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Chronique des Missions et des Etablissements communs 9

Chronique des Missions et des Etablissements communs Osaka 7 août. Le Diocèse dOsaka est tout à la joie de voir sétablir sur son territoire, le monastère de Religieuses contemplatives quil désirait depuis si longtemps. La Révérende Mère Abbesse des Trappistines de Yunokawa dans les environs de Hakodaté vient en effet de faire lacquisition dun terrain de 34 hectares. Situé à mi-chemin entre Kôbé et Himeji, ce terrain semble se prêter merveilleusement à la fondation dune maison de prières et de recueillement.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs

    Osaka

    7 août.

    Le Diocèse dOsaka est tout à la joie de voir sétablir sur son territoire, le monastère de Religieuses contemplatives quil désirait depuis si longtemps.

    La Révérende Mère Abbesse des Trappistines de Yunokawa dans les environs de Hakodaté vient en effet de faire lacquisition dun terrain de 34 hectares. Situé à mi-chemin entre Kôbé et Himeji, ce terrain semble se prêter merveilleusement à la fondation dune maison de prières et de recueillement.

    De son côté le P. Bousquet, qui, avait donné les plus graves inquiétudes aux confrères et à tout le personnel qui le soignait sans en excepter les médecins, est entré en pleine convalescence. Depuis une dizaine de jours, il peut célébrer la Sainte Messe, joie dont il avait été privé pendant plus de cinq mois.

    Le vaisseau-amiral Primauguet étant venu jeter lancre dans la baie de Tsuruga, le P. Flachère se trouve de nouveau dans nos parages. Au plaisir de se voir au milieu des confrères de la Société, le sympathique aumônier joint la consolation de pouvoir se remettre des fatigues causées par une aventure qui eût pu lui coûter la vie.

    A son retour de Chungking, le soir même de son arrivée à Itchang, il sétait rendu à bord de la canonnière Balny lune de ses paroisses flottantes, pour y mettre la dernière main à lorganisation dun groupement de jeunesse catholique. Au retour, la vedette à moteur, qui le ramenait, chavira subitement, lentraînant dans les profondeurs du fleuve par six ou sept nuds de courant.

    Il parvint à se dégager; mais les efforts quil fit pour remonter à la surface neurent dautres résultats que de lui faire heurter la tête contre le fond des jonques ou sampans, qui se trouvaient en nombre dans le port.

    LAmiral et les officiers témoins de laccident, étaient atterrés, et commençaient à concevoir de vives inquiétudes, quand le P. FIachère, excellent nageur, parvint à émerger de leau boueuse et malpropre où il était demeuré plusieurs minutes. Au moment où il apparut à la surface, après plongée de trois cents mètres, une barque envoyée à son secours arrivait pour le recueillir.

    Les témoins de laccident, aussi bien que lintéressé lui-même, se demandent comment, sans une protection spéciale de la Providence, il a pu échapper à un danger aussi grave.

    Sa santé délicate se ressentit pendant plusieurs semaines de cette secousse aussi désagréable quinattendue.


    Séoul

    4 août.

    La Saint Eugène (13 juillet) fait accourir chaque année à Chemulpo les missionnaires des environs. En cette saison, pour avoir chaud, on a chaud, dautant plus que le héros de la fête, le P. Eugène Deneux, craignant excessivement les courants dair, ses gens ont bien soin de tenir fermées portes et fenêtres. Malgré ce petit inconvénient cest plaisir daller se joindre aux nombreux enfants pour féliciter lheureux Père et lui souhaiter les bénédictions du ciel et de la terre.

    Enfants nombreux ; quon en juge : aux écoles paroissiales 462 garçons, 478 filles ; à lécole enfantine : 143 bambins et bambines ; à lécole quotidienne de catéchisme pour indigents chrétiens qui ne peuvent pas aller à lécole primaire : 74 enfants ; on peut encore ajouter à ce petit peuple 61 pupilles de la Ste Enfance, ce qui donne 1218 enfants petits et grands. Tous ne sont pas baptisés, puisque la population chrétienne du district de Chemulpo ne compte que 2145 âmes, mais les enfants de payens reçoivent une instruction religieuse dont les fruits ne sont pas perdus pour tous. Le P. Deneux est à la tête de ce district depuis 1904 ; il a comme vicaire coopérateur le P. Lagarde spécialement chargé des chrétientés extérieures et de la gent écolière, ici comme ailleurs, la moins facile à manier : les garçons. Bref, on peut appliquer à Chemulpo le mot fameux : Cest un petit coin de la Corée où ça va bien. Si je disais que tout est parfait, les PP. Deneux et Lagarde seraient les premiers à me contredire ; mais pour ceux qui ont connu les commencements, que de progrès !!

    Il y a quarante et quelques années, le P. Leviel (décédé à Béthanie en 1893) sinstallait dans une maison en bois fabriquée à Nagasaki sur les plans du P. Caste (+ 1896), transportée et dressée sur un terrain plus ou moins vague éloigné de toute habitation, et où des tombeaux à demi abandonnés étaient nombreux. Les deux chambres du milieu de la maison servaient de chapelle au pusillus grex dalors ; aujourdhui : église, couvent des Surs de St Paul, écoles, etc.... et, au delà des murs denceinte, des milliers de maisons coréennes.

    Nos confrères malades. Le P. Devise est arrivé à Marseille trois fois plus faible que quand il a quitté Séoul. Trois semaines de séjour à lhôpital lont rendu plat comme une punaise selon son expression. Renvoyé à la Procure, il a été expédié à St Nectaire (Puy-de-Dôme), là, mis au régime spécial sans sel, ça commence à aller mieux, au moins médicalement parlant, écrit-il le 30 juin, et jespère revoir la Corée et ne pas laisser mes vieux os par ici.

    Le P. Bouillon, dont les crises dasthme sont devenues plus fréquentes, est à lévêché depuis six semaines cherchant quelque soulagement.

    En ces journées torrides, (le thermomètre a marqué 37º à lombre). Les PP. Pichon et Collard, ont, selon lexpression coréenne, mangé de la chaleur, nourriture souverainement indigeste, provoquant troubles de lestomac, dévoûment et autres misères longues à guérir.

    Espérant que la saison chaude lui sera moins pénible au Japon quen Corée, le P. Bodin est encore là-bas ; je pense que ce nest pas dans la préfecture de Yamagata où le 25 juillet on signalait 40º 8 !! Le cher absent compte revenir enfin à son poste au mois de septembre. Salus infirmorum, ora pro nobis !


    Taikou

    8 août.

    La pluie ne se fait guère désirer cette année. Après les orages du commencement du mois de juillet, lesquels avaient causé assez de dégâts dans le sud de la Corée, nous avons eu encore pas mal deau à la fin du mois, ce qui a de nouveau rempli les rizières en rafraîchissant la température. Mais le 3 août, un typhon sest abattu sur le pays, spécialement sur le sud de la péninsule ; comme il était annoncé, on avait pris ses précautions et les dégâts nont pas été considérables pour nous à Taikou. En province, daprès les nouvelles qui nous sont parvenues jusquici, le plus éprouvé est le P. Beaudevin : un mur de son église en construction sest abattu, le coq qui surmontait la flèche de son clocher et dont il était si fier, a été arraché par la violence du vent en même temps que la croix, et projeté dans léglise, sans toutefois rien abîmer. On signale aussi à Masanpo la rosace de léglise brisée par le vent et projetée à lintérieur. Somme toute, grâces à Dieu, on sen est tiré à bon compte et nous devons remercier la Providence.

    Enfin ! après deux ans et demi, on nous annonce un nouveau missionnaire, M. Froidevaux, du diocèse de Bâle (Suisse). Ce nest pas de trop pour renforcer le cadre des missionnaires si peu nombreux ici. Quil soit le bienvenu parmi nous !

    Du P. Parthenay de bonnes nouvelles nous sont parvenues : il annonce quil prendra le bateau du commencement de septembre ; quinze jours avant le départ des nouveaux missionnaires.

    Le 5 août nous avons eu le plaisir de recevoir le P. Chizallet, de Séoul, supérieur du petit-séminaire commun, donc supérieur de nos séminaristes ; il revenait de Masanpo où il a passé quelques jours malheureusement peu agréables à cause de la pluie continuelle.


    Moukden

    6 août.

    Il y a quelques années, la Mission de Séoul venait au secours de nos chrétiens Japonais en nous envoyant le P. Poyaud qui, pendant dix ans, sest imposé la fatigue dun long voyage et dun travail assez absorbant près de ses paroissiens doccasion disséminés à travers la Province. Grâce à la bienveillance de Son Exc. Mgr Larribeau, elle pourvoit maintenant aux besoins spirituels de nos chrétiens Coréens.

    Lan dernier, le P. Lagarde, qui accompagnait Son Exc. Mgr de Guébriant, voulut bien donner aux chrétiens Coréens de Moukden une petite retraite qui fut fort goûtée et des fidèles et du P. Patrouilleau qui est chargé deux. Le résultat fut que le curé de St-François-Xavier, encore peu confiant en ses connaissances de la langue coréenne, supplia Mgr Larribeau de continuer pour les Coréens ce qui se faisait naguère pour les Japonais. Il fut entendu que quelque professeur de séminaire de Séoul viendrait à Moukden pendant les vacances. Et cest ainsi que le 31 juillet nous avions le plaisir de recevoir le cher P. Dourisboure. Inutile de dire avec quelle joie et quelle reconnaissance nos fidèles Coréens accueillirent leur missionnaire bénévole qui parle leur langue, connaît et apprécie leur mentalité, et qui venait de simposer un long et fatigant voyage pour le bien de leurs âmes. Depuis un mois, ce cher confrère na guère chômé. Après avoir vu longuement les Coréens de Moukden, il sest rendu dans la Mission de Kirin où de nombreux groupements lui assurent un fructueux ministère. Merci au dévoué P. Dourisboure et à Son Exc. Mgr Larribeau pour le service quils viennent de rendre à cette intéressante portion de notre population catholique.

    Le P. Dassier, se rendant de Harbin en Corée nous a fait le plaisir de passer quelques jours à Moukden à laller et au retour. Il était à peine reparti pour le nord que les PP. Lacquois et Darles nous arrivaient de Kirin. Le P. Darles, qui a soin, au grand-séminaire de Kirin, de nos élèves auxquels Mgr Gaspais a bien voulu donner lhospitalité, venait passer une partie de ses vacances avec nous. Et il nous amenait son éminent collègue le P. Lacquois qui navait pas revu Moukden depuis 19 ans, et qui voulut bien répondre enfin à linvitation de Mgr Blois, et nous procurer, pour quelques jours trop vite écoulés, le charme de sa compagnie.

    Il y a progrès notable cette année au point de vue sécurité dans notre Manchoukuo. Mais nous sommes loin de la perfection. Même dans les environs immédiats de la ville on emmène des otages, et il serait imprudent daller se promener à quelques kilomètres de la ville. Nous devons nous résigner à vivre, peut-être de longues années encore, au milieu du désordre et du danger.

    Les campagnes ont été dépouillées lan dernier au-delà de toute expression. Il reste donc pour MM. les bandits bien peu dargent à extorquer de la part des paysans. Mais ladministration prévoyante semble avoir pourvu à point à ce déficit pécuniaire. Ceux qui viennent de récolter lopium ont en mains une denrée précieuse qui, sous un volume et un poids restreints, représente une valeur considérable. A défaut de dollars sonnants, on se contente de quelques kilos dopium. Nos pillards professionnels ont fait ainsi des rafles fructueuses. Peut-on espérer que cette expérience servira de leçon à ceux qui seraient encore tentés de cultiver le pavot lannée prochaine ? Hélas ! Il est fort à craindre que lauri sacra fames ne fasse bien vite oublier le danger.


    Chengtu
    1er juillet.

    La guerre civile
    La guerre civile circonscrite jusquici entre les maréchaux Tén et Lieôu, de Chengtu, et sans avantage appréciable dun côté ou de lautre, séparés quils sont par le Pî hô, de Kouân bien à Chao kiata, menace de sétendre, car le maréchal Lieôu siang, de Chungking, fait avancer ses troupes en direction de Chengtu. Il est probable que loncle ne pourra tenir devant cette nouvelle coalition et quil devra se résigner à se retirer sur Yachow et les Marches Tibétaines. En prévision dune nouvelle guerre des rues, beaucoup de familles sont venues retenir une place à lévêché ; parmi elles, qui leût cru ? celle du général Tsen Ian fou. Je cite le journal de Monseigneur : Nous avons contracté une dette envers le général Tsen Ian fou, celui qui, le 31 mars 1932, réclamait à la mission catholique de Chengtu, la modeste somme de 1.500.000 dollars. On sait la suite : des soldats, à plusieurs reprises, envahirent lévêché à la recherche de lévêque qui put leur échapper. Finalement, le regretté P. Couderc, provicaire, fut emmené par eux, puis relâché, mais il en reçut moralement un choc violent, une émotion profonde qui hâtèrent certainement sa mort, survenue deux mois plus tard, le 3 juin. Nous avons donc une excellente occasion de rendre le bien pour le mal, selon le précepte de notre divin Maître et de nous acquitter ainsi.

