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Chronique des Missions et des Etablissements communs 4

Chronique des Missions et des Etablissements communs. Tôkyô 3 mars. Le 11 février, Mgr Chambon a présidé à la première prise dhabit chez les Surs Adoratrices venues dEspagne à Tôkyô. Les Surs Adoratrices ont reçu dernièrement lautorisation douvrir un noviciat.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs.
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    Tôkyô

    3 mars.

    Le 11 février, Mgr Chambon a présidé à la première prise dhabit chez les Surs Adoratrices venues dEspagne à Tôkyô. Les Surs Adoratrices ont reçu dernièrement lautorisation douvrir un noviciat.

    Le 14 février, ont eu lieu, au Club de la Jeunesse (Seinenkwan) à Tôkyô, deux séances de cinéma et de danses japonaises, au profit dune uvre fondée par lUniversité Catholique (Jôchi Daigaku), dans un quartier ouvrier de la banlieue, à Mikawajima. Cette uvre, désignée sous le nom de Jôchi Catholic Settlement, a pour but de venir en aide aux pauvres, particulièrement aux enfants, en leur procurant nourriture, soins médicaux et instruction religieuse. Fondée en octobre 1931, et dirigée par le R. P. Lasalle, S. J., elle est lobjet de la sollicitude dun groupe détudiants de lUniversité, assistés par une association de médecins catholiques et détudiants en médecine de lUniversité du Keio.

    Le 15 février, Mgr Chambon a célébré en présence des missionnaires et prêtres japonais du diocèse, des représentants des maisons religieuses et dune nombreuse assistance de fidèles, une messe solennelle de Requiem pour le repos de lâme de notre cher et regretté confrère, le P. Beuve. Un télégramme nous avait appris quil était mort au Sanatorium de Montbeton, le 9 février. Le P. Beuve nous avait quittés en avril 1931 pour aller se faire soigner en France. On espérait que la maladie de foie dont il souffrait pourrait être enrayée par un traitement à Vichy et les bons soins quil recevrait au pays natal. Mais tout espoir de guérison disparut lorsquon eut diagnostiqué un cancer de lestomac déjà très avancé. Le cher Père envoya du Séminaire de Paris une image-souvenir à chacun de ses confrères et se rendit au Sanatorium de Montbeton, au commencement de novembre, pour sy préparer à la mort. Cest là quil sest éteint doucement, gardant jusquà la fin sa pleine connaissance, et donnant, paraît-il, à tous ceux qui lapprochaient, lexemple de la plus calme résignation à la volonté du Bon Dieu et du parfait abandon à ses miséricordes. Dailleurs les lettres quil écrivit ou fit écrire à Mgr Chambon et à plusieurs confrères sont particulièrement édifiantes sous ce rapport. Bien que notre confrère ait exprimé le désir quon se bornât à signaler son décès et à demander pour lui des prières, il ne nous en voudra pas si, un peu plus tard, pour satisfaire aux désirs légitimes de ceux qui lont particulièrement connu, estimé et aimé, nous essayons de retracer le curriculum vitæ et la physionomie de celui qui nous laisse le souvenir dun cur délicat et sensible, dune belle intelligence, ordonnée et pratique, et dune simple et forte vertu.

    Le 18 février, est mort à lhôpital Ste-Marie à Tôkyô, le R. Père Vagner, de la mission dOsaka, qui était venu quinze jours auparavant se reposer au grand séminaire des suites dun double épanchement cérébral quil avait éprouvé lété dernier. Une troisième attaque survenue dans la nuit du 14 au 15 lui a été fatale. La messe dinhumation a eu lieu au grand séminaire le samedi 20 février, et la dépouille mortelle du cher défunt a été transportée dans laprès-midi au cimetière catholique du Tamagawa. Le jour de lenterrement étant un samedi, il na pas été possible, à cause de léloignement et des offices du dimanche, aux missionnaires dOsaka de venir en nombre rendre sur place les derniers devoirs au confrère quils avaient appris à estimer et à aimer au cours de sa longue carrière de missionnaire ; les PP. Birraux et Anoge les ont représentés. La messe solennelle fut célébrée par Mgr Chambon, en présence des nombreux missionnaires de Tôkyô qui avaient tenu à donner au Père Vagner et à la mission dOsaka ce témoignage de leur sympathie. Les funérailles furent rehaussées par les chants de la chorale du grand séminaire. Il se trouve que le Père Vagner repose au cimetière du Tamagawa auprès du P. Raguet, de la mission de Fukuoka, qui était venu passer ses dernières années et mourir dans notre mission. Ces deux bons ouvriers apostoliques, qui se distinguèrent tous les deux par leurs talents et leur maîtrise de la langue japonaise, mais surtout par leurs vertus et leurs travaux, demeureront une leçon édifiante pour la mission qui gardera pieusement leur tombe et leur mémoire.

    Le même jour, 20 février, avait eu lieu dans la chapelle du grand séminaire lordination faite par S. E. le Délégué Apostolique de 2 diacres, de 4 sous-diacres, et dun tonsuré. Parmi les nouveaux ordonnés, un diacre, deux sous-diacres, et le clerc tonsuré appartiennent à larchidiocèse de Tôkyô, et les autres au diocèse de Nagasaki.

    Le P. Flaujac, vicaire général, curé de la paroisse de Sekiguchi, procureur de la mission, directeur du petit séminaire et de la Maison de Béthanie, etc., etc., sentait depuis longtemps ce cumul peser lourdement sur ses épaules. Monseigneur lArchevêque vient de le soulager quelque peu en nommant le P. Maugenre procureur. Le P. Maugenre est remplacé à la paroisse dAzabu par le P. Deffrennes, qui passe son district de Kamakura et Yokosuka au P. Joly.


    Fukuoka

    5 mars.

    Le cri de guerre est lancé... Oh ! rassurez-vous, il ne sagit pas de punir les brigands de Mandchourie ou les boycotteurs de Shang-Hai. Il sagit, ni plus ni moins, demporter dassaut notre nouveau petit séminaire. Or lattaque est dores et déjà fixée au 4 avril. Elle sera dirigée par notre Généralissime au nom prédestiné, le P. Maxime Jules César Bonnet qui, de sa forteresse dImamura, sélancera à la tête de ses hordes imposantes. Pensez donc quil lui a suffi de lever le petit doigt (le gros? cest pour la campagne du printemps prochain, paraît-il) pour quune escouade de sept volontaires bien décidés réponde à son appel. Sept séminaristes dun seul coup de clairon et sur une population de 1500 âmes seulement ! Cest là un record unique au Japon et pays adjacents et probablement même dans le monde entier, record qui fait honneur à notre sympathique confrère.

    Le P. Joseph Breton plus modeste vient bon second avec ses deux insulaires de Madara, puis savancent crânement les distingués pasteurs de Biwazaki, Kumamoto, Shindenbaru qui, en présentant chacun leur unique sujet, se contentent de rappeler lexistence du proverbe bien vieux mais toujours bien vrai : non numerantur sed ponderantur... Et maintenant si on regarde attentivement à larrière du front, dans le lointain horizon, on voit se dessiner une quinzaine de barbes vénérables qui prises au dépourvu par linstantané de lattaque, nont rien pu dénicher pour le quart dheure, mais qui murmurent tout bas des projets doffensive monstre pour lan prochain.

    Les parents eux-mêmes qui jusquici hésitaient à envoyer leurs chers petits si loin, si loin, au séminaire de Tôkyô situé à 1300 kilomètres du toit paternel, sont charmés du projet de Séminaire à Fukuoka et ne font plus guère dobjections à nous les confier. Bref, en tablant sur une moyenne de quinze rentrées par an, notre Etat-Major peut espérer résoudre un jour la question toujours si angoissante des cadres et, avant quinze ans, refaire ici à Fukuoka ce que nous avons fait et légué au diocèse indigène de Nagasaki.

    Evidemment linstallation matérielle du début laissera beaucoup à désirer. Les chaires de Messieurs les Professeurs feront bien piètre mine dans la salle paroissiale et la maison du catéchiste où les cours et exercices devront se tenir. Le grenier en planches non rabotées, jusquici à lusage de la procure, va être recouvert dune trentaine de nattes et élevé au grade officiel de dortoir. Mais tout porte à croire que cette installation de fortune ne durera que jusquà lété et que dici là on construira, loin des trams et des autos, en ville cependant, un petit séminaire up-to-date, qui reconnu officiellement comme école secondaire facilitera à nos élèves laccès aux écoles supérieures du gouvernement.

    La question du personnel enseignant a été élégamment résolue par la coopération du Supérieur chargé des cours de latin, français et instruction religieuse et de cinq professeurs laïques, qui, tout en enseignant dans les divers lycées de la ville, viendront faire chez nous tous les cours de sciences, littérature japonaise, histoire et autres, inscrits au programme du Ministère de lInstruction Publique.

    A Fukuoka le beau sexe ne tient pas à rester en retard sur lautre et il commence à sagiter dans le sens du recrutement du personnel féminin.

    Dans sa réponse du 20 janvier dernier, la S. Congrégation a approuvé la translation, de Tôkyô à Fukuoka, du Noviciat des Surs Japonaises de la Visitation (Hômonkwai) et en même temps lérection dune nouvelle maison religieuse de cet Ordre. Conséquemment notre bonne ville épiscopale, jeune encore, mais ne demandant quà vivre et prospérer, verra bientôt sélever dans ses murs son premier couvent. Au modeste noyau de novices et postulantes venu de Tôkyô en novembre dernier, sest adjoint un contingent dAmantes de la Croix (Aikukwai) de Madara et dImamura, lesquelles, privées jusquici de vraie formation à la vie religieuse, auront désormais lavantage de passer par le noviciat de Fukuoka.

    Le mot dordre donné de pousser au recrutement des Surs indigènes a trouvé un écho sympathique chez tous les confrères : cest trois postulantes que le P. Halbout envoie dAmakusa, trois que le P. J. Breton envoie de Madara, et deux dImamura qui, finissant leur lycée en mars, vont prendre rang parmi les aspirantes du Homonkwai. Ici aussi la question du bâtiment gagne à être réglée sans délai et lorsquà lautomne nos bonnes religieuses, trop à létroit dans le local actuel, pourront émigrer dans un large bâtiment abondamment pourvu dair et de lumière, elles nauront quà ouvrir toutes grandes les portes de leur noviciat : les candidates à la vie religieuse ne manqueront pas. A qui connaît les merveilleuses ressources quoffrent nos Japonaises, tous les espoirs sont permis.

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    Et maintenant, aux confrères préoccupés de la diffusion des bons livres, nous livrons la curieuse expérience qui suit : à creuser à loccasion.

    Lors de nos divers déménagements et emménagements, pour caser dans un espace restreint le plus dobjets possible, nous avons dû nous défaire dun certain nombre de vieux bouquins. Après un triage sommaire on na gardé que les ouvrages de valeur, disons en passant que lEvêché possède un nombre respectable de volumes des Patrologies grecque et latine de Migne , tous les livres sans valeur ont été impitoyablement éliminés de nos bibliothèques et livrés pour quelques yen aux bouquinistes de la ville.

