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Chronique des Missions et des Etablissements communs 10

Chronique des Missions et des Etablissements communs. Tôkyô 5 septembre. La chronique du mois daoût, qui, au Japon, cette année, sest montrée exceptionnellement chaud, doit suivre une loi inverse à celle qui concerne dordinaire la chaleur, à savoir que la chaleur dilate les corps. La chronique se trouve en effet non dilatée, mais raccourcie par la pénurie des événements qui exigent du mouvement, et par là engendrent cette bienheureuse chaleur, dont on peut dire aussi : De la chaleur... pas trop nen faut !
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs.
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    Tôkyô

    5 septembre.

    La chronique du mois daoût, qui, au Japon, cette année, sest montrée exceptionnellement chaud, doit suivre une loi inverse à celle qui concerne dordinaire la chaleur, à savoir que la chaleur dilate les corps. La chronique se trouve en effet non dilatée, mais raccourcie par la pénurie des événements qui exigent du mouvement, et par là engendrent cette bienheureuse chaleur, dont on peut dire aussi :

    De la chaleur... pas trop nen faut !
    Lexcès en tout est un défaut.

    Néanmoins cest à la chaleur, du moins comme cause occasionnelle, que lon doit davoir vu certaines activités sorienter vers des uvres appropriées à la saison. Cest ainsi quun comité de Dames Catholiques a ouvert sur le bord de la mer, près de lîle dEnoshima, qui rappelle notre Mont St-Michel, une école de plein air où une quarantaine de jeunes garçons et de jeunes filles ont joui des bains de mer et de la fraîcheur relative dun bois de sapins clairsemés dans la grève sablonneuse. Mais surtout, et cétait là le but principal, toute cette jeunesse a reçu pendant ces deux semaines de villégiature, des leçons de catéchisme et de piété, agrémentées de séances musicales dramatiques, etc., grâce au concours du Père Larrieu, que Monseigneur avait délégué comme directeur spirituel de cette école des bois.

    Les PP. Jésuites de lUniversité Sophia avaient, de leur côté, grâce à luvre entreprise par leurs étudiants dans le quartier ouvrier de Mikawajima, à Tôkyô, procuré à de nombreux enfants pauvres des excursions au bord de la mer, à Kamakura et dans les environs, et ouvert aussi une école des bois, non loin de la première.

    Le grand terrain de Sekiguchi, avec ses ombrages, dispense son pasteur daller chercher ailleurs un emplacement pour une école des bois. Environ 80 enfants de la paroisse, divisés en trois groupes, sont venus trois matinées de chaque semaine prendre part aux leçons de catéchisme et aux divertissements que leur offrait le P. Flaujac dans sa colonie de vacances. Une retraite de trois jours a clôturé les exercices scolaires.

    Nous avons aussi à noter le séjour de quelques semaines à Tôkyô du R. P. Considine, des PP. de Maryknoll, qui, comme on le sait, représente sa Société à Rome, et y dirige avec une grande compétence lAgence Fides. Dans une tournée accomplie à travers les missions dExtrême-Orient, et qui doit se continuer jusquen Afrique, des côtes du Mozambique aux rives du Congo, le R. Père aura pu se rendre compte de visu de létat des missions, et sera ainsi plus à même de concrétiser et mettre au point les rapports qui lui seront envoyés.

    De la même Société de Maryknoll est passé à Yokohama et Tôkyô, les 25 et 26 août, Mgr Lane, le nouvel administrateur de la mission de Fushun, accompagné de six missionnaires et dun frère.


    Fukuoka

    4 septembre.

    La précédente chronique disait déjà que le dimanche 31 juillet avait eu lieu la première ordination au diocèse de Fukuoka. Deux de nos séminaristes, élèves de philosophie, recevaient des mains de Mgr la tonsure, avant de sembarquer pour le Canada, où ils doivent achever leurs études sous la direction des Sulpiciens de Montréal. Débuts modestes, comme il convient à une mission sans prétentions, une des dernières nées dans la grande famille de la Société des Missions-Étrangères. Débuts trop modestes, mais ce nest pas sur commande ni en série que lon fabrique une pléiade dune quarantaine de prêtres indigènes, comme ceux que notre Société a laissés en quittant Nagasaki. Avec le temps et la grâce de Dieu, nous arriverons à reconstituer cette pléiade.

    Pour un nouveau né, le diocèse de Fukuoka ne manque ni de reliques ni de souvenirs historiques. Lîle dAmakusa (1), entre autres, abonde en souvenirs chrétiens jusquici incomplètement explorés. De temps en temps un reporter de journal sen va interviewer lun ou lautre de nos confrères qui travaillent dans lîle et sert à ses lecteurs un compte rendu de son entrevue, souvent fantaisiste mais généralement sympathique. En attendant un inventaire méthodique de toutes nos reliques, un comité de professeurs vient de se fonder pour explorer lîle de fond en comble, rechercher les anciennes tombes ou inscriptions ayant un caractère exotique et examiner soigneusement les archives privées. On nous promet une abondante récolte. Souhaitons bon succès à tous ces chercheurs ; souhaitons surtout quil se trouve un homme capable pour tirer parti de toutes les trouvailles, les coordonner dune manière intelligente et rétablir la vérité des faits, si souvent défigurés par les historiens officiels.

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    (1) (caractères chinois).


    Passons maintenant à dautres reliques. Décidément Fukuoka a toutes les chances. Nous possédons, chez nous encore, dans le département de Saga, le plus ancien temple de Confucius (1) qui soit au Japon. Fondé en 1688, le temple est encore en bon état, et chaque année, on y sacrifie à Confucius et ses disciples, Yentse (2), Tsentse (3), Tsese (4) et Mongtse (5). Il y a quelques années, au cours des grandes manuvres dans la région, le temple fut honoré de la visite dun envoyé spécial du Prince Régent, nous dit le rapport officiel. Voilà une phrase malheureuse qui fera hurler les puristes, le scribe qui la rédigea ignorait la valeur des termes quil employait. Cette petite phrase dapparence inoffensive a jadis suscité bien des tempêtes dans lhistoire de Chine. Le lecteur na quà se reporter aux Textes Historiques du P. Wieger (1e édition, t. 2, pp. 805-806) pour voir en quels termes un homme averti doit parler de la visite de lEmpereur au temple du Sage.


    Séoul

    5 septembre.

    Depuis hier la ville de Séoul compte un nouveau clocher, cest le troisième ; nous sommes encore loin, bien loin des cent clochers de Séville et un total de cent clochers naurait rien dexagéré pour les 400.000 habitants de Séoul... nos successeurs verront la réalisation de nos désirs.

    Jusquà ces dernières années Séoul était divisé en deux paroisses seulement, une troisième a été érigée en 1927, avec lancienne abbaye de St Benoît comme centre. Le vaste bâtiment servant alors datelier de menuiserie a été transformé en église, mais le clocher manquait et aussi la cloche, au grand regret, on pourrait même dire à la confusion du pasteur et de ses ouailles. La cloche est arrivée de France et le clocher achevé. Hier, dimanche, avant la célébration de la Sainte Messe, Mgr Larribeau a béni solennellement lun et lautre : à St Benoît, tout le monde est dans la jubilation.

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    (1) (caractères chinois). (2) (caractères chinois). (3) (caractères chinois). (4) (caractères chinois). (5) (caractères chinois)


    La population chrétienne de Séoul et environs est de 8.000 âmes en faisant entrer dans ce chiffre la colonie japonaise, les séminaristes et la communauté des Surs. Le nombre exact des chrétiens des trois paroisses, daprès le recensement du printemps dernier, est de 7.205. Dans le courant de lannée 159 adultes (dont 52 in articulo mortis) ont été baptisés.

    La paroisse de lImmaculée Conception église pro-cathédrale dirigée par un missionnaire, curé, et un prêtre indigène, vicaire, compte 2.062 chrétiens ; à la paroisse St Joseph, les chrétiens sont plus nombreux : 3.713 ; le curé et le vicaire sont des prêtres indigènes ; la paroisse St Benoît na pas de vicaire, le curé est un prêtre indigène, les fidèles sont au nombre de 1.430. Parmi les chrétiens rattachés aux paroisses St Joseph et St Benoît, 1.408, dispersés dans vingt villages des environs, sont visités régulièrement par le clergé de ces deux paroisses.

    A Séoul il y a près de 100.000 Japonais dont 380 chrétiens dirigés par un missionnaire, le P. Poyaud, qui a eu la joie de baptiser 14 adultes durant la dernière année administrative. Ces chrétiens ont eu, la semaine passée, le bénéfice dune mission donnée par le P. Shibuya, du Vicariat Apostolique de Hiroshima. Ce prêtre, orateur réputé, a aussi donné une conférence publique très applaudie. Les auditeurs, naturellement, étaient en grande partie des Japonais, mais il y avait aussi un bon nombre de jeunes gens coréens qui comprennent parfaitement le japonais. Le P. Shibuya qui a également parlé au grand public par la voix de la Radio est en ce moment à Chemulpo et prêche une petite retraite aux quelque deux cents chrétiens japonais de cette ville.

    Le P. Lucas, las dattendre à Séoul la guérison complète du pied meurtri ( Cf. Bulletin, août 1932) et voulant à tout prix revoir ses chrétiens, a repris, la semaine dernière, le chemin de sa résidence. Par précaution il a emporté ses béquilles, car la soudure de los nest pas encore complète. Durant la dernière quinzaine de son séjour à lévêché, il avait comme compagnon de misère le P. Perrin. Celui-ci pris dune grosse fièvre, la malaria, au dire de la faculté, a pu, après trois semaines de traitement et aussi bien guéri que possible, rejoindre son poste.


    Taikou

    9 septembre.

    Après les très chaudes journées de juillet la relative fraîcheur daoût a été très appréciée de tous. La fête de lAssomption y a aussi gagné, elle a été en effet très bien célébrée, notamment à Taikou.

    A la fin de la retraite annuelle, le 21 août, au Couvent des Surs de St Paul de Chartres, à Taikou, a eu lieu pour la deuxième fois la cérémonie imposante de la profession. Après que deux jeunes postulantes se furent retirées, vêtues pour la première fois, des livrées des Surs de St Paul, quatorze novices savancèrent pour prononcer leurs premiers vux. Tous les confrères de la ville, laissés libres par le ministère paroissial, ont tenu à entourer Mgr en cette circonstance, et à témoigner par leur présence leur sympathie aux Surs de St Paul, et particulièrement aux heureuses professes du jour.

    Ces récentes professions ont permis de réaliser une première fondation en province, à Masan, chez le Père Bermond, où deux Surs prennent charge de lécole paroissiale. En plusieurs districts on prépare la venue des Religieuses : une vaste école sachève à TjyenTjyou, centre du vicariat forain ; un terrain et des maisons ont été achetés à Fusan. Mais bien que, aux six professes de lan dernier se soient ajoutées les quatorze de cette année, le personnel disponible est très limité. Lécole des filles de la cathédrale occupe quelques Surs déjà ; puis le service et les uvres de la maison mère réclament beaucoup de monde. Une crèche sachève qui complétera lorphelinat. Une autre uvre aussi a pris une extension imprévue : le dispensaire. Il est arrivé certain jour du mois daoût dy voir venir jusquà 360 malades et blessés. Sans doute, les neuf novices, postulantes et aspirantes qui restent sont déjà une promesse ; mais les dix étudiantes, tant à Séoul et Taikou quaux écoles du Japon, ne donneront leur concours quà une échéance assez reculée.

