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Chronique des Missions et des Etablissements communs 2

Chronique des Missions et des Etablissements communs Tôkyô La Mission de Tôkyô, qui poursuit son travail d’évangélisation et le développement de ses œuvres au milieu de difficultés spéciales, a enregistré l’an dernier 1198 baptêmes, dont 319 d’adultes et 327 d’adultes in articulo mortis. De nouvelles paroisses se sont fondées, ainsi qu’il a été indiqué dans les précédentes chroniques, et celles qui avaient été dévastées par le tremblement de terre se relèvent peu à peu de leurs ruines.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs
    Tôkyô
    La Mission de Tôkyô, qui poursuit son travail d’évangélisation et le développement de ses œuvres au milieu de difficultés spéciales, a enregistré l’an dernier 1198 baptêmes, dont 319 d’adultes et 327 d’adultes in articulo mortis. De nouvelles paroisses se sont fondées, ainsi qu’il a été indiqué dans les précédentes chroniques, et celles qui avaient été dévastées par le tremblement de terre se relèvent peu à peu de leurs ruines.

    Parmi les premières, celle de Kôenji, fondée dans la banlieue nord-ouest, et qui, administrée par le P. Mayet, compte déjà 298 catholiques, a inauguré le 18 novembre une église provisoire très convenable, bénite par Mgr l’Archevêque. Le saint curé d’Ars, qui en est le patron, aidera sûrement au progrès de l’évangélisation au sein d’une population qui augmente d’année en année, et au maintien de la ferveur parmi les fidèles qui la fréquentent assidûment. Les œuvres de charité qui sont installées à côté de l’église : l’orphelinat des Daines de St-Maur et la Maison de famille pour étudiantes, dont les mêmes Sœurs ont la charge, ces œuvres, avec les prières des Religieuses et des enfants, contribueront au progrès de la paroisse.

    La paroisse de Kanda, administrée par le P. Chérel depuis 1905, et particulièrement éprouvée, puisqu’elle a subi, au cours de ces dernières années, deux incendies avec un tremblement de terre, fêtait sa résurrection, le dimanche 9 décembre, par la bénédiction solennelle d’une église spacieuse, construite en ciment armé, élégante dans sa façade, ses nefs bien éclairées, sa vaste tribune, et son maître-autel décoré de bas-reliefs et de statues. Mgr l’Archevêque, qui a présidé à la cérémonie et célébré la messe pontificale, a donné également la Confirmation. Dans le vaste quartier d’étudiants, où les œuvres protestantes et bouddhistes ont établi leurs centres : Associations de Jeunesse, G. Q. C. de l’Armée du Salut, temples divers, l’église de Kanda continuera de représenter dignement la religion catholique et d’y faire, nous l’espérons, de notables progrès. Quelques jours avant l’inauguration, des conférences aux païens ont été données dans l’église même, avec l’aide des PP. Iwashita et Candau, et ont été suivies attentivement par un auditoire composé en grande partie d’étudiants des Universités et des grandes écoles de Tôkyô. Des conférences analogues doivent y être continuées.

    Les Sœurs de St-Paul de Chartres, dont les établissements scolaires ont occupé de longues années le terrain attenant à celui de l’église de Kanda, et qui, après en avoir partagé les épreuves comme les consolations, ont été forcées par les plans du Bureau de Restauration de la capitale d’aller s’installer ailleurs, viennent d’achever, sur les hauteurs de Kudan, à Fujimi-cho, leur œuvre de reconstruction en édifiant une élégante petite chapelle, qui complète le solide et bel édifice scolaire et la maison d’habitation installés ces dernières années. La chapelle a été bénite solennellement le 29 décembre par Mgr l’Archevêque, au milieu d’un concours de nombreux missionnaires et de représentants des diverses Sociétés d’éducation catholique, qui avaient tenu à témoigner aux Sœurs de St-Paul, les dévouées auxiliaires des Missions-Étrangères, leur sympathie et leur reconnaissance. Leurs diverses écoles : secondaire, primaire et maternelle, comptaient au dernier recensement 921 élèves.

    A côté de la petite chapelle de Kitami, dans la banlieue ouest de Tôkyô, due, ainsi qu’il a été déjà noté, à la générosité d’une famille de l’endroit, on a bâti récemment une grande salle de réunion, qui a été inaugurée à Noël par une séance de cinéma reproduisant les fêtes du Couronnement Impérial, et par une conférence aux païens du P. Hoffmann. S. J., qui, chaque dimanche, assure le service de cette chapelle de secours.

    Le retour des prélats américains, venant du Congrès Eucharistique de Sydney, nous a valu spécialement l’honneur et le plaisir de recevoir, vers la fin de novembre, la visite de Mgr Dunn, coadjuteur du Cardinal de New-York, et membre honoraire de la Société des Missions-Étrangères.
    Le 3 janvier.

    Fukuoka

    Conformément aux désirs du Saint-Siège, tous les prêtres japonais, exerçant le saint ministère en dehors du nouveau diocèse de Nagasaki, y sont rentrés. Les deux derniers d’entre eux, à savoir : les PP. Honda et Humeki, ont quitté, le 26 novembre dernier, leur beau poste de Imamura, poste qui compte seize cents chrétiens. Le dimanche précédent, Mgr Thiry et le P. Joly, qui s’étaient rendus à Imamura pour présider aux adieux, furent témoins d’un émouvant spectacle, les pleurs de la foule faisant, mieux encore que tous les discours, l’éloge des partants.

    Le cher P. Honda, nommé en 1896 curé de Imamura, était arrivé dans cette paroisse jeune encore, droit comme un 1 ; il en repartait courbé sous le poids des années, mais aussi tout chargé de mérites. Il avait élevé quasi toute la paroisse, prodigué des soins spéciaux à la jeunesse ainsi qu’à l’œuvre des Vierges Japonaises ; cela ne l’avait pas empêché de construire une église toute en briques. Cette église qu’il a dédiée à St Michel est la plus vaste, comme aussi la plus belle du nouveau diocèse de Fukuoka. Devenu invalide, presque aveugle, le P. Honda avait, en 1927, reçu un jeune vicaire dans la personne du P. Umeki, lequel émettait déjà, lui aussi, de saines et fortes racines dans cette terre bénie de Imamura. Ce n’est pas tout. Avant son arrivée à Fukuoka, le P. Honda possédait de beaux états de service ; surtout, il avait été exilé, il avait souffert pour la foi, dans sa jeunesse, lors de la Restauration japonaise, restauration à l’esprit payen-shintoïste.

    Telles sont les raisons sans lesquelles on n’aurait pu s’expliquer tant de pleurs au départ.

    La scène se renouvela en petit, mais très impressionnante encore, le lendemain 26, sur les quais de la grande gare de Tosu ; là, malgré la distance, l’élite des paroissiens avait tenu à venir accompagner ses pasteurs au moment de leur départ. Cette fois, les voyageurs eux-mêmes, les employés de la gare, tous payens naturellement, purent constater, (renseignements pris.) que les prêtres catholiques sont autrement aimés que les bonzes, soit bouddhistes, soit shintoïstes.

    A ceux qui désireraient quelques détails sur cette chrétienté de Imamura, je puis, en peu de mots, dire tout ce qu’on en sait. C’est une oasis chrétienne en plein pays payen ; l’origine en est assez obscure, cette même origine est due à des fugitifs qui, à diverses époques et de contrées différentes, sont venus y chercher un abri contre la persécution. Leur présence en ce lieu excita les soupçons de l’ennemi au cours du XIXème siècle, et ils affirment qu’alors ils eurent deux martyrs. L’un d’eux était un prêtre et sa tombe fut en grande vénération ; c’est sur cette même tombe, que le P. Honda construisit l’église dont nous venons de parler. C’est à peu près tout ce que l’on sait. Naturellement si j’ai employé ici le terme de martyr, c’est pour me servir du langage du peuple ; il n’y a pas eu des recherches canoniques, et il ne faut pas devancer le jugement de la Sainte-Église.

    L’heureux missionnaire chargé de succéder au P. Honda et de continuer son œuvre n’est autre que le P. Bonnet. Dieu aidant, il ne sera pas inférieur à la tâche.

    Beware of pickpockets ! Au moment de mettre sous presse, on nous signale de la même Mission de Fukuoka, qu’un confrère vient d’avoir le tronc de son église dévalisé ; comme c’est la seconde fois que cela lui arrive depuis moins de deux ans, il juge bon d’avertir ses confrères d’avoir à se tenir sur leurs gardes.
    Le 4 janvier.

    Taikou

    En l’absence de S. G. Mgr Demange, Mgr Larribeau est venu conférer à 8 séminaristes le diaconat et la tonsure à 7 autres.

