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Chronique des Missions et des Etablissements communs 5

Chronique des Missions et des Etablissements communs Tôkyô 31 mars. Les agences de presse ont fait savoir au monde le désastre qui soudainement, dans la nuit du 3 décembre, était venu fondre sur les régions avoisinant Morioka et Hachinohe, au nord du Japon, et les ruines causées parmi les populations riveraines du Pacifique par le tremblement de terre et le raz de marée qui avait suivi.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs

    Tôkyô

    31 mars.

    Les agences de presse ont fait savoir au monde le désastre qui soudainement, dans la nuit du 3 décembre, était venu fondre sur les régions avoisinant Morioka et Hachinohe, au nord du Japon, et les ruines causées parmi les populations riveraines du Pacifique par le tremblement de terre et le raz de marée qui avait suivi.

    Les catholiques de la mission de Tôkyô ont tenu à montrer leur sympathie envers leurs compatriotes éprouvés par la perte de nombreux soutiens de famille, de leurs maisons et de leurs biens, dans une saison où sévit encore un froid rigoureux. En dehors des dons particuliers, les collectes faites dans les églises le dimanche, 5 mars, sur linvitation de Mgr lArchevêque, ont permis de faire parvenir aux sinistrés, au nom des catholiques, une somme dépassant douze cents yen, ainsi que plusieurs paquets dhabits.

    La même région avait été visitée le 15 juin 1896 par un désastre analogue, et un missionnaire de notre Société, le P. Rispal, qui se trouvait en tournée dambulance à Kamaishi, avait disparu dans le raz de marée.

    A propos de cataclysme, on sait déjà que depuis celui qui dévasta les régions de Tôkyô et de Yokohama le 1er septembre 1923, les deux cités se sont hâtées de réparer leurs ruines et de reconstruire les quartiers endommagés par le tremblement de terre et lincendie, daprès des plans qui les ont embellies considérablement.

    La ville de Yokohama qui avait le plus souffert du désastre, et offrait sur toute sa superficie laspect dun district désolé dArabie Pétrée, a été plus lente que Tôkyô à se relever de ses ruines. Et même il reste encore dans lancienne Concession et sur le Bluff, où les étrangers occupaient de jolies villas entourées de jardins, nombre de terrains vagues qui demeurent comme témoins du passage du fléau.

    Pour ce qui concerne léglise du Sacré-Cur, située au nº 44 du Bluff, avec la maison qui avait servi de presbytère et de procure, elle avait été remplacée par une chapelle provisoire, où depuis quelques années les paroissiens se trouvaient à létroit. Ce provisoire ne pouvant durer indéfiniment, le pasteur a fait commencer ces temps derniers la construction dune église définitive, qui doit être inaugurée au mois doctobre prochain, et qui, bâtie en ciment armé, comprendra une crypte où seront aménagées diverses salles de réunion et un auditorium pour des séances, ainsi que léglise proprement dite.

    Dans le but daugmenter le building fund, une séance musicale a été donnée, le 14 mars, au Memorial Hall de Yokohama, sous le patronage de S. E. Mgr lArchevêque de Tôkyô, du gouverneur et du maire de Yokohama et des principaux consuls étrangers. Le concert, où des artistes renommés, comme M. Fery Lorant, violoniste hongrois, M. Rolf Forner, pianiste autrichien, et une cantatrice polonaise, Mme Julia Markoyska, ont donné à lauditoire qui remplissait la salle et les tribunes le régal de morceaux de choix, a été un véritable succès. La séance avait été organisée par la Jeunesse Catholique de la paroisse et son président actif et dévoué, M. James Miller. LAssociation des Dames Catholiques soccupe de son côté dorganiser, pour aider à la construction de léglise, un Bazar de Charité qui se tiendra en automne. Ainsi le pasteur a lieu de remercier la Providence qui le met à labri de trop gros soucis, et lui fait éprouver une fois de plus la vérité de la parole des Saints Livres : Jacta super eum curam tuam, et Ipse te enutriet.


    Fukuoka

    5 avril.

    In potentatibus octoginta anni... La Révérende Mère Borgia, des Surs du Saint Enfant-Jésus de Chauffailles, sen est allée, la flamme au cur, recevoir au ciel, la palme promise au fidèle combattant. Née en 1850, ayant fait sa profession religieuse en 1870, la. Mère Borgia arriva au Japon, lune des premières de sa Congrégation, en 1877. Kumamoto la reçut avec mépris en 1895. Aujourdhui, 10 mars 1933, dans cette même ville, après 38 ans de lutte pour cette Vérité : Que le Dieu des chrétiens est le Dieu-Charité, la regrettée Religieuse est conduite en triomphatrice au champ du repos par un millier de personnes, chrétiens et païens, malgré une pluie battante.

    Les pierres que jadis de mauvais garnements lançaient contre elle, ont engendré couvent, orphelinat, dispensaire, école de jeunes filles. Les bras qui lançaient ces cailloux sont aujourdhui chargés de fleurs, portent le cercueil... Les crachats de mépris se sont métamorphosés. Toutes les Autorités de la ville accourent à son chevet durant sa longue et douloureuse maladie. La nouvelle de sa mort est radiodiffusée par le poste de Kumamoto. Le Maire fait consigner aux automobiles la GrandRue par où le cortège doit passer.

    Les obsèques de la Mère Borgia, présidées par Mgr Breton, furent célébrées avec toute la solennité religieuse dont la belle église de Kumamoto permettait le déploiement. Le P. Bois, Vicaire Général et précédemment curé de Kumamoto, chanta la messe avec diacre et sous-diacre. Avant labsoute donnée par Son Excellence, le P. Martin, curé actuel de la paroisse, fit léloge funèbre de la défunte, profitant de cette douloureuse occasion pour indiquer aux nombreux païens présents, la source des vertus de dévouement et de sacrifice dont la religieuse catholique, personnifiée aujourdhui par la Mère Borgia, offre le spectacle au monde. Heureux confirmatur : 30 Religieuses, dont la moitié, japonaises, appartenant à 5 Congrégations différentes, entouraient le cercueil. Vinrent ensuite les discours officiels et la lecture de nombreux télégrammes de condoléances envoyés par diverses personnalités. A signaler le discours du Préfet et celui, particulièrement émouvant, du Maire de Kumamoto, sadressant directement à la morte comme si elle avait été vivante devant lui. Parmi les télégrammes, le plus remarqué fut celui du Comte Kiyoura, ancien président du Conseil et membre du Conseil Privé de lEmpereur.

    Pour avoir su distribuer avec une délicatesse qui en relevait encore le prix, les bienfaisantes aumônes du dévoué pourvoyeur que fut le regretté P. Corre, et pour avoir su si bien continuer son uvre et la développer, puisse la Mère Borgia avoir déjà reçu la récompense promise à ceux qui donnent aux petits !

    Le 19 mars, cétait encore sur une tombe que Mgr allait porter les bénédictions de léglise. Après 30 ans de Japon, le P. Augustin, religieux de Bricquebec (Manche), vient de quitter la Trappe de Shindenbaru pour le ciel. Les missionnaires du nord et du sud du Japon lauront vu à luvre, soit au prieuré de N. D. du Phare, soit à N. D. des Anges. Dun caractère très doux et dun esprit toujours conciliant, le P. Augustin fut toujours très aimé des Japonais et de toutes les personnes qui eurent à traiter avec lui. Pionnier de limplantation de la Trappe au Japon, ancien desservant de la chrétienté de Tobetsu, ce bon et fidèle serviteur a droit à nos prières. R. I. P.

    Puisque tour à tour les ouvriers de la première heure sen vont vers Saint Pierre chercher le salaire de leur journée de travail, aux jeunes donc de prendre en mains les outils des anciens et de continuer le sillon....

    Le P. Lagrève, ayant hérité dune âme dartiste et de tout un attirail de menuisier, vient de construire une belle église pour ses 400 chrétiens. La bénédiction de ce nouveau sanctuaire dédié à Ste Thérèse de lEnfant-Jésus eut lieu le 21 mars. La veille au soir, une pétarade endiablée annonçait à tous les échos larrivée des invités en Shindenbaru. Lauto qui les transportait, par un contresens involontaire, était précédé dun antique coche, style Djibouti, en moins bien, ce qui donna au véhicule moderne un ralenti-sensible... Les fabriciens, en grande tenue, sévertuèrent certes à corriger ce fâcheux contretemps, poussèrent à la roue, mais ne purent empêcher le soleil daller se coucher....

    Le lendemain, la nouvelle église, dans sa parure de fiancée, guirlandes, fleurs, arcs de triomphe, apparut rayonnante lorsque Monseigneur, entouré de 15 prêtres, procéda à sa bénédiction. Après une messe pontificale aux chants magistralement exécutés par la chorale paroissiale, la traditionnelle photo.... suivie de loffrande des chrétiens. Grâce aux substantiels renforts venus de la Trappe voisine, le repas fut des plus succulents... toasts, chansons dactualité allèrent bon train. Les flots déloquence permirent au flot des pèlerins du district voisin de Nakatsu darriver à temps pour la procession de laprès-midi. Le séminaire des RR. PP. Salésiens, au complet, était là, avec sa fanfare, sons la conduite du P. Gare, Supérieur. A 2 h. ½ en effet, après la réception des Autorités locales, la procession sorganisa dans les allées du cimetière, au son des cantiques soutenus par lexcellente fanfare. Elle se termina à la Grotte de Lourdes, érigée devant léglise. La statue de la Vierge, portée par les jeunes gens, fut placée dans sa niche. La Grotte fut bénite et le P. Bois, en une belle envolée, raconta lorigine de cette Grotte à Shindenbaru : conséquence dun vu de Mgr Breton pendant la maladie du P. Lagrève. Lémotion gagna tous les curs, et un sensationnel salut en musique, chanté par les séminaristes et les professeurs de Nakatsu clôtura la cérémonie.

    Notre cher doyen, le P. Garnier, malgré ses 73 printemps et ses 40 années de séjour dans les îles dAmakusa nen est pas moins resté jeune et à la page. Ne vient-il pas de construire une immense église en ciment armé, sil vous plaît... Mais, voilà, cest toute une affaire pour se rendre en ses îles fortunées. Au P. Bois, il fallut toute sa force de jeune Vicaire Général, et au P. Bonnecaze, quatre mois de repos à Hongkong pour aller bénir léglise dOye, confirmer une dizaine de personnes et, au nom de Monseigneur et de tous les confrères, porter à notre vaillant doyen et à ses 790 chrétiens, des félicitations bien méritées qui dailleurs furent reçues le plus simplement du monde : Cette fois, ça y est, dit-il... Je nai plus un sou pour me faire enterrer... Cétait le 25 mars.