    Nous croyions bien que ces fossiles avaient pris le chemin de quelque fabrique de pâte à papier ou de quelque four crématoire quand, dernièrement, on nous signala un arrivage considérable douvrages en langues européennes à la Bibliothèque de lUniversité. Intrigué et flairant une occasion rare, un de nos confrères sen fut aux renseignements et, à sa stupéfaction, aperçut sur les rayons les plus en vue, trônant à la première place, nombre de vénérables ouvrages quil avait jadis vus, couverts de poussière, dans les couloirs de lévêché ou les greniers de la procure....

    Désormais donc, même dans les hautes écoles officielles, professeurs et élèves qui voudront sédifier, pourront puiser aux meilleures sources la moëlle la plus authentique. Ils auront à leur disposition la Trompette sacerdotale, le Candélabre mystique, la Vie des Pères du désert et autres probati auctores quon ne sattendait certes pas à trouver dans une Université Impériale Japonaise.


    Séoul

    1er mars.

    La réunion, à Séoul, des Vicaires et Préfets Apostoliques de la Corée, dont il a été question dans la chronique du mois dernier, sest bien tenue à la date indiquée, le 15 février... et aujourdhui, 1er mars, les séances continuent pour se terminer demain. Le secret conciliaire plane toujours sur les délibérations; on sait seulement que les décrets du Concile de septembre dernier nétant pas encore approuvés, les travaux en cours ne peuvent pas être publiés avant lapprobation du Concile.

    Un décret de la S. C. de la Propagande nomme le R. P. Villemot, Provicaire de Séoul, Directeur national pour la Corée, de luvre de la Propagation de la Foi.

    Le P. Molimard qui est allé prendre part à la retraite de Hongkong le mois dernier, est revenu enchanté de tout ce quil a vu et entendu, ainsi que du très aimable accueil de nos confrères de Moji, Shang-Hai, Hongkong, Canton, etc. quil a vus pendant son voyage.

    Les Surs de St Paul de Chartres sont bien connues dans notre Société puisquelles ont des établissements dans beaucoup de nos Missions. Par leur zèle et leur simplicité, elles ont acquis lestime de tous les confrères. Ces remarques me sont suggérées à loccasion du décès de lune de ces excellentes religieuses, Sr Marie-Hélène, Supérieure de leur maison de Chemulpo.

    La notice que nous donnons ici a été écrite par un confrère bien placé pour rendre témoignage des services rendus à Chemulpo par la regrettée défunte, en parfaite collaboration avec les efforts du missionnaire.

    Sur Marie-Hélène, emportée par une maladie de cur, a été ravie à la Communauté des Surs de St Paul de Chartres, à Chemulpo, dune manière bien rapide, le 9 février, à 2 h. du matin. Elle ne fut cependant pas surprise par la mort et Dieu lui laissa le temps de recevoir tous les sacrements en pleine connaissance, après une crise qui avait duré environ une heure ; il la rappelée à Lui peu de minutes après sa dernière communion ici-bas, comme pour faire son action de grâces au Ciel.

    Née à Paris en 1865, Sr Marie-Hélène avait dabord passé quelques années de religion dans une maison du Pas-de-Calais ; puis, en 1900, elle vint au Japon, de là, elle passa en Corée, en octobre 1908. Cest à Chemulpo quelle consacra les 24 dernières années dune vie toute de dévouement et de grande activité.

    Devenue Supérieure en 1914, elle montra tout de suite un zèle qui déborda bientôt les limites dune petite communauté quelle porta par la suite à 18 membres. Son activité lui permit, grâce à des auxiliaires qui partagent son zèle pour les âmes, détendre grandement luvre du dispensaire par des visites quotidiennes faites aux malades dans tous les quartiers de la ville et en banlieue ; elle dirigeait et encourageait son personnel, elle suivait en détail, jour par jour, les résultats de ces visites. Depuis une dizaine dannées, on compte une moyenne annuelle de 400 baptêmes denfants in articulo mortis et un nombre imposant dadultes.

    Elle comprit aussi et cest parfois un grand mérite limportance de lécole catholique pour la conversion des païens, elle sy donna de tout cur, en parfaite union defforts avec la paroisse. Lécole catholique de filles, située devant le Couvent, compte 410 enfants, et lécole maternelle 150 bambins et bambines (de 6 ans et au-dessous). Le caractère nettement Confessionnel de lécole ne nuit en rien à son recrutement, la confiance des familles païennes lui est acquise et elles lui donnent plus des quatre cinquièmes de ses élèves : tout le mérite en revient au savoir-faire de la regrettée défunte et de ses surs coréennes remplies de zèle et de docilité.

    La Ste Enfance, la première en date (1895) des uvres de la mission de Chemulpo, et à laquelle Sr Marie-Hélène donna ses premières années, resta toujours son uvre de prédilection et son principal souci. Dieu sait combien ce dernier fut souvent cuisant ; lallocation accordée par le Conseil de luvre ne suffit point, parfois, à faire face au cinquième des dépenses quentraîne lentretien de 60 orphelines, mais la Providence intervint toujours à point pour donner raison à la confiance de la Supérieure et à ses efforts.

    Le jour des funérailles, 11 février, fut à Chemulpo une vraie manifestation de sympathie universelle. Une douzaine de missionnaires et prêtres coréens, à la suite de S. E. Mgr le Coadjuteur et du P. Provicaire, la plupart venus de Séoul de grand matin, une foule énorme (quelques Européens, beaucoup de Japonais et des Coréens en très grand nombre) de chrétiens et de païens soit à léglise, soit dans le convoi au cimetière, proclamaient lestime dont jouissait la défunte. Diverses sociétés et administrations civiles, la Préfecture elle-même, furent représentées. Au nom du Préfet empêché (cétait jour de fête dEmpire, le Ki gen set su) un M. Hoang, païen sympathisant, lut à la sortie de léglise, une adresse très élogieuse à lâme de celle qui a soulagé à Chemulpo tant de misères et que le Ciel nous a reprise. M. le Consul de France à Séoul, retenu par la visite officielle au Gouvernement Général, était venu la veille, accompagné de son secrétaire coréen, présenter ses condoléances à la Communauté éprouvée.

    La dépouille mortelle de Sr Marie-Hélène repose à trois kilomètres dici, au cimetière catholique, parmi une dizaine de ses surs rappelées à Dieu au cours des années écoulées depuis 1900.


    Taikou

    8 mars.

    Avec les examens de fin de semestre, en février, un cours de théologie prenant fin, Monseigneur Demange a pu retirer le P. Bertrand du séminaire et répondre aux désirs des Ordinaires du Japon qui demandaient pour les nombreux chrétiens coréens (ils seraient de 8 à 900) émigrés là-bas, un Père connaissant leur langue. Le P. Bertrand nous a déjà quittés pour aller sétablir à larchevêché même de Tôkyô ; de là il rayonnera dans tout le Japon. Notre confrère nous reviendra pour la retraite de 1934, et son ministère sera alors continué par un autre missionnaire de Corée.

    On avait espéré, en mettant en uvre tous les moyens connus, y compris ceux indiqués par le médecin allemand de lhôpital américain, que cette année scolaire se passerait sans béribéri au séminaire. Bien quaucun cas nouveau ne se soit déclaré, tous les élèves atteints les années précédentes ont été repris ; le médecin croit que, devenue chronique, la maladie ne peut pas guérir et quil faut sattendre à des rechutes annuelles. Pour laisser passer la crise présente on a donc dû recourir au moyen ordinaire : licencier pendant quelques semaines les cours affectés.

    Sur Marie-Donatienne, Supérieure de la communauté des Surs de St Paul à Taikou, en Corée depuis 16 ans, vient de partir pour la France.

    Monseigneur a été absent pendant près de trois semaines ; il sétait rendu à Séoul, à la réunion tenue par les Ordinaires de Corée, pour mettre la dernière main au Directoire commun. Ce Directoire sera envoyé à limpression dès que les décrets du Concile auront été approuvés par Rome et promulgués.


    Moukden

    8 mars.

    Une lettre de Son Eminence le Cardinal Van Rossum annonçait dernièrement à Mgr Blois que, le 25 janvier, le Souverain Pontife avait daigné ériger la Préfecture Apostolique de Fushun, prise sur le territoire de la Mission de Moukden, et confiée aux soins des membres de la Société de Maryknoll.

    La Préfecture de Szepingkai, érigée en 1929, nous enlevait déjà presque un tiers de la Mission. Voici que le second tiers passe à son tour à dautres mains. Mais il nous reste encore au moins 80.000 kilomètres carrés, avec huit à dix millions dhabitants. Quel clergé ne faudrait-il pas pour occuper une si vaste étendue, et remuer cette immense population païenne !

    Nous avons du moins la satisfaction de constater que les troubles actuels nont pas tari la source des vocations. La rentrée du Séminaire nous a amené 24 nouvelles recrues, ce qui porte leffectif de la Communauté à plus de 80.

    Demain, 9 mars, doit avoir lieu à Changchun linauguration solennelle du nouvel Etat indépendant de Mandchourie. Lex-Empereur de Chine, M. Pou Y, qui passe aujourdhui par Moukden, se rendant en train spécial, de Dairen à Changchun, en sera demain investi Régent pour une durée provisoire dun an. Jusquà ce jour, ni la forme du Gouvernement, ni les limites du nouvel Etat ne sont bien nettement définies. Mais on a trouvé plus conforme à la situation géographique, sans doute, de créer une nouvelle capitale à Changchun.

    Des banderoles et affiches multiples nous font savoir que les 30 millions dhabitants des trois Provinces mandchoues éprouvent une joie délirante à lavènement du nouvel Etat. Hélas ! cette joie de commande ne se lit guère sur les visages, et, sans doute, nest guère ressentie dans les curs. Les ruines qui couvrent le pays et linsécurité qui règne encore à peu près partout, ne permettent guère aux populations si durement éprouvées de songer à autre chose quà leurs malheurs. Des drapeaux nouveaux et des proclamations enthousiastes ne suffisent pas à ramener la confiance ni la sérénité dans les esprits.

    On nous annonce depuis longtemps un Gouvernement basé sur la volonté du peuple, et guidé par les immortels préceptes des vieux sages, ainsi quune administration préoccupée uniquement du bien du peuple, et rigoureusement intègre. Puissent ces belles promesses se réaliser !

    En attendant, à lheure où jécris, à la veille des fêtes de Changchun, japprends que la police fait fermer les boutiques, car les brigands serrent la ville de Moukden de très près. Déjà, avant-hier, dans un moment de panique, les agents de police chargés de la défense de notre quartier, ne trouvèrent rien de mieux que denlever leurs uniformes et de se cacher ! Quon ne sétonne donc pas trop si les bandits semparent si facilement de places importantes, apparemment bien défendues.

    Et voici que nous arrivent des nouvelles très alarmantes au sujet des résidences de Pai Kouan Touen et Kao Chan Touen situées au nord-est de Moukden. Des bandes de plusieurs centaines de brigands, daucuns disent plusieurs milliers, terrorisent cette contrée suivant la méthode traditionnelle : attaques à main armée, représailles terribles si quelque brigand a été tué ou même blessé durant lassaut, pillage, incendie, traitement inhumain infligé à la population, enlèvement dotages, etc... Là où passent ces hordes malfaisantes, cest la ruine pour longtemps.

