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Chronique des Missions et des Etablissements communs 6

Chronique des Missions et des Etablissements communs Tôkyô 5 mai.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs
    Tôkyô
    5 mai.

    L’inauguration de l’année scolaire, qui, au Japon, se fait en avril, a été marquée pour le Séminaire de Tôkyô par une bonne rentrée. On y compte actuellement 28 grands séminaristes et 32 petits séminaristes. De plus, 5 élèves de la Mission de Sapporo, dont 3 théologiens, viennent d’y faire leur demande d’admission. D’ailleurs, parmi les élèves du Séminaire de Tôkyô, plusieurs y ont été envoyés par les RR. PP. Jésuites, Dominicains, Franciscains, et du Verbe Divin. Ce fait dénote la bonne entente et l’esprit de collaboration qui existent entre les diverses congrégations de missionnaires qui travaillent au Japon et la Société des Missions-Étrangères. Le Séminaire de Tôkyô compte de plus 5 Séminaristes, qui continuent leurs études en Europe, 3 à Rome et 2 en France.

    Les nouveaux bâtiments du grand séminaire, qui sont édifiés dans la banlieue de Tôkyô, au village de Shakujii, doivent être terminés dans le courant de ce mois ; les cours réguliers y seront inaugurés en septembre. Le gouvernement japonais a approuvé le nouvel établissement, sous le titre de Séminaire Catholique.

    Mgr Chambon a quitté Tôkyô, le 22 avril, pour se rendre à Fukuoka d’abord, où il devait rencontrer le R. Père Robert, et ensuite en Mandchourie, à Kirin, pour y prêcher la retraite des missionnaires. Sa Grandeur doit rentrer vers le milieu de ce mois.

    Bien que les conférences publiques aux païens n’aient plus la vogue de jadis, elles peuvent, dans certaines conditions, être couronnées de succès. L’expérience faite dernièrement par le Père Beuve, à Kofu, l’a prouvé une fois de plus. Grâce à la préparation poursuivie par ce confrère, dans les milieux qu’il évangélise, la réunion où le Père Candau, l’amiral Yamamoto et l’avocat llayashi se sont fait entendre a réuni plus de 500 auditeurs. Prions pour que la bonne semence porte, là comme ailleurs, les fruits qu’il y a lieu d’espérer !


    Fukuoka
    30 avril.

    Le R. Père Robert, notre infatigable Premier Assistant, n’a pas craint d’ajouter quelques centaines de lieues aux milliers déjà parcourues et de retarder son retour en France, pour venir au Japon, visiter le nouveau diocèse de Fukuoka.

    Une dépêche nous annonça son arrivée à Nagasaki, par le bateau du 19 avril. Au débarcadère, le P. Robert trouva le P. Urakawa, vicaire général de Nagasaki, le P. Yamaguchi, le P. Heuzet, procureur, et le P. Fressenon, venu de Fukuoka, pour le saluer au nom de Mgr Thiry et se mettre à sa disposition. Il descendit à la Procure et visita les principales œuvres catholiques de La ville. S. G. Mgr Hayasaka, en tournée, ne rentra que le lendemain matin, mais à temps cependant pour recevoir sa visite.

    Le 20, à 2 h 25, l’express l’emportait vers Fukuoka. Il y arrivait à 6h 1/2, salué par une pluie abondante, “la première depuis octobre”, fit-il remarquer à Mgr de Fukuoka, qui l’attendait à la gare. Le lendemain, Dimanche, il assista à la messe paroissiale, s’entretint longuement avec M. Ozawa, professeur de droit à l’Université, récemment converti, et les Dames de l’Association Catholique de la paroisse. Le soir il donna la Bénédiction du T. S. Sacrement.

    Dès le Dimanche, les confrères les plus rapprochés se firent un devoir et un plaisir de venir saluer le Premier Assistant de notre chère Société et s’entretenir avec lui. Il se prêtait à tout et à tous avec une amabilité qui charmait, semant sa conversation si documentée et si intéressante, de conseils, d’avis précieux et appropriés aux circonstances. On revivait, malgré soi, la vie du Séminaire de Paris.

    Dans l’après-midi du 22, il visita les terrains de la future Mission ainsi que la Librairie Catholique, récemment ouverte en ville. Le mardi 23, il quittait Fukuoka en automobile pour Imamura (centre de 1800 catholiques) dont le curé, le P. Bonnet, est un Besançonnais. De là, grâce à la réparation des routes, après une randonnée aussi agréable que mouvementée, il atteignit Kurume, où le P. Raoult lui réservait un repas délicieux. Le train de 1 heure l’emporta vers Kumamoto et Biwasaki, d’où il rentrait le lendemain à Fukuoka.

    A la même heure, arrivaient NN. SS. Chambon et Castanier avec le P. Mayet. Le 25, à 2 heures, le P. Robert, Mgr Chambon et Mgr Thiry réussissaient à prendre le train qui devait les emporter vers Yawata, où les attendait le P. Lagrève. Une auto leur fit visiter le nouveau terrain de la paroisse, de là les emmena à Kokura où le P. Bertrand, après une courte visite de sa résidence, se joignait au groupe, et les descendait à 6h 1/2 chez le P. Martin, à Moji. Là, le P. Martin ménageait aux illustres voyageurs un accueil charmant et leur faisait servir un frugal repas, face au beau détroit de Shimonoseki.

    A 9 h 25, le P. Robert et Mgr Chambon, accompagnés du P. Martin, montaient sur le ferry-boat qui devait les conduire au bateau de Corée. Mgr Castanier, après une visite à Imamura, partait le lendemain pour Nagasaki.

    Le P. Robert rentre en Europe par la Sibérie. Le Bulletin nous donnera sans doute bientôt ses impressions de voyage. Fukuoka garde précieusement le souvenir de cette visite, trop courte pour tous, mais qui ne peut produire que les meilleurs résultats pour l’avenir de cette jeune Mission.


    Séoul
    6 mai.

    La retraite des missionnaires s’est terminée hier matin, après les messes. Nous n’avions pas de prédicateur cette année, et toute l’ardeur du lecteur n’a pas réussi à empêcher les regrets de cette absence.

    On a profité de la réunion des confrères pour élire le délégué des missionnaires : c’est le P. Polly qui a obtenu le plus grand nombre de voix.

    En route pour France, par le transsibérien, le R. P. Robert a tout juste pu s’arrêter chez nous 24 heures, le temps de nous faire apprécier sa bonne santé et sa belle humeur après un si long voyage.

    Le même jour, nous eûmes aussi le plaisir de la visite de S. G. Mgr Chambon, qui se rendait à Kirin.

    La Corée n’aura bientôt plus rien à envier aux nations les plus civilisées ; les brigands arrêtent déjà les automobiles sur les grandes routes, intimident et dévalisent les voyageurs, sans faire grand mal à personne, puis se font conduire en ville et font avertir la police qu’ils viennent de faire le coup, d’avoir à les poursuivre : ils avaient voulu vivre un film policier, et n’y ont, paraît-il, pas mal réussi.

    Séoul continue la série des améliorations, pour devenir ville tout à fait moderne : nouvelles rues, nouvelles lignes de tramways, autobus municipaux en plus grand nombre, taxis sans nombre, radio, sans-fils, service par avion, rien ne manque déjà et tout se perfectionne.

    La pauvre petite Mission catholique est loin de marcher du même train ; elle ne progresse que lentement et avec beaucoup de peine. Cette année, elle construit une école pour laquelle elle a déjà les élèves, mais pas les professeurs, hélas ! sinon les professeurs ordinaires des écoles publiques. Voilà le P. Chizallet, architecte et entrepreneur, fort occupé pour quelques mois. Les travaux viennent de commencer et il faut que tout soit prêt pour la rentrée du 1er septembre.

    Rien de saillant à signaler.


    Taikou
    7 mai.

