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Chronique des Missions et des Etablissements communs 12

Chronique des Missions et des Etablissements communs. Yokohama 4 novembre.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs.

    Yokohama

    4 novembre.
    Le 2 octobre, nous avons appris que Madame Sainte-Geneviève, supérieure de l'Ecole du Futaba à Tokyo, venait d'être nommée Supérieure Provinciale des Dames de Saint-Maur, en remplacement de la regrettée Madame Sainte-Thérèse, dont nous avons relaté le décès et l'inhumation, dans notre Chronique du mois dernier. Un service a été célébré au Koran de Yokohama pour Madame Sainte-Thérèse ; à cette occasion, le P. Tsukamoto a donné devant toutes les élèves une conférence et fait apprécier \ le zèle de la défunte pour l'éducation idéale de la jeune fille ".
    Son Excellence a administré le sacrement de confirmation à Iriye le 6 octobre, le 20 à Shizuoka et le 27 à Kofu.
    Le 6 octobre, invité avec une aimable insistance par Mgr Leblanc, Mgr Chambon a béni la nouvelle église d'Urawa. " En offrant église et presbytère à la jeune Mission d'Urawa, Mgr Ambroise Leblanc fait le sacrifice de beaux projets d'apostolat et déclare offrir sa démission ", note le Trait d'Union.
    Le nouveau Préfet apostolique qui remplace Mgr Leblanc est le P. Ushino, qui était chargé du poste de Kanda à Tokyo. Le journal catholique nous apprend aussi que le P. Ogiwara remplace Mgr Ross comme Préfet apostolique de Hiroshima et que le P. Furaya remplace le P. Byrne comme Préfet apostolique de Kyoto.
    Le 9 octobre, Mgr Chambon est parti pour aller visiter les chefs de Mission de Fukuoka, du Shikoku (Kochi), d'Osaka et de Nagoya ; rentré après six jours de voyage, il a fait le 15 octobre une visite à la Délégation apostolique ; Mgr Marella était assez fatigué. Espérons qu'il retrouvera bientôt la santé dont il a tant besoin.
    Le 19 octobre, le P. Pie O. F. M., qui depuis cinq ans a rendu de précieux services à la Mission de Yokohama, s'est embarqué sur le Heian-Maru pour un congé au Canada.
    Le 23 octobre, le P. Noda ayant été nommé Supérieur du Grand Séminaire Régional de Tokyo en remplacement du P. Dossier, celui-ci a regagné son ancien poste de Kamakura ; il emporte et il laisse les meilleurs souvenirs de son passage au Séminaire, où il remplaçait le P. Candau.
    Le 24 octobre, les Soeurs du Précieux Sang ayant décidé de se fixer à Yokohama, le P. Gay a été désigné comme leur aumônier.
    Dans le courant du mois d'octobre, le P. Bousquet, de la Mission d'Osaka, a prêché deux retraites aux Bernadettes de l'OEuvre de Béthanie et de Bethléem pour les Tuberculeux.
    Une généreuse chrétienne de Tokyo, Madame Narisawa, avait fondé récemment pour l'éducation des séminaristes de Tokyo une oeuvre de contributions volontaires parmi les chrétiens, qui s'engageraient à faire une courte prière pour le recrutement du clergé et à donner au moins un sen par mois pour l'oeuvre. Grâce à l'initiative de cette dame, une oeuvre analogue, dénommée " Association de la Mite, Hitotsubu-Kwai", vient d'être mise sur pied en faveur des séminaristes de Yokohama.

    AVIS. Les lecteurs du Bulletin savent que des missionnaires de Yokohama avaient, sur l'initiative du P. Candau, lancé il y deux ans un périodique, publié en français sous le titre de Cahiers d'Information, et destiné à renseigner les confrères sur le mouvement religieux et culturel du japon, afin de leur fournir des éclaircissements et des mises au point pour leur travail d'évangélisation. Le Numéro 14, qui devait paraître en novembre, était prêt à être imprimé, lorsque le Comité d'Action Missionnaire qui l'éditait à Tokyo a été avisé successivement par la Censure du Ministère de l'Instruction Publique et par le Bureau Central de Police, agissant indépendamment, que les Cahiers d'information ne pouvaient paraître au titre de simple brochure, comme il avait été toléré jusqu'à présent, mais qu'il fallait demander l'autorisation officielle de faire paraître ces Cahiers sous forme de Revue et comme nouvelle publication. Jusqu'au jour où celle-ci pourra être autorisée, les articles du N° 14 se trouvent par le fait même embouteillés ; par le présent Bulletin, nous en avertissons les missionnaires du Japon, de Corée, de Mandchourie et de Chine qui s'intéressent à cette publication.
    Nous ne savons pas encore si l'autorisation sera accordée, ou si elle sera soumise à des conditions qui restreignent dans une trop grande mesure la liberté de la Rédaction. Nous savons par contre que dans un certain milieu on a exprimé la crainte que les Cahiers ne nuisent à la cause catholique. Bien que la Rédaction s'en tienne à la traduction d'articles de journaux et au compte rendu de livres japonais, évite les critiques subjectives et ne sorte pas du domaine religieux et culturel, les opposants font valoir que, dans les circonstances présentes, la prudence commande d'éviter des publications qui, connues à l'étranger, risquent de recevoir de fâcheuses interprétations et de compromettre la cause catholique dans les milieux indisposés contre elle au Japon même.
    En attendant, les Bureaux Météorologiques consulteront le ciel et nous diront si, dans un avenir prochain, les éclaircies se montreront suffisantes pour pouvoir reprendre sous une autre forme une publication qui a été jugée utile et impartiale.

    Fukuoka

    Les mois de Septembre et d'Octobre sont toujours les bienvenus pour le chroniqueur de Fukuoka. Ils lui apportent en effet ample matière pour rédiger son papier et désarmer ainsi, du moins momentanément, les objurgations de ceux qui l'accusent de paresse.
    La rentrée des Séminaires a eu lieu au commencement de Septembre sans incident. Le Petit Séminaire ayant comme Supérieur et économe les Pères Fukahori et I. Hirata, et la majorité du corps professoral étant japonais, il s'est trouvé en règle avec les nouvelles directives du Ministère annoncées pendant les vacances d'été. Espérons contra spem que cette oeuvre capitale pour l'avenir du catholicisme dans le diocèse pourra continuer sans difficultés majeures.
    Le 30 septembre, deux gros camions automobiles s'arrêtaient devant le portail de l'évêché. Sur l'un d'eux, émergeaient d'un tas de paille le dos et la tête de Mignonne, la vache célèbre du P. Bonnet. Elle se tenait sagement sur ses quatre pattes. Son gros oeil terne considérait-il flegmatiquement le paysage tout nouveau qui se déroulait devant elle ? Continuait-elle le songe intérieur qu'elle n'achève jamais, comme les, boeufs du poète ? Ou plutôt avait-elle seulement l'impression que cela manquait de confortable et de foin ? Nul jamais ne le saura. Les bottes de paille une fois enlevées du camion, on découvrit une chèvre entre les pattes de Mignonne, puis apparurent successivement une cage à poules avec son coq, une cage à lapins, plusieurs ruches et tout un matériel d'exploitation rurale. C'était le P. Bonnet, l'éminent curé de la plus grosse paroisse du diocèse, qui avait opéré son déménagement et venait prendre ses quartiers à l'évêché. Ses lointains amis voudront savoir peut-être pourquoi il quittait ainsi à l'improviste une paroisse que depuis douze ans il administrait avec zèle et d'une main ferme. Qu'ils sachent que la raison est entièrement à l'honneur de notre bon Père Maxime, et que si la paroisse a perdu au point de vue spirituel par suite du départ de son curé, par contre l'évêché y a gagné. Maintenant, c'est vraiment une terre où coulent le lait et le miel, et chaque matin Chantecler sonne la diane.
    Le 20 septembre, Monseigneur partait pour l'île de Madara, afin d'y administrer le sacrement de confirmation, accompagné de M. Prévost, de St Sulpice. Le Père a bien voulu noter ses impressions de voyageur apostolique non encore blasé par un long séjour au Japon. Cédons-lui la parole ou plutôt la plume :
    " De passage à Karatsu, l'Evêque prend le dîner chez le P. Veillon, toujours solitaire dans une petite ville peu sympathique, et presque toujours souffrant dans la traîtrise des courants d'air inévitables. S'il n'avait pas Notre Seigneur comme voisin de chambre ! Nous sentons au premier coup d'oeil que Jésus habite cette minuscule chapelle bien propre, ornée pieusement et avec goût. Le cuisinier a réussi à sa grande satisfaction un menu aussi abondant que varié. Personne ne regrette une visite à Karatsu, car le P. Veillon vous révèle à son insu les richesses de son grand cur et de son exquise délicatesse.
    A Yobuko, port d'embarquement, sur le mur de soutènement en bordure de la baie, Monseigneur attend avec patience le signe de monter sur le petit bateau poste. Celui-ci doit quitter ses amarres à trois heures et demie, ou plutôt quand le capitaine est prêt. L'heure de retard passe d'ailleurs très agréablement en compagnie du P. Joseph Bois, curé de Yobuko. De son île de Madara, le P. Joseph Breton a dépêché un de ses notables, M. Tsutsumi. Grâce à lui nous pourrons descendre assez près de l'église, évitant ainsi une marche plutôt longue. En route notre traversier s'arrête à l'îlot de Matsushima pour permettre à quelques confirmands de monter.
    Au terme du voyage, Monseigneur et son compagnon, à peine secoués de temps en temps sur le pont supérieur de la frêle embarcation, passent sans difficultés du bateau à la barque qui vient les cueillir près du village chrétien. Un groupe de fidèles conduits par leur curé s'agenouille, quand Monseigneur saute de l'embarcation, traînée sur les rochers du rivage. Une montée de vingt minutes environ, sous les arbres et le long des champs de patates, et nous arrivons à l'église où nous entrons un instant pour saluer le Maître des esprits et des coeurs.
    C'est le père de famille qui vient voir ses enfants. A tous il offre le Pain du ciel ; à tous il recommande l'observance de la Loi évangélique et l'amour de l'Eglise. Une trentaine de garçons et filles reçoivent le sacrement de confirmation. Personne n'ignore l'importance que notre évêque attache à l'enseignement du catéchisme. Aussi, ce dimanche à Madara, le surlendemain à Yobuko, l'avant-veille à Karatsu, le pasteur du diocèse éprouve de grandes consolations : bambins et bambines répondent la plupart sans hésiter aux questions du livre et presque tous donnent des réponses pertinentes aux explications demandées. Excellent travail, Pères Joseph Breton, Joseph Bois et Veillon !
    En homme pratique, Monseigneur chemine vers les oeuvres catholiques de l'île, dues au zèle du P. J. Breton, et se rend compte de l'état des locaux, des améliorations possibles, de la mise en valeur des terrains attenants à la crèche, à l'école maternelle, etc. La communauté des Vierges de Madara reçoit des compliments tout spéciaux. Chez elles en effet, le système D pourvoit à la cuisine, à la pharmacie, à la sacristie et à la caisse commune. Que ne fait-on pas avec de bons bras, de la bonne volonté et du flair !
    Avant de quitter l'île, remercions le charmant Père du brave troupeau. Si le curé se dit fort embarrassé pour recevoir des hôtes quand la mer en furie refoule les pêcheurs dans leurs chaumières, par contre aux jours de calme plat, l'abondance force les visiteurs à demander grâce au milieu des repas. Tant de bonté présente les plats de poissons les plus variés ! Dame ! pour ne pas causer de peine,... prenez toujours et confiez vos angoisses d'estomac aux fins jus des bouteilles dorées ou vermeilles.
    Au retour, pas le moindre incident maritime jusqu'au vieux port historique, maintenant simple village de Nagoya. Pendant que Monseigneur et le P. Joseph Bois gravissent la falaise au ralenti et s'avancent lentement à travers les rizières, les candidats à l'examen de catéchisme prennent les devants. Regardez-les : le volume à la main, ils s'échelonnent à la file indienne, une quinzaine en tout. Chacun se pose de mémoire une question et y répond de même, élevant la voix assez haut pour ne pas entendre le compagnon qui précède ou la compagne qui suit : des cigales en plein été. Silence d'un moment,... une fillette commence seule sa récitation et un crescendo monte à sa limite, puis s'arrête brusquement. Ici le rythme ne marque aucune cadence ; chaque enfant veut s'entendre soi-même et rien que soi-même. Une telle simplicité et pareille ardeur ne peut que disposer les examinateurs à l'indulgence.
    Comme Jésus devait sourire derrière le voile du tabernacle, quand quelques minutes plus tard à l'église les enfants rendaient compte à l'évêque de leur science religieuse ! Puis à l'issue de l'examen passé brillamment, Monseigneur, visiblement satisfait, exhorte les mamans à surveiller plus que jamais l'assiduité de leurs enfants au catéchisme et à pratiquer elles-mêmes devant leurs enfants les précieux enseignements que ceux-ci reçoivent aux leçons du missionnaire. Du fond du coeur, merci au P. Joseph Bois pour ces quelques instants de grand bonheur éprouvé chez lui et pour sa charitable hospitalité. "
    Le chroniqueur fait siens les sentiments si délicats de notre bon Père Sulpicien, et contra spem toujours, il espère que nos trois confrères ci-dessus mentionnés ne seront pas atteints par la lame de fond qui a déferlé chez le P. Bonnet.
    Et puisque nous sommes sur le sujet d'examens catéchétiques, il nous paraît intéressant de faire remarquer qu'au concours diocésain qui eut lieu le 27 septembre pour les candidats adultes de 15 à 30 ans, le plus grand nombre de points, aussi bien à l'écrit qu'à l'oral, a été obtenu par une jeune catéchumène de 18 ans, instruite par le P. Bonnecaze. Sa situation de famille ne lui permet pas encore de recevoir le baptême, mais elle connaît, croit et pratique plus fidèlement que bon nombre de catholiques. C'est un signe des temps.
    Du 15 au 21 octobre a eu lieu la retraite annuelle, à laquelle tous les confrères assistaient, à l'exception du P. Heuzet, empêché. Nos vétérans, les PP. Garnier et Halbout, qui comptent respectivement 80 et 76 ans révolus, étaient venus de leur lointain Amakusa. Notre doyen, le P. Garnier, n'a pas été le moins régulier des retraitants, et aux heures de récréation, on entendait avec plaisir le timbre clair et net de sa voix toujours jeune. La bonne humeur inaltérable du P. Halbout se voilait d'une nuance de mélancolie : visiblement, il lui manquait la compagnie du " petiot ", le P. Benoît, rentré en France pour raison de maladie et actuellement à Lille en territoire occupé, mais en bonne santé, avons-nous appris récemment avec un réel soulagement.
    La retraite fut prêchée par un des nôtres, le P. Raoult, jubilaire de cette année, qui nous fit part de son expérience de 50 années de sacerdoce dans des instructions tout imprégnées de piété et de surnaturel et présentées sous une forme originale. Le dimanche 20, le P. Raoult célébrait sa messe jubilaire, assisté des PP. Lemarié et Joseph Breton comme diacre et sous-diacre. Quelqu'un fit remarquer que les trois officiants totalisaient à eux seuls exactement 212 années. Le 21, au repas de midi qui clôturait la retraite, Monseigneur remercia le P. Raoult pour ses instructions si goûtées et le félicita des 50 années passées au service de l'Eglise et de Notre Seigneur. Ensuite le P. Lemarié, vicaire général honoraire, égrena au fil des ans ses souvenirs de voisin et d'ami du jubilaire.
    Après les remerciements du P. Raoult, agrémentés de quelques anecdotes sur les origines de sa vocation sacerdotale et apostolique, notre chansonnier attitré, le P. Lagrève, déroula les nombreuses strophes d'une composition, dont les jeunes reprenaient en choeur les vers, où Compagnie rimait avec Normandie.
    Dans l'après-midi, la majorité des retraitants regagnait son poste avec la volonté d'y rester aussi longtemps que la Providence le permettra.

