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Chronique des Missions et des Etablissements communs 6

Chronique des Missions et des Etablissements communs Séminaire de Paris Le 17 Mars, à 6 heures, dans la chapelle Sainte-Claire, Monseigneur a procédé à lordination sacerdotale de M. Paquet, du diocèse de Québec. M. Paquet, destiné à la Birmanie Septentrionale, se rendra en mission par le Canada et le Japon.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs



    Séminaire de Paris

    Le 17 Mars, à 6 heures, dans la chapelle Sainte-Claire, Monseigneur a procédé à lordination sacerdotale de M. Paquet, du diocèse de Québec. M. Paquet, destiné à la Birmanie Septentrionale, se rendra en mission par le Canada et le Japon.

    Le 22, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, sous la présidence du général Gouraud, Mgr le Supérieur a été spécialement invité à assister au cinquantenaire de la Société de Géographie commerciale de Paris. Le soir, il prenait part au banquet de la même Société, que présidait M. Poincaré.

    Le 23, à la Salle de Géographie, Mgr Baudrillart donnait une conférence sur la France catholique à létranger. Après avoir parlé des Congrégations françaises en Afrique et dans lAmérique du Sud, il fit une rapide allusion à notre uvre au Japon et en Chine et fit applaudir notre Société et son Supérieur.

    Le 26, à déjeuner, Mgr Szepticky a été lhôte du Séminaire. Ce prélat fameux, archevêque (du rite ruthène) de Lwof, emprisonné jadis par le Tsar à Jaroslav, est persona grata à Rome, mais suspect aux Polonais, qui le trouvent trop opposé au rite latin. Tous dailleurs admirent ses vertus et son zèle pour la conversion de la Russie. Il a demandé pour cela à Monseigneur des missionnaires de la Société !

    Le 26, chez M. le Curé de St.-Sulpice, réunion de lAmicale missionnaire. Mgr Le Roy et Mgr Descamps ont donné dintéressants détails sur leur récent séjour à Rome et le 1er Congrès du Comité international de la Propagation de la Foi. Ils se déclarent vraiment satisfaits et édifiés. Mgr Boudinhon, qui sest admirablement assimilé les questions des Missions, est très consulté, très écouté. Mgr Nogara a conquis la confiance générale. Les allocations, égales à celles de 1922, seront, cette année encore, réparties par les Maisons mères. Mais désormais chaque chef de Mission devra répondre aux questionnaires et envoyer les comptes-rendus exigés, faute de quoi il sexposerait à nêtre pas servi. Détail intéressant : sur 102 diocèses dAmérique, 92 ont envoyé leurs recettes à Mgr Fréri.

    Le décret dapprobation de notre Règlement vient de paraître ; il porte la date du 26 février 1923. Monseigneur communique la nouvelle du 21 mars, par lettre circulaire Nº 47. Quelques légères modifications ont été faites par la Sacrée Congrégation de la Propagande. Nos confrères seront heureux de pouvoir comparer la nouvelle rédaction de lancienne dans les articles modifiés. Ils trouveront à la suite la réponse à une consultation qui avait été motivée par les dispositions du nouveau Règlement.

    Les offices de la Semaine Sainte ont été suivis par tous nos partants, qui sont rentrés de leur congé dadieux.

    Le Jeudi-Saint, à la Messe pontificale, Monseigneur a pris pour la première fois une très belle mitre, que lui a léguée Mgr Morelle et qui avait appartenu à S. E. le Cardinal Dubourg.

    Béthanie

    Mgr Bigolet, Coadjuteur du Tonkin Occidental, arrivé au Sanatorium le 4 mai, dans lintention dy prendre un peu de repos, a subi dès le lendemain une crise dune telle violence que lon a pu craindre un dénouement fatal et quon a cru devoir lui administrer les derniers sacrements. Depuis lors létat du vénéré malade sest légèrement amélioré, mais ne laisse pas que dinspirer de vives inquiétudes.

    Tôkyô

    Les 12, 13, 14 avril, se sont tenues à larchevêché de Tôkyô des séances préparatoires au Synode général des Missions du Japon, qui doit avoir lieu lan prochain. Sous la présidence de S. E. Mgr Giardini, Délégué Apostolique, se trouvaient réunis Mgr Rey, archevêque de Tôkyô, Mgr Combaz, évêque de Nagasaki, Mgr Castanier, évêque dOsaka, le R. P. Jacquet, vicaire général, représentant Mgr Berlioz, évêque de Hakodate, actuellement aux Etats-Unis, Mgr Dring, S. J., archevêque de Madytos, supérieur de la Préfecture apostolique de Hiroshima, le R. P. Alvarez, O. P., Préfet apostolique de Shikoku, le R. P. Kunold, O. S. F., Préfet apostolique de Sapporo, et le R. P. Reyners, V. D., Préfet apostolique de Niigata. Il serait prématuré de parler des diverses questions qui seront traitées dans le futur Synode. Quil nous soit permis de noter du moins la préoccupation commune, tombée dans le domaine public, concernant létablissement dun séminaire général pour toutes les Missions du Japon.

    Le P. Flaujac a inauguré dernièrement dans la Maison des uvres dont nous avons parlé, à la paroisse de Sekiguchi (Tôkyô), une école maternelle quotidienne et une école dominicale pour linstruction religieuse des enfants païens.

    Les fêtes pascales ont été bien solennelles à Yokohama. S. E. Mgr le Délégué Apostolique a bien voulu officier pontificalement le Jeudi-Saint, le Vendredi-Saint et le jour de Pâques.

    Osaka

    Au Japon la rentrée des écoles a lieu au mois davril. Les exercices dune année scolaire commencent donc les premiers jours du mois davril pour se terminer vers la fin mars de lannée suivante.

    A la dernière rentrée deux nouveaux établissements déducation pour les jeunes filles japonaises ont été ouverts pas nos dévouées religieuses.

    Le projet dinauguration dune école dirigée par les Dames du Sacré-Cur dans la Mission dOsaka vient dêtre réalisé par linstallation de cinq religieuses détachées de lInstitut de Tôkyô, sous la direction de la Rde Mère Meyer, à Sumiyoshi, entre Osaka et Kôbe, dans une maison mise à la disposition des Surs par M. Inabata. M. Inabata, un des grands industriels dOsaka, où il est président de la Chambre de Commerce et dirige avec ses fils une imposante teinturerie et une fabrique de mousseline, fut baptisé à Lyon, lorsquil était en apprentissage dans les ateliers de teinturerie de M. Marnas, père de Mgr Marnas, lévêque actuel de Clermont, attaché de vieille date et par des liens intimes aux Missions du Japon. Cest le même M. Inabata qui a cédé pour plusieurs années, à titre gracieux à luvre des Surs Japonaises de la Visitation la villa quil possède à Omori (Tôkyô).

