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Chronique des Missions et des Etablissements communs 4

Chronique des Missions et des Etablissements communs Shizuoka Janvier
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs

    Shizuoka
    Janvier
    A ceux qui s'intéressent à nos efforts, nous suivent et nous encouragent quelle plus belle récompense y a-t-il que d'apprendre que l'Église avance, s'infiltre et s'installe peu à peu dans notre Shizuoka ken. Certes les campagnes sont encore loin d'être entamées, mais bientôt les villes de quelque importance auront leur centre religieux... si, bien entendu, les fonds restent proportionnés aux plans de notre supérieur. Quoi qu'il en soit, l'importante agglomération de Ito, en Izu, possède maintenant son église, serait trop dire du moins une petite maison pour réunir les chrétiens. Ceux ci sont une trentaine seulement, mais dans cette ville \ d'eaux thermales " et réputée pour son climat " côte d'azur ", par conséquent un gros centre, nul doute que les catéchumènes deviendront nombreux. Pour l'instant il n'y a, faute de personnel, aucun Père à demeure : le Père Sueur s'y rend une fois chaque mois, mais nous espérons bien que sous peu s'y installera un titulaire.
    Numazu, dont le chroniqueur n'avait pas oublié de signaler le succès de l'école maternelle, continue à se développer sous l'énergique impulsion du Père Sueur. Après une salle de réunion, voici qu'il entreprend d'agrandir son église trop étroite pour contenir ses fidèles. Le presbytère menaçait ruine : il se met aussi à le consolider. Et déjà d'autres idées hantent le cerveau fécond de notre bon Père.
    A Hamamatsu un nouveau presbytère est de même en construction. Là aussi la guerre avait exercé ses ravages. La " bicoque " va devenir une salle de réunion pour les chrétiens, et le Père Maugenre se trouvera plus au large. Puisque aujourdhui nous sommes sur le chapitre des " nouveautés ", je m'en voudrais de passer sous silence le " kindergarten " de Fujieda, dû à l'initiative du Père Delbos.
    Le Père Delahaye est sur le point de rentrer dans sa chère Mission qu'il a évangélisée pendant plus de trente années. Ce n'est pas qu'il ait retrouvé la vigueur de sa jeunesse qui lui permettait d'arpenter les routes du Shizuoka ken, mais il veut encore dépenser ses forces au service du Maître. Le Père Devisse, lui aussi, se remet, abandonnant la ligne concave pour la ligne convexe, il prend son parti d'augmenter un peu de poids. Puisse-t-il nous revenir bientôt en bonne forme.... car il y a du travail.
    A Tôkyô, l'infatigable Père Flaujac a finalement mis sur pied une paroisse dans le quartier " lépreux " d'Ueno, avec école maternelle et dispensaire. Ses religieuses y sont déjà installées et le Père Anouilh va y célébrer la messe. Le Père Sauveur Candau a pris en charge un " baby home " et un orphelinat.

    Moji
    Mars
    L'an 1950 sera sans doute pour nous ce qu'il fut en son premier jour et ce qui est toute la vie en général, une chanson à la fois triste et joyeuse.
    Triste : le 2 janvier, en effet, nous conduisions à sa dernière demeure, au milieu de tant de lépreux qu'il aura envoyés en paradis, la diaphane dépouille de notre vénéré doyen, le bon Père Gustave RAOULT, entré dans son éternité à la veille de célébrer ses noces de diamant sacerdotales. Au cours de sa longue carrière, il a été un modèle de vie apostolique toute de modestie, de pauvreté voulue. La guerre a réduit en cendres l'une des rares églises en briques, qu'il avait édifiée à la gloire du Sacré Coeur, à Kurume, en 1926. De son livre, composé à l'usage des étrangers, " Le Parler Japonais ", il ne reste plus guère que quelques exemplaires. Mais ce oui demeure, le souvenir de soixante ans de mise en pratique des Monita ad missionarios, est le plus substantiel des héritages. Si parfois il nous arrivait de ne pas suivre le missionnaire dans ses faits et gestes, jamais il ne nous est venu à l'esprit de critiquer les idées, base de la vie du Père Raoult.

    Oui, le 1er fut triste ! Joyeux aussi ce jour là. En effet, nous prenions possession de la maison commune, le nid familial que nous nous sommes façonné en un coin plus central que le port de Moji, à flanc de coteau, à l'entrée de la grosse ville de Yahata (170.000 habitants). Une belle maison, du meilleur style japonais ; un vrai régal pour les yeux.
    A l'heure où ces lignes s'écrivent, le brave Père Lagrève, de retour parmi nous, la fait vibrer du tic tac de sa machine à écrire. Par ses traductions d'ouvrages ayant trait à l'Action catholique, le Père nous est d'un secours inappréciable. Que Paris n'hésite pas à nous envoyer des jeunes. Après quelque temps d'études, ils auront entre les mains tous les matériaux indispensables à la préparation des sermons et des conférences pour Humains 1950.
    Le Père Benoît achève sa maladie, en promenant son pas de canard à travers les échafaudages de la construction attenante à la maison commune : appartements des Pères, bibliothèque, salle de conférence, et, pour ne pas changer, toujours en attendant mieux, une école enfantine. D'aucuns trouveront que c'est là une dépense exagérée, peu conforme au style " missionnaire ". Huit jours de retraite ou de repos dans un home convenable ne sont pas du luxe après une année trépidante dans une " cage à lapins " au sein des hauts fourneaux !
    Il y a certes un peu d'air dans la bourse, mais pas au point de nous empêché de songer aux postes à construire. Depuis quelques jours Wakamatsu est debout, avec son école enfantine, son école de couture, son embryon de dispensaire, sa chapelle, son presbytère dans son clocher carré : cette nouvelle Maison de Dieu fait honneur à son constructeur, le Père Roullier.
    Pour l'instant, le Père Murgue songe moins aux constructions matérielles, davantage à l'édification de l'âme de l'Église. Création de la J. O. C. au Japon. Le succès semble sourire à ses efforts. Les Pères Drouet et Bonnecaze ont été émerveillés devant la tenue impeccable des vingt quatre premiers jocistes, faisant leur toute première récollection à Iizuka, le 26 février.
    Comme dans Blanche Neige, tout ce beau travail se fait en chantant ; et ce sont nos jeunes, déjà vieux d'un an depuis le 16 février, qui se chargent de mettre la gaîté dans nos réunions, à l'occasion de la fête d'un Maxime Bonnet et d'un François Drouet par exemple. Lisez cet échantillon, et osez dire qu'il n'y a pas d'as parmi nos frères. Aujourd'hui, c'est le Père François Toquebeuf qui aura les honneurs de la presse, et soyez sûrs que les Mauget et Aïnciart sont capables d'en faire autant.

    Moi, Pauvre François

    1

    Tout jeune enfant, moi pauvre François, tout jeune enfant naguère
    Je me disais : " Mon pauvre François, tu seras missionnaire,
    Alors tu porteras Une superbe barbe
    Que l'on admirera Partout où tu iras ".

