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Chronique des Missions et des Etablissements communs 4

Chronique des Missions et des Etablissements communs Tôkyô 6 mars.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs
    Tôkyô
    6 mars.
    Le 4 mars, Mgr l’Archevêque de Tôkyô a dit la première messe dans la chapelle des Religieuses Adoratrices, Esclaves du St Sacrement et de la Charité, à Mita, dans le quartier de Shiba (Tôkyô), et y a inauguré l’adoration du Saint Sacrement. L’Institut, auquel appartiennent les huit Religieuses nouvellement arrivées, a en Espagne 32 maisons et 2 noviciats, dans l’Amérique du Sud 9 maisons, et 2 en Italie. Son but primordial est de promouvoir la gloire de Dieu et la sanctification de ses membres par l’adoration perpétuelle du St Sacrement ; son but secondaire est de coopérer à l’œuvre du salut des âmes moyennant l’éducation et la réhabilitation des jeunes filles en danger de se perdre. La fondatrice, dont la cause de Béatification a été introduite ces dernières années, est la Vble Marie Micheline du St Sacrement, dans le monde Mlle Desmaizières, Vicomtesse de Jorbalà, née le 1er janvier 1809 à Madrid, morte à Valence le 24 août 1865, victime d’une épidémie de choléra qu’elle était venue soigner dans une de ses maisons. Sa vie dans le monde et dans la profession religieuse fut marquée par un ardent amour pour la Ste Eucharistie, un dévouement héroïque pour les pauvres et pour les jeunes filles en état de se perdre, par de grandes épreuves physiques et morales, et par des grâces extraordinaires, grâces qui la soutinrent dans sa mission longtemps combattue et finalement triomphante.

    Le 4 mars également, le Collège St Joseph de Yokohama a eu la joie de revoir son cher et dévoué Directeur, M. Gaschy, qui revenait par le Président Mc. Kinley d’une tournée de 8 mois en France et en Amérique, où il a étudié les œuvres d’éducation. Pendant son séjour en France, le Gouvernement l’a nommé Chevalier de la Légion d’Honneur, pour les services qu’il a rendus à la cause française.

    Le ministère de l’Instruction Publique du Japon a décoré de l’Ordre de la Couronne la R. Mère Ste Thérèse, fondatrice de l’Institut du Futaba à Tôkyô, et Visitatrice des Communautés des Dames de St-Maur au Japon, pour les œuvres d’éducation auxquelles elle s’est dévouée pendant vingt-cinq ans.


    Fukuoka
    22 février.

    Dans une certaine ville du Kyushu, ville de 60.000 habitants, le nouvel an chinois, (11 février), qui compte toujours au Japon, ainsi que nous l’avons fait remarquer dans le précédent numéro du Bulletin, a été marqué, cette année, par une cérémonie religieuse nouvelle, cérémonie pour laquelle on inventa un nom nouveau, celui de Ken-Koku-sai, ce qui signifie : Cérémonie commémorative de la fondation de l’Empire.

    Jusqu’ici, on fêtait bien cet anniversaire de la fondation, mais la cérémonie avait un caractère purement laïque et portait le nom de Kigen-Setsu : fête de l’Ere. En effet, le Japon shintoïste n’a pas encore adopté l’ère chrétienne à l’usage de son peuple. Les ères changent à chaque nouveau règne, mais toutes ces ères ont pour point de départ l’avènement du fameux Jimmu, premier Mikado, petit-fils de la déesse du soleil, Amatérasu.

    Donc ce jour-là, dans la cour du lycée de X..., une cour immense, à onze heures du matin, malgré un froid assez vif, devant un autel dressé pour la circonstance sur un tertre élevé, quatre à cinq mille invités se massèrent, encadrant les lycéens et plusieurs délégations des écoles de la ville. Puis un grand-prêtre du Shintoïsme, (c’est la religion des Thor japonais), officia selon les vieux rites. A certains moments plus solennels, des officiers supérieurs en uniforme, le général de division en tête, commandaient d’adorer et tout le monde exécutait l’ordre. De loin, on eut dit une Messe militaire célébrée en grande pompe. Une chose frappait aussi : le grand-prêtre qui faisait fonction d’officiant avait pour assistants neuf autres prêtres en habits religieux.

    Cette cérémonie méritait d’être signalée. L’institution en serait due, paraît-il, à M. Nagata, un ancien maire de Tôkyô. Depuis plusieurs années déjà, on la célébrait dans la capitale, mais dans la capitale seulement. Chez nous elle ne fait que d’apparaître, désormais, nous assure-t-on, elle aura lieu chaque année.


    Moukden
    6 mars.

    Par ordre du gouvernement de Nankin la province de Moukden prend, à partir du premier mars, le nom de Liao-Ning. Peu s’en est fallu que la ville de Moukden elle-même, selon la mode maintenant en usage, n’ait eu à changer son état-civil. L’ordre en fut même donné ; mais des protestations se sont élevées, et la ville, en définitive, conservera son nom de “Feng-T’ien”. Les plus sages et les plus heureux ont donc été ceux qui, comme à la guerre, avant d’exécuter un ordre, se demandaient s’il ne valait pas mieux attendre l’arrivée du contre-ordre.

    Une nouvelle d’une autre importance pour la Mission c’est celle qui nous arrive de Paris à l’instant : la venue prochaine parmi nous d’un nouveau confrère, le P. Vernois. Qu’il sache, le cher Père, avant même d’avoir levé l’ancre, que son arrivée causera à tous une grande joie et qu’il sera reçu à bras ouverts.


    Kirin
    9 mars.

    La rentrée des Séminaires s’est faite comme les années précédentes, le 1er mars, après les grands froids. Grand et Petit Séminaires comptent en tout 69 élèves.

    A l’issue de la retraite, prêchée par le Père Peignont, Sa Grandeur Mgr Gaspais a conféré le diaconat à 5 séminaristes.


    Chengtu.
    25 janvier.

    Notre retraite commencée le 13 s’est terminée le 20 janvier. Le jour de clôture, le P. Couderc, notre vénéré Provicaire, accomplissait sa 60me année d’âge. On lui fit fête. Ce jour étant un dimanche, il célébra solennellement la Messe du chapitre avec, pour assistants en qualité de diacre et de sous-diacre, ses compatriotes, les PP. Gabriac et Alary. Pour rehausser l’éclat de la fête, Mgr Rouchouse, notre Evêque, assistait au trône, ayant ce jour-là revêtu la “Cappa Magna”. Pendant toute la cérémonie, les élèves du Grand Séminaire, sous l’habile direction du P. Laroche, nous firent entendre des chants du plus pur grégorien. De modestes agapes suivirent, au cours desquelles nous offrîmes à notre Provicaire nos félicitations et nos vœux de longue et verte vieillesse : Ad multos annos !

    Cette fête nous fournit l’occasion de faire une joyeuse réception, ou plutôt, une véritable ovation à nos confrères qui revenaient du Tch’ouan pẽ. Cette partie de notre Mission ne tardera pas à être érigée en un Vicariat Apostolique indépendant, avec, à sa tête, un Evêque Chinois. A cette occasion, le P. Eymard, se faisant l’interprète de tous les confrères et avec cette bonhomme dont il a le secret, sut dire la joie qui débordait de nos cœurs .

    La Fondation Bénédictine entreprise par l’Abbaye de St André de Lophem (Belgique) connaît l’épreuve, et c’est bien un signe que cette œuvre est bénie de Dieu. Deux mois à peine après son arrivée au Szechwan, Dom Pie de Coçqueau tombait gravement malade et repartait pour la Belgique. Au commencement de décembre, c’est Dom Joliet que la maladie réduisait à l’extrémité, au point qu’on a dû lui administrer les derniers sacrements. Aussitôt que la nouvelle fut connue à Chengtu, le P. Laroche, laissant sa chaire de philosophie, partait pour Chouén km, distant de six longues étapes. Grâce à ses soins, Dom Joliet se trouva vite hors de danger, il put entreprendre le voyage de Chengtu et vint y consulter la Faculté. Actuellement Dom Jouet est guéri ; pour reprendre le chemin de Chouén kin, il n’attend que l’arrivée de deux nouveaux Pères. Il lui tarde de mettre la dernière main à ses constructions et d’ériger canoniquement le monastère.


    Chungking
    18 février.

