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Chronique des Missions et des Etablissements communs 5

Chronique des Missions et des Etablissements communs. Tôkyô 6 avril.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs.
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    Tôkyô

    6 avril.

    Grâce à linitiative du Cyma (Catholic Young Mens Association) de la paroisse du Sacré-Cur à Yokohama, un Concert a été donné le samedi 5 avril au Memorial Hall de la cité, au profit de la nouvelle église, dont la construction est projetée pour une réalisation prochaine. Mgr lArchevêque de Tôkyô avait bien voulu honorer la séance de sa présence. Lassistance nombreuse, composée détrangers et de Japonais, parmi lesquels on remarquait les familles du préfet et du maire de Yokohama, a joui pendant deux heures dun véritable régal artistique fourni par une prima donna polonaise, Mme Julia Markowska, et un quatuor des meilleurs virtuoses du violon, du violoncelle et du piano que compte Yokohama. Les frais nécessairement assez élevés dune séance de ce genre ont été en partie couverts grâce à lingéniosité des membres du Cyma, qui a procuré laddition, au programme artistement imprimé, dune vingtaine de pages dannonces bien payées. En sorte que le succès matériel du Concert a été aussi pleinement assuré. C. Q. F. D..

    Le 7 mars, en la fête de Saint Thomas dAquin, Mgr lArchevêque a célébré au grand séminaire une messe pontificale, qui a été suivie dune séance dargumentation philosophique. Cette séance inaugurait les premières joutes de ce genre ; six étudiants y ont pris part, partagés en deux groupes, comprenant chacun un soutenant de thèse et deux opposants. Le grand séminaire compte présentement 67 étudiants appartenant à diverses missions du Japon, dont 20 à larchidiocèse de Tôkyô. Ladjonction dune aile nouvelle aux bâtiments déjà construits permettra dans un avenir prochain de répondre aux demandes dadmission qui, de diverses parties du Japon, se font de plus en plus nombreuses. Ajoutons ici quau commencement davril, début au Japon de lannée scolaire, le recensement des élèves du petit séminaire attenant à larchevêché et à la paroisse de Sekiguchi accusait le chiffre de 43 étudiants, dont 21 appartenant à la mission de Tôkyô.

    Les jeudi 31 mars et vendredi 1er avril sest tenue à larchevêché, sous la présidence de S. E. le Délégué Apostolique, une réunion plénière des supérieurs des missions du Japon, pour fixer dun commun accord le statut du grand séminaire St François-Xavier de Tôkyô. Plusieurs autres questions ont été traitées dans les quatre séances qui ont rempli les deux journées : en particulier la question de la presse, au sujet de laquelle le P. Candau a présenté un rapport. A ce sujet, il a été décidé que le premier dimanche de juin serait, dans toutes les paroisses du Japon, spécialement consacré à promouvoir par les moyens jugés convenables luvre de la presse. On a décidé également que tous les missionnaires du Japon jouiraient dans toute létendue du pays des facultés de confesser et de prêcher qui leur ont été conférées dans leurs missions respectives. On a agité aussi la question de létablissement de conférenciers bénévoles à mettre au service des divers postes pour lévangélisation des païens, et celle des limites dans lesquelles peuvent être tolérées les contributions des chrétiens à certaines fêtes locales.

    Le 3 avril, dans le poste dUeda installé à neuf par Mgr Rey dans les dernières années de sa vie, et dont le P. Okoshi, ancien élève du séminaire de Clermont, est le présent titulaire, Mgr Chambon a eu, avec la joie de donner 12 confirmations, lagréable surprise de voir lassemblée des chrétiens exécuter en chur les chants liturgiques sous la direction de leur pasteur.


    Fukuoka

    10 avril.

    Les soldats envoyés en Mandchourie et à Shanghai sont enfin rentrés ; les journaux ne tarissent pas sur leurs exploits. Nous connaissions déjà les listes de volontaires ayant signé de leur sang une demande de départ pour le front ; on nous narre maintenant que le drapeau qui a conduit les braves à lassaut des forts de Ou-Song était teint du sang de jeunes filles tel groupement de demoiselles avaient offert leur sang pour peindre le disque du soleil levant qui se détache en rouge sur le fond blanc du drapeau nippon ; nous apprenons maintenant quun artiste est en train de peindre, toujours avec son sang, les traits de Jimmu Tenno, le premier Empereur du Japon, etc..

    Un vent de gloire et de victoire souffle sur nos têtes ! La Gloire a demandé au soleil de luire, à la nature de sépanouir et voici quavec nos vainqueurs Phébus est revenu, les cerisiers sont en fleurs ! La victoire a épanoui les fronts et ragaillardi les curs, les missionnaires eux-mêmes semblent en être tout rajeunis... Oyez plutôt :

    Notre jeune Evêque, la boussole à la main, parcourt son immense chantier doù surgiront sous peu un couvent et un séminaire ; notre cher doyen, le P. Garnier, construit pour ses 900 chrétiens dAmakusa une solide église en ciment armé ; le puissant et sympathique P. Bonnet tout en se bâtissant un nouveau presbytère, prêche des retraites, un mois durant, à la turba magna dImamura. Le P. Bonnecaze, lui, entreprend à Hitoyoshi, la construction dune salle de conférences ; le P. Lagrève, à lombre de la Trappe de Shindenbaru, épris de poésie, tout comme nos imagiers dantan, rêve dun joli clocher à jour, tandis que le P. Doller, à Yawata, se lance dans la pouponnière. Décidément Fukuoka et son équipe ont une mentalité de conquérants et de vainqueurs.


    Séoul

    4 avril.

    Ainsi quil a été déjà signalé dans la chronique du mois dernier, les Evêques ou Ordinaires de Corée se sont réunis à Séoul le 15 février. Il sagissait de la mise au point dun Directoire commun à toute la Corée et en concordance avec les décrets du Concile de septembre. Le travail a été achevé le 2 mars, 22 séances plénières ont été tenues Mgr Brecher, Préfet apost. de Yen Ki, est reparti ce jour même. Il avait hâte de rentrer dans sa mission, ayant reçu la nouvelle quun de ses missionnaires était gravement malade. De fait, ce missionnaire est mort peu dinstants après le retour de son supérieur. Le défunt, né en Bavière en 1886, était venu en Corée en 1922. Cest une nouvelle victime du typhus qui fait tant de ravages chez les missionnaires.

    Nous avons commémoré, le 8 mars, le soixante-dix-huitième anniversaire de naissance de Mgr Mutel. Quelques jours après, le 19 mars, nous avons pris part au deuil de notre vénéré Vicaire Apostolique qui venait dapprendre par télégramme la mort de son frère aîné (84 ans), ancien professeur au lycée de Nancy et retraité dans cette ville. S. E. a encore sa sur âgée de 82 ans et retirée dans la maison paternelle à Blumerey, (Hte-Marne).

    Le mois dernier Mgr Morris, Préfet apost. de Hpyeng Yang, a réuni tous les catéchistes ou chefs de chrétientés (environ 120), hommes et femmes, pour une retraite fermée que le P. Ant. Gombert est allé leur prêcher. Le P. Vermorel, provicaire de Taikou et qui porte allègrement le poids de 72 hivers, nous a fait le grand plaisir de venir à Séoul donner les exercices de la retraite aux catéchistes de la paroisse pro-cathédrale.

    Le 10 mars était le vingt-cinquième anniversaire de lordination sacerdotale de Mgr Larribeau, mais les missionnaires nen ont fait quune simple mémoire, ils se réservent den célébrer la solennité le 1er mai à lissue de leur retraite dont ce sera le bouquet spirituel. Du reste ils doivent associer à cette fête deux autres jubilaires, les PP. Polly et Jaugey qui ont été aussi ordonnés en 1907, au Collège Général de Pinang.

    Avril, cest en Corée comme au Japon, louverture dune nouvelle année scolaire : En mars ont eu lieu les examens dentrée, mais la crise économique qui sévit ici comme ailleurs, a réduit le nombre des candidats. Cependant ceux-ci ont dépassé encore, et de beaucoup, les possibilités dadmission. Ainsi pour les 70 places libres (section des laïques) dans notre école secondaire, il y a eu 442 demandes dexamen dentrée, et il en est de même pour toutes les écoles secondaires ou supérieures tant de garçons que de filles. Les directeurs des écoles primaires peuvent se tenir pour satisfaits quand le quart des enfants quils présentent à une école secondaire est reçu. Cette année les écoles primaires paroissiales de la cathédrale de Séoul ont été extraordinairement favorisées : sur 26 garçons présentés, 14 ont été admis et, ce qui est un vrai record, sur 15 filles, 13. Pour en revenir à lécole secondaire de la mission, sur les 70 nouvelles recrues laïques, il y a eu 47 païens et 23 chrétiens. Le total des élèves est de 416, dont, pour la section du petit séminaire 122, 66 appartenant à la mission de Séoul, 31 et 25 respectivement aux missions de Taikou et de Hpyeng Yang.


    Taikou

    8 avril.

    Avec le mois de mars lannée scolaire prenant fin, nos séminaristes déjà à lécole secondaire de Séoul depuis un an ont tous subi avec succès lexamen de passage en deuxième année. Un nouveau contingent de 16 élèves, fruit de la première année de la section préparatoire, après la réforme des études au séminaire de Taikou, a subi également avec succès, et en très bon rang, lexamen dadmission à lécole secondaire. Quelques jours après leur départ, 24 jeunes gens, ayant fait au moins déjà 4 ans décole primaire, sont venus prendre leur place et commencer leur année de probation..

    Daprès litinéraire établi, la venue de Mgr le Supérieur Général devant coïncider avec la clôture de la deuxième retraite (ordinairement celle du clergé coréen), cette année ce sont les Missionnaires qui se réuniront en dernier lieu, pour rencontrer Mgr de Guébriant.

    Linfirmerie de la Mission, inaugurée lhiver dernier, nous a déjà rendu bien des services, puisque, en dehors des séminaristes et Religieuses qui y ont été hospitalisés en leurs sections particulières, trois confrères y ont fait un séjour, grâce à Dieu de courte durée, admirablement soignés par les Surs infirmières. Ces Religieuses, en dehors du temps considérable que ne demandent pas les soins à donner au personnel proprement dit de la Mission, donnent gratuitement au dispensaire des soins aux malades pauvres qui sy présentent, soins quil leur faut parfois aller continuer au domicile de ces indigents au prix de grandes fatigues. Le nombre de ces malades saccroissant chaque jour dune façon extraordinaire, Monseigneur envisage un développement de cette uvre dès que la Providence lui en fournira les moyens.


    Moukden

    8 avril.

    Depuis de longues années, Mgr Blois faisait en vain démarches sur démarches pour obtenir laide dun Missionnaire japonisant. Notre nombre est si manifestement insuffisant pour assurer le ministère auprès des Chinois, quil était moralement impossible de consacrer un Missionnaire au service de la Communauté Japonaise.