    2

    Adolescent, moi pauvre François, souvent dans ma prière
    Je répétais : " Au pauvre François, votre missionnaire,
    Mon Dieu, faites pousser Une élégante barbe
    Qui frise et sans jamais Perdre de sa beauté ".

    3

    Enfin, j'ai vu, moi pauvre François, finir mon séminaire ;
    Alors je dis : " Mon pauvre François, te voilà missionnaire,
    Voici l'ordination Et l'appel à la barbe ;
    Surtout fais attention Ne rase plus ton menton ".

    4
    Hélas ! Bientôt, moi pauvre François, je connus la misère.
    Je m'exclamais : " Mon pauvre François, seras tu missionnaire ?
    Contre tous tes désirs Ta barbe est bien trop claire ;
    Vois donc s'évanouir Tes rêves d'avenir ".

    5

    Et maintenant, moi pauvre François, certains m'appellent Père,
    Et je me dis : " Mon pauvre François, es-tu bien missionnaire ?
    Tu n'as pour tout trésor Qu'une humble barbichette
    Qui vaut son pesant d'or Et même un gramme encor ".

    6

    Je suis rempli, moi pauvre François, d'une tristesse amère ;
    Peux tu te dire, mon pauvre François, des Missions Étrangères?
    Barbe tant désirée O barbe de misère !
    Si tu n'étais pas née Barbe toute ratée !

    A l'occasion de la fête du Père Drouet

    Au refrain : Ils étaient cent trente cinq enfants
    Qui avaient perdu leurs parents.

    1

    Ont rencontré le Père Drouet, Longue soutane et larges souliers,
    Une barbe assez bien taillée, Cheveux, pas besoin d'en parler.

    2

    " Vraiment, quel est cet homme là ?" Pensèrent d'abord les p'tits gars.
    Lui, pour remplacer nos papas, Nezurashii koto desu na ! 1

    3

    Bien vite nos petits enfants, Purent s'apercevoir gaîment
    Que bien qu'il fasse les gros yeux, Il n'était pas très dangereux !

    4

    S'il possède un bien grand défaut, La peur de l'avion, des bateaux,
    Il sait fort bien se racheter, En rayonnant la Charité !

    5

    Dans les comptoirs, de tous côtés, L'on voit son portrait affiché,
    Mais le vent de la Renommée, N'éteindra pas sa simplicité.

    6

    En ce jour de la Saint François, Fête du Pasteur de Jinyama,
    Vers le Bon Dieu faisons monter, Tous nos voeux pour le saint curé.

    (1) Cest plutôt drôle, hein !

    Kangting
    Mai à octobre 19491
    Weisi. Depuis la fin du mois de mai, nous sommes séparés du monde par le rideau de fer. Quelques semaines avant la chute du rideau, la jeunesse de Weisi et des environs, qui s'intitule " Milice de protection " ou Tse-Wei-Toui, en relations avec les dissidents du N-0 Yunnanais, avait obligé le sous préfet à lui remettre son sceau et ses armes, et avait occupé le prétoire et le poste de police. Dans les cinq districts ou Hiang, ou l'autorité des chefs indigènes n'est que nominale, il fut facile aux maîtres de l'heure de faire accepter la Nouvelle Démocratie, mais dans les trois autres districts de la sous préfecture, la soumission paraissait problématique. On décida de s'attaquer au fief de Yéche que le chef mosso avait quitté après le meurtre de son fils aîné, perpétré en avril à Weisi. Si le chef avait abandonné la partie, ses partisans n'étaient pas disposés à accepter le nouveau régime. Le 1er juin, (5 de la 5e lune) ils commencent la lutte dans le secteur nord du district, tombent à l'improviste sur leurs ennemis, en tuent un bon nombre et s'avancent sur Yétche. Avant d'évacuer ce bourg, les dissidents tuent les femmes de la famille princière préposées à la garde de la propriété. En représailles, les vainqueurs brûlent le bourg et s'installent dans les quelques maisons épargnées par le feu.

    (1) Chronique arrivée à Hongkong le 5 mars 1950.

    Des troupes levées en hâte dans les districts " rouges " reviennent à la charge et se font battre en plusieurs rencontres. Elles sont repoussées au delà des limites de Yétche, et il est question de les poursuivre jusque dans Weisi. C'est alors une panique indescriptible, et la population affolée abandonne les villages des rives du Mékong pour se retirer plus au sud ou dans les vallons latéraux. Les vainqueurs, mal armés et sans munitions, font appel aux bandes tibétaines de la sous préfecture d'Atentze qui se ruent sur le terrain de chasse et en ramènent chevaux, vaches, moutons, céréales, marmites et trépieds. Durant les mois de juillet et août, c'est un va-et-vient continuel sur les rives du fleuve. Au début de septembre, on estime qu'il y a plus de deux cents morts dans les deux camps et que sur une étendue de cinquante kilomètres, il n'y a plus un seul village intact : les uns ont été la proie des flammes, les autres ont été saccagés Comme ils n'ont plus rien à piller, les alliés tibétains rentrent chez eux, et les partis en présence gardent l'arme au pied. Il est du reste question de tenter la réconciliation, et on dit que des émissaires rouges de Weisi se sont abouchés avec le chef indigène de Yétche dans un village de la rive droite du Fleuve Bleu. La route n'est pas ouverte encore en direction de Siao Weisi et de Weisi.

    Kongchan. En juin, les Chinois de la sous-préfecture de Kongchan, forts de l'appui de leurs congénères de la région de Weisi, réclament au sous préfet les sceaux de sa charge, qu'il leur refuse. On lève les Lissous des deux districts méridionaux pour essayer de l'intimidation. En réponse, le sous préfet envoie les milices du district nord pour arrêter l'avance des dissidents. Elles ramènent de leur campagne un important butin que les chefs de l'expédition mettent en réserve pour eux. Quelques jours plus tard, changement de décor. Les dissidents proposent la paix ou une guerre sans merci au sous-préfet, qui préfère gagner le large et se diriger sur le Tsarong tibétain. Dès lors la route est libre, et les " rouges " arrivent à Kongchan sans coup, férir. A quelque temps de là, le sous préfet, qui n'a pas été autorisé à traverser le Tsarong pour gagner Tékhing, doit revenir sur ses pas avec sa suite et est saisi dans le vallon de Kionatong. Le 26 août et les jours suivants, palabres et jugement populaire à Tsekhai, qui est choisi pour centre du nouveau régime. Trois meneurs sont passés par les armes et les richards, ralliés ou non au communisme, sont dépossédés. Les esclaves sont rendus à la liberté et reçoivent une partie de la propriété de leurs anciens maîtres ; les lamas sont rendus à la vie séculière, et la lamaserie de Tchamoutong est imposée d'une forte amende. Mais reste un point noir à l'horizon. A plusieurs reprises, les Tibétains ont menacé d'envahir la Salwen et d'en chasser les nouveaux maîtres. Durant les troubles, le Père André, le Père Ly et Mr Chappelet se sont efforcés de maintenir le calme dans la population et d'intervenir près des maîtres actuels en faveur du peuple. Loin de les molester, les " rouges " les ont félicités à diverses reprises de leur intervention. Sous peu, il doit y avoir une nouvelle réunion à Tsekhai pour fixer l'indemnité qui doit être versée aux victimes des pillages par les profiteurs de guerre !!
    MM. Savioz et Emery vont profiter de l'accalmie pour passer dans la Salwen. Par cette voie détournée, Mr Savioz tâchera de rejoindre ses confrères de Siao Weisi et Weisi ; Mr Emery, qui s'est frotté de tibétain pendant une année, ira prêter son concours aux Pères André et Ly, avec Tchrongteu pour port d'attache.