    A proximité de la ville de Moukden, les ravages ont été et continuent dêtre terribles depuis le début de février. On connaît le massacre de trois chrétiens. Quelques femmes et jeunes filles chrétiennes, emmenées comme otages, furent délivrées dune façon bien inattendue. Grâce à des bombes lancées par des avions japonais, la panique se mit dans les rangs des brigands qui prirent la fuite en abandonnant leurs prisonniers.

    Si lavènement de M. Henry Pou Y doit apporter à son nouveau peuple une ère de bonheur paradisiaque, comme lont annoncé certains journaux, la réalisation de ce programme semble bien lointaine encore.


    Kirin

    7 mars.

    Les nouvelles de ce mois-ci ne sont guère plus rassurantes que celles du mois dernier.
    A Pin-hien, où sétait réfugié le gouvernement de Kirin, les avions survolent continuellement la ville, en laissant tomber des bombes qui heureusement néclatent pas toujours. Le 6 février, le P. Perrin voit tomber six bombes dans la cour de sa résidence dont lune, défonçant le toit de lécole des filles, tomba, sans éclater, aux pieds dune religieuse qui en fut quitte pour la peur. A lheure actuelle, on estime à un millier de dollars les dégâts causés par ces bombardements.

    Le petit poste de Kaolimaotze a été saccagé par une bande de brigands, on croit cependant que les objets sacrés ont pu être sauvés. Ou-Ko-Chou a reçu aussi la visite de plusieurs bandes de brigands ; mais, grâce à Dieu, la mission catholique fut épargnée, car lun des chefs se trouvait être le voisin de notre confrère, le P. Peignont. Yu-Chou-Hien et Kom-Pang-Tze ont été également mis à sac. Le district dAcheho qui jusquici avait joui dune paix relative se voit à son tour livré aux brutalités et aux vexations des troupes battues à Karbine. Les soldats, arrivés fantassins, sont maintenant cavaliers, et le pauvre paysan, réduit à la misère, se demande comment il pourra cultiver ses terres au printemps.

    Les retraites de nos religieuses indigènes eurent lieu aux dates fixées ; malgré linsécurité des routes, quatre-vingt-dix religieuses, venues de différents districts, participèrent à la retraite. Celle de Houlan fut prêchée par le P. François Ting ; Son Excellence Mgr Gaspais, qui sétait réservé la prédication de la retraite de Siao-Pa-Kia-Tze, en profita pour présider lélection de la Supérieure Générale.

    Après avoir procédé à la bénédiction dune statue de Ste Thérèse, à la protection de laquelle sétait confiée la paroisse du P. Revaud, Monseigneur comptait poursuivre son voyage vers le nord. Mais à la suite des sérieux combats livrés autour de Karbine, les communications furent interrompues pendant plusieurs jours sur la ligne Changchun-Karbine. Aussi Monseigneur ne put accomplir sa visite pastorale daprès litinéraire fixé.

    Malgré les vicissitudes des temps actuels, les missionnaires font la visite de leurs différentes chrétientés, et S. Ex. vient de jeter les fondements dun nouveau poste dans la banlieue de Karbine, avec, comme premier titulaire, le P. Dassier.

    Vu létendue de notre territoire et les obstacles créés par les événements à ladministration de cette partie éloignée de notre mission, Monseigneur a érigé le Soui-len-Tao en vicariat forain. Le P. Hilaire Kang en a été nommé titulaire. Ce vicariat comprend quatre districts desservis par une dizaine de prêtres chinois. Cest le P. Perrin qui remplace le P. Kang à la tête du district de Changchun.

    A lissue de la retraite prêchée par le P. Joseph Tien, quatre séminaristes reçurent le diaconat, et six, la première tonsure ; deux séminaristes, pour cause de maladie, ne purent participer à cette ordination.

    De France, nous apprenons quà la suite dun commencement de paralysie, le cher Père Roubin a dû être transporté à la clinique de N. D. de Bon-Secours, au Puy, où il recevra les soins que nécessite son état.


    Chengtu

    15 février.

    Le mandarin de Mou-pin veut confisquer les terrains que notre mission possède dans cette région : le curé du district, Mr Antoine Niên, est venu à Chengtu pour demander aide et protection.

    La retraite des Surs F. M. de Marie a eu lieu il y a quelques jours ; elle a été prêchée par le P. Couderc, Vicaire délégué ; celle des confrères a été retardée ; on la fera coïncider avec la présence parmi nous de S. Ex. Monseigneur le Supérieur Général.

    Les fêtes du kó-nién ou nouvel an lunaire ont été célébrées, comme les années précédentes, dans la joie populaire, malgré la neige qui tombait à gros flocons et la vague de froid qui sen est suivie et dure encore.


    Chungking

    10 février.

    A lexception des PP. Marrot et Palafre, retenus dans leurs districts par de graves raisons, et de ceux que la maladie retient encore loin de nous, tous les confrères de la Mission étaient présents, le 24 janvier, à louverture de notre retraite annuelle. Elle fut prêchée par le R. P. Odilon. de la Mission franciscaine de Itchang. Vivus sermo et efficax, appuyant notre vie sacerdotale sur ses sublimes et nécessaires principes, sondant les replis cachés de nos âmes, discretor cogitationum et intentionum cordis. Il nous serait permis de louer sans réserve en ces instructions la perfection de la forme ; mais notre vénéré prédicateur, à lexemple de Saint Paul, ne cherchait certes pas à éblouir par les artifices de léloquence humaine ; sa parole était in ostensione spiritus et virtutis, et le charme lui fut donné par surcroît. Nous lui garderons, pour le bien quil nous a fait, une vive reconnaissance.

    Si ce sont les défauts individuels qui, dans une communauté, sont cause de la division des esprits et des curs, nous eussions pu croire, à voir la charité si franche qui nous unit, que tous nous sommes sans défauts. Mais notre traditionnel et spirituel chansonnier, le P. Blanchard, se chargea, dans une revue humoristique, quil affirme être très incomplète, de rappeler à la plupart dentre nous leurs travers journaliers. Nous espérons quà la future retraite, nul ne sera privé de cette faveur dun examen de conscience si agréablement et délicatement présenté.

    Il y avait 40 ans, le 2 février, au jour anniversaire de sa naissance, à la veille de sa fête, que notre vénéré Provicaire, le P. Claval, arrivait à Chungking. En quelques mots délicatement exprimés et pénétrés de la plus vive gratitude, S. E. Mgr Jantzen sut interpréter le sentiment de tous, en évoquant tout ce que notre Mission, durant ces quarante ans, a dû au zèle éclairé, au travail constant, à lexemple même de notre cher confrère qui, dans les divers postes qui lui avaient été confiés, chef de district, supérieur de nos séminaires, avait déjà donné sa mesure, et mesure bien pleine, quand, en 1912, S. G. Mgr Chouvellon se lassocia plus intimement, en le nommant Provicaire, au gouvernement de la Mission. Les applaudissements chaleureux qui soulignèrent les paroles de Son Excellence montrèrent au jubilaire combien, par son affabilité toujours accueillante, par son tact et sa discrétion, son autorité expérimentée, il a su gagner la respectueuse et affectueuse confiance de tous ; et chacun, en lui souhaitant de nombreuses années encore du même apostolat fécond, devait se dire : Puis-je faire mieux que de marcher sur ses traces ?


    Suifu

    29 février.

    A loccasion dune assemblée générale des pasteurs protestants indigènes et étrangers (ces derniers, américains pour la plupart, étaient au nombre de trente) à Tzeliutsing, des affiches anti-chrétiennes furent placardées à tous les carrefours de cette immense agglomération, et des tracts furent distribués contre la France, lAngleterre et les Etats-Unis.

    Depuis plusieurs mois, les journaux chinois de la province mènent une campagne contre la France. Ils laccusent denvahir tantôt le Kouangsi, tantôt le Yunnan. Ainsi une dépêche du 20 courant disait que le gouverneur de Yunnansen envoyait des troupes à Hokow pour sopposer à lavance de larmée française. A quoi donc veulent aboutir les inventeurs de ces fausses nouvelles ?

    Dans la première quinzaine de janvier, les autorités militaires de Suifu mirent la main sur une bande de communistes militants, et saisirent, dans leurs officines, des tracts, des brochures, des lettres et autres documents des plus compromettants. Néanmoins, elles ont voulu se montrer clémentes et généreuses : elles viennent de les mettre en liberté à la seule condition quils jurent de quitter le parti et quils fassent dans toute la ville, des conférences anti-communistes. Ces conférences, ils les ont faites. Mais les ont-ils faites avec conviction ? Voilà le hic. Espérons tout de même quils se sont réellement convertis.

    Un groupe de mauvais chrétiens voulaient, à toute force, faire partie de notre comité dadministration scolaire dans lespoir de semparer des biens-fonds affectés par la Mission à lentretien des écoles modernes de Suifu. Nayant pu parvenir à leur but, de dépit, ils font, depuis plusieurs mois, une campagne de presse et de pamphlets contre ces écoles, leur directeur et leurs professeurs fidèles, et aussi contre linstitut des vierges de la Doctrine chrétienne. Ils en ont même écrit à Sa Sainteté Pie XI !!


    Ningyuanfu

    21 février.

    Le Kientchang
    Le 15 janvier, en sen retournant de Te-tchang à Tchâng-pin-tsè, le P. Boiteux eut à subir, de la part des brigands Lobs, une attaque de la dernière violence.

    Nous allions bientôt arriver au bord du fleuve, écrit le Père. A peine encore deux ou trois kilomètres, et nous avions franchi la zone dangereuse où ces années-ci les pillages se comptent par centaines. La petite caravane descendait tranquillement la route qui serpente à travers les hautes herbes, et aboutit au fond du. Leâng-ho-kéou, quand soudain un coup de fusil part du milieu des broussailles, à deux ou trois mètres à peine du sentier, et je vois mon domestique qui saffaisse derrière moi. Plusieurs autres coups se succèdent aussitôt, tirés dun peu partout : devant, sur le côté, derrière et les herbes sont si hautes quon naperçoit personne... Une seule issue rend notre fuite possible : cest la pente à pic, haute de 200 mètres environ, qui surplombe le torrent !... Je my engage en rampant dans les herbes. Mon domestique blessé, qui à ce moment ne se doute pas plus que moi de la gravité de son état, (je le croyais atteint à la jambe), se roule, lui aussi, pour leur échapper, et je laide à se traîner, espérant le sauver. Au bout dun instant, les Lolos qui nous ont vus disparaître, sortent de leur repaire. Du haut de la pente, ils ont vu mon casque blanc et la fusillade reprend de plus belle ; cachés par les herbes, nous continuons à descendre.