    Notre diocèse a six ans dâge et, salva reverentia... nous fait leffet dun jeune poupon qui est loin davoir toutes ses dents : pas un seul prêtre indigène et en fait duvres, pas grand chose à montrer aux nobles hôtes qui nous font lhonneur, plutôt rare, dune courte visite entre deux trains. Mais ce poupon a une molaire qui, une fois sortie de la gencive, promet de faire du bon travail. Fukuoka partage avec son voisin Nagasaki, lheureux privilège de posséder une mine inépuisable de vocations sacerdotales : ce qui de lavis de tous est luvre des uvres.

    Lélan donné lan dernier par notre Evêque au recrutement sacerdotal, loin de se ralentir, saffermit de plus en plus. En avril 1932, cétait 13 hier, 4 avril 1933, cest 15 nouvelles recrues qui, des diverses paroisses du diocèse, sont venues frapper à la porte du petit séminaire de Guébriant, aux destinées duquel préside notre sympathique Vicaire Général, aidé du P. Bonnecaze et dune demi-douzaine de professeurs japonais diplômés.

    Limpulsion épiscopale ne se borne pas au sexe masculin. Monseigneur qui rêve toujours dune uvre de Saint Paul, sur cadette de luvre de Saint Pierre, et dont le but serait de subvenir aux frais de recrutement et de formation des religieuses indigènes, fait, en attendant, comme si elle existait et favorise autant quil le peut, léducation des jeunes filles du diocèse se destinant à la vie religieuse.

    Les Surs japonaises de la Visitation, en particulier, qui depuis le transfert de leur noviciat à Fukuoka, voient leur nombre croître rapidement par lapport des vieilles chrétientés du diocèse, ont déjà une vingtaine de ces jeunes aspirantes. Dispersées en diverses écoles secondaires ou supérieures, elles y préparent lexamen qui leur octroiera le fameux diplôme convoité, grâce auquel elles pourront faire bonne figure, plus tard, dans nos Institutions Catholiques.

    Après un an de congé au pays natal, le P. Raoult nous est revenu et sapprête à partir pour son nouveau poste de Hitoyoshi. Comme le Bulletin la déjà annoncé, il a profité de ses loisirs de voyage pour faire imprimer à Montligeon son Parler Japonais, manuel dexpressions usuelles et de grammaire, qui ne manquera pas de rendre service aux japonisants modernes.


    Séoul

    3 avril.

    La réunion annuelle des Ordinaires de Corée sest tenue à Séoul du 6 au 16 mars ; une lettre circulaire a fait connaître les résolutions prises : création de deux Commissions pour les cinq missions, lune dAction Catholique, lautre de Presse.

    LAction Catholique, dont on parle tant actuellement en Europe, nest pas, tant sen faut, inconnue en Corée ; la chose existait ici bien avant la lettre. Les laïques ont toujours été étroitement associés à leurs prêtres pour tout ce qui concerne la propagation de notre foi parmi les infidèles, linstruction des catéchumènes, la persévérance des néophytes, etc.. Du reste aucun des confrères de notre Société nignore les origines très particulières de lEglise de Corée. LAction Catholique a donc fait ses preuves dans cette mission ; nempêche que ses moyens daction sont toujours susceptibles damélioration et doivent sadapter aux temps nouveaux.

    La Commission dAction Catholique sera une Agence de publicité ad extra, elle recueillera des documents historiques intéressant spécialement lEglise de Corée, elle fondera une bibliothèque et un musée dAction Catholique et en prendra soin, elle devra préparer des conférences, organiser des séances de projections, elle soccupera duvres sociales, de mutualités, etc.; elle sefforcera aussi de suivre les émigrants et dêtre pour eux un service dinformations, etc. etc..

    La Commission de la Presse intensifiera luvre des conférences par la publication de livres, brochures, tracts... Elle publiera deux nouvelles Revues : lune en latin, destinata ad colligendas informationes Actionis Catholic et ad illas Clero totius Core communicandas ; lautre, périodique mensuel, en coréen, composé et présenté suivant les méthodes modernes, traitera de matières non seulement théologiques, philosophiques, apologétiques, mais aussi scientifiques et littéraires qui sont de nature à promouvoir directement ou indirectement lévangélisation. Les questions purement politiques en seront absolument exclues.

    On avait projeté de profiter de la présence à Séoul de NN, SS. les Vicaires et Préfets Apostoliques de Corée pour célébrer avec solennité lentrée de Mgr Mutel dans sa quatre-vingtième année, le 8 mars ; le bon Dieu en a jugé autrement. Dès les premiers jours de sa maladie, le très regretté défunt nous avait dit : je ne verrai pas laurore de ma quatre-vingtième année et cest très bien ainsi. Aux compliments et aux souhaits que nous lui aurions offerts, il aurait certainement répondu comme le fit le vénéré Père Delpech à la même occasion : mes amis, noublions pas ce que dit le Psalmiste : si in potentatibus octoginta anni, et amplius eorum labor et dolor ; aidez-moi à remercier le divin Maître pour les longs jours quil ma donnés... mais nen demandez pas dautres...

    Dans la première semaine du mois de mars, le P. Bouillon a été gravement malade, il raconte aujourdhui quil est même allé jusquà la porte du paradis, mais Mgr Mutel la prié de retourner vivement au travail, lheure du repos nétant pas encore venue. Quoiquil en soit, le cher Père traînait depuis quelque temps une espèce de grippe qui se mit à tourner subitement en pneumonie. Lentourage du malade était très inquiet et envoyait à Séoul lettres sur lettres de plus en plus désespérées. A la première alerte le P. Ant. Gombert sempressa daller aider son vieil ami et ancien voisin à mettre en ordre ses affaires spirituelles et temporelles. Monseigneur envoya un médecin, et puis il paraît que les chrétiens de là-bas priaient dur, aussi la bonne Mère aidant, le patient a fini par surmonter la crise. Il est maintenant à lévêché, achevant sa convalescence et ayant fait un nouveau bail avec la vie. Il va même falloir, dit-il, que je me paye un nouveau bréviaire, mon vieux craque sous labondance des nouveaux offices. Avec le savetier de la Fontaine il pourrait dire aussi :
    On nous ruine en fêtes ;
    ..; et monsieur le Curé
    De quelque nouveau saint charge toujours son prône.

    Depuis un petit mois nous avons le plaisir davoir la compagnie du P. Panet, de Coïmbatore, venu visiter sa sur, religieuse de St Paul de Chartres et arrivée en Corée il y a déjà une trentaine dannées. A un vieil Indien, le climat de Corée rappelle celui de France, aussi le cher P. Panet se plaît à dire que son séjour ici lui vaut une cure dair natal. Mais ce nest pas tout à fait lavis du P. Devise ; notre confrère, dont la santé a laissé beaucoup à désirer durant ces derniers mois, nous a quittés, il y a quelques jours, pour sembarquer à Shanghai, le 10 avril, sur le Chenonceaux, en route pour France. Puisse le cher Père revenir bientôt à Séoul, son uvre nest pas achevée, on a grandement besoin de lui.

    Le P. Pichon annonce quil espère enfin reprendre le chemin de la Corée, et pour aller plus vite il prendra la voie du Transsibérien, en mai prochain.


    Taikou

    6 avril.

    Le mois de mars marque la fin de lannée scolaire. A Taikou, le 16, avait lieu la distribution des prix de lécole maternelle ; les nombreux parents, païens et chrétiens, venus pour assister à cette cérémonie, ont été charmés par la grâce de ces enfants dans les divers chants et danses quils ont exécutés devant eux. Aussi, bien que 34 élèves doivent quitter cette école pour commencer leurs études, il nest pas douteux que les admissions pour une nouvelle année seront telles que le chiffre de lan dernier sera atteint et même dépassé.

    Le 18, distribution des prix à lécole des filles ; 33 élèves recevaient leur brevet de fin détudes, et bon nombre dentre elles, surtout les jeunes filles païennes, manifestaient leur tristesse de quitter les maîtresses quelles avaient appris à aimer. Le 20, cétait le tour de lécole des garçons ; 44 dentre eux ayant fini leurs cours, recevaient leur brevet, devant de nombreux parents qui étaient venus pour montrer leur sympathie envers cette école.

    Le même jour, à 20 heures, à lécole du soir de la paroisse, devant une foule attentive et sympathique, lattestation de fin détudes pour les diverses classes était donnée à 110 élèves.

    Dans ces diverses écoles, le nombre des admissions pour la nouvelle année scolaire montre combien elles sont estimées, et on a même dû, faute de local suffisant, refuser un certain nombre délèves. Actuellement lécole des garçons compte 380 étudiants, celle des filles plus de 460. A lécole du soir, une nouvelle classe a été aménagée, afin de dédoubler la première année, de beaucoup la plus nombreuse ; les demandes affluent, et le chiffre de 200 élèves sera atteint sous peu.

    Comme on le voit, ces diverses écoles sont en pleine prospérité, et, par leur succès, dédommagent de leurs peines ceux qui en ont la charge.


    Kirin

    21 mars.

    Pour la première fois, depuis longtemps, il ny a ni pillage de résidence, ni sac déglise à signaler, au contraire, la paix semble revenir. La victoire foudroyante des Japonais dans la province de Jéhol a dû faire comprendre aux brigands quil était de meilleure politique de rester sages.

    Les confrères profitent de cette accalmie pour faire la visite de leurs chrétientés. Le P. Rouger dont le district ne comprend pas moins de 12 postes répartis sur plus de 200 kilomètres, a commencé ses voyages apostoliques. Le P. Yin, vicaire de Kirin, est allé rendre visite aux chrétiens dispersés aux alentours de Tcha leue Heue.

    Le 1er mars avait lieu la rentrée des séminaires : au grand séminaire, 8 théologiens auxquels se sont joints 3 philosophes de Moukden, sous la direction du cher P. Darles ; au petit séminaire, 68 élèves dont 7 se préparent à rentrer prochainement au grand séminaire : enfin, dans notre probatorium de Haipeitchen, nous comptons plus de 30 enfants, sous la direction du P. Henri Tchang.

    Nos séminaristes ont eu la joie de goûter, pendant leurs trois jours de retraite, la parole si prenante du P. Toudic, venu de Moukden, sur linvitation de Mgr Gaspais. Après avoir prêché la retraite, le P. Toudic sest rendu à Siaopakiaze ôù il a rencontré le P. Revaud, son condisciple de Penang et son ami de toujours.

    Au dernier moment nous apprenons que le P. Lannay vient de recevoir sa destination pour la grande chrétienté de Tongken. Son zèle ardent pourra sy déployer auprès des 6.000 chrétiens que compte ce magnifique poste.

    De passage à Kirin, les PP. Baron et Trincal ; le premier a fait une retraite à loccasion du vingt-cinquième anniversaire de son ordination sacerdotale, le second est venu faire ses adieux à Son Excellence avant de partir en France, en congé régulier.


    Chengtu

    19 mars.