    Le P. Peschel est parti pour France le 31 août, remplacé à la cathédrale par le P. Julien.


    Moukden

    9 septembre.

    Le 2 septembre, Mgr Lane, des Missions-Étrangères de Maryknoll, envoyait un de ses missionnaires présenter à Mgr Blois le Décret de la S. C. de la Propagande qui le nomme Préfet Apostolique de Fushun, et, le même jour, prenait, en personne, possession de sa charge. La séparation devient donc effective. Cest le second tiers de lancienne mission qui est détaché de Moukden, lautre tiers ayant été cédé aux Missions-Étrangères de Québec en 1930 pour constituer la Préfecture Apostolique de Szepingkai.

    Pourquoi faut-il toujours en revenir à la chronique du brigandage ? Cest que nous y sommes plongés jusquau cou! En dehors de quelques grandes villes, de quelques villages solidement armés qui ont confié leurs fusils, non à des troupes mercenaires, mais aux propriétaires eux-mêmes directement intéressés à la conservation de leurs biens, et de quelques oasis fortunées qui se font de plus en plus rares, le pays est entièrement aux mains des brigands.

    Pour pouvoir saventurer en dehors des zones strictement gardées, il faut, ou bien être accompagné dune troupe de soldats solidement armés, ou bien navoir vraiment rien à perdre, et encore les pauvres risquent-ils dêtre roués de coups, précisément parce quils nont rien à donner.

    La ville de Kouangning, rigoureusement cernée, regorge de réfugiés. Le choléra y causa, lété dernier, de 70 à 80 décès par jour. On fut bientôt obligé denterrer à lintérieur de la ville ces dangereux cadavres, car il devint impossible de trouver des porteurs pour lextérieur, certains dentre eux ayant été battus et même pris comme otages par MM. les brigands.

    La ville également murée de Haicheng, qui voulait défendre ses faubourgs, faisait creuser des tranchées aux alentours, lorsque des bandes vinrent se saisir des ouvriers.

    A Newchwang, port de mer, défendu par des troupes nombreuses et des bateaux de guerre, quelques membres de la nombreuse colonie européenne croyaient pouvoir se rendre au moins jusquau champ de courses pour leur exercice matinal déquitation. Ce sport prit fin tragiquement à la suite de lenlèvement, le 7 septembre au matin, de trois étrangers, dont une dame, qui, bien entendu, ne recouvreront la liberté, après quelle captivité ! que contre une solide rançon.

    Autre fait. qui dénote une audace inouïe, et, jusquici, absolument invraisemblable : le 6 septembre, vers 5 heures du matin, un train japonais sarrêtait en gare de Leaoyang. Le chef de train qui marchait tranquillement le long de son convoi, se vit soudainement encadré de deux individus armés qui le subtilisèrent, et le gardent quelque part dans les champs de sorgho en attendant la rançon.

    Et il en est ainsi partout, dès quon se risque hors des enceintes protégées, encore est-il souvent difficile de fixer nettement les limites du danger. Les plus anciens missionnaires de Mandchourie y ont toujours connu le brigandage. Ce régime sétait même développé dans des proportions inattendues au cours des dernières années. Mais il était impossible aux plus pessimistes de prévoir la situation actuelle. Elle se résume en quelques mots : hors des endroits privilégiés qui se font de plus en plus rares et de plus en plus restreints, les bandits mettent le pays en coupe réglée sans éprouver la moindre résistance. Cest, sur presque tout le territoire mandchou, la carence absolue des forces policières.

    Comment sétonner, après cela, si parfois ces bandes, toujours bien armées et chaque jour plus nombreuses, se risquent à attaquer certaines grandes villes lorsquelles ont des raisons de croire que la défense est insuffisante ? Après Newchwang, Haicheng, Chinchow, et autres, Moukden a eu son tour. Il y eut beaucoup de bruit pendant la nuit du 28 au 29 août : fusils, mitrailleuses, canons, empêchèrent de dormir les malheureux habitants qui ont le sommeil trop léger. Le lendemain, on signala quelques morts, et, sur lancien terrain daviation, lincendie dun hangar et la destruction de matériel et de quelques appareils démodés ou réformés. Depuis longtemps, les appareils en usage sétaient transportés sur le nouvel aérodrome situé à louest de la ville japonaise. Résultat assez maigre, malgré les récits fantastiques de la presse chinoise et même européenne qui se renseigne à Pékin. Fort probablement la presse parisienne fit écho, car les auditeurs mandchous de la station de radio Paris-Pontoise apprirent avec stupéfaction ces événements sensationnels, et en particulier la destruction complète de laviation japonaise à Moukden.

    Non, vraiment, nos brigands, volontaires ou autres, ne donnent pas, lorsquils sattaquent aux places défendues par des soldats japonais, limpression de foudres de guerre, et ces escarmouches ne méritent pas le nom de batailles. Du reste, lincendie allumé sur lancien aérodrome de Moukden fut le fait de troupes manchukuotes mal affermies dans leur nouvelle foi, qui profitèrent de la confusion causée par la fusillade pour retourner leur veste, et reprendre leur ancien métier de brigands. Les assaillants de lextérieur natteignirent point ce terrain.

    Le service postal du Manchukuo saméliore peu à peu. Mais nous restons toujours rigoureusement séparés de la Chine. Pour correspondre avec les heureux habitants de la grande République, il nous faut recourir à lobligeance des amis de Séoul ou autres lieux qui reçoivent nos lettres et les font suivre. De même ils accepteraient volontiers, jen suis sûr, de nous faire parvenir les correspondances qui leur seraient adressées de Chine pour nous. Par contre, nos relations avec lEurope sont directes et rapides comme autrefois. Mais le service, dans les campagnes, est encore sujet à bien des aléas. Suivant les instructions données par Pékin à ses représentants en Mandchourie, les volontaires brigands, la guerre est déclarée aux postes mandchoues. A ma connaissance, un facteur a été fusillé récemment, sous la seule inculpation davoir servi le Manchukuo. Un autre, prévenu à temps, réussit tout juste à sesquiver. Un prêtre chinois écrit le 7 septembre : les facteurs du Manchukuo sont parfois battus et laissés à demi-morts sur la route, et les lettres sont brûlées... Et que de cas analogues dans toute la Province, sous laction des politiciens criminels qui arment ces bandits contre leurs propres compatriotes, sous le beau prétexte de faire la guerre aux Japonais !

    De telles circonstances ne favorisent guère, hélas, le travail apostolique. Ou bien les esprits sont constamment troublés par la frayeur, ou bien les chrétiens sont inabordables puisque les missionnaires sont prisonniers chez eux, lorsquils ne sont pas obligés dabandonner leur poste.

    Cest au milieu de troubles et de menaces ininterrompus, dans une ville que les résidents japonais évacuèrent par ordre au moins deux fois au cours de cet été parce que le danger y était particulièrement pressant, que le P. Marc Jen réussit à restaurer complètement son église, ses écoles, ses murs denceinte, et à construire une vaste résidence pour le missionnaire, sans négliger pour autant de préparer lui-même au baptême 23 adultes, alors que la population sy montrait, depuis de longues années, particulièrement revêche à toute idée de conversion. Le P. Vérineux, de son côté, dirige activement, dans le village de San Tai Tse, la construction dune église, payée entièrement par ses chrétiens, et qui sera la plus vaste de la mission, ce pendant que les sentinelles veillent jour et nuit, larme au bras, sur les murs de terre. Grâce aux réfugiés qui ont envahi ce village bien défendu, il y a eu une fête de lAssomption comme jamais on nen avait vu : 1150 confessions, et près de 4000 communions ! Et il en est ainsi, proportionnellement, dans tous les centres où les populations espèrent trouver la sécurité.

    Malgré tout, le bon Dieu nest donc pas oublié, et lon continue à préparer lavenir. Cest ainsi que notre petit séminaire a reçu 17 nouvelles recrues à la rentrée dautomne, ce qui, malgré les inévitables défections, porte le chiffre des élèves à 93. Tout près de là, notre Communauté de Vierges indigènes se transforme en Congrégation diocésaine à vux simples, et 16 dentre elles achèvent leur année de Noviciat et se préparent à faire dans quelques jours leurs vux de Religion. Les élèves-catéchistes du P. Séb. Yen, donnent, eux aussi, toute satisfaction à leur maître. Si nos travaux subissent, par la force des choses, un arrêt momentané, nous pouvons du moins espérer que, le temps des paisibles moissons revenu, quelques bons ouvriers de plus seront prêts pour la besogne.


    Kirin

    30 août.

    Le Manchukuo voulant jouir de tous les droits dun état souverain vient de faire un nouveau pas dans cette voie. Après avoir mis la main sur les douanes, il vient de semparer des Postes. Cette mesure nous a privés pendant plusieurs semaines de toutes nouvelles, non seulement de Chine et de lEurope, mais même des trois Provinces. Il semble cependant que les services postaux sont en bonne voie de réorganisation.

    Le 14 juin, le P. Chevalier, en tournée apostolique, fit une chute de cheval malheureuse, le biceps fémoral droit fut endommagé et le Père complètement immobilisé. Ne pouvant recevoir chez lui tous les soins que nécessitait son état, notre dévoué procureur, le P. Sagard, alla lui-même le chercher et le ramena à la procure. Et maintenant le bon Père Chevalier va lentement mais sûrement vers la guérison.

    Notre grande chrétienté du nord, connue sous le nom de Colonie St Joseph vient dêtre très éprouvée. Agglomération de 6.000 âmes, Hei-Pei-Tchen est le seul marché important au-delà de Hailun. De là à devenir un point stratégique pour les armées, soit japonaises, soit chinoises, qui se livraient bataille aux environs de Hailun, il ny a pas loin ; doù occupation du village par larmée japonaise.

    Une nuit, tandis que les Japonais se reposaient tranquillement, les brigands firent irruption dans le village et une bataille acharnée se déroula. Il y eut des morts des deux côtés : le lendemain matin, les Japonais dirent quils avaient été trahis et massacrèrent quelques chrétiens.

    Depuis ce moment les chrétiens sont en butte à toutes les vexations. La résidence elle-même est occupée et le Père est relégué dans une petite chambre. On commence même à construire des baraquements dans la cour de léglise, mais on espère toutefois que cette situation prendra bientôt fin grâce à lintervention de Mgr Gaspais auprès des autorités japonaises ; les dégâts subis par la mission se chiffrent par plusieurs milliers de dollars.

    Tous les journaux ont parlé des inondations de Karbine. Cest un véritable désastre, surtout dans Foukiatien, la ville chinoise. Toute la ville est sous leau et il nest pas possible de savoir, même approximativement, le nombre des morts. La maison dhabitation des Surs Franciscaines de Marie a été enlevée par linondation et leau montait à une hauteur de trois ou quatre pieds dans léglise.

    Les communications entre Karbine et Changchun sont interrompues depuis trois semaines et on ne voit pas quand elles pourront reprendre.

    De Foui Long Chou, poste confié au P. Baron, nous apprenons qu il y a plusieurs cas de choléra et quelques chrétiens ont déjà été emportés.