    Séoul

    1er novembre.
    Après une quinzaine de jours consacrés à visiter les différents postes de la Province Hoang-Hai, Mgr Larribeau est rentré à Séoul le 11 octobre, satisfait de ce qu'il a vu et entendu. Depuis plusieurs années, cette province est évangélisée uniquement par des prêtres indigènes, actuellement au nombre de dix-neuf. Le dernier recensement donne environ 12.000 chrétiens, disséminés dans 120 stations ; 516 adultes y ont été baptisés dans le courant de l'année dernière ; en outre, 222 adultes et 543 petits enfants ont reçu en danger de mort le bienfait du baptême.
    L'évêché de Séoul, qui est en même temps procure de la Mission, donne l'hospitalité à des hôtes de plus en plus nombreux ; durant le mois d'octobre, à certains jours, on en comptait une quinzaine à la fois ; il est aussi un sanatorium pour les prêtres de cette Mission et des Missions voisines. Dans la chronique du mois dernier, j'ai signalé la présence du P. Julien Gombert ; après un mois de séjour, ce cher Père, suffisamment guéri de sa dysenterie, est joyeusement retourné à son poste. Le P. Alexis Sye, de la Préfecture apostolique de Tjen-tjyou, a passé ici une quinzaine, mais sans trouver grande amélioration à son triste état, car sa maladie, l'épilepsie, est à peu près sans remède. Actuellement, trois prêtres de cette Mission continuent à y recevoir les soins appropriés à leur état de santé ; deux souffrent d'affections pulmonaires ; le troisième est atteint d'une myosite infectieuse, accompagnée d'abcès musculaires multiples et très douloureux. Salus infirmorum, ora pro eis.
    Parmi les hôtes de passage de ce mois, citons Mgr Sauer O. S. B., Vicaire apostolique de Gensan, et Mgr O'Shea, Vicaire apostolique de Hpyeng-yang. Le premier était venu, invité par le Gouverneur Général, à une réception donnée en l'honneur du Général Tatakawa, nouvel ambassadeur du Japon à Moscou, de passage à Séoul et en route pour le pays des Soviets. Le général fit remarquer à Mgr Sauer que, durant la Grande Guerre, il faisait partie d'un état-major anglais, combattant ainsi l'Allemagne ; les amis d'hier sont devenus ennemis, et les ennemis anciens sont aujourd'hui bons amis. Ainsi va le monde.
    Quant à Mgr O'Shea, de Maryknoll, un peu ému de l'avis d'évacuation donné par les Etats-Unis aux citoyens américains, avant de prendre une décision, il a voulu conférer avec son consul et se rendre compte de ce qui se dit à Séoul. Du Japon viennent aussi des nouvelles rien moins que rassurantes, et souvent contradictoires. Bref, on sent partout un peu et même beaucoup de fièvre, selon les tempéraments. Dans son Vicariat, Mgr O'Shea a 34 missionnaires et trois Frères américains, et de plus, une vingtaine de Religieuses américaines ; il y a seulement six prêtres coréens. Tout bien pesé, Son Excellence a jugé qu'il vaut mieux se confier à la Providence et rester chacun à son poste jusqu'à nouvel ordre. Les journaux locaux disent que beaucoup de ministres protestants américains ont retenu des cabines sur les prochains paquebots envoyés pour ledit rapatriement ; mais les racontars des journaux sont sujets à caution.
    Une lettre du P. Guinand, datée de la mi-août, redit son grand désir de revenir en Corée aussitôt que possible ; il nous apprend que le P. Lagarde est sorti sain et sauf de la terrible mêlée ; il communique avec lui pour aviser aux moyens de faire route ensemble. Plaise à Dieu d'exaucer leurs voeux, qui sont aussi les nôtres.
    Pas de nouvelles du P. Haller depuis plus de deux mois ; en juillet, il nous faisait espérer sa prochaine démobilisation ; il était alors à Kontum ; les événements survenus depuis dans ces régions ne sont guère rassurants.
    Les confrères sont toujours sans nouvelles de leurs familles qui se trouvent dans la zone occupée de notre pauvre France. Cependant, le P. Singer a reçu des renseignements sur les siens, qui habitent Herdin, chef-lieu de canton du Pas-de-Calais. A Herdin même, plus de 150 civils tués ; dans la rue où habitait le Père, 37 morts et 70 blessés ; les maisons furent grandement endommagées ou vidées de leur contenu. La Providence a visiblement protégé les membres de la famille de notre confrère ; tout le monde est indemne, la maison elle-même n'a subi aucun dommage. Nous nous unissons aux actions de grâces du cher Père, et en ce jour de la Toussaint, nous implorons avec l'Eglise entière le secours des bienheureux habitants du Ciel : Antiqua cum proesentibus, factura damna pellite.

    Taikou

    1er novembre.
    La moisson que l'on pensait devoir être très bonne cette année, puisque le riz avait pu être repiqué en son temps et que les rizières n'avaient pas souffert de la sécheresse, s'est montrée cependant plutôt moyenne et même dans bien des endroits inférieure à la moyenne. Cela tient à une maladie qui s'est déclarée après la formation des épis, dont un bon nombre ont séché sur place et n'ont donné que des grains vides. Il ne faut pas se plaindre pourtant, car c'est beaucoup mieux que l'an dernier, où la plupart des rizières n'avaient absolument rien produit ; les Coréens auront de quoi manger cette année, pourvu toutefois qu'on leur laisse la disposition du fruit de leurs travaux. Le gouvernement en effet réquisitionne tout le riz ; les journaux annonçaient que cette réquisition ne porterait que sur ce qui resterait en dehors de la quantité nécessaire à la subsistance des cultivateurs, mais cela est pour le Japon ; qu'en sera-t-il pour la Corée ?
    Durant le mois dernier, le 14 octobre, nous avons eu la visite de Mgr Kim, Préfet apostolique de Zenshu, venu passer quelques jours dans la Mission Mère et refaire connaissance avec ses anciens confrères. La présence à Taikou du P. Kim Augustin, de Kinsen, et du P. Se Bernard, a contribué à rendre agréable son séjour à l'évêché. A signaler aussi la visite que nous fait actuellement le P. Paillet, venu du Japon le 30 octobre, afin de se reposer un peu au milieu de nous des fatigues que lui causent ses travaux linguistiques. Nous avons été très heureux de le revoir, cela va sans dire, et en plus, fiers de constater ses progrès dans la connaissance de la langue japonaise ; maintenant que la période la plus difficile est passée, nous sommes certains que bientôt il arrivera à posséder très suffisamment le parler des gens du Nippon ; ce sera très utile et à lui et à notre Mission, à moins que le Bon Dieu n'en dispose autrement.
    Les santés continuent à se montrer pas très fameuses. Parmi les missionnaires, cela va encore ; mais parmi le personnel indigène, il n'en est pas de même. Le P. Se François est toujours à l'infirmerie, le mieux étant long à venir ; d'un autre côté, une des Soeurs de l'école de la paroisse a dû, elle aussi, être hospitalisée au couvent. Au Séminaire, ce n'est pas beaucoup mieux ; un de nos théologiens ne pouvant continuer à suivre les cours à cause de sa santé, a été envoyé à Tokyo chez le P. Flaujac ; là, il pourra recevoir les soins qui lui sont nécessaires. Parmi les autres séminaristes, bien que tous continuent à suivre les cours, la plupart d'entre eux ont besoin de grands ménagements ; le régime suivi dans les écoles en Corée, et sans doute au Japon, malgré tout ce qui est fait pour favoriser les exercices physiques, ne semble guère être bon pour les santés qui, de plus en plus, deviennent mauvaises parmi la gent écolière.

    Chengtu
    31 octobre.
    Le Père François Bauquis. Le doyen des missionnaires de notre Mission, notre cher et vénéré Père François Bauquis, s'est pieusement endormi dans le Seigneur le 8 octobre 1940, muni des sacrements de notre Mère la Sainte Eglise, qu'il a reçus de la main du benjamin de la Mission, le Père Colin.
    Depuis un an environ, le P. Bauquis souffrait de plaies aux jambes, rebelles à toute médication. Il y a un mois, la gangrène s'y mit et notre confrère comprit que la fin était proche ; il demanda et reçut les derniers sacrements dans les sentiments de la plus vive piété et de complet abandon à la volonté de Dieu.
    Le P. Bauquis naquit le 7 février 1866 à Marcellaz, au diocèse d'Annecy (Haute-Savoie), d'une famille qui a donné de nombreux enfants à l'Eglise ; il fit ses études secondaires au petit séminaire d'Evian les Bains et entra aux Missions Etrangères le 11 septembre 1884. Ordonné prêtre le 22 septembre 1888 à vingt-deux ans et demi, il partit pour la Chine le 30 octobre suivant, et arriva à Chengtu le 16 mars 1889 ; il fut reçu à bras ouverts par Mgr Pinchon, le Vicaire apostolique d'alors.
    Après avoir appris la langue, qu'il devait dans la suite parler comme un vrai Chinois, il fut envoyé en district dans les hautes montagnes, régions les plus inhospitalières de notre Mission.
    De taille moyenne, la tête bien droite sur de larges épaules, le teint d'un ton très chaud comme les montagnards vers lesquels il était envoyé, des pectoraux énormes qui, même à la soixantaine passée, arrachaient un cri d'admiration au Docteur français qui l'auscultait, des jarrets d'acier, il était paré pour cette marche à l'étoile qui devait durer cinquante ans.
    Toujours à pied, suivi d'un homme portant une hotte qui contenait sa modeste chapelle, le P. Bauquis a visité, tour à tour, trente sous-préfectures, administré plus de mille chrétientés, inscrit plus de trois mille païens comme catéchumènes, installé des maisons de prières dans quarante localités, subi six persécutions locales, et finalement, chassé des hautes montagnes par les Communistes, il est venu terminer sa carrière dans un petit poste de la plaine de Chengtu.
    De 1914 à 1919, pendant la Grande Guerre, le P. Bauquis fut supérieur des Grand et Petit Séminaires, réunis à Hopatchang ; et grande fut sa joie à la nouvelle de la promotion à l'épiscopat de son ancien élève, Mgr Fabien Iû, Vicaire apostolique de Kiatin.
    Un mois à peine avant sa mort, notre confrère envoyait un élève au Probatorium : ultime activité d'un missionnaire mourant qui, jusqu'au dernier souffle, a travaillé dans l'esprit de notre Société.
    Cinquante-deux ans de Chine, sans retour en France et sans congé de détente, ce n'est pas absolument inédit ; mais cinquante-deux ans passés en Chine, avec le sourire et cette joie angélique qui était bien la note caractéristique de notre vénéré confrère, c'est simplement admirable et digne d'être donné en exemple aux jeunes missionnaires.
    A la nouvelle de la mort du P. Bauquis, le P. Eymard, son vieux compagnon de courses dans les montagnes et son émule, m'écrivait simplement : " Beati mortui qui in Domino moriuntur ; opera enim eorum sequuntur illos."
    C'est notre espoir et notre consolation dans le deuil qui nous frappe. Requiescat in pace !

