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Chronique des Missions et des Etablissements communs 7

Chronique des Missions et des Etablissements communs Tôkyô 5 juin. Le 5 mai, les Frères Marianistes de Yokohama, pour compléter la restauration de leur Collège St-Joseph par la construction dune Salle de Gymnase, avec bains et piscine au sous-sol, ont organisé au Memorial Hall de la ville une séance dramatique, jouée par les élèves, qui a eu un réel succès.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs

    Tôkyô

    5 juin.

    Le 5 mai, les Frères Marianistes de Yokohama, pour compléter la restauration de leur Collège St-Joseph par la construction dune Salle de Gymnase, avec bains et piscine au sous-sol, ont organisé au Memorial Hall de la ville une séance dramatique, jouée par les élèves, qui a eu un réel succès.

    Le 21 mai, à la Salle des uvres de la paroisse de Koenji, le P. Mayet a organisé, grâce au concours de diplômés du Conservatoire de Tôkyô, une séance musicale très goûtée, au bénéfice des uvres de la paroisse.

    Dans le dessein de contribuer à lérection dun pavillon pour les malades pauvres à lhôpital des Surs Franciscaines de Marie, la Société des Dames Catholiques de lEtoile-du-Matin, Ake no Hoshi, (Section des uvres), a demandé le concours des artistes dun théâtre de Tôkyô pour une séance de comédies modernes, qui sest donnée le 23 mai au Hall de Hibiya Park. Le P. Candau et un délégué du Bureau des uvres sociales du Ministère de lIntérieur y ont pris la parole. Lassistance a été évaluée à un millier de personnes.

    Le 26 mai, le P. Dossier arrivait à Tôkyô, après un séjour en France qui la complètement rétabli et lui a rendu la vue quil était menacé de perdre. Monseigneur lArchevêque la chargé de suite de la direction du petit-séminaire de Sekiguchi, en remplacement du P. Larrieu qui, très fatigué et souffrant dune pleurésie, après sêtre fait soigner à lhôpital des Surs Franciscaines, se repose actuellement au Sanatorium de Ste-Thérèse de lE. J. à Shichiriga-Hama, près de Kamakura.

    Le P. Bodin, de la mission de Séoul, qui temporairement était chargé du Sanatorium de Béthanie où il pratiquait le japonais dans lequel il est déjà passé maître, a dû entrer à lhôpital des Surs Franciscaines pour faire soigner ses poumons qui, gazés durant la guerre, sont sujets aux crises dasthme et à dautres accidents nécessitant des précautions et du repos.

    Depuis la fin davril, le même hôpital hospitalise aussi le P. Benoît, de la mission de Fukuoka, souffrant dune maladie, qui était restée jusquà présent mal caractérisée, du bulbe rachidien, avec paralysie partielle. Espérons que les bons soins qui lui sont donnés arriveront à tuer le microbe qui cause tout le mal.

    Il nous faut compléter cette liste de malades déjà longue, en signalant laccident survenu, il y a une quinzaine de jours, au P. Cesselin, curé de la paroisse de Tsukiji, à Tôkyô. En taillant une glycine de son jardin, il est tombé et sest fracturé lhumérus du bras gauche. Il a été transporté à lhôpital St-Luc, voisin de sa résidence. Quoique la fracture soit de nature grave, et semble devoir demander du temps pour se réduire, le moral du P. Cesselin reste excellent.

    Le P. Cossard, qui a été désigné pour être directeur spirituel au grand-séminaire régional de Tôkyô, est parti le jour de lAscension viâ Siberia pour la France où il doit prendre des directions au sujet de ses nouvelles fonctions. Il a été remplacé au poste de Mito par le P. Bertrand de la mission de Taikou, qui, comme japonisant, se montre le digne émule du P. Bodin.


    Fukuoka

    Deo gratias ! Notre bonne ville épiscopale a enfin son école catholique. Cest chose faite depuis avril dernier.

    Arrivées au Japon les premières, dès 1872, et depuis lors toujours sur la brèche prêtes à offrir leur concours pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, les Dames de St Maur, dont les uvres scolaires de Tôkyô sont universellement connues et appréciées du public japonais, viennent douvrir à Fukuoka une Ecole Commerciale de Filles.

    Cest en septembre 1932 que cette fondation fut acceptée en principe par les autorités supérieures de St Maur. En vue de simplifier la procédure souvent très longue et très pénible dune nouvelle fondation : terrain à acheter, bâtiments à construire, etc., et pour permettre en même temps douvrir lécole dès le printemps 1933, Mgr Breton offrit aux Religieuses le Séminaire alors en construction et un terrain attenant dune superficie de deux hectares environ, le tout situé dans un nouveau quartier résidentiel, à cent mètres dun arrêt du tramway : position idéale pour une école de filles. Loffre fut acceptée avec reconnaissance par la Mère Ste Thérèse, Visitatrice, et une transaction passée entre les deux parties. La mise à exécution ne se fit pas attendre.

    Pendant ce temps toutefois et comme si de rien nétait, le petit séminaire de Guébriant, dont notre vénéré Supérieur Général avait béni la première pierre le 2 mai 1932, était terminé et, le 16 octobre de la même année, béni en présente des confrères réunis pour la retraite annuelle. Nos braves séminaristes, ne se doutant de rien, y entraient joyeux et contents à la pensée davoir enfin une demeure permanente. Hélas ! devaient-ils dire bientôt, beaux rêves de jeunesse qui sévanouissent à peine formés !

    Et en effet le 13 février 1933, après quatre mois doccupation pacifique, en pleine lune de miel, pourrait-on dire, nos pauvres séminaristes étaient poliment invités à évacuer et à réintégrer leur ancienne installation de fortune de la cathédrale : ce quils firent dailleurs de bon cur, grandement consolés à la pensée que déjà architectes et entrepreneurs travaillaient dare-dare à reconstruire ailleurs.

    Grâce à cette retraite stratégique, comme disent nos poilus, le plan préconçu put se réaliser à la lettre. Le 23 février la reconnaissance officielle de la nouvelle Ecole de Commerce était accordée par le Ministre de lInstruction Publique, et le 8 avril lécole ouvrait ses portes à une soixantaine délèves qui avaient répondu à lappel. Quelques jours plus tard les Surs annonçaient louverture de cours particuliers de langue, couture, broderie, etc. pour jeunes demoiselles et dames de la ville, cours qui comptent déjà une quarantaine dinscrits.

    Le diocèse se réjouit de ce début consolant et remercie les dévouées Religieuses davoir bien voulu accepter un certain nombre denfants de familles trop pauvres pour subvenir aux frais dune éducation moderne. Cette charité on ne peut mieux placée, puisquelle a pour but de relever le milieu social de certaines chrétientés de la campagne, ne manquera pas dattirer les bénédictions divines sur cette nouvelle uvre scolaire de St Maur au Japon.

    Cependant que le beau sexe prenait possession de leur école, nos 40 séminaristes tiraient la langue à lombre de notre modeste cathédrale et attendaient avec impatience le jour où leur nouveau séminaire serait terminé. En quatre ou cinq mois ce fut chose faite et les confrères venus le 6 juin, mardi de la Pentecôte, pour la réunion et retraite trimestrielle, eurent le plaisir dassister à la bénédiction du nouveau petit séminaire de Guébriant, cérémonie simplifiée à dessein, puisque le bâtiment nest, somme toute, quune deuxième édition corrigée et augmentée de celui de lan dernier. Seule la pierre bénite par Mgr de Guébriant lui-même, lors de son passage à Fukuoka le 2 mai 1932, fut détachée du premier édifice et encastrée dans le péristyle du second. Le lendemain 7 juin, nos séminaristes sinstallaient pour de bon cette fois sous la direction du P. F. Bois, V. G., Supérieur de lInstitution, et du P Bonnecaze, chargé des cours de latin et de philosophie préparatoire. Le nouveau Séminaire de Guébriant, bâti sur une propriété de 4 hectares, boisée, accidentée, dune hygiène irréprochable, a en outre lavantage de se trouver à 500 mètres environ de lEcole de St Maur et du Noviciat des Surs Japonaises de la Visitation ; ce qui permettra au staff du séminaire dassurer sans difficulté le service religieux de ces deux communautés.

    Le 27 mai au soir, Mgr et son Vicaire Général se rendaient à Shindenbaru, où il sagissait, cette fois, dune bénédiction de Couvent. Comme pour la bénédiction de léglise en mars dernier, les invités furent reçus à la chinoise, cest-à-dire au son et à la lueur de 300 pétards et fusées. Tout le monde trouva que cétait épatant, mirobolant, excepté le curé de lendroit, le P. Lagrève, évidemment un expert en feu dartifice, qui trouva que leffet était complètement raté. Une retraite aux flambeaux suivit à laquelle assistait toute la paroisse. Là aussi limagination furibonde du P. Lagrève avait inventé un modèle de flambeau parfaitement réussi et quon conserve précieusement à la paroisse, pour usages ultérieurs.

    Le lendemain confirmation dune cinquantaine denfants et dadultes, suivie de la bénédiction dun modeste couvent des Surs de la Visitation. Ces dévouées auxiliatrices ouvraient le lendemain une école maternelle dans lancienne église. Elles trouveront sans nul doute de quoi exercer leur zèle et leur charité parmi cette population chrétienne de Shindenbaru, peu favorisée hélas ! des biens de la fortune, et que la nécessité a forcée démigrer dans ces pays nouvellement défrichés.

    Tous ces préparatifs de cérémonies et manifestations furent un peu trop pour la santé délicate de notre cher confrère, qui se voit condamné par la Faculté à un repos de quelques semaines. Après quoi il sera de nouveau sur pied. Par contre la condition de notre cher P. Benoît, couché depuis plus dun an, ne paraît pas saméliorer vite, bien quon ait tout tenté pour le guérir. Il est actuellement entre les mains des médecins et des Religieuses Franciscaines M. de Marie, à lhôpital catholique de Tôkyô. Par lentremise du Bulletin, nous demandons aux nombreux amis de ce si sympathique confrère de joindre leurs prières aux nôtres, pour que Dieu daigne nous le conserver.

    Le P. Léoutre qui travaille darrache-pied au Japonais, a été envoyé faire ses premières armes sous la direction du P. Drouet, à la Cathédrale. Le P. Raoult, retour de France, a repris son ancien poste de Hitoyoshi.


    Osaka

    6 juin.

    Ces temps derniers, la paroisse flottante du P. Flachère, (alias, le Croiseur Primauguet) venait jeter lancre dans le port de Kobé, où il séjournait un long mois pour réparations importantes.

    Les escales du Japon peuvent faire la joie des matelots et des touristes, e!les ne sont certainement point des périodes de repos pour les aumôniers de la flotte.

    En dehors des jeunes gens qui lui sont confiés, et auxquels il faut procurer des distractions aussi saines que nombreuses, le P. Flachère pense aussi à ses confrères chargés de chrétientés, et met à leur disposition un chur dartistes pour rehausser léclat des cérémonies religieuses. Sur son désir également, la fanfare du bord se transportera de divers côtés : à Osaka et même à Kyôto, pour y donner des concerts dautant plus appréciés que nos Japonais montrent un véritable engouement pour la musique. Cest ainsi que plusieurs établissements catholiques déducation eurent à tour de rôle loccasion dapplaudir nos compatriotes.

    De son côté, le P. Deruy, chargé de la chrétienté dAmagasaki (centre ouvrier de la banlieue dOsaka) ne voulant pas rester en arrière, sentendit avec le directeur du lycée de jeunes filles pour donner un concert de charité, en faveur des miséreux de la ville. La salle des séances récréatives de lécole fut mise à la disposition de la musique du Primauguet, et deux concerts y furent donnés, lun à deux heures, lautre à sept heures du soir. Ce fut un vrai succès, car le chiffre des auditeurs dépassait deux mille.

    Le directeur de létablissement eut à cur dexprimer ses remerciements aux exécutants et au Père Flachère qui les avait amenés. Ne fut pas oublié non plus le Père Deruy dont la généreuse initiative en faveur des pauvres de la cité ne saurait manquer de créer des sympathies.

    Dun autre côté, létat du Père Bousquet, après avoir donné pendant de longs mois les plus graves inquiétudes, semble enfin saméliorer sérieusement. Les docteurs, qui le soignent, nous assurent même, à moins de complications imprévues, quon peut compter maintenant sur la guérison. Ils ajoutent dailleurs que la convalescence sera longue.


    Séoul

    3 juin.

    La retraite des missionnaires, commencée le soir du lundi 1er mai, a été terminée le dimanche suivant par la grandmesse pontificale célébrée par S. E. Mgr Chambon. Larchevêque de Tôkyô avait donné les instructions aussi pieuses que pratiques et bien dans lesprit de notre Société, Mgr Larribeau ayant eu lheureuse idée daménager sa chapelle privée de telle sorte que tous les retraitants y trouvèrent place, cette innovation fut très appréciée de tous ; jusquici cest à la cathédrale que se faisaient tous les exercices, va-et-vient qui nétait pas sans inconvénient pour le recueillement général et aussi pour les jambes des vieux.

    Monsieur le consul de France, voulant bien reprendre une tradition un peu délaissée ces dernières années, prit part à nos agapes de midi, le jour de la clôture, et le lendemain il recevait à sa table toua les missionnaires qui avaient pu se rendre libres.

    A notre retraite manquaient : le P. Guinand, retenu au grand séminaire par les devoirs de sa charge, le P. Devise, en route pour France et les PP. Bodin et Pichon. Le P. Bodin encore à Tôkyô, annonce son retour pour la fin de juillet ; en attendant, il a dû, sur le conseil du médecin, faire un petit stage à lhôpital. Le Père avait besoin de repos, maladie habituelle facilement aggravée par le changement de saison, un peu de fatigue, un... je ne sais quoi, écrit-on de là-bas. Bien soigné, bien tranquille, on espère quil sera non pas guéri, mais aussi bien que dhabitude. Le. P. Pichon qui comptait revenir par transsibérien a fini par sembarquer à Marseille sur le Porthos le 5 mai, attendu à Shanghai le 8 juin. Il paraît que le transsibérien coûte maintenant plus cher que le bateau.

    Mgr Chambon avait compté donner aussi la retraite des prêtres indigènes, qui a eu lieu du 15 au 21 mai ; des raisons majeures lont empêché de prolonger son séjour, à Séoul ; un de nos bons voisins de la préfecture apostolique de Hpyeng-yang, ancien professeur au séminaire de Maryknoll, le R. P. Coleman voulut bien venir le remplacer.

    A ces deux retraites une messe solennelle de Requiem a été célébrée à lintention de celui qui fut si longtemps notre chef, Monseigneur Mutel, et dont la mémoire bénie nous est toujours si présente.