    Notre nouveau confrère, le P. Josset, est arrivé à Chengtu le 14 février, en bonne santé ; Mgr la gardé auprès de lui et déjà il sest mis avec ardeur à létude de la langue chinoise.

    Le P. Charel a quitté le séminaire commun pour prendre la succession du regretté P. Perrodin, comme recteur du district de Mien-tchou. Cest le P. Dedeban qui le remplacera au séminaire.

    Les troupes de la 29ème armée ont repris Pachow le 12 de ce mois ; nos confrères, les Pères Beauquis et Pinault, vont pouvoir réoccuper leurs oratoires et nous saurons sous peu les dégâts commis par les communistes.

    Il y a peu de jours, les brigands ont envahi loratoire de Cheiang-tchang, dans la mission indigène de Shunking, et emmené prisonnier M. Tsen, curé de ce district.


    Chungking

    8 avril.

    Cest avec un grand soulagement que nous avons appris, par des correspondances autorisées, que les hordes communistes, qui avaient envahi le nord de la province, ont été boutées hors de nos frontières. Elles nauront pu laisser trop de ravages derrière elles. Notre mission na eu à déplorer de leurs incursions que la ruine dun oratoire de campagne, aux frontières du Shensi.

    Le danger sest reporté au sud-est, où le fameux général communiste Ho-Long se serait joint avec ses troupes aux bandes Lienin (de Lénine ?), qui, depuis déjà quelque temps, infestent les sous-préfectures de Sieou-chan, Ieou-yang et Pen-choui.

    Au sud, dans les sous-préfectures de Nan-tchouan et Ki-kiang, les brigands règnent en maîtres. Rassemblés du Kweichow, et dun peu partout, ils exercent à loisir et impunément leurs violences et leurs déprédations. Dun correspondant indigène, je note ces réflexions : En face des brigands qui répandent dans toute la région le trouble et la désolation, nos soldats réguliers ne savent que tourner le dos ou éviter le combat ; on les suppose même de connivence. La ville est sérieusement menacée. Et voilà à quoi aboutissent tant dimpôts et de taxes dont on a saigné le contribuable sous prétexte de pourvoir à sa protection ! Ce ne fut que pour entretenir des troupes insuffisantes ou inutiles, prêtes dailleurs elles-mêmes à toutes les exactions ; ou surtout pour permettre à quelques seigneurs de dilater leur puissance et daccroître leurs scandaleuses richesses. Le peuple nest plus quun misérable esclave. Cette lettre, que jai fidèlement traduite, montre combien le terrain est préparé pour la propagande communiste.

    Et, à ce propos, si notre charmant hebdomadaire La Vérité nétait connu comme digne de son étiquette vim nominis implens, nous pourrions croire quil nous en conta lorsque, il y a quelques semaines, il rapportait que, dans les sous-préfectures de Tong-leang et Ta-tsiou, les propriétaires des nombreux terrains confisqués pour utilité publique doivent continuer à en payer limpôt, même alors que cet impôt, comme cest le cas dans la région, est anticipé dune vingtaine dannées. Des protestations, dit le journal, se sont élevées. Cest sans doute pour les propriétaires une consolation, puisque à crier sur ses maux, souvent on les soulage ; mais il est permis de douter que les protestations aboutissent. Car lhonneur se paye, nest-ce pas ? Et lon fit à ces terrains, en les croquant, beaucoup dhonneur.

    Et à léchelle des taxes, déjà si rude à grimper, un nouveau barreau vient dêtre ajouté. Il sagit de la construction dune route carrossable de Chungking au Kweichow. Espérons que lentreprise est sérieuse et sera conduite à bonne fin, et que le public, après avoir tant marché, aura le plaisir dy carrosser.

    Un progrès toutefois est à signaler pour les communications entre Chungking et Chengtu. Un service postal par automobiles sorganise ; et, grâce à des barques construites spécialement pour le passage de la rivière, à Peimoutchen, il est désormais possible, sans avoir à changer dauto, de faire route directe jusquà Chengtu.

    De passage, ces jours-ci, en notre ville, leurs Excellences NN. SS. Renault, Vic. Ap. de Suifu ; Wang, Vic. Ap. de Shunking ; Li, nommé Vic. Ap. de Yachow, tous trois se rendant à Rome, où, le 11 juin, S. E. Mgr Li sera consacré par le Souverain Pontife. A leur passage à Wanshien, S. E. Mgr François Wang se joindra à eux.


    Suifu

    13 mars.

    Un sans-fil de la Délégation Apostolique, parvenu à Suifu le 7 mars, nous apprend que la Préfecture Apostolique de Yachow est érigée en vicariat apostolique et que son Préfet Apostolique, Mgr Mathieu Li, évêque élu, sera sacré à Rome, le 11 juin, par le Saint-Père lui-même.

    Monseigneur Renault se propose daccompagner à Rome Monseigneur Li.


    Ningyuanfu

    mars.

    Le Kientchang
    La retraite des Pères chinois de la mission de Ningyuanfu a eu lieu du 20 au 25 février. Tous étaient présents. Après avoir prêché la retraite au petit séminaire, à lécole du Sacré-Cur, aux Oblates franciscaines et aux vierges enseignantes, ils nous ont quittés le 6 mars, contents des bonnes journées passées ensemble au centre de la mission, près de leur évêque.

    Le P. Audren avait annoncé son retour pour le mois davril, mais, sur la demande des Supérieurs, il a accepté de faire, pendant un an, des conférences missionnaires en Bretagne. Le plaisir de le revoir parmi nous est donc à nouveau remis.


    Tatsienlu

    6 mars.

    Les voyages dans les Marches du Szechwan étant le plus souvent pénibles et parfois dangereux, nous sommes toujours heureux de pouvoir annoncer, après notre réunion annuelle, que nos confrères du loin sont rentrés dans leurs districts sans incident.

    Le 26 février, après trois ans dabsence, nous avions la joie de revoir à Tatsienlu nos trois séminaristes : MM. Jean Sen, Th. Yang et Joseph Ly ; ils ont reçu à Pinang les quatre ordres mineurs. Remercions la Providence qui a béni leur séjour au Collège Général, et prions-la de les conduire jusquau sacerdoce, pour le plus grand bien de notre Mission. En attendant une décision de Mgr à leur sujet, nos minorés se reposent quelque temps à lévêché.

    A.Tatsienlu, les fêtes du nouvel an passées, lécole Kang hua a repris ses cours. La réouverture de létablissement fut célébrée par une invitation, à laquelle répondirent toutes les autorités de la ville. Cette année, comme par le passé, lécole de la mission connaît un grand succès, et rapidement le nombre des élèves a dépassé la centaine. Un succès dun autre genre, cest celui de lhôpital (tenu par les Religieuses F. M. M.) qui, depuis quatre ou cinq mois, est rempli de clients, tant payants que pauvres ; quant aux consultations au dispensaire, cest lembouteillage.

    Le P. Nussbaum a fini par pouvoir séchapper pour quelque temps de sa longue solitude de Yerkalo, et sest rendu chez le P. Goré, à Tsechung. A son passage à Atentse, il nous envoya une lettre datée du 8 janvier. Notre confrère nous dit : Je ne suis pas irrésistiblement poussé à la recherche de la solitude ; or depuis mon arrivée à Yerkalo, non seulement je nai pu recevoir la visite dun confrère, mais, malgré de nombreuses interventions, aucune lettre ne mest parvenue, et le 1er novembre, pour la première fois depuis le début daoût, jai revu lécriture de Mgr.

    La situation à Yerkalo na pas changé : taxes et contributions deviennent quasi insupportables, et les chrétiens sen plaignent. Si le Père nétait pas là pour aider les familles pauvres, elles devraient quitter le pays. Par ailleurs, les chrétiens nont pas été inquiétés jusquici au point de vue religieux, et le Kongka lama, qui a reçu de Lhassa le titre dadministrateur général de lex-sous-préfecture de Yentsin, fait tous ses efforts pour conserver des relations courtoises avec la mission. Mais quelles sont au juste les intentions des Tibétains sur le pays ? Depuis un certain temps, ils érigent un système administratif anti-chinois : calendrier tibétain, nouvel an tibétain, usage de la langue tibétaine, exclusivement, en particulier dans les écoles; enfin les marchandises chinoises sont soumises à des taxes, à leur entrée dans le territoire.

    Le 30 décembre, le P. Bonnemin, curé de Siao-Weisi, arrivait à Tsechung, dont il fut lhôte jusquau lendemain de la fête des Rois. Le Père a recueilli le bruit que le sous-préfet de Weisi méditerait de transformer nos établissements de Weisi et de Kitchra en écoles gouvernementales, et quà son passage dans la région, le même personnage aurait conseillé à ses administrés de rendre à la mission ses capitaux, pour rentrer en possession de leurs terrains.

    A Tatsienlu, on parle beaucoup des communistes, ces temps-ci. Durant le mois de février, un individu soupçonné dêtre un émissaire de la secte, fut fusillé, puis quelques jours après, un complice, dénoncé par lui, subit le même sort. Interrogés, les condamnés ont mordu un grand nombre de personnes, si bien que les enquêtes se multiplient en ville et aux environs, et que chacun se demande sil ne va pas être soupçonné davoir des attaches avec le parti. Une autre affaire qui occupe en ce moment les autorités, cest le jugement de faux-monnayeurs qui auraient fabriqué de fausses roupies. Sils sont reconnus coupables, ils auront beaucoup de peine à éviter le peloton dexécution.


    Kweiyang

    25 mars.

    Pas de gros événements à relater cette fois. Dans la province, il ny a pour le moment que des menaces de guerre. Mao et Yeou, évincés du pouvoir en janvier par Ouang kia lié, songent à prendre leur revanche. Yeou aurait fait à Canton une acquisition darmes et de munitions pour la somme de 1.500.000 piastres, soit environ huit millions de francs. De son côté, Ouang semble mettre sa confiance dans laviation. Au commencement de mars, un aéroplane venait du Houlan survoler Kweiyang, tandis que deux autres séchouaient à Touchan ; le jour même le bruit courait que Ouang venait de faire à ce sujet un marché avec la province du Houlan. Toujours est-il que depuis ce jour-là lautorité civile, sans tenir compte du champ datterrissage préparé lan dernier à 20 kil. à louest de Kweiyang, non loin de la ville de Bintchen, en fait niveler un autre à Kweiyang même, à côté de larsenal. Un bon millier de terrassiers sy agitent tous les jours, et probablement sy agiteront encore quelque temps, puisquils ont à raser un mamelon rocheux dune douzaine de mètres de haut sur environ 30 mètres de côté.