    Bénédiction de l’église Sainte Thérèse à Kiãng Peẽ.

    Sainte Thérèse, Patronne des Missions, Sainte Thérèse, qui pendant sa vie s’intéressa d’une façon spéciale à notre coin du Se-Tchouan, a maintenant son église dans le Vicariat de Chungking. Et cette église est en même temps un ex-voto, un monument d’actions de grâces à la Sainte qui, aux heures mauvaises de l’autre année, nous couvrit de sa protection.

    Chacun a encore présents à la mémoire les événements du début de 1927, et le déchaînement de haine dont ils furent accompagnés. La situation était si critique alors, que déjà les Etrangers, missionnaires et autres, avaient reçu de leurs gouvernements respectifs, l’invitation, presque l’ordre de partir. L’avenir était sombre : on pouvait s’attendre à tout, même au pire.

    Les missionnaires de Chungking, comme les autres, ne purent se résigner à abandonner leur troupeau, ils estimèrent qu’il était meilleur de s’en remettre à la garde de la Providence et de leur “Petite Sœur” et Patronne. Sur la proposition de Mgr Jantzen, les missionnaires présents à Chungking, en union avec leur évêque, implorèrent la protection de Ste Thérèse sur la Mission, et, au nom de tous leurs confrères, ils firent le vœu d’élever une église à la Sainte, si cette Mission et ses œuvres étaient sauvées.

    Nombreuses furent les appréhensions et les craintes au cours des premiers mois de 1927. Néanmoins, l’orage passa ; alors que tant de Missions de Chine eurent à subir les désastres, les destructions que l’on sait, la Mission de Chungking se trouva parmi les Missions privilégiées, et l’on peut dire qu’elle sortit indemne de la tourmente. Mieux même que nous n’eussions osé l’espérer, Sainte Thérèse nous avait bien gardés, sa protection s’était faite toute spéciale pour ceux qui s’étaient mis sous sa protection.

    Lorsqu’un peu de tranquillité fut revenue, Sa Grandeur se fit un devoir d’exécuter le vœu que nous avions fait. Cependant, Elle exprima le désir de voir tous les chrétiens de la Mission contribuer pour leur part à l’exécution de ce vœu ; ainsi, l’église offerte à la Sainte serait bien un hommage de tout le Vicariat, le cri de reconnaissance de tous.

    L’appel fut entendu. Avec une unanimité complète, avec un empressement touchant, de tous les points vinrent les oboles, chacun voulant, selon ses moyens, apporter sa pierre. Les sommes reçues dépassèrent les prévisions ; et si, dans la liste de souscriptions, on trouve quelques offrandes particulièrement généreuses, l’immense partie des dons est faite de l’obole des pauvres ; ils surent prendre sur leur nécessaire afin de témoigner leur gratitude à celle qui les avait protégés.

    Et maintenant, à Kiãng Peẽ, choisi pour lieu d’érection de la nouvelle église, s’élève le Sanctuaire de Ste Thérèse....

    La construction en avait été confiée à notre cher P. Caron ; c’est dire que l’exécution devait en être parfaite. En la circonstance, notre architecte unissait à son goût si sûr, à son expérience consommée, toute l’ardeur de son amour pour sa sainte compatriote. Il se surpassa.

    Monseigneur le lui dit au jour de la bénédiction, et c’était bien la pensée de tous que traduisait Sa Grandeur, quand Elle disait à notre confrère : “Cette église est ce que vous avez fait de mieux, de plus beau”. Reproduction parfaite, jusque dans ses moindres détails, des antiques basiliques romaines, l’édifice trouve sa beauté surtout dans la simplicité, dans l’harmonie des lignes de ce style dorique si heureusement adapté. Au-dessus du maître-autel, en pierre admirablement sculptée, un grand ciborium élève son dame qui se détache sur le fond plus clair du sanctuaire.

    C’est le 22 janvier qu’eut lieu la bénédiction, par Mgr Jantzen. La cérémonie, rendue plus impressionnante encore par la présence de près de trente prêtres en habit de chœur, se déroula devant une nombreuse assistance de fidèles accourus, les uns de la ville de Chungking, les autres des districts environnants. Les chants furent, par la chorale du grand séminaire, exécutés sur le mode grégorien ; ils étaient entrecoupés de solos, que donna en toute perfection Dom Hildebrand, un bénédictin de Solesmes, qui se trouvait alors de passage à Chungking ; le sermon de circonstance fut prononcé par le P. Tournier. L’après-midi, un salut solennel du T. S. Sacrement clôtura la fête.

    Notre vœu à tous, Monseigneur l’exprima au soir de cette journée. “Que Ste Thérèse, qui nous a si bien protégés, continue d’étendre sur nous sa main puissante. Qu’elle bénisse cette terre, quelque peu ingrate de Kiãng Peẽ, d’abord. Qu’elle bénisse aussi notre cher Se-Tchouan. Que de cette église, à elle dédiée, partent de nombreuses grâces de conversions. Que ce sanctuaire qui, nous l’espérons, deviendra bientôt lieu de pèlerinage, devienne aussi un foyer où, en ces heures difficiles, les âmes, le plus grand nombre d’âmes, viendront chercher un peu de réconfort et puiser beaucoup d’amour”.


    Suifu
    1er mars.

    La retraite des missionnaires a eu lieu du 25 au 31 janvier. Comme l’année dernière, elle a été prêchée par Mgr Renault. Mais elle a été attristée par la mort, si inattendue, de notre cher P. Breuil.

    Le 25, un peu après midi, il arrivait à la procure, venant de Lou tcheou. Aussitôt qu’il fut sorti de sa chaise à porteurs, son nez allongé et pointu dans une figure amaigrie, étirée, ne laissa pas de frapper tous les confrères. Qu’on le retrouvait vieilli ! il était méconnaissable. Ce n’était plus là celui qu’entre nous nous appelions le “gros” Breuil. Son estomac fonctionnait mal ; il était sujet à de fréquents vomissements ; l’appétit était nul. Néanmoins, le samedi et le dimanche, le Père assista à tous les exercices de la retraite. Il était joyeux malgré tout. Il passait ses récréations à se promener avec d’autres confrères qui, comme lui, étaient ennemis de la “cheminée”. Car il faisait froid ces jours-là. Le dimanche soir, après la bénédiction du Saint-Sacrement, il ne vint pas au réfectoire. Il alla se coucher, se sentant très fatigué. Après avoir vomi à plusieurs reprises, et — dans ses vomissements on remarqua du sang noir mêlé à la bile — il s’endormit profondément jusqu’au lendemain matin. Aux confrères qui, lui demandaient des nouvelles de sa santé, il répondait : “Ce n’est rien. Je suis habitué aux caprices de mon estomac. Du temps que j’étais à Kiang gan, il y a de cela une bonne dizaine d’années, j’ai éprouvé les mêmes douleurs”. Enfin, cédant aux instances de Mgr Renault, il se laissa transporter à l’hôpital.

    Après un premier examen, voici ce que disait la Sœur infirmière au P. Couvet, aumônier de l’hôpital en même temps que directeur des œuvres scolaires : “Etat grave, mais pas de danger immédiat”.

    Dans la nuit du 28 au 29, notre bon P. Breuil rendait son âme à Dieu.

    De quoi est-il mort ? Probablement d’un ulcère à l’estomac, si l’on en juge par ses derniers vomissements qui n’étaient que des vomissements de sang.

    Ses funérailles eurent lieu, le 1er février, en l’église du Si mên. Y assistaient NN. SS. Fayolle et Renault, tous les confrères, les deux prêtres chinois de Suifu, les grands séminaristes, les Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie, les Vierges de la Doctrine chrétienne et des chrétiens des trois paroisses de la ville. La messe fut chantée par le P. Rochette, du même petit séminaire que lui, et l’absoute donnée par Sa Grandeur Mgr Fayolle. Puis, à l’issue de la messe, le corps fut conduit au cimetière de Ho ti keou, touchant l’établissement du petit-séminaire de même nom, par les PP. Cambourieu et Morge. Ho ti keou est à 60 lis de Suifu.

    Et maintenant tout ce que peuvent faire pour lui ses anciens frères d’armes, c’est de prier pour le repos de son âme. Requiescat in pace !