    Favorisées par un beau temps, les solennités de la Noël se sont déroulées dans tous les districts avec un grand concours de fidèles, tandis que le premier de l’an s’est passé dans la plus parfaite indifférence de la part des Coréens.
    Le 8 janvier.

    Kirin

    Le 22 décembre, samedi des Quatre-Temps, à Rome, notre séminariste Paul Yu, docteur en philosophie, élève du Séminaire de la Propagande, a été ordonné prêtre. Cette ordination porte à 20 le nombre des prêtres originaires de la Mission de Kirin.

    Le 24 décembre, en la chapelle du Séminaire, Mgr Gaspais a conféré le sous-diaconat à cinq lévites et les ordres mineurs à un.

    Le 29 décembre, ordre a été donné d’arborer le drapeau nationaliste ; cela s’est fait au milieu de l’indifférence générale. Les étudiants, en vacances depuis plusieurs jours, n’étaient plus là pour manifester bruyamment leur enthousiasme et leur joie de voir flotter le drapeau, pour lequel, il y a un mois, ils se faisaient copieusement rosser.
    Le 7 janvier.

    Chungking

    Mgr Jantzen est en tournée de Confirmation depuis le 25 novembre. Après quelques jours passés au petit séminaire de Tientche, il a visité les districts de Leangchan, Tienkiang, Piengaytse et Tchangcheou. Nous espérons que Sa Grandeur, attendue à Chungking ces jours-ci, ne sera pas trop retardée par les hostilités actuellement en cours dans nos contrées, hostilités dont l’un des premiers résultats a été l’interruption des communications au nord et à l’est.

    Car, décidément, c’est encore une fois la guerre dans la province. On signale l’arrivée de nombreux blessés, on peut légitimement en conclure qu’une bataille a été livrée. Elle fut sévère, dit-on, un bon millier de blessés transportables ; pour les autres, comme pour les morts, aucun chiffre n’est donné.

    Qu’y a-t-il eu au juste ? Ce n’est pas autre chose que l’éternelle question de l’existence qui se joue entre Maréchaux ou Généraux chinois, “to be or not to be, that is the question”. Or donc, voulant vivre plus au large, Ten Si-Heou, l’un des deux chefs d’armée résidant à Tchentou, s’en fut attaquer le Maréchal de Chungking. Mal lui en prit, il se fit rosser et perdit toute une division. Pour le moment les deux adversaires se reposent l’un et l’autre, d’où accalmie sur le front nord-est.

    Notre nouveau confrère, le P. Bouchut nous est arrivé le 22 novembre, en bonne santé, tout heureux de se trouver enfin dans sa chère Mission. Il apprend la langue à Hotcheou, auprès de son compatriote, le P. Millier. Nous lui souhaitons un long et fructueux apostolat, dans un pays charmant, pays où manque bien un peu la paix, comme du reste c’est le cas dans la majeure partie de la Chine. Mais il espère, et nous espérons avec lui, voir bientôt l’ordre rétabli dans la plus grande comme aussi la plus belle des Républiques.

    Le mois de novembre a vu aussi le retour de six Religieuses Carmélites qui, depuis un an, attendaient à Shanghai des jours meilleurs, afin de pouvoir venir reprendre, au couvent de Chungking, leur vie de prière et de sacrifice. Deux des leurs étant mortes pendant l’exil, deux autres religieuses vont arriver d’Europe dans le courant de janvier.
    Le 21 janvier.

    Suifu

    Dans notre Mission, nous avons un confrère qui fume et qui crache, qui crache plus qu’il ne fume. Pour employer un terme technique, il a le tabac salivant. Bien des fois on lui a dit : “Cher Père, vous devriez cesser de fumer, car, tôt ou tard, le tabac vous jouera un mauvais tour”. Il n’en a pas moins continué de fumer et de cracher. Il n’est pas chez vous depuis dix minutes, que votre chambre a tous les aspects d’une mare. On peut le suivre à la trace, ses crachats remplaçant avantageusement les cailloux du Petit Poucet.

    Tout récemment, en visitant ses chrétiens, il lui est arrivé une histoire qui mérite d’être contée, mais une histoire toute à son honneur. Non loin de la famille chrétienne où il logeait, vit une vieille femme qui venait d’être mordue au pied par un chien. Les médecins qu’elle consulta furent unanimes à lui indiquer, comme seul remède efficace, la salive de fumeur.

    Or, notre cher confrère était dans sa chambre, trônant, selon son habitude, au milieu d’un ruisseau de crachats. Brusquement la porte s’ouvre. Un petit garçon entre, tenant en mains un grand bol. Il le lui présente respectueusement en le priant d’y cracher. Le Père pensait à part lui : “Voici un garçonnet qui connaît l’hygiène. Il m’apporte un crachoir. — C’est bien, c’est très bien : pose ton bol par terre”. Mais le gamin n’a pas l’air de vouloir s’en débarrasser. Tout au contraire, il fait un pas en avant, l’élève à la hauteur du menton du Père, le touchant presque. Celui-ci n’y comprenait rien. “Je ne mange point ton bol, moi ! s’écria-t-il. Dépose-le à terre, te dis-je”.

    Attirées par ces éclats de voix, des chrétiennes, qui taillaient une bavette dans la salle voisine, firent irruption chez lui et lui racontèrent, à qui mieux mieux, que la grand’mère de cet enfant avait été mordue par un chien l’avant-veille et que, pour la guérir, il fallait de la salive de fumeur.

    “Alors, mon petit, tu veux de la salive. En veux-tu ! En voilà ! En voici encore !” Le petit garçon, tout joyeux, s’en retourna avec son bol plein.

    Le lendemain matin, la vieille fit appeler le Père. Elle le remercia de l’avoir guérie, lui exprima le désir de se faire chrétienne et d’être baptisée, promettant, dès qu’elle le pourrait, de se mettre à l’étude de la religion chrétienne...

    Triomphe de la salive prise au sens propre, et là où probablement n’eût pas abouti la salive au sens figuré. C’est le cas de redire avec Saint Paul : O altitudo divitiarum sapientiœ et scientiœ Dei ! Quam incomprehensibilia sunt judicia ejus et investigabiles viœ ejus !...

    Pour la cinquantième fois peut-être depuis la chute des Mandchous, notre province est en guerre. Les 11 et 12 décembre et les jours suivants, la 24e armée a été mobilisée et concentrée dans le secteur Iang-hien, Tse-tcheou, Loui-kiang, Long-tch’ang et Lou-tcheou. Quels sont les partis en présence ? Il a été impossible de le savoir jusqu’à présent. Mais, si l’on en croit les rumeurs, il s’agit d’une coalition de tous les généraux indépendants, une dizaine, contre la domination des deux Lieoû, l’oncle et le neveu, celui-ci commandant la 21e armée à Chungking, celui-là, la 22e armée à Chengtu.

    Quoi qu’il en soit, à cause du va-et-vient continuel de troupes et des opérations des brigands, la retraite des prêtres indigènes, qui devait s’ouvrir à Suifu le 6 janvier prochain, a été renvoyée à plus tard.

    A l’occasion de fêtes de Noël, les élèves des écoles officielles ont, comme les trois années précédentes, palabré dans les rues de Suifu et déblatéré contre la religion chrétienne.
    Le 1er janvier.

    Ningyuanfu

    Le 14 novembre Monseigneur est parti pour faire une tournée de Confirmation dans le Té-Tchang. La veille, jour de sa fête, Sa Grandeur recevait les vœux des écoles et des différentes communautés de Ningyuanfu. L’affluence des chrétiens à la messe célébrée par notre évêque et le grand nombre des communions qui furent distribuées au cours de cette messe, prouvèrent à Sa Grandeur l’estime et l’affection que lui porte la population chrétienne du Kientchang.

    Après avoir administré à Té-Tchang le sacrement de Confirmation, Monseigneur est parti pour Kong-mou-in. Partout Sa Grandeur a rencontré le meilleur accueil, elle s’est montrée très satisfaite de l’instruction des nouveaux chrétiens, instruction que pousse activement le P. T’ong et son vicaire, le P. Tchéou.

    Le 2 décembre a eu lieu à Ningyuanfou la première réunion du Kouéminhoui. Plusieurs discours y furent prononcés ; tous étaient à la louange de la République qui, avec le “Sanmintchoui”, a su rendre la paix et le bonheur au pays. La veille, les dirigeants avaient gracieusement invité la Mission à assister à la réunion.

    Le 30 décembre, tandis que le P. Williatte reprenait la direction de Lanlong, arrivait à Yunnanfu le P. Audren, provicaire du Kientchang, curé de Houilitchéou. Avec lui repartiront les quatre Sœurs destinées à son district.
    Le 3 janvier.

    Kouiyang

    Sa Grandeur écrit de Touchan qu’elle est arrivée dans cette petite ville le 30 novembre. Sa visite pastorale dans le district de Touan-Po a donc duré un mois.