    Père, je nen puis plus, me dit bientôt mon domestique, le ventre me fait horriblement mal. Je marrête alors pour regarder quelle est exactement sa blessure. Hélas ! la balle tirée par derrière est entrée par les reins et ressortie par le ventre, faisant une ouverture béante, par laquelle sortent les entrailles. Voyant que sa fin approche, je lexhorte à la contrition et lui donne une dernière absolution ; puis je labandonne là, car les Lolos, cachés par les herbes et les arbres, savancent à notre poursuite. Jen aperçois quelques-uns qui descendent et ne sont plus quà une vingtaine de mètres de nous. Couché sur le dos, je me laissai alors glisser, à une vitesse vertigineuse, sur la pente rocailleuse : en un instant jétais arrivé dans le lit du torrent, les habits en lambeaux et les jambes en sang, mais, grâce à Dieu, jétais sauvé. De là je gagnai la barque assez facilement.

    Les quelques chrétiens qui maccompagnaient réussirent aussi à échapper aux brigands à la faveur des broussailles ; lun deux, cependant, eut le bras traversé par une balle qui alla se loger dans le ventre, mais, heureusement, ne pénétra pas très profondément, par la suite on réussit à la retirer et on espère sauver le blessé.

    Le lendemain, la garde nationale de Tchâng-pin-tsè alla rechercher mon domestique dont le corps, mis à nu par les Barbares, fut retrouvé tout près de lendroit où je lavais quitté. On le rapporta à Tchâng-pin-tsè ; presque tous les chrétiens de la station vinrent prier pour lui et assister à son enterrement. On retrouva aussi sur la route mes journaux et mon bréviaire que les Lolos avaient jugé inutile demporter.

    Recevant ces tristes nouvelles, Monseigneur réussit, grâce au Général Yâng, à faire envoyer une escorte à Tchâng-pin-tsè, pour ramener le Père jusquà Te-tchang. Accompagné du P. Monbeig revenant de Houi-li, il nous arrivait le 3 février, les nerfs un peu fatigués, mais quelques jours de repos ici lont vite remis en forme.


    Tatsienlu

    1er février

    La retraite des confrères de la région de Tatsienbu eut lieu du dimanche 17 janvier au vendredi 22. Les PP. Charrier et Vabour nont pu, malheureusement, y prendre part ; le P. Charrier, pour raison de santé et le P. Valour étant retenu au chevet du P. Hiong, très malade. Nous eûmes cependant la joie de revoir des broussards qui mettent en pratique plus souvent quà leur tour ladage monastique beata solitudo et plusieurs dentre nous eurent loccasion de faire connaissance avec le nouveau, le P. Leroux. La retraite se termina comme dhabitude par une journée dadoration et le renouvellement du Bon Propos.

    Le P. Hiong, prêtre thibétain, est très malade ; notre confrère a eu, il y a environ un mois, une attaque suivie dhémiplégie et ne sen est pas relevé ; le Père paraît saffaiblir de plus en plus, il se rend, du reste, tout à fait compte de son état et a reçu avec piété les derniers sacrements.

    Par le P. Garé nous apprenons que le P. Bonnemin arriva dans son premier poste chinois, Weisi, le 1er décembre. Au Loutsekiang la neige commence à rendre difficiles les communications entre Mékong et Salouen ; aux dernières nouvelles (elles datent de décembre) nos deux confrères de là-bas, les PP. Genestier et André étaient en bonne santé ; le P. André se préparait à faire une visite à Tchrongteu et Kionatong ; il devait rentrer à Bahang pour les fêtes de Noël.

    16 février.

    Dans la nuit du 15 au 16 février, la garnison de Tatsienlu sest révoltée. Cest vers 20 heures 30 que furent tirés les premiers coups de fusil : le motif de cette rébellion, cest la ladrerie du général Ma qui ne payait pas ou presque pas la solde à ses troupes. La première victime de lémeute fut le sous-lieutenant Yang koue lang, Philippe, ancien élève du P. de Jonghe, à Kiông-tchéou. Cet officier était chargé de conduire la patrouille de service en ville cette nuit-là ; arrivés à un endroit peu fréquenté les soldats de la patrouille le mirent en demeure de les aider dans la révolte ; ayant refusé, il fut abattu à coups de sabre et laissé sur le terrain, mort et la face complètement mutilée.

    Ce coup fait, les meurtriers se précipitèrent chez le général Ma et prenant comme prétexte la mort du sous-lieutenant, le prièrent de sortir ; il était à peine dehors quil tombait tué de deux coups de fusil. Ce fut le signal de la révolte : environ 300 soldats se rendirent à la brigade, enlevèrent les armes et se répandirent en ville pour piller ; le pillage dura la moitié de la nuit, il ny eut pas de victimes dans la population civile, cinq ou six soldats révoltés furent tués. Le coup terminé, les révoltés quittèrent la ville par la porte du nord avec armes et... bagages. Grâce à Dieu, les établissements de la mission ne furent pas inquiétés et aucune famille chrétienne ne fut visitée par les indésirables.


    Yunnanfu

    6 mars.

    Le Petit Nouvelliste.
    Notre retraite primitivement fixée au 7 février a dû être avancée de deux jours et sest terminée le 10, jour de larrivée de Son Excellence Mgr de Guébriant à Yunnanfu. Le P. Provicaire et le P. Leparoux se sont rendus à Lou-kou-tchai (gare où se croisent les trains dAmitchéou et de Lao-Kay). Accompagnaient Mgr de Guébriant, les PP. Fournier, aide-procureur à Hanoi, Mazé, de la mission de Hunghoa et de Neuville, mais ce dernier reprit le train descendant ; Monseigneur dAila, les PP. Audren et Badie attendaient Mgr de Guébriant à Y-leang.

    Mgr le Supérieur reçut à Yunnanfu un accueil empressé ; grâce à notre retraite, tous nos confrères étaient présents, sauf le P. Durieu, malade à Mî-tsao ; plusieurs Pères chinois vinrent également saluer Son Excellence.

    Mgr de Guébriant, nullement fatigué du voyage, nous fit deux conférences fort intéressantes, rendit visite au Consul de France et visita avec intérêt notre petit séminaire de Pe-long-tan et les deux établissements des Surs de St Paul.

    Conformément à son programme, Monseigneur ne nous donna que trois jours pleins ; pendant ce temps il se tint à la disposition de tous ceux de nos confrères qui désiraient lentretenir. Le dimanche matin, 14 février, il prenait, en compagnie du P. Audren, la route du Kientchang. Bien que, dès lors, il neût plus à sa disposition, bateau, train ou auto, il est arrivé en bonne santé au jour fixé à Houi-li-tchéou. Daprès une lettre du P. Audren, Son Excellence devait, le 25 février, quitter Houi-li-tchéou à destination de Ningyuanfu.

    Les PP. Guyomard et Bougault sembarquèrent le 9 décembre à Marseille et le P. Deschamps le 6 janvier ; ils nous sont arrivés tous les trois en bonne santé après une excellente traversée.

    Le P. Durieu toujours malade à Mî-tsao a été autorisé à se rendre à notre sanatorium de Béthanie et nous a quittés le 24 février.

    Le P. Esquirol, Provicaire de Lanlong, en route pour le sanatorium de Hongkong, a séjourné parmi nous du 27 février au 3 mars.


    Kweiyang

    15 février.

    N. D. de Liesse.
    Le P. Gros, fatigué, a obtenu de Son Excellence un an de repos, il se mettra en route pour la France à la fin de ce mois ; le P. Noyer a été désigné pour le remplacer à la Procure.

    Cette année, à la paroisse du Pétang, la retraite des chrétiens a été prêchée par le P. Léon Yuen, curé de Kien-sy. Ce fut un beau succès ! plus de 150 personnes suivirent les exercices de la retraite qui se termina samedi dernier par un pèlerinage à N. D. de Liesse.

    Le Couvent du S. C. vient dêtre organisé suivant les règles du droit canon : postulantes, novices et professes. Novices et postulantes ont leur bâtiment respectif et nul rapport ne pourra exister entre elles. Sr St Michel est nommée maîtresse des Novices et Sr. St Ignace est chargée de la direction des postulantes ; Sr. St Michel reste Supérieure du couvent.

    M. Schertzer, capitaine aviateur au service de Lieou Siang, est reparti pour Chungking le 23 janvier, sans avoir pu mettre en train les travaux pour le terrain datterrissage. Dailleurs les autorités provinciales ont-elles jamais eu la volonté dentreprendre ces travaux ?

    Les PP. Grimard et Harostéguy sont heureusement arrivés en France. Létat des jambes du P. Grimard lui donne du souci et les pronostics du docteur ne sont pas encourageants. Ce dernier a été jusquà dire quavec des jambes pareilles le Père navait que peu despoir de retourner en mission. Prions donc tous pour que cette triste perspective ne se réalise point et que notre cher confrère nous revienne bientôt complètement guéri !


    Lanlong

    15 février.

    Le Ripuaire.
    Monseigneur a repassé le Hong-choui-kiang et est arrivé à Lanlong le 11 février en compagnie du P. Heyraud. La visite des districts du Kouangsi nalla pas sans agrément, par exemple : sur le chemin qui mène de Changtsin à Silin, Son Excellence et le P. Gao se demandaient si les fuyards rencontrés (garde nationale en tête) ne fuyaient pas pour cause ; mais non ! ce nétait quune fausse alerte ; alors nouveau bruit en ville : cétait lÉvêque et le Père qui avaient engendré la panique.... Le P. Courant, malade, na pas pu accompagner Sa Grandeur dans les stations de son district. Son vicaire, le jeune P. Gao, la remplacé vaillamment et a même fait connaissance avec dame fièvre.

    Le Kó niên passé à Ko-hao fut des plus joyeux : en plus des pétards, des fifres et des cymbales, il y eut des chants en latin, en chinois et même en français. Il y eut surtout une belle gerbe de baptêmes et de confirmations, digne couronnement du zèle du P. Dunac.

    Le P. Louis Esquirol profitant dune escorte, se mettra en route demain. Il se rendra à Houâng-tsào-pa, et là, saisira la première occasion favorable pour se lancer dans le Yunnan. Nous recommandons son voyage aux prières des confrères. Heureux voyage et prompt retour !


    Swatow

    15 mars.

    Depuis quelque temps les habitants de Swatow vivent dans la terreur à cause des difficultés sino-japonaises : rester sur les lieux, ils craignent les avions et les bateaux de guerre, se réfugier à lintérieur, loin du port, ils risquent dêtre pillés et emmenés par les brigands. Beaucoup de ceux qui ont de quoi vivre se sont sauvés à Hongkong. Nous essayons de tranquilliser ceux qui nous font part de leur détresse, mais souvent cest peine perdue par manque de confiance en nous : nombreux sont ceux qui croient ferme comme roche que la France est lalliée du Japon et laide à battre la Chine. Des étudiants venant de Shanghai nont-ils pas fait courir le bruit que les Japonais ont réussi à prendre les forts de Wusong, grâce à des espions français, qui leur en ont livré le plan, en leur indiquant aussi la position et le nombre des soldats chinois ?

    De tous les côtés de notre Mission il nous vient des échos de cette malveillance et dans plusieurs endroits les catholiques ont été menacés, car qui dit catholique dit un ami de la France. Malgré cette rumeur infâme, les Missionnaires continuent à visiter leurs chrétiens partout où les communistes ne sont pas les maîtres absolus. Pour plusieurs cependant le danger est réel, et cest vraiment providentiel que depuis larrestation du cher P. Waguette aucun autre nait été pris.

