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Chronique des Missions et des Etablissements communs 8

Chronique des Missions et des Etablissements communs Tôkyô 3 juillet.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs

    Tôkyô

    3 juillet.

    Comme lan dernier, le premier dimanche de juin, qui tombait cette année le jour de la Pentecôte, avait été fixé comme Journée de la Presse. Les chefs de postes avaient été invités par Mgr lArchevêque à exhorter leurs paroissiens à favoriser luvre de la Presse Catholique et à faire la quête pour lui venir en aide. Le soir à 6 h. ½ , une séance fut donnée à lAuditorium de lUniversité Sophia, dans laquelle Monseigneur prit la parole pour demander aux chrétiens de redoubler de zèle pour la propagande des journaux et revues catholiques. Limportance de la presse catholique, dans les temps de crise intellectuelle que nous traversons, fut copieusement mise en relief par un discours de M. Oka, membre de ladministration du journal Manchõ, M. Kyoya intéressa lauditoire mêlé de chrétiens et de païens qui remplissait la salle, en racontant ce quil avait eu le privilège de constater récemment à Konnesreuth en Bavière, dans les visites quil fit, au cours de ses études, à la maison de Thérèse Neumann. La partie musicale de la séance, qui fut vivement goûtée, fut donnée en partie par la maîtrise du grand séminaire, qui fit entendre plusieurs churs de musique religieuse ; et en partie par un quartetto de violonistes, gradués du Conservatoire de Tôkyô, qui exécuta plusieurs morceaux de son répertoire. La soirée se termina par la projection dun film, où lon vit se dérouler les principales scènes de la vie de saint François dAssise.

    Le même jour, 4 juin Monseigneur avait chanté la messe à la chapelle du grand séminaire, qui, le dimanche, réunit aux offices les chrétiens de la campagne environnante. Quatre baptêmes et quatre confirmations y furent administrés. Laprès-midi, à 3 heures, S. E. présidait chez les Surs espagnoles de la Merci, à Koenji, à la profession de la première religieuse japonaise de la Congrégation, et aux vux perpétuels de deux autres Surs.

    Le 29 juin, en la fête de Saint Pierre et Saint Paul, Monseigneur revenait au grand séminaire conférer les ordres mineurs à cinq séminaristes de diverses parties du Japon, et la prêtrise à trois sujets de lArchidiocèse de Tôkyô, MM. François-Xavier Usui, Cyprien Sato, et Pierre Matsushita. La grande majorité des missionnaires de Tôkyô et plusieurs représentants des maisons religieuses, ainsi que de nombreux membres des familles des ordinands assistaient aux cérémonies de lordination, qui, commencées à 9 heures, se terminaient à midi.

    Le mardi 6 juin, plusieurs confrères qui avaient pris part à la retraite mensuelle de Sekiguchi, accompagnèrent Mgr lArchevêque et son vicaire général, le P. Flaujac, au vaste terrain de cinq hectares dont ce dernier a fait lacquisition récente pour y installer un nouveau Sanatorium. Le terrain se trouve à 40 minutes de tramway, dans la direction de Tokorozawa, le centre daviation militaire, au nord-ouest de Tôkyô, à un endroit appelé Kiyosé ; il est couvert de taillis, qui feront place peu à peu à des champs cultivés, des pâturages et des vergers. Déjà une petite ferme sy trouve installée, ainsi quune chapelle provisoire et un pied-à-terre pour le missionnaire. Bientôt, grâce aux donations auxquelles contribuent chrétiens et païens, qui se sont intéressés déjà aux uvres de Béthanie et de Nazareth, la nouvelle fondation, qui a reçu le nom de Béthléem, verra sélever deux pavillons pour les malades convalescents, qui pourront se livrer à des travaux de plein air proportionnés à leurs forces. Après que les visiteurs eurent fait le tour de la propriété et pris un goûter à lombre des arbres, Monseigneur bénit les bâtiments déjà érigés. Cette bénédiction ne peut manquer dêtre le gage des bénédictions futures sur une uvre qui est à la fois agréable à Dieu et hautement appréciée par les Japonais.

    Le dimanche 18 juin, en la solennité de la fête du Corpus Christi, la procession du Saint Sacrement à laquelle prenaient part les dix paroisses de Tôkyô, sest déroulée à partir de 3 heures de laprès-midi, sur le grand terrain attenant à la cathédrale de Sekiguchi. La cérémonie a été favorisée par te beau temps, bien que la saison des pluies eût officiellement commencé, et a été marquée, comme dordinaire, par le grand nombre et la piété des fidèles qui y ont pris part.


    Fukuoka

    Le mois de juin nous ramène chaque année avec les beaux jours les magnifiques processions du St Sacrement, de plus en plus à la mode dans nos districts. Le jour même de la Fête-Dieu, cest à Biwasaki que Mgr se rendait pour présider la procession, à laquelle assistaient non seulement les diverses classes de protégés des Surs Franciscaines M.M. à savoir : lépreux, orphelins, vieillards, enfants de lécole du dimanche, mais encore de nombreux représentants des paroisses environnantes.

    Le dimanche suivant après avoir, le matin, rempli loffice de missionnaire dans le poste vacant dOmuta, Mgr se rendait à Imamura pour y présider là aussi la traditionnelle procession qui se déroula dans les rues du village au milieu dune foule dépassant le millier. Le même jour Kumamoto, Yatsushiro, Kokura, Yawata avaient aussi leur procession, favorisée partout par un temps splendide. Fukuoka aura la sienne lan prochain, il faut lespérer. Ces démonstrations publiques en lhonneur de lEucharistie ne manquent pas dattirer lattention de nombreux curieux qui restent profondément impressionnés par la dignité et la solennité de nos cérémonies, contraste frappant avec le tohu-bohu des manifestations païennes.

    A Hitoyoshi, les Franciscaines M.M., grâce à un secours du gouvernement japonais, ont pu reconstruire leur orphelinat, qui se trouve du coup considérablement agrandi et plus à la page que le bâtiment primitif béni par le P. Raoult en. 1911. Cest le même P. Raoult qui, de retour à Hitoyoshi depuis avril dernier, bénit les nouveaux locaux, le 14 juin..

    A Yatsushiro le 21 juin, Sur Caroline, des Religieuses de St Paul, célébrait ses noces de diamant de profession religieuse : 60 ans de vie religieuse, presque entièrement passée au Japon.

    A Shindenbaru, le dimanche 2 juillet, cétait le tour du bon Père Gérard, Supérieur de la Trappe de la Sainte Famille, à célébrer en famille ses cinquante ans dentrée en religion. Le lendemain 3 juillet, Mgr Breton et une demi-douzaine de confrères voisins se faisaient un devoir daller féliciter le vénérable jubilaire, un moine modèle, qui sait discrètement se faire aux circonstances mais reste moine toujours ; avec cela le type du vrai missionnaire, comme le fit remarquer Mgr dans son toast, étant donné : quil est un défricheur, ayant défriché au vrai sens du mot et fondé la Trappe de Hakodaté en 1897, et celle de Shindenbaru en 1926 ; quil a eu un choix varié de misères et dépreuves ; quil a toujours tiré le diable par la queue, et le fait encore ; étant donné enfin quil a toujours été et est encore pour nous un vrai confrère, un cur dor, toujours prêt à se mettre en quatre pour aider quelquun dans le besoin. Malgré ses 75 ans, notre jubilaire porte encore allégrement le pondus diei et æstus, et nous espérons que le bon Dieu le laissera encore de longues années parmi nous pour parfaire luvre quil a commencée à la Trappe de Shindenbaru.

    Au retour, dans laprès-midi du même jour, le groupe missionnaire sarrêtait à Kokura chez le P. Heuzet pour fêter la St Anatole et inaugurer un dispensaire que le diocèse vient douvrir à proximité de léglise paroissiale, dans un des quartiers les plus pauvres de la ville. Cette uvre, confiée provisoirement à une doctoresse et à des infirmières catholiques, formées par les Surs Japonaises de la Visitation, en attendant quune Société religieuse de bonne volonté accepte de venir faire la relève, servira de point de contact avec la classe ouvrière et la classe pauvre du quartier et fera connaître et apprécier le rôle bienfaisant de léglise catholique.


    Séoul

    5 juillet.

    Le samedi des quatre-temps de la Trinité, Mgr Larribeau a conféré les derniers ordres mineurs à neuf théologiens ; le premier jour de leur retraite, les ordinands avaient rendu les derniers devoirs à un de leurs condisciples, philosophe, mort noyé accidentellement au cours dune partie de plaisir. Le lundi de la Pentecôte, les séminaristes étaient allés à leur maison de campagne ; comme il faisait déjà chaud, le Père qui les accompagnait leur permit de prendre leurs ébats dans le fleuve qui longe la propriété : un des apprentis nageurs savançant trop loin perdit pied et probablement fut pris dune congestion. Ce nest quaprès quarante minutes quon parvint à retrouver le cadavre de ce pauvre jeune homme.

    Le lendemain de la solennité du Sacré-Cur, fête patronale du grand séminaire, tous les élèves sont partis en vacances : le P. Dourisboure, professeur, est allé employer apostoliquement ses loisirs dans les missions de Mandchourie. Nombreux, certains disent un millier, sont les chrétiens coréens qui ont émigré dans cette région. Mgr Blois, justement ému de létat dabandon où sont ces pauvres gens, aucun de ses prêtres ne parlant leur langue, a demandé à Mgr Larribeau de vouloir bien envoyer un missionnaire coréen à leur secours. Ces chrétiens paraissent dispersés ici et là, il faudra bien des recherches pour en trouver le plus grand nombre ; si besoin est, le P. A. Gombert, qui sera lui aussi en vacances prochainement, ira aider le P. Dourisboure.

    La politique actuelle du Japon est de favoriser, par lappât de divers privilèges, lémigration de milliers de familles coréennes dans le Manchoukyo ; ce ne sera pas au bénéfice de leur âme que bien des chrétiens se laisseront tenter, mais la misère est si mauvaise conseillère !

    Le P. Pichon, portant tous les signes dune santé florissante, est enfin de retour à Séoul après deux ans de séjour en France. Il est arrivé le matin du dimanche de la Fête-Dieu. Ce jour, ainsi que de coutume, a eu lieu la procession du T. S. Sacrement dans le jardin de lévêché et autour de la cathédrale ; assistance nombreuse et bien recueillie, les treize cents enfants des deux écoles paroissiales de la ville faisaient entre autre un cortège touchant au divin Maître.

    Le 10 juin a paru le 1er numéro de la nouvelle Revue : Le jeune catholique dont il a été question dans une précédente chronique. Brochure de 22/15 cm., 78 pages de texte sans compter les annonces ; articles variés, bien présentés, le metteur en pages connaît son art, belles illustrations dont trois hors-texte, bref la Revue se présente sous une forme très attrayante. Espérons quelle atteindra ses buts, entre autres celui de rappeler aux chrétiens, spécialement aux jeunes, quils sont responsables des âmes de leurs frères.

    Le P. Collard, vient dentrer, pour de bon, dans la carrière. La ville de Tai-tjyen lui a été assignée comme champ dapostolat. Il ny trouvera pas la poussière de ses aînés mais ce qui vaut mieux la trace de leurs vertus, entre autres le souvenir du zèle du regretté P. Rouvelet qui a doté ce poste dune église. Il y a une vingtaine dannées, Tai-tjyen nétait quun petit village, aujourdhui cest une ville de près de 30.000 habitants ; depuis deux ans le gouverneur de la province y a établi sa résidence avec ses services. Laccroissement ultra-rapide de cette ville vient de sa situation exceptionnelle. Placée sur la grande ligne ferrée Séoul-Fousan (167 km. de Saoul), elle est le point de jonction du chemin de fer qui dessert la riche province du Tjyen-La. Le P. Collard aura comme voisins les PP. Mélizan et J. Gombert tous deux à moins dune heure de train ; le premier sur la ligne Séoul-Fousan, le second sur la ligne Tai tjyen-Mokpo.

    Notre cher Benjamin a donc quitté lévêché avant hier ; par contre, le P. Pichon y demeurera quelque temps, Monseigneur ayant besoin de son aide pour différents travaux.


    Taikou

    juin.

    Le samedi de la Trinité, 10 juin, Monseigneur a conféré les deux derniers ordres mineurs à 22 séminaristes. Cela promet une belle ordination bientôt ; et un renfort pour les ouvriers apostoliques.