    Les Surs de Nevers, qui sont à Osaka depuis deux ans et qui enseignent les langues et les arts dagrément, viennent de commencer aussi un lycée de filles. Elles ont eu la consolation de voir venir à elles, pour la première année, un nombre satisfaisant délèves.

    Quant à nos anciens établissements déducation, tous continuent à prospérer et à mériter la confiance que les autorités et les familles ont dans léducation de nos bons Frères et de nos dévouées Religieuses.

    A lla fin de la dernière année scolaire (mars 1923), lEcole de lEtoile Brillante dOsaka, école de commerce tenue par les Frères Marianistes, comptait 850 élèves et ne pouvait en admettre davantage, faute de place. A la rentrée davril, les Frères ont reçu 950 demandes dadmission et nont pu admettre que 230 nouveaux élèves.

    Cette école fête cette année le 25e anniversaire de sa fondation et se prépare à sagrandir pour recevoir un plus grand nombre délèves.

    De leur côté les Surs du Saint-Enfant Jésus de Chauffailles ont vu augmenter aussi le nombre de leurs élèves.

    Dans leur lycée de filles dOsaka, où elles avaient, fin mars, 346 jeunes filles, elles nont pu recevoir, faute de place, que 142 nouvelles élèves sur 277 demandes dadmission, ce qui fait que le nouvel exercice commencé avec 435 élèves.

    Dans leur lycée de filles dOkayama, sur 203 demandes, elles nont pu admettre que 130 nouvelles élèves, et le chiffre total est, depuis la rentrée, de 389 élèves.

    Hakodate

    La maladie a obligé Mgr Berlioz à interrompre sa tournée de quêtes en Amérique. S. G. écrit à ce sujet : A certain moment lentourage me croyait condamné à mort. Mais je ne saurais dire combien jai été édifié de la charité et des égards dont on a entouré ma pauvre personne, soit de la part du bon P. Pelletier, Supérieur des Pères du S.-Cur, ce vrai Samaritain, qui a pris sur lui tous les frais, tous les embarras, pour me confier aux Surs Canadiennes, si dévouées, si délicates ; soit de la part du brave Dr Waldie, qui suivait son malade avec une pieuse sollicitude et une gracieuseté au-dessus de tout éloge. Dans une de ses visites il me disait : Ce matin jai fait la sainte Communion pour vous.... Mgr Dunn, Auxiliaire de New-York, qui a lien voulu venir me voir trois fois à lhôpital, me fait quasi un devoir de cesser désormais mes collectes, quoique je sois loin encore de la balance. Il faudra bien que je lui obéisse, au moins pendant le temps de la convalescence. Et après... Deus providebit !

    Le P. Pelletier écrit de son côté : Mgr a eu la grippe avec fièvre assez élevée pendant quelque temps. Grâce à Dieu, S. G. va mieux et a pu se lever hier (21 mars) : jai grand espoir quil pourra, dans 5 ou 6 jours, revenir à notre maison ; mais il est à craindre quil ne reste faible assez longtemps.

    Seoul

    Le dernier numéro des Acta Sanct Sedis annonce que S. G. Mgr Mutel, Vicaire Apostolique de Seoul, jusquici évêque titulaire de Milo, est nommé évêque titulaire de Mopsueste.

    Le 16 avril, S. G. Mgr Mutel et Mgr le Coadjuteur ont été invités à dîner par son S. E. le baron Saitô, Gouverneur général, à loccasion du passage à Seoul de M. Sylvain Lévi, sanscriviste renommé, professeur au collège de France, actuellement en congé et en mission officielle détude depuis 18 mois.

    Ladministration provinciale de Seoul a alloué 300 yen à 1orphelinat tenu par les Surs de Saint-Paul de Chartres.

    La police vient de découvrir un grand complot dont le but était tout simplement de bolcheviser la Corée ; on devait commencer par incendier tous les monuments publics et massacrer tous les membres du gouvernement : on a trouvé les bombes et les armes destinées à cet usage et lon aurait des preuves que les conjurés étaient payés par lordre de Moscou.

    27 chefs de village sont partis de Taikou le 21 pour aller visiter le Japon, où ils passeront environ trois semaines : ils sont envoyés par les autorités provinciales.

    Taikou

    Les retraites des missionnaires et prêtres indigènes ont eu lieu comme dhabitude la 3e et la 5e semaine après Pâques. Il y a trois ans, au milieu de la retraite des missionnaires, le P. Chargebuf moura subitement à lautel ; cette année cest un prêtre indigène qui est mort le premier jour de la retraite de ses confrères coréens. La veille il avait dû rester à une station proche, très fatigué ; la pneumonie que diagnostiqua le médecin lemmena en quelques heures. Transporté par le train il a été inhumé au cimetière de lévêché, à côté de son ancien supérieur du séminaire.

    La veille de la mort de ce prêtre un télégramme annonçait celle dun séminariste minoré, mort aussi inopinément dans sa famille : cétait le troisième élève du cours des théologiens, les deux premiers ayant été envoyés à Rome, où les attendait le sort que lon sait. Le service pour leur condisciple mort, célébré le mercredi matin en place de la messe de communauté, a servi aux séminaristes de triste répétition pour la messe pontificale de Requiem célébrée deux heures plus tard à la cathédrale, pour le prêtre qui avait quitté le séminaire il y a 8 mois.

    Le 14 avril il y a eu une violente tempête dans le sud de la Corée ; on compte déjà plus de cinquante morts et on craint que ce chiffre ne soit beaucoup plus considérable, plus de cent embarcations ayant disparu, montées par plus de trois cents hommes, dont on na pas de nouvelles. Le gouverneur de Taikou a requis aussitôt par télégramme le secours de la station navale de Tjinhai.