    La fête de lAscension de lannée 1933 restera mémorable dans les annales de la Préfecture Apostolique de Hpyeng-yang : un séminariste appartenant à cette nouvelle mission et qui vient dachever ses études à Séoul a été ordonné prêtre à Hpyeng-yang même. Tous les chrétiens de la ville et beaucoup dautres venus de loin assistaient à la cérémonie, la première de ce genre célébrée dans cette préfecture. S. E. Mgr Larribeau, qui est allé faire cette ordination, est revenu enchanté de ce quil a vu et entendu là-bas. Les progrès déjà réalisés dans cette jeune mission, détachée du Vicariat de Séoul en 1927, sont très remarquables et lavenir paraît plein de promesses.


    Taikou

    8 juin.

    Après la retraite des missionnaires a eu lieu celle des prêtres indigènes, du 14 au 21 mai. Durant cette semaine, plusieurs articles du Directoire propre de la mission de Taikou ont été mis au point, de sorte que ce Directoire pourra, sous peu, être ajouté au Directoire commun des Missions de Corée, quil complètera.

    A la fin de cette retraite tous les Pères présents ont fêté joyeusement le vingt-cinquième anniversaire dordination du P. Barthélemy Ri, le sympathique et dévoué curé de Syou-Ryou. Après quun de ses confrères eut retracé, en un élégant et délicat discours latin, la vie de pauvreté et dhumilité, qui fut toujours celle du jubilaire, Son Excellence, en quelques mots partis du cur, redit quelle joie cétait pour Elle dé célébrer cette fête du seul prêtre de la Mission qui eut été autrefois son élève au séminaire de Ryong-san, et exhorta les jeunes Pères à suivre les exemples et les vertus de leur aîné. Cette petite fête de famille nest quun prélude, sans doute, de celle que préparent les chrétiens du P. Barthélemy si attachés à leur pasteur.

    Le 23 mai, arrivée du P. Peynet. Après deux ans passés à Hongkong, ne pouvant se faire au climat, il revient à Taikou reprendre son ministère auprès des Coréens, autant du moins que lâge et les forces, le lui permettront.

    Le 27 mai, le P. Cossard de la Mission de Tôkyô, en route pour France par Transsibérien, nous est arrivé à limproviste : il na pas voulu passer à Taikou sans saluer Monseigneur et les Pères, et voir son ancien condisciple, le P. Richard, de Waikoan, chez lequel il a pu passer la soirée.

    Pour la Pentecôte nous avons eu la visite de M. Depeyre, le si sympathique consul de France de Séoul. Pendant son court séjour ici, nous avons été charmés par lintérêt quil nous a montré aimablement pour toutes les uvres de la mission.


    Kirin

    10 mai.

    La jeune nation de Mandchourie sorganise de plus en plus. Une visite à la capitale nous donne une idée de lesprit dorganisation des autorités. Rien nest laissé au hasard, mais un bureau spécial a été formé, qui na dautre but que de réaliser les agrandissements et les embellissements du Grand Sinking, capitale du nouvel état.

    Déjà, lan dernier, dimportants travaux avaient été commencés : nouvelles avenues, construction de magnifiques immeubles, etc.. Mais depuis quelques jours, le plan de la nouvelle cité a été officiellement publié. Les grandes avenues auront 60 mètres de largeur et comprendront : au milieu une promenade de 15 mètres, de chaque côté de cette promenade une chaussée de 12 mètres pour les voitures et enfin un trottoir de 10 m. pour les piétons. Quant aux rues, les grandes auront 45 et les petites 25 mètres de largeur. Toutes seront bordées darbres. Les bas-fonds, ruisseaux et terrains impropres à la construction, seront transformés en parcs et jardins publics.

    Aux cartes et plans publiés sont jointes des gravures représentant les principaux aspects de la nouvelle ville, telle quelle sera dans cinq ans. Ce sera quelque chose de magnifique, mais on se demande si des travaux aussi gigantesques pourront être terminés dans un laps de temps aussi court.

    A la fin davril a été achevée la voie ferrée Tounn-Houa à Yenki, qui met en relations directes Sinking et Kirin avec la Corée.

    En général, la situation est assez calme. Cependant, on commence à parler de nouveau de bandes de brigands. Cest ainsi que le district de Itong est dans linsécurité la plus complète ; aussi le P. Wang a-t-il dû évacuer sa résidence, occupée par les brigands.

    Certains étudiants nont pas encore perdu leur esprit dindiscipline. Le 5 mai deux étudiants distribuaient des tracts communistes dans la ville de Kirin. Ils ne tardèrent pas à être pris par la police qui les remit aux mains des Japonais. Ceux-ci apprirent quune réunion, de caractère suspect, devait se tenir le lendemain même à lécole secondaire. Aussi purent-ils mettre la main sur les étudiants, qui, sans défiance, palabraient sur le bonheur du régime communiste. A lheure actuelle, ces jeunes gens sont encore sous les verrous.

    Après le P. Trincal, qui sest embarqué le 25 mars à Shanghai pour prendre un congé dans sa famille, cest le P. Peignont qui vient de nous quitter, lui aussi, pour jouir auprès de sa bonne vieille maman, dun repos bien mérité.


    Chengtu

    15 mai.

    La retraite annuelle du clergé indigène a eu lieu du 30 avril au 5 mai : comme lan dernier, elle a été prêchée par le R. P. Rodriguez O. S. S. R.. Le jour même de la clôture, celui-ci est parti pour Chungking, où il doit également prêcher la retraite du clergé indigène de ce vicariat. Il a promis de revenir lan prochain ; nous le souhaitons de tout cur, pour le plus grand bien spirituel du clergé et des communautés religieuses.

    Récemment a été fondée, à Chengtu, une association des Enfants de Marie et les pensionnaires et ex-pensionnaires de lécole Etoile du Matin, tenue par les Religieuses F. M. M. sont venues nombreuses sy faire inscrire.

    Les anciens réfugiés païens et chrétiens, au moment de la Bataille des rues lan dernier, ont offert à Monseigneur un Pien et deux Toui tse (tablettes en bois laqué et doré) par lesquels, en caractères chinois sculptés, ils louangent la charité de lévêché, de lhôpital et de lorphelinat. Ce témoignage de leur reconnaissance a été apporté solennellement au son de la musique, et au crépitement des pétards, il a été placé au-dessus de la statue du Sacré-Cur, Roi et Maître de la maison.

    Une nouvelle guerre civile a éclaté entre les maréchaux Lieou ouen houi et Ten si heou. Ce dernier, par pitié pour la population de Chengtu, qui, lan dernier, a tant souffert, est sorti de la ville et a disposé ses troupes à une distance denviron 20 kil. sur les routes du nord et de louest. Il est vraisemblable que le maréchal Tien, qui a enfin repris Tongkiang et rejeté les communistes sur le Shensi, viendra lui prêter main-forte. Lieou ouen houi a su, cette fois, dit-on, se ménager la neutralité de son neveu le maréchal Lieou siang de Chungking, et on ne peut prévoir la tournure, que prendra cette nouvelle guerre fratricide.

    Cest lépoque des travaux du printemps : récolte du blé, sésame, chanvre, etc, et ensuite repiquage du riz. Le pauvre paysan nose plus sortir de chez lui, car les soldats lagrippent aussitôt pour porter les caisses de munitions. Malheur à celui qui essaie de résister, il est abattu aussitôt comme un chien, comme je lai vu faire hier encore à deux pas de ma porte.

    Les brigands, par contre, travaillent au grand jour, pillent des banques et enlèvent des otages en pleine ville de Chengtu, et, à la campagne, mettent la main sur les jeunes mariées dans leur chaise fleurie.

    Et que dire des petits voleurs qui pullulent comme les puces au printemps ? Ils nont même pas épargné les dévouées Religieuses F. M. M. qui se dépensent jour et nuit au service des malheureux à notre hospice de la Porte du nord : par deux fois, ils sont venus pendant la nuit et ont fait main basse sur la lingerie de la maison !

    Un journaliste de Chengtu écrivait, il y a quelques jours : Quand les étrangers disent que cest lanarchie en Chine, ils ont parfaitement raison : il y a des soldats aux portes des villes et de nombreux policiers dans toutes les rues, il faut croire que les brigands descendent directement du ciel ! Je souhaite à ma patrie un nouveau Tsin ché houang ! (1)

    Parmi les réfugiés à lévêché au moment de la Bataille des rues, lan dernier, se trouvait un M. Tchong, ingénieur électricien, resté en France pendant 13 ans et marié à une Française. Lui aussi ne se gênait pas pour faire damères réflexions sur lanarchie qui règne ici. Da pacem, Domine.

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    (1) Cet empereur, en 213 a. J. C., fit brûler tous les livres classiques, et fut assez heureux pour unifier lempire.


    Chungking

    10 juin.

    Le 5 mai, les PP. Meillier et Lombard, étaient de retour de leur congé de France, après un bon voyage et en excellente santé. Leur compagnon de voyage, le P. Valentin, retardé par des études techniques faites aux imprimeries de Hongkong et Zi-ka-wei, nous revenait à son tour le 15 mai, toujours plein de jeunesse enthousiaste et dactivité. Et, tout de suite, il reprenait ses fonctions dimprimeur-éditeur. Le P. Bouchut, qui, en labsence du titulaire, assura le service de lImprimerie à la satisfaction de tous, est nommé professeur au petit-séminaire.

    Du 14 au 20 mai, avaient lieu à lévêché les Exercices annuels de la retraite pour le clergé indigène ; 39 étaient présents, 5 seulement manquaient à lappel, retenus par la maladie ou bloqués par les bandes qui infestent encore les régions de Penshui et Yeouyang. Le prédicateur des Exercices fut le P. Rodriguez, Rédemptoriste, dont les instructions nombreuses, claires, fermes et très franches furent très écoutées, et, ainsi quil nous a été dit, remuèrent profondément les curs et les consciences.

    A lissue de la retraite, le 21 mai, la mission de Chungking avait la joie de célébrer les noces de diamant sacerdotales dun vénéré prêtre chinois, le P. Paul Hia. A 9 heures, le jubilaire, en présence de S. E. Mgr Jantzen, entouré de notre clergé indigène presque au complet et des missionnaires de la ville, chantait une messe solennelle dactions de grâces en léglise de la paroisse Notre-Dame de la Miséricorde, dont il fut pendant 10 ans le très dévoué recteur. Et lorsque, après la cérémonie, clergé et chrétiens se pressaient pour lui offrir leurs vux et cadeaux, Mgr Jantzen ne manqua pas, en quelques paroles que lon sentait inspirées par une profonde vénération, de rappeler combien toujours droite, nette, apostolique, exemplaire fut la longue vie sacerdotale du P. Paul Hia, soit dans les paroisses quil eut à évangéliser, soit comme supérieur, pendant 10 ans, dun Probatorium quil fallait réorganiser, après la grande tourmente de 1886, qui venait de détruire, de fond en comble, tous nos établissements déducation cléricale.

    Et voilà que, pour mettre le comble à la joie de tous, un télégramme arrivait de Rome annonçant de la part du Saint-Père, pour lheureux jubilaire, une lettre autographe et la bénédiction apostolique.

    Trois jours après, Mgr Jantzen ordonnait à Chungking un nouveau prêtre, le P. Thomas Sie, et une heureuse photographie rejoignait, de notre clergé, ces extrêmes des âges : 89 et 31 ans ! Entre eux, 122 prêtres chinois, furent ordonnés dans la mission de Chungking, et 79 vivent encore, appartenant à la mission de Chungking ou, depuis la division, à la mission de Wanshien. Le P. Paul Hia fut ordonné en 1873 par Mgr Desflèches, premier Vicaire Apostolique de Chungking.

    La guerre a de nouveau éclaté au Szechwan. Les deux co-maréchaux de Chengtu, Lieou ouen-houi et Ten si-heou se culbutent lun lautre, avec avantage sérieux toutefois, semble-t-il, pour le premier. Et tous deux, par leurs télégrammes circulaires, se défendent davoir commencé. Mais duobus litigantibus tertius gaudet. Notre brave gouverneur de Chungking, le maréchal Lieou-siang se promet le rôle de Perrin Dandin. Il menace dintervenir si le conflit ne cesse immédiatement, et comme le conflit ne saurait cesser aussi brusquement, il imposera son arbitrage aux belligérants, leur laissera quelque écaille, prendra la part du plus fort, et chacun en paix sen ira.


    Suifu

    1er juin.

    Dans la première semaine de mai, une violente tempête, accompagnée de grêle, a dévasté les sous-préfectures de Kuinlien, de Kusung, de Yunlin, de Lachi, de Luchow, de Fushun et de Lungchang, cest-à-dire tout le sud du vicariat. La moyenne des grêlons atteignait la grosseur dun uf de poule ; les plus gros pesaient plus dune livre chinoise, exactement 860 grammes. Un grand nombre darbres déracinés, la moisson du printemps en partie détruite, les tuiles des maisons ou arrachées ou réduites en poussière, tel est le bilan. Les dégâts subis par la mission sélèvent à plusieurs milliers de piastres.

    Partis de Suifu le 3 avril, NN. SS. Renault et Ly arrivèrent à Shanghai le 24. Jusque là le voyage fut à tout point excellent, et la santé était bonne. Leur passage était retenu sur le paquebot italien, le Conte Verde, qui devait lever lancre le 12 mai et les amener à Brindisi en 24 jours.

    Bonnes nouvelles aussi de notre doyen, le P. Gire, qui sembarqua à Hongkong pour France à la mi-mars. Il nous a écrit, dans un style très alerte, de très intéressantes lettres de Hongkong, de Saigon, de Singapour et de Colombo. Dautres sont certainement en route. Il se portait aussi bien quon peut se porter à 74 ans : bon appétit, et, de plus, réfractaire au maI de mer. Daucuns disent que ce mal gênant na pas de prise sur les personnes qui ont dépassé un certain âge.

    A loccasion des trente ans de Chine des PP. Le Roux, Pierrel et Dubois, il y eut une petite réunion chez ce dernier à Ouang ta tsoui, station fondée par Son Excellence Mgr de Guébriant, il y a également trente ans. La réunion, cela va de soi, fut joyeuse. Parties de chasse ; séances de phono, où les disques français alternaient avec les disques chinois. Les hôtes du P. Dubois admirèrent surtout ses nombreux catéchuménats où des centaines de nouveaux chrétiens étudient notre sainte religion. Plaise à Dieu que nos trois jubilaires fassent avec la Chine un nouveau bail de trente ans.


    Ningyuanfu

    7 mai.