    Le lendemain, dimanche de la Trinité, a eu lieu la bénédiction de la nouvelle chapelle-résidence construite par le P. Anchen dans le quartier japonais. Le matin Monseigneur, avant la célébration de la Sainte Messe, a béni cette nouvelle chapelle ; et dans laprès-midi, à 3 heures, après avoir confirmé quelques enfants japonais, Son Excellence a donné la bénédiction solennelle du T. S. Sacrement, à laquelle assistaient tous les missionnaires de Taikou. Cette petite fête très bien réussie a été terminée par un banquet offert par les chrétiens japonais tout heureux davoir enfin une église à eux. Désormais le P. Anchen habite dans sa nouvelle résidence à ladresse : (caractères chinois).

    Par suite de cette bénédiction nous navons pu fêter à son jour exact, le 11, le 22ème anniversaire du sacre de Monseigneur ; mais le mardi suivant, 13 juin, seize prêtres étaient réunis à lévêché pour offrir à Son Excellence leurs meilleurs souhaits : ad multos annos.

    Cette année-ci la procession de la Fête-Dieu a été favorisée par un temps splendide, bien que la veille on eût pu craindre quun orage ne vienne anéantir tous les préparatifs. Comme dordinaire de très nombreux chrétiens et païens assistaient à la Messe Pontificale célébrée à la grotte de N. D. de Lourdes près de lévêché, et à la procession qui suivit : tout sest passé dans un ordre parfait. La même cérémonie a eu lieu à Masanpo, Mounsan, Napaoui, etc.. De cette dernière résidence on nous écrit que la fête a été superbe : sept Pères des environs étaient réunis à cette occasion, et de tous les districts voisins étaient accourus de très nombreux chrétiens. Le P. Julien Gombert avait très aimablement envoyé quelques-uns de ses jeunes gens pour aider à la préparation des reposoirs, et prêté le magnifique dais quil a reçu de France. Tout a été parfait, et le souvenir de cette belle fête restera longtemps dans lesprit des chrétiens de la région.

    La fête de St Pierre et St Paul nous a amené une pluie torrentielle qui a duré presque sans arrêt durant quatre jours. Il y a eu naturellement inondation, mais les dégâts sont surtout dans les deux provinces du sud ; presque toutes les communications ont été interrompues, deux personnes noyées, plusieurs blessées ou disparues, 2.000 maisons et plus, détruites ou inondées. Les agriculteurs ne se plaindront pas cette année-ci de navoir pu planter le riz !


    Moukden

    5 juin.

    Pendant le courant du mois de mai, prêtres indigènes et missionnaires ont fait leur retraite annuelle sous la direction de Son Exc. Mgr Janssens, coadjuteur de Mgr Abels, Vicaire Ap. de Jehol. Nul doute que chacun de nous ne retire les meilleurs fruits des instructions entendues. Le missionnaire expérimenté quest Mgr Janssens sut raviver notre piété par des considérations doctrinales très élevées, et en même temps entraîner nos volontés par des conseils pratiques, dautant mieux appropriés quil vit depuis 30 ans au milieu des mêmes populations et des mêmes difficultés que nous. Il sest acquis les meilleurs droits à la reconnaissance de tous, et chacun garde lespoir de lentendre à nouveau quelque jour. Que ce soit le plus tôt possible !

    A lissue de la retraite, les missionnaires offrirent leurs vux au nouveau jubilaire quest le P. Rigal. La photo prise à cette occasion montre, hélas, que chez nous, au moins autant quailleurs, il y a surtout des barbes blanches. Sur 31 que nous sommes, 9 seulement nont pas encore fêté leurs noces dargent sacerdotales. Il y a seulement 27 ans, en 1906, sur 31 missionnaires, nous navions quun seul jubilaire : Mgr Choulet. En 1933, pour le même nombre de missionnaires, il y en a 22. Preuve que la moyenne de la vie a considérablement augmenté chez nous, mais preuve aussi que les cadres vieillissent !

    Notre Mandchoukuo, toujours tenu au ban des Puissances, a la sagesse de proclamer que, reconnu ou non, il nen existe pas moins, et que ses portes demeurent ouvertes à tous, spécialement aux capitaux en mal de placements avantageux. On ny entre pas toutefois comme dans un moulin ! Depuis le 1er juin, des bureaux de contrôle ont été établis aux différents points par où peuvent accéder les étrangers, et les passeports sont visés, moyennant 10 dollars mexicains si lon a lintention de demeurer dans le pays, et 2 dollars seulement si lon ny séjourne pas plus de 21 jours.

    Le brigandage reste toujours menaçant. Trois officiers anglais, arrêtés sur leur bateau même à lentrée du port de Newchwang, et un docteur protestant américain, sont depuis plusieurs mois entre les mains de leurs ravisseurs, sans quon ait pu cerner les bandes qui les détiennent ou fixer un prix de rachat acceptable. Des bruits circulent, en vérité, concernant des mesures de précaution exceptionnelles pour le maintien de la paix au cours de cet été. Tous ne demandent quà croire. Mais malgré soi on se défend mal dune certaine appréhension. Lexpérience des deux dernières années a été si dure !

    A signaler, malheureusement, à lencontre des plus belles promesses et de certains progrès déjà réalisés, létablissement du monopole de lopium, qui a pour résultat le plus clair dassurer la liberté de culture et dusage dun narcotique si funeste. La partie saine de la population en est profondément étonnée et offusquée, car il nen peut résulter, en fin de compte, que démoralisation et détresse pour le pays. Les revenus substantiels quen attend le bureau des taxes ne compenseront pas le mal. Puissent les autorités qui semblent vraiment désireuses de travailler au bien commun, ouvrir enfin les yeux et prendre les mesures voulues avant quil ne soit trop tard !


    Kirin

    20 juin.

    Le 17 mai, tous les confrères avaient la joie de se rencontrer à la Procure, pour se livrer aux exercices de la retraite. La promesse de fidélité à la vocation renouvelée aux pieds du S. Sacrement, on put se donner pendant un jour ou deux aux saints délassements de la charité, vertu si éminemment ad Exteros. Et chacun bien réconforté regagna son poste pour les fêtes de la Pentecôte.

    Le 7 juin commençait la retraite pour les prêtres indigènes. Seul le P. Meung ne put y assister, le district de Hoa-Tien nétant pas calme. Après la retraite des prêtres indigènes, Son Excellence, malgré la chaleur, est partie pour Karbine, afin de visiter la nouvelle paroisse, dont le P. Dassier est le premier curé. Fondé depuis six mois, ce poste donne beaucoup despoir. Grâce à un dispensaire, installé suivant les principes les plus modernes, la mission catholique a été vite connue. De là, beaucoup de païens qui viennent sinscrire au nombre des catéchumènes. Après avoir donné la confirmation à A-Che-Hô et à Karbine, Monseigneur pense aller encore dans plusieurs autres chrétientés, et y porter les bienfaits de sa présence.


    Chengtu

    10 juin.

    Du Journal de Monseigneur.
    29 mai. Nous avons reçu dans la matinée le Radio suivant : Pékin, 28 mai, de Jonghe nommé Vicaire Apostolique Yunnanfu. Antoniutti. Immédiatement, nous avons répondu : Regrets Chengtu perte excellent missionnaire. Sincères félicitations, honneurs mérités, Rouchouse. Le sous-préfet de Chengtu nous écrit poliment, nous demandant limpôt foncier anticipé. Nous sommes à la 22ème année de la République chinoise ; comme les autres propriétaires, nous avons payé jusquà la 51ème année (1962) et aujourdhui on nous demande de payer, et dun seul coup, jusquà la 56ème année, cest-à-dire jusquà 1967. Répondu au sous-préfet de Chengtu. Les pertes que nous avons subies du fait 1) de la guerre civile à Chengtu, démolition de la maison de campagne du Séminaire, dégâts considérables aux alentours de lEvêché, de lhôpital, de lorphelinat, nombreux blessés soignés gratis ; 2) des communistes à Tong-kiang et Pachow : deux églises pillées, deux missionnaires complètement dévalisés, etc.. Tout cela nous oblige à réclamer un sursis pour le paiement de cette.... dette ! Le P. Roux, aîné, mécrit pour me demander un congé en France : il partirait dici fin juin. Je lui réponds que sa demande est agréée, puisquil a doublement droit à un congé, 1º après 40 ans de présence ininterrompue en mission, 2º étant donné le mauvais état de son estomac, un séjour au pays natal ne pourra que lui faire du bien. De Chungking, Mgr Paul Ouâng me confirme le pillage dont il a été victime et, en terminant, Son Exc. Ecrit : Le dommage dont jai été victime me fournira loccasion de me donner à Rome en exemple vivant des misères auxquelles nous sommes exposés.

    Lettre du P. Coron. Il se plaint des impôts qui deviennent de plus en plus écrasants : Les revenus ne suffisent plus à les payer ; il restera à lheureux propriétaire doffrir les actes dachat de ses terrains au Gouvernement, si toutefois il en veut. Ainsi sera réalisé la confiscation des terres.

    De passage à Chengtu, le Dr Orlandini, italien, et M. Guilmann, du New-York Times, qui voyagent à travers la Chine, sintéressant principalement à la culture et à la consommation locale de lopium. Le Dr Orlandini a visité longuement lhôpital et lhospice du Pe-men prenant un intérêt particulier à parcourir les salles où près de 300 malades (prisonniers, soldats, porteurs de fardeaux, tireurs de pousse) sont soignés gratuitement et dit bien haut son admiration pour les uvres des Religieuses F. M. M..

    *
    * *

    Le P. Pinault nous donne de nouveaux détails sur les atrocités commises par les communistes : le nombre des victimes serait énorme : de 10 à 20.000 dans les sous-préfectures de Tong-kiang, Lan-kiang et Pachow. On ne le saura jamais exactement, car, la putréfaction étant commencée, on a renoncé à lexhumation. Léglise de Lan-kiang fut transformée en écurie et celle de Tong-kiang en cinéma. Le vieux serviteur Li put faire transporter à la campagne les ornements sacrés du P. Iâng et les cacher dans un ancien tombeau vide. (Par la suite, ces ornements furent découverts et emportés par les Rouges). Lui-même fut arrêté, on lui brûla de lencens sur la poitrine et sur le dos, mais en vain, il navoua rien et finalement fut relâché. Ses brûlures, après plusieurs mois, le font encore bien souffrir. Moins heureux, trois autres chrétiens subirent la peine de mort. En une soirée, en pleine ville, plus de 300 personnes hommes et femmes, furent égorgées. Le postier Leao, ancien élève du P. Montel, a été égorgé et enterré jusquau cou, la tête a été la proie des corbeaux.

    Les communistes se sont retirés à 25 km. à lest de Tong-kiang, car leurs munitions se faisaient rares. Ils occupent encore un vaste territoire et sont cantonnés sur un plateau difficile daccès, dénommé Tee-han-tchén.

    Les journaux de Chengtu disent que, profitant du trouble causé par la guerre civile entre les Maréchaux Tén et Lieôu, les communistes vont essayer de reprendre loffensive sur Lan-kiang.

    Depuis quelques jours accalmie sur le front des armées Lieôu et Tén et pourparlers de paix. En attendant, des deux côtés, on reste sur le qui-vive et la tuerie peut recommencer dun jour à lautre.

    Le R. P. Dom Joliet, O.S.B., Prieur de Sichan, a quitté son monastère le 22 mai dernier en direction de Chengtu-Ho pa tchang pour rétablir sa santé compromise. Arrivé à Tong-tchouan il na pu traverser la ligne de feu et a bifurqué sur Lao-mien-tcheou ; là dailleurs, il trouvera portes closes, car les prêtres indigènes de cette région, venus à Chengtu pour la retraite, y sont retenus depuis plus dun mois du fait de la guerre civile.

    Le R. P. Li, Vicaire délégué de Yachow, est venu passer quelques jours à Chengtu pour soigner des rhumatismes.

    Le 1er juin, lavion postal de la ligne Shanghai-Chengtu a atterri pour la première fois à Chengtu, au Tong-kia-tchang, salué par les acclamations enthousiastes dune foule que les journaux ont évalué à plus de 10.000 personnes.