    Depuis plusieurs mois cest la rafle des jeunes gens pour leur enrôlement forcé ; aussitôt pris, on les affuble dune casaque militaire et sans préparation aucune on les dirige sur le front, aux tranchées de première ligne. Un domestique des Religieuses, pris dans ces conditions, sut profiter dune bonne occasion pour sortir de ce guêpier. Un petit officier du groupe ayant été blessé, il lui insinua quil connaissait lhôpital catholique, fameux par les cures merveilleuses et par les soins des Religieuses. Séduit par cette perspective, lofficier accepta de sy faire transporter et le prit pour laccompagner. Actuellement le blessé est hospitalisé et son guide, ayant déposé luniforme et les armes, a repris sa modeste vie, mais il nose plus sortir dans la rue.

    Un de mes chrétiens, enrôlé aussi de force, envoyé en première ligne, réussit à déserter par une nuit de grande pluie. Arrivé chez lui tout joyeux, il va à la boutique à thé raconter son odyssée. Mal lui en prit, car le lendemain une estafette de la gendarmerie vint le prévenir quun coup de téléphone du front enjoignait davoir à rechercher le déserteur. Palabres, nombreuses tasses de thé, finalement ce chrétien dut se racheter pour 70 dollars, avec lesquels les gendarmes purent se payer une nouvelle provision dopium, car, vous lavez déjà deviné, le coup de téléphone était inventé de toutes pièces !

    Et cela me rappelle une histoire arrivée à mon voisin païen, il y a quelques mois. Il possède à peu de distance de la ville une ferme où est cantonnée une compagnie de soldats. Pour les fêtes du nouvel an, les soldats tuent un cochon gras qui valait 40 dollars, mais ne versent que la moitié du prix. Le fermier avertit son patron, lequel va de suite porter plainte au capitaine qui loge en ville. Celui-ci le reçoit très poliment, et, séance tenante, verse 20 dollars pour parfaire le prix du cochon tué. Mais.... mais trois jours après, le capitaine vient dire à mon voisin : Votre fermier est un homme sans conscience, la nuit dernière, nos sentinelles lont surpris volant nos munitions. Voici la note cest 80 dollars !! Et mon voisin a payé, jurant, mais un peu tard, quon ne le reprendrait plus à porter plainte contre les successeurs du Fils du Ciel.

    Communistes.
    Les Pères Bauquis et Pinault se sont réfugiés à Shunking (Vicariat Indigène) et le P. Eymard, devant la menace qui pèse sur la ville de Paolin, a dû se résigner, lui aussi, à chercher un abri ailleurs. A la date du 26 juin, M. Tsong, provicaire de Shungking et vicaire délégué du Vicariat en labsence de Mgr Paul Ouâng, actuellement à Rome, écrit : Les troupes de Iangsen (20ème armée) viennent dêtre battues par les communistes. Le péril pour nous est imminent et nous nous apprêtons à fuir.

    Le maréchal Tien, commandant en chef de lexpédition contre les communistes, a reçu, dit-on, beaucoup de menaces de mort et il en a été si effrayé quil a quitté son quartier général de Paolin pour se retirer à Tongchwan où il se croit plus en sûreté !!

    10 juillet.

    Ne voulant pas assumer la responsabilité dune nouvelle guerre des rues à Chengtu, notre gouverneur civil, le maréchal Lieou ouen houi, a quitté la place avec toutes ses troupes le 8 courant et sest retiré derrière la rivière Min. Ses adversaires ont occupé Chengtu et la première nomination de fonctionnaires, que signalent les journaux, est celle dun général au poste de Directeur du Bureau de la défense de lopium, (Lisez : Bureau de vente officielle). La seconde est celle du Directeur du Bureau des taxes sur le tabac et lalcool. Mon Dieu ! Ce nest pas ce qui presse le plus, mais enfin, espérons que largent recueilli servira à préparer la lutte contre les communistes. On y pense certainement, puisque le P. Eymard signale quun avion de Chungking est venu survoler Paolin et lancer des exhortations au bon peuple de ne pas se faire communiste. La prochaine fois, espérons-le, il poussera sa randonnée un peu plus loin et laissera tomber quelques bombes sur les lignes communistes.

    Monseigneur nous annonce la nomination du P. Parmentier comme représentant des missions de la Chine occidentale au Conseil Central de Paris, à la place du P. Aubert, décédé, et Son Excellence fait suivre la nouvelle de ces quelques lignes : Ancien missionnaire de Chengtu, où est il arrivé le 31 mars 1890, le P. Parmentier nous avait quittés en 1899 et avait été reçu Directeur du Séminaire le 21 août de la même année. Démissionnant, cet été, de sa charge de Supérieur de la Communauté de Bièvres, il accepte, malgré ses 70 ans quil accomplira le 6 décembre1933, la charge de représentant des missions de la Chine occidentale, comprenant les vicariats de Chengtu, Chungking, Suifu, Tatsienlu et Ningyuanfu. Bel exemple dabnégation et de dévouement à la cause de la Société et des Missions, qui nétonnera aucun de ses nombreux amis, ni aucun de ses anciens élèves.

    Notre confrère le P. Flachère, aumônier de la Marine, sur le Primauguet, venu à Chungking avec lamiral Berthelot et trois officiers de létat-major, désirait vivement pousser une pointe jusquà Chengtu quil a quitté depuis 9 ans, mais il en a été empêché par le mauvais temps et par la guerre civile.


    Suifu

    1er août.

    Après un armistice de six mois, voici que notre mission est devenue de nouveau un immense champ de bataille. Les 23, 24 et 25 juin, le maréchal Lieou siang, commandant la XXIème armée, et ses alliés, les généraux Ten, Li et Lo, mobilisaient leurs troupes et les dirigeaient contre Lieou ouen houi, commandant la XXIVème armée. Ce dernier, sans opposer de résistance, battit en retraite et sétablit sur la rive droite du Min kiang (fleuve Min), de Kiating aux abords de Kouan hien, en passant par les villes de Tsin chen, de Mei tcheou, de Pen chan, de Sin tsin et de Tsong kin tcheou, mettant ainsi leau entre lui et ses ennemis. Jusquici, aucun combat sérieux entre les adversaires, tout au plus, des échanges de coups de fusil et de canon. Mais de nos confrères ou prêtres chinois qui se trouvent sur la rive droite du fleuve Min, aucune lettre depuis le 5 juillet. Cest le blocus le plus complet.

    Bonnes nouvelles du P. Gire. Il est dans sa famille à Bruges (Gironde). Sa santé est excellente. Sa dernière lettre est datée du 6 juin.

    Monseigneur Renault fut reçu par Sa Sainteté Pie XI le 10 juin, à onze heures et quart. Laudience dura une demi-heure. Sa Sainteté daigna bénir la Mission de Suifu, ses missionnaires, ses prêtres indigènes, ses religieuses, ses chrétiens et toutes ses uvres.

    La poste continue à boycotter le Mantcheoukoué. Elle a renvoyé à Suifu, de je ne sais où, le tableau général de létat de la mission qui était adressé à Mgr Gaspais. Que Son Excellence ne sétonne donc point de ne lavoir pas reçu.


    Ningyuanfu

    20 juillet

    Le Kientchang
    Dans le nord de la mission, les bandits continuent leurs exploits. Tsinkihien, Haniuen et Foulin sont menacés. Le P. Tchen a été averti par les autorités de mettre à labri ses ornements et autres objets de valeur. A Mato, la maison du catéchiste Yang a été complètement pillée, lui-même a été tué, et deux de ses fils grièvement blessés. A Houili, les bandes qui menaçaient les autorités militaires se seraient retirées à Kiangi, sur le territoire du Yunnan. A Téchang, le chef des révoltés, Hochaotong, aurait été pris et livré par les Lolos ; il aurait été amené hier enchaîné à Ningyuanfu pour y être exécuté ?

    Le 16 juillet, de grand matin, plusieurs hommes se présentaient au prétoire de Ouitchen, cinq étaient armés de revolver. Ils se firent ouvrir les portes, et semparèrent dune cinquantaine de fusils appartenant à la garde nationale, et, sans être inquiétés, prirent la direction des montagnes.... Cest la nouvelle que nous apprenait le P. Monbeig, arrivé mercredi soir, pour prendre part à notre réunion. Le voyage du P. Boiteux a été plus long. La barque de Tchang-pintse ayant été emportée par les fortes crues du début de juillet, il fut obligé de faire le tour par Ouitchen, accompagné dune bonne escorte de Lolos. Le sud est représenté à notre réunion par le P. Ollivier, qui, seul, a eu le courage daffronter les difficultés du voyage en cette saison. Les PP. Bettendorf et Flahutez nont pas jugé prudent de quitter leur poste en ces temps de brigandage.

    Les Religieuses ont fait leur visite annuelle de malades dans la région de Mienlin. Les malades affluèrent nombreux. Leur grande consolation, et la récompense de leurs fatigues, est davoir administré, au cours de cette tournée, 468 baptêmes denfants de païens en danger de mort.


    Tatsienlu

    1er juillet.

    Le mois de juin fut, cette année, tout rempli de fêtes religieuses depuis la Pentecôte jusquà la St Pierre et St Paul. A Tatsienlu, la veille de la Pentecôte, le P. Pasteur eut la joie de baptiser 16 nouveaux chrétiens et, le jour de la fête, Mgr confirmait 31 personnes ; cette année, en souvenir du 19e centenaire de la descente du Saint Esprit, nous eûmes, à la cathédrale, une messe solennelle chantée avec le concours des séminaristes. Comme par le passé, les processions du T. S. Sacrement eurent lieu à la paroisse et au monastère des Religieuses F. M.M., au milieu dun recueillement qui, à la Cathédrale, ne fut pas troublé par la présence dun grand nombre de soldats et de païens.

    A proximité de Tatsienlu, une petite école de campagne vient dêtre ouverte par la mission, au village de Semakiao ; cette école a le double but de faire connaître aux païens notre religion, et de prévenir la fondation dune école laïque par le gouvernement dans cette région, où la majorité des enfants est chrétienne.

    Le dimanche de la Ste Trinité arrivaient à Lentsy les deux Frères Franciscains dont le dernier Écho disait avoir perdu les traces. Les Religieux, lun italien et lautre hongrois, sont les Frères Nazaire et Urbain ; le P. Vabour les a reçus à Lentsy, puis accompagnés à Mosimien, et ils ont été tout heureux darriver à la léproserie le jour de la fête du grand franciscain St Antoine. Au sujet de la léproserie, un vilain article parut dernièrement dans le petit canard officiel de Tatsienlu : Khang tsang tong huin che; un libelle anonyme, aussi pauvre de style quinepte quant aux idées, accuse les étrangers dentretenir à Mosimien une maison où les lépreux sont forcés de travailler péniblement pour pouvoir assurer leur subsistance, et il conclut que jusquici on na pas vu à quoi sert cet hospice...! Mgr a adressé au journal une protestation et une rectification. Les autorités chinoises nont pas lieu dêtre fières davoir laissé imprimer, dans un périodique, qui est le leur, de pareilles sottises et mensonges.

    A Yerkalo, malgré laridité naturelle de cette chrétienté et les circonstances défavorables, le P. Nussbaum a pu baptiser quelques nouveaux chrétiens, et les fêtes de Pâques ont été bien suivies : comme quoi il ne faut jamais désespérer, surtout quand on a le bon Dieu avec soi.

    Le P. Goré est allé visiter à Weisi les Chanoines Réguliers du St-Bernard. Il les a trouvés attelés à létude du chinois ; il a emmené à Tsechung un Père et un Frère qui vont examiner la route de Latsa à Gaiouan. A Siao Weisi, le P. Goré vit le P. Bonnemin qui lui parut quelque peu fatigué.

    Larmée continue à occuper la résidence de Bathang, et la lettre adressée à ce sujet par Mgr au général Ten reste toujours sans réponse.

    Les tribulations de la famille royale thibétaine de Tatsienlu se reproduisent de génération en génération. Pour une affaire dhomicide par imprudence, commise par ses subordonnés, le roitelet actuel a été emprisonné ; comme sa sapèque est plus intéressante que sa mort, on la relâché moyennant 1.250 piastres damende, sans compter les 11 à 1200 roupies de frais divers.


    Yunnanfu

    4 août.

    Le Petit Nouvelliste
    Pour la 3ème fois cette année notre mission est en deuil : Le Père Leparoux est allé recevoir la récompense de ses 43 ans dapostolat. Il sest éteint à la clinique St Paul à Hanoi le 28 juillet à 22 heures et ses obsèques ont eu lieu le lendemain à 17 h., peut-être repose-t-il tout auprès de notre regretté P. Salvat. Il a reçu lextrême-onction le 25 ou le 26 juillet.