    Curriculum vitæ du P. Breuil. — Arrivé à Suifu, en janvier ou en février 1893, le P. Benoît Breuil fut presque immédiatement envoyé à Che Li Chan (caractères chinois), où il étudia la langue chinoise sous la direction du P. Raison.

    L’année suivante, il fut nommé vicaire du P. Jaimes à Kiating, tout en étant spécialement chargé du district de Tchou ken t’an (caractères chinois). Il y fit, tout au plus, deux visites de chrétiens.

    En avril 1894, il quittait Kiating pour Jên cheou (caractères chinois). C’est là qu’il devait donner la mesure de son énergie, de son zèle pour la conversion des payens et de sa science diplomatique chinoise. C’est là qu’il acquit le titre de “ta jên” — grand homme — qui lui est resté. Tant dans la partie haute que dans la partie basse du Setchouan Méridional, rares sont les chrétiens ou les payens qui n’ont pas connu, au moins par ouï-dire, le “Laô ta jên”. Laô, c’est le nom chinois du P. Breuil. Lui-même avouait ingénument : “Je suis connu comme le loup blanc”. Il n’y était pas depuis un an qu’éclatait la persécution de 1895. En juin, l’établissement catholique de Jên cheou était complètement démoli. La paix revenue, le P. Breuil s’abouchait avec les autorités locales, et en obtenait une indemnité qui lui permit de rebâtir, sur un emplacement beaucoup plus grand, église, résidence et écoles. A partir de cette époque, il fut au mieux avec les notables des 75 marchés de ce vaste département. Il se servit de cette influence extraordinaire pour activer la propagande catholique. De ce moment, date, dans cette région, le mouvement de nouveaux chrétiens qui dure encore... En 1902, nouvelle persécution, au cours de laquelle la station de Nien Keou (caractères chinois) notamment, qui faisait alors partie du district de Jên cheou, fut durement éprouvée : oratoire et écoles, tout fut détruit ; plusieurs chrétiens massacrés, entre autres la grand’mère et la sœur aînée d’une vierge Iuên de la Doctrine chrétienne qui moururent en martyres.

    En mai 1903, au désespoir de ses ouailles de Jên cheou, le P. Breuil est transféré à Kiang gan (caractères chinois). Là, grâce au dévouement inlassable avec lequel il assistait les néophytes, même dans leurs affaires matérielles, en moins de 18 ans, il quintupla le nombre des chrétiens.

    En janvier 1921, Mgr Fayolle lui confiait le poste important de Lou tcheou (caractères chinois). Il y remplaçait le futur Mgr Renault. Bientôt, il reçut de ses supérieurs l’ordre d’y créer des écoles modernes. Il se mit à l’œuvre aussitôt. Les locaux manquaient ; il les construisit. Puis les cours commencèrent. Dire que tout “alla comme sur des roulettes” serait à l’encontre de la vérité. Les épreuves ne lui furent pas épargnées ; mais, Dieu aidant, elles ne le découragèrent pas. Il meurt en laissant ses écoles en pleine prospérité.


    Ningyuanfu
    28 février.

    Le 17 janvier, les quatre Religieuses Franciscaines de Marie, destinées à la nouvelle fondation de Houi-li, arrivaient au terme de leur voyage. Depuis Yunnanfu, elles avaient été sous la conduite du P. Audren, notre Provicaire. Avec un tel guide, le voyage ne pouvait être qu’excellent. Il le fut en effet. Une quinzaine après, comme les confrères du sud se rendaient à la retraite annuelle, les Religieuses s’adjoignirent à leur caravane ; elles eurent ainsi l’occasion de faire prompte connaissance avec leurs Sœurs de Ningyuanfu. Actuellement, elles abordent avec un méritoire courage l’étude du Chinois.

    Tandis que le P. Damien Tchèn visitait ses chrétiens d’Eulséin, les Chinois prenaient et tuaient, dans les environs de Mièn-lin, une vingtaine de Lolo, parmi lesquels trois os noirs (Lolos de caste noble). Or les Lolos, à fortiori les “pur-sang”, regardent comme la dernière des injures ou la pire des calamités, d’être livrés morts à la voracité des bêtes ou à la corruption du tombeau. Les familles demandèrent qu’on leur remît les cadavres des suppliciés. Mais leur requête ayant été rejetée, en vue de forcer la main aux autorités chinoises, elles décidèrent de s’emparer du P. Tchèn et de le garder comme otage, aussi longtemps qu’on ne ferait pas droit à leur demande. Au préalable, et de crainte sans doute que leur prisonnier ne s’échappât, les barbares lui enlevèrent mule et bagages. Le Père, cependant, éventait le piège, gagnait la maison d’un chrétien et s’y réfugiait. De là, il dépêcha vers Kienchang un courrier qui, par des chemins détournés, rejoignit Mien-lu, assez heureux pour éviter les fâcheuses rencontres que la grand’route lui eût infailliblement réservées. Monseigneur s’empressa de communiquer l’inquiétante nouvelle au colonel Ten sieou tien. Aussitôt, un détachement de soldats, dans l’espèce une dizaine de Lolos bien armés, reçut mission d’aller chercher et de ramener sans délai le P. Damien Tchèn. L’expédition réussit à souhait, et le 22 janvier, notre rescapé, sous bonne escorte, rentrait sain et sauf à son oratoire de Lo-Hou.

    Cette année, malgré la persistante insécurité des routes, tous les missionnaires du Kienchang, (sauf évidemment le P. Bocat qui, après un fatigant voyage au Yunnan, venait à peine de reprendre contact avec sa chrétienté de Fulin), se sont trouvés réunis pour les exercices de la Retraite annuelle. Avant, après et même — aux heures de récréation — pendant, gaîté franche, et parfois bruyante, bien que de bon aloi. Mais pourquoi en parler ? La gaîté est tellement passée en habitude, que la signaler devient du rabâchage. Pourtant il est bien agréable de constater que, cette fois encore, pas le moindre nuage ne vint la troubler. In hoc cognoscetis eos. Donc la Retraite, commencée le dimanche 10 février, se termina le vendredi 15. Elle fut clôturée par un Salut Solennel que donna Monseigneur. Au cours de ce Salut qui terminait lui-même une journée d’Adoration, furent renouvelées les promesses de fidélité à notre vocation. Comme à l’ordinaire, une Messe fut célébrée pour tous les confrères défunts ayant travaillé au Kientchang, messe que chanta le P. Flahutez. Enfin, le 18, fête de nos Martyrs, devant une fort belle assistance, eut lieu la cérémonie des Stes Huiles, dont les rites, au dire des connaisseurs, furent observés avec une ponctualité voisine de la perfection.

    Puis, dans une profonde intimité, trois petites fêtes de famille. Prose et vers saluent l’agrégation du P. Bettendorff à la Société, félicitent notre vénéré doyen, le P. Burnichon, de porter si allégrement le poids de ses soixante ans, souhaitent au P. Arnaud d’ajouter aux cinq lustres écoulés depuis son ordination sacerdotale, beaucoup d’autres lustres encore, à dépenser au service de Dieu et des âmes. Retenons, en passant, la recette de longue vie donnée par le P. Burnichon, elle est brève et bien apostolique : “Vive la joie toujours” !

    A l’instar des capitales, Ningyuanfu connaît désormais, bien qu’en petit, la cohue des expositions universelles. Le but visé par les organisateurs est de mettre en relief les principaux produits du commerce et de l’industrie locale, et de leur apporter avec le temps de telles améliorations, que les produits du pays puissent rivaliser avec ceux des pays étrangers et même l’emporter sur ces derniers, dans le choix du public. Mais, à part le stand des fourrures qui était assez remarquable, les objets exposés ou bien se trouvent à tous les étalages des marchés, ou bien ont été importés soit d’Europe, soit d’Amérique. A vrai dire, il ne s’agit que d’un essai, mais cet essai promet pour l’avenir. L’idée est excellente et mérite encouragement. Ce qui en fait le principal attrait, c’est la multitude des curiosités antiques. On y voit de splendides porcelaines, des groupes de statuettes, des fleurs taillées dans le buis, l’ivoire, les pierres précieuses ou coulées en bronze, aux lignes d’une pureté remarquable, aux détails d’une finesse inouïe, ajoutez à cela des céramiques merveilleuses, etc., etc

    En bonne place, nous y avons aussi notre stand. La Sainte Vierge y domine un autel sobrement mais élégamment orné ; et en avant, comme si les Anges de Fra Angelico allaient donner à leur Reine un concert céleste, tous les instruments de musique qu’a pu trouver notre dévoué catéchiste se trouvent là, prêts à vibrer : cithares, violons, flûtes, etc..