    M. Chapelain, directeur de la Poste de Shanghai, était parmi les passagers. Il y a six places à bord : avis aux amateurs qui désireraient visiter lantique capitale du royaume de Chou et admirer à lhorizon les cimes aux neiges éternelles des montagnes habitées par les Derniers Barbares.

    Le P. Poisson, Vicaire Délégué, a eu dernièrement une crise de rhumatisme sciatique, qui la empêché de dire la messe le jour de lAscension. Quelques frictions vigoureuses et le mal a disparu aussi vite quil était venu.

    20 juin.

    Notre cher confrère le P. François Roux a quitté Chengtu le 15 courant, pour aller prendre en France un congé que 40 années passées en Chine lui ont bien mérité. Que le bon air du pays natal lui redonne une nouvelle jeunesse pour quil puisse revenir parmi nous lan prochain ! Son frère et filleul le P. François-Joseph, supérieur du Probatorium, na pu, à cause de linsécurité des routes du fait de la guerre civile, venir à Chengtu lui faire ses adieux : petites misères de la brousse setchouannaise ! Malgré tout, la Chine est un pays charmant !

    Deux brigades de la 28ème armée sont tombées dans une embuscade tendue par les Rouges ; lun des généraux, blessé, a pu cependant séchapper avec un millier de soldats, le reste a été désarmé, et lautre général a été coupé en morceaux.

    Profitant de la panique survenue dans les rangs des réguliers, les Rouges ont réoccupé sans coup férir les villes de Lankiang et Tongkiang. Ils marchent, sur Pachow et notre confrère le P. Pinault prépare une nouvelle retraite sur Paolin. Que Dieu protège notre jeune et si vaillant confrère !


    Ningyuanfu

    7 juin.

    Le Kientchang
    A Iuechi, les démêlés entre militaires et Lolos semblent terminés : ces derniers auront à livrer dix mille piastres. En ville sévit une épidémie de grippe qui a déjà fait beaucoup de victimes ; à loratoire il ny a encore eu aucun cas de décès.

    Une fois de plus des nouvelles alarmantes nous parviennent de Houi li. Plusieurs centaines de soldats Yunnanais, disent les uns, des gens du pays en révolte contre les militaires, disent les autres, tiennent la campagne. Une première bataille qui na donné aucun résultat a eu lieu à Pong chan in. De Lou tchang les insurgés ont écrit au colonel Lu de leur livrer Houi li ou de venir se battre avec eux dans la plaine, comme il voudra. De Ningyuanfu le général Liéou a envoyé plusieurs centaines de soldats et un millier de Lolos au secours de la garnison de Houi li.

    Les religieuses des deux communautés de Ningyuanfu et de Houi li, en visite de malades, se sont rencontrées à Kong mou in. Elles ont trouvé près de la population le même accueil empressé que par le passé. Résultat 208 baptêmes denfants pour Ningyuan et 93 pour Houi-li.

    Les délégués envoyés à Long tà,, à 9 étapes ouest de Ien tsin, écrit le P. Monbeig, sont de retour. Les lamas sengagent à protéger lexploitation des mines dor à condition que la police leur en soit exclusivement réservée.


    Tatsienlu

    1er juin.

    Echo du Thibet.
    Le 6 mai, après un voyage sans incident, le P. Pasteur était de retour à Tatsienlu. Ayant emprunté la route du sud (col de Tchéto) à laller, il revint par Taïlin et la route du nord. Durant ces neuf jours de randonnée, dans les déserts et plateaux dherbes, notre confrère ne fit aucune mauvaise rencontre ; la pluie et la neige lépargnèrent. A Taofu, le P. Doublet reste toujours ferme à lavant-poste septentrional de notre mission ; la Providence lui conserve une bonne santé, et ses chrétiens lui donnent, heureusement, un minimum de consolations qui laident à tenir.

    Le P. Lafont (o.f.m.) lui, se rendit en pays relativement civilisé: à Chengtu. Battant un record, il réussit à ne rester absent de Mosimien que dix-neuf jours. Son retour fut particulièrement. Rapide : ayant pris congé, le dimanche, de Mgr Rouchouse, il revoyait son clocher le vendredi suivant. Il conservera, ou ne conservera pas, comme souvenir de cette échappée, quelques dents (en porcelaine !) dans les gencives. Quand donc les automobiles pourront-elles arriver, sinon dans nos montagnes, du moins à Yachow dune façon régulière ??

    Et puisque nous sommes à la rubrique des voyages, ajoutons que les Chanoines Réguliers du St-Bernard sont à Weisi depuis le 1er avril, mais que, par contre, nous sommes sans nouvelles des deux Frères Franciscains, destinés à la Léproserie de Mosimien : la Vérité a, depuis longtemps, signalé leur passage à Chungking ; de là, on perd leurs traces, et vainement un convoyeur les attend à Yachow depuis Pâques.

    Nous serait-il permis, à propos des Chanoines Réguliers du St-Bernard, de prévenir nos lecteurs quil ny a pas lieu de croire tous les détails donnés par la presse à leur sujet ? Il est bien vrai que ces chers collaborateurs viennent fonder un monastère à la frontière sino-thibétaine, mais que derreurs dans les détails ! Noms de personnes, laltitude, le lieu (un journal ne les a-t-il pas envoyés en Perse ! )...., cest souvent de la plus pure imagination, ce qui ne fait vraiment pas honneur à la presse dite dinformation !!

    Cest tout à fait dune façon inespérée que, dès cette fin de mai, nous pouvons donner des nouvelles de nos missionnaires du Loutsekiang; en effet un courrier a pu franchir la montagne au mois de mars. Les PP. Genestier et André étaient en bonne santé et, sauf les constructions du Patriarche dont la lenteur lui donne beaucoup de déceptions, tout allait bien aux bords de la Salouen.

    Le P. Nussbaum, qui fit un voyage à Bathang, écrit un petit mot à Mgr à son retour à Yerkalo. Il se réjouit de ses bonnes relations avec les nouvelles autorités du pays : Dès que je suis revenu, dit le Père, jai aussitôt reçu la visite des lamas de la sous-préfecture, et celle des officiers du camp thibétain et de la gabelle ; je suis à leurs yeux comme un médiateur et un intermédiaire par ici. Mais notre confrère a des doutes sur la solidité de la paix, car les Thibétains parlent tout simplement de vouloir retourner à Bathang, et les Chinois disent hautement que la vie est intenable à Bathang, si les salines et la gabelle de Yerkalo restent aux mains des Thibétains

    Dernièrement, on manifesta beaucoup démotion, en ville de Tatsienlu, à lannonce que la guerre avec le Thibet allait reprendre, et que les troupes de Lhassa avaient envahi le Dégué. Jusquici rien de certain, mais il semble quil ne sagit que dune relève de garnison faite du côté thibétain qui, provoquant un renfort momentané de troupes, donna lalarme aux Chinois.

    Le P. Charrier, a actuellement bien à se plaindre du sans-gêne et des vexations des troupes nouvellement établies à Mowkung, mais il pense que larrivée de la 24e armée changera peut-être la situation. A lÉvêché, après la découverte laborieuse des ouvriers et des matériaux, on a commencé les fondations dun nouveau bâtiment, destiné à servir de bibliothèque et de lieu de réunion pour les confrères, lors de la retraite annuelle.


    Yunnanfu

    3 juillet.

    Le Petit Nouvelliste
    Son Excellence Monseigneur de Jonghe a quitté Shanghai le 9 juin par le Conte Rosso à destination de lEurope où il doit recevoir la consécration épiscopale.

    Le Petit Nouvelliste interprète fidèle des missionnaires et prêtres chinois remercie Monseigneur de la simplicité toute apostolique avec laquelle il a accepté la lourde charge qui lui a été imposée. Sa confiance en la bonne Providence lui aura certainement valu des grâces exceptionnelles. Il ne paraît pas le moins du monde désireux de prolonger son séjour en Europe, nous pouvons donc espérer le voir sans trop tarder venir prendre sa place à notre tête. En attendant nous continuons à adresser à Dieu de ferventes prières pour lui obtenir un long et fécond épiscopat.

    Le 11, est arrivé notre nouveau consul M. Baudez ; il est un vétéran de la Chine, ayant géré pendant de longues années les consulats de Chungking, Chengtu et Hankow.

    Le P. Leparoux nous écrit : le 27 juin : lopération, daprès le docteur, ne pourra guère avoir lieu avant septembre ; nétait la chaleur si pénible, il me semble que je reprendrais vie ; continuez à prier et à faire prier pour moi.

    La révolte des Miaotse apaisée, nous pensions que tout était rentré dans le calme. Nous avions compté sans la répression et ses exactions. Tous les Miao doivent livrer leurs fusils et ceux qui sont à laise sont mis à la torture jusquà ce quils livrent une somme dargent plus ou moins considérable ; aucune distinction nest faite entre coupables et innocents. Le P. Bougault se désole de ne pouvoir préserver ses chrétiens de ces exactions ; ils nont pas trempé dans la révolte, mais les soldats font maintenant tout ce qui leur plaît.

    De son côté, le P. Letourmy souffre de voir, dans un village, un propriétaire obliger ses fermiers chrétiens à contribuer comme les païens aux superstitions, et les pousser à lapostasie sous menace de leur retirer leurs terres. Le nouveau propriétaire est un officier. Le Père se demande quel moyen, en dehors de la prière, il pourrait employer pour protéger la foi de ses chrétiens extra muros.


    Kweiyang

    26 juin.

    Au Kouytcheou, surtout dans la partie nord-ouest et ouest de la province, le riz devient dun prix exorbitant ; cest la famine qui sannonce à bref délai. Les causes ? La sécheresse des mois du printemps et le déficit de la récolte pour une part, mais surtout les exactions et déprédations de la troupe. Aussi, de semaine en semaine, miséreux et mendiants circulent de plus en plus nombreux en ville de Kweiyang.

    A cinq étapes nord-ouest de cette ville, à Ta kou sin tchang, pays jusquici rebelle à lEvangile, le P. Léon Iuen, curé de Kien si, a réussi à simplanter et a obtenu un certain nombre de baptêmes. Il vient dy acquérir une résidence, mais, lachat une fois fait, il rencontre des difficultés, de la part du mandarin, à en devenir paisible possesseur.

    Le P. J. Marie Hou, vicaire forain de Tsen i, sest à peu près remis de sa maladie. Par contre, le P. Darris, curé de la paroisse St Louis du Laritang en ville de Kweiyang, se voit menacé subitement de perdre lil droit qui lui refuse tout service. Cette perspective, aggravée par les craintes au sujet de lautre il, serait une lourde épreuve pour qui que ce soit, elle lest tout particulièrement pour lui tant fait pour la vie active et peu porté à mettre son zèle en veilleuse.

    La retraite finie, les confrères nont pas tardé à rentrer chez eux, pressés, par ces temps de trouble, daller voir ce qui sy passe. Le poste de Tin fan attendait toujours son nouveau titulaire, le P. Puech. Celui-ci, du plein consentement de son évêque, nosait laisser la résidence de Mou you se, convaincu quaussitôt son départ connu, la soldatesque de lendroit naurait pas manqué de courir en foule en inonder les portiques. Dès le premier moment daccalmie, il a coupé toutes les amarres et a pris la direction de Tchennin-Kweiyang. De Mou you se à Tchennin 35 kil. environ à vol doiseau, mais plus de 60 kil. pour les piétons ; distance couverte en partie par des tronçons de route carrossable in fieri. Dieu nous préserve de ces nouvelles routes par temps de pluie ! comme ce fut le cas. Cest alors littéralement le pétrin, un vaste pétrin de 10 mètres de large sur des kilomètres de long, et encore, sil était posé à plat ! Une fois arrivé là, il ny a quà sempêtrer et dépêtrer, à semelle ou cheville que veux-tu, jusquà lautre bout. Parvenu à Tchennin, notre confrère montait en auto, lui et son saint-frusquin de missionnaire, et couvrait en une soirée les quatre étapes qui le séparaient de Kweiyang. Le carrosse, quoique parti tard, avait oublié ses phares ; heureusement le voyageur se trouvait en possession de deux pauvres lanternes, lesquelles prirent la place et reçurent les honneurs des phares absents. Sans cela, auto et occupants étaient condamnés à coucher sur la route, comme une vulgaire roulotte de forains, à la merci des brigands comme une brebis perdue à la merci des loups.