    Sa mort na surpris personne. Dès le début les docteurs navaient pas dissimulé la gravité de la maladie ; à un âge avancé un ictère est toujours dangereux. Ils ont parlé, il est vrai, dune intervention chirurgicale à tenter après les chaleurs en septembre ; ils la savaient inutile et ils se doutaient bien quà cette date le patient ne serait plus là pour la subir. Quant à lui, il comptait sur cette opération, il lui tardait dêtre rendu au mois de septembre ; jusquau dernier moment il a conservé bon espoir ; il voulait guérir, cétait moins attachement à la vie que désir de parachever luvre à laquelle il avait consacré ses dernières années ; quand il comprit quil touchait au terme de ses jours, il sen remit totalement à la volonté du Bon Dieu. Pendant 5 mois et plus que dura sa maladie il fit preuve dune patience admirable, rendue plus méritoire encore par la chaleur accablante du Tonkin. A ses derniers moments sil na pas eu la consolation davoir à son chevet un missionnaire du Yunnan il aura eu du moins la satisfaction de recevoir durant toute sa maladie les soins empressés des Religieuses de St Paul de Chartres auxquelles son dévouement bien connu lavait rendu si cher. R. I. P.

    Une carte postale de Bombay 22 juin nous dit que Mgr de Jonghe a fait un excellent voyage et est toujours de cur avec les confrères.

    Le P. Bougault écrit quune pipe européenne a amené la découverte de ses voleurs : deux païens à la conscience chargée déjà de plus un méfait ont été exécutés : près de la moitié de la somme volée lui a été rendue, le reste lui sera livré plus tard ; deux familles riches se sont portées caution : jusquau coffre-fort lui-même qui fut projeté dans un étang profond devra en être retiré. Le Père ajoute que, son clocher achevé, sa cloche fait retentir les échos dalentour.

    Hier soir vers les 3 heures par lauto venant de Loufong, le Père Lahon visiteur des Pères Bétharramites de Talyfou, accompagné du P. Pirmez et dun frère nous sont arrivés. Le Père Visiteur est appelé durgence à Bétharram, ils quitteront Yunnanfou pour Hanoi dimanche prochain 6 août.


    Kweiyang

    26 juillet.

    Comme il ny a pas en ce moment de guerre dans nos parages, nous sommes censés jouir de la tranquillité ; les brigandages faisant partie du pain quotidien, on nen parle plus. On pourrait cependant mentionner une mutinerie de soldats à Tinfan, dans la région de Ganchouen. La garnison, trouvant quelle tardait trop à toucher sa solde, se débarrassa de ses chefs, se répandit en ville la nuit, pilla lhabitant, puis se dispersa dans la campagne. Le curé de lendroit, le P. Didier, ancien lieutenant dans larmée française, nen perdit pas pour cela son sang-froid ni son sommeil. Ce nest quau lever quil apprit le fait, et se trouva être un des rares, très rares, habitants à navoir pas été visité.

    Pour parer à lavenir à des faits de ce genre sans bourse délier, le gouverneur Ouang kia lié a émis, sans la moindre couverture, pour un million de piastres (5 à 6 millions de francs) de billets, et cest avec cela quil paie son armée, quitte aux soldats de se faire changer leur papier en espèces sonnantes par les commerçants. Ceux-ci préfèrent fermer boutique et suspendre tout commerce, doù augmentation de gène et aggravation de famine !! A quelque chose malheur est bon : notre petit hôpital de la mission reçoit continuellement des demandes et se trouve toujours plein. Nombre de ceux qui y entrent sont trop affaiblis pour y guérir, mais ils y trouvent le baptême et une fois éclairés échangent sans regret, avec enthousiasme quelquefois, leur vie de misères pour celle dun monde meilleur.

    Cependant, il y a une dizaine de jours, la population de Kweiyang a, une matinée durant, oublié ses tristesses. Deux avions, venus du Kouangsi, lavaient convoquée autour du champ daviation pour lui faire montre de leur adresse. Pendant une heure ou deux, loopings, pirouettes, fausses chutes ont émerveillé tout le monde. Pendant ce temps, faute de soupçonner autre chose que de simples vols, lauteur de ces lignes, à qui il suffisait de faire une vingtaine de pas pour se trouver aux premières loges na pas bougé de son rond-de-cuir, et aujourdhui, tandis que le dernier gamin de Kweiyang sait de visu ce que cest quun looping, lui en est encore à la définition de son dictionnaire anglais.

    Les Bulles de Mgr Larrart, parties de Rome le 1er mars ont touché Kweiyang le 20 juillet, près de cinq mois de traversée ! alors que dordinaire lettres et journaux nous arrivent en six semaines ou deux mois. Le sacre est fixé au dimanche 13 août. Pour cette circonstance, la visite de LL. EE. Mgr Jantzen de Chungking et Mgr Carlo de Lanlong, est attendue et combien ardemment ! Puissent-elles nêtre pas arrêtées par la longueur ou la difficulté de la route ni par tout autre empêchement. Le P. Laborde, sentant la fatigue de ses 43 ans de mission ininterrompus peser par trop sur ses épaules, cède son poste de Tsingay au P. Ronat. Le P. Boyer échange son poste de Tchatso contre celui de Tongtcheou.


    Canton

    Sur 78 élèves présentés par le Collège du Sacré-Cur pour le diplôme de la 3e année denseignement secondaire 77 ont été reçus. Lun deux, trouvé faible en mathématiques, a subi un 2e examen quelques jours après et a été admis.

    Après la retraite des Surs indigènes, leur Supérieure leur a distribué louvrage pour lexercice 1933-34. Elles se rendront dans leurs districts respectifs au plus tard après le 15 août. Quelques-unes se sont déjà mises en route.

    Traduction dune pièce officielle relative à la construction de notre Carmel.
    Conformément à lordre présent.
    Nous venons de recevoir de la municipalité la circulaire 1752 qui nous informe comme ci-dessous.

    Présentement le bureau du généralissime du 1er groupe de larmée révolutionnaire nationale nous écrit la lettre officielle Nº 19 suivante que nous transcrivons : A larrière de Sha ho, au sud de Mao-iu-kong, cest-à-dire sur lavant-gauche du cimetière de la 11e armée, un catholique étranger élève sur cet emplacement un mur denceinte. Aussitôt nous avons délégué quelquun pour examiner et nous rendre compte de la vérité de la chose. Après examen, il appert quune partie de ce terrain est employé à des fins militaires. Si on autorise les catholiques étrangers à y bâtir des demeures, il y aura des inconvénients pour toutes les préparations militaires.

    Il convient donc de vous envoyer une lettre officielle espérant que, après en avoir pris connaissance vous interdirez toute construction afin déviter des embarras aux choses de larmée. Nous attendons votre réponse. Cette lettre est adressée au chef du bureau compétent afin quil en prenne connaissance et exécute la décision et rende compte de lexécution des ordres au plus tôt par écrit, afin de faire preuve aux fins de transmissions. Tel est lordre.

    Aussitôt, nous avons envoyé un délégué examiner ce mur denceinte qui est sur le côté gauche avant du cimetière de la 11e armée, et en est éloigné environ de quelques centaines de pas. Cest lentreprise Man-Kouok qui édifie ce mur, et léglise Shek shat du Yat-tak-lo en est le propriétaire. Déjà on a construit en long et en large environ 1000 et plus de pieds. Il importe darrêter les travaux afin de ne pas nuire aux affaires militaires. En plus, nous avons employé quelquun pour arrêter les travaux et avertir lentreprise de se conformer aux ordres en cessant de construire privément ces murs denceinte jusquau moment où laffaire sera réglée. On ne doit pas retarder dobéir à cet ordre.

    Ordre transmis à lentreprise Man Kouok.
    Le 29 du 7e mois de la 21e année de la République.
    Le 7 août, le Carmel sest transporté à Hongkong. Il y attendra une décision sur son avenir.


    Swatow

    17 août.


    Le P. Favre nous est revenu resplendissant de santé, complètement revu et considérablement augmenté. Puissent les chaleurs de la canicule ne pas lui faire perdre trop vite les avantages que lui a procurés son séjour au pays natal !

    La première récolte de riz a été nettement déficitaire dans notre région ; par suite de la sécheresse prolongée, dans beaucoup dendroits les rizières navaient pu être plantées ; ailleurs le riz a séché sur pied. Si la récolte dautomne nest pas meilleure, et la sécheresse persistante le fait craindre, la misère sera grande, et forte la tentation de prêter loreille à la propagande rouge très active depuis quelques mois.


    Pakhoi

    9 août.

    Cette chronique pourrait sintituler chronique sanitaire, car, en dehors des bobos, des fatigues qui sont le pain quotidien des missionnaires, la maladie a, durant ces deux derniers mois, conduit à Hongkong deux de nos confrères. Ce fut dabord le P. Léauté, tout fraîchement revenu de France, quune tension artérielle à fausser tous les appareils médicaux, a enlevé pour quelque temps à son district de Shekshing. Le calme reposant de Béthanie, les bons soins du P. Marie et un régime sévère, sérieusement suivi, semblent avoir remis daplomb notre confrère qui ne tardera pas à rejoindre son poste.

    Le 21 juin, nous arrivait, après une longue tournée de deux mois et demi, le vaillant entre tous, le P. Richard, mais cette fois complètement abattu. Chez lui, cest le foie qui ne marche plus ; trois semaines de soins vraiment dévoués du bon Dr Quy, médecin de lhôpital, lui ont permis de se rendre à Hongkong, pour y chercher, avec un changement de climat, le moyen de suivre un régime que Pakhoi ne pouvait lui assurer. Les dernières nouvelles reçues sont bonnes et notre cher malade a pu quitter lhôpital pour sinstaller à Béthanie.

    Nos malades de France ne donnent pas tous de leurs nouvelles, mais nous savons que lun deux, le P. Baldit, a dû quitter la villa St Paul, à Font Romeu (Pyrénées orientales), pour rejoindre à Montbeton le quartier général des vétérans de lapostolat.

    La construction de notre évêché-procure avance. A contempler lédifice de lextérieur, tout prend forme et nous pouvons nous reposer du soin des détails sur la vigilante assiduité du P. Rossillon dévoué autant quexpert. Fin septembre tout sera terminé, fignolé, et lentrepreneur avec ses maçons, toujours sous la conduite du P. Rossillon, sen ira doter le district du Shekshing dune église qui y fait défaut depuis longtemps.

    Sans bruit, pendant que se construisait lévêché, un pavillon-maternité voyait, lui aussi, le jour dans lenclos de lhôpital. Cette addition qui simposait va donner à tout létablissement, déjà pas mal fréquenté, une notoriété plus grande. Puisse-t-il en résulter un bien appréciable pour notre sainte religion.

    Cette petite chronique pourrait sarrêter là, puisquaussi bien Pakhoi sobstine à rester un peuple heureux sans histoire et sans histoires. Nos confrères, en envoyant leur compte rendu, ont cependant tous donné signe de vie. Les statisticiens pourraient déjà nous annoncer que la marche en avant se continue, pénible sans doute mais sûre, et même les non initiés peuvent affirmer que, cette année encore, cest la presquîle du Louitcheou qui remporte, haut la main, les premiers prix au palmarès de la mission. Honneur aux vaillants moissonneurs qui ne ménagent ni leurs peines ni leurs sueurs, et bon courage quand même aux persévérants glaneurs des autres régions. Spiritus ubi vult spirat !


    Hunghoa

    11 août.

    Juillet, au Tonkin, cest le mois des fortes chaleurs, la période des grandes pluies, des inondations ; impossible de faire ladministration des chrétientés, et tout le monde de prendre volontiers un peu de repos.

    Jadis, à loccasion de la St Pierre-St Paul, nous avions réunion à Hunghoa ; vu le séjour annuel de Mgr Ramond à la station daltitude de Chapa, durant lété, cette petite fête de famille est supprimée. Pourtant, il faut se détendre tant soit peu, et, pour réparer les forces, éviter aussi, parfois, le cafard, chacun tâche de prendre quelques vacances, et de se procurer, autant que faire se peut, de la fraîcheur.

    Le P. Hue vous dira quil en trouve, et une fameuse ! en rédigeant ou en classant, douze heures par jour, les fiches dun nouveau dictionnaire en préparation. Le P. Gauja, depuis plus de 30 ans sur son mamelon de Tuyên.Quang, y sent toujours le bon air, un bon air relatif, naturellement, et sen contente ; comme distraction, il contemple de haut la Rivière-Claire, et en note, au jour le jour, les débordements, parfois intempestifs. Et puis, il reçoit, chaque année, lagréable visite du P. Fleury, professeur au petit-séminaire ; ce sont là, pour lun et lautre, deux ou trois bonnes semaines de repos ; on y traite les graves questions, théologiques et politiques, mais le calme ordinaire du presbytère de Tuyên-Quang nen est nullement troublé !

    Le P. Lanter, lui aussi, a sa demeure sur une colline ; mais cest le Fleuve-Rouge quil domine, et qui lui apporte un peu de fraîcheur. Il y passe lété, sans crainte dinondation, tout au moins chez lui. Volontiers, il monterait à Chapa, pour y respirer lair de la montagne, et aussi pour se soustraire aux demandes importunes des nombreux quémandeurs, qui lassaillent au moment de limpôt ; mais, à lui, comme à plusieurs autres confrères, la vie en dortoir, même à 1.500 m. de hauteur, ne sourit guère !

