits, frugal et sobre dans sa nourriture, il réussit à fonder, malgré lexiguïté de ses ressources, plusieurs districts et à construire de nombreuses chapelles et résidences et, avec cela, à parvenir à une heureuse vieillesse. Si sa simplicité denfant de Dieu ne la pas toujours garanti contre lesprit retors et la rouerie des gens à qui il eut affaire, elle ne la pas empêché de fournir une belle carrière apostolique. Il a été un bon missionnaire que de plus jeunes que lui peuvent prendre pour modèle sous plus dun rapport. Ses restes mortels reposent au cimetière de Béthanie, au milieu dun bon nombre de ses anciens compagnons darmes, en attendant la bienheureuse résurrection. R. I. P.

    Le P. Favre nous a quittés au commencement de ce mois pour prendre en France le congé que lui accorde le Règlement ; nos vux pour un agréable et salutaire séjour au beau pays de Savoie laccompagnent.

    Des lueurs rouges montent à lhorizon du côté du Fukien. Des bandes de soldats (?) anciens partisans du général chrétien Fengyusiang, alliés aux communistes du Kiangsi, ont envahi une grande partie de la province du Fukien et y ont installé le régime communiste. La mission dAmoy, voisine de la nôtre, des PP. Dominicains espagnols, a été presque complètement submergée par le flot rouge ; de partout on ne signale que massacres et pillages, cortège inévitable de lorganisation du paradis rouge. Une douzaine de missionnaires et prêtres indigènes ont dû senfuir déguisés en coolies : leurs églises et résidences ont été pillées et en partie brûlées. Les troupes envoyées de Canton pour rétablir lordre, sarrêtent prudemment à la frontière de la province ; pourvu quelles y tiennent !


    Pakhoi

    15 avril.

    Malgré les troubles occasionnés dans certaines provinces par le conflit sino-japonais ou par lagitation communiste, notre petite mission jouit toujours de la tranquillité la plus parfaite. Nous en remercions le Bon Dieu de tout notre cur en lui demandant de nous continuer cette faveur. Notre pauvre pays a dailleurs tant souffert pendant plusieurs années que la crainte est devenue un sentiment habituel pour nos populations terrorisées : aussi, à la moindre alerte, les curs battent-ils plus fort.

    Dernièrement le P. Cellard revenait de Kouang-Tcheou-Wan en auto en compagnie dun lieutenant de larmée chinoise et de deux honorables commerçants. En traversant la rivière de Onpou, le pilote du bac dit aux voyageurs quil venait dentendre une vive fusillade dans le bois de pins qui borde la rive opposée, et, comme la barque accostait lappontement, les passagers entendirent de nouveau crépiter les mausers. Aussitôt les commerçants demandèrent au barquier de retourner à la rive que lon venait de quitter : le lieutenant, lui, ne disait rien, mais sans doute ne pensait pas différemment ; dans son for intérieur, notre confrère était bien du même avis, mais sefforçait de ne pas trop laisser paraître son émotion : aller se jeter de gaîté de cur au milieu des brigands, cest un sport dépourvu de charmes !

    Les nautoniers séloignèrent quelque peu et lon attendit ; la fusillade continuait et langoisse envahissait les curs.... lorsque, soudain, les voyageurs virent déboucher du bois et, poussée par quatre indigènes, sapprocher de la rive, une auto désemparée qui, essayant de remettre son moteur en marche, narrivait quà produire des ratés : cétait ce que tout le monde avait pris pour une attaque de pirates... Aussitôt le sourire revint sur tous les visages et lon soffrit des cigarettes.

    Plaise à Dieu que toutes les histoires actuelles de notre pauvre Chine aient une solution aussi pacifique !

    Notre retraite commence ce soir, elle sera prêchée par le R. P. Dionre, Rédemptoriste, de la maison de Hué.


    Hanoi

    8 mai.

    Lorsque cette chronique parviendra au Bulletin, Mgr Chaize aura touché la France. Sa santé na jamais été brillante. Depuis larrivée en mission, en 1905, il a eu sans cesse maille à partir avec son estomac et ses intestins. Ces dernières années surtout, des migraines fréquentes et aiguës sajoutant aux autres malaises lui rendaient le travail très pénible. Après une longue résistance il a dû finir par accepter lidée dun retour temporaire au pays natal et sest embarqué, au commencement davril, sur le Cap Varella, en compagnie de S. Ex. le Délégué Apostolique en Indochine, Mgr Dreyer. La pensée de revoir une mère vénérée, demeurée seule depuis la guerre qui lui a pris ses deux autres fils, la pensée, surtout, de la rendre heureuse ont adouci la peine du départ. Nos vux et nos prières accompagnent Mgr le Coadjuteur ; que la divine Providence le garde, le guérisse et bientôt nous le ramène !

    En attendant tout le poids de la mission retombe, une fois encore, sur les épaules de Mgr Gendreau. Elles le portent avec une vigueur et une vaillance visiblement assistées dEn-Haut. Cependant la confiance en Dieu ne doit point exclure les précautions de la prudence humaine. Aussi Son Excellence, daccord avec Mgr Chaize, a-t-elle décidé de nommer sans retard un provicaire pour succéder au regretté P. Schlicklin : cest le P. Victor Aubert, missionnaire à Ha-dong, qui, à la satisfaction générale, a été désigné.

    Cette nomination rendue publique, Monseigneur repartit aussitôt achever la tournée pastorale quavaient interrompue les fêtes pascales. Quelques jours plus tard, à Dai-on, chef-lieu de paroisse situé près de la route de Hoa-Bình, à 23 kilomètres de Hanoi, S. E. bénissait solennellement une nouvelle église, édifice de 60 mètres de longueur, surmonté dun dôme et de deux clochers, une des plus spacieuses et des plus imposantes de la mission. La population, catholique depuis une cinquantaine dannées, a élevé cette église avec ses seules ressources, en lespace de 4 ou 5 ans. Une vingtaine de missionnaires et de prêtres indigènes et plusieurs milliers de fidèles auxquels étaient mêlés de nombreux païens, assistèrent à la cérémonie.

    Puisque nous sommes à Dai-on, sur le chemin des montagnes, poussons-y une pointe une fois nest pas coutume pour le compte du Bulletin. Au pied dicelles, comme eût dit notre chevalier Chicard, milite le P. Hébrard, toujours chevalier lui aussi malgré le régime sévère que lui imposent les médecins ; pour le moment il est en train de bâtir une église. Nous en reparlerons.