    Mandchourie Méridionale

    Le 7 mai ramène le deuxième anniversaire de laccident qui a immobilisé jusquà ce jour le vénérable Mgr Choulet. Après plusieurs semaines de douleurs atroces, suivies dune période daffaiblissement qui inspira les plus vives inquiétudes et lui valut de recevoir lExtrême-Onction deux fois à deux mois dintervalle, il revint peu à peu à un état moins précaire et put, à laide de béquilles, célébrer la sainte Messe, puis faire quelques pas en dehors de sa chambre. Ces deux années de souffrances lui ont procuré loccasion de multiplier ses mérites et de prier longuement pour sa Mission, à laquelle il reste si attaché, tout en nous donnant lexemple dune patience et dune résignation qui seront pour nous tous une leçon inoubliable. Depuis la fin de mars, sa maladie de cur la spécialement tourmenté. Les remèdes pourtant très actifs qui lavaient toujours soulagé semblent parfois manquer defficacité. Depuis plus de deux mois, il passe les jours et les nuits sur un fauteuil, sans pouvoir prendre le moindre repos au lit. Que nos confrères veuillent bien avoir un souvenir auprès du bon Dieu pour notre vénéré malade.

    Nous sommes toujours dans lincertitude au sujet des menaces de guerre contre Tchang Tso-lin et Ou Pei-fou. Quel que puisse être le résultat des opérations militaires, elles seront sûrement pour les populations civiles, ainsi que pour nos établissements et nos uvres situées à proximité de la ligne de feu ou sur le passage des troupes, loccasion dexactions, de pillage et de désordres comme il faut en attendre de troupes trop souvent indisciplinées. Da pacem, Domine !

    Mandchourie Septentrionale

    Le brigandage continue. Un prêtre chinois, le P. Hia, a été récemment dépouillé par les brigands, et cela pour la deuxième fois.

    A Kiakiatouotze, un autre prêtre chinois était en train dentendre les confessions pendant la Semaine-sainte, lorsquon vient lavertir quune troupe de 70 brigands est aux portes du village. Le Père eut le temps de se rendre dans un autre petit village, situé tout près de là, doù il entendait la fusillade, car les brigands étaient poursuivis par un détachement de troupes régulières. Bientôt on vint lui dire que les brigands étaient en fuite, ayant laissé sur le carreau plusieurs morts. Le Père rentra à Kiakiatouotze, mais un petit détachement de troupes régulières vint y cantonner. Ces bons défenseurs de lordre maltraitèrent les chrétiens, emmenèrent plusieurs chevaux et volèrent au Père des habits et plusieurs autres objets. Tomber des mains des brigands entre celles des soldats, cest souvent tomber de Charybde en Scylla. Un gros bourg des environs de Kirin étant menacé par les brigands, un corps de troupes alla sy installer. Les brigands nentrèrent pas, mais le bourg a été ruiné par les soldats quil a dû héberger pendant plusieurs mois. Les principaux marchands ont fait faillite. Il en est ainsi dans une foule de localités.

    On comprendra sans peine que les habitants de la Mandchourie du Nord ne puissent lire sans mélancolie les louanges décernées de temps à autre à Tchang Tso-lin. Que ce grand homme fasse régner lordre et la prospérité dans la province de Moukden, je veux bien le croire ; mais il est très regrettable que son influence diminue proportionnellement au carré des distances et se fasse si peu sentir dans les provinces de Kirin et du Heilongkiang, où ses lieutenants sont incapables de faire régner un peu dordre.

    Jallais oublier de signaler le pillage de la Mission catholique de Eulcheuouhao. Les païens des environs, ayant à leur tête des notables et des policiers, ont maltraité le catéchiste et pillé la résidence, parce que les chrétiens ne voulaient pas participer à la fête superstitieuse des lanternes, le 15 de la première lune. Non loin de là, à Oukiatchan, on emprisonne des païens pour la seule raison quils osent envoyer enfants à lécole catholique.

    Mais laissons ces tristes choses et terminons ce communiqué par une note joyeuse. En ce 25e anniversaire de la création de notre Vicariat apostolique, nous avons eu la joie dapprendre que, à la prière de S. G. Mgr Gaspais, le Saint-Père a conféré le titre de missionnaire apostolique au vénéré doyen de nos prêtres chinois, le P. Augustin Jen, voulant ainsi rendre hommage au mérite du cher Père, qui, depuis plus de trente-cinq ans, donne à tous lexemple du zèle, de la régularité et de toutes les vertus apostoliques.

    Setchoan Occidental

    LEcole normale catholique du P. de Jonghe, à Kiongtcheou, a été ouverte le 12 mars. Elle ne compte encore que 9 élèves, tous diplômés de lenseignement primaire supérieur, plusieurs ayant déjà fait un an ou six mois détudes secondaires. Dautres sont attendus.

    Malgré la recrudescence de banditisme et la difficulté de voyager sur les routes occupées par les convois militaires, une vingtaine de prêtres indigènes ont pu venir faire leur retraite annuelle ; plus de la moitié en ont été absolument empêchés.

    Car les brigandages continuent. Le P. Mathias Yang, curé dOumienchan, a été assailli, le 23 mars à 10 heures du soir, tandis quil visitait la station dOutangkan. La maison où il était logé fut criblée de coups de fusil. Heureusement le Père put passer indemne à travers les balles, mais il a tout perdu : calice, ciboire, bréviaire, ornements, etc.

    A Chouanglieou, la vierge Tcheou, malgré ses 70 ans, a été capturée par les brigands, qui ne lont relâchée quaprès paiement dune rançon de 180 dollars.

    Le 24 mars, à 7 h. ½ du soir, nous avons ressenti à Tchentou le tremblement de terre (durée 25 secondes ; direction N..S.) qui a causé la mort du P. Alric, notre confrère du Thibet.

    Nous recevons en Mai le Bulletin de Février ! Si les nouvelles sont dautant plus les bienvenues quelles ont été longuement attendues, nous aurions tort de nous plaindre ; la poste va comme elle peut, et le télégraphe donc, qui demande quarante-cinq jours pour un aller et retour Tchentou-Shanghai !

