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Chronique des Missions et des Etablissements communs 3

Chronique des Missions et des Etablissements communs. Tôkyô 3 février.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs.
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    Tôkyô

    3 février.

    A cause de labondance des matières, nous navons pu, dans la dernière chronique, donner les détails voulus sur linauguration de deux nouvelles églises, qui avait eu lieu à la fin de décembre 1931. Et donc, le dimanche 20 décembre, Monseigneur lArchevêque bénissait à Odawara, au pied des montagnes de Hakone, et à lentrée de la presquîle dIzu, surnommée la Riviera du Japon, léglise, lécole maternelle et le presbytère que le Père Mathon, à peine arrivé de la mission du Nord (Hakodate), sétait préoccupé de construire, pour donner au poste une installation définitive. Le nouveau titulaire, qui nest pas dailleurs à son premier essai, a su joindre dans les nouvelles constructions, le bon goût esthétique et les réalisations pratiques. Après la bénédiction solennelle de léglise, Monseigneur a dit la messe, dont la solennité a été rehaussée par les chants des petits séminaristes de Sekiguchi dirigés par le Père Larrieu. Après la photographie dusage, un banquet de 50 couverts réunissait autour de Monseigneur et du Père Mathon quelques confrères qui avaient pu ce dimanche-là se joindre à la cérémonie, soit du Séminaire, soit du voisinage, des fonctionnaires de la ville, le conseiller municipal du quartier, ainsi que les principaux membres de la chrétienté. Lorsquest arrivé le moment des toasts, le Père Mathon a spécialement remercié les invités et les chrétiens de leur sympathie et de leur dévoué concours.

    Le même jour, 20 décembre, Mgr Mooney, Délégué Apostolique, présidait de son côté à linauguration de léglise de Koenji, dans la banlieue de Tôkyô. Le Père Mayet, dont la chrétienté sest développée si rapidement que léglise provisoire, construite il y a peu dannées, était devenue notoirement insuffisante à contenir lassistance aux offices du dimanche, sest hâté dentreprendre, au moins en partie, la réalisation de son rêve dune belle église à élever en lhonneur du patron de la paroisse, le Saint Curé dArs. Une crypte spacieuse, en ciment armé, suffisamment dégagée, grâce à la pente du terrain, et bien éclairée, a donc été construite pendant que les matériaux étaient encore à bon marché, ce qui a permis deffectuer une économie de 5.000 yen sur le coût total qui sest élevé à près de 19.000. Après la bénédiction solennelle de la crypte, Mgr Mooney a célébré la messe, tandis que la chorale de la paroisse dirigée par le Fr. Schwack, S. J., exécutait des chants divers. Les chrétiens se sont réunis ensuite dans lancienne église provisoire qui sert désormais de parloir aux chrétiens et de salle duvres, pour présenter par lorgane dun professeur de lEtoile-du-Matin, M. Ono, leurs compliments à S. E. le Délégué Apostolique, dont la réponse en anglais a été traduite par M. Imai, ancien diplomate. Ont suivi la traditionnelle photographie, les non moins traditionnelles agapes, et dans laprès-midi une séance de cinéma et un petit bazar. A Noël, on a marqué linauguration de la salle duvres par des saynètes artistiques, le tirage des lots de lArbre de Noël, et une séance de cinéma.

    Le 4 janvier 1932, dans la chapelle de lInstitut des Dames de St-Maur à Tôkyô, a eu lieu, sous la présidence de Monseigneur lArchevêque, la profession de cinq religieuses, dont trois ont prononcé leurs vux perpétuels.

    Le 17 janvier, Mgr lArchevêque a béni, à lentrée du Grand-Séminaire, la statue de St François-Xavier, don de Mgr Gieure, évêque de Bayonne.

    Le 2 février, la Congrégation diocésaine des Surs Japonaises de la Visitation était heureuse doffrir à Dieu les premiers vux perpétuels de ses religieuses. La Supérieure, Sur Angela, la maîtresse des novices, et deux autres surs qui ont joint la Congrégation à ses débuts, ont prononcé leurs engagements définitifs, en présence de Mgr lArchevêque, qui a présidé la cérémonie ainsi que la prise dhabit qui avait lieu également ce jour-là.


    Fukuoka

    30 janvier.

    Il est difficile, paraît-il, de peigner un diable qui na pas de cheveux ! Notre première retraite et conférence trimestrielle de lannée sest évertuée à nous démontrer que cétait possible. Oportet primum vivere, deinde philosophare ! Comme il sagissait de parler du vivere, inutile de dire que tous les missionnaires étaient là, à lexception de notre cher doyen, le P. Garnier que lâge et la distance obligent trop souvent à philosophare dans son île.

    Malgré la crise économique qui nous presse de toutes parts, malgré la pauvreté de la Princesse, notre jeune diocèse veut vivre. Par de doctes suggestions, les PP. Brenguier, Fressenon, Bonnet nous ont indiqué les moyens de trouver sur place les quelques ressources susceptibles dassurer, dans un avenir plus ou moins lointain, lindépendance financière de chaque poste.

    La conférence fut longue le sujet en valait la peine et se termina par quelques directives claires et pratiques concernant : casuel, quêtes du dimanche, offrandes des fidèles, etc..

    Le dimanche 17 janvier, entre 3 et 5 heures après-midi, se déroula dans les rues de Kumamoto une procession funéraire très remarquée et dont le sens dut être compris par beaucoup de païens de bonne volonté.

    Il sagissait des funérailles de Sur Laurentia, religieuse japonaise, appartenant à la Congrégation du Saint Enfant Jésus, et décédée la veille, après un labeur de vingt-cinq années à Kumamoto même. Le Père Martin, nouveau curé de Kumamoto, conduisait le deuil, accompagné du Père Frédéric Bois, Vicaire Général, du Père Lemarié, Vic. Général honoraire et de trois autres confrères. Plusieurs délégations dautres communautés et une belle assistance de chrétiens (auxquels se mêlaient des païens sympathisants) suivaient le cercueil.

    Voici, en abrégé, les états de service de la chère défunte : Née à Arima, près de Kobe, en 1883, de parents païens, elle reçut chez les religieuses de Kobe une éducation chrétienne. Sa piété simple et ardente se manifesta par un goût spécial pour la prière devant le Saint-Sacrement. A 20 ans, elle quitta ceux quelle aimait pour se rendre au noviciat de Nagazaki où elle fut admise le 29 août 1903.

    Revêtue du saint habit, elle revint à Kobe, y fut employée quelque temps à des travaux manuels, puis envoyée à Kumamoto où elle devait rester jusquà sa mort, soccupant des malades, de la sacristie et de certains travaux de broderie.

    Son âme, épurée par lépreuve dune dure maladie pendant deux ans, fut appelée à la récompense un samedi, jour consacré à la Très-Sainte Vierge en qui elle avait une confiance toute filiale.

    Dans la jolie église de Kumamoto, devant une assistance de choix, le Père Martin sut, en quelques mots, dégager lenseignement que renfermaient cette sainte vie et cette pieuse mort.


    Osaka

    6 février.

    Les Surs de Nevers, venues au Japon en mai 1921, sétaient établies provisoirement dans une maison de la Mission à Osaka, Tamatsukuri. A leur grande joie, ce provisoire a pris fin. Le magnifique établissement quelles faisaient construire à Kori, grosse agglomération de villas, située à un quart dheure de tramway de la grande ville dOsaka, est à peu près terminé. Il sélève sur une petite colline boisée, où ne manque ni lespace, ni la lumière, ni le bon air. Les Surs y ont transporté leur lycée depuis le 2 février.

    Comme Kori est un endroit davenir, qui se développe beaucoup actuellement, la Mission Catholique a jugé le moment favorable pour sy installer définitivement, et cela à proximité de lécole des Surs de Nevers, ce qui facilitera le service religieux de leur nouvel établissement. Pour cela, un terrain y a été acheté, et sur ce terrain ont été bâtis, une chapelle, un presbytère et les autres bâtisses nécessaires pour la Mission Catholique. Le Père Marmonier désigné pour prendre la charge de ce nouveau poste et laumônerie des Surs, sy est installé en décembre dernier.

    La Mission comprend aussi une école maternelle ouverte au commencement de janvier. Au Japon, cest la plus mauvaise saison pour linauguration de ce genre décoles. Dabord, cest en plein hiver, et les familles soucieuses de la santé de leurs petits enfants naiment guère les laisser sortir. Ensuite, pour ces écoles comme pour toutes les autres dailleurs, régulièrement, lannée scolaire doit commencer toujours en avril. Au commencement de janvier donc, le Père Marmonier nattendait au plus quune douzaine denfants. Or il a eu lagréable surprise den voir plus dune trentaine se présenter.

    Le Père Marmonier, qui sétait dépensé pendant plus de dix ans dans le poste de Maizuru, a été remplacé par le Père Duchesne, heureux de commencer la vie de district.

    Le Père Vagner qui relève dune grave maladie est parti poursuivre sa convalescence au Grand Séminaire de Tôkyô, où S. Exc. Mgr lArchevêque et ces Messieurs du Séminaire lui ont gracieusement offert lhospitalité. Nous espérons que la tranquillité, les bons soins et le changement dair hâteront la guérison de notre cher malade (1).

    Le Père Corgier a été nommé à Kobe pour aider le Père Fage, Procureur et Vicaire Général. Les missionnaires voyageurs de passage à Kobe se font de plus en plus nombreux et le Père Fage, avec la Procure et la paroisse étrangère était vraiment surchargé de travail.

    Le jeune Père Mercier est nommé vicaire à la cathédrale, où il sera dun précieux secours au Père Birraux.


    Séoul

    3 février.

    Une circulaire de Mgr Larribeau annonce au Clergé de ce Vicariat que les Ordinaires des cinq missions de la Corée se réuniront à Séoul le 15 février, ad perficiendum opus inceptum au Concile régional tenu en septembre dernier, et recommande aux prières de tous hanc novam Congregationem.

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    (1) Le Père Vagner est mort le 18 février.


    Monseigneur le Coadjuteur notifie aussi que la retraite des missionnaires commencera le 25 avril. Sil ny a pas de changements dans litinéraire de Mgr de Guébriant, tous les confrères auront donc lavantage de se trouver réunis à Séoul aux jours prévus de la visite de Mgr le Supérieur Général de la Société.

    Durant la première quinzaine de janvier nous avons été sérieusement inquiets au sujet de la santé du P. Curlier ; une nouvelle poussée de sprue ou quelque chose de semblable avait mis très mal en point notre cher doyen. Aujourdhui, grâce à Dieu, la crise est surmontée, espérons que cest pour longtemps.

    Le jour de lEpiphanie, cest au Grand Séminaire, selon lusage, peut-être en souvenir de la Rue du Bac que les confrères résidant à Séoul ou aux environs, se réunissent pour tirer les Rois. La fortune, cette fois, a favorisé le P. Guinand, Supérieur de la maison ; ce nest pas trop tôt, na-t-il pu sempêcher de faire remarquer, depuis 35 ans que je tire les Rois ici, cest seulement la seconde fois que jai lhonneur dêtre roi, et il a pris pour reine son condisciple et co-partant de 1895, le P. Bouyssou.

    Ce même jour, il y avait aussi grande réunion à Non-San, chez le Père Gombert minor : dabord, ainsi quil sied, son major, le Père Antoine Gombert, puis leur condisciple et ami, le P. Mousset, provicaire de Taikou, trois barbes fleuries salliant fort bien aux jeunes barbes des PP. Dourisboure et Barraux, les deux autres invités. La résidence de Non-San nest pas grande, mais le curé est débrouillard et ad exteros on nest pas difficile sur le logement. Qui trouva la fève dans sa part de gâteau ? je nen sais rien, mais ce dont je suis sûr, cest qu on ne sest pas ennuyé là-bas, du 5 au 7 janvier.

    En Corée nous continuons à jouir de la paix Pax Japonica ; les feuilles publiques ont raconté dernièrement que la Corée allait passer sous un régime nouveau, celui de la Mandchourie indépendante ? avec un drapeau tricolore rouge, jaune, bleu, consacrant lunion des Mandchoux, des Mongols et des Coréens. Acceptons laugure, mais sans plus. En attendant, les pauvres Coréens, établis en Mandchourie, rentrent autant que possible dans leur pays où ils ne trouvent du reste que la misère sous une autre forme.

    Lattentat contre lempereur du Japon, perpétré par un pauvre diable de coréen résidant à Tôkyô depuis 7 ou 8 ans, na pas été lobjet de grands commentaires ici : on le considère comme lacte dune tête brûlée. Mais un incident dune tout autre nature a fait joliment jaser les badauds. Lundi 18 janvier, le gardien du coffre-fort de la banque de Corée, à Hpyeng-Yang, constatait avec stupeur que son meuble avait été forcé et quil y manquait tout simplement 780.000 yen (8 millions de francs au taux actuel) en billets de banque, naturellement, car ici on ne connaît pas la couleur de lor. Pendant que toutes les forces de la police étaient à la recherche du ou des cambrioleurs, les langues coréennes allaient bon train : le filou a du pain sur la planche, il pourra dépenser tant par jour, durant tant dannées.... et puis la banque ny perd pas tant que cela, le papier nest pas cher, elle na quà imprimer de nouveaux billets ! Ce raisonnement simpliste et qui na rien à voir avec la morale, fut brusquement interrompu à la nouvelle de larrestation des voleurs : 8, tous Japonais.... Alors revirement de lopinion coréenne : ah ! les canailles !... ils méritent la mort. De fait, sous lancien régime, le sort de ces gens-là aurait été vite réglé.