    Tekhing. De Tsekhai, leur centre, les vainqueurs de la Salwen lancent lettres et tracts de propagande vers Tékhing. En réponse, les chefs indigènes donnent ordre à leurs sujets de s'armer et de fermer leur frontière. Tsechung se trouve dans les limites de la sous préfecture convoitée et devra, bon gré mal gré, partager la fortune des populations qui l'entourent. Le 19 août, les chefs indigènes ont enlevé les armes et munitions du prétoire chinois et licencié sa garde, s'engageant à protéger le sous préfet qui n'avait déjà pas grande autorité et qui est maintenant à la merci de ses protecteurs.

    CHINE

    Depuis la fin de décembre, toute la province du Setchoan est sous la domination des armées libératrices qui ont remplacé les troupes nationalistes. Les nouvelles de janvier sont relativement bonnes : pas de dégâts matériels dans l'ouest, ni de victimes à déplorer ; le ministère de nos confrères n'est pas entravé, mais plusieurs chapelles et oratoires ont été occupés par les soldats. Le grand séminaire commun de Chengtu et l'école fondée jadis par Monseigneur de Jonghe n'ont pu encore reprendre leur fonctionnement normal. Pour le moment, dans toute la province, c'est la question financière qui s'avère la plus délicate.
    Quelques nouvelles sont aussi arrivées du Yunnan ; elles disent qu'au cours de la dernière semaine de janvier, la poste a commencé à apporter à Kunming des lettres des stations avec lesquelles la capitale était coupée depuis des semaines.
    Le Père Rossillon, dont l'état de santé avait inspiré quelques inquiétudes, va maintenant beaucoup mieux à Hay Y. Le Père Ragazzi, récemment nommé vicaire dans ce district, a fait un excellent voyage ; après quelques jours de repos il s'est mis tout de suite à l'étude de la langue " Sa Gni " ; son professeur annonce qu'en six mois il sera assez fort pour se faire comprendre et prêcher. La veille de Noël, le Père Ducotterd a eu la joie de baptiser seize adultes, bien préparés par le jeune Père Py. Dans un bon nombre de districts, Y Leang (onze baptêmes d'adultes), Siao P'ou Tze, Sainte Thérèse, etc., un certain nombre de baptêmes sont venus récompenser les efforts des ouvriers apostoliques et les dédommager des difficultés de l'heure présente.

    Le 25 janvier, un groupe d'officiers et de soldats se présentaient au séminaire de Pe Lung Tan dans l'intention d'en occuper les bâtiments. Après des pourparlers, le Père Griffon réussit à obtenir d'eux qu'ils feraient leur possible pour aller loger ailleurs ; peut être sera-t-il obligé de leur céder quand même quelques pièces, au moins pour l'état major. Le Père Decroocq vient de payer un long tribut à son acclimatation au Yunnan. Pendant un mois il a été cloué au lit par une typhoïde dite " de Kunming ". Le 30 il quittait l'Hôpital Calmette ; pour récupérer ses forces d'antan, il lui faudra un bon mois de convalescence. Pour le moment il se repose au grand séminaire.

    Un peu plus au sud, dans le diocèse de Anlung, nos confrères souffrent davantage. On connaît déjà le meurtre du Père Signoret, qui avait échappé aux balles allemandes lors de la dernière guerre et était revenu indemne des camps de prisonniers après s'y être dévoué comme un véritable apôtre. Il a été lâchement assassiné par des brigands le 27 janvier dernier, et la léproserie dont il était le fondateur pillée de fond en comble : meubles, remèdes, habits des religieuses et même ceux des lépreux furent emportés. De plus, cinq ou six postes de la Mission furent pillés également et un Père chinois fusillé. Les Pères Desplanque et Fédéli, du même diocèse mais travaillant dans le nord ouest du Kwangsi, ont été emmenés par les pirates, et toutes les démarches faites pour les délivrer ont été jusqu'ici infructueuses.
    Cependant rien de particulièrement grave n'a été signalé comme s'étant passé ailleurs dans cette province du Kwangsi. Une centaine de militaires occupent toutes les dépendances de l'archevêché ainsi que le parloir de la cure de Nanning, mais les occupants se montrent convenables. Dans les districts, on signale beaucoup de plaintes au sujet des taxes considérables à verser. Dans toutes les grandes villes seule la monnaie populaire J.M.P. est autorisée pour les transactions commerciales depuis le 3 février, date où a été promulguée cette loi qui donne lieu à bien des difficultés.
    La santé de S. Exc. Monseigneur Albouy laisse un peu à désirer ; il se dit bien fatigué et ne pourrait, ajoute-t-il, faire deux cents mètres de marche sans s'arrêter plusieurs fois. Ses vicaires généraux ne sont pas non plus des plus vaillants : " Le Père Costenoble tient toujours, mais n'est pas solide. L'état du Père Madéore m'inquiète aussi beaucoup, ses pieds enflent et l'appétit ne va pas ; naturellement il marche quand même, il s'arc boutera jusqu'au bout : il a cependant un besoin pressant de repos, or il n'a pas encore pris le moindre congé depuis son arrivée en Chine, il y a plus de vingt ans ". Il n'est question pour aucun d'eux d'abandonner son poste, nous savons qu'ils tiendront quoi qu'il arrive. Que le bon Dieu soutienne le vaillant archevêque et ses chers et dévoués vicaires généraux, et prions à cette intention !
    Dans le même diocèse, le jeune Père Jubin se trouve actuellement à Chungtu, où il aide le Père Leblanc qui y travaillait seul depuis le changement du Père Fr. Kerouanton. Au sud, le Père Garreau s'occupe de la léproserie de Tingleung avec le plus grand soin, en l'absence du fondateur qui ne peut encore rentrer en Chine ; malheureusement, s'il ne reçoit pas de secours spéciaux, il n'aura plus de vivres pour les malades à partir d'avril prochain.
    A Swatow, un bombardement nationaliste a endommagé en partie l'église Sainte Thérèse. Les écoles continuent à fonctionner, mais les cours réguliers sont souvent troublés par la propagande antireligieuse, les meetings politiques, les danses, etc., et la direction de ces écoles est pratiquement assurée par un comité composé de professeurs, d'élèves et de domestiques. De plus, à partir de janvier dernier, les cours de marxisme y sont devenus obligatoires.
    D'assez bonnes nouvelles sont arrivées de Mandchourie méridionale où la situation religieuse ne s'est ni aggravée ni améliorée depuis l'automne dernier. Les confrères vont bien à Mukden ; tous les missionnaires de la résidence épiscopale, archevêque et évêque compris, sont devenus fabricants de cordes de paille, pendant que les Soeurs s'occupent à confectionner des chaussures de caoutchouc : de cette façon ils gagnent une partie de ce qui est nécessaire à leur entretien, et leur présence est plus aisément tolérée. Monseigneur Vérineux espère obtenir bientôt l'autorisation d'aller s'installer à Yingkow, sa ville épiscopale. Le Père Cordon est bien fatigué à la suite des si pénibles épreuves qu'il a endurées depuis trois ans ; le lendemain de la fête de Noël, ses chrétiens, dont cent cinquante s'étaient approchés de la Sainte Table la veille, ont reçu l'interdiction de se rendre désormais à l'église. Impera, et fac, Deus, tranquillitatem !