    Le 17 août dernier, le P. Roland allait à Oukiachan, rendre visite au P. Gibert; arrivé au bord du fleuve, notre confrère fut arrêté par les brigands, heureusement il en fut quitte pour la peur, en effet, ils se contentèrent de ses cigarettes et le laissèrent continuer sa route.

    Dix jours avant la fête de lAssomption les missionnaires de Kirin eurent la joie de recevoir le P. Darles, de la mission de Moukden, qui accompagne les trois philosophes que Mgr Blois envoie au séminaire de Kirin pour y faire leur philosophie. Au P. Darles et à ses élèves, joyeuse et heureuse bienvenue !


    Mort du Père Jen. Le 18 août Dieu a rappelé à Lui notre vénéré Père Jen, missionnaire apostolique, à lâge de 78 ans. Ordonné prêtre en 1887, il était le doyen dâge des missionnaires et des prêtres indigènes de Mandchourie.

    Sa famille est une des plus honorables parmi les anciens chrétiens du Leao Tong. Cest sa grande tante, Marie Jen qui, après avoir fait subir à Mgr Verrolles un examen sur le catéchisme, persuada aux chrétiens de Yang Kouan de le reconnaître comme Vicaire Apostolique.

    Après avoir occupé plusieurs postes, le P. Jen fut, en 1898, nomme à Pan Che, il y est resté 34 ans et y a construit léglise qui est une des mieux meublées de la mission. Aimé et vénéré des chrétiens, il était estimé par toute la population de la ville. Simple, digne, affable, sa louange était dans la bouche de tous.

    Cétait un homme doraison et un homme dordre. Ses exercices de piété, les différents devoirs à remplir dans la journée, surtout lenseignement du catéchisme, avaient tous leurs heures déterminées. Son souvenir vivra longtemps parmi nous.

    Son Exc. Mgr Gaspais, malgré la distance considérable de Kirin à Pan Che et linsécurité actuelle des routes a voulu aller présider les funérailles.


    Chengtu

    10 août.

    Depuis un mois environ, le choléra fait de nombreuses victimes, principalement en ville de Chengtu. A notre hospice de la porte du nord il y a eu jusquà 30 morts certains jours. Luvre des cercueils gratuits pour les pauvres en a fourni environ 8.000 en un mois.

    Vous pensez sans doute que les autorités ont pris les mesures de prophylaxie nécessaires pour enrayer la marche du fléau ! Cest bien le moindre de leurs soucis. Mais la Vieille Chine veillait et pour tromper lEsprit du choléra et le forcer de remettre son épée dans le fourreau, on a décidé de faire les cérémonies du Nouvel An. On a brûlé de lencens au Génie de lAtre, aux Ancêtres et on sest souhaité mutuellement la Bonne Année. Depuis quelques jours nous vivons donc en la vingt-deuxième année de la République et les décrets du Ciel pour la vingt-et-unième année sont par conséquent caducs et ne peuvent plus avoir deffet. Et si malgré tout il y a encore des victimes, cest quelles étaient nées sous une mauvaise étoile, cétait le destin et il ny a pas à les plaindre.

    On annonce de Paris que le P. René Josset (diocèse dEvreux), du départ de septembre, est destiné à notre mission.

    Le P. Rodriguez, O. SS. R. est allé passer les mois dété dans les montagnes de Hô-pá-tchâng.

    Les PP. Pagès et Buhot sont allés prendre leurs vacances à Suifu, chez S. E. Mgr Renault.

    La nouvelle Supérieure de N. D. des Martyrs, Révérende Mère Désirée, est arrivée à Chengtu, accompagnée de Mère Marie José et de Sur Marie Raphaëla, originaire de Suifu.

    A part la plaine de Chengtu bien irriguée et dont la récolte de riz sannonce magnifique, partout ailleurs on se plaint de la sécheresse qui a empêché le repiquage du riz ; la région de Pào-lîn surtout a souffert, on a dû sy résigner à planter des patates dans les rizières.


    Chungking

    1er septembre.

    NN. SS. Renault et Jantzen ayant été convoqués à Chengtu pour fin août par S. E. Mgr Rouchouse, pour traiter de questions particulières à nos Missions, Mgr Jantzen se mit en route le 19 août. Son Excellence comptait bien effectuer le voyage en trois petites étapes, grâce au service dautomobiles qui, officiellement, relie nos deux capitales. Et le temps était alors si chaud, que nous lui souhaitions un peu de fraîcheur, le plaignant fort davoir à faire si longue route par si brûlante atmosphère. Nous eûmes été mieux inspirés de lui souhaiter un ciel sans nuage. Dès le matin de son départ en effet, un mauvais temps exceptionnel se mettait de la partie et allait rendre son voyage extrêmement pénible, mais combien apostolique. Ainsi que nous la appris un télégramme envoyé de Chengtu, ce nest quen neuf jours que Monseigneur put effectuer son voyage. Mais laissons-lui la parole, ce dont, je lespère, sa largeur desprit ne me tiendra pas rigueur. Voici donc ce quécrivait S. E., alors quelle était encore à trois jours de chaise de Chengtu :

    Cest dune quelconque auberge, sur le bord de la route, à 40 lys encore de Yang-hien, que je vous écris ; je viens dy échouer pour passer la nuit. Pas de chance : depuis Yuntchang, une pluie torrentielle ne cesse de tomber jour et nuit Démarré de Chungking à sept heures, arrivé à Ma-fang-kiao par une pluie battante ; après avoir dîné, me voilà parti en houa-kan (siège grossier entre deux brancards) : à peine avions-nous fait dix lys quune véritable tornade sabat sur nous ; trempé jusquaux os, je me réfugiai dans une baraque ; après avoir fait sécher mes habits à un feu de paille, je repartais en houa-kan ; vingt autres lys, et nouvelle tornade, qui cette fois nous força à nous arrêter pour la nuit ; je passai la soirée à sécher au feu tous mes vêtements. Le samedi matin, nous arrivions à Yuntchouan à neuf heures ; pour les civils pas dautos, seulement pour les militaires ; je repartis donc en houa-kan pour Yuntchang, où jarrivai vers la fin du jour ; le lendemain matin, je repartais, toujours en houa-kan, pour Pei-mou-tchen ; pas dautos ; routes défoncées ; hier et aujourdhui surtout, et nuit et jour, la pluie a été quelque chose dextravagant ; quel voyage ! et, sauf à Yuntchang, partout dans les auberges ; avec cela pas de fourniment ; heureusement quil ne fait pas trop froid ; deux tables dauberge sur lesquelles je métends ! Par bonheur ma sciatique a disparu, grâce au remède du Père N. ... Quelle équipée ! je me la rappellerai ! Vive encore et toujours la bonne vieille chaise à porteurs ; avec cela au moins on est fixé On ne simagine pas létat de ces pauvres routes, et la pluie continue à tomber à torrents. Tout le monde me souhaitait un peu de fraîcheur ; eh bien, je suis servi. Mais tout va quand même et le moral aussi

    Peut-être les directives prétentieuses dune certaine école obtiendraient-elles auprès des missionnaires un peu plus de crédit, si ces juges de Minerve, qui ne sont jamais sortis de leur chambre, venaient auparavant donner sous leurs yeux de tels exemples de valeur apostolique !


    Ningyuanfu

    8 août.

    Le Kientchang
    Notre réunion du mois de juillet sest passée dans la plus grande cordialité. Malheureusement tous nont pas pu y prendre part ; nos confrères du sud, à cause de la guerre entre Chinois et Lolos, nont pas cru pouvoir quitter leurs postes, le P. Monbeig, notre doyen dâge, craignant la pluie et le soleil sétait également excusé.

    Le P. Ollivier nous a quittés le 2 août pour rejoindre son nouveau district de Moulotchaikou.

    Le 13 juillet le P. Flahutez écrivait à Mgr : Pendant ces derniers jours la situation sest aggravée dune façon inquiétante ; pour la seconde fois en quinze jours les Lolos ont été vainqueurs, ils ont brûlé le marché de Tsang i pa, le village de la keou etc Le 21 juillet, le P. écrit de nouveau. il a licencié son école de filles et fait conduire à Houili les filles de la Sainte Enfance. Deux chrétiens de Tsang i pa, dont le catéchiste, ont été massacrés ; toutes les vengeances se donnent libre cours en ce moment ; au moindre soupçon et sur les accusations les plus fantaisistes on massacre et on pille. Les plus belles stations du district sont anéanties. Humainement parlant cest un désastre, mais le Bon Dieu saura tirer le bien du mal.

    Le 20 juillet, deux soldats armés de révolvers fouillaient de fond en comble et sans raison aucune loratoire de Foulien, leur but était, paraît-il, de créer une affaire qui aurait permis à dautres soldats de les suivre et denlever la fille du catéchiste logée à lécole des filles.


    Yunnanfu

    5 septembre.

    Le Petit Nouvelliste
    Le 19 août un télégramme du P. Guilbaud nous annonçait la mort du P. E. Maire, survenue le jour même ; une lettre datée du même jour et adressée à Son Excellence nous donnait quelques détails sur les derniers moments du regretté défunt.

    Ce matin, à mon lever, dit le Père, jentrai dans la chambre du. P. Maire, il dormait, je lappelai, il ne répondit pas. Au bout dune demi-heure je revins et trouvai le Père assis sur le bord de son lit, je lui proposai de lui apporter la sainte Communion (le vendredi étant un des jours où il communiait) et il accepta. A la communion je remarquai quil avait de la difficulté à avaler la Sainte Hostie. Jallais terminer la sainte Messe quand un bruit inaccoutumé se produisit, les chrétiens sortaient et mon homme daffaires vint me dire que le Père se mourait, je me hâtai de terminer et accourus auprès du mourant, lui donnai une dernière absolution pendant quon récitait les prières de la recommandation de lâme, mais il était déjà mort ; il était sept heures du matin.

    Les funérailles eurent lieu le 22, de très nombreuses communions et plus de cent messes furent offertes par les chrétiens pour le repos de lâme du Père, le cortège funèbre mit plus dune heure à traverser la ville : tout cela nous montre de quelle estime jouissait le P. Maire dans la ville de Tongtchouan où il avait passé de 1884 à 1890 et de 1908 à 1932 trente ans de son existence et la moitié de sa vie de missionnaire.

    Le P. Salvat se rend à lhôpital Calmette, non que sa maladie se soit aggravée, mais afin que le docteur, après un examen suivi, puisse lui prescrire un régime approprié.


    Canton

    septembre.

    Nos écoles seront encore très fréquentées durant la nouvelle année scolaire. Les rentrées viennent davoir lieu et les élèves, particulièrement au Sacré-Cur et au Yat San, sont très nombreux. La nouvelle école normale pour filles comptait 48 inscriptions à la fin du mois daoût, pour la classe de première année. Ce chiffre dépasse les limites que nous nous sommes fixées pour le nombre délèves dune classe. Au Sacré-Cur, nous sommes obligés de bâtir pour augmenter le nombre des salles de classe.

    Le nombre de nos grands séminaristes va saugmenter de trois unités, par lenvoi au séminaire régional de Hongkong de trois élèves de notre petit séminaire. Ils étaient six au commencement de lannée scolaire. Deux dentre eux sont rentrés dans leurs familles depuis déjà quelques mois, le troisième na pas, au dernier moment, osé continuer ses études ecclésiastiques. Nous aurons ainsi six grands séminaristes à Pinang, un à Rome, et cinq à Hongkong.