    * * * Le 4 octobre, les avions japonais ont bombardé la partie Est de Chengtu. Quelques bombes tombèrent non loin du Couvent des Religieuses Oblates Franciscaines, dont le P. Gabriac est aumônier : vitres brisées, lampe du Saint Sacrement tombée à terre ; en somme, plus d'émotions que de dégâts.
    Le lendemain, 5 octobre, nouveau bombardement dans la partie Nord de la ville ; bombes sur l'Ecole Militaire ; on apporte des blessés à notre hôpital ; 34 furent hospitalisés, six sont morts, dix ont été baptisés.
    Le 12 octobre, bombardement de la partie Ouest de la ville ; c'est là que se trouve la Mission Catholique : Evêché, Eglise Cathédrale, Petit Séminaire, Maison des Religieuses Franciscaines M. M. avec Orphelinat, Pensionnat de Jeunes Filles, Hôpital. (Pour les détails de ce bombardement, nos lecteurs sont priés de se reporter au récit donné plus haut, pp. 775-780, d'après le Journal de Monseigneur. N. D. L. R.)
    Le dimanche 27 octobre, nouveau bombardement de l'Ouest de la ville. Les parties de la ville les plus atteintes comprennent le Jardin Public de l'Ouest, les rues Tse-tang-kai et Si-iukai, et l'ancien palais sous la dynastie des Tsin, résidait le Maréchal Mandchou : il est à quelques centaines de mètres de la Mission Catholique. On ne signale que quelques morts et une trentaine de blessés, ce qui s'explique du fait de l'exode presque total de la population.
    Depuis le bombardement du 12 octobre, Monseigneur, les Pères et les Religieuses se rendent à la campagne au premier coup de la sirène ; les Surs Oblates, qu'accompagne leur aumônier, le P. Gabriac, sont allées s'installer à Gan tee pou ; le P. Combe, invalide, a été évacué à Pihien.

    Chungking
    10 novembre.
    Le mois d'Octobre est très pluvieux au Szechwan ; la brume et parfois le brouillard se font très épais. Nous avons donc été relativement plus tranquilles : quelques alertes seulement sont venues interrompre notre travail journalier, et même depuis plus de dix jours, c'est le calme complet ; on commence déjà à perdre l'habitude du son lugubre des sirènes. Malheureusement l'église de Notre Dame de la Miséricorde, pour laquelle Mgr Jantzen a fait un voeu et pour qui nous prions tous spécialement, a été touchée le 16 octobre. Un tiers de l'édifice s'est écroulé sous une bombe trop bien placée. Mais c'est là que se continue quand même le service divin, car toutes les autres églises sont complètement par terre. Malgré cela, les chrétiens viennent assez nombreux, nous dit le P. Gibergues. Il y a quelques jours, pour les services funèbres de Mr Ma Siang-pee et Mr Tchang Chan-tse, le peintre chinois bien connu, les journaux locaux ont noté une assistance évaluée à 500 personnes. C'est magnifique quand on songe à ce que furent ces derniers mois à Chungking. Que la paix revienne et la vie catholique sera certainement dans notre ville ce qu'elle n'a jamais été. Mais où pourrons-nous trouver les locaux suffisants pour grouper nos catholiques pour la messe du Dimanche et nos enfants pour l'étude de la doctrine ? Le lendemain de la guerre sera au moins aussi pénible, certains disent plus pénible, que la guerre elle-même.
    Le samedi 26 octobre, les bombes sont tombées en rafale sur l'abri où se trouvaient Monseigneur et les Confrères de l'Evêché. Cela dura de bonnes et longues secondes ; une entrée fut obstruée et une fumée épaisse envahit tout l'abri ; un peu de panique parmi les enfants et les femmes, mais personne ne fut tué ou blessé. Maintenant des bruits de toute sorte circulent : on dit que les Japonais s'en vont, mais en fait, on ne sait rien. Il semble cependant qu'il y a quelque chose qui change dans la situation. Ce qui ne change pas, c'est que nous sommes toujours séparés du reste du monde ; cette séparation semble même devenir plus complète. Depuis longtemps en effet on ne peut songer à descendre par bateau sur Shanghai ; quant à l'autre voie par Kwei-yang et Yunnanfu, elle devient de plus en plus impossible : les autos se font rares et le Chemin de fer est coupé. C'est dire que la poste et les nouvelles ne nous arrivent presque plus. Nous avons néanmoins reçu de bonnes nouvelles du P. Bourgeois, qui plusieurs fois déjà nous a envoyé de longues et intéressantes lettres de Hanoi. Qu'il reçoive ici l'expression de notre merci, car nous ne savons guère comment ni où lui adresser nos lettres. Il a fait un bon voyage de Chungking à Hanoi ; il attend, nous écrit-il, une occasion favorable pour continuer sa route. Ecrivez nous toujours, cher Père Bourgeois, et donnez-nous bientôt de bonnes nouvelles de France et de nos familles. Mais attention à la censure qui écorne un peu vos lettres, et toujours malheureusement aux endroits les plus intéressants.
    Depuis un bon mois déjà, le P. Deléon avait quitté le Carmel où il était venu prendre du service au printemps dernier. Il n'a pu y rester aussi longtemps qu'à son ancien poste au Probatorium. En effet, habitué depuis vingt et quelques années à la vie du Probatorium et à la campagne, il ne pouvait se faire à la vie en ville de Chungking ; il n'est pas donné à tout le monde de faire un bon citadin. Les années aussi commencent à peser sur ses épaules. Il était donc parti pour quelque temps se reposer un peu dans une station thermale où, tout en refaisant ses forces, il pouvait faire un peu de ministère parmi les chrétiens et les païens des environs. Aujourd'hui nous apprenons sa nomination comme curé de Mou-tong.
    C'est le P. Thermes qui est venu le remplacer au Carmel. Il trouvera certainement l'atmosphère plus chaude chez les Filles de Ste Thérèse : atmosphère morale, cela va sans dire, mais aussi atmosphère physique. Comment en effet le Père aurait-il pu passer l'hiver froid et humide de Chungking dans les locaux si délabrés par les bombes qu'il vient de quitter ? L'aumônerie du Carmel et le Carmel lui-même, comme il a été relaté le mois précédent, ont été épargnés. Et quelqu'un qui est content, c'est le P. Bétin qui, privé depuis quelque temps déjà de toute compagnie, va trouver la vie un peu plus gaie du fait de l'arrivée du P. Thermes tout à côté de chez lui.
    Le P. Meillier est venu le mois dernier se reposer à Chungking ; il était légèrement souffrant. Après une bonne quinzaine de jours, il a pu retourner à Chapinpa. Le P. Magnan, qui visite le grand district de Tungliang, est venu lui aussi passer quelques jours, mais il est reparti presque aussitôt, car son vicaire étant malade, il ne peut s'absenter trop longtemps. Quant au P. Blanchard, qui est plus loin encore dans la brousse, à Ma-pao-tchang, où il s'occupe d'une oeuvre d'orphelins de guerre, c'est depuis bien longtemps que nous ne l'avons pas vu à Chungking. Il va bien, mais il a comme tout le monde sa part de souffrance. Oportuit pati Christum.
    Le P. Prat a été nommé professeur au Grand Séminaire. Le P. Aymard le remplace à la tête du district de Lan-Tchouan. Celui-ci, depuis plus d'un an, est souvent malade ; espérons que la vie à Lan Tchouan où le climat est froid, mais bon, lui fera du bien.
    Le mois dernier, est mort à Chungking Mr Tchang Chan-tse, fameux peintre chinois de réputation mondiale. Il était surnommé le peintre "aux tigres", parce que souvent dans ses tableaux il a fait figurer ces bêtes-là. Il était originaire de la sous-préfecture de Loui-Kiang au Szechwan. Dans sa jeunesse au moment des Boxeurs, il fut persécuteur acharné des chrétiens. Il assista comme lieutenant le trop fameux Iu Man-tse qui conduisit les bandes qui incendièrent tant de nos églises et de nos résidences et massacrèrent nos chrétiens. Le P. Fleury faillit tomber sous ses coups. Mais comme Saul dans sa jeunesse, il sut avoir plus tard l'âme ardente de St Paul. En effet, après ces tristes faits d'armes, il se rendit à Pékin et Shanghai où il fit de brillantes études universitaires et embrassa le protestantisme. Il se mit bientôt à la peinture, exposa au Salon de Paris, il y a quelques années... Au début de la guerre sino-japonaise, il se rendit en Amérique faire et vendre ses peintures au profit des réfugiés chinois. Il se convertit au catholicisme il y a trois ans, et devint fervent chrétien, faisant partout de l'apostolat. Rentré d'Amérique au début d'octobre, il arrivait à Chungking le 12, revoyait sa famille et mourait le 20 à la suite d'une dysenterie. Mgr Jantzen présida ses funérailles le 23. C'est une très grande perte pour l'Eglise de Chine, car c'était un apôtre à la manière de St Paul : il fut aussi vaillant pour prêcher la Bonne Nouvelle qu'il en avait été le violent persécuteur. Le Généralissime se disposait à le nommer sénateur pour les services qu'il rendit à sa Patrie. Sa famille est aussi catholique. Prions un peu pour cette âme d'apôtre et demandons-lui de continuer son apostolat parmi ses concitoyens.

    Ningyuanfu
    25 septembre.
    Le P. T'ong, récemment installé à Litcheou, travaillait à consolider les vieux bâtiments de sa résidence, quand il lui est tombé sur le crâne un amas de tuiles et de poutres ; il s'en est tiré avec quelques contusions et des blessures sans gravité.
    Le mois dernier, les PP. Boiteux et Bouttaz sont venus à Ningyuanfu ; le premier a réussi à guérir une dysenterie rebelle en suivant un traitement indiqué par le P. Le Bouetté.
    Le P. Leroux signale que les panthères ravagent Hong-pou-so. Les gens n'osent plus sortir la nuit, sauf les voleurs, qui n'ont peur de rien.
    La ville de Ningyuanfu se modernise ; on installe la lumière électrique, et deux restaurants européens sont déjà ouverts. La construction de la route se poursuivant, nous aurons bientôt des autos.

    Tatsienlu

    1er septembre.

    Le P. Mauger est chargé du poste de Tanpa, le P. Pezous de celui de Kutsin. Le P. Doublet, après avoir résidé dix-huit ans à Taofu, a transmis son poste au P. Th. Yang, et il est venu s'installer comme procureur à Tatsienlu.
    Le 2 août, les cinq premières postulantes Oblates sont entrées au Noviciat ; la cérémonie de prise d'habit, qui a eu lieu à la Procathédrale, a fortement impressionné les chrétiens et païens présents ; le jour même de cette prise d'habit, trois jeunes filles sont entrées au postulat.
    Après la retraite des confrères, prêchée par le P. Arnaïs, les Pères qui changeaient de district, y ont transporté leurs bagages ; mais les brigands sont nombreux ; les PP. Leroux et Pezous ont été leurs victimes.
    A Tatsienlu, les voleurs font parler d'eux. Chez nos dévouées Religieuses F. M. M., on empoisonna le chien et même les chats ; puis les voleurs s'introduisirent dans la sacristie, emportèrent le plateau de communion, un riche voile huméral, un magnifique pupitre et du linge d'autel ; ils essayèrent aussi de forcer le tabernacle. La nuit suivante, ils eurent la fâcheuse idée de vouloir ligoter un porc, qui donna l'éveil. Les voleurs s'enfuirent, mais revinrent une autre nuit, sans succès cette fois ; ils courent encore ; la police ne veut pas d'histoires.
    Le P. Bonnemin a passé une bonne partie de l'hiver sur son lit ; il est gravement malade ; il doit partir d'urgence, nous annonce le supérieur de la région.
    Le P. André travaille sur la population Lyssou ; Ies familles qui se convertissent sont déjà nombreuses.
    Le curé de Yerkalo dit que la récolte sera bonne, niais il a des soucis ; on veut élever des monuments bouddhiques à la frontière sino thibétaine, tout le monde doit y travailler. Le P Nussbaum fait l'impossible pour éviter que nos chrétiens ne soient forcés de participer à ces travaux superstitieux.

    1er octobre.

    Toujours des pillages. Le P. Charrier, provicaire, nous écrit à ce propos : " Le P. Leroux remorquait un jeune homme, pris du mal de montagne ; arrivé le premier au sommet, les pillards furent sans doute touchés de son geste charitable et, sans le fouiller, lui enjoignirent de descendre l'autre versant dare-dare ; il eut naturellement la présence d'esprit d'obtempérer à cet ordre, et sauva ainsi la bourse, dont il était porteur... Puis vint le P. Pezous, qui fut tout étonné, avant de réaliser la situation, de voir trois revolvers braqués sous son nez ; un quatrième brigand fouilla ses poches et fit main basse sur sa montre, enleva douillette, toge et autres habits, lui laissant, sans doute par pitié, sa chemise et son pantalon. Les hottes furent vidées, si bien qu'arrivés au refuge, les pauvres gens durent souper avec une livre de riz pour douze personnes. Le lendemain, la caravane fit environ 25 kilomètres à jeun, et ce n'est qu'à K'ouiyong que, grâce à la charité d'une vieille Thibétaine, ils purent déjeuner d'un peu de thé beurré et de quelques pommes de terre.... "
    Au Thibet yunnanais, toujours les mêmes difficultés pour le ravitaillement, et les fermiers se font tirer le nez plus que de raison cette année. Au sujet de Yerkalo, voici ce que dit la presse locale : " Sa Majesté le Régent Radji, de Lhasa, continue ses exhortations à la pénitence et aux bonnes moeurs. Par ces temps de guerre universelle, la position des Thibétains est magnifique. Ils doivent rendre grâce à la nature et à leurs protecteurs, les lamas. Une cotisation volontaire sera imposée pour l'amélioration des objets du culte des lamaseries : c'est ainsi que l'on sauvera le Thibet et sa capitale. Son armée se monte à trente-six régiments de cavalerie avec 8.600 hommes à solde régulière... " Chaque chef de district est libre d'inventer d'autres pratiques accessoires de piété et des pénitences supplémentaires, empruntées à l'antiquité. Ainsi les Mossos doivent construire un moulin à prières ; les Lamas ont placé la région sous le régime sec ; ceux de Kiangka interdisent l'usage du pantalon ; ailleurs on interdit le tabac, la chasse, la construction de maisons nouvelles....
    Les brigands sont nombreux ; certains réussissent de beaux coups : à dix, ils ont pillé une petite caravane qui portait de l'or ; ils ont emporté de six à sept cents onces du précieux métal.