    Chez les montagnards, ou muong, résident six de nos confrères et deux prêtres annamites. Echelonnés du nord au sud, ils gardent nos frontières et au besoin les... déplacent. Ainsi le P. Marty qui, laissant à létape le P. Giraud, son jeune vicaire, sapprête à porter en avant sa ligne et ses quartiers. Ainsi le P. Bourgeaux dont la sape patiente est parvenue à déboucher au cur de la grosse commune de Kim-boi. Il nattend que larrivée des munitions pour sinstaller solidement sur les positions conquises. Entre les deux, le P. Fourneuve continue à jouer des tours pendables au démon et autres bêtes féroces. Dernièrement na-t-il pas envoyé au chef-lieu de la province, enfermés dans de vulgaires cages à gorets, cinq jeunes tigres de lespèce royale, pris au nid en labsence heureusement de leurs mères ! Ils sont actuellement logés au jardin zoologique de Hanoi et nourris du lait de deux placides chèvres. Enfin, tout là-bas, dans le Far-West, à trois heures de marche et quatre dauto de Hanoi, les PP. de Cooman et Vacher, avec le P. Vinh, se lancent dans lapostolat moderne, ouvrent des écoles et projettent détablir un dispensaire asile école ouvroir qui serait, qui sera, sil plaît à Dieu, tenu par nos dévouées Religieuses de S. Paul de Chartres.

    Des villes et du delta nous parlerons une autre fois. A signaler cependant dès aujourdhui, deux belles et touchantes cérémonies qui viennent de se dérouler à Hanoi : la première communion solennelle des Annamites avec 225 enfants et celle des Français avec 107 communiants. A noter aussi un grave accident qui a failli coûter la vie à lun de nos prêtres indigènes. Le P. Phuong, à lissue dune retraite de quelques jours au monastère de Phuoc-son, était allé, en compagnie dun de ses confrères, visiter le sanctuaire de N. D. de Lavang. Lidée lui prit de monter au clocher. Quelques planches manquaient à létage où le Père sarrêta. Soit vertige, soit inadvertance, il mit le pied dans le vide et quelques instants plus tard on le trouvait gisant à terre et baignant dans son sang. Prévenu en toute hâte, le P. Morineau qui réside à Quangtri distant de 6 ou 7 kilomètres, se mit aussitôt en quête de secours. Un docteur de Hué rencontré heureusement sur la route accompagna notre confrère jusquà Lavang, fit un pansement sommaire au blessé, puis le conduisit dans son auto à lhôpital du chef-lieu de la province. Coupure profonde à larcade sourcilière, grave blessure à la base de la boîte crânienne, une épaule brisée, hémorragie interne : létat du pauvre P. Phuong fut jugé alarmant, presque désespéré. Cependant, grâce aux soins dévoués du médecin indochinois de Quangtri, M. le Dr Hi, et du personnel de lhôpital, grâce surtout à la protection de la sainte Vierge, aucune complication ne survint et aujourdhui le blessé est considéré comme hors de danger.


    Hunghoa

    11 mai.

    Le Père Hue, Provicaire, a été assez mal hypothéqué, durant une dizaine de jours ; une malencontreuse pluie, essuyée sur la route Sơntây-Hanoi, au soir de Pâques, amena un peu trop de fraîcheur, et, quelques jours après, notre cher Provicaire se voyait atteint de pleurodynie, ou (pour ceux qui auraient oublié leur grec) douleur des muscles intercostaux ; ventouses, pointes de feu, médication sédative, vinrent heureusement à bout de cette fatigue générale, et, malgré son manque dappétit, le Père Hue nen continua pas moins de donner la mission dans deux ou trois chrétientés ; trois heures de catéchisme chaque jour le reposaient, dit-il, des trop longues heures passées dans les couvertures. Une autre fois, quand le temps sera menaçant, il prendra sa pèlerine ; il ne trouve aucun goût à rester longtemps couché, pas plus quà prendre des remèdes, si anodins soient-ils !

    Le Père Pichaud est venu passer une quinzaine à Hưng-Hoá ; les reins, le foie, la tête, les pieds, tout avait besoin dun retapage sérieux ; notre confrère sest bien reposé, et est reparti guilleret, pour sa brousse de Làng-Lang. Il se voit chargé de refaire quelques églises de son district, et, comme ses connaissances de la forêt tropicale sont étendues, il ne faut pas que les charpentiers ou scieurs de long le roulent sur la qualité des bois ; de loin, grâce à son talent de sourcier, il vous dit, de suite, si un arbre est creux ou plein ; sa montre à la main, et lautre main tendue vers le dit arbre, voit-il cette montre décrire 25 tours, cest que larbre est creux ; les oscillations montent-elles à 35, cest que larbre est plein. Il est vrai, il lavoue, quune fois ou lautre, les termites lui ont joué le tour, en lui faisant prendre, pour un arbre plein de moelle, un tronc rempli de terre. Cest toujours un renseignement, à lusage des fervents da la rabdomancie !

    Le Père Jacques sintéresse aussi à la science de la baguette ; mais, au lieu de ce talent de sourcier, il préfèrerait être débarrassé de ses accès de goutte, qui arrivent plus souvent quil ne veut, et toujours, à contre-temps. Il sen remet alors aux bons soins de notre cher doyen, le Père Méchet, toujours dévoué aux malades. Le Père Cornille, qui a été piqué par un vilain insecte, en ces temps derniers, et qui se soigne à Yên-Bái, profite également de cette bonté toute paternelle ; et, comme la gaieté règne toujours, la guérison de chacun vient vite ! nos bonnes Surs de S. Paul y ont aussi une large part.

    Le samedi 16 avril, Mgr Ramond, accompagné du Père Desongnis, est allé administrer la confirmation à la léproserie de Hương-Nộn, à 6 km. de Hưng-Hoá ; plus de 40 néophytes y ont reçu le sacrement des forts, et tous, chrétiens et païens, ont été gratifiés dun secours pécuniaire, apprécié de tous. Il y a, en cet asile de la misère, près de trois cents personnes, dont plus de 260 chrétiens. Souvent, le dimanche, le Père Desongnis va leur dire la messe, en même temps quil sy exerce, avec succès, disent ses auditeurs, à léloquence de la chaire.

    Sur les bords de la Rivière-Noire, un autre groupe de néophytes a été confirmé également, durant le temps pascal ; leur village de Yên-Đức est à une quarantaine de kilomètres de Hưng-Hoá , et il y a tout espoir que les encouragements, donnés à cette occasion par Mgr Ramond, produiront leurs fruits, dans cette région nouvellement ouverte à notre sainte Religion.

    En 1930, lors des incidents communistes, plusieurs villages des environs de Hưng-Hoá furent plus ou moins compromis ; le Père Mazé eut occasion daider certains notables de ces villages, et, dans chacun de ceux-ci, il y eut bientôt des groupes de catéchumènes. Après deux ans dépreuve, notre confrère a jugé quun bon nombre dentre eux étaient suffisamment préparés, et, durant ce temps pascal, il en a baptisé près de 300 ; ce sont cinq nouvelles chrétientés, qui viennent sajouter à la paroisse de Hưng-Hoá ; puissent-elles persévérer et se développer !