    Ne nous plaignons pas des Chinois, ils font eux aussi ce quils peuvent, et même un peu plus encore, si lon songe quils ne cherchent rien moins à lheure actuelle quà établir la paix en préparant la guerre. Ces deux derniers mois, la ville de Tchentou a subi deux fois le siège darmées nombreuses : balles et obus sont tombés un peu partout ; il y en eut pour lévêché, le Grand-Séminaire, lhôpital, le couvent des Franciscaines de Marie et les résidents étrangers, mais aucun accident de personne ne fut à déplorer ; parmi le peuple cependant il y eut dassez nombreuses victimes. Nous sommes à la veille de nouvelles et sérieuses opérations militaires ; les portes de la ville sont fermées une fois de plus et chacune delles confiée à la garde dun général. Cette lutte des chefs provinciaux a déjà mis hors de combat une vingtaine de mille hommes. Tous les hôpitaux sont remplis de blessés, non moins que les nombreuses pagodes de la capitale et des villes où ont eu lieu les combats. Lhôpital de la Mission soigne depuis deux mois une moyenne quotidienne de trois cents blessés et des plus graves, dont beaucoup dofficiers ; nos trois Docteurs, nos deux infirmiers français et nos religieuses Franciscaines de Marie se dépensent chaque jour sans compter, et le P. Flachère garde le sourire au milieu des salles encombrées où tant de bons larrons ont leur croix.

    Setchoan Oriental

    Depuis plusieurs mois, le Setchoan Oriental, et on peut dire toute la province du Setchoan, est gravement troublé par la guerre civile et le banditisme. Le général Yang-sen a réussi à reprendre son fief de Tchongkin, mais la guerre ne paraît pas terminée et surtout lentente entre les généraux qui ont chassé les Kemintangs ne paraît pas complète, ce qui pourrait bien amener dautres malheurs sur la province. Pendant ce temps, les bandits opèrent en grand sur tout le territoire, entravant tout commerce, arrêtant et pillant les voyageurs.

    Mgr Chouvellon pensait, pendant le courant du mois de mars, faire sa visite pastorale dans lest districts de Ouan-hien et Siutin. Avant darriver à Ouan-hien, sa barque fut accostée par des brigands (soldats) qui sapproprièrent les objets à leur convenance. La guerre battait son plein dans les parages de Ouan-hien ; tous les coolie étant réquisitionnés par larmée et les routes étant encombrées, Mgr, après quelques jours passés à Ouan-hien, dut renoncer à continuer son voyage. Le commandant de la canonnière française qui se trouvait dans ce port lui proposa gracieusement de le prendre à bord jusquà Tchong-tcheou. De là Monseigneur se rendit au Petit-Séminaire de Mientche où il passa les fêtes de Pâques.

    La retraite des prêtres indigènes sest ouverte comme dhabitude le 2e dimanche après Pâques. Hélas ! à cause de la guerre, bien peu ont pu y assister : 25 seulement sur 64, et dans ce nombre sont compris les 8 de Tchongkin et de la banlieue. Les exercices se sont faits normalement dans le recueillement et la prière. Au Dimanche de la Solennité de Saint Joseph, messe pontificale au Tien-tchoutang chantée par les élèves du Grand-Séminaire. Le mardi suivant, nous avons fêté le plus solennellement possible les noces dor du Père Décomps et du prêtre indigène Paul Hia : messe solennelle au Tse-mou-tang, célébrée par Paul Hia, assisté de son cousin Pierre Hia et de son neveu Siméon Hia. Son f ère Ignace Hia, titulaire du district de Penchoui, navait pu à son grand regret venir complimenter son aîné. Que le bon Dieu nous conserve longtemps encore ces vénérés prêtres pour lexemple et lédification de tous.

    Dans sa miséricorde, le bon Dieu nous avertit cependant de nous tenir prêts à paraître à son saint tribunal. Le lendemain même du jour où nous nous étions réjouis avec nos chers jubilaires, un prêtre indigène, Jean Tchang, âgé de 75 ans, qui avait suivi tous les exercices de la retraite, nous quittait pour le ciel après quelques jours seulement de maladie patiemment supportée.

    Setchoan Méridional

    Le samedi 17 mars, Mgr Fayolle a conféré le sous diaconat à 7 élèves du Grand-Séminaire et lon espère quils pourront être ordonnés prêtres à la fin de cette année. Cette belle ordination ne suffira pas cependant à combler tous les vides faits par la maladie ou la mort dans les rangs des missionnaires, ni à remplir tous les postes vacants de la Mission.

    La rentrée des élèves dans nos écoles modernes de Suifu, Kiating et Loutcheou a été satisfaisante et, dans lensemble, meilleure que celle de lan dernier.

    Mgr Fayolle est parti le 11 avril pour une tournée de confirmation dans les districts situés entre Suifu et Kiating. A cette occasion S. G. procédera à la bénédiction solennelle de loratoire de la ville de Yung-hsien, centre dun vaste district.

    Quant aux nouvelles de la guerre civile, on nen peut dire quun mot : plus ça continue, plus cest la même chose, hélas !

    Thibet

    Les beaux jours sont rares au Pays des Herbes. A peine Monseigneur nous avait-il annoncé lheureuse nouvelle de la prochaine arrivée dun nouveau confrère quun épouvantable malheur venait plonger la Mission dans le deuil et les larmes.

    Le 24 mars, le vent souffla en tempête dans les sous-préfectures de Taofou et de Louho ; il redoubla de violence à lapproche de la nuit. A 7 heures ½, in ictu oculi, une secousse sismique affaissa le sol de plusieurs mètres, puis le relança en haut ; des gouffres profond souvrirent ; tout fut bouleversé et détruit sur une longueur de plus de 100 kilomètres. Les maisons se sont écroulées sur leurs habitants ; le sol est retourné de fond en comble et nos plateaux herbeux ressemblent maintenant à des terres de labour.

    Le P. Alric, surpris par le cataclysme, fut écrasé sous les décombres de sa maison. Son corps, dégagé le 26 mars, portait les traces de nombreuses blessures. Une large plaie à la tête laisse supposer quil aura été frappé par la chute dune poutre et sera mort sur le cou. Ses funérailles ont eu lieu le mercredi 28 mars, présidées par le P. Doublet et suivies par les quelques chrétiens survivants de la catastrophe.

    Dans toute la région, il ne reste plus une maison debout. Les morts se comptent par milliers ; la moitié de la population catholique a péri. Les survivants ont peine à se remettre de leur frayeur. Sans abri et sans ressources, ils implorent du secours. Les mandarins de Tatsienlou ont fait distribuer les céréales des greniers publics. Le Dr Andrews, des Adventistes, est allé donner ses soins aux blessés. La Mission catholique, elle aussi, singénie pour venir en aide aux miséreux. Le P. Doublet était débordé par les demandes de secours. Mgr lui a envoyé un aide en la personne du P. Ménard. Ils font tout le possible, mais sans parvenir à soulager tant de douleurs !