    A Sơn-Tây, tandis que le P. Laubie fait de lhéliothérapie, et pédale, en plein midi, sur les routes du voisinage, le P. Massard profite des avantages de lélectricité ; et, sil fait chaud dehors, dans sa maison, tout au moins, un ventilateur, de calibre sérieux, lui donne sensation de fraîcheur, excessive parfois, puisquelle lui amène, une fois ou lautre, de légers rhumatismes ; le bonheur, en ce monde, nest vraiment jamais parfait !

    Le P. Pierchon, son voisin, tient toujours, au Camp militaire de Tong, ce que nous appelons le Sanatorium pour Intellectuels fatigués. Sans doute, il ny a ni brise de mer, ni vent de la montagne, mais une franche gaieté y règne toujours, excellent réconfortant pour ses hôtes ! Joignez à cela que les curs généreux et il y en a parmi nous trouvent souvent occasion daider le maître de céans pour ses uvres. Ainsi, à lheure actuelle, qui ne serait ému de le voir construire lui-même, avec son domestique et quelques ouvriers, le clocher de sa future église ? Les briques ne se superposent quen proportion des ressources ; doit-il chômer, une semaine ou deux, faute de fonds, il fait en sorte quau prône du dimanche suivant, ses auditeurs le sachent ; quelques-uns comprennent vite la situation, et lui apportent aussitôt une généreuse obole ; dautres se réservent, pour une future quête dapparat, un jour de grande fête. Disons que ce clocher, réduction du Campanile de Montmartre, a déjà 12 m. de haut ; il doit en avoir 27 environ ; aussi, comme un bon chèque, même anonyme, serait bien reçu !

    Cette année, le P. Méchet avait tout préparé pour monter, comme de coutume, à Chapa ; une tension artérielle, trop forte, ne lui permet plus cette ascension vers les sommets ; cest dans la plaine quil a dû aller prendre un peu de repos. Après Sơn-Tây, Tong, Phú-Nghĩa, où il a passé de bons jours, le voici, en ce moment, à Hunghoa. Partout, on est aux petits soins pour lui ; un doyen, si gai et si bon, ce nest pas toujours quon en trouve de pareil ! Et, pourtant, avouons-le, il nest pas parfait, et a encore des progrès à faire ; ne sobstine-t-il pas, malgré son âge, malgré son hypertension, à faire de la bicyclette, et à pédaler dans les rues, à pente souvent ardue, de Yên-Bái ? Et, que son colon septuagénaire sen ressente, une fois ou lautre, quoi détonnant ?

    A propos de bicyclette, on pourrait raconter le voyage des Pères Hue, Doussoux et Millot, chez le P. Gautier, à Phủ-Yên-Bình. Cétait à la veille de la St Pierre, fête patronymique de ce dernier ; les Pères Paul Doussoux et Pierre Millot avaient résolu daller lui offrir leurs souhaits, et de fêter en commun leurs deux grands saints Patrons.

    Cétait une route de quelque 80 km. à faire, dans la journée, et par une chaleur torride ; route escarpée, tantôt en pleine forêt, tantôt sous un soleil de plomb ; à tous deux elle parut bien longue ; le P. Doussoux, plus alerte, et aussi plus entraîné, pédalait encore, mais le P. Millot ne sentait plus ses jambes ; deux ou trois fois, il dut sasseoir sur le talus, pour reprendre souffle et courage ; sans son compagnon, il sy serait bel et bien endormi. Mais, il y avait le point dhonneur : la visite avait été annoncée au P. Gautier, on ne pouvait lui faire faux bond ; en outre, le P. Hue avait promis à son grand vicaire, le P. Millot, de faire route, lui aussi, vers Phủ-Yên-Bình ; il fallait donc faire, tous deux, bonne figure, et ne pas paraître plus fatigués que le Père Provicaire, qui, lui, avait à couvrir plus de 100 km..

    Donc, un dernier effort, et les Pères Doussoux et Millot arrivaient enfin ! Un sommeil réparateur, et la bonne hospitalité du P. Gautier leur rendirent des forces ; du reste, elles devaient en rendre aussi au P. Hue, dont le voyage avait été également plein de péripéties. Le jour de la fête, tout le monde fut dispos, et la gaieté fit oublier les fatigues des jours précédents.

    Mais il fallait, les jours suivants, entendre, à Chapa, le P. Millot parler des randonnées en bicyclette, à cette époque de lannée, et sur les routes de la Haute-Région ; il fallait surtout lécouter nous parler de cette automobile, qui les frôla, lui et le P. Doussoux, à un tournant de la route ! Ils sétaient vus, lun et lautre, à deux doigts de la mort ; comment navaient ils pas eu la tête broyée, le corps déchiqueté ? comment navait-on pas eu à ramasser leurs membres épars, pour les ramener, comme un vulgaire colis, à Hunghoa ? lui-même ny comprenait rien, mais son ton de voix et ses gestes suffisaient pour faire apprécier la frousse éprouvée en cette circonstance !

    Une prochaine chronique parlera de Chapa ; en terminant, disons que nous avons eu, à Hunghoa, lagréable visite de deux confrères de la mission de Hué, les Pères Urrutia et Massiot. On parla naturellement des évènements de la capitale, de questions pédagogiques aussi, et nos deux visiteurs se firent, lun et lautre, un plaisir daller voir notre petit-séminaire de Hà-Thạch ; si leur temps neût .été aussi limité, ils auraient pu faire quelque promenade dans les environs de Hunghoa ; ce sera, nous lespérons, pour une autre fois !


    Quinhon

    Nous sommes heureux de donner ici la lettre adressée à notre vénéré jubilaire, Monseigneur Grangeon, par lEminentissime Cardinal de la Propagande.

    Rom 10 mai 1933

    Excellentissime Domine

    Quinquagesima dies anniversaria a sacerdotio ab Excellentia Tua inito mox peracta est, ideoque sacra hæc Congregatio gratulationes suas et vota tibi pandere desiderat.

    Nam ad Missionem appulsus paulo post quam sacrum altare ascenderas nempe anno 1883, persecutionem sævissimam anni 1885 fortiter tolerasti, et postea potissimum in instructione et educatione clericorum incubuisti. Episcopus Tit. Utinensis itemque Vic. Apost. de Quinhon electus anno 1902, per viginti quinque annos naviter in bonum istius Missionis adlaborasti ; præcipua cura in recta formatione religiosarum indigenarum necnon virorum catechistarum advigilasti et demum hospitium pro leprosis pie instituisti.

    Cum pro ista Missione adeo feliciter operam dederis, sacra hæc Congregatio in hac faustissima die optima nuncupat vota, ut Divina Gratia Tibi benedicere veut, atque optata Tua omnia cumulatissime explere.

    Interim libenter permaneo

    Excellentiæ Tuæ Carolus Salotti
    addictissimus in Domino arch. tit. Phil.
    signé P. Card. Fumasoni-Biondi Præf. secr.


    Mission de Kontum. Le Sacre de Mgr Jannin. La multiplication des Vicariats Apostoliques ne date pas daujourdhui. Pendant près de 200 ans, Quinhon, Saigon, Hué, Phnompenh et Kontum nont formé quun seul Vicariat, le Vicariat de Cochinchine, érigé en 1659 sur linitiative de lillustre missionnaire que fut Alexandre de Rhodes, et confié à la naissante Société des M.-E. de Paris.

    De cet immense territoire, presque la moitié de lIndo-Chine Française actuelle, le St Siège détache au sud la Mission de Saigon en 1844, au nord la Mission de Hué en 1850, à lextrémité sud et sud-ouest, la Mission de Phnompenh en 1851. Le Bx Mgr Cuenot, le Vicaire Apostolique, sest réservé la partie centrale, Quinhon, doù il a fait commencer dès 1842 lévangélisation du pays de Kontum, à louest, vers le Mékong.

    Quatre-vingts ans se passent : un rien dans la vie de lEglise. De 1850 à 1887, par moments tout semble crouler : persécution de lEmpereur Tự-Đức, le Dioclétien annamite, dont le Bx Cuenot fut la principale victime ; dispersion des chrétiens, qui de 32.000 en 1850, pour la Mission de Quinhon, tombent à 26.000 en 1862, date du traité de paix entre la France et lAnnam ; pillages, incendies, massacres en masse en 1885 ; il ne reste plus que des ruines, le chiffre des chrétiens descend brusquement de 42.000 à 18.000.

    Mais une terre arrosée du sang de tant de martyrs ne saurait rester inféconde. A partir de 1887, cest la résurrection, puis la marche en avant, qui ne sarrêtera plus.

    Nous sommes en 1930. Le chiffre des chrétiens est monté de 18.000 à 80.000, les missionnaires sont 45, les prêtres indigènes près de 90 ; Kontum, surtout, sest développé dune façon merveilleuse : 20.000 catholiques, 14 missionnaires, 11 prêtres annamites, 3 prêtres bahnars. Cest toute une région où rien : la race, le climat, la langue, les murs, ladministration civile, les méthodes dévangélisation, rien ne ressemble à lAnnam.

    Une nouvelle division apparaît possible, opportune, commandée par lintérêt de lapostolat. Le 11 janvier 1932, lérection de Kontum en Vicariat indépendant est signée par le St Père, et le 15 janvier 1933, le R. P. Jannin, missionnaire à Kontum depuis 43 ans, est nommé Evêque de Gadara et premier Vicaire Apostolique de la nouvelle mission.

    Jour de sainte allégresse et de divines bénédictions à la fois pour le Vicariat de Quinhon et le jeune Vicariat de Kontum, le sacre du nouvel évêque a eu lieu le 23 juin, à Kontum même, dans la belle église élevée dans ce joli centre par le très regretté P. Kemlin, et a revêtu un caractère de solennité extraordinaire.

    Fête splendide, inoubliable. Les Livres Saint rapportent que la Reine de Saba, venue à Jérusalem sur la foi de ce quon lui avait raconté, sen retourna émerveillée de ce quelle avait vu et entendu. Les invités du sacre, minora si licet compnere magnis, sont rentrés chez eux ne tarissant pas déloges sur ce quils ont vu à Kontum.

    De tout cur à sa troisième fille devenue aujourdhui sa petite sur très aimée, ainsi quau premier Vicaire Apostolique de Kontum, toute la Mission de Quinhon, dune voix unanime, adresse ses vux de prospérité les plus sincères.

    De Passage. Le P. Hutinet, Provicaire de la Mission de Kontum, est parti pour Saigon, où il sembarquera prochainement pour France.

    Petits Frères. Le 15 juillet, 9 Profès ont renouvelé leurs vux annuels, 5 Novices ont émis leurs premiers vux, 16 Postulants ont pris lhabit.

    Nouveau. Cest avec plaisir que nous recevrons le P. Lefebvre du diocèse de Cambrai, qui nous arrivera dans le courant doctobre.

    R. P. Porcher. Un deuil cruel vient de frapper la mission : notre confrère le P. Porcher a été emporté en moins de 24 heures par une hémorragie intestinale. A vrai dire, le Père ne sétait jamais complètement relevé dune dysenterie chronique dont il souffrait depuis longtemps. Rien toutefois ne faisait prévoir une mort si rapide. Monseigneur et le P. David, en route pour le Quảng-nam, se trouvaient à Hội-đức le 7 juillet à midi ; notre confrère était aussi bien portant, aussi gai que dhabitude.

    Le mal se déclara dans la nuit du 9 au 10, vers 11 heures. Dans la matinée du 10, le Docteur annamite de Bồng-sơn était auprès du malade, auquel il prodigua ses soins toute la journée. Un peu avant midi, M. Hogner, Inspecteur de la milice, qui était accouru, voyant le mal saggraver dheure en heure, alla en toute hâte en auto à Gia-hựu et ramena vers 2 heures le P. Jamet. Le malade, qui souffrait beaucoup, reçut aussitôt, en pleine connaissance, les derniers sacrements, avec les sentiments de la foi la plus vive et de la plus parfaite résignation, et, toujours assisté du P. Jamet, rendit le dernier soupir vers 6 h. ½ , un peu avant larrivée du P. Alexandre, prévenu par un télégramme, envoyé à lévêché vers 3 heures par M. Hogner.

    Le corps, revêtu des ornements sacerdotaux, fut porté et exposé à léglise, où les chrétiens éplorés, venus de partout, récitèrent les prières des morts une bonne partie de la nuit et le lendemain, jusquau moment de linhumation, qui eut lieu à 5 h., après les vêpres des morts et labsoute donnée par le P. Provicaire, en présence dune quinzaine de prêtres et dun grand nombre de fidèles dont une dizaine deuropéens. M. Hogner, qui aimait beaucoup le Père, avait envoyé 10 miliciens avec des couronnes. La messe denterrement avait été chantée par le P. Alexandre vers 6 h. du matin.

    Nous perdons en notre confrère un bon missionnaire, un prêtre excellent qui navait que des amis. Miseremini mei, saltem vos....