    D’ailleurs les organisateurs de l’exposition ont fait à Monseigneur l’honneur de le nommer Président, sur le même pied que le Général Yang. En retour de ces bons procédés, le P. Le Bouetté va, de temps à autre, tourner un film devant une foule compacte, avide de ce spectacle nouveau.

    Puissent toutes ces sympathies ne jamais s’éteindre et servir quelque jour à l’extension du règne de Notre Seigneur !


    Yunnanfu
    2 mars

    Sa Grandeur est partie ce matin, 2 mars, pour la visite des chrétiens et l’administration du sacrement de Confirmation, dans les régions de Mongtsé et Kaihoa. Nous faisons des vœux pour que la santé de notre vénéré Vicaire Apostolique puisse supporter les fatigues de cette tournée. Monseigneur espère être de retour pour les fêtes de Pâques.

    Par ordre du gouvernement de Nankin, les effectifs militaires, au Yunnan, devront être ramenés à deux divisions et demie. La demande d’une division supplémentaire pour notre province frontière fut refusée.

    Le P. Salvat est rentré à Machang pour les fêtes du premier de l’an chinois.


    Kouiyang
    15 février.

    Monseigneur Séguin est rentré au Pétang le mercredi 6 février, après une absence de trois mois. Sa Grandeur a été très touchée de l’accueil enthousiaste qu’Elle a reçu dans les divers districts de Touanpo, Touchen, et Pinfu. Elle gardera un doux et agréable souvenir de cette tournée apostolique. Ce long voyage s’est accompli sans incident. La dernière étape, toutefois, fut pénible. La route, entre Tsingay et Kouiyang, ayant été défoncée pour faire place à une route nationale, n’était plus qu’une longue rizière détrempée par la pluie et par le dégel. Les voyageurs eurent ainsi à mettre deux jours, pour accomplir un trajet qui, en temps ordinaire, n’exige que sept heures de marche.

    Le P. Darris est de retour à Songtao. A la date du 6 février, il écrivait que le calme régnait en ville. Hélas ! Les nouvelles qui circulent ces jours-ci nous font craindre que notre confrère n’ait pas joui longtemps de la tranquillité. M. Tchéou rentrait le 28 janvier à Kouiyang, après avoir bouté son adversaire hors de la province. Sa rentrée fut des plus simples, puisqu’il rentra pendant la nuit ; tout le monde lui sut gré de la délicatesse qu’il montra en cette circonstance, en évitant toute réception officielle et tout genre de pompe extérieure. Mais ses ennemis n’étaient pas anéantis. En effet, Ly siao ien revint à la charge avec des troupes renforcées, sans doute, des débris de l’armée de Yang Sen. Coup sur coup, nous apprîmes que les envahisseurs avaient repris Ynkyang, Tongjen, Chetsien, Houangpie. L’avant-garde ennemie aurait atteint Kouittin, ville qui n’est qu’à deux étapes de Kouiyang. Les dernières nouvelles annoncent que l’ennemi serait assiégé dans cette ville par Tchéou, d’autres qu’il aurait été repoussé jusqu’à Katchangpin, une journée au-delà de Kouittin. Malgré toutes ces rumeurs, l’ordre règne dans la ville de Kouiyang, la police est très sévère, les postes ont été renforcés et des patrouilles circulent sans cesse. Tchéou résistera jusqu’au bout, dit-on. Pour nous, nous avons confiance dans la protection de St Joseph qui, jusqu’à présent, ne nous a jamais fait défaut.

    Le P. Saunier nous est arrivé le 4 février. Il a eu la chance de trouver à Ganchouen un auto qui l’a conduit ici en quatre heures et demie. Quant aux courriers envoyés au-devant de lui, la malchance a voulu qu’ils se soient croisés en route sans se rencontrer. Le Père avait pris une petite route de montagne à partir de Makay, à cause de l’insécurité de la voie ordinaire.

    Quant au P. Winkelman, nous n’avons reçu aucun renseignement précis sur sa disparition. Sans avoir la certitude absolue de sa mort, nous avons tout lieu de croire qu’il a été tué et nous le recommandons aux prières des confrères. Parti de Chetsien le 22 novembre, il a disparu entre Tongjen et Songtao. Nous avons pu suivre ses traces jusqu’à Tchaotang, mais, à partir de cet endroit, plus rien. Les autorités ont été averties, mais elles ont bien d’autres préoccupations pour le moment.


    Lanlong
    15 janvier.

    Sa Grandeur Mgr Carlo est rentrée à Lanlong quelques jours avant les fêtes du premier de l’an chinois. Pendant ces fêtes, nombreux sont ceux qui sont venus offrir leurs vœux à Sa Grandeur. Après le 15 de la lune, Monseigneur reprendra le cours de ses visites pastorales dans les Pẽ hiang du Lanlong.

    Le P. Williate a repris sa charge de Supérieur à Km Kia Tchong. Le P. Cheilletz, qui fut son remplaçant pendant deux ans, va reprendre la direction du district de Sin tcheng.

    Notre situation politique n’a guère changé depuis un mois. Les partisans de Ly siao ien se sont retirés sur les frontières, mais ils ne désarment pas ; poursuivis, ils passent sur le territoire de la province voisine, d’où ils reviennent à la charge. D’autre part, ils entretiennent dans le pays une propagande habile, annonçant comme imminente, une revanche éclatante, ce qui entretient chez le peuple un malaise très grave. Les garnisons ne sont pas assez renforcées, elles se contentent de défendre les villes, mais n’osent pas en sortir.


    Canton
    24 février.

    La rentrée des classes a eu lieu. Le nombre des élèves de l’école Yat san s’est encore accru. Il est regrettable que, faute de local pour la section des filles, on soit encore, cette année, dans la pénible obligation de la laisser dans des bâtiments par trop voisins de ceux de la section des garçons.

    Le Collège du Sacré-Cœur va commencer sa première année d’enseignement secondaire. Les élèves, ayant fini leurs cours à l’école primaire Yat san, les continueront naturellement dans le nouvel établissement. Le chrétien M. Tchu Sao Chan en est le directeur. Les PP. Finn et Mac Donald S. J,, avec quelques autres professeurs indigènes, en constituent le corps enseignant. Si la liberté et la tranquillité dont nous jouissons nous sont conservées, ce Collège recevra de nouveaux développements.

    Les Sœurs Canadiennes ont également annoncé l’ouverture d’une école primaire de chinois, 1ère année, d’une d’anglais et d’une de français.

    Le P. Nicouleau, atteint de malaria, sera obligé de prendre quelque repos. Pendant son absence, le P. Siou s’occupera du petit séminaire St Pierre et du district de Vounay.

    Le P. Seznec fait des progrès dans la connaissance de la langue : il viendra à Canton après Pâques.

    Par décision de Monseigneur, le P. Lesaint sera désormais chargé de la chrétienté de Shameen. Il a pris possession de son poste le 6 courant. Le même jour, le P. Petrus Ly s’est installé à To Kam Hang.

    Dans le courant du mois le P. Tessier, de Nanning, nous a fait une courte visite, trop courte, hélas !

    Le P. Favreau a fait une apparition au Shek-Shat.

    Nous avons eu le plaisir de voir les PP. Frayssinet, Veyrès et Joachim Lau ; ils sont demeurés à Canton pendant quelques jours.

    Nous annoncions plus haut la maladie du P. Nicouleau. Le cher Père est arrivé à Canton le 1er mars. Il était accompagné du P. Le Baron. M. le Docteur Ringenbach a minutieusement examiné le cher malade : Dieu merci, rien de grave. Le 11, notre confrère a quitté Canton pour le Sanatorium de Hongkong.

    Excellentes nouvelles de notre doyen, le P. Le Tallandier ; nous espérons le revoir bientôt à Canton.

    Nous sommes dans le progrès. Il faut croire que de grandes routes vont s’ouvrir bientôt, car certains se montrent passionnés pour la bicyclette et passent facilement par-dessus ces menus accidents si communs chez “les novices dans l’art de la pédale”. Cette passion, le croiriez-vous ? a gagné l’un de nos doyens ; lui, du moins, est prudent.... A soixante ans ! !