    Le P. Bacqué est de retour de la tournée qu’il était allé faire dans l’Ouest, tournée que nous avions annoncée dans le dernier numéro du Bulletin. En dépit de la pluie et de la neige qu’il eut à subir sur les hauteurs de Tatin, le Père est content de son voyage. Le P. Léon Yen, qui n’attendait que le retour du voyageur, est parti pour Kiensy prendre possession de son nouveau poste.

    Depuis longtemps, nous étions sans nouvelle aucune du P. Darris et, comme il se trouve en pleine zone des hostilités, ce silence prolongé n’était pas sans devenir inquiétant, quand nous est arrivée une lettre de lui. Voici en substance ce qu’il nous dit. Cela fera comprendre aux lecteurs du Bulletin quelles sont les conditions au milieu desquelles nos confrères de Chine doivent se livrer à l’apostolat. La province du Kweichow avait, dans le cours de ces dernières années, joui d’une paix profonde, alors que les provinces voisines étaient sans cesse le théâtre de luttes fratricides. Cette contrée semble devoir à son tour éprouver les horreurs de la guerre. Depuis un mois, dans le Nord-Est, on s’y bat contre Ly Siao Ien. Celui-ci, revenu avec des troupes nombreuses et bien armées, voudrait à tout prix s’emparer de la place du Gouverneur actuel, M. Tchéou Si Tchen, lequel, par sa fermeté, a su maintenir la paix dans la contrée. Mis au courant des intentions de Ly, notre Gouverneur, avait envoyé contre lui deux de ses lieutenants, les généraux Ouang et Heou. Ils furent battus l’un et l’autre à plusieurs reprises et bientôt l’ennemi, franchissant la frontière du Kweichow, arrivait à Songtao le 17 novembre ; deux jours après commençait le siège de Tongjen, citadelle où s’étaient retirées les troupes des généraux vaincus Ouang et Heou. Le Gouverneur, prenant alors en mains la direction des opérations, se porte au secours de ses lieutenants. Le 6 décembre, on apprend la délivrance de la ville assiégée, après un sanglant combat. Puis nouveau silence. Enfin, des nouvelles arrivent du champ des opérations militaires et les esprits se trouvent de nouveau quelque peu rassurés.

    Le triomphe de Ly Siao Ien serait un désastre pour la province du Kweichow. Il arrive en effet avec un grand nombre de bolchevistes, anciens élèves du “Houang-Pou”, qui apportent avec eux la haine des européens et de notre sainte religion ; il est en outre suivi par un comité politique “tchen-tche-pou” et par un comité de propagande “suen-tchouan-touy”. Les membres de ces comités, dès leur arrivés à Songtao, s’imposèrent de force à la résidence du missionnaire. Le P. Darris dut leur céder même sa propre chambre pour leur permettre d’y installer leurs bureaux. Cela ne dura que deux jours, mais notre confrère eut à subir de nombreuses avanies, jusqu’au cuisinier de la bande qui le traita d’“ impérialiste” !
    Le 15 décembre.

    Lanlong

    Chacun sait que le Kouy-Tchéou possède un Gouverneur modèle, Tchéou Si Tchen, un Gouverneur tel, que toutes les provinces de Chine en voudraient posséder un semblable. Tchéou Si Tchen nous a évité la conflagration chinoise ; il fait régner l’ordre chez nous ; il pense à notre bien-être, nous dotant de commodes voies de communication et de moyens rapides de transport. Il fit bien un rêve, il n’y a pas encore longtemps, un rave qui aurait pu mal tourner pour nous, si nos voisins de l’Ouest avaient eu mauvais caractère et aussi les mains libres. Or donc, Tchéou Si Tchen voulait mettre sous sa main, ne fusse que pour un an ou deux, la partie sud-est de la province du Yunnan. Mais il ne faut pas lui en vouloir : prius vivere, deinde philosophari. Et, par nos temps troublés, pour durer, il est nécessaire d’être fort et de savoir montrer les dents. Il voulait donc se mettre des dents, en l’espèce, des mitrailleuses. Il n’ambitionnait qu’un corridor d’accès à la mer ou, ce qui revient au même, à la ligne de chemin de fer. Ce point acquis, il eût pu commander les mitrailleuses, sans courir le risque de les voir prendre le chemin de l’arsenal de Yunnanfou. Et du reste, s’il a envoyé quelques régiments dans la province du Yunnan, comment lui faire un crime de se souvenir que ces bons voisins avaient auparavant, pendant cinq ans, occupé, pillé le Kouytchéou ?

    Quoiqu’il ait généralement bonne presse ici, auprès des gens d’ordre et de bon conseil, notre Gouverneur ne se leurre pas cependant jusqu’à penser n’avoir pas de détracteurs ou de compétiteurs. En effet, ainsi qu’il a lui-même supplanté les autres, il doit craindre de se voir supplanté à son tour. Ce sont là mœurs républicaines, ici comme ailleurs. De ceux qui convoitent sa prébende, le plus à craindre pour lui est un certain Ly Siao-Ien, lieutenant de l’ancien gouverneur et général Yen Tsou Min. Ce Ly est originaire de ce pays de Lanlong, de la préfecture de Tchenfong : il est à la tête, au Foulan, d’une armée kouytchéoutaise, armée qui lui sert de tremplin. Ses bataillons sont grossis de tous les ambitieux, de tous les mécontents de la province, individus tous plus ou moins compromis qui, unissant leurs efforts aux siens et leur chance à la sienne, mettent en lui tout leur espoir de pouvoir réintégrer leurs pénates, ou de parvenir aux places qu’ils convoitent. Entre lui et notre gouvernement, les hostilités se sont ouvertes dans les parages de T’ong jen ; pour seconder ses armes en faisant diversion par le moyen de ses parents et créatures, il cherche à créer des troubles par ici à Tchenfong. Et, qui peut savoir ? Le mouvement qui doit le porter sur le pavois, avec un peu de bonheur, pourrait peut-être partir d’ici. Tchéou Si Tchen, pour le prévenir, avait envoyé dans notre ville le colonel Yang Touan Tchang, sur le loyalisme duquel il sait pouvoir compter beaucoup plus que sur celui de notre chef de garnison, Ouang Hai Pin. La précaution n’était pas vaine. En effet, après avoir mis les autorités civiles sur leur garde, après avoir laissé ici, afin de les seconder, un détachement de soldats, sous les ordres d’un commandant du nom de Tchéou Yn Tchang, le colonel venait à peine de repartir, que le chef de la garnison se retournait contre lui et faisait tirer sur le détachement laissé par lui. La famille Ly avait attiré dans son parti le commandant Ouang Hai Pin, elle avait mis dans son jeu la plupart des notables de la ville et tous les chefs de la garde nationale. Le moment propice était arrivé, croyait-elle, de créer un mouvement qui, en s’étendant, pourrait gagner toute la province. Mais les conjurateurs avaient compté sans l’habileté de Yang Touan Tchang et sans la résistance des troupes qu’il avait laissées ici. Cette résistance lui permit d’arriver avant que les insurgés n’eussent réuni tous leurs moyens. Pendant trois jours, notre petite ville, d’ordinaire si paisible, présenta un peu l’aspect d’un champ de bataille. Les 9, 10, 11 décembre, les rues retentissent de coups de fusils. Affolée, la population s’enfuit dans toutes les directions, se terre dans tous les coins. A la fin, le bataillon fidèle, se voyant débordé par le nombre, voulut mettre le feu à la ville afin de rester maître de la position. Déjà le pétrole était trouvé, maintes planches, maintes cloisons se trouvaient imbibées du liquide incendiaire, quand un ordre de leur chef vint empêcher les soldats de mettre à exécution ce stratagème désespéré. En même temps qu’il donnait cet ordre, Tchéou Yn Tchang prenait le parti de battre en retraite dans la direction de Lanlong, par le chemin des montagnes ; cette voie lui permettrait de tenir ses adversaires à distance, dans le cas où ils se mettraient à sa poursuite. Mais, au cours de cette retraite, comme il se trouvait engagé au milieu d’un étroit défilé, il vint tout à coup se butter contre un fort contingent composé de gardes nationaux. Ces derniers remontaient en toute hâte la vallée du Tchétang, afin d’aller prendre part à la bataille qui faisait rage à Tchenfong. Dans le combat qui s’ensuivit entre soldats et gardes nationaux, Tchéou Yn Tchang trouva une mort glorieuse. Mais alors ses soldats, se voyant privés de leur chef, se trouvèrent désemparés, se débandèrent et prirent la fuite dans la direction de Hoang Tsao Pâ. Sur tout le parcours, les fuyards furent harcelés sans cesse par leurs adversaires, dont les gardes nationaux des régions voisines, convoqués en toute hâte, étaient venus grossir le nombre. Dans cette retraite désastreuse, les vaincus perdirent une quarantaine de fusils et un certain nombre de prisonniers. Quand ils furent parvenus dans la région de Pâli, se voyant dans un pays moins hostile, ils se ressaisirent enfin et tinrent tête à leurs adversaires, tandis qu’à leur secours le colonel Yang arrivait à marche forcée, accourant de Hoang-Tsao. A peine l’approche de ce dernier était-elle signalée, que les bandes de la garde nationale se dispersèrent, estimant leur chance perdue, et chacun ne songeant plus qu’à échapper aux sanctions.