    Yunnanfu

    2 octobre.

    Les 27 et 28 septembre, nous avons eu à la capitale provinciale deux petites alertes ; par crainte des bombardements, une partie de la population se réfugie dans la banlieue.
    Le 30 septembre, à 8h, nous avons eu une nouvelle alerte, suivie d'un véritable bombardement à 12h. 15 ; 27 avions ont commencé leur oeuvre destructrice par la gare, dont les dépendances ont été atteintes, puis par la Banque de l'Indochine, qui a été réduite en poussière, sans incendie heureusement. Près de l'évêché, une bombe a détruit un petit garage d'autos, mais ni notre résidence, ni celle des PP. Salésiens, ni celle des Soeurs F. M. M. n'ont subi de dégâts. En ce jour du 30 septembre, date anniversaire de la mort de Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, son Carmel a été miraculeusement protégé ; en effet, une bombe est tombée sur le préau qui conduit les chères Soeurs au réfectoire, ne causant que des dégâts insignifiants.

    1er novembre.

    Au début d'octobre, le P. Bourgeois, de la Mission de Chungking, était de passage à Yunnanfu, se rendant à Hongkong ; le 5, il profitait d'un train spécial organisé pour quelques familles françaises rentrant au Tonkin. Quelques jours après, le P. Bonnemin arrivait des frontières du Thibet ; celui-ci a pu partir avec des employés de la Compagnie du chemin de fer, qui allaient à Laokai à la rencontre de l'Ambassadeur de France à Chungking ; il a dû faire à pied deux fortes et pénibles journées de voyage le long de la voie ferrée rendue inutilisable.

    Alertes et bombardements. Nous ne croyons pas exagérer en disant que les alertes à Yunnanfu eurent lieu à la cadence d'une en deux jours. Nous avons subi trois bombardements depuis celui du 30 septembre ; nos établissements n'ont pas eu à souffrir, sauf de légers dégâts à l'ancienne maison des catéchistes au Fou-koue-lou. Que devenons-nous pendant les alertes ? Nous n'imitons pas toujours la population de Yunnanfu, qui a pris l'habitude de quitter la ville chaque matin. Parfois, nous allons nous réfugier au Petit Séminaire de Pélontan, mais sans être sûrs d'y trouver plus de sécurité, tant est grande la foule qui se cache dans les environs. Dans ces conditions, la bonne marche du Grand Séminaire devenait pratiquement impossible ; aussi a-t-on devancé les vacances d'hiver, qui ont commencé le 30 octobre. Au Petit Séminaire, les élèves peuvent gagner la montagne en quelques minutes ; leurs professeurs les y suivent, et les regroupent immédiatement pour continuer les cours en plein air. Pour plus de commodité, nous nous sommes tous mis au régime des deux repas chinois.
    Pendant le bombardement du 26 octobre, un appareil de l'Eurasia a été abattu par des avions de chasse qui sont arrivés de très bon matin, à l'improviste ; l'avion de l'Eurasia a eu quatre blessés, dont deux seraient des Allemands et deux des Chinois. Le 29 octobre, un autre avion commercial a été abattu, alors qu'il venait de Chungking à Yunnanfu ; cette fois, les dégâts sont plus graves et l'on compterait sept morts et quatre blessés.
    Dans la première dizaine d'octobre, la ville de Kai-yuen a subi un grave bombardement ; le Docteur français de la Compagnie du Chemin de fer du Yunnan, aidé du P. Degenève, a donné les premiers soins aux blessés.

    * * * Un télégramme du 10 octobre, venant de Tatsienlu, nous a appris la mort du P. Nussbaum ; peu après, nous recevions quelques détails ; le Père a été assassiné le 17 septembre par des brigands, alors qu'il retournait dans son district de Yerkalo, après quelques jours de repos chez le P. Goré, à Tse-chung, dans les marches yunnannaises du Thibet.

    Kweiyang

    28 septembre.

    En terminant son rapport sur le bombardement du Proba-torium en construction à Se-tse-pa, (dont a parlé le Bulletin de novembre,) le P. Guettier écrit à Mgr Larrart : " La vie ne nous ménage pas ses surprises : voleurs, grève des ouvriers, inondation diluvienne, et maintenant un bombardement. Que nous arrivera-t-il pour finir ? En tout cas, je tiens. "
    Septembre est chez nous le mois des retraites. Au Petit Séminaire, elle a été prêchée par le P. J.-M. Hou, vicaire forain de Tsen-y, Quand on connaît son tempérament ordonné, son allure prudente, ses soins méticuleux, on peut être sûr qu'il aura maintenu son auditoire bien loin de tous risques.
    Pour prêcher celle du Grand Séminaire, le P. Buchholz, de la Mission de Chetsien, n'a pas reculé devant un voyage de dix étapes, dont cinq en brancard ou à pied, et cinq en auto : mais pour ces cinq dernières (environ 150 kilomètres), il n'a pas mis moins de quatre jours. Quand le Supérieur de la Maison a voulu le dédommager, sinon des désagréments mais du moins des frais de route, il est allé rechercher le compte de ses soi-disant arriérés pour se trouver lui même encore en dettes, et a opposé un refus obstiné !
    Pour celle du clergé chinois, le P. Nieou, Directeur du journal I-Che-Pao, a bien voulu faire le voyage Chungking-Kweiyang. Par sa doctrine élevée, par sa parole pleine de distinction, il a dépassé l'attente de son auditoire ; il a saisi toutes les occasions pour aviver l'élan de l'Action Catholique.
    Ces jours derniers arrivaient à Kweiyang, par le Tonkin et le Yunnan, deux séminaristes de Nanning, partis de Penang il y a six mois. Il y a quelque espoir que leur voyage touche à sa fin, mais ce n'est pas encore sûr.

    Lanlong

    15 octobre.

    Les PP Esquirol et Dunac, revenant de Hongkong, sont arrivés à Hinjen au début d'août : ils eurent la chance d'utiliser les autos de la Gabelle de Yunnanfu à Ganlan ; ensuite, le P. Dunac fit en trois jours le trajet de Ganlan à Hinjen et put apprécier la simple hospitalité des auberges chinoises ; il est rentré à Tchenfong pour l'Assomption.
    Le P. Royo a été affligé d'un anthrax au genou qui l'a immobilisé plus d'un mois ; au moment de la retraite, il semblait guéri ; mais rentré à Hinjen, il nous écrit que l'inflammation recommence.
    La nouvelle procure, quoique non encore complètement terminée, a reçu les confrères européens, réunis pour la retraite qui s'est clôturée en la fête de la Nativité de Notre-Dame. Les prêtres indigènes ont eu au début d'octobre leur retraite qui s'est terminée le jour de la fête du Rosaire ; il ne manquait que le P. Hia, retenu à Tse-heng par les infirmités de la vieillesse.
    Les épidémies de l'automne font de nombreuses victimes dans les régions malsaines des bas pays ; les districts de Tayen et Tchechou ne sont pas épargnés ; quand nos confrères sont valides, ils emploient une grande partie de leurs journées à visiter les malades.
    Le passage des avions japonais et spécialement les circonvolutions de l'un d'eux sur la ville de Lanlong ont semé la panique ; le territoire de notre Mission est maintenant dans la deuxième zone de guerre, aussi les préparatifs de résistance y sont-ils activés. La récolte de maïs a été excellente ; celle du riz s'annonce satisfaisante ; c'est un avantage appréciable pour l'Intendance militaire.

    Canton

    22 octobre.

    L'épidémie qui a donné lieu à l'établissement du sévère cordon sanitaire mentionné dans nos précédentes chroniques, sévit sans doute encore à Hongkong et à Macao ; les mesures prises sont en effet maintenues dans toute leur rigueur. Avec un grand bien, du point de vue hygiénique, il en est résulté de grands inconvénients dans l'ordre de l'économie municipale. Les commerçants s'en plaignent vivement. Une preuve qu'ils ont des raisons sérieuses de le faire est fournie par le fait du départ d'un assez grand nombre de Japonais et de Formosans, et de la fermeture des magasins qu'ils avaient installés dans notre ville, de concert avec des Chinois. Certaines entreprises continuent encore leurs affaires, mais elles dépérissent visiblement ; elles ne sont pas en état de renouveler leurs provisions et augmentent le prix de celles qui leur restent. Les privilégiés de la fortune (il s'en trouve encore quelques-uns) peuvent seuls y prétendre.
    Il semble que cette question préoccupe les dirigeants ; ils ont, en effet, décidé de transformer en lazaret l'ancienne maison de correction de Nam-shek-t'ao. De la sorte, les services ordinaires de bateaux pourront reprendre ; s'il se trouve des contaminés parmi les passagers, ils seront simplement gardés en quarantaine dans cet établissement.
    Les réjouissances prévues pour le deuxième anniversaire du débarquement à Bias Bay et de l'occupation de la ville de Canton sont restées lettre morte. Il a couru de mauvais bruits et on a pris des précautions extraordinaires de police.
    Les fréquentes visites faites par les officiers du Bureau de l'Hygiène aux restaurants et débits de boissons sont très bien vues du public qui fréquente ces établissements. Par ailleurs, tout va bien, me disait quelqu'un en souriant.
    Il est certain que le séjour de nos missionnaires et de nos prêtres indigènes dans les petites chrétientés de la campagne ne revêt pas les conditions désirables de sécurité. La famine qui y règne donne lieu à des actes qu'excuse peut-être l'extrême nécessité dans laquelle se trouvent un grand nombre de personnes. Malgré les nombreux accrocs faits au droit de propriété, chacun demeure à son poste et remplit son devoir comme si rien n'était changé dans les conditions de son existence. La grande peine est d'être témoin de la misère du prochain sans avoir le moyen d'y remédier.

    Pakhoi

    8 octobre.

    Pendant le mois qui vient de s'écouler, les avions japonais ont été particulièrement actifs au-dessus de notre Mission.
    Le journal de Limchow, un des rares qui subsistent dans notre région, annonçait le 11 septembre le bombardement de Shuman, de Kong-hong et de Hoihong, au Luichow, et de On-pou, dans la sous-préfecture de Limkong. Le 13, c'était la nouvelle d'une offensive sérieuse sur Voushak, port situé sur la côte occidentale du Luichow, d'où l'on exporte beaucoup de sel.
    Le 17, plusieurs escadrilles survolèrent la ville de Pakhoi dans tous les sens, pendant toute la journée ; elles ne jetèrent pas de bombes, mais que signifiait cette inspection minutieuse et prolongée ? La population en fut fort effrayée, et ces pauvres gens commençaient déjà à se réfugier à la Mission. Heureusement, les sinistres oiseaux n'ayant pas reparu les jours suivants, le calme est revenu.
    A l'occasion des événements qui se sont déroulés au Tonkin, des bruits pessimistes coururent ici sur la région de Tonghing, près de la frontière indochinoise ; nous fûmes inquiets pour nos confrères, les PP. Rossillon, Hermann et Boulay. Grâce à Dieu, ce n'étaient sans doute que de vains bruits, qui n'ont pas été confirmés.
    Enfin, le 4 octobre, le journal annonçait que les Nippons avaient essayé de débarquer à Voushak, déjà bombardé le 13 septembre ; leurs avions arrosèrent de leurs bombes ce petit port, ainsi que les marchés voisins à quatre ou cinq lieues, Pakka, Ingli, etc... : après quoi, ils occupèrent la ville de Voushak. Nous nous demandions ce que devenaient les PP. Thouvenin et Devos, chargés de la chrétienté de Topi (Notre Darne du Lac) qui n'est qu'à une lieue de distance de Voushak ; le lendemain, le journal annonça qu'après avoir fait une razzia, les Japonais avaient quitté le pays. Nous étions presque rassurés sur le sort de Tapi quand, ce soir, nous reçûmes de Fort Bayard le télégramme suivant : " Eglise et résidence de Topi détruites par avions. Pères Thouvenin et Devos sains et saufs. " Où s'arrêteront nos malheurs ? Tant que durera la guerre actuelle, nos chrétientés, comme toutes celles de Chine, seront à la merci des bombes.
    Pour ce qui concerne l'île de Waichow, jusqu'à ce jour, on n'a pas fait un pas vers l'éclaircissement officiel des événements mystérieux qui s'y sont passés ; mais pour le pauvre peuple, aucun doute ne subsiste.
    Nous avons précédemment parlé des vexations dont étaient victimes les fidèles du district de la Sainte Trinité, dans la région de Pangham au Luichow. Plusieurs démarches auprès de l'autorité locale n'ayant donné aucun résultat, le P. Jégo s'aboucha avec le Délégué du Gouvernement en résidence à TcheKam ; celui-ci voulut bien aller lui-même faire une enquête sur les lieux. Ce grand personnage admonesta les coupables et fit visite au sous-préfet, qui enquêta et promit de tout faire rentrer dans l'ordre. Espérons que c'est maintenant un fait accompli et que le cher Père Jégo n'aura pas en vain fait tant de démarches pour assurer la paix à son troupeau, et qu'il en jouit effectivement.
    Le cher Père Barreau est allé à Fort Bayard pour soigner un petit malaise, sans gravité, espérons-le. Tous nos voeux de prompt rétablissement.
    Soeur Marie Fernand C. M. M. I., qui avait accompagné la Révérende Mère Henri de Jésus lors de son retour de Fort Bayard à Pakhoi, et qui avait pris ici quelques jours de repos, a vaillamment repris, seule en compagnie d'une chrétienne, le chemin de Kouang-Tcheou-Wan, sans souci des peines et des difficultés d'un voyage de cinq jours en palanquin ou en barque ; elle y est arrivée toute joyeuse de son expédition. Honneur aux Filles de Saint François de Sales !