    Ailleurs les brigands ont quitté leurs quartiers dhiver et pillé des tribus entières, à louest du Yalong-kiang.

    Groupe du Yunnan. A Tsetchong lhiver a apporté un surcroît de travail au P. Ouvrard, qui, en plus de ses fonctions ordinaires, a dû se constituer constructeur dun couvent pour les vierges thibétaines dont il est le supérieur. Jusquici elles habitaient une petite maison chinoise à peine suffisante pour six dentre elles ; mais, les écoles dhiver de la région une fois licenciées, elles vont se trouver réunies une quinzaine pendant lété, cest-à-dire depuis Pâques jusquà la Toussaint.

    La population païenne de la région ayant quelques difficultés avec son chef indigène, païen lui aussi, les deux parties, dans lespoir de trouver plus de justice et moins de frais de procès auprès du missionnaire, le choisirent comme arbitre, et, durant de longues journées, celui-ci dut écouter les interminables plaintes des uns et des autres et finalement réussit à les réconcilier. Fasse le Ciel que cet arbitrage de pacification serve, un jour ou lautre, à la conversion de ces pauvres païens, qui, sadressant au prêtre catholique, lappellent, tout comme les chrétiens, le père et la mère de lâme.

    Le P. Génestier, toujours vigilante sentinelle avancée aux frontières du Thibet interdit, voit ses espérances au sujet dune nouvelle fondation à Tchongten en partie réalisées : il a désormais dans ce village quelques familles de catéchumènes, quil visite régulièrement et quil instruit de son mieux.

    Notre Benjamin, le P. André, pour ses coups dessai fait des coups de maître : il a obtenu 17 baptêmes dadultes, ce qui est un beau résultat pour nos régions.

    Pour le reste, le Thibet yunnanais est logé à la même enseigne que le Yunnan lui- même : par ces temps de brigandage, il est isolé du reste du monde. Nous avons commandé du vin de messe en 1921 : il nest pas encore arrivé, et sous peu quelques-uns dentre nous ne pourront plus célébrer ; à moins que, profitant de loccasion du retour du P. Goré, vin de messe et autres bagages ne se décident à nous parvenir.

    Yunnan

    Le 13 avril, tandis que le P. Bailly était à Yunnanfou, des soldats pénétrèrent dans sa résidence et firent main basse sur divers objets à leur convenance. Les marchés de Makai, Pienkio, Toychou, Tangtche ont été pillés par les brigands, qui se sont avancés même jusquaux environs du Séminaire.

    On nous fait espérer quune chasse sérieuse va être entreprise contre les pirates, dont on nentendrait plus parIer bientôt. Ce serait trop beau !

    Kouytcheou

    Dans notre dernière chronique nous avons annoncé loccupation de la province du Kouytcheou par les troupes du Toukiun du Yunnan, Tang Ki-yao, sous prétexte de faire rentrer en possession de son ancien fief le vieux maréchal Lieou Jou-tcheou. Après sêtre longtemps fait attendre, celui-ci a enfin fait son entrée en ville de Kouiyang le 18 avril. Il ne semble pas quil nous apporte la paix. Le parti vaincu ne rend pas les armes et sapprête à une nouvelle lutte pour chasser de la province, non pas Lieou Jou-tcheou, mais les Yunnanais. En attendant, comme si nous navions pas assez de nos pirates, le roitelet du Yunnan nous envoie toute sa vermine. Les pillages de nos résidences se succèdent avec une rapidité effrayante. Le Père Joseph Freyche est toujours prisonnier dans sa ville de Su-yang. Le Samedi-saint les pirates ont donné lassaut à la ville. Repoussés, ils ne se sont retirés bien loin et interceptent routes, chemins et sentiers. On dit même quils sapprêtent à redonner lassaut et quils ont résolu de semparer coûte que coûte de la personne de notre malheureux confrère. Nos bagages, comprenant entre autres choses du vin de messe et plusieurs caisses communes, dont une attendue depuis près de quatre ans, ont été pillés par les soldats dans le sac de la ville de Tchen-yuen. De Kouiyang à cette dernière ville, sur une longueur de sept étapes, pirates et soldats ont réussi à créer le désert.

    Mgr Carlo, premier Préfet de la nouvelle Préfecture Apostolique de Lan-Long, est venu à Kouiyang assister aux exercices de la retraite pastorale à laquelle, par suite des troubles, un trop grand nombre de confrères nont pu se rendre.

    En la solennité de saint Joseph, Mgr Carlo a bien voulu présider les cérémonies du jour. A cette occasion les derniers actes nécessaires pour rendre effective la division des deux Missions ont été accomplis. Au dîner qui suivit, des toasts furent portés ; des chants furent exécutés en lhonneur du nouveau Préfet, de la nouvelle Mission, et des missionnaires appelés à en faire partie. Ce fut une petite fête de famille, gaie et fraternelle, bien que teintée dun peu de mélancolie par les regrets de la séparation.

    Canton

    Nos prêtres indigènes ont terminé leur retraite annuelle, suivie avec beaucoup de piété et de recueillement. Le prédicateur, le P. Lam, de la Mission de Hongkong, a obtenu un véritable succès.

    A lissue de la retraite, le P. Boniface Yeung a reçu une lettre lui annonçant que 20 de ses chrétiens et un catéchiste avaient été capturés par les brigands et que la peste sévissait violemment dans le marché de Moi-yin, sa résidence. Le Père est reparti aussitôt pour son district.

    Tous nos prêtres indigènes se sont abonnés à la Revue Tabella SS. Cordis Jesu, qui paraît à Nazareth. Elle est très bien rédigée.

    La Commission chargée de préparer le schéma du prochain Synode de Chine doit se réunir à Hankeou le 25 mai. Il ne paraît guère possible, vu les circonstances actuelles, que le P. Nicouleau puisse sy rendre, les communications étant interrompues via Waichow et via Swatow..

    Le service des trains et des bateaux est interrompu aussi depuis longtemps entre Sheklung et Canton. Le P. Deswazières avait envoyé, sous la conduite de lépreux, une barque à Canton pour approvisionner la léproserie : elle a été pillée au retour, à quelques kilomètres de Sheklung.

    Le P. Lesaint, partiellement rétabli, a pu se rendre au Sanatorium de Béthanie, où il est arrivé le 17 mai.