    Durant le mois de janvier, la température a été exceptionnellement. Douce : trois ou quatre jours seulement 12º, et les autres jours, 4 ou 5º, Les météorologistes avouent ny rien comprendre, ce qui ne les empêche pas de prédire que lhiver se prolongera jusquau mois davril. Qui vivra verra ; mais pendant quil fait peu froid, les pauvres souffrent moins : cest déjà quelque chose.


    Moukden

    7 février.

    Nous en sommes toujours aux histoires de guerre ou de brigandage. Loffensive de larmée japonaise sur Chinchow avait si bien interrompu tous les services dans la direction de Pékin, que du 30 décembre au 15 janvier, nous neûmes à Moukden aucune nouvelle des confrères qui résident en cette partie de la Mission, et ils se trouvèrent eux-mêmes complètement isolés du reste du monde.

    Enfin, le 15 janvier, nous eûmes des nouvelles des PP. Maillard et Goytino. Les brigands faisaient rage autour deux, les villes de Heishan et Kwangning où ils résident coururent même de graves dangers. Comme il arrive souvent en pareil cas, on avait des raisons sérieuses de redouter la défection des troupes chargées de la défense à lintérieur des murs. Larrivée des soldats japonais les avait enfin débloqués, et les notables, sous-préfet et président de la chambre de commerce en tête, faisaient des démarches pressantes pour obtenir une garnison permanente de soldats japonais.

    Puis, les PP. Marcadé, Rigal et Cordon purent donner signe de vie. Une fois de plus, nous eûmes la preuve manifeste de la protection divine sur nos confrères. Nous navions à enregistrer que des dégâts matériels sans grande importance, mais aucun accident de personnes.

    Les brigands agissent encore en maîtres dans la partie de la Province située à louest du chemin de fer japonais. On signale cependant, ici et là, quelques indices de détente. Les soldats japonais, aidés de troupes chinoises, ont poursuivi quelques bandes en leur infligeant de grosses pertes. Mais ces opérations locales et sans lendemain ne suffiraient pas à expliquer laccalmie qui se fait sentir en certains quartiers.

    Tout dabord, le ravitaillement en armes et munitions devient de plus en plus difficile pour MM. les brigands, car leurs anciens amis de larmée régulière et des milices locales ne sont plus là. Et puis, les habitants les plus fortunés des campagnes ont mis depuis longtemps en sûreté dans les grandes villes leurs personnes et leurs trésors. Ceux qui restent sont complètement ruinés. Les bandes, de plus en plus nombreuses, doivent donc se contenter de rations de plus en plus maigres. Outre la rareté du butin qui, partagé entre tous, ne compense vraiment pas les dangers courus, tout ce qui pouvait rehausser le menu de la table a disparu : porcs, poules, bufs, etc., ont été dévorés depuis longtemps.

    Bref, le métier ne rend plus, et tout porte à croire quun jour ou lautre, il deviendra nettement dangereux. Aussi voit-on des chefs qui commandaient à plusieurs milliers de bandits faire leur soumission, et assurer lordre dans le quartier même où ils avaient semé la terreur et la ruine.

    On négocie en ce moment la soumission des chefs qui tant de fois assiégèrent, et même occupèrent la vieille ville de Niou Tchouang. Il se joua autour de cette ville, depuis la fin de septembre, un tragique jeu de cache-cache entre les troupes japonaises dont les obus et les bombes davions causèrent de grandes pertes parmi la population civile, et les brigands qui nétaient jamais là pour recevoir les coups, mais qui revenaient aussitôt que les soldats nippons avaient rebroussé chemin.

    Le 24 janvier, plusieurs milliers de brigands sinstallèrent en ville. On a parlé de 5 à 6000. Au début de loccupation, quelques-uns vinrent marauder dans la cour de la Mission, et spécialement dans la sacristie et dans les écoles de filles. A chaque fois, dautres bons larrons se présentaient juste à point pour les faire filer. Le P. Cambon résolut enfin de demander protection aux chefs. Plusieurs de ceux-ci vinrent aussitôt le visiter et se montrèrent extrêmement polis. Le général en chef fit même placer à la porte dentrée un drapeau muni dinscriptions et de sceaux spéciaux qui produisait un effet magique sur le gros de la troupe. La porte resta ouverte et les visiteurs affluèrent. Mais à partir du jour où fut arboré le pavillon du grand chef, tous se montrèrent parfaitement corrects. Du reste il était sévèrement interdit de piller. Ceux qui furent pris en flagrant délit dachat dans les boutiques en oubliant de payer furent immédiatement fusillés.

    Une fois encore, le 28 janvier, les soldats Japonais libérèrent la ville de ces gardiens si disciplinés. Mais dès le 29, ils labandonnaient une fois de plus à son triste sort. Ce jour-là, le P. Cambon put faire partir les Vierges de son école. Sous la conduite du P. Laurent Ting, elles suivirent les troupes régulières jusquà la ville de Haicheng où elles purent enfin se reposer tranquillement, ce qui ne leur était pas arrivé depuis quatre mois.

    Le lendemain, les brigands revenaient encore, et on en vient enfin à la solution classique : plutôt que de chercher à les anéantir, ce qui exigerait un déploiement de forces considérable, on négocie avec eux. Moyennant une nouvelle taxe sur les propriétés foncières, on leur fournira une solde qui, des brigands dhier, fera les défenseurs de demain. Et sans doute, le P. Cambon naura pas à sen plaindre.

    Pourquoi faut-il que, par contraste, nous ayons à signaler la conduite inexplicable de lofficier japonais qui commande à Lienshan ? Le 31 janvier, il fit savoir au P. Rigal que sa maison et ses écoles étaient réquisitionnées pour le service de larmée. Notre confrère eut beau protester et faire remarquer que les maisons inoccupées ne manquaient pas dans le village, le lendemain 3 officiers et huit soldats téléphonistes sinstallaient dans ses appartements, en laissant tout juste une chambre à sa disposition ; une trentaine dautres soldats envahirent ses écoles, et un civil avec une femme japonaise prenaient même possession de sa cuisine.

    Tout ce monde vit là comme en pays conquis. On fait au missionnaire le grand honneur de puiser sans compter à son tas de charbon. Ne sommes-nous pas en plein hiver ? Son cuisinier a dû conclure un arrangement avec le ménage japonais qui daigne lui laisser lusage du fourneau à heures fixes. Les soldats qui campent à lécole veillent soigneusement à ce que la chambre bénévolement laissée à lusage des domestiques du Père ne reçoive pas dhôtes du dehors ; ils faillirent même blesser grièvement deux catéchistes qui se croyaient encore le droit dentrer. Dautre part, le P. Rigal empêche à grand peine linvasion de son orphelinat par ces hôtes peu scrupuleux, ce pendant que les femmes chrétiennes du village se voient pratiquement interdire lentrée de léglise.

    Certaines troupes victorieuses agirent ainsi naguère. Mais ninsistons pas, car le parallèle naurait rien de glorieux pour larmée japonaise. Aussi bien, nous aimons à croire quil sagit là dun fait exceptionnel qui cessera bientôt. Il nous surprend dautant plus que, jusquà ce jour, les officiers japonais se montrèrent envers nous dune correction parfaite.


    Kirin

    10 décembre.

    Le P. Léon Lannay, notre nouveau confrère, est arrivé dans notre mission le vendredi 13 novembre. Malgré la néfaste coïncidence de ce vendredi et de ce 13, nous espérons que notre jeune confrère aura dans notre mission un long et fructueux ministère. Il va sinitier aux beautés de la langue chinoise à Kirin, auprès du Père Beaudeaux qui partage son temps entre le séminaire où il reste professeur, et la paroisse dont il est lactif curé.

    La situation de plus en plus troublée en Mandchourie favorise le brigandage. De tous côtés les bandits sont signalés. La région la plus éprouvée, cest le sud-ouest. Kia-Kia-Touotjé, village chrétien où réside un Père chinois a été envahi, dévalisé et incendié. Léglise, la résidence et les écoles furent épargnées par le feu, mais non par les pillards qui enlevèrent tout ce qui fut à leur convenance, brisant ce quils ne pouvaient emporter. Et maintenant, les habitants de ce malheureux village, avec des vêtements insuffisants, doivent supporter les rigueurs de lhiver et des froids de près de 30º ; plusieurs nont pas voulu quitter leurs ruines ; les autres ont trouvé lhospitalité dans des villages moins éprouvés.

    Ailleurs, à Ou-tao-tsuen, vases et ornements sacrés furent de bonne prise pour les bandits.

    Les autorités locales ne pouvant assurer la sécurité des campagnes, plusieurs villages chrétiens ont été mis en état de défense : de profonds et larges fossés ont été creusés, de solides fortifications ont été élevées, et les habitants, bien armés et résolus, se tiennent prêts à se défendre énergiquement.

    10 janvier.

    Le 24 décembre, à la chapelle du séminaire, 4 clercs ont reçu le sous-diaconat, et un autre a reçu les deux derniers ordres mineurs.

    Lactivité des bandits ne se ralentit pas. Le 16 décembre, vers huit heures du soir, une bande de plus de 300 de ces indésirables, sefforça de pénétrer dans le village de Wang-kia-toen. Ils commencèrent à piller les premières maisons, mais se heurtèrent à la ferme dun chrétien, qui, fortifiée, résista et arrêta lassaillant. Celui-ci voulut, mais en vain, forcer la défense et pénétrer dans la forteresse. Pour y arriver, il essaya lincendie en obligeant des prisonniers à jeter du pétrole et à pousser des chariots de paille quils devaient enflammer près des remparts. Tout échoua devant la bravoure et le sang-froid des assiégés. Les brigands se disposèrent alors à faire lassaut de la ferme. Ils voulaient se faire précéder des femmes et des jeunes filles quils trouveraient dans la partie du village quils occupaient, quand la mort dun de leurs chefs les fit renoncer à ce projet. De guerre lasse, ils durent battre en retraite et séloigner en emportant leurs morts et leurs blessés. Malheureusement, parmi lés chrétiens, il y eut aussi des morts et des blessés.

    Remercions la Divine Providence davoir protégé et sauvé le village et davoir aussi épargné le P. Baron qui essuya une vive fusillade. Daprès un prisonnier évadé, les bandits avaient lintention de semparer du Père Baron pour en tirer une forte rançon.

    Une partie de la province est gouvernée par le Général Hi Kia, avec la coopération japonaise ; lautre partie reste fidèle à lancien gouvernement qui sest réfugié à Pinhsien, à lest de Harbin. Le Général Hi Kia veut être le seul maître. Des avions que montent ses partisans, font des raids et lancent des bombes et des proclamations sur les rassemblements adverses : double moyen de mettre le trouble et la confusion. De violents combats même ont lieu, les troupes mal armées et mal ravitaillées de lancien gouvernement reculent, non sans avoir mis à sac les villes et villages quelles traversent.

    Harbin, au début du mois, fut troublée à la suite du meurtre dun Russe par un marchand chinois. Les Russes voulurent venger leur compatriote, des barricades furent élevées et lon se battit dans les rues. Une dizaine de morts et de nombreux blessés, tel fut le résultat de cette bagarre.


    Chengtu

    18 janvier.

    Notre confrère, le Père Caluraud, grâce à un traitement à lélectricité donné par le Dr. Béchamps, a bon espoir de conserver son dernier il. Il est rentré dans son district pour les fêtes de Noël.

    Notre nouveau confrère, le Père Dedeban, après un mois de repos à lévêché, sest rendu à Gni-pa-to, où sous la haute direction de Monsieur Grégoire Iù, prêtre indigène, il apprendra la langue et les coutumes chinoises.

    En cette année 1932, tous les missionnaires présents dans notre mission, à part les 3 nouveaux arrivés depuis 1927, ont atteint la cinquantaine, et jusquici aucun deux na pris de congé régulier en France.

    La collecte pour luvre de la Propagation de la Foi a donné pour lannée 1931, la somme de 1605 piastres.


    Chungking

    13 janvier.

    Les travaux dinstallation du château deau, qui sélève sur la pointe ouest de la ville de Chungking et salimente à la rivière Kialin, sont enfin terminés, et bientôt ses eaux vont se répandre par toutes les artères de la ville. Les essais, qui durèrent plus dun mois, firent craindre un insuccès complet. Cétait en vain que la haute cheminée crachait à pleine bouche, que les machines donnaient tout leur effort ; leau sobstinait à rester dans son lit. Doù querelle de la direction chinoise contre les ingénieurs allemands, qui protestaient que, sur certains points essentiels, leurs confrères chinois avaient voulu en faire à leur tête, et refusé de suivre leurs instructions. Cette installation aura coûté plus de deux millions de dollars.

    Pour la première fois, une canonnière chinoise mouille au port, au service du maréchal Lieou. Son arrivée donna lieu à une amusante méprise. La police du port, voyant arriver ce vapeur servi par des matelots à uniforme, jugea, à leur taille, quils ne pouvaient être que japonais. Vite donc elle accoste et requiert des explications. Mais les matelots, originaires des provinces de lEst, ne purent se faire comprendre ; cétaient donc bien des japonais. Une bataille sengagea sur le pont, qui eût pu devenir meurtrière si un officier, compris des deux parties, nétait arrivé à temps donner les explications nécessaires. Le malentendu se termina par une réjouissance patriotique. Certain écrivain, en mal de servile adaptation, dirait quon sembrassa et que ce fut du délire.