    Le Père Mazé ne leur ménage ni son temps ni ses forces ; toujours en route, sur sa bicyclette de course, ou sur sa moto rouge-sang, il les visite souvent, et poursuit, avec méthode, leur formation et instruction chrétienne. Il ny a pas que sa moto qui soit rouge ; désormais, sa boutonnière le sera également. Le 27 avrIl, en effet, les journaux publiaient cet entrefilet : Par décret en date du 10 mars, rendu sur la proposition du Ministre de la Défense nationale,... est nommé dans lOrdre de la Légion dHonneur, au titre des Réserves, pour Chevalier, Mazé, Jean-Marie, lieutenant au Centre dAviation Nº 34 aéronautique de lIndochine ; 14 ans de service, 4 campagnes. Titres exceptionnels : très beaux services de guerre, 1 blessure, 3 citations; et lAvenir du Tonkin: ajoutait : Nos sincères félicitations à celui dont la brillante conduite, pendant la guerre, na dégale que le dévouement, en temps de paix

    Et voilà qui nous pose, pour le coup ! Médaille militaire, Dragon dAnnam, Croix de Guerre, Médaille Coloniale, nous avions déjà tout cela ; maintenant, cest lEtoile des braves, qui vient sajouter à notre Tableau dHonneur ! sans parler que, ces derniers temps, les Pères De Neuville et Millot ont eu également à produire leur casier judiciaire, le premier, pour recevoir son troisième galon de capitaine, le second, pour passer sergent-chef (3 galons également), avant dêtre promu Sous-Lieutenant de Réserve !

    Le Père Quioc, Supérieur du petit séminaire, qui ne fut que soldat de seconde classe, et toujours modeste, a envoyé ses félicitations à tous ses confrères ; mais, il est préoccupé, pour lavenir ! Sils continuent à prendre tous du galon, dit-il, mais il faudra se mettre au garde à vous ! pour les recevoir !


    Quinhon

    Le 26 février, arrivait de Paris à Mgr Tardieu la lettre suivante datée du 26 janvier.

    Monseigneur,
    Une lettre du Cardinal Préfet de la Propagande annonce au Conseil Central de la Société que la mission du Kontum est érigée en Vicariat Apostolique et que ce Vicariat reste confié aux membres de la Société.

    Je viens donc prier Votre Excellence, dinviter les confrères résidant dans la partie de la nouvelle mission, à envoyer leurs votes pour le choix du nouveau Vicaire Apostolique.

    Et le 27, par lettre adressée au P. Jannin, Monseigneur invitait les confrères et prêtres indigènes de la région de Kontum à envoyer aussitôt leur vote à Paris pour le choix du Supérieur de la nouvelle mission.


    Hué

    5 mai.

    Au début du mois davril le P. Gros, de la mission du Kouytcheou, a passé quelques jours à Hué.

    Chez les RR. PP. Rédemptoristes. Les Rédemptoristes ont décidé de transférer leur noviciat à Hanoi. Le R. P. Cousineau a donc quitté Hué avec sa petite communauté. A Hanoi, il assumera, avec la charge de Maître des novices, celle de Supérieur de la Maison. Le R. P. Dionne, Provincial, continuera à résider à Hué. Il remplira avec sa charge générale celle de Supérieur de la Maison. Le Juvénat reste à Hué, gardant à sa tête le R. P. Larouche.

    Un grave accident à N. D. de Lavang. Un accident, qui aurait pu être mortel, vient darriver à Lavang. Le P. Phượng et un de ses confrères, tous deux de la mission de Hanoi, après avoir fait une retraite au monastère de N. D. dAnnam à Phuoc-son, étaient allés visiter le pieux sanctuaire de Marie. Du haut de la tour ils admiraient le paysage, quand tout à coup le P. Phượng pris de vertige dégringola de haut en bas. Relevé dans le plus triste état, il semblait ne pas devoir survivre, car il avait plusieurs blessures graves à la jambe, au bras et à la tête, et en pleine brousse comment lui donner les soins nécessaires et urgents ? Mais la sainte Vierge veillait. Un médecin français de Hué, M. le Dr. Haslé, arriva juste à ce moment-là, allant à la chasse dans la région avoisinante. Il sempresse aussitôt auprès du blessé, le met dans son auto, lemmène à lhôpital de Quảngtrị, à six kilomètres de là, et ne le remet entre les mains du médecin de lendroit quaprès lui avoir fait les premiers pansements. Sa partie de chasse fut bien un peu compromise, mais il ne le regretta point, heureux davoir accompli un bon acte de charité. Vu la gravité du cas, tout le monde sattendait à ce que le blessé succombât, ou du moins à ce quil restât estropié pour toujours. La sainte Vierge na pas permis que celui qui était venu lui demander avec confiance et amour ses grâces maternelles dans son sanctuaire de choix, nen emportât au contraire quinfortune et malheur, et le P. Phượng est aujourdhui en pleine convalescence, sa chute naura point de conséquence fâcheuse. Aussi tout le monde crie au miracle, tant païens que chrétiens. Si ce nest pas là un miracle au sens strict, cest certainement une faveur signalée de la part de la Bonne Mère. La dévotion envers le lieu bénit où Elle se plaît à verser ses grâces sur le pays dAnnam y gagnera un nouvel accroissement.

    Baptêmes à la léproserie de Phú Bài. Le Gouvernement a établi depuis plusieurs années une léproserie dans un vallon retiré, sur le territoire de Phú Bài, aux environs de Hué. Il y a là une soixantaine de lépreux. Quelques uns sont chrétiens, aussi le P. Bá, curé de cette région, ne manque pas daller porter les secours de son ministère à ses paroissiens, et par la même occasion, témoigner sa sympathie aux païens, les uns et les autres si dignes de pitié à tous égards. Cette charité du bon pasteur a touché le cur des pauvres païens, et ils ont désiré bénéficier des consolations de la religion chrétienne, les seules quils puissent encore goûter en ce monde : spontanément, un bon nombre dentre eux a demandé le baptême. Le P. Bá sest occupé deux et les a instruits, avec un zèle admirable et malgré de multiples difficultés. Le 27 avril il a eu la joie de baptiser vingt-neuf de ces pauvres lépreux : sept autres, apostats de cur ou de fait, se sont réconciliés avec le bon Dieu. Ce fut à la léproserie une belle fête, présidée par le P. Stffler, Supérieur du district. Une dizaine de missionnaires et prêtres indigènes apportèrent leur concours à la cérémonie, exprimant ainsi leur sympathie aux pauvres lépreux, et au P. Bá leurs félicitations et leurs encouragements. Après les baptêmes, la messe et les communions, plusieurs des nouveaux baptisés furent unis par le sacrement de mariage. Le tout se termina par un petit festin offert aux lépreux par de généreux chrétiens de la paroisse de Phủ Cam, qui avaient volontiers accepté lhonneur et la charge de parrains et marraines. La grande majorité de la léproserie est donc aujourdhui chrétienne. Heureux ces pauvres déshérités de la nature davoir trouvé sur leur chemin le bon Samaritain, médecin de leurs âmes !