    Sans perdre de temps, le colonel Yang Touan Tchang fonça sur Tchenfong. Il y arrivait le lendemain. Vainement d’autres contingents de la garde nationale avaient tenté de lui disputer le passage sur maintes positions, vainement Ouang Lai Pin avait envoyé contre lui plusieurs compagnies de soldats, il avait tout bousculé. La soudaineté de son arrivée surprit le chef des rebelles. Ce dernier, n’ayant rien organisé pour parer le coup, dut s’enfuir honteusement au bas pays, talonné tout le temps par les troupes victorieuses qui lui firent la conduite jusqu’à Petsen. Pour aller l’assaillir plus loin, Yang Touan Tchang attend des renforts qui lui arrivent de Gan Chouen.

    Dès que le chef de la garnison, Ouang Hai Pin, avait vu se retirer le commandant Tchéou Yn Tchang, il ne s’était pas contenté de le faire poursuivre, il avait encore voulu s’emparer du mandarin qui avait été l’âme de la résistance en faveur de Tchéou Si Tchen. De suite, il avait lancé des soldats sur le prétoire, mais le préfet leur avait échappé en s’évadant par une porte dérobée. Furieux de l’avoir manqué, ces bons militaires, comme c’est assez leur coutume, firent main basse sur le mobilier du mandarin ; tout fut emporté, ce qui ne put l’être fut brisé. Puis, fiers de cet exploit, les soldats se répandirent dans la ville, perquisitionnant dans chaque maison. A l’oratoire, il fallut les laisser entrer dans chaque appartement, sous peine d’encourir leur mauvaise humeur. Enfin ils coururent s’emparer du chef de police et, désormais, rien n’allait plus s’opposer à leurs desseins, jusqu’à l’arrivée de Yang Touan Tchang qui allait remettre tout en place.

    Ce premier attentat en faveur de Ly Siao Ien a donc avorté grâce à la promptitude de la répression. Mais on recommencera, car aucun des fauteurs de l’insurrection n’a été pris. Ils savent trop l’intérêt qu’ils ont à ne pas se laisser pincer ; puis, l’armée de ce même Ly Siao Yen, pour si éloignée qu’elle soit, ne leur est-elle pas un refuge ouvert et assuré ?

    D’autre part, une communication, venue de Lanlong, rapporte ce qui suit : “Un changement de gouvernement vient de s’opérer dans le pays. Le mouvement a commencé par la prise de Tchenfong, le 9 décembre Lanlong est tombé au pouvoir du nouveau gouvernement dans la nuit du 12 au 13, sans effusion de sang. Les membres de l’ancien gouvernement, s’étant réfugiés à l’église, y sont demeurés quelques jours, puis ils sont allés reprendre leurs anciennes fonctions, au service du nouveau gouvernement. Le respect témoigné à l’égard de la population par les nouveaux occupants à été, on peut dire exemplaire. (Le gouvernement, dont il est ici question, aurait été établi par un parti nouveau, celui des gardes nationales, parti qui, dit-on, gagne de jour en jour en s’efforçant de s’attirer la sympathie des populations.)

    Le P. Dunac est arrivé le 25 novembre à Houang Ts’ao Pâ, et le 4 décembre à Lanlong. Le Père jouit d’une excellente santé. Il a déjà attaqué l’étude de la langue chinoise.

    Le 24 décembre, à Yunnanfu arrivait le P. Williate, rentrant de France, après avoir essayé d’y refaire sa santé. Avec lui arrivaient quatre Sœurs F. M. M.. Ces dernières sont destinées à la fondation de Houili-Tchéou. Profitant d’une caravane, le P. Williatte partait le 30 pour Yleang.

    Au dernier moment, nous apprenons par un communiqué venu de Lanlong, que le gouvernement du trop fameux Ly Siao Ien vient d’être renversé après avoir, pendant seize jours, dominé dans la ville. Celui de qui nous recevons cette bonne nouvelle ajoute : “Merci à Ste Thérèse qui nous a visiblement protégés”.
    Le 1er janvier.

    Swatow

    Quatre élèves du Collège Général de Penang viennent de rentrer, leurs études terminées. L’un d’eux, M. Vong Barthélemy, a déjà été ordonné prêtre à Penang ; il va partir incessamment chez le P. Rivière, qui l’initiera aux travaux du ministère et à qui il apportera quelque aide dans l’administration de ses deux mille chrétiens, dispersés dans un district montagneux.
    Le 18 janvier.

    Pakhoi

    “... Famem lapidoso vidit in agro — Unguibus et raras vellentem dentibus herbas”.

    C’est la Renommée qui a vu ce beau spectacle et commence à le trompeter sur un air passablement lugubre. Nous voulons cependant espérer encore que le fléau dont souffrent les provinces chinoises du Nord nous épargnera. Mais d’autres que nous, d’autres qui ne semblent pas se préoccuper outre mesure des estomacs de leurs compatriotes, profitent du malaise créé par ces bruits, pour y mêler d’autres terreurs et des ferments de troubles. Depuis quelques semaines, un avis charitable (?) est largement répandu dans le crédule public de Shekshing. “Gardez-vous bien de toucher aux céréales, fruits et légumes du pays : on a eu l’imprudence de fumer les champs et vergers avec des engrais chimiques venus de l’étranger, et ces engrais étaient empoisonnés !” — Alors, quoi ? Il n’y aura plus qu’à mourir de faim, ou à tromper les réclamations du ventre populaire par quelque bonne petite révolution nouvelle, puisque là est le remède à tous les maux. C’est sans doute ce qu’escomptent les auteurs inconnus de ces rumeurs infâmes.

    Peut-être y a-t-il là une diversion savante, un mouvement tournant destiné à briser ou amoindrir la répression de la piraterie. Le fait est que messieurs nos pirates sont depuis peu en mauvaise posture. Blessés au vif dans leur amour-propre et dans leurs intérêts par les reproches un peu menaçants du Général Tchan Ming Chu, nos braves soldats se sont décidés à renoncer aux avantages de la défaite et foncent résolument, un peu sauvagement même, contre leurs adversaires et leurs receleurs plus ou moins bénévoles. Dans les régions de Yamchow et Lingshan plus de cent villages ont été déjà complètement détruits, les maisons pillées et incendiées, les troupeaux enlevés et vendus au bénéfice de la troupe, tous les habitants pris, si soupçonnés de brigandage, passés par les armes, etc.. Du coup, la pauvre population déclare qu’il n’y a plus de pirates. Ce serait un merveilleux succès, s’il n’aboutissait à dépeupler un peu plus le pays et à rendre impossible la culture des champs. Veut-on décidément contempler lapidoso in agro le blême visage de Dame Famine ?

    Contre-partie à ces noirs soucis : M. Hermann, retour de France, nous arrive avec une santé bien renouvelée. M. Richard, au cours d’une tournée intéressante, a la joie d’enregistrer plusieurs nouveaux catéchumènes et même des baptêmes d’adultes. M. Jégo est arrivé dans son beau district, où son Curé et ses paroissiens lui ont fait un accueil charmant, chantant, bruyant et pétaradant à souhait. Deux petits-séminaristes de Pakhoi sont en route pour le Collège Pontifical de Pinang, etc., etc.. Allons, notre Mission conserve encore quelques bons espoirs d’un avenir sortable. Que Dieu en soit béni !
    Le 11 janvier.

    Phatdiem

    Malgré le désir qu’il en avait exprimé, malgré les instances qu’il avait faites pour demeurer à son poste, le P. Gros, de notre Mission, vient d’être appelé à Paris ; il y sera en qualité de Procureur du groupe de nos Missions du Tonkin. Ce n’est pas sans regret que nous l’avons vu partir, et ce regret était certainement partagé par notre confrère, mais avant le bien particulier doit passer le bien commun.

    Nous avons eu la visite du R. P. Poncet, des Chanoines Réguliers de St Augustin. Envoyé en Indo-Chine par ses supérieurs, il a pour mission de chercher à établir l’enseignement secondaire libre dans ce pays-ci, enseignement que demande une imposante majorité de parents, pour l’éducation de leurs enfants.