    Un terrible incendie dévasta, le mois dernier, la partie nord des faubourgs. Pris dans un cercle de feu allant jusquaux remparts, une centaine dhabitants ne purent séchapper et furent carbonisés, 2000 familles sans abri.

    A son tour, notre Petit Séminaire de Tse-mou-chan a eu ses secousses sismiques et son éruption volcanique. Sans doute, exempla trahunt, et nos élèves ont voulu manifester que leurs prétentions ne sauraient être inférieures à celles de leurs camarades dautres missions. Mais aussi, si lon veut remonter plus loin, il faut y voir laboutissement logique des campagnes délétères qui, conduites depuis quelques années par des inconscients et des irresponsables, ont miné lesprit et la discipline de nos séminaires, et sapé même lautorité qui y préside. En labsence de S. E. Mgr Jantzen, le P. Claval, provicaire, sut, avec autant de tact que de fermeté, opposer à ce flot montant la digue nécessaire, et garder surtout à lautorité du séminaire son prestige inviolable. Le mauvais ferment fut éliminé et tout rentra dans lordre.


    Suifu

    31 janvier.

    A lexception de deux, retenus par affaires, tous les prêtres chinois prirent part à la retraite annuelle, qui se tint à Suifu, du 17 au 22 janvier. Comme les années précédentes, elle fut prêchée par Mgr Renault.

    En même temps que celle du clergé indigène, avaient lieu la retraite des diacres, prêchée par le P. Pierre Tchên, et celle des vierges de la Doctrine Chrétienne, prêchée par le P. Mansuy. Celle des religieuses Franciscaines missionnaires de Marie, dont le prédicateur était le P. Petit, commença le 25 pour se terminer le 29 au soir.

    Le dimanche, 24, en léglise du Si men, nous avons assisté, non sans émotions, à une belle ordination de 8 nouveaux prêtres, dont trois de la Préfecture Apostolique de Yachow, les derniers lévites exclusivement formés par la Mission de Suifu. A partir de ce jour, cest une ère nouvelle qui va commencer : désormais, les futurs prêtres sortiront du séminaire provincial de Chengtu.

    Avec cette ordination, létablissement de Tiao houang leou cesse dêtre grand séminaire pour devenir petit séminaire, tandis que celui de Ho ti keou, petit séminaire depuis les premiers débuts de la Mission, abritera les petits élèves du probatorium qui y seront au large. Quant à lancien probatorium de San kouan leou, à 15 lis seulement de Suifu, il servira de maison de campagne ou de but de promenade aux petits séminaristes ou aux étudiants de nos écoles modernes.

    Sur sa demande réitérée, Mgr Renault a permis au P. Boisguérin de se joindre au P. Biron pour entreprendre lévangélisation des Lolos. Il se rendra à son nouveau poste dans les premiers jours du mois de février. Son successeur à Chukentan est le P. Renou.

    Comme ce dernier, notre benjamin, le P. Grasland, apprendra la langue chinoise à Kienwei sous la direction du P. Vincent.


    Ningyuanfu

    15 janvier.

    Le Kientchang.
    Son Excellence Mgr Baudry a reçu de bonnes nouvelles de tous les districts ; partout il y a eu affluence à la fête de Noël ; les chrétiens ont passé saintement cette belle fête en sapprochant des sacrements. A Foulin, le P. Tchên a fait une chute de cheval, en revenant de visiter ses chrétiens ; il a dû saliter plusieurs jours, mais il va mieux.

    A Chàng pà, les autorités du pays, répondant à linvitation du P. J. Ou, ont assisté à la fête de Noël ; nous y voyons une preuve de tranquillité et de bonne entente pour lavenir. Le P. Monbeig a quitté Oui tchên le 1er janvier; il se rendait à Houi li en passant par Tchang pin tse et Te tchang.

    Le P. Audren, provicaire, partira de Houi li le 27 janvier, pour aller recevoir à Yunnansen Son Excellence Monseigneur le Supérieur. Nous leur souhaitons un heureux voyage jusquà Ningyuanfu.

    Le 13 courant, à 9 heures du soir, arrivaient à Ningyuanfu un millier de soldats venant de Tchèntou ; le lendemain le général Lieou, neveu du maréchal Lieou oun houi, faisait aussi son entrée en ville, accompagné du général Jang Jen Gan et de plusieurs centaines de soldats. Le nouveau chef habite la maison du docteur protestant. Une compagnie casernée derrière chez nous, au Tchên houang miao, a brisé les idoles de la pagode et les a jetées dans la rue ; le peuple nose rien dire.


    Tatsienlu

    4 janvier.

    Le quatrième dimanche de lAvent, Monseigneur Valentin quittait Tatsienlu pour aller administrer la Confirmation dans les postes de Chapa et Lentsi. A Chapa, la cérémonie eut lieu le jour de Noël devant une belle assistance de chrétiens ; Son Excellence descendit ensuite à Lentsi. Les missionnaires et les fidèles furent heureux, dans les deux postes, de recevoir Mgr le Coadjuteur dont la dernière visite dans ces régions remontait à 1928. Monseigneur était de retour à Tatsienlu le 31 décembre.

    Sur les bords du Tatouho et à Mosimien, les terres sont couvertes de pavots ; il est certain quil y a eu pression de la part des autorités, pression discrète, mais efficace cependant. Les fermiers de la Mission, eux-mêmes, ont planté le pavot à opium. Devant cet état de choses, Mgr Valentin a fortement élevé la voix pour rappeler les lois de lEglise, dernièrement encore reprécisées par S. E. le Délégué Apostolique et qui conservent toute leur sévérité : pour les chrétiens, ils ont à choisir entre lopium et les sacrements ; les fermiers païens, entre lopium et leurs terrains.

    A Tatsienlu, à loccasion des fêtes de Noël, le Père Pasteur baptisa douze catéchumènes ; lassistance aux offices fut digne de cette grande fête et plus de 250 fidèles se présentèrent à la Sainte Table.

    Le 1er janvier passa inaperçu à Tatsienlu et probablement dans le reste du Sikang... les écoles du gouvernement, école normale en tête, ne prendront, cette année, leurs vacances quau koniên traditionnel ; de même nos écoles de doctrine.

    Daprès le P. Doublet, qui est bien placé pour être bien renseigné, la nouvelle que la précédente chronique donna sur la fin des hostilités sino-thibétaines au nord de Kantze, serait trop optimiste : les envoyés pour négocier la paix ont complètement échoué et chacun reste sur ses positions ; le colonel Ten, qui conduit la guerre, a laissé entendre à notre confrère que les hostilités vont bientôt reprendre. Le Père note, du reste, que, dun côté, les Thibétains sont aussi sûrs du succès de leurs armes que, de lautre, les Chinois sont certains de leur propre défaite.


    Lanlong

    15 janvier.

    Le Ripuaire.
    Par décision de Son Excellence, le Père Signoret remplace à la procure le P. Louis Esquirol qui est autorisé à prendre une année de repos. Désormais cest au Père Signoret quon doit sadresser pour les affaires de procure.

    Le R. P. Yâng nous est arrivé le 11 de ce mois, et a pris aussitôt la direction du district de Lanlong.

    Le cher P. Epalle est à Houâng tsao pa depuis quelques jours déjà. Son voyage sest effectué sans incident jusquà la frontière du Kouytchéou, mais au matin de la dernière étape, la caravane avait à peine quitté Kiang ti quelle fut attaquée par une vingtaine de pillards armés. Comme le Père se trouvait en fin de convoi, il put rebrousser chemin et regagner sans incident les auberges de Kiang ti où une escorte de soldats alla le chercher le surlendemain. Arrivé à Houâng tsao pa, il sy repose quelques jours, étant un peu souffrant des jambes. Quant aux pillards, dépités de navoir pu mettre la main sur quelques charges dargent qui se trouvaient en tête de la caravane, ils firent main basse sur deux caisses dont nous ignorons les destinataires, fouillèrent muletiers et convoyeurs, et emportèrent jusquà leurs moindres objets. Cest ainsi quun envoi de vaccin aurait disparu.

    Mgr Carlo passera le nouvel an chinois chez le P. Dunac, à Ko Hào, où doivent se réunir tous les confrères de la région. Son Excellence rentrera quelques jours après à Lanlong.


    Canton

    30 janvier.

    Echos du Shek Shat.
    Monseigneur le Supérieur de la Société est arrivé à Canton, mardi 19 janvier, à 10 h. du matin. Le bateau de nuit avait éprouvé un grand retard. A midi, réunion à lEvêché, composée du clergé de la ville et de quelques prêtres des environs. Laprès-midi fut consacrée à la visite des nouveaux monuments de Canton. A Shameen, Monseigneur est allé saluer le représentant de la France.

    La journée du 20 a été consacrée à voir les confrères et les prêtres indigènes du Vicariat, ainsi que les différentes communautés religieuses. Une messe pontificale a été chantée par Monseigneur le Supérieur pour les prêtres défunts du Vicariat.

    Le 21, départ de Canton de Monseigneur de Guébriant.


    Swatow

    13 février.

    Le 23 janvier nous avions le plaisir de recevoir la visite de notre vénéré Supérieur, Mgr de Guébriant. Il était accompagné de Sa Grandeur Mgr Rayssac qui était allé lattendre à Hongkong, du P. Fabre de Canton, et du P. Destombes du séminaire de Pinang. Douze missionnaires allèrent le saluer à bord. Au débarcadère, six automobiles nous transportèrent rapidement jusquà la Mission.

    Ce premier jour, Son Excellence nous fit un entretien tout à fait de circonstance ; vivant pour la plupart au milieu des bolchévistes et de dangers continuels, nous nous sentîmes réconfortés par ces paroles toutes de flamme et vraiment apostoliques. Ce fut ensuite dans laprès-midi la visite aux écoles. Le lendemain, dimanche, la paroisse voulut souhaiter la bienvenue à lillustre Visiteur, et ce fut dans une grande salle très bien ornée et archi-comble que quelques lettrés lui exprimèrent la joie que sa venue causait à la population catholique de Swatow. La réponse fut celle dun père à ses enfants, et fit comprendre à lauditoire que lancien missionnaire et évêque de Chine avait laissé dans ce pays la moitié de son cur.

    Le lundi, lever à 3 h. ½ , la Messe, un petit frustulum, et départ pour aller à Kityang voir le petit séminaire. Sa Grandeur arriva à10 h. ; elle eut le temps de se rendre compte de la bonne formation que reçoivent les séminaristes grâce à la sage direction du P. Etienne et de ses collaborateurs. Le P. Le Corre eut à peine un petit moment pour lui montrer ses ouailles que déjà il fallait reprendre le chemin du bateau. A 4 h. notre infatigable Supérieur était de retour à Swatow aussi alerte quà son départ. Le lendemain, il sembarquait pour Hongkong, après avoir passé dans notre Mission trois jours qui furent bien trop courts pour nous.

    Au mois de février je vous annonçais la mort dune Sur Ursuline ; aujourdhui cest celle dun jeune prêtre indigène, Barthélemy Vong, ordonné depuis deux ans seulement. Vicaire du P. Rivière, il était simple, dévoué, faisant son travail sans bruit ; et voilà que dans la nuit du 27 février il nous a quittés subitement. Après souper, le P. Rivière se promenant sur la vérandah entendit tout à coup une chute ; aussitôt il accourut et vit le P. Vong étendu sur le dos au pied de lescalier. Deux heures après il mourait, ayant reçu les derniers sacrements. Cette mort inopinée dun jeune ouvrier nous a causé à tous beaucoup de peine, dautant plus que nous ne sommes pas très nombreux dans notre Mission.

    Du 10 au 19 janvier les chrétiens du P. Veaux ont suivi les exercices de la mission prêchée par le P. Rivière à Loktienpa. Matin et soir, après le chant des cantiques, toute la chrétienté était suspendue aux lèvres de léloquent prédicateur : exposition claire et substantielle, comparaisons tirées du terroir, exhortations pleines de feu et dentrain, on ne pouvait se rassasier de lentendre.

    Le P. Veaux fait depuis longtemps de la culture intensive ; tous les chrétiens sont tenus à lil, saturés de doctrine, surveillés comme le lait sur le feu, soignés comme autant de plantes rares et délicates. Et malgré tout il y a toujours quelques âmes tièdes, quelques mauvaises têtes. Des missions ainsi prêchées pourraient ranimer la ferveur, donner un nouvel élan à nos chrétientés dégénérées ou assoupies. Une innovation bien chinoise et très goûtée, était le sujet de chaque entretien exposé en grands caractères très visibles de toute léglise, ainsi que lexposition dimages appropriées. Le 18, procession du Saint-Sacrement avec force bombes et pétards. Les Surs Ursulines et les élèves catéchistesses ont été sur les dents pendant plusieurs jours pour préparer et improviser deux magnifiques reposoirs. Le tout sest terminé par une Messe de Requiem et une absoute pour tous les défunts du district. Même les morts ont eu leur part de la mission.

    Le P. Ginestet, atteint dune sciatique, sest embarqué le 16 de ce mois pour aller se soigner en France. Prompte guérison et prompt retour.


    Pakhoi

    15 février.

    Monseigneur vient de faire quelques changements et nominations.
    Le P. Sonnefraud quitte son cher Tsap-ly pour aller diriger, comme curé, le district de Tchouk-shan, où, à son arrivée en mission, il y a neuf ans, il fit ses premières armes comme vicaire. Déjà sa cavalerie et ses bagages sont arrivés à Pakhoi. Les adieux ont été touchants, les pétards nont pas fait défaut.