    A Kweiyang. le R. Puech eut le plaisir de sadjoindre le P. Etcheverry, lequel, à lexemple de ses jeunes aînés les PP. Boyer et Didier, allait faire sous sa direction ses premières armes. Voilà donc notre P. Puech promu officier instructeur de ces aimables recrues. Et de fait, durant le cours dune jeunesse déjà longue, notre confrère sest enrichi de féconde expérience, de principes clairs et sûrs pour asseoir son solide jugement. Il touche à la maturité, mais une maturité encore ferme de tous points et qui se dore à peine.

    Le jour du départ de Kweiyang, emporté par son désir dêtre déjà arrivé, le jeune ne se résignait pas à emboîter le pas paisible de lancien, il enfourchait son vélo et, tirant excellemment parti de tous les bons endroits dune piètre route, arrivait bon premier à Tinfan. Nul doute que là cette fougue dirigée par une telle maîtrise, cette sagesse servie par une telle ardeur ne fassent merveille.


    Lanlong

    15 juin.

    Pour plusieurs raisons Son Exc. Mgr Carlo na pu se rendre à Kweiyang comme nous lavions annoncé dans notre dernier numéro. Il y avait dabord linsécurité des routes, mais quoique, depuis, cette insécurité ait beaucoup diminué, le voyage a été remis à plus tard. Il paraîtrait que quelque mauvais diable aurait arrêté, on ne sait où, les bulles de Son Exc. Mgr Larrart. De ce fait les canonistes ont décidé dattendre.

    Notre cher P. Auguste Jang, depuis longtemps fatigué par son asthme, sest éteint à Loyang, sans grandes souffrances et sans agonie. Il a conservé sa lucidité jusquà la fin. Il est le premier prêtre Dioi qui est allé auprès de Dieu intercéder pour ses frères.


    Le P. Huc avait la nostalgie des cimes de Poù Gan. Malgré linsécurité des routes, la grande cherté des vivres dans ces régions, il a profité de quelques jours libres pour faire une randonnée à travers les stations quil avait visitées il ny a pas longtemps. Il serait rentré avec pleine satisfaction si le voyage ne lui avait coûté plus de piastres quil navait escompté. Il a bien trouvé quelques oratoires occupés par la troupe mais les garnisaires avaient fait exécuter les réparations urgentes. Heureux pays que le Poû gân !

    Politique. Larmée de Jeou Kouê tsai occupe notre mission partie Kweichow et par ce temps de vie très chère, presque de famine, la population trouve les impositions lourdes. Les débris de la 43ème armée se vantent bien de les mettre à la porte, mais lasile quils donnent aux éléments bolchévistes du Kwangsi font craindre un plus grand mal.


    Canton

    Le 29 juin, en la fête des SS. Ap. Pierre et Paul a eu lieu à la Cathédrale, lordination de 2 nouveaux prêtres : les Pères Andreas Tsing et Jacobus Leung.

    Le P. Finn S. J. a passé une semaine à Canton pour y continuer ses recherches archéologiques. Il a été content de ses trouvailles. De Canton, il sest rendu à Hanoi où il compte faire part de ses études aux professeurs de lEcole Française dExtrême-Orient.

    Le 4 juillet, fête nationale des Etats-Unis dAmérique, réception au Consulat de 11 ½ à 12 ½ . Mgr y prend part.

    Nos confrères, les Pères Pierrat, Le Baron et Seznec ont suivi les exercices de la retraite qui est prêchée tous les ans dans notre maison de Nazareth, dans le courant de juillet.

    Le R. P. Fleming, professeur de dogme au séminaire régional dAberdeen, a prêché la retraite aux Surs Canadiennes de lImmaculée Conception de Canton.

    La Révérende Mère Supérieure de nos Surs indigènes a été assez gravement malade. La plupart des Surs indigènes, rentrées de leurs districts, sont réunies à leur maison-mère pour les exercices de la retraite. Ils ont commencé le 19 de ce mois et ont été prêchés par un prêtre du Vicariat de Hongkong.

    Le chiffre de nos baptêmes dadultes, pour lexercice 1932-1933 dépassera 600, en augmentation de 200 sur celui de lexercice 1931-1932. Les meilleurs résultats ont été obtenus à Lung moon, chez le P. Grégoire Leung 173 adultes baptisés, à Toung Koun chez le P. Zingale, 115 ; à Ho-iun chez le P. Seznec, 65 ; à la Léproserie, P. Marsigny 59 ; à Tsing Yun, P. Paulus Tsang 35 ; et à la Cathédrale P. Aloysius Hu, 20.

    Le 14 juillet, réception au Consulat de France. Le 15 juillet, Monsieur le Consul a dîné à lEvêché en compagnie de plusieurs personnages du gouvernement.


    Swatow

    15 juillet.

    Le P. Moreau, de la Procure de Hongkong, laissant livres et comptes, est venu faire une petite excursion par ici ; malheureusement le temps, mesuré trop juste, ne lui a pas permis de pousser un peu plus loin, jusquaux régions sereines des hautes montagnes, où lair pur et frais lui aurait procuré un agréable repos pendant les chaleurs de la canicule ; ce sera pour la prochaine fois.

    Chez nos voisins, les PP. Dominicains allemands, les Rouges continuent leurs exploits ; il y a quelques jours ils ont enlevé le P. Paly (de nationalité suisse) qui était en tournée chez des chrétiens, dans une région quon disait pacifiée et purgée des brigands.


    Thanh hoa

    juin.

    Mường-Khiết ; Châu-Laos. Dans le Châu-Laos, tout notable qui a eu recours aux bons services de ses administrés pour se faire une demeure, comme remerciement offre à ses sujets un banquet plus ou moins pantagruélique. Les missionnaires suivent cette coutume.

    La vieille maison tay de Mường-Khiết menaçait de seffondrer sur le jeune et placide curé, le P. Donjon. Grâce à un secours généreux, qui lui était arrivé de notre Société, le Père put se mettre à luvre. Les travaux, commencés en septembre, furent menés rondement. En mai dernier, la nouvelle maison était terminée.

    Bâtisse de 25 m. de long sur 8 m. de large, ornée dune belle véranda latérale. Lintérieur comprend cinq pièces avec, à lavant, une spacieuse salle de réception. Appuyée sur 14 grosses colonnes, qui soutiennent un toit en planche de mélèze, la nouvelle cure produit la meilleure impression de solidité et de salubrité.

    Le 31 mai était la date fixée pour linauguration solennelle. Afin de rehausser léclat de la cérémonie, le bon curé de Mường-Khiết avait lancé des invitations à tous les missionnaires et prêtres annamites du Châu-Laos.

    Dès le 30 au soir, les tay sempressent de préparer le dîner du lendemain. Plus de cent convives sont attendus. Il leur faut des victimes complaisantes : un gros buffle, un majestueux taureau, un beau porc de sept poignées (la poignée unité de mesure qui sert à évaluer le diamètre des habillés de soie tays).

    Bientôt sinstallent, en plein air, de nombreuses marmites. Dans les unes disparaissent, coupés en morceaux et plongeant dans laqua simplex, buffle, taureau, cochon. Os, viandes, peaux, graisses, cervelles etc.. y réalisent la plus stricte égalité sociale. Dautres bassines contiennent des centaines de kilogrammes de riz qui cuit à létouffé. La pluie de la nuit provoque quelques ratés dans les fourneaux rustiques. Cependant au matin du 31 tout est cuit à point.

    La pluie torrentielle de la nuit, la chaleur accablante de la matinée empêcheront-elles les invités de se procurer, sans frais, un banquet sinon succulent, du moins substantiel ? Nenni ! Vers 10 heures toute la cure est pleine de monde : il y a là plus de 500 tays. Les quatre tribus qui relèvent de la juridiction du P. Donjon : Muong-Khang, Muong-Ai et Muong-Suông sont dignement représentées. Le tri-châu (sous-préfet) de Hôi-Xuân a délégué un légat, un brave maire, tout fier dêtre traité en grand mandarin pour quelques heures. Sauf deux prêtres annamites, malades, tous les autres prêtres ont répondu à linvitation. Etaient présents : le P. Canilhac de Hôi-Xuân, qui fut curé de Mường-Khiết 24 ans durant ; le P. Mironneau, métropolite de Muong-Xôi ; le P. Qui, curé de Muong-Xia, jadis vicaire, pendant deux ans, à Mường-Khiết ; le P. Villette de Muong-Chự qui apprit ici les premiers éléments de la langue tay. Tous purent, avec la plus légitime sincérité, féliciter le P. Donjon de son uvre.

    A 10 ½ h. la fête commence. Dabord les discours dusage. Ensuite la cérémonie pittoresque des jarres de vin laotien : cest lapéritif.

    On apporte plusieurs grandes jarres en terre cuite, préparées longtemps à lavance. Elles contiennent du riz ou du manioc, avec un levain spécial chargé de provoquer la fermentation. Lorifice est soigneusement bouché avec de la balle de riz et des feuilles de bananier. Après avoir enlevé tout cela elles sont remplies deau. Un grand récipient, ordinairement une ancienne touque à pétrole, est placé à côté de la jarre : cest la réserve deau. Un homme de bonne volonté enfonce dans la jarre de longs chalumeaux en bambou (2 à 3 mètres) et procède à lessayage : il aspire successivement, avec chaque chalumeau, passe les extrémités dans un peu deau et les essuie avec le revers de la manche ou un linge, dont il serait inutile de rechercher la couleur primitive !! Les chalumeaux sont alors répartis entre les invités, par ordre de dignité. Le maître de la maison désigne ceux qui vont boire les premiers. Les personnages ainsi désignés demandent, par parole ou par geste, la permission de boire et entrent en action. Le liquide quils absorbent na rien du vin de Champagne : il est alcoolisé, plus ou moins aigrelet et désagréable. Impossible den voir la couleur : et cest heureux ! La couleur et la qualité du reste, importent peu ; il faut avant tout boire la quantité fixée à lavance. Cette quantité est, selon le nombre des buveurs, dune ou de plusieurs cornes. Un jeune homme, en effet, est installé près du récipient deau et tient une corne de buffle ou de buf sauvage. Il laisse les buveurs en fonction quelques instants, puis tout en chantant une mélopée sur un air traditionnel, il remplit sa corne, bouchant avec le doigt le trou pratiqué à la pointe. Le moment venu, il laisse couler leau dans la jarre. Si tout le contenu de la corne y trouve place sans que leau déborde, les buveurs sont libérés ; sinon ils sont punis et condamnés à vider une autre corne. Les s4ries de buveurs se succèdent et quand tout le monde, y compris les femmes et les enfants, a eu sa part, on recommence par séries plus nombreuses ou avec une autre jarre.

    Après cet apéritif qui dura jusquà 13 heures, vint enfin le banquet ! Par fournées de 40 à 50, les tays défilent devant les plateaux chargés de mets et peuvent se gorger à loisir tout le temps voulu... jusquà 8 h. du soir !

    Le souvenir de cette fête restera longtemps dans la mémoire des nombreux convives. Puisse-t-elle aider les tays à mieux connaître le missionnaire, à aimer davantage sa maison et, surtout, à désirer plus avidement les délices dun autre festin, celui auquel les convie le Divin Maître.

    Nouvelles du doyen de la Société. Le 12 juin, le Père Deux, doyen de la Société et qui était entré dans sa 91ème année quelques jours auparavant, a reçu les derniers sacrements des mains de S. E. Monseigneur Marcou. A cause de son grand âge et des indispositions fréquentes il avait demandé, comme une faveur, de recevoir lExtrême-Onction à un moment où il pourrait suivre, dans toute sa lucidité, les si belles prières et cérémonies de ce sacrement. Depuis, notre cher P. Deux a repris une nouvelle vigueur. Puisse-t-il continuer, longtemps encore, à édifier élèves et professeurs du Séminaire de Phuc-Nhac où il donne le bon exemple depuis son arrivée en mission, 1866 !!


    Kontum

    Sacre de S.E. Monseigneur Jannin Fate du Sacré-Cur.

    23 juin 1933

    Hc dies quem fecit Dominus.
    Ces mots se détachaient, en grosses lettres, sur un arc de triomphe dressé devant le Collège Cuenot, maison de formation des futurs catéchistes moys, et résidence habituelle de notre évêque vénéré, en attendant quil puisse soffrir une maison particulière.