    Conférences aux païens. Il a déjà été parlé dans une précédente chronique des conférences données aux païens environ une fois par semaine, le matin, aux hommes, chez les RR. PP. Rédemptoristes et le soir, aux femmes, à lEcole Jeanne-dArc. Les Rédemptoristes organisent en outre, de temps à autre, dans différents centres autour de Hué, ce quils appellent Semaine de Causeries aux païens. Ces temps derniers cest dans la vaste église de Kimlong aménagée à cet effet que fut donnée une Semaine de ce genre. Lorganisation était entre les mains des Pères Rédemptoristes et les conférences étaient faites chaque soir par des prêtres indigènes, sur les sujets qui intéressent les païens et peuvent leur ouvrir le chemin de la conversion : lexistence dun Dieu créateur, le culte des ancêtres, lexistence et limmortalité de lâme, lexistence dune Eglise fondée par N. S. J. C., etc. Tout autour de la chrétienté de Kimlong il y a des villages païens très peuplés ; on y rencontre toutes les classes de la société : mandarins, lettrés, bourgeois, artisans, laboureurs. Cétait donc un centre bien choisi pour la circonstance. Léglise était réservée aux païens, que les notables recevaient et plaçaient selon toutes les règles de la politesse et de la courtoisie annamite. Pendant huit jours il y eut tous les soirs une foule considérable, venue de partout, même de villages distants de plusieurs kilomètres. Elle remplissait léglise et débordait tout autour. Pas le moindre désordre, une tenue irréprochable, le silence le plus absolu. Tous écoutaient attentivement et avec sympathie, les femmes surtout, venues nombreuses, recueillaient avidement les paroles des conférenciers. A la sortie, des conversations sengageaient, des explications étaient données par les Pères et les chrétiens. Quelques personnes ayant des objections à formuler, rendez-vous leur fut donné au presbytère à une date déterminée. Le succès de cette Semaine, à en juger par lextérieur, a été considérable, limpression sur les esprits très grande. Déjà quelques demandes de conversion, qui paraissent sérieuses, ont été adressées au curé de la paroisse, mais Dieu seul connaît le travail secret de la grâce dans les âmes de bonne volonté, qui semblaient être nombreuses parmi les auditeurs. Encore une fois on a pu constater combien, à lheure actuelle, nos populations païennes de la classe instruite sont tourmentées par lidée de la vérité religieuse. Plaise à Dieu de faire lever la bonne semence, et de ne pas permettre à lhomme ennemi de venir compromettre le succès de la mission en y jetant sournoisement livraie dévastatrice !

    Au carmel de Hué. Cétait grande fête au Carmel hier, jour de lAscension. Une religieuse annamite, dune honorable famille de la chrétienté de Đồ-Sơ, faisait sa profession perpétuelle, après treize ans de séjour dans le monastère. A la joie des curs sajoutèrent les offices solennels et les cérémonies touchantes de lOrdre, et firent de cette journée de consécration totale et irrévocable au céleste Epoux, une grande journée pour la pieuse communauté, qui ne cesse de prier et de simmoler pour nos uvres dapostolat.

    Mort du P. Max de Pirey.

    Nous venons de perdre un excellent confrère, estimé et aimé de tous, le Père Maximilien de Pirey, décédé en France, dans sa famille, le 9 avril 1932. Il était né le 6 mai 1867 à Maizières, au diocèse de Besançon. Du grand séminaire de Saint Sulpice, à Paris, il passa à celui des M. E. Ordonné prêtre le 21 février 1891, il partit pour la mission de Hué le 15 avril 1891. Après avoir professé sept ans environ au petit séminaire dAnninh, il fut nommé, en 1898, curé de Vạnthiện. Dans cette paroisse, au ministère spirituel il joignit des travaux extérieurs. Léglise de la chrétienté de sa résidence commencée par son prédécesseur fut terminée et dotée dun joli clocher. Cette église, de proportions modestes, est élégante et fait bonne figure à côté des belles églises de la mission. Les besoins matériels de ses chrétiens prenaient aussi une bonne part de lactivité inlassable du Père. Entre autres services quil leur rendit, il débarrassa en grande partie la région environnante, des tigres dont elle était alors infestée, sauvant ainsi la vie à de nombreuses personnes et préservant un grand nombre danimaux domestiques. Il fit périr ces redoutables rôdeurs soit par le poison, soit au moyen de pièges, soit même en se portant courageusement, en compagnie de son frère, le P. Henri de Pirey, au-devant du fauve retiré dans les fourrés, et labattant à coups de carabine.

    En 1906, le mauvais état de sa santé le contraint à partir pour France. A son retour, en 1908, il est placé à la tête de la paroisse dAnlộng. Il y passa seize ans, interrompus seulement par un nouveau voyage en France en 1911, encore pour raison de maladie. A Anlộng, le P. de Pirey fut, comme à Vạnthiện, dune activité dévorante, dans tous les domaines. Les comptes rendus de la Société, de cette époque, signalent les nombreux baptêmes dadultes quil fit dans ses diverses chrétientés. Il fonda, à la suite de multiples conversions, le nouveau poste de Linhyên, devenu depuis paroisse indépendante. Il reconstruisit léglise dAnlộng, la couronnant dun clocher élancé. Puis ce fut le tour du presbytère, quil refit complètement en lagrandissant. Entre temps, aidé dun vicaire annamite, il soccupait avec zèle de la vie spirituelle de ses chrétiens, et méritait dans le compte rendu de 1909 cet éloge de son évêque : La paroisse dAnlộng est une des meilleures du district de Dinh Cát. Les adultes sy confessent en moyenne cinq fois par an et les enfants paraissent fort bien instruits.