    Dans quelques jours nous aurons le plaisir de fêter le retour de notre sympathique Procureur, le P. Vogel, et de celui qui vécut cinq mois dans les geôles des Rouges, le courageux P. Waguette.


    Vinh

    12 mars.

    Nous avons relaté en son temps le meurtre du R. P. Pierre Khang, massacré par les communistes dans léglise de Tràng-Đình et ensuite brûlé sur place le 2 mai 1931. Nous avons dit que ce jour-là même, dans la soirée, lorsque les communistes firent chercher les restes du Père pour les enterrer, les chrétiens, écartant le tas de cendres qui les recouvrait, trouvèrent le corps couché sur le dos : toute la chair du visage, des bras et des jambes avait été consumée ; une poutre enflammée étant tombée sur le ventre, toute cette région paraissait complètement brûlée, mais il restait encore de la chair dans le dos. Les communistes ne permirent pas de mettre le corps dans un cercueil, ni même dans une natte, ils le firent envelopper avec des feuilles de bananier et de la paille et mettre en terre au pied de la montagne, derrière le jardin du presbytère.

    Le lendemain matin, plusieurs chrétiens de Tràng-Đình se rendirent à cet endroit afin dorner un peu la tombe : ils trouvèrent la terre fraîchement remuée et la fosse vide, ils en conclurent avec raison que pendant la nuit les communistes avaient enlevé le corps. Où lavaient-ils emporté ? Lavaient-ils jeté au fleuve ou enseveli dans un endroit secret ?

    Pendant plus de huit mois on fit des recherches de tous côtés ; au cours de lété et de lautomne de nombreuses arrestations furent opérées dans le parti communiste : le service de la sûreté et les mandarins provinciaux pressèrent de questions les prisonniers provenant de la région de Tràng-Đình, personne parmi eux ne savait, ou personne ne voulut dire ce quétaient devenus les restes mortels du Père Khang.

    La famille se désolait et nous avions presque perdu tout espoir de retrouver ces restes précieux, lorsquau début de janvier le chef du poste de milice de Trung-Hanh, à 6 kilomètres de Tràng-Đình, fut mis sur la voie par les déclarations de plusieurs individus suspects quil venait darrêter. Après quelques jours denquête il fut assez heureux pour découvrir de façon absolument certaine lendroit où avait été enseveli le Père Khang.

    Par ailleurs, voici ce que nous ont appris des renseignements très précis et très sûrs obtenus récemment. Dans la nuit du 2 au 3 mai, le corps a été déterré par les communistes, mis dans un vieux hamac et confié à deux païens du village de Yên-Huy, nommés Đăng-Khả et Võ-Tú, avec ordre daller les jeter à leau dans la rivière qui passe près du marché de Chợ-Cầu, à 2 kilomètres environ de léglise de Tràng-Đình. Heureusement les chefs communistes qui avaient donné cet ordre ne suivirent pas les porteurs jusquà la rivière ; ceux-ci, arrivés sur les bords, tout près du four à briques, en face de Chợ-Cầu, craignant dune part une vengeance de lesprit du Père, et redoutant aussi de se mettre dans un mauvais cas vis-à-vis des autorités mandarinales, nosèrent jeter à leau le fardeau dont on les avait chargés. Nayant ni bêche ni pelle, ils creusèrent avec leurs mains une petite fosse dans la vase du rivage, y déposèrent le corps quils recouvrirent soigneusement dune épaisse couche de vase ou de terre boueuse, puis ils placèrent par-dessus une quarantaine de briques pour empêcher le corps dêtre soulevé et entraîné par la marée montante.

    Cest précisément à cet endroit-là que le 14 janvier, sur les indications de Đăng-Khả lui-même, le corps fut retrouvé et exhumé en présence du chef du poste de Trung-Hanh, de ses collègues commandant les postes de milice de Tràng-Đình, de Lai-Thạch et de Khiêm-Ích, et denviron 250 chrétiens de la paroisse de Tràng-Đình ; toute la chair avait disparu, il ne restait que les ossements qui étaient parfaitement conservés et au complet, excepté les os des pieds et des mains qui avaient été consumés par le feu.

    Ces précieux restes furent lavés sur place très soigneusement et transportés dabord à léglise de la chrétienté de Nam-Huân, puis à Nghĩa-Yên, résidence du P. Martin, où Mgr Eloy alla célébrer un service solennel quelques jours plus tard.


    Hunghoa

    10 mars.

    Le P. Mazé, qui accompagna Mgr de Guébriant jusquà Yunnanfu, est revenu enchanté de son voyage. Il eut le plaisir de rencontrer tous les confrères de cette Mission, de parler du pays avec le P. Hamon, de voir ce quest une ville de Chine ; il vous dira aussi quil fait bien froid là-haut, quil y vit de la neige, et que Mgr De Gorostarzu, le voyant si frileux, lui fit cadeau dun de ses habits chinois ; le voyage de retour, en compagnie du P. Fournier, de Hanoi, lui permit dadmirer, une fois de plus, les beaux travaux dart et le pittoresque de la Ligne du Yunnan, et même de voir, par un temps clair, le Tropique du Cancer !

    Pendant ce temps, Mgr Ramond commençait sa tournée de Carême, dans les paroisses de Bách-Lộc et de Vĩnh-Lộc, province de Sơn-Tây ; il y a là beaucoup de nouveaux chrétiens, sous la direction des Pères Massard et Chabert, aidés de quatre prêtres annamites : autant que ses forces le lui permettent, Son Excellence va voir ces divers groupes, et exhorte tous ces néophytes et catéchumènes. Le Père Mazé et un prêtre annamite laccompagnent, et aident pour les confessions, toujours fort nombreuses, en ces deux paroisses.

    De son côté, le P. Hue, Provicaire, a été, comme lan dernier, chargé de visiter deux paroisses de la Haute-Région, sur les bords du Sống-Chảy et de la Rivière-Claire, et dy administrer la Confirmation. Une cinquantaine de sermons, plus de 1500 confessions, et 300 confirmations, tel est le bilan de cette tournée ; quatre semaines bien remplies, sans parler des courses en bicyclette, toujours plus ou moins mouvementées en ces pays de forêts et de collines ; il est vrai que cela neffraie, daucune manière, notre cher confrère ; les jarrets sont solides, et sa bicyclette, bien que surchargée de nombreux baluchons, nen roule pas moins, à quelque vingt à lheure, comme sur les routes du Delta. Il est, depuis quelques jours, de retour dans sa paroisse de Phú-Nghĩa, attendant la visite pastorale de Mgr Ramond.

    A Yên-Bái, le P. Méchet a restauré, avec goût, sa petite église ; les deux nouveaux autels latéraux, ainsi que le maître-autel, donnent à celle-ci un cachet artistique. Durant le séjour du P. Hue à Vân-Du, le P. Méchet, qui y demeura jadis une vingtaine dannées, fut heureux de lui rendre visite, et de revoir ses anciennes ouailles.

    Le P. Laubie, à Sơn-Tây, fait du scoutisme. Après les fêtes du nouvel an annamite, il arrivait, un beau jour, à Hưng-Hoá suivi de six compagnons ; ces petits bouddhistes, âgés de 12 à 17 ans, sont de futurs étudiants de la future Université de Sơn-Tây. En attendant, ils sinitient aux belles-lettres, sous la direction de leur professeur si dévoué. Ils apprécient surtout les jeudis, où, soit en bicyclette, soit à pied, on excursionne dans les environs. Naturellement un voyage à Hưng-Hoá simposait : cétait vingt kilomètres en autobus, et six à pied ; un rien ! La visite de la ville fut rapide ; il fallait, à tout prix, regagner ses pénates, le jour même. Quadvint-il ? la montre du chauffeur avançait-elle ? nos promeneurs sattardèrent-ils trop à admirer le panorama, ou à chasser les canards sauvages ?... toujours est-il quarrivés à la station, ils ne trouvèrent aucun véhicule !

    Grand conseil ! Que va-t-on faire ? camper au bord de la Rivière-Noire, en attendant lauto du lendemain matin ? cest tentant, mais la tente est à Sơn-Tây ! Rentrer à pied ? laumônier ne sen sent pas la force ! deux étudiants, pourtant, sy décident ; il faut rassurer les familles, et ils se dévouent. Pour le reste de la troupe, une seule issue, gagner la cure de Phú-Nghĩa, à 7 km.; là, il y aura gîte et couvert ; après tout, on est scout ou on ne lest pas ! Heureusement, tout alla pour le mieux ; le catéchiste du P. Hue fut aux petits soins pour les jeunes voyageurs et leur Mentor ; la nuit, tous reprirent des forces, et, le lendemain, celui-ci put, avec ses compagnons, regagner Sơn-Tây, sans trop de fatigue ; 26 km., pour une promenade à pied, ce nest pas mal ! et cest le P. Laubie, qui se paie de ces randonnées, lui qui voulait absolument mourir en 1929 !

    Il y a quelques jours, mourait à Hanoi le vénéré P. Schlicklin, Provicaire de cette Mission. Jadis, il travailla dans le district de Vĩnh-Lộc, et y fonda de nouvelles chrétientés ; surtout, nous ne pouvons oublier les services, quil a rendus à la Mission de Hưng-Hoá ; la plupart de nos prêtres furent ses élèves, au grand séminaire de Kẻ-Sở, et gardent le souvenir de ses enseignements et de sa vie exemplaire ; tous ont prié pour lui. Le P. Méchet, son vieil ami, et le P. Laubie représentèrent notre Mission à ses funérailles.


    Phatdiem

    5 mars.

    Monsieur le Résident Supérieur en Annam et Son Excellence le Premier Ministre de la Cour ont visité récemment deux centres chrétiens de la province de Thanh-Hoa : Phúcdia, le 19, et Thaiyên, le 20 janvier.

    Cest parce que ces deux importantes chrétientés, qui comptent lune 600 et lautre 2.000 fidèles, ont été fondées en des terrains gagnés sur la brousse pendant ces dernières années, quelles eurent lhonneur de ces visites. Il y a peu de temps, ces lieux étaient envahis par la forêt, et le tigre et léléphant, le sanglier et la panthère y régnaient en maîtres ; aujourdhui ils donnent de magnifiques moissons, et des troupeaux de bufs y paissent en paix.

    Vers 1900, S. E. Nguyễn-hữu-Bài, Premier Ministre dAnnam, était alors vice-gouverneur de la province de Thanh-Hoa ; fervent catholique, tant par ses conseils que par ses encouragements, il avait aidé puissamment le P. Rigouin à fonder la chrétienté de Thaiyên. Quelle ne fut pas sa joie, le 20 janvier, dy retrouver, non pas la grande forêt dil y a 30 ans, mais un vaste et prospère village entouré de jardins et de fécondes rizières !

    Quant à Phúcdia, voici 10 ans, ce nétait que de la haute brousse ; mais depuis, sous la vigoureuse direction du P. Huctin, des centaines dhectares ont été défrichés et transformés en terrains de culture. Malheureusement, dans ce pénible travail, le P. Huctin ne compta pas assez avec ses forces, il tomba malade et dut abandonner le poste en 1930. Le P. Delavet lui a succédé et continue, avec non moins de dévouement, luvre si bien commencée : aussi, le 19 janvier, fut-il chaudement félicité par ses nobles visiteurs.