    Le Kientchang
    Après avoir pillé Houang mou tchang, les brigands prirent la route de Ta tien tché où ils continuèrent leurs exploits dans toute la région. Parmi les otages quils emmenèrent se trouvent cinq chrétiens. Le P. Li, craignant un retour toujours possible de ces forcenés, a passé la fête de Pâques à Ouan li tsen.

    A Houi li tcheou, le chef des écoles, M. Tai, cherche chicane au P. Bettendorf, au sujet de ses écoles de catéchisme. Cest une suite aux affaires suscitées lan dernier par le clan bolchévisant du pays.

    Dans tout le Kientchang la vie devient difficile. Les taxes sont de plus en plus lourdes, et la récolte du printemps, à cause de la sécheresse, a été à peu près nulle. La famine est à craindre dans les mois qui vont suivre. Mais la région qui semble la plus éprouvée est celle de Tchang pin tse. Depuis plusieurs mois déjà, plus de riz, plus de maïs. Le P. Boiteux, curé de lendroit, a fait tout son possible pour soulager la misère de ses ouailles. Il est actuellement à Ningyuanfu pour y prendre quelques jours de repos.

    Le P. Le Mercier, provicaire, est rentré hier dune tournée de huit jours. Il a trouvé le pays tranquille, et les chrétiens des diverses stations visitées lui ont fait la meilleure impression. Partout cest lévolution vers le progrès !!! A Kokai leang, Litcheou, Loukou, nous avons été obligés de reculer nos oratoires de plusieurs mètres, pour lélargissement des rues. A quand les autos ? ?...


    Tatsienlu

    1er mai.

    Le P. Leroux, indisposé à la fin de la Semaine Sainte, est allé revoir Chapa en compagnie de quelques séminaristes. Le P. Pasteur a pris la direction opposée pour aller visiter le P. Doublet, isolé à Taofu ; et le P. Barnabé Lafond, souffrant des dents, sest rendu à la capitale, à la recherche dun dentiste. En son absence, le Père Supérieur prend soin du district de Mosimien.

    Au petit séminaire, trois sujets inaptes à létude, ont été remis à leur famille. Il ne reste plus que douze latinistes.

    A Pâques, à la léproserie de Mosimien, 6 lépreux ont été admis au baptême. Ce nouvel apport de conversions porte à 24 le nombre des baptêmes dadultes administrés depuis la fondation, (indépendamment de ceux in articulo mortis) sur une population de 64 hospitalisés.

    Une épidémie, ressemblant au typhus exanthématique, visite les familles de la plaine de Chapa, et plusieurs sont totalement atteintes. Le P. Valour, curé de céans, se dévoue au chevet des malades, pour le ministère et les soins médicaux, tout en se précautionnant contre la contagion. Il a le bonheur de soulager le plus grand nombre, et de ne compter jusquici quun seul décès. Lépidémie de grippe de Mowkung a fait place à une invasion de chiens enragés qui ont mordu de nombreuses personnes, dont plusieurs ont déjà succombé au terrible mal.

    A Taofu, durant labsence du curé en visite à Kiakilong, les cambrioleurs ont brisé une fenêtre barrée, et se sont introduits dans les appartements de notre confrère, où ils ont enlevé, en argent et en objets divers, la valeur de plusieurs centaines de roupies. La police a retrouvé leurs traces, et elle ne leur fera pas quartier. Moins heureux dans ses recherches, Mgr le Coadjuteur ignore encore quel est le malandrin qui a enlevé quelques dizaines de piastres, en forçant la fenêtre de son bureau, pendant le repas de midi.

    Le P. Nussbaum a réussi à franchir la frontière sino-thibétaine, pour faire une courte visite aux chrétiens de Bathang. Laissés à eux-mêmes, depuis trois ou quatre ans, ils, se sentent découragés et enclins à saffranchir des lois de lEglise. Le contraire étonnerait. Ils ont été heureux de revoir le Père, de pouvoir prier en commun et sapprocher des sacrements. Le local nétait cependant pas favorable au recueillement et à la prière, car la résidence et la chapelle sont, depuis un an, converties en caserne. Les militaires sy conduisent en maîtres, et se sont pliés de mauvais gré au désir du Père, qui réclamait un coin pour reposer et lusage provisoire de la chapelle. Tout lameublement a disparu ; les portes et les fenêtres manquent. Bientôt la maison sera inhabitable. Les demandes dévacuation sont restées jusquici sans effet. Une dernière plainte a été déposée au bureau du général Ten. Aura-t-elle meilleur résultat ?

    Les Chanoines Réguliers du St-Bernard ont dû atteindre Weisi au début davril. Lécho leur adresse son salut et ses souhaits de bienvenue au Thibet, et leur offre ses meilleurs vux de fécond apostolat.


    Yunnanfu

    30 mai.

    Un radio dhier de Paris, arrivé aujourdhui, nous annonce la nomination de Monseigneur de Jonghe comme Vicaire Apostolique. Benedictus qui venit in nomine Domini !

    La retraite annuelle régionale a eu lieu à lépoque normale du 7 au 12 mai. Elle na pas été bruyante, mais nen a pas été moins réconfortante. Les confrères ont été heureux de se rencontrer et de passer quelques jours ensemble.

    Les nouvelles du P. Leparoux, à la clinique St Paul à Hanoi depuis le 22 avril, sont plutôt rares, nous aimerions tant apprendre que les forces lui reviennent. Les docteurs paraissent hésiter à tenter lintervention chirurgicale dont ils avaient parlé. Continuons à prier pour notre cher malade : la température chaude et humide du Tonkin commence à lui être pénible.

    Le P. Valtat, retour du Tonkin le 5 mai, sest mis en route le 15 pour le Kientchang. De retour chez lui, le P. Bougault écrit : Pendant mon absence, il sest passé un malheur ; trois voleurs ont fait un trou dans le mur de ma maison et enlevé un petit coffre-fort qui contenait dans les 2000 dollars. Le Père construit un clocher à son église ; pareille perte navancera pas les travaux.


    Kweiyang

    20 mai.

    Mgr Seguin recevait dernièrement communication dune lettre du P. Roucoules donnant quelques détails sur les derniers jours du P. Bacqué à Montbeton, celui-ci entre autres : Une chose quon remarquait cétait son amour pour la Chine et sa mission. Si le bon Dieu avait permis quil fut éloigné de ses chrétiens, son esprit et son cur restaient toujours au milieu deux. Jusquau bout, il a voulu garder ses habits chinois et être enterré avec eux. Le fait est dautant plus à souligner que, durant ses 33 ans de mission, le P. Bacqué avait bien fait à peu près tout ce quil avait pu pour ses chrétiens, mais il navait jamais affiché ses sentiments de sinophile ni dans ses discours, ni dans ses lettres.

    Vers les premiers jours de mai, le P. Jean Marie Hou, vicaire forain de Tsen Y, vicariat confié au clergé indigène, a été mis en danger par de violents crachements de sang. Les dernières nouvelles sont meilleures mais il reste encore bien faible. Le P. Bruno Oui, vicaire à Tin fan, vient dêtre envoyé à Tsen Y comme vicaire de supplément.

    Notre province a eu à souffrir de la grêle en plusieurs endroits : dabord à Tékiang et Tongjen sur la frontière N. E., puis à Kweiyang le 7 mai. Ici, la grêle fut accompagnée dune tornade comme on nen avait jamais vue dans nos parages : grêlons pas plus gros que des noix, mais tombant coagulés entre eux et saplatissant sur nos choux comme des battoirs ; vent qui tordait les branches darbre grosses comme des bouteilles et les projetaient à une trentaine de mètres. Résultat : récoltes du printemps anéanties par endroits, et en ville, jonchée de tuiles et vitres cassées.

    Notre retraite annuelle a eu lieu, mais les confrères nont pas pu y venir nombreux. Par suite des mouvements de troupes, dans louest surtout, les Pères de la région de Ganchouen nont pas osé abandonner leurs églises, et avec raison : si, au passage des troupes, le curé nest pas là pour défendre sa résidence, la soldatesque y pénètre et sinstalle partout sans aucune gêne ni discrétion. Et même, à Suyang, le P. Lieou, curé de lendroit, a dû assister impuissant à linvasion de ses bâtiments.

    Nous avions espéré que notre réunion coïnciderait avec le sacre de Mgr Larrart, mais en vain : les Bulles, parties de Rome il y a trois mois, narrivent pas, force est bien de les attendre.

    Le R. P. Baumeister, supérieur de la nouvelle mission de Chetsien, confiée à la province allemande de la Congrégation des missionnaires dIssoudun, vient darriver à Kweiyang pour prêter serment entre les mains de Mgr Seguin et sentendre avec lui pour réaliser la séparation de sa mission. Pour administrer les quelque 3000 chrétiens qui passent sous sa houlette et ouvrir de nouvelles régions à lEvangile, il se trouve déjà à la tête de 12 missionnaires de sa congrégation, tous jeunes et vaillants, dont le nombre saccroît régulièrement au rythme de 3 par an. Un groupe de Surs vient aussi de leur arriver, et les Frères sy joindront dans un an ou deux quand il y aura de la besogne de taillée pour eux. Parmi eux, les aînés ont déjà reçu la visite des brigands, et même ont eu à la leur rendre, cela leur a procuré loccasion de faire preuve de sang-froid et dendurance. On peut sans crainte couper la marcotte et détacher la jeune mission ; elle ne tombera pas en quenouille.

    Ces jours derniers, le procureur de la mission, le curé de la paroisse du Lantang, le supérieur du petit séminaire, ont reçu un pli du gouverneur Ouang kia lié, lequel demande à emprunter ? là 6.000 dollars, ici 3.000, pour laider à supporter les frais de la... paix armée. Il fait de même avec tous les chinois quelque peu aisés et ici son langage devient un peu plus pressant Si quelquun veut tergiverser, la taxe est doublée, puis doublée encore et enfin lindividu menacé de prison et ses biens de confiscation.

    Notre camp daviation, au sud de Kweiyang, est à peu près fini, mais il y manque les hangars. La semaine dernière un petit avion, venu du Hou lan, vint sy poser, très élégamment dailleurs, mais dès le lendemain la pluie est survenue, et le pauvret est toujours là à la même place à la garde dun planton, lun et lautre sous les averses et les pieds dans la boue... Naturellement on songe à munir le camp de hangars, ou plutôt non, mieux que ça ! Comme le terrain est bordé sur un de ses côtés par une colline rocheuse, on va y ouvrir des grottes artificielles où les avions se trouveront à labri de la pluie, de la grêle et des bombes tout à la fois.


    Lanlong

    15 mai.

    Le Ripuaire.
    S. E. Monseigneur Carlo partira le 17 mai pour Kweiyang. Nous souhaitons à Son Excellence un heureux et reposant voyage après les fatigues de la retraite des Pères indigènes. Les retraitants étaient presque au complet : Le P. Ly avait dû rester auprès du P. Aug. Yong dont létat de santé donnait quelques inquiétudes, mais les dernières nouvelles sont plus rassurantes.

    Le sacre de Monseigneur Larrart aura lieu très probablement le 28 mai à Kweiyang.

    Guerre civile. La guerre a repris entre les armées de Ouang et Yeou. Celles-ci, grâce à une trahison, ont pu passer le Hoa Kiang et avancer jusquà la rivière de Palenkiao où les troupes de Ouang se seraient fortifiées derrière des tranchées imprenables, nous assure-t-on, abstraction faite de la cavalerie de St Georges. En dernière nouvelle on annonce que les armées de Ouang auraient infligé une grave défaite à celles de Yeou. Hier, on avait fermé les portes de la ville craignant larrivée des fuyards, disait-on.


    Canton

    15 juin.

    Echos du Shek Shat.
    Notre confrère le Père Jarreau sest embarqué hier sur lAthos II. Il arrivera parmi nous le 16 Juillet.

    Notre cher doyen, le Père Frayssinet débarrassé dun kyste extirpé par les soins du Docteur de lhôpital Saint-Paul est maintenant rentré au sanatorium de Béthanie. Il peut encore célébrer la Sainte Messe, mais il craint de ne pas pouvoir continuer longtemps encore, tant sa vue devient mauvaise.

    Le R. Frère Gabriel, Visiteur des Frères de la Charité de Gand, a passé quelques jours à Canton. Il a visité la Léproserie Saint Joseph de Shek-Lung.

    De tous les établissements de ce genre quil a vus soit en Afrique soit en Asie cest le nôtre qui compte le plus de malades, mais aussi qui est le plus pauvre.

    Le 4 juin dernier, fête de la Pentecôte, au Carmel, deux Postulantes ont reçu lhabit religieux. Mgr Fourquet a prié le R. P. Noval, Procureur des Dominicains Espagnols à Hongkong, de le remplacer pour présider cette cérémonie.

    Le jour de la Pentecôte, à lissue de la grandmesse, Mgr Fourquet a conféré le sacrement de Confirmation à 87 chrétiens.

    Nos deux Sous-Diacres Jacques Leung et André Tsing ont été élevés au Diaconat le jour de la fête de la Très Sainte Trinité.

    Quatre élèves de lécole des Surs Canadiennes ont été baptisées le jour de la fête de la Pentecôte.


    Swatow

    16 juin.

    Le P. Rondeau nous est revenu de Hongkong frais et dispos ; espérons que sa santé, fortifiée par le repos et les soins dont il a été entouré par le P. Marie, tiendra bon maintenant pour de longues années.

    Le P. Vignaud, intrépide voyageur, est venu faire un tour par ici ; il veut connaître de visu un coin de cette Chine dont on parle tant.

    Les Rouges continuent à circuler dans notre mission, partageant par-ci par-là les biens des capitalistes et supprimant ceux qui font mine de leur résister. Leur propagande cachée ne reste pas partout stérile, même auprès de la jeunesse féminine. Les soldats ont surpris dernièrement un campement damazones dans la montagne et ont ramené quelques spécimens de ces jouvencelles toutes âgées de moins de vingt ans.

    Une bande de ces bolchévistes-brigands opère depuis quelque temps dans la région de Ho-po ; les notables, effrayés des conséquences que pourrait avoir une visite de ces gaillards à la mission, sont venus exposer leurs craintes au bon P. Veaux ; sur leurs instances les Religieuses Ursulines ont quitté momentanément ce poste et se sont repliées sur Swatow.

    Le séminaire.
    Le 5 février 1933, le séminaire de la mission de Swatow achevait sa quinzième année. Au moment où il va commencer son adolescence, il ne serait peut-être pas inutile de jeter un coup dil sur le passé. Les quelques chiffres ci-dessous suffiront pour donner aux lecteurs du Bulletin une idée du travail accompli.

    Depuis la fondation de son séminaire, la mission de Swatow a eu 137 séminaristes, dont 124 y ont commencé leurs études.