    Cest le P. Lebas, qui tout en restant vicaire de Pakhoi, dirigera le district de Tsap-ly, y fera la visite des chrétientés et, de loin en loin, quelques petits séjours au chef-lieu. En ce moment, le nouveau curé est allé prendre possession de son bénéfice. On a astiqué la selle et un fringant coursier ne tardera pas à lessayer !

    Le P. Boulay, lui, avant de prendre en charge un district, veut voir la brousse de plus près. Cest avec le P. Richard quil va travailler ; ils administreront, à eux deux, les deux grands districts de Yam-chow et de Ling-shan.

    Le P. Jégo est nommé officiellement curé de Topi (Lui-chow sud). Il gagnera son poste dès que Fort-Bayard aura récupéré son titulaire, à moins que, pour les besoins généraux de la mission, on ne lui demande de retarder de quelques mois son installation.

    A tous ces heureux pasteurs, tous nos vux de succès et de long séjour dans leurs nouveaux postes.

    Nous venons dapprendre que notre cher P. Baldit, quun long séjour au sanatorium de Béthanie narrivait pas à rajeunir, est envoyé en France afin de sy soigner. Nos vux les plus sympathiques de meilleure santé accompagnent notre vieux frère darmes, et nous ne loublierons pas devant Dieu.

    Le 4 courant, nous avions la charmante surprise de voir descendre à Pakhoi les chers PP. Piffaut et Destombes, du Séminaire de Pinang. Pour rentrer de Hongkong en Malaisie, ils ont pris le chemin des écoliers et visitent les Missions quils trouvent sur leur passage. Arrivés à Kouang-Tcheou-Wan par le courrier Tonkin, ils ont poursuivi leur route en auto, jusquà Pakhoi, après un arrêt à Tsap-ly, pour saluer les Seigneurs du lieu, les PP. Sonnefraud et Lebas. Quelle joie pour ce dernier de retrouver son compatriote, le P. Destombes, en pleine brousse, au moment où il sy attendait le moins ! Ici, les voyageurs ont retrouvé leur cabine sur le Tonkin pour gagner Haiphong, Hanoi, etc.... Que ces bons Pères soient remerciés pour le grand plaisir quils nous ont procuré par leur visite, et pour les nouvelles quils nous ont données de nos grands séminaristes, leurs élèves.

    Le R. P. Cousineau, de la maison des RR. PP. Rédemptoristes de Hué, accompagnait nos confrères. Lamabilité de ce bon Religieux a fait germer en nos curs un vif désir davoir bientôt une retraite prêchée par ces dignes fils de Saint Alphonse. Fiat ! Fiat !


    Vinh

    11 février.

    A quelque chose malheur est bon ! Est-ce un effet des troubles causés par les communistes en 1930 et 1931 ou une conséquence de la famine qui depuis un an sévit, dans la province de Nghe-An,. toujours est-il quen beaucoup dendroits la population païenne sest rapprochée de nous et que les demandes de conversion se sont faites de plus en plus nombreuses au cours des six derniers mois. Actuellement nous comptons environ 5.000 catéchumènes, les districts qui en ont le plus sont ceux de Đông-Tháp (P. Massardier) 1.100, de Bảo-Nham (P. Velly) 1.000, de Bột-Đà (P. Gonnet) 900, et de Ky-Anh (P. Kerbaol) 900. Malheureusement, nos ressources sont insuffisantes pour subvenir aux frais assez considérables quentraînent linstruction de ces milliers de convertis disséminés de côté et dautre et leur groupement en nouvelles chrétientés. Daigne la Divine Providence venir à notre aide !

    Le Père Delalex nous a quittés pour aller demander au climat de France le rétablissement de sa santé fortement ébranlée. Le Père Gonnet a été chargé de le remplacer à Vinh jusquà son retour.


    Hunghoa

    12 février.

    Cultivateurs et philatélistes sont à la joie ! Pour les premiers, après une sécheresse de près de quatre mois, ils voient enfin la pluie venir rafraîchir leurs cultures : maïs et patates reprennent vie ; les rizières reverdissent, et les jardins potagers donnent espoir ; quelques jours de soleil, et tout poussera avec rapidité. Pour les amateurs de figurines postales, les nouvelles émissions, faites récemment, excitent leur convoitise, et leurs collections peuvent sembellir peu à peu ; en effet, les nouveaux timbres remplacent avantageusement les anciens : ruines dAngkor, jonque annamite, repiqueuse de riz, paysage tonkinois,... sont plus élégants que ne létaient les portraits dAnnamites ou de Cambodgiennes, et, comme en France, les amateurs de timbres-poste ne manquent pas au Tonkin !

    Ce qui plaît moins à nos Annamites, et surtout aux peuplades montagnardes, ce sont les nouvelles piastres. Vu la crise mondiale, leur poids est inférieur à celui des anciennes : vingt grammes, au lieu de vingt-sept ; en un mois, toutes les vieilles devises ont réintégré les caves du Trésor, et les nouvelles commencent à se répandre dans les campagnes. Les habitants de nos montagnes, habitués aux échanges en nature, y regardent à deux fois, avant den accepter ; sils ont de largent, cest pour se confectionner des bijoux, et, sept grammes de moins par piastre, cela compte !

    Comme dhabitude, janvier a été le mois des Retraites annuelles. Tout dabord, ce furent les Catéchistes, qui, réunis à Hưng-Hoá, au nombre dune centaine environ, entendirent les instructions dun de nos meilleurs prêtres indigènes ; puis, les prêtres indigènes purent profiter des sages enseignements dun des doyens du clergé annamite de la Mission de Hànoi. Aux uns et aux autres, S. E. Mgr Ramond, qui, lan dernier, était à la Clinique St. Paul, lors des Retraites, renouvela ses conseils paternels et pratiques.

    En fin janvier, ce fut le tour des Missionnaires. Eux aussi eurent leur prédicateur, Mr Paliard, Supérieur des Prêtres de St. Sulpice, au Tonkin. Malgré ses nombreuses occupations, et tous les soucis que lui donne la construction du Gd-Séminaire de Hanoi, il voulut bien répondre à linvitation de Monseigneur. Nous len remercions bien vivement. Ses instructions, si pleines de doctrine et de piété, sur la Vie intérieure, nous ont remis en face de notre vocation, en même temps quelles nous remémoraient les solennels engagements de nos ordinations. Au début de la Retraite, Mr Paliard sétait excusé dêtre novice dans la prédication des Retraites pastorales ; celle quil nous a donnée, a été un réconfort pour tous ; et, nous en avons lespoir, nous aurons souvent, dans la suite, le plaisir de lentendre nous parler du Sacerdoce et de lApostolat, comme il a su le faire, cette année.

    Comme couronnement à notre Retraite annuelle, nous eûmes la visite de notre vénéré Supérieur Général. Apprenant que nous étions tous réunis à Hưng-Hoá, Mgr De Guébriant voulut bien modifier son itinéraire, et venir nous donner une journée entière, avant de visiter la Mission de Hanoi. Donc, le lundi 1er février, Son Excellence, arrivée le jour même de Hongkong, faisait route vers Hưng-Hoá, accompagnée de M. Mazé, son compatriote, et, vers les six heures du soir, faisait son entrée à la Mission. Les trois cloches de la cathédrale annoncèrent à tous larrivée du noble visiteur, et, bientôt, nous recevions de lui une accolade toute paternelle et pleine daffection.

    Le lendemain, jour de clôture de la Retraite, Mgr De Guébriant, dans une conférence faite à la chapelle, nous montra la beauté de notre vocation. Quel honneur que celui dappartenir à la Société des Missions-Étrangères, à cette Société, restée toujours exclusivement missionnaire, toute désintéressée et ne travaillant que pour lEglise, à cette Société, dont tous les membres sont si unis, et qui, parmi toutes les Sociétés religieuses, assume la tâche la plus lourde, lévangélisation de 250 millions dinfidèles ! Comme nous le dit notre vénéré Supérieur, soyons fiers dêtre Missionnaires des Missions-Étrangères, aimons toujours de plus en plus notre Société, travaillons, comme lont fait nos aînés, et noublions pas non plus la récompense finale !

    Réconfortés par ces paroles, ce fut de tout cur quau Salut dactions de grâces, présidé par Son Excellence, nous récitâmes la formule de Bon Propos, et la Consécration à la Sainte Vierge.

    Le mercredi 3, après le Service annuel pour nos défunts, Mgr De Guébriant partait pour Hanoi, doù il ne devait revenir que le samedi suivant. La proximité des fêtes du nouvel an annamite ne permettant pas de rester plus longtemps à Hưng-Hoá, tous lui firent leurs adieux, et le remercièrent de ses paternels encouragements.

    Le samedi 6 février, Son Excellence quittait la capitale du Tonkin, allait voir le Camp de Tong, dont M. Pierchon est lAumônier, dînait à Sơn-Tây, chez le Curé de cette ville, M. Massard, visitait les diverses uvres de ce centre, et, vers les quatre heures, était de retour à Hưng-Hoá. En compagnie du Père Vandaele, Procureur, Monseigneur fit un tour de ville, et alla remercier M. De Gouberville, notre Délégué, qui, pour les divers voyages de Son Excellence, avait mis son automobile à sa disposition.

    Le lendemain, dimanche, après avoir dit la messe paroissiale à la cathédrale, Mgr De Guébriant partait, avec Mgr Ramond et le Père Mazé, pour notre Petit-Séminaire de Hà-Thạch. Comme les philosophes du Père Vandaele avaient orné la Communauté de Hưng-Hoá, nos jeunes latinistes décorèrent, avec soin, leur beau bâtiment ; et, quand Mgr De Guébriànt, après la visite de la Léproserie de Hương.Phong et de la Cure de Hiền-Quan, arriva, ce fut grande joie ! Tous savaient que lui-même avait, jadis, offert au cher Père Bessière, alors Supérieur, la plus grosse des trois cloches de la chapelle ; aussi, sonnèrent-elles, à toute volée, pour saluer le vénéré bienfaiteur, en même temps que le Supérieur des Missions-Étrangères !

    A Hưng-Hoá, Mgr De Guébriant, répondant aux souhaits et remerciements des philosophes, leur avait rappelé tout ce que la Société des Missions-Étrangères a fait pour les Missions du Tonkin, ce quelle fait encore, en assurant léducation de plusieurs Annamites au Collège de Saint Pol-de-Léon, et en confiant aux Prêtres de St-Sulpice la formation du Clergé indigène ; à Hà-Thạch, Son Excellence montra aux jeunes élèves la beauté de leur vocation, les encourageant à devenir de vrais clercs, cest-à-dire à se préparer, par la science et la vertu, à servir Dieu, lEglise et les âmes.

    Avec plaisir, Mgr De Guébriant visita notre nouveau Petit-Séminaire, et en admira la disposition, souhaitant au Père Quioc, Supérieur, de le voir bientôt rempli, et, surtout, dy voir toujours régner le bon esprit. Naturellement, comme à Hưng-Hoá, un congé fut accordé.

    Le lundi 8 février, Son Excellence disait adieu à Mgr Ramond, prenait le train pour Yên-Bái, avec le Père Mazé, dînait chez le Père Méchet, et, le soir, arrivait à Lao-Kay, où Elle recevait lhospitalité chez le Père De Neuville ; le lendemain matin, devait commencer le voyage en Chine. Ajoutons que, par une délicate attention, la Compagnie des Chemins de Fer du Yunnan, a mis gracieusement un wagon spécial à sa disposition, de Puú-Thọ à Yunnan-Fou.

    Mgr De Guébriant, au cours de sa conférence, nous dit combien lExposition des Missions, à Vincennes, avait fait honneur à la France, et que luvre des Missions, mieux connue, amènerait certainement un renouveau, dans notre pays ; le long voyage que fait Son Excellence nest-il pas, lui aussi, un exemple dénergie, et naugmente-t-il pas le prestige de notre pays, en même temps que celui de lEglise, en ces régions ? Quil se poursuive heureusement, pour le bonheur de notre vénéré Supérieur et le profit des Missions !


    Quinhon

    Monseigneur de Guébriant dans la Mission

    Arrivée de Dalat à Phanrang soirée du 23 décembre. Etaient présents à Dinhthuy les Pères de la province.

    24. Matin. Départ pour Nhatrang dans lauto du P. Le Darré. Arrêt à Hô-diêm et Hà-dua, déjeuner à Binh-cang où lattendaient Monseigneur et les PP. Guéno, Vallet, Garrigues, Thạnh et Đoán. Soir à 12 h. ¾ , départ pour Quinhon, arrêt dune heure à Nhatrang chez le P. Vallet, et arrivée à Quinhon à 19 h ½ ; lheure tardive ne permit pas de réception solennelle.

    25. Mgr le Supérieur célèbre la Messe de Minuit et adresse la parole aux assistants.
    Le matin vers 9 h. Monseigneur va visiter le nouveau Gd Séminaire en construction et se rend au Pt Séminaire de Long-sông où professeurs et élèves lui font la réception dusage.

    Vers 16 heures, de retour à Quinhon, Mgr rend visite à M. le Résident, puis dans la soirée reçoit les confrères déjà venus des environs. Au repas du soir étaient présents, outre Mgr et les confrères de Quinhon, les trois Pères de Đại-an, les deux Pères de Làng-sông, les PP. Solvignon, Perreaux, Escalère.

    Samedi 26. Monseigneur reçoit en particulier les confrères présents et à 11 heures part pour Kontum.