    Le premier travail du missionnaire est de défricher les âmes, mais, chaque fois quil peut en espérer pour elles un profit certain, il nhésite pas non plus à sattaquer aussi à la vraie brousse ou à la grande forêt.

    Trois des chers Religieux qui sont venus nous prêter main-forte en Indochine viennent darriver à Phatdiem pour y apprendre la langue annamite ; ils ont été établis dans les chrétientés environnantes ; ce sont les RR. PP. Fiset et Boissonneau, rédemptoristes, et le R. P. Joseph Vermeulen, franciscain, qui fut déjà missionnaire en Chine pendant cinq ans.

    Le 12 février, dans la province de Thanh-Hoa, un chrétien traversait une région complètement païenne, lorsque son attention fut attirée par une importante procession. Et, quel ne fut pas son étonnement, lorsquil vit que lobjet du culte, quon y vénérait, nétait autre quune belle croix en bois, religieusement portée en tête du cortège.

    Intrigué, notre homme interrogea ses voisins : cette procession était bel et bien le fait des seuls païens. Sils vénéraient ainsi la croix, cest parce quils avaient vu les chrétiens le faire, et que la chose leur portait bonheur. Déjà une fois, par temps dépidémie et de sécheresse, le village avait organisé une cérémonie semblable et sen était bien trouvé. Aujourdhui la population recommence, car de nombreux malheurs la menacent.

    Puisque vous avez confiance en la puissance de la croix, dit notre chrétien, pourquoi ne vous faites-vous pas catholiques ? Nous y avons déjà pensé, lui fut-il répondu, et une fois même, nous avons invité un Père de passage à dire quelques mots à la pagode, à la population rassemblée. Peut-être quun jour nous serons des vôtres.

    Que Dieu fasse mûrir la moisson et envoie des moissonneurs !!


    Saigon

    février.

    Les missionnaires de Saigon ont eu le grand honneur et le profit non moins grand davoir leur retraite prêchée au commencement de cette année, par S. E. Monseigneur le Délégué Apostolique. Mgr Dreyer excelle comme prédicateur de retraite. Passant à Saigon pour aller en France et à Rome, Mgr Lapierre, de la Société des Missions-Étrangères de Québec, Préfet Apostolique de la nouvelle mission de Szepinkai (Mandchourie) vint à lévêché le lendemain de la clôture de notre retraite et demanda à voir Mgr Dreyer, lancien P. Colomban qui avait prêché la retraite aux prêtres du diocèse de Montréal au temps où il était encore petit vicaire à Montréal. Mgr Dreyer dit alors quil avait prêché deux retraites aux prêtres de Montréal durant son séjour au Canada.

    Le 11 janvier, Mgr Dreyer est allé à Vĩng-long, en compagnie de Mgr Dumortier, pour remettre la croix de Chevalier de lOrdre de Saint-Sylvestre à M. Joseph Lê-văn-Nuôi, ancien interprète au tribunal, premier notable de la chrétienté de Vĩng-long, qui avait fait une très importante offrande pour la construction de la Délégation Apostolique à Hué.

    Les deux Evêques assistèrent dabord à la messe chantée par le P. Delignon, Provicaire, pour fêter les Noces dor de mariage de Mr et de Mme Nuôi dont le P. J. B. Tông fit léloge après lévangile. On se rendit ensuite à la maison de Mr et Mme Nuôi. Mgr le Délégué Apostolique lut en latin le Bref nommant M. Joseph Nuôi Chevalier de lOrdre pontifical de Saint-Sylvestre, le P. André Miều en donna la traduction en annamite et Son Excellence épingla la croix sur la poitrine de M. Nuôi revêtu du costume de Chevalier -qui avait été confectionné à Rome même.

    Le 18 janvier 1932, séteignait, dans sa propriété de Thu-duc, après une longue maladie, Madame Denis Lê-phát-An. La situation de fortune de Mr et de Mme Denis An leur ont permis de donner beaucoup ; jamais ils ne parlaient de leurs générosités. Ils ont été les principaux bienfaiteurs de la Délégation Apostolique. S. E. Mgr Aiuti, qui avait obtenu du Saint-Siège pour Mr Denis An le titre de Commandeur de lOrdre de Saint-Sylvestre, demanda pour Mme An linsigne pro Pontifice et Ecclesia.

    Aux funérailles de Mme Denis An, présidées par Mgr le Vicaire Apostolique de Saigon qui donna labsoute, il y eut surtout beaucoup de prêtres et de membres des différentes communautés religieuses de Saigon : on y vit aussi plusieurs missionnaires du Cambodge et de Quinhon. Seule, la distance a empêché la mission reconnaissante de Hué de se faire représenter aux obsèques. En vertu dune faveur spéciale du Saint-Siège, le corps de Mme Denis An a été inhumé dans léglise de Hanh-tông-tây bâtie à cette fin par Mr et Mme Denis An.

    Le P. Frison vient de subir avec facilité et succès, malgré ses 70 ans, lopération de lappendicite.

    Le P. Cassaigne va devoir quitter temporairement ses chers sauvages de Djiring ; la faculté lui impose un retour en France. Cest le dévoué P. Henri Sion qui continuera son uvre à Djiring.


    Hué

    2 mars.

    Vers le milieu du mois de janvier, est décédée à Saigon Madame Denis Lê-phát-An, qui fut une bienfaitrice insigne de la Mission de Hué et de la Délégation Apostolique de lIndochine. Tous ceux qui eurent part à ses libéralités se sont fait un devoir de prier pour le repos de son âme, particulièrement par loffrande du Saint-Sacrifice de la Messe. S. Exc. Mgr Chabanon célébra deux Messes Pontificales de Requie, lune au Grand Séminaire aussitôt après la nouvelle du décès, lautre à la cathédrale de Phủ-Cam le trentième jour. S. Exc. Mgr le Délégué Apostolique célébra aussi une Messe Pontificale de Requie à la cathédrale de Phủ-Cam. Cest ainsi que sexprime le mieux la reconnaissance chrétienne.

    Vers le milieu du mois de février, nous vîmes arriver inopinément les Pères Piffaut et Destombes, du Collège Général de Pinang, qui, venant de Hongkong, rejoignaient leur résidence par voie de terre. Cette visite, malheureusement trop rapide, ménagea de bonnes et joyeuses heures aux confrères qui les avaient connus à Paris. Nous leur avons dit : Au revoir. Quelques jours plus tard, cétait le Père Piquet, de la Mission de Qui-Nhơn qui était de passage à Hué, pour y traiter quelques affaires.

    Un de nos bons prêtres indigènes, le P. Ignace Dỏng, est mort le 21 février dans sa chrétienté de Trung-Bộ, assisté par un de ses confrères. Il avait 61 ans dâge et 32 de prêtrise. Sa vie durant il connut beaucoup plus la peine que la joie. En 1885 toute sa famille fut massacrée en haine de la religion. Lui-même passa presque toute sa vie sacerdotale dans des chrétientés de néophytes, au milieu de bien des difficultés et des tribulations. Il réussissait bien et savait agir et parler auprès des mandarins. Il avait un grand zèle pour la maison de Dieu : aussi a-t-il construit ou aménagé de nombreuses églises, petites et grandes. Nayant point de ressources personnelles, il se privait même du nécessaire, ne vivant que de quelques légumes quil préparait souvent lui-même, pour économiser un peu dargent, qui, ajoute aux aumônes quil recevait, lui permettait de construire et de réparer les unes après les autres les églises de ses diverses chrétientés. Il faisait cela peu à peu, au fur et à mesure des ressources quil sétait procurées, travaillant lui-même avec seulement un ou deux ouvriers. Son exemple est des plus édifiants. La messe des obsèques a été célébrée solennellement dans léglise de sa résidence à Trung-Bộ, faubourg de Hué, en présence de S. Exc. Mgr Chabanon et dune cinquantaine de prêtres, français et annamites. Lassistance conduisit ensuite le corps au Grand Séminaire, où eut lieu linhumation dans le cimetière de la Mission.

    Un autre de nos bons prêtres indigènes, le P. Paul Thới, curé de N. D. de La-Vang, sérieusement malade depuis de longs mois, est actuellement hospitalisé au dispensaire Pasquier, à Hué. Les médecins espèrent lui redonner assez de santé pour quil puisse encore exercer un ministère pas trop fatigant.


    Bangkok.

    1er mars.

    Le 23 décembre 1931, le R. P. Colombet, célébrait dans une stricte intimité ses soixante ans de sacerdoce. Son état de santé ne lui permettant pas de présider quelque cérémonie, ses confrères de Bangkok tinrent du moins à lui exprimer à lHôpital St Louis leurs vux et leurs félicitations. Il est le seul missionnaire du Siam qui ait pu et qui puisse se flatter davoir atteint ce sommet du sacerdoce. Par ailleurs, le 5 avril prochain, est le soixantième anniversaire de larrivée du jubilaire à Bangkok. Cest le doyen dâge et de présence des Européens au Siam. Nous lui souhaitons bien sincèrement de tenir longtemps encore ce premier rang et nous prions Dieu de le conserver de longs jours à laffection et à la vénération de tous les catholiques de la Mission et de ses nombreux amis dune autre croyance disséminés au Siam.

    Signalons en janvier et février la présence à Bangkok des PP. Cavaillier et Arnaud de la Mission du Laos ; des PP. Piffaut et Destombes du Collège Général de Pinang. En décembre, du 19 au 23, sy trouvait également le R. P. Vautier. O. S. B..

    Le P. Piljean, professeur au petit séminaire de la Mission de Bangkok et le P. Ferlay; directeur de lEcole Normale de la même Mission sont allés reprendre de nouvelles forces physiques au pays natal. Nous leur souhaitons un excellent séjour en France et un prompt retour.

    Quant au P. Fouillat, il sest rendu à Hongkong pour assister à la retraite de Nazareth et visiter à Swatow quelques-uns de ses chrétiens qui sy trouvent.

    Le dimanche 17 janvier S. E. Mgr Perros a conféré le Sacerdoce à six diacres de retour de Pinang. Cinq nouveaux prêtres appartiennent à la Mission de Bangkok et un à la Mission Salésienne. Bien que ce soit là un appréciable renfort, les besoins spirituels du Siam sont si considérables quil a trouvé son emploi dès le premier jour sans parvenir à combler les désirs de certains chefs de poste surchargés dans et de travaux.

    Le Directeur de lAgence Fides, le R. P. Considine, a été lhôte de la Mission Catholique de Bangkok du 23 au 27 février 1932. Durant son séjour, il a pu rendre visite à la Mission Salésienne de Bang Nok Khuek et visiter les établissements religieux de Bangkok. Par une heureuse coïncidence, la célébration de lanniversaire du couronnement du Roi de Siam ayant eu lieu durant son séjour, il a pu contempler de très près Leurs Majestés le Roi et la Reine au palais même et assister au garden-party royal.