    Sur ce nombre il y a eu :

    19 prêtres, dont 1 est mort et 2 sont passés à la nouvelle Préfecture Apostolique de Kaying, détachée de la mission de Swatow,
    1 grand séminariste en probation,
    2 passés à Kaying,
    1 Bornéo,
    4 théologiens à Penang,
    12 philosophes,
    47 latinistes,
    4 morts pendant leurs études (3 au grand séminaire, 1 au petit.)


    Pakhoi

    14 juin.

    Le 13 mai, après une absence de 25 jours, Mgr Pénicaud nous revenait en auto de Fort-Bayard. Durant cette courte période S. E. avait eu le temps de faire à Hongkong une rapide apparition, et de visiter en revenant trois districts de la presquîle du Louitcheou ; celui de la ville même, Topi et la Ste Trinité. Bilan de ces randonnées : environ 700 confirmations et une grande fatigue. Les détails nous font complètement défaut ; ceux qui ont payé de leur personne ont sans doute voulu garder pour eux tout le mérite de ces deux semaines que lon devine bien remplies.

    Par la même route, mais venant de plus loin, nous arrivait, le 20 mai, notre nouveau consul : Monsieur Vaché. Le dimanche 28, Monseigneur, accompagné des missionnaires en résidence à Pakhoi, rendait sa visite au jeune et sympathique représentant de la France. Entre temps, le 26, la Marne, battant pavillon de lamiral Richard, commandant les forces navales de lIndochine, entrait dans notre port. Les établissements catholiques de Pakhoi remercient bien vivement lamiral et le commandant de la Marne, de la gracieuse visite quils ont bien voulu leur faire.

    Une touchante cérémonie, précédemment annoncée, mettait en fête, le jour de la Pentecôte, notre couvent indigène. Deux novices y prononcèrent leur premier vu avec autant de simplicité que de générosité.

    Rien de nouveau des districts. Si la sagesse se mesure au silence nous pouvons être tranquilles, les missionnaires de Pakhoi méritent le 1er prix !


    Nanning

    9 juin.

    La province du Kwangsi marche à grands pas dans la voie de la civilisation. Jugez donc ! On est en train dunifier les poids et mesures ! Le pied, qui variait de 30 à 36 centimètres, aura désormais 33 cent. 33, soit trois pieds pour un mètre français. La livre, qui oscillait entre 555 et 604 grammes, suivant quelle était fixée par le vendeur ou lacheteur, sera maintenant stabilisée à 500 grammes. Les mesures de capacité seront basées sur le litre comme unité. Bref, le système métrique va entrer en vigueur. Réussira-t-il à supplanter les autres ? Cest une autre question !

    Une seconde salle de lecture a été ouverte dans une maison voisine du séminaire. Elle semble devoir donner plus de résultats que celle établie dans le centre de la ville. On remarque que les clients les plus assidus sont rarement des gens de la ville même.

    Les Pères de la brousse signalent de nombreux mouvements de conversions, principalement dans les régions de Konghien et Sieoujen.

    Nous venons dacquérir un terrain à Lioufou, ville importante au centre géographique du Kwangsi et qui semble destinée à devenir plus tard la capitale de la province. Il y a 50 ans, le P. Barrier, dont la vie a été écrite, avait déjà rêvé de sy installer. Il avait dû se contenter de travailler dans les environs et il avait obtenu des conversions. Mais les chrétiens laissés par lui navaient été visités que rarement, car le pays était infesté de brigands. Le dernier prêtre qui avait tenté dy aller en 1921, le prêtre chinois Aloysius Tsin, avait payé son audace de sa vie.

    Cette année, le P. Cuenot a pu y pénétrer et a retrouvé des vestiges consolants de ces vieux chrétiens. Armé dun Pathé-Baby, il organisa une conférence où assistèrent plus de 300 personnes (sympathiques à la religion). Lère de paix dont nous jouissons maintenant et lattitude sympathique de la population donnent lespoir que nous pourrons étendre le royaume de Dieu dans cette région si délaissée jusquaujourdhui.

    Dans la région de Oumin nord de Nanning un des passe-temps favoris de la population consiste à faire du spiritisme. On névoque guère les morts, parce que si le chinois na pas peur de la mort, il a peur des morts ; mais le medium évoque lâme de personnages absents : époux, amis, parents etc., et répond au nom de ces absents dont il manifeste les pensées et dont il prend jusquau timbre de voix dit-on ?


    Hunghoa

    13 juin.

    La moisson du cinquième mois est toujours bien aléatoire : une fois de plus, nous lavons vu, cette année. Le riz était très beau ; le maïs, de même, et tout promettait une bonne récolte ; hélas ! vers la fin de mai, des pluies continuelles inondèrent les bas-fonds ; la grêle vint, en maints endroits, dévaster le tout ; et cest à peine mûr que le riz fut récolté. La région de Hunghoa, surtout, fut éprouvée ; à la veille de payer limpôt, ce fut, pour les populations, une vraie calamité !

    Le P. Gautier a profité des fêtes de lAscension et de la Pentecôte pour aller visiter les chrétiens du centre militaire de Hà-Giang et des postes voisins. Maintenant, de Tuyên-Quang à cette localité, environ 180 km., il y a une route empierrée ; notre confrère peut, avec sa motocyclette, la faire assez rapidement ; désormais, il sera plus aisé de se rendre dans ces postes, voisins de la frontière de Chine, où, lors de la visite annuelle du missionnaire, le travail ne manque pas ! Grâce à Dieu, il y a, à Hà-Giang, un excellent mandarin chrétien, très apprécié de tous : depuis dix ans quil est dans ce centre, tous les chefs de ce Territoire militaire ont tenu à le garder ; et, au point de vue religion, il contribue largement à maintenir, dans le droit chemin, les chrétiens qui y résident, les uns, comme soldats, les autres, comme pêcheurs ou commerçants.

    Une autre route, qui pourra plus tard servir la cause de lévangélisation, cest celle de Hanoi à Lai-Châu, de douze à quatorze heures dautomobile : elle passe par Hoa-Bình, Sơn-La, chefs-lieux de deux provinces dépendant de notre mission, et traverse le Territoire militaire de Lai-Châu, également dans notre mission. Toute cette région de la Rivière-Noire na pu encore, faute de personnel, entendre la Bonne Nouvelle ; cette nouvelle route, récemment inaugurée, facilitera la tâche, espérons-le !

    Dans la province de Yên-Bái, la route, que suivent les Pères Cornille et Doussoux, pour atteindre leur poste de Nghĩa-Lộ, se transforme aussi ; déjà, sur une bonne longueur, les automobiles peuvent circuler, et des ponts en fer ou en ciment armé, permettront de faire rapidement les quelque 80 km., qui séparent ces deux centres.

    La semaine de la Pentecôte a marqué, comme chaleur ! Le Saint-Esprit nous a donné largement ses grâces, et embrasés de ses feux les plus doux, comme dit le cantique. Quelle température, cinq jours durant, et quelles bonnes nuits ! Et, lorsque le samedi de la Trinité, une petite pluie vint rafraîchir la terre et les gens, quel soupir de soulagement !

    Dire que notre nouveau confrère, M. Idiart-Alhor, avait choisi ces jours-là pour faire son entrée au Tonkin ! Ce nétait plus la fraîcheur de ses Pyrénées, et il put apprécier les charmes des pays chauds ! Jadis, son oncle travailla, comme missionnaire, dans la région de Thanh-hoa, et à Hanoi ; son corps repose dans lenclos de la mission, à Sơn-Tây, et cest là que M. Idiart a fait sa première visite. Le lendemain, quand Mgr Ramond le reçut à Hunghoa, et lui eut donné, comme nom annamite, celui de son oncle Cha Thịnh, le Père prospère, Son Excellence ne lui fit quun souhait, celui de ressembler, le plus possible, à son oncle !

    Le samedi de la Trinité, ont été ordonnés, à Hunghoa, trois nouveaux prêtres; avec les six, qui furent ordonnés le samedi de la Passion, et qui ont terminé, en fin de mai, leurs études théologiques, cela nous donne neuf nouveaux prêtres, et permet de renforcer le personnel des différentes paroisses. Ils ont reçu leur destination, le dimanche 11 juin, et vont commencer leur ministère ; puissent-ils produire, tous, de bons fruits !

    Nos élèves de philosophie et nos latinistes ont commencé, le 10 juin, leurs vacances ordinaires de deux mois. Après les chaleurs de la fin de lannée scolaire, personne nétait fâché de dire adieu, pour quelque temps, à Aristote ou à Cicéron ! Malheureusement, au Tonkin, les vacances ne sont guère rafraîchissantes, et les Colonies de vacances, pour nos séminaristes, sont encore dans les futuribles.


    Thanh Hoa

    1er juin.

    Baptêmes. A Diền-hộ, paroisse la plus proche de Phát-diệm, Monseigneur De Cooman a baptisé, les 13 & 14 mai, 145 adultes ou enfants. Dans la paroisse de Thanh-hoa, Son Excellence en a baptisé 72 le 16 mai et 200 le 21 mai. Quatre cents se préparent à recevoir le baptême dans quelques mois.

    Destinations. Trois confrères quittent la mission de Phát-diệm pour rejoindre celle de Thanh-hoa. Depuis plus de vingt ans, le P. Soubeyre se dévoue, à Quảng-Phúc, à luvre des nouveaux chrétiens. Il y est estimé et aimé de tous. Son rêve était de mourir au milieu de ses nombreux néophytes, après une retraite bien légitime dans la belle petite maison quil y a construite en 1911. Les âmes sachètent avec des sacrifices : celui de la séparation constitue un beau capital au bénéfice des âmes qui attendent encore lheure de la Providence. Le Père prendra quelques semaines de repos à Ba-Làng et se retirera ensuite à Phúc-Dịa. Le P. Lehmann, professeur de Philosophie au grand séminaire de Phát-diệm, remplace le P. Lury au Probatorium de Ba Làng. Le P. Barnabé, professeur de français au petit séminaire de Phúc-Nhạc est nommé procureur de la mission de Thanh-hoa.

    Six confrères restent encore dans la mission de Phát-diệm, provisoirement. A la ville épiscopale : le P. Schlotterbek, supérieur du grand séminaire ; le P. Chambonnier, procureur. Au petit séminaire de Phúc-Nhạc : le P. Deux, doyen de la Société et qui vient dentrer dans sa 91e année ; le P. Réminiac, supérieur ; le P. Pellois, directeur spirituel. A la ville de Ninh-Binh, le P. Delmas, curé.

    Les deux séminaires sus-dits et le Probatorium de Ba-Làng restent communs aux deux missions.

    La santé des confrères. Le P. Lury, supérieur de Ba-Làng, sapprête à aller reprendre de nouvelles forces en France. Le P. Delavet, le dévoué et habile gérant de la concession de Phúc-Dịc, est en traitement à Thanh-hoa : le médecin na pas encore donné son diagnostic... Les Pères Bourlet et Pourchet combattent une entérite assez sérieuse. Le P. Mironneau de Mường-Xôi (Châu Laos) donne, lui aussi, de mauvaises nouvelles de sa santé.


    Quinhon

    1er juin.

    Noviciat de Gò thị. En terminant notre dernière chronique nous exprimions lespoir que nos ardentes supplications seraient exaucées, et que la supérieure p. i. nous serait conservée. Hélas ! le bon Dieu, dont les desseins sont impénétrables, ne sest pas rendu à nos désirs, et le 15 mai, nous avions la douleur de conduire à sa dernière demeure les restes mortels de Sur Madeleine de la Croix. Elle avait rendu sa belle âme à Dieu la veille, à lhôpital de Quinhon, entourée de Sur Stanislas, envoyée de Saigon depuis trois semaines par la Rév. Mère Provinciale, et de ses dévouées infirmières, professes du couvent de Gò thị. La jeune communauté reste un peu désemparée par suite de cette douloureuse épreuve, mais cependant pleine de confiance dans lintérêt tout apostolique que lui porte la Congrégation de St Paul de Chartres. Le bon Dieu a voulu dailleurs que la tombe de cette sainte religieuse, à quelques mètres du jardin du noviciat, rende témoignage que luvre a été commencée et menée à bonne fin par cette apostolique congrégation.

    Nhatrang. Le 14 mai, fête officielle de Ste Jeanne dArc, et inauguration de léglise. Les Pages Catholiques de Saigon ont relaté ces cérémonies, nous leur empruntons les lignes suivantes : Aujourdhui, fête de Ste Jeanne dArc, le Nhatrang catholique est dans la joie. Nous inaugurons la magnifique église dont les superbes baies gothiques attendent encore leurs vitraux. La construction est due à lesprit de foi, à labnégation, au cran tout à fait apostolique dun homme de cur : le R. P. Vallet, curé de Nhatrang. Le P. Lemasle, provicaire de la mission de Hué, avait bien voulu prêter à son ami le P. Vallet le concours de son apostolique éloquence pour chanter les gloires de la sainte Française. La chorale du petit noviciat des Frères rehaussait léclat de la cérémonie par le chant de beaux cantiques. De nombreux payens des environs avaient tenu à y assister, puissent-ils sêtre retirés avec le désir de se convertir ! Puisse aussi Sainte Jeanne dArc, si grandiosement fêtée, procurer au cher curé de Nhatrang de beaux vitraux pour compléter ce magnifique édifice !

    La fête du 14 mai a été attristée par le départ de Sur Sempé, des Filles de la Charité, supérieure et fondatrice du poste quelle était venue occuper, avec deux compagnes françaises, en novembre dernier ; elle a été remplacée par Sur Gilbert. Toute notre reconnaissance à Sur Sempé pour tout le bien quelle a fait ici en quelques mois, et nos meilleurs souhaits de bienvenue à Sur Gilbert !

    Les chers Frères des Ecoles Chrétiennes, trop à létroit à Hué où il leur était impossible de sagrandir, ont choisi Nhatrang, le meilleur climat de toute lIndochine, pour y installer leurs diverses maisons de formation quils sont venus occuper le 22 mars dernier. Ils sy trouvent dans un site idéal, sur une petite colline en bordure de la mer à lest, de la ville au sud, et de la route coloniale à louest,

    Le 15 mai, ils célébraient en grande solennité la fête de leur fondateur : St Jean-Baptiste de la Salle. Les catholiques et les payens des environs furent admis dans la journée à visiter ce magnifique établissement. Le cher Frère Xavier venait darriver, quelques jours auparavant, comme directeur de la maison toute entière.

    Le 16 mai, aux Bureaux de lIngénieur en chef de Nhatrang, a eu lieu ladjudication du dernier tronçon du chemin de fer Trans-indochinois : Quinhon-Nhatrang. Voilà qui va donner du travail à beaucoup de chômeurs forcés, même du Tonkin, qui attendaient cette bonne aubaine.