    Pakhoi
    11 mars.

    Dans une Mission à personnel restreint, comme l’est celle de Pakhoi, il ne devrait pas être permis d’être malade, encore moins de passer à d’autres ses outils et sa tâche. Ainsi pensait le Père Marqué, que la Faculté et la direction de la Mission envoient en France, malgré ses vives répugnances. Notre confrère emporte avec lui une dysenterie chronique et un vieux paludisme qui finiraient par lui jouer un mauvais tour, si l’on n’y mettait pas le holà. Dieu fasse qu’il nous revienne vite sans ces hôtes indésirables.

    Ce départ provoque forcément quelques mutations. Déjà le Père Ferrand a quitté son poste au petit séminaire et mis à la voile pour le vaste district de Shekshing, où il remplacera le Père Genty appelé à Pakhoi. Ce dernier a bien voulu accepter d’en assurer la direction, ce qui permettra au Père Pénicaud de remplacer momentanément le Père Marqué.

    De bonnes nouvelles nous sont parvenues du jeune Père Jégo, tout à fait conquis par ses Laii du Luitcheou et déjà lancé dans le ministère des confessions. Son curé se montre enchanté de lui.

    Bonnes nouvelles aussi de Lôfao. Le Père Léauté y compte de plus en plus sur son “Patro”, qui semble devoir réussir on ne peut mieux. Déjà l’exemple des enfants commence à impressionner les parents : un mouvement se dessine et les communions se font plus fréquentes, ce qui est bien le meilleur des signes.

    L’Œuvre de la Propagation de la Foi vient d’être installée à Fort-Bayard, avec une première dizaine complète. Oui, oui ! A Fort-Bayard, dans nos Ha-sz-fou si dédaignés ! Le chevalier Cellard peut être content et fier.

    Partout, dans la Mission s’affirme le retour aux conditions normales du temps de paix. Un seul incident fâcheux s’est produit depuis plusieurs mois ; incident qui eût pu fort mal tourner, mais qui s’est heureusement terminé sans trop de mal. Deux jeunes gens employés par le Père Richard ont été arrêtés par l’autorité militaire, sous l’inculpation de favoriser la fuite de soldats déserteurs. Ils ont été détenus plusieurs jours. Finalement l’accusation a été reconnue fausse et les deux victimes relâchées ; mais elles avaient été soumises à des tortures que nous pouvions croire disparues de Chine. Espérons qu’il n’y a eu là qu’un abus accidentel, ignoré des grands chefs et vraiment répudié par eux : il serait déplorable pour la Chine que les nouvelles lois abolissant la torture restassent lettre morte.


    Nanning
    12 mars.

    Le P. Labully a été choisi par la majorité des confrères pour être leur représentant à la réunion préparatoire de l’Assemblée de 1930.

    Il est incontestable que le Kwang Si se modernise. Mais le progrès est en lutte avec la routine, et cet antagonisme donne lieu à de singuliers contrastes.

    Deux confrères férus, l’un, du plus pur optimisme, l’autre du plus noir pessimisme, causaient ensemble, abondant chacun dans leur sens.

    — Voyez, disait l’un, ces fils électriques tissant leur toile au-dessus de notre cité ; ils symbolisent le progrès qui nous envahit de toutes parts.
    — Oui, répondait l’autre, mais ces fils électriques ne portent dans leurs flancs que de la lumière obscure : 15 volts à peine ; je garde ma lampe à huile.
    — Voyez ces autos circuler dans les rues et remplacer les antiques chaises à porteurs.
    — Oui, mais elles sont arrêtées à chaque instant par les égouts éventrés qu’on oublie de recouvrir.
    — Voyez comme la ville se développe, depuis qu’on a enlevé les remparts qui l’encerclaient.
    — On aurait bien fait d’enlever non pas seulement les briques, mais aussi la terre glaise que la pluie délaie et où s’enlisent les passants.
    — Voyez les pylônes de la T. S. F. se dresser dans les airs pour lancer des ondes au-dessus des montagnes.
    — Vous oubliez que le dernier télégramme qui nous est venu de Pékin a mis un mois à nous parvenir.
    — Que dites-vous de cet avion que nous avons entendu vrombir ces jour derniers au-dessus de nos têtes ?
    — Il n’a pas étouffé le bruit infernal des brouettes qui continuent à grincer sur les pavés raboteux.
    — Venez donc voir les nouveaux boulevards qui alignent des magasins magnifiques.
    — Nous reviendrons par des rues tortueuses ou nous ne pourrons passer deux de front.
    — Que dites-vous de ce jeune confrère qui est arrivé ces jours derniers à l’Evêché après avoir, en trois jours, couvert plus de 700 kilomètres en bicyclette et en auto ? N’est-ce pas un recors de vitesse ?
    — Et cet autre confrère qui se morfond depuis deux mois à attendre que ses bagages aient couvert les 300 kilomètres qui séparent le Tonkin de Nanning ?

    La conversation dura longtemps, aucun des deux interlocuteurs ne voulant s’avouer vaincu.

    En faveur de qui nous prononcerons-nous? En faveur de tous les deux. Leur conversation résume la situation actuelle.


    Vinh
    4 mars.

    Le Bulletin de janvier annonçait que l’on était en train d’installer l’électricité dans les établissements de la Mission à Xa Doai. Les travaux peu considérables en somme : érection d’une centaine de poteaux, pose des fils conducteurs, installation d’un appareil transformateur, — les travaux, dis-je, commencés à la mi-novembre devaient être terminés pour Noël, mais, par suite de divers contre-temps, ils sont encore, inachevés. On doit les reprendre incessamment et, si nous n’avons pas l’électricité à Pâques, nous l’aurons sans doute à la Trinité ! Ayant attendu depuis…. toujours, nous attendrons bien encore un mois ou deux.

    En fait de nouvelles, direz-vous, c’est assez maigre ; j’en conviens, mais la suite des jours n’amenant point d’événement notable, je ne puis en inventer ! Si toutefois la chose vous intéressait, je vous dirais que, le 20 février, Mgr Eloy est parti pour une tournée pastorale dans le district du Ngan-Sau et qu’avant son départ il a créé, fondé ou érigé, quatre nouvelles paroisses, simple démembrement de paroisses un peu trop étendues ou populeuses.

    Le nombre des paroisses augmente chaque année avec le nombre de nos prêtres annamites. Le Vicariat compte maintenant 116 paroisses ; comme le chiffre de la population catholique est de 142.000, cela fait une moyenne de 1200 âmes par paroisse. Les desservants peuvent soigner davantage l’instruction des fidèles et obtenir une plus grande fréquentation des sacrements. On trouve généralement qu’ils ne s’occupent ou ne se préoccupent pas assez de la conversion des infidèles. Ils ne manquent pas de raisons ou de prétextes pour s’excuser : ils n’ont ni le temps ni les ressources suffisantes pour se lancer dans cette œuvre d’évangélisation, qui est surtout l’affaire de prêtres européens, venus dans le pays précisément à cette fin. Mais ceux-ci se font de moins en moins nombreux et de plus en plus vieux ; l’âge, les infirmités ont un peu refroidi leur ardeur. Exoriare aliquis !...

    En attendant, “l’Œuvre Expiatoire” de Montligeon pour la délivrance des âmes du Purgatoire vient d’être organisée dans le Vicariat. Les feuilles de propagande, semées de côté et d’autre, affirment, en le soulignant, qu’aucune œuvre n’est plus agréable à Dieu. Je croyais jusqu’à présent que les travaux de l’apostolat tendant à la conversion des infidèles ou des pécheurs procuraient plus de gloire à Dieu et lui étaient plus agréables, suivant la parole de l’Evangile : Ita gaudium erit in cœlo super uno peccatote pœnitentiam agente, quam super nonaginta novem justis, qui non indigent pœnitentia. Or les âmes du Purgatoire sont de saintes âmes…. Mais on m’arrête : Comment ! vous ne voyez donc pas que l’un n’empêche pas l’autre, et que du reste les âmes, qui bénéficieront des suffrages que leur vaudra l’établissement de cette œuvre, prieront pour la conversion de vos chers infidèles. — En effet, j’oubliais....