    Malacca

    Pendant la Guerre, le Gouvernement de la Colonie des Straits avait passé une loi concernant particulièrement les Missionnaires étrangers. Ceux-ci avaient besoin dune permission spéciale, avant dentrer dans la Colonie et exercer leur ministère. Le Gouvernement annonce que les restrictions concernant les Missionnaires étrangers vont être enlevées.

    Le Père Baloche a fait une seconde saison à Vichy au mois de février. Certain jour, il a joui dune température de 13º.

    Le Père Cardon est rentré de Hongkong, bien rétabli.
    Chinois et Japonais sont tranquilles à Singapore, malgré la guerre que se font leurs compatriotes en Chine. Cependant, la semaine dernière, à Penang, les Chinois, sur lannonce par leurs journaux, dune grande victoire à Shanghai, avec 10.000 Japonais mis hors de combat et un général Japonais tué, ont voulu fêter lévénement en faisant partir force pétards, malgré la défense de la Police. Il en est résulté une collision entre celle-ci et les Célestes. Il y a eu des blessés des deux côtés.

    A Johore, résidence du Père Duvelle, les voleurs se sont introduits dans léglise, ont défoncé la porte du tabernacle, répandu les hosties sur lautel et emporté le ciboire.

    Le Gouvernement des Etats Malais a lintention de réduire le salaire de tous ses employés de 25 %.


    Mandalay

    22 février.

    Dans les premiers jours de janvier, 4 Pères de Bétharam de la Mission de Tali sont arrivés dans le district de Bhamo. Trois dentre eux se sont immédiatement mis à létude du Shan sous la direction du P. Roche. Ce dernier vient décrire que ses élèves travaillent darrache-pied. On a déjà annoncé dans le Bulletin, je crois, que leur intention est de fonder une mission en plein pays shan de lautre côté de la frontière chinoise. Le quatrième Bétharamite, le P. Palou, Supérieur intérimaire après la mort du regretté P. Etchart, est venu jusquà Mandalay le 9 janvier et est parti le mardi suivant, 12 janvier, pour Kentung afin de sentendre avec le Préfet Apostolique, Mgr Bonetta, au sujet de la partie de la mission de Tali qui touche à la mission de Kentung. De là il nous a envoyé une très intéressante relation de son voyage. Depuis lors plus de nouvelles. Nous lattendons de jour en jour, car il doit avoir hâte de rejoindre ses confrères à Bhamo pour de là regagner sa mission avant les pluies

    Le P. Ligeon, de la Mission de Salem, est venu visiter la Birmanie ; il a été pendant près de 6 semaines lhôte du P. Jarre, son cousin germain. Maymyo lui a paru une station idéale et il sest embarqué pour les Indes le 4 février, enchanté de sa visite.

    Mgr Falière vient de partir, le lundi, 15 février, pour Shwebo. Il y a présidé une retraite de catéchistes : 16 présents. Le P. Ruppin et le P. Mandin qui avaient accompagné Monseigneur jusquà Shwebo, nous ont dit à leur retour que la retraite avait été un succès. De Shwebo, Monseigneur a continué sa route vers Bhamo en compagnie du P. Juéry qui a voulu aller revoir ses Katchins. La grande réunion annuelle des Katchins doit avoir lieu les 27, 28, 29 février. Vous en aurez probablement quelques échos dans la prochaine chronique.

    Deux jeunes minorés sont rentrés de Pinang dans le courant de janvier et ont été envoyés au Séminaire de Maymyo pour aider le P. Nicolas qui avait trop dheures de classe et pas assez de temps pour soccuper de la direction de la Maison.

    Le 11 février, les petits séminaristes qui étaient partis en vacances après la nouvelle année, sont rentrés à Maymyo. Pas de nouvelles recrues jusquà présent ; mais deux jeunes Anglo-Indiens actuellement chez les Frères doivent venir grossir les rangs dès quils auront passé leur examen vers la mi-mars.


    Laos

    17 février.

    Thakhek
    A Nongseng grande et belle fête le 31 janvier, pour lordination de deux prêtres : lun, Laocien des environs de Thakhek, lautre, métis annamite-laocien de Tharé. Outre une douzaine de missionnaires, assistaient à la cérémonie M. Grossin, Commissaire du Gouvernement à Thakhek, M. le Gouverneur de Lakhone et quelques européens.

    Le lendemain, 1er février, le jeune prêtre de Dou Done, célébrait sa première messe. Le cher P. Lazare fit magnifiquement les choses, heureux quil était de fêter son premier paroissien élevé au sacerdoce.

    Cest le 2 février, que notre second ordinand célébra la sienne à Tharé, où le P. Combourieu est installé depuis 1885. La bénédiction de lécole des garçons par Mgr Gouin eut lieu ensuite, en présence du Gouverneur et de linspecteur de lenseignement de la province de Lakhone. Cette double fête fut de tous points réussie, et les autorités ne ménagèrent pas leurs compliments au fondateur dune école qui comporte six classes et environ deux cents élèves. Elle fait honneur à notre cher P. Provicaire, dautant que lon trouverait peu décoles de ce genre dans toute lIndochine française.

    Ce même jour, 2 février, notre dernier venu, le P. Barbier, pendait la crémaillère à Thakhek, son nouveau poste. Une douzaine de confrères avaient répondu à son invitation ; il nous annonça que les travaux de léglise commenceraient dans la seconde quinzaine de février.


    Pondichéry

    février.

    Le Trait dUnion
    Pondichéry. Le 21 janvier, le P. Bassaistéguy quitte lhôpital complètement rétabli. Le 22, rentrée du grand séminaire ; nous avons 7 nouveaux philosophes dont 2 de Pondichéry, 2 de Bangalore, 2 de Kumbakônam et 1 de Coïmbatore ; le séminaire compte actuellement 55 élèves dont 11 de Pondichéry, 17 de Bangalore, 15 de Kumbakônam et 12 de Coïmbatore ; de plus, Pondichéry a deux séminaristes à Puthempally, 1 en philosophie et 1 en théologie.

    On écrit de Bangalore que les travaux du séminaire ont recommencé et seront poussés activement. Cest heureux car nous navons plus de place ici.

    Le 26, le P. de Gruiter arrive à Pondichéry. Il vient prêter main-forte au P. Combes dont le vicaire a été envoyé à Eraiyur remplacer le P. Trideau, malade à lhôpital.

    Le 27, les PP. Peyroutet et Chauvet partent pour Viriyur. Le P. Peyroutet est bien remis de son attaque de fièvre mais devra continuer de prendre de la quinine pour éviter les rechutes.

    Le 28, arrivée du P. Clément. Le cher Père nest pas guéri mais il est enchanté de se retrouver à Pondichéry et de pouvoir réchauffer au beau soleil de lInde ses membres frileux. Nous aurons tous une petite prière pour lui et demanderons au bon Dieu de lui rendre la santé et son agilité dantan.

    Il y avait à bord du même bateau 5 carmélites françaises du couvent missionnaire de Cholet, dans lAnjou. Elles se rendent à Bangalore pour y fonder un Carmel. Comme on avait oublié de leur fournir les passeports nécessaires avant leur embarquement à Marseille, elles ont dû sadresser au consul de sa Majesté Britannique à Pondichéry qui a bien voulu faire le nécessaire pour leur permettre de débarquer à Madras.

    Le 31, bénédiction, par Mgr, dune magnifique statue en marbre, don de Mme Vally à Notre-Dame des Anges. Elle est placée sur une colonne derrière le maître-autel et complète harmonieusement la décoration de cette belle église qui fait ladmiration de tous les visiteurs. Avant la cérémonie, sa Grandeur prit la parole et, en quelques mots délicats, remercia la généreuse donatrice et recommanda à tous une grande dévotion à légard de notre bonne Maman du ciel.

    Le 2 février, Mgr bénit le nouveau petit séminaire à Cuddalore. Les élèves étaient arrivés la veille ; ils sont 20 : 8 latinistes et rhétoriciens et 12 collégiens de 4ème, 5ème et 6ème form. On attend 7 nouveaux latinistes en juin dont deux B. A. Les cours comprennent le latin, le français et la rhétorique, avec 3 professeurs, et dureront au moins deux ans et demi.

    Ce même jour, Purification de la T. S. Vierge, fête patronale de Rettiarpaléam. Le matin, bénédiction solennelle des cierges, procession, grandmesse, sermon et salut du S. Sacrement. Cest le séminaire qui a fourni tous les officiants : diacre, sous-diacre et célébrant, sans compter les chantres. Le soir, grandissime procession dans les rues du village, suivie du Salut. La fête avait été précédée dune neuvaine préparatoire ; le prédicateur était le P. Savérinaden de Cortampet.

    Le 3, courte visite du P. Considine, missionnaire de Mary Knoll et directeur de lAgence Fides à Rome, en tournée en Extrême-Orient. Il doit rester quelques jours à Tindivanam pour se reposer et mettre à jour sa correspondance.

    Le 4, Mgr quitte Pondichéry pour une tournée de confirmation. Le premier pangou visité est Irundai. Mgr y arrive accompagné par le Père Gayet qui laprès-midi retournera en auto à Pondichéry.

    Pendant 1 h. ½ nous suivons le groupe des musiciens et des enfants porteurs doriflammes ; tambours et tam-tams de tous les calibres font un vacarme assourdissant... les grosses-caisses se succèdent nen pouvant plus après avoir valsé dun côté à lautre de la route en frappant sur leur peau de chèvre. Le P. Gayet est ému !... A lentrée du compound de léglise, le P. Chaler nous reçoit suivant les règles de la liturgie. 286 confirmations dans ce district de braves gens.

    Le 12, arrivée à Villupuram. Confirmations au chef-lieu, à Adenur et Sengâdu. Les gens de Sengâdu en voyant Mgr demandent si cest lui larchevêque. Le P. Cussac leur répond affirmativement. Lun deux, tout étonné : Cest curieux, dit-il, il nest pas gros ; probablement il nest quévêque, il est trop maigre pour être Archevêque. En tout 176 confirmations.

    Le 15, réception offerte à Mgr par les Indiens catholiques de Villupuram ; le 21 cest le tour des Anglo-Indiens qui lui offrent un petit souvenir ; ce même jour, distribution des prix de catéchisme. Le lendemain, Mgr rentre à Pondichéry après arrêt de quelques heures à Villenour où il trouve les séminaristes de Saint Agnès qui sont venus payer leurs hommages à la bonne Vierge de Lourdes.

    Le 8, le P. Chouvenc sembarque à bord du Compiègne pour France. Le 11, arrivée du R. P. Dom Vautier, bénédictin français, en quête de documents sur les missions persanes au 17e siècle. Le 12, le P. Trideau, complètement rétabli, nous quitte pour Eraiyur.

    Le 18, on reçoit la nouvelle officielle que le P. Monchalin reçoit la médaille militaire. Le Trait dUnion est heureux de se faire, en cette circonstance, linterprète de tous et doffrir ses plus chaleureuses félicitations à ce brave.

    Une autre bonne nouvelle. Tous les confrères qui ont été soignés à lhôpital colonial, et même les autres, se réjouiront dapprendre que la dévouée supérieure des surs hospitalières a été proposée pour la légion dhonneur par le Général inspecteur des Services de santé des colonies, qui a passé à Pondichéry récemment.