    Ce Hc Dies frappait tous les regards. Ce jour était bien en effet luvre du bon Dieu. Personne ici nosait songer que pareil jour arriverait. Et pourtant, les travaux et les souffrances de nos valeureux aînés, dont plus de dix morts après un ou deux ans de mission, lavaient préparé depuis la fondation de la mission par le Bx Monseigneur Cuenot en 1850.

    Le 22 juin au soir, veille du grand jour, tous les chrétiens déjà arrivés tinrent à présenter leurs hommages à NN. SS. les évêques dans un chant de circonstance, et un discours en français, fort bien tourné, débité par lun de nos prêtres bahnars. Sur lestrade, à côté de S. E. Mgr Dreyer, le consécrateur de demain, avaient pris place les deux prélats assistants NN. SS. Herrgott et Tardieu ainsi que NN. SS. les évêques de Saigon et Hué : les deux vice-provinciaux des RR. PP. Franciscains et Rédemptoristes, et tous les prêtres présents. Dans un langage délicatement nuancé et où passa tout son cur, S. E. Monseigneur le Délégué apostolique sut trouver les mots voulus que le P. Chau résuma à la foule.

    Le soir, Oratoire en plein air devant la Vierge illuminée, et invocations à nos Bx Martyrs. Cet oratoire se fait du reste chaque samedi et les veilles de grande fête, tout comme à la rue du Bac.

    Le 23 juin, la Cathédrale de lImmaculée Conception de Kontum vécut une journée glorieuse dont le souvenir restera ineffaçable dans lesprit de nos chrétiens venus de partout. Jamais elle ne fut si bien parée. Murs et voûtes disparaissaient sous les guirlandes de verdure, bannières, fleurs de toutes sortes, boules panoramiques, lanternes vénitiennes, etc tandis quau fond du chur, la Vierge de la Médaille miraculeuse, imitation parfaite de celle des Filles de la Charité, laissait tomber sur le nouvel évêque de ses mains bénissantes, en pluie de pierreries, des grâces de choix. Marie, médiatrice de toutes les grâces, protégez celui que votre divin Fils nous a donné pour père !

    Dans le saint lieu, le moindre recoin, doù lon pouvait avoir une chance de voir quelque chose des cérémonies qui se déroulaient au chur, était occupé. Dès six heures du matin, la cathédrale était assiégée ; pendant une heure ce fut un défilé ininterrompu de gens. venus des quatre coins de la nouvelle mission et aussi de Quinhon De fait, tous les confrères français et annamites de la mission-mère qui avaient pu venir, depuis le Père Provicaire Labiausse jusquà lenfant apostolique le P. Valour, tous étaient là. Et pour que la fête fut complète, les Surs de St Paul de Chartres, les Franciscaines M.M., les Religieuses Amantes de la Croix, les Fils de St Jean Baptiste de la Salle, les Petits Frères de St Joseph avaient tenu à venir aussi en grand nombre sunir à Mgr Jannin. Cétait ainsi une façon doffrir leurs services à Son Excellence pour un avenir que nous souhaitons prochain. Chez les Bahnars, enfin, le printemps va fleurir !

    La mission de Hanoi était représentée par les PP. Lebourdais, Tardy et Vuillard ; celle de Vinh par le Père Provicaire Dalaine, celle de Hué par les PP. Lemasle, provicaire, Cadière, Darbon, Cân et Thuân ; celle de Saigon par le P. Lambert ; et notre chère Société, par un bahnar de cur, le P. Louison, procureur à Saigon.

    Combien dautres confrères que la maladie ou les occupations avaient empêchés de venir sur nos montagnes, étaient présents par la prière ; le monceau de lettres, de cartes, de télégrammes reçus par notre nouvel évêque en témoigne. Nous saluons ici avec une filiale gratitude S. E. Mgr Grangeon, qui a tant fait pour Kontum et qui reste le paratonnerre de la mission naissante.

    Les autorités civiles étaient aussi présentes au complet. Au premier rang, Monsieur le Résident de France à Kontum, représentant officiellement M. le Gouverneur Général de lIndochine, ainsi que MM. les Résidents de France à Pleiku et à Banmethuôt, deux provinces de ce vicariat ; les deux préfets annamites de Pleiku et de Kontum. Je ne nommerai pas tous nos compatriotes qui ont tenu à honorer de leur présence la cérémonie par crainte den oublier quelques uns. Quil me suffise de dire quils sont venus nombreux, témoignant ainsi en quelle estime ils tiennent Mgr de Gadara.

    A sept heures, le cortège, parti de lécole St Joseph, arrive à la cathédrale. Les scouts des deux paroisses de la ville, vêtus de couleurs gaies, ouvraient et fermaient la marche de la procession. Les élèves du Collège Cuenot, en uniforme propret, étaient tout à la joie. Les Chefs moys, drapés dans leurs couvertures des grands jours, avaient lallure des Romains de jadis. Les catéchistes bahnars des divers districts, cent cinquante environ, marchaient fièrement, conscients davoir été les élèves et les dirigés du bon Père Jannin. Venaient ensuite les dignitaires annamites, en habits bleu ciel des grandes cérémonies aux larges manches tombantes. Les enfants dun peu toutes les paroisses vêtus de blanc, couronnés de roses, et tenant en main un bouquet de fleurs. Plus de 60 prêtres en habit de chur et enfin NN. SS. les évêques, dont nos pauvres chrétiens ne cessaient dépier les moindres gestes et dadmirer lapparat des vêtements sacrés.

    Cest au chant du Benedictus admirablement exécuté par les élèves du Collège Cuenot que la procession fit son entrée dans la cathédrale.

    Puis la cérémonie commença. Après la présentation de lélu à son consécrateur, le P. Bresson, laimable secrétaire de S. E. Mgr Dreyer, lut les lettres apostoliques qui permettent de procéder à la consécration. Tout se déroula dans un silence extraordinaire, en raison de la foule qui se pressait dans léglise, silence coupé seulement par le chant du Gloria et du Credo, les interrogations et réponses de Leurs Excellences.

    Quand, avant le dernier évangile, le consécrateur, ayant remis au nouveau consacré la mitre et les gants, linvita à sasseoir sur le trône épiscopal, lassistance ne put contenir son émotion et plus dune larme coula. Aussi avec quel cur le Te Deum fut-il enlevé, tandis quaccompagné de ses parrains, Monseigneur Jannin, très ému, parcourait la cathédrale pour bénir la foule des assistants, clergé et fidèles.

    La sortie se fit aux accents dun chant triomphal en langue bahnar magistralement exécuté par la chorale.

    A lissue de la cérémonie un vin dhonneur fut offert à nos compatriotes. Puis, après que notre nouvel évêque eût fait part de ses sentiments et de ses émotions à ses chers confrères et leur eût donné sa première bénédiction, successivement ses chers enfants du Collège, les catéchistes de la mission, les députations des paroisses annamites vinrent saluer leur nouveau pasteur dans des compliments fleuris à qui mieux mieux. Malgré la fatigue de la journée, Monseigneur sut trouver le mot juste pour chaque groupe qui se retira joyeux. Et chacun alla faire honneur au grand festin annamite organisé par les PP. Thiet et Dé.

    A midi, dans la salle détude du Collège magnifiquement décorée, ayant comme fond tous les blasons des évêques présents, un banquet, présidé par le représentant du Saint Père, réunit tous les prélats, les principales autorités civiles et tous les confrères.

    Jen arrive aux discours, en passant sous silence le menu qui fut assaisonné de la plus franche gaîté.

    S. E. Mgr le Délégué apostolique, avec son amabilité souriante devenue proverbiale, développa lidée suivante Monseigneur Jannin était le seul ne désirant pas la séparation, parce que, disait-il, personne naccepterait ce lourd fardeau, il oubliait... que Sa Grandeur était seule digne de le porter.

    S. E. Mgr Tardieu parle de la foi à transporter les montagnes et de la charité embrassant jusquaux sauvages les plus arriérés de Mgr de Gadara. De tout cur lévêque de Vada adressa au premier Vicaire Apostolique de Kontum, troisième fille de la vieille mission de Quinhon, ses vux les plus ardents.

    Puis ce fut le tour du P. Cadière. Son discours jette une si vive lumière sur luvre accomplie par nos confrères chez Les Sauvages Bahnars que nous nous excusons de le résumer.

    .Je veux rappeler aujourdhui votre uvre scientifique. Et lorsque je dis : votre, ce nest pas un pluriel de majesté que jemploie, cest un vrai pluriel numérique. Je parle de tous les confrères qui ont travaillé ici depuis la fondation de cette mission.

    En me plaçant donc à un point de vue purement laïque, je vois que vous avez découvert un pays et ses habitants. Cest là un titre de gloire qui compte. Sans remonter à Christophe Colomb, ni même aux Livingstone, Stanley, aux Baker, dont les récits ont enthousiasmé notre jeunesse, pensons aux Garnier, aux Pavie, aux Odendhal, aux Maître. Leurs noms sont cités partout : toute bibliothèque qui se respecte possède la relation de leurs voyages, tous les libraires détiennent leurs ouvrages, la plupart même ont une statue, ici ou là, un nom de rue. Je crois bien que si, passant à Quinhon, je voulais acheter le livre quécrivit le fondateur de cette mission, je ne le trouverais pas en vente. Peut-être même ne pourrais-je pas me le procurer ici même. Nous négligeons nos gloires !

    Non seulement vous avez découvert un peuple, mais vous lavez civilisé.

    Vous ne leur avez pas seulement appris à lire une page imprimée, vous ne vous êtes pas contenté dintroduire des idées nouvelles dans leur esprit, mais, surtout, vous leur avez appris à penser, vous leur avez indiqué les règles morales absolument nécessaires pour utiliser sans danger pour soi ni pour les autres, les richesses passablement dangereuses de notre civilisation.

    Il mest arrivé bien des fois, lorsque je voulais renseigner un chargé de mission parcourant en coup de vent la Colonie, ou simplement révéler ce que nous arrivons à faire, nous, missionnaires, à tant de nos compatriotes qui passent leur vie en Indochine sans se rendre compte de ce qui sy fait, il mest arrivé bien des fois de citer Votre nom, le nom de Votre mission, Votre Collège Cuenot, Votre petite revue pour les catéchistes. Un collège, une revue pour les tribus indonésiennes de la Chaîne annamitique ! Oui, voilà ce que les missionnaires ont pu faire. En se plaçant au point de vue purement laïque, cest admirable. Car, les langues de ces tribus, cest vous qui les avez débrouillées, cest vous qui en avez fixé les éléments dans des dictionnaires et des grammaires, cest vous qui en avez noté les sons dans un système de transcription qui sest avéré excellent.

    Et ce nétait pas là le plus difficile. Vous vous êtes insinué dans la mentalité de ces tribus, vous avez étudié le dédale de leur pensée, leurs alliances entre eux et avec les divers êtres de la nature et du monde surnaturel, leurs rites, leurs songes même.

    Evidemment, luvre nest pas finie : la mort est venue enlever tel ouvrier en plein travail ; dautres amassent des trésors depuis des années, polissent et remanient ce quils ont fait, sans se décider à rien publier, comme sils avaient uniquement lambition de travailler pour les fourmis blanches. Mais telle quelle est, votre uvre scientifique est digne dadmiration. Et jai tenu à le dire au vieil ami que vous êtes pour moi, Excellence. Et jai cru que cela était bon à rappeler devant tous vos amis, vos amis personnels et les amis de la mission.

    Excellence,
    Vous êtes laboutissement, le couronnement dune longue suite defforts. Je ne dis pas defforts religieux, jécarte délibérément ce point de vue, mais defforts au point de vue scientifique, au point de vue social, humain.

    Notre vénéré doyen, le cher P. Irigoyen, retenu au logis par un mal bien fâcheux, avait mis toute son âme dapôtre dans un discours quil ne put prononcer. Rappelant les débuts de la mission, et retraçant les grandes lignes de la vie de Mgr Jannin, il nous montra en lui, pendant 17 ans, le missionnaire convertisseur, marchant sur les obstacles jusquà friser la témérité, prêt à tout souffrir pour Dieu et les âmes. Le nombre des villages convertis, les paroisses organisées, les églises bâties, en disent plus long que tout discours. Cest ensuite, chose inouïe, la construction, lorganisation du Collège Cuenot, et la formation des élèves pris dans toutes les tribus des pays moys. Assujettir tous ces enfants de la forêt à une règle commune, développer en leur âme les vertus qui en feront des hommes, quelle uvre !! Mgr Jannin a pleinement réussi ; ses élèves, tant annamites que bahnars, qui sont aujourdhui prêtres, peuvent en témoigner.