    Nanning

    Après plus de onze mois d'occupation, les troupes japonaises ont évacué Nanning ; le 29 octobre à 8h. 30, le pont flottant établi en aval de la ville, au-dessus du marché de Ting-tze, sautait et partait en flammes à la dérive ; le dernier soldat japonais avait quitté notre ville, Nanning était libéré. Nos 500 réfugiés croyaient sortir d'un rêve. Depuis plus d'un mois, les occupants évacuaient tranquillement leur immense matériel et leurs provisions de vivres, qui étaient bien de plusieurs milliers de tonnes. La ville n'est plus qu'un squelette sans portes ni fenêtres ; beaucoup de maisons ont été démolies ; les briques ont servi à la réparation des routes, à faire des fortins, les bois ont servi pour le chauffage. Dans la banlieue, l'emplacement des maisons est recouvert d'une végétation luxuriante, et les propriétaires ont de la peine à identifier l'endroit où ils habitaient jadis.
    Dès le 30 au matin, les soldats chinois commençaient à affluer à Nanning ; ils étaient harassés, exténués, mais pleins d'entrain ; tous ces jours-ci, les visites ne discontinuent pas à la Mission ; officiers et soldats se succèdent et demandent des renseignements sur notre situation pendant l'occupation. Notre dispensaire est fréquenté par de nombreux soldats chinois que nos Soeurs indigènes et canadiennes soignent avec des soins maternels.
    La population rentre petit à petit, la ville s'anime de jour en jour ; il faudra des années avant qu'elle reprenne son ancienne splendeur. Le nombre des miséreux est incroyable, et il nous est bien pénible de ne pouvoir les secourir comme nous le voudrions, faute de moyens.
    Durant cette longue occupation, nous n'avons pas été trop éprouvés au point de vue de la santé, sauf le P. Dalle, à cause du manque de nourriture appropriée, par suite du manque de lait ; mais bientôt le ravitaillement va redevenir normal, du moins nous l'espérons.
    De Liuchow, le P. Madéore, appelé par Monseigneur, annonce qu'il se met en route pour se rendre à Nanning.

    Hanoi

    7 octobre.

    Malgré les ardeurs du soleil et la rutilance de ses rayons, le mois de septembre n'a pas été un mois de joyeuse allégresse, loin de là ! Nos villes avaient pris leur éclairage d'alerte, et presque plus personne ne circulait dans les rues enténébrées.
    Le service de contrôle était d'ailleurs fait avec une sévérité inexorable ; le P. Lebourdais est payé pour le savoir ! Ses plieurs de journaux avaient cru pouvoir continuer leur travail après 19h, et la nuit venue, allumer une lampe qui projetait un faisceau lumineux dans la cour de l'imprimerie. Mal leur en prit, car un inspecteur constata le délit et le lendemain, notre confrère se voyait sommer d'avoir à payer une amende de huit piastres dans les vingt-quatre heures, faute de quoi on lui proposait la désagréable perspective de coucher sur la paille humide des cachots municipaux ! Notre journaliste s'inclina de bonne grâce, et l'affaire en resta là.
    Il est inutile de dire qu'avec ce manque d'éclairage les rues de Hanoi, au moins, n'étaient plus animées. Toutes les boutiques de la ville annamite, s'ouvrant directement sur la rue, se voyaient obligées d'arrêter le travail avec les dernières lueurs du jour ; les enseignes multicolores restaient sans lumière ; petit à petit, les artisans regagnaient leur village.
    La ville ne retrouva un peu d'animation que pour la fête de la mi-automne, la fête des enfants. Déjà on avait entendu quelque bruit de tambour et des chants joyeux, mais à quoi serviraient les belles lanternes fabriquées avec tant d'art et de goût ? La municipalité voulut permettre les ébats de toute cette jeunesse ; pendant trois jours, les rues retrouvèrent la lumière et les enfants leur gaieté ; cependant les cortèges ne rappelèrent que de loin les festivités de ceux d'autrefois.
    Cette joie ne dura guère. Les bruits pessimistes, répandus par les intéressés eux-mêmes, faisaient déjà fuir vers la campagne hospitalière les citadins apeurés. De fait, bien que l'accord fût signé au matin du 22 septembre, l'armée japonaise du Kwangsi pénétra le même soir en territoire tonkinois. Elle y trouva de la résistance, gênée par les ordres et contre-ordres que provoquait l'envoi du plénipotentiaire chargé de faire cesser le feu. Il y eut de sérieux flottements et ce fut seulement au matin du 25 que la situation s'éclaira aux alentours de Lang Son occupé.
    Parmi les confrères mobilisés, seul le P. Guidon, de la Mission de Hunghoa, fut blessé sérieusement ; il est actuellement à l'hôpital de Hanoi, où il recevra bientôt la médaille militaire en reconnaissance de sa belle conduite au feu. Il ne se ressentira ni de la balle ni du coup de baïonnette qu'il reçut et rendit généreusement ; son état physique et moral est aussi bon que possible. Avant d'être évacué, il avait rencontré le P. Seitz, qui venait de prendre ses fonctions d'aumônier volontaire et continue à se dépenser au service des troupes en campagne.
    Actuellement, l'accord franco-japonais entre en voie d'exécution. Les troupes japonaises occupent les points désignés par les conventions, afin d'y établir leur base d'opération. Cela n'ira certainement pas sans de sérieux inconvénients.
    Nos oeuvres des villes ont beaucoup souffert de ces temps incertains : écoles fermées, catéchismes suspendus, etc... Aujourd'hui, à la date du 7 octobre, les écoles publiques et privées ouvrent leurs portes toutes grandes. La réponse des élèves me semble un peu réticente ; beaucoup, partis vers le Sud plus calme, ne paraissent pas avoir l'intention de regagner le Nord trop agité.
    Toutes ces rumeurs et tous ces troubles n'ont pas arrêté notre Vicaire apostolique sur le chemin des tournées pastorales ; le départ en fut simplement gêné par la carence des moyens de transport ; l'auto épiscopale dut, seule, se charger vaillamment de la besogne. Elle s'en tira très bien. Mgr Chaize put arriver sans encombre à Kẻ Tâng, province de Phu Ly, première station d'un long itinéraire qui s'étendra sur plusieurs mois. La perte de la moisson, causée par les dernières inondations, et la gêne qui s'ensuit ne favorisent pas l'affluence des chrétiens. Bienheureux si les misères présentes leur remettent en mémoire l'unique nécessaire, le salut de leur âme.
    Le départ de Monseigneur et de son secrétaire a encore réduit le personnel de la Mission de Hanoi, et les voies d'accès se trouvant bloquées, notre Communauté, si mouvementée il y a encore peu de temps, se voit réduite à sa plus simple expression. Oh ! Ce n'est pas la solitude ! Nous sommes toujours une douzaine à table ! Car le P. Gracy est de nouveau notre hôte, tout ragaillardi par son retour au Tonkin et la présence de quatre missionnaires mobilisés. De plus, Mgr Hedde, Vicaire apostolique de Lang Son, et quelques missionnaires attendent avec impatience le moment de regagner leur vicariat dévasté.
    Le P. Vacher, dont la santé nous avait valu de graves inquiétudes, s'est remis de la bilieuse hématurique qui l'avait mis à deux doigts de la mort. Il a quitté la Clinique Saint-Paul, un peu prématurément peut-être ; mais la présence des Religieuses à Vu Bản et des bruits un peu inquiétants sur les dispositions des populations montagnardes réclamaient son départ immédiat. Que Notre Dame du Rosaire le garde vaillant au service de ses Muong !
    Le P. Aubert, notre Provicaire de date immémoriale, a vu son état général s'améliorer, mais les jambes refusent encore tout service. Que voulez-vous ? Elles ont cinquante ans de bons services sur la terre tonkinoise, elles ont largement droit à un peu de repos. Ce fut donc en toute intimité, à la Clinique, que furent célébrées les noces d'or de notre vénéré confrère. Les visiteurs avaient afflué toute la journée ; le soir, les missionnaires vinrent témoigner de leur affectueux respect, et à la chapelle, la présence des Soeurs ajoutait encore à la note de piété toujours si opportune dans un jubilé sacerdotal. Le dernier mot me fut donné par la Révérende Mère Prieure du Carmel, auquel le Père a fourni tant de vocations : " Que le bon Père attende longtemps encore avant d'aller jouir au Ciel de la récompense des bons soldats du Christ. Il se doit de nous fournir encore des vocations." Comme les vieillards de l'Apocalypse, je ne puis que dire : " Amen, qu'il en soit ainsi !."

    Hunghoa

    9 octobre.

    En août dernier, la Rivière Noire et la Rivière Claire ont eu de fortes crues, telles qu'on n'en avait pas vu depuis vingt ans. Le Père Hue, Provicaire, en sa région du Ba-Vì, est resté dix jours sans communication aucune avec le reste du monde ; toutes les routes, même celles de la montagne, étaient coupées, emportées qu'elles étaient par l'eau des torrents descendant du Ba-Vì, jour et nuit, avec un grondement des cascades semblable à celui du tonnerre. Et, ce qui lui fut plus sensible, ce fut la perte d'une vingtaine de beaux arbres, qu'il avait fait couper pour sa maison, et qui, lors de l'inondation, sont partis à la dérive ; ils n'ont pas été perdus pour tout le monde ; les riverains de la Rivière Noire ont bien dû les arrêter avant l'embouchure du fleuve ; cette crue fut une source de revenus pour eux ; rarement, on vit passer autant d'arbres ou de bois de chauffage, et, vu les prix de l'heure actuelle à Hanoi ou ailleurs, ils ont réalisé là de sérieux bénéfices.
    Le 13 août, eut lieu la rentrée de nos petits séminaristes ; la Retraite leur fut prêchée quelques semaines plus tard par le Père Gautier qui, ancien professeur, les encouragea de tout son coeur à profiter des grâces qu'ils reçoivent chaque jour, si nombreuses. Au Grand Séminaire Saint-Sulpice, à Hanoi, nous avons, cette année, 12 élèves, philosophes et théologiens. Que Dieu protège et garde toute cette jeunesse cléricale !
    Au début de septembre, ce fut grand événement à Tong. Trois Soeurs de St Paul de Chartres arrivaient de Hanoi, pour prendre la direction de l'école, projetée depuis longtemps par le Père Pierchon, en ce vaste Camp militaire. C'est chose faite maintenant. L'ancienne maison du Père est devenue la Communauté des Religieuses, et quand la chapelle actuelle de Tong sera définitivement remplacée par la nouvelle église, il y aura là une belle école. Et attendant, les Soeurs font la classe dans l'ancienne école, et depuis leur arrivée le nombre des élèves va toujours croissant. C'est une oeuvre bien nécessaire en ce centre important, où, au milieu de grandes misères morales, le bienfait de l'instruction religieuse permettra de garder les enfants, et de rappeler aux parents, français et annamites, leurs devoirs de chrétiens.
    Le Père Pierchon, qui a donné tous ses soins à l'installation des Religieuses, a construit une petite maison, de l'autre côté de son église ; c'est là qu'il habite ; mais, de jour, il y est bien rarement ; les travaux de sa basilique de Ste Thérèse, comme il dit, lui donnent pas mal de tintouin ; le plan, d'abord quinquennal, puis septennal, arrive à son échéance, et il voudrait qu'à Noël prochain tout fût prêt pour l'inauguration.
    En même temps qu'il préparait le local des Soeurs et surveillait les travaux de l'église de Tong, il a rendu service au curé de la paroisse voisine de Bách-Lộc, pour l'érection de sa nouvelle église. En moins de deux ans, tout a été heureusement réalisé, et actuellement une belle église à trois nefs, très vaste, et que domine un clocher des plus élégants, fait la joie de cette chrétienté. Une plaque de cuivre rappelle, par son inscription, que le corps du Bx Néron, que les fidèles étaient allés chercher à l'endroit du supplice, à Son-Tây, reposa longtemps en ce lieu, et que des reliques de ce Bx Martyr y sont encore conservées. Le dimanche 6 octobre, solennité du Saint Rosaire, ce fut grande fête : bénédiction de l'église, grand'messe pontificale, Salut solennel d'actions de grâces ; Mgr Vandaele fut heureux de présider cette fête d'inauguration, et rappela les devoirs qui incombent à tous, pour mériter la protection de notre Mère du Ciel et des Bienheureux Martyrs.
    Les journaux ont parlé, en termes très brefs, de " l'incident " de Lạng-Son, près la frontière de Chine, et de l'occupation de ce centre par les Japonais de l'armée du Kwangsi. Le Père Guidon, mobilisé comme sergent, a pris part à l'un des combats qui eurent lieu en cette région, vers la fin de septembre. Atteint d'une balle aux reins, il fut aussi blessé au visage d'un coup de baïonnette ; fort heureusement, la première blessure en séton est moins grave qu'on aurait pu le craindre ; quant à la seconde, à proximité du nez, elle sera vite guérie, mais le pansement, qu'on lui fait chaque jour, est encore bien douloureux ! Les bons soins qu'il reçoit à l'Hôpital militaire Lanessan, à Hanoi, le remettront bientôt sur pied, espérons-le ; mais comme il le dit lui-même : " Je suis né à Lourdes ; c'est vraiment à Notre Dame de Lourdes que je dois d'être encore vivant ! " Avec lui, nous remercions notre bonne Mère du Ciel !
    Du Père Millot, qui était dans cette même région et a également pris part à ces opérations militaires, on a dit qu'il avait été blessé à la cuisse, et soigné à l'Infirmerie de Lạng-Son ; mais rien de précis ; au moment où cette Chronique va partir, un télégramme arrive, disant : " Millot, bonne santé ".
    Souhaitons que ces alertes ne se reproduisent pas !

    Thanh-hoa

    13 octobre.