    Le mois d’avril a été cette année le mois des retraites ; à part le Père Lacrouts, à qui sa santé ne permet pas d’entreprendre un long voyage, tous les confrères ont pu suivre les fructueux exercices de la récollection annuelle. Monseigneur Roy, Préfet Apostolique de Kagoshima, avait bien voulu accepter de venir jusqu’ici. Aux qualités de son Ordre, qui ressemblent tant à celles de notre chère Société, à ses titres de descendant de Français, Monseigneur, joignant ses qualités personnelles et une grande expérience, a trouvé tout de suite le chemin des intelligences et des cœurs. Missionnaires et prêtres indigènes ont été unanimes pour déclarer leur satisfaction des sermons. Pourquoi donc est-ce si vite passé ! Et chacun s’en est retourné reprendre le labeur obscur qu’il faut persévérant. Mais parmi les repartants, il n’y en a certainement pas eu de plus heureux que notre benjamin, le Père Hamon, appelé à fonder un nouveau district, dans les environs de Taikou, district où son zèle trouvera un vaste champ pour s’exercer.


    Kirin
    30 avril.

    Le 12 avril, le R. P. Bondolfi, Supérieur de la jeune et vaillante Société d’Immensée (Suisse), à laquelle est confiée une partie de la province de Heilungkiang, a bien voulu passer quelques jours chez nous. Le P. Supérieur était en compagnie du P. Imhof, Supérieur du Séminaire de Tsi-Tsi-Kar. Ensemble les deux voyageurs ont visité tout particulièrement le Séminaire. Les élèves leur firent une réception qui, pour avoir été improvisée, n’en toucha pas moins vivement les Révérends Pères.

    Le 28 avril, dans la cathédrale de Kirin, Mgr Gaspais a fait une ordination de cinq prêtres. Le nombre des prêtres indigènes se trouve ainsi porté à 25, dans notre Mission.


    Chengtu.
    5 avril.

    Depuis tantôt deux mois, Monseigneur est parti faire la visite des districts situés dans les parties montagneuses de la Mission. Accompagnée des PP. Perrodin et Coron, Sa Grandeur, en dépit de ses 60 ans, continue de voyager à cheval, de recevoir et de bénir tout le monde, chrétiens et payens, qui tous s’empressent au-devant d’Elle. Des nouvelles nous sont venues de là-haut, non pas des nouvelles du retour, dont il n’est pas encore question, mais des nouvelles du voyage qui semble s’effectuer dans de bonnes conditions, sinon avec tout le bien-être du confort moderne.

    C’est ainsi, nous dit-on, que les voyageurs du bon Dieu ont pu atteindre Long-Gan, mais non sans avoir essuyé plusieurs tempêtes de neige. Les passes difficiles ne leur manquaient pas dans ces contrées, mais alors le P. Coron lançait de temps en temps un vibrant “Gardez le sourire”, qui faisait oublier les misères de la route. Ces misères, le P. Perrodin y pensait-il seulement ? Il était tout au bonheur de revoir le pays qui avait été le théâtre de ses premières armes, lors de son arrivée en Mission, en 1898.

    Le P. Laroche, directeur au Grand Séminaire, où il cumule les fonctions de professeur de Philosophie et de Plain-Chant, s’est senti dernièrement très fatigué ; sur l’ordre du docteur, il a dû prendre un peu de repos. C’est M. Fabien Yû, prêtre indigène, chancelier de l’Evêché qui est chargé par intérim d’assurer le travail du P. Laroche.

    Le P. Poisson met la dernière main à l’installation des orgues dans l’Eglise Cathédrale.

    La guerre civile est là, qui nous menace de nouveau. De ce fait les impôts et les taxes se mettent à pleuvoir dru sur le pauvre contribuable. Dans certaines sous-préfectures, on a déjà payé l’impôt foncier pour l’an de grâce 1946 !

    25 avril.

    Monseigneur est rentré le 11 avril de sa longue tournée dans les montagnes de Long-Gan. En certains endroits, le chemin étant impraticable aux chevaux et au mulets, Sa Grandeur a dû faire quelquefois, dans la même journée jusqu’à 80 “lis” à pied.

    La retraite des prêtres indigènes a eu lieu du 14 au 21 avril. Près la moitié d’entre eux manquait, n’ayant pu se mettre en route, à cause de la guerre civile, qui désole de nouveau une partie de la province. Plusieurs résidences ont été occupées par les soldats. Ici même, près de Chengtu, où tout est en paix, les greniers de la procure de Pï-Hien ont été pillés sur un ordre... du Sous-Préfet et du Commandant de la Place.

    A Chengtu, les professeurs des écoles secondaires et supérieures, n’ayant pas reçu leurs honoraires depuis plusieurs mois, malgré maintes réclamations respectueuses, ont proclamé la grève le 3 avril. Après de nombreux pourparlers avec les autorités responsables, les professeurs ont fini par obtenir gain de cause et ils ont repris les cours le 20 avril.

    Le 21 mars, en la fête de leur Vénéré Père St Benoît, Dom Joliet et deux Pères nouvellement arrivés ont quitté la résidence de Chouen-Kin et ont pris possession du nouveau monastère. Ce monastère se trouve à 10 “lis” de la ville. Dom Joliet en a été nommé Supérieur.


    Chungking
    26 avril

    A cause des temps troublés et des menaces d’une guerre plus prochaine, près de la moitié des prêtres indigènes n’ont pas pu venir prendre part aux exercices de la retraite. Le nombre des présents dépassait néanmoins la quarantaine. Le vendredi soir 19 avril, un salut solennel clôturait les exercices spirituels. Le dimanche suivant, faisant la solennité de Saint Joseph en son église cathédrale, Sa Grandeur officiait pontificalement, entourée des retraitants et de quelques missionnaires voisins, tous en habit de chœur . Le St Sacrifice commença à 9 heures, devant une assistance de fidèles très nombreux, toujours avides de belles cérémonies. Après l’Evangile, le P. Tsin, curé de Kiang-Tsin, dans un langage simple mais bien senti, célébra les louanges de St Joseph, Patron de l’Eglise Universelle et de la Chine, dispensateur des grâces. Les chants furent exécutés, en pur grégorien, par les élèves du Grand Séminaire, avec une perfection que tous se sont plu à reconnaître. Les orgues, — non pas l’harmonium, — bien qu’un peu vieillottes et poussives peut-être, ont su retrouver, sous les doigts de l’artiste distingué qui en joua, un regain de jeunesse et de superbes envolées, pour rehausser elles aussi l’éclat de la fête.

    Le 22 janvier dernier, après la retraite des missionnaires, Monseigneur bénissait l’église du vœu, à Kiangpee ; mais, pour que le clergé indigène eût aussi l’occasion de fêter solennellement “la Petite Thérèse” qui protégea si visiblement la Mission, quand, au début de 1927, la vague bolchéviste vint à déferler un peu partout en Chine, Sa Grandeur avait réservé la consécration du Maître-Autel pour l’époque de la retraite de son clergé chinois.

    Ce fut le 24 avril, qu’eut lieu cette consécration. Tous les retraitants et quelques missionnaires des environs s’y trouvèrent réunis. A 8 heures, commencèrent les cérémonies si grandioses et si impressionnantes de la consécration d’un autel ; Monseigneur célébra ensuite pontificalement la Ste Messe, et la chorale du Séminaire nous fit encore une fois admirer le “brio” avec lequel elle sait exécuter les chants grégoriens.

    A Lan-Chouan, a régné pendant quelques jours une grosse effervescence, motivée par les exigences du fisc, aux ordres de Ko-Jou-Tong : le marché a fait entièrement grève pendant une semaine.

    La ville de Fong-Tou, malgré la présence d’une brigade, se trouve menacée par les Illuminés. Ces derniers, qui tiennent toute la rive droite du fleuve, des confins de Fou-Tchéou à Kao-Kia-Tchen, ont tenté plusieurs fois de prendre pied sur la rive gauche. A signaler également le gros danger que font courir les Illuminés à la ville de Tchong-Tchéou : un certain nombre de leurs émissaires travaillent la population appauvrie de la région ; certains même sont employés comme instructeurs parmi les troupes régulières de la garnison. Il y a une situation assez équivoque qui ne laisse pas d’inquiéter les notables. D’Iuin-Tchang, nous avons le plaisir de pouvoir donner aujourd’hui des nouvelles plus rassurantes sur la santé du P. Buffet. Tout danger est maintenant écarté, et le cher malade entre en pleine convalescence.