    M. le Résident de Kontum, au nom du Gouverneur Général de lIndochine et du Résident supérieur de lAnnam, quil avait lhonneur de représenter, dit combien il est heureux davoir ainsi été choisi pour dire au nouvel évêque la joie et les compliments de tous, cette réunion prouve lentente cordiale qui règne ici. Il termine en adressant à Son Excellence toutes ses félicitations au nom des Européens de Kontum, de Banmethuôt et de Pleiku.

    Ce nétait pas fini, la poésie, sur de léloquence, voulut aussi avoir sa part. Le P. Louison, curé de la cathédrale, se lève pour chanter de sa voix de fauvette des jolis vers dont nous donnons quelques strophes.

    Quand nos aînés sen allaient dans la brousse
    Chez les bahnars.
    Le Grand Cuenot leur répétait en douce :
    Pas de fuyards !
    Restez là-haut, quoique le diable fasse,
    Jusquau trépas.
    Le Roi des rois vous donnera sa grâce
    Sursum Corda !
    *
    Souventefois terrassés par la fièvre,
    Ils soupiraient
    Après la mort qui vint fermer leurs lèvres,
    Tant ils souffraient !
    Mais de leur cur sexhalait la prière
    Du Golgotha :
    Pourtant encor si vous le voulez, Père !
    Sursum corda !
    *
    Sedangs, bahnars, jarais et annamites,
    Au rendez-vous !
    Car de Jésus le cur est sans limites
    Il vous veut tous.
    Sus à Satan, en hâte quon arrive
    Pour le combat.
    Debout les morts pour la grande offensive !
    Sursum corda !
    *
    Cher Monseigneur, votre coupe est amère,
    Nous le savons.
    La croix pourtant sera pour vous légère
    Nous le jurons.
    Tous vos enfants au milieu des épines
    Suivront vos pas.
    Souffrir en chur, deviendra joie divine.
    Sursum corda !
    *

    Tous les convives reprennent en chur la finale qui paraphrasait la devise de Mgr Jannin.

    Enfin celui-ci se leva, et tout ému, on le serait à moins, remercia tous et chacun en un discours que le Bulletin regrette de ne pouvoir citer en entier : Après avoir dit sa confusion de tout ce quil venait dentendre, il ajouta :

    ....Au milieu de cette brillante assemblée, je suis un peu comme le paysan du Danube ; ayant vécu plus de 40 ans avec mes chers sauvages, je ne possède guère les secrets de lart oratoire. Aussi, ce que jai à vous dire, je vais vous le dire en toute simplicité. Et pour cela, je nai quà ouvrir devant vous mon cur, qui déborde de reconnaissance envers vous tous.

    Je me tourne tout dabord vers vous, mes bien-aimés confrères de la mission, chers Pères Français, Annamites et Bahnars.

    Croyez-le bien, chers amis, sous ma pauvre croix pectorale bat un cur qui vous aime bien tous. Vos joies seront mes joies, vos peines, mes peines.

    Et maintenant, à luvre, vaillants confrères ! Le champ à travailler, des confins de Dalat aux portes de Hué, paraît immense : la partie cultivée est bien petite par rapport au reste ; mais ne nous effrayons pas ensemble, travaillons courageusement, défrichons, piochons, semons à pleines mains ! Peu importe si ce sont dautres qui récolteront. Le Père de famille, de sa main libérale récompensera au moins autant les semeurs que les moissonneurs.

    Et puis, rappelons-nous quil ny a guère de missions où les premiers défricheurs eurent tant à souffrir quici. Cest lobstination au travail de nos glorieux devanciers qui a amené le succès ; là-bas, leurs tombes sont les pierres fondamentales du Vicariat ! Gloire à ces pionniers, aux vaillants PP. Combes, Dourisboures, Vialleton, Guerlach, Kemlin, et tous les autres. Navez-vous pas comme la sensation quils sont ici avec nous ?... Cette journée de la Consécration du premier évêque de Kontum nest-elle pas leur journée à eux ?...

    .Merci à vous tous, chers confrères, qui sur un simple mot de ma part êtes accourus du Tonkin, de Hué, de Saigon, nous apporter, en ce Kontum perdu, vos encouragements et lappui de votre précieuse sympathie !

    O vous, chers confrères, fils comme moi de notre si aimée famille des M.-E., vous montrez ainsi combien est fort ce sentiment intime dunion fraternelle qui relie ensemble tous les Membres de la Société. Votre vieux frère darmes des Bahnars vous bénit dêtre venus ainsi si nombreux. Que le Divin Cur vous récompense de votre charité !

    Quant à vous, nos bons confrères de Quinhon, jusquici, dans limmense armée du Seigneur, nous ne formions quun seul corps darmée sous un unique chef, nos vénérés évêques de Quinhon.

    Nous voilà donc séparés, oui, séparés administrativement, cest entendu, mais restant aussi unis par le cur et par lesprit que dans le passé, nest-ce pas, chers confrères de Quinhon ?

    Votre si nombreuse et si aimable présence parmi nous en ce jour est le témoignage quil en sera ainsi toujours. Côte à côte, nous aidant mutuellement lorsque loccasion sen présentera, continuons les bons combats à la vie à la mort ! Vive Quinhon ! Vive Kontum !

    Messeigneurs, encore une fois, je vous remercie avec effusion de votre présence, qui est pour moi, comme lassurance, que tous, mais surtout vous, Mgr de Quinhon, lévêque vénéré de notre chère mission mère, vous ne cesserez de me prodiguer avec vos précieux conseils, laide morale, la cordialité réconfortante et lassistance charitable, dont le pauvre évêque des Moys aura si souvent besoin.

    .Que S. E. Mgr le Délégué Apostolique daigne me pardonner, si, comme à la procession de ce matin, jai fait passer tout le monde avant lui dans mes remerciements ! La raison en est que le bienfait reçu de lui ce matin, étant le summum des bienfaits je voudrais que mon merci soit aussi le summum des mercis.

    Me voilà donc votre fils spirituel par la Consécration épiscopale. Je dois reconnaître vos prérogatives venant de cette paternité ; elles créent pour moi le devoir dêtre un fils reconnaissant et empressé daccepter vos directives. Cela, je vous le promets.

    Mais par ailleurs, en face des charges si lourdes de lépiscopat, je me sens réconforté par la pensée que cette paternité vous oblige dêtre désormais mon appui, mon secours, mon conseil.

    .Je ne puis terminer sans dire encore combien est grande notre gratitude, la mienne, comme celle de tous mes confrères, dabord envers M. le Gouverneur Général qui a daigné se faire représenter officiellement par M. Le Résident de France à Kontum, et envers vous, Messieurs les Résidents qui avez daigné honorer de votre présence cette fête des missions.

    Votre présence ici, Messieurs, nest-ce pas comme le sourire de notre chère France au premier évêque français de ces pays moys ?...

    Ah ! Je voudrais que tous nos bienfaiteurs, connus et inconnus, que tous les Associés des magnifiques uvres pontificales de la Propagation de la Foi, de la Ste Enfance et de St Pierre, sachent combien est grande notre gratitude à leur égard, et combien nous demandons au bon Dieu de les récompenser lui-même. Ce matin, une de mes premières bénédictions dévêque a été pour eux tous.

    Le soir au salut solennel du T. S. Sacrement, en ce jour où Notre Seigneur, découvrant son Cur, demandait à Ste Marguerite Marie de le lui dédier par une fête particulière pour honorer son Cur, Son Excellence Mgr Jannin, faisant écho à lappel du bon Maître, dans une supplication reconnaissante et repentante à la fois, lui consacra la nouvelle mission.

    A la nuit, les chrétiens annamites de la paroisse de la cathédrale représentèrent la Passion de N. S., avec tant de piété et si simplement que de lavis de tous les assistants, tous les rôles, spécialement ceux de Jésus et de Marie, furent rendus aussi parfaitement que possible.

    Le lendemain, samedi, au matin, réunion du clergé et des fidèles à la Grotte de Lourdes, en face de la cathédrale. Mgr de Gadara, désireux de mettre son épiscopat sous la protection de la Bonne Mère, y célébra sa première messe dévêque.

    Daigne Marie avoir accepté les supplications de notre père et celles de ses enfants, et donner à lun force et courage ; aux autres, dêtre des missionnaires marchant sur les traces de leur nouvel évêque.


    Bangkok

    Toutes les semaines du mois de juin ont procuré à S. E. Mgr Perros de bien grandes joies mais aussi de nombreuses fatigues par les visites quil rendit à plusieurs postes de la mission dont il put apprécier ainsi la vitalité. Les prémices de ces joies échurent au P. Richard chargé de Nongbin qui fut tout heureux de présenter sa gerbe opulente de chrétiens et de confirmands à Son Excellence le dimanche de la Très Sainte Trinité. Huit jours plus tard et à plus de quatre cents kilomètres de Nonghin, cétaient les enfants de Phitsanuloke (où se trouve le P. Gaston) que confirmait Son Excellence. Elle nhésitait pas, dès le lendemain, à refaire durgence ces quatre cents kilomètres pour présider, le samedi 24 juin, la fête de St Jean Baptiste à Chao Chet, poste confié à la sollicitude du Père Broizat. Elle y confirmait 107 enfants et bénissait la douzième école libre construite par le P. Broizat durant sa vie de missionnaire. Grâce à celui-ci, en six ans, le poste de Chao Chet a été entièrement renouvelé tant au matériel quau spirituel. Ajoutons dailleurs que des chrétiens généreux ont aidé le Père et continuent encore dans la mesure de leurs moyens, malgré la crise, à le soutenir financièrement. Leur esprit de foi et de générosité sont à louer hautement.

    De Chao Chet, Son Excellence passait ensuite dans la mission Salésienne de Bang Nok Khuek où, le samedi 1er juillet, Elle conférait la prêtrise à six diacres salésiens dans léglise de Vatpheng. Inutile de dire quil y eut à cette imposante cérémonie une énorme affluence de chrétiens, de séminaristes et de prêtres salésiens entourant leur Provincial, le R. P. Pasotti. Nous souhaitons à ces nouveaux ouvriers du Seigneur, longue carrière et fructueux apostolat.

    Le mardi 20 juin, le commandant en chef de lArmée siamoise renversait le Gouvernement et exigeait la démission du Président du Conseil des ministres ainsi que celle du Ministre des Affaires Etrangères. Une proclamation annonçait au peuple que le Conseil des Ministres nobservant pas la Constitution, lArmée, la Marine et les Officiels civils se voyaient obligés de se saisir du contrôle du Gouvernement afin de rétablir, dans son intégrité, la Constitution. Le roi acceptait ce coup dEtat et confiait au Commandant en chef de lArmée siamoise, la présidence du Conseil des Ministres.

    Depuis le 20 juin la situation politique reste stationnaire. Optimistes et pessimistes sen tiennent à des pronostics : attendons de même lavenir.


    Malacca

    2 juillet.

    Nous allons, dans quelques jours, nous retrouver presque au complet. Seuls les Pères Goyhénètche et Valour manqueront à lappel. Le P. Fourgs, en effet, arrive à Singapore dans les premiers jours de juillet, suivant de peu la lettre annonçant son retour. De cette sorte lintérim du P. Dupoirieux à Ipoh aura été des plus éphémères.

    Le P. Allard, Picpucien Hollandais, qui était venu auprès du P. Fourgs se former dans lart du beau parler chinois, et qui, après huit mois de séjour seulement, accepta de prendre la charge du poste important dIpoh, vient, ainsi que lannonçait la chronique précédente, de rentrer dans sa mission, laissant parmi nous le meilleur des souvenirs. La position nétait pas facile à tenir pour un jeune missionnaire; le P. Allard a tenu bon et très bien. Aussi ne laisse-t-il que des regrets parmi les chrétiens auxquels il ne faudra rien moins, pour les consoler, que le retour de leur curé. Nempêche que, dans les circonstances actuelles, le cher P. Fourgs eût mieux fait de prolonger de quelques mois son séjour dans les Landes et dy achever en toute sérénité sa mise au point.