    Pendant que nos confrères de Chine vivent au milieu de soucis peu ordinaires, quelques anciens prient pour eux à Nazareth, car l'île de Hongkong continue d'être en paix. Le Père Dalle, de la Mission de Nanning, vient d'y fêter son cinquantenaire d'ordination sacerdotale. Seul survivant des neuf missionnaires ordonnés à Paris le 10 mars 1900, c'est sans éclat, intimement uni au Maître auquel il s'était donné sans retour dans l'enthousiasme de ses vingt cinq ans, qu'il célébra son jubilé : messe privée, seul à seul avec Jésus, sans l'assistance sympathique qu'il aurait eue au Kwangsi, mais sûrement avec la présence invisible des nombreuses âmes d'enfants de païens qui lui doivent le salut et des agonisants pour lesquels il a tant prié et fait prier. Au repas de midi, soigneusement préparé par les Soeurs des Missions Étrangères venues tout exprès de Béthanie à cette occasion, un ancien de Nanning se leva, sur l'invitation du Père supérieur, pour dire à tous les convives ce que fut le vénéré jubilaire, un vivant exemple de zèle et de dévouement en toutes circonstances. Et le Père Dalle, tout ému, de répondre en demandant des prières spéciales à son intention, et tout particulièrement la grâce de pouvoir célébrer la messe jusqu'à son dernier jour. Ainsi soit il, mais que ce soit le plus tard possible !

    Hanoi
    Février
    Le 5 février, le Père Elisée Décréaux, dont nous avions fêté les quatre-vingts ans il y a quelques mois, nous a quittés pour un monde meilleur. Si quelqu'un a vu venir la mort avec le sourire, c'est bien lui. Sauf les tout derniers jours, au cours desquels il ne semblait plus se rendre compte de ce qui se passait autour de lui, il ne s'est jamais départi de cette bonhomie sémillante qui était sa manière habituelle. Depuis plusieurs semaines déjà, il s'attendait à disparaître chaque nuit que le Bon Dieu faisait. Le jour suivant, il s'entretenait de "l'événement " c'est à dire de sa mort prochaine avec ceux qui venaient le visiter : " J'ai bien failli y passer... Ce sera pour cette nuit ! " Puis, il parlait des choses et des gens, se faisait raconter les dernières nouvelles de la Mission, riait de bon coeur et se permettait quelques petites malices à l'occasion. Bref, son naturel, sa conversation identique à ce qu'elle avait toujours été, faisant totalement fi du souci " d'édifier " au moment du grand passage, faisaient l'admiration de tous, et constituaient, en fait, la suprême édification. Comme il s'amusait de ces anecdotes d'une ironie quelque peu amère, d'un humour un peu jaune, qui constituent par la force des choses le répertoire habituel de l'heure présente et aident quand même à entretenir la bonne humeur de règle chez nous ! Comme c'était simple et beau de l'entendre répéter, après avoir ri tout son saoul : " Ah ! Je suis content d'avoir l'âge que j'ai ! Ah ! Je suis content que le Bon Dieu me rappelle sans plus tarder ! "...

    Au cours du mois, deux autres départs ont eu lieu, mais pas encore pour l'autre monde. Le Père Cantaloube, venant de Namdinh, vient de prendre l'avion à destination de Saigon, d'où il s'embarquera pour la France. Il compte y passer quelques mois et nous assure que son retour ne fait pas de doute. Son optimisme a quelque chose de granitique. Il nous a quittés en laissant à nos coeurs le baume de son inébranlable confiance en des lendemains de restauration.
    Quelques jours après, Monsieur Palliard, le supérieur de Saint-Sulpice de Hanoi, récemment de retour de captivité chez les Vietminhs, obtenait une place sur le navire hôpital " Chantilly ". Il est maintenant assez rétabli pour entreprendre le voyage de France. De tout coeur, nous lui souhaitons bon repos et bonne santé. Des témoignages comme le sien contribueront puissamment à servir la cause de la vérité sur les Missions, c'est-à-dire la cause des Missions elles mêmes.
    Le Père Flahutez, de Sichang, reste bloqué jusqu'à nouvel ordre à Hanoi. Hanoi ne s'en plaint pas ! Voici notre confrère à l'ouvrage, comme petit vicaire du Père Seitz, à la cathédrale. C'est un secours qui tombe du ciel à un curé écartelé de besognes diverses et qui n'a pas encore reçu le don précieux de bilocation ; ses présences se faisaient par trop rares. Le Père Flahutez est par excellence l'homme de la situation : sa qualité de missionnaire d'un lointain diocèse de la Chine intérieure, son ignorance de la langue vietnamienne, le fait d'être tout nouveau venu, et son expérience de broussard chevronné, tout cela le fait se mouvoir avec une sûreté surprenante que lui procure la méconnaissance même des terrains minés, au milieu du panier de crabes des abords de la cathédrale. Il est là pour les Français, mais il entretient également d'excellentes relations avec les divers éléments vietnamiens. Sa voix de stentor fait peur ; son énorme rire rassure ; l'ensemble impose le respect. Allons ! Voici une position d'attente qui pourrait être pire, en attendant la réouverture de la route des Marches tibétaines.
    Bloqué, également, le Père Barbier de Pakhoi. Il vient d'être admis comme aumônier d'un hôpital militaire.
    Le Père Vacher vient de s'échapper de son îlot fortifié de Vuban, au pays muong, et va passer quelques jours avec nous. Bon moral, malgré cette existence recluse et perpétuellement sur le qui vive.