    Les religieuses indigènes de lImmaculée-Conception ont eu leur retraite ordinaire suivie de vacances, à la maison mère. Les vacances terminées, elles ont regagné leurs districts où elles continueront, dans le silence de la campagne, à instruire nos catéchumènes et à les conduire au baptême et à la parfaite pratique de la vie chrétienne.

    Nos moniales carmélites possèdent maintenant un terrain convenable sur lequel sélèvera bientôt leur monastère. Ce terrain est situé en bordure de la route de Sha-ho. Les postulantes attendent que ce monastère soit terminé pour leur entrée au Carmel. Le nombre des Religieuses vivant dans le monastère provisoire est de douze.

    Nos malades. Nous avons reçu dexcellentes nouvelles sur la santé de nos malades. Le P. Jarreau va bien mieux, nous écrit Monseigneur le Supérieur, et il désirerait même retourner en mission avant la fin de cette année, Le P. Chatelain donne lui-même des nouvelles. Lamélioration réalisée est telle que le Docteur de létablissement de Thorenc na pas craint de lautoriser à aller passer un mois dans sa famille. Il y a donc lieu despérer que notre confrère nous sera rendu vers la fin de 1933.

    Par les télégrammes de la presse de Hongkong, nous avons appris la mort de Son Eminence le Cardinal Van Rossum. Sans attendre lannonce officielle de cette mort, Monseigneur le Vicaire Apostolique a voulu célébrer un service funèbre pour ce grand serviteur de lEglise à qui les Missions sont redevables de tant de bien. Les chrétiens ont assisté très nombreux à la cérémonie et ont communié pour le repos de lâme du défunt.

    Nous avons eu le très sensible plaisir de posséder pendant quelques heures nos confrères les PP. Moreau, de la Procure Générale, et Anoge, du séminaire régional de Tôkyô. Ils ont eu juste le temps de visiter à toute vitesse les principaux monuments de la ville.


    Swatow

    16 septembre.

    La tranquillité relative dont nous jouissons depuis quelque temps, par suite de la chasse quon fait aux Rouges, permet aux confrères de faire les tournées habituelles auprès des chrétiens dispersés, à lexception de quelques régions montagneuses qui sont sous le régime communiste depuis plusieurs années. Les mesures de pacification que lon prend seraient peut-être plus efficaces, si ceux qui sont chargés de les appliquer, nétaient pas quelquefois de connivence avec ladversaire quils devraient exterminer. Dernièrement encore le Gouvernement a été obligé de désarmer un corps de miliciens qui, de concert avec les brigands, razziaient le pays sous prétexte de le pacifier. Plus de cent de ces pacificateurs ont été exécutés ; les autres se sont dispersés ou joints aux Rouges.

    Hier soir on a fêté, comme de coutume, par force pétards et libations, le 15 de la huitième lune ; nulle ordonnance de Police na troublé la piété des dévots de Phébé. Malgré la propagande athée et les prohibitions officielles, le sentiment religieux est encore bien vivace dans la masse du peuple. On la bien vu dernièrement lors des épidémies de méningite cérébro-spinale et de choléra ; temples et pagodons ne désemplissaient pas ; on en érigeait même de supplémentaires, en papier, dans les rues ; personne ne savisait de troubler ces supplications qui témoignaient dune confiance plus grande dans la protection des Esprits que dans les mesures de prophylaxie ordonnées par le Bureau de lHygiène.


    Hanoi

    10 septembre.

    Lété va sur son déclin. Comme dhabitude il nous quitte sans laisser de regrets. Avec un soleil moins ardent, une lumière moins éblouissante peut-être quen certaines années, il a été plus sournois, plus lourd, plus pénible. Plusieurs de nos confrères ont dû lui payer tribut. Ainsi le P. Hébrard, que Mauson même na pu remettre sur pied et dont le deuxième séjour à la clinique Saint Paul sachève seulement ces jours-ci ; ainsi le P. Giraud et, sans quil ait consenti à savouer vaincu, le P. Marty, son chef de district. Nos chers collaborateurs, Dominicains, Sulpiciens, Rédemptoristes ont tenu, mais quelques-uns à grand peine.

    Un mal venu avant lété et qui menace, hélas ! de durer plus longtemps, vient de nous priver du Supérieur de la maison Lacordaire, le très bon et très distingué P. Gerest. Atteint dune laryngite rebelle, jusquà ce jour, à tous les traitements et qui fait craindre de graves complications, privé presque totalement de la voix, le cher malade, après une résistance énergique, a dû obéir à lordre des médecins et sembarquer pour la France. Espérons que lair du pays natal, les soins des spécialistes et surtout lassistance dEn-Haut, quinvoquent pour sa guérison des voix nombreuses et ferventes, nous ramèneront bientôt celui qui est lâme dune si belle et si utile entreprise.

    La maison Lacordaire et le séminaire St Sulpice sont presque terminés, au moins en ce qui concerne la maçonnerie, et les deux bâtiments ont vraiment bel aspect. En attendant le jour où ils pourront les habiter, Messieurs de St Sulpice achèvent de sinitier aux secrets de la langue annamite tout en prêtant au curé de Hanoi leur précieux concours, et le vaillant P. Aubert, demeuré seul de la première équipe, continue de consacrer son zèle aux uvres de jeunesse espérant le renfort, dans le courant doctobre, de deux autres Religieux de saint Dominique.

    Doivent sembarquer prochainement aussi pour le Tonkin, notre nouveau confrère le P. Caillon, et, dit-on, Mgr Chaize. En France, daprès les lettres qui nous sont parvenues, Son Excellence a dû consacrer aux visites et démarches obligées, aux affaires de la mission, beaucoup plus de jours quau repos quElle sétait promis dans le calme et la tranquillité de sa petite ville natale. Daigne cependant la Divine Providence lui rendre la santé nécessaire à laccomplissement de sa lourde tâche !

    Monseigneur Gendreau commence aujourdhui même sa tournée pastorale dautomne, mais Son Excellence a dû se priver du socius, si dévoué pourtant, de lan passé ; le P. Vacquier, en effet, va recevoir bientôt, sil ne la déjà en poche, sa nomination de vicaire de Namdinh. Il secondera dans cette importante paroisse le nouveau curé, le P. Tardy, successeur du P. Coste dont le mauvais état de santé exige un poste moins pénible.

    Commencement aussi de la nouvelle année scolaire. Les Frères, aux écoles Puginier et St Jean-Baptiste de la Salle, les Religieuses de St Paul de Chartres, à linstitution Ste Marie et à lécole des petites filles indigènes, le P. Hanh, à lécole paroissiale de garçons, accusent dexcellentes rentrées. Nos petites écoles de lintérieur ne manquent pas non plus délèves, mais un certain nombre laissent encore à désirer pour linstallation matérielle, les méthodes pédagogiques, la stabilité des maîtres et lassiduité des élèves. Nous nous efforçons de remédier à tout cela peu à peu, et aussi, ce qui nest pas toujours facile, de mettre ces établissements en règle avec les exigences du Service de lEnseignement au Tonkin.

    Somme toute, malgré dinévitables difficultés intérieures dordres divers, malgré la crise économique et la fermentation, déclarée ou latente, des idées nouvelles, malgré les ruses et les assauts de lennemi de tout bien, le présent exercice ne sannonce pas plus mal que les précédents ; sil y a quelques mauvais signes, il en est aussi dexcellents. Avec laide de Dieu nous tiendrons encore le coup.


    Hunghoa.

    10 septembre.

    Mgr Ramond est toujours à Chapa, notre station daltitude ; les Pères De Neuville, titulaire du poste, et Desongnis lui tiennent compagnie. Tandis que Son Excellence assure, chaque dimanche, le sermon en français, à la messe paroissiale, notre Benjamin, lui, prêche en annamite ; on dit ses progrès rapides, et son auditoire tout yeux, tout oreilles ; tant mieux ! quand il sera de retour à Hunghoa, le P. Vandaele saura bien lui trouver du travail, et les sermons à la cathédrale ne lui manqueront pas. Et puis, à Chapa, il a eu maintes occasions de se former à la dactylographie ; le voilà, dores et déjà, attaché sérieusement au Secrétariat de lEvêché.

    Cette année, une dizaine de confrères seulement sont allés chercher de la fraîcheur là-haut ; notre maison, en grande partie, encore occupée par la chapelle provisoire, ne permet guère la séparation en chambrettes particulières, et, à un certain âge, le régime de cochambriste ne saurait plaire à tous ; il ne procure pas, il faut le reconnaître, le vrai repos, que tous désirent trouver durant ces semaines de villégiature.

    Quand notre église de Chapa sera-t-elle terminée ? Dieu seul le sait ! Une loterie, de 8.000 billets, a été ouverte ; la crise économique ne nous a encore permis den placer que le quart environ. Durant la saison, des estivants, bons catholiques, et tout dévoués, ont organisé une kermesse ; elle a réussi, malgré le mauvais temps : stands parfaitement achalandés, concert artistique, chacun y mit du sien, et, à la fin de cette journée dunion sacrée, les organisateurs furent heureux de constater le fructueux résultat, au point de vue recettes. Un comité veut se former, pour nous aider à poursuivre les travaux commencés ; durant la saison dhiver, il organiserait des fêtes à Hanoi, dont le revenu serait affecté à léglise ; puisse-t-il réussir, et que, lan prochain, la construction terminée, nous soyons enfin chez nous ! Du reste, cette église nest pas seulement pour les estivants européens ; de nombreux Annamites chrétiens résident à Chapa, toute lannée ; ils auront ainsi une église : et qui sait si, un jour, elle ne sera pas un centre de culte pour les Mèo de la région ? Ceux que le Père Savina enseigna, ces dernières années, dans les environs, viennent de temps en temps à la messe du dimanche, et, les jours de marché, il nest pas rare den entendre quelques-uns réciter leurs prières, dans notre petite chapelle.

    Cette année, les pluies, dans la Haute-Région, ont été plus fortes que jamais : aussi, en fin juillet, et dans les premiers jours daoût, le Delta a-t-il été complètement inondé. A lheure actuelle, les plaines sont encore, en grande partie, couvertes deau ; en maints endroits, le riz a dû être repiqué deux ou trois fois : cest déjà tard, mais, sil ny a pas dautre inondation, la récolte du dixième mois ne sera pas trop compromise ; espérons-le, car la misère est grande, un peu partout, et le nombre des chômeurs augmente, de jour en jour.

    Le 12 août, nos grands séminaristes ont repris leurs cours, tant à Kẻ-Sở quà Hunghoa : les latinistes sont rentrés, le même jour, au petit séminaire de Hà-Thạch où un groupe de 40 nouveaux est venu renforcer le contingent déjà existant, cela donne un total de 100 élèves, répartis en quatre classes. Jamais, depuis la division de notre mission, pareil chiffre navait été atteint ; heureusement, les nouveaux bâtiments sont vastes. Que tous, au petit comme au grand séminaire, profitent au double point de vue, vertu et science : Spes messis in semine.

    Le Père Pichaud est redevenu un jeune homme ; un dentier lui a rendu la santé, au point de vue digestion ; plus dentérite, plus de migraines, pour ainsi dire ; que ne la-t-il eu plus tôt !