    La guerre civile continue et la situation ne semble pas en voie de séclaircir.

    Un détail, qui donne une idée de la mentalité de nos guerriers chinois : le général Lau Chun-wan (du parti de Sun Yat-sen) offre une récompense de 50.000 piastres pour la capture du général Shum Hung-ying (du Kouangsi) vivant, ou de 20.000 piastres pour sa tête, qui doit être coupée, sil est tué.

    Swatow

    La guerre sétend à notre Mission. Larmée de Tching Kuen-min converge vers Swatow, quil voudrait reprendre à Hu Tsoung Hi, partisan de Sun. Les journaux sont très discrets, et pour cause, sur les péripéties de la lutte. Les correspondances de lintérieur signalent des combats qui se seraient terminés en faveur de Tching Kuen-min, dont les troupes avanceraient rapidement du Nord et de lOuest sur Swatow.

    Nous navons pas appris que les chrétiens aient eu particulièrement à souffrir ; mais dans lintérieur le riz ne peut plus arriver et devient dun prix exorbitant ; ajoutez les réquisitions et le racolage des porteurs pour le service des troupes.

    Notre Consul, M. Goubault, nous quitte pour Canton ; il ne laisse que des regrets à Swatow et particulièrement à la Mission.

    Kouangtong Occidental

    Les soldats-pirates ou les pirates-soldats, comme il plaira de les dénommer, continuent leurs fructueuses entreprises depuis Loui-tcheou jusquaux abords du Tonkin. La petite citadelle chrétienne de la Sainte-Trinité a subi deux assauts, auxquels elle a résisté victorieusement. Dans la région, sauf les pagodes épargnées par la superstition, tout a été incendié, pillé, saccagé : partout le même spectacle dhorreur et de ruines.

    Malgré ces agitations, Kouang-tcheou-wan, où Mgr Gauthier est rentré après une absence de plus dun mois, jouit de son habituelle tranquillité. M. Krautheimer, notre Administrateur en chef, vient de nous quitter pour aller remplir à Haiphong les fonctions de Résident-maire.

    Le P. Hermann a quitté Lofao, près du Tonkin, pour sinstaller dans lîle de Waitchao.

    Kouangsi

    Le dimanche 15 avril, Mgr Ducur a conféré les Ordres mineurs à trois grands-séminaristes.

    Les protestants profitent de ce que la paix est à peu près rétablie au moins temporairement dans la région du bas Kouangsi pour reprendre leurs agréables excursions. Récemment on vit arriver au marché de Pesha un joli petit motor-boat, bien confortablement aménagé, doù débarquèrent hommes, femmes, enfants, ils étaient bien une dizaine, sans compter une demi-douzaine de catéchistes ou vendeurs de livres. Ils ne passèrent quun jour et demi à Pesha, mais ce peu de temps leur suffit pour instruire et immerger huit individus des villages voisins, tous gens de sac et de corde, fumeurs dopium et joueurs de sapèques. Quelles merveilleuses et rapides conversions !

    Tonkin Occidental

    Le P. Schlicklin, provicaire, après une année de repos au sanatorium de Béthanie, est de retour parmi nous, mais pour quelques semaines seulement. Désigné pour être directeur au Séminaire pontifical de Penang, il nous quittera bientôt pour aller prendre possession du poste important auquel lappelle la confiance de ses Supérieurs. Puisse sa santé, imparfaitement rétablie, nêtre pas un obstacle au bien que lon est en droit dattendre de son zèle et de ses capacités !

    Le P. Chaize, professeur de théologie morale au Grand-Séminaire de Keso, vient dêtre nommé par Mgr Gendreau, provicaire de la Mission. Tous les confrères se réjouissent de ce choix.

    A Hanoi, on construit, dans un endroit un peu retiré de la ville, un nouveau monastère du Carmel pour remplacer lancien, qui, situé dans un quartier trop bruyant, exigeait de grosses réparations. Les Carmélites pourront, dans quelques mois, prendre possession de leur nouvelle habitation.

    Tonkin Maritime

    Mgr Marcou est rentré à Phat Diem après une longue tournée pastorale, pendant laquelle S. G. a eu la consolation de baptiser plus de 300 nouveaux chrétiens.

    Tout en poursuivant la construction de sa belle église de Ton-Dao, le P. Pléneau a voulu, cette année, prêcher ses ouailles et les païens de la région dune façon plus saisissante en leur représentant les scènes de la douloureuse Passion de Notre-Seigneur. En quelques mois il a réussi à former une équipe de 40 acteurs, qui vraiment se tirent bien daffaire. Texte, costumes et action sont imités de ceux dOberammergau. La plupart de ceux, Européens ou Annamites, qui ont assisté à ces représentations en ont été profondément édifiés. Les païens eux-mêmes y montraient un vrai recueillement. Aucune ressemblance, dailleurs, avec le théâtre chinois ou annamite, si bruyant et si peu modeste. Nombreux sont ceux qui, nayant eu jusquici quune idée un peu vague de la Passion du Sauveur, la connaîtront mieux maintenant, pour le grand profit de leur âme.

    Cochinchine Occidentale

    Mgr Lécroart, venant de Nhatrang, est arrivé à Saigon le 19 avril. S. G., pour se ménager loccasion de rencontrer le P. Debeauvais, Supérieur régulier du Tchely S.-E., qui se rend en France, a modifié son itinéraire et fait immédiatement la visite de notre Mission. Les grandes chaleurs de cette saison ne seront pas sans ajouter de nouvelles fatigues à celles déjà grandes dun si long voyage.

    La première visite a été pour le Séminaire. En une allocution bien sentie, Mgr a rappelé aux futurs prêtres leur idéal, faire vivre le Christ en eux, et leur mission spéciale, travailler à la conversion des païens, qui ne doit pas être laissée aux seuls missionnaires français.

    Le jeudi 26, S. G. présidait, au couvent des Surs de Saint-Paul de Chartres, la cérémonie de prise dhabit de 18 religieuses indigènes.

    Le dimanche 29 avril, à 5 heures précises, au moment où, à Rome (11h. A. M.), on achevait la lecture du Bref de béatification de la Vénérable Sur Thérèse de lEnfant Jésus, un Te Deum solennel a été chanté dans la chapelle du Carmel, suivi dun cantique en lhonneur de la nouvelle Bienheureuse. Puissions-nous avoir une large part à la pluie de grâces quelle ne manquera pas de répandre sur la terre à cette occasion !