    Trois nouvelles religieuses de N. D. des Missions viennent d’arriver. L’une d’elles est allée renforcer leur communauté de Lang Son, les deux autres sont restées à Phatdiem. Toutes trois se sont mises de suite à l’étude de la langue annamite.
    Le 19 janvier.

    Quinhon

    Le P. Demeure, retombé malade à An-khé, a été amené à l’hôpital de Quinhon, le 20 décembre, par le P. Provicaire, qui était monté en hâte le chercher en auto. Notre cher confrère, qui était à la veille de baptiser 37 catéchumènes, s’est éteint le 23. Il a été inhumé le lendemain, à Làng-sông, dans le cimetière de notre petit séminaire.

    Le P. Sanctuaire nous est revenu de France la veille du premier de l’an et a été nommé curé de Quinhon.

    On nous assure que les Frères des Ecoles chrétiennes ont résolu de transporter à Nhatrang leurs diverses maisons de formation. Ils s’y établiraient dans le courant de cette année même. Ce seront 300 nouveaux paroissiens pour le P. Vallet, qui travaille en ce moment à doter Nhatrang d’une église, comme il l’a fait déjà pour Tourane.

    La retraite des missionnaires aura lieu du 20 au 26 février et sera prêchée par S. G. Mgr Herrgott, Vicaire apostolique de la Mission de Phnompenh.
    Le 9 janvier.

    Hué

    Joies et tristesses, tel pourait être aujourd’hui plus que jamais le titre de notre chronique mensuelle. La première de nos joies a été l’heureuse nouvelle de la nomination du nouveau Délégué Apostolique de l’Indochine française, Mgr Dreyer, premier Vicaire Apostolique du Maroc français, le 27 juin 1923, et transféré le 11 mars 1927 au Vicariat Apostolique du Canal de Suez, de création récente. Les divers postes qu’il occupa soit avant soit après son élévation à l’épiscopat, à Amiens, au Canada, à Rome, à Paris, au Maroc, à Ismalaïa “indiquent assez, dit le Bulletin catholique indochinois, que le nouveau Délégué Apostolique est, en même temps qu’un grand voyageur, un véritable organisateur et un homme de toute première valeur”.

    A peine venions-nous de ressentir cette première joie, que le bon Dieu envoyait une rude épreuve à notre Vicaire Apostolique. Le 27 novembre, le jour même où nous apprenions la nomination de Mgr Dreyer comme Délégué Apostolique de l’Indochine, Mgr Allys était opéré de la cataracte à l’œil droit. L’opération semblait avoir réussi, lorsque, quelques heures après, une forte hémorragie se produisit, causant la perte de cet œil . Sa Grandeur a passé près d’un mois à l’Institut Ophtalmologique Albert Sarraut où, parfois au milieu d’atroces souffrances, Elle reçut des consolations précieuses : d’abord celle de pouvoir faire la sainte communion à peu près tous les matins, ensuite celle de savoir que ses missionnaires, prêtres indigènes, religieux, religieuses et chrétiens portaient un vif intérêt à sa santé et priaient pour Elle. La visite de plusieurs notabilités européennes et indigènes, entre autres celle de Monsieur le médecin général Gaide, Inspecteur des services médicaux et sanitaires de l’Indochine, de Son Excellence le Régent de l’Empire, mais surtout celle de son vieil ami, Mgr Marcou, Vicaire Apostolique de Phatdiem, firent à notre évêque le plus grand plaisir. Rentré à l’évêché la veille de Noël dans un état de faiblesse assez grande, il n’a pas tardé à reprendre des forces suffisantes pour pouvoir recommencer à célébrer la sainte messe le 30 décembre. Son œil gauche continue à se voiler, et, dans quelques mois, devra lui aussi être opéré. Cette opération se présenterait dans des conditions plus favorables que la première, il y a tout lieu d’espérer qu’elle sera couronnée d’un plein succès. Plaise à Dieu que cet espoir se réalise !

    Notre bon P. Laffitte, de plus en plus fatigué, a perdu, lui aussi un œil, mais sans avoir subi aucune opération. Cet accident paraît devoir être attribué à l’anémie profonde dont notre confrère est victime. Le Directeur de l’Institut Ophtalmologique fait tout son possible pour lui conserver l’autre œil .

    L’ordination du 22 décembre a été faite par Mgr Marcou. Elle comprenait trois prêtres, dont un du monastère de Notre-Dame de Phuόc Son, sept minorés de la Mission (exorcistes et acolytes), trois de Phuόc Son (portiers et lecteurs), huit tonsurés.

    Mgr le Vicaire Apostolique de Phatdiem a célébré pontificalement dans la cathédrale de Phủ-Cam le jour de Noël ; le lendemain, il reprenait le chemin de sa Mission en passant par le sanctuaire de Notre-Dame de La-Vang où il a dit la messe, Phuόc-Môn, la Trappe de Phuόc-Son et le petit séminaire d’An-Ninh.

    Notre nouveau Gouverneur Général, Monsieur Pierre Pasquier. un vieil indochinois, est arrivé à Hué le 4 janvier. La capitale des Nguyen, où il a été longtemps Résident Supérieur, lui a fait une réception aussi cordiale que triomphale. Le Gouverneur Général était accompagné de Monsieur Le Fol, qui a quitté la Résidence Supérieure du Cambodge pour celle de l’Annam. Après les réceptions et présentations d’usage qui se firent à l’hôtel de la Résidence Supérieure, une demi-heure après leur arrivée, le nouveau Gouverneur Général et le nouveau Résident Supérieur avec Monsieur Jabouille, Résident Supérieur intérimaire, allèrent de suite faire une visite à Mgr Allys, qui fut très touché de cette aimable et délicate attention.

    L’Indochine se réjouit d’avoir comme chef un homme qui a vraiment l’expérience des choses du pays et qui, de plus, est un charmant causeur, un orateur disert et un fin diplomate ; quant à nous, catholiques, nous sommes heureux de voir à la tête de la colonie un administrateur sympathique à notre cause, qui ne nous créera sûrement pas de difficultés.
    Le 6 janvier.

    Phnompenh

    Notre évêque vénéré, Mgr Bouchut, s’est éteint doucement le 17 décembre au soir, dans notre petit séminaire de Culao-gieng. Sa chère Mission du Cambodge, qu’il aimait tant, fait en sa personne une perte bien douloureuse. Monseigneur s’est en effet dévoué pour elle jusqu’au bout, spécialement pendant ses 26 ans d’épiscopat. Aussi à l’annonce de sa mort, l’affection et la reconnaissance, que tous lui devaient ici, se manifestèrent de partout par de nombreuses prières et par des messes nombreuses aussi qui furent dites aussitôt pour le repos de son âme.

    Sa Grandeur était fatiguée depuis plusieurs mois. A son retour de la clinique Angier, de Saigon, où son état fut jugé inguérissable, Monseigneur fut confié aux soins si éclairés et si dévoués des Sœurs de la Providence de Portieux, de Culao-gieng. Mais ces soins, nous le savions tous, ne pouvaient que retarder le dénouement qui nous met aujourd’hui en deuil. Surtout depuis les trois dernières semaines, Monseigneur s’affaiblit très sensiblement et, durant la retraite que les Pères français firent encore auprès de lui, au début de décembre, son état inspira beaucoup d’inquiétudes. Cependant Sa Grandeur vécut encore plus de dix jours, se nourrissant peu ou pas du tout, jouissant peu de sa connaissance. Dans la journée du 17, un mieux sensible vint nous redonner un peu d’espoir, mais faussement, car sur le soir, brusquement, Monseigneur devint plus faible qu’auparavant, les symptômes de la mort se manifestèrent. Mgr le Coadjuteur vint auprès de son auguste malade, et en sa présence, assisté du P. Chouffot, d’un autre Père, de trois Religieuses françaises, Sa Grandeur rendit sa belle âme à Dieu.

    En réponse aux nombreux télégrammes expédiés pour faire connaître cette douloureuse nouvelle, des condoléances nous arrivèrent de tous côtés en témoignage de la grande affection. que beaucoup avaient pour notre vénéré supérieur.

    A ses funérailles qui eurent lieu à Culao-gieng même, le 21 décembre, le Gouvernement français fut représenté par Monsieur l’Administrateur de la Province, accompagné lui-même du Docteur et du Directeur de l’enseignement. La messe fut célébrée pontificalement par Mgr Herrgott, en présence de Mgr Dumortier, Vicaire Apostolique de Saigon. La Mission de Saigon était encore représentée par le P. de Coopman, et la Procure, par le P. Louison, compatriote du défunt. Des cinq absoutes, deux furent données par ces deux derniers. Le corps fut alors conduit au cimetière par le P. Bernard, notre nouveau Provicaire.

    Pour rendre les derniers hommages à notre bon évêque, tous les Pères français et annamites qui avaient pu se déranger, s’étaient réunis nombreux autour de la dépouille mortelle. Les fidèles, surtout ceux de Culao-gieng, ne cessèrent de prier jusqu’aux funérailles, auprès du cercueil, qui avait été exposé dans notre chapelle.