    On se souvient peut-être que lan dernier, le P. Williatte, de la mission de Lanlong, lors dune promenade à Kweiyang avait exercé ses talents de sourcier et distribué à chaque résidence son puits ; durant la période sèche de ces mois dhiver, les divers titulaires se sont mis en devoir de les creuser. Tous ont eu de leau peu ou prou, et cela est à la gloire du sourcier. Mais il y a eu par ci par là quelques désagréments : daucuns ont trouvé de très bonne heure un petit filet deau, juste de quoi aviver leur soif, tandis que le reste semble séloigner à mesure quils creusent, et cest pour eux le supplice de Tantale. Chez dautres, par contre, la terre séboulait à mesure quils la remontaient et les condamnait ainsi au travail de Sisyphe. Une conclusion à tirer et un conseil à donner aux puisatiers futurs, cest détayer la terre à mesure quon creuse de peur quelle ne séboule et naille casser les reins aux ouvriers au moment où ils y pensent le moins.

    Au couvent du Sacré-Cur, érigé canoniquement, lannée de noviciat vient de prendre fin et un groupe de huit novices a fait profession ; luvre fait donc un pas en avant. Puisse-t-elle progresser toujours et récompenser ainsi nos bonnes surs canadiennes des soins et des soucis quelle leur a coûtés.

    Notre nouveau confrère, le P. Etcheverry, se livre de tout cur et avec succès à létude de la langue chinoise, traduction du chinois en français, du latin en chinois avancent de pair et méthodiquement. Il parlera bientôt convenablement le chinois et déjà commence à lécrire.


    Canton

    20 avril.

    Si aucun empêchement ultérieur ne survient, S. E. Mgr Yeung prendra part au pèlerinage de Rome ; S. E. Mgr Tsu, Vicaire Apostolique de Haimen, a été chargé de lorganiser. Les pèlerins du sud de la Chine sembarqueront à Hongkong le 14 mai.

    La retraite annuelle du clergé indigène commencera le premier mai.
    La retraite de carême a été prêchée à la cathédrale par le Père Paulus Tsang. Elle a été suivie par un auditoire nombreux et recueilli.

    Monsieur le Vice-Amiral Berthelot, commandant les forces navales françaises dExtrême-Orient, accompagné de Madame Berthelot et de ses deux filles, a fait visite à la mission.

    Par décret du 25 février 1933, les Constitutions des surs canadiennes de lImmaculée-Conception ont été définitivement approuvées.

    Monsieur Ching yin fun, de la Société des Nations, a eu un long entretien avec Monseigneur, le 6 de ce mois.

    Le Révérend Père Lejay, Directeur de lobservatoire de Zikawei a passé deux journées à Canton. Il en a profité pour visiter lobservatoire, entrer en relations plus intimes avec son Directeur, Monsieur Chang-yun et sassurer, de sa part, une coopération plus active que par le passé. Bien que jeune encore, le Révérend Père Lejay possède une connaissance profonde des matières dans lesquelles il sest spécialisé et il continuera dignement les traditions de ses éminents prédécesseurs à Zikawei.

    A deux reprises pendant la traversée, le Père Lerestif nous a donné de ses nouvelles. Elles sont excellentes. Bonnes aussi sont celles que nous recevons de nos malades, les Pères Jarreau et Chatelain.

    Les travaux de construction du mur denceinte du monastère du Carmel sont menés activement.


    Swatow

    17 avril.

    Le climat de Swatow est en train de perdre son excellente réputation : la maladie est venue nous visiter ; le P. Rondeau est à Hongkong depuis deux mois pour soigner une affection gastrique dorigine nerveuse ; le P. Coiffard vient de nous quitter pour Béthanie et peut-être pour France, si à Hongkong on ne réussit pas à extirper de ses reins le mal dont il souffre depuis un an. Les PP. Favre et Ginestet, en France depuis lannée dernière, ne sont pas encore complètement guéris des infirmités contractées par ici. Dautres encore, et de plus jeunes, sont obligés de recourir aux soins de la Faculté. Par contre, nos doyens, les PP. Vacquerel et Becmeur, terrassés un moment par des infirmités variées, voyant les jeunes chanceler, se raidissent contre le mal et réussissent même à améliorer leur état de santé ; ils continuent vaillamment le bon combat, donnant à la jeunesse les meilleurs exemples dendurance et de courage apostolique.

    Nous continuons à jouir de la tranquillité grâce à la présence de nombreuses troupes ; un peu partout les confrères ont pu visiter, pendant le carême, les chrétiens dispersés dans les régions jadis occupées par les bandes de pillards ou de communistes ; mais nombreuses et grandes sont les misères créées par loccupation rouge dabord, par la répression ensuite.

    Actuellement un autre sujet dinquiétude préoccupe les habitants de la campagne : la sécheresse persistante qui a retardé jusquici la plantation du riz. Dordinaire le riz se plante ici au commencement davril ; cette année leau manque, les rizières sont à sec ; le prix du riz augmente et ceux qui ont des réserves, tiennent leur grenier fermé ; le manque deau dans les rivières empêche larrivée du riz importa de létranger. Dans un district voisin dici, le sous-préfet, cédant aux instances de la population, a ordonné, pour obtenir la pluie, trois jours dabstinence générale ; mais il a ajouté à son édit la menace, à ladresse des idoles, de les fendre de haut en bas, si après les trois jours dabstinence la pluie tant désirée narrivait pas.


    Nanning

    7 avril.

    La Sacrée Congrégation de la Propagande, par décret du 10 janvier, a définitivement détaché du Vicariat de Nanning, et rattaché à la mission de Wuchow (Pères de Maryknoll), 16 sous-préfectures civiles (partie nord-est de la province du Kouangsi), plus le territoire de la tribu Yao, situé au nord-ouest de la préfecture de Ping Nam.

    A Nanning, le 25 mars, a été inaugurée une chapelle semi-publique dans lenclos du couvent.

    Les malades soignés dans nos dispensaires tenus par les Surs canadiennes et chinoises sont de plus en plus nombreux : jusquà 350 par jour à Nanning et 150 à Kouy Hsien.

    Un prêtre chinois nous écrit que dans la région de Chang Se, près de la frontière du Tonkin, les paysans se révoltent contre lenrôlement forcé dans la milice territoriale.


    Hunghoa

    9 avril.

    Le mercredi 29 avril, Mgr Ramond est rentré de sa tournée pastorale de carême. A Đức-Phong, comme à Hiền-Quan, Son Excellence a constaté, avec plaisir, les progrès que font, dans la vie spirituelle, les vieux chrétiens de ces deux paroisses. A Hà-Thạch, surtout, lassistance aux exercices de la mission fut des plus nombreuse ; léglise paroissiale était bondée, et une grande partie des fidèles dut souvent rester à lextérieur ; aux paroissiens ordinaires sajoutait un fort contingent de chrétiens, établis, ou de passage, pour leur commerce, dans la ville voisine de Phú-Thọ ; en outre, un groupe de nouveaux chrétiens, des villages voisins, une soixantaine environ, fut admis au baptême ; jusquici, cette paroisse ne comptait que peu de catéchumènes ou néophytes ; il semble que là aussi, comme dans la province de Sơn-Tây, les demandes de conversion se manifestent plus que par le passé.

    Mgr Ramond a profité de son séjour à Hà-Thạch, pour visiter notre petit séminaire, établi à quelque cent mètres de la paroisse, et y donner une journée de récollection spirituelle à nos jeunes élèves ; ses encouragements paternels les aideront à progresser dans lamour de Dieu et lestime de leur vocation, et à terminer heureusement lannée scolaire.

    Dans la Haute-Région, le Père Hue, provicaire, a pu voir également le travail accompli, dans la paroisse de Chiếu-Ứng, que dirige un de nos prêtres annamites, ainsi que dans les chrétientés voisines confiées au Père Lanter ; trois semaines durant, il a visité aussi les divers groupes chrétiens de la région de Yên-Bái, où les Pères Méchet et Jacques, aidés de deux prêtres annamites, soccupent de nombreux chrétiens, venus du Delta, pour la plupart, et installés çà et là ; lorganisation donnée à ces chrétientés, plus ou moins dispersées, par M. Cưừng, promet dores et déjà un heureux résultat.

    Le 1er avril, ce fut grande fête à Hunghoa : six diacres recevaient lordination sacerdotale. Cétait la première fois que Mgr Ramond ordonnait autant de prêtres, le même jour. Lassistance, plus de 3.000 personnes, fut recueillie et jamais la cathédrale navait vu pareille affluence ; les autorités de la ville, et de nombreux païens, vinrent aussi à la cérémonie : comme toujours, la prostration et limposition des mains les impressionnèrent fortement ; lun dentre eux disait quil avait compris là combien lEglise est grande par sa hiérarchie et combien elle élève ses enfants à une dignité sublime !

    Le dimanche, 2 avril, les six jeunes prêtres, entourés de leurs parents et amis, célébraient leur première messe, et de nombreuses communions furent offertes à Dieu, pour appeler ses bénédictions sur leur ministère. Quelques jours après, ils retournaient au grand séminaire de Kẻ-Sở, pour y terminer leurs cours de théologie. Là, ce même samedi de la Passion, le vénéré Mgr Gendreau avait ordonné 3 diacres et 2 sous-diacres de notre mission. Que Dieu les garde tous dans la ferveur de leur ordination, et leur donne de bien travailler plus tard, et de longues années !


    Quinhon

    30 mars.

    Ordination. Le 11 février, dans la chapelle du grand séminaire, à Quinhon, Mgr Tardieu a ordonné six diacres et six Portiers et Lecteurs.


    Retraite. Elle a réuni cette année 21 missionnaires, nos confrères de Kontum ayant fait quelques jours auparavant leur retraite chez eux. Reverrons-nous jamais lépoque où, sans parler de Kontum, nous nous retrouvions plus de 40 aux retraites communes ?

    Etaient absents :
    Monseigneur Grangeon, excusé par son grand âge et le pauvre état de ses yeux ;
    le P. Porcher, malade, non complètement rétabli ;
    le P. Piquet, retenu chez lui par de graves occupations ;
    les PP. Jean et Lalanne, en congé en France, déjà partis de Marseille et pas encore arrivés à Quinhon ;
    les PP. Solvignon, Gallioz et Laborier, qui venaient de prendre part à la retraite du 27 janvier à Hongkong.

    Deux choses surtout ont contribué au succès de la retraite : le recueillement extérieur et la qualité du prédicateur.

    Lorsque les retraites se faisaient au petit séminaire de Lòng-sông, quelques privilégiés parmi les anciens occupaient une chambre ; les autres, le très grand nombre, étaient entassés dans des dortoirs communs. Au nouveau grand séminaire de Quinhon, chaque retraitant a sa cellule, où il peut sans effort, au milieu dun vrai désert de sable et face à la grande mer, rester seul avec Dieu, près de Notre-Seigneur dans la chapelle toute proche. En vérité, nous aurions eu mauvaise grâce à ne pas être recueillis.

    Le prédicateur a été de tous points excellent. Notre confrère, le P. Soullard, na pas voulu nous montrer le curé de cathédrale, le provicaire dune grande et belle mission. En revanche, ex abundantia cordis os loquitur : en nous parlant avec son cur, il na pas réussi à nous cacher lélévation et la sûreté de sa doctrine, sa fine psychologie, sa piété, son grand amour de Dieu, et de tout cela nous lui sommes particulièrement reconnaissants. Nous nous efforcerons daimer le bon Dieu comme le P. Soullard, ce sera pour nous le meilleur fruit de la retraite, et pour le prédicateur la meilleure des récompenses.

    Cinq jours de vie de famille, que cest court ! Tout était fini le 28 février au matin, et le 3 mars, le prédicateur, dernier parti, reprenait le chemin de Saigon, accompagné de nos prières et de notre affectueux souvenir.

    *
    * *

    Noces dor sacerdotales de Mgr Grangeon.
    Le jour anniversaire était le 18 février. Monseigneur avait manifesté nettement le désir de ne pas le fêter autrement que dans la plus stricte intimité. Dailleurs, vu son grand âge et son état de santé, il ne fallait pas songer à une messe pontificale ou autre, même à un simple salut daction de grâces donné par le vénéré jubilaire.

    Que faire ? Nous allions nous trouver tous réunis à Quinhon du 22 au 27 février pour la retraite commune. Respecterions-nous à la lettre la trop grande modestie de Sa Grandeur, en imposant silence au mouvement de nos curs ?

    Heureusement, Monseigneur nous avait promis une visite à Quinhon le dernier jour de la retraite. Il fut décidé que Mgr Tardieu irait lui-même enlever les dernières hésitations du jubilaire, et lamènerait au grand séminaire le 27, à 4 h. du soir, juste après le dernier sermon. Quelques instants après larrivée de la voiture épiscopale nous nous trouvions tous réunis dans une des grandes salles du séminaire, décorée comme aux grandes solennités

    Connaissant léloquence de notre confrère, le P. Saulot, nous lavions chargé dêtre, auprès du vénéré jubilaire, notre interprète et celui de toute la mission, pour lui exprimer nos sentiments de profond respect, de reconnaissance et de joie en cette circonstance solennelle.

    Le cher curé de Tourane, dans le beau langage que tout le monde lui connaît, remplit à la satisfaction de tous le rôle dont nous lavions chargé. Dans un beau discours, dune documentation parfaite, il retraça le cours de la carrière sacerdotale et épiscopale de Monseigneur dUtine, tout en faisant ressortir les qualités de lintelligence et du cur qui ont été les directives de cet apostolat de cinquante ans.

    De tout cur nous nous associâmes aux éloquentes paroles de lorateur, aussi quand le P. Saulot nous convia aux noces de diamant du vénéré jubilaire et à ses cent ans dâge, les applaudissements répétés lui prouvèrent que nous étions unis de sentiments et de cur avec lui, et quil avait été notre interprète fidèle et éloquent.

    Le Père et les enfants échangèrent alors des souvenirs communs avec le cor unum et anima una de toujours, puis Monseigneur bénit ses missionnaires et sa chère mission, et enfin, se recommandant à plusieurs reprises à leurs prières, demanda quon le laissât rentrer dans sa paisible solitude. Nous laccompagnâmes jusquà la voiture avec les marques de la plus affectueuse vénération, terminant ainsi les exercices de la retraite par une sorte de lecture spirituelle dans la vie dun homme de Dieu.

    Inspice et fac : telle doit être pour chacun de nous la leçon pratique à tirer du cinquantième anniversaire de lordination sacerdotale de Sa Grandeur Mgr Grangeon.

    Retour de France : du P. Lalanne à Tourane le 25 février ;
    et du P. Jean à Quinhon le 16 mars.
    de Hongkong : du P. Solvignon à Gò-thị le 18 février ;
    du P. Gallioz à Cốn-dấu le 20 février ;
    du P. Laborier à Phú-thượng le 11 mars.
    de Saigon : du P. Porcher à Hội-đức le 2 mars.

    Tous ces chers confrères paraissent avoir retrouvé de nouvelles forces. Deo gratias.

    Départ. Le P. Dorgeville a quitté Quinhon le 2 et sest embarqué à Saigon le 6 mars.

    Sur Marie de Lorette, supérieure du noviciat des surs indigènes de Gò-thị, surmenée et à bout de forces, sest embarquée à la même date. Nos vux de bon voyage et de prompt rétablissement accompagnent nos deux malades.

    Sur Marie de Lorette a été remplacée à la tête du noviciat par sur Madeleine de la Croix, ancienne supérieure de lhôpital de Trà Vinh, en Cochinchine.


    De passage à Quinhon. Monseigneur Jannin, retour de Phước-Sơn ; le P. Lemasle, provicaire de la mission de Hué, rentrant de France.

    Nos 50 églises typhonées.
    La première, le 13 mars, celle de Hội-đức sest relevée de ses ruines et remise debout, plus belle quavant, sans doute pour se mettre à lunisson des chrétiens du Dồc et fêter, elle aussi, lheureuse guérison et le retour du curé.

    Celles de Thác-Đá, Nước-nhỉ, Nhà-đá, Đống-Hâu et les autres attendent encore lheure de la Providence.


    Saigon

    mars.

    Flores apparuerunt in terra nostra. Bien que ce soit à Dalat, il ne sagit pas des fleurs de Dalat, qui dailleurs ne le cèdent en rien aux belles fleurs de France, mais bien des fleurs spirituelles qui vont éclore désormais sur la montagne. La célèbre abbaye de Lérins vient en effet dessaimer dans la mission de Saigon, et trois religieux cisterciens sont désormais à pied duvre pour la fondation dun monastère à Dalat.

    Le Révérendissime Père Abbé de Lérins était passé, il y a plus dun an, par notre station daltitude dont le site et le climat lavaient ravi ; mais il craignait que sa ruche manque dabeilles pour lessaimage. La bonne Providence lui a fourni le nécessaire, et cest avec le plus grand plaisir que nous avons retrouvé, parmi les trois religieux envoyés, deux anciennes connaissances : les PP. Berthéas (P. Placide : Eustachius, qui et Placidus, dit le Bréviaire) et Paulin, autrefois missionnaires du Laos. Le troisième, le P. Charles-Marie, est un Belge de langue française.

    En attendant quils aient trouvé lendroit propice pour linstallation de leur monastère, les PP. Cisterciens ont établi leur quartier dans lancienne église, que le P. Nicolas a mise à leur disposition. Il faudra peut-être un certain temps pour une installation définitive, mais quand le monastère cistercien sera bâti, notre mission pourra senorgueillir dun double sanatorium : un pour les corps et un pour les âmes; sans compter que la vie de prière et de travail de ces religieux ne pourra quattirer sur elle les bénédictions du ciel.


    Hué

    2 avril.

    Le dimanche 12 mars, au palais de la Délégation Apostolique, S. E. Mgr Dreyer a reçu la Croix de Chevalier de la Légion dHonneur des mains de Mgr Allys, en présence de M. le Résident Supérieur Châtel, de S. E. M. Nguyén hưu Bai, Président du Conseil des Ministres, du P. Lemasle, provicaire, et de quelques missionnaires spécialement invités à cette cérémonie intime. Mgr Chabanon, en tournée de confirmation, manquait à la réunion. Les discours prononcés ont fait ressortir les grands services rendus à la cause de la religion et de la France par Mgr le Délégué Apostolique, tant au Maroc et au Canal de Suez quen Indochine.

    Le 16 mars, cétait au tour de S. E. Mgr Allys de recevoir la rosette dOfficier de la Légion dHonneur. Elle lui a été remise par M. le Gouverneur Général Pasquier, que les liens dune vieille amitié unissent à lancien Vicaire Apostolique de Hué. La cérémonie sest déroulée dans lintimité, en présence seulement de quelques invités, parmi lesquels M. Châtel, Résident Supérieur, S.E, M. Nguyên hưu Bai, le Père provicaire, quatre ou cinq missionnaires, le P. Thuc et quelques personnalités du Protectorat. Mgr Dreyer et Mgr Chabanon étaient absents de Hué.

    Dans une allocution familière, M. Pasquier évoque délicatement tout ce qua fait pour la religion, la France et le pays dAnnam Mgr Allys pendant les cinquante-huit ans de son séjour à Hué ; il lui rappelle quil a déjà eu lhonneur de lui donner la Croix de Chevalier de la Légion dHonneur, il y a quelques années, à lendroit même doù partaient les Martyrs pour se rendre au supplice (Cf. Bull. M. E. Ann. 1922, p. 197) ; et il termine en lui demandant de prier pour la France, pour lAnnam et pour ses amis. Mgr Allys remercie M. le Gouverneur Général de la distinction dont il est lobjet ; mais, dit-il, tout lhonneur de luvre accomplie revient aux missionnaires et aux prêtres indigènes qui ont travaillé sous ma direction ; ce sont eux qui sont décorés aujourdhui en ma personne. Quant à prier pour ma patrie dorigine, pour ma patrie dadoption et pour vous-même, M. le Gouverneur Général, cest pour ainsi dire sans discontinuer que je le fais, la prière étant maintenant toute ma vie, et quand je serai au ciel je continuerai. La croix préparée pour la cérémonie était celle que les missionnaires avaient offerte à Son Excellence à lissue de la Retraite (Cf. Bull. M.E., avril 1933), mais M. Pasquier a tenu à offrir lui-même celle quil a épinglée sur la poitrine du vénérable Officier.

    Les Frères des Ecoles Chrétiennes ayant trouvé à Nhà-trang un magnifique emplacement pour leurs uvres communes et y ayant construit les bâtiments nécessaires, leurs deux noviciats et leur maison de retraite ont quitté définitivement Hué le 20 mars pour leur nouveau domicile. Cest avec un bien vif regret que nous avons dit adieu aux chers Frères Joseph et Eugène, les très sympathiques Directeurs du grand et du petit noviciats.

    Pour la fête de St Benoît, le 21 mars, au monastère de Phước-sơn, il y a eu six professions et trois prises dhabit.

    Dans laprès-midi du 30 mars, M. Châtel, notre très estimé Résident Supérieur, a quitté Hué pour un congé de convalescence en Bretagne, son pays natal. Le matin, dans une réunion à la Résidence Supérieure, il avait fait ses adieux et présenté son successeur intérimaire, M. Thibaudeau, aux fonctionnaires, missionnaires et colons, venus lui présenter leurs souhaits de bon voyage et dheureux séjour en France, avec lespoir dun prompt retour parmi nous, S. E. Mgr le Délégué Apostolique assistait à cette réunion, et le P. Lemasle, provicaire, y représentait Mgr le Vicaire Apostolique absent de Hué. La veille, le roi avait donné en son palais, en lhonneur du haut représentant de la France, un dîner officiel, auquel était invité S. E. Mgr Dreyer.

    Les Frères de lEcole Pellerin viennent dêtre affligés dun nouveau deuil. Le cher Frère Dunstan Lucien y est pieusement décédé le 31 mars ; il était âgé de soixante ans, dont quarante-quatre de vie religieuse. Bien que le défunt fût peu connu à Hué, où il venait à peine darriver, une nombreuse assistance européenne et annamite se pressait à ses obsèques, le samedi 1er avril. On y remarquait S.E. Mgr Chabanon, rentré la veille, plusieurs missionnaires et prêtres indigènes et un groupe compact danciens élèves, venus donner aux fils de St Jean-Baptiste de la Salle cette marque de chrétienne sympathie.


    Phnompenh

    31 mars.

    La retraite annuelle a été prêchée par le P. Soullard, provicaire de la mission de Saigon, qui, par ses conférences empreintes de la plus vive piété, nous a profondément édifiés.

    Le P. Guesdon, de retour de France, a été chargé du poste de Siem Reap où se trouvent les ruines dAngkor ; il pourra ainsi continuer son ministère auprès des Cambodgiens quil avait groupés à Kompong-Ku avant son départ.

    Inauguration du nouvel évêché de Phnompenh.
    Dans une discrète intimité, dimanche matin, S.E. Mgr Herrgott, Evêque de Phnompenh, entouré de tous les missionnaires français et annamites, a béni les bâtiments du nouvel Evêché.

    Ces locaux, sis boulevard Miche, aux lignes harmonieuses, sont un véritable chef-duvre dart architectural, dû aux efforts artistiques de la S.I.D.E.C. et contribueront à lembellissement du Nouveau Phnompenh.

    M. Doucet, Directeur des Bureaux, représentant M. le Résident Supérieur empêché par la maladie, MM. Legros, Résident Maire, Lalaurette, Inspecteur des affaires politiques, Barrault. Chef de Cabinet, Maux, Ingénieur en chef des T.P., Bussy, Ingénieur de la Voirie, Messieurs les Membres de la Commission Municipale, S.A.R. le Prince Chantaleka, M. Richaud, Directeur, et M. Houlon, Ingénieur de la S.I.D.E.C., avaient tenu à honorer de leur présence cette belle manifestation.

    Une réunion intime suivit la cérémonie religieuse.
    En quelques mots, Mgr Herrgott rappela que les projets dont on venait de réaliser la première partie, étaient dus à Monseigneur Grosgeorge qui, dès 1900, envisageait à Phnompenh la construction dune magnifique cathédrale et dun évêché dignes de la capitale Khmère.

    Hélas ! lhomme propose, mais Dieu dispose; Mgr Grosgeorge mourut en 1901 et ce nest que 32 ans plus tard, que lon peut réaliser une partie des projets.

    Monseigneur remercia M. le Résident Supérieur, les Autorités du Protectorat, M. le Résident-Maire et MM. les Membres de la Commission Municipale, de leur bienveillance et de leur sympathie qui permirent de mener à bien cette uvre.

    Cet évêché, ajouta Mgr Herrgott, et la cathédrale qui le couronnera, constitueront un témoignage de lattachement indéfectible des Français à la Foi des Ancêtres et seront, loin de la Mère Patrie, un enseignement salutaire pour les peuples protégés.

    M. Doucet, représentant de M. le Résident Supérieur, remercia Monseigneur des paroles aimables quil avait prononcées à lintention du Gouvernement du Protectorat, rendit hommage au courage de Mgr Herrgott qui réalisa ce bel évêché en huit mois.

    La cérémonie terminée, tout le monde se retira, en formant le vu de se réunir à nouveau bientôt, pour la pose de la première pierre de la cathédrale qui sera lachèvement du vu des Evêques de Phnompenh.

    Pour cela il faut des ressources abondantes, mais nous sommes certains que les fidèles redoubleront defforts pour que, dans un délai assez rapproché, ce pieux édifice, sélève rapidement, et manifeste aux yeux de nos protégés, la vivacité de la foi dans le cur des Français et leur souci de faire uvre durable en ce pays qui pour beaucoup est une seconde patrie.
    (Echo du Cambodge).


    Bangkok.

    28 mars.

    Le cher Frère Martin de Tours, directeur principal des Frères de St-Gabriel, au Siam, sest pieusement endormi dans le Seigneur à lhôpital Saint-Louis de Bangkok, le jeudi 2 mars 1933, à lâge de soixante-dix ans.

    Il ne nous appartient pas de retracer la vie si riche de ce bon serviteur, infiniment modeste bien quinfiniment curieux des choses de lesprit, du cur et de lâme. Fait extrêmement rare aujourdhui, à force de fréquenter la jeunesse et le monde, on ne trouvait plus chez ce fils du Bienheureux Grignon de Monfort aucune aspérité personnelle, aucun égoïsme, aucune velléité de complaisance quelconque. Sil ne se calfeutra pas toujours dans loptimisme, il sut toutefois diriger avec maîtrise les événements contraires et surmonter les difficultés en sappuyant sur la Croix. Il pratiqua lhéroïsme quotidien en soutane par une vie intérieure ardente et sut tisser la trame de sa vie par des pratiques chrétiennes nombreuses, mais conquérantes et viriles. Son dévouement resta sans limites.

    Le grand uvre de sa vie fut la formation intellectuelle, morale et religieuse denviron dix mille élèves : gerbe magnifique, capable décraser un corps, mais aussi dauréoler une âme durant léternité. Sur une terre étrangère, il avait su se créer une nouvelle patrie quil aimait si profondément quon ne put len arracher une seule fois durant son séjour de trente-deux ans au Siam. Dieu seul fut son maître ici-bas, car son esprit de foi le lui montrait partout et chez tous, supérieurs et inférieurs. Tous ses programmes de pédagogie, toutes ses conceptions scolaires, bien que tenant compte des hérissements de la nature humaine, se réduisirent à personnifier Dieu dans ses élèves.

    Au cours dune longue et discrète carrière, il imposa le respect, mais plus encore peut-être lamour. On laima ! On laime encore. Il a brisé les liens qui lattachaient à sa famille terrestre, aux fils de son esprit et de son cur, mais sa place reste entière au foyer. De certains, quand ils meurent, ne dit-on point : On ne le remplacera pas ; rien de plus exact que cette expression appliquée au Cher Frère Martin de Tours. Venu de France en effet pour recevoir lhéritage du fondateur du collège de lAssomption, ne la-t-il pas si richement ennobli quil nest guère possible despérer des jours plus brillants et plus féconds. Dautres viendront reprendre son sceptre de gouvernement, ils ne le conserveront sans doute ni si longtemps, ni ne le maintiendront si glorieusement. Que denfants lui ont confié leurs succès et leurs épreuves ! Que de familles sont venues le consulter !

    En le frappant après une vie de labeur intense, la mort a fait disparaître du collège de lAssomption un peu de bonté, un peu de beauté, jallais dire quelques quartiers de noblesse dont shonorent les vieilles communautés. Son confident quasi-quotidien durant vingt ans, puis-je avancer que la terre que nous foulions jadis ensemble est désormais moins belle, moins animée, moins humaine ?

    Tombé sur un point presque inconnu du globe, sa chute aura néanmoins des répercussions considérables. En emportant vers lau-delà tous nos espoirs, tous nos souvenirs, tous nos secrets, lâme du Cher Frère Martin va les élucider, les fondre, les transformer devant les rayons du Soleil de Justice et de Charité. Lui, sest détaché des fantômes de lunivers. Jour par jour, il saura nous déshabituer de cette grossière nourriture terrestre et nous enivrer davantage du Sang du Christ. A notre époque malheureuse où ni la vie sociale, ni la vie économique, ni la vie familiale hélas ! ne sont guère sanctifiées par la présence et la lumière divines, où le rythme laïque sinsinue partout, jusque dans nos écoles, il est bon, il est nécessaire que nous conservions le souvenir dapôtres baignés dans le spirituel, noyés dans le Divin. Le Cher Frère Martin de Tours fut, au Siam, lun de ces apôtres doués dune splendide plénitude de vie. Quil daigne nous faire participants de cette plénitude de vie en Jésus-Christ et appeler sur ses Frères et ses enfants qui le pleurent, les consolations chrétiennes et les bénédictions divines.

    *
    * *

    Le Dumont dUrville, aviso de lescadre française dExtrême-Orient, a mouillé dans les eaux siamoises, du 11 au 14 mars dernier. A bord se trouvaient les Pères Flachère, aumônier sur le Primauguet, et Louison, de la procure des Missions-Étrangères de Saigon, spécialement invité par le vice-amiral Berthelot. Ces deux confrères acceptèrent volontiers lhospitalité de la procure de Bangkok dont profitèrent également le chef détat-major et lofficier dordonnance de lamiral. Avec une exquise courtoisie celui-ci se prêta longuement à la visite des établissements de la mission et voulut bien accepter, ainsi que Monsieur le Ministre de France, de dîner, la veille de son départ, à la procure.

    Par ailleurs, les chrétiens de la cathédrale furent heureusement surpris dentendre à la messe paroissiale du dimanche, 12 mars, un récital de chants pieux exécutés par les musiciens du bord. Cétait le jour de la communion solennelle des enfants qui conserveront vivant le souvenir de cette fête religieuse franco-siamoise.


    Malacca

    31 mars.

    La misère est toujours grande dans la Chersonèse dOr. Lintroduction de lHevea brasiliensis y avait fait couler le Pactole à pleins bords ; le Pactole nest plus aujourdhui quun mince filet deau qui, de jour en jour, va diminuant. Le caoutchouc se vend encore, cest vrai, mais à des prix qui sont loin dêtre rémunérateurs. La brousse envahit les plantations tirées jadis à quatre épingles, et bientôt Messire Rimau le Tigre y viendra courre le sanglier.

    Cest la misère dautant plus dure à supporter quelle fait brusquement suite à une longue période de prospérité qui avait eu comme résultat de créer, même parmi le menu peuple, des besoins nouveaux qui ne se peuvent plus satisfaire maintenant.

    Des associations se sont bien formées pour venir en aide aux sans-travail, tant asiatiques queuropéens ; mais, hélas ! les secours sont dépassés par les besoins toujours croissants.

    Dans la mission, calme plat. Le travail continue sans trop de bruit. A Batu-Gajah, le P. Cordeiro se félicite davoir actuellement dans lécole des garçons 43 élèves et 39 dans celle des filles. Le Gouvernement na pu accorder de subvention : il fallait sy attendre. Heureusement divers bienfaiteurs ont assuré le Père de leur appoint financier, spécialement pour lécole des filles qui vient de subir, une réorganisation complète.

    A Kuala-Lumpur, le P. Girard, curé de léglise chinoise, tend la sébile pour réunir les fonds nécessaires à lérection dune chapelle dans la colonie des lépreux de Sungei-Buloh. Le médecin en chef a donné le terrain ; le Père fera le reste. Ce qui nest pas pour effrayer un débrouillard de sa trempe,

    Un Rédemptoriste Canadien, le P. Fournier, vient de reprendre le chemin de la Cochinchine après avoir, pendant sept mois, semé sur tous les terrains de la mission la bonne parole. Les confrères furent le premier champ ensemencél puis se succédèrent des retraites tour à tour données aux Frères des Écoles Chrétiennes, aux Religieuses du Saint Enfant-Jésus et aux élèves des Écoles.

    Tous nous lui disons merci, et, sil plaît à la Divine Providence, sans adieu.
    S. E. Mgr de Gorostarzu est venu mourir à Pinang. A son passage à Singapore, il navait pu quitter le bateau pour se rendre à la Procure, ainsi quil est de coutume ; son état de santé sy opposait sans toutefois laisser entrevoir un dénouement si proche. Mais, quand le Porthos accosta à Pinang, il fut jugé nécessaire de débarquer le malade. Averti par radio, dans la matinée du 23 mars, le P. Rouhan, Supérieur du Collège Général, accompagné du P. Michel, était le lendemain, à 1 h. du matin, à bord du paquebot. S. E. fut immédiatement dirigée sur lhôpital. Le diagnostic du médecin anglais qui lexamina dès son admission fut des plus inquiétants : Les reins fonctionnent mal et le cur est faible.

    La journée, mécrit du Collège le P. Piffaut à qui je suis redevable des détails qui suivent, fut assez bonne : dans laprès-midi Mgr pouvait comprendre et parler. Le P. Rouhan lavertit alors de la gravité de son état ; après sêtre confessé, Mgr se prépara à recevoir la sainte communion le lendemain matin, samedi. Mais létat dexcitation où il se trouva alors ne le lui permit pas. Le médecin déclarant que tout espoir était perdu, le P. Dérédec administra lExtrême-Onction au malade. Cette journée et la suivante, Mgr les passa dans une demi- inconscience, ayant peine à saisir ce quon lui disait et ne répondant que par monosyllabes. La crisse durémie évoluant, le lundi matin, 27, commença une longue agonie. La respiration devenant toujours plus laborieuse à mesure que la journée avançait, Mgr reposait immobile, les yeux clos. Seule la respiration montrait que la vie demeurait encore. Toute la journée, à tour de rôle, les Pères vinrent veiller le mourant. Enfin, à 8 h. 55 du soir, Mgr rendit doucement le dernier soupir, ayant auprès de lui le P. Rouhan et une Religieuse du Couvent du Saint Enfant-Jésus.

    Aussitôt le corps fut transporté au presbytère de lAssomption où une chapelle ardente fut dressée ; pendant la nuit, les Religieuses se succédèrent pour prier auprès du vénéré défunt.

    Les funérailles eurent lieu le soir du mardi, 28, à léglise de lAssomption et furent présidées par le P. Dérédec quentourait une très nombreuse assistance, les journaux ayant le matin même annoncé la nouvelle de la mort accompagnée dune notice sur les longues années de mission et dépiscopat de S. E.. Mgr de Gorostarzu repose dans le cimetière de Pinang, tout à côté de Mgr Perrichon, dans la concession de la mission. Parmi ceux qui laccompagnèrent à sa dernière demeure on remarquait onze jeunes Yunnanais, élèves du Collège Général. R. I. P.


    Mandalay

    3 avril.

    Au début de lannée, les Surs de St Joseph ont célébré dans leur chapelle, à Mandalay, le centenaire de leur fondation par un triduum solennel clôturé par une messe pontificale. Cest en effet le 25 décembre 1832 que Mère Emilie de Vialar fondait à Gaillac (Tarn) la Congrégation de St Joseph dont la maison mère est actuellement à Marseille.

    Le 15 janvier, Mgr Falière bénissait la petite chapelle de Lanywa, dans les régions pétrolifères.

    Vers la fin de février, le P. Mandin nous quittait pour la France. Six mois de repos en Vendée lui feront grand bien après 21 ans de Birmanie.

    Dans le courant de mars, nous avons eu dabord la visite du. P. Coli, des Missions-Étrangères de Milan, venu en Birmanie comme Visiteur des missions de Toungoo et de Kengtung.

    Quelques jours plus tard nous avions lagréable surprise de voir arriver le P. Mirabel, du Siam, accompagné du P. Nicolas, prêtre indigène. Tous deux avaient fait un voyage dexploration de Chiengmai à Papun, onze jours de marche à travers la forêt pour faire la jonction avec la Birmanie. Accueillis à Papun par le P. Loiseau, ils étaient ensuite descendus à Moulmein, avaient visité Rangoon et Bassein et enfin arrivaient à Mandalay pour repartir par la voie Kalaw-Taunggyi-Kengtung-Siam. Daprès les calculs du P. Mirabel, le voyage de retour devait se faire rapidement et il comptait être à Chiengmai le 25 mars.

    Depuis quelques jours le P. Bazin, supérieur du petit séminaire de Moulmein, est aussi notre hôte ; il est venu rendre visite à sa sur, Religieuse de St Joseph.

    Mgr Foulquier a dû se faire arracher un il qui le faisait horriblement souffrir depuis six mois. On lui a mis un il en verre. Lautre il nest pas très bon non plus et on ne sait pas si et quand on pourra lopérer. Cest bien triste dêtre aveugle ; mais notre cher et vénéré Père est admirable de résignation. Il est actuellement à Maymyo. Les dernières nouvelles nous annoncent quil est à lhôpital avec dysenterie et fièvre ; mais grâce à Dieu, le mal semble enrayé.


    Pondichéry

    mars.

    Le Trait dUnion
    Pondichéry. Dans les derniers jours de février, le P. Hougard est pris dune arthrite au genou qui le fait beaucoup souffrir et limmobilise pendant toute une semaine. Le repos et aussi la bonne humeur du malade ont eu raison de la crise et il peut circuler maintenant sans trop de peine en sappuyant sur un bâton comme un vieux.

    Le 6 mars, le P. Sacré, débarqué la veille à Madras, vient saluer Sa Grandeur et montrer à tous, par sa mine florissante, les bienfaits de son voyage. Il a visité Saigon, Hanoi, Canton, et rencontré le P. Panet à Hongkong. Réceptions chaleureuses partout, ce qui ne lempêche pas de crier encore : Vive Pondichéry !

    Le même jour, Mgr Prunier et les PP. Dutay et Jauffrineau, embarqués la veille à Madras, viennent passer la journée à la mission. Le P. Clément voyage par le même bateau, mais il ne put descendre à cause de sa paralysie qui est toujours dans le même état. Non seulement Mgr de Salem a pu se débarrasser de la fièvre dont il a souffert dernièrement, mais il a retrouvé tout son entrain et tout son enthousiasme. Espérons que lair de la mère-patrie aura vite raison des microbes de la malaria.

    Cheyur. Le 8, Mgr se rend à Cheyur pour présider la retraite du mois des confrères du nord, en compagnie des PP. Gayet et Morin. Partis de Pondichéry à 8 h. 30 du matin, nous étions à 11 h. ¼ à Cheyur où nous attendaient les PP. Paul, Marie, Savéry, Arul, Paul-Arokiam, avec le P. Peter de Chingleput et son vicaire. La merveille de Cheyur est son église ; un vrai chef-duvre. Quel malheur que le P. Grandjanny ne puisse passer dans 10 paroisses et renouveler partout le tour de force accompli là-bas ! Avec son joli clocher, sa robe immaculée de ciment blanc, ses décorations sobres et gracieuses, ses formes sveltes et bien proportionnées, elle porte à la prière. On dirait une jeune fille, drapée dans son voile de première communion, en adoration devant le vrai Dieu, au milieu dun peuple païen. Le presbytère aussi est tout à fait bien avec sa petite cour et ses plantes dagrément. Il y a une école de garçons avec deux instituteurs et une quarantaine denfants. Une centaine de fillettes fréquentent lécole des Surs. Le dispensaire est également bien achalandé, malgré lhôpital du gouvernement qui se trouve non loin de là.

    Chaque semaine, deux religieuses vont faire une tournée dans les villages des environs. Elles sont les bienvenues partout et soignent beaucoup denfants. Il y a quelques semaines, pendant quelles soccupaient des bébés à lombre dun grand arbre, une jeune femme vint les prier de venir voir son père qui se mourait à la maison et les demandait. A peine le moribond les eut-il aperçues sur le seuil de sa porte quil sécria : Mères, Mères, venez vite ! Je vous attendais depuis longtemps. Je veux aller au ciel. Montrez-moi le chemin. Et pendant que les religieuses linstruisaient et lui suggéraient des actes de foi, de contrition et de charité, les membres de la famille et les curieux qui emplissaient la maison approuvaient à haute voix et criaient au malade : Répète, répète ce que te disent les Mères, cest pour ton bien. Régénéré par les eaux du baptême, il mourut deux jours après : il avait trouvé le chemin du ciel.

    A 5 h. ½ , nous étions de retour à Pondichéry, enchantés du voyage, enchantés de ce que nous avions vu et entendu.

    Pondichéry. Le 9, réunion du comité des écoles sous la présidence de Mgr. Étaient présents : les PP. Verdure, Gaston, Gavan-Duffy, Mézin et Bonis.

    Les 11 et 12, pluies torrentielles à Pondichéry : 17 pouces (425 millims) en 36 heures. Les environs de la ville ne formaient plus quun lac ; on dut réquisitionner les barques des pêcheurs pour sauver les pauvres gens qui habitent ces bas-fonds. La procession qui devait clôturer la neuvaine de grâce le 12 au soir, ne put avoir lieu à cause de la pluie qui tombait à verse et fut remise à huitaine.

    Le 14, Mgr part en administration à Vellantangal. Appelé par télégramme, il était à Mylapore le 17, pour lenterrement de Mgr Teixera, mort subitement le mercredi précédent.

    Le 17, le P. Huguet part pour Bangalore où il va prendre quelques semaines dun repos bien mérité après tous les tracas que ses ouailles lui donnent depuis près dun an, au sujet des cloches de léglise et de la barrière qui sépare encore les choutres des Adi-Dravidas : ceux-ci insistent pour que la barrière disparaisse et quon sonne les cloches pour leurs enterrements, etc., ceux-là veulent mordicus quon maintienne le statu quo.

    Le 19, retraite du mois des confrères de Pondichéry et des environs... et fête du P. Pinel.

    Kangapattu. Le P. Gravère écrit : Durant sa tournée pastorale dans nos parages, du 14 au 27 février, Mgr a été accueilli partout avec grandes démonstrations de joie, au son des tambours et des pétards. Il a donné 284 confirmations dans le district de Kangapattu et à peu près autant dans celui de Vettavalam. Jai profité de la présence de Sa Grandeur pour lui faire bénir la nouvelle chapelle de Sanipundi, bâtie lannée dernière.

    Mgr a pu se rendre compte que nos chrétiens ne sont pas encore communistes. Il eut à juger un cas qui aurait fait envie à Salomon : un de mes voisins ayant été convaincu davoir pris possession dun arbre qui nétait pas sur son terrain en réclamait les fruits pendants parce que, disait-il, ils avaient poussé pendant quil avait la jouissance de larbre !!

    Vadalur. La réunion mensuelle des confrères du sud a eu lieu ce mois-ci à Vadalur, chez le P. Anandu. Etaient présents : les PP. Bonnefond, Isaac, Anandu, Devannah, Mézin, de Gruiter et Leblanc.


    Mysore

    24 mars.

    Le seul événement qui mérite dêtre rapporté est le passage à Bangalore de lex-roi dEspagne, Alphonse XIII. Il fut reçu à la gare par les personnalités de Bangalore, parmi lesquelles Mgr Despatures et le P. Vanpeene.

    Le lendemain matin, le roi, accompagné de son fils, le prince Juan, et du duc de Miranda, partait pour Mysore où il fut lhôte du Maharajah. Au cours de la partie de chasse organisée en son honneur, le roi fut assez heureux pour abattre un joli tigre.

    Entre-temps le palais de Mysore télégraphiait à la Résidence de Bangalore que le roi devait repasser dans cette ville, en route pour Hyderabad, et désirait assister à une messe. Tout Bangalore fut grandement édifié dapprendre quun roi, ayant tout juste 55 minutes de libres entre deux trains, faisait plus de huit milles pour assister à la messe de six heures à la cathédrale.

    Ces derniers temps, Mgr a administré le sacrement de confirmation en plusieurs endroits. S. Ex. a présidé les fêtes de Shimoga où Elle a procédé à linstallation des religieuses belges. Elle était accompagnée par notre procureur qui na pu sempêcher, paraît-il, de verser une larme de regret sur son vieil Aisikéré, quil a laissé pour le poste si différent de la procure.

    Les PP. Dutay et Jauffrineau se sont embarqués à Madras, à destination de la Bretagne et de la Vendée. Ces deux provinces, quoique fidèles à leurs vieilles coutumes et à leurs traditions, ne paraîtront-elles pas un peu changées à nos deux confrères qui les ont quittées, lun, il y a 40 ans, lautre, 25 ans ? Nous le saurons à leur retour.


    Coïmbatore

    25 mars.

    La partie nord-ouest de la mission, que lon nomme le Wynaad, a reçu, au commencement de lannée, la visite de Mgr. Il y a administré le sacrement de confirmation à environ 150 chrétiens.

    Ladministration de ce district, confiée au P. Lesponne, est pénible ; les chrétiens, au nombre de 2459 sont disséminés dans de nombreuses plantations de café, de thé et de caoutchouc. Outre léglise principale, il y a 7 autres chapelles pour les besoins des chrétiens. Le prêtre en charge de ce district doit simposer de nombreux voyages pour visiter ses ouailles. Pendant la semaine, les travailleurs sont occupés de 7 h. du matin à 5 h. du soir. Le dimanche seulement ils sont libres. Ceci rend le travail dadministration bien difficile. Si, au moins, le pays était salubre, mais, cest lun des plus fiévreux de la mission et le P. Lesponne paye trop souvent un lourd tribut à la fièvre. Que le Bon Dieu lui accorde une bonne santé pour lui permettre de se dépenser au salut des âmes quil aime tant !

    Après le Wynaad, Chittoor, vieille chrétienté du sud-ouest de la mission, reçut la visite épiscopale. Sa Grandeur y administra une centaine de confirmations. Cest le P.M. Xaverinather qui est en charge de ce district. Depuis longtemps déjà, sa santé laisse à désirer. En outre, ses chrétiens sont dispersés dans un pays de rizières et le pauvre Père doit simposer des courses bien fatigantes pour leur porter les secours de la religion.

    Le P. Jean, le doyen de nos prêtres Indiens, âgé de 75 ans, vient de mourir. Il appartenait à une très bonne et très influente famille du diocèse. Il était retiré depuis plusieurs années et la mort ne laura pas surpris, car il sy préparait depuis longtemps.

    Le P. Castanié va de mieux en mieux et est allé au Sanatorium de St Théodore pour y passer la saison des chaleurs.

    Le P. Collin est allé aussi au Sanatorium : il est fatigué, mais les soins dévoués du P. Pessein et le bon climat des Montagnes Bleues ne tarderont pas à lui permettre de rejoindre son poste.

    Deux jeunes prêtres de Changanacherry, le P. Thomas et le P. Joseph, viennent darriver à Coïmbatore pour y travailler avec nous. Que le Bon Dieu leur accorde la consolation de gagner de nombreuses âmes à la vraie religion.


    Salem

    24 mars.

    La semaine précédant son départ, S. Ex. Mgr Prunier, ayant été à Bangalore prendre congé de S. Ex. le Délégué Apostolique, était repris par la malaria et devait entrer à lhôpital Ste Marthe pour sy faire soigner ; après un traitement de huit jours, toute trace de fièvre avait disparu, S. Ex. pouvait retourner à Salem et faire précipitamment ses derniers préparatifs de départ avant daller à Madras sembarquer à bord du Chantilly, mais sans le P. Chassain, empêché au dernier moment de prendre le même bateau par une hémorragie à la suite de laquelle il avait été administré.

    La veille de son départ pour son voyage ad limina, Mgr avait eu la joie de recevoir une nouvelle recrue en la personne du P. Mathew Thekkedani, du diocèse de Changanacherry. Ce diocèse nous avait déjà, lan dernier, donné notre premier prêtre indien.

    Huit jours plus tard, avait lieu la bénédiction de la nouvelle chapelle de St Antoine, dans un faubourg de Salem ; la messe fut chantée par le P. Mercier, curé de la cathédrale, en présence de plusieurs confrères et dune nombreuse assemblée de fidèles.

    De divers côtés, des chantiers de construction se sont ouverts : à Covilur, où le P. Sovignet fait crépir sofi Escorial ; à Tengarakotta, où le P. Devin fait couper des briques pour construire une nouvelle église ; à Yercaud, où le P. Ligeon refait, après la toiture de son église, celle de son presbytère ; à High-Field enfin où le P. Blons, avec le concours du P. Michotte, travaille à son logement.

    Le P. Hourmant, laissant la surveillance de lorphelinat à son assistant, le P. Nalais, est toujours en course pour visiter et former ses néophytes à la vie chrétienne.

    Le P. Bulliard qui est allé à Bangalore voir le P. Chassain, nous annonce une légère amélioration dans létat du cher malade alimenté jusquici avec du liquide seulement.

    Le P. Chevallier annonce son retour de France pour Pâques, après un court séjour de 4 mois dans sa famille.

    Le P. Depigny achève sa convalescence au Sanatorium de St Théodore et ne tardera pas à reprendre du service actif, linaction tant soit peu prolongée lui devenant vite un poids insupportable.

    Le P. Brun caresse le projet de construire un clocher pour loger et sonner à toute volée la belle cloche, quavant de mourir, lui a donnée le P. Playoust.


    Séminaire de Paris

    1er mars.

    Les cours du deuxième semestre ont recommencé dans les deux séminaires le 20 février et M. Destombes occupe la chaire de théologie dogmatique. Avant dêtre appelé à de nouvelles fonctions, M. Chabagno est allé passer quelques mois à Rome.

    Le 23 février avait lieu dans les salons du Cercle Interallié, la remise des décorations accordées par le Ministère des Colonies aux missionnaires, religieux et religieuses, à loccasion de lExposition Coloniale. Cette cérémonie, présidée par lamiral Lacaze, était rehaussée par la présence du Maréchal Lyautey, de S. Exc. Mgr Chaptal, Mgr le Supérieur, Mgr le Hunsec et fut toute à la gloire des missions. Les PP. Gros et Bouchet reçurent leur diplôme des mains du Maréchal.

    Le nombre des aspirants à Paris (ceux de Rome compris) est de 84 et à Bièvres 59.

    Mgr le Supérieur a fait, le 16 février, une conférence à lAssociation paroissiale de St Nicolas du Chardonnet. Le dimanche 19, accompagné du P. Lévêque et de plusieurs confrères, il présidait, rue Hallé, une réunion organisée par M. Lay, président de lAssociation des Etudiants catholiques Indochinois et fils du Tong Doc de Hai-Dzuong. Environ 25 étudiants étaient présents, dont 3 français. Une petite conférence par M. Leblond, étudiant de Lille, a été fort goûtée. Deux étudiants annamites ont parlé successivement et rendu, avec un accent de sincérité frappant, leurs sentiments de foi et dattachement à la religion et leur confiance dans lEglise Catholique pour diriger lévolution de leur pays.

    Le 22 février, Mgr le Supérieur et le P. Robert assistaient à léglise de lAnnonciation, aux obsèques de M. Knight, chef de bureau au Ministère des Affaires Etrangères, dont nos confrères de Chine nont pas oublié les vives et chrétiennes sympathies pour les missions.

    A Marseille, le P. Valour, de Malacca, devait être opéré mardi. Les médecins ont remis lopération qui aura lieu probablement demain jeudi.

    Le P. Thibaud est revenu dune assez longue tournée dans lest. Il a assisté à la première grand messe de M. Dubois, partant destiné à Malacca, à la paroisse des Bois (Jura Bernois).

    15 mars.

    Le 2 mars, Mgr le Supérieur sest rendu à Beaupréau où le nombre de nos postulants nest plus que de 11. Avec les PP. Davias, Lassalmonie et Laplace, sy trouve le P. Audren qui y a établi son pied-à-terre pour rayonner dans la région voisine dans lintérêt de notre recrutement. Cest pour ce but que, Mgr le Supérieur, présumant lautorisation de Mgr Baudry, la retenu pour un an encore en France.

    Le 3 mars, Mgr le Supérieur donnait une lecture spirituelle aux élèves du grand séminaire de Vannes, en présence de Monseigneur lEvêque. Les jours suivants il faisait des conférences aux élèves des collèges de St Pol-de-Léon et de Lesneven. Le 7, il était à Lannion lhôte de M. le Chanoine Lemercier, frère du provicaire de Ningyuanfu et il y parlait aux nombreux élèves de lexcellent collège St Joseph (530 élèves). Puis passant à St Brieuc la soirée du 8 mars et à Rennes celle du 9, il y donnait des lectures spirituelles aux élèves des grands séminaires. La sympathie quil a rencontrée auprès de NN. SS. les Evêques et des Supérieurs ou Directeurs des Séminaires quil a visités, la beaucoup encouragé.

    Admission nº 2. M. Robert Castiau, du diocèse de Tournai.
    3. M. Fridich Georges Nancy.


    1933/359-396
    359-396
    Anonyme
    France et Asie
    1933
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