    Les vux de Son Excellence viennent dêtre enfin réalisés grâce au désintéressement de Mgr lArchevêque de Tôkyô, et au dévouement du P. Patrouilleau qui, après en avoir conféré avec notre vénéré Supérieur Général à Hongkong, a bien voulu quitter son cher Japon pour travailler au salut de nos Japonais de Mandchourie. Le 14 mars, il arrivait à Moukden, où tous les confrères présents furent heureux de lui souhaiter la bienvenue. Le dimanche de Pâques, il comptait une assistance de 64 chrétiens Japonais, et il a lespoir fondé de voir peu à peu augmenter ce nombre. Nos meilleurs vux au nouveau Pasteur et à son troupeau !

    Notre jeune Gouvernement Mandchou complète peu à peu lorganisation de ses divers services. Il ne pouvait tarder beaucoup à sassurer les substantiels revenus, dadministrations telles que la Gabelle et la Douane. Mais, très sagement, il déclare assumer toutes les obligations internationales contractées par les divers Gouvernements chinois. En conséquence, il prend lengagement dassurer dabord, dans la proportion voulue, le remboursement des emprunts garantis par ces revenus.

    Sa dignité de Gouvernement indépendant lui faisait également une obligation de prendre la direction des Postes. Ce service est moins rémunérateur, (on parlait dernièrement dun déficit mensuel de 20,000 dollars mexicains) mais comprendrait-on lexercice de la souveraineté nationale sans lindépendance absolue de cette administration ? En attendant que les grandes Puissances aient reconnu officiellement le nouvel Etat, ce qui semble devoir traîner en longueur, des démarches sont commencées à Genève pour faire enregistrer lautonomie des Postes mandchoues, et admettre lusage des nouveaux timbres-poste.

    Et pour faciliter le fonctionnement des rouages, autant que pour couvrir les frais énormes quentraîne létablissement de la nouvelle capitale à Changchun, un emprunt de vingt millions de Yen vient dêtre consenti au Manchowkuo par deux grandes maisons japonaises.

    Avec le retour du printemps, et grâce surtout à la dispersion des grandes bandes de brigands, la vie revient peu à peu dans nos malheureuses campagnes. Mais après le passage des bandits, il ne reste en beaucoup dendroits ni capitaux, ni animaux de labour, ni même de semences. Comment dès lors résoudre le problème de lensemencement des terres ? La situation est dautant plus angoissante que la prospérité, et même la vie de ce pays essentiellement agricole, dépendent surtout de la culture du sol.

    Du reste, la paix nest pas encore parfaite. La dernière chronique signalait le danger couru par la résidence de Pai Kouan Touen située à 50 kilomètres à peine de Moukden. Dans le courant du mois de mars, elle était complètement saccagée par une bande de 5 à 600 brigands qui purent à loisir occuper et piller la contrée pendant plus dun mois. Tout ce qui était jugé utilisable fut emporté. Le reste fut systématiquement détruit. Les planchers de la maison dhabitation et de lOratoire furent entièrement arrachés dans lespoir de découvrir quelque cachette. Et voilà notre pauvre P. Barnabé Kao réduit à la plus complète indigence !

    Pendant ce temps, limportante chrétienté de Kao Chan Touen était elle-même gravement menacée. Le gros village de Tsai Heu Pou, situé à 6 kilomètres seulement, était occupé par surprise, pillé, et en partie brûlé. Par une protection manifeste de la divine Providence, le village de Kao Chan Touen, pourtant abandonné par ses défenseurs terrifiés, restait indemne, et recevait enfin une garnison de soldats réguliers envoyés de la sous-préfecture. Da pacem Domine !


    Kirin

    27 mars.

    Loccupation japonaise dans les trois provinces de lest et la Mongolie vient davoir son couronnement : le nouvel état de Mandchourie est créé. Ce ne fut pas sans peine ni sans de nombreux tiraillements. Les uns voulaient une royauté, les autres une république, cest à cette dernière forme que lon sarrêta. Le peuple, consulté, donna son approbation, cest ainsi du moins que lon interpréta ses sentiments. Lancien Empereur, Suen Tong, fut invité à être le premier Président de la République de Mandchourie. Après des reculs, des dérobades, des hésitations sans nombre, il finit par accepter ; il va présider aux destinées du nouvel état sous le nom démocratique de Henri Pou Yi.

    Le 7 mars, dans laprès-midi, il débarquait dans la capitale, Changchun, que daucuns voudraient appeler Sin King, (la nouvelle capitale) centre géographique des trois provinces de lest et de la Mongolie (province de Jéhol).

    Les troupes de la garnison et la police forment la haie, autorités chinoises et japonaises sont présentes pour le recevoir, la foule est tenue à lécart. Pou Yi, son escorte, ses maisons civile et militaire ne tarderont pas à se rendre à la Municipalité, à deux pas de la concession japonaise, où le Président habitera provisoirement. Autour de la maison un double cordon de policiers et de soldats : la confiance ne règne pas.

    Les rues, par ordre, sont pavoisées aux nouvelles couleurs : jaune avec coin au-dessus, rouge, bleu, blanc, noir. Des arcs de triomphe se dressent, qui seront illuminés le soir. La foule manque denthousiasme que ne parviennent pas à exciter les affiches innombrables dont sont couverts les murs, et les feuilles que lancent les avions.

    Le 9 mars, installation du Président à qui on remet les sceaux de lEtat. Très courte cérémonie à laquelle prennent part les Ministres et les hauts fonctionnaires du nouveau gouvernement, les célébrités japonaises présentes à Changchun, les administrateurs du South Mandchouria Railway etc.. Et dehors la fête continue, elle devait durer 4 jours, elle se termina le 12, sous la neige. Un décor de fête sous la neige, quelle ironie et quelle tristesse ! Le 12 au soir, comme bouquet de fête, une ancienne banque où devait être installé le ministère de la Justice a été incendiée, par imprudence sans doute....

    Lère de Ta Tong commence, mais hélas ! les brigandages continuent et sèment la terreur dans les campagnes.

    Le 15 mars, plus de 6000 hommes armés, troupes régulières, brigands etc., qui assiégeaient la ville de Fou Yu depuis plusieurs jours déjà, en prirent possession et assurèrent la garde des portes. A peine la fusillade avait-elle crépité que les policiers avaient déjà disparu et la garde civile avait quitté les remparts.

    Le 18 mars, des groupes de trois ou quatre hommes vont dans chaque maison réquisitionner armes, chevaux et tout ce qui leur convient. Le P. Trincal reçut aussi leur visite, mais devant la froide assurance du Père, ils se retirèrent sans trop insister. Actuellement ces troupes qui sintitulent Kioú Koùo Kioun se voient renforcées chaque jour de nouvelles unités, et leur nombre se monte maintenant à plus de 10.000. Ils réquisitionnent tous les chariots et se préparent, disent-ils, à aller renverser le nouvel état de Mandchourie.

    Aux environs de Ou Kia Tchen, il y a plus de 20 000 soldats, réguliers et brigands ; tous fraternisent et se vantent daller prendre la nouvelle capitale. Jusquici, cependant, le P. Gibert na pas eu à souffrir directement, mais on ne peut prévoir ce que sera demain.


    Chengtu

    20 mars.

    De Yunnanfu S. Ex. Monseigneur le Supérieur Général ayant annoncé quil pensait arriver à Chengtu vers le 20 mars, notre retraite a commencé le 15 mars, pour se terminer le 19, en la fête de St Joseph. A part les PP. Beauquis et Roux minor empêchés, tous les confrères y ont pris part.

    Notre Vénéré Supérieur Général ayant quitté Lîn iuên fù le 7 mars est arrivé à Ià tcheou, chez Monseigneur Li, le 18, après douze étapes très dures, faites en grande partie à cheval et à pied, très peu en chaise. A Ià tcheou, à quatre étapes de Chengtu, S. Ex. Monseigneur Rouchouse attendait notre Vénéré Supérieur avec une automobile et le 20, à sept heures du soir, les voyageurs débarquaient à Chengtu au jour fixé.

    La prochaine chronique donnera le détail des cérémonies et réceptions qui ont eu lieu à loccasion de la visite de Monseigneur le Supérieur Général.

    15 avril.

    La chronique mise à la poste le 21 mars na pu que signaler en quelques lignes larrivée à Chengtu de S. Exc. Mgr le Supérieur Général, la veille, 20 mars, à sept heures du soir ; selon ma promesse jy reviens plus longuement aujourdhui.

    Dimanche, 20 mars. Monseigneur fait la bénédiction des Rameaux, donne un sermon en chinois et dit la messe paroissiale. Vers dix heures départ sur une automobile frétée par Mgr Rouchouse venu au devant de Mgr le Supérieur ; Mgr Li se joint à la caravane. Vers deux heures, arrivée à Kiong-tcheou ; dîner et visite du collège de la Sagesse fondé par notre confrère, le P. de Jonghe, actuellement détaché à la Commission synodale à Pékin ; à quatre heures départ pour Chengtu et arrivée à sept heures.

    Nous sommes tous réunis à lévêché et Monseigneur nous donne cette accolade paternelle où il met tout son cur. En le voyant si dispos, nous étions émerveillés car vraiment la fatigue na pas de prise sur lui : à un âge si avancé entreprendre un si long voyage avait paru imprudent à plusieurs ; Dieu a visiblement protégé notre vénéré Supérieur et nous Len remercions du plus profond de notre cur !

    Lundi, 21 mars. Monseigneur dit la messe au grand séminaire et fait une conférence en latin aux séminaristes.

    A dix heures, conférence aux confrères ; Monseigneur nous parle de son voyage dans la vraie brousse depuis Iun-lan-fou jusquà Tchengtu, il nous dit quil a pu se rendre compte des trois plaies dont souffre la Chine actuelle : 1º lopium dont il a vu les champs innombrables depuis son entrée au Iun-lan jusquaux portes de Chengtu ; 2º la soldatesque dont il a pu constater en route linsolence et le sans-gêne ; 3º les étudiants, justement une bande de ces jeunes gens se rend à Chengtu et sils nont pas osé sattaquer directement à lui, ne se privent pas de lâcher des bordées dinjures grossières à ladresse du prêtre indigène qui laccompagnait.

    A midi, réception et dîner au consulat de France : toutes les autorités civiles et militaires ont répondu à linvitation de M. Béchamps et sont venues saluer Monseigneur. Tous les invités ne sont pas peu étonnés de lentendre sexprimer en excellent chinois et sen retournent ravis davoir fait sa connaissance.

    Mardi, 22 mars. Messe à la Chapelle des Surs F. M. de Marie, visite de lécole Etoile du Matin et de lOrphelinat.

    Vers dix heures, deuxième conférence aux confrères. Monseigneur nous parle de la Société, de ses titres de gloire, de ses traditions ; il nous supplie de ne jamais oublier que nous sommes une Société de défricheurs, et rien que cela, et que nous devons toujours être prêts à céder nos établissements au clergé indigène et à aller travailler ailleurs si le Saint-Siège le juge à propos : nous travaillons pour lEglise et non pour la Société, et cest la raison pour laquelle notre dernière assemblée générale a refusé dadmettre des prêtres indigènes comme membres de notre Société.