    Arrêt à 15 h. ¼ à Pleiku où se trouvent les PP. Corrompt, Stutzmann et Xuân. Arrivée à Kontum à 17 h. Réception grandiose par les Pères, les élèves de lécole Cuenot et les chrétiens de ce centre important. Arrêt dun instant à Rohai chez le P. Alberty, arrivée à la nuit tombante au collège où Mgr reçoit de suite les chrétiens ; compliments et chants de circonstance.

    Dimanche 27. Monseigneur célèbre la messe à léglise paroissiale puis reçoit à lécole professeurs et élèves. Avant le déjeuner visite à Kon-money chez le P. Asseray. Le soir, bénédiction de lécole du P. Alberty, promenade dans le centre de Kontum et jusque chez le P. Bonnal, puis visite à la Résidence. Au repas du soir, étaient présents tous les confrères et Prêtres indigènes sauf deux : les PP. Tường et Đề

    Lundi 28. Départ de Kontum à 7 h. ½ , arrêt dune bonne heure chez le P. Irigoyen, et arrivée à Quinhon à 13 h. ½ , déjeuner à lEvêché. Mgr Grangeon vient dans la soirée présenter ses hommages à notre vénéré Supérieur. Le soir dîner à la Résidence.

    Mardi 29. Départ à 6 h. pour Tourane ; arrêt à la Nhà đá chez les Petits-Frères qui lui font un accueil très touchant, puis arrêt chez le P. Porcher, où se trouvait le P. Sanctuaire, enfin à Phú-hoá chez le P. Poyet où le P. Jean navait pu venir.

    Arrivée à Tourane à 12 h. ¾ . Etaient là les PP. Saulot, Laborier, Khiêm et Hậu. Le P. Gallioz fatigué navait pu répondre à linvitation. Départ pour Hué à 14 h. ½ avec Mgr Chabanon dans. lauto de son Exc. M. Bài.

    Mgr Tardieu, qui avait accompagné Mgr de Guébriant de Nhà trang à Tourane en passant par Kontum, était de retour à Quinhon le soir du 1er Janvier, après un jour darrêt chez les catéchumènes du P. Đức à La tháp.

    Long, mais heureux voyage, sans accident daucune sorte. Deo Gratias ! Plaise à Dieu quil en soit ainsi jusquau bout.

    Nouvelles de la Mission.
    Ordination. LOrdination des 3 sous-diacres Bahnars au Diaconat aura lieu à Dai-an le 2 février.

    Retraite. La Retraite des Prêtres indigènes commencera le 17 février à 6 heures du soir et se terminera le 23 au matin.

    Le P. Priou sembarquera pour France le 16 janvier, par ordre de la Faculté. Nous lui souhaitons bon voyage et prompt rétablissement.

    Le P. Lalanne qui devait sembarquer le 9 décembre pour nous revenir, écrit quil a été obligé de retarder son voyage dun mois. Nous espérons le voir parmi nous dans le courant de février.


    Hué

    6 Janvier 1932.

    Monseigneur de Guébriant à Hué.

    Monseigneur le Supérieur est arrivé à Hué, venant de Qui-Nhơn le 29 Décembre vers 6 heures du soir, accompagné du P. Louison, Procureur à Saigon. Mgr le Vicaire Apostolique était allé à sa rencontre à Tourane. En cours de route Leurs Excellences sétaient arrêtées à la chrétienté de Nước-Ngọt, chez le P. Fasseaux, qui leur avait fait visiter son église, son école, son hôpital, bâtis par lui ces années dernières.

    Une foule considérable se pressait devant léglise de Phủ-Cam, cathédrale de Hué, tant sur la place de léglise que sur lavenue qui y conduit. Les chrétiens des environs sétaient joints aux paroissiens de Phủ-Cam pour recevoir solennellement le noble visiteur. A lentrée du territoire de la paroisse la procession sorganise pour conduire Mgr le Supérieur à léglise : les enfants des écoles marchent derrière la croix, suivis dune multitude de fidèles, les Pères français et annamites entourent les deux évêques qui savancent sous le dais. Les cloches sonnent à toute volée, les tambours et les instruments de musique résonnent, les pétards crépitent, dinnombrables drapeaux et bannières flottent de tous côtés. Son Excellence disait quElle avait été rarement reçue aussi solennellement. Avant de donner sa bénédiction, Monseigneur adresse aux chrétiens quelques mots, que traduit Mgr Chabanon. Il dit sa joie de se trouver au milieu des chrétiens annamites dont il connaît la ferveur et la fermeté dans la foi. La Société des M.-E. leur envoie depuis près de trois siècles des missionnaires qui sont leurs Pères dans la foi, et lui-même est actuellement le Père de ces missionnaires : il peut donc se dire le Grand-Père des chrétiens annamites, et il a pour eux une affection vraiment paternelle. Cette expression de grand-père obtient auprès des auditeurs le plus vif succès, car les Annamites ont par tradition une respectueuse vénération pour les vieillards.

    Son Excellence se rend ensuite à lévêché, magnifiquement pavoisé et illuminé. Cette parure des grands jours demeurera pendant tout le séjour de Mgr le Supérieur. De nombreux missionnaires et prêtres indigènes sont réunis dans le grand salon. Mgr Chabanon adresse quelques mots de bienvenue à S. Exc. et lui présente son clergé. Un prêtre indigène, le P. Cẩn, exprime ensuite, dans un petit discours rédigé en latin, les sentiments de respect, de reconnaissance et de filiale affection du clergé indigène de Hué envers Mgr le Supérieur. Mgr de Guébriant répond aussi en latin, disant toute son affection pour le clergé annamite, le louant de son zèle quil connaissait déjà bien de réputation, mais quil a eu loccasion de voir de ses yeux en cours de route. Il ajoute : Si vous nêtes pas membres de la Société des M.-E. ce nest pas par mépris, loin de là, car nous vous regardons comme nos frères et nos collaborateurs, mais cest parce que, fidèles aux prescriptions du St Siège, nous travaillons pour vous et non pour la Société, notre but étant détablir solidement lEglise Annamite. Puis faisant allusion à certaines attaques injustes auxquelles le clergé annamite a été en butte dans une publication bien connue : Je vous ai défendus, dit-il, de toutes mes forces contre vos calomniateurs. Ils sont enfin aujourdhui réduits au silence. Il leur demande ensuite à tous davoir le zèle apostolique, lesprit missionnaire, recommandant à ceux qui travaillent dans les séminaires de linculquer à leurs élèves. Et terminant sur une note optimiste, Mgr dit : LEglise dAnnam déjà si prospère ira se développant, et mon ferme espoir cest que le XXe siècle ne sachèvera pas sans que la majorité du peuple annamite soit catholique. Mgr le Supérieur se tourne ensuite vers les missionnaires : après leur avoir exprimé sa joie de se trouver au milieu deux et les avoir assurés de sa paternelle affection, il rappelle ce quil a dit dans un récent congrès sacerdotal à Paris aux centaines de prêtres quil avait devant lui : En Indo-Chine nous avons fait beaucoup avec peu ; nous aurions pu faire beaucoup plus si nous avions été secondés. Quelques douzaines de missionnaires dans chaque Mission ne peuvent tout faire : conserver, administrer, conquérir. Il faudrait que les religieux viennent à notre aide en venant vivre en religieux dans nos Missions. Et apercevant les Pères Rédemptoristes et les Pères Franciscains au milieu des Pères des M.-E. Mgr ajoute : Vous, Rév. Pères Rédemptoristes Canadiens, vous avez été les premiers à comprendre cette nécessité et vous êtes venus : je vous en remercie. Déjà vous êtes récompensés de votre générosité apostolique, car vos uvres à peine nées sont déjà prospères. Je vous remercie aussi, Rév. Pères Franciscains, qui, à votre tour, êtes venus travailler avec nous. Mgr Dreyer, Délégué Apostolique, arrive en ce moment et sentretient quelques instants avec Mgr de Guébriant. Puis on se met à table, pour un simple dîner en famille sans aucun apparat.

    Le lendemain 30 Décembre, après avoir célébré la messe à la cathédrale et avoir reçu quelques visites, Mgr le Supérieur eut une longue conférence avec Mgr le Délégué Apostolique. A midi, un déjeuner était offert à la Délégation Apostolique en lhonneur de Mgr le Supérieur. Mgr le Vicaire Apostolique et quelques missionnaires étaient aussi les invités de Mgr Dreyer. Le soir de ce jour, M. le Résident Supérieur Châtel donna à la Résidence Supérieure un dîner dune trentaine de couverts en lhonneur de Mgr de Guébriant. Parmi les invités, Son Exc. Mgr le Délégué Apostolique, Son Exc. Mgr le Vicaire Apostolique, Son Exc. Nguyễn hữu Bài, Président du Conseil, Son Exc. M. le Ministre de la Justice, quatre ou cinq missionnaires, deux prêtres indigènes.

    Pendant laprès-midi du 30 et la journée du 31 Mgr le Supérieur, accompagné de Mgr Chabanon, visite les établissements religieux de Hué : lEcole Pellerin, tenue par les Frères des Ecoles Chrétiennes ; lEcole Jeanne dArc, dirigée par les Surs de St Paul ; lInstitut des Petits Frères du S. C.; la Congrégation des Filles de Marie Immaculée ; la Ste Enfance : partout Monseigneur fut reçu avec une joie respectueuse et une cordiale déférence au milieu des chants et des compliments ; limpression causée par cette visite fut partout profonde. Le dispensaire des tuberculeux, le couvent de Phủ-Cam, le Carmel, le Grand Séminaire reçurent aussi la visite de Son Excellence. Au Grand Séminaire laccueil fut, comme de juste, plus solennel et revêtit un caractère plus familial. Après que le P. Roux, Supérieur, entouré des Directeurs, eut, dans un bref discours, présenté la maison, en parlant du passé et de létat présent, un séminariste exprima les sentiments de reconnaissance de tous envers la Société des M.-E. et envers son vénéré Supérieur Général, en sappuyant sur le proverbe annamite : Quand on mange le fruit dun arbre, il faut se souvenir de celui qui la planté. Dans sa réponse Monseigneur explique aux séminaristes ce quest la Société des M.-E. et ce quelle a fait depuis sa fondation jusquà ce jour. Il leur recommande davoir lesprit apostolique, lesprit missionnaire, plus que jamais nécessaire aujourdhui que le peuple annamite est travaillé profondément par lidée religieuse et que semble arrivée pour lui une heure de grâce décisive. Souvenez-vous que vous êtes filii sanctorum dune façon toute spéciale, car vos ancêtres ont versé ici leur sang pour la foi et plusieurs dentre vous ont des parents rapprochés parmi nos Bienheureux Martyrs. Quelques chants agrémentent cette réunion. Monseigneur sentretient ensuite familièrement avec les séminaristes et puis visite la maison. De nombreux confrères vinrent à midi, malgré le mauvais temps, sasseoir à la table du Grand Séminaire autour de Mgr le Supérieur.

    Le soir de ce 31 Décembre il y eut à la Résidence Supérieure une réception à loccasion de la nouvelle année : Mgr de Guébriant, quaccompagnaient Mgr Chabanon et plusieurs missionnaires, eut là une excellente occasion de rencontrer les Français de Hué et lélite de la société annamite. Ensuite Mgr le Supérieur se rendit chez les Rév. Pères Rédemptoristes. Après avoir visité le vaste établissement de la communauté et le juvénat et avoir reçu les respectueux compliments des jeunes aspirants à la vie religieuse, Son Exc. prenait le repas du soir avec les Pères, en compagnie de Mgr Chabanon et de quelques missionnaires. Pendant le dîner les juvénistes régalèrent leurs hôtes avec de lexcellente musique et des chants fort bien exécutés. Avant de les quitter, Monseigneur voulut redire aux fils de St Alphonse sa joie et son merci de leur venue à Hué et les félicita de la prospérité de leurs uvres.

    Le 1er Janvier, à peu près tous les missionnaires de la Mission se trouvaient réunis à Hué pour présenter leurs hommages respectueux à Mgr le Supérieur. Son Exc., dans un entretien paternel, nous rappela les caractéristiques de la Société à laquelle nous avons lhonneur dappartenir. Elle est essentiellement missionnaire, ecclésiastique, la plus chargée de responsabilités. Et Monseigneur de tirer les conclusions pratiques : avoir lesprit missionnaire, travailler pour lEglise, établir lEglise avec désintéressement. La Société est aussi essentiellement française : nous avons donc les défauts des Français, mais nous en avons aussi les qualités, et alors Monseigneur nous dit avec une émotion visible lédification profonde quil a ressentie en voyant les exemples admirables de vertus pratiquées par certains confrères, et, ajoute-t-il, ce ne sont pas des cas isolés. Comme conclusion, Monseigneur nous exhorte à nous retremper dans lesprit de notre Société, dans lesprit apostolique, tel que nous lavions au début de notre vie de missionnaires. Au repas de midi, qui revêtit une certaine solennité, les confrères sunirent à leur évêque pour remercier Mgr le Supérieur du bien quil nous avait fait par sa visite et lui offrir leurs filiaux souhaits de bon voyage.

    Pendant les rares moments libres de son court séjour, Monseigneur reçut en particulier tous les confrères qui désiraient le voir, spécialement les plus jeunes dentre nous quil avait connus à Paris. Il se montra avec eux paternellement affectueux, leur témoignant le plus profond intérêt. Des affaires importantes concernant la Mission lui furent aussi soumises. Et Son Exc. trouva encore le temps de faire quelques promenades dans la citadelle de Hué et aux environs de la ville.