    Saigon

    La paroisse de Thủ đức, dont est chargé le P. Cransac, va se mettre au premier rang, dans la mission, au point de vue des uvres sociales. Les Filles de la Charité y sont déjà installées depuis quelque temps, et leur zèle bien connu y promet les plus belles espérances. Sur le terrain offert gracieusement par M. Denis Lê phat An, Commandeur de lOrdre de St Sylvestre, elles ont bâti leur maison de Communauté, où elles peuvent recevoir des Postulantes.

    Un comité provincial sest formé, dont M. Denis Lê phat An est le président, et a élevé sur le même terrain une Maison de Charité avec laide des Lazaristes et des Filles de la Charité. Ce bâtiment, vaste et bien compris, est destiné à recevoir les vieillards infirmes et sans ressources. Les postulants de ce côté ne manquent pas, et ils rempliraient vite la maison sil ny avait quelques formalités administratives nécessaires et un budget à consulter. Lasile des vieillards nest quun commencement, car cette Maison de Charité doit comprendre aussi un ouvroir, puis un établissement de relèvement moral pour les jeunes filles condamnées par les tribunaux, en un mot toutes les branches de la Charité, comme le désirait Monsieur Saint Vincent. Mais cela évidemment ne peut se faire en un jour, surtout en temps de crise.

    S. E. Mgr Dumortier a béni solennellement la Maison de Charité le 19 juillet, fête de St Vincent de Paul. Nombreuse assistance de Missionnaires, Surs de St Paul de Chartres, Frères des Ecoles chrétiennes, et chrétiens de diverses paroisses qui avaient tenu à témoigner leur sympathie aux Filles de la Charité.

    Linauguration officielle a eu lieu le 31 juillet sur invitations du Comité de propagande, et sous la présidence de M. le Gouverneur Général Pasquier et de M. le Gouverneur de la Cochinchine. Mgr Dumortier et de nombreuses notabilités y assistaient. Le président du Comité, M. Denis Lê phat An, prononça un discours auquel ses sentiments catholiques ont donné plus délévation quaux discours quon entend en pareille circonstance ; Entre les mains de collaboratrices aussi expérimentées dans lart de panser nos blessures morales et physiques que les Filles de la Charité, les uvres patronnées par notre Comité contiennent en germe tous les éléments de succès.

    M. le Gouverneur Krautheimer a répondu avec beaucoup dà propos : Cest pour moi, comme pour vous tous, jen suis persuadé, un heureux réconfort davoir pu, un instant, écarter de notre esprit les graves soucis qui lassaillent chaque jour pour venir respirer le bon air de cette maison de charité et apporter aux Surs de St Vincent de Paul qui la dirigent, comme aux Surs des autres ordres qui poursuivent les mêmes buts en notre chère Cochinchine, lhommage de notre respectueuse reconnaissance.


    Hué

    9 août.

    Le Frère Dominique, ancien Directeur de lEcole Miche à Phnompenh, vient dêtre nommé Directeur de lEcole Pellerin à Hué. Son prédécesseur à Pellerin, le Frère Domitien Joseph, a été placé à la tête du Scolasticat des Frères des Ecoles Chrétiennes, récemment transféré de Nam Định à Hué.

    La retraite des prêtres indigènes a eu lieu, comme de coutume, au petit-séminaire au commencement de juillet. Les retraitants étaient au nombre de quatre-vingts, les autres prêtres étant restés chez eux pour cause de maladie ou pour la garde des malades. Le prédicateur était le P. Philippe Bá, dont les instructions ont été appréciées de ses confrères tant pour la solidité de la doctrine que pour la simplicité et la clarté de lexposé.

    La fin de lannée scolaire au petit-séminaire dAnninh a été marquée par des succès aux examens du Gouvernement : six élèves sur huit présentés ont obtenu le certificat détudes primaires. Ce sont tous des élèves nayant pas encore ou ayant à peine commencé létude du latin ; pour ne pas troubler lordre des études les élèves des classes supérieures nétant plus envoyés aux examens primaires. Quant au petit certificat élémentaire, tous, sauf de rares exceptions, le possèdent déjà à leur entrée au petit-séminaire.

    Le P. Viry a quitté le grand-séminaire pour prendre la direction de la paroisse de Nước Ngọt et des uvres importantes quy a établies son prédécesseur, le P. Fasseaux, nommé dernièrement directeur au grand-séminaire.

    S. E. Ngô đình Diệm a donné sa démission de Ministre de lIntérieur. Le Conseil royal ne compte plus désormais dans son sein de membre catholique.

    S. E. Mgr Herrgott, Vicaire Apostolique de Phnompenh, a passé quelques jours à Hué, à la Délégation Apostolique, vers la mi-juin. Les Pères Tardy, Lebourdais et Vuillard, de la Mission de Hanoi, et le P. Dalaine, Provicaire de Vinh, ont été de passage, se rendant au sacre de Mgr Jannin à Kontum. Le P. Lantrade, de la Mission de Vinh, est venu passer une quinzaine de jours de vacances dans la Mission chez ses amis et compatriotes.

    Mort du R. P. Denis (Dom Benoît).
    Le R. P. Henri Denis (en religion dom Benoît), Prieur du monastère de Notre-Dame dAnnam à Phước Sơn, a rendu sa belle âme à Dieu le matin du 25 juillet. Depuis plusieurs années déjà sa santé laissait fort à désirer, mais il nen continuait pas moins sa vie de prières et daustérités, sans vouloir accepter aucun adoucissement à la sévérité de la règle ; aussi il allait donner des retraites et des sermons de circonstance sans paraître se douter que, malgré une volonté de fer, les forces humaines ont une limite. Vers le milieu du mois de juin une fièvre pernicieuse le terrassa et il fut bientôt réduit à un état de complet épuisement. Quand il consentit enfin à être transporté à lhôpital de Hué il était trop tard : il y arriva le 13 juillet déjà à la dernière extrémité. Les médecins purent cependant couper la fièvre et remettre le malade en état de reprendre la route de son monastère, où il désirait vivement revenir pour mourir au milieu de ses frères en religion. Il vécut encore huit jours à Phước Sơn, conservant sa lucidité desprit jusquà la fin et lusage de la parole presque jusquà son dernier soupir. Son agonie, qui fut longue, fut assez mouvementée. Il souffrait beaucoup dans son corps et dans son âme : Cest terrible ! criait-il avec effroi et douleur, Marie, mon espérance !... Ah ! priez toujours bien pour les pauvres agonisants !... Cest terrible ! Les confrères et les religieux qui lassistaient le réconfortaient par de pieuses invocations. Les plus efficaces étaient les paroles liturgiques, comme Deus in adjutorium.... et les versets des litanies de la Ste Vierge : le calme revenait aussitôt ; puis survenait une nouvelle crise. Apparemment le pauvre moribond soutenait une lutte violente avec les démons, qui prenaient leur revanche pour les âmes que le vénéré Prieur avait arrachées de leurs mains et pour les fruits de salut que procurerait dans lavenir luvre de Phước Sơn. Quelques minutes avant la mort revint enfin une douce paix. Cest fini ! dit le mourant. Il demanda une dernière absolution, sexcitant à une vive contrition, et il expira paisiblement.

    Le défunt, revêtu des habits monastiques avec une étole violette, fut étendu sur un lit de fleurs et exposé deux jours durant à la chapelle, au milieu du chur. Les funérailles avaient été fixées au matin du 27 juillet, mais on saperçut bien vite que, vu la grande chaleur de cette saison, il serait imprudent de garder si longtemps le corps ainsi à découvert, car suivant la règle du monastère, qui est celle des Trappistes, les religieux sont mis en terre sans cercueil. On procéda donc à lenterrement proprement dit dans lintimité le soir du 26 juillet. Le R. P. Bernard Mendiboure, sous-prieur, présidait la cérémonie. Le P. Lemasle, provicaire, quelques prêtres de la mission et un long cortège de moines en cagoule blanche, conduisirent le regretté fondateur de N. D. dAnnam à sa dernière demeure, creusée dans la salle capitulaire où, défunt, le R. P. Benoît parlera encore à ses frères leur infusant lesprit religieux et monastique, comme il le faisait de son vivant. La solennité des funérailles eut lieu le lendemain matin. Mgr Chabanon, interrompant une tournée de confirmation, arriva juste à temps, avec le P. Morineau et M. lInspecteur dAviau de Piolant, commandant la brigade de la Garde indigène de Quảng Trị, chargé de représenter le Résident de France Administrateur de la province. Le R. P. Bresson O. F. M., secrétaire de la Délégation Apostolique, représentait Mgr Dreyer en villégiature à Dalat. Etaient présents aussi le R. P. Dionne, vice-provincial des Rédemptoristes ; quelques missionnaires ; une quinzaine de prêtres annamites ; un des mandarins provinciaux, M. Ưng-Gia, Án Sát ; M. le Dr Hy, le dévoué médecin de Quảng Trị ; ainsi que de nombreux catholiques, quelques-uns venus même dassez loin. Les communications avec le monastère de Phước Sơn ne sont ni rapides ni faciles : aussi nombreux furent les missionnaires et les prêtres indigènes qui ne furent pas avertis assez à temps pour pouvoir se rendre aux funérailles ; sans cela, il y aurait eu deux ou trois fois plus de prêtres. La messe solennelle denterrement, chantée par le Père Provicaire, fut suivie de trois absoutes, la dernière donnée par Mgr le Vicaire Apostolique. Immédiatement après, la chapelle fut dépouillée de ses ornements funèbres et reçut la décoration des grands jours de fête. Le R. P. Bernard, revêtu de la chape blanche, savança vers lautel et y entonna le Te Deum, la communauté remerciant Dieu davoir accordé au défunt la grâce de la persévérance dans la vocation religieuse et de lavoir appelé à une vie meilleure.

    Le R. P. Denis (dom Benoît) naquit à Boulogne-sur-mer le 17 août 1880. Ce fut M. labbé Eloy, vicaire de sa paroisse (aujourdhui Mgr Eloy, Vicaire Apostolique de Vinh), qui lui fit faire sa première communion. Entré au séminaire des M.-E., il fut destiné à la Mission de Hué, où il arriva le 7 juin 1903. Il est mort âgé de 53 ans seulement, méritant pleinement léloge de nos Saints Livres : Consummatus in brevi, explevit tenipora multa. Sa vie de missionnaire (1903-1918) se passa à Anninh au petit-séminaire, et à Nước Mặn dans un poste de nouveaux chrétiens. Soit comme professeur, soit comme pasteur, le P. Denis se dépensa toujours de toute son âme. Avec dexquises qualités de cur il possédait une fort belle intelligence : aussi non seulement parvint-il à parler la langue avec une rare perfection, mais encore en vint-il à aimer passionnément la littérature annamite ; il entreprit même une série de travaux qui porte le nom de Collection de textes annamites, transcrits en quốc ngữ, traduits et annotés en français. Malheureusement les nombreuses et absorbantes occupations qui remplirent sa vie lui permirent seulement la publication de deux pièces : le Lục súc (les six animaux domestiques) et le Trê cóc (le crapaud et le silure) ; ce sont des ouvrages justement estimés, qui ont rendu et rendront encore de nombreux services aux annamitisants.

    Mais ses travaux de linguistique, pas plus que ses labeurs apostoliques, ne purent détourner lesprit du P. Denis dune pensée qui y avait germé de bonne heure : Au point où en est le développement du christianisme en Indochine, disait-il, la vie religieuse doit naturellement y éclore. La vie des Cisterciens Réformés lui paraissant convenir le mieux aux Annamites, il exposa ses idées à plusieurs Trappes de France. Ses démarches nayant pas abouti, il résolut de fonder lui-même lordre religieux purement indigène quil rêvait. Mais lentreprise était si hardie que le Vicaire Apostolique hésita plusieurs années avant de lui en donner lautorisation. Vers le milieu de 1918 la permission instamment sollicitée fut enfin accordée. Le Père, accompagné de deux catholiques annamites qui voulaient se consacrer à Dieu par les vux de religion, quitte le séminaire dAnninh dans le courant du mois daoût et va sétablir en pleine forêt, à plusieurs kilomètres de distance de toute habitation ; il loge dans une misérable cagna pareille aux maisons des plus pauvres du pays. Grâce à la générosité des Français et des Annamites de toute condition, il construit peu à peu un vrai monastère, parfaitement organisé. Tout y est simple, pauvre, mais de bon goût et très propre ; la chapelle est vaste et claire ; les environs sont défrichés et cultivés. Létablissement vit du maigre produit de ces terres prises sur la brousse, ainsi que de diverses industries : élevage, sculpture, reliure, fabrication de fromages. Le monastère, encore Congrégation diocésaine mais qui formera un jour une branche du grand arbre cistercien, comprend une quarantaine de religieux profès, dont huit prêtres (une douzaine ayant fait leurs vux perpétuels), une trentaine de novices et une quarantaine de postulants, oblats, familiers, orphelins. Ce Sont tous des Annamites, sauf le R. P. Bernard Mendiboure, bras droit du R. P. Benoît depuis treize ans : dans la pensée du fondateur, N. D. dAnnam doit être un ordre purement indigène, avec la règle des Trappistes. Auprès du couvent il y a des bâtiments réservés aux visiteurs et aux retraitants. Ces derniers (missionnaires, prêtres indigènes, séminaristes, personnes du monde) sont toujours nombreux, venant non seulement de la Mission de Hué mais encore des autres régions de lIndochine. Enfin tout dernièrement le R. P. Benoît avait créé un modeste hôpital où sont reçus les malades de la région.