    La santé de S. E. Mgr Barillon saméliore petit à petit mais sûrement, nous lespérons.
    Le P. Snackers, devenu disponible par suite du retour du P. Hermann à Saint-Antoine de Kuala-Lumpur, a été promu vicaire à la Cathédrale. Sitôt son bulletin de promotion reçu, le Père a ficelé ses malles et est débarqué à Singapore plus tôt quil nétait attendu. Lenthousiasme lui avait donné des ailes, mais surtout la perspective, sil sattardait, davoir à occuper une chambre à lhôpital de Kuala-Lumpur et de passer sous les caresses du bistouri. Voilà bientôt six semaines quun doigt de la main droite est enflé, occasionnant une souffrance assez vive. La cause ? sans doute une morsure de scolopendre ou la piqûre de quelque insecte venimeux. Le Père a jugé préférable de déguerpir. surka-surka (au pas gymnastique) plutôt que de goûter la douceur dun lit dhôpital. Quelques bains de mer, mécrit-on, lui ont fait beaucoup de bien et létat du doigt saméliore. Seulement, voici que le bras enfle... ce qui nempêche pas le Père Snackers dêtre de bonne humeur et de vaquer à son travail.

    Le P. Baloche a encore, depuis le retour du P. Souhait à Penang, souffert dune attaque de rhumatismes. Comme toujours ce vieux récidiviste sen est tiré, mais non sans peine cette fois.

    Terminons cette chronique qui a tout dun bulletin de santé, avec lespérance que, dans un avenir prochain, les nouvelles croîtront et se multiplieront tout en étant meilleures encore.


    Laos

    1er juillet.

    Le samedi 24 juin, après un long mais bon voyage, arrivait à lévêché de Nong Seng. notre jeune confrère le P. Mainier. Cest exactement le 21e missionnaire présent au Laos : est-il nécessaire de dire quil fut le bienvenu ? Nous aurions grand besoin que les jeunes viennent en plus grand nombre relever, ou tout au moins aider les vieux, car il faut, dans notre trop vaste mission, une vigueur physique peu ordinaire, pour les longues randonnées qui nous sont imposées.

    Les mois de mai et juin derniers furent, pour tous les missionnaires du Laos, un anniversaire très cher. Il y a en effet cinquante ans que les premiers missionnaires abordaient les rives mêmes du Mékong. Je ne saurais passer le fait sous silence.

    Au mois de mai 1883, dit la chronique, le R. P. Prodhomme, qui venait de fonder deux ans auparavant le poste dOubone, quittait cette ville en compagnie du P. Rondel, pour un voyage dexploration dans le nord. Ils firent dabord le voyage par voie de terre jusquà Hua don Than, puis se procurant des barques laotiennes, ils remontèrent le Mékong quils navaient pas encore vu. Ayant ouï dire que des chrétiens tonkinois, chassés de leur pays vers 1860 par la persécution, se trouvaient à Lakhon, ils amenèrent avec eux un catéchiste nommé Khru Thong venu de Siam, pour instruire ces chrétiens si besoin était.

    En arrivant à Lakhon, ils rencontrèrent effectivement quelques familles annamites chrétiennes, qui sétaient installées près de lendroit nommé Vat Pa. Là, ils apprirent que quelques chrétiens apparentés à ceux de Lakhon se trouvaient à 80 kilomètres de là, cest-à-dire à Sakon. Parmi ces familles, celle du Phu thao Jut, dont la femme vivait encore à Tharé en 1924, fut une de celles qui se réjouirent le plus de larrivée des Pères.

    Cependant, toutes ces familles, vivant depuis longtemps loin des missionnaires, sétaient mariées naturaliter, et même certains garçons avaient pris des païennes ou réciproquement.

    La maison du Phu thao Jut servit de premier oratoire pendant le séjour des deux Pères. Cest là quils célébrèrent leurs premières messes dans le nord. Peu après ils achetèrent une maison laotienne, et la firent installer auprès des familles chrétiennes. Quand tout fut terminé, le P. Prodhomme confia la petite chrétienté au Khru Thong et continua, avec le P. Rondel, son voyage dexploration plus au nord.

    Ils visitèrent donc Outhen, Sajaburi, Panpisai, Nong Khai et Vientiane où ils ne virent que des ruines de pagodes envahies par la brousse, et, au milieu de laquelle, se trouvaient quelques rares maisons laotiennes.

    De retour à Lakhon, les pères eurent le bonheur de faire neuf baptêmes, et aussi de régulariser quatre mariages de chrétiens tonkinois : cétait le 14 septembre 1883.

    Les Pères Prodhomme et Rondel demeurèrent encore quelque temps auprès des nouveaux baptisés pour les instruire, puis se disposèrent à repartir pour Oubone. Les chrétiens annamites auraient bien voulu que lun des deux pères restât avec eux, mais le P. Prodhomme leur fit comprendre que, pour linstant, la chose était impossible.

    Il leur promit, par contre, de revenir lannée suivante, en compagnie dun autre père, pour sinstaller au milieu deux et visiter également les chrétiens tonkinois de Sakon.

    Ce cinquantenaire ne pouvait passer inaperçu. Il est juste, que la grande famille des M.-E., le fête de cur avec la petite famille du Laos qui, elle, se réserve de le fêter pieusement, joyeusement, peut-être même bruyamment, à la prochaine réunion, cest-à-dire en novembre.

    Nos grands devanciers ne doivent pas être oubliés ; il est bon, de temps en temps, de rappeler leurs hauts faits : Nomen eorum permanet in ternum.

    *
    * *

    Le cher P. Dézavelle vient de nous quitter, pour aller refaire en France une santé très éprouvée par le dur climat laocien. Cest un rude travailleur que perd momentanément notre mission. Nous lui souhaitons une complète guérison, afin de le revoir un jour au poste que son départ laisse vide.


    Mandalay

    3 juillet.

    Mea culpa, mea maxima culpa ! Par un oubli regrettable de ma part, le Bulletin na pas parlé de la distinction honorifique conférée par le Gouvernement Français au P. Darne pour son livre Aux Rives de lIrrawaddy. Le P. Darne, Officier dAcadémie !... cest pourtant une nouvelle dimportance qui réjouira certains du moins des lecteurs du Bulletin pour le lustre nouveau qui en rejaillit sur le Départ. Nest-ce pas vrai, partants de 1896 ?

    Une lettre du P. Roche, mise à la poste à Port-Said, nous apprend que, malgré, la fatigue des premiers jours, le voyage seffectue dans de bonnes conditions, et que notre confrère peut célébrer la messe tous les jours, à la grande joie des trois Religieuses qui laccompagnent. Nous attendons dautres nouvelles, de France cette fois.

    Mgr Falière qui était allé à Maymyo pour y administrer la Confirmation le 31 mai, a été repris par la fièvre la veille même de ce jour, et na pu faire la cérémonie. Mgr Foulquier malgré sa cécité a pu heureusement le remplacer.

    Laccès de fièvre passé, Mgr Falière a pu le 11 juin, en la fête de la Ste Trinité, conférer le sous-diaconat à trois de nos séminaristes dans léglise de lImmaculée Conception, Maymyo. Les trois jeunes sous-diacres seront vraisemblablement ordonnés prêtres à la fin de lannée, ce qui portera à 19 le nombre de nos prêtres indigènes.

    Le lendemain même de lordination, Mgr est rentré à Mandalay où il na passé quune semaine, puis est reparti en tournée dans les vieux villages chrétiens de la mission. Il doit sarrêter plus particulièrement à Chanthaywa, où un Probatorium a été ouvert lan dernier, pour y régler certains détails concernant le bon fonctionnement de cet établissement.


    Pondichéry

    juin.

    Le Trait dunion est en vacances, donc il chôme. La chronique ny est pas, donc elle le remplace. Que dire ? Il fait chaud ! On sue, on sessuie, on séponge. Cest le mois du Vent des terres et cest du feu qui souffle le jour, voire même la nuit, quand la brise du sud-est ne souffle pas. On dort alors dans une étuve, un bain de vapeur ; au moins ceux qui dorment... car il y en a dautres qui... Cest lépoque aussi de la fugue, vers les altitudes, des pauvres épuisés, de ceux qui nen peuvent mais et auxquels un séjour dans la plaine serait inutile sinon fatal. Quand ils redescendent, ils sont tout neufs, tout frais et roses, et font plaisir à voir à ceux qui sont restés, car tout le monde ne peut pas partir. Pas moyen de mettre la clé sous la porte, nest-ce pas ?

    Alors, ceux qui restent, Que font-ils ? Comme les vieux grognards de Napoléon, ils grognent contre le soleil et ils marchent toujours. Le P. Trideau, grand curé dEraiyur, en pleine fête patronale, la veille de la clôture s. v. p., sest évanoui, est tombé lourdement sur son nez, sans le casser toutefois, mais en léraflant de la pointe au sommet : éblouissement, faiblesse. Le P. Peyroutet, son voisin, qui était venu laider pour la fête, le prend par les deux épaules, le hisse dans une charrette à bufs jusquà la gare la plus voisine, le met en chemin de fer et nous lamène à Pondichéry. La faculté consultée vaticine : rien de grave ! anémie, fatigue, furonculose. Repos !. Et le voilà à Wellington à 6.800 pieds daltitude. Croyez-moi : il la bien mérité.

    Et puis ! Custos quid de nocte ?? ... Je ne vois rien....
    Ah ! une ombre, un deuil : le P. Marie Raphaèl vient dêtre emporté le 5 juin par une affection cardiaque à 51 ans dâge et 23 ans de sacerdoce. Un original ! cest vrai, mais combien pieux et zélé et bon prédicateur.

    Et quoi encore ? Mais il y a encore le bon P. Gabillet, un de nos doyens, en bonne santé, lui, grâces à Dieu, malgré ses 79 ans. Il allonge bien un peu la sauce et se donne 82. Un as ! vous dis-je ! un vaillant, un ardent. Ah ! sil nétait pas sourd comme un pot et au ¾ aveugle comme une taupe, il en abattrait encore de la besogne. Si seulement, malgré ses infirmités, Mgr voulait le laisser partir, il en ferait encore des prouesses !! Au milieu de nous, à la Mission, il égrène ses chapelets, les entrecoupe de visites au T. S. Sacrement, perd parfois la notion du temps, oublie quil a déjeuné et se fâche (oh ! tout doucement) contre le Procureur qui ne tient pas à toute heure du jour ouverte la porte du réfectoire... et servie la table, ... un peu de cette belle chose, qui rapproche la vieillesse de son berceau et lui facilite laccès des parvis éternels : la seconde enfance, nisi efficieritis sicut parvuli.


    Mysore

    25 juin.

    Le mois de juin est un mois bourré de cérémonies liturgiques. Bangalore en a vu se dérouler de toutes sortes, ces dernières semaines.

    Le 4 juin ordination dun nouveau prêtre par Son Excellence le Délégué en léglise St François-Xavier. Nos quatre Missions des Indes étaient représentées par le Supérieur et les trois autres directeurs du grand séminaire de Pondichéry. Ces derniers ont pu juger de visu que le nouveau séminaire montait et quil aurait belle allure, une fois terminé.

    Le dimanche suivant, fête de la Ste Trinité, Mgr Despatures a conféré le sacrement de confirmation, le matin, à St François-Xavier, le soir, à la Cathédrale.

    Nous arrivons maintenant aux processions. Etant donné la date tardive de la Fête-Dieu, il était à craindre que les quatre processions habituelles du St Sacrement eussent à compter avec la Mousson établie cette année plus tôt que dhabitude. Il nen fut rien.

    La paroisse St François-Xavier donna le branle le jour même de la Fête-Dieu. Mgr Despatures présida la cérémonie, de même quil présida celle du dimanche suivant à la Cathédrale. Durant les deux processions le service dordre fut organisé par des militaires bénévoles.

    La troisième procession ne requit pas de militaires ; mais peut-on dire que le service dordre fut assuré aussi bénévolement ? Mystère ! Seulement je mimagine volontiers que tous les saints du Paradis devaient se regarder dun drôle dil quand on les amenait de force dans les allées du Couvent du Bon Pasteur : ils se rappelaient, les pauvres, la formidable douche de lan passé et celle non moins formidable de lannée précédente. Mais cette année toute la cour céleste fut plus heureuse et elle put faire une garde dhonneur au Roi des Rois porté par le représentant du St Père. Il est vrai que nos bonnes religieuses avaient été bien prudentes : St Joseph navait pas été oublié comme lan passé, et de plus, les Carmélites avaient été mises à contribution ; quelles en soient remerciées ! car ce fut une belle fête du ciel : même la bonne vieille grandmère Ste Anne était là qui faisait un heureux contraste avec une flamboyante Mère Pelletier, la Bienheureuse dil y a quelques semaines.