    Le 2 Janvier, de bonne heure, Mgr le Supérieur, accompagné de Mgr Chabanon et du P. Louison, quittait Hué se dirigeant vers le nord. Il visitait dabord le sanctuaire célèbre de N. D. de La-Vang et sarrêtait ensuite quelques instants chez le P. Morineau à Quảng-Trị et visitait le couvent de Cổ-Vưu. Une heure plus tard il arrivait au monastère de N. D. dAnnam à Phước-Sơn. Reçu solennellement selon le cérémonial cistercien, Monseigneur, après une pieuse exhortation aux moines, visita le monastère et y prit le repas de midi. Puis il descendit au Petit Séminaire dAn-Ninh distant denviron 25 kilomètres ; il fit dabord un petit détour pour visiter la belle église de Di-Loan et son couvent et saluer au presbytère le P. Cadière.

    Le Petit Séminaire est artistement pavoisé et illuminé. Entouré de tous les prêtres des environs et du corps des professeurs, le P. Urrutia, Supérieur, présente le séminaire et en fait lhistorique. Vient ensuite un petit compliment débité par un élève. Monseigneur répond par quelques mots dexhortation à la fidélité à la vocation. Soyez tous fidèles à votre sainte vocation. Plus que jamais les prêtres vont être nécessaires, car votre bel Annam sera chrétien en majeure partie avant que vous soyez arrivés à lâge que jai actuellement. Deux jours de congé viennent mettre le comble à la joie de cette ardente et bruyante jeunesse. Son Exc. passe la nuit au séminaire et le lendemain, après la messe de communauté et la visite de la maison, Elle reprend sa route. Arrêt à Đồng-Hới chez le P. Henri de Pirey ; Monseigneur y prend le repas de midi et puis continue son voyage. Quelques kilomètres après Đồng-Hới il franchit la frontière de notre Mission. Toujours accompagné de Mgr Chabanon et du P. Louison, il arrivait à Vinh le soir même (3 Janvier).

    Nous garderons longtemps le souvenir de cette rencontre avec notre vénéré Supérieur Général. Sa visite nous a réconfortés, dabord par lexemple du tranquille et intrépide courage apostolique quil nous donne et par les paroles brûlantes de zèle pour lextension du Règne de Dieu quil nous a paternellement adressées, et aussi par cette douce impression quil nous a laissée à tous : On sent que Monseigneur le Supérieur aime ses missionnaires.

    27 janvier 1932.

    Grand Séminaire et Maisons Religieuses. Le 19 décembre, samedi des Quatre-Temps, Mgr Chabanon fit, au Grand Séminaire, une petite ordination : deux sous-diacres et un minoré (les deux premiers ordres) pour la Mission ; deux prêtres, un minoré (les deux premiers ordres) et deux tonsurés pour le Monastère cistercien de Phước-Sơn.

    Le 8 décembre, au Carmel, la Sur Madeleine, fille dun honorable industriel français de Hué, fit sa profession perpétuelle. Ce même jour, au couvent des Filles de Marie Immaculée, il y eut cinq professions perpétuelles de religieuses annamites. Le 10 décembre, cétait au tour des Rév. Pères Rédemptoristes dêtre en fête : trois Frères annamites firent ce jour-là leurs vux temporaires et deux postulants prirent lhabit religieux.

    Le 1er janvier, au Carmel, mourait presque subitement une religieuse française, la sur Marie-Suzanne. Notre Carmel est bien éprouvé depuis quelque temps : il y a eu plusieurs décès dans la communauté, et les vocations deviennent rares.

    Retraite des Missionnaires.Elle a eu lieu au Grand Séminaire, du 13 au 19 janvier. Un seul confrère, malade, na pu y prendre part. Le R. P. Côté, Rédemptoriste, nous a fait les instructions. Sa parole tout apostolique, exposant dune façon vivante et pratique une doctrine élevée, a été une rosée bienfaisante pour nos âmes.

    uvre de la Propagation de la Foi. Une lettre pastorale de Mgr le Vicaire Apostolique, publiée au début de janvier, prescrit, conformément au désir du St Père et aux directives de la Délégation Apostolique, létablissement dans la Mission, de luvre Pontificale de la Propagation de la Foi et une journée missionnaire annuelle. Cette journée a été fixée au dimanche dans loctave de lEpiphanie.

    Loffice pontifical de Noël a été célébré par Son Exc. Mgr le Délégué Apostolique avec le concours du Grand Séminaire, à la cathédrale de Phủ-Cam.

    Conférences aux païens. Les Rév. Pères Rédemptoristes donnent régulièrement chaque dimanche des conférences sur la Religion, le matin, dans une salle de leur maison pour les hommes, laprès-midi, dans une salle de lEcole Jeanne dArc pour les femmes. Ces conférences sont faites tantôt par un Père Rédemptoriste, tantôt par un prêtre français ou indigène. Elles sont très suivies, surtout par la jeunesse cultivée, et font beaucoup de bien, en éclairant les intelligences et en attirant des sympathies à la religion catholique. On sent la mentalité des auditeurs se transformer peu à peu et déjà il y a eu quelques demandes de baptême.

    Le dimanche 24 janvier cest le R. P. Dom Benoît, Prieur du monastère de Phước-Sơn, qui donna les deux conférences, sous la présidence de Mgr Chabanon, quentouraient un certain nombre de missionnaires et de prêtres indigènes. Le conférencier avait intitulé sa causerie : Le secret des monastères catholiques. Ce titre suggestif et surtout le renom de lorateur, renom de vertu et de talent, avaient attiré un auditoire beaucoup plus nombreux que dordinaire, plus de trois cents hommes le matin : mandarins, professeurs, étudiants, gens du monde, et laprès-midi un nombre presquégal de femmes de la meilleure société, en particulier des étudiantes. Ces auditeurs du matin et du soir étaient tous des Annamites, la conférence étant donnée en langue annamite, et la plupart païens. Après avoir dit ce que nétaient pas les moines catholiques (ni des fainéants, ni des ignorants, ni des dégoûtés de la vie, ni des égoïstes) et exposé leur vie de prière, de mortification et de travail, Dom Benoît révéla leur secret, qui nest autre que lamour de Dieu, dans lordre surnaturel. Cet ordre surnaturel étant, de par la volonté de Dieu, pour tout le monde, les auditeurs purent tirer la conclusion pratique, dentrer dans cet ordre surnaturel par la conversion au catholicisme. La vue seule du Prieur de Phước-Sơn, avec sa belle figure ascétique émergeant de lample coule blanche, impressionna tout dabord profondément lauditoire. Sa parole vivante et chaude, ses comparaisons pittoresques mettant les hautes vérités de notre sainte religion à la portée de tous, la limpidité et la conviction de son exposé, le tinrent suspendu à ses lèvres et soulevèrent son admiration. Cette bonne semence jetée dans lesprit de ces pauvres païens y germera quelque jour, espérons-le, car la classe cultivée annamite est actuellement très travaillée par lidée religieuse.

    Menées communistes. Depuis quelques mois dans la région au nord de la province de Quảng-Trị on a trouvé une nouvelle formule de partage des biens. Des individus arrivent à limproviste au nombre dune ou plusieurs centaines pour dévaliser une maison riche de leur choix. Pendant que quelques-uns gardent toutes les issues du village pour que personne ne puisse aller chercher du secours, les autres pénètrent dans la maison. Chacun des assaillants est porteur dun billet sur lequel est inscrit le nombre de paniers de riz et le nombre de ligatures quil recevra pour sa part. On se présente au maître du logis et on lui demande poliment à emprunter son riz et son argent.... à fonds perdu évidemment. Si le propriétaire fait mine de résister, quelques individus le tiennent en respect. Et le pillage méthodique commence. Chacun savance avec son billet et reçoit la quantité marquée. Tout le monde étant servi et la maison soulagée de son riz et de ses sapèques, les pillards sen vont sans toucher à autre chose. Cette manière de mettre le communisme en pratique paraît bien avoir été inspirée par les agents de Moscou. Cest le brigandage organisé. Plusieurs maisons riches avaient été ainsi mises à sac, mais les voleurs sétaient toujours arrangés pour que laffaire fut étouffée, quand un beau jour, un propriétaire chrétien ainsi attaqué se montra récalcitrant ; une bagarre sensuivit, des dénonciations furent portées en haut lieu et la Sûreté se mit à travailler. Lopération fut fructueuse. Des papiers saisis et des aveux des personnes arrêtées il apparut clairement que tous les villages païens des environs étaient imprégnés de la doctrine communiste. On acquit aussi la preuve, daprès ce que lon raconte, que ces pillages méthodiques devaient être suivis prochainement dexploits dun autre genre, de lattaque et de la destruction des chrétientés par les villages païens. On aurait commencé par les chrétientés isolées, et puis tous les village païens de la région réunis, après avoir tué le préfet, se seraient jetés sur le groupe important de paroisses qui avoisinent Cữa-Tùng, région qui porte le nom de Terre-Rouge. En ce temps de disette il est facile à quelques meneurs décidés de faire marcher les gens par lappât du pillage : on recommencerait simplement lhistoire des destructions et des massacres dont cette région fut le théâtre en 1885. Des opérations de police ont amené de nombreuses arrestations dans les villages païens et les principaux coupables ont été condamnés à des peines diverses. Mais (il fallait sy attendre) les instigateurs du mouvement, deux étrangers, dit-on, ont disparu dès que le complot a été éventé. Les chrétiens, un moment fort émotionnés, commencent à se ressaisir, et le calme revient. La morale de cette aventure cest que les autorités doivent avoir toujours lil ouvert, car le communisme ne cesse de travailler dans lombre et tâche de sinfiltrer partout.


    Siam

    19 janvier 1932.

    Visite de S.E. Mgr de Guébriant.

    Le mardi 8 Décembre à midi 05 exactement arrivait à Bangkok Monseigneur le Supérieur Général accompagné du Rév. Père Morin de la Procure de Singapore. S. E. Mgr Perros qui était allé rejoindre lauguste visiteur et lui offrir ses vux de bienvenue à une soixantaine de kilomètres de Bangkok, lui présenta lui-même son clergé, quelques personnalités et des chrétiens venus à sa rencontre sur le quai de la gare. S. E. Mgr Gouin, avec sa simplicité coutumière, sétait joint à la foule heureuse descorter jusquà leur limousine les trois vénérés Prélats. Ceux-ci, quelques minutes plus tard arrivaient à la Nouvelle Procure dont linstallation sachevait à cette heure même. Le pavillon français était alors hissé et la prise de possession savérait complète, lors du déjeuner offert à tous les Confrères présents, sur la vérandah du premier étage. Mais dès trois heures de laprès-midi, infatigable, Monseigneur le Supérieur donnait aux Evêques et aux Missionnaires, son premier entretien. Nous nessaierons point de résumer les communications verbales du Supérieur Général. Il est des horizons matériels que lil peut embrasser mais il existe par contre des perspectives et des sommets que le cur et lâme seuls évoquent et conservent cum gaudio magno.

    La bénédiction de la Procure fut pour tous, au soir de ce huit décembre, une de ces joies intraduisibles et que la Mère de toutes les Missions Filles de la Société des Missions-Étrangères conservera pieusement. On hésite à retracer lhistorique de cette procure attendue pendant deux cent soixante quinze ans par les successeurs de lillustre Monseigneur Pallu. Comme le disait vers la fin de son toast de remerciement à Monseigneur de Guébriant, le Rév. Père Chorin, procureur : Depuis le 22 Août 1662, quarrivèrent à Ajuthia, Mgr de La Motte Lambert, Jacques de Bourges et François Deydier et le 27 Janvier 1664, lillustre Monseigneur Pallu, Siam a progressé. Il est juste que la Mission collabore à ce progrès, quelle se printanise comme le jeune peuple siamois quun prodigieux souffle nationalise. Partout et toujours : primauté du spirituel, soit : la consigne est divine, mais le misereor super turbam, cest-à-dire le progrès, le bien-être matériel, suit de près dans lesprit et dans le cur du divin Maître lIte, docete omnes gentes. Tout récemment dans une lettre adressée le 2 Octobre à lépiscopat du monde catholique, Sa Sainteté Pie XI nous le rappelle et nous invite à une croisade pour conjurer autant que faire se peut la crise économique mondiale. Il nous demande certes dapporter du réconfort et de laide aux âmes, mais aussi de donner le pain qui nourrit les corps. Quand après votre bienfaisante randonnée, vous retournerez à Rome, Monseigneur le Supérieur, vous ferez un immense plaisir à Sa Sainteté en lassurant de vive voix que vous lavez vu très abondamment distribué, ce pain matériel, par vos missionnaires constructeurs déglises et de chapelles, de séminaires et de couvents, décoles et dhôpitaux, de lazarets et dorphelinats, dasiles, de crèches, de procures, etc.. Tels, de vrais apôtres, ils prêchent et baptisent, mais comme de bons samaritains, ils recueillent aussi, vêtent, nourrissent, aident, consolent des millions dAsiatiques. Ils prodiguent tout, vos missionnaires, leur science, leur temps, leur argent, leurs forces, leur vie, leur sang, leur âme. Songent-ils vraiment à leurs pauvres personnes ? A eux-mêmes ? Quand on constate dans presque tout lExtrême-Orient létat primitif de leurs habitations et les ressources dont ils disposent : on pourrait en douter.

    Cest donc stricte justice que de leur offrir au moins au centre de chaque Mission, un asile accueillant pour y refaire leurs forces et reprendre haleine. Après une halte reposante, la chaîne quotidienne des préoccupations devient plus légère et la joie plus éclatante entre frères. Lâme, le cur et le corps reposés, épanouis, rajeunis même reprendront force et courage pour la lutte du lendemain, pour le fécond et incessant labeur apostolique.