    Et tout cela le vénéré défunt la accompli dans lespace de quinze ans !... Et son uvre, commencée sans ressources, sest développée dans la pauvreté et au milieu des épreuves de tout genre !... Il est vrai que le R. P. Benoît nétait pas un homme ordinaire. Cétait un convaincu : aussi ne faisait-il pas les choses à demi. Sétant fait moine, il était à Dieu entièrement, le monde nexistait plus pour lui et son corps ne comptait point. Sa mortification était poussée à lextrême, au delà des limites permises même, humainement parlant. Lamour de Dieu dont son cur était plein débordait de sa bouche. Dune intelligence extrêmement vive, dune culture étendue, dune éloquence forte et prenante, il savait faire partager sa conviction à ses moines, aux auditeurs de ses sermons et à ses nombreux visiteurs, prêtres et laïques. On sortait de ses entretiens toujours remué et souvent transformé. Cest surtout par lexemple quil entraînait : ce quil demandait à ses religieux, il laccomplissait dabord lui-même, fut-ce le plus pénible et le plus humble des travaux. Aussi avait-il depuis longtemps chez nous la réputation dun saint. De tels hommes sont lhonneur de notre Société et par leurs exemples, leurs mérites et les uvres quils laissent après eux, ils sont une bénédiction pour une mission.


    Bangkok

    4 août.

    Depuis deux mois des conférences ont été données plusieurs fois par semaine à Bangkok par le Professeur Gjordins, de léglise adventiste du septième jour. Bien que suivies par un auditoire plus curieux que religieux, ces conférences ont eu cependant un certain retentissement. La dédicace de leur chapelle a eu lieu le samedi 22 juillet. Ils tiendront désormais des réunions en langue chinoise, chaque samedi et mercredi ; en langue anglaise, chaque samedi, dimanche et mardi.

    Leur but est daider le peuple tant au point de vue physique que spirituel. Ils défendent surtout daller au cinéma, de danser, de jouer aux cartes. Ils sintitulent eux-mêmes des pionniers de lélectrothérapie et de lhydrothérapie. Ils encouragent leurs adeptes à la vie végétarienne et leur défendent lusage de la viande de porc, des huîtres, du tabac, du thé. Le tabac pour eux nest quune perte dargent et de santé. Le divorce est permis en cas dadultère de lun des deux conjoints qui peut alors se remarier. En cas de guerre, les adventistes, objecteurs de conscience, ne peuvent servir que dans les formations sanitaires et ambulances.

    Daprès le Professeur Gjordins les adventistes pratiquants seraient environ 400.000 dans le monde entier. Leur activité augmenterait de 500 pour cent chaque dix ans, et 42.000 membres auraient été inscrits en 1932. Tous les membres sont tenus de payer la dîme de leurs revenus nets.

    En somme, cest une nouvelle secte protestante qui cherche à simplanter dans le Siam où bien dautres pullulent déjà, surtout dans le nord. Lavance catholique, précisément dans le nord, quils avaient vu dabord progresser avec une certaine indifférence, commencerait, dit-on, à les inquiéter, nos écoles surtout, dont lessor continu menace leur tranquillité longue de plus dun demi-siècle. Par ailleurs, de nombreux adeptes protestants indigènes viennent vers nous avec empressement, ce qui ne peut évidemment réjouir leurs maîtres américains.

    Nous saluons avec joie la nomination de la Révérende Mère Marie de Lourdes, comme Supérieure des Missions Ursulines au Siam et en Chine, avec résidence à Bangkok. Nous espérons que, sous sa haute et maternelle direction, les uvres confiées, en Extrême-Orient, aux Religieuses Ursulines de lUnion Romaine, se développeront avec succès pour le plus grand bien des âmes et la gloire de Notre Seigneur Jésus-Christ.

    S. E. Monsieur Pila, ancien Ministre de France au Siam, vient dêtre nommé ambassadeur au Japon. A cette occasion, on nous permettra de signaler son rôle bienfaisant envers toutes les uvres de la Mission Catholique de Bangkok et, en particulier, lintérêt quil a toujours manifesté pour la mise au point technique de notre Hôpital Saint-Louis. Nous ne doutons pas quil naime à déployer un pareil zèle dans sa nouvelle et très importante sphère dactivité diplomatique.


    Malacca

    4 juillet.

    Sil est permis de faire crédit aux journaux locaux, nous serions enfin arrivés au bon tournant de la crise économique, en train de rebondir, de décrire la courbe ascendante, etc. etc.. Létain et le caoutchouc ont, en effet, remonté dune façon très appréciable sur le marché. Tout le monde se réjouit et nourrit lespoir que cette amélioration sera autre chose quun mince rayon de soleil perçant un instant la nue pour sévanouir aussitôt derrière dautres nuages noirs.

    Résultat pratique : les choux et les navets ont fait comme létain et le caoutchouc, les vivres ont renchéri. A cela rien de surprenant, dira-t-on. Oui bien, mais pourquoi, une fois remontés, navets et choux ne suivent-ils pas avec autant de ponctualité étain et caoutchouc quand ceux-ci exécutent une dégringolade ?

    Des économistes sérieux prétendent que cette hausse ne peut être attribuée quà certaines manuvres financières et, par conséquent, noffre aucune garantie de durabilité.

    Le Gouvernement persévère dans sa politique de retrenchment et réduit sans pitié le nombre des fonctionnaires ainsi que leurs appointements.

    Dautre part, pour arrêter cet afflux de jeunes gens qui, chaque année, sortaient des écoles, munis de brevets inutiles désormais, puisquils nassurent plus à ceux qui les possèdent un emploi soit dans ses bureaux soit dans les firms, le Gouvernement vient délever le taux des school-fees dans ses propres écoles et dans celles quil aidait financièrement. De cette façon, seuls pourront se préparer aux examens du Cambridge, les enfants dont les parents seront à même de payer les longues et dispendieuses années détudes. Ainsi que la dit sans ambages le directeur de lEducation Office : Linstruction en langue anglaise ne sera plus désormais un passeport pour lobtention dun emploi : cest là un fait qui, tôt ou tard, doit être accepté.

    Le malheur est quil nexiste actuellement aucune école primaire et gratuite où linstruction soit donnée en anglais. Décoles gratuites, le Gouvernement nen a ouvert que pour la population Malaise, où la langue malaise est en usage et lenseignement du Côran au programme. Il va de soi que jusquici il ny avait à fréquenter ces écoles que les enfants malais et quelques indiens musulmans. Or, voici quà la dernière session du Conseil Législatif, un des membres de lauguste assemblée nous apprend que dans ces écoles malaises, musulmanes, les enfants de toutes les autres races ont droit dentrée. On ne dit pas si lhonorable gentleman, après avoir servi cette perle, ne sest pas pris le nez à poignée pour étouffer laccès de fou rire qui le travaillait.

    Attendons-nous à une vive campagne sur ce sujet dans la presse, et qui ne sera point pour maintenir une bonne entente déjà fort compromise entre les éléments si divers qui composent la population de la Colonie et des États Fédérés.

    Quelles seront pour nos écoles les conséquences quentraînera ce changement de programme dans la politique de lEducation Department ? Pour se prononcer dune façon certaine, mieux vaut attendre. Dautres modifications imposition dune limite dâge aux professeurs, diminution de salaire, etc.. sont envisagées, sinon décidées déjà, quoique non encore officiellement notifiées.

    Quoi quil advienne, nous sommes sûrs que, grâce à cet esprit de foi qui les anime et à cet abandon filial à la divine Providence qui les caractérise, nos Frères des Écoles Chrétiennes et nos Dames de Saint-Maur continueront courageusement leur apostolat si fécond au milieu de la jeunesse, de la jeunesse pauvre plus spécialement. Cet amour pour les enfants indigents qui animait dans la création de leurs instituts charitables St J.-B. de la Salle et le saint Père-Barré est lhéritage le plus précieux quils aient laissé à leurs fils et à leurs filles. Cest donc avec tranquillité que nous voyons venir cette crise dune réelle gravité pour luvre qui fut, entre toutes, si chère au cur de Mgr Boucho et de ses successeurs : léducation de la jeunesse catholique.

    S. E. Mgr Barillon a pu reprendre la célébration de la sainte messe, mais non dune façon régulière toutefois.

    Sitôt de retour, le P. Fourgs a fait à quelques postes de la mission une visite rapide, tout heureux de reprendre contact avec la Malaisie et de montrer le bénéfice quil a tiré pour sa santé de son séjour en France.

    Un beau voyage de 15 jours dans la mission a suffi, assure-t-on, pour rajeunir le P. Burghoffer de 10 ans sans exagérer. Inutile donc de reprendre le chemin de France pour boire à longs traits à la fontaine de Jouvence. En Malaisie, désormais, rapetassage et rabibochage des vieilles barbes se fera sur place. Ce sera du solide et, en même temps, dun exceptionnel bon marché.

    Le P. Bélet qui veut tenir bien en main la direction de sa paroisse vient dy fonder un cercle catholique. Puisse-t-il, ce cercle, faire comme les ronds dans leau, aller en sélargissant. Accroissement et longue vie à cette uvre, et Dieu donne au cher P. Bélet de réaliser par elle tout le bien quil veut faire dans sa paroisse.


    Rangoon

    2 août.

    Le 12 juin, il y eut à Pégu, chez les Pauvres Clarisses, la première cérémonie de vêture, qui fut présidée par Mgr Provost, entouré dun nombreux clergé. La postulante, qui prenait, ce jour-là, la livrée de St François, faisait partie du petit groupe arrivé de France, lannée dernière, pour fonder une maison en Birmanie. Les bonnes Religieuses songent à bâtir, car létroit local quelles occupent depuis le début, ne leur permet pas de recevoir toutes les jeunes filles qui demandent leur admission dans la communauté. Le P. Picot leur a fait les plans dun vaste monastère, daprès les grandes lignes esquissées par la Rév. Mère Abbesse, et on ne tardera pas à commencer les travaux. Malheureusement les fonds sont insuffisants pour lexécution complète du projet ; il faudra procéder par tranches, au fur et à mesure des disponibilités.

    Le 17 juillet, au soir, veille de St Frédéric, nous étions réunis en assez grand nombre, à lévêché, pour offrir nos vux de fête à Monseigneur. Comme dhabitude, cest le P. Saint-Guily, Provicaire, qui a pris la parole pour lassurer de nos prières et lui dire quil pourra toujours compter sur laffection filiale et le dévoûment sans bornes de tous ses missionnaires. Mgr nous a remerciés chaleureusement de nos bons sentiments à son égard et nous a dit que sa paternelle sollicitude ne nous ferait jamais défaut. Puis on a pris le chemin du réfectoire où sest terminée, dans la cordialité dun banquet, cette belle petite fête de famille.

    Le P. Meyrieux vient de faire encore un stage à lhôpital de Rangoon. Cette fois cétait pour une opération : lablation de lappendice. Il achève en ce moment sa convalescence à la léproserie de Kemmendine avant de rentrer à Pyapon.

    Le P. Pavageau, dont lexistence était rendue misérable par dincessantes et très pénibles crises dasthme, a peut-être enfin trouvé le docteur qui doit le guérir. Il termine, à Rangoon, un long traitement, sous la direction de ce spécialiste, et les résultats obtenus sont satisfaisants. Notre cher confrère va certainement beaucoup mieux et sa guérison définitive paraît être assurée. Nous le souhaitons de tout cur.

    Le P. Cathébras hésite à confier sa personne aux soins de ce même docteur qui se fait fort de le débarrasser dun vieux catarrhe dont les eaux du Mont-Dore nont pas eu raison. Cest quil sagit dun traitement de 82 jours et dun régime très sévère qui sont bien de nature à lui faire peur.

    Linfatigable apôtre des Chins, le P. Ch. Maisonabe, a fait merveille cette année : plusieurs centaines de conversions, cest magnifique. Mais il na pas le sou pour payer les nombreux catéchistes et maîtres décole quil est obligé de maintenir dans ses villages afin de continuer linstruction religieuse des néophytes. Aussi fait-il de temps en temps, dans lorgane mensuel de la mission, la Voice, un appel à la générosité des catholiques. Espérons que son S. O. S. sera entendu par quelques bonnes âmes et qu il recevra les secours dont il a si grand besoin pour entretenir et développer ses uvres.

    Au matin du 27 juillet, entre 4 et 5 heures, le P. Mignot, qui se trouvait à Pégu, fut très surpris dentendre, dans sa chambre, un bruit insolite qui ne pouvait sexpliquer que par la présence dun intrus. Mais il ne put le constater de visu puisquil est aveugle, et en réponse à sa question Qui va là?, il reçut sur la figure, un coup de matraque qui létourdit complètement. Quand il reprit ses sens, il ny avait plus personne, sauf lenfant qui dormait à quelques pas de là, mais il saperçut quil avait une dent cassée et une joue fortement tuméfiée. Ce qui ne lempêcha pas daller dire la messe chez les Clarisses, à lheure habituelle, avant de se rendre à lhôpital pour se faire soigner. Quant au mécréant qui lavait mis à mal, il navait emporté quun imperméable qui, du reste, fut retrouvé quelque temps après.