    Si les cinq nouveaux prêtres vietnamiens semblent heureux des postes qui leur ont été attribués, certains autres, venus à Hanoi à l'occasion de la retraite, ne paraissent pas aussi enthousiastes pour rejoindre le leur, qu'ils estiment dangereux... Il faut bien de la patience et du courage au Père Vuillard toujours très faible à la Clinique Saint-Paul et à son adjoint, le Père Caillon, pour arriver à se faire obéir...

    Petit à petit, les accords franco-vietnamiens entrent en vigueur. La station de radiodiffusion de Hanoi est passée aux mains de l'administration vietnamienne. Cette dernière se croirait déshonorée en s'abstenant de donner dans la démagogie. Les émissions en langue française (surtout la revue de la presse quotidienne) étaient arrivées à un ton tel que le commissaire de la République s'en émut. Il représenta au gouverneur du Nord Vietnam ce que pouvait être l'état d'esprit des soldats français isolés dans les postes, et dont la seule distraction est de tourner, le soir, le bouton de leur radio... Faudrait il s'étonner si une belle nuit au cours d'une permission l'un ou l'autre trouve amusant d'aller mettre un gros pétard sous la station... ? Cette judicieuse remarque amena dans les émissions une cordialité à laquelle nul n'est plus habitué depuis longtemps. L'armée de l'Union française n'est d'ailleurs pas la seule victime des ondes hanoïennes. Ces dernières diffusèrent récemment une longue citation d'un article du " Tia sang quotidien officieux du gouvernement du Nord Vietnam. Monseigneur Lê-Huu-Tu, vicaire apostolique de Phatdiem, et ses prêtres y étaient dénoncés de belle façon comme organisant un État dans l'État, reprenant à leur compte la tactique " colonialiste " qui consistait à diviser pour mieux régner, tenant en main la totalité de l'administration, tant civile que militaire, tant religieuse que commerciale, et ceci dans une contrée qui est loin d'être en totalité catholique: Cette réaction était prévue... Le vicaire apostolique de Phatdiem vient par ailleurs d'adresser une lettre à S. M. Baodai, dans laquelle il assure l'empereur du Vietnam de son attachement et de sa fidélité, et place en lui tout son espoir pour la réalisation des aspirations du pays. Cette lettre a dissipé, dans une certaine mesure, l'équivoque qu'une propagande douteuse entretenait au sujet de la personne de Monseigneur Lê-Huu-Tu, tendant à la représenter comme un partisan secret de Hô chi Minh, et, pratiquement, comme prisonnier des Français.

    Hunghoa
    Février
    Après la retraite, les confrères de Hunghoa ont regagné leurs postes sans délai. Les Pères Gautier, Charmot et Guerry sont partis le 1er février pour l'évêché. Le Père Guidon n'est parti que le 5 pour Laichau. La veille, un défaut mécanique avait empêché l'avion de quitter le sol. Le Père Millot a été opéré, le 1er février, d'une hernie. Il est sorti de la clinique, guéri, depuis le 19, et se prépare à regagner Sonla. Il ne restera plus que le Père Guyot, qui vient d'achever sa deuxième cure.
    Tous ont déjà donné de leurs nouvelles. Le Père Delbor a été affecté par l'arrestation de son chef de chrétienté. Son voisin, le Père Doussoux, proteste contre le proverbe Natura non facit saltus, car il a vu son thermomètre descendre de 32° à 12° dans la même journée.
    Le troisième jour du Têt, c'est-à-dire de la nouvelle année, à Sontay, c'était la kermesse du Père Claudel. Les Pères Guerry et Desroches sont allés au secours de leur confrère. Si la fête n'a pas eu tout le succès rêvé, elle a fait connaître l'oeuvre de Saint Vincent de Paul dans les environs. La veille de la kermesse, avant de se coucher, le Père Claudel prit connaissance d'une lettre d'Épinal reçue dans la journée : c'était l'annonce de la mort de son père. Nous unissons nos prières à celles du Père Claudel pour le cher défunt et partageons la douleur de notre confrère.
    Dans la paroisse de Vinhloc, au sud de Sontay, le Père Tri a réussi à grouper neuf prêtres et quinze catéchistes pendant une semaine. Le Père Dô, du vicariat de Hanoi, leur a prêché les exercices de la retraite. Quatre autres prêtres ont pu faire leur retraite en particulier, grâce à l'hospitalité des Pères Rédemptoristes de Hanoi. Les rescapés du petit séminaire de Hathach font aussi leur retraite en ce moment à l'évêché de Hunghoa.
    Hunghoa n'a pas été inquiété depuis longtemps. Cependant le village de Trucphe, qui en est limitrophe, vient d'être visité par les guérilleros, qui ont emmené sept notables et promis de revenir à Hunghoa.
    La chrétienté de Huongnon continue à résister avec succès aux attaques nocturnes. Le Père qui en est chargé, déjà âgé, est tombé malade et est revenu encore une fois se réfugier à l'évêché.
    La Mission a dû venir en aide à plusieurs de ces chrétientés évacuées. Mais c'est le troisième mois lunaire qui sera le plus dur ; le riz manque déjà, et à Tuvu, par exemple, se vend à un prix invraisemblable. Aussi le don du Saint Père aux malheureux du Vietnam a-t-il touché le coeur de la population. Les autorités officielles locales ont témoigné leur reconnaissance à l'évêché.
    Deux prêtres vietnamiens viennent d'être enlevés par les Vietminhs dans les importantes paroisses de Hoangxa et Phulao. La population a pu demeurer sur place jusqu'ici, mais elle sera privée de tout secours religieux, car elle est en pleine zone de guerre.
    Le 10 février avait lieu à Hanoi la transmission officielle d'un certain nombre de services à l'autorité vietnamienne, en application des accords. Ce fut une cérémonie très digne, l'atmosphère était plutôt sympathique.
    Au Nord, dans la région de Laokay, les Vietminhs ont réussi, après beaucoup de pertes, à enlever le poste isolé de Pholu, vers le 12 février. Mais dans le delta, où ils ne peuvent se cacher, ils cèdent de plus en plus du terrain. Cependant, dans certaines régions voisines du front ils réussissent encore à contrôler les villages ralliés. Les autorités locales, pour ne pas être enlevées, doivent se soumettre aux ordres des " résistants ". Dans ces villages, dits ralliés, mais encore soumis aux Vietminhs, la pacification sera bien difficile.
    S.E.Mgr Mazé vient d'être promu Officier de la Légion d'honneur par décret de Mr le ministre de la France d'Outre Mer en date du 14.2.50. " Cette promotion, ajoute le général Alessandri, " ne fait que sanctionner les grands services que vous avez rendus " dans ce pays avec le dévouement le plus complet. "