    On rencontrait souvent aussi le Père sur les routes, par tous les temps et à toute heure. Il allait, monté sur sa bicyclette, la compagne inséparable de sa vie de missionnaire, un chapeau de forme antique sur la tête, en bandoulière, un sac noir. Ce sac, un vrai magasin, contenait de tout, en particulier une blague à tabac de taille respectable, que les confrères appelaient plaisamment larche de Noé, tant elle renfermait de menus objets de tout genre, pour parer à toute éventualité. Ainsi harnaché le P. Max pédalait toujours vivement, car il avait toujours quelque affaire urgente. Il se rendait dordinaire chez le Préfet annamite ou chez le Résident de France, pour quelque histoire à faire régler en faveur de ses chrétiens, quelque injustice à faire réparer, quelque cause désespérée à soutenir dans la mesure du possible. Le P. Max de Pirey en effet était le dévouement et la charité même, toujours prêt à rendre service à quiconque recourait à lui, dans quelque domaine que ce fût. Aussi chrétiens et païens accouraient à lui, ils usaient et, il faut lavouer, plus dune fois, ils abusaient de sa bonté inlassable. Ses confrères et les prêtres indigènes faisaient également souvent appel à son bon cur, qui pour une démarche auprès des Autorités, qui pour une bicyclette ou un fusil à réparer, qui pour une pièce à tourner, qui pour tout autre service, de quelque nature quil fût. Le Père Max na jamais su rien refuser à personne, et ce quil faisait ainsi pour les autres, il le faisait avec autant de soin que si ceût été pour lui-même. Cette charité toujours en exercice se manifestait encore par les secours quil distribuait sans compter de tout côté et de toute manière. Il se dépouillait lui-même pour aider les autres, à tel point que né dune famille aisée il est mort très pauvre.

    Le Père de Pirey rêvait de finir sa vie à Anlộng au milieu de ses chrétiens quil aimait tant. Mais en 1924 Monseigneur eut besoin dun homme de sa valeur pour une paroisse de néophytes particulièrement difficile à gouverner. Il fit appel au dévouement de notre confrère, qui, le cur brisé, se rendit à son nouveau poste, Lạilân, près Hué. Il y travailla, comme à Anlộng et ailleurs, sans ménager ses forces. Mais les mille difficultés quil eut à surmonter, les soucis, les travaux ruinèrent rapidement sa santé. Lannée dernière il était complètement usé. Les médecins tentèrent une dernière chance de salut en lenvoyant en France, en octobre 1931. Il partit la mort dans lâme, ne conservant, comme nous, quun bien problématique espoir de retour. Hélas ! six mois plus tard un télégramme nous apprenait que le bon et infatigable ouvrier apostolique, après quarante et un ans de mission, était allé recevoir la récompense de ses travaux et de ses vertus. Pour ce si bon et si charitable confrère cette récompense est, avant tout, Dieu lui-même, comme la dit S. Jean : Qui manet in charitate in Deo manet et Deus in eo. (I Joan. IV, 16.)

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    De petites causes ont parfois de grands effets. Un jour le Père Max alors à Anlộng, se vit apporter par un chrétien un pot rempli de vieilles sapèques, trouvé en fouillant la terre. La curiosité le poussa à chercher de quelle époque elles dataient. Il fit appel à un lettré voisin, sarma dun dictionnaire chinois que lui prête un confrère, et le voilà étudiant chaque pièce, après lavoir péniblement nettoyée et rendue lisible. Peu à peu il se familiarisa avec les caractères et avec lhistoire ancienne de lAnnam et de la Chine (lAnnam ayant été pendant de longs siècles sous la domination chinoise se servait autrefois de monnaies chinoises). Pendant ce temps arrivaient de tous côtés de vieilles sapèques, apportées par les païens et les chrétiens. Le Père Max, aidé de son frère le Père Henri, les déchiffrait et les classait. Il prit goût à cette besogne et même sy passionna ; cest ainsi quà la longue il est devenu un numismate remarquable : sa collection de vieilles sapèques na nulle part sa pareille, pas, même à lEcole Française dExtrême Orient à Hanoi. Quand lEcole voulut mettre en ordre sa propre collection, elle fit appel à la compétence des deux frères : ils passèrent de longs mois à Hanoi pour ce travail, quils menèrent à bonne fin. Quon nous permette de citer les lignes élogieuses écrites à ce sujet, il y a quelques jours, par M. Nguyễn Tô. Lhommage rendu à un membre de la Société rejaillit sur toute la famille des M. E.

    (Après sêtre créé une collection particulière hors pair de sapèques anciennes), le R. P. Max de Pirey a pris, avec son frère, le R. P. Henri, une part active à létablissement du catalogue des collections numismatiques de lEcole Française dExtrême Orient. Pour cela, il a passé en revue les ouvrages quil avait pu réunir et dans lesquels les savants français et étrangers ont traité, soit spécialement soit accidentellement, des monnaies chinoises et annamites. Il signale dans les travaux, les erreurs que lui a révélées son expérience dans ces sortes détudes, et indique les restitutions que lui suggère sa parfaite connaissance du sujet.... Ce nest point un jeu quun semblable travail, et nous devons savoir gré à ceux qui se vouent à ces recherches aussi pénibles pour eux quelles sont utiles pour la science.... Par ces études, les RR. PP. de Pirey éveillent chez ceux qui sintéressent à lhistoire dAnnam, le désir de collectionner les monnaies annamites et chinoises, en leur montrant le profit que peut tirer lhistorien de lexamen de tels documents. Le R. P. Max de Pirey semble sêtre tiré avec bonheur de la tâche difficile quil sétait imposée.... Il a dû nécessairement laisser beaucoup à faire à ceux qui le suivront dans cette voie, mais les résultats quil a obtenus lui ont déjà permis de restituer un certain nombre de dates erronées ou de rétablir la vérité de faits dénaturés par les historiens. Il nest pas jusquaux noms quil est parvenu à lire, sans avoir pu jusquà présent donner dautre indication à leur sujet, qui naient leur intérêt, en ce sens quils pourront plus tard être élucidés par la découverte de nouveaux documents ou servir eux-mêmes de termes de comparaison pour lexamen de monnaies non encore déchiffrées.... Parmi ses amis, parmi les membres de 1Ecole Française dExtrême Orient beaucoup sentiront jusquau bout un vide douloureux autour deux, car ils chercheront en vain cette large et noble intelligence en qui ils avaient foi, et dont lérudition était pour plusieurs dentre eux une force et un appui. (Nguyễn tô. LAvenir du Tonkin, 16 avril 1932).


    Bangkok.

    20 avril.

    A loccasion du cent cinquantième anniversaire de la fondation de la ville de Bangkok et en même temps de la dynastie régnante des Chakkri, des fêtes très solennelles se sont déroulées dans la capitale du Siam les 4, 5 et 6 avril dernier.

    Cest en avril 1767 que lantique capitale, Juthya, fut détruite entièrement par les Birmans tandis que les Siamois battaient en retraite vers le sud. Cest alors que le Gouverneur de Tak, chinois dorigine, se mit à la tête de larmée siamoise en déroute, parvint à la discipliner, se proclama roi sous le titre de Phra Chao Tak Sin et réussit à battre larmée birmane. Malheureusement, au bout de peu dannées de règne, Phra Chao Tak Sin fut atteint de démence religieuse. Lun de ses généraux, Chao Phya Chakkri, revenant alors dune campagne victorieuse contre les Cambodgiens, fut aussitôt acclamé roi par le peuple. Il détrôna Phya Tak et se proclama lui-même roi en lan 1782. Il prit le titre de Somdech Phra Buddha Yot Fa et construisit son palais sur la rive est du fleuve Mënam traversant Bangkok qui devint la capitale du royaume. Inutile dajouter que celle-ci nétait alors quune petite bourgade, pour ne pas dire un simple village, sans aucune route. Par contre de nombreux canaux la sillonnaient, offrant ainsi des moyens de communication naturelle aux habitants logés pour la plupart dans des huttes sur pilotis.