    A midi, réception et dîner à lévêché ; sont présents : M. le Consul de France, M. Béchamps, les Maréchaux Lieôu et Tén, M. Keating. Directeur de la Poste etc., etc. ... au total environ 50 convives qui ont fait honneur au menu préparé par le P. Couderc, provicaire. Après le repas, audition dorgues donnée par M. Béchamps.

    Mercredi, 23 mars. Messe à léglise cathédrale ; dans la matinée, pèlerinage au cimetière de Pong-houang-chãn où dorment nos anciens qui fondèrent les missions du Szechwan, Laudemus viros gloriosos et parentes nostros in generatione sua. A midi réception et dîner chez les maréchaux Lieôu et Tén. Dans la soirée visite des uvres hospitalières tenues au Pe-mên par les Surs F. M. de Marie. Monseigneur paraît visiblement impressionné et dit tout haut son admiration pour les Religieuses qui se dévouent au soulagement des miséreux rejetés par la société.

    Après le souper dernière conférence aux confrères et dans laquelle Monseigneur nous donne ses ultimes conseils : vince in bono.

    Jeudi 24, à huit heures, départ en automobile pour Kia-tin où lattend Mgr Renault.
    Et cest le retour dans les districts pour les fêtes de Pâques !
    Christus vincit ! Christus regnat ! Christus imperat !


    Chungking

    30 mars.

    La réouverture des cours, après les vacances du nouvel an lunaire, a vu nos écoles catholiques de la ville et de la banlieue assiégées de nouvelles recrues, dont les locaux partout insuffisants nont permis de recevoir quun faible contingent. Notre enseigne a donc la vogue du jour, et combien les effets religieux en seraient plus étendus, si les ressources de la Mission permettaient les agrandissements que demandent le nombre des postulants. Il est naturel que les familles adressent leurs enfants à ces écoles, où elles savent que le temps destiné à létude ne sera pas consumé en agitations stériles, et où lenseignement, dans les limites dune discipline bien entendue, sest montré jusquici supérieur.

    Une circulaire, adressée par le Bureau de lEducation à tous les Directeurs des écoles secondaires enregistrées, est à ce sujet significative. Elle note quaux derniers examens 3 écoles seulement, qui sont, par ordre de priorité, le Collège St Paul dirigé par les Petits Frères de Marie, le Collège Ste Thérèse dirigé par les Servantes du Sacré-Cur, et un troisième tenu par les Protestants, ont donné pleine satisfaction. Après avoir donné à celles-ci la louange quelles méritent, la circulaire adresse un blâme sévère à la Direction des autres écoles, lui reprochant en particulier : 1º lincapacité ou lincompétence des professeurs ; ceux-ci devront être changés ou corriger leurs méthodes défectueuses denseignement ; 2º lindulgence coupable avec laquelle sont trop souvent admis à passer à un cours supérieur des élèves qui nont pas satisfait à lexamen dadmission ; 3º chez les étudiants, des méthodes détude vicieuses qui découlent nécessairement de limperfection des méthodes disciplinaires et pédagogiques. Des études faites dans de telles conditions ne sauraient, ajoute la circulaire, donner des examens satisfaisants. On nattend pas, dit le proverbe, lheure de la soif pour se creuser un puits.

    8 avril.

    Ainsi quun télégramme de Suifu nous lavait annoncé, S. E. Mgr de Guébriant arrivait par jonque à Chungking dans laprès-midi du 4 avril. Monseigneur Jantzen, le P. Claval, provicaire, et plusieurs confrères sétaient portés le matin, en sampan, à sa rencontre. Réception toute de cette simplicité quinspire la plus filiale vénération, et que ne troublent point les manifestations tapageuses. On se rend en procession à la chapelle où notre bien-aimé Supérieur nous donnera sa première bénédiction. Sacerdos et Pontifex, et virtutum opifex.... Le salut liturgique obtient ici son sens le plus complet. Le titre de pontifex ne fut-il pas donné pour la première fois aux prêtres jeteurs de Ponts sur le Tibre de la Rome antique ? Par ce lien perpétuel, quils avaient mandat dentretenir, après lavoir créé, ils établissaient entre les membres de la cité un contact plus intime.

    Notre vénéré Supérieur, par cette visite de presque toutes les Missions confiées à la Société, se fait ainsi et avec quel cur et quelle énergie ! le pont spirituel reliant en un contact nouveau et vivifiant tous les membres de la grande famille des Missions-Étrangères. Tandis quil nous parle des prclare gesta de nos frères des Indes, de Birmanie, de Siam, dIndo-Chine. . etc.. , ne nous semble-t-il pas que la Société toute entière nous est présente en sa personne, quil en incarne lâme toujours pleine didéal et de solide confiance dans ses destinées ? Quod isti, cur non ego ? Les courages défaillants se raniment. Nonne cor nostrum ardens erat in nobis, dum loqueretur ? Virtutum opifex.. Lardeur missionnaire de notre chef, diffusiva sui, transmet, partout où il passe, son fluide dénergie et dactivité.

    Son Excellence quittera Chungking pour Péking le 10 courant. Sans doute son séjour parmi nous aura été lourdement chargé : visites aux autorités civiles et militaires où elle reçut le plus sympathique accueil ; visites des écoles et établissements de la Mission. Jai noté que dans la seule journée dhier, elle eut à prononcer 12 allocutions. Et, dès quil lui est donné de passer quelques instants à lévêché, cest pour avoir avec ses missionnaires des entretiens publics ou privés où passe avec tant de force son grand cur. Il semble que ces journées accablantes ne le fatiguent point ; sans doute, et il se plaît à le répéter ubi amatur, non laboratur..


    Ningyuanfu

    9 mars.

    Le Kientchang
    Pendant la quinzaine qui vient de sécouler et qui laissera dans la mémoire des missionnaires du Kientchang un long souvenir, nous avons eu le bonheur de posséder chez nous Son Excellence Monseigneur le Supérieur, notre ancien Evêque. Parti de Yunnanfu le 14 février, accompagné de notre provicaire, le P. Audren, Monseigneur voyagea sept jours daffilée, autant à cheval quen chaise, à travers un pays aux routes très dures et où manquent les auberges confortables ; malgré ses soixante-douze ans, il ne manifesta pas de fatigue apparente, et même à lapostolique il ne cachait point sa joie de retrouver les rudes chemins si souvent foulés jadis et le maigre régime du missionnaire ambulant de lintérieur : riz et fromage de soja.

    Il nous est facile de concevoir quels sentiments agitèrent son cur quand, tout près, au delà du ruban démeraude quest le Fleuve Bleu, il vit se profiler les montagnes du Kientchang. Une descente rapide de 2000 mètres, la traversée du fleuve, une raide montée qui dure 30 lis, et Monseigneur trouvait le P. Bettendorf venu au-devant de lui (20 février).

    A la résidence de Moulotchaikou, située 40 lis plus loin, il put bénir une chrétienté comptant plus de 1300 fidèles, là où de son temps, il ny avait quune vingtaine dadorateurs. Le 21, il visita, au passage, la forte station de Kiang-si-ouan tout proche et y coucha. Le 22, il faisait son entrée solennelle à Houi-li, district administré par le P. Audren et où Monseigneur retrouvait, parmi les notables, les fidèles amitiés dantan, une population chrétienne largement développée et des uvres pleines de vitalité dont la visite occupa la journée du lendemain toute entière : couvent des religieuses, hôpital, dispensaire, écoles... Le 24 fut réservé aux notabilités de la ville qui se présentèrent nombreuses et sympathiques ; enfin, pour clôturer la fête, il y eut un banquet et un feu dartifice qui, lun et lautre, mirent tout le monde en joie.

    Le 26, la caravane, augmentée des PP. Bettendorf et Flahutez, atteignait Kong-mou-in, résidence du P. Tcheou. Là aussi peuvent se constater de sensibles progrès ainsi que le bon accord qui règne entre chrétiens et païens, ceux-ci sétant joints à ceux-là pour faire à Monseigneur une réception aussi splendide que le permettaient le temps et le lieu. Sans perdre de temps, Son Excellence visita les travaux de la nouvelle église dont les assises sont déjà posées.

    Le 27, comme, après tout, un voyage sans incident tomberait dans la banalité, il a bien fallu que des complications diplomatiques arrêtassent Monseigneur près dune heure au village de Kintchouan Kiao, où il eut à exhiber son passeport. Enfin, le 28, arrivée en ville de Te Tchang, son ancienne paroisse et quadministre actuellement le P. Tông, doyen de nos prêtres chinois. Magnifique réception avec arc de triomphe et crépitement ininterrompu des inévitables pétards ; dès lentrée à léglise il y eut un concert spirituel où, malheureusement, faute de temps, le curé ne put donner toute la mesure de son talent dorganiste. Et enfin, le 1er mars, Monseigneur approchait de Ningyuanfu, petite capitale du Kientchang.

    Un peu au delà du col de Yao chan, Mgr Baudry et une partie du clergé se rendant à Ma tao tse rencontrèrent Monseigneur le Supérieur quaccompagnaient les autres confrères et plus de 200 chrétiens. Là, Mgr de Guébriant sut trouver, en embrassant chacun de nous, le mot, à la fois spirituel et affectueux, le plus capable de nous aller droit au cur. De là jusquà lévêché, ce fut une belle cavalcade. A lentrée de la cathédrale, notre vieux catéchiste lut à Son Excellence une adresse qui, rappelant tous les services par Elle rendus dabord à léglise du Kientchang, puis aux églises de Chine et à léglise universelle, lui souhaitait de travailler longtemps encore à étendre partout le règne de Dieu et se terminait par un ouán soúi, ouán soúi, ouán ouán soúi (dix mille ans) longuement répété, et avec enthousiasme, par la nombreuse assistance.

    Monseigneur lArchevêque pénétra alors jusquau sanctuaire et après une courte mais fervente prière, dit aux chrétiens, dans une langue parfaite, lobligation quils avaient daider leurs pasteurs à lévangélisation des païens. Puis on chanta le Magnificat et, sans plus de repos, Monseigneur tint à commencer la visite des uvres de la mission : séminaire, école normale du Sacré-Cur, écoles paroissiales de garçons et de filles, hôpital et dispensaire, maison des vierges, des oblates et des Religieuses Franciscaines Missionnaires de Marie. A tous et à toutes, comme il avait fait à Houi-li, après les compliments justement mérités, il donna les consignes les plus capables dintensifier les progrès de chacun dans sa propre voie.