    Hué
    Février
    Le 20 janvier, Monseigneur Urrutia est allé au Quangbinh en avion. Il a passé quatre jours dans la chrétienté de Tamtoa, où il a vu le Père Neyroud. Il lui a été impossible de visiter les autres chrétientés, à cause de l'insécurité de la circulation. A son retour, il a été escorté jusqu'au camp d'aviation.
    Dans les premiers jours de février, le Père F. X. Nguyen et le Frère André ont été arrêtés par les Vietminhs avec douze chrétiens et emmenés dans les montagnes. Après quelques jours de détention, le Frère André et six chrétiens ont été relâchés. On est sans nouvelles du Père Nguyen et des six autres chrétiens.
    Le Père Paul Hanh a dû évacuer sa paroisse pour échapper aux Vietminhs. Les religieuses, Filles de Marie Immaculée, ne pouvant plus tenir dans la situation critique où elles se trouvaient, ont quitté Phuocmon et réintégré leur maison mère. Les religieuses de Tamvi ont été rappelées à Phuxuan, où elles attendent des jours meilleurs. Les Amantes de la Croix des écoles de Chuon et de Sulo sont revenues aussi dans leur maison mère. Le Père Paul Tuyen, desservant de Sulo, et ses chrétiens ont dû évacuer en lieu sûr. Deux vieillards, dignitaires de la chrétienté de Duongson, arrêtés il y a trois semaines, ont été forcés de suivre les Vietminhs pendant plusieurs jours dans divers villages et d'assister à leurs conférences communistes.
    Depuis longtemps nous n'avons aucune nouvelle des Pères concentrés à Vinh. Nous n'avons jamais rien appris au sujet du Père Grall, disparu à Langco, le 12 janvier 1949, à son entrée dans la Mission.
    Le Père Mauvais vient d'être chargé de la chrétienté de Hiensanh où il y a un poste militaire ; le Père Eynard est nommé à Quangtri, auxiliaire du Père Eb.
    Le Père Delvaux est seul depuis des années dans son coin retiré de Tanyen, à trente kilomètres de Quangtri, sur la route du Laos. Personne ne s'aventure à aller jusque chez le Père qui n'a reçu la visite d'aucun prêtre depuis trois ans. A l'occasion, il profite des convois pour consulter la Faculté à Quangtri ou à Hué. Il est assez souvent fatigué ; malgré ses soixante treize ans d'âge, il continue son activité coutumière.
    Les dix premiers jours de la nouvelle année vietnamienne ont été calmes à Hué ; mais les opérations militaires n'ont pas été interrompues en province : les Vietminhs y sont nombreux ; les chrétiens y souffrent plus ou moins.

    Bangkok
    Février
    Depuis notre dernière chronique, signalons l'arrivée à Bangkok, le 30 septembre, du cher Père Laborie qui, dès le lendemain, se mettait à l'étude du siamois. Nous lui souhaitons bon courage.
    Quatre religieuses de Saint Paul de Chartres ont célébré leurs noces d'or de profession religieuse le dimanche 9 octobre. Monseigneur Chorin, pendant la messe qu'il célébra lui même à leur intention, leur offrit ses félicitations et ses voeux et il les remercia également pour leur long et fécond apostolat au Siam.
    A l'occasion de la Fête des Nations Unies, le 24 octobre, Monseigneur Chorin, accompagné de son procureur, le Père Rochereau, s'est rendu à l'invitation du président du Conseil des ministres, le maréchal Phibun Songkram, à la réception offerte par le gouvernement siamois aux princes, aux ministres, au Corps diplomatique et à quelques personnalités politiques et militaires. Ambiance très cosmopolite et sympathique.
    Le lundi 14 novembre s'est ouverte à l'Assomption la retraite annuelle des missionnaires, prêchée par Monseigneur Chorin. Tous étaient présents sauf les Pères Carrié et Broizat, l'un empêché par ses constructions, l'autre par son incurable surdité. Excellente retraite pendant laquelle furent lus et quelque peu discutés le projet de Constitutions de la Société et le projet de Coutumier qui doivent être tous deux approuvés d'abord par l'Assemblée générale en août prochain. Les délégués de la Mission de Siam à la réunion du groupe sont les Pères Tapie et Ollier, délégué suppléant.
    Nous regretterions de ne pas mentionner ici les fêtes qui eurent lieu le 25 novembre chez les Religieuses Ursulines de l'Union Romaine, à Bangkok. Elles célébraient, ce jour là, le 25e anniversaire de leur arrivée au Siam.
    Une grand'messe pontificale fut chantée par Monseigneur Chorin clans leur nouvelle salle des fêtes transformée en chapelle, et le soir une conférence religieuse, donnée par Monseigneur Chorin également, suivie d'un salut solennel, clôturèrent cette belle journée. Notons que les chants de la messe furent exécutés à la perfection et de mémoire par un choeur de huit cents élèves, presque toutes païennes et que les mille cinq cents personnes, qui représentaient quasi toutes les races et les religions de la capitale, furent impeccables de dignité. Inutile de dire que tout le clergé siamois, français, italien et américain de Bangkok était présent. L'ambassadeur de France se trouvait au premier rang de l'assistance tandis que deux de ses jeunes fils servaient à l'autel. Ce fut un ancien élève des Ursulines de Bangkok, ordonné prêtre au Collège de la Propagande à Rome, le Révérend Père Daniel Chieoboon, qui, à l'Évangile, remercia les religieuses pour leur splendide oeuvre d'éducation dont bénéficie tout le peuple siamois.