    Le mouvement des troupes indochinoises du Sud vers le Nord, pendant le règlement des questions litigieuses concernant les modalités de débarquement et de transit des troupes nippones au Tonkin, nous a valu d'avoir dans notre ville de Thanh-Hoa presque tout un régiment de toutes armes.
    Cantonnées dans les écoles de la ville, ces troupes n'y ont fait qu'un séjour rapide, beaucoup trop court pour tous les néo-tenanciers si rapidement installés avec enseignes, toutes plus attrayantes les unes que les autres. Ceux-ci n'ont certes pas réalisé tous les bénéfices escomptés ; certains en seraient même pour leurs frais, le départ inopiné des soldats n'ayant pas permis à quelques-uns d'entre eux de venir échanger les bons signés de leur plus belle main contre des bons revêtus d'une signature moins artistique peut-être, mais d'un effet financier meilleur.
    Le Collège Séraphique des RR. PP. Franciscains a été occupé par l'Etat Major du Régiment et une Batterie d'artillerie. Vu la disposition de leurs locaux scolaires, ils ont pu malgré cela garder leurs élèves et continuer les études. Notre collège de catéchistes a reçu deux compagnies de tirailleurs saigonnais et cambodgiens. A cause du nombre et de la situation des salles, le P. Lehmann, Supérieur de l'établissement a dû renvoyer la plus grande partie de ses élèves ; il est resté avec quelques professeurs et une douzaine d'élèves seulement. Pour la première fois, le Père Lehmann, qui n'a point été soldat, a côtoyé la gent militaire ; il a été très satisfait de sa conduite et garde un excellent souvenir de ce passage, en particulier du Docteur de Bérail, médecin du Bataillon qui logeait chez lui.
    La dernière mobilisation ayant rendu vacant le poste de Délégué Administratif de Hôi Xuân, le Chef de la Province, avec l'autorisation de Mgr De Cooman, a proposé à M. le Résident Supérieur en Annam de nommer provisoirement le R. P. Canilhac Délégué pour cette région jusqu'au retour du Titulaire. Le Résident Supérieur, bien renseigné sur l'autorité du Père et sur l'estime dans laquelle on le tient dans toute cette région où il connaît tout le monde et est connu de tous, a été heureux de donner ce témoignage d'estime au Père, qui habite cette région depuis 35 ans.
    Ces nouvelles fonctions alourdissent la charge de celui-ci, mais voyant la joie de la population qui s'en réjouit si ouvertement, et qui, les échos nous en sont parvenus jusqu'ici, fait des vux pour que cet état de choses dure le plus longtemps possible, notre nouveau Délégué accepte volontiers ce surcroît de travail. Le voilà donc doublement " Délégué " : il est, de par l'autorité épiscopale, " Vicaire Délégué " pour cette région ; le voici de plus, de par l'Autorité gouvernementale, " Délégué administratif ". Nos meilleurs souhaits.
    Nos trois mobilisés ne nous sont pas encore revenus, ils nous annoncent qu'ils sont toujours en bonne santé, et à leur poste de combat.
    Ceux qui restent dans la Mission tiennent aussi leur poste. Notre infirmerie est déserte depuis assez longtemps. Il y a pourtant à signaler le passage du P. Pellois, Directeur spirituel du petit séminaire de Balang, qui depuis quelques jours doit se faire soigner un pied ici. Si l'infirmier major et chirurgien du séminaire ne se trouvait pas mobilisé dans la personne du lieutenant Francheteau, le Père n'aurait pas été obligé de quitter son poste ; mais l'infirmier actuel du Séminaire n'a pas osé entreprendre le travail exigé par l'état du pied du P. Pellois. Celui-ci a dû venir demander à plus expert les soins nécessaires. L'amélioration, déjà très sensible, permet au Père d'entrevoir comme très prochain son retour, tant attendu là-bas.

    Quinhon

    8 octobre.

    Le dernier contingent de lépreux évacués de la Léproserie de Culaorong, en Cochinchine, est arrivé depuis plusieurs semaines à l'asile de Qui-hoà. Une dizaine des plus atteints, trop faibles pour supporter les fatigues du voyage et du changement de climat, malgré les soins dévoués dont ils ont été entourés, n'y sont entrés que pour y terminer leur triste existence. Du moins, ils y ont trouvé le chemin du Ciel, qui leur a été ouvert par l'eau sainte du baptême, versée sur leurs fronts in extremis.
    Le nombre des hospitalisés approche maintenant de six cents. Devant cette affluence de malades, le pavillon réservé aux invalides étant devenu insuffisant, une nouvelle construction va s'élever incessamment, qui doublera le nombre des lits disponibles.
    De leur côté, les Soeurs de Saint Vincent de Paul, grâce à l'aide pécuniaire d'une oeuvre charitable, préparent l'installation d'une crèche dans leur enclos et près de leur habitation. Le bâtiment, composé de quatre pièces et couvert en tuiles, est presque terminé et recevra sous peu les enfants abandonnés ou confiés à leurs soins.
    Le 6 septembre, le P. Crétin, de la Mission de Kontum, malade depuis plusieurs semaines, est arrivé très fatigué à Quinhon, en compagnie des PP. Corompt et Renaud. Aussitôt, il a été conduit à l'hôpital et confié aux bons soins du Docteur, qui espère pouvoir le remettre sur pied sans tarder.
    Le même jour, avait lieu à la Cathédrale la bénédiction d'un Chemin de Croix, de fabrication locale, qui fait l'admiration de tous, et qui ne le cède en rien aux modèles d'Europe.
    Le 7, le R. P. Morin O. M. I., mobilisé comme sergent, nous arrivait de Hué, pour prendre son poste à la caserne de Quinhon, où il est affecté.
    Le P. Clause qui, nouvellement démobilisé, avait repris son poste de supérieur au petit séminaire, était rappelé d'urgence le même jour à Tourane ; il en revenait le surlendemain pour prendre logement à la caserne de Quinhon ; il en est reparti le 21 pour reprendre ses anciennes fonctions à Hué. Le P. Jean-ningros, dont on attendait la démobilisation, a été maintenu à Banmethuot. Les dernières nouvelles nous apprennent cependant qu'il est actuellement à Ninh-hoà.
    Le 12 septembre, les PP. Curien et Giffard, rappelés pour la cinquième fois, étaient de nouveau de passage à Quinhon, venant de Kontum. Ils sont tous deux affectés à Camranh, où doit aussi se trouver le P. Alexandre, dont nous sommes depuis assez longtemps sans nouvelles.
    Le 24 septembre, le P. Haller, de la Mission de Séoul, mobilisé comme sergent à Kontum, était de passage à Quinhon, accompagnant un contingent de troupes montagnardes envoyées dans le Nord Annam.
    De passage également le même jour Dom Marie Bernard, Prieur du Monastère de Notre Dame d'Annam, revenant d'un voyage en Cochinchine et au Cambodge ; après une journée passée à l'évêché, il a repris le chemin de son monastère.

    Saigon

    7 novembre.

    Comme on pourrait croire que la mort de son Vicaire Apostolique a réduit au silence absolu la Mission de Saigon, déjà si peu loquace d'habitude, un chroniqueur bénévole prend aujourd'hui sa plume, pour signaler aux lecteurs du Bulletin les événements les plus marquants de cette longue période de huit mois !
    Il faut savoir tout d'abord que Saigon, tout comme les missions voisines, peut-être même plus qu'elles, a ses mobilisés ! Actuellement, on en compte quatre : les Pères Pouclet et Chauvel, sergents au 11e R. I. C., en villégiature à Battambang (Cambodge), le Père Grelier, maréchal des logis chef au Rach Cát et un modeste infirmier de 2e classe, le Père Parrel, que son service militaire, fort heureusement d'ailleurs, n'absorbe pas outre mesure. Il partage son temps entre sa Procure, l'Hôpital Grall et la Clinique St Paul.
    Les conséquences de ce rappel sous les drapeaux de plusieurs confrères sont les suivantes : primo, le Père Séminel est obligé de mettre les bouchées doubles et se trouve fréquemment aux prises avec des piles impressionnantes de devoirs dont il doit effectuer seul la correction ; par ailleurs, notre sympathique apôtre des Moïs est privé de son bras droit, le Père Chauvel, qui, possédant suffisamment langue sauvage et langue annamite, lui serait particulièrement utile dans les chrétientés qu'il vient de fonder et les villages qui demandent à se convertir.
    Le Père Soullard, qui assure la direction de la Mission, remplit sa charge allégrement, et se déplace sans hésiter pour administrer les confirmations et pour régler toutes les affaires qui exigent sa présence. N'a-t-il pas fait, à l'occasion du décès de Monseigneur Jannin, son ancien condisciple, le parcours Saigon-Kontum et retour en auto en moins de trois jours !
    La nouvelle de l'armistice et le récit des malheurs de notre France bien-aimée nous ont péniblement affectés, mais sans ébranler notre espoir. Certains déclarent avec assurance que tout va s'arranger dans un avenir très prochain ! Que le Ciel les entende !
    Pendant cette période douloureuse qui a précédé et suivi la cessation des hostilités, des cérémonies ont eu lieu, en particulier plusieurs veillées de prières en choeur parlé, composées, à l'aide de textes scripturaires, par un jeune médecin et sa femme, qui ont connu un réel succès. La dernière de ces veillées a eu lieu à l'occasion du triduum de Ste Thérèse de l'Enfant Jésus organisé au Carmel. Humilité, abandon, amour, furent les thèmes développés.
    Un groupe de Jécistes, (jeunes gens de Taberd, du Lycée et jeunes filles) est né récemment. Le Père Séminel s'en occupe avec la cheftaine Chauvet, qui a eu la belle idée de fonder à Saigon un Foyer de la Jeune Fille. Après les vacances, durant lesquelles eut lieu un camp scout, dont le Père Trempe C. SS. R. fut l'aumônier vigilant et actif, une retraite fut prêchée à la jeunesse étudiante de Saigon par Dom Wandrille O. S. B., descendu tout exprès de Dalat.
    A l'occasion de la St Luc, une messe dite par le Père Parrel a réuni une trentaine de médecins dans la chapelle de l'Hôpital Grall. On espère qu'un groupement spécialisé d'Action Catholique sortira de ce premier contact au pied des autels.
    Après cette brassée de nouvelles, en voici deux d'importance, que j'ai réservées pour la fin. Il s'agit des noces d'or de la Supérieure de la Clinique St Paul (ancienne Clinique Angier), que beaucoup de confrères connaissent pour son activité et son dévouement inlassable au service des malades, et de celles du P. Lambert, qui se sont déroulées à Thủthiêm quelque temps après. Les dignitaires de la paroisse et les Soeurs du Couvent avaient tenu à honorer de leur mieux qui leur curé, qui leur supérieur. Je dois à la vérité de dire que tous y sont parvenus de façon parfaite. A la messe où plusieurs missionnaires et prêtres annamites se pressaient, le Père Soullard prit la parole. Il rappela brièvement les mérites du jubilaire et indiqua aux chrétiens comment ils devaient témoigner à leur père dans la foi leur affectueuse reconnaissance. Durant le lunch qui suivit et auquel assistait Monsieur le Đốc Phủ Giáp, représentant l'Administrateur de Giađinh empêché, plusieurs discours furent prononcés, notamment par Monsieur J. Nguyên van Ky, qui fit l'éloge des missionnaires et de la France si cruellement meurtrie par la guerre. L'après-midi, à l'issue d'un salut très solennel, un feu d'artifice fut tiré et un repas à la chinoise fut servi aux assistants fort nombreux. On y entendit même des chants scouts, car la troupe française de Saigon avait tenu à assurer le service d'ordre.
    Que le Bon Dieu nous conserve encore nos vétérans toujours vaillants, puisque l'un d'entre eux, à 78 ans bien sonnés, ne recule pas devant la construction d'une église, jusqu'à ce que nous soient parvenus les renforts attendus depuis si longtemps !

    Hué

    16 octobre.