    Hué

    11 juin.

    Visiteurs. Mgr Ghika, protonotaire apostolique et prince roumain, de retour du Japon, sest arrêté deux jours à Hué dans le courant du mois de mai. Nous avons été grandement édifiés de son esprit de foi et du récit de son ministère de vrai missionnaire dans la banlieue rouge de Paris. De passage aussi à Hué le mois dernier le P. Kerbaol, de Vinh, et le P. Labiausse, provicaire de Quinhon.

    A la réception à la Résidence Supérieure du général Verdier, nouveau Commandant Supérieur des Troupes de lIndochine, S. E. Mgr Chabanon, le P. Lemasle, provicaire, et le P. Darbon, représentaient la mission.

    Noces dargent épiscopales de Mgr Allys. Le 24 mai, Mgr Allys accomplissait la vingt-cinquième année de sa carrière épiscopale. Son Excellence, étant condamnée par sa cécité à vivre dans la retraite la plus complète, a célébré cet anniversaire dans la plus stricte intimité. La seule cérémonie extérieure fut un salut solennel du St Sacrement avec Te Deum donné le 24 à la cathédrale de Phủ-Cam par Mgr le Vicaire Apostolique. S. E. Mgr le Délégué, le clergé des environs, le grand séminaire vinrent y prier pour lancien pasteur de la paroisse et de la mission. Dailleurs une lettre pastorale de Mgr Chabanon avait rappelé aux chrétiens ce devoir et, en leur annonçant ce jubilé épiscopal, il prescrivait une semaine de prières pour le vénérable Prélat. La veille du jour anniversaire, dans la soirée, les prêtres de la ville et les élèves du grand séminaire, ayant Mgr le Vicaire Apostolique à leur tête, sétaient rendus auprès de leur ancien évêque, et lui avaient offert au nom de tout le clergé de la mission, leurs félicitations et lassurance de leurs prières dans la fidélité du souvenir. Mgr Chabanon donna ensuite lecture dune lettre de lEminentissime Préfet de la Propagande, apportant à loccasion de ce solennel anniversaire une Bénédiction spéciale du St Père et les félicitations de la Sacrée Congrégation. Mgr Chabanon ajouta simplement : Les sentiments contenus dans cette lettre, Monseigneur, sont les nôtres, exprimant dans cet éloquent laconisme la pensée de tous.

    Voici le texte de ce document, qui résume fidèlement la carrière sacerdotale et épiscopale de lancien Vicaire Apostolique de Hué :

    S. Congregazione De Propaganda Fide.
    Romæ, 29 Aprilis 1933.

    EXCELLº Dº EUGENIO ALLYS
    EPISC. TIT. PHACUSIEN. SOLIO PONTIFICIO ASSISTENTI.
    EXCELLENTISSIME DOMINE,

    Proxima veniente die 24 maii vigesimus quintus annus completur ex quo consecrationem Episcopalem Excellentia Tua Revma suscepit, proinde huic faustæ celebrationi Sacra hæc Congregatio toto corde participare desiderat.

    Neminem enim fugit, quo zelo, quo fervore Exc. Tua in labore apostolico incubuerit. Anno enim 1875 in regionem annamiticam, relicta patria, parentibus, amicis, generose convolasti ; ibique per annos 58 integros naviter adlaborasti, ne una quidem vice in Galliam rediisti. Persecutionem annorum 1883 et 1885 quæ decem millia victimarum istic messuit, fortiter superasti et quamvis corpore parum firmo fueris, tamen invicto animo nulli pepercisti labori ut quamplurimas animas Christo Domino lucrifaceres, qua missionarius rectorque districtus in urbe principe Hué.

    Sed quis enarrare poterit qua charitate flagraveris postquam consecrationem episcopalem suscepisti ? Bonum revera pastorem Te exhibuisti, omnibus omnia factum, et in praxim constanter deduxisti quæ Apostolus de se dicit Ego impendam et superimpendar ipse pro animabus.

    Inde res catholica in Vicariatu de Hué mira incrementa suscepit, piæ societates virorum et mulierum excitatæ sunt, clerici in sortem Domini vocati recte efformati sunt, fideles ad vitam christianam animati et infideles ad lucem veritatis vocati sunt. Auctoritas quoque civilis erga Ecclesiam existimatione et grato animo affecta est.

    Nec labor tuus pro missione desiit quando paucis abhinc annis ob ccitatem perfectam demissionem a munere Vicarii Apostolici obtulisti ; exinde enim precibus et patientia in tribulatione tua a Domino confertas gratias et benedictiones super dilectum Vicariatum invocare cpisti.

    Ssmus proinde Dominus Noster Pius Papa XI Tibi in hac die auspicatissima effusam benedictionem impertit, et Sacra hæc Congregatio DEUM O. M. enixe rogat ut tua sancta desideria perfecte a Domino compleantur.

    Interim maneo

    EXCELLENTIÆ TUÆ
    addictissimus in Domino
    P. Card. Fumasoni-Biondi, Præf.
    Carolus Salotti, Arch. Tit. Phil., Secr.

    Causeries aux païens. Cest du côté est de la banlieue de Hué que les Rév. Pères Rédemptoristes ont fait donner cette nouvelle série de conférences aux païens, quils appellent modestement Semaine de Causeries. Ainsi successivement tous les environs de la capitale ont pu entendre la Bonne Nouvelle. Nam-Phổ fut choisi comme lieu de réunion. Il y a là une petite chrétienté de néophytes natteignant pas la centaine, noyée, pour ainsi dire, dans une agglomération très importante de païen s: Nam-Phổ est en effet un des grands marchés des environs de Hué et nombre de mandarins de tout grade, en activité ou retraités, y ont leur demeure. Aucun local pour les réunions, léglise elle-même étant de dimensions exiguës : les conférences eurent donc lieu en plein air, les auditeurs païens étant assis ou debout sur le terre-plein qui est devant léglise, les chrétiens à lintérieur et le conférencier debout devant le porche. Les prêtres annamites qui prirent successivement la parole étaient presque tous les mêmes qui avaient donné les précédentes causeries : lhabitude et lexpérience les rendent de plus en plus experts dans leur rôle plutôt difficile de conférenciers aux païens.

    Pendant huit jours donc, au milieu du mois de mai, un auditoire dau moins six cents païens se trouvait réuni devant léglise de Nam-Phổ et entre 8 et 9 heures du soir un prêtre lui exposait les principes fondamentaux de la vraie religion et les preuves de la vérité du catholicisme. Léclairage étant des plus rudimentaires, on napercevait guère que des ombres entassées les unes près des autres. Ce nétait certes pas un spectacle banal que de voir cette assemblée dinfidèles gardant le silence le plus absolu, personne nallant ni ne venant, tous écoutant attentivement pendant trois quarts dheure ou une heure des vérités bien au-dessus des idées familières à un cerveau païen. Et ce fut ainsi tous les soirs, le nombre des auditeurs allant toujours croissant, auditoire toujours sympathique, se plaignant que les conférences fussent trop courtes et réclamant le dernier soir quon les continuât une semaine encore. Les Pères ont estimé quil valait mieux sen tenir là pour le moment et remettre à plus tard une nouvelle série de causeries. On peut dire que ces huit conférences de Nam-Phổ ont pleinement réussi, tout comme celles qui avaient été données ailleurs, et pourtant bien des circonstances étaient défavorables : pas de local, éclairage de fortune et surtout voisinage dun grand marché, rendez-vous ordinaire, comme chacun sait, de gens peu recommandables. Un fait qui prouve lempressement sympathique de la population à venir écouter les prédicateurs, cest que le théâtre du marché, qui faisait en moyenne huit piastres de recettes par soirée, nen fit plus que deux ces soirs-là. Pas plus à Nam-Phổ que précédemment à Gia-Hội, à Kim-Long, à Thợ-Đức, ces Causeries nont amené de mouvement de conversions ; quelques demandes isolées seulement. Dieu seul connaît le travail latent de la grâce dans les âmes ; dailleurs nest-ce pas beaucoup déjà davoir pu jeter la bonne semence dans ces curs de païens ?

    Fête nationale Ste Jeanne dArc (14 mai). La partie religieuse de la fête fut solennellement célébrée à la paroisse française St François-Xavier. S. E. Mgr le Délégué Apostolique, qui avait aimablement accepté de la présider, fut à la fois lofficiant de la messe et le panégyriste de la Sainte de la Patrie. Son sujet lamena à donner lexacte définition du vrai patriotisme, par opposition à ses deux excès, le nationalisme (au sens péjoratif) et linternationalisme ou communisme. Chacun put faire les applications concrètes et tirer les conclusions pratiques. La population française était là tout entière, remplissant léglise. Au premier rang, les Autorités Françaises, ayant à leur tête M. le Résident Supérieur Thibaudeau, M. le Commandant dArmes, M. le Résident-Maire ; du côté des Autorités Indigènes, on remarquait S.A.R. lancien Régent et trois Ministres, parmi lesquels M. Phạm Quỳnh, représentant le Roi. Deux cantates à Ste Jeanne dArc, ainsi que dautres pieux morceaux, furent brillamment exécutés par les voix mâles dune vingtaine de soldats français, chorale nouvellement formée par le zèle du P. Darbon. La fanfare de la Garde Indigène fit entendre aussi plusieurs beaux morceaux de son répertoire. Laprès-midi, lécole Ste Jeanne dArc, tenue par les Surs de St Paul, donna, à loccasion de sa fête patronale, une charmante séance récréative. Une très nombreuse assistance française et annamite (Mgr le Délégué Apostolique, Mgr lEvêque, des Ministres, au premier rang) était venue témoigner aux dévouées éducatrices de la jeunesse féminine huéenne de quelle estime elles jouissent auprès de tous.

    Fête nationale annamite. Deux circonstances ont concouru à rendre plus solennelle cette année à la capitale la célébration de la Fête nationale annamite du Hưng quốc khánh niệm (1) : la présence du roi, pour la première fois, et la présence du gouverneur général, de passage à Hué. Cette fête, fixée au 2e jour du 5e mois (cette année le 25 mai), commémore la restauration du royaume dAnnam par le roi Gia-Long en 1802. Elle comporte, outre des réjouissances populaires de jour et de nuit, des cérémonies rituelles diverses à lintérieur du Palais et une messe solennelle, demandée par la Cour, à la cathédrale, à la mémoire des Français qui furent au service du roi Gia-Long. Cette messe fut célébrée par S. E. Mgr Chabanon, le P. Provicaire et le P. Procureur, remplissant loffice de chapelains. S. E. Mgr le Délégué y assistait dans le sanctuaire. Dans la nef, à des places réservées, du côté de lEvangile : M. Pasquier, Gouverneur Général, M. Thibaudeau, Résident Supérieur, M. le Commandant dArmes, M. Charles, Gouverneur Général honoraire, M. le Résident-Maire et tous les chefs de services français ; du côté de lEpître, M. le lieutenant de vaisseau Barthélemy, Officier dordonnance du Roi, représentant S. M., le Corps des Ministres au complet et un nombre considérable de grands et de petits mandarins. Léglise, quoique de vastes proportions, était remplie dune nombreuse assistance de Français et dAnnamites. Le grand séminaire assurait, avec les cérémonies, lexécution du chant : les diverses parties dune messe grégorienne furent rendues avec piété et exactitude, alternant avec la fanfare de la Garde Indigène.

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    (1) Mot à mot : Joyeux souvenir de la restauration du royaume.


    Nos malades. Depuis plusieurs semaines le P. Delvaux est en traitement à lhôpital pour les bronches. Il va mieux. Mgr Chabanon et le P. Maunier ont dû aussi aller consulter la Faculté pour mauvais fonctionnement des intestins : ils ont été mis à un régime, qui a déjà produit dheureux effets. Deux prêtres indigènes ont dû passer également par lhôpital : le P. Hộ, pour paralysie des jambes et des mains ; après un traitement de plusieurs mois il peut maintenant dire de nouveau la messe quoique difficilement, il vient de rejoindre son poste ; le P. Mầu, atteint dun commencement de tuberculose, devra faire un séjour assez long au dispensaire Pasquier. Le P. Piéters se sentant fatigué lui aussi de la poitrine vient dentrer à lhôpital.

    Ordination. Le samedi des Quatre-Temps, 10 juin, S. E. Mgr Chabanon a fait à la cathédrale de Phủ-Cam une ordination comprenant : un diacre, deux sous-diacres, sept minorés et quatre tonsurés.


    Phnompenh

    Le P. Alexandre De Cooman est décédé à Culaogien le 24 mai, après une maladie de plusieurs mois que les médecins nont guère pu identifier : lestomac, entièrement délabré, nassimilait plus aucune nourriture ; depuis un mois environ le malade était devenu presque complètement sourd. Il a gardé sa connaissance jusquau dernier moment et sest éteint doucement après avoir beaucoup édifié les confrères du séminaire par sa résignation. A cause de la fête de lAscension, les confrères nont pu venir nombreux à lenterrement et Mgr Herrgott, en tournée de confirmation dans la Basse Cochinchine, na pu interrompre son voyage. Cest le troisième missionnaire que nous perdons depuis onze mois.

    Pour combler tous ces vides, le Séminaire de Paris nous envoie un nouveau, le P. Tallin, du diocèse de Chambéry : en lui souhaitant la bienvenue, nous faisons des vux pour quil puisse remplir une longue et fructueuse carrière apostolique. Mgr la envoyé à Banam pour apprendre la langue et se former au ministère.

    De passage à Phnompenh, en route pour Angkor et lEurope, S. E. Mgr le prince Ghika qui na séjourné que quelques heures à lévêché. Egalement de passage et rentrant en France, le P. Villebonnet, de la mission de Hanoi, et le P. Dézavelle, de la mission du Laos ; celui-ci, assez éprouvé par son séjour dans la brousse laotienne, va retrouver dans la Lorraine natale les globules rouges qui mettront en fuite tous les microbes du paludisme qui sacharnent après lui.

    Mgr Herrgott, après une longue tournée de confirmation à Soctrang, Cantho, Baclieu et Camau, est rentré le 6 juin et est reparti le 12 pour Hué, doù il descendra à Kontum pour le sacre de Monseigneur Jannin.