    Le P. Pierchon, une fois de plus, a pu se rendre compte de lingéniosité de nos Tonkinois ; ils ne perdent jamais le nord, et tout est petit bénéfice. Notre confrère a une cloche, récemment bénite, mais encore installée dans un campanile en bois : ce nest naturellement, que du provisoire, et il faudrait un clocher. Notre confrère rumine cette idée, depuis longtemps déjà : on construirait, tout dabord, le clocher ; puis, ensuite, on y adjoindrait une église, etc.; en attendant, on peut préparer les matériaux. Il a pensé que, dans les terrains vagues du Camp militaire, ne manquait pas la pierraille ; il confia le soin de la recueillir aux coolies du voisinage, à raison de une piastre le mètre cube. Bonne affaire, par ces temps de chômage ! les tâcherons ne manquèrent pas. Cependant, la rapidité, avec laquelle les chariots étaient remplis et ramenés à la maison, létonnait quelque peu ; sans doute, les pierres ne manquent pas, mais il faut tout de même le temps daller les chercher, de les repérer de-ci de-là ; comment faisaient donc ces gens ? Le P. Pierchon leut vite su ; un beau matin, un officier arrivait chez lui, et de dire aussitôt : Mais, alors, Père, vous entreprenez la démolition des routes du Camp ? Etonnement du Père, toujours un peu timide ; mais, il comprit vite ; ses gens, finauds et débrouillards, ne trouvaient rien de mieux que de prendre les pierres en bordure de la route ; les piastres seraient vite gagnées avec ce système ! Le P. Pierchon sexcusa, et, pour cette fois, on lui pardonna. En remerciement, il promit que les dites pierres seraient à la base du futur clocher, et quainsi ce serait le souvenir éternel de la collaboration du Camp à sa construction. Du reste, notre confrère en est sûr, dautres dons, plus importants, sy ajouteront.


    Phatdiem

    5 septembre.

    Paul Dang sorti du petit séminaire de Phuc-Nhac, en 1928, après la Seconde, pour aller continuer ses études à St Pol de Léon, sest présenté au Baccalauréat, à Paris. Il a été reçu avec mention assez bien.

    Le dernier numéro des Acta annonce la nomination de Mgr De Cooman comme Vicaire Apostolique de la nouvelle mission de Thanh-hoa. Le décret aurait été signé le 21 juin ; mais ni ce décret, ni celui de la division décidée le 26 avril, ne sont encore arrivés. Les deux missions continuent à ne faire quune seule ruche.

    Pendant les vacances, le Probatorium de Ba-Làng est devenu, comme les années précédentes, Maison de Béthanie. Nombreux sont les confrères et les prêtres annamites qui sont venus y chercher nouvelles forces physiques et morales. Belle et vaste plage, chambres bien aérées, chapelle gaie et recueillie, rien ne manquait au charme du cadre ; on y respirait surtout une atmosphère de cordialité et dunion fraternelle parfaites. Les distractions ne manquaient pas : promenades, bains de mer, jeux divers. Le soir, le Pathé Baby du P. Francheteau nous mettait dans la compagnie de Charlot, de Galupin... de Félix le Chat ! Les films scolaires eurent moins de succès : en vacances, cela se comprend. Celles-ci terminées, chacun retourna à son poste et se remit courageusement au travail, malgré la température encore accablante. La rentrée du petit séminaire a ramené aussi le P. Barnabé qui avait préféré passer ses vacances dans la si édifiante solitude de la Trappe de Phước Sơn.

    LEcole de Phatdiem.

    A la rentrée du 29 août les Frères des Ecoles Chrétiennes ont pris la direction de lEcole de Phatdiem.

    Lorsque la mission fut détachée de celle de Hanoi, en 1902, la paroisse de Phatdiem, qui compte actuellement dix mille chrétiens et environ 4000 païens, navait pas encore décole. Le P. Bareille, provicaire, (missionnaire 1869-1921) qui aimait beaucoup la musique choisit quelques enfants pour leur apprendre à chanter. Deux de ses élèves allèrent ensuite étudier à Hanoi et revinrent munis de diplômes. Le P. Bareille ouvrit alors une école et la confia à ces deux jeunes professeurs. Ils commencèrent les classes dans une maison particulière ; le nombre de leurs élèves ne dépassa pas la première dizaine.

    En 1905, le P. Pléneau (+ 1927), nommé vicaire de Phatdiem, fut chargé de soccuper de lécole. Elle nétait encore quun grain de sénevé. Dun tempérament enthousiaste, le jeune vicaire sefforça de communiquer à la jeunesse un peu de son entrain. Pour mettre bien en évidence aussi son but principal qui fut celui de toute sa vie, la majesté du culte divin, il donna à lécole le titre de Schola cantorum; le lieu de réunion fut mis sous le patronage de Ste Cécile. Tout en apprenant à lire et à écrire, les enfants devaient sexercer au plain-chant, aider à lornementation de léglise et cultiver leur talent dartistes en préparant de beaux reposoirs pour la Fête-Dieu.

    En 1907, Monseigneur Marcou approuva officiellement la petite école et mit à sa disposition deux modestes maisons que S. E. avait fait réparer dans ce but et qui furent mises sous le patronage des SS. Anges Gardiens.

    Le P. Khoa succéda au P. Pléneau en 1908. Le grain de sénevé se développa rapidement. Bientôt les élèves purent être répartis en trois, puis quatre classes avec, chacune, un moniteur. Lorsquen 1916 le P. Khoa quitta Phatdiem, le total des enfants qui avaient étudié dans son école sélevait déjà à plus de 600.

    Une nouvelle période commence alors. Le P. Barbier devient Directeur officiellement reconnu par le Gouvernement. En fait, lécole comprendra, dans la suite, deux Sections complètement indépendantes. La première fut dirigée par le P. Barbier avec le concours de trois moniteurs. Les classes se firent dans lEcole St Louis de Gonzague, construite en 1919 par le P. Bourlet, curé de Phatdiem. Cette Section, seule, avait un Cours Supérieur et donnait des leçons de langue française qui permirent, à un certain nombre délèves, dobtenir le diplôme de Certificat détudes élémentaires, avec mention français. Lautre Section fut dirigée par le P. Dinh aidé de sept moniteurs. Le nombre des élèves augmentant sans cesse, un nouveau bâtiment devint nécessaire en 1923 ; en 1927 le P. Lury, Procureur, ajouta un autre bâtiment plus grand. Pendant ces 16 dernières années, 3240 enfants ont étudié dans les classes du P. Dinh, les uns, un an, dautres, six ; de 1925 à 1932, 91 ont obtenu le diplôme de certificat détudes élémentaires aux examens officiels.

    Depuis la dernière rentrée des classes, les deux Sections ont été fondues en une seule et se trouvent sous la direction des Frères des Écoles Chrétiennes.

    Dès 1914, il fut question de confier lécole de Phatdiem aux chers Frères. En 1924 de nouvelles démarches furent faites. Cest, maintenant, un fait accompli. Les Frères ont établi leur petite Communauté dans lhumble maison de lillustre P. Six. Il y a trois Frères : le Fr Marcel, Directeur, chargé de la Direction des classes ; le Fr Jourdain régente le cours supérieur, et le Fr François, le cours élémentaire. Huit maîtres laïcs, placés entièrement sous lautorité des Frères, occupent les classes intermédiaires. A la rentrée lécole comptait déjà 386 élèves qui ont été répartis en dix classes.

    Les Frères, dont lenseignement si méthodique a produit tant de beaux fruits dans tout lunivers, obtiendront à Phatdiem, sans grandes difficultés, des résultats tangibles sans lesquels une école ne marche pas, aux yeux des indigènes. Les Frères, cependant, ont un Idéal plus beau, cest celui dont parlait le Fr Marcel lorsquil a remercié leurs Excellences NN. SS. Marcou et De Cooman, les Pères missionnaires et les Pères annamites de leur accueil tout à fait sympathique : Pour la formation chrétienne des enfants, a-t-il dit, les Frères nauront quà continuer le sillon dans cette terre de choix où ils comptent bien cueillir une belle gerbe de vocations religieuses et sacerdotales.


    Quinhon

    20 août.

    Les mois de mai, juin et juillet ont apporté à la mission une bonne part dépreuves et de joies. Afin de suivre lordre des événements il nous faut donner la priorité aux épreuves.

    Le Mémorial de la mission raconte que dans les premiers jours de mai, un violent typhon a ravagé, en même temps que Dalat et Phanri, la province de Phanrang, région extrême-sud de la mission. Les belles églises des centres de Dinh Thủy et Hỏ Diêm, ont résisté malgré quelques brèches dans les toitures. Les églises secondaires ont été fortement endommagées et se sont effondrées en partie ; plus de cent maisons de chrétiens ont été complètement renversées et de multiples provisions de riz avariées.

    Daprès des renseignements reçus de Saigon, le P. Poyet sest éteint doucement, le samedi, 7 mai. De longs mois de maladie lui avaient été une bonne préparation à la mort.

    Les Surs Franciscaines de Marie ont arrêté toutes leurs dispositions pour venir prendre, en octobre prochain, la direction de la léproserie de Qui Hoà.

    Ordination. Les mois de juin et juillet ont vu de belles fêtes et donné de grandes joies aux missionnaires, prêtres indigènes et chrétiens. Pour en prendre notre part il nous suffira de butiner dans le Mémorial. Lon serait bien tenté de tout prendre si lon ne craignait dimportuner le rédacteur et les lecteurs du Bulletin. Voici en abrégé : Lordination du 29 juin à Dai-An a revêtu cette année un caractère démotion tout particulier. Des prêtres Sauvages Bahnars ! Y croyait-on, il y a seulement 20 ou 30 ans ? On semblait avoir oublié que le sacerdoce nest pas un monopole et que lEglise, si elle exige un minimum de science et de vertu, admet toutes les races, toutes les couleurs.

    Les trois premiers prêtres Bahnars ordonnés au lendemain du jour où Kontum vient dêtre élevé au rang de Vicariat Apostolique ! La providence pouvait-elle ménager une plus heureuse coïncidence ?

    Mgr Tardieu la rappelé devant les trente prêtres réunis pour le fraternel repas de midi. Sadressant aux trois nouveaux prêtres : Vous êtes un aboutissement, leur a dit Sa Grandeur, laboutissement de plus de quatre-vingts ans defforts. Cest en 1848, quaprès plusieurs essais infructueux, le Bx Mgr Cuenot réussit enfin à planter sur les bords du Blah larbre qui vient de produire ses fruits. Vous êtes un aboutissement, vous êtes en même temps un commencement, les prémices du clergé indigène du Vicariat de Kontum. Votre ordination sacerdotale autorise tous les espoirs pour cette troisième fille de la mission de Quinhon. Puissiez-vous être les dignes aînés de beaucoup de vos frères et, par vos vertus sacerdotales et apostoliques, devenir le salut de beaucoup parmi vos compatriotes. Cest le vu que forme pour vous de tout cur celui qui sera toujours fier davoir ordonné les trois premiers prêtres Bahnars.