    Le roi Phra Buddha Yot Fa également connu sous le nom de Rama I régna durant 28 ans et mourut en 1809.

    Sans faire lhistorique des règnes de ses successeurs, rappelons seulement que le roi Maha Mongkut ou Rama IV entretint des relations cordiales avec la mission catholique et quil fut lami de Mgr Pallegoix. Son successeur, Rama V, plus connu sous le nom de Chulalongkorn, reste, jusquà présent, le plus grand monarque de la dynastie régnante. Ce fut lui qui par un acte dautorité remarquable pour lépoque abolit lesclavage et se montra toujours le vrai Père de ses sujets ; lui encore qui décréta la constitution politique dès 1874, telle quelle demeure aujourdhui ; lui toujours qui organisa larmée, ladministration des provinces du royaume, le service des postes et télégraphes, les chemins de fer. De son règne, datent vraiment lEducation scolaire, lHygiène sociale, lélaboration des Codes et une infinité dinstitutions politiques dont bénéficièrent ses sujets.

    Bangkok devint alors une vraie et belle capitale riche en eau pure et saine pour les habitants que ne décima plus le choléra. Des routes furent tracées et asphaltées et de nombreux monuments construits en briques. Et si Bangkok, malgré ses déficiences inhérentes à toute agglomération de races diverses (surtout chinoise) dune importance de 600.000 habitants environ, reste lune des Reines dExtrême Orient à cause de sa parure tantôt antique et tantôt moderne, cest à Sa Majesté très Illustre le roi Chulalongkorn quelle le doit sans amoindrir la part évidente de ses deux successeurs, le roi Rama VI et son auguste frère, actuellement régnant, le roi Phra Paraminda Maha Prachatipok, couronné le 25 février 1926.

    Aussi le peuple de Bangkok augmenté des foules venues des provinces manifesta-t-il clairement et joyeusement son attachement au roi et sa loyauté envers son souverain lors des fêtes du cent cinquantième anniversaire. La nation siamoise est fidèle au trône des Chakkri parce quelle leur doit son progrès, sa sécurité, sa civilisation, son essor moderne et quelle demeure sans crainte pour lavenir.

    Des cataclysmes politiques ont bouleversé le monde entier ces cent cinquante années passées, Siam na pas été atteint et garde sa noble indépendance. Le royaume siamois, hospitalier à toutes les races, tolérant envers toutes les religions, souverainement libre, peut et doit être fier de sa dynastie. A celle-ci : longue vie, bonheur et paix. Que Dieu la garde et la protège !


    Singapore

    Notre vénérable Nestor, le Père Belliot, est tout fier avec ses 85 ans commencés, dêtre le quatrième doyen dâge de la Société.

    Malgré ses 400.000 habitants, la ville de Singapore devait jusquici, se contenter dune gare provisoire construite en planches et ce provisoire durait depuis près de 30 ans. Le 2 mai, son Excellence le Gouverneur de la colonie a fait linauguration dune gare tout à fait moderne. Elle se trouve à proximité des quais, au bas de la colline sur laquelle est bâtie léglise de sainte Thérèse. Tout en construisant la nouvelle gare, ladministration du chemin de fer a dévié la ligne sur une douzaine de kilomètres de façon à éviter tous les passages à niveau.

    Le suicide semblait être, jusquà présent, le monopole des Européens. Tout dernièrement, un Chinois, millionnaire lannée dernière est réduit à la pauvreté par la dépression, a pris ce moyen pour se débarrasser de tout souci.

    La semaine dernière, une banque chinoise, à Ipoh, fermait ses portes.
    Pour remédier à la mévente de létain, on a réduit la production dun certain pourcentage. Certains experts trouvent que ce nest pas suffisant et proposent de fermer complètement toutes les mines pendant deux mois.


    Laos

    6 mai.

    Thakkek
    Depuis environ un mois, notre cher P. Jantet est à lambulance de Paksé. Nous faisons des vux pour que les mauvais intestins de notre confrère se guérissent enfin et lui permettent de continuer son fécond ministère. Le P. Tenaud est allé le voir et passer quelques semaines avec lui avant de rallier Tharé, sa nouvelle destination.

    On attend le P. Dézavelle retour dun long voyage de convalescence : Dalat, Saigon, Bangkok. Il a sa place marquée sur la rive française dans les environs de Paksé.

    Le P. Marchi vient de se rendre à Vientiane pour y prêcher sainte Jeanne-dArc.

    Ces jours-ci rentrée des élèves catéchistes du P. Boher ; une prochaine chronique vous en dira le nombre.

    Mgr est attendu à Nongseng vers le 12 mai ; le 8, il présidera, à Tharé, la grande fête annuelle de S. Michel.


    Pondichéry

    mars.

    Pondichéry. Le dimanche 28 février, à 7 heures du matin, une prise darmes eut lieu sur la Place du Gouvernement, en présence de M. le Gouverneur et de M. le Maire, pour la remise de la Médaille militaire au Père Monchalin. Ce cher confrère est déjà titulaire de la Croix de guerre avec étoile et palme. Dans son livre intitulé Nos Héros, M. Maurice Barrès cite le P. Monchalin comme le modèle du plus parfait héroïsme, sacrifiant en toute occasion sa vie pour aller chercher les soldats blessés sous le feu violent de lennemi.

    A 9 heures, M. le Gouverneur offrit un vin dhonneur au nouveau décoré.
    Le même jour, à 5 heures du soir, séteignait, au presbytère dOulgaret, dune crise cardiaque, le P. Rassendiren, après quelques heures de maladie. Il confessait encore la veille au soir. Sa mort laisse un grand vide dans notre mission où il était aimé et vénéré de tous à cause de sa douceur, de sa charité et de sa piété. La belle église de Tatchoor quil a bâtie et décorée avec les ressources quil a su trouver sur place restera comme un monument de son zèle et de son savoir-faire. Ses funérailles furent splendides. Mgr célébra la Messe denterrement en présence dune foule considérable ; beaucoup de chrétiens étaient venus de Pondichéry et même de Tatchoor. Tous les confrères de Pondichéry et des environs étaient présents ainsi que le séminaire.

    Le 11 mars, un télégramme arrive à la mission disant : Père Durier, Chandernagore, a subi une opération au pied. Envoyez remplaçant provisoire immédiatement... Le 17 au soir, le P. Morin sembarquait à Madras pour aller au secours du cher malade. Une lettre venue de là-bas a heureusement apporté des nouvelles rassurantes. Dans 15 jours le malade sera debout.