    Hunghoa
    12 mars.

    Bonnes nouvelles de nos malades. Tandis qu’en Ardèche, le Père d’Abrigeon continue la rééducation de son tympan, le Père de Neuville, à Livarot, travaille à l’amélioration de son foie ; il devra retourner, cette année encore, à Vichy ; en attendant, il aide son curé, malade lui aussi, et fait du ministère au pays natal. A Hanoi, le cher Père Laubie, qui, après six mois de Tonkin, se croyait déjà à la veille de jouir du Paradis, profite des bons soins des Sœurs hospitalières, et prend du poids : des “poids plume” il marche progressivement vers les “poids lourds” ; en quinze jours, il a gagné deux kilogs ! Que Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus lui obtienne de se débarrasser complètement de sa toux, et de revenir bientôt continuer ici l’étude de l’annamite !

    Durant les fêtes du jour de l’an annamite, les Pères Maheu, de Qui-Nhơn, Décréaux et Dépaulis, de Hanoi, sont venus nous rendre visite. Avec la “20 HP”, mise à leur disposition et pilotée par M. de Montpezat, fils du sympathique Délégué de l’Annam-Tonkin, les 67 km. qui séparent Hanoi de Hưng-Hoá, furent un jeu.

    Peu de jours auparavant, Mgr Ramond avait mis presque autant de temps pour faire les 6 km. qui nous séparent de la Rivière-Noire ; il faut dire que, revenant de Hanoi, Sa Grandeur n’avait trouvé, à sa descente du bac, qu’une vieille carriole, qui fait le service des voyageurs ; de pauvres haridelles, dont on compte aisément les “cerceaux”, la tirent tant bien que mal ; et comme le harnachement va de pair, cordes, ficelles, liens en bambou, fils de fer, chevilles, etc. il est rare qu’il n’y ait pas d’anicroche. Ce jour-là, le canasson allait tranquillement son petit train-train, et Monseigneur, qui aime les vitesses modérées, jouissait du paysage déjà connu et de la fraîcheur du soir, lorsque, soudain, l’équilibre parut se rompre. Ce n’était rien, heureusement ! on n’avait perdu qu’une roue, et le vieux cheval, par respect, sans doute, pour le noble voyageur, ne s’était nullement emballé. Monseigneur en fut quitte pour prendre son sac de voyage, et faire allégrement à pied les 2 km. qui séparent le village de Cầu-Giậu, lieu de l’accident, de la Mission.

    Trois semaines après, au même endroit, le Père Mazé, qui, lui, sur sa bicyclette de course, n’a pas le temps de compter les kilomètres, cassait le moyeu de sa roue avant. Comme il était en service commandé, et allait donner la Mission chez ses nouveaux chrétiens, son bon Ange veilla sur lui ; une roue sur l’épaule, et tirant sa bécane, ainsi désagrégée, il fit, lui aussi, la route à pied ; les petits chrétiens de Hunghoa, habitués à une autre allure, n’en revenaient pas !

    Son compatriote, le Père Savina, est de retour parmi nous. Notre cher confrère a le don des langues, et, travailleur acharné, il en use largement. Il pourrait prêcher, dans une même journée, en thổ, en mán, en nùng, en chinois, en mèo, en annamite, comme en français et en breton, et, avec la même facilité, on pourrait dire, avec la même volubilité. Durant son séjour chez les Pères Dominicains de la Mission de Lạng-Sơn, et chez les Pères de Picpus, dans l’île de Haïnan, il a pu se perfectionner dans l’étude des dialectes de ces régions, et se renseigner sur les us et coutumes des diverses tribus, qui les habitent.

    Il nous a raconté ses voyages, et leurs nombreuses péripéties : tempêtes en mer, périls sur les fleuves, rencontres de brigands, longues courses à pied, nombreuses veilles, etc.. Surtout, la traversée de l’île de Haïnan, du nord au sud, qu’il fit en compagnie d’officiers chinois, chargés d’établir la carte de ce pays, fut très intéressante pour lui ; il eut l’occasion de rencontrer des peuplades encore inconnues, dont les dialectes se rapprochent de ceux de la Haute-Région du Tonkin. Partout, chez ces montagnards, il trouva la même hospitalité patriarcale, et, aussi, le même étonnement, quand ils l’entendaient converser avec eux. Plus que toute autre chose, sa messe matinale, servie par un colonel catholique de l’expédition, les intriguait et tous se demandaient que pouvaient bien faire, si tôt et si dignement, ces deux étrangers.

    Inutile d’ajouter que tous ses compagnons de route, depuis le général, chef du groupe, jusqu’au dernier coolie de l’escorte, furent aux petits soins pour le Père Savina. Il garde le meilleur souvenir de leurs services, et il n’oubliera certainement pas la “pompe à automobile”, qu’ils lui apportèrent, un certain jour, en guise... d’irrigateur ! (ce n’est plus le compte-gouttes de notre cher doyen !)

    Désormais, notre confrère va s’occuper des populations “Mèo” de notre Mission, et Mgr Ramond lui confie le soin de commencer, si possible, leur évangélisation, dans la région de Lao-Kay, Chapa ; puisse l’heure de leur conversion sonner bientôt, et que Dieu donne au Père Savina de voir, un jour, le résultat de ses travaux linguistiques et de ses nombreuses courses apostoliques !

    Le 14 février dernier, Mgr Ramond commença la tournée de Carême par la bénédiction de l’église de Xuân-Dương, à 6 km. de Hunghoa, et la Confirmation d’un groupe de près de 200 néophytes, des environs ; naturellement, le Père Vandaele et ses philosophes furent de la fête, et aidèrent le Père Mazé, pour le chant et les cérémonies. Il ne reste qu’à demander à Dieu la persévérance de ces braves gens, et la grâce de voir bientôt leur église devenir trop petite !

    Les paroisses de Ðức-Phong, Làng-Lang, Chiểu-Ứng, où travaillèrent jadis les Bienheureux Cornay et Schaeffler, eurent également la visite pastorale. Comme d’habitude, le cher Père Chatellier, toujours “Confesseur non Pontife”, est le bras droit de Sa Grandeur, et, si les cordes vocales ne lui rendent qu’un faible service, il compense au St-Tribunal ; que de mérites son bon Ange doit inscrire à son “Actif”, en Procure céleste !


    Phatdiem
    7 mars.

    Monseigneur De Cooman est allé faire la visite de quelques paroisses. Sa Grandeur sera de retour ici pour la Semaine Sainte.

    Le P. Soubeyre nous est revenu complètement rétabli du Sanatorium de Béthanie, à Hongkong. Un autre de nos confrères est allé prendre là-bas la place qu’il y avait laissée libre ; il s’agit du P. Delmas, dont un séjour en France n’avait pu rétablir la santé. Nous espérons tous et prions pour que le climat de Hongkong soit plus favorable à notre confrère, afin qu’il puisse, après quelques mois, nous revenir plein de force et de santé.

    Le P. Bourlet a été choisi pour être le délégué prévu par l’article 41 du Règlement de la Société.

    La construction du Petit Séminaire de Phuc Nhac se poursuit activement. Le désir du Supérieur, le P. Réminiac, serait de pouvoir en faire l’inauguration à l’occasion de la rentrée prochaine. Les anciennes paillottes qui ont, jusqu’à présent, abrité maîtres et élèves, menacent ruine de plus en plus, il suffirait de la moindre pluie pour tout inonder.

    D’un autre côté, le P. Lury, notre procureur, qui, en plus de ses multiples travaux, a entrepris de diriger la construction du séminaire, se demande s’il pourra terminer cette œuvre pour le mois de septembre, époque fixée pour la rentrée.

    Le 10 mars, Mgr Marcou procédera à l’ordination de 4 nouveaux prêtres, ce qui portera à 131 le nombre de nos prêtres indigènes. De plus, à cette même ordination du 16 mars, Sa Grandeur confèrera les Ordres à six sous-diacres, à sept minorés et la tonsure à six séminaristes. L’un des minorés a déjà deux frères qui sont prêtres, dont le P. Lue San. Ce dernier, actuellement professeur de philosophie au Grand Séminaire, est lauréat des universités romaines.