    Que le Bon Dieu daigne exaucer nos humbles prières, et accorder au plus tôt à l’âme de notre saint évêque le repos et la béatitude du ciel !

    Requiescat in pace !


    Bangkok.

    Pour la première fois depuis leur arrivée au Siam, les Religieuses de St-Paul de Chartres ont eu la joie de voir, au Couvent St Joseph, une triple prise d’habit. La cérémonie a été présidée par Mgr Perros ; une assistance très nombreuse et très sympathique a suivi fort attentivement les rites imposants que nous souhaitons voir se renouveler fréquemment.

    La nomination de Mgr Dreyer comme Délégué Apostolique a été saluée avec une joie profonde au Siam. Si, en l’espace de cinq ans, le Souverain Pontife a, par trois fois, donné au Père Colomban Dreyer, de l’Ordre des Frères Mineurs, un poste tour à tour plus important, c’est que le Saint Père a reconnu en lui un Apôtre et un Organisateur. Des populations d’Orient dont elle a une expérience consommée. Sa Grandeur passe à celles d’Extrême-Orient ; ces dernières seront heureuses de se soumettre à sa paternelle direction et de trouver un chef en Son Excellence Monseigneur l’Archevêque d’Adulis.

    Toutes les Missions Protestantes du Siam, ont célébré les 6-7-8 décembre 1928, le centenaire de leur arrivée en ce pays. De grandes fêtes ont eu lieu en présence de Leurs Majestés le Roi et la Reine, des Princes, des Dignitaires du Royaume et des Représentants de tous les divers cultes. Il nous a semblé que les Missions Protestantes affirmaient ainsi hautement, voire même audacieusement, leur vitalité dans une contrée essentiellement bouddhiste. Il est vrai que l’activité protestante, en général, est surtout philanthropique et scolaire, que son action missionnaire passe au second plan, se résumant en de simples distributions de bibles. D’après “l’Historical Sketch” qu’ils viennent eux-mêmes de publier, le total de la communauté chrétienne protestante au Siam s’élève à 14.846 adeptes, ce qui n’est pas un chiffre très remarquable après un labeur centenaire.

    Le mardi 11 décembre 1928, sont arrivés, dans la station centrale salésienne de Bangnokkhuek, vingt nouveaux disciples de Don Bosco. Parmi ces vingt membres se trouvaient deux prêtres, les Pères Manuel Almazan, Espagnol, Docteur en Philosophie de l’Université de Barcelone, et Felice Bosso, Italien. Quelques jours plus tard, Monseigneur Perros, accompagné du Révérend Père Chorin, quittait Bangkok et rendait visite à cette importante portion de son troupeau. A la messe solennelle du dimanche, la nation française, l’espagnole, l’argentine et la siamoise étaient, fait unique au Siam, représentées par 16 prêtres. Quand, après la messe, eut lieu la réunion générale présidée par un Evêque, entouré de 15 prêtres, de 22 séminaristes et de 6 frères, tous d’Europe et d’Amérique, plus un prêtre d’Asie, on aurait pu se croire à une seconde Pentecôte, tant les langues parlées ou qu’on pouvait parler étaient nombreuses. Nous ajoutons, pour être complet, que cette vingtaine de langues fut en partie couverte par les voix de deux grosses cloches consacrées ce jour même par Monseigneur.

    Envoyé directement par Rome, le Très Révérend Père Joseph, Carme Belge, venu de Trivandrum, capitale du Travancore, est arrivé à Bangkok, le 22 décembre 1928, pour y faire la première visite du Carmel. Il nous a quittés la veille du Nouvel An, pour Phnompenh, où il doit remplir, ainsi que dans tous les Carmels d’Indochine, les mêmes importantes fonctions de Visiteur.
    Le 5 janvier.

    Malacca

    L’année 1928 s’est terminée par un deuil pour les missionnaires de Malacca.

    Le Père Louis Duvelle qui avait quitté Singapore le 15 novembre, dut s’arrêter à Port-Said et entrer à l’hôpital le 2 décembre, n’en pouvant plus. Il souffrait d’une occlusion intestinale, et le docteur en chef de l’hôpital l’opéra d’urgence. Cette opération l’avait beaucoup soulagé, néanmoins, le docteur, vu le mauvais état de santé du Père, ne donnait pas grand espoir. Nous espérions cependant qu’il pourrait reprendre assez de forces, pour continuer son voyage jusqu’à Marseille. Hélas ! un télégramme arrivé dans la soirée du 31 décembre nous apprenait sa mort. Notre consolation est de penser qu’il a reçu tous les soins possibles des Sœurs de l’hôpital et des bons Pères Franciscains de Port-Said.

    Depuis quelque temps, la messe est dite chaque année, à Malacca, dans la vieille église où St François Xavier a prêché et dans laquelle son corps a été exposé en attendant d’être transporté à Goa. l’église n’a plus de toiture et pourtant, cette année encore, l’assistance était nombreuse, plus de 300 personnes communièrent à la messe du 3 décembre.

    Le 2 décembre, le P. Perrissoud terminait à Stiawan une chapelle, qu’en dévot Savoyard, il a dédiée à St François de Sales. Il a travaillé pour son successeur, le P. Olçomendy, qui hérite d’une belle chapelle pour l’administration des chrétiens indiens travaillant dans les plantations des environs.

    Notre Gouverneur est rentré de congé le 30 décembre. Le premier janvier, Son Excellence et Lady Clifford assistaient à la grand’messe et y communiaient.
    Le 3 janvier.

    Laos

    Grâce aux chemins de fer, aux bateaux à vapeur, aux motor-cars, les communications, au Laos, deviennent de plus en plus faciles ; le résultat c’est que plusieurs confrères semblent avoir été atteints de la “bougeotte” dans le cours du mois dernier.

    Invité par notre Provicaire, le P. Figuet va prêcher la retraite aux Sœurs indigènes ; étant donné sa connaissance de la langue laotienne en même temps que sa facilité d’élocution, notre cher confrère se trouvait naturellement tout désigné pour une fonction aussi délicate. Du Cambodge, les PP. Pilgean et Durand viennent passer leurs vacances chez nous.

    Deux religieuses de St Paul de Chartres, Mère Ursule, de Nong-Seng, et Mère Agnès, de Oubone, se rendent à Saigon pour y prendre part à la réunion générale de la Communauté. Les voyageuses font le trajet en trois jours, alors qu’autre fois, il leur en fallait dix de plus.

    L’administrateur des mines d’étain du Common, M. de Vienne, vient visiter ses chantiers, les trouve très prospères, il se montre enchanté, et, comme il y a beaucoup de catholiques occupés à travailler dans sa mine, on pense qu’il y fera construire une chapelle. C’est sans doute pour encourager M. de Vienne dans ces bonnes dispositions, peut-être aussi pour lui expliquer les besoins de sa Mission, que Mgr Gouin, accompagné du P. Paulin, est allé aux mines passer les fêtes de Noël.

    Le P. Boher, supérieur de l’école des catéchistes du Sacré-Cœur, vient de cueillir de nouveaux lauriers ; ayant présenté six élèves à l’examen, il les a vus reçus tous, et parmi eux cinq tenaient les premières places.
    Le 5 janvier.

    Pondichéry

    La belle fête de l’Immaculée Conception, fête titulaire de la cathédrale de Pondichéry, a été célébrée cette année avec une solennité toute spéciale. Pendant les quelques jours qui précédèrent l’ouverture de la neuvaine préparatoire à la fête, des équipes d’ouvriers furent occupés à l’ornementation du vaste édifice, les uns suspendant des rangées de lustres aux verres étincelants et multicolores, les autres décorant le maître-autel d’une manière artistique autant que grandiose.

    La neuvaine s’ouvrit le soir du 29 novembre. Poussés par leur dévotion envers Notre-Dame, excités par les exhortations de leur zélé pasteur, attirés par la splendeur de l’immense basilique, les fidèles chrétiens de Pondichéry, soir et matin, se pressèrent en foule aux pieds de la Vierge Immaculée.

    Le 8, jour même de la fête, fut pour Marie une véritable journée triomphale. Dès le mati, de 5 à 7 heures, célébrations de messes nombreuses et distribution ininterrompue de la sainte communion. A 7 h., messe pontificale célébrée par Mgr l’Archevêque de Pondichéry ; le soir, chant des Vêpres solennelles, cérémonie que voulut présider également Sa Grandeur. Cette journée se termina par une procession triomphale organisée sur l’esplanade qui s’étend devant l’église. Au milieu d’une illumination vraiment féerique, suivie de l’Archevêque et de tout son clergé, entourée de milliers de fidèles, la statue de la Vierge Immaculée, telle autrefois l’Arche d’Alliance guidant les Hébreux, se trouvait portée au milieu de son peuple fidèle. Puisse Notre-Dame guider, jusqu’à la véritable Terre-Promise, les chrétiens de Pondichéry ainsi que leurs pasteurs.
    Le 15 décembre.