    Après un jour et demi consacré à cette laborieuse visite, Monseigneur voulut bien, les 3, 4 et 5 mars, nous prêcher une retraite commune, par certains points, aux confrères et au clergé indigène, où, en six conférences, il nous exposa les raisons daimer notre Société dun amour de préférence, dêtre fiers de collaborer à luvre de nos illustres devanciers, de ne pas laisser refroidir notre zèle tant que cette uvre ne sera pas achevée ; enfin il nous dit cette belle parole : oui, vraiment, je vous jalouse, je vous jalouse de vivre dangereusement votre vie ! Comme à lordinaire, la retraite se termina par une journée dadoration devant le St Sacrement, et au salut du soir, par le renouvellement du Bon Propos, mais cette fois, ce fut en présence de notre Supérieur Général que nous formulâmes cette solennelle promesse. Enfin, après le souper, Mgr de Guébriant donna lui-même au P. Flahutez et ce nest pas, remarqua Son Excellence, chose banale le diplôme lagrégeant définitivement à la Société ; puis on fit au récipiendaire une petite fête intime et gaie, toute selon la tradition des M. E. et de la mission du Kientchang.

    Dans lintervalle, Monseigneur trouva encore le temps de voir chaque confrère en particulier et beaucoup de chrétiens, de recevoir le sous-préfet, le Général Yang jen gan, le colonel Ten sieou tin et dautres notabilités, vieux amis de la mission. Et même le mandarin, dont le frère, étudiant en Belgique, est converti au catholicisme, lui demanda pour son fils qui doit sous peu aller achever ses études en France, labri et la sauvegarde de la maison de Bourg-la-Reine. Cette entente cordiale se resserra encore le dimanche 6, jour où Leurs Excellences, les missionnaires et les prêtres indigènes mêlés aux autorités civiles et militaires presque au complet sassirent à une table commune où le repas fut entièrement servi à leuropéenne.

    Mais les meilleures choses ont une fin, et le 7 au matin, un autre cortège, moins joyeux celui-là, accompagnait Monseigneur le Supérieur partant pour achever son héroïque périple ; au cimetière, sur la tombe de nos morts, fut récité, au passage, un De Profundis ; enfin à Siao ri eul, après nous avoir une dernière fois pressés sur son cur, Son Excellence prit la route du Nord. Jusquà Lo Kou elle fut accompagnée de Monseigneur Baudry, des PP. Valtat et Boiteux, et de là, jusquà Chengtu, par le P. Bocat. Quant aux prêtres chinois, ils resteront avec Mgr de Guébriant jusquà Foulin, où il compte sarrêter un jour ou deux.

    Nous faisons des vux ardents pour que la bonne Providence, sollicitée par nos prières, écarte de la route de lauguste voyageur et de notre cher confrère des dangers qui nont certes rien dimaginaire.

    Nouvelles de la Mission.
    On dit..
    .quune sorte de persécution locale (des communistes prétendraient forcer nos chrétiens à une apostasie au moins extérieure) sévirait momentanément à Kong mou in,
    .que la campagne contre les Lolos dEul pan fang serait en voie dexécution,
    .que le règlement de laffaire du P. Boiteux devra probablement subir un temps darrêt, le mandarin de Yen Yuen, M. Pao, chargé de ce règlement, venant dêtre nommé à un autre poste.


    Yunnanfu

    7 avril.

    Le Petit Nouvelliste
    Son Excellence, dès le début de mars, se sentant plus faible que de coutume et, aux approches de la Semaine Sainte, craignant de se trouver dans limpossibilité de pouvoir bénir les Stes Huiles, le Jeudi-Saint, demanda à la mission de Hanoi de bien vouloir lui rendre ce service : ce qui fut fait, et nous venons à linstant de les recevoir. Le Nouvelliste, dans la circonstance, prévient les confrères de ne pas sétonner du retard apporté dans lexpédition des Stes Huiles cette année ; elles partiront dès demain dans les différentes directions.

    A lInstitut St Paul, Hanoi, à lissue de la retraite de janvier, Sur St Michel a prononcé ses vux ; nos quatre aspirantes ont reçu le saint habit, deux sont revenues, les autres restant au Tonkin. Le minoré Charles Tchang est appelé au sous-diaconat ; toutefois, vu son état de santé, Son Exc. na pas fixé la date de lordination.

    Le P. Gros se rendant en France, arrivait le 20 à Yunnanfu et en repartait le 28 mars, pour Hanoi. Le 25 mars, Vendredi-Saint, le P. Deschamps nous quittait pour Tá tien. Il écrit de Yuen mong-Mà kai quil a fait jusque là un excellent voyage.


    Kweiyang

    15 mars.

    N. D. de Liesse.
    Une lettre de la S. C. P. au Conseil Central autorise Monseigneur à reprendre le titre de Vicaire Apostolique aux fins de lui permettre davoir un coadjuteur avec future succession.

    Le 1er mars, le P. Gros nous a quittés pour se rendre en France, via Yunnan et Tonkin.
    Le P. Grimard, après avoir vu plusieurs sommités médicales, est soumis à un traitement qui doit durer deux mois et demi. De la rue du Bac il se rend deux fois par semaine à lhôpital pour y recevoir une piqûre à chaque visite.

    A Me tan, des soldats ayant élu domicile au Kintâng ont maltraité le P. Laurent Hou.
    Le P. Darris est chargé du Contentieux, succédant au P. Saunier.
    Depuis le 1er mars la province est sous la direction dun nouveau Gouverneur, M. Ouang kia lie. Le mercredi 9, les Pères Darris, Cousin et A. Solignac assistèrent à lintronisation officielle.


    Lanlong

    15 mars.

    Le Ripuaire.
    Lécole des catéchistes a ouvert ses portes le 5 mars : même règlement que les années précédentes.

    Crise de surproduction : la résidence de Lanlong ne peut plus nous contenir ; alors, des menuisiers ont mis une échelle daccès aux Galates de laile. Prière de ny pas porter le chef trop haut, et défense, sous peine grave, aux poids lourds dy circuler. Pour la même raison, la chapelle épiscopale a englobé la travée des messieurs au réfectoire.

    Le sort en est jeté ! On va construire le petit séminaire à Kin-kia-tchong. A cette fin, pierres, chaux, bois. etc., accourent... tout doucement. Le puits se transforme en citerne, les sourciers sont ennuyés... Si vous creusiez un tchang de plus, sûr comme je suis là, il y aurait de leau répète le chef de la baguette.

    Bonne nouvelle : la mission de Yunnanfu offre le petit séminaire de Pè-lóng-tân pour linstallation du grand séminaire régional. Comme la question emplacement est toujours de grande importance, voilà un bond vers la solution du problème de ce séminaire.

    Le P. Louis Esquirol pourrait bien être à Hongkong à cette heure ; sa traversée de la steppe yunnanaise fut sans désagréments ; il y eut bien alerte, et même chaude, au départ de Houang-tsaò-pá, si bien que le Père dut gagner Pan Kiaô par les petits sentiers ; toutefois la bataille qui eut lieu, de fait, à Kiang-ti navait rien à faire avec les brigands. Le douanier de lendroit ayant des comptes peu clairs, une compagnie fut envoyée pour le cueillir, mais comme des deux côtés on avait des fusils, vous devinez le reste. Quand la véritable version arrivait à Houang-tsaò-pá, le P. Esquirol était parti.

    Parti aussi le P. Gros, procureur de Kweiyang. On a beau être fier de ses routes dans la mission-mère, le P. Gros nen est pas moins parti prosaïquement en chaise. Je lentends protester contre la poésie de lauto, mais enfin on couvre quatre étapes en une matinée, et ce cher confrère naurait pas été fâché de raccourcir les dix-huit étapes. Il était à Houang-tsaò-pá le 11.

    Accompagné du P. Richard, le P. Epalle est arrivé à Lanlong et, nétait son pied, il va à merveille ; le pied lui-même va mieux, espérons que bientôt ce mieux se stabilisera dans le bien pur et simple.

    Notre jeune confrère, le P. Heyraud, au témoignage de son professeur, le P. Nénot, devient maître en doux parler dioï. Il possède déjà ce certain je ne sais quoi dindéfinissable qui vaut le compliment de parler propre.

    Rien de fâcheux jusquici autour du changement de Gouverneur ; espérons que cela continuera, la guerre civile, comme chacun sait, na rien de bien engageant.


    Canton

    19 mars 9 avril.

    Echos du Shek Shat.
    Le P. Nicouleau écrit : Je pense quil faudra ajouter un nom nouveau à la liste des chrétientés de Hoyun. Au nouvel an chinois des gens de Fung yun, à trois lys de la grandroute de Hoyun. A Lokfou (8 lieues de Hoyun) sont venus promener le lion et faire la boxe. Comme ils sont de la famille Leung, de même quà Vounai, ils ont été reçus très aimablement et ont eu envie de se convertir : je leur ai dit de sentendre avec leurs frères pour se convertir ensemble. Ils ont pris quelques livres de doctrine. Or voilà que trois délégués des notables sont revenus avant-hier apporter les noms de quarante familles, plus de 200 personnes, et, disent-ils, beaucoup dautres se joindront à eux. Le P. Siou qui heureusement se trouve ici, soccupe deux activement et a bon espoir. Lun des délégués est diplômé et fait lécole en divers endroits, on aurait donc de suite un maître décole qui paraît très débrouillard. Deux chrétiens de Vounai sont partis avec eux pour enlever les superstitions et se rendre compte, sur les lieux, de ce quil faudra espérer.

    .Les chrétiens que javais envoyés détruire les superstitions à Fung yun sont revenus enchantés des dispositions manifestées par les catéchumènes ; même les femmes sont enthousiastes de la Religion. Cela tient à ce que certaines sont originaires de Lokfou, qui nest guère situé quà trois lieues de là et ont, à leur manière, propagé la doctrine. Le P. Siou nest pas éloigné de lidée de vous demander un second vicaire.


    Swatow

    15 avril.

    Le Dimanche in Albis, au Séminaire de Kityang, S. Exc. Mgr Rayssac conféra la Prêtrise à quatre nouveaux prêtres. Cest un précieux renfort, attendu depuis longtemps dans plusieurs districts où létendue du territoire et le nombre des chrétiens rendaient jusquici lévangélisation pénible et difficile. Le nombre de nos prêtres indigènes atteint maintenant vingt.

    La Communauté de nos Religieuses Ursulines vient dêtre cruellement éprouvée par la mort de la Mère Prieure, la T. Révérende Mère Marie de la Sainte Croix. Elle était une des trois premières. Ursulines venues du Canada, il y a dix ans, pour fonder ici la première maison de lOrdre de Ste Ursule en Chine. Malgré son âge déjà avancé (elle avait dépassé la quarantaine) et sa santé délicate, elle se mit résolument à létude de la langue et malgré les difficultés du commencement, elle réussit à sacclimater et à shabituer aux us et coutumes du pays de Chine. Sa bonté et son dévouement aux petits et aux humbles lui eurent vite gagné tous les curs. Depuis près dun an un mal implacable la tenait clouée sur son lit de douleurs, où par sa patience et sa bonne humeur elle ne cessa dédifier tous ceux qui lapprochaient. Cest dans la nuit du Vendredi-Saint que Notre-Seigneur mit fin à ses souffrances et la rappela à Lui pour les Noces éternelles. Sa disparition laisse dunanimes regrets, non seulement dans sa communauté, mais dans toute la Mission.