    Le P. Lury vient de réaliser ce qu’on peut, étant donné les conditions dans lesquelles il se trouvait, regarder comme un véritable tour de force : en moins de trois mois, en plein Chau-Laos, à Hoi Xuan, il est parvenu à construire une maison avec étage toute en briques. Elle servira de résidence aux confrères qui travaillent dans cette région.

    Le 3 mars, trois religieuses de N. D. des Missions ont prononcé solennellement leurs vœux perpétuels.


    Quinhon
    7 mars.

    Le 16 février, S. G. Mgr Herrgott a bien voulu suppléer Mgr Grangeon et ordonner 6 nouveaux diacres, en notre grand séminaire de Dai-an.

    Sa Grandeur nous a ensuite prêché une excellente retraite, puis s’est rendue à Kontum pour en prêcher une seconde. Sa parole, aussi pieuse que convaincante, n’aura pas manqué d’y toucher, comme ici, tous les cœurs.

    Le 3 mars, Mgr Grangeon a reçu une réponse de Rome, acceptant la démission qu’il avait offerte au mois de novembre dernier. Notre vénérable Evêque demeure Administrateur de notre Mission jusqu’à la nomination de son successeur. Les confrères ont été priés d’envoyer leurs votes à Paris, dans le plus bref délai ; les prêtres annamites, ordonnés avant 1920, les adresseront à un évêque voisin. Inutile de vous dire la surprise de nos confrères et leurs regrets.

    Mgr Grangeon partira pour Saigon le 8 mars, en compagnie de Mgr Herrgott, et subira une double opération de la cataracte. Nous recommandons Sa Grandeur aux prières des lecteurs du Bulletin.


    Saigon
    8 mars.

    Le cher Père Abonnel, en sortant de la Clinique Angier, est allé respirer l’air frais de Hongkong, d’où, après un mois de séjour, il nous est revenu bien portant. Puisque tout va bien pour lui et pour nous, de plus amples détails me paraissent superflus.

    Son Excellence, Monseigneur Dreyer, notre nouveau et sympathique Délégué Apostolique, a fait à Saigon une courte apparition. A l’arrivée du “Porthos”, mercredi 6 mars, à 10 heures ½ , Mgr Dumortier, en compagnie du Directeur des Bureaux du Gouvernement, député par Monsieur le Gouverneur Général et par Monsieur le Gouverneur de la Cochinchine, est allé à bord saluer Son Excellence. A la Cathédrale, une foule compacte attendait depuis plus d’une heure. Enfin, à onze heures précises, toutes les cloches se mirent en branle, et Mgr le Délégué, au chant du Sacerdos et Pontifex et du “Benedictus”, traversa lentement la vaste nef, en donnant aux Saigonnais agenouillés sa première bénédiction. Après avoir, en quelques mots partis du cœur, exprimé toute sa joie de se trouver au milieu de nous, Son Excellence a béni l’assistance de la part du Saint-Père ; et, le soir du même jour, Elle s’embarquait pour Hué, qui est le lieu de sa résidence ordinaire.

    Le P. Artif. — Nous lisons dans La Dépêche du 14 février les lignes suivantes au sujet du P. Artif :

    “C’est une personnalité bien connue à Saigon que celle du P. Artif qui vient de disparaître ces jours derniers à l’âge de 85 ans. Soixante ans de son activité — toute une longue vie — furent consacrés par lui à la propagation de sa foi en même temps que de l’influence française.

    “Né le 9 février 1844 aux environs de Saumur, il fit ses études au Séminaire de son pays. Ordonné prêtre à Angers, le 21 décembre 1867, il vint à Paris, au Séminaire des Missions-Étrangères en 1868, et, un an après, en 1869, partit pour la Chine, dans la province du Se-Tchouan. Il resta quinze ans consécutifs dans ce premier poste, qu’il ne quitta qu’en 1884 pour rentrer en France, gravement malade. Il séjourna dans son pays pendant onze ans, exerça le ministère paroissial et fonda une maison de retraite. Puis, en 1895, il repartit en Mission, se fixa à la Maison de Nazareth à Hongkong. C’est là qu’il rédigea et édita son travail le plus important : “Une vie des Saints”, en langue chinoise, qui compte douze volumes. Le P. Artif était un fin lettré, mais son souci de la perfection l’empêcha souvent de publier ses ouvrages. C’est ainsi qu’une considérable étude d’exégèse sur l’Apocalypse, entreprise par lui, est restée inédite.

    “En 1903, le P. Artif vint se fixer à Saigon. Le poste de Procureur de la Société des Missions-Étrangères étant devenu vacant, il accepta de l’occuper, et pendant plus de vingt ans, jusqu’en 1926, il fut mêlé à la vie saigonnaise où beaucoup purent apprécier ses hautes qualités.

    “Il fut, en effet, à cette époque un véritable animateur intellectuel. Homme d’une haute culture, prodigieusement au courant de toutes les questions, son abord facile permettait à chacun de trouver chez lui les conseils ou les indications dont il avait besoin. Les vieux Saigonnais se rappelleront avec émotion la simplicité avec laquelle il les recevait, et sa planche, la fameuse planche sur laquelle il écrivait, posée simplement sur le bras du fauteuil en rotin où il était assis.

    “En 1926, il se retira de la vie active ; il était rentré en France il y a quelques mois. Il vient de s’éteindre doucement dans son pays d’Anjou. Sa disparition sera accompagnée des regrets de tous ceux qui l’ont connu.

    “La Dépêche salue la mémoire de cet homme de bien et, s’associant au deuil qui frappe la Société des Missions-Étrangères, lui adresse ses plus sincères condoléances.


    Bangkok.
    7 mars.

    Le 7 février, sont rentrés au Siam, après une intéressante promenade au Laos et en Indochine les Pères Durand et Piljean. Afin d’éviter toute erreur, disons que le P. Durand appartient à la Mission de Bangkok et le P. Piljean à celle du Laos. Quand le chroniqueur laocien écrit en effet : “Du Cambodge, les PP. Piljean et Durand viennent passer leurs vacances chez nous”, il laisse supposer que ces Pères appartiennent à la Mission du Cambodge, et qu’ils ont gagné le Laos par la voie du Cambodge. Double méprise, ou, tout au moins, double amphibologie, puisque les voyageurs, l’un siamois et l’autre laocien, ont gagné Oubone et Nong Seng viâ Ko-rat. Ajoutons pour ceux qui l’ignorent que le Siam est maintenant relié par route ou voie ferroviaire avec les pays voisins : Cambodge, Laos, Penang. On examine actuellement les possibilités de rattacher le Siam à la Birmanie, viâ Moulmein. Mais de sérieuses difficultés retardent encore l’accès projeté.

    Chaque année, les fêtes traditionnelles de l’anniversaire du couronnement de Leurs Majestés, le Roi et la Reine du Siam, deviennent de plus en plus populaires, militaires et religieuses. Des “chapitres” de moines bouddhistes, avec leur “Abbé”, ont commencé le 24 février par attirer les “bénédictions” du “Seigneur Bouddha”. Puis le 25, de nombreuses parades et revues militaires ont fasciné la foule, chez qui s’éveille le sens et le sentiment patriotiques. Trente-cinq avions ont participé cette année aux réjouissances générales. Ces escadrilles ne sont évidemment pas encore redoutables, mais elles laissent supposer un sérieux entraînement aérien et pourraient occasionner un certain désarroi en temps de guerre. Heureusement le Siam jouit d’une paix inaltérable et nul gros nuage ne paraît assombrir l’horizon diplomatique.


    Birmanie Méridionale
    28 février.

    Nos morts. — La Mission a été bien éprouvée depuis un mois ; elle a perdu trois prêtres, un indigène et deux français.

    Le P. Paboun avait plus de 80 ans. Il était dans un petit village Carian où il avait célébré les offices de Noël. il se sentit indisposé et, prévoyant que ce serait la fin, il se fit reconduire au poste central de Kanobogon, où le Père Mourier put lui donner les soins spirituels et temporels que nécessitait son état. Il fit une mort bien édifiante. Malgré son grand âge, il continuait d’administrer un petit village Carian. On peut dire qu’il a travaillé jusqu’au bout.