    Carmel. — Un oubli, bien involontaire, nous a fait retarder jusqu’à ce jour, l’annonce de l’arrivée, au Carmel de Tsen-Kia-Gai, de deux nouvelles religieuses : Mère Isabelle et Sœur Thérèse de l’Enfant Jésus. Parties en novembre dernier, elles arrivaient à Shanghai au début de janvier de cette année. Là, afin d’avoir un vapeur direct pour Chungking, elles durent attendre près de deux mois ; puis, quand se présenta le vapeur tant souhaité, et qu’il fut près d’atteindre le but de son voyage, une avarie dans les machines l’obligea de ramener ses passagers à Ichang. Ces contre-temps furent cause que les deux voyageuses ne nous arrivèrent que quelques jours avant Pâques,

    Que Dieu leur donne un long apostolat de prières et de sacrifices, en ce beau pays de Chine, à la conversion duquel elles ont consacré leur vie.


    Suifu
    1er mai.

    Le 22 mars, le gouvernement provincial était inauguré à Chengtu avec le général Lieou ouen houi pour président. Et dans toute la province, ce furent des fêtes de commande, en l’honneur de l’unité et de la paix enfin définitivement recouvrées.

    Huit jours après, on signalait que de puissantes armées se concentraient des deux côtés du “tong ta lou” (caractères chinois), la grande route qui relie Chengtu à Chungking. A n’en pas douter, la reprise des hostilités était imminente. Le 19 avril, le clan des alliés (caractères chinois), comprenant les généraux Yang sen, Lô ts’é tcheou, Li kia iu et autres chefs militaires opposés au parti des deux Lieou, déclanchèrent une forte attaque contre la 24e armée du général Lieou ouen houi sur le front Tzechow-Neikiang (caractères chinois). Celle-ci, d’abord refoulée, reprit bientôt l’avantage, et les adversaires durent, le 22, reculer à leur tour. Depuis, flux et reflux. L’opinion générale est que la victoire finale penchera du côté où se rangeront les maréchaux Ten ai heou et T’ién song iao, les deux seigneurs du nord-ouest (caractères chinois), qui sont restés neutres jusqu’ici.

    Toutefois, pour augmenter ses chances de succès, le général Lieou ouen houi a fait appel aux généraux yunnanais Fou jo iu, Tchang jou i et Mong iun qui sont en rupture de ban avec le gouverneur de Yunnansen, le général Lông iun. Leurs troupes occupent déjà les deux rives du Yang tse kiang, de Suifu à Luchow, et toutes les sous-préfectures situées au sud de cette partie du fleuve Sont sous leur domination.


    Ningyuanfu
    22 mars.

    Tous les confrères qui étaient venus prendre part aux exercices de la retraite annuelle ont maintenant rejoint chacun leur poste. Le P. Boiteux, afin de regagner le sien, à Changpingtze, a pu prendre cette fois la route de Iatsikeou-Tsangpoutang, route qui depuis sept ans, était abandonnée à cause des Lolos. Le Père a reçu de ces derniers le meilleur accueil et les témoignages de la plus profonde soumission. Rentré chez lui, le P. Boiteux est allé ouvrir des écoles de nouveaux chrétiens à Tangkiaouen ainsi qu’à Tapintze.

    Le P. Arnaud a été indisposé depuis son départ de Ningyuanfu : “Sur la route, à Mutankéou, près du fleuve, j’ai failli, écrit-il, recevoir un cheval sur la tête. Dans cet endroit, la route est extrêmement étroite, à peine tracée, elle monte en zigzag le long d’une pente presque à pic. Un des chevaux, appartenant à une caravane qui me précédait, vint à glisser des pieds de derrière et se mit à rouler en boule, pt4s par bonds et flac.... le voilà qui vient s’applatir sous le nez de ma propre monture, mais l’élan le renvoie dans le vide. Mon cheval comme de juste se cabre, et je ne sais comment, sur une piste aussi étroite, trouve le moyen de faire une tête à queue et s’emballe sur la descente. Heureusement, à un coude que fait la route, coincé entre un cheval de bât et le talus, il s’arrêta net. J’en fus quitte pour une épaule endolorie. L’accident aurait pu être plus grave. Grâces soient rendues aux Saints Anges, protecteurs des cavaliers du Kientchang”.

    Le P. Flahutez est monté à Hoangmoutchang pour s’initier aux travaux du saint ministère et se parfaire dans l’étude du chinois.

    A Changpa, les vexations des payens envers la sainte église semblent apaisées. Dans ces coins reculés, où circulent les rumeurs les plus contradictoires, notre général avait bien voulu faire placarder un édit des plus fermes pour la protection des chrétiens.

    A Techang et à Kongmouin, le mouvement des conversions continue. Les PP. Tong et Tchèn viennent d’ouvrir leur onzième école.


    Yunnanfu
    9 mai.

    Le 15 avril, Monseigneur rentrait de sa visite dans les régions de Kai-Houa. Tout se passa pour le mieux, sauf la visite du dernier poste. Pendant que Sa Grandeur et les Pères étaient au confessionnal, une fusillade, annonçant l’arrivée des pirates, se fit entendre. Sa Grandeur dut partir précipitamment. Deux heures après les pirates pillaient le village.

    Le R. P. Cousineau, Supérieur des Pères Rédemptoristes Canadiens de Hué, avait bien voulu accepter de venir nous prêcher la retraite. Il nous arriva Je samedi 20. Le lendemain soir il ouvrait la retraite. Tous les confrères ont bien goûté les instructions substantielles et pratiques de notre cher prédicateur. La retraite se termina le samedi matin 27. Le P. Cousineau repartait aussitôt pour Hanoi et Hué. Les confrères, de leur côté, ont regagné chacun leur district, du 30 avril au 6 mai, emportant l’impression d’avoir fait une retraite excellente.


    Kouiyang
    19 avril.

    La guerre entre le général Ly-siao-ien et le Gouverneur Tchéou-si-tchen, dont ce dernier est sorti vainqueur, paraît avoir énormément amoindri les forces morales et matérielles du Kouy-Tchéou. La paix, et la tranquillité ont régné pendant plus de deux ans, sous le gouvernement de M. Tchéou-si-tchen ; de nouveau, la province se trouve inondée de brigands et de pillards.

    En novembre dernier, le P. Winkelman, de la jeune mission allemande du Sacré Cœur, disparut en se rendant à la rencontre de ses nouveaux confrères. Jusqu’à présent, on était persuadé que le Père avait été assassiné, mais on ne possédait aucune preuve. Une enquête conduite par nous ne laisse plus subsister aucun doute. Son corps, et celui de son domestique, Fou-jo-see, assassiné en même temps que lui, furent sommairement enterrés près d’un pont en pierre ; on a identifié aussi le nom des assassins.

    Le 20 mars de cette année-ci, des anciens soldats de Li-siao-ien au nombre de 700 ont saccagé le prétoire de Kong-Gan-Kiéou, ils ont pillé complètement la Résidence et la belle église de Che-Tsien, finalement, ils ont emmené prisonniers deux Missionnaires allemands. (Une communication du Gouverneur, Tchéou-si-tchen, nous informe que les deux prisonniers ont été libérés).

    Mais ce sont là de bien dures épreuves pour une jeune mission ; un de ses premiers ouvriers est mort, accidentellement noyé ; un second a été massacré, et deux autres ont été entièrement pillés.

    Nous recevons d’autre Part la communication suivante :
    Trois Pères Passionistes Américains, appartenant à la Préfecture Apostolique de Shèn-Tchou, Hou-Nan, viennent d’être massacrés. Ce sont les PP. Godfroy Holbein, Clément Seybold, Walter Coveyou, ce dernier était en Mission depuis le mois de novembre seulement.