    Bangalore. Mgr Morel écrit de sainte Marthe que son il droit a été opéré de la cataracte avec plein succès le 29 février. Sa Grandeur peut déjà dire le bréviaire et célébrer la sainte messe.

    Boudamangalam. Le P. Monchalin écrit quune terrible épidémie de choléra sest abattue sur la pariatcheri. Il y a déjà 26 morts dont 3 chrétiens. Pris de peur, les bien portants quittent le village et vont sinstaller dans les champs, abandonnant les morts et les mourants. Les païens enterrent leurs morts dans le lit desséché dun canal. Aux premières pluies, les microbes seront charriés dans les étangs des environs. Les puits sont déjà contaminés.

    Le Père ajoute : Les pauvres pariahs chrétiens et païens ne me laissent pas une minute de repos. Surtout, ils me supplient de ne pas les abandonner. Je suis leur prisonnier. Si je partais, ce serait la panique. Alors . je reste.

    avril.

    Pondichéry. Les offices de la semaine sainte ont, comme toujours, attiré de grandes foules dans nos églises et ont été suivis avec beaucoup de foi, de ferveur et de piété.

    Le 1er avril, un prêtre syriaque, le P. Jacob Pazhempallil, 36 ans dâge, 10 ans de prêtrise, arrive de Kottayam à Pondichéry où il désire se consacrer à luvre de la conversion des païens. Il sera envoyé à Mogaiyur comme vicaire.

    Le dimanche 3 avril, fête de N.-D. de Lourdes, à Villenour. Tout le Pondichéry chrétien sy trouvait avec beaucoup de pèlerins venus de lextérieur. Ordre parfait grâce aux mesures prises par le P. Higonenq et à lhabileté du P. Hougard. Le P. Paul Aroquiam était le prédicateur de la neuvaine. Le P. Combes chanta la grandMesse.

    Dans la soirée du 10, Mgr se met en route pour Coïmbatore accompagné des PP. Gayet et Boudoul qui nous écrivent :

    Nous passons la nuit à Eraiyur et arrivons à Coïmbatore le 11 au soir. Un seul accident en route : à quelques milles de Coïmbatore, nous sommes pris dans un nuage de poussière qui obscurcit lhorizon et cache presque la route ; le vent souffle avec violence, le tonnerre gronde, la pluie se met à tomber à torrents : juste à ce moment, quelle malchance ! un pneu éclate. Le chauffeur et le domestique de Mgr, en deux tours de main, changent la roue et nous repartons. La pluie nous accompagne jusquà Coïmbatore où nous arrivons à 6 h. Mgr Tournier nous fait le meilleur accueil, il est charmant ; Mgr Roy semble avoir rajeuni de 10 ans.


    Coïmbatore

    20 avril.

    La mission de Coïmbatore vient de célébrer dignement les fêtes de la consécration de son nouvel Evêque, Mgr Louis Tournier.

    Dabord il y eut les préparatifs de la fête. La cathédrale étant de beaucoup trop petite, il a été nécessaire délever un vaste pandal ou pavillon couvert de feuilles de cocotier tressées et reposant sur 336 colonnettes en bambou ou en bois daréquier. Les dimensions du pavillon étaient 100 m. de long sur 30 de large. En avant était dressée une vaste estrade splendidement décorée, avec les autels du Consécrateur et de lEvêque élu. De chaque côté étaient placés des bancs pour le clergé et les fidèles.

    Les travaux se terminaient et tout le monde était à la joie quand subitement éclata un orage qui ouvrit les cataractes du ciel, inonda le pauvre pavillon et détruisit ou endommagea les décorations ; cétait une consternation universelle parmi les chrétiens, mais sans se laisser aller à dinutiles lamentations, ils se dirent : il faut réparer le dommage et, toute la nuit, ils travaillèrent si bien que le matin toute trace de dégât avait disparu.

    Le 13 avril, au matin, les cloches de la Cathédrale carillonnèrent joyeusement annonçant à toute la ville la grande cérémonie qui allait commencer.

    A 7 h. 45 exactement, lEvêque Elu, entouré de dix Archevêques ou Evêques et dun nombreux clergé venait processionnellement à lestrade préparée pour la cérémonie. Pendant le défilé la fanfare de lécole industrielle lançait ses notes joyeuses à tous les échos.

    A 8 h. la cérémonie du sacre commençait. Le prélat consécrateur était Son. Excellence le Délégué Apostolique. Le nouvel évêque avait choisi pour parrains Mgr A. Roy, son prédécesseur et Mgr Prunier, évêque de Salem.

    Le vaste pavillon débordait de monde. Dabord le clergé et les congrégations religieuses, puis les officialités de la ville qui avaient tenu à honorer de leur présence la consécration du nouvel élu et la foule immense des fidèles que lon a évaluée à plus de 10.000. Malgré la très nombreuse assistance, un ordre parfait régna dans la foule et une des choses les plus édifiantes fut le religieux silence que surent garder tant de personnes pendant les deux heures que dura la cérémonie.

    A 10 h. le nouvel Evêque donnait sa première bénédiction épiscopale à la foule avide de la recevoir et était reconduit processionnellement au palais épiscopal.

    A 11 h. tous les prêtres de la mission réunis offraient à Sa Grandeur leurs vux filiaux auxquels il répondit avec les sentiments les plus paternels. Les prêtres de Coïmbatore lui avaient présenté un anneau et il voulut quils fussent les premiers à le baiser.

    A midi Monseigneur Tournier, 10 évêques et 80 prêtres se réunissaient au réfectoire du petit séminaire pour des agapes fraternelles. A la fin du repas des toasts furent adressés au nouvel Evêque par le Prélat consécrateur, par les Archevêques de Pondichéry et de Madras, par ses deux assistants et par le P. Bulliard, un compatriote de Mgr Tournier.

    Dans son toast, Mgr Roy mit tout son cur de père. Cétait comme le testament dun père aimant à son fils aimé. Après avoir appelé les bénédictions du Ciel sur la tête de son successeur, il faisait les vux les plus ardents pour la prospérité de la mission de Coïmbatore quil a tant aimée et quil aimera jusquà son dernier soupir.

    En termes émus et sentis, Mgr Tournier remercia Son Excellence le Délégué Apostolique, les Evêques et les prêtres, leur offrit ses vux et se recommanda à leurs prières pour obtenir la grâce de bien diriger le diocèse qui lui était confié.

    A 4 h. tout le clergé était de nouveau réuni pour la photographie obligée en pareille circonstance.

    A 4 h. ½ , lecture des compliments en tamil et en anglais au nom des chrétiens de tout le diocèse, suivie de la présentation doffrandes diverses faites par les différentes paroisses.