    A la Procure, le P. Rioufreyt, qui sabsente quelquefois pour une minute sans fermer sa porte, a reçu pareillement la visite dun voleur. Une première fois, deux stylos de prix lui furent subtilisés ; une autre fois, un troisième stylo disparut, et le sac à main, quun visiteur avait laissé momentanément sur le bureau, fut soulagé dun chapelet en or et dune somme de 13 roupies, environ 80 francs. Notre bon Procureur, malgré toute sa sympathie pour les pauvres prolétaires, na pas approuvé cette initiative privée dune répartition plus équitable des biens de ce monde.

    Nous avons ressenti, le 29 juillet, vers 9 h. 30 a. m., une secousse sismique dune certaine violence qui a jeté la panique dans Rangoon. Cest quon na pas oublié le tremblement de terre du 5 mai 1930, qui a fait beaucoup de victimes et causé dimportants dégâts.

    La mission bouddhiste qui a quitté Rangoon le 1er janvier, est arrivée, le 13 juin, à Bénarès. Elle doit y rester pendant toute la saison des pluies. Mais U Lokanahta, le bonze italien qui la conduisait, nous est revenu récemment pour chercher un remède contre la malaria quil a dû contracter en cours de route. Ce nétait pas très grave, car il a pu sembarquer, le-20 juillet, à destination de Colombo. Son but est de recruter des bonzes ceylanais, puis de passer au Siam pour sadjoindre des bonzes siamois et daller enfin retrouver les quelques bonzes birmans laissés à Bénarès. Alors, avec cette troupe délite, en avant, pour la conquête de lInde et du monde.

    Le P. Barbiéri, de la mission italienne de Toungoo, a réussi à le rejoindre dans une bonzerie de la banlieue de Rangoon où il se soignait ; mais toute son éloquence na pu le ramener à de meilleurs sentiments. U Lokanahta na jamais été plus heureux que depuis quil a embrassé le bouddhisme et a engagé le Père à suivre son exemple. Cette démarche fut faite à la requête du frère même de ce bonze, prêtre en Amérique, qui pria lEvêque de Toungoo de rechercher le renégat et dessayer de le convertir.


    Mysore

    Noces dor sacerdotales du Père Gouarin.
    Quand le dernier missionnaire arrivé à Bangalore reçut sa destination pour le Mysore (il y a de cela plus de trois ans !!) notre Supérieur Général, probablement pour lencourager, lui dit quon ly envoyait parce que, dans cette mission, les Bretons, en général, vivent longtemps.

    Cest tout à fait exact : le P. Briand approche de ses 79 ans, et, comme notre granit breton, il défie tout le monde et dit tout haut quil espère encore prier sur la tombe de plusieurs dentre nous. Lor ne lui va déjà plus, il lui faut du diamant.

    Le second sur la liste est encore un Breton, un breton du bon vieux temps, du temps des loups-garous, un vieux raconteur dhistoires, mais alors toutes vraies. Le P. Gouarin est à Siluvepura depuis plusieurs années, il en connaît tous les coins et les recoins, il connaît surtout ses brebis et ses brebis le connaissent et le chérissent. Son vieux cur, toujours jeune cependant, a dû battre bien fort ces derniers temps. Je raconterais volontiers quelques faits de sa jeunesse, mais cet article nest pas un nécrologe ! Le jour des noces, même quand ces noces sont dor, on ne parle pas denterrement ! Donc le dimanche 21 mai, notre Père Gouarin augmentait dune unité le nombre de nos jubilaires.

    Nayant pu être présent aux fêtes de Siluvepura, je ne suis pas qualifié pour vous en parler. Mais rien nest perdu, car jai là quelques lignes écrites par le jubilaire lui-même et que je transcris :

    Le dimanche 21 mai, il y avait solennité extraordinaire au charmant village de Siluvepura, situé à 15 milles au nord-ouest de Bangalore : on y célébrait les noces dor sacerdotales du P. Y. M. Gouarin, depuis plusieurs années titulaire de cette chrétienté, composée de laboureurs à peu près tous néophytes.

    A 7 h. ½ du matin, la congrégation au grand complet, environ 500 âmes, venait au presbytère, en grande procession, précédée dune musique indienne avec fifres, tambours et clarinettes, prendre le jubilaire et ses deux assistants : les PP Pinatel, diacre, et Colin, sous-diacre, qui prirent place sous un dais superbement décoré de fleurs et de bandes multicolores.

    La jeune chorale du Sacré-Cur, à qui est dédiée léglise de Siluvepara, assura les chants pendant la messe solennelle. Après lévangile, lheureux jubilaire adressa à la congrégation un petit discours pour expliquer à lassistance émue la signification de la solennité, pour énumérer les grâces reçues pendant un demi-siècle, pour demander à tous et chacun de sunir à lui pour remercier le bon Dieu du privilège rare et de lhonneur insigne qui lui étaient octroyés en ce jour anniversaire de son ordination sacerdotale. A la communion, tous les fidèles capables de recevoir la sainte Eucharistie, au nombre de plus de 300 sapprochèrent de la Sainte Table pour recevoir avec ferveur le Pain des forts et témoigner à leur vieux Pasteur que vraiment ils étaient unis de cur et desprit dans une foi profonde.

    La cérémonie était rehaussée par la présence de lAssistante Mère Provinciale du couvent du Bon-Pasteur de Bangalore, accompagnée de quatre religieuses du même couvent où la plupart des mères de famille de Siluvepura ont jadis été élevées, éduquées et formées à la vie chrétienne par les dévouées religieuses de ce couvent très méritant, très digne déloges.

    A midi, un frugal repas, préparé et payé par la chrétienté, était honoré par la présence des PP. Prouvost, Servanton, Saint-Germain, Choulet, Huet et Browne, tous venus pour témoigner leur sympathie au jubilaire, le féliciter, lhonorer même et remercier la Providence qui a fait cette sainte et inoubliable journée.

    De même quà la pieuse cérémonie du matin, lassistance des paroissiens était complète, de même, le soir ; pas un seul ne manquait au magnifique repas préparé par dix cuisiniers experts et auquel petits et grands firent honneur, et quand à 5 h., la cloche, par un premier son, appela à la bénédiction du Saint Sacrement, on ne trouva sur les lieux du festin que les innombrables assiettes en feuilles et les gobelets tressés et cousus avec des paillettes. En pareille circonstance les ustensiles en métal ne sont pas acceptés par suite dun reste de superstition et sous prétexte de pureté légale.

    A la tombée de la nuit, eut lieu une séance récréative au cours de laquelle les acrobates et les prestidigitateurs de lassemblée firent preuve de leurs talents et de leur savoir-faire. Les Indiens sont vraiment habiles dans ces sortes damusements très goûtés dailleurs des vieux comme des jeunes. Trois Rois Mages offrirent au jubilaire leurs humbles présents, chantèrent ses louanges, racontèrent ses travaux apostoliques et firent des compliments dune voix et dun ton à faire taire le rossignol le plus mélodieux. Les métaphores dont le nom est sans doute inconnu des Indiens, mais dont lusage est courant sont toujours bien employées et très goûtées. Cest ainsi quà la suite des Rois Mages, la Reine de Saba, accompagnée de trois dames de son antique cour royale, vint offrir au Salomon dun jour ses compliments et ses trésors qui consistaient pour la circonstance en une trousse complète pour ecclésiastique : soutane, barrette, pantalons, pantoufles, ornement Le clou de la fête fut la présentation, par le maire païen du village voisin, dune belle guirlande en fleurs de jasmin, comme un témoignage de sympathie et de vénération au jubilaire, juste au moment où une ondée mit fin à la séance et dispensa le héros du jour de faire de plus amples frais déloquence.

    Sic transit gloria mundi ! mais le souvenir reste ineffaçable !
    Comme la plupart des confrères navaient pas pu assister aux fêtes de Siluvepura, Mgr Despatures demanda au P. Gouarin de remettre çà, mais cette fois à Bangalore. Le mercredi 26 juin, le jubilaire chanta une grandmesse en léglise St François-Xavier. Beaucoup de confrères étaient présents. Le célébrant avait pour assistants les trois qui figurent après lui sur la liste de lOrdo : les PP. Fluchaire et Baussonnie, comme diacre et sous-diacre, et le P. Servanton, comme cérémoniaire. Les deux premiers étaient tellement contents de se trouver ensemble quils se donnèrent le baiser de paix sur les deux joues ; ce qui est tout à fait permis en un tel jour.

    A midi, on se retrouva à table autour du jubilaire, de S. E. Mgr le Délégué Apostolique et de Mgr Despatures. Attention particulière du procureur ?? Toujours est-il que le cidre la liqueur dor, lillustre vin des vieux vergers bretons pétilla dans les verres.

    Au dessert, Mgr lévêque se fit linterprète de tous pour exprimer à notre second doyen, combien nous étions heureux avec lui de la grande joie que le Bon Dieu lui avait accordée et quil naccorde pas à tout le monde : un demi-siècle de prêtrise. Le jubilaire eut ensuite un mot de remercîment pour tous.

    Comme le disait Mgr dans son toast, le P. Gouarin restera le type du vrai pasteur qui connaît toutes ses brebis, qui les aime et qui a su sen faire aimer, même le bâton à la main. Puisse-t-il lempoigner encore bien longtemps ! Ad multos annos !

    Mort du P. Veyret.
    La vie est entremêlée de joies et de tristesses. Il y a quelques jours nous fêtions un ancien qui tenait bon, et aujourdhui nous pleurons la perte dun de nos meilleurs hommes, dun missionnaire qui a passé sans bruit mais dont la carrière, quon aurait désirée plus longue, vient de se terminer soudainement.

    Le dimanche 9 juillet, Monseigneur se trouvait avec plusieurs confrères à Bégur où il donnait la confirmation, quand la nouvelle de la mort du P. Veyret nous parvint. Le Père était à lhôpital Ste Marthe depuis quelques jours, mais personne ne sattendait à une fin aussi brusque. Son état, tout en étant sérieux, ninspirait aucun danger immédiat, cependant le malade avait reçu, la veille, les sacrements des mains de Monseigneur. Le lendemain matin, à 7 h. ½ , il rendait tranquillement son âme à Dieu. La mort paraît due à un empoisonnement du sang. Le Père Veyret était lun des directeurs du Grand-Séminaire de Pondichéry. Cest un deuil bien cruel pour Mysore. Les rangs de nos confrères séclaircissent de plus en plus et le vide causé par cette mort pose un nouveau problème que notre pauvre évêque va devoir encore résoudre.

    En dernière heure nous apprenons une nouvelle heureuse entre toutes attendue depuis longtemps : Mysore compte un missionnaire de plus en la personne du P. Harmandon. Quil soit le bienvenu ! La rareté augmente la valeur des cadeaux : dans ce cas estimez-vous heureux, cher Père Harmandon, vous valez votre pesant dor.


    Salem

    25 juillet.

    A son retour de Rome, Mgr Prunier a repris le cours de ses visites aux familles de ses missionnaires, et de ses tournées de conférences au profit de son diocèse.

    Profitant dun voyage en Belgique où il allait voir le P. Jean Michotte et porter des nouvelles du P. Harou à sa chère maman, Mgr sest arrêté à Louvain, au Séminaire Léon XIII, pour en remercier la Direction de lhospitalité gracieusement offerte à son premier séminariste pour y faire ses études de philosophie et de théologie et continuer la lignée de ses devanciers, les PP. Michotte et Harou, lauréats de lUniversité, restés fidèles au souvenir de lAIma Mater et dignes dune telle Mère à laquelle ils font honneur.

    Notre ardent Parisien, le brave des braves, si souvent annoncé et si longtemps attendu, le P. Chevallier, resté extraordinairement jeune, et encore, nous a-t-il semblé, rajeuni par son dernier séjour de 7 mois auprès de sa bonne maman octogénaire et de son frère jumeau, nous est revenu vers la mi-juillet avec un visage épanoui par le sourire dun printemps éternel. A peine de retour dans son ancien poste quil a pourvu en moins dun an dune église, il ramasse les matériaux pour la construction dune chapelle de secours quil compte mener, avec sa rapidité coutumière, à bonne fin, par ses propres moyens, sans rien demander à la mission, quitte à se serrer la ceinture dun cran.

    P. Quinquenel, rappelé à Pondichéry par la réouverture des cours au grand-séminaire, a dû sarracher aux délices de lapostolat ad paganos, après en avoir savouré les douceurs et goûté les consolations durant les deux mois de congé quil a passés à Pérumkichy. Il y a préparé au baptême et baptisé 43 catéchumènes, tout en surveillant les travaux de construction dune chapelle dans ce nouveau centre de chrétienté qui compte depuis peu une trentaine de familles de néophytes.

    Daprès les dernières nouvelles reçues, le P. Laplace est actuellement hors de danger et lamélioration de son état, bien que lente, nous permet despérer de lopération quil a subie, les plus heureux résultats pour sa vue menacée, et son retour parmi nous, quand il sera complètement rétabli.