    La réponse à ce toast, fut celle dun Père à son Fils, qui vient de réaliser une uvre dinappréciable utilité.

    Dès le lendemain matin, 9 Décembre, le Supérieur Général croquait à la volée tous les établissements religieux de Bangkok et le soir, saisissait de son compartiment les paysages siamois qui devaient se dérouler durant les 24 heures de train qui séparent Bangkok de Chiengmai. Territoire immense où se trouvent dispersées quelques oasis chrétiennes, lentes à se développer. Pour christianiser ces sept cent cinquante kilomètres et plus jusquà la frontière, on ny découvre pas une dizaine entière de semeurs évangéliques. Cest la grande pitié des églises du nord siamois qui réclament des prêtres et des ressources. Nous espérons que ce voyage fatigant, entrepris par le Chef de la Société des Missions-Étrangères aura de précieux résultats.

    Ces résultats, dailleurs, ont été suggérés, voire implorés, nous en sommes sûrs, par la glorieuse phalange des fondateurs mêmes de notre vénérable et vaillante Société, dont les traces se retrouvent encore dans lantique Ajuthia où voulut célébrer la Sainte Messe le Supérieur Général. Cétait une halte dâme reposante que simposait le successeur de ceux dont il continuait la tâche, dont il conservait lesprit, dont il voulait ranimer la flamme. Il y eut, cest certain, un échange de vues sereines, ou mieux, une communion dâmes entre les Anges Gardiens de ce corps mystique dispersé dans tout lExtrême-Orient. On fit le point de cette course au divin qui, des Indes au Thibet et au Japon, reste le fief de choix et lapanage presque exclusif des missionnaires de la rue du Bac. On y spécula sans doute sur les divers génies des peuples à évangéliser, sur leurs passions actuelles passablement belliqueuses, sur les scandales qui divisent, sur lor audacieux et ondoyant, sur les idées en évolution qui conduisent aux révolutions, sur le reclassement des patries. Puis, après un regard et un regret donnés au passé, vint lascension vers des périodes riches en droit et en vertu. Demain, le bon Dieu y sera avait coutume de dire Mistral. De toute notre âme, nous y croyons à cette présence nécessaire de Dieu dans cette Asie contradictoire où le plan divin sexécute. Bien mieux, nous osons dire, aujourdhui déjà Dieu sy trouve, sy maintient et sy manifeste avec éclat.

    De retour à Bangkok, Monseigneur de Guébriant continua ses visites aux églises et aux couvents durant la journée du dimanche 13 Décembre. Cétait la solennité externe de Saint François-Xavier dont la messe fut excellemment chantée par le Révérend Père Morin. Puis, ce jour même, le Ministre de France reçut à déjeuner Notre Supérieur Général, S. E. Mgr Perros et le Révérend Père Chorin. Le soir, un dîner dadieu fut donné à la nouvelle procure. S. E. Mgr Perros, au moment des toasts remercia vivement notre Supérieur Général de sa visite au Siam et il tint à lassurer que lui-même et tous ses missionnaires restaient cordialement attachés à sa vénérable personne par les liens dune collaboration très affectueuse et très religieuse. Dans sa réponse, Monseigneur de Guébriant fit une gerbe des activités présentes quil demandait aux missionnaires du Siam et leur confia ses espérances davenir. Il leur demanda, malgré leur petit nombre et les ressources déficientes par suite de la crise économique, daller quand même de lavant et de développer leurs uvres dapostolat. Il est des besoins immédiats auxquels il faut répondre, des initiatives urgentes quil convient dencourager, des âmes à sauver sans délai. Il recommanda finalement létroite liaison des Missionnaires avec les Membres du Conseil Central et le Supérieur Général, liaison vraiment indispensable pour lunité du plan daction et le succès.

    Puisse cette visite au Siam, qui sest terminée le lundi 14 Décembre au matin, porter des fruits nombreux et savoureux dont les germes ont été déposés à travers plaines et forêts, inlassablement, par le Semeur de lumière, didéal et de charité, quest le Supérieur Général de la Société des Missions Etrangères de Paris.


    Laos

    16 janvier.

    Nongseng
    Le 5 janvier, au soir, nous sont arrivés trois mages, venus dOrient. Ce jour là nous avions lhonneur et la joie de recevoir Son Excellence Mgr de Guébriant, Supérieur de la Société des Missions-Étrangères, accompagné des Pères Victor Barbier et Louison.

    Le mercredi matin, 6, visite à notre école de catéchistes-instituteurs dont le Supérieur, le P. Boher, se remet lentement de sa maladie doctobre dernier... Au repas de midi, le gâteau des Rois. Sans protection aucune, Monseigneur le Supérieur trouva la fève dans sa part. Tous les présents, Mgr Gouin, les PP. Combourieu, vicaire délégué, Figuet, Malaval, Marchi, Fraix, Tenaud, les Pères indigènes Lazare et Edouard, bénirent le sort qui choisissait le plus digne et crièrent : Vive notre Roi, ad multos annos. Puis Monseigneur choisit sa Reine. Le Père Lazare, un chinois, Laotien depuis 1885, fut élevé à cette dignité. Astitit regina a dextris tuis, in vestitu deaurato. Le Père Lazare aura un ornement du Sutchuen, couleur au choix. Un mauvais plaisant lui souffla à loreille de prendre la couleur violette, mais le Père lui répondit que lad multos annos était aussi pour la Reine. Et il fit son choix avec son Roi.

    Au cours de la journée, tous les Pères présents furent reçus par Mgr le Supérieur qui, dans laprès-midi, nous fit une merveilleuse conférence sur le Missionnaire, un envoyé de Dieu ad Gestes.

    Monseigneur nous quitta le mercredi soir, obligé quil était de partir de Thakhek dès 4 h. ½ du matin pour pouvoir être à Vinh dans laprès-midi. Monsieur Grossin, Résident de la province, tint à le recevoir chez lui et invita au dîner, le soir, Mgr Gouin et les Pères qui étaient venus avec lui accompagner Mgr le Supérieur Général. Que Monsieur le Résident de Thakhek soit remercié de sa tant aimable hospitalité.

    Le séjour de Son Excellence a été bien court parmi nous, mais nous ne pouvions demander davantage ; cétait un dur voyage de près de 600 Kil, sur une route difficile, QuElle veuille bien trouver ici nos respectueux et bien sincères remercîments davoir bien voulu venir jusquà nous. Ad multos annos à Notre Vénéré Supérieur et à notre Roi à la Reine aussi.

    Le R. Père V. Barbier, de Vinh, est nôtre depuis le 5 janvier. Nous avons ici, aux environs de Thakhek, un bon nombre dAnnamites dispersés sur les chantiers des mines détain, du chemin de fer, des routes. Le Père Barbier a bien voulu quitter son joli coin dAnnam pour venir soccuper de ces pauvres gens, un peu délaissés, faute de missionnaires, et fonder la chrétienté de Thakhek où, depuis longtemps, Français et Annamites demandaient un Père.

    Un des trois rois Mages nous reste. Merci.


    Pondichéry

    8 janvier

    Grand Séminaire. Le R. P. Gayet, Supérieur, et les RR. PP. Veyret, Quinquenel et Bassaistéguy, Directeurs, ont offert, le Samedi 19 décembre, à nos cinq missions de lInde, une jolie gerbe de 27 Ordinands : 8 tonsurés, 8 minorés, 10 sous-diacres et 1 prêtre. Les sous-diacres se départageaient ainsi : 3 pour Pondichéry, 3 pour Bangalore, 2 pour Coïmbatore et 3 pour Kumbakônam. Le seul prêtre ordonné fut le R. P. Victor Leblanc, de Pondichéry, lequel chantait sa première messe le lendemain en léglise cathédrale.

    Chandernagor. Comme nous lannoncions le mois dernier, Mgr lArchevêque sest rendu dans cette ville en compagnie du R. P. Gayet. Ce fut une grande joie pour la population catholique de ce petit coin de terre française quarrose LHougly de ses eaux calmes et boueuses ; une allégresse aussi pour le vétéran quest le R. P. Durier, lequel porte le plus allègrement possible ses 70 ans bien sonnés. Le Dimanche 29 novembre, 72 confirmands se pressaient en léglise paroissiale, si coquette et si propre, pour recevoir, des mains de Mgr Colas, le Sacrement qui fait les vrais soldats du Christ.

    Jeunesse paroissiale de la Cathédrale. Ce Cercle que dirige le R. P. Combes donnait, le Dimanche 13 décembre, une soirée théâtrale en la salle des fêtes du Petit-Séminaire-Collège. M. Thomas Aroul, Président du Conseil général, avait aimablement accepté de la présider. Deux comédies au programme : LOiseau et Le gros lot. Elles furent interprétées par un bon choix dacteurs, parmi lesquels nous nous plaisons à nommer Soundirardja, A. Annasse, Louis Joseph, R. et S. Ignace et A. Ratiney. Le Dimanche suivant, à loccasion de son 3ème anniversaire, ce même Cercle, sous la Présidence de Mgr lArchevêque, conviait ses amis à une conférence sur le Sacerdoce catholique que M. Mangalam, médecin, fit avec beaucoup de foi et déloquence.

    Retraite. Nous recommandons aux prières de nos lecteurs la Retraite sacerdotale des missionnaires de Pondichéry, laquelle doit commencer le Samedi soir, 9 janvier. Le prédicateur en sera le T.R.P. Frly, S. J., de la Mission de Trichynopoly.

    *
    * *

    La Round Table Conference terminée, chacun prit son billet de passage pour Bombay et rentra dans ses foyers. Le grand dictateur Gandy, embarqué sur le Pilsner, bateau italien, débarque à Bombay le 28 décembre : salut, sur le quai, par une réception très solennelle soulignée de quelques petits incidents sans portée, de bousculades pas sérieuses, et de quelques coups de lathi administrés dune main bénévole par la police. Bref, tout semblait pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais latmosphère était orageuse et le baromètre politique était loin dêtre au beau fixe.

    Rien nayant été conclu à Londres, quallait-il se passer dans lInde ?
    Les grosses têtes du congrès, naturellement, prirent langue avec Gandy, et puisque la question de lIndépendance navait pas fait un pas, et que, en dépit de moult parlottes, conférences, discours, congrès, sa réalisation se perdait dans la brume des calendes grecques, eh bien ! on reprenait la civil disobedience et le boycottage des marchandises anglaises.

    Mais quelques jours auparavant, sur la frontière nord, à Peshawar, à Lahore, Bombay, Calcutta, le groupe révolutionnaire dit des red shirts ou chemises rouges, (ça rappelle Garibaldi, et lhistoire recommence) se mit à sagiter, tuer, assassiner. Le Gouvernement de lInde, appuyé cette fois par un gouvernement nationaliste et conservateur à la Métropole, mobilisa sa police et ses soldats, donna des pouvoirs plus étendus à ses magistrats et ouvrit à deux battants la porte de ses prisons en attendant la potence.

    Restaient le Congrès et les congressistes ; Gandy manqua de prudence et, avec hauteur, demanda au Vice-roi, Lord Willington, raison des mesures prises contre les révolutionnaires et les arrestations opérées. Le ton était loin dêtre poli et daprès toutes les règles de la diplomatie.

    Le Vice-roi répondant par une ordonnance, déclara le Congrès illégal (unlawful) et décréta darrestation quiconque parlerait désobéissance civile, ferait des réunions et aiderait en quoi que ce soit, par discours ou par la presse, le Congrès dans le but quil cherchait à atteindre.

    De là arrestations sur arrestations ; renouvelant le geste de Tarquin lAncien, le Gouvernement de lInde a arrêté et continue à arrêter les leaders, inter quos Gandy, lequel a retrouvé dans sa bonne prison de Jerravada, la cellule quil occupait lan dernier.

    Que nous réserve lavenir ? le prochain numéro du Bulletin vous le dira peut-être.


    Mysore

    23 janvier.

    Les fêtes de Noël ont été célébrées très solennellement à Bangalore. Deux Messes Pontificales ont été chantées à minuit ; lune, par Son Excellence le Délégué Apostolique, à la Cathédrale, bondée deux heures avant la cérémonie, et la seconde, par Monseigneur Despatures, dans la nouvelle église Saint François-Xavier, que Jésus-Hostie est venu visiter pour la première fois.

    De cette nouvelle et puissante bâtisse il sera parlé ultérieurement.
    Le Père Malfrayt, de la Mission de Salem, dabord en traitement à Sainte Marthe, puis à lHôpital Bownring, nous a quittés pour un monde meilleur le 27 décembre. Mgr Prunier appelé en hâte put assister à ses derniers moments, et le lendemain présida les obsèques célébrées en léglise St Mary en présence de Mgr Despatures et dun grand nombre de confrères. Que Monseigneur de Salem et tous ses missionnaires daignent accepter les sincères sentiments de condoléances des missionnaires de Mysore ! Ceux qui ont approché notre regretté confrère peuvent mesurer la perte que vient de nouveau subir la plus jeune de nos Missions de lInde.

    Le jour même des obsèques du P. Malfrayt, à peine la cérémonie terminée, les cloches de lEglise du Sacré-Cur annonçaient une autre mort, celle du vicaire de la paroisse, le Père Puronthuruthil, décédé à Sainte Marthe après une longue et pénible maladie. Le Père était le benjamin des prêtres diocésains de la Mission de Mysore, il avait été ordonné le 22 décembre 1931.


    Salem

    décembre et janvier.