    Décès des PP. Stoeffler et Maillebuau. Un double deuil vient d'attrister notre mission. Le P. Stoeffler, notre doyen, et le P. Maillebuau, un de nos anciens aussi, nous ont quittés pour un monde meilleur, à quelques heures d'intervalle : le P. Maillebuau, le soir du 10 septembre et le P. Stoeffler, le matin du onze. Tous les deux souffraient depuis plusieurs années d'une pénible infirmité qui frappe souvent les vieillards. Ils l'ont supportée vaillamment l'un et l'autre, travaillant jusqu'au bout, le P. Maillebuau dans sa paroisse, le P. Stoeffler dans la petite chrétienté où il s'était retiré. De graves complications les amenèrent tous deux en même temps à l'hôpital de Hué dans la seconde quinzaine de juillet. Ils partageaient la même chambre. Quand tout espoir fut perdu, ils reçurent les derniers sacrements des mains de Mgr Lemasle et quittèrent l'hôpital pour aller mourir, le P. Stoeffler à la Procure, le P. Maillebuau au milieu de ses chrétiens.
    Les obsèques du P. Stoeffler se firent à la paroisse de Phủcam, dont il avait été le pasteur pendant plus de vingt-cinq ans. Mgr le Vicaire Apostolique chanta la messe pontificale ; Mgr le Délégué Apostolique était présent à la cérémonie, entouré d'une quarantaine de prêtres. L'assistance des chrétiens annamites était considérable et nombreux les Français, les Autorités en tête, qui étaient venus donner cette dernière marque d'estime au vieux missionnaire si sympathique. Tous l'accompagnèrent à sa dernière demeure, le petit cimetière réservé aux prêtres de Phủ-cam, au milieu duquel repose la dépouille mortelle du regretté Mgr Allys.
    Le lendemain de ce jour, c'est au P. Maillebuau que nous rendions les derniers devoirs, dans la chrétienté de Kẻ-van. Malgré les difficultés du voyage, une trentaine de prêtres se trouvaient réunis. Le P. Reyne, supérieur du district de Dinh-cát, chanta la messe, assisté de deux prêtres indigènes, et Mgr Lemasle donna l'absoute. Le Résident de la province de Quảng-trị avait envoyé son Chancelier pour le représenter ; ce dernier était accompagné de deux autres Européens, fonctionnaires de la province et amis du défunt. Les chrétiens n'ont pas voulu se séparer de celui qui fut, pendant trente-trois ans, leur pasteur dévoué et bien aimé : ils lui avaient préparé un tombeau devant l'église, au pied du monument élevé à la mémoire des chrétiens massacrés pour la foi en 1885.
    Le P. Antoine Maillebuau, originaire du diocèse de Rodez, vint à Hué en 1895. Il y retrouva son frère Marcellin, arrivé quelques années plus tôt. Son initiation achevée auprès du P. Rault à Mỉ-định, Mgr Caspar lui confia le poste de Nguyệt-áng, dans le Quảng-bình, chrétienté nouvellement fondée. Ces néophytes n'ayant pas persévéré, cette fondation fut abandonnée et le P. Maillebuau fut placé à Mỷ-phước et plus tard à Kẻ-văn, deux paroisses de vieux chrétiens. Dans ces deux postes il donna toute sa mesure : il était le curé modèle, vivant de la vie de ses ouailles. Les enfants surtout faisaient l'objet de ses soins attentifs : jusqu'à sa mort il les a instruits lui-même, leur faisant assidûment chaque semaine le catéchisme. Son zèle ne négligeait pas les païens des environs et il eut la consolation de fonder quelques petites chrétientés de néophytes. Il construisit ou répara les églises des diverses chrétientés de sa paroisse et veilla à ce qu'elles fussent toujours bien tenues.
    Les Pères Mailllebuau ont été l'un et l'autre d'excellents pasteurs d'âmes : le P. Antoine plus particulièrement missionnaire des vieux chrétiens ; son frère, le P. Marcellin, apôtre des catéchumènes et des néophytes. Ni l'un ni l'autre, durant leur longue carrière, ne sortirent jamais de la Mission.
    Le P. Stoeffler naquit dans la Basse Alsace, au diocèse de Strasbourg. Il fut envoyé à Hué en 1887. Il se forma aux coutumes et à la langue annamites à Di-loan, auprès du P. Barthélemy. Le poste de Diêm-tụ lui fut bientôt confié. Il était le premier titulaire de cette paroisse, entièrement composée de néophytes. Il resta là une vingtaine d'années, se dépensant sans mesure, donnant tout ce qu'il avait et vivant aussi pauvrement que ses pauvres chrétiens. Il n'obtint pas dans ce poste des succès proportionnés à son zèle, mais il y implanta solidement la foi.
    Quand Mgr Allys, après son élévation à l'épiscopat, quitta la paroisse de Phủ-cam, il se choisit le P. Stoeffler pour successeur. Cette chrétienté est difficile : d'abord elle est très nombreuse, d'où un ministère fort absorbant ; elle est aussi très mélangée, composée qu'elle est de néophytes et de vieux chrétiens, de très pauvres et de relativement riches, de gens d'une situation modeste et de fonctionnaires et de mandarins de tout grade. Le P. Stoeffler se fit tout à tous, leur consacrant tous ses instants. L'embellissement de son église, procathédrale de la mission, fut l'objet de ses préoccupations constantes jusqu'au jour où se réalisa son rêve de la voir consacrer par Mgr Chabanon. C'est la seule église de notre Vicariat qui ait reçu cet honneur suprême. Le Père voulut construire encore un vaste presbytère. Il y réussit, mais il n'eut pas le plaisir de l'habiter : la maladie le terrassa et il dut donner sa démission en 1936. Il passa un an à l'évêché, puis se jugeant passablement rétabli, au départ en congé en France du P. Urrutia, supérieur du petit séminaire, il accepta de prendre la direction de cet établissement. Mais il avait trop présumé de ses forces : au retour du P. Urrutia, en 1938, il se hâta de remettre sa charge à l'ancien supérieur et il se retira dans la petite chrétienté de Tiên-nộn, près de Hué, et il y resta jusqu'à sa mort.
    Comme le P. Maillebuau Antoine, le P. Stoeffler nous laisse le souvenir d'un bon missionnaire, d'une fidélité exemplaire à l'accomplissement du devoir quotidien.

    * * * Les deux stations d'altitude du Centre Annam, Bana et Bạch-Mả, ont été plus que jamais fréquentées cette année, elles ne cessent en effet de se développer. Bana a vu le chalet de la Mission habité tout l'été par des missionnaires de Hué, auxquels est venu s'adjoindre pendant quelques jours le P. Poncet, provicaire de Thanh-hoá ; on fut même au complet pendant une semaine, les cinq chambres étant occupées. Le P. Ripaud y a passé trois mois entiers, remplissant les fonctions d'aumônier de la communauté des Soeurs Franciscaines Missionnaires de Marie, qui dirigeaient sur ces hauteurs une petite colonie de vacances.
    Le côté religieux n'a pas été négligé pendant ces jours de repos. Le dimanche, à toutes les messes, la petite chapelle était pleine et, plus d'une fois, de nombreuses personnes ont dû rester dehors. Ce qui a fait décider d'agrandir la chapelle. On y travaille actuellement. A la nouvelle des douloureux événements survenus en France au mois de juin, un exercice pieux quotidien pour la France fut organisé : vers le milieu de la matinée, une demi-heure d'adoration devant le St Sacrement exposé, puis récitation du chapelet et Bénédiction du St Sacrement. Pendant toute la saison, cet exercice fut fidèlement suivi et tous les jours la petite chapelle était pleine, du moins à partir de la récitation du chapelet.
    Pour la fête patronale de la station, l'Assomption, une centaine de personnes, c'est-à-dire une bonne moitié des adultes et des adolescents, s'approcha des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie. Signalons encore que, vers la fin de la saison, un groupe de dames demanda à faire quelques jours de retraite sous la direction du P. Ripaud.
    A Bạch-mã, les chalets des PP. Franciscains, des PP. Rédemptoristes et des Soeurs de St Paul n'ont jamais été vides ; les Franciscains ont même donné l'hospitalité à un groupe de Frères des Ecoles Chrétiennes. Mgr le Délégué Apostolique a passé quelques semaines dans la fraîcheur et le calme de la station, et comme sa demeure est assez spacieuse, il a aimablement invité Mgr Lemasle à venir s'y reposer une dizaine de jours avec lui. C'est dans la petite chapelle des Franciscains qu'était célébrée le dimanche la messe pour la colonie. Mais ce local est vraiment insuffisant. On espère avoir mieux l'année prochaine, Mgr le Vicaire Apostolique ayant décidé la construction d'une chapelle publique ; le terrain est déjà choisi.

    * * * Le Camp Scout de Bạch-Mã a obtenu cette année un succès plus grand que jamais. De toute l'Indochine les différents groupes sont venus y passer quelques jours, y pratiquant les divers exercices du scoutisme et s'y instruisant, sous la conduite des chefs de camp et des aumôniers, des méthodes propres à ce groupement : ce furent tour à tour le Camp Ecole, le Camp des Chefs, le Camp des Aumôniers, le Camp des Routiers, le Camp des Louveteaux. L'horaire permettait aux catholiques d'assister à toutes les réunions spirituelles du matin. Les campeurs sont repartis enchantés, quelques-uns même enthousiasmés de leur séjour.
    Le Camp des Aumôniers a été spécialement original. Pensez donc : il unissait fraternellement les fils de saint Dominique, de saint Benoît et de saint François. Aussi a-t-on été d'avis de l'appeler le " Camp des Moines. " Le R. P. Wandrille O. S. B. et le R. P. Cras O. P. donnèrent aux Feux de Camp une vie et un intérêt incomparables, grâce à leurs talents et surtout à l'esprit de zèle qui les animait.
    Le Camp de Route avait pour aumônier le P. Thích, qui ne reste jamais étranger à aucune activité où il peut exercer discrètement son apostolat. Il fut particulièrement apprécié dans les chapitres et les veillées qu'il dirigeait, sur des sujets tels que : confucianisme et catholicisme, poésie et culture indochinoises, etc.
    Quant au P. Lefas, son activité inlassable se résume en un mot : il fut, comme toujours, l'âme de ces réunions scoutes pendant la quarantaine de jours qu'il a passés au camp.
    Voilà certes du bon travail pour l' Adveniat regnum tuum, accompli à Bạch-Mã sous le signe de la simplicité et de la cordialité fraternelle.

    Mysore

    (Section des Nilgiris)

    1er octobre.

    Depuis la dernière chronique, de graves événements se sont passés. Fidèle à ses traditions missionnaires, la Société préparait déjà depuis plusieurs années la cession du diocèse de Coïmbatore au Clergé indigène.
    Par un décret de la S. C. de la Propagande du 13 février 1940, nous apprenions que nous étions effectivement détachés du diocèse de Coïmbatore et réunis au nouveau diocèse de Mysore. Le nouveau diocèse de Coïmbatore, plus petit que l'ancien, était cédé au clergé indigène, et Mgr Oubagaraswamy, curé de la Cathédrale de Pondichéry, en devenait le premier évêque indien. Le distingué prélat, à beaucoup de titres enfant de la Société des Missions Étrangères, vint prendre possession de son siège au début de Juin.
    Les temps étant ainsi révolus, le devoir incomba à tous les Pères européens de quitter leurs postes, pour se diriger vers d'autres terres missionnaires : les Montagnes Bleues, les forêts du Kollegal et la partie de la plaine située au nord de la rivière Bhavani.
    En effet, en attendant qu'un évêque soit nommé à Mysore, devenu notre nouveau diocèse, Rome nous a permis de rester temporairement dans la portion strictement détachée de l'ancien diocèse de Coïmbatore et nous a donné un administrateur apostolique dans la personne du R. P. Béchu. C'est pourquoi le chroniqueur, pour éviter toute confusion, se permet d'appeler la nouvelle unité ecclésiastique, à laquelle appartiennent tous les anciens Pères européens de Coïmbatore, " la section des Nilgiris ", bien qu'officiellement cette section soit seulement une partie du nouveau diocèse de Mysore.
    C'est vers la mi-juillet que nous dûmes dire adieu à notre cher diocèse de Coïmbatore, et céder nos postes à nos confrères indiens. Moment pénible sans doute, mais heures glorieuses quand même et réconfortantes, quand on pense qu'on est missionnaire pour fonder la Sainte Eglise et, après la fondation, pour s'en aller sous d'autres cieux continuer notre mission d'apôtres. N'est-il pas doux de penser que nous avons apporté dans l'oeuvre gigantesque des Missions notre grain de poussière, et que ceux qui nous suivront entreront dans nos travaux, comme dit l'Evangile, c'est-à-dire, auront le profit de nos peines et jouiront de ce que nous aurons fait ; tant mieux, si par nos sueurs, nos sacrifices et nos larmes, nous avons fait avancer tant soit peu le grand travail de la propagation de la foi, du règne de Jésus-Christ ! ! !
    Le P. Béchu vint s'installer à Coonoor, comme aumônier des Frères Irlandais du Collège St Joseph. Le Père Beyls, nommé procureur de la nouvelle Mission, monta à Ooty pour prendre possession de son nouveau poste ; il réside à l'Ecole Industrielle de Finger Post comme directeur de cette école et de l'orphelinat qui y est attaché.
    Le P. Legrand quitta Coonoor pour devenir curé de Nagalur, une belle paroisse de la plaine. C'est le P. Morin qui, de Kotagiri, vint remplacer le P. Legrand à Coonoor. De son côté, le P. Morin laissa la paroisse de Kotagiri au P. Gentinne, auparavant directeur de l'Ecole Industrielle d'Ooty. Le P. Dezest, curé du Sacré Coeur d'Ooty, est descendu dans la plaine pour venir s'établir à Kodivéri ; le P. Audiau, jusqu'ici curé de Kolappalur, dut monter à Ooty pour remplacer le P. Dezest. Le P. Beaudement fut nommé vicaire à Kodivéri. Le P. Gaucher, ancien curé de N.-D. du Rosaire, à 17 milles de Coïmbatore, vint retrouver à Kodivéri le grand domaine des rizières, qu'il avait lui-même créé jadis et amélioré avec beaucoup de zèle et de savoir-faire.
    Le P. Raynaud a quitté le coin enchanteur des montagnes du sud-ouest, qu'il habitait déjà depuis plusieurs mois à Valparai, pour aller administrer la paroisse de Mettur-Chinnappallam, sur les bords de la grande rivière Cavéri, où une digue colossale fut construite voilà quelques années, le fameux " Metur Dam ".
    Le P. Hedde, quittant Palghat, est venu retrouver son ancienne paroisse de Saveriarpalayam, à quelques milles de Metur.
    Le P. Chervier, après avoir dit adieu à sa grande paroisse de Katoor, dans la ville de Coïmbatore, est monté dans les forêts du Kollegal, accompagné du P. Boissière, tous deux attirés par la vie apostolique et l'espoir de sauver beaucoup de païens. Ils rayonnent maintenant autour de Talavadi.
    Plusieurs de nos confrères, déjà à la Montagne, restèrent à leur poste : le P. Crayssac à Ste Marie d'Ooty, le P. Baron, à Wellington, le P. Périé à Gudalur et le P. Panet à Ste Thérèse d'Ooty.
    Nous avons gardé aux Nilgiris cinq jeunes prêtres indigènes, qui y travaillaient au moment de la division du diocèse. Le P. Lazare seulement, rappelé à Coïmbatore, a été remplacé à Ste Marie d'Ooty par le Père Kunnathu, prêtre de la dernière ordination. Ainsi ces bons Pères indiens continuent à nous aider ; leur aide est précieuse, car nous sommes si peu de Pères européens, et Dieu sait quand nous recevrons maintenant de jeunes recrues d'Europe, avec la guerre qui se prolonge.
    Notre " section des Nilgiris ", ainsi nouvellement organisée, est pleine d'entrain, de fraternelle union et met son espoir en Dieu, pour faire le plus de bien possible en attendant les décisions ultérieures de Rome.