    Mysore

    Les catholiques de Bangalore et de Mysore se sont dernièrement réunis pour féliciter l’un de nos chrétiens éminents, M. Thumboochetty, de la haute distinction qu’il vient de recevoir. Son Altesse le Maharadjah de Mysore l’a en effet élevé depuis peu au rang recherché d’“Ornement de la Cour du Roi”. M. Thumboochetty, dont le père fut autrefois Premier Ministre, remplit au palais les fonctions de “Huzur Secretary”. Nous dirions Intendant des biens privés. Tous connaissent son intégrité, tous savent aussi combien profondes sont ses convictions religieuses. La communauté catholique considère comme un grand honneur de compter parmi ses membres, ce nouveau dignitaire de la Cour. Nos confrères se rappelleront, à cette occasion, que le P. Tabard avait, lui aussi, reçu ce même titre, ainsi que le magnifique collier qui en est l’insigne.

    Nous avons eu pendant quelques jours le P. Robert au milieu de nous. Hélas ! son dernier mot fut pour nous dire qu’il était devenu jaloux, et, qui plus est, jaloux du P. Monnier. L’auriez-vous cru ? Tout cela parce que Mgr Despatures a cru pouvoir se permettre une indiscrétion. Au cours du repas qui nous a réunis, nombreux, à la Procure, Monseigneur a voulu exprimer au P. Visiteur les remerciements de tous, et, comme il convenait, s’est tourné vers le “mentor”, le cher P. Monnier, pour le remercier, lui aussi, de toute la peine qu’il avait bien voulu se donner. Là est venue l’indiscrétion fatale : “Le bruit court que le P. Monnier, au retour de ses voyages, recevra sa nomination d’Evêque du Mont Everest”. Voilà de quoi le P. Robert est jaloux. Pour nous qui sommes sans doute au-dessus des passions humaines, nous ne pouvons que nous réjouir et nous saluons Mgr des Himalayas de notre meilleur Ad multos annos,…..Se non è vero, è bene trovato !

    Se rendant à l’hôpital Ste Marthe, le P. Robert a pu y revoir le pauvre P. Ruault et a même eu avec lui un assez long entretien. Depuis six longs mois, c’était pitié de voir le Père amaigri au delà de toute limite imaginable. Par instant il perdait sa lucidité et se rendait moins compte de son état. Le plus souvent, cependant, il avait pleinement conscience et s’étonnait de résister encore. Dans les derniers temps, il était difficile de voir si les visites lui plaisaient, car il détournait tout de suite la tête et ne parlait que d’une voix imperceptible. Bien des fois il renouvela à Dieu le sacrifice de sa vie pour les Missions, en particulier pour la Chine. Dieu l’a maintenant rappelé à lui, et son corps repose dans notre cimetière de Bangalore. R. I. P..
    Le 26 décembre

    Coïmbatore

    Le 29 novembre dernier, le Couvent de l’Immaculée-Conception de Coïmbatore fêtait ses noces d’or. Beaucoup de chrétiens de la ville, qui ont l’habitude de regarder le couvent un peu comme une maison maternelle, prenaient part aux prières et aux divertissements de cette fête de famille.

    Le 29 novembre 1878, la Congrégation des Franciscaines Missionnaires de Marie, qui venait de se former à Ootacamund, sous la ferme direction de Rev. Mère Marie de la Passion, et sous le bienveillant patronage de Mgr Bardou, envoyait à Coïmbatore, sur la demande de celui-ci, une petite colonie composée de Mère Marie de St Jean, de Mère Marie de St Damien et d’une novice. Marie de Ste Anne. Ces religieuses s’installèrent sur le terrain même de la Mission, dans d’humbles appartements mis à leur disposition par le Vicaire Apostolique. Telle fut l’humble origine du Couvent de l’Immaculée-Conception.

    Le but de cette fondation était tout d’abord d’ouvrir un orphelinat et une école pour les filles eurasiennes : il externes et 9 pensionnaires furent reçues le premier jour, mais, le nombre ayant rapidement augmenté, il devint bientôt nécessaire d’agrandir les bâtiments ; le gouvernement donna les deux tiers de la somme requise, la Mission donna le reste.

    En 50 ans les œuvres se sont développées et multipliées : Hôpital, dispensaire, refuge, crèche, orphelinat et école de filles indiennes, ateliers de tissage et de broderie ont surgi successivement sous ce toit resté pauvre. Le dispensaire et l’hôpital, fondés par Mgr Bardou en 1886, attirent chaque jour de nombreux malades ; payens et chrétiens y trouvent, avec le soulagement du corps, les paroles de vie qui orientent leur âme vers le ciel. Nombreuses sont les âmes qui ont trouvé là le salut. Nombreuses aussi sont les religieuses qui ont passé là en faisant le bien ; sur ces vies sacrifiées au service de Dieu et des âmes, les œuvres germent, grandissent et demeurent. Le Couvent de l’Immaculée-Conception en est un exemple. Proficiat et floreat.

    Du 14 au 20 Décembre eut lieu la retraite des Prêtres Indigènes. Tous apprécièrent les instructions si substantielles du R. P. Klein S. J.. de Trichinopoly. A la clôture de la retraite, Mgr Roy ordonna deux nouveaux prêtres, les PP. Sawminadhan et Adaicalam ; ce qui fait maintenant 28 prêtres indigènes dans le diocèse de Coïmbatore.


    Kumbakônam

    Le 2 novembre, après un long séjour en France pour raison de famille, le P. Rabardelle revient plein d’entrain reprendre sa place au milieu des confrères de sa Mission. Le 9, il allait occuper le poste de Tranquebar que devait quitter momentanément le P. Bertail pour l’hôpital Ste Marthe, à Bangalore.

    Du 2 au 16 novembre, les Sœurs-Catéchistes européennes et leurs auxiliaires indigènes faisaient leur retraite annuelle sous la direction du P. Bailleau. Hélas ! c’était le chant du cygne, car quelques jours après, le P. Bailleau devait nous quitter. Il allait s’embarquer le 28, à Pondichéry, là où il avait débarqué au mois d’août 1900. Nommé à la maison de Nazareth, à Hongkong, il allait se rendre à son nouveau poste de Directeur. C’est une véritable perte que subit la Mission de Kumbakônam du fait de ce départ. Le “Partant” n’y laisse que des regrets, aussi est-ce avec une véritable émotion que certains confrères lui ont fait leurs adieux le samedi matin, 24 novembre.

    Le 15 novembre, le P. Robert, accompagné du P. Monnier, commençait sa visite dans le diocèse de Kumbakônam. Venant d’Yercaud, il traversa la Mission du Nord-Ouest au Sud-Est, s’arrêtant successivement à Kalkavéry et à Namakal, pour y voir les Pères du district de Salem, à Péryavarsili pour y recevoir ceux du district de Trichinopoly ; enfin, par Mikelpatty et Ayampettay, il arrivait à Kumbakônam dans la matinée du 22. Il y visita successivement les couvents européens et indigènes, l’école industrielle, le collège du gouvernement, et reçut chacun des confrères en particulier. Le 23 au soir, il présidait les obsèques de Sœur Philomène du Christ, cathéchiste-missionnaire, rappelée à Dieu le 22, dans la nuit. Venue de Nagpore, à la fondation de la Mission, cette religieuse, cherchant toujours à s’effacer, missionnaire ambulante infatigable, tamouliste distinguée, n’a laissé que des regrets, même parmi les payens. C’est une grande perte pour la communauté, où elle remplissait les fonctions de maîtresse des novices depuis quelques années. C’est après sa retraite qu’elle fut atteinte du mal qui devait l’emporter si rapidement. “Je ne veux rien et je veux tout”, disait-elle à la fin de cette même retraite ; espérons que maintenant elle possède le “Tout”. Quinze prêtres la conduisirent à sa dernière demeure et, le samedi 24, plusieurs encore assistaient, à la Messe de Requiem que célébra pour le repos de son âme le P. Mercier, aumônier du couvent. Elle avait 53 ans, dont 31 de profession.

    Le dimanche 25, le P. Robert bénissait le petit séminaire de Kumbakônam, établissement dont les constructions se trouvent à peine achevées. Pour ces mêmes constructions, les ressources nécessaires avaient été obtenues de Rome par le P. Sovignet, Vicaire-Général ; les plans en furent tracés par le P. R. Michotte, lequel se chargea également de la direction des travaux. A la grand-messe qui précéda la bénédiction, le P. Xavier, Vicaire-Général indigène, au cours d’une allocution de circonstance, après avoir remercié ceux qui avaient contribué à l’édification de ce qui était le premier séminaire de Kumbakônam, s’adressant aux fidèles, les exhorta à vouloir bien contribuer à l’avenir à l’entretien de cet établissement, puis engagea fortement les parents à ne pas être eux-mêmes un obstacle à la vocation de leurs enfants, si Dieu, dans leurs propres familles, voulait en appeler à son service.