    Le mois de décembre a été marqué par la série des Triduum célébrés en plusieurs endroits, en lhonneur du Concile dÉphèse, notamment à. Kovilur, par le P. Sovignet, à Suramangalam, par le P. Laplace, à la Cathédrale, par le P. Mercier.

    A Namakal, nouvel afflux de catéchumènes dont 15 familles recevaient dernièrement le baptême après une bonne préparation due aux efforts conjugués des PP. Hourmant et Jusseau.

    A Salem, un nouveau coup de filet du P. Mercier amenait au baptême une vingtaine dadultes païens.

    Le crépuscule de lannée a été assombri par un nouveau deuil, pour notre jeune mission déjà si éprouvée durant ces deux dernières années par la perte de 6 confrères. Le surlendemain de la Noël, le bon Père Malfrayt, hospitalisé à Bangalore depuis le 11 novembre, succombait des suites dune opération, entre les bras de son évêque volé à son chevet, gardant jusquau dernier soupir sa lucidité desprit et restant jusquau bout ce quil avait toujours été, mitis et humilis corde, doux comme un agneau et humble comme un violette. A ses obsèques, présidées par Mgr Prunier, assistaient 24 confrères et de nombreuses délégations des paroisses, des couvents et des écoles de Bangalore.

    Laurore du nouvel an a convoqué les confrères à la retraite annuelle et langustia loci jouant encore cette année, leur a valu une nouvelle ascension vers les cimes de Yercaud où le P. Gayet, Vicaire Général de Pondichéry, a essayé, avec quel cur et quelle âme ! de les entraîner plus haut, toujours plus haut, vers les sommets de la sainteté.

    Vers la mi-janvier, le P. Hourmant prêchait la retraite aux catéchistes et maîtres décole réunis au Séminaire.

    La mort du P. Malfrayt a entraîné quelques changements pour pourvoir à son remplacement : cest le P. Brun qui lui succède àAtur, remplacé à Settipatti par le P. Michel qui cède son poste dIddapadi au P. Jusseau dont le vide fait à Namakal par son départ, sera comblé par le P. Harou, qui a déjà, pour Noël, donné son premier sermon en tamil et entendu des confessions.

    Le P. Ligeon annonce pour les premiers jours de février, son retour de Birmanie où il a été voir son cousin le P. Jarre et passer une sainte quarantaine sous son toit si hospitalier.


    Maison de Nazareth

    Visite de Monseigneur de Guébriant.

    Monseigneur le Supérieur Général, venant de Kouang-Tchéou-Wan, arriva à Hongkong au lever du jour le 16 janvier. Le P. Biotteau, Procureur Général et le P. Moreau, assistant procureur, étaient allés lattendre à larrivée du Tonkin. Il fut salué au débarcadère par les supérieurs de Béthanie et de Nazareth. Après avoir célébré la sainte messe dans la chapelle de la Procure, S. E. fixa immédiatement lordre de son séjour à Hongkong, puis elle prit connaissance du volumineux courrier qui lattendait.

    En route pour Pokfulum il rendit visite à Mgr Valtorta, Vicaire Apostolique de Hongkong, et arriva à la Maison de Nazareth pendant la lecture spirituelle qui précède le repas. Il y passa laprès-midi à causer avec les confrères et rentra à la Procure dans la soirée.

    Le lendemain dimanche, il célébrait la sainte messe au Couvent des Surs de Saint Paul de Chartres et à 11 heures et demie revenait à Nazareth où lattendaient tous les confrères des trois maisons de la Société à Hongkong, réunis à la bibliothèque pour entendre une conférence de Son Excellence. Nos Seigneurs Rayssac et Albouy venus pour saluer notre vénéré Supérieur voulurent bien y assister. Monseigneur laissa parler son cur et nous dit toutes les raisons que nous avions daimer notre chère Société et de ne pas abandonner ses belles traditions de dévouement absolu à lEglise et de désintéressement dans les uvres.

    A se voir entouré dune si grande compagnie Mgr put se croire au séminaire de la rue du Bac, les jours de grande réunion : avec les confrères venus pour la retraite nous nous trouvions 24 à table.

    Après avoir donné la bénédiction, Mgr le Supérieur Général passa le reste de la journée à causer avec les confrères. Le lendemain, il retourna à la Procure où le P. Biotteau avait invité S. E. Mgr Valtorta et les représentants des différentes congrégations religieuses de Hongkong. Dans laprès-midi, il rendit visite aux Petites Surs des Pauvres à Kaoloon et le soir il sembarquait pour Canton.

    A son retour, sans prendre un instant de repos il se fit conduire au Sanatorium de Béthanie où nous nous trouvions de nouveau tous réunis, et où il tint à passer la soirée à causer avec nos malades.

    Parti à Swatow le 22, il revenait le 27 passer la nuit à Nazareth.
    En prenant connaissance du courrier qui arrivait dEurope, nous avions appris que notre vénéré Supérieur avait perdu son frère si aimé vers la fin de décembre. Monseigneur navait rien dit de sa grande douleur, nous ne la connaissions que par les journaux, mais nous ne pouvions pas ne pas nous associer au deuil qui frappait notre père. Aussi tous les confrères étaient-ils présents le lendemain 28 au service chanté pour le repos de lâme de Monsieur le comte Alain de Guébriant.

    Comme depuis la veille au soir nous étions en retraite, Monseigneur voulut bien nous donner une instruction et nous remit devant les yeux toute la grandeur et la beauté de notre belle vocation.

    Toute la matinée il resta à la disposition des confrères qui désiraient le voir, et descendit le soir à la Procure. Le samedi 30, il revint nous faire ses adieux et fit passer dans son accolade tout ce quun père a dattachement pour ses fils. A trois heures il sembarquait à bord du Canton pour Haiphong emportant avec nos remercîments nos vux et nos prières.

    Retraite.
    La retraite commune, annoncée dans le Bulletin de mai 1931, souvrit à la date prévue, le 27 janvier au soir. Etaient venus y prendre part les PP. Chevènement et Boudillet (Phatdiem), Becmeur (Swatow), Fouillat (Bangkok), Pollet Moukden), Molimard (Séoul), Piffaut et Destombes (Collège Général de Pinang), Merceur (Birmanie Septentrionale, en traitement à Béthanie). Avec les membres de la Maison de Nazareth, sauf le P. Bailleau malade, cela portait à 16 le nombre des confrères qui profitèrent des exercices spirituels donnés par le Rév. P. Cousineau, Supérieur des Pères Rédemptoristes de Hué. Labsence absolue de toute recherche, la simplicité charmante et lesprit foncièrement surnaturel du prédicateur firent sur les auditeurs la plus profonde impression. Chacun put faire ample provision dénergie nouvelle pour reprendre sa tâche avec plus dentrain que jamais.

    Epreuves. Mort des PP. Durand et Grandpierre.
    Tandis que nous nous réjouissions de la présence à Hongkong de notre vénéré Supérieur, le bon Dieu ne nous ménagea pas les épreuves. Notre cher P. Bailleau, le dévoué directeur du Bulletin, se reposait à Béthanie attendant de pouvoir aller demander au climat natal le rétablissement complet de sa santé, quand, le 22 dans la soirée, une crise aggrava son état et limmobilisa au lit. Nous adressons à Dieu nos plus ferventes prières pour notre cher malade.

    Le dimanche 24 nous recevions lannonce de la mort en France du regretté P. Durand, et une heure plus tard un coup de téléphone nous avertissait que notre cher doyen, le P. Grandpierre, perdait ses forces à vue dil. Dans la nuit de Noël ce cher confrère avait voulu célébrer ses trois messes, mais il avait dû sarrêter après la seconde. Les jours suivants se sentant plus fatigué il avait désiré aller à lhôpital. Le docteur avait diagnostiqué une anémie pernicieuse, mais le Père restait confiant et nous ne nous attendions pas à un dénouement aussi rapide. Deux visites reçues ces jours derniers lui avaient fait le plus grand plaisir : Dabord celle de son ancien Vicaire Apostolique, Mgr de Guébriant, et plus tard celle de Monsieur Pasquier, Gouverneur Général de lIndochine, qui, de passage à Hongkong, avait tenu à aller voir le P. Grandpierre et rappeler avec lui les premiers temps de la conquête du Tonkin. Ces visites semblaient lui avoir donné un regain de forces, le Père en profita pour recevoir les derniers sacrements en pleine connaissance et avec une piété vraiment édifiante. Jusquau bout il resta ce quil avait été ; énergique et gai. La veille de sa mort il riait avec les confrères annonçant que le grand départ était pour le lendemain. On crut à une plaisanterie, mais de fait, dans la matinée du dimanche 24, la maladie fit de tels progrès que Mgr le Supérieur de la Maison de Nazareth arriva juste à temps pour recevoir le dernier soupir de notre doyen qui sest endormi tel un petit enfant.

    Les funérailles eurent lieu à Nazareth, et sa dépouille mortelle fut conduite au petit cimetière de notre Sanatorium. R. I. P..


    Séminaire de Paris

    1er janvier.

    Au commencement de la nouvelle année les Echos sont heureux doffrir leurs vux de bonne et sainte année aux confrères qui sont en France. Daigne Dieu guérir les malades et préparer pour tous un heureux retour en mission. La moisson reste grande et nous ne devons pas oublier notre vocation de missionnaires.

    Un petit retour sur lannée écoulée est de circonstance, et nous devons remercier Dieu que la liste de nos morts soit moins longue que les années précédentes. Vingt confrères sont décédés en 1931 dont 8 en France. 54 confrères sont rentrés en France, malades ou en congé régulier et 39 ont repris le chemin de leur mission.

    A notre ordination du 19 décembre ont pris part plusieurs étrangers, un prêtre de la congrégation du S.-C. de St-Quentin, un prêtre et un diacre de Meaux, deux sous-diacres et un minoré du collège des Irlandais à Paris. La veille, Mgr Rossillon avait conféré la première tonsure à deux des ordinands du lendemain.

    Cinq aspirants prêtres ont été appelés au départ en mission pour avril prochain.

    Bonnes nouvelles de Mgr le Supérieur. Son Excellence, après avoir visité les missions de Birmanie, arrivait à Pinang le 29 novembre et devait y faire deux ordinations à quelques jours dintervalle. Malheureusement un deuil cruel est venu latteindre pendant son absence. M. le Comte de Guébriant, son frère aîné, sest éteint le 25 décembre. A ses obsèques qui avaient lieu le 28 à St Pol de Léon, les PP. Robert et Gros représentaient la Société. Les obsèques furent grandioses et émouvantes, preuve du respect et de la popularité dont le défunt était entouré en Bretagne. Les confrères auront pour lui un souvenir devant Dieu et prieront aussi pour Mgr le Supérieur dont la peine doit être doublement grande.

    Hier soir les aspirants ont offert leurs vux au P. Robert, 1er assistant, et après le dîner, les confrères présents à Paris se réunirent à la salle du Conseil. Le P. Boulanger se fit linterprète de tous et formula des vux pour notre chère Société, présents et absents en eurent leur part.

    De passage à Paris les PP. Grimard, Alb. Thomas, Marion, Toudic.

    15 janvier.

    Le 6 janvier, notre fête patronale a été célébrée comme de coutume avec la plus grande solennité. Son Excellence le Nonce Apostolique chanta la messe, en présence des deux communautés réunies ; puis à 11 h. le P. Robert, 1er Assistant, présenta les aspirants à Son Excellence. Ceux-ci lui offrirent leurs vux dheureuse année, et après quelques paternels conseils et encouragements le Nonce leur accorda un jour de congé. A midi, tous les supérieurs de congrégations missionnaires, ainsi que les Directeurs des trois uvres Pontificales et M. le curé de St François-Xavier, prirent part à nos fraternelles agapes. A la fin du repas, Mgr le Hunsec tint à exprimer son souvenir et son admiration pour Mgr de Guébriant qui, au loin, visite nos missions et apporte aux missionnaires le réconfort de sa présence. Dans la soirée, Mgr le Supérieur envoyait un sans fil de Thakhek (Laos), nous disant sa pensée et son union de prières dans ce jour de fête de famille. Le lieu doù partait ce télégramme nous indique que le programme du voyage est exécuté comme il avait été prévu.

    Une douloureuse épreuve est venue assombrir les premiers jours de lannée. Un de nos aspirants, M. Gauclère, du diocèse de Lyon, sous-diacre de la dernière ordination, est tombé dangereusement malade, atteint de phtisie et sans espoir de guérison. Il est décédé le mercredi 13 janvier, à lhôpital St Joseph, dans dadmirables sentiments de foi et de piété. Il souriait à la mort, encouragé par son père et sa mère accourus à son chevet. Cette mort si sainte a produit dans tout lhôpital une émotion profonde. Les funérailles, auxquelles assistait la communauté de Bièvres, ont eu lieu ce matin dans notre chapelle. Linhumation sera faite à Ecully, près de Lyon.

    La vie du P. Nempon, épuisée depuis longtemps, vient dêtre rééditée par la maison Desclée. Le P. Papinot avait bien voulu réviser le travail de M. le chanoine Monteuis. On trouvera cet ouvrage au Secrétariat.

    Dans la promotion des chevaliers de la Légion dHonneur du 1er janvier, figure le P. Durand, récompensé de ses longs services dans les colonies. M. Doumer, Président de la République, avait daigné lui annoncer lui-même cette nomination.

    De passage à Paris : les PP. Grandjanny, hospitalisé maintenant à St Joseph, Lucas et Palluel.

    1932/191-236
    191-236
    Anonyme
    France et Asie
    1932
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