    Réception des jeunes prêtres et premières messes.
    Cest le 4 juillet que nous arrivèrent nos chers élus, accompagnés des PP. Rohmer et Tourte, des grand et petit séminaires de la mission. La réception eut lieu en face de léglise de Ro Hai, première paroisse du Kontum. Les élèves du collège, un groupe important de catéchistes Bahnars, des délégations de tous les districts, toute la population Bahnar de Kontum, formaient un cortège imposant. La joie et le contentement étaient sur tous les visages. Au collège, larrivée de nos nouveaux prêtres concordait avec notre réunion mensuelle qui, cette fois, était au complet. Après laccolade fraternelle et les premières effusions les jeunes prêtres donnèrent leur première bénédiction à leurs confrères français, annamites et à tous leurs compatriotes réunis. La joie était grande et de grand cur fut entonné le Bonê Ko Bă Iāng (Te Deum Bahnar) chanté à pleins poumons par la foule.

    Le lendemain, 5 juillet, fut le grand jour entre les grands jours, ce jour si attendu où lon vit enfin les prémices du sacerdoce Bahnar monter au saint autel pour y offrir la divine victime.

    Dans le chur, trois autels étaient dressés, splendidement ornés ; toute léglise avait sa parure des grandes solennités. A huit heures, les trois jeunes prêtres commencèrent en même temps le Saint Sacrifice, chacun assisté par un vétéran de la mission Bahnar, pendant quà la tribune la chorale paroissiale des petits Bahnars entonnait une cantate à plusieurs voix à laquelle répondaient le chur des missionnaires et les élèves du collège.

    Lassistance compacte, serrée, était empoignée par la beauté de la cérémonie. Au premier rang, toutes les autorités civiles ; en tête, M. le Résident de France et M. le Préfet annamite, puis tous ces MM. ces fonctionnaires de la province.

    Au soir de cette belle journée commençait la vigile dune autre fête, très belle, elle aussi : nous fêtions le jubilé (noces dargent) sacerdotal de notre cher confrère, le P. Louison, curé de Kontum. Les noces dargent des PP. Etcheberry, Gallioz et Hô avaient été célébrées très simplement, le jour anniversaire de lordination, à Dai-an, pour les PP. Etcheberry et Hô, à Con Dau, dans lintimité, pour le P. Gallioz.

    Les Petits Frères eurent aussi leur beau jour. Après nos trois premiers prêtres Bahnars, le 29 juin, à Dai-an, nos premiers Petits Frères de S. Joseph, le 16 juillet, à la Nha-Da.

    Les Petits Frères de S. Joseph sont une congrégation de religieux juris dicesani, à vux simples perpétuels, liés par les vux de pauvreté, chasteté et obéissance et astreints à lobservation dune règle.

    En 1897 le P. Grangeon avait fondé à Dai-An, dans lenclos du séminaire, une école de catéchistes. Le 5 juillet 1926, Mgr Grangeon décida de transformer lécole en une congrégation de catéchistes instituteurs dont il confia létablissement au P. Sion.

    Le 1er novembre de la même année, une maison de fortune recevait à la Nha-Da 17 enfants. Luvre sest développée et en 1931, la Congrégation de la Propagande consultée par Mgr Tardieu promulgue lérection de la nouvelle congrégation qui comprend aujourdhui 46 juvénistes, 18 postulants, 6 novices et 10 profès. Ce sont ces derniers qui viennent démettre, à la Nha-Da, le 16 juillet, leurs premiers vux annuels.

    Quatre jours après, les Petits Frères quittaient la Nha-Da pour aller sinstaller à Kim-Chau, dans lancienne école Gagelin. Cest de là que partiront les profès pour aller enseigner les catéchumènes, préparer les enfants à la première communion, tenir les écoles, en un mot aider la mission dans tous ses travaux dapostolat.


    Saigon

    20 août.

    Le 15 août, à lissue de la grand messe, M. le Gouverneur Général de lIndochine inaugurait, à lhôpital de Dalat, un pavillon pour les malades européens. A cette occasion il a remis à Sur St Jean, directrice de lhôpital, la décoration du Kim boi. Il a fait remarquer délicatement que si une femme méritait cette distinction pour une action vertueuse, la bonne Sur St Jean la méritait tous les jours de sa vie ; ce qui est parfaitement exact, car Sur St Jean a 35 ans de services exceptionnels, 35 ans passés dabord à lhôpital de Choquam, puis à la clinique Angier et à Dalat, pendant lesquels elle a prodigué ses soins, avec une sollicitude toute maternelle, à un nombre imposant de malades indochinois ; tous les missionnaires se réjouiront sincèrement de cette distinction. Cependant Sur St Jean est triste ! En effet sa compagne de toujours, compagne de zèle et de dévouement, la bonne Sur Théophane, directrice de la clinique Angier, est gravement malade, et les progrès dun cancer font craindre une issue fatale prochaine.

    A son passage à Dalat, M. le Gouverneur Général a visité la nouvelle église en construction et a trouvé magnifique et plein de promesses ce qui a déjà été fait. Ne pouvant actuellement apporter aucune aide à cette entreprise, il a bien voulu autoriser en 1933 une loterie dans toute lIndochine. Il y aura donc des billets pour tous ceux qui voudront tenter la chance en participant directement à la gloire de Dieu.

    Les travaux du grand séminaire de Saigon sont presque achevés, mais nos grands séminaristes noccuperont ce nouveau bâtiment quà la rentrée de février, car il faut laisser sécher les ouvrages en béton armé qui ont été copieusement arrosés pendant la saison des pluies.

    Un de nos plus vieux prêtres annamites, le P. F. X. Nhân, âgé de 83 ans, a fait une chute chez un de ses confrères quil était allé voir en attendant louverture de la retraite annuelle et sest cassé la jambe. Des soins empressés lui ont été donnés à lhôpital de Cholon ; bien que très âgé, sa constitution est restée robuste, on craint cependant quil ne puisse se remettre de cet accident. Malgré son état, il a préféré retourner dans la paroisse où il a passé une grande partie de sa vie.


    Hué

    5 septembre.

    Plusieurs de nos communautés religieuses, notamment les Filles de Marie Immaculée et les Petits Frères du S.C., ont fait leur retraite annuelle à loccasion de la fête de lAssomption. Après ces pieux exercices, il y a eu plusieurs professions et des prises dhabit. Au monastère cistercien de Phước-sơn, le 20 août, fête de St Bernard, il y eut de solennelles cérémonies : une quinzaine de professions temporaires, trois professions perpétuelles ; de plus, un des nouveaux profès reçut la tonsure. S. E. Mgr Chabanon accomplit toutes ces cérémonies et chanta la messe pontificale. La présence dune quarantaine de prêtres et de nombreux fidèles témoignait de quelle sympathie et de quelle estime sont entourés les religieux de N. D. dAnnam. La règle monastique est inflexible, aucune femme ne peut pénétrer dans la clôture, pas même entrer à la chapelle : aussi même la mère dun moine qui faisait sa profession perpétuelle ne put franchir la porte dentrée ; ce ne fut quaprès la cérémonie quelle put revoir quelques instants son fils venu auprès delle.

    Les Rév. Pères Rédemptoristes continuant auprès des païens le genre dapostolat dont ils ont pris linitiative ces temps derniers, ont organisé, avec le concours de quelques prêtres indigènes, une Semaine de causeries aux païens à Trường-an, faubourg de Hué, du côté sud-ouest. Le succès de ces conférences, données vers la mi-août, fut le même que pour celles qui furent faites dans dautres centres et dont le Bulletin a parlé dans leur temps.

    Les circonstances étaient pourtant défavorables. Dans la chrétienté de Trường-an il ny a point de salle spacieuse et léglise est petite : les réunions eurent donc lieu sous un hangar de fortune, où lon souffrait de la chaleur et du manque dair. Cette même semaine il y avait en plein Hué une attrayante kermesse en faveur des sinistrés du Sud-Annam. Il y avait aussi aux environs, à la célèbre pagode de la Sorcière, des cérémonies solennelles qui attirent toujours les foules. Malgré cela les auditeurs affluèrent à Trường-an, la plupart païens et parmi eux des lettrés et des mandarins de tout grade. Un vieillard de 80 ans, mandarin retraité, voulut absolument assister à ces réunions, bien quil dût pour cela faire la nuit plusieurs kilomètres à pied.

    Il y eut tous les jours près de mille personnes, et à la dernière conférence on en compta de quatorze cents à quinze cents. Ce soir-là le conférencier était le R. P. dom Benoît, Prieur du monastère de Phước-sơn, si connu et si apprécié du public cultivé de Hué. Il tint son auditoire sous le charme en lui parlant de la Ste Vierge dans lEglise, et ceux qui lécoutaient étaient presque tous des païens !. Nest-ce pas lidéal rêvé pour le missionnaire davoir devant lui, avides dentendre parler de notre sainte religion, mille ou quinze cents païens, auditeurs volontaires, respectueux, sympathiques ? Qui eût pu prévoir cela il y vingt ou trente ans ? Cest lEsprit de Dieu qui souffle actuellement en ce sens.

    Mais il faut bien reconnaître que tant les conférenciers que les organisateurs ne ménagent pas leur peine. Il faut noter tout particulièrement le zèle et lingéniosité des Pères Rédemptoristes pour trouver des auditeurs : ils lancent des invitations, ils font des visites personnelles, ils distribuent des programmes, ils intéressent les chrétiens et les païens influents à la réussite de la Semaine projetée Le zèle de ces bons Pères ne connaît pas de mesure. Malheureusement la santé de plusieurs dentre eux se ressent de ce surmenage : le R. P. Dionne, Provincial, sest vu condamner pour un certain temps à un repos absolu et le R. P. Larouche a dû recourir aux bons offices des médecins de lhôpital.


    Phnompenh

    10 septembre.

    Après sa longue tournée de confirmation et la retraite des prêtres annamites, Mgr Herrgott est rentré à Phnompenh où il nest resté que quelques jours. Il est descendu à Banam pour préparer cinq catéchistes qui depuis un an faisaient leur noviciat régulier et devaient prononcer leurs premiers vux.

    Luvre des catéchistes, commencée à Banam, en 1906, sous la direction du bon P. Pianet, a déjà rendu de grands services dans les écoles de la mission. Monseigneur a décidé de donner à lélite de ces jeunes gens qui ont déjà fait leurs preuves par plusieurs années denseignement, une formation toute particulière qui les mettra à même dintensifier leur action.

    Le P. Blondet qui depuis 17 ans se dépense sans compter à la direction des élèves a voulu faire coïncider avec la fin de la retraite une petite fête rappelant le vingt-cinquième anniversaire de louverture de lécole. Les anciens élèves, dont les uns sont encore en fonction dans les écoles paroissiales, dont les autres, après les quatre années dexercice prévues par le règlement, et qui ne sont plus, officiellement du moins, au service de la mission, avaient été convoqués pour la retraite. Tous ont fêté avec entrain leur cher berceau de Banam et plusieurs confrères sont venus assister à la clôture.

    La maladie de plusieurs confrères a occasionné des changements. Le P. Ackermann, atteint dun cancer au cou, a été remplacé par le P. Raballand. Le P. Béquet prend à la procure la place du P. Mennetrier que la Faculté oblige à se reposer. Le R. Poisnel quitte sa brousse pour Chaudoc.

    Le P. Armange a fait un petit séjour à lhôpital pour se débarrasser damibes qui, sans sa permission, avaient trouvé moyen de faire une violation de domicile et de sinstaller dans ses intestins. Malgré une assez longue résistance, il leur a fallu vider les lieux et le Père est allé villégiaturer à Culaogien où les bons soins des Surs accéléreront sa convalescence.