    Cambodge

    Mgr Bouchut, toujours à Cùlaogiêng, va de mieux en mieux. Depuis quelque temps déjà, il descend au réfectoire, et dit la sainte messe sans assistant. Il reprend peu à peu la direction de la Mission.

    Le P. Unterleidner ne se remet pas et sera obligé daller chercher sa guérison en France.

    Le Père Entressangle souffrait dun anthrax, qui, vu létat diabétique du malade, ne laissait pas que dêtre inquiétant. Aussi, malgré les bons soins du docteur et des Surs de lhôpital de Chaudoc, notre cher confrère est mort pieusement le 13 mai. Onze missionnaires assistèrent à ses funérailles, qui eurent lieu le 15.

    Le 4 mai, à 9 h. du matin, la cour royale du Cambodge célébrait la fête traditionnelle du sillon. Un mandarin en chaise à porteur et sa femme en palanquin, accompagnés de la foule et au son de la musique royale, se rendent du palais à la rizière sacrée. Là, au nom du roi, le mandarin procède au labourage et trace trois sillons, dans lesquels sa compagne sème des grains de riz ; puis ils offrent aux bufs sacrés des plats contenant du paddy, du maïs, de lherbe, du sésame, des haricots, de leau et de lalcool. Si les animaux sempressent de faire honneur à cette nourriture, cest un heureux présage pour la récolte future : ainsi le veut la légende...

    Et, quelques jours après, aux processions des Rogations, nous chantions la nouvelle invocation, si chère au cur du missionnaire : Ut infideles universos ad Evangelii lumen perducere digneris, te rogamus, audi nos !

    Malacca

    Cest en 1854, il y a 69 ans, que les Dames de Saint-Maur ont fondé leur couvent de Singapore. Or ce même couvent vient de perdre une vénérable religieuse, Sur St. Mary (née De Souza), qui avait assisté et avait aidé à la fondation de cette maison, où elle résida durant 68 ans, dabord comme élève, puis comme sur enseignante. Née à Malacca le 29 mai 1840, elle avait 15 ans quand les Surs lacceptèrent comme pensionnaire. Cinq ans plus tard elle faisait sa profession religieuse, et depuis ce temps elle fit toujours partie de la Communauté de Singapore.

    Naturellement elle aimait beaucoup à parler de ces temps héroïques, et comme elle avait bonne mémoire, il était fort intéressant découter les détails quelle fournissait sur le Père Beurel, fondateur du Singapore catholique, et sur Mère Sainte-Mathilde, fondatrice du Couvent. Depuis bien des années elle ne pouvait plus sappliquer à aucun travail ; mais elle a eu un demi-siècle de vie très active. Requiescat in pace !

    Chaque année, le 3e dimanche après Pâques, en la solennité de saint Joseph, une véritable foule de catholiques, appartenant à toutes les églises de la ville de Singapore, se rendent en pèlerinage à léglise de Bukit-Timah, distante dune douzaine de kilomètres et dédiée à saint Joseph. Cette église fut construite en 1852 par le Père Mauduit pour le poste quil venait de fonder. Lhabitude de ce pèlerinage doit exister depuis longtemps déjà, certainement depuis plus de 40 ans, et le nombre des pèlerins semble toujours augmenter. Jadis beaucoup dentre eux faisaient toute la route à pied. Mais maintenant les moyens de locomotion se sont tellement multipliés que lon na que lembarras du choix, depuis lhumble voiture à bufs jusquau luxueux motor-car.

    Birmanie Septentrionale

    Encore un deuil ! La Mère Marie-Mathilde, première, Supérieure de notre Couvent de Maymyo, après 41 ans de vie religieuse, est allée recevoir au ciel, le 11 avril dernier, la récompense promise aux bons et fidèles serviteurs. Une longue expérience de 28 ans à Albany, sa parfaite connaissance de langlais, son esprit dorganisation, firent vite de notre école, du jour où elle en prit charge en 1910, un établissement modèle. Le Directeur de lInstruction Publique ne craignait pas de dire, lan dernier, que cétait one of the best girls schools in Burma. Sa franchise, sa droiture, sa générosité, son grand cur, une petite tournure anglaise quoique bonne française de la Haute-Garonne, mais de bonne mise en territoire britannique, attirèrent lattention du public et si nombreuses affluèrent les élèves quaujourdhui il faut bâtir de nouveau. Les brillants résultats obtenus, chaque année, aux examens ont répandu au loin le nom du Couvent St. Joseph de Maymyo.

    Du pays de lérable, comme la si poétiquement appelé le Général Fayolle, quand, un an après la guerre il portait le salut et le vibrant merci de la France reconnaissante aux braves Canadiens, nous est annoncé un nouveau confrère. Missions-Étrangères !... Canada ! Que de bons et vieux souvenirs de famille ! Et nous, les Birmans, nous aurons lhonneur de posséder dans notre Mission le premier missionnaire canadien français !

    Laos

    Mgr Gouin est parti le 10 avril pour une longue tournée de confirmation dans la région de Thare, Donthoi, Phonsung, Xangminh et Chanphen : cest un voyage de six à sept cents kilomètres, que S. G. devra faire à cheval par des sentiers ou pistes trop souvent montants, sablonneux, malaisés. Cest cependant la meilleure saison de lannée au Laos pour les voyages par voie de terre ; mais cest aussi, hélas ! lépoque des grandes chaleurs, où le thermomètre monte facilement jusquà 40º à lombre.

    Le P. Thibaud accompagne Monseigneur dans sa tournée.

    Pondichéry

    Mgr Morel, qui, durant sa tournée pastorale de Carême, avait administré le sacrement de Confirmation à près de 2.000 chrétiens, a présidé la même cérémonie, le dimanche 15 avril, dans deux paroisses : le matin à léglise cathédrale, où il y eut 167 premières-communions et 174 confirmations, et, le soir, à Nellitope, où le nombre des premiers-communiants et des confirmands fut respectivement de 80 et de 100.

    Mgr lArchevêque tint également à officier pontificalement à la cathédrale en la solennité de saint Joseph, 22 avril. Le soir, à 6 h. ½ , eut lieu la traditionnelle procession, qui, durant près de trois heures, parcourut les principales artères de louest de la ville. Comme toujours nombreuse affluence, ordre parfait et grande piété.

    Le P. Gaston est donné comme assistant au P. Gavan Duffy dans ses fonctions dinspecteur diocésain des écoles.