    Les PP. Vogel et Waguette sont arrivés ici, retour de France, le jour de la Fête de Saint Joseph. Leur séjour au pays natal semble leur avoir fait beaucoup de bien ; ils sont pleins de santé et de courage et se sont déjà remis à louvrage.


    Nanning

    8 avril.

    Mgr Albouy est rentré le Lundi-Saint (21 mars) dune longue tournée de Confirmation. En moins dun an S. E. a visité tout son Vicariat dont les chrétiens sont si dispersés et a administré environ un millier de Confirmations.

    Luvre du Dispensaire se développe à Nanning ; le nombre des clients dépasse souvent deux cents par jour. Une des religieuses de Kouy-Hien est venue pour aider ses compagnes. A Kouy-Hien, le P. Séosse achève la construction de la maison des Surs et du Dispensaire.

    Le Gouvernement de la Province a établi une nouvelle taxe à payer sur la plus-value des propriétés. De ce fait, la Mission catholique est menacée davoir à payer des sommes énormes pour ses immeubles, pourtant détériorés par la guerre.


    Hanoi

    6 avril.

    La présente chronique doit raconter quatre mois de la vie de notre mission. Pour nabuser ni de lespace qui lui revient ni de la patience des lecteurs, elle se bornera au résumé des faits les plus saillants.

    Ces quatre mois, disons-le tout de suite, représentent une période dactivité religieuse que lon peut qualifier dintense. Décembre et Janvier, à lordinaire, ont vu se dérouler la série des retraites annuelles. Celle de nos prêtres indigènes fut prêchée, comme lan passé, par le distingué Père Tông, du clergé de Saigon. Les Carmélites entendirent le R. P. Michaud et les chers Frères des Ecoles Chrétiennes, le R. P. Couture, Rédemptoristes. Aux Religieuses françaises de Saint Paul de Chartres M. labbé Paliard, Supérieur du futur Séminaire Saint-Sulpice, à leurs Surs annamites le R. P. Casado, de la mission de Bìn-chu, distribuèrent leçons et conseils dascétisme. Et enfin le R. P. Maurice Bertin, Gardien du couvent franciscain de Vinh, eut à édifier ce dont il sacquitta au gré de tous par la parole et lexemple les missionnaires.

    Après les exercices si nécessaires de sanctification personnelle, les labeurs de lapostolat. Chacun sy est employé, comme toujours, à plein collier et de tout cur, nos deux Evêques en tête. De précieux résultats ont récompensé ces efforts. Lassistance plus assidue aux instructions et aux offices, de nombreux retours à la pratique religieuse, et, tout dernièrement, le consolant spectacle des communions pascales en sont lindiscutable témoignage. En même temps quelle gagne en profondeur, la Foi, dune poussée lente sans doute, mais continue, étend ses conquêtes. Plusieurs groupes de catéchumènes viennent dêtre baptisés, dautres poursuivent leur instruction. La population bouddhiste se montre presque toujours respectueuse de nos croyances, assez souvent sympathique. On dirait que lélite, principalement la jeunesse intellectuelle, commence à se préoccuper de la question religieuse. Volontiers on se donne rendez-vous aux conférences, on lit les ouvrages catholiques, puis, la grâce divine aidant, cela finit par un ou plusieurs baptêmes.

    Enfin, sans renoncer aux anciennes méthodes, qui ont fait leurs preuves et dont lefficacité reste entière, lapostolat, sous limpulsion de nos chefs toujours attentifs aux besoins de lépoque et toujours dociles aux instructions du Saint-Siège, se manifeste sous des formes nouvelles. Cest la paroisse de Hanoi, comme il se doit, qui prend la tête du mouvement. Lan dernier, une communication de lAgence Fides, reproduite par la presse métropolitaine, donnait la capitale du Tonkin comme un important centre catholique. Cétait déjà exact ; mais depuis, on y a vu une véritable floraison de groupements et duvres religieuses. Nous aurons sûrement à en parler en détail dans nos futures chroniques. Contentons-nous aujourdhui dune brève énumération.

    Dabord les anciennes et toujours vivantes associations : Cercle militaire, Jeunesses catholiques annamite et française, Vestiaire, Dames catéchistes, Comité de patronage féminin et Cercle catholique des hommes. Puis les nouvelles : Scouts de France, 40 garçons dont plusieurs annamites, fils de nos meilleures familles, 30 louveteaux marchant au doigt et à lil de leurs trois cheftains ; lUnion catholique des jeunes françaises hanoïennes, 90 membres ; enfin les benjamins, les derniers-nés, mais qui croissent vite et qui sont riches despérances, les petits et les petites de la Croisade eucharistique. Plus de 80 Français et Françaises, presque autant dannamites, ont déjà fait leur pieuse, énergique et conquérante promesse. Le mouvement gagne lintérieur ; hier Mgr Gendreau incorporait dans la phalange 50 recrues nouvelles, dont 30 venues de Hanoi, de Cổ-liêu, et jusque de Dồng Chay, lune de nos paroisses muòng. Et pour leur permettre de rengager lorsquelles auront 15 ans, nous avons depuis hier aussi, un noyau de 16 cadets et cadettes.

    A promouvoir, à diriger toutes ces uvres, plusieurs de nos confrères, que leur modestie nous interdit de nommer, se dépensent sans compter. Mais leur petit nombre, en dépit de leur allant et de leur zèle, ne suffirait pas à la tâche. Heureusement la Providence y a pourvu en envoyant ici ces messieurs de Saint-Sulpice et les PR. PP. Dominicains de Lyon. Leur concours est si fraternel, si complet, si précieux, que nous en serions presque à regretter lachèvement prochain du Séminaire et de lécole Lacordaire, si nous navions la ferme confiance que le Bon Dieu, qui dedit incipere et dont les moyens sont infinis, dabit incepta perficere.


    Hunghoa

    12 avril.

    Le samedi de la Passion, huit de nos théologiens ont pris part à lordination, au grand séminaire de Kẻ-Sở ; deux ont reçu les Ordres mineurs, six, le sous-diaconat ; récemment, un de leurs condisciples, originaire de notre Mission, est entré à la Trappe de N. D. dAnnam, à Phước-Sơn ; admis parmi les choristes, il continue ses études théologiques, pour se préparer aux Ordres sacrés.

    Depuis quelque temps, le P. Doussoux se plaignait de malaises fréquents : insomnie, cauchemars, vertige, inappétence, céphalalgie, bref, rien nallait plus. A la fin de la retraite, il se décida à aller consulter la Faculté, et se fit radiographier, à Hanoi. Tout sexpliqua : lestomac de notre confrère était trop incliné sur le diaphragme, et le cur, par là-même, nétait plus à sa place. Désormais, donc, pas de fatigue excessive, modération dans les courses en bicyclette ou les ascensions dans la montagne, régime sévère, aucun excitant... Le P. Doussoux se soumet aux prescriptions du médecin, et, pour sastreindre davantage à la résidence, il ouvre une petite école primaire, pour les petits Thổ et Mèo de la région ; en même temps que la lecture et lécriture, le calcul et lhistoire, ils apprendront à connaître notre sainte Religion. Non loin de là, le P. Cornille, lui aussi, se lance dans la pédagogie. Leur projet, à tous deux, a été accueilli, avec enthousiasme, par la population ; parents et enfants sont contents ; espérons quils seront persévérants, et que le résultat couronnera les efforts de nos confrères !

    Mgr Ramond a terminé sa visite pastorale du Carême, dans la paroisse de Phú-Nghĩa, entièrement composée de nouvelles chrétientés, et confiée au Père Hue, Provicaire. Son Excellence était de retour à Hưng-Hoá, pour les cérémonies de la Semaine-Sainte et les Fêtes de Pâques ; le beau temps a bien servi nos chrétiens, en ces saints jours, et leur assistance aux méditations sur la Passion, de même quaux examens de catéchisme, a été partout nombreuse.

    Par contre, depuis ce jour, nous apprécions les douceurs du crachin ; du soir de Pâques, jusquà ce jour, nous navons, pour ainsi dire, pas vu le soleil, et lhumidité règne en maîtresse. Naturellement, tout le monde tousse, les enfants ont la coqueluche, les rhumatisants se plaignent de leurs articulations trop sensibles, les asthmatiques ne respirent plus ; ajoutez à cela que, par ce temps de pluie fine, les routes et chemins sont mauvais ; et puis, en maints endroits, il y a épidémie, parmi les cochons et les poules ; aussi, chacun aspire au jour où le soleil daignera se montrer un peu, pour sécher tout. Pourvu, toutefois, quil napparaisse pas trop brusquement, dans tout son éclat, et ne nous fasse regretter la fraîcheur ! Est-on jamais vraiment content ici-bas ?

    Les Scouts de France, eux, ne se soucient pas des intempéries. A Hanoi, une petite Troupe, la Troupe Courbet, sest formée peu à peu ; le P. Fournier a présidé aux débuts de linstitution, et, maintenant, le P. Aubert, Dominicain, en est laumônier. Ils sont déjà près de 80, la plupart élèves du lycée de Hanoi. Naturellement, ils organisent, une fois ou lautre, des excursions, et vont camper, tantôt au bord de la mer, tantôt dans la montagne. Le soir de Pâques, une trentaine dentre eux, heureux de passer leurs vacances hors de Hanoi, arrivaient, en autobus au bac de la Rivière-Noire, à 6 km. de Hưng-Hoá ; là, descendant des remorques, ils chargeaient deux charrettes de leurs havresacs et de leur matériel de campement, et, tirant ou poussant, eux-mêmes, les véhicules, ils firent gaiement à pied les 6 km. qui les séparaient encore du but choisi, le parc de la Délégation, mis gracieusement à leur disposition.

    Grand fut létonnement de la population, à leur arrivée à Hưng-Hoá ! Quels étaient ces jeunes Français, ainsi attelés à des charrettes ? quétaient ces soldats, au costume si extraordinaire ? quétait, surtout, ce Père, tout de blanc habillé ? quallaient-ils faire, avec tout ce matériel ?

    Mais nos Scouts étaient enfin arrivés au terminus de leur voyage ; sous la direction de leur chef, fils dofficier supérieur, et lui-même futur Saint-Cyrien, tous de sorganiser, pour le campement, en plein air, sous les arbres du parc. Une pluie fine les gênait bien un peu ; mais, toutes les patrouilles, celle des Tigres, comme celle des Panthères, celle des Ecureuils, comme celle des Chameaux, eurent vite dressé leurs tentes, et aménagé les abords de chaque demeure. Ils sont groupés, par 6, sous ces tentes confortablement aménagées, et chacun y dispose, avec soin, et son fourniment, et la paille, pour la couchette.