    Enfin ! après cinq semaines dune sécheresse anormale, la pluie est tombée : assez pour redonner de la vigueur au riz, mais pas assez pour faire monter le niveau du Mékong. De mémoire dhomme, jamais linondation na été aussi basse que cette année.


    Bangkok.

    5 septembre.

    Des difficultés considérables assaillent dès le début le nouveau Gouvernement constitutionnel siamois. Alors quune partie du Sénat dirige tous ses efforts vers lélaboration dune constitution, une autre partie veut que la politique passe au second plan et quon soccupe davantage à rechercher les moyens capables de résoudre, partiellement tout au moins, la crise économique. Le pamphlet distribué le jour même du Coup dEtat, 24 juin 1932, laissait en effet prévoir quune manne céleste nourrirait désormais le peuple siamois qui navait plus quà samuser. Malheureusement on ne voit pas encore la réalisation de cette prophétie et lon soupçonne quelle restera longtemps peut-être dans le royaume de lUtopie. Il faut, malgré tout, faire confiance aux dirigeants dont les soucis sont constamment accrus par un flot continu de pétitions émanant de toutes les classes du pays et par les critiques des journaux.

    De tous les Ministres à nommer, le plus difficile fut celui de lEducation. On vient dapprendre que le Président du Sénat lui-même, après plusieurs refus, vient enfin daccepter. Sa situation na rien denviable, car il lui faut tenir tête à lAssociation des Professeurs presque tous très avancés dans leurs idées et qui souhaitent létablissement prochain dune démocratie totale au Siam, y compris le Gouvernement. Quon y arrive progressivement et par la force des événements, cest très probable, mais pour le moment, cest pour le moins prématuré. Une toute petite fraction du peuple comprend en effet aujourdhui ce quest la démocratie, mais limmense majorité lignore et reste par ailleurs attachée à son Roi. Mettre actuellement le Siam en république, serait folie et ferait le jeu des bolchévistes et des communistes chinois. Inutile de dire que ceux-ci pullulent à Bangkok bien que leur action reste cachée.

    La grève des trois mille tireurs de pousse qui dura huit jours, en juillet dernier, ne leur est peut-être pas imputable, mais, une occasion dagir se présentant, nous croyons que bolchévistes et communistes nhésiteraient pas à se produire publiquement. Une extrême vigilance incombe donc au Gouvernement actuel qui certainement admet la menace communiste et craint le péril bolchéviste. Siam jouit encore dune heureuse tranquillité, mais il ne serait pas étonnant que celle-ci soit plus ou moins troublée si les ferments dagitation populaire ne sont promptement étouffés.

    Le plus grave et le plus difficile à réduire est dordre économique. Jusquà ce jour, le Siam possédait une poule aux ufs dor le riz quil avait malheureusement placés dans un seul panier. La compétition mondiale pour les marchés du riz a tué cette poule et il ne reste quasi plus rien au Siam pour résoudre sa crise économique. Balancer son budget est pratiquement insuffisant, il lui faut chercher des moyens de nourrir un peuple affamé. Siam nest pas le seul pays du monde qui ait à se débattre contre une si douloureuse situation, espérons que ce petit Etat surmontera les difficultés, saura modérer aussi lidée révolutionnaire et assurer son avenir par un mouvement politique traditionnel quoique progressif, par un programme patriote noblement éclairé et sain.


    Malacca

    Noces dArgent sacerdotales du Père François.
    Le 20 juillet, à Malacca, le P. François entouré dune sympathique compagnie de confrères ayant à sa tête S. E. Mgr Perrichon, célébrait le vingt-cinquième anniversaire de son ordination sacerdotale. Pour lassister à lautel il avait comme diacre un prêtre chinois originaire de Malacca, le P. Joseph Lee et, parmi. les servants au chur, un grand et deux petits séminaristes.

    Le nombre des assistants qui, pendant la messe dactions de grâces, tinrent à recevoir des mains de leur pasteur, le Pain de Vie, dit lestime et laffection que, pendant vingt-deux ans de labeur dans ce poste, le P. François a su sattirer, tout en ne cherchant que la gloire du Maître.

    Le 19 au soir, le Jubilaire recevait les remerciements et les vux de ses paroissiens, de ses brebis. Il en va toujours ainsi, me direz-vous. Oui, mais ce à quoi nous ne nous attendions guère et qui mit le comble à la joie de tous, ce fut lorsque, après la lecture des compliments en anglais et en chinois, lHon. M. Clarke, Resident Councillor de la vieille cité lusitanienne, qui avait tenu à sunir à. la population catholique fêtant son pasteur, se leva et dit :

    Le P. François vient dentendre les compliments qui lui sont adressés par les brebis de son bercail. Voulez-vous me permettre à moi, en tant que représentant de ceux que sans doute il considère comme les boucs de Malacca, de pousser quelques bêlements qui diront en quelle estime nous tenons le P. François comme homme et comme ami.

    Quand jarrivai ici, le P. François, pour ainsi dire, me prit par la main ajouterai-je que par après il ma tenu dans sa main pour me montrer toutes les antiquités de cette cité fameuse dans lhistoire. Or, avant de venir ici comme Resident Councillor par interim, je navais jamais habité Malacca, et tout persuadé que je fusse davoir une certaine connaissance de son passé historique, je ne tardai pas à mapercevoir, ainsi quil arriva à la reine de Saba, quon ne mavait pas dit la moitié de ce quil en était. Ne serait-ce que pour cela je devrais être reconnaissant au P. François.

    Mais à mesure que le temps passait et quil métait donné de le connaître davantage, je reconnus quil nétait pas quun historien perdu dans le passé, mais un homme qui portait au temps présent un vif intérêt et avait dans lavenir une foi plus grande encore, foi que quelques-uns dentre nous, peut-être, trouvent, en ces jours de dépression, difficile de partager.

    Les Residents Councillors viennent et sen vont. Le P. François, lui, demeure ferme comme un pivot autour duquel nous avons limpression de tourner.

    Point nest nécessaire de rappeler que le P. François est non seulement prêtre, mais soldat tout autant. Après avoir bataillé contre les puissances ennemies de sa patrie, en Europe, il a maintenant repris son labeur contre les puissances des ténèbres ; tous, nous lui souhaitons de nombreuses années de santé et de vigueur pour mener à bien le travail qui est sien. Voilà pour lhomme.

    Je suis sûr dexprimer les sentiments de tous ceux qui mentourent en assurant le P. François de lestime tout aussi grande que nous avons pour lui comme ami. Personnalité fascinante pour tous ceux qui lapprochent, nous sentons tous quil est un ami sur lequel nous pouvons compter aux bons et aux mauvais jours, et tous nous avons lespoir quil vivra pour fêter son cinquantième anniversaire de prêtrise. Il pourrait bien arriver que nous ny prenions pas tous part, mais jai lassurance que celui dentre nous, quel quil soit, qui sera présent ce jour-là se souviendra daujourdhui et lui dira, comme je le fais maintenant, que nous le tenons pour lun des meilleurs dentre les bons.

    Père François, je vous souhaite longue vie et, pour en jouir, parfaite santé.

    Ce discours dun Résident britannique, tout à lhonneur du P. François, est une preuve, ajoutée à tant dautres, que le missionnaire, même sil est français, ne vise nullement au rôle dagent nationaliste, ainsi que daucuns lont dit.

    Au repas qui nous réunissait tous, S. E. Mgr Perrichon, que Dieu vient de rappeler si soudainement à Lui, offrait au jubilaire, avec les siens, nos vux pour une carrière longue encore et toujours fructueuse. Puissent-ils être exaucés ces souhaits quà la veille de nous quitter notre Evêque exprimait avec tout son cur !

    Dieu fasse vos jours plus nombreux que ne furent les siens, cher Père François, il reste encore tant de gerbes à porter aux granges du Père de Famille et si petite est léquipe des ouvriers !


    Rangoon

    31 août.

    Le P. Meyrieux, après trois semaines de traitement à lhôpital, a regagné son poste, complètement guéri. Il rend leau de Rangoon responsable des deux attaques de dysenterie quil vient davoir coup sur coup et a juré quil nen boirait plus.

    Le P. Ch. Maisonabe, linfatigable apôtre des Chins, trouve quà quelque chose malheur est bon : la révolte qui vient densanglanter le pays pendant 18 mois, a eu pour heureux résultat, dans sa mission du moins, dorienter de nombreux païens vers la religion catholique. Il a fait dernièrement 115 baptêmes et en espère plusieurs centaines dautres, sinon un millier, dans un très prochain avenir.

    Prome, sur IIrrawaddy, est son port dattache, mais il ny est pas souvent. Comme, pendant les rares séjours quil y fait, il est obligé de vivre avec son vicaire indigène dans la petite sacristie de la chapelle, il rêve de construire une modeste résidence. Il rêve aussi dun abri rudimentaire pour recevoir les chrétiens de passage. Malheureusement les fonds lui manquent et ce nest pas sur place quil pourra les trouver. Il tend donc sa sébile, et les âmes généreuses qui voudront bien y laisser tomber une obole auront droit à léternelle reconnaissance du pasteur et de ses ouailles.

    Le Frère Jean, Directeur de lEcole St. Paul, et le P. Rioufreyt, notre Procureur, arrêtés à Nyaunglebin par les inondations, au retour dun voyage en auto dans la Birmanie du nord, ont dû rebrousser chemin jusquà Myingyan, et là, sembarquer pour Prome avec leur voiture. A Prome, ils ont pu reprendre la route et sont enfin rentrés à Rangoon, avec cinq jours de retard et un porte-monnaie passablement dégarni.

    Deux jeunes planteurs de Kuala-Lumpur, Malaisie, MM. Sait et Taylor, qui rentraient en Angleterre par avion, se sont perdus entre Moulmein et Rangoon. On les recherche depuis le 12 août, jour de leur départ de Moulmein, mais on na pas encore retrouvé leurs traces. Ils ont dû tomber dans le golfe de Martaban ou sécraser sur les collines boisées du littoral.

    Décidément la Birmanie nest pas une contrée propice aux aviateurs. Les As Français en savent quelque chose. En 1920, Poulet ne peut franchir le massif du Tenasserim et rentre à Moulmein où il abandonne sa machine. Quelques années plus tard, cest Pelletier dOisy qui senlise dans les marécages de la région dAkyab et ne peut continuer son raid Paris-Hanoi. En 1929, Le Brix et Paillard séchouent sur la côte du golfe de Martaban et terminent là leur raid Paris-Saigon. A la fin de la même année, Le Brix et Rossi, juste avant de franchir la frontière du Siam, sont forcés de sauter en parachute pour éviter les conséquences dune rencontre inévitable avec une montagne que leur avion désemparé nétait pas capable de survoler. Le Brix est indemne, mais Rossi a une fracture du bassin qui limmobilise pendant deux mois à lhôpital de Rangoon. En juin, lannée dernière, un avion postal de la compagnie Air Union, surpris par le mauvais temps, perd sa route et va sabîmer dans une rivière près de Sadoway : quatre morts. A cette liste, on pourrait ajouter les noms dune bonne demi-douzaine dAnglais ou dautres qui ont des raisons très spéciales de ne pas conserver un excellent souvenir de leur passage en Birmanie.


    Mandalay

    2 septembre.

    Le 24 juillet dernier, Mgr Falière, assisté du P. Audrain, a béni la nouvelle église de Magwe. Cest une belle petite église en briques qui remplace une construction en planches que les termites avaient presque entièrement dévorée. La population catholique de Magwe nest pas bien considérable, mais elle a tenu à avoir sa petite église et fait un généreux effort pour cela. Le P. Audrain annonce en outre que le petit poste de Lanywa sera bientôt doté dune modeste chapelle. Lanywa a ceci de curieux que les puits de pétrole sont creusés dans le lit même de lIrrawaddy.

    La fête du 15 août est toujours célébrée à la Cathédrale de Mandalay avec éclat ; cest le jour de la première communion et de la confirmation. Mgr Falière a célébré pontificalement et a donné la confirmation à 47 enfants.

    Le P. F. Collard dont la dernière chronique annonçait larrivée à Mandalay, a fait un assez long séjour à Maymyo. Après sy être rétabli, il vient de repartir, le 30 août, pour ses montagnes Katchines.

    Le même jour un télégramme de Bhamo annonçait que trois Pères arrivaient. Ce sont les PP. Roche, Trezzi et Lacoste, ces deux derniers fils du Bienheureux Garricoits. Tous trois ont été éprouvés par la fièvre et sont allés directement à la Léproserie St Jean où les meilleurs soins leur sont donnés. Dailleurs sils sont malades, ils ne sont pas tristes, je vous assure ; et la gaîté est de bon augure, dit-on.

    La liste des passagers attendus à Rangoon le 28 septembre, comprend le nom du P. Paquet, absent depuis deux ans, mais aucune nouvelle directe. Attendons.


    Pondichéry

    juin-août.

    Le Trait dUnion
    Un câblogramme, arrivé au Gouvernement le vendredi 5 août, a apporté à Monseigneur la nouvelle de sa nomination au grade de Chevalier de la Légion dhonneur. La remise officielle de la décoration aura lieu plus tard. En attendant, le Trait dUnion est heureux doffrir à sa Grandeur les sincères félicitations de tous ses missionnaires et de tous ses prêtres. Ils se réjouissent de cet honneur conféré à leur bien-aimé père et se regardent comme honorés en sa personne.

    *
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    Un Indult, en date du 15 juin dernier, accorde à la mission de Pondichéry lautorisation de se servir de linges sacrés en coton. Il serait convenable cependant de se servir de lin pour les corporaux et pour les palles. Dans tous les cas, on naura plus dexcuse désormais pour négliger de renouveler ses linges dautel sous prétexte quils coûtent trop cher.

    *
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    La limite de la mission au nord-ouest a été définitivement fixée par Rome. Pratiquement tout le taluq (district) de Tiruvannamalai nous reste, excepté ce qui sen trouve au nord de la rivière du Cheyyar : à la pointe nord-ouest, la limite est formée par un petit affluent qui se jette dans le Cheyyar vis-à-vis de Peramanandal.

    Séminaire. Le 23 juillet, rentrée du grand séminaire. Le P. Veyret ayant dû subir une petite opération au dernier moment a été retenu à lhôpital de Ste Marthe ; il est rentré le 13 août, très bien remis. Ste Agnès avait rouvert ses portes le 28 juin avec 29 pensionnaires.

    Avec les nouvelles admissions, nous avons actuellement 76 séminaristes dont 12 philosophes et théologiens, 17 latinistes et rhétoriciens, et 3 qui étudient pour le B. A. au collège de Bangalore ; les autres suivent les cours du collège de Cuddalore. 5 nouveaux latinistes de la côte du Malabar ont été admis cette année dont 1 graduate, ce qui porte à 3 le nombre des B. A. présents à Ste Agnès.


    Mysore

    24 août.

    Les pauvres chroniqueurs sont parfois bien embarrassés et ils ont beau faire un long tour dhorizon, ils ne voient pas grand chose à envoyer au Bulletin ; cest ce qui arrive aujourdhui à celui de la mission de Mysore.

    Bornons-nous donc aux événements qui paraissent tout de même importants à défaut dautres.

    Le bruit court que le Dewan cest-à-dire le Premier Ministre de lEtat de Mysore sest rendu tout dernièrement à Bégur et a loué lactivité débordante du jeune Père du lieu. Les plantes et les fleurs, fussent-elles très humbles, ne vivent pas cependant de sourires ni de coups dil admiratifs et approbateurs, seraient-ils ceux dun premier ministre, il leur faut de leau. Eh bien ! sachez que le puits est creusé et quil y a même un peu deau. Donc à Bégur il y a désormais un curé, des paroissiens, une belle église, une splendide école, des fleurs superbes, un puits extraordinaire ; et pour ceux qui ne sont pas encore satisfaits, il existe même les règles du tarot selon la méthode dite de Dijon, approuvées dailleurs par lécole de Toulouse en ce qui concerne la Renonce. Bref de quoi contenter même les plus difficiles, et il y en a.

    On dit aussi que les antilopes de la région nont quà bien se tenir. En tout cas il y en a au moins une qui se rappellera la date du 13 août ; si elle court encore, elle peut se vanter den avoir fait courir dautres, le Père Browne par exemple et le Père Harou.

    Les jeunes partants qui vont sembarquer sur le Rapide Marseille-Yokohama, comme leurs prédécesseurs, daigneront à peine jeter un regard sur notre pauvre terre des Indes : (Pensez donc : des diocèses... des chemins de fer....) Le bateau omnibus de la ligne dIndo-Chine est bien moins fier : il montera comme dhabitude jusquà Madras mais il en redescendra, hélas ! presque aussi chargé !!! Cette année en effet seules les missions de Coïmbatore et du Sikkim auront le privilège de sentendre appeler une fois de plus : la plus belle de nos Missions. Que les deux nouveaux, les PP. Audiau et Quéguiner (Maurice) soient donc les bienvenus !


    Coïmbatore

    10 août.

    Dans ma dernière causerie sur Coïmbatore je vous avais annoncé que Mgr Tournier était allé, avec le P. Martial, visiter et encourager les Frères Franciscains de Poinsour, qui travaillent à convertir de pauvres montagnards. Cette région est malsaine et, à la suite de cette visite, Monseigneur et le P. Martial ont tous deux payé leur tribut à la fièvre. Le P. Martial, lui, sen est tiré avec deux jours, mais Son Excellence, à tout Seigneur, tout honneur, a dû garder la chambre pendant une dizaine de jours. Maintenant, il est bien remis et se prépare à continuer ses tournées pastorales.

    Les Frères Franciscains obtiennent de beaux résultats : ils ont une centaine de catéchumènes et ils espèrent que dautres plus nombreux ne tarderont pas à se joindre aux premiers.

    Même dans les environs de Coïmbatore quelques espoirs semblent se dessiner. Un village demande à se convertir en bloc et les habitants ont lair bien disposés ; mais, chut, ne vendons pas trop tôt la peau de lours.


    Salem

    août.

    De la riche cueillette du présent exercice dans le vaste champ en friche du paganisme, ne pourrait-on dire que
    Les fruits ont dépassé la promesse des fleurs?

    Le P. Hourmant dépasse la centaine de baptêmes dadultes païens ; le P. Jusseau latteint et le P. Mercier en approche.

    Le P. Ligeon avait encore, tout dernièrement, la joie de régénérer dans les eaux du baptême 29 adultes païens, avec les précédents, cela lui fait une belle gerbe de 59 épis glanés durant tout le cours de lannée.

    Le P. Depigny, vers la même date, baptisait une quinzaine de catéchumènes préparés par Mgr Prunier pendant son intérim de trois mois à Suramangalam.

    Après lAssomption, Sa Grandeur allait baptiser le nouveau contingent de 32 catéchumènes du P. Jusseau à Samuttiram, pour donner plus déclat à lentrée des néophytes dans le giron de la Ste Église.

    Le P. Playoust multiplie ses sondages aux avant-postes : que na-t-il un bon catéchiste pour le seconder efficacement dans ses opérations de prospection ! Son état de santé semble plutôt décliner ; il se plaint de vives douleurs à lestomac.

    Le P. Devin se repose de la visite des principaux centres de chrétientés de son vaste district en ajoutant à son presbytère une véranda.

    Le P. Michel fait la navette entre ses deux principales chrétientés, Settipatti et Pretur, qui sont les deux pôles de son activité apostolique.

    Le P. Chevallier, toujours étonnamment jeune, bien quil approche de la soixantaine, ayant terminé son église et ne pouvant rester en place un instant sans donner libre cours à lélan de son activité dévorante, rayonne dans toute la région : la marche à pied, au pas accéléré, ne leffraie nullement, pas plus que les longues courses en bicyclette, au risque de tomber en défaillance sur les routes et de sy faire ramasser, comme cela lui arriva un beau jour où il fut terrassé par les ardeurs du soleil qui eut raison de sa résistance physique.

    Sont plongés entièrement, comme dans leur élément : le P. Depigny, dans les comptes, statistiques, cartes géographiques, plans, devis, le P. Quinquenel, dans lexplication du traité de la grâce au grand séminaire, le P. Harou, dans lenseignement du latin au petit séminaire, le P. Nalais dans létude théorique et pratique du tamil dont la connaissance lui permet déjà dentendre les confessions et de donner de courtes instructions.

    Le P. Mercier est en train de poser les fondations dune nouvelle chapelle dédiée à St Antoine, à Johnsonpet, dans un faubourg de Salem, sur lemplacement de lancienne qui menaçait ruine.

    Maîtres et élèves de lécole secondaire de Salem sont allés en pique-nique à Mettur, à une trentaine de milles de Salem, voir le grand barrage en construction, magnifique ouvrage dart, formant un immense réservoir dune contenance de 80.000 millions de pieds cubes deau. Cette eau, canalisée, servira à lirrigation et à la fertilisation de terrains restés incultes jusquici.

    Les PP. Massol et Sovignet sont allés prendre un mois de repos au Sanatorium de St Théodore. Le P. Chassain souffre toujours de lestomac.


    Séminaire de Paris

    15 août.

    Mgr le Supérieur, après avoir assisté aux grandes fêtes de Ste Anne dAuray le 25 juillet, est rentré de suite à Paris pour participer aux réunions de la Semaine Sociale de Lille. Il présida plusieurs séances, car on devait y traiter de la participation des Universités catholiques au travail des missionnaires. Dintéressantes études et projets furent lus et discutés sur ce sujet. Mgr le Supérieur rentrait ensuite à Paris pour aller en Bretagne prendre des vacances bien méritées.

    A la rue du Bac cest le calme le plus absolu, que la rentrée prochaine des partants va venir interrompre. Par ce temps de canicule la maison semble encore plus silencieuse, les visiteurs même sont rares.

    Une équipe douvriers a profité des vacances pour réparer et repeindre à neuf les cellules du cinquième étage, travail qui simposait depuis quelques années.

    De passage à Paris : les PP. Thommeret, Bertail, Paquet, Ferlay et Priou.

    Admissions. 23 à 26 : MM. Guidon, du diocèse de Pau ; Danion, de Quimper ; Fleury, de Besançon, et Ducat de Nantes.


    1932/766-805
    766-805
    Anonyme
    France et Asie
    1932
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