    Kontum

    Naissance du nouveau Vicariat de Kontum. 18 avril 1933. Notre St Père avait décrété, de son autorité suprême lérection en Vicariat Apostolique de notre chère mission des Bahnars le 11 janvier 1932, il y a 16 mois ; mais lacte de naissance de ce nouveau Vicariat doit être daté du 18 avril 1933, car cest dans la matinée de ce jour, quà Quinhon, le nouveau Vicaire Apostolique de Kontum, Mgr Jannin, évêque titulaire de Gadara, a pris possession de son Vicariat, par la présentation de ses Lettres Apostoliques à S. E. Mgr Tardieu, après quil eût prononcé et signé les trois serments demandés par Rome aux nouveaux évêques. La nouvelle Mission de Kontum a donc commencé à vivre de sa vie propre à partir de ce jour, où la séparation davec la Mission de Quinhon a été rendue effective. Cette Mission des Bahnars est donc à un sérieux tournant de son histoire, déjà assez longue, puisquelle a commencé lors de sa fondation en 1850. Son premier Vicaire Apostolique se permet de la recommander dune manière spéciale aux prières de tous les membres de notre chère Société des M. E.

    Mgr Jannin recevra la consécration épiscopale le jour de la belle fête du Sacré-Cur, 23 juin, des mains de S. E. Mgr le Délégué du St Siège en Indochine.

    Il a choisi pour son bras droit, au grand contentement de tous, le P. Hutinet. Que notre bon nouveau P. Provicaire soit assuré que nous nous efforcerons de lui rendre la tâche facile et la plus douce possible. En son beau district de Kon Hòring, la moisson jaunit plus belle de jour en jour ; le cher Père va quitter ce district le cur bien gros, il lui était tellement affectionné ! Cest le jeune Père Stutzmann qui va continuer son uvre et préparer la récolte. Alius qui seminat, alius qui metit ! ... Mais ce cher confrère aura tout dabord à bien connaître la langue Sedang, travail ardu, mais qui narrêtera pas son ardeur alsacienne !

    Le P. Ban, qui, durant de longues années, se dépensa avec quel zèle et quel succès chez les Ròngaos, va prendre la direction du district de Pòlei Pòo, qui peut-être, dans quelques années, deviendra le plus important de la mission, au moins comme étendue, car il va sétendre vers lEst à une centaine de kilomètres, jusquà la limite de la nouvelle mission. Les annamites des basses Provinces, trop surpeuplées, émigrent sérieusement vers les hauts plateaux des Jòrais ; où il y a déjà des dizaines dembryons de nouveaux villages annamites. Il est grand temps de soccuper deux sérieusement ; dans quelques années, il ne serait plus temps. Cest donc au zèle éclairé, pratique autant quardent du P. Ban quest confiée lévangélisation de tout ce nouveau monde.

    Le P. Xuân, dont le bon Dieu décuplera les forces, remplace le P. Ban à Hamong-Kòtu, en devenant titulaire de ce beau district.

    Le P. Corompt, seul Père français pour les vastes régions des Jòrais, se voit donner un vicaire, en la personne du P. Châu, un de nos trois premiers prêtres bahnars. Les deux autres sont nommés : le P. Den, vicaire du P. Cân, en ce pittoresque district de Kon Bahar, la petite Suisse de notre mission ; le P. Hiâu va seconder le P. Crétin, au district de Dak Kòna, dans lequel le vent de la grâce multiplie les conversions de villages entiers.

    Fête de Ste Jeanne dArc. 14 mai. A la cathédrale de Kontum, Mgr Jannin présidait la fête de Ste Jeanne dArc. La chorale du Collège Bx Cuenot prêtait son gracieux concours. Les Autorités françaises et annamites étaient présentes.

    Après lEvangile, le P. Louison, curé de la cathédrale, dans une charmante allocution, leur rappela que cette halte annuelle devait leur permettre de puiser un renouveau de vie spirituelle, en les rattachant davantage à leurs devoirs de catholiques et de français, qui seuls pourront les rendre les émules de la Sainte de la Patrie.

    Noces dor du R. P. Irigoyen. 18 mai. En ce jour-là, nous avons fêté le 50ème anniversaire de lordination sacerdotale de notre vénéré et vaillant doyen.

    Tous, nous nous sommes faits un devoir de venir nous unir au vénéré jubilaire, afin de remercier le Divin Maître et la bonne Mère. Qui aurait pu penser quen pays bahnar il put y avoir des noces dor !

    Tant à la messe, quaux agapes fraternelles, étaient présents le Résident de France, le Préfet Annamite, le Commandant darmes et le Médecin-Chef de lhôpital. Ce dernier, quoique nouvellement arrivé, tenait à remercier le P. Irigoyen, qui, en plus de toutes ses charges paroissiales, se dévoue aussi pour les 60 lépreux de la léproserie provinciale, à Dak Kia.

    Quand le vénéré jubilaire célébra le St Sacrifice, Français, Annamites et Bahnars ne firent quun cur. Un Père annamite et un Père bahnar étaient les servants de messe ; le Père J. B. Décrouille était le prêtre assistant.

    A la tribune, avec toute son âme dartiste, le P. Alberty rendit à la perfection un chant de circonstance : Ten souviens-tu ?, uvre du chanoine Chabot, Maître de chapelle à la cathédrale de Marseille, son ancien condisciple à la rue du Bac. Donc, grâce à lui et au concours de quelques Pères, entre autres, le P. Iroz, basque comme le cher jubilaire, ainsi que des Petits Frères de St Joseph, et de la chorale du Pensionnat de Ste Thérèse, pendant toute la cérémonie, la vaste église de Phương-hoà fut remplie de chants harmonieux. A la bénédiction du St Sacrement, avec quelle ardente gratitude envers Dieu le P. Irigoyen entonna de sa forte voix le Te Deum de lAction de grâces !

    Au sortir de léglise, après le vin dhonneur, pendant lequel le cher jubilaire reçut les compliments de ces MM. de lAdministration, les chrétiens de sa paroisse de Phương-hoà, puis les catéchistes en herbe du Collège Cuenot, qui dans toutes les fêtes apportent la note gaie, dirent au bon Père toute leur vénération et leur affection.

    Je ne dirai rien du dîner. Quil vous suffise de savoir que notre bon doyen ne fait rien à demi, dut-il manger des pousses de bambou par la suite !

    Cest donc de tout cur, quaprès labsorption de moult bonnes choses, Mgr Jannin se leva pour féliciter le cher Père. Après son toast, il annonça au cher jubilaire quil venait de recevoir une lettre par avion de Rome, lui disant que le St Père lui envoyait une bénédiction spéciale, signée de son auguste main. Ensuite, il engageait ses chers confrères dimiter celui que nous fêtions, de durer comme lui, vrai remède à la crise de personnel missionnaire. Le P. Asseray, vice-doyen, nous lut un télégramme de S. E. Mgr Grangeon. Cette délicate attention de Mgr dUtine ne surprit personne, et fut reçue avec joie par celui qui fut, il y a 50 ans, le compagnon de voyage du vénérable prélat.... Encore un discours du clergé annamite, terminé par des souhaits de longues années !

    Enfin, le cher Jubilaire se lève aussi ; après avoir remercié Mgr et les chers confrères, ainsi que ces Messieurs de lAdministration, il voulut bien nous donner le secret de sa longévité : Voilà, dit-il, avant de partir en mission, je me prosternais devant la grotte de Lourdes, et demandais à lImmaculée la grâce dune longue vie de missionnaire. Alors je sentis en moi quelque chose me disant que la bonne Mère acquiesçait à ma demande. Cest donc à la bonne Mère que je suis redevable de mes 50 ans de prêtrise ; à Elle mon action de grâces !...

    Aussi, le bon P. Irigoyen, voulant laisser un souvenir de ses noces dor, ne trouva rien de mieux que dentreprendre, et de mener à bonne fin, malgré son âge avancé et mille difficultés que Dieu seul connaît, la construction dune belle, vaste et solide église, quil dédia à N. D. de Lourdes, comme mémorial de sa reconnaissance.

    Avec le cher jubilaire, nous aussi nous disons merci à la bonne Mère, puisque cest grâce à Elle que la Mission des Bahnars a eu la joie davoir des noces dor.

    En se retirant, chacun répétait le refrain quun confrère venait de chanter, et dont je dois expliquer un mot pour sa compréhension : le cri de surprise, dadmiration, dentraînement du bon Père est : Oh la ! Oh la !
    Donc allez-y sur lair du Sillon !
    Vive notre cher jubilaire,
    Quil soit aux noces de diamant,
    Doyen des Missions-Étrangères !
    Oh la ! Oh la ! En avant !


    Bangkok.

    5 juin.

    Un double deuil a frappé les Chers Frères de St Gabriel durant le mois de mai. A quarante huit heures dintervalle, les Frères Joseph et Bernard ont succombé, lun atteint de pneumonie double et lautre danémie pernicieuse. Avec la mort du Cher Frère Principal, en février, cest donc une triple perte douloureuse quont éprouvée les Chers Frères. Espérons que Dieu dans sa miséricorde doublera la vaillance physique et morale de ceux qui soutiennent le poids du jour et que de nouveaux renforts viendront étayer leurs rangs si décimés.

    S. E. Mgr Perros a eu la joie de bénir en mai deux églises construites lune par le Père Thomas, chef du poste de Khorat, et lautre par le Père Tapie chargé de la chrétienté annamite de Samsen, à Bangkok. Malgré la crise économique, de généreuses donatrices ont permis à ces deux Pères dentreprendre et de mener à bien la construction dune maison de Dieu tant à Nôn Këo quà Bangbuathong, ce dont on ne saurait jamais trop se réjouir. Le poste très récent de Nôn Këo est le centre dune importante colonie laotienne qui laisse de grands espoirs de conversion. Une centaine de confirmations y furent administrées à de nouveaux chrétiens le jour même de la bénédiction de léglise.

    Une prise dhabit de trois Surs converses, chez les Religieuses Ursulines, a eu lieu le 3 mai, en la fête de Sainte Angèle Mérici, leur fondatrice. Une double profession religieuse sest déroulée chez les Surs de Saint Paul, le 5 juin. Cest dire que la vocation religieuse continue de fleurir au pays de Siam et que si dans le monde le Non Serviam, semble se répandre un peu partout, par contre, la belle devise Serviam simplante de plus en plus au royaume des Hommes libres.

    Dans le but de promouvoir le développement économique du Siam, un Conseil économique vient dêtre créé par le Roi. Il va sans dire que lagriculture ou mieux la monoculture du riz reste la première préoccupation du Conseil qui cherche les moyens de laméliorer. Le paysan siamois devra commencer par se libérer de ses dettes grâce à des établissements de crédit agricole, puis saffilier à des sociétés coopératives qui lui fourniront à prix réduits ce dont il a besoin pour vivre et pour travailler.

    Par ailleurs bien que sa sollicitude sétende surtout à lagriculture, le Conseil économique noubliera pas de favoriser toute espèce de commerce et dindustrie utiles au Siam. Toutefois comme le commerce et lindustrie ne sont encore quà létat denfance, le Conseil agira lentement et prudemment surtout à cette époque de crise mondiale.

    Nous signalons avec plaisir le passage à la Procure de S. A. Mgr le Prince Ghika. Ses différentes missions terminées en Extrême-Orient, Mgr Ghika, accompagné de la Princesse Ghika, sa nièce, venant dAngkor, se rendait à Penang rejoindre lAndré Lebon des Messageries Maritimes. Son bref séjour, morcelé par les visites que lui firent de nombreux membres du Corps diplomatique, ses amis, et les dîners et déjeuners quils donnèrent en son honneur, ne lui a pas permis de consacrer aux établissements de la mission un temps considérable, mais nous espérons que lavenir nous réserve encore la joie de le revoir et de le fêter.


    Malacca

    Au début du mois, S. E. Mgr Barillon a eu un accident dont nous redoutions les suites. A son lever, Mgr sentit ses jambes faiblir et tomba. Le médecin diagnostiqua un épanchement sanguin dans la région lombaire dû à lartério-sclérose. Les jambes semblaient complètement paralysées, et tous nous craignions que S. E. ne fût désormais réduite à garder le lit. Dieu merci, une amélioration notable sest produite, et tout nous permet despérer que Mgr Barillon pourra reprendre la célébration de la Sainte Messe ainsi quil le souhaite anxieusement. Nous demandons au Bon Dieu de hâter les progrès vers la santé et quil nous donne de voir S. E. remise sur pied dans le plus bref délai possible.

    Un gros événement qui a soulevé lenthousiasme des catholiques de Singapore, et plus spécialement des 5.000 chrétiens chinois qui forment les trois paroisses de la ville, a été le passage de leurs compatriotes allant à Rome prendre part aux fêtes du Jubilé. Le pèlerinage avait à sa tête leurs Excellences Mgr Renault, Vicaire Apostolique de Suifu, et huit autres Evêques, tous fils du vieil empire des Han.

    S. E. Mgr Nunes, Ev. de Macao, en visite dans la Malaisie, son Vic. Gén., le P. Cardoso, ainsi que les PP. Tromp, Stephen Li et Sy attendaient les pèlerins pour les conduire à léglise St Pierre et St Paul, la plus ancienne église chinoise de la ville. Salués par la voix des trois cloches et les grands jeux de lorgue, Leurs Excellences entrèrent dans léglise où se pressaient les chrétiens de la ville et de lîle, et dautres encore venus de Johore, capitale de lEtat Malais voisin de même nom.

    Après avoir béni la foule, NN. SS. gagnèrent le Hall de la mission où le P. Li, curé de Saint Pierre et St Paul, souhaita la bienvenue aux pèlerins, et pria Leurs Excellences de déposer aux pieds du Pape, avec le tribut de respect et damour des chrétiens de Chine, celui de leurs frères de Singapore. Monseigneur Yang, Auxiliaire de Canton, remercia de la réception si cordiale dont le pèlerinage était lobjet, et assura le P. Li quils nauraient garde doublier sa requête.

    A la fin du déjeuner, S. E. Mgr da Costa Nunes porta, en français, le toast des pèlerins, et rappela que Macao, sa ville épiscopale, avait été la porte par laquelle le Christianisme avait fait son entrée en Chine.

    Dans laprès-midi, Mgr Chow, Vic. Apos. de Paotingfu, donna la Bénédiction, assisté du P. Li et de son homonyme de Peiping, le P. Matthieu Li.

    Ainsi que lannonçait la précédente chronique, nous avons eu la joie de voir reprendre place parmi nous, les PP. Hermann, Devals et Souhait. Celui-ci arriva juste à point pour trouver son intérimaire, le P. Baloche, en train de flirter avec la goutte, tout comme le financier du Bonhomme.

    Le P. Maury, de Taiping, vient de mettre à la porte une indésirable : la fièvre. Il reprend des forces tout doucement avec, en perspective, trois mois au délicieux régime de la quinine.