    Tandis quune délégation de chaque patrouille va, en uniforme, assister au salut du Saint Sacrement, à la Cathédrale, de jeunes cuisiniers, pleins dentrain, préparent le dîner, qui sannonce appétissant ; dautres vont à la corvée deau ; et, à 7 heures, tout est prêt, Au retour des camarades, premier repas à Hưng-Hoá ; la marche à pied a excité lappétit. Après dîner, cest le feu de camp; autour dun gros fagot en flammes, les Scouts sont réunis ; chacun distrait les camarades à son tour, soit par une chanson, soit par un monologue ou des danses : un accordéon et un violon, aux mains de deux artistes, jettent leurs notes gaies, dans le silence de la nuit. Puis, tous debout entonnent le traditionnel : ce nest quun au revoir, mes frères; après quoi, le P. Aubert, si dévoué à cette jeunesse, préside la prière en commun, et bénit les Scouts recueillis ; on se disperse alors, sous les différentes tentes, et, bientôt, le clairon sonne lextinction des feux et le grand silence. Il en sera ainsi chaque soir,

    Le matin, il y a messe au Camp, et nombreuses sont les communions; les chrétiens de la ville vont voir, et sont édifiés par le recueillement de ces jeunes gens. Le lundi de Pâques, surtout, à la cérémonie de réception de sept nouveaux Scouts, limpression est plus forte. La cérémonie est présidée, dans le jardin de la Délégation, par Mgr Ramond ; après avoir entendu ses conseils si paternels, les jeunes reçoivent sa bénédiction, et, vont promettre, sur le drapeau vert de la Troupe, fidélité à la règle des Scouts ; après quoi, le Chef leur remet les insignes de leur dignité, bâton et chapeau de feutre, orné de la croix : ils lui serrent la main, et celle de laumônier, et vont prendre rang, suivant la décision du Chef, dans leur patrouille respective, celui-ci parmi les Panthères, celui-là parmi les Ecureuils, cet autre, un enfant de 13 ans, parmi les Tigres.

    Le programme du mardi 29 comportait un rallye-paper, fort amusant et admirablement organisé par les Pères Mulot et Desongnis, dans une Concession des environs, il dura toute la matinée. Laprès-midi réunissait, pour un match de foot-ball, toutes les équipes.

    Le lendemain, cétait le départ, pour Hanoi. Une dernière visite à Mgr Ramond, ainsi quau Délégué de Hưng-Hoá : une dernière prière en commun, à la Cathédrale ; puis, après le repas de midi, présidé par le P. Aubert et les Missionnaires, en route !

    Comme ces Scouts méritent la sympathie, dont ils jouissent partout ! leur admirable esprit de discipline, leur gaieté, leur délicatesse de sentiments, et leur charité fraternelle, ont vite conquis le cur de tous. Que cette uvre à laquelle le P. Aubert et le P. Fournier se consacrent, avec tant de zèle, nous prépare, en ce pays, une jeunesse toute dhonneur et desprit de sacrifice !


    Phatdiem

    8 avril.

    Samedi 12 mars, Mgr Marcou a conféré, les saints ordres à 27 ordinands, dont 4 prêtres et 8 sous-diacres. Tous sont attachés à la mission de Phatdiem.

    Lundi 14, le R. P. John Considine, de lAgence Fides, à Rome, arrivait à Phatdiem et y restait deux jours. Il y visita les uvres de la mission, les églises du P. Six et fit une conférence sur lAgence Fides aux élèves du grand séminaire. Nous avons tous été charmés par sa grande bonté et sa simplicité tout apostolique.

    Nous avons appris avec peine la mort du P. Villion, si connu dans toutes nos missions, surtout depuis quil avait donné au cher Bulletin, il y a quelque dix ans, les ravissantes pages que nont pas oubliées ceux qui les ont lues. Du fait de ce décès, le P. Deux devient, sans conteste, le doyen de toute la Société des Missions-Étrangères.

    Né en 1843, comme le P. Villion, et parti pour lExtrême-Orient la même année que lui, en 1866, le P. Deux na jamais quitté sa mission, si ce nest en 1901 pour aller se reposer pendant 3 mois à Béthanie. Il ne connaît pas le Canal de Suez et compte bien ne jamais en user. Attaché au petit séminaire de la mission en 1869, il ne la plus jamais quitté, et y a pris sa retraite voilà bien des années déjà ; il continue à y être, au milieu de nos séminaristes, un exemple vivant de ce que doit être un prêtre de Dieu.

    Depuis 20 ans, le cher Père ne paraît pas vieillir : le physique et le moral restent bons, tout au plus, souffre-t-il dune légère surdité, et sa pipe, une jolie pipe que son ami le P. Gros, du Conseil Central, lui a envoyée de France, continue à être sa fidèle compagne comme au temps où les missionnaires devaient se cacher par crainte des persécuteurs.

    Nous félicitons le vénéré Doyen des Missions-Étrangères de sa verte vieillesse et demandons à la Bonne Mère de le faire durer très, très longtemps encore.


    Hué

    6 avril.

    Le R. P. Considine, des Missions-Étrangères de Maryknoll, Directeur de lAgence Fides à Rome, a passé quelques jours à Hué vers le milieu du mois de mars. A la fois simple et distingué, aimable et discret, ce Père est vraiment sympathique. Grâce à ses intéressantes conversations nous connaissons mieux maintenant lorganisation et le fonctionnement de cette Agence, que le Saint-Père a créée au centre de la catholicité pour faire connaître les Missions par les moyens modernes de publicité. Son Directeur, on le sent, a le cur vraiment missionnaire. Il parcourt actuellement le continent asiatique pour se renseigner exactement sur les Missions en les visitant personnellement, afin de mieux remplir les devoirs de sa charge. Ce quil a vu et entendu dans nos Missions dIndochine la vivement intéressé.

    Le 13 mars, arrivaient à Hué le duc et la duchesse de Brabant, en train de faire un voyage détude en Extrême-Orient. Laccueil, ici comme partout en Indochine, a été empreint dune respectueuse cordialité. Les nobles visiteurs ont été les hôtes de M. Châtel, Résident Supérieur. Ils ont pris intérêt à la visite des curiosités de la ville et des environs. Les grands mandarins de la cour dAnnam sont venus les saluer solennellement. Au Tonkin et en Cochinchine, les Belges sont assez nombreux ; dans la région de Hué, seul le P. Fasseaux est sujet du roi Albert. Le Prince Léopold ayant entendu parler de lui, a manifesté le désir de le voir : un télégramme est parti aussitôt de la Résidence Supérieure, convoquant le Père à une audience particulière. Le Duc et la Duchesse se sont montrés particulièrement aimables avec lui, se faisant donner des détails sur sa personne (son pays dorigine, son état de santé) et surtout sur ses uvres dapostolat.

    Le P. Morineau, chargé pendant la maladie du P. Thới du sanctuaire de N. D. de La-Vang, quil construisit il y a quelques années, annonce que la grande procession trisannuelle, qui na pu se faire lan dernier à cause des troubles communistes, aura lieu cette année pendant loctave de lAssomption. Elle sera préparée par un Triduum de prédications et de cérémonies religieuses, qui prendra la forme dun Congrès Marial.

    Le Jeudi-Saint et le jour de Pâques, il y a eu Office Pontifical à la cathédrale de Phủ-Cam. A la bénédiction solennelle des Saintes Huiles assistaient Son Exc. Mgr le Délégué Apostolique et la plupart des prêtres de Hué et des environs.

    Mgr Dreyer, Délégué Apostolique de lIndochine, sest embarqué à Tourane, sur le Cap-Varella, le 3 avril. Son Exc. se rend en Europe pour y prendre un peu de repos, et en même temps traiter à Rome, personnellement et de vive voix, un certain nombre de questions importantes concernant nos Missions. Pendant son absence, qui sera vraisemblablement de six ou huit mois, le R. P. André Durand, Secrétaire, est chargé de la garde de la Délégation Apostolique et de lexpédition des affaires courantes dadministration ordinaire. Avant son départ Mgr le Délégué Apostolique a assisté, en compagnie de nombreux invités, à plusieurs dîners donnés en son honneur : à la Résidence Supérieure, chez S. E. M. Nguyễn hữu Bài, Président du Conseil du Cơ Mật, chez S. E. Mgr le Vicaire Apostolique. De son côté Mgr Dreyer, lavant-veille de son départ, a invité à sa table, à la Délégation Apostolique, Mgr Chabanon et quelques missionnaires. Il a bien voulu aussi faire une visite dadieu au grand séminaire et aux divers établissements religieux de la ville. A la gare, le samedi 2 avril, S. Exc. a été saluée, au moment où Elle quittait Hué, par S. E. M. Nguyễn hữu Bài, Ministre de lintérieur, par S. E. M. le Ministre des Finances et par de nombreux missionnaires, prêtres indigènes et religieux. Mgr Chabanon, parti depuis quelques jours pour une longue tournée pastorale dans le nord de la Mission, navait pu donner à Son Exc. cette marque de sympathique déférence. Nos souhaits respectueux et cordiaux de bon voyage, aller et retour, et de bon séjour en Europe, accompagnent S. E. Mgr le Délégué Apostolique. De cur nous serons avec lui aux pieds du Saint-Père, auquel il nous a promis de porter nos filiaux hommages.

    Nous avions dans nos murs, ces jours derniers, le R. P. dom Benoît, Prieur du Monastère de Phước-Sơn, venu présenter ses hommages à Mgr le Délégué avant son départ. Il nous a appris que son monastère traverse en ce moment une pénible épreuve. Dabord une épidémie de grippe espagnole a frappé presque toute la communauté : un Frère même, le bon P. Placide, a été à deux doigts de la mort. De plus, une terrible épizootie a ravagé le bétail : buffles, vaches, moutons. Il en est mort plus de la moitié. Le monastère qui a de la peine à assurer sa vie quotidienne, se trouve de ce fait dans une grande gêne. Toujours surnaturel, le Prieur de N. D. dAnnam se contente de dire en souriant : Dominus dedit, Dominus abstulit : Sit nomen Domini benedictum.

    On dit que le jeune empereur dAnnam, S. M. Bảo-Đại, actuellement en train de visiter le Maroc et nos autres possessions du nord de lAfrique, reviendra dans son royaume dans quelques mois, ses études étant terminées. S. E. M. Thái văn Toản, Ministre des Finances, sembarquera prochainement allant en France à la rencontre de son souverain.


    Singapore

    12 avril.

    Les Pères V. Hermann et A. Devals nous ont quittés le 7 de ce mois, pour prendre leur congé décennal augmenté probablement dun petit supplément, ce qui leur permettra de revenir pleins de santé.

    Les catéchistes Indiens ont eu, à Penang, leur retraite prêchée par le Père Riboud. Il ny avait quun absent.

    Létat de santé du bon Mgr Mérel ne fait quempirer. Sa Grandeur est complètement aveugle et ne peut plus se servir de ses jambes.