    Ce soir, si le temps le permet, Notre Seigneur fera une nouvelle sortie et, en labsence de Mgr lévêque, en tournée de confirmation à Kolar, Son Excellence Mgr le Délégué Lui montrera une fois de plus toutes les beautés du domaine de notre doyen, le P. Briand.

    Ordination, confirmations, processions, voilà beaucoup de choses, mais il me faut mentionner encore les cérémonies qui se sont déroulées le 18 juin : lune à Kamanelli où Mgr a procédé à la bénédiction de léglise remise à neuf ; lautre chez le P. Laval qui célébrait avec toute la pompe possible la fête de sa paroisse de Coromandel.


    Coïmbatore

    5 juillet.

    Lépoque des chaleurs est terminée pour notre mission de Coïmbatore. La mousson du Sud-Ouest bat son plein, déversant sur la partie ouest de la mission des pluies abondantes et fécondantes et sur lautre un vent frais et agréable.

    La fin des chaleurs coïncide avec la fin des vacances pour les écoles situées dans la plaine. Toutes ont rouvert leurs portes et repris leur travail habituel. La rentrée du petit séminaire a été particulièrement nombreuse. Pensez donc ; ils sont vingt bien comptés, dont quatorze nouveaux. Jamais depuis que la mission existe on navait vu autant de petits séminaristes. Il faut dire que le petit séminaire ne reçoit que des élèves déjà assez avancés dans leurs études. Quelques uns même ont terminé leurs études secondaires et nont plus quà sinitier au latin.

    Le grand séminaire aussi est en vacances. Il est commun à toutes nos missions de lInde. Les chaleurs y sont particulièrement pénibles en juin et juillet. Le vent du sud-ouest, qui est si frais à Coïmbatore, séchauffe peu à peu en traversant les terres desséchées par le soleil et quand il arrive à Pondichéry, il est brûlant. Cest en partie pour cette raison que les grands séminaristes ont leurs vacances en juin et juillet.

    Le P. Panet est rentré resplendissant de santé après son voyage en Corée où il était allé voir sa sur religieuse. Il a été mis en charge dune paroisse sur les Montagnes Bleues. Puisse-t-il y faire tout le bien que son cur dapôtre désire.

    Le P. M. Xaverinather a dû, pour raison de santé, quitter son poste et sest retiré à son village natal Xaveriarpalayam.

    Les deux nouveaux prêtres venus du diocèse de Changanacherry ont reçu de Monseigneur leur premier poste.

    Le P. Martial a eu la joie dadministrer le baptême à 73 païens de Kongurupalayam, Cela porte à près de 300 le nombre des baptêmes que, cette année, il a administrés dans ce village.


    Salem

    25 juin.

    S. E. Mgr Prunier, à la date du 8 juin, nous annonce, de la Ville Eternelle, où Elle est arrivée le trois, quElle a eu lhonneur dêtre Prélat Assistant à la Messe Papale célébrée à St Pierre, le jour de la Pentecôte, pour la Canonisation du Bienheureux Fournet.

    S. E. assista à la réception offerte, au palais Taverna, par lambassadeur de France près le Saint-Siège, en lhonneur du Cardinal Verdier, archevêque de Paris : Elle attend son jour daudience privée au Vatican, pour être reçue par le St Père.

    Avec larrivée de Mgr à Rome, coïncidait, à Salem, la rentrée des élèves aux écoles élémentaires et secondaires de garçons et de filles, et la reprise des cours de Latin au petit séminaire dans le même local trop exigu pour la vingtaine de latinistes quil abrite.

    Le 8 juin, un télégramme de Hongkong nous communiquait la nouvelle du décès du P. Bailleau, qui, avant de nous être ravi par Nazareth où il est mort à la tâche, victime du devoir, avait, durant 28 ans, partagé nos travaux, nos joies et nos sacrifices. Au service funèbre célébré à la Cathédrale pour le repos de son âme, assistait un bon nombre de confrères qui sétaient fait un pieux devoir de rendre un suprême hommage au cher et regretté défunt dont ils avaient pu tant de fois admirer les qualités et apprécier les services. Son souvenir, fidèlement gardé, leur rappellera une vie de labeur magnifiée par un profond sens du devoir et sanctifiée par un grand esprit de foi et de charité. En qualité de compagnon de départ et de doyen des confrères présents, ce fut le P. Brun qui officia.

    Nos bons moissonneurs, après quelque temps darrêt, se sont remis à récolter de nouvelles gerbes : les uns, comme le P. Mercier, à Salem, et le P. Ligeon à Yercaud, gagnent vers la centaine, les autres, comme le P. Hourmant lont déjà dépassée. Messis quidem multa.

    Encore tout récemment, un nouveau groupe de catéchumènes était régénéré dans les eaux du baptême, à Samutram par le P. Harou, que le P. Hourmant était venu enlever à la barbe du Recteur du séminaire.

    A Salem et à Yercaud, la procession annuelle du T. S. Sacrement sest déroulée dans le plus grand recueillement dans les rues publiques, au milieu dune grande affluence.

    P. Quinquenel, repris par la nostalgie de la vie apostolique, a récidivé cette année, en assurant la relève à Perumkurichy, nouveau centre de catéchumènes de Namakal, où le P. Harou, durant ses deux mois de vacances, a commencé les travaux de construction dune chapelle, avant de reprendre ses cours de latin au petit séminaire, à Salem.

    Un écho doutre-mer nous répercute lannonce de lembarquement à Marseille, le 21 juin, du P. Chevallier, dont le retour avait déjà été annoncé pour Pâques et la Trinité.


    P. Chassain, à son arrivée à Marseille, a été aussitôt hospitalisé, pour être mis en observation et suivre un traitement en rapport avec son état de santé.

    P. Laplace a subi une dangereuse opération à Paris : nous espérons quelle naura aucune suite fâcheuse.


    Maison de Nazareth

    Onze confrères, représentant cinq missions, prirent part à la retraite du 10 au 16 juillet. Ce sont les PP. Etienne et Constancis, (Swatow) ; Pierrat, Le Baron, Seznec et Morel (Canton), Dalle (Nanning), Vignaud et Fournier (Hanoi), Rey et Donjon (Thanh hoa).

    La retraite terminée, les missionnaires de Canton repartirent pour leur mission, tandis que les autres allaient se reposer au Sanatorium de Béthanie.


    Séminaire de Paris

    Pour le 19ème centenaire de la Rédemption, un magnifique office en rite bizantin russe, célébré par un Prélat venu tout exprès de la Pologne orientale, sest déroulé à lEglise St Sulpice, dans la matinée du 17 mai. Après lavoir présidé pontificalement, Mgr le Supérieur a pris part au déjeuner subséquent donné par Mgr Lagier, directeur général de luvre dOrient.

    Mgr de Guébriant, accompagné tantôt par Mgr Albouy ou Mgr Prunier, tantôt par lun ou lautre des Membres de lAdministration, a représenté la Société aux principales solennités du triduum organisé par les conférences de St Vincent de Paul, pour le centenaire de leur fondation :

    Le 19 mai, réception du Cardinal Légat à St Sulpice.
    Le 21 mai, GrandMesse Pontificale célébrée à N.-D. par le Cardinal Légat.
    Le 22 mai, réception officielle du Légat par la Municipalité de Paris à lHôtel de Ville.
    Le 23 mai, Mgr Albouy, arrivé la veille, assistait avec Mgr le Supérieur au service funèbre célébré à Notre-Dame pour le Cardinal Cerretti.

    Dans le but de faciliter notre recrutement, Mgr le Supérieur a été passer une journée à Mende (24 mai) et une autre à Viviers (25 mai). Dans ces deux villes il a pu donner des lectures spirituelles dans les grands séminaires et parler aux petits séminaristes de Mende. Mende ne fournit aucune vocation à notre Société depuis près de 25 ans. A Viviers depuis 10 ans, 3 jeunes gens sont entrés rue du Bac.

    Une heureuse nouvelle nous est parvenue de Rome : la nomination du P. de Jonghe, membre de la Commission Synodale de Pékin et missionnaire de Chengtu, comme Vicaire Apostolique de Yunnanfu.

    La fête de N.-D. Auxiliatrice a pu être célébrée cette année à jour dincidence le 24 mai, veille de lAscension.

    La vente annuelle de luvre des Partants a eu lieu dans le jardin du séminaire les 27 et 28 mai. La première journée a été en partie gâtée par le mauvais temps. Néanmoins, laffluence des visiteurs a été considérable et nous espérons que le résultat ne sera guère inférieur à celui de lannée dernière.

    Avec le P. Montagu, Mgr le Supérieur est allé, les 29 et 30 mai, faire une visite au Monastère bénédictin de la Pierre qui Vire, dont la communauté nombreuse et fervente, gouvernée par un Abbé éminemment apostolique, sintéresse beaucoup aux missions. On peut espérer quelle aussi viendra à la rescousse de nos missionnaires, avant peu dannées. Le soir du 31 mai, Mgr le Supérieur donnait une conférence au Foyer des Etudiants catholiques de la Cité Universitaire.

    Son Exc. Mgr Tong, Coadjuteur de Phatdiem, est arrivé à Paris le soir du 29 mai, avec le P. Wang son secrétaire. Le P. Ouillon, qui avait voyagé avec eux depuis Singapore, a bien voulu les amener à Paris.

    De passage au séminaire : Mgr Colas, archevêque de Pondichéry, Mgr Albouy, Vic. Apost. de Nanning, les PP. Poitier, Reyne, Ouillon, Monjean, Dorgeville.

    Admissions Nº 6 à 11. MM. Buchetti de Lyon, Mauger dAngers, Waltercheid de Limoges, David de Nantes, Delansay dArras, Léger de Tarbes.

    15 juin.

    Mgr le Supérieur a officié pontificalement le dimanche de la Pentecôte à la messe et aux vêpres. Mgr Albouy présida le soir le salut du St Sacrement. Le lendemain, la communauté de Bièvres et un groupe de celle de Paris sont allés en pèlerinage à Longpont, et pour complément de ces jours de fête on a fixé au mardi le congé accordé par S. Em. le cardinal Verdier lors de sa dernière visite.

    Le mardi de la Pentecôte, Mgr le Supérieur est parti pour Rome, accompagné du P. Boulanger, pour assister au sacre des évêques indigènes. Mgr Tong, en compagnie de Mgr Prunier et du P. Ouillon, était parti cinq jours auparavant. Les journaux ont raconté les fêtes du 11 juin à St Pierre de Rome ainsi que les diverses cérémonies qui ont suivi. Notons seulement que Mgr le Supérieur a eu laudience du St Père le 12 juin et présentait le 13 au St Père les membres du pèlerinage de la Propagation de la Foi. Dans ces deux audiences, notre vénéré Supérieur a reçu du St Père le plus cordial accueil et des attentions tout à lhonneur de notre chère Société.

    Le dimanche 11 juin, après les vêpres, les aspirants de Paris se sont rendus à lorphelinat dAuteuil pour assister à la procession en lhonneur de Ste Thérèse de Lisieux. Avec les séminaristes de St Lazare et ceux du St Esprit, ils ont demandé à la céleste patronne des missions les bénédictions divines pour leur futur ministère.

    Les examens écrits tant à Bièvres quà Paris ont commencé le 9 juin et vont se poursuivre, suivis de loral, pendant ces deux dernières semaines.

    De passage à Paris NN. SS. Colas, Albouy, et Mgr Prunier retour de Rome ; les PP. Cacauld Cas., Tessier Eug., Capelle, Favre, Roger, Jarreau, Clauzier. Le P. Laplace, qui vient de subir une très dangereuse opération dans une clinique privée est, Dieu merci, en bonne voie de guérison et va revenir incessamment à la rue du Bac.

    Admissions Nº 12 M. Bourcart, du diocèse de Versailles.


    1933/604-646
    604-646
    Anonyme
    France et Asie
    1933
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