    Le 26, le P. Robert chantait une messe de Requiem pour le repos de l’âme de Mme de Laubespin, grande bienfaitrice de la Société des Missions-Étrangères et de la Mission de Kumbakônam en particulier. Enfin le lendemain, 27, le P. Robert nous quittait pour se rendre dans la Mission de Pondichéry en passant par Tranquebar, Karikal et Cuddalore.

    L’humble district de Moulankoudi se trouvait en fête le dimanche 2 décembre. Le P. Sovignet, accompagné de notre procureur, le P. Laplace, s’était rendu à l’invitation du curé de l’endroit pour y procéder à la bénédiction d’une cloche. Cette cloche, le cher P. Félix l’avait achetée, aidé en cela par ses pauvres chrétiens dont la plupart sont des pariats. Le P. Félix, prêtre indigène, mieux connu des gens sous le nom de “Pâkkianadar”, est âgé de 62 ans, plein
    d’entrain, toujours alerte malgré la maladie de la pierre dont il souffre, fait sans cesse des plans pour bâtir quelque chose : ici c’est une église, là c’est un presbytère, ailleurs ce sont les fondations d’une église qu’un changement prématuré ne lui permet pas d’achever. Bref, le P. Pâkkiam est un grand bâtisseur devant l’Eternel.

    Le dimanche, 9 décembre, est arrivé de Kandy un nouveau prêtre indigène. C’est le P. Sinnappen (Paul). Originaire du district d’Ayyampettay, il fut envoyé au séminaire par le P. Playoust, curé de cet endroit. Il a été ordonné prêtre dans la magnifique chapelle du Séminaire-Papal à Kandy, le 30 septembre. En même temps que lui, était ordonné dans la même chapelle un autre prêtre, du nom de Sinnasamy (Paul), appartenant aussi à la Mission de Kumbakônam ; ce dernier ne viendra qu’en avril prochain. Docteur en philosophie, il prépare sa thèse de doctorat en théologie.

    De Penang, un séminariste, Arokiam (Roche), revenu au pays pour y refaire sa santé, vient de se réembarquer. Il retourne au séminaire de Penang pour y terminer ses études.

    Doreysamy, séminariste de Kandy, docteur en théologie, arrive à Kumbakônam pour y respirer un peu l’air du pays natal et refaire ainsi forces épuisées.

    Enfin, à Pondichéry, le 20 décembre, trois séminaristes de Kumbakônam prendront part à l’ordination : Assirvadam recevra la prêtrise, Gnâninaden le sous-diaconat, Arokiasamy les ordres-mineurs. Remercions Dieu de ces vocations et prions-le d’en susciter de nouvelles. Multa quidem messis, operarii autem pauci.
    Le 10 décembre.

    Séminaire de Paris

    Sa Grandeur Mgr le Supérieur est rentré de St Pol de Léon le 17 novembre au soir, accompagné par le P. Montagu.

    Le 19 Mgr le Supérieur et le P. Durand assistaient, au “Comité national d’Etudes”, à une conférence sur la mentalité actuelle des indigènes, dans les pays de colonies. Mgr le Supérieur a parlé quelques minutes ainsi que M. Varenne, M. Angoulvant, etc..

    Sur un désir exprimé par la Propagande, Mgr le Supérieur s’est rendu à Genève pour passer les journées des 22, 23 et 24 novembre. Il devait prendre part aux séances de l’U. I. S. E. (Union internationale de secours aux enfants). Cette association, qui a fait tant de bien, surtout en Russie pendant la famine, désire étendre son activité dans les pays de Missions. Ce voyage a permis à Mgr le Supérieur d’aller visiter le pensionnat des PP. de St François de Sales, grands amis des M.-E.. Il a eu aussi un rendez-vous avec M. Avenel, sous-secrétaire général de la S. D. N., qui doit se rendre en Chine pour une importante mission. Le Cercle catholique de Genève a tenu à offrir à Monseigneur une réception, que Mgr Besson évêque de Lausanne et Genève a eu la bonté de présider.

    Le 30 novembre, fête de St André, a eu lieu à la chapelle des Lazaristes, rue de Sèvres, le sacre de Mgr Sévat, nommé coadjuteur de Mgr Croujet, Vic. Apost. de Fort-Dauphin. Le consécrateur du nouvel et très sympathique évêque était S. E. le Cardinal Dubois. Mgr le Supérieur et Mgr Le Hunsec, supérieur des PP. du St Esprit, faisaient fonctions d’évêques assistants.

    Le P. Bouchet est rentré d’une longue et fructueuse tournée dans le Midi pour visiter les annamites-soldats. L’épisode le plus touchant de cette visite a été la messe célébrée à Carcassonne par Mgr Coste, évêque coadjuteur. Sa Grandeur tint à la célébrer elle-même et donna la communion à 78 soldats indochinois, dont la tenue a donné la plus grande édification.

    Mgr Demange, retour de Vichy, a passé une semaine au séminaire. Sa Grandeur a ressenti de sa cure un bien considérable. Nous espérons que la guérison complète ne se fera pas attendre.

    Le P. Walsh, fondateur et supérieur de Maryknoll, est passé par Paris se rendant à Rome pour y faire approuver les Constitutions de la “Catholic Foreign Mission Society of America”. Il a été l’hôte du Séminaire pendant 48 heures. Sa Société compte dès maintenant 116 prêtres, dont environ 70 en mission.

    Le 3 décembre, Mgr Boucher, Président de l’Œuvre de la Prop. de la Foi, déjeunait au Séminaire. C’est un dernier souvenir de la solennité qui, avant le transfert de l’Œuvre à Rome, réunissait à la table des M.-E. les membres du Conseil parisien de la Prop. de la Foi.

    Le 4 décembre avait lieu à Issy une grande fête sulpicienne en l’honneur des Martyrs de la Cie de St Sulpice, victimes de la révolution. La messe pontificale a été célébrée très solennellement par S. E. le Cardinal. M. le Chanoine Gerlier a fait un admirable panégyrique. Etaient présents NN. SS. Beaudrillart, Chaptal, Crépin, Roland-Gosselin et de Guébriant.

    Le 6 décembre a eu lieu au Cercle du Luxembourg la séance annuelle de “l’Unio Cleri pro Missionibus”. Elle était présidée par S. E. le Cardinal, qui a fait une allocution chaleureuse à la suite des rapports présentés respectivement par Mgr Boucher et Mgr Olichon. Ce dernier est désormais remplacé par M. l’Abbé Constantin, curé de St Sulpice, dans sa fonction de Président du comité diocésain de l’Unio cleri.

    Le 8 décembre, fête de l’Immaculée-Conception, la communauté de Paris s’est rendue selon la coutume au séminaire de Bièvres ; M. Boulanger chantait la messe, Les jeunes aspirants regrettaient l’absence de Mgr le Supérieur, car, une messe pontificale étant cérémonie assez rare dans leur chapelle, ils avaient espéré en jouir ce jour-là. Malgré les craintes causées par le temps maussade de la veille et du matin même, le soleil fut de la fête et favorisa la promenade des parisiens.

    A l’occasion d’une journée missionnaire à Grenoble, Mgr le Supérieur, accompagné de Mgr Olichon, s’est rendu le 7 décembre d’abord à Vienne, où Mgr le Supérieur de l’école St Maurice l’avait prié de passer une matinée pour parler à ses élèves. La journée du dimanche 9, à Grenoble, a été remarquable par la grande générosité des fidèles de la ville. Les PP. Nassoy et Dépierre ont prêché pour l’œuvre et donné des séances de projection, chacun dans une des principales paroisses. En rentrant à Paris, Mgr le Supérieur a pu passer quelques heures à Lyon, où les directeurs de la section lyonnaise de la Prop. de la Foi s’étaient réunis pour régler avec Mgr Olichon quelques-unes des questions pendantes.

    Le 13 décembre, le Séminaire a eu l’honneur d’avoir à sa table Mgr Robu et Mgr Mayet. Le premier, évêque de Jassy en Roumanie, le deuxième, Préfet Apost. de Langson (dominicain). Mgr Robu avait fait l’année dernière en Pologne la connaissance de Mgr le Supérieur.

    Ont été reçus comme aspirants, Nos 45 et 46, MM. Boudin (Autum) et Ruffié (Pamiers).



    1929/100-128
    100-128
    Anonyme
    France et Asie
    1929
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