    Mandalay

    23 mars.

    Au commencement de février, Mgr Falière partait pour Shwebo en compagnie des PP. Ruppin et Mandin ; le P. Ruppin amenait avec lui son vieux Saya We, le doyen des catéchistes de la Birmanie Septentrionale et probablement de toute la Birmanie, (il a près de 80 ans), et le P. Mandin un groupe de catéchistes de son district de Kyaukse.

    A Shwebo ils trouvèrent rassemblés dans le presbytère du P. Alexis les catéchistes de ce district. Ils étaient en tout seize catéchistes avec cinq prêtres indigènes.

    Les deux districts de Kyaukse et de Shwebo sont pratiquement les seuls qui aient des villages de Birmans convertis.

    Le projet de Monseigneur était dinstiller un peu de zèle et de vigueur dans les membres de ce corps délite qui semblait se laisser gagner par cette espèce de paralysie mentale et physique : lapathie traditionnelle des Birmans.

    Ce fut une retraite de quatre jours ; sous linspiration et limpulsion de notre jeune évêque, les consciences furent remuées et les curs touchés et enflammés.

    Nos braves catéchistes navaient pas une idée bien nette du noble rôle quils avaient à remplir pour le salut des âmes. Plusieurs se considéraient seulement comme les gardiens de la maison du Père en son absence et des bâtiments de léglise et de lécole ; sans doute aussi avec le devoir de faire apprendre les prières et quelques pages de catéchisme aux catéchumènes, sil y en avait, et aux enfants ; mais quant à faire du prosélytisme parmi les païens, ils ny avaient jamais pensé.

    Le compelle intrare de lEvangile quils avaient vu cependant si bien pratiqué par le vieux patriarche de Shwebo, (cest le nom quon donne ici au P. Herr) le fondateur de tous les nouveaux villages de ce district quil a parcouru pendant 40 ans, et par les missionnaires de Kyaukse, les PP. Pelletier, Bazin, de sainte mémoire, et autres, navait aucun sens pour eux. Ils navaient pas entendu cet ordre ; payés 15 roupies par mois, ils se contentaient dêtre les gardiens de la place, sans se rendre compte de leur devoir et dé leurs responsabilités pour le bien des âmes.

    La retraite organisée par Monseigneur fut comme une révélation pour eux et leur fit réaliser la place dhonneur quils devaient occuper dans la maison du Bon Dieu et dans le travail de la sainte Eglise.

    Les quatre jours furent si bien remplis par les exercices religieux, les instructions, les examens des catéchistes, quils passèrent comme un instant et que les retraitants en éprouvèrent une sorte denthousiasme spirituel.

    Il y avait Communion générale, Bénédiction du St-Sacrement et tous les autres exercices dusage ; chaque jour deux instructions données par les prêtres indigènes sur les grandes vérités pour la sanctification personnelle et de longues conférences. Ce furent les conférences qui occupèrent le plus de temps ; Monseigneur lui-même en avait tracé le programme. Elles portaient sur les devoirs des catéchistes : (1) envers le prêtre en charge, (2) sur le soin à prendre de léglise, du presbytère, de lécole et des biens de la mission, (3) envers les gens du village, (4) envers les enfants, (5) enfin envers les païens : comment les attirer et les convertir.

    Le sujet de la conférence était introduit par un prêtre indigène qui avait été chargé den préparer le développement. Il était alors livré à la discussion générale, chacun pouvait et devait donner son avis sur la matière ; les réflexions, les critiques qui en jaillissaient donnaient de lintérêt et de la clarté à la matière ; les conclusions pratiques étaient alors nettement formulées et prises en note par tous. La séance se terminait par lenseignement du catéchisme donné à un groupe denfants par un des catéchistes tiré au sort. Cet enseignement donné en présence de tous était ensuite lobjet de la critique, dune critique pleine de charité et de bon sens qui noffensait personne et était approuvée par tous.

    Pour conserver et augmenter le fruit de ces réunions, Monseigneur, avec lagrément de tous, nomma un catéchiste-inspecteur qui devra passer quelques jours dans chaque village pour assurer lapplication des résolutions prises par le congrès.

    Tous les membres de cette réunion éprouvèrent une telle satisfaction de ces conférences et instructions qui leur avaient montré leur vrai rôle dans la conversion des païens et leur avaient en même temps donné loccasion de se connaître, de sestimer et de sencourager mutuellement, quils demandaient ensemble et unanimement à Monseigneur de leur accorder la faveur dune retraite annuelle comme celle dont ils venaient de jouir.


    Laos

    avril.

    Comme prélude dun long voyage, Monseigneur en fit un petit, du 4. au 6 mars, pour donner la confirmation à Dong Mak Ba, chez le P. Malaval.

    Le lendemain, 7 mars, notre nouveau procureur, le P. Arnaud, arrivait à Nongseng et tout aussitôt prenait le collier. Cest à lui désormais que lon voudra bien sadresser pour toutes les affaires de procure.

    Les examens pour lobtention du diplôme dinstituteur eurent lieu au Siam vers le milieu de mars. Les 17 élèves présentés furent tous reçus, et dans un rang des plus honorables. Notre école de catéchistes na eu jusquici que des succès à enregistrer, sans avoir jamais eu à déplorer un seul échec. Et jappelle cela un record !

    Après avoir béni les Saintes Huiles dans sa cathédrale, Monseigneur partit le lendemain pour une longue tournée de près de deux mois dans la région nord-ouest, Tharé et environs. Les voyages de notre Evêque se font avec la plus grande simplicité ; deux chevaux, un pour lui, lautre pour son domestique, et une valise qui, elle, voyage comme elle peut : et cest tout, donc pas très confortable pour faire cinq cents kilomètres. Quen pensez-vous ? Mais nous sommes au Laos.


    Mysore

    23 mars.

    Mgr Morel, ancien archevêque de Pondichéry est de nouveau parmi nous. S. E. a subi une deuxième opération de la cataracte et désormais létat des deux yeux est satisfaisant.

    La Saint-Joseph, à Bangalore nest pas une sinécure. Pensez donc : Huit fêtes à souhaiter. A la Procure, le P. Faisandier. Au Collège Saint Joseph : les Pères Dutay, Pires et Pasquier. Au Petit Séminaire, le P. Mathevet et tout près du Séminaire, le P. Huet, chapelain du Bon Pasteur. A la paroisse du Sacré-Cur, le curé, le P. de Souza et son assistant, le P. Freeman.

    Le 19 mars, jour de la Saint Joseph, notre nouveau Carmel était en fête. A 5 heures, après le salut du Saint Sacrement, le public a été autorisé une dernière fois à visiter le couvent, puis ce fut la clôture pour de bon. Etaient présents, Son Excellence Mgr le Délégué Apostolique, Mgr Morel et Mgr Despatures. Toutes les communautés de Bangalore étaient largement représentées.

    Depuis quelques semaines, laumônier des Carmélites était hésitant. En effet, comment se rendre tous les matins du Collège au Carmel ? Le choix du P. Saint-Germain est désormais bien fixé. Devinez ? Un pousse-pousse. Nest-ce pas charmant ?

    Mgr Ivanios, lévêque jacobite bien connu, récemment converti au catholicisme, a passé par Bangalore et a célébré la Messe chez les Petites Surs des Pauvres.


    Coïmbatore

    6 avril.

    Depuis les dernières nouvelles publiées par le Bulletin sur la mission de Coïmbatore, un fait très important sy est passé. Une lettre de Son Excellence le Délégué Apostolique nous informait de la nomination du P. L. Tournier comme Evêque de Coïmbatore.

    Quelques semaines plus tard, ayant reçu ses bulles et les ayant présentées à Monseigneur A. Roy, Evêque et administrateur de la mission, le nouvel élu a pris en mains ladministration du diocèse.

    Nous saluons tous en Monseigneur L. Tournier lélu du Seigneur et nous lui offrons nos hommages respectueux en lui souhaitant un épiscopat long, fructueux et, autant quil plaira à Dieu, exempt, au moins, de trop lourdes croix.

    Mais en même temps nous ne pouvons pas oublier notre cher vieil évêque, Monseigneur A. Roy, qui après avoir gouverné notre mission pendant près de trente ans a dû, en raison de son grand âge et de ses infirmités, laisser à des mains plus jeunes le soin de diriger notre bien-aimée mission. Au nom de tous les prêtres et chrétiens du diocèse, madressant à Monseigneur Roy, je lui dis : Recevez, Monseigneur, lexpression des sentiments très respectueux de notre reconnaissance pour tout ce que vous avez fait pour Coïmbatore et pour nous. Nous ne vous oublierons pas dans nos prières ; de votre côté, priez pour nous : comme Moïse, élevez vos mains vers le Ciel et attirez sur votre successeur et sur ses collaborateurs toutes les bénédictions dont ils ont besoin.

    Voici maintenant les derniers changements :
    Le P. Béchu est nommé curé de la paroisse du Sacré-Cur à Ootacamund.
    Le P. Beyls remplace Monseigneur Tournier à lécole industrielle de Coïmbatore.
    Le P. Hedde est devenu chapelain des Religieuses Franciscaines Missionnaires de Marie du Couvent de lImmaculée Conception.
    Le P. Petit a été nommé Vicaire Général et curé de la paroisse de la cathédrale.
    Le P. Baron le remplace à Coonoor, sur les Montagnes Bleues.
    Le P. Perrière a voulu nous faire peur en se payant le luxe dune phlébite, mais comme cétait dangereux surtout pour lui, il sest vite ressaisi et marche de nouveau plus ou moins allègrement.

    La santé du P. Collin nest pas brillante ; ce cher Père a depuis longtemps un mauvais estomac qui le fait beaucoup souffrir. Espérons que la douce fraîcheur du Sanatorium de St Théodore, où il vient de monter, lui fera du bien.

    Le sacre est fixé au Mercredi 13 avril ; dans ma prochaine chronique, jespère pouvoir vous donner de nombreux détails sur la cérémonie.


    Béthanie

    Le Père Guillaume

    Moins de trois semaines après la mort du P. Villion, doyen de la Société, encore un de nos anciens, le P. Guillaume, de la mission de Swatow, nous quittait le 18 avril, à 4 h. du soir.

    Né le 26 mai 1844 et parti en mission en 1872, après avoir exercé le saint ministère pendant trois ans dans son diocèse (Nancy), le P. Guillaume était, depuis la mort du P. Villion, le deuxième doyen de la Société par rang dâge, et le quatrième par rang de départ.

    Il avait travaillé de longues années, avec beaucoup de zèle et avec fruit, dans la mission de Canton dabord, puis dans celle de Swatow, lorsque cette mission fut détachée de Canton.

    En raison de son grand âge, il sétait, depuis quelques années déjà, retiré du ministère actif, mais jouissait cependant dune bonne santé et, jusquà la fin il neut besoin du secours de personne pour se diriger dans la maison ; seule, sa vue avait baissé et, ce qui avait été une bien dure épreuve pour lui, depuis deux ans il ne pouvait plus célébrer la Sainte Messe.