    Sikkim

    Les nouvelles qui arrivent du lointain Sikkim sont si rares que Mgr Douénel nous pardonnera davoir emprunté à une correspondance privée les détails qui suivent. Les lecteurs du Bulletin seront heureux de partager les joies et les souffrances de nos confrères des Himalaya.

    .... Le 8 février, en revenant dune visite à lécole de Kashyong, le cheval de Mgr Douénel ayant fait un saut au moment où celui-ci ny pensait pas, il ressentit une telle douleur dans lépine dorsale quil perdit connaissance. George, son compagnon, le reçut dans ses bras et le déposa sur le chemin jusquà ce quil reprenne ses sens. Le soir il rentra à Pedong et le lendemain il revint à Kalimpong où il resta neuf semaines sans pouvoir bouger. Se trouvant un peu mieux le 5 avril, il accompagna le P. Durel au Rongpo. Le voyage seffectua dans de très bonnes conditions ; mais le matin, tout à fait à limproviste au moment où il quittait sa table pour descendre dire la messe dans sa chapelle, il éternua et éprouva dans lépine dorsale une douleur telle quil tomba presque sans connaissance sur son lit.... Daprès la faculté, il paraîtrait quune vertèbre aurait reçu un choc tel quune écaille dos serait détachée, et cest cette écaille qui en se déplaçant touche la corde nerveuse de lépine dorsale, doù horribles souffrances. Trois docteurs lui ont fort conseillé de descendre à Calcutta et de se mettre sous les rayons X. En attendant ce voyage, il tâche de prendre toutes les précautions possibles afin dabord de se remettre sur pied. Dix semaines de souffrances cette fois-ci et la douleur nest pas complètement disparue. Il avait grand peur de ne pouvoir assister aux noces dor du bon Père Hervagault, mais le bon Dieu lui accorda la faveur de pouvoir se rendre à Mariabasti le 19 mai dernier. Voici ce que dit Mgr le Préfet apostolique de cette fête de famille :

    Oh ! quelle fête nous avons eue tous ensemble, je dis tous, car pour la première fois depuis la création de la Préfecture, tous les missionnaires se trouvaient au grand complet. Jétais arrivé à Mariabasti le 18 au soir pour offrir au cher Père les vux de tous les confrères. Afin davertir les alentours que nous étions en fête, je fis tirer un magnifique feu dartifice. Vers les sept heures et demie les PP. Gratuze, Durel et Alazard arrivaient à Mariabasti pour la cérémonie. Une délégation des chrétiens de Kalimpong et presque la moitié de ceux de Pedong accompagnaient les Pères. On aurait dit une procession qui escaladait la montagne, tellement il y avait de monde. A peine arrivés, les chrétiens de Pedong offrirent au P. Hervagault soutane, ceinture, bas, souliers, chapeau, etc.. en un mot, ils le mirent à neuf. Ceux de Kalimpong lui présentèrent quelques objets de culte. Les missionnaires lui offrirent un magnifique ornement blanc, brodé dor fin, vrai or, et une aube. Les Surs lui avaient fait présent dun superbe surplis. Le bon Père, qui ne voulait pas de fête, dut se laisser faire ce jour-là, le bonhomme ne fut pas maître dans sa maison. Après avoir revêtu les ornements au presbytère, on se mit en procession pour léglise. A sa messe, le jubilaire était assisté par les PP. Gratuze et Alazard, les P. Durel, Stolke et moi formions une petite couronne dans le sanctuaire. La messe terminée, je pris la parole et montrai en la personne du P. Hervagault le vrai Bon Pasteur à qui le Saint Père, dans un rescrit personnel, envoyait la Bénédiction Apostolique, et cest alors que je présentai au bon Père le parchemin, reçu de Rome lavant-veille seulement. Vous dire la joie du bon P. Hervagault nest pas possible.... Aux agapes fraternelles, payées par les couvents de Kalimpong et Chandernagore, tous, nous souhaitâmes lAd multos annos au bon Père. Après la bénédiction du St Sacrement, tous quatre nous devions quitter Mariabasti pour rentrer dans nos postes respectifs. Nous prîmes donc congé du bon Père après avoir passé avec lui une des plus belles journées que la mission a vue.

    1er août.

    Mgr a eu la joie de dîner, la semaine passée, chez le Maharaja du Sikkim, en compagnie des membres de la malheureuse expédition de lEverest.

    Le P. Durel a fait un séjour de trois mois à Kalimpong, de février à fin avril. Cela lui a fait du bien.

    Mère Claire a fait préparer un terrain pour bâtir une Maison de famille pour les élèves de son école indigène.


    Procure de Hongkong

    Le Gouvernement de la Colonie ayant fait démolir toutes les maisons qui se trouvaient en contre-bas de notre Procure, celle-ci apparaît maintenant comme perchée sur un promontoire. Les deux vues que publie ce Bulletin rappelleront sans doute quelque souvenir aux nombreux voyageurs qui, durant ces dernières années, passèrent par Hongkong.

    Depuis son inauguration à Battery Path, cest-à-dire depuis bientôt quinze ans, la Procure a donné lhospitalité à plus de 4500 missionnaires, dont un peu plus de la moitié appartenant à la Société..


    Maison de Nazareth

    La prochaine retraite périodique à Nazareth commencera le lundi 12 février pour se terminer le 18. Les confrères qui désirent y prendre part sont instamment priés de demander à leur supérieur hiérarchique de les annoncer au plus tôt.


    Séminaire de Paris

    3 juillet.

    Les Echos ont différé leur apparition de deux jours pour pouvoir donner les destinations des 19 Partants du 18 septembre prochain. Les voici ; Sont destinés :

    MM. FABRE, du diocèse de Rodez, au service des Procures.
    DEWONCK, Liège, à la mission de Kweiyang.
    VIALLET, Tarentaise, Pondichéry.
    HARMANDON, Nîmes, Mysore.
    CUSSAC, Paris, Vinh.
    MOULIN, Viviers, Yunnanfu.
    LE CORSE Quimper, Tatsientlu.
    KEROUANTON, Quimper, Nanning.
    PANGAUD, Lyon, Suifu.
    FROIDEVAUX, Bâle, Taikou
    CALMON, Cahors Birmanie Mérid.
    LEGRAND, Cambrai, Coïmbatore.
    LYET, Lyon, Chengtu.
    LEFEBVRE, Cambrai, Quinhon.
    BEIGNET, Paris , Fukuoka.
    UNTERWALD, Strasbourg, Osaka.
    VILLACROUX, Quimper, Hanoi.
    LIOGIER, Le Puy, Kirin.
    MARTY, Rodez, Kontum.

    M. Queguiner, destiné lannée dernière au Sikkim et retardé par une crise de santé heureusement terminée, sera du départ.

    Mgr le Supérieur et le P. Boulanger sont rentrés à Paris le 16 au soir. Ils avaient laissé à Rome nos cinq évêques dExtrême-Orient (NN. SS. Paul Ouang, de Shunking ; François Wang, de Wan Hien ; Mathieu Li, de Yachow ; Boniface Yeung, auxiliaire de Canton, et J.B. Tong, coadjuteur de Phatdiem).

    Le 18, Mgr Boucher dînait au séminaire pour organiser la réception de nos évêques indigènes à Lyon dabord, puis, séparément à Paris, une cérémonie spéciale paraissant à propos pour la réception de Mgr Tong, 1er évêque dIndochine.

    La série des examens sest terminée le jeudi 22 juin.
    Le soir du 23, à 6 h. ¼ , les deux communautés de Paris et de Bièvres ont présenté leurs vux à Mgr le Supérieur ; après le souper, départ pour la basilique du Sacré-Cur à Montmartre, pour assister au salut de 8 h. 30 et passer la nuit dadoration. Monseigneur y a célébré la messe le 24 à 6 h.. Le dîner à Meudon ne put avoir lieu sous les charmilles à cause du mauvais temps.

    Du mercredi 28 juin au samedi 1er juillet, retraite annuelle des confrères en même temps que la retraite dordination.

    Le 27 juin, accompagné du P. Laroche, Mgr le Supérieur se rendait à Lyon, pour prendre part à la cérémonie solennelle daccueil aux Evêques indigènes dExtrême-Orient, par luvre de la Propagation de la Foi et les catholiques de Lyon. La cérémonie, très belle, a eu lieu à la Primatiale de Lyon à 8 h. du soir. S. Em. le cardinal Maurin la présidait. Après lallocution de Mgr le Supérieur, Mgr Tong est monté en chaire et a adressé à lassistance très nombreuse de chaleureuses paroles. Mgr Chow, Evêque de Paotingfu et lazariste, lui a succédé et a, lui aussi, fort bien parlé. Un salut solennel a terminé cette belle et prenante réunion.

    Le lendemain 28 Mgr le Supérieur et Mgr Tong, après un rapide pèlerinage à Ars où ils ont dit la messe, sont rentrés à Paris en compagnie de Mgr Renault, Vicaire Apost. de Suifu. Pendant ce temps, NN. SS. les Evêques chinois se rendaient à Lourdes où Mgr Gerlier les avait invités avec les plus aimables instances. Ils ont, comme guide et interprète dans ce voyage de plusieurs jours, le P. Laroche, venu exprès des Vosges pour se mettre à leur disposition.

    La santé du cher P. Aubert donne de nouveau de sérieuses inquiétudes. Le cher malade ne se fait aucune illusion et garde une sérénité vraiment édifiante.

    De passage à Paris NN. SS. Colas de Pondichéry, Renault de Suifu et Prunier de Salem ; les PP. Cappelle, Davias, Pirot, Marcadé, Nassoy, Parthenay, Dorgeville et Bos.

    15 juillet.

    Le 2 juillet la cérémonie dordination a été faite par S. Exc. Mgr Colas, archevêque de Pondichéry.

    Le jeudi suivant, les aspirants des deux communautés de Paris et de Bièvres sont partis dans leur famille pour y prendre les vacances. Le cher P. Parmentier, après sêtre dépensé pendant vingt ans comme Supérieur de Bel-Air, a quitté ce poste pour le confier à des mains plus jeunes. Il est rentré à Paris le 12 juillet et ira prochainement prendre dans les Vosges quelques semaines de repos. Quil reçoive ici notre reconnaissance pour tout ce quil a fait pour notre Séminaire de Bièvres. Le P. Montagu qui va le remplacer dans sa charge de Supérieur est en ce moment chez les Sulpiciens, où il fait un petit stage pour se préparer à ses nouvelles fonctions.

    Le P. Laplace se remet peu à peu de sa terrible opération du six juin dernier. Les progrès ont été particulièrement sensibles ces jours derniers.

    Le 8 juillet, Mgr le Supérieur, accompagné du P. Destombes, est allé passer au petit séminaire de Hazebrouck la journée du dimanche 9 juillet. Les élèves y avaient organisé une fort jolie exposition missionnaire. La grandmesse fut célébrée très solennellement en rite paléoslave par le P. Dumont, O. P., Supérieur du Séminaire Russe St Basile de Lille. Mgr de Guébriant parla après lEvangile, et laprès-midi fit aux petits séminaristes réunis aux élèves du Collège tout voisin de St Jacques une conférence sur les missions.

    Le 2 juillet a eu lieu à N.-D. de Paris, sous la présidence de S. Em. le Cardinal Verdier, une très belle et touchante cérémonie en lhonneur du premier évêque indigène de lIndochine française. Reçu par le Cardinal à son entrée à la cathédrale, Mgr Tong officia pontificalement aux Vêpres, puis succédant en chaire à S. E. Mgr de Guébriant, qui avait parlé pendant une vingtaine de minutes, il fit à son tour une allocution chaude et prenante en excellent français. Tous les auditeurs étaient unanimes à reconnaître que cétait parfait.

    NN. SS. les évêques dExtrême-Orient sont tous allés avec S. Exc. Mgr de Guébriant au Congrès Eucharistique dAngers où ils ont reçu le meilleur accueil et fait très bonne impression. La splendide journée du 9 juillet les a enthousiasmés. Depuis, les évêques chinois, guidés soit par le P. Laroche, soit par les séminaristes chinois, visitent la capitale.

    Le 13 juillet, S. E. Mgr Tong et le P. Paul Wang, accompagnés par le P. Ferrières sont partis pour Montbeton et Lourdes, où les rejoindront tous nos hôtes chinois, pour assister aux fêtes du 16 juillet, sur linvitation qui leur en a été faite par S. E. Mgr Gerlier, évêque de Lourdes.

    Nous avons aussi parmi nous M. labbé Baudiment, supérieur du grand séminaire de Tours, qui continue à étudier nos archives en vue de faire une biographie de Mgr Pallu.

    Admissions : Nº 13 à 20 : Le Du, de Quimper ; Barbier, de Quimper ; Dozange, de Lyon ; Faucon, dArras ; Coutant, dOrléans ; Bénac, de St Flour ; Lahitte, de Bayonne ; Larqué, de Bayonne.



    1933/683-726
    683-726
    Anonyme
    France et Asie
    1933
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