    Du 30 novembre au 8 décembre a eu lieu au couvent Saint Joseph des Soeurs de Saint Paul de Chartres à Bangkok, les exercices de la retraite annuelle. Tous les sermons et conférences furent donnés pendant ces huit jours par S.E. Monseigneur Chorin. Et le soir de ce 8 décembre Son Excellence administrait le sacrement de Confirmation à huit aveugles qui avaient été préparés par les " Filles de Marie Auxiliatrice " dont le fondateur est saint Bosco. Cette Congrégation salésienne compte trois membres à Bangkok qui se dévouent à l'enseignement des aveugles au nombre d'une cinquantaine à l'heure actuelle.
    Voulant aider au développement du Nord Siamois, Monseigneur Chorin nommait, le 7 novembre 1949, en séance du Conseil de la Mission, les Pères Bray et Prédagne à Chiengmai, le Père Brisson à Chaochet et le Père Laborie à Nakhonxaisi. Tous ont quitté Bangkok après la Fête de Saint François Xavier qui revêtit cette année un éclat exceptionnel à Samsen, poste au nord de Bangkok que dirige et développe le Père Tapie depuis bon nombre d'années. La Croix de Paris du 13 janvier a relaté longuement l'odyssée d'une statue qui, des parcs royaux, a émigré finalement sur l'esplanade de l'église Saint François Xavier de Samsen et dont la bénédiction fut faite le dimanche 11 décembre par Monseigneur Chorin entouré d'un nombreux clergé et d'une foule évaluée à cinq mille personnes.
    Ce fut en fin décembre, peu après cette fête, que Monseigneur Chorin fut saisi d'une fièvre qu'il considéra d'abord sans importance et qui lui permit même de présider pendant trois jours les exercices de la retraite annuelle des Pères siamois, commencée le 9 janvier 1950. Toutefois, le 12 janvier Son Excellence était obligée de s'aliter, la fièvre montant à 40 degrés et continuant son ascension. Appelés en consultation, trois docteurs européens catholiques diagnostiquèrent une fièvre typhoïde grave et prirent immédiatement des mesures sérieuses pour l'enrayer. Un médicament très récent, la " chloromycétine ", fut employé à hautes doses et en quarante huit heures cette fièvre de 41 degrés passait à 36. Elle était " cassée " et ne devait plus remonter. Quatre vingt dix capsules de " chloromycétine " furent nécessaires pour obtenir ce résultat. Toutefois la convalescence n'en est pas pour autant abrégée et Son Excellence se plaint que les forces physiques reviennent très lentement. Il eut du moins la consolation, après 15 jours d'arrêt, de pouvoir célébrer la sainte messe dans la chapelle privée de l'évêché, qu'il n'a d'ailleurs pas quitté durant sa maladie, docteurs et religieuses de Saint-Paul préférant même le soigner " at home " qu'à l'Hôpital Saint Louis, tout proche, mais où le bruit d'une installation radiologique, faite à cette période, aurait causé au malade une aggravation de fatigue. Nous sommes heureux d'ajouter que S. E. Monseigneur Chorin pourra bientôt prendre l'avion pour Rome en visite ad limina et pour la France.
    Et tandis que la maladie empêchait Monseigneur Chorin de s'occuper sérieusement des affaires de la Mission, arrivait heureusement de France, de retour d'un congé régulier, son provicaire, le Père Perroudon, plein de force et de courage, qu'il dépensera dans l'administration spirituelle et temporelle de la Mission de Bangkok, durant l'absence du vicaire apostolique. Il a d'ailleurs déjà commencé en se rendant à Lamsai et à Non Këo (où se dévoue le Père Nicolas) pour y administrer la Confirmation à plusieurs centaines de chrétiens.
    La Révérende Mère Marie Théophane, visitatrice des Soeurs de Saint Paul de Chartres, a été accueille avec joie à l'aéroport de Bangkok, le 27 janvier, par toutes les supérieures de ses maisons. Attendue depuis longtemps, cette visite aura, nous l'espérons, des résultats matériels et spirituels considérables et contribuera beaucoup à donner encore plus d'essor et de vie aux oeuvres splendides que dirigent au Siam les Soeurs de Saint-Paul de Chartres.
    Saluons aussi la mémoire du cher Père Fouillat qui, durant de nombreuses années, donna toutes ses forces à l'évangélisation surtout chinoise au Siam. Excellent confrère, très réservé dans ses paroles et sa correspondance, il ne causa jamais la moindre peine à personne. Prière et solitude, au moins relative, étaient ses dominantes d'âme, et nous savons pertinemment qu'il n'oublia jamais sa chère Mission de Siam devant Dieu. Que Dieu l'en récompense !
    Nous avons eu le bonheur de posséder à Bangkok, du 17 au 20 février, la Croix de Jérusalem, portée le vendredi saint 1949 par la Voie douloureuse jusqu'au Calvaire et bénie à Rome par Sa Sainteté Pie XII.
    Dom Thomas Becquet l'accompagnait. Les chrétiens de toutes les églises de Bangkok ont pu la vénérer, chacun dans son église, et prier ainsi aux intentions du Souverain Pontife qui réclame instamment que la paix règne et dans les Lieux Saints de Palestine et dans l'univers tout entier.
    Signalons, en terminant cette chronique, que si Monseigneur Chorin profite de son séjour à Rome pour y gagner l'Indulgence du Jubilé, deux missionnaires en congé régulier en France, les Pères Tapie et Joly, se rendront également à Rome, et deux prêtres siamois de la Mission accompagneront un petit groupe de laïcs siamois, voulant profiter dès maintenant eux aussi des avantages spirituels de l'Année Sainte.

    Mandalay
    Février
    Au début du mois de février, le Père Dugast, curé de Chauk a pu faire une courte visite à Mandalay par la voie des airs. Le Père Joseph Dixneuf a été nommé supérieur de la Mission des Chins du Nord où le nombre des catéchumènes augmente.
    Le Père Merceur, après un stage d'une quinzaine de jours à l'hôpital de Maymyo, a pu regagner son poste de Zawgyi. Par contre le Père Blondeau, surintendant de la léproserie, souffre d'un malaise dont les docteurs n'arrivent pas à déterminer la cause ; cependant notre confrère continue à assurer la bonne marche de la maison.
    Monseigneur Falière, toujours soucieux du bien spirituel de ses prêtres, a rétabli la retraite mensuelle en commun là où elle peut avoir lieu. Le matin, bréviaire en commun, instruction et examen particulier ; l'après midi, Vêpres et Complies, suivies d'une méditation et de la Bénédiction du Saint Sacrement. Enfin solution d'un cas de théologie morale et d'une question de liturgie proposés ; chacun doit remettre son travail par écrit à celui qui préside.

    Paris
    Février
    Dans nos deux maisons de la rue du Bac et de Bel Air, les aspirants ont subi les examens de fin du premier semestre, puis sont partis chez eux prendre quinze jours de repos. Ils nous ont quittés le jeudi soir, 9 février.
    Avant leur départ, Monseigneur le Supérieur a donné une " destination " à huit d'entre eux. Nous les signalerons ci dessous.
    D'accord avec son Conseil, Monseigneur le Supérieur a décidé que l'Assemblée Générale de la Société serait convoquée pour le 1er août prochain. Pourra-t-elle avoir lieu à Paris ? Il nous est encore impossible de le dire, car la décision ne dépend pas uniquement de nous. Nous recommandons instamment cette affaire si importante pour la Société aux prières de tous nos confrères.
    Deux de nos missionnaires, le Père Le Bouetté de Sichang et le Père Degenève de Kunming, sont soignés à l'Hôpital St Joseph où ils ont subi l'opération de la prostate.
    Le Père Foucaud, de la Mission de Chengtu, est allé à Montbeton attendre le moment où il pourra rejoindre le Sanatorium du Clergé de France à Thorenc.
    Après de longues souffrances patiemment supportées, le Père Marcel Andrieu s'est éteint le 23 janvier dernier dans un hôpital de Montauban.
    La grippe a fortement éprouvé notre Sanatorium de Montbeton. Le Père Alexandre a donné des inquiétudes à son entourage, mais il est désormais, semble-t-il, hors de danger. Quelques autres confrères ont été légèrement atteints. Les religieuses et les employés de la maison ont été fortement secoués, si bien que, pendant quelques jours, le service du Sanatorium a donné bien des soucis à sa Direction.
    Admission (n° 1). M. Pierre Baudu, du diocèse de Poitiers.
    Départ. Le 10 février est parti par avion, pour notre Maison de Nazareth, le Père Joseph Cuenot. Pendant dix ans il a servi à la rue du Bac, où il a rendu de très grands services, comme représentant des Missions de la Chine du Sud, comme membre du Conseil Central, comme économe et comme rédacteur des " Echos Missionnaires ". Tous, nous conservons le meilleur souvenir de son zèle éclairé et de sa charité qui rend son commerce si agréable. Puisse-t-il, pendant de longues années encore, rendre des services analogues dans notre Maison de Nazareth.