    Durant lété dernier se sentant fatigué il avait demandé et reçu lExt. Onct. ; il sétait toutefois vite et bien remis de cette alerte, mais à 88 ans il est difficile de compter sur un long répit, aussi, il y a une huitaine de jours, la fatigue se manifesta-t-elle de nouveau ; cette fois le cur faiblissait et les forces déclinaient rapidement ; il reçut les derniers sacrements le samedi 16, dans la soirée et, à partir de ce moment, perdit connaissance ; 48 heures plus tard, il séteignait tout doucement et sans souffrances.

    Tous les confrères ayant fait, ces dernières années, un séjour à Béthanie se rappellent le P. Guillaume et les heures de franche détente passées dans les réunions auxquelles il assistait : ils auront un souvenir tout spécial pour lui devant Dieu.


    Séminaire de Paris

    1er mars.

    Nos aspirants continuent chaque dimanche dentendre par la Radio les intéressantes conférences de Notre-Dame. Au milieu de leurs jours de repos, ils eurent aussi une conférence avec projections sur le Japon. Les paysages, les coutumes et les travaux des missionnaires leur furent présentés : excellent moyen de les initier à lavance aux travaux qui seront les leurs.

    Pendant cette quinzaine, le P. Robert est allé visiter les maisons communes du Sud et de lOuest de la France : Montbeton, Beaupréau. La petite communauté de Beaupréau continue de donner pleine satisfaction à son dévoué directeur.

    Mgr le Supérieur, entré actuellement au centre de la Chine, ne peut plus donner aussi régulièrement de ses nouvelles. Nous espérons que la seconde partie du voyage sera aussi heureuse que la première ; en tous cas, sa dernière lettre nous assure que sa santé est florissante, meilleure même quà Paris.

    Le 22 février, les deux communautés se remettaient au travail pour un nouveau semestre.

    Les nouveaux frères ont reçu leur destination au retour de leurs vacances. Le fr. Alphonse Huchet va à la Procure de Marseille, le fr. Joannes Moreau à Beaupréau et le fr. Ferdinand Lancien à Paris.

    De passage à Paris les PP. Giraux (Chungking), Delabaye (Tôkyô), Lucas (Taikou) et Guesdon (Phnompenh).

    Admission Nº 2. M. Cheix, du diocèse de Nantes.

    15 mars.

    Le 2 mars, sur linvitation de Mgr Gaudron, évêque dEvreux, le P. Robert a donné une conférence avec projections sur les événements de Chine, au cercle catholique dEvreux. La salle était comble, et dans lassistance on remarquait des professeurs du Séminaire et du collège. Monseigneur, qui présidait, a eu la grande amabilité de dire en fin de séance tout lintérêt quil portait aux missions, et comme conclusion pratique, pria les directeurs du Cercle de faire une quête au profit de luvre des Partants.

    Deux aspirants de dernière année, déclarés inaptes au service militaire par le Conseil de révision quils passaient pour la troisième fois, ont été appelés au sous-diaconat. Joints aux deux autres précédemment appelés, ils ont reçu le sous-diaconat des mains de Son Em. le cardinal Verdier, dans la chapelle des Surs de St Vincent de Paul. Le même jour, à Rome, trois de nos étudiants ont été promus à la première tonsure.

    Les Partants davril envoyés en vacances il y a un mois, rentrent aujourdhui même et vont se livrer aux derniers préparatifs du départ.

    De passage à Paris ; Mgr Lapierre, des Missions-Étrangères de Québec et Préfet Apost. de Szepinkai (Mandchourie), sest arrêté à Paris à son retour de Rome, en route pour le Canada. Il a passé une grande semaine avec nous. Les PP. Sibers, Grandjanny, Piljean, Valentin et Pichon.


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    M. Gérard GAUCLÈRE
    aspirant du Séminaire des Missions-Étrangères.
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    Le 13 janvier dernier, jour octave de lEpiphanie, Notre-Seigneur recevait des mains virginales de sa divine Mère lâme de notre regretté confrère, M. Gérard Gauclère. Le 19 décembre précédent, M. Gauclère, prosterné sur les dalles du sanctuaire, sétait donné tout entier à Dieu. Dans la ferveur de sa charité il suppliait le Seigneur de faire de lui une hostie damour immolée pour le salut des âmes. Dieu ne tarda pas à prouver quil agréait le don total dune nature si généreuse et si enthousiaste. Le surlendemain de son ordination, notre jeune sous-diacre était contraint de saliter : son état saggravant de jour en jour, on dut le transporter à lhôpital Saint-Joseph, dans lespoir que lintercession du Bienheureux Théophane Vénard assurerait le succès dune opération chirurgicale jugée nécessaire.

    Depuis le premier jour de sa maladie, M. Gauclère a entrevu la fin de sa vie avec cette joie surnaturelle qui est la plus précieuse des grâces. Cette joie parfaite, il la conservée jusquà son dernier soupir, et la communiquée à ceux qui lont assisté à ses derniers moments, en particulier à ses parents, qui ont compris la belle parole de St Paul : Je surabonde de joie au milieu de mes tribulations. (II Cor. VII-4).

    Cette joie, indice dun amour intense et dun détachement total, notre confrère la devait à la Sainte Eucharistie, quil eut le bonheur de recevoir tous les jours. Si, le matin de sa mort, il na pu communier, on a très bien remarqué, par les signes quesquissaient ses mains, quil récitait les prières liturgiques de la sainte messe, et dans un élan de confiance, il éleva ses mains vers la statue de Marie, pendant que les assistants récitaient le Salve Regina et cest porté dans les bras dune si bonne Mère quil comparut devant Dieu, qui dans ses desseins impénétrables, rappelle souvent à Lui, ceux qui étaient lobjet de nos plus belles espérances.

    La cérémonie des funérailles, à laquelle assistaient les deux communautés de Paris et de Bièvres, fut empreinte de paix et de recueillement. Après labsoute, le corps de M. Gauclère fut transporté à Ecully (Rhône) paroisse privilégiée qui eut le bonheur davoir pour vicaire le Saint Curé dArs. Cest au pays natal que repose notre confrère : ses parents, sa mère tout spécialement, qui la préparé à la mort dune façon si surnaturelle, auront la consolation daller prier sur la tombe de celui qui a fait le sacrifice héroïque de sa vie, un an avant son ordination sacerdotale. Ce sacrifice, sera la source dabondantes bénédictions.

    Né dune famille vraiment religieuse, dont tous les membres, conduits par le père, vont ensemble, chaque mois, recevoir lauteur de toutes grâces, M. Gauclère hérita dune nature essentiellement franche et ardente. Toujours il eut le culte de lidéal. Ses études secondaires achevées, il voulait devenir marin. Le souvenir de son oncle, qui, jeune capitaine de vaisseau, avait péri en mer dans une affreuse tempête sur les côtes dEspagne, était profondément gravé dans son cur. Mais, dans une retraite, pendant une heure dadoration, alors que son regard fixé sur Jésus-Hostie interrogeait la Divine Lumière, il entendit une voix intérieure lui dire : Pourquoi pas missionnaire ? Aussitôt il accourt chez son directeur de conscience, qui lui confirme sa vocation. Dès cet instant, son idéal sera le sacerdoce et le salut des infidèles. Sans retard, il demande à entrer aux Missions-Étrangères ; il rompt dun seul coup toutes les attaches qui le retiennent au monde. Idéaliste, M. Gauclère ne saura pas toujours tempérer lardeur de son zèle, ni allier la prudence à la fermeté.

    M. Gauclère entra au Séminaire de Bièvres en septembre 1927. Son caractère sociable, gai, toujours égal, lui gagna toutes les sympathies. Sa première année de théologie terminée, il entrevit avec crainte lépreuve du service militaire. Aussi, pour obtenir la grâce de la persévérance, il fit sa consécration à la Sainte Vierge, dans le sens du Bienheureux Grignion de Montfort et, avant de quitter le Séminaire, il voulut passer la nuit entière devant le Saint Sacrement à Montmartre.

    Pendant son service militaire, malgré les fatigues dune dure journée dexercices et de manuvres, et après une heure détude passée à apprendre la théorie, il simposait le sacrifice de sortir bien tard dans la soirée, pour aller refaire ses forces spirituelles, ne fût-ce que quelques minutes, dans le cur à cur avec le Dieu du tabernacle. Durant ses six derniers mois de caserne il profitera dune liberté relative pour se dévouer aux uvres militaires, en particulier au Rosaire Vivant. Chaque jour, on le voyait, monté sur un vélo devenu légendaire, parcourir tous les quartiers et toutes les casernes de Mayence pour porter à chacun une convocation soit à une séance récréative, soit à une adoration nocturne, soit surtout à une réunion du Rosaire Vivant. Aussi il était vraiment le cyclo de la Sainte Vierge, comme aimaient à lappeler ses camarades.

    Son aumônier porta sur lui le jugement suivant : Très bon séminariste Nature ardente, généreuse Piété solide Est déjà très apprécié pour la droiture de son caractère Fera beaucoup de bien. Jugement dont la justesse ressort encore si on le compare à celui que portera sur notre confrère un de ses amis de caserne : ....Dès notre première rencontre javais trouvé dans son regard quelque chose de céleste. Je crois dailleurs nêtre pas le seul. Mon ami X.... comme moi-même, nous nous plaisions tant à sortir avec lui le dimanche.... Et nous revenions toujours rassérénés et retrempés par cet allant et cette chaleur communicative, à lui si particulière.

    Son service militaire achevé, M. Gauclère rentra aussitôt au Séminaire de Paris. La joie règne toujours en maîtresse sur son visage, mais son profond regard cherche à pénétrer de plus en plus la beauté et les responsabilités du sacerdoce. Il veut à tout prix se détacher de lui-même et de toutes les affections sensibles, pour être un instrument docile entre les mains de Dieu. Puissamment aidé par la Sainte Vierge, dont, en remplissant filialement sa charge doratorien, il aime à se dire le petit nègre, il veut sunir toujours plus étroitement au Père Eternel, à Notre-Seigneur qui, de son Tabernacle, appelle chaque lévite à la sainteté.

    Cest dans ces sentiments, avec une simplicité denfant, que comparut devant Dieu, cette âme si idéaliste. Du séjour de la gloire, M. Gauclère remplira son rôle de prêtre et de missionnaire, en obtenant pour ses parents, pour les membres de la Société et pour les infidèles confiés à leurs soins, des grâces de choix. Nous en avons la certitude : notre Société compte un protecteur de plus dans le ciel.

    Plantatus... in atriis domus Dei nostri,... germinabit sicut lilium et florebit in ternum ante Dominum.

    Planté dans les parvis de la maison de notre Dieu, il germera comme un lis et fleurira éternellement devant le Seigneur.
    1932/357-394
    357-394
    Anonyme
    France et Asie
    1932
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