    Attipakkam. Le 28 janvier, Attipakkam était en fête à loccasion des noces dargent du P. Marie-Pragasam. Le départ du Père, nommé professeur au petit séminaire, ne permit pas de réaliser tout le programme projeté. Il y eut seulement, le matin, une messe solennelle avec diacre et sous-diacre ; le soir, les chrétiens vinrent nombreux saluer le vénéré pasteur qui les quittait, et lui dire leurs regrets. A cette occasion, un joli pandal avait été dressé devant le presbytère. Les enfants des écoles exécutèrent quelques chants, puis il y eut concours de déclamation pour les petits pendant que les grands montraient leur habileté en gymnastique.

    Après un éloquent discours où lorateur fit ressortir le bon travail fait par le cher Père pour rehausser le niveau intellectuel et spirituel du district, il fut copieusement enguirlandé par les diverses communautés. Dans sa réponse, le Père fit remarquer que cette année était le 50ème anniversaire de la fondation de lécole dAttipakkam. Mais, ce quil ne dit pas, cest que quand il arriva ici, il y a 7 ans, il ne trouva quune pauvre petite école avec un seul vattiar entouré dune vingtaine de marmots. Aujourdhui, il laisse le district avec 6 écoles fréquentées par près de 400 enfants. Le Deputy Inspecteur, venu la semaine dernière, a fait un rapport très élogieux sur nos écoles. Les écoles de la Mission, nous a-t-il affirmé, ne courent aucun risque Il souhaite seulement que celles du Gouvernement marchent aussi bien que les nôtres. 6 enfants du 5ème standard sur 10 ont obtenu leur diplôme, ce qui porte à 19 le nombre denfants promus depuis un an.

    Mgr Morel compte retourner bientôt à Baogalore pour lopération de la cataracte du second il. Nous nous ferons tous un devoir de prier pour lheureuse issue de lopération.


    Mysore

    23 février.

    Les cloîtres, écrivait naguère notre Supérieur, Mgr de Guébriant, sont nécessaires à lEglise, et sans eux le bien serait vite submergé par le mal.

    Jai dautre part sous les yeux en ce moment ces autres lignes non moins fortes et non moins vraies : On comprend si peu de nos jours, dans les milieux même chrétiens, la vie, si étrange aux yeux du monde, de ces hommes et de ces femmes qui senferment dans des cloîtres austères. Egoïstes, dit-on deux parfois. Quon les connaît, quon les comprend mal : derrière leurs grilles, les Contemplatifs menant leur vie de prière, de sacrifice, de sainteté, sassocient de très près à la Rédemption du Monde. Il nous faut sans doute des prêtres, des apôtres, de lactivité extérieure, mais ce dont nous avons besoin avant tout, cest de saints qui par leurs prières et leurs sacrifices fécondent cette activité.... Loin de se désintéresser égoïstement de la société, les contemplatifs doivent être pour elle des sources sans cesse et abondamment jaillissantes de vie surnaturelle.

    Désormais la Mission de Mysore possède aussi son Carmel. Le 29 janvier nous arrivaient de Cholet quatre religieuses et une postulante. Elles furent reçues solennellement au Bon Pasteur où un Te Deum fut chanté, présidé par Mgr Despatures entouré dun nombre imposant de prêtres.

    Les missionnaires et les prêtres furent ensuite présentés par Mgr à la Révérende Mère et à ses filles... En voici un, ma Révérende Mère, qui vient de boucler ses 50 ans de Mission Pardon, Mgr, dites plutôt 52; Le P. Briand ne veut pas quon le rajeunisse et aime les citations exactes.

    A propos dexactitude dans les chiffres, jai eu vent dune petite histoire dont le théâtre était une ville paisible du Malabar ; ce nétait rien en soi, mais cependant trois sur quatre de nos Missions de lInde y étaient intéressées.... Le conflit ?? tout à fait simple : Etait-ce bien 56 ou nétait-ce que 55 ?? Les Pères P. de Coïmbatore, L. de Pondichéry et C. de Bangalore sont tout disposés à vous donner des précisions.

    Les Dames de Saints Charles, religieuses dont la Maison-Mère se trouve à Wez, en Belgique, se sont fixées dans la Mission, à Shimoga. Voilà encore un renfort de plus.

    Mgr Despatures rentre dune tournée importante. Il a visité les postes du Père Graton, est remonté jusquà Hassan et Settihally, et est rentré à Bangalore amenant le curé dArsikéré, ce dernier tout à la joie à la pensée de passer de longues heures et de sentretenir du cher pays avec son compatriote, le nouvel évêque de Coïmbatore. Mgr Tournier se trouvait en effet à Bangalore, et était lhôte du Père Vanpeene, Mgr Despatures, comme nous lavons dit, était en tournée.

    Les PP. Lesponne et Chervier, de la Mission de Coïmbatore sont en ce moment à Bangalore. Faut-il attribuer à la présence de ces deux missionnaires de la Montagne, les fortes pluies dorage qui viennent, à deux reprises, de doucher notre ville ? De la pluie en février !!!! Cest tout de même un peu fort, ne cessent de répéter nos vétérans, cependant rompus aux us et coutumes du pays ! La Mousson serait-elle déjà déclarée ??


    Salem

    29 février.

    Tandis que bastonnade et arrosage pleuvent un peu de tous les côtés dans lInde sur les manifestants Gandhistes, et que les arrestations remplissent prisons et camps de détenus, le district de Salem ressemble à une oasis de paix et de calme qui na guère été troublée par les remous de lagitation nationaliste.

    La nouvelle année sest ouverte sous les meilleurs auspices avec linauguration des presbytères des PP. Playoust et Devin : celui de notre cher doyen, ni trop grand, ni trop petit, comme le dit Mgr de Guébriant qui le bénit lors de sa visite ; le second, de moindres dimensions, mais de fort belle apparence, bénit par Mgr Prunier. Le P. Martin est en train dachever le sien ; le P. Chevalier, logé dans la sacristie quil avait construite il y a quelques mois, sest attelé à la construction de léglise ; il compte la mener à bonne fin dans le courant de lannée : en effet, il a déjà réuni tous les matériaux nécessaires et il pousse activement les travaux.

    Vers la mi-février nous avons eu lhonneur et le plaisir de la première visite de Mgr Tournier, Evêque élu de Coimbatore ; les trop courtes heures quil nous a données nous ont tous laissés sous le charme de sa simplicité et de sa franche gaîté.

    Le P. Michotte, le surlendemain du jour où fut célébré son vingt-cinquième anniversaire de prêtrise, partit pour la Belgique, en congé de détente.

    A la dernière heure une bonne nouvelle nous vient de Paris : on nous annonce, pour le prochain départ, au mois de mai, un nouveau confrère, le P. Nalais, quil soit le bienvenu !


    Séminaire de Paris

    1er février.

    Dans le cours de la dernière quinzaine une heureuse nouvelle est parvenue au Séminaire, celle de la nomination de Mgr Louis Tournier comme évêque de Coïmbatore, nomination longtemps attendue.

    Les dernières nouvelles de Mgr le Supérieur nous montrent que le programme du voyage sexécute ponctuellement. Son Excellence doit en ce moment visiter les missions du Tonkin et de Yunnanfu. Entreprendra-t-il la visite du Kientchang et des missions du Sutchuen ? Il est permis den douter à voir la tournure que prennent les événements de Chine.

    Une nouvelle épreuve est venue attrister la Communauté de Paris. Le P. Durand, chargé depuis quelques années de la rédaction des annales de luvre des Partants, est décédé le matin du 23 après quelques jours seulement de maladie. Sa santé paraissait bien altérée depuis deux mois surtout, aussi ses forces affaiblies nont pu réagir contre les attaques dune pneumonie double. Ses obsèques ont été célébrées le 25 dans la chapelle du Séminaire et linhumation eut lieu à Montparnasse, dans le caveau de la Société.

    Le P. Robert, 1er assistant, a appelé aux ordres deux aspirants pour le sous-diaconat et trois pour la première tonsure.

    Les examens du 1er semestre ont commencé le 30 janvier tant à Bièvres quà Paris ; ils vont se continuer pour lécrit la semaine prochaine.

    Les PP. Lemasle et Grandjanny ont quitté lun la maison de santé et lautre lhôpital, tous deux bien remis de lopération quils y ont subie. Ils restent encore quelque temps au milieu de nous, les docteurs voulant sassurer de leur complète guérison.

    De passage à Paris : MM. Vogel, Prouvost, Lemasle et Grandjanny.

    15 février.

    Le 2 février laisse un très doux souvenir à notre petite communauté de Dormans. Ce jour-là, en effet, trois nouveaux frères ont fait leurs vux temporaires ainsi que la promesse de consacrer leur vie au service de la Société des Missions-Étrangères. Les PP. Ferrières, Beigbéder, Laroche, Bonvent, et les frères Boittiaux et Caharel sétaient rendus à Dormans pour la circonstance. Deux de nos nouveaux frères avaient la joie de voir près deux, lun sa mère, lautre, son père et sa mère.

    La cérémonie était présidée par le P. Robert qui, après le chant du Veni Creator, exposa les devoirs et les obligations que nos trois novices allaient contracter et montra les grâces et lhonneur qui reviennent à toute âme qui se donne à Dieu.

    Après le chant du Te Deum, devant le St Sacrement exposé, les frères Ferdinand, Joannès et Alphonse, prononcèrent leurs engagements. La bénédiction du St Sacrement termina cette touchante cérémonie, très consolante pour le P. Roulland si dévoué à sa communauté.

    Les examens ont pris fin le vendredi 12 février. La veille au soir le P. Robert donnait les destinations aux quatre Partants de Pâques : à Kweiyang M. Etcheverry, à Quinhon M. Valour, en Birmanie Méridionale M. Ogent, à Salem M. Nalais. Ceux-ci sont allés faire leurs adieux à leur famille et sembarqueront à Marseille le 27 avril prochain.

    Les aspirants (à Bièvres et à Paris), ont quelques jours de détente pour se remettre des fatigues du semestre, et les cours recommenceront le lundi 22. Hier, ceux de Paris ont eu la satisfaction dentendre la voix du P. Pinard de la Boullaye donnant sa conférence à Notre-Dame, portée par les ondes et aussi claire quà léglise métropolitaine. Heureuse innovation dont ils ont été enchantés. Une conférence, avec projections sur la Terre Sainte, a heureusement complété cette soirée.

    Les dernières nouvelles venues de Mgr le Supérieur, montrent que les événements de Chine nont en rien modifié son programme. Il annonçait son départ du Yunnan pour le Kientchang et le Sutchuen fixé au 11 février.

    Le P. Beuve, missionnaire de Tôkyô, est mort doucement à Montbeton le 9 courant. Depuis de longs mois il se préparait tranquillement à la mort. Le P. Montagu est allé présider ses obsèques qui ont eu lieu le 11.

    De passage à Paris M. Valentin, de Chungking.
    Admission nº 1. M. Chiotti, du diocèse de Fréjus.
    1932/274-312
    274-312
    Anonyme
    France et Asie
    1932
    Aucune image