    A 5 h. ½ , sermon en tamil par le P. Marie Louis, suivi de la bénédiction du S. Sacrement donnée par le nouvel Evêque. Ainsi se termina cette belle journée qui restera longtemps vivante dans la mémoire de ceux qui ont eu le bonheur dy assister et dont on peut dire : Hc est dies quam fecit Dominus, exsultemus et ltemur in ea.

    Parmi ceux qui ont le plus contribué au succès et à léclat de ce jour, il convient de nommer tout dabord le P. Panet, Procureur qui, pour la circonstance, avait rajeuni les vieux bâtiments de la mission. Il avait pensé à tout : il réussit à loger confortablement les Evêques et les prêtre dans des chambres en nombre insuffisant. Le réfectoire était orné avec tact et le menu, tout en étant simple, était conçu de façon à donner satisfaction même à des gourmets.

    Le P. Beyls, directeur de la philharmonie de lécole industrielle nous a réjoui le cur par les morceaux harmonieux que sa fanfare na cessé de jouer pendant toute la journée.

    Les chants étaient exécutés par les orphelins du P. Joseph qui est un organiste émérite et qui a le don de préparer des chants qui feraient honneur à une cathédrale dEurope.

    Le P. Bassaistéguy, comme cérémoniaire, a aussi contribué à la bonne conduite des cérémonies.

    En un mot, tous et chacun dans sa sphère, a plus ou moins contribué au succès de ce grand jour. Deo Gratias et Ad multos et faustos annos à Sa Grandeur Mgr L. Tournier.


    Salem

    mars-avril.

    Pendant le carême Mgr Prunier a visité les districts dAgratiaram et de Kalkaveri où il a donné de nombreuses confirmations.

    A la fin du carême Sa Grandeur allait elle-même installer dans son poste le P. Mathew Talashira, prêtre syriaque originaire du diocèse de Changanacheri ; il a demandé à Rome et obtenu la permission de changer de rite et de venir partager les travaux des missionnaires de Salem. Sa douceur, sa modestie, sa patience et sa bonté ne manqueront pas de lui gagner tous les curs et dattirer sur son apostolat les grâces divines. Il est venu à point pour combler le vide fait par le départ du P. Martin rentrant en France avec le P. Laplace pour y prendre un repos bien mérité.

    Le P. Bulliard ayant cédé son poste de Madakondapalli à notre premier prêtre indien, va à Elattagari recueillir la succession du P. Martin ; il sera le bâton de vieillesse de notre cher doyen, le P. Playoust, resté toujours actif malgré ses 73 ans.

    Le 9 avril, à Salem, Monseigneur présidait linauguration solennelle du nouveau bâtiment de la Little Flowers secondary school; tout ce que lAdministration, le Barreau, lEducation, le Commerce et lIndustrie comptent dillustre au chef-lieu y assistait et fut présenté à Monseigneur après la cérémonie.

    Le 11 avril, nous avions lhonneur et le plaisir de la visite de Mgr Colas ; en compagnie des PP. Gayet et Boudoul il allait assister à la consécration de Mgr Tournier, le nouvel évêque de Coïmbatore, et avait bien voulu sarrêter à Salem ; le lendemain Mgr Prunier prenait la même route emmenant avec lui trois de ses missionnaires.

    Le P. Murcier aussi bon pêcheur au filet quà la ligne vient de faire une nouvelle capture de 17 néophytes ; il ramasse actuellement des matériaux pour leur construire une chapelle et une école. Ainsi, sensim sine sensu, progresse le règne du Christ-Roi et se développe son royaume dans la jeune mission de Salem.


    Séminaire de Paris

    1er avril.

    Pendant quelques jours nous étions un peu inquiets sur le voyage de Mgr le Supérieur, qui avait entrepris la plus rude étape et la plus longue. Le 21 mars, une dépêche nous annonçait son heureuse arrivée à Chengtu, et désormais nous pouvons être rassurés sur les trois étapes qui lui restent à parcourir.

    Les fêtes de la Semaine Sainte se sont déroulées avec le cérémonial accoutumé. Les chants ont été particulièrement réussis. Le P. Robert officiait le Jeudi Saint et le Jour de Pâques.

    Le lundi de Pâques était le jour de sortie pour les aspirants ; le mardi ils ont eu la promenade accordée par le Nonce, lors de sa visite à lEpiphanie.

    Le P. Bouchet, qui fait la tournée de Pâques dans les garnisons où se trouvent des annamites, a dû linterrompre et se rendre à Montbeton, pris par un grave malaise. Son état est meilleur et sous peu il reprendra, nous lespérons, son fructueux ministère près de ses chers soldats.

    Le P. Depierre prend quelques jours de vacances très méritées à la procure de Marseille. Depuis le commencement de novembre, notre confrère a généreusement consacré tous ses instants, Dieu sait avec quelles fatigues, à donner des conférences dans les séminaires et collèges de limmense champ daction réservé à son zèle. Il reprendra prochainement son travail de conférencier dans les diocèses du Sud-Ouest.

    Le P. Fargeton, de la mission de Rangoon, a subi avec succès, le 15 mars, dans une clinique de Dijon, lopération de lappendicite. Il est actuellement en convalescence dans sa famille.

    M. Georges Goyau, léminent académicien, vient de faire paraître en volume les conférences données à lInstitut Catholique sur la Société des Missions-Étrangères. Ce livre, intitulé : Les Prêtres des Missions-Étrangères, est tout à la gloire de notre Société et servira grandement à la faire connaître davantage.

    De passage à Paris. Mgr Montaigne, coadjuteur du Vicaire Apostolique de Pékin, est venu le Jeudi Saint déjeuner au Séminaire. Le P. Sibers, supérieur du Sanatorium de Montbeton, est venu consulter la Faculté à la suite dune grave indisposition, et a passé trois semaines à Paris. Il est rentre le Samedi Saint à Montbeton. M. le chan. Joubert, secrét. gén. de Luçon. M. le Supérieur du grand séminaire de Tours, qui passe plusieurs jours à étudier nos archives, en vue dun travail sur Mgr Pallu. Le P. Crocq.

    15 avril.

    Le P. Aubert, représentant du groupe des missions de la Chine occidentale, a dû entrer à lhôpital S. Joseph pour y subir une délicate opération. Dieu merci, cette opération a eu lieu dans dexcellentes conditions, et hier les médecins annonçaient une prompte et complète guérison. Le moral de notre cher confrère est excellent, ce qui favorise davantage son rétablissement si désiré.

    Le P. Maximilien de Pirey, rentré très fatigué en France en novembre 1931, est décédé dans sa famille à Maizières le 9 avril. Le P. Lefèvre est allé représenter les Missions-Étrangères à ses obsèques.

    De passage à Paris les PP. Genty, Raymond Michotte, Vircondelet et Ginestet.
    1932/436-480
    436-480
    Anonyme
    France et Asie
    1932
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