    Salem

    2 octobre.

    Mgr Prunier a pris part à Bangalore à la réunion préparatoire à l'Assemblée Générale des Evêques et Délégués du Groupe des Indes, réunion convoquée et présidée par Mgr l'Archevêque de Pondichéry. Son Excellence est ensuite allée donner la Confirmation à Kakaveri, chez le P. Pulical ; puis Elle a visité à Ilanigiri les Soeurs Indigènes de Saint Louis de Gonzague, à l'occasion du premier anniversaire de la fondation de leur premier couvent dans la région de Namakal, où elles ont déjà deux écoles élémentaires ; elles comptent en ouvrir une troisième prochainement.
    Les PP. Hourmant et Rigottier sont revenus du Sanatorium Saint Théodore florissants de santé ; ils y ont laissé le P. Mercier, qui poursuit sa convalescence en compagnie du
    P. Vautrin.
    La nomination du P. Depigny à Highfield a entraîné son remplacement à Elatigiri par le P. Mercier, auquel le P. Rigottier, succède à Idapadi, et la mise de son vicaire, le P. Zacharias, à la disposition du P. Thékkédam, pour la continuation de l'oeuvre ad gentes, assurée par le zèle de l'équipe des marcheurs à l'étoile ; celle-ci travaille sans relâche à la consolidation de la conquête des milliers d'âmes disséminées dans une trentaine de villages, qu'il faut sans cesse visiter pour les former à la vie chrétienne.
    Le P. Brun, notre cher doyen de mission, en nous annonçant la réapparition de la peste à Hosur, poste situé à l'extrémité du nord-ouest de la mission dont il est chargé, fait des vux pour la limitation des ravages de ce fléau ; il y ajoute l'invocation qui est bien de saison, et à laquelle nous faisons tous écho : A peste, fame et bello, libera nos, Domine.

    3 novembre.

    La Procession de la fête du Christ Roi s'est déroulée dans l'enclos de l'évêché ; Mgr Prunier portait le Saint Sacrement ; il a donné la bénédiction aux deux reposoirs, superbement décorés et brillamment illuminés, qui avaient été préparés par les petits séminaristes et les élèves de l'Ecole Industrielle. Un salut solennel à la chapelle du Séminaire termina cette journée d'adoration, organisée pour rendre hommage au Roi des Rois.
    Quelques jours auparavant, avait eu lieu une manifestation d'un autre genre peu banal. Pour fêter dignement le 72e anniversaire de Gandhi, Salem avait vu défiler dans ses rues trente-six paires de boeufs, tirant sur un char triomphal qui portait l'effigie du fameux chef du Congress Party, promu dernièrement général du Parti Nationaliste Indien, en attendant que sa divinisation posthume le range parmi les nombreux avatars de Vishnou, en bonne place au panthéon hindou.
    Victime du surmenage, le P. Blons, a dû aller à l'Hôpital Sainte-Marthe consulter la Faculté de Bangalore ; après y être resté une dizaine de jours, il regagna les hauteurs de Highfield. Le P. Cros, fatigué lui aussi, est allé prendre quelques jours de repos au Sanatorium Saint Théodore.
    Le P. Piffaut, Directeur au Collège Général de Penang, nous a honorés de sa visite, au cours d'un voyage du Sanatorium à Madras ; profitant de son passage à Salem, il a visité les nouvelles chrétientés de Namakal, en compagnie de Mgr Prunier, instigateur du mouvement de conversions dans cette région. Il a pu aussi se rendre compte de visu du magnifique ouvrage, tout en béton, qu'est le fameux barrage de Mettur, un des plus longs du monde. A ce cher visiteur, nos bons souhaits de meilleure santé.

    Collège Général

    20 octobre.

    Les Séminaristes, à leur retour de vacances au début de septembre, ont fait les exercices de la retraite annuelle, qui a été suivie de deux ordinations. Son Exc. Mgr Devais y conféra les SS. Ordres : le 15 septembre, nous eûmes deux Sous-diacres, 15 Minorés, 4 Tonsurés. Le 16, un des sous-diacres ordonnés la veille reçut le Diaconat. Il appartient, ainsi que trois Minorés et un Tonsuré, au Diocèse de Malacca. L'autre Sous-diacre, avec deux Minorés et un Tonsuré, appartient à la Birmanie Méridionale. La Mission de Mandalay eut deux Minorés et un Tonsuré ; celle de Bangkok, trois Minorés ; celle de Toungoo, un Minoré et un Tonsuré ; enfin pour chacune des Missions du Laos, de Pakhoi, Bui-chu et Sarawak, un Minoré.
    Nous avons pu, Dieu merci, continuer jusqu'ici sans encombre notre travail, grâce à la tranquillité qui règne dans notre région. Les élèves qui vont terminer leur curriculum au Collège partiront le 4 décembre et les jours suivants pour rejoindre leurs Missions. La date de rentrée est fixée au 8 janvier 1941.

    Séminaire de Paris

    16 juillet 1940.

    10 juin 1940. Les événements se précipitent... Aujourd'hui, le P. Beigbéder part pour le pays basque. Avec beaucoup de peine, le P. A. Rigal, qui a encore dans le plâtre son pied blessé accidentellement au Kwangsi mais peut cependant marcher avec une béquille, réussit également à prendre le train pour son pays natal.
    11 juin. A 5h., le R. P. Robert, accompagné de son secrétaire le P. Chabagno, part pour Montbeton dans une auto pilotée par le P. Bibollet. Le P. Bellamy nous arrive de la région de Pontoise, où il avait pris du ministère ; toute sa paroisse a été évacuée, et il est parti le dernier avec le maire.
    12 juin. Panique intense en ville. Les magasins se ferment, les fugitifs arrivent toujours de la région Nord, et les Parisiens de leur côté s'évacuent pêle-mêle du côté où ils peuvent.
    13 juin. Impossible au P. Bellamy de prendre le train ; il décide de partir quand même et c'est à pied qu'il s'en va, sans bagage, pour essayer d'atteindre son pays natal, dans les environs de Rennes. Quant au P. Lannay, Missionnaire de Mandchourie, venu prêter ses services à l'Administration Centrale depuis la mobilisation des Frères, son jeune âge exige qu'il s'éloigne, et il y réussit ; grâce à sa claudication et à la photo radio qu'il a sur lui, on lui facilite le passage pour prendre un train, direction Besançon ou Montbeton, il ne sait pas encore, cela dépendra des facilités. De leur côté, les PP. Gros et Ferrières arrivent aussi à monter en train, avec l'espoir d'aller dans le Sud de la France rendre service aux Annamites mobilisés. Le Fr. Michelet cherche en vain à partir en Saône-et-Loire, cela lui est impossible. Le soir de cette journée, nous couchons dans l'obscurité, l'électricité faisant défaut.
    14 juin. Les Allemands entrent à Paris de tous côtés. Ordre est donné aussitôt à la population de livrer toutes les armes, sous peine de s'exposer à de terribles sanctions. Chacun des Pères apporte celles qu'il a à sa disposition, et le Frère Boittiaux va les porter à la Mairie du 7e arrondissement.
    Depuis lors, plus de nouvelles de nulle part, et cela va durer trois longues semaines. Nous restons vingt-et-une personnes Rue du Bac : les PP. Sy, Parmentier, Gérard, Bibollet, Cuenot, Fougue, Schmitt et Cesselin ; les Frères Boittiaux et Michelet ; quatre Religieuses, cinq serviteurs et deux servantes.
    De suite, nous avons pu remarquer la bonne organisation des troupes d'occupation et l'ordre parfait qui règne dans leurs services. Par ailleurs, des ordres sévères leur ont été donnés, aussi les soldats se conduisent correctement envers la population de la capitale.
    Nous avons dû pratiquer quelques restrictions alimentaires, mais jusqu'à présent, nous pouvons dire que nous n'avons pas encore souffert ; nous avions quelques provisions, notre jardin était en plein rendement, et de plus, le P. Bibollet put, dès les premiers jours, obtenir de la Kommandatur l'autorisation de se servir de son side-car pour nous ravitailler ; c'est ainsi qu'il peut aller régulièrement chaque semaine à Meudon pour nous en rapporter légumes et fruits divers.
    C'est aussi grâce au P. Bibollet que nous avons pu avoir des nouvelles de Bièvres, où il se rendit deux ou trois fois depuis Meudon. Aussitôt après le départ des soldats de la Croix-Rouge Française, les nouveaux maîtres s'y installèrent ; ils laissèrent d'abord les PP. Montagu et Tessier jouir de leur chambre, puis ils se ravisèrent, si bien que nos deux confrères durent quitter les lieux et chercher refuge dans le pavillon réservé aux Religieuses de Saint-Paul de Chartres. Notre vieux serviteur Albert est décédé à Bel Air le 6 juillet, en l'absence des siens, partis avant l'arrivée des envahisseurs.
    Depuis le 5 ou le 6 juillet, nous avons commencé à recevoir quelques lettres, la plupart envoyées un mois auparavant.
    Beaupréau est occupé par les troupes allemandes, 230 soldats environ ; les cours ont continué cependant pour les seize postulants (futurs bacheliers) qui s'y trouvent encore. Quant à notre établissement de Ménil-Flin, il s'est trouvé en pleine bataille, le jour même de la fête du Bx Schoeffler, aussi a-t-il beaucoup souffert des bombardements ; mais notre Bienheureux a protégé ses occupants : ni tué, ni blessé, et depuis lors, écrit le P. Prouvost, les cours ont repris comme ils ont pu, avec le Supérieur et le P. Beaudeaux comme seuls professeurs ; les autres Pères, PP. Peyrat, Gratuze et Ropert, sont partis dans la Haute-Saône demander l'hospitalité au P. Bulliard. C'est ce même jour, 20 juin, qu'un de nos aspirants, originaire de Bayonne, M. Escondeur, fut tué à quelques kilomètres plus au nord, à Leintrey, petit village situé sur la ligne de Lunéville à Sarrebourg.
    Le P. Destombes, d'abord prisonnier, a été relâché ; il nous écrit de l'Indre, où il a vu le P. Barrières, qu'il va nous revenir incessamment comme démobilisé. Le P. Anoge est prisonnier à Nancy, le P. Signoret et le Frère Pierre Déglise de même à Baccarat, le P. Le Page aussi à Meaux. Le P. Candau est maintenant soigné dans sa famille, mais il garde encore le lit. Le P. Hamon se trouve dans le Tarn-et-Garonne, les PP. Fuma et Bonis en France non occupée, et le P. Bec, (du Japon), dans le Lot-et-Garonne. M. Garrel, destiné à Kweiyang, a été légèrement blessé à la main droite, et il est soigné dans un hôpital de Rennes. Parmi les aspirants, plusieurs prisonniers de guerre ont pu donner de leurs nouvelles ; ce sont MM. Bach, Barbier, Caruel, Dugast (destiné à Swatow), Lunel, Bianchetti, Dujon ; nous savons qu'une quinzaine d'autres se trouvent en France non occupée, et attendons impatiemment des nouvelles de la grande majorité.
    Les PP. Pasteur et Davias se trouvaient fort exposés au moment de la poussée allemande, le premier dans les Ardennes et le second du côté de Saint-Mihiel ; ils n'ont rien écrit depuis la fin de mai. Le P. Louison est toujours à Châteauroux, et le Frère Pierre Bertin dans le Sud de la France ; ils ne tarderont sans doute pas à être démobilisés.

    Montbeton, (1er juillet). M. Ferrières a pu arriver à St-Aynès (Aveyron), chez son frère ; M. Gros, qui se dirigeait sur Montbeton, n'a pu aller au delà du Grand Séminaire de Limoges, où il est réfugié avec M. Raynaud.
    A Montbeton nous avons des arrivées et des départs de réfugiés. Parmi ceux-ci trois étudiants de Louvain, séminaristes de Salem, MM. Varghèse Chemparatty, Selvanaden Venmani et Jean-Joseph Santhappa. Ils nous ont quittés le 19 juin pour rentrer aux Indes en s'embarquant au Portugal.
    M. Chatelain et M. Lannay aussi ont quitté Montbeton pour aller s'installer à Sarrance dans les Basses-Pyrénées.
    A Montbeton notre maison est remplie de réfugiés. En plus des nôtres, nous en comptons actuellement 29.
    Voici la liste des nôtres aujourd'hui au Sanatorium : M. le Supérieur Général, Mgr Cuaz et Mgr Rayssac, MM. Lacroix, Roucoules, Le Breton, Boulanger, Garnier, Sibers, Grandjean, Chaudier, Baldit, Marion, Ringenbach, Lombard, Gaymard, Sapin, Jouve, Chave, Grégoire, Parthenay, Frère Paul, et les aspirants M. Hoffmann et M. Wittwer. Ces deux derniers étaient au Séminaire de Faverney. Quand cet établissement a été évacué, ils ont couru les routes de France et après diverses péripéties ont abouti à Montbeton.

    AVIS IMPORTANT

    Les Confrères qui auraient l'intention de venir à Hong-kong, sont priés de vouloir bien noter que, selon les règlements actuellement en vigueur à Hongkong, il est indispensable, avant de se mettre en route, d'avoir obtenu par l'intermédiaire du Consul Britannique le plus rapproché de leur résidence qui la demandera télégraphiquement, l'autorisation de débarquer à Hongkong et d'y séjourner.
    Le service de l'immigation n'accepte pas une demande faite par la Procure Générale.
    Faute de cette autorisation de débarquer obtenue au préalable, un Confrère venant à Hongkong serait infailliblement dans l'obligation de retourner dans sa Mission par le même bateau, sans même pouvoir descendre à terre pendant la durée de l'escale.

    "
    1940/785-734
    785-834
    Anonyme
    France et Asie
    1940
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