    Notre cher Doyen, le Père de Chirac, n’est plus. Depuis longtemps sa santé laissait de plus en plus à désirer. Il était touché par plusieurs maladies à la fois. A plusieurs reprises, nous avons attendu la nouvelle de sa mort. Un confrère pressé avait même dit deux Messes pour lui. Comme il l’avait fait plusieurs fois pendant sa vie, il trompait la mort. La terrible visiteuse a cependant vaincu. Depuis plusieurs semaines, le cher malade ne pouvait pas se coucher. Il devait rester assis ; les jambes enflées suppuraient en plusieurs endroits ; le malade pouvait à peine parler. La mort est venue doucement, mettant fin à cette longue agonie. Le Père de Chirac, né le 19 avril 1863, avait été ordonné prêtre le 7 mars 1886. Arrivé en Mission le 11 juin suivant, il avait été envoyé à Moulmein pour aider le Père (futur Mgr) Cardot souffrant. L’assassinat du Père Biet, le 4 septembre 1886, lui ouvrit les portes de l’Eglise St Mary, seconde paroisse de Moulmein. Il ne l’a jamais quittée et il repose maintenant dans l’église qu’il avait commencé de bâtir, mais qui reste inachevée.

    Notre troisième défunt est le Père Gaston Vérine. Né le 3 octobre 1882, il vint en Mission en 1905 et fut envoyé à Mergui chez le Père Jumentier. De Mergui il fut transféré à Yandoon et, en 1908, devint vicaire du Père Luce à la Cathédrale. En 1915, il devint curé de l’Eglise St Jean du Cantonnement.

    Dernièrement, ressentant une douleur au ventre, notre confrère se fit examiner. Le Docteur découvrit qu’il devait être opéré immédiatement de l’appendicite. Il fut admis à l’hôpital le samedi soir ; le lundi l’opération eut lieu avec succès. Les premiers jours, l’état du malade fut à peu près normal. Celui qui écrit ces lignes le vit tous les jours et, chaque fois, se borna à lui dire quelques paroles. A l’avant-dernière, je lui dis des me répondre un peu et de reprendre courage. Le lendemain, je me trouvai avec le P. Picot. Nous vîmes le malade plus bas ; fièvre très forte, joues enflammées. La fièvre continua de monter, provoquant le délire. Il put néanmoins recevoir les derniers sacrements pendant un moment de parfaite lucidité. Deux jours après il mourait, sans que les docteurs puissent dire de quelle maladie, car l’opération de l’appendicite avait, disent-ils, réussi. Le défunt, ayant passé presque toute sa carrière de missionnaire à Rangoon, y était très connu et ses obsèques furent suivies par une foule très nombreuse. On y remarquait des officiers du Gouvernement, parmi lesquels le Chief Justice de la Haute Court. Requiescat in pace.

    La Birmanie Méridionale a 64971 chrétiens et 36 Missionnaires. Hélas ! sur ces 36 Missionnaires, 21 ont plus de 50 ans et 5 plus de 45 ans.

    Chronique. — P. Chevalier est nommé assistant du P. Boulanger pour l’aider à tenir les deux paroisses de Moulmein. Bravo pour nouveau doyen qui, à son âge, dame le pion aux plus jeunes !

    Le P. Mamy vient à Rangoon prendre la place du P. Vérine. Tout le monde est content et, par-dessus tout, les mendiante de la ville, qui certainement pavoiseront le jour du retour du bon Père Mamy.

    Le P. Rieu quitte son poste de Nyaunggon pour aller remplacer le P. Mamy à Gyobingauk.

    Son Excellence le Délégué Apostolique a visité la Birmanie et a fait la conquête de tous par son affabilité, sa simplicité et, pour ceux qui pouvaient avoir des affaires à traiter, sa manière si claire et si prompte de donner une solution à tous les cas proposés. Nous regrettons que sa visite ait été si courte. En dehors de Rangoon, il n’a pu visiter que Bassein. Puisse Son Excellence avoir emporté un souvenir aussi bon que celui qu’Elle a laissé ici.

    Son Secrétaire, le Père Hurley, n’a pas emporté un aussi bon souvenir. Il est revenu de Mandalay avec une forte attaque de malaria et a dû faire un séjour à l’hôpital de Rangoon, De lui aussi quel bon souvenir nous avons gardé ! Espérons que ce ne sera pas la dernière visite.

    Dimanche dernier, Monseigneur a conféré la prêtrise à 4 diacres Carians. Ils ont déjà leur destination. Ce n’est pas quatre qu’il faudrait mais 12. Mitte, Domine, operarios.


    Kumbakônam
    18 février.

    Dans sa lettre circulaire nº 39, envoyée aux confrères pour leur faire part et de sa démission d’Evêque de Kumbakônam et de sa nomination d’Administrateur Apostolique de ce même diocèse, Mgr Chapuis écrivait ce qui suit : “Les RR. PP. Sovignet et Xavier demeurent Vicaires Généraux comme auparavant”.

    Le P. R. Michotte a quitté, d’une façon définitive, l’école industrielle de Kumbakônam, école qu’il avait fondée en décembre 1914. Il est allé s’installer à Suramangalam, un faubourg important de la ville de Salem.

    Le P. Huysman, a quitté son poste d’Outtamenour, pour aller se fixer, provisoirement, au Sanatorium St Théodore, où il a été mandé par Mgr Chapuis.

    Le P. Rabardelle, toujours provisoirement, s’installe à Kumbakônam, afin d’y remplir les fonctions de vicaire de la Cathédrale.

    De nos confrères qui sont actuellement absents en France pour cause de maladie, voici ce que rapportent les derniers échos qui nous arrivent de là-bas : Le P. Palluel, dont le rétablissement demandera beaucoup de temps, partage ses loisirs entre les occupations d’aumônier et celles de professeur d’anglais dans un pensionnat de Normandie.

    Le P. Chassain va mieux, il n’attend plus pour rentrer que la “stabilisation” dans les affaires.

    Le P. Bulliard est allé faire une saison à Vichy ; n’y ayant pas trouvé la guérison ni même l’amélioration qu’il en attendait, il sera, pense-t-il, obligé de soumettre à la radioscopie le “mécanisme intérieur” de sa personne.


    Procures
    12 mars.

    Le P. Moreau a été appelé à Hongkong pour s’y occuper des commissions. Le P. Morin remplace le P. Moreau à Singapore, et le P. Samson a repris son ancien poste à Shanghai.


    Séminaire de Paris
    1er février.

    La seconde quinzaine du mois de janvier a été marquée par divers événements qui, tranchant sur le cours du temps, méritent d’être mentionnés.

    Un Décret de la S. C. de la Propagande érige en Mission autonome la partie du Vicariat du Thibet connue sous le nom de “Thibet Sud” ou “Thibet Indien”. Au territoire occupé déjà par nos confrères est adjoint le royaume de Sikkim (4.000 km2, 7.000 habitants). Cette nouvelle Mission nous reste confiée.

    La partie de la Mission de Swatow, évangélisée depuis quelques années par les PP. de Maryknoll, est érigée en Mission autonome avec Kaying comme centre.

    On sait que, pour raison de santé, Mgr Deswazières, élu Vicaire Apostolique de Pakhoi, avait cru devoir donner sa démission ; mais le Saint-Père a tenu à ce qu’il reçoive néanmoins la consécration épiscopale. La cérémonie a eu lieu dans l’église St Joseph de Tour-coing, le dimanche 27 janvier. Mgr de Guébriant fut le consécrateur, assisté de Mgr Lecomte, évêque d’Amiens, et de Mgr Liénard, évêque de Lille. Mgr Chollet, archevêque de Cambrai, Mgr Rasneur, évêque de Tournai, et plusieurs prélats assistaient à la cérémonie, qui fut vraiment grandiose. Huit confrères représentaient la Société des Missions-Étrangères : les PP. Ferrières, Bibollet, Fouque, Durand, Nassoy, Lévêque, Lacroix et Grégoire.

    Mgr le Supérieur, aussitôt rentré de Tourcoing, est reparti le 29 au matin pour Montbeton, où Sa Grandeur présidera la retraite de nos confrères du Sanatorium.

    Le P. Dassier a quitté l’hôpital St-Joseph et est complètement remis de l’opération qu’il a subie.

    Mgr Maillet, Préfet Apostolique de Langson, a été notre hôte pendant 48 heures à son retour d’un voyage en Hollande.

    A été admis comme aspirant : N 1, M. Paillet, du diocèse de Bayonne.



    1929/229-256
    229-256
    Anonyme
    France et Asie
    1929
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