    Destinations données le 9 février 1950 :

    MM. Verinaud /Jean-Bapt. /Angers /1926 /Pondichéry
    Rigolot /Marcel /Besançon /1925 /Malacca
    Penven /Pierre /Vannes /1924 /Mysore
    Faure /Bruno /Grenoble /1925 /Yokohama
    Briand /Jean /Rennes /1927 /Birm. Mérid.
    Courrier /Marius /Chambéry /1926 /Yokohama
    Bourel /Yves /St Brieuc /1923 /Malacca
    Delecourt /André /Arras /1925 /Mysore

    Mars
    Nos aspirants sont rentrés de vacances Je 25 février. Malheureusement, un deuil est venu attrister ces jours de détente. L'un d'eux, en effet, M. Léon Trebern, né à Loctudy (Finistère) le 10 janvier 1930, avait avancé son retour à Paris, afin de passer deux jours chez sa soeur. Arrivé à la rue du Bac le 21 février au matin, il venait de partir à bicyclette, empruntée à un confrère, quand, en passant au Quai St Bernard, il a heurté si malencontreusement une auto balayeuse de la ville de Paris que, dans sa chute, il a brisé un tuyau d'arrosage de cette voiture, en se faisant lui même une profonde blessure au crâne. Il est difficile de dire comment s'est produite la chute. Le cher aspirant expirait une demi heure après à l'Hôpital de la Pitié. Ses obsèques ont été célébrées à la rue du Bac le lundi 27 février, et le corps a été inhumé dans son pays natal.
    Monseigneur le Supérieur vient de faire un voyage à Rome où l'ont mené des affaires à traiter pour la Société. Parti de Paris le dimanche 19 février, Son Excellence est revenue le lundi 27 février. Il a pu voir les autorités de la Sacrée Congrégation de la Propagande, avec qui il avait à faire, mais, les audiences données par le Saint Père ayant été suspendues pendant cette période, Monseigneur Lemaire n'a pas eu la joie de voir Sa Sainteté.
    Pour visiter Rome à l'occasion de l'Année Sainte, les confrères ont commencé à profiter de l'avantage fort appréciable offert par l'existence d'une procure de la Société dans la Ville Éternelle. Ils s'y sont trouvés particulièrement nombreux pendant la seconde quinzaine de février. Nous apprenons avec joie que d'autres projettent le même voyage. Le Père Michotte est très heureux d'accueillir les confrères. Qu'il soit seulement permis de rappeler que, pour être reçu à la procure de Rome, il faut régulièrement obtenir l'autorisation du Supérieur général, autorisation que celui-ci accorde avec grand plaisir. L'autorisation une fois obtenue, il suffit que l'intéressé en avertisse le Père Michotte, en indiquant la date et la durée du séjour projeté. La procure de Rome est habituellement fermée du 1er juillet au ler octobre.
    Les 23 et 24 février a eu lieu, au local habituel de la rue des Saints Pères, la vente de charité annuelle de l'Oeuvre des Partants. Le Père Gérard, malgré sa santé déficiente, s'est donné beaucoup de peine pour l'organiser. Il a été admirablement aidé par la présidente de l'Oeuvre, Mme la Comtesse de Caqueray Valolive et les autres dames qui apportent un dévouement fort édifiant. Le succès a déjà récompensé leurs efforts, en attendant la récompense que le Roi des Apôtres leur réserve pour plus tard.
    Cette année, le Conseil central de la Société a tenu à marquer sa reconnaissance à toutes ces dames de l'Oeuvre des Partants en donnant à leur très dévouée présidente, Mme la Comtesse de Caqueray Valolive, le titre de " Membre honoraire de la Société des Missions Étrangères " avec tous les avantages spirituels qu'il comporte.
    Le Père Le Bouetté vient de rentrer à la rue du Bac après avoir subi avec succès, à l'Hôpital St Joseph, l'opération de la prostate. Mais,... uno avulso, non deficit alter, le Père Quimbrot lui a succédé au même hôpital pour subir une opération semblable.

    Paris, le 10 Mars 1950. S. Exc.

    Monseigneur Charles LEMAIRE,
    Supérieur Général de la Société des
    Missions Étrangères de Paris, à tous les membres de la Société.
    Bien cher Confrère,

    L'Assemblée Générale convoquée à Hongkong pour octobre 1940 a été différée jusqu'ici en raison des événements qui ont bouleversé l'Europe et l'Extrême Orient.

    Le Conseil Central, dans sa séance du 31 janvier dernier, a estimé qu'en dépit de l'absence d'un nombre important de capitulants (chefs de Missions et délégués des missionnaires), cette Assemblée devait avoir lieu en 1950, en raison de l'urgence de plusieurs questions à traiter.

    Vers la même date, et sans intervention de notre part, la Sacrée Congrégation de la Propagande exprimait le voeu d'une convocation prochaine de l'Assemblée.

    Reçu en audience le 21 février par Son Eminence le Cardinal Préfet, puis par Son Exc. Mgr Costantini, j'ai, en présence de M. Raymond Michotte et de M. Maurice Quéguiner, exposé la situation actuelle de la Société, les raisons qui militaient en faveur d'une réunion à Paris, et sollicité l'avis de la S. Congrégation sur l'opportunité de la discussion du programme intégral soumis à l'Assemblée.

    En date du 1er mars, une lettre de Son Em. le Cardinal Préfet faisait savoir qu'il convenait de convoquer l'Assemblée Générale à Paris, et que, de l'avis des Consulteurs de la S. Congrégation, la présence d'une trentaine de capitulants était suffisante pour traiter toutes les questions, même les plus importantes.

    J'ai donc l'honneur de vous annoncer, bien cher confrère, que l'Assemblée Générale se tiendra à Paris le 1er août 1950 et que le programme ci après sera soumis à son étude et discussion :

    1° Élections ;
    2° Situation financière et morale ;
    3° Constitutions et Coutumier.

    Ensemble, bien cher confrère, prions pour que cette réunion si longtemps souhaité produise tous les heureux résultats que nous en attendons.

    En me recommandant à votre secours spirituel, je vous prie, bien cher confrère, de croire à mes sentiments fraternellement dévoués en Jésus et Marie.

    Ch. Lemaire
    Sup. général

    "
    1950/254-280
    254-280
    Anonyme
    France et Asie
    1950
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