    La chronique de Mai annonçait aussi comme prochaine la venue du P. Dubojs. Notre confrère est déjà casé, provisoirement du moins. Cela permettra au P. Dupoirieux de quitter la Cathédrale pour relever le P. Allard, Picpucien Hollandais de la Mission Banka-Billiton, qui doit rentrer dans cette Mission, et qui, depuis le départ du P. Fourgs, avait la charge de la paroisse Saint Michel dIpoh.

    Meilleures nouvelles aussi du P. Valour qui a subi avec succès lablation dun rein. Quant au P. Goyhénètche il suit lexemple de Monsieur Conrart, trouvant comme lui que le silence est dor.

    Il y a de cela une quinzaine, le P. Bélet, curé de Klang, traînait la jambe que cétait pitié rien que de le voir. Aux confrères du voisinage qui, tels les amis de Job, sapitoyaient sur son sort, il expliquait quun petit rhumatisme le tenait au genou. On sétonnait, toutefois, de voir sur le nez du Père quelques éraflures ne présentant, elles, aucun caractère rhumatismal. Il avait beau multiplier ses explications, elles ne trouvaient chez tous quun accueil très réservé. Dautant plus que le jour même où les rhumatismes faisaient leur apparition, lauto du Père était disparue automatiquement de son garage : Et puis on ne le disait pas, mais on y pensait le P. Bélet Marius, sans être du Midi, tout à fait Midi, en est si près que tous et un chacun préfèrent avec lui se tenir à carreau. Notre vice-doyen, le P. Renard est seul à violer cette règle ; aussi... mais ce sera pour une autre fois.

    Bref, ce qui était écrit était écrit, et en dépit des obstacles que Marius entassait autour du puits pour lempêcher de sortir, la vérité enjamba la margelle et fit entendre une chanson qui, paroles et musique, ne saccordait mie avec celle que nous avait chanté le héros de cette histoire. Et elle disait, cette chanson, quen sortant en car de son fief seigneurial, Messire Marius sétait lancé sans vérifier si la route était libre. Juste à ce moment, voulu par le plus noir des destins, un auto-bus le prit en écharpe et le fit si bellement pirouetter sur place que lauto de Marius se trouva, dit-on, amputée net des quatre roues. Seule la roue de rechange échappa indemne de la bagarre. Quant au Père Bélet Marius, il sen tirait sans peur (ni-reproche), avec son petit rhumatisme au genou et un tatouage très artistique sur le nez.

    Lexpérience est une rude école, et Marius, cet as du volant qui na rien dun mauvais élève, ne sort plus de chez lui maintenant sans, tout dabord, aller voir un quart-dheure à lavance si rien de sinistre : chien, biquette ou buffle, cochon, voiture à bufs ou pout-pout (1) tcha ne pointe à lhorizon.

    Maintenant, St Christophe, Protecteur des Casse-Cou, est privé dun client mais pas pour longtemps, je vous le dis ;
    Chassez le naturel, il revient au galop.


    Laos

    2 juin.

    La mission du Laos vient de perdre un de ses très bons prêtres indigènes : le P. Athanase, dorigine annamite, âgé de 69 ans. Après deux jours de maladie, le cher curé de Bassac fut emporté par la grippe le samedi-saint. Il avait quarante ans de fructueux sacerdoce. Pendant tout ce temps, il a rendu de grands services à la mission du Laos, et toujours prêt à répondre aux désirs de ses supérieurs, on peut affirmer que le cher défunt fut réellement un fils dobéissance. Cette mort est pour les Annamites de la région Paksé-Bassac une perte presque irréparable, puisque tous ces pauvres chrétiens resteront sans pasteur ; le Vicaire apostolique du Laos nayant aucun Père annamitisant sous la main pour le remplacer.

    Nous avons vu revenir avec plaisir de Béthanie le cher P. Malaval. Il a repris sa place de procureur à Nong Seng, auprès de Monseigneur. Le P. Barbier, de son côté, nous est revenu le 30 mai de la clinique de Hanoi, où fièvre, sciatique, arthritisme lavaient conduit.

    Dans un des derniers numéros du Bulletin, une page sur Luang Prabang a été signée, par erreur, du nom du P. Barbier. Notre confrère nétait pas du voyage, la relation nest pas de lui.

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    (1) Onomatopée en chinois du mot automobile, par allusion au son de la trompe.


    Rangoon

    31 mai.

    Mgr Provost a continué ses tournées de confirmation commencées en janvier. Il est allé à Kanazogon, chez le P. Mourier ; à Myaungmya, chez le P. Paschal, un prêtre indigène qui a profité de la présence de lEvêque pour célébrer le 25ème anniversaire de son ordination, à Bassein, chez le P. Perrin. Il est rentré, le 24 mars, à Rangoon, et sest embarqué, le 30, avec le P. Rioufreyt, pour Tavoy, Mergui et Kadai, à lextrémité sud de la mission. Le P. Rioufreyt fut particulièrement heureux de revoir Kadai, son ancien poste, et les parages où il a tué son premier tigre et de nombreux crocodiles.

    Le mercredi 26 avril, Mgr présidait, à Thonze, la réunion annuelle des catholiques Carians, et, le 8 mai, prenait avec le P. Chave, le bateau pour les îles Andaman, le bagne où sont déportés les criminels de lInde et de la Birmanie. Il y a là quelques fonctionnaires et forçats catholiques. Cétait la première visite que faisait Mgr à de coin de son Vicariat, et tout ce quil a vu la beaucoup intéressé. La vie des forçats, là-bas, nest pas ce quon pourrait se limaginer. Après 6 mois de cellule, ils sont employés à des travaux extérieurs, et vivent dans des campements, sous la surveillance de quelques gardiens indigènes dont ils se ménagent la bienveillance par de petits présents. Après 10 ans, sils nont pas de trop mauvaises notes, ils redeviennent des hommes libres, peuvent se marier et faire choix dun métier quelconque pour se subvenir à eux-mêmes, car, à partir de ce moment-là, ils ne sont plus à la charge de ladministration pénitentiaire. Les travaux forcés à perpétuité signifient 20 ans de bagne qui peuvent se réduire à 15 et même à moins, en vertu des rémissions de peine périodiques dont bénéficient les individus qui se sont bien conduits. Les tentatives dévasion sont plutôt rares. Les forçats, même les plus téméraires, hésitent à franchir, en petite barque, les 200 milles qui séparent les Iles du continent. Cest une aventure qui se termine généralement par un désastre ou par larrestation presque certaine des fugitifs, quand ils débarquent en Birmanie.

    Les régions des Iles Andaman, qui sont en dehors de la zone du pénitencier, sont habitées par quelques tribus de Négritos qui tendent de plus en plus à disparaître.

    De passage à Rangoon, au commencement davril, le P. Lahon et le Frère Manêche, Bétharamites, se rendant au Yunnan, le premier comme visiteur de la nouvelle mission de Talifu, le second comme auxiliaire des missionnaires. Le P. Saint-Guily, leur compatriote, leur a fait les honneurs de la capitale.

    Un peu plus tard, cest le P. Roche, de Mandalay, qui passait par ici, en route pour la France. Il sest embarqué le 6 mai. La terrible fièvre noire, qui en a terrassé tant dautres, a bien ébranlé son robuste tempérament mais nen a pas eu raison. Il sest encore une fois tiré dun très mauvais pas. Espérons que les eaux de Vichy, qui lont déjà guéri précédemment, auront la même efficacité.

    Le P. Meyrieux vient de faire encore un petit stage à lhôpital pour essayer de se guérir dune dysenterie qui a des tendances à devenir chronique. Après trois semaines dun traitement qui paraît avoir donné de bons résultats, il est allé passer sa convalescence à la léproserie de Kemmendine, où le P. Mourlanne veille à ce quil suive fidèlement son régime.

    Une Clarisse de Pegu, Sur Aimée de Jésus, a dû venir également à lhôpital de Rangoon pour se faire opérer dun cancer. Elle a regagné son monastère, six semaines après, apparemment guérie. La pauvre Sur a eu bien des misères depuis son arrivée, cest-à-dire, en moins dun an : dysenterie, diphtérie, crises de rhumatisme articulaire. Souhaitons que cette série dépreuves Soit enfin terminée.

    Les Religieuses du Bon Pasteur, les Frères des Ecoles Chrétiennes sont allés passer les vacances de Pâques à Kalaw, un endroit délicieux, sur les montagnes de la Haute Birmanie, probablement quelque chose dans le genre de Dalat dont on entend assez souvent faire léloge dans le Bulletin. Le P. Mignot na pas manqué de sy rendre aussi ; si sa cécité ne lui permet pas dadmirer le paysage, elle ne lempêche pas, du moins, de jouir de la fraîcheur du climat. Le P. Mamy lui a tenu compagnie pendant une quinzaine de jours.

    Le P. Saint-Guily a lâché Kalaw pour aller à Maymyo, une autre station daltitude de la Birmanie du nord.

    On a rarement des nouvelles de la fameuse mission qui a quitté Rangoon le 1er janvier, sous la conduite dun bonze italien, pour aller prêcher le Bouddhisme en Occident. Elle est arrivée, dans le courant davril, à Chittagon, mais ses rangs sétaient déjà considérablement éclaircis ; près dune centaine de bonzes birmans avaient jugé sage de rebrousser chemin pour rentrer au pays. Les autres, peut-être 50 ou 60, trop fatigués pour continuer le voyage à pied, comme le comportait le programme, ont pris le train pour se rendre à Calcutta. Ils y sont arrivés le 26 avril. On les a très bien reçus. Ils devaient se reposer là quelques semaines avant de se diriger sur... Jérusalem et Rome, leur ultime destination.

    Nos députés ont tenu session du 25 avril au 6 mai, pour résoudre le grave problème de la future constitution de la Birmaine : séparation ou fédération. Les séparatistes ont très bien défendu leur thèse, du moins si lon en juge daprès la longueur de leurs discours : un orateur a tenu la tribune pendant 8 heures ! Mais les anti-séparatistes, quoique présents, nont pas daigné prendre part aux débats et la Chambre sest séparée sans avoir réglé la question. Le Parlement de Londres en sera donc pour imposer au pays la constitution que nos Parlementaires nont pas été capables de choisir.


    Mandalay

    4 juin.

    Comme la dernière chronique le faisait espérer, le P. Roche sest embarqué sur le Kemmendine le 6 mai. Depuis, pas de nouvelles de lui. Il est probable que, selon lavis du médecin, il aura été dirigé directement sur Vichy... où il aura peut-être encore trouvé le P. Mandin qui, daprès une lettre de Paris, devait sy rendre lui aussi. On croit généralement ici que, même sans le P. Mandin, le P. Roche saura se débrouiller avec son vieil ami le P. Wathé.

    Le mois de mai a été comme dhabitude passablement chaud, même très chaud pendant quelques jours. Comme cest le moment des vacances, Maymyo a eu quelques visiteurs, entre autres le P. Saint-Guily, provicaire de Rangoon et le P. Sellos venu pour voir sa nièce religieuse. Mgr Falière y est allé une première fois immédiatement après Pâques et y a eu un accès de fièvre : il y est remonté pour les Confirmations fin mai et... nouvel accès de fièvre, le jour même où il devait donner la confirmation chez le P. Moindrot. Mgr Foulquier, malgré sa cécité, a dû le remplacer. Ces accès de fièvre chez Mgr Falière semblent bien être le résultat de sa longue tournée dans le district de Bhamo en mars dernier.

    Depuis le 22 mai, nous avons eu des pluies exceptionnelles pour Mandalay, et aujourdhui, 4 juin, il pleut encore. Déjà la ligne du chemin de fer est coupée en plusieurs endroits et si cela continue dautres accidents sont à craindre.

    Nos écoles viennent de rouvrir. Il semble que le chiffre des élèves a quelque peu fléchi dans les pensionnats. La crise actuelle en est la cause ; beaucoup de parents ne peuvent plus payer la pension, malgré les fortes réductions que les Directeurs ont consenties. A quand la fin de cette crise ? Chi lo sa ?


    Pondichéry

    26 avril.

    Le Trait dUnion
    Pondichéry. Le P. Capelle, arrivé à Pondichéry le 31 mars, sest embarqué pour France le 3 avril ; il sera de retour en octobre. Mgr Morel a bien voulu garder la plantation pendant soir absence.

    Le 1er avril, Mgr rentre à Pondichéry après avoir visité les districts de Vellantangal, Gingee, Alladhy, Sittamur, et donné de nombreuses confirmations. Le 4, Mgr part pour Bangalore en motor car et prend en route le P. Godec. Les travaux du nouveau séminaire, un moment interrompus, vont reprendre incessamment.

    Le Samedi Saint, à 6h. ½ du soir, représentation du Drame de la Passion dans la grande salle du petit-séminaire. Salle comble, séance bien réussie.

    Le Dimanche de Pâques, a eu lieu la bénédiction solennelle par Mgr de la statue du Christ-Roi, érigée devant le portail de la cathédrale. Cest une magnifique statue en bronze, grandeur naturelle, offerte par Mr Louis Pragasam de Saïgon. Avant la cérémonie, le P. Combes monte en chaire, remercie le généreux bienfaiteur, et fait la paraphrase du chant bien connu : Christus vincit, Christus .regnat, Christus imperat.

    Le lundi de Pâques, nous avons eu lhonneur et le grand plaisir de voir arriver parmi nous Mgr L. Tournier, de Coïmbatore, venu rendre visite à Mgr Colas.

    Villenour. La neuvaine préparatoire à la fête de N.-D. de Lourdes bat son plein depuis le dimanche de Pâques : les prédicateurs sont les PP. Aroul et Paul-Arokiam.

    En lhonneur du 75ème anniversaire des apparitions de N.-D. de Lourdes, Mr Arokiasamy modéliar a eu lheureuse idée de bâtir un joli pavillon, à ses frais, au fond du jardin, au-dessus de la plate-forme où on avait coutume de célébrer la Messe le jour de la fête. Cest une élégante construction avec de grands arceaux ouverts en avant et sur les côtés, de sorte quon peut voir le prêtre à lautel de tous les points du jardin, et des milliers de personnes peuvent entendre la messe en même temps.

    Mgr se rend à Villenour le samedi 15, dans la soirée, et bénit la chapelle ainsi que la statue de N.-D. de Lourdes qui domine lautel, statue due elle aussi à la générosité de Mr Arokiasamy. Le lendemain soir, premier jour de la neuvaine, pendant le feu dartifice, une malencontreuse fusée tomba sur labri des pèlerins construit devant la nouvelle chapelle et y mit le feu : les dégâts ne furent heureusement pas considérables et dès le lendemain labri était reconstruit. Il y aura messe pontificale le dimanche de Quasimodo.