    La première nouvelle de ce crime parvint à Hang-Kéou le 28 avril : le 29, le Procureur des PP. Passionistes, dans cette même ville, annonçait qu’on avait pu recouvrer les cadavres des victimes ; enfin le 4 mai, on transmettait des détails sur le massacre de ces trois missionnaires.

    C’était le 24 avril, les Pères se trouvaient en voyage. Entre Yan-Chou et Chen-Ki, dans un village nommé Hua-Chia, ils furent rencontrés par une troupe d’une trentaine de soldats qui s’en allaient à la débandade. Ces soldats, privés de tout chef, dit-on, s’emparèrent des missionnaires et de leurs domestiques ; puis, s’étant sans doute ravisés, laissèrent aller ces derniers en liberté, mais gardant les Pères. Ils les conduisirent à travers les montagnes, jusqu’à l’entrée d’une mine ; là, ils firent halte, dépouillèrent les prisonniers de leurs vêtements, les tuèrent à coups de fusils et jetèrent les cadavres au fond de la mine.

    Pendant que le crime s’accomplissait, les serviteurs, devenus libres, s’étaient rendus à Chen-Ki, avaient prévenu de ce qui s’était passé les missionnaires et les autorités de cette ville. Les PP. Macarthy et Maloney partirent aussitôt avec une escorte d’une centaine de soldats ; guidés par les indications que leur avaient données les serviteurs, ils se rendirent au lieu où s’était déroulé le drame. Là, au fond du puits, ils retrouvèrent les cadavres de leurs confrères, les rapportèrent à Chen-Ki, puis au chef-lieu de la Mission, à Shèn-Tchou. C’est dans cette ville que se fit l’inhumation des victimes, le 4 mai.

    Quels étaient les auteurs de ce crime ? Ces soldats qui allaient ainsi, sans ordre et sans chef, à quelle armée appartenaient-ils ? On ne le saura sans doute jamais. Depuis la défaite des rebelles à Hang-Kéou, elles sont nombreuses les bandes qui parcourent le Hou-Nan. Elles ne constituent pas, du reste, l’unique danger qui menace le voyageur dans cette contrée ; les bolchevistes, les brigands, les pirates n’ont pas manqué de relever la tête, en voyant les soldats de l’armée régulière occupés à se combattre les uns les autres.

    Nos confrères, les Passionistes Américains, sont dans la Mission de Shèn-Tchou depuis 1925 ; on estime à 5 millions la population payenne de cette Préfecture Apostolique ; le nombre des chrétiens ne se monte pas à trois mille. Puisse le sang de ces victimes devenir, dans ce vaste champ d’apostolat, une véritable semence de chrétiens : semen christianorum.


    Lanlong
    15 avril.

    Le P. Louis Esquirol a obtenu le plus grand nombre de suffrages, pour le choix du délégué à la réunion préparatoire de l’Assemblée Générale de la Société. Son suppléant éventuel est le P. Joseph Esquirol.

    Depuis quelques jours, une recrudescence d’agitation a été observée chez les révoltés du Ouang-Mou, Lo-Fou, Che-T’en ; on affirme même que Rouï-hoa serait tombée entre leurs mains. Des soldats réguliers de Gān-chouén ont été envoyés vers cette ville. Il y a huit jours, un ministre protestant, se rendant à Hwang-Ts’ao-pa, a été tué à quelques lis après Kiao-Lō. D’après les circonstances, il paraîtrait que les brigands n’avaient pas remarqué son caractère d’étranger. Ce pasteur était un américain. Il était en avant du convoi des femmes et des enfants, qui furent épargnés.

    Le P. Yang écrit que dans son district, le long du fleuve, une grosse troupe de rebelles remonte vers le Yunnan, poursuivie par les réguliers.

    Des lettres de Kwei-Yang nous apprennent que la situation n’est pas meilleure dans le Che-Ts’iēn ; la ville a été prise et livrée au pillage ; deux Pères du Sacré Cœur ont été pris et emmenés comme otages. L’armée du Ly est à Ma-Kai et à Pan-K’iao. Le Ly serait lui-même à Yunnanfu.

    En dernière heure, nous apprenons que Ouang-Mou, résidence du P. Doutreligne, a été pillée et ce Père enlevé par les partisans de Li siao ien.


    Swatow
    17 mai.

    La situation devient de plus en plus alarmante ; notre gouverneur Ts’i, partisan du Kwangsi, a fait arrêter le Général Teng, nommé à sa place par Canton, ainsi que le Préfet de Police. Les soldats, qui étaient stationnés dans l’intérieur, sont rappelés et envoyés en partie contre Canton, en partie contre le Foukien, qui est pour Tsiangkaichek. La campagne est abandonnée aux bolchevistes qui sortent de leurs cachettes et commencent à piller et à massacrer. Les réfugiés arrivent déjà ici par centaines ; les agences d’émigration sont encombrées.

    Le P. Pencolé a eu sa résidence de Hapshan occupée par une bande de soldats soi-disant réguliers, mais qui ne se conduisent pas mieux que les bandits. Ils n’y ont séjourné que deux jours ; cela leur a suffi pour tout saccager.


    Nanning
    3 mai.

    Cette année, le 1er mai n’a été signalé par aucune manifestation turbulente.

    Mgr Ducœur, qui gouverne la Mission depuis 18 ans et qui, après 28 ans de Chine, n’est pas encore rentré en France, a dû se résigner à regagner la mère patrie pour essayer de rétablir sa santé très ébranlée. Sa Grandeur est accompagnée du P. Héraud, notre vénérable doyen, un vétéran qui est demeuré en Chine depuis 39 ans, sans retourner respirer l’air de la Vendée, son pays natal.

    Les PP. Costenoble, Caysac, Rigal, ont rapporté de France un regain de vigueur ; ils ont repris respectivement leurs postes, à Nanning, (cathédrale et procure), à Namong (Cent Mille Monts), et à Yung-Fu. Le P. Séosse est allé à Hongkong soigner ses yeux fatigués.

    Ici, les bruits de guerre ont fait tomber le papier-monnaie à moins de 50% de sa valeur nominale.

    Un Consul Général d’Italie, visitant notre province, est passé ces jours-ci à Nanning. Il a été reçu au Bureau de la Reconstruction. Dans un banquet donné en son honneur, il a parlé en termes élogieux des Missions Catholiques, lesquelles, par leurs écoles et surtout par leurs œuvres de charité viennent en aide à tant de miséreux : malades, affamés, lépreux, estropiés, aveugles, etc. ... C’est le journal chinois, organe du gouvernement, qui rapporte l’événement. Ce fait est significatif.

    Depuis que la Chine a obtenu l’autonomie douanière, tous les articles européens importés sont frappés d’une taxe variant de 20 à 27%, tels, vins de messe, médicaments, ornements d’église, statues, etc. ; cela n’est pas fait pour faciliter la tâche des missionnaires et leurs moyens d’apostolat.


    Hanoi
    9 mai.

    Il est un peu tard, sans doute, pour parler de la fête de Pâques. Mais elle a été célébrée à Hanoi avec un tel éclat, l’impression produite sur tous a été si profonde, qu’il ne paraît pas hors de propos d’en prolonger l’écho. Le zélé P. Dronet n’avait, comme d’habitude, rien négligé en fait de préparation. Prédication quadragésimale, retraites de la Semaine Sainte, multiples entrefilets dans la presse, tout avait été mis en œuvre pour rappeler le devoir pascal et pour en faciliter l’accomplissement. Les catholiques indigènes répondirent avec leur empressement accoutumé à l’appel de leur pasteur ; le fort noyau pratiquant de nos compatriotes se trouva, cette année encore, visiblement grossi.

    La présence de S. E. le Délégué Apostolique, qui officia pontificalement à la grand’messe, nous valut l’assistance des autorités civiles et militaires. Déjà, quelques jours auparavant, Son Excellence avait donné l’absoute, à l’issue du service solennel pour le Maréchal Foch, et prononcé, en cette circonstance, des paroles très éloquentes. Les accents émus du vénérable Evêque de Hanoi, saluant le Représentant du Saint-Siège, et la substantielle réponse de Mgr Dreyer impressionnèrent profondément tous les cœurs . En résumé, ce fut une magnifique et fructueuse journée, une journée dont la population hanoïenne se montrera particulièrement heureuse : “Cette fois, disait un brave homme, la Mission a bien fait les choses, elle nous a gâtés”.

    Le grand Jubilé que nous octroie le Souverain Pontife aidera puissamment, il y a lieu de l’espérer, à la conservation des grâces pascales. Déjà vicaires forains et curés prennent leurs dispositions pour en assurer le bénéfice à leurs ouailles. Pour eux comme pour les prêtres, leurs collaborateurs, cela n’ira pas sans fatigues ni sans beaucoup de peines. Mais la pensée du Saint-Père plus filialement aimé, des âmes sanctifiées davantage, celle de leurs propres mérites acquis, leur feront oublier et peines et fatigues.

    Notre vénéré doyen, le P. Cadro, va célébrer ses noces d’or. La fête aura lieu à Kê lô, le 22 courant. Le jubilaire s’en préoccupe lui-même avec une ardeur presque juvénile. Nous espérons que le bon Dieu lui donnera les forces nécessaires, pour lui permettre de chanter la grand’messe ce jour-là.


    Hunghoa
    12 mai.

    Tout d’abord, nouvelles de nos malades. En France, le Père de Neuville, qui pensait rentrer au Tonkin, en décembre 1928, se voit atteint, tous les deux mois, d’un accès de fièvre, toujours identique, dont la cause n’a pu encore être expliquée. Le Père Blondel, après un excellent voyage, est entre les mains des spécialistes ; il a reçu d’eux l’espoir, sinon d’une prompte et complète guérison, tout au moins d’une conservation partielle de la vue.

    A Hanoi, le Père Laubie s’est débarrassé de sa pleurésie, et peut dire la messe depuis une dizaine de jours. Il aspire après le jour où il recevra son “exeat” de la Clinique St Paul, pour aller tenir compagnie au Père Massard, à Sơn-Tây, et continuer à se soigner, tout en faisant un peu de ministère.

    Le Père Pichaud, depuis de longues années, souffre d’entérite ; toute la pharmacopée annamite a été mise à contribution, mais les accès reviennent, et cela plus souvent qu’il ne voudrait. Cette fois, notre confrère a eu recours à la Faculté européenne, et le voilà condamné à un régime des plus stricts : ni viande, ni poisson, ni œufs, ni laitage, à peine quelques légumes, et encore ! En plus de cela, ni équitation, ni bicyclette ; c’est à décourager de questionner les médecins !

    La chronique pourrait également dire qu’à Lao-Kay, notre ancien globetrotter, le Père Jacques a dû garder le lit plus d’une semaine, par suite d’un rhumatisme aigu ; qu’au Petit Séminaire, le Père Fleury a été fatigué de l’estomac, au point de ne pouvoir faire sa classe, durant plusieurs jours ; que le Père Chatellier, retour des chrétientés de la région montagneuse de son district, doit user “d’Extraits hépatiques”, pour se débarrasser de sa bile ; mais, ces chers confrères n’aiment pas que le Bulletin parle d’eux ; donc, silence !

    Le 6 avril, la construction du Petit Séminaire de Hà-Thạch était achevée quant à la maçonnerie. On s’occupe actuellement de la couverture, ce qui, vu les temps orageux que nous avons, est chose pressante ; il y a espoir que, pour la rentrée prochaine du mois d’août, une des deux ailes sera terminée.

    Le Père Pierchon, architecte, a heureusement réalisé le plan conçu, et le Petit Séminaire a, disons-le, bel aspect ; même, les deux escaliers, “au pied desquels l’attendaient” depuis six mois, les Pères Méchet et Fleury, ont trouvé leur place, et tous reconnaissent leur côté pratique.

    La Mission de Hưng-Hoá est désormais représentée à la Trappe de Notre-Dame d’Annam, à Phước-Sơn ; le vice-doyen de nos prêtres indigènes, et deux de nos catéchistes, touchés d’une grâce spéciale lors de la dernière retraite, ont voulu goûter les joies spirituelles de la vie religieuse. Ce sont, sans doute, des prémices un peu… fanées, puisque, à eux trois, ils dépassent deux cents ans ; que le bon Dieu leur donne la persévérance, et accorde à d’autres plus jeunes de les suivre.

    La chrétienté de Viétri, au confluent du Fleuve-Rouge et de la Rivière-Claire, n’a plus de chapelle ; un incendie, dû à l’imprudence des voisins, l’a consumée entièrement, ainsi que la maison du missionnaire ; il ne reste de cette chapelle que le portail, style grec, construit jadis par le Père Jaricot. Au plus sort de l’incendie, un vieillard de 75 ans eut le courage de rentrer dans le brasier, et put en retirer la statue de-St François-Xavier, Patron de la chrétienté.

    Quelques jours après, un autre incendie, celui-ci dû à la malveillance, a détruit un Catéchuménat, à Hát-Môn, dans la région de Sơn-Tây ; le Père Massard, qui s’en occupe, n’est pas découragé, il espère bien avoir raison, un jour ou l’autre, du démon, et baptiser sous peu un bon nombre des habitants de ce grand village.

    Comme dans toutes les autres Missions du Tonkin, l’Œuvre de Montligeon se développe rapidement ; elle répond si bien à la dévotion de nos chrétiens pour les Ames du Purgatoire !

    Le jour de l’Ascension, tous ont pu voir l’éclipse de soleil. Une fois de plus, on vit l’ingéniosité de nos Annamites : télescopes en carton, avec verres fumés, boîtes de conserves, avec vieille plaque photographique comme obturateur, cuvettes pleines d’eau, où se reflétait, sans fatigue pour les yeux, le soleil, tout servit à nos astronomes, jeunes et vieux, pour observer le phénomène. Du reste, leurs connaissances scientifiques se développent peu à peu, et ils savent maintenant, qu’en ces jours d’éclipse, ni le soleil ni la lune ne subissent de grave dommage, et qu’il n’est pas besoin de faire, comme jadis, un tintamarre du diable, pour chasser leur agresseur.


    Phatdiem
    21 avril.

    Monseigneur De Cooman vient de partir en tournée pastorale. Pendant les deux mois que durera cette visite, Sa Grandeur a l’intention de faire l’administration des paroisses qui se trouvent dans le voisinage de Phatdiem.

    Depuis le Jeudi Saint, jusqu’à la fête de Pâques inclusive, il a été distribué 8000 communions dans la seule église de Phatdiem.

    La construction du Petit Séminaire se continue, le bâtiment monte toujours, un coin de mur a même atteint la hauteur sur laquelle sera posée la toiture.

    Le P. Rey, fatigué, n’en pouvant plus, après un long séjour au. Chau-Laos, est allé demander à la clinique de Hanoi les soins que nécessite son état. Tous nos vœux de prompt rétablissement pour celui que nous aimons à appeler familièrement “le Père Jean-Pierre”.

    Nous allons sous peu recevoir un nouveau confrère dans la personne du P. Gouin. Les missionnaires âgés se réjouissent au moins autant que les jeunes de l’arrivée de ce renfort. Il est à remarquer, en effet, que sur les 34 missionnaires de Phatdiem : 11 ont plus de 60 ans d’âge ; 19 plus de 50 ; 16 ont plus de 30 années de présence au Tonkin. Ajoutons, pour terminer, que la moyenne d’âge atteint chez nous 53 ans.


    Saigon
    12 mai.

    Le cher Père Soullard nous est revenu de Dalat, où il a passé un mois de repos bien mérité.

    Le P. De Coopman, sans avoir jamais souffert, s’est vu tout à coup dans l’obligation de subir l’opération délicate d’une sinusite double. Il était menacé, à bref délai, d’une méningite. Son solide tempérament lui a permis de subir cette opération et d’être rétabli en moins de 15 jours, si bien qu’il n’en reste guère de traces. Il a perdu seulement un peu de ses forces, mais Dalat est là, pour lui rendre rapidement ce qu’il en a perdu.

    Nous avons vu Mgr Ducœur à son passage à Saigon. Sa Grandeur paraît très fatiguée ; mais le docteur Vielle lui a indiqué un traitement qui doit rendre son voyage très profitable. Tous nos vœux de bonne santé.

    Le dimanche 12 mai a eu lieu la fête nationale et solennelle de Ste Jeanne d’Arc. A la messe pontificale assistaient toutes les autorités de la Colonie. Le P. Thommeret y a prononcé une allocution très goûtée.


    Hué
    12 mai.

    Son Excellence Mgr le Délégué Apostolique a visité durant le mois d’avril diverses communautés de la Mission : le 14, le grand séminaire, le couvent des Filles de Marie Immaculée, la Sainte-Enfance, le Carmel ; le 16, l’Institution Sainte Jeanne d’Arc, dirigée par les Sœurs de Saint Paul de Chartres : le 24, le monastère de Notre Dame de Phước-Sơn ; le 25, le petit séminaire d’An-Ninh.

    Le P. Etchebarne a été choisi comme délégué de la Mission à la réunion préparatoire de l’Assemblée Générale.


    Phnompenh
    17 avril.

    Le P. Quàng, notre nouveau prêtre annamite, ordonné le 16 mars dernier par Mgr Herrgott, est originaire de Tra-Long, en Cochinchine. Afin de célébrer l’élévation au sacerdoce de cet enfant de la paroisse, le P. Quimbrot, curé du district, avait organisé une belle fête. C’est le 2 avril, qu’eut lieu cette solennité en l’honneur du nouvel ordonné. Elle fut belle et très touchante. Plusieurs des Pères français qui desservent les districts cochinchinois de la Mission, et beaucoup de Pères annamites avaient répondu avec empressement à l’invitation du cher P. Quimbrot. Tous tenaient à exprimer leur sympathie, tant au zélé pasteur de Tra-Long, qu’à leur nouveau confrère dans le sacerdoce ; heureux de pouvoir également revivre, en ce jour, les douces et saintes émotions que leur cœur avait ressenties au lendemain de leur propre ordination. Le P. Quàng chanta la grand’messe. Il était assisté de deux de ses compatriotes, l’un faisant fonction de diacre, l’autre de sous diacre ; un troisième adressa une courte allocution aux chrétiens. Ces derniers, en effet, n’avaient pas manqué de venir en grand nombre afin d’assister à une fête si belle et, hélas ! encore si rare dans nos pays de missions.

    Le soir de ce même jour, à Russey-Keo, près de Phnompenh, Monseigneur bénissait solennellement une nouvelle cloche, à laquelle était donné le nom d’Agnès Marie, et qu’aussitôt après on montait dans le clocher. Ce clocher, n’est autre que celui de l’église nouvellement construite pour la paroisse par le P. Haloux, curé de l’endroit. C’est pour procéder à la bénédiction de cette église elle-même que Monseigneur revenait le lendemain, 3 avril. Cette nouvelle cérémonie se fit en présence de nombreuses autorités civiles et militaires venues de la capitale du Cambodge.

    Entre la bénédiction et la messe dont elle fut suivie, le P. Lozey, s’inspirant du souvenir de nos belles églises de France et du spectacle que lui offrait la vue du temple tout récemment consacré à Marie Auxiliatrice, développa, en français, devant un auditoire choisi, les pieuses pensées que doivent suggérer au cœur chrétien les différents objets que renferme la “maison de Dieu parmi nous”.

    Monseigneur célébra ensuite la sainte messe, assisté du P. Lalanne, de la Mission de Quinhon, et du P. Ménnétrier.

    Ainsi se termina la cérémonie du matin. Le P. Haloux, avant de congédier ses hôtes, leur fit alors les honneurs d’un lunch, qu’il avait eu soin de faire préparer à leur intention.

    Le soir, Sa Grandeur Mgr Herrgott clôturait les belles fêtes de cette journée, en donnant la bénédiction solennelle du T. S. Sacrement.

    Parmi les nombreux confrères qui étaient venus assister à ces solennités, nous avons eu le plaisir et l’honneur de compter les PP. Maheu et Lalanne, de la Mission de Quinhon, ainsi que le P. Gauthier, Procureur à Saigon.

    Avec ses trois nefs et ses transepts, l’église que vient de construire le P. Haloux est l’une des plus vastes de la Mission : mais pour en compléter l’ameublement ainsi que la décoration et mettre, de la sorte, la dernière main à son œuvre, que de travaux, que de soins, que de soucis, il faudra encore à notre cher architecte !


    Bangkok.
    1er mai.

    Le Révérend Père Pasotti, Provincial des Salésiens au Siam, s’est trouvé sérieusement malade vers la fin de mars. Il a pu toutefois quitter le Siam, le mercredi 10 avril, pour se rendre à Turin, où il doit prendre part aux diverses élections générales de l’Institut Salésien.

    Par ailleurs, le Révérend Père Peyrical a dû, lui aussi, séjourner quelques semaines à l’Hôpital St Louis. Nommé Délégué de la Mission du Siam, à la réunion préliminaire des Groupes de Mission, nous espérons que son état de santé s’améliorera et qu’il pourra y assister. Quant au Père Chorin, assez fatigué depuis quelque temps, il a quitté Bangkok le 20 avril, pour se rendre à Dalat, en Annam, où le repos, la fraîcheur et l’air pur des montagnes lui tendront sans doute force et santé.

    La Société Biblique Américaine a distribué au Siam, durant 1928, 243 bibles complètes, 766 “Ancien Testament”, et 111.381 portions du Nouveau Testament, soit un total de 112.390 livres édités en 22 langues ou dialectes. Ses publications atteignent le chiffre de 55.930 volumes ou brochures durant la même année. Son budget se monte à près de 35.000 ticaux, soit environ 400.000 Francs. Elle possède à Bangkok, dans un quartier central, une salle de lecture où chacun trouve gratuitement à sa disposition 16 journaux quotidiens et 31 périodiques. La moyenne des lecteurs quotidiens fréquentant cette salle est de 200. On ne peut donc nier l’influence exercée par l’Américain Bible Society du Siam. Sa propagande religieuse est réelle, mais nous doutons que ses résultats sur l’âme et le cœur soient profonds et durables.

    Le premier concert religieux siamois a été radiophoné à l’univers entier par le Poste émetteur du Gouvernement de Bangkok, le 9 avril dernier. C’est une date à retenir et ce sont des félicitations à adresser aux Catholiques de l’Eglise de Ste Croix de Bangkok, dont le Curé est un Père indigène, pour leur méthode toute moderne de diffusion en pays païen de la Religion Catholique.


    Malacca
    15 mai.

    Le 21 avril, en la solennité du Patron du lieu, le P. Maury, curé de Batu-Gajah, faisait bénir par Mgr le Coadjuteur, l’église qu’il venait de terminer. L’ancienne église en bois avait besoin d’être remplacée. La nouvelle est bâtie en briques et en ciment armé ; elle est faite pour durer. Le P. Maury a fait comme le sage de l’Evangile : Prius sedens computat sumptus qui necessarii sunt, si habeat ad perficiendum. Il a économisé, demandé à ses chrétiens, même aux payens, et il s’en est tiré sans aucune dette.

    Au lendemain de la bénédiction de son église, le P. Maury s’est lancé dans de nouvelles entreprises : Transformation de l’école des filles, de l’école des garçons, des maisons de doctrine, etc.. “Dans quelque temps, écrit-il, je pourrais bien être le plus heureux des curés de l’univers”.

    Le P. H. Duvelle va faire à Hongkong, un voyage de quelques jours.


    Laos
    5 mai.

    Les nouvelles de nos malades de France ne sont pas très bonnes. Le P. Courrier ne se rétablit que lentement, trop lentement, au gré de tous ; entré à l’hôpital dès son arrivée, en octobre de l’an dernier, il n’est pas encore aujourd’hui pour lui question d’en sortir.

    Nous avons reçu quelques détails complémentaires sur la mort du cher P. Delalex. Cette mort a été aussi subite qu’elle avait été inattendue. Notre confrère souffrait d’un catarrhe, c’est vrai, mais il n’en souffrait pas au point d’en être gravement incommodé. Trop faible néanmoins pour pouvoir célébrer la sainte messe, le matin du jour où il devait mourir, il avait demandé à recevoir la sainte communion. La journée s’était passée normalement, quand le soir, vers 9 heures et demie, il poussa un profond soupir et laissa retomber sa tête en arrière. Il était mort. Plus de 25 prêtres des environs assistèrent aux funérailles qui lui furent faites ; la Société des Missions-Étrangères s’y trouva représentée par le P. Beigbeder, qui avait été autrefois, à Keng-Sadok, le vicaire du P. Delalex.

    Au Laos, Monseigneur est toujours dans l’ouest de la Mission, en tournée de Confirmation. Sa Grandeur a déjà visité sept postes, il ne lui reste plus à voir que celui de Tharë, l’un des plus importants de tous. Elle rentrera sans doute après la visite de ce poste, et reviendra de sa longue tournée, rapportant une belle gerbe d’âmes confirmées dans le Saint Esprit.


    Pondichéry
    30 avril.

    Le P. Loubière. — Ernest François Auguste Loubière naquit le 22 juin 1874 à Centrès (Aveyron). Entré au Séminaire des Missions-Étrangères, il fut ordonné prêtre le 27 septembre 1897 et reçut sa destination pour la Mission de Pondichéry. Arrivé dans cette ville, il fut envoyé au Collège St Joseph, à Cuddalore. Là, il retrouva une famille, famille très unie, à laquelle il devait demeurer attaché toute sa vie. Les professeurs du Collège étaient alors le P. Morel, actuellement Archevêque de Pondichéry, le P. Bertho, qui vit maintenant retiré au Sanatorium St Théodore, à Wellington, le P. Fahrer, mort il y a quelques années ; à ce petit groupe allaient bientôt venir se joindre le P. Verdure (1898) et le P. H. Escande (1899).

    C’est dans ce milieu, au sein d’une forêt de manguiers dont le sombre feuillage abrite le Collège St Joseph, que le P. Loubière devait, en qualité de professeur, passer sa vie de missionnaire. La vivacité de son intelligence et la facilité de son élocution le rendaient éminemment apte à remplir ces fonctions.

    Quelque absorbantes que soient les fonctions de professeur, elles ne pouvaient suffir à l’activité du P. Loubière. Il fit partie du “Conseil Municipal de Cuddalore”, fut membre du “District Board du South Arcoth”, et, toujours, il profita de son influence pour promouvoir le bien de la religion en même temps que le salut des âmes. Il sut se créer des relations, trouver des amitiés jusque dans les hautes sphères de la société hindoue et du monde musulman ; plus d’un haut personnage, convaincu par la parole entraînante de notre confrère, renonça aux préventions qu’il avait jusque-là entretenues contre la religion catholique.

    Cette sainte religion, le P. Loubière l’envisageait comme étant non seulement le chemin qui conduit au bonheur éternel, mais aussi comme étant la charité qui, dès ici-bas, s’intéresse au soulagement de toutes les misères humaines. De là son zèle, de là le dévouement qu’il apportait, quand il s’agissait de soulager les pauvres et les malades. Poussé par ce zèle, il obtint de la Municipalité de Cuddalore que la surveillance et le soin des malades, à l’Hôpital Municipal, fussent confiés aux Sœurs de St Joseph de Cluny. Ce zèle encore lui fit consacrer les dernières années de sa vie à la création, à l’entretien et au développement de “St Mary’s Home”.

    Celui qui écrit ces lignes eut alors plusieurs fois l’occasion d’aller à St Joseph’s College. A chacun de ces voyages, le P. Loubière ne manquait jamais de le conduire à St Mary’s Home, de lui en montrer les différentes parties, de lui confier ses plans pour l’avenir, il concluait toujours par ces mots : “Voyez-vous, Père, quand ce sera fini, je pourrai chanter mon Nunc dimittis”.

    Seulement, ça ne finissait jamais, car il trouvait sans cesse un perfectionnement à faire, une construction à ajouter à cette œuvre qui lui était si chère. Ici, il faisait construire une maison de repos, pour les Sœurs qui étaient de garde, la nuit, à l’hôpital ; là, il faisait planter une large et magnifique allée : “Voyez-vous, ces arbres poussent très vite. Les branches, en se rejoignant là-haut dans les airs, formeront comme la voûte d’une cathédrale, on y sera à l’abri contre les ardeurs du soleil”. A l’extrémité de cette allée, au fond d’une crique formée par le Gadilam et dominant cette rivière, il avait fait construire ce qu’il appelait “le Belvédère”, vaste terre-plein élevé d’une vingtaine de pieds au-dessus du lit de la rivière, en forme de demi-cercle, bastion pacifique, dont l’entrée est gardée par “les deux petites sœurs”: à gauche Sainte Agnès, à droite Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus.

    Le Belvédère fut le but de la dernière promenade que nous eûmes l’occasion de faire ensemble. Ce jour-là, j’étais allé faire une visite d’adieu à St Joseph’s College. Le P. Loubière n’y était plus. Fatigué depuis longtemps déjà, il était allé demander un abri à cette Maison de Sainte Marie pour laquelle il avait tant travaillé. C’est là que j’allai le voir. Au moment où je le quittai : “Au revoir là-haut”, me dit-il. En effet, rien ne devait plus le retenir ici-bas, ni les soins si dévoués dont les Sœurs ne cessèrent de l’entourer, ni la sollicitude si fraternelle que ses confrères lui témoignèrent jusqu’à la fin. Ce fut le 27 mars que Dieu le convoqua là-haut.

    Les funérailles eurent lieu le lendemain. Elles furent présidées par Mgr l’Archevêque. Malgré les fatigues qu’avaient dû lui occasionner dans la matinée les longues cérémonies du Jeudi Saint, Sa Grandeur avait tenu à venir à Cuddalore, afin de rendre Elle-même les derniers honneurs à celui qui avait été jadis, à St Joseph’s College, son collaborateur si dévoué.

    Le P. Loubière avait demandé à être enterré à St Mary’s Home. C’est là qu’il repose. Quand vous entrez dans la propriété de Sainte Marie, la première chose que vous apercevez sur votre droite est une grotte monumentale de N. D. de Lourdes ; là, sous des massifs de verdure et de fleurs, aux pieds de la Bonne Mère, sous la garde des Sœurs de Saint Joseph de Cluny, le chgr P. Loubière dort son dernier sommeil, en attendant le “jour du Seigneur”.

    Au moment des funérailles, quand on fut sur le point de descendre dans la fosse la dépouille mortelle de notre confrère, un catholique influent de Cuddalore, M. Samupillai, voulut retracer la carrière apostolique du défunt, dire ce que devaient à ce Missionnaire les habitants de Cuddalore et combien grande était leur reconnaissance. Il y a environ cinq ans, le Gouvernement de l’Inde, voulant de son côté reconnaître les services que notre confrère avait rendus au pays, lui avait fait décerner la médaille d’or du K.-I-H..

    Mieux que ces honneurs, témoignages de la reconnaissance des hommes, le P. Loubière est allé recevoir la récompense que promettait le bon Maître à ses missionnaires, le jour où il disait à ses Apôtres : “Merces vestra multa est in cœlo”.


    Kunbakônam
    mai.

    Il y a quelque temps, M. Srinivasa Sastri, se trouvant de passage à Kumbakonam, eut l’occasion de parler des Missions. Ce haut personnage est actuellement l’un des hommes les plus marquants dans le monde politique de l’Inde ; il était le représentant de ce pays à la Société des Nations, puis à la conférence de Washington, en 1921 ; plus tard il fut envoyé dans le South Africa, afin de traiter de la condition de ses compatriotes avec les chefs de cette république. Ses paroles méritent d’être recueillies.

    Or donc ce jour-là, répondant à une adresse de bienvenue que venaient de lui offrir les habitants de Kumbakônam, le noble Brahme montrait à ses auditeurs la situation qui est faite aux Indiens dans la République du South Africa, l’abandon total dans lequel se trouvent ces émigrés au point de vue religieux. Finalement, faisant appel au dévouement et au zèle des jeunes gens de bonne volonté, il les exhortait à s’en aller là-bas, porter à leurs compatriotes les secours spirituels dont ces derniers sont dépourvus. Il citait l’exemple des missionnaires chrétiens, qui partent d’Europe ou d’Amérique pour s’en aller parcourir l’univers : “S’ils vont ainsi, disait-il, ce n’est pas pour leurs compatriotes ou leurs coreligionnaires, mais pour des gens de races et de mœurs différentes. Ils n’hésitent pas à affronter toutes sortes de dangers, depuis la maladie jusqu’à la persécution. Pour nous, Hindous, nous pouvons ne pas approuver leurs méthodes d’apostolat ; nous pouvons condamner comme importun le zèle qu’ils déploient ; mais nous devons nous efforcer de les imiter dans leur pratique de l’abnégation, dans leur dévouement, dans leur bienfaisance...”

    Quelle qu’ait été l’éloquence déployée par M. Srinivasa Sastri, je doute fort qu’il soit parvenu à trouver les quelques missionnaires hindous qu’il recherchait parmi les jeunes gens de son auditoire. S’en fût-il présenté, que ce n’est pas dans leur religion qu’il faudrait aller rechercher le motif de leur acte, mais plutôt dans leur patriotisme ou dans la simple philanthropie, car l’Hindouisme, en tant que religion, n’a jamais été une source de zèle ; il ne peut pas en être une, n’étant pas une religion d’amour. Tout autre en est-il du missionnaire Catholique dont parlait l’orateur et qu’il citait en exemple à ses auditeurs. Le zèle qui porte le missionnaire à s’expatrier et à affronter les dangers lui vient de sa religion, il a sa source dans la charité : charité envers Dieu, charité envers le prochain.


    Séminaire de Paris
    1er avril.

    Tous, au Séminaire ont tenu à s’associer selon que le permettaient leurs occupations, à l’hommage grandiose rendu au Maréchal Foch, le jour de ses obsèques. Mgr le Supérieur, qui peu d’heures après le décès était allé prier devant sa dépouille mortelle, assistait à la cérémonie de Notre-Dame.

    Les cérémonies de la Semaine Sainte se sont déroulées suivant les prescriptions de la liturgie. Mgr le Supérieur a officié pontificalement au trône le Jeudi-Saint et le jour de Pâques.

    Le P. Robert a quitté Haiphong pour Hongkong le mardi saint. Il a encore à visiter la nouvelle Mission de Fukuoka. Son retour s’effectuant par le Transsibérien, on peut prévoir qu’il sera à Paris vers le milieu de mai.

    Le P. Erdozaincy-Etchard, supérieur des missionnaires du Sacré-Cœur de Bétharram, est de passage à Paris. Il a eu plusieurs entretiens avec Mgr le Supérieur et pris plusieurs repas au Séminaire. Ses missionnaires travaillent au Yunnan depuis quelques années déjà. On espère que, selon le désir de Mgr de Gorostarzu et d’accord avec l’Institut des PP. de Bétharram, ces bons missionnaires jouiront bientôt de leur autonomie dans la Mission de “Tali”, embrassant presque toute la moitié occidentale du Yunnan.

    Par décret de la S. C. de la Propagande en date du 15 mars, l’île d’Haïnan, évangélisée par les PP. de la Société du Sacré-Cœur de Picpus est érigée en Mission indépendante et détachée du Vicariat Apostolique de Pakhoi.

    M. Henri Bourassa, bien connu au Canada comme écrivain et homme politique, a envoyé à Mgr le Supérieur, sous l’étiquette “Hommage respectueux” une brochure intitulée. “La Paix Romaine” et dans laquelle, après un excellent commentaire des accords du Latran, il consacre cinq pages à la question des Missions. Là, d’odieuses imputations sont formulées à l’adresse du missionnaire français. En voici la plus intolérable : “La guerre survenant, les missionnaires français durent ou voulurent rallier le régiment et “tuer du boche”, plutôt que de rester à leur poste et sauver des âmes etc.”

    Les mots “durent ou voulurent” font entendre qu’un soupçon s’est élevé et que M. Bourassa l’a fait sien. Grâce à lui on saura désormais au Canada que, pour avoir sa part dans la grande tuerie, le missionnaire français a volontairement abandonné son poste et renoncé à sauver les âmes.

    C’est monstrueux.
    M. Bourassa est catholique. Son caractère ne permet pas de soupçonner, qu’en adressant sa brochure au Supérieur des M.-E. de Paris, il ait voulu user d’ironie. C’est un prodigieux manque de tact, une insolence inconsciente, émanant de cette animosité consécutive à la guerre et faite surtout de jalousie latente, à laquelle Mgr le Supérieur songeait en écrivant les dernières lignes de sa circulaire du 6 janvier et, un peu plus tard, sa lettre commune à nos confrères, missionnaires en Chine.

    15 avril.

    Le lundi de Pâques, un accident profondément douloureux a mis en deuil notre petite communauté de Rome. M. Rémy Sibers, aspirant de troisième année, du diocèse de Bayonne, a été trouvé mort dans la salle de bains. Le malheur doit-il être imputé à l’asphyxie seule, ou une prédisposition morbide du sujet y est-elle pour quelque chose ? Les lettres de Rome ne nous ont pas encore complètement renseignés. Un service solennel a été célébré pour le défunt au Séminaire de Paris le 9 avril. A un autre service, célébré pour lui dans son pays, son oncle, le P. Sibers, Supérieur de Montbeton, y représentait les M-E. affligées. En cette circonstance, notre communauté de Rome a pu apprécier les précieux témoignages de sympathie venus de divers côtés, en particulier de la part du Séminaire Français.

    Le 1er avril, le T. R. P. Rutten, Supérieur Général des missionnaires de Scheut, en route pour Rome, a passé quelques heures à notre Séminaire. Il allait assister aux fêtes du sacre de Mgr Evariste Tchang, qui a été sacré le 14 courant par le cardinal Van Rossum. Le nouvel évêque appartenait au clergé séculier de l’ancien Vicariat de Mongolie orientale.

    Une fondation très intéressante pour nos Missions de l’IndoChine vient d’être décidée en principe. Dès l’automne prochain, une maison régulière de la Province Franciscaine française s’ouvrira dans le Vicariat de Vinh, probablement dans la ville même de ce nom. Elle sera dirigée par le Père Bertin, ancien officier de marine, bien connu dans nos Missions du Japon.

    Le Père Lévêque, qui a bien voulu accepter de remplacer, au Foyer des Etudiants d’Extrême-Orient, à Bourg-la-Reine, le P. Mollat démissionnaire, est arrivé le 8 avril et s’est installé trois jours après à son nouveau poste. Le P. Mollat restera quelques jours encore avec lui pour le mettre au courant.

    M. Michel, du Maissour, désigné pour remplacer M. Bouffanais comme directeur des aspirants à Rome, est parti le 5 pour aller prendre possession de son poste.

    Les 10 avril et jours suivants, a eu lieu, dans le local des œuvres, 76, rue des Saints-Pères, la vente de charité organisée par l’œuvre de Montmélian. Les M.-E. entretiennent depuis pas mal d’années déjà plusieurs postulants, dans cette excellente maison que dirige l’abbé Chagny. Ce dernier a été, — on l’ignore généralement —, un des premiers fondateurs du Séminaire missionnaire d’Immensée en Suisse, entièrement français à l’origine.

    Aujourd’hui, 15 avril, a lieu la cérémonie de départ de quatre jeunes missionnaires, respectivement pour nos Missions de : Moukden (M. Vernois), Fukuoka (M. Doller), Swatow (M. Lambert), Phatdiem (M. Gouin).



    1929/357-384
    357-384
    Anonyme
    France et Asie
    1929
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