    Le P. Renoux est nommé directeur spirituel des établissements scolaires de Tindivanam.

    Le P. Colas, depuis si longtemps à la tête du district de Chetpat Polur, est nommé curé de Tindivanam.

    Le P. Mézin, vicaire à Chetpat, devient vicaire du P. Chavanol à Gingee

    Le P. Autemard a posé, le 18 avril, la première pierre de la chapelle Sainte-Anne, à Koroucamodou : il espère quelle pourra être achevée pour le pèlerinage du mois de juillet.

    Kumbakônam

    Mgr Chapuis a repris, le 9 avril, le cours de la tournée épiscopale interrompue fin janvier pour raison de santé.

    Le P. Massol, précédemment curé de Mandai et de Vadagarai, vient dêtre transféré à Tirupandorutty. Mandai est rattaché à Mayavaram, Vadagarai à Manalour.

    Le 4 avril est décédé à Kumbakônam le P. David, un de nos prêtres indigènes. Né en 1869, prêtre en 1898, une forte commotion quil ressentit lors du tremblement de terre de mars 1900 lavait rendu incapable dexercer les fonctions sacerdotales. Puisse-t-il, dans le ciel, chanter des louanges de Celui quil na pu servir ici-bas !

    Dernières Nouvelles.


    Séminaire de Paris

    Selon lusage traditionnel, nos 14 partants ont fait, le 10 avril, leurs adieux aux Dames de luvre des Partants ; le 11, au Séminaire de Bièvres. Le dimanche 15, ils chantaient la messe de saint Phosphore sur les reliques du Martyr, faisant eux-mêmes toutes les cérémonies. Le lendemain avait lieu la cérémonie du départ et, le vendredi suivant, tous sembarquaient à Marseille à bord de lAngers.

    Mgr le Supérieur a fait, du mardi au samedi de Pâques, avec M. Pâquet, un pèlerinage privé à Lourdes. M. Urrutia, qui fait son service militaire à Pau, sy est associé.

    La messe mensuelle de luvre des Partants a été célébrée le 9 avril par le P. Jaricot, qui a parlé aux assistantes des missions du Tonkin. Le lendemain il a chanté la messe anniversaire du regretté P. Denis.

    Le P. Gérard, à Saint-Germain-des-Prés, a donné aux Dames de luvre Apostolique une conférence sur la mission de Mandchourie.

    Le P. Chambon a donné une conférence avec projections sur le Japon aux enfants du catéchisme de Saint-Sulpice. Il a aussi parlé à Sainte-Clotilde de luvre de la Sainte-Enfance.

    Le 13, Monseigneur, avec les PP. Chambon et Chabagno, assistait au Collège de France, à une conférence très instructive sur lAcadie (sud-est de lembouchure du St-Laurent), cette vieille terre de colonisation française, où la conquête anglaise se montra particulièrement injuste et brutale. Les Acadiens français furent plusieurs fois déportés par milliers, çà et là, même en Saintonge, où ils ont eu des descendants dont fut notre Père Chicard. Mais il en resta quand même, et cet indestructible noyau est devenu une population de plus de 200.000 habitants. Le conférencier, professeur au Collège de France, a rendu hommage à la religion catholique : Nest-ce pas par elle, dit-il, que les Acadiens sont restés fidèles à cette mère quétait la France, même après avoir perdu lespérance de la revoir? Il termina en disant que si lon distribuait aux nations des prix de vertu, le 1er prix reviendrait aux Acadiens français et catholiques. Ajoutons que les premiers prêtres qui vinrent de France en Acadie étaient envoyés par la Société des Missions-Étrangères.

    Le 15, Monseigneur présidait à Villemomble, une belle fête de l Union catholique du personnel des Chemins de ferl dont le président général est Mgr Reymann, et qui compte dans toute la France de 80 à 100.000 membres.

    Le P. Chapdelaine, de lEcole Montalembert, est à lhôpital St-Joseph ; une opération a été faite il y a quelques jours et le Père sera bientôt rétabli.

    Le P. Le Merre, dans sa famille, est souffrant. Le médecin appelle sa maladie : suite de piqûre de moustique : Bouton dOrient.

    Le P. Bodin écrit de Montana (Suisse) quil y a du mieux dans son état, mais le docteur ne se prononce pas sur la date de sa guérison.

    M. Gabriel Giraud, du diocèse de Rennes, étudiant à St-Lô a été admis pour la prochaine rentrée.

    Le 3, lorsque le corps du prince Kitashirakawa fut ramené à lambassade japonaise, à la suite de laccident de Bernay, la carte de Monseigneur fut déposée à lambassade. Les PP. Gérard et Chambon furent admis à pénétrer dans le salon où avait été déposé le corps de linfortuné Prince. Le chargé daffaires de lAmbassade a fait déposer sa carte quelques jours après à la rue du Bac.

    Marseille

    Se sont embarqués le 6 avril sur le Cordillère les PP. J. Michotte, Supérieur du Sanatorium de Wellington, et Barriol, du Laos.

    Sanatorium de Montbeton

    Plusieurs de nos Pères ont pu rendre quelques services, au temps de Pâques, au clergé des environs, débordé de travail.

    Le P. Sibers a passé toute la Semaine-Sainte à Valence-dAgen et y a donné la retraite pascale.

    Le P. Tour a confessé longuement le Samedi-Saint à Finhan et y a donné les sermons de Pâques, qui furent très goûtés.

    A Montbeton même nos confrères entendirent de nombreuses confessions et le P. Guignard chanta la grandmesse.

    Le P. Guerrier souffre et résiste. Les P. Durand (Siam) et Décrouïlle (Coch. Orient.), récemment arrivés, vont assez bien.

    Hongkong

    Le 23 mai, 5 jeunes confrères sont arrivés par lAngers ; quatre ont continué leur voyage vers leur destination finale ; un, le P. Beaudevin, destiné aux Procures, sest arrêté ici, où il demeurera jusquà nouvel ordre

    Le même jour, vers 6 heures du soir, Mgr Bigolet sest éteint doucement après de longues et pénibles souffrances. A ses funérailles, présidées par Mgr le Vicaire Apostolique de Hongkong, assistaient le P. Robert, Assistant du S. S. S., et tous les confrères de la Procure, de Béthanie et de Nazareth.

    1923/375-396
    375-396
    Anonyme
    France et Asie
    1923
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