    Colanour. Le P. Sacré écrit : Hélas ! ce nest que trop vrai, un vol sacrilège a eu lieu dans léglise de Colanour. Trois voleurs, après avoir saccagé un jardin dans le village, ont pénétré dans léglise en passant entre les barreaux des fenêtres. Ils ont défoncé le Tabernacle, pris la Custode contenant le Saint Sacrement, et sont partis après avoir fracturé encore une armoire dont ils ont jeté le contenu par terre, sauf une aube quils ont emportée. En se sauvant, un des trois voleurs fut mordu par un serpent et mourut dans la journée. Les deux autres ont été arrêtés et sont sous les verrous. Laffaire a fait beaucoup de bruit et tous, païens et chrétiens, voient dans la mort du voleur la main de Dieu.

    Konankkuppam. Toutes les cérémonies de la Semaine Sainte se sont faites avec diacre et sous-diacre. Cétait la première fois quon voyait cela ici, et les nombreux assistants étaient tout yeux et tout oreilles. Les différentes représentations de la Passion ont été accomplies comme de coutume au milieu dun silence vraiment impressionnant. Le Jeudi Saint, foule en prière devant le reposoir ; le soir, chant des Lamentations et du Stabat, suivi dinvocations à Jésus-Hostie : toute lassistance à genoux et les bras en croix. Confessions et communions nombreuses.

    Kurayapettai. Il y avait grande liesse à Kurayapettai le 22 mars : le Père de Gruiter célébrait la fête de son école. Le matin, messe payée par les enfants qui communient tous, léglise est pleine comme aux grandes fêtes. A 8 heures, réception à lécole : un petit enfant lit un compliment à son curé et lui offre un présent. Le reste de la journée se passe en jeux et en concours dautant plus appréciés quil y avait des prix pour les gagnants. Les parents ont joui autant que les bambins.

    Mort du Père Tesson. Le Père Roucoules a écrit de Montbeton à Mgr que le P. Tesson, rentré en France en mai 1932, avait consulté plusieurs médecins qui déclarèrent que vu létat du malade tuberculose pulmonaire avancée la guérison était impossible.

    Le 25 janvier, il reçut les derniers sacrements avec un grand esprit de foi et une parfaite résignation. Il vécut deux mois encore dans un état de faiblesse extrême et souffrant beaucoup : il disait quil faisait son purgatoire. Enfin le 8 mars, à 9 heures du soir, il rendit son âme à Dieu, presque sans agonie.

    Départ de Monseigneur. Cest le lundi 1er mai, que Mgr sembarque pour la France et pour Rome. Nos vux et nos meilleurs souhaits de bon voyage accompagnent le vénéré voyageur. Nous aurons tous, chaque matin au saint autel, un souvenir spécial pour attirer sur lui les bénédictions du Ciel.

    mai.

    Pondichéry. Le 27 avril, conférence, en tamoul, dans la salle des fêtes du petit-séminaire, par Mr Hirudayasamy, B. A., du collège de Trichinopoly, sur la nécessité pour les catholiques dabolir les distinctions de caste qui les divisent et les affaiblissent au point de vue religieux et politique ; assistance nombreuse et sympathique. Le lendemain, conférence par le même, mais en anglais cette fois, sur les sophismes dont se servent les athées pour ébranler la foi dans lâme des simples. Clair et spirituel, le conférencier fut fort goûté.

    Le 1er mai, à 3 h. de laprès-midi, accompagné du P. Boudoul, Mgr sembarque à bord du Leconte de Lisle. Plusieurs confrères sont allés jusquau bateau. Que lEtoile de la mer protège les voyageurs !

    Cuddalore. Le 28 avril, le petit séminaire de Ste Agnès ferme ses portes pour les grandes vacances et le collège St Joseph fait de même. Petits séminaristes et collégiens prennent le chemin de leurs villages respectifs. Les professeurs se dirigent sur le Sanatorium où ils trouveront un peu de fraîcheur et un repos bien mérité.

    Ste Jeanne dArc. Le 14, fête de Ste Jeanne dArc à N.D. des Anges. Le matin, messe chantée par le P. Morin. Le soir, à 6 h., procession à la statue de la sainte, sermon à léglise et salut du St Sacrement. Mr le Gouverneur, absent de la colonie, avait tenu à se faire remplacer par Mr le Procureur général. A côté du représentant officiel de la France, avaient pris Place les chefs des services de la colonie, Mr le Maire et le Consul de sa Majesté Britannique. Les honneurs militaires étaient rendus par un peloton de cipayes pendant que de nombreux agents de police tenaient en respect la foule de curieux massés devant léglise. Cest devant une assistance serrée et recueillie que le P. Blaise prononça le panégyrique de la sainte avec sa clarté et son éloquence habituelles. Les chants et lhonneur de lhéroïne à la statue et à léglise furent admirés. Belle et réconfortante journée.

    En même temps que Pondichéry, Karikal célébrait aussi la sainte de la patrie. Le panégyrique fut prononcé par le P. Bassaistéguy.

    Le 18, arrivée en rade de lAzay-le-Rideau emportant en Extrême-Orient 5 nouveaux missionnaires de la rue du Bac. Ils ont passé la matinée à la Mission avec deux séminaristes annamites qui nont pu supporter le climat de France où ils avaient été envoyés faire leurs études.


    Salem

    mai.

    Le 1er mai, S. Ex. Mgr Morel bénissait solennellement à Yercaud la chapelle des Surs de St Joseph de Cluny où, quelques jours après, un Père Franciscain prêchait la retraite aux élèves du Pensionnat.

    A son tour, la communauté Anglo-Indienne de la paroisse de Yercaud profitait, pour avoir sa retraite, de la présence du P. Lambert S. J. venu donner les exercices spirituels aux élèves de lécole secondaire de garçons tenue par les Frères de St Gabriel.

    En attendant son tour, qui ne tardera pas, la communauté Indienne se dédommageait de ce jeûne spirituel avec la représentation nocturne dun drame religieux évoquant les principaux traits de la vie de Dévasagayam un des rares Martyrs Indiens qui aient versé leur sang pour la cause de la religion.

    A Salem, les paroissiens de la Cathédrale ont eu leur retraite annuelle prêchée par le P. Antony S. J. durant le Triduum préparatoire à la fête du Patronage de St Joseph.

    Le P. Chassain, en traitement à St Marthas Hospital depuis trois mois, ny ayant pas trouvé le rétablissement de sa santé, a été la demander au pays natal : à cause de son extrême état de faiblesse, le P. Bulliard dut laccompagner de Bangalore à Madras et lembarquer à bord du bateau ramenant en France S. Ex. Mgr Colas, Archevêque de Pondichéry.

    Le P. Devin, après une sainte quarantaine passée au Sanatorium de St Théodore pour y faire une bonne cure dair, a rejoint son poste, tout frais et dispos, avec une ample provision de remèdes préventifs contre tout retour de la malaria.

    Le P. Quinquenel, dès la clôture des cours du grand séminaire, est parti à Namakal, relever auprès du P. Hourmant le P. Harou, rappelé au petit séminaire, après ses trois mois de vacances passés au milieu des néophytes, à Perumkurichy, où il a posé les fondations dune chapelle.

    Grâce au concours efficace du P. Dépigny, qui a poussé les travaux de construction avec son activité coutumière, le logement du P. Blons à High Field est à peu près terminé et sera habitable sous peu.

    S. Ex. Mgr Prunier nous annonce pour le 3 juin son arrivée à Rome. Nos vux et nos prières laccompagneront dans cette première visite ad limina de laquelle nous souhaitons et attendons les plus fructueuses bénédictions pour notre jeune diocèse qui sort à peine de ses langes.


    Maison de Nazareth

    Nazareth est de nouveau en deuil. Le 9 juin, après une longue et douloureuse maladie, notre cher confrère, le P. Bailleau, remettait son âme au divin Maître. Cette disparition est une perte très sensible pour la Maison de Nazareth : il semblait tant lhomme de cette maison, et tout laissait espérer quil continuerait la lignée des Rousseille et Lecomte ! Dieu, dans ses desseins, la repris au moment où il semblait quil aurait pu rendre les plus grands services.

    Dès son arrivée ici, en décembre 1928, il avait accepté avec simplicité de se charger de la rédaction du Bulletin, quil conserva, à la satisfaction de tous, jusquen septembre 1931. La fatigue lobligea alors à passer au Sanatorium de Béthanie, mais il avait hâte de reprendre son travail aimé. Hélas ! en janvier 1932, il était frappé dapoplexie. Son robuste tempérament lui permit de surmonter cette première crise, mais lhémiplégie persista. Généreusement il se soumit à la volonté de Dieu, bien quil souffrit beaucoup de se voir condamné à linaction. Il aurait tant voulu pouvoir encore être utile aux missions et à la Société, à laquelle il était profondément attaché. Dieu se contenta de sa bonne volonté. La maladie ne fit que progresser et dès décembre il dut saliter pour ne plus se relever. Pendant les longs mois où il vécut, impuissant à manifester ses sentiments, jamais une plainte ne sortit de ses lèvres. Il recevait ses visiteurs avec un doux sourire, et il essayait de faire passer dans ses yeux tout le merci de son cur.

    Déjà en mars, on avait jugé prudent de lui administrer le sacrement des malades. Le 8 juin, dans la soirée, une nouvelle crise ne laissa plus despoir, et le 9, dans la matinée, sans une plainte, sans agonie, sans souffrances apparentes, notre saint confrère sendormait dans le Seigneur. Que Dieu le reçoive dans sa paix !


    Procure de Rome

    Avis. Par suite de changement dans la désignation des rues, la nouvelle adresse de la Procure de Rome est : Nº 1, Piazza Girolamo Fabrizio.


    Séminaire de Paris

    1er mai.

    Le lundi de Pâques était jour de sortie traditionnelle pour les aspirants dans laprès-midi, et le lendemain congé extraordinaire accordé par S. Exc. le Nonce Apostolique lors de sa visite de lEpiphanie.

    La cérémonie du départ de nos cinq nouveaux missionnaires a eu lieu le vendredi 21 et a attiré comme dhabitude une nombreuse assistance. Lallocution dadieu leur fut adressée par le P. Gérard. Le samedi 22 la communauté de Paris se rendait de grand matin à N.-D. des Victoires pour mettre le voyage des Partants sous la protection de la Ste Vierge. Le mardi 25, fête de St Marc, avait lieu la procession des Rogations suivie de la messe chantée.

    Le 29, Mgr le Supérieur se rendait au Puy, chaleureusement invité par Mgr Rousseau, pour prendre part aux fêtes annuelles qui ont lieu le second dimanche de Pâques. Cest la fête transférée par indult spécial de lAnnonciation de la Ste Vierge, fête patronale du diocèse et de la ville du Puy.

    M. le chanoine Baudiment, supérieur du grand séminaire de Tours, a profité de ses vacances de Pâques pour continuer lexamen de nos documents des archives concernant Mgr Pallu. La publication que nous espérons prochaine de la vie de notre principal fondateur constituera un travail de premier ordre.

    De passage à Paris les PP. L.erestif, Capelle, Durieu, Deslançles, Guilbaud, Savina, Pichon, Pollet, Laplace, Petit.

    15 mai.

    Les derniers Echos annonçaient le voyage au Puy de Mgr le Supérieur. Son Excellence passa au Puy la journée du Dimanche 30 avril, fête patronale de N.-D. du Puy. A la grandmesse et aux vêpres pontificales lofficiant était Mgr Durieux, évêque de Viviers. Au repas de midi, Mgr Rousseau, portant la santé de Mgr le Supérieur, lui fit aimablement remarquer quil était après lEvêque du Puy, celui des évêques du monde qui avait sous sa houlette le plus grand nombre de prêtres originaires de son diocèse (65 encore en activité) et que pour cette raison, il le priait daccepter le titre de Chanoine dHonneur de la Cathédrale du Puy. Le lendemain, lundi 1er mai, Mgr le Supérieur a visité les petits séminaires dYssingeaux et de la Chartreuse, où il a pu parler aux élèves. A Yssingeaux notamment, laccueil de M. le Supérieur Cottier, de M. lArchiprêtre Cursoux, a été charmant dempressement. Mgr le Supérieur a fait en outre une conférence au Séminaire des Missions, scholasticat des PP. Jésuites, et une lecture spirituelle au grand séminaire dont le Supérieur, M. Valentin, lavait depuis la veille entouré des plus bienveillantes prévenances. Il y a pris un repas. Il a vu aussi à la Maison de Retraite de Bon Secours, le cher Père Roubin, usé par ses fatigues apostoliques mais toujours bien vivant et entouré de précieuses amitiés. Enfin il a rencontré les PP. Bos et Gire, tout récemment arrivés de Mission.

    Le mercredi, 3 mai, fête du Patronage de St Joseph, Son Eminence le Cardinal Verdier, Archevêque de Paris, a bien voulu célébrer dans notre chapelle de la rue du Bac la grandmesse pontificale. A lissue de celle-ci, les deux communautés réunies lui ont été présentées à la salle des Exercices et ont eu le privilège dentendre de sa bouche une paternelle allocution.

    Le 5 mai Mgr Prunier, évêque de Salem, venant de Normandie, est arrivé à paris où il fait preuve dune bienfaisante activité, donnant des conférences à nos deux communautés de Paris et de Bièvres, des confirmations dans diverses paroisses, faisant maintes visites utiles. Il a eu la bonne fortune de se rencontrer avec Son Exc. Mgr Mooney, Délégué Apostolique du Japon, quil avait connu aux Indes. Son Exc. revenant de Rome na passé quune nuit à Paris, regagnant son poste via Canada et Etats-Unis.

    Mgr Roy, franciscain canadien, Préfet Apostolique de Kagoshima, fait actuellement un séjour à Paris. Il est venu sentretenir avec Mgr le Supérieur de diverses questions concernant les Missions du Japon.

    Létat de santé du cher P. Aubert donnant de nouveau des inquiétudes, il a quitté Paris pour Montbeton le 11 accompagné du P. Robert. Cétait pour lui un dur sacrifice de quitter la maison où il vécut 30 ans et plus, mais il la accompli avec un édifiant esprit de foi.

    Les appels pour lordination de la fin de lannée scolaire ont été faits le 12 par Mgr le Supérieur. Elle comprendra 14 prêtres, 2 diacres, 16 sous-diacres, 4 exorcistes-acolytes, 8 ostiaires-lecteurs (5 de Paris, 3 de Bièvres), 17 tonsurés (16 de Paris et un de Bièvres).

    De passage à Paris les PP. Favre, Bober, Bos, Samson, Mandin, Deslandes.

    Admissions nº 4 et 5. MM. Georges Lefas du diocèse de Paris et René Payen du diocèse dArras.



    1933/520-570
    520-570
    Anonyme
    France et Asie
    1933
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