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Chronique des Missions et des Etablissements communs 3

Chronique des Missions et des Etablissements communs Séminaire de Paris Le 23 décembre, Mgr le Supérieur a ordonné 14 prêtres, 4 diacres, 3 sous-diacres, 5 minorés et 1 tonsuré. Comme suite à la Journée des Missions de Strasbourg, M. le Chanoine Lutz, Directeur diocésain de la Propagation de la Foi, a envoyé au Séminaire plusieurs lots dornements, destinés aux alsaciens de la Société. Un nouveau postulant-frère, M. Edouard Hayoz, est venu de Fribourg et sest rendu à Dormans.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs



    Séminaire de Paris

    Le 23 décembre, Mgr le Supérieur a ordonné 14 prêtres, 4 diacres, 3 sous-diacres, 5 minorés et 1 tonsuré.

    Comme suite à la Journée des Missions de Strasbourg, M. le Chanoine Lutz, Directeur diocésain de la Propagation de la Foi, a envoyé au Séminaire plusieurs lots dornements, destinés aux alsaciens de la Société.

    Un nouveau postulant-frère, M. Edouard Hayoz, est venu de Fribourg et sest rendu à Dormans.

    La veille du premier janvier, à 8 heures du soir, dans la salle du Conseil, au nom des membres de lAdministration centrale, des professeurs du Séminaire et des Frères, M. Boulanger, 2e Assistant, a offert à Monseigneur le Supérieur les souhaits de nouvel an. Monseigneur a répondu en donnant un souvenir ému aux deux disparus de lan dernier, M. Delmas et M. Denis.

    Le P. Mollat, aux prises depuis quelque temps déjà avec une grippe tenace, a dû prendre un congé et sest rendu à Lamalou-les-Bains.

    La fête traditionnelle du 6 janvier a réuni les deux communautés de Paris et de Bièvres. La messe solennelle a été chantée par Son Excellence Mgr Ceretti, Nonce apostolique (dont la résidence est actuellement 14, Boulevard des Invalides). Après la cérémonie, Monseigneur, à la salle des exercices, a présenté les deux communautés à Son Excellence, qui a bien voulu donner aux aspirants de précieux encouragements, Mgr Le Roy, Supérieur des Pères du Saint-Esprit, Mgr Descamps, Directeur de la Propagation de la Foi, Mgr Mério, Directeur de la Sainte-Enfance, M. Garriguet, Supérieur de St-Sulpice, ont bien voulu ce jour-là nous honorer de leur présence.

    La Messe mensuelle de luvre des Partants a réuni un grand nombre dassociées à la crypte le lundi 8 janvier. Le P. Riouffreyt a parlé à son très attentif auditoire dune peuplade de Birmanie, les Carians.

    Mgr Cuaz donne quelques nouvelles de sa santé : Le mieux saccentue, dit-il, quoique lentement à cause de la saison ; mais depuis temps je puis célébrer la sainte Messe chaque jour, ce qui mest une bien douce consolation. Les épaules sont toujours raides et la main droite à moitié ankylosée, aussi jai besoin daide pour mhabiller et ce nest pas sans peine que je marche ou que je me baisse ramasser quelque objet à terre.

    Grâce à linitiative de M. labbé Olichea, aumônier du Cercle des Francs-Bourgeois et directeur de lUnion missionnaire du Clergé, a eu lieu une Journée des Missions à léglise Saint-Paul-Saint-Louis. De 8 heures à midi ½, à toutes les messes, aux catéchismes de persévérance des garçons et des jeunes filles, des conférences ont été données, soit par Mgr le Supérieur, soit par les PP. Léculier, Gérard, Chambon. Après avoir officié aux vêpres solennelles, Mgr a pris pour la troisième fois la parole sur le développement des Missions. Le curé de la paroisse, M. Reboul, petit-neveu du sympathique poète de Nîmes, remerciant Monseigneur davoir donné cette Journée à ses paroissiens, a vivement encouragé ceux-ci à sinscrire aux uvres de la Propagation de la Foi et de la Sainte-Enfance. Quelques jeunes gens du Patronage de M. labbé Tournadre ont distribué dès le matin des tracts sur la Propagation de la Foi et vendu des carnets de cartes postales de notre Salle des Martyrs. Pour terminer cette Journée, quil faut espérer féconde, il y eut une séance de projections sur les Missions de la Chine.

    Monseigneur est parti le soir même pour St-Brieuc, afin dassister aux funérailles de Mgr Morelle.

    Rome

    Des 5 aspirants qui étudient actuellement à lUniversité grégorienne 1, lun a reçu le sous-diaconat, deux la prêtrise, le 23 décembre. Les deux nouveaux prêtres ont eu, le lendemain, linsigne bonheur de dire leur première messe au tombeau de saint Pierre. Tous les membres de notre petite communauté y assistaient.

    Marseille.

    Le P. Valtat, du Kientchang, sest embarqué le 29 décembre pour regagner sa Mission.

    Montbeton

    Le P. Edmond Foubert, de la Mission de Coïmbatore, est décédé au Sanatorium. Notre confrère souffrait dun cancer à la bouche, et, pour lui encore, lapplication du radium na pas eu leffet que lon pouvait en espérer.


    1. Le Collège Romain, appelé aussi Université grégorienne, a été fondé en 1550. Il est confié aux RR. PP. Jésuites et confère les grades en théologie, philosophie et droit canonique.


    Sanatorium Saint-Théodore

    Le P. Jean-Baptiste Michotte, de la Mission de Kumbakônam, est nommé Supérieur du Sanatorium Saint-Théodore de Wellington (province de Nilgiris), en remplacement du P. Vieillard, dont la santé ne peut plus supporter les hautes altitudes et qui rentre dans la Mission de Coïmbatore.

    Les lecteurs du Bulletin (Voir Nº 12, Décembre 1922, pp. 6448-650) savent le zèle apporté par le P. J. Michotte au soulagement des lépreux de Kumbakônam : nul doute quil ne trouve dans son cur le même dévouement au service de ses confrères.

    Tôkyô

    Le gouvernement avait introduit dans le budget soumis à lapprobation des Chambres une somme de 160.000 yen pour la création dune ambassade auprès du Vatican. La question a soulevé des tempêtes. Les sectes bouddhiques réunies, et principalement la secte puissante du Jôdo-shinshu caractères chinois, qui compte 19.500 temples et 5 millions dadeptes, et qui se partage en deux branches rivales rattachées au Nishi-Hongwanji caractères chinois et au Higashi-Hongwanji caractères chinois de Kyôto, réconciliées, dailleurs pour la circonstance, comme Hérode et Pilate, ont mené une violente campagne pour forcer le ministère à retirer cette allocation de son programme budgétaire. Meetings, conférences publiques, adresses au Ministère des Affaires-Étrangères et aux principaux leaders des partis politiques, voyages répétés et visites des grands bonzes ou de leurs représentants aux ministres et aux personnages influents de la capitale, mots dordre donnés par les temples métropolitains à leurs filiales, propagande directe ou par les associations de jeunesse bouddhiques, distributions de pamphlets dirigés contre les agissements politiques de la Papauté, réunions de provinces avec manifestes et télégrammes adressés aux ministres et aux partis politiques, menaces de briser les relations officielles avec le gouvernement, pression sur les membres du Parlement élus par les districts en majorité bouddhistes, tout a été mis en uvre par les sectes pour arriver à leur fin. On pourrait dire vraiment quelles ont remué ciel et terre, si le ciel entrait quelque peu dans leurs préoccupations.

    En dépit des assurances données de vive voix à leurs chefs par le comte Uchida, Ministre des Affaires Etrangères, malgré les déclarations faites déjà maintes fois à la tribune des Chambres par le gouvernement, que les relations quil sagit détablir avec le Saint-Siège ont un caractère purement politique, que le gouvernement japonais sinspire uniquement des nécessités internationales de lheure présente ; en dépit des explications détaillées communiquées à la presse à plusieurs reprises par de hauts fonctionnaires du Ministère des Affaires-Étrangères, les bonzes nont voulu rien entendre. Ils ont maintenu à tout prix leur point de vue, à savoir quenvoyer un ambassadeur japonais à Rome, ce serait reconnaître comme souverain politique un chef de religion qui na pas ce caractère ; ce serait donner au Nonce de Pape à Tôkyô la préséance sur les représentants des autres religions ; ce serait favoriser la religion catholique au détriment des autres et inaugurer une politique dangereuse pour lavenir du pays. Car, répétaient-ils sur tous les tons, un des dogmes fondamentaux du catholicisme est que le pouvoir du Pape domine tous les autres pouvoirs ; par suite, la Papauté naspire quà étendre son empire, qui, voudrait se réaliser par létablissement dun immense royaume chrétien sur toutes les nations du globe. Ces prétentions ont été, ainsi que le démontre lhistoire du passé, la source de difficultés considérables pour les gouvernements et dintrusions odieuses de la part de la Cour pontificale dans la politique intérieure des Etats. La constitution nationale du Japon, fondée comme elle lest sur la suprématie de lEmpereur, est radicalement inconciliable avec le dogme catholique de la suprématie du Pape, et les relations diplomatiques avec le Saint-Siège ne pourraient quamener des perturbations nationales. Léchange dambassadeurs entre Tôkyô et Rome est, dailleurs, pour les raisons ci-dessus, contraire aux principes du droit international, au statut des religions dans lEmpire et à lopinion générale du pays.

    Des deux principaux partis de la Chambre des Députés, le Kensei-kwai caractères chinois, qui compte 109 membres sur 484 et constitue le parti dopposition au ministère actuel, sest déclaré défavorable au projet quil juge pour le moins inutile ; quant Seiyù-kwai caractères chinois, qui apporte dordinaire au gouvernement lappui de ses 282 voix, ses membres les plus influents étaient davis quon attende des temps plus calmes, où lopinion serait mieux éclairée, pour donner suite au projet ; un bon nombre de députés appréhendaient que leurs adversaires ne les accusent devant leurs électeurs bouddhistes des campagnes, davoir pactisé avec le Yaso (terme de mépris pour désigner le christianisme). Dautre part, la majorité de la Chambre des Pairs était favorable au projet. Les deux groupes les plus importants de cette Chambre, qui fraternisent communément avec le Seiyù-kwai, se sont employés auprès de ce dernier parti pour lamener à des considérations un peu plus élevées que ses préoccupations électorales. De leur côté, des membres influents de ces groupes ont eu des interviews avec les principaux leaders du mouvement bouddhiste pour essayer den calmer leffervescence ; on a parlé vaguement dun compromis tendant à substituer à léchange dambassadeurs lenvoi dun agent consulaire qui serait simplement chargé daffaires auprès du Vatican.

    Quant aux journaux, ils se sont contentés assez généralement de noter au jour le jour les divers incidents de la campagne bouddhiste, de résumer succinctement les discours des réunions publiques, denregistrer les manifestes votés, les interviews avec les grands bonzes et les mises au point émanant du Ministère des Affaires-Étrangères. Certains articles ont soutenu les vues des bonzes, dautres les ont ridiculisées. Plusieurs grands journaux, du moins au début, ont fait valoir les avantages que retirerait le Japon dune représentation diplomatique au Vatican, en insistant sur linfluence que donne au Pape sa suprématie spirituelle sur 300 millions de fidèles, lexemple de 28 nations, protestantes comme catholiques, qui ont des ambassadeurs ou des ministres accrédités près de la Cour pontificale, le rôle pacificateur joué par le Pape ces dernières années dans la politique internationale ; lavantage résultant de la présence dun agent diplomatique au centre important dinformations quest le Vatican ; lintérêt quil y a pour le Japon à sassurer lappui de lautorité pontificale dans les pays catholiques de lAmérique du Sud, où se déversent de plus en plus ses émigrants ; celui quil aurait eu, les années passées, à avoir un représentant près du Saint-Siège pour contrecarrer le mouvement anti-japonais des catholiques aux Etats-Unis. Dautres organes de la presse plaidaient linopportunité du projet, qui naurait pour le présent, disaient-ils, dautre effet que de créer des divisions.

    Quelques sectes bouddhiques indépendantes ont opposé aux manifestes de la Ligue Générale des déclarations en faveur de lambassade au Vatican, ajoutant que les bonzes officiels sont en voie de déshonorer le bouddhisme et le pays aux yeux de létranger. Elles ont conseillé au gouvernement, pour marquer le caractère exclusivement politique de lambassade et pour calmer les susceptibilités de leurs confrères, denvoyer un bonze pour représenter le Japon près du Saint-Siège. Un certain nombre des professeurs les plus en vue de lUniversité Impériale de Tôkyô se sont élevés également contre lopposition systématique des bonzes.

    Finalement le sectarisme bouddhiste la emporté et, le 13 février, la majorité de la Chambre des Députés votait contre lallocation proposée. Le Japon naura pas encore de représentant au Vatican.

    Nagasaki

    La petite Communauté des Surs de Saint-Paul de Yatsushiro vient dêtre bien cruellement éprouvée. Le 5 octobre dernier elle perdait Sur Angèle, principale maîtresse de lécole, ayant 23 ans de mission. Trois mois après, le 15 janvier, la Supérieure, Sur Eulalie de la Croix, était emportée à son tour, à lâge de 66 ans, dont 38 passés au Japon. Après quelques années de stage comme infirmière dans la maison de Tôkyô, Sur Eulalie avait été chargée de fonder la maison de Yatsushiro, où sa bonté et son infatigable dévouement lavaient fait aimer de tous.

    Osaka

    Le P. Duthu, qui venait de recueillir à Kyôto la succession du regretté P. Aurientis, est tombé gravement malade au commencement de février. Le 7, son état empirant, on jugea prudent de lui administrer les derniers sacrements, quil reçut en pleine connaissance et dans les meilleures dispositions. La pneumonie, qui sétait déclarée du côté gauche, attaquait le côté droit. Les trois docteurs qui voyaient confrère n osaient se prononcer.

    (Comme, depuis la date de cette information, aucune mauvaise nouvelle ne nous est parvenue, il y a tout lieu despérer que notre cher confrère est en voie de guérison. N. D. L. R)

    Séoul

    Le 18 janvier, grande liesse au Séminaire de Ryong-san. Mgr Devred avait daigné venir se joindre aux professeurs et aux élèves pour présenter leurs vux de fête au dévoué Supérieur, le P. Guinand. De Rome, le P. Bodin avait obtenu du Saint-Père une cordiale bénédiction apostolique pro Superiore, Moderatoribus et Alumnis, et la fête nen que plus solennelle et plus joyeuse.

    De Maryknoll on nous informe que le P. Byrne arrivera à Séoul vers la fin davril pour étudier de près la situation et préparer la place à ses confrères. Un premier groupe de Pères Maryknollistes viendra en septembre et se disposera à prendre possession de la partie nord de la Mission, dont lévangélisation sera dès lors confiée à leur zèle.

    Il paraît que quelques villes de Corée vont être mises sur le même pied que les grandes cités du Japon et être soumises aux mêmes règlements. Les villes appelées à cet honneur seront dabord Séoul, Hpyeng-yang, Fusan, Taikou, et peu après Chemulpo et Gensan. Le résultat le plus clair de cette innovation, cest que les villes en question vont voir leurs impôts considérablement augmentés.

    Les autorités de la province de la capitale ont envoyé dans tous districts une circulaire demandant aux. fonctionnaires dencourager les Coréens à abandonner les habits blancs pour prendre des vêtements de couleur. Cette instruction paraît obtenir un certain succès et en haut lieu on espère que, dans un avenir prochain, on ne verra plus que rarement des Coréens habillés de blanc.

    M. Kim Keui-syen, assistant-secrétaire au bureau du Monopole au Gouvernement Général, est parti pour un voyage officiel en Europe et en Amérique. Cest le premier fonctionnaire coréen envoyé ainsi en mission depuis létablissement du régime japonais dans la Péninsule. On pense que, si M. Kim sacquitte bien de la tâche à lui confiée, dautres Coréens seront ensuite envoyés aussi à létranger par le Gouvernement.

    Mandchourie Méridionale

    Le 5 janvier, le Maréchal Tchang Tsolin recevait Sur Rosine, Supérieure des Religieuses de la Providence de Portieux en Mandchourie, accompagnée des Surs St.-Jean et Scholastique.

    Notre Maréchal connut vers 1894 Sur Rosine, alors Supérieure de lorphelinat Ferme St.-Joseph ; il jouit même, environ un mois, du calme et de la protection de cette oasis en pleine guerre sino-japonaise. A cette époque il était simple, mortel, plus ou moins expert en lart de soigner la race... chevaline ! Quelques années plus tard, il revint voir les lieux qui avaient été pour lui sauveur, et Sur Rosine, cette fois, le reçut avec les honneurs dus à son grade de petit chef militaire. Laumônier, le P. Letort, linvita à sa table... Depuis lors, Tchang Tsolin, poussé par la roue de Dame Fortuné, noubliait pas les Surs de la Providence et leurs uvres, du moins celles de Moukden ; mais, jamais Sur Rosine navait songé à revoir lhôte de la Ferme St.-Joseph. Cette pensée et cette audace lui vinrent fin décembre et, le 5 janvier, lhumble cornette était admise à visiter celui que la Presse nomme le Roi non couronné de Mandchourie !

    Ce Roi fut dun accueil exquis et simple, si bien que la conversation sengagea de suite avec entrain et cordialité et ne languit pas un instant une heure durant. Mais, ma Sur, vous navez point changé ! Comme vous portez vaillamment vos 75 ans !... Et Sur Rosine de retourner le compliment à celui qui porte les soucis de ladministration de toute la Mandchourie !

    Le Maréchal senquit ensuite des uvres des Religieuses : hospices, orphelinats ; du budget, quil soffrit à relever de 3.600 piastres ! Il exprima le désir davoir des Surs pour lhôpital civil de Moukden, ce qui aurait lavantage, dit-il, sans parler de beaucoup dautres, de diminuer notablement les dépenses.

    Le Maréchal rappelle aussi sa visite à la Ferme St.-Joseph, laccueil et lhospitalité quil y reçut, parle en termes élogieux des missionnaires quil a connus, les PP. Letort, Conraux, Bareth.

    Sur Rosine ayant exprimé le désir de saluer Madame la Maréchale, cette dernière se dit heureuse de faire connaissance avec la Religieuse, dont elle a entendu parler et toujours avec éloges ! Et les langues daller leur train : on aurait dit une réunion de famille, tant cordialité et la simplicité étaient parfaites !

    Après plus dune heure dentretien, le Maréchal reconduisit lui-même sur Rosine et ses compagnes jusquà la cour, les assurant encore une fois de son intérêt et de la protection quelles trouveront toujours en lui.

    Rentrées à la Mission, les trois visiteuses y reçurent sans tarder la royale obole promise ! Oui, et pourtant voilà qui narrivera quand même pas à convertir les détracteurs incorrigibles de notre Maréchal ! Libre à eux. En attendant, la Mandchourie nenvie le sort daucune autre province de Chine !

    Dans la dernière tournée pastorale, Mgr Blois et son compagnon, le P. Chabanel, ont bien failli tomber entre les mains des brigands : il ne sen est fallu que de quelques kilomètres. Ils purent heureusement faire demi-tour à temps et assistèrent de loin à lincendie et au pillage de la ville où ils devaient se rendre.

    Mandchourie Septentrionale

    Létat de santé du vénérable Mgr Lalouyer reste bien précaire, car si les forces physiques sont un peu revenues au cher malade, ses facultés semblent plutôt aller en saffaiblissant. Que le bon Dieu nous conserve longtemps encore le fondateur de notre chère Mission, dont nous allons bientôt célébrer le 25e anniversaire ! Mgr Gaspais avait interrompu sa tournée pastorale pour accourir auprès du vénéré malade. Quand tout danger fut écarté, Sa Grandeur se remit en route et, dans la seconde semaine de décembre, parcourut les deux districts de Pinhien et Tongpinhien. Après avoir passé les fêtes de Noël dans cette dernière ville, S. G. fit un rapide voyage à Houlan, Sikitchang et Payensou. Cest dans cette ville, résidence de notre vénéré doyen le P. Sandrin, que Mgr passa le 1er de lan. Après un court séjour à Harbin et à Changchun, Mgr était de retour à Kirin le 15 janvier.

    Cette année encore, il nous faut remercier Dieu pour la protection quil a accordée à lévêque et aux missionnaires pendant leurs voyages. Plus que jamais le pays est rempli de brigands, et il est bien difficile de faire un voyage de quelque importance sans rencontrer quelque bande de ces indésirables. Ils sont vraiment à plaindre les pauvres paysans, rançonnés alternativement par les brigands et par les soldats lancés à leur poursuite !

    Setchoan Oriental

    A Fucheou (Setchoan), durant la bataille que se livrèrent vers la mi-décembre les généraux Tcheou et Ho, les établissements de la Mission ont souffert du bombardement : malgré le drapeau français qui flottait très visiblement, lécole des filles a été atteinte par un obus, qui fort heureusement na pas fait de victimes.

    A la fin de décembre plusieurs exécutions de bandits ont eu lieu à Chungking. Le 25, la famille Lan avait été pillée et volée par une bande armée : quelques jours plus tard, trois têtes de décapités étaient suspendues à un arbre non loin du lieu de lexploit. Voilà qui est de nature à faire réfléchir les fiers-à-bras de la banlieue chungkinoise.

    Le 15 janvier a eu lieu, présidée par Mgr Chouvellon, la bénédiction de la première pierre de la chapelle du Carmel à Tsenkia-gai.

    Setchoan Méridional

    Nos écoles denseignement moderne, à Suifu, Kiatin et Loutcheou, ont fonctionné toute lannée de façon normale et satisfaisante. A Suifu les se sont terminés par un examen de fin détudes passé devant lInspecteur officiel du gouvernement provincial. Tous les élèves présentés, au nombre de 40, dont 13 de lenseignement primaire supérieur, les autres de lenseignement primaire élémentaire, ont été reçus avec de bonnes notes, et lInspecteur, pour manifester sa satisfaction, a distribué lui-même, avec les diplômes, de petites récompenses à chaque lauréat. Cest un encouragement pour lavenir et dun bon renom pour notre école.

    Thibet

    Le 12 décembre dernier, la Mission du Thibet célébrait dans la joie les noces dargent épiscopales de son Vicaire Apostolique, Mgr Giraudeau.

    La veille, à quatre heures du soir, une sonnerie de clairons annonçait le commencement de la fête. Les missionnaires dabord vinrent dire leur reconnaissance et présenter leurs vux au vénéré jubilaire ; puis les séminaristes lurent un compliment et exécutèrent une cantate latine de circonstance. Il faisait grandnuit quand chacun se retira.

    Le 12 décembre au matin, une délégation des chrétientés de Tatsienlou, Chapa, Mosi, Yutong, etc., venait prendre Sa grandeur à lévêché et lescortait à la cathédrale, où lattendait la presque totalité des chrétiens de la ville et des districts environnants. Léglise, très bien décorée, disparaissait littéralement sous les oriflammes, bannières, drapeaux et tentures aux mille couleurs. Des inscriptions sur soie, placées bien en vue, disaient au jubilaire les vux et les souhaits de ses ouailles et de ses amis païens.

    A sept heures et demie, Monseigneur, en chape, mitre et crosse fait son entrée solennelle à léglise, où la foule sincline sous sa bénédiction. Durant la sainte Messe, les séminaristes exécutent de beaux chants, surtout pendant la Communion, alors que plus de cent quarante fidèles vinrent sagenouiller à la Sainte-Table. A lissue de la messe, Monseigneur donne la bénédiction solennelle du Saint-Sacrement et sort de léglise en bénissant le peuple. Toute lassistance sincline ; de ci de là on remarque des mains inhabiles qui sessayent à esquisser un signe de croix ou quelque chose de ressemblant : ce sont des païens qui ont réussi à se faufiler à travers les fidèles.

    Il faut maintenant regagner lévêché, qui se trouve à un kilomètre de la cathédrale, Le curé organise le défilé : en tête, clairons et tambours jettent à tous les échos leurs sons les plus joyeux ; suivent lécole paroissiale de garçons, les chrétiens et les séminaristes, groupés derrière leurs bannières respectives ; ils précèdent le palanquin neuf du vénéré jubilaire, quaccompagne une garde dhonneur ; derrière viennent les missionnaires à cheval, puis les novices maîtresses décole, les Surs Franciscaines et leurs orphelines, lécole paroissiale des filles ; enfin les femmes chrétiennes terminent cette longue théorie, au dessus de laquelle flottent les oriflammes des saints protecteurs de chaque groupe.

    Aux sonneries du clairon les païens se sont massés sur les trottoirs et aux fenêtres des maisons. Respectueusement ils admirent le défilé, auquel plus dun vient se mêler, et entre eux ils parlent à voix basse de celui qui depuis quarante-quatre ans travaille à leur bien spirituel et corporel.

    A lévêché, Monseigneur doit hisser la foule sécouler avant de pouvoir gagner ses appartements. A peine est-il entré chez lui que des groupes de chrétiens et de païens viennent lui offrir leurs souhaits avec des cadeaux, des inscriptions élogieuses. Le temps passe vite, et le soleil sincline à lhorizon.

    Au dîner, un confrère évoque le souvenir des anciens, qui sassocient à la fête : eux aussi veulent louer le cher jubilaire, lui rappeler quelques faits du bon vieux temps, et lui souhaiter de longues années de bonheur et de prospérité, car la place glorieuse qui lui est réservée au ciel doit rester vide longtemps encore, a dit le Seigneur.

    Aussitôt après, les mandarins civils et militaires, en grande escorte, viennent complimenter le Vétéran du Thibet ; leurs félicitations doivent être sincères à en juger par la quantité de présents quils apportent. Ils reviendront demain porter des toasts au héros de la fête, resserrer les liens de bonne entente qui les unissent à lui et le remercier de tout le bien quil a fait à tous, sans distinction de religion ni de race. Le Général Tchen Hialin se promet de voir Monseigneur atteindre lâge de cent vingt ans (sic) et se réserve de célébrer encore, et très chaleureusement, ses noces dor et de diamant épiscopales.

    La fête touche à sa fin. Malgré les fatigues dune journée si bien remplie, Monseigneur veut encore assister au feu dartifice dans les jardins du Séminaire. Il rentre enfin chez lui, le cur plein de joie et de courage, prêt à commencer le cycle qui le conduira, sil plaît à Dieu, à ses noces dor sacerdotales (1926) et au delà.

    Et nous, nous garderons un souvenir impérissable de cette grande fête, qui fera époque dans les fastes de lhistoire religieuse du Thibet.

    Yunnan

    Le Bulletin du mois dernier a conté la capture par les brigands de quatre de nos séminaristes. Deux dentre eux avaient été successivement relâchés pour apporter les conditions de la libération des autres. Ceux-ci, entraînés de ci de là, ne cherchaient quune occasion favorable pour séchapper. Or, le soir du 6 janvier, les brigands, réduits à une vingtaine, se cachaient, avec leurs prisonniers, au fond dun ravin. Le froid était vif ; il fallait du bois pour entretenir le feu. Nos deux séminaristes se proposent pour aller en chercher : leur offre est acceptée. Ils partent, mais avec lintention bien arrêtée de ne pas revenir. lIs savent que sils sont repris, cest la mort inévitable ; aussi, se confiant à la Sainte-Vierge, ils pressent le pas, évitant les villages, se cachant dans les fourrés. Lorsque le jour se lève, ils reconnaissent lendroit où ils se trouvent : ils y sont venus en promenade autrefois. Plus tranquilles, ils se hâtent cependant, et, vers trois heures de laprès-midi, exténués, de faim et de fatigue, ils rentraient enfin au Séminaire, où toute la communauté les accueillit avec grande joie et se porta aussitôt à la chapelle pour y rendre grâces à Dieu.

    Le chef Yang Si-gai, qui captura nos élèves, est actuellement en prison avec quelques-uns de ses compagnons, en attendant le châtiment de leurs crimes.

    Le 20 janvier, un de nos séminaristes, le minoré Touan, ayant terminé ses études théologiques au Collège de Penang, est rentré dans la Mission.

    Par ailleurs, pas de changement dans la situation : pillages, incendies, brigandages sont à lordre du jour quotidien.

    Canton

    Le long veuvage de notre Mission va enfin cesser. Le 4 février un télégramme nous a apporté lheureuse nouvelle de lélection du R. P. Fourquet comme Vicaire Apostolique de Canton.

    Mgr Fourquet, né en 1872 dans le diocèse de Perpignan, est missionnaire à Canton depuis 27 ans. Provicaire en 1911, il a été deux fois Supérieur de la Mission pendant la vacance du siège épiscopal ; il a donc toute lexpérience désirable du ministère et de ladministration. Stet et pascat in fortitudine ! Le Bulletin offre au nouveau Vicaire Apostolique ses respectueuses félicitations et ses vux de long et fructueux épiscopat.

    Une forte bande de pillards a pénétré dans lîle de Sancian ; après avoir occupé le village de Tchawan, elle menaçait de sen prendre aux autres, sils ne lui apportaient pas une somme considérable. Saint François-Xavier a épargné à cette chrétienté et à notre confrère, le P. Lesaint, qui en a la charge, de plus dures épreuves : les pirates ont quitté lîle, mais non sans avoir commis de nombreux actes de rapine et de vandalisme.

    La situation dans la ville et dans la province est toujours assez confuse. Cantonais, Yunnanais et Kouangsinais ne semblent pas sentendre sur toutes choses. Le retour de Sun Yat sen ramènera-t-il lordre et la paix ?... En attendant, le défaut de gouvernement provincial met en grand embarras les directeurs duvres alimentées par le budget : léproserie, asile de vieillards, etc. Depuis plusieurs mois les subsides ordinaires nont pas été versés.

    Swatow

    Le regretté P. Roudière a enfin un successeur : le P. Le Corre, provicaire, a été installé à Chaochow le 31 janvier dernier.

    Le lendemain, Mgr Rayssac se rendait à Tenghai pour y présider les examens de fin dannée du Séminaire.

    Les troubles de Canton ont leur répercussion dans toute la province. Le général commandant à Swatow sest rallié à Sun Yatsen ; les autres troupes se sont retirées vers le nord, ce qui nalla pas sans quelques désordres et réquisitions forcées.

    Les pirates, de leur côté, continuent leurs prouesses. Le 8 février, le vapeur Kitan, allant de Swatow à Ungkung, reprenait sa route après sa première escale, lorsque neuf gentlemen vinrent, revolver au poing, intimer au capitaine lordre de mettre le cap au sud-ouest ; ils dévalisèrent consciencieusement les passagers, principalement des commerçants, qui, la bourse bien garnie, rentraient pour le nouvel an ; cependant, arrivés à destination, ils remirent que ce ne sont pas des gentlemen !

    Malgré tout, le nouvel an est fêté avec entrain ; partout on joue publiquement aux sapèques : il faut bien rattraper le temps perdu pendant les deux années dernières, où le jeu était interdit ! On se rattrape aussi pour lopium !

    Kouangtong Occidental

    Mgr Gauthier, parti le 30 décembre pour se rendre à Pakhoi par Louichow et Waichau, est rentré à Fort-Bayard le 24 janvier. Il espérait emprunter au retour la même route quà laller, mais aucune jonque na consenti, par crainte des pirates, à le transporter depuis Pakhoi jusquau port voisin de la Sainte-Trinité en Louichow. Pendant son court passage à Pakhoi, Mgr a vu la ville changer 5 ou 6 fois de maîtres, les maisons de jeux et les fumeries dopium se fermer ou souvrir selon que le parti Tchan ou le parti Sun triomphait. A noter que ce sont les tenants de ce dernier qui autorisent les jeux et lopium, nonobstant tout manifeste où leur chef prétend le contraire. Mgr Gauthier dut se résigner à gagner Haiphong pour réintégrer sa résidence par le moyen du Hanoi, quune brume persistante contraignit de stopper pendant 36 heures.

    Les districts se ressentent de plus en plus du désordre suscité par les diverses factions qui se disputent le pouvoir. Pendant ce temps les pirates ont beau jeu et sont les maîtres réels du pays. Tantôt pirates, tantôt défenseurs de lordre, ils sont aussi redoutables dans un cas que dans lautre, et leurs chefs ou officiers, selon la fonction du moment, peu embarrassés de scrupules, les laissent sadonner sans frein à leurs débordements. Dailleurs sur quels principes pourraient-ils sappuyer, étant eux-mêmes le produit de lanarchie la plus éhontée ?

    Tout près de nous, la presquîle de Louichow, de tragique mémoire, redevient encore le théâtre de toutes sortes de désordres et de cruautés. Le pays est encore à feu et à sang. Nous sommes sans nouvelles de la Sainte-Trinité depuis le retour du titulaire du poste, le P. Poulhazan, et de son vicaire, le P. Yip, dans leur solide forteresse. Espérons quelle tiendra et quelle sera, comme par le passé le refuge et la sauvegarde des populations environnantes, chrétiennes ou païennes, car son enceinte souvre largement devant toutes les misères, sans distinction de religion. A la ville même de Louichow, le brave P. Zimmermann continue son rôle de défenseur de la cité, en recueillant aussi dans lenceinte de la Mission gens et choses, et en servant à loccasion dintermédiaire entre les divers partis. Espérons que les bandes qui assiègent en ce moment cette ville, maîtresses depuis le 28 janvier des faubourgs et des voies daccès dans lintérieur de lenceinte, se montreront à son égard aussi clémentes que les autres troupes qui ont tour à tour occupé cette malheureuse cité. Quoique notre confrère estime que lère du martyre nest pas encore close, nous espérons bien quil sen tirera sain et sauf. Dans les circonstances présentes peut-être, est-il aussi méritoire de continuer le travail de longues années ? Cependant nous sommes sans nouvelles de ce confrère depuis près de trois semaines et nous savons que les courriers ne peuvent plus pénétrer en ville.

    Vers Mouilok et Ngtsun, les bandes de pirates, qui depuis longtemps infestaient cette région, ont réussi à semparer de limportant marché de Wongpo, à lembouchure de la rivière qui descend de Kochow. Cette localité a été en partie pillée et incendiée. Renforcées de contingents venus du Louichow, ces bandes se dirigent maintenant vers Mouilok, le centre commercial le plus important de la région, qui serait une prise superbe et dès longtemps convoitée. Le titulaire du poste retenu ailleurs par dautres fonctions, nest pas sans inquiétudes sur la Mission, qui abrite plusieurs orphelines et de nombreux chrétiens avec leur modeste avoir et le sien.

    A Shekshing, le P. Genty nest pas moins angoissé et redoute, non sans quelque raison, le pillage du village chrétien de Shanliou, quil habite, devenu lentrepôt et le refuge de la ville voisine. Cette dernière a déjà subi un pillage en règle il y a quelques jours et, aux dernières nouvelles, un second était imminent. A ce moment 4 généraux et 3 candidats sous-préfets sefforçaient dasseoir leur autorité à coups de proclamations, et, pour donner plus de force à ses arguments, lun dentre eux faisait appel aux pirates qui, quelques jours auparavant, avaient pillé la cité. Prise et reprise tour à tour par lun des partis, cette malheureuse ville se débat dans des transes continuelles, car défenseurs et agresseurs se valent. Depuis plus dune semaine nous sommes aussi sans nouvelles de ce confrère. Du côté de Limchow et Hamchow, mêmes désordres et mêmes craintes. De Lofao, sur les frontières du Tonkin, le P. Richard signale lépilogue dune des fameuses caravanes organisées pour aller chercher lopium au Yunnan. Elle a moins donné de bénéfices à ses organisateurs quils ne lescomptaient. Une partie du dernier convoi dopium est arrivé à Tonghing, écrit ce Père ; les pauvres coolies étaient exténués de fatigue, de froid et un peu de faim. A Hoiwan les soldats du Kouangsi leur barraient la route. Il fallut verser aux autorités une contribution de 10.000 piastres et accepter une escorte onéreuse qui fut imposée de force ; la solde journalière fut de 3 piastres par soldat, 5 pour un caporal, 10 pour un lieutenant et 30 pour un capitaine. Cela diminua un peu les bénéfices. Le P. Richard signale quelques bandes qui, après avoir traversé les Cent mille Monts, ont tenté de razzier quelques postes frontières du Tonkin. Chaudement ou fraîchement reçues, au choix, elles ont dû promptement faire machine en arrière. De Hainan seul ne sont pas venues de pessimistes nouvelles, ce qui ne signifie nullement que tout y soit pour le mieux dans la meilleure des Chines.

    Tonkin Occidental

    La retraite annuelle des missionnaires sest ouverte le 17 janvier. Mgr Cothonay, Préfet Apostolique de la Mission de Langson, malgré son état maladif, avait accepté de la prêcher. Avec le talent oratoire qui caractérise les Frères Prêcheurs, il nous a donné des conseils vraiment pratiques pour la vie de missionnaire.

    A loccasion de la mort de Monsieur Maurice Long, Gouverneur général de lIndochine, Mgr Gendreau et Mgr Bigollet ont envoyé au Gouverneur général par intérim le télégramme de condoléances suivant : Evêques et missionnaires, réunis à Keso, apprennent avec émotion mort M. le Gouverneur général Long ; partageant tous deuil qui frappe lIndochine, vous prient agréer et vous seraient reconnaissants transmettre à Madame Long leurs religieuses et respectueuses condoléances.

    Le vendredi 26 janvier, à 8 heures 30, au moment où la dépouille mortelle de M. Long était embarquée à Colombo sur lAndré Lebon pour être ramenée en France, un service solennel fut célébré, en léglise cathédrale de Hanoi et dans tous les centres de provinces, pour le repos de lâme du regretté défunt. A cette cérémonie officielle assistaient tous les Corps élus, les hauts fonctionnaires et toute la population, tant européenne quindigène, qui a eu à cur de manifester ainsi sa respectueuse estime au chef éminent quelle vient de perdre et sa douloureuse sympathie à sa famille en deuil.

    Le matin de la fête de la Purification de la Sainte Vierge, à lissue de la retraite annuelle des Surs de St.-Paul de Chartres, à Hanoi, Mgr Bigollet a procédé à la cérémonie de prise dhabit de 6 jeunes filles annamites. La chapelle du Pensionnat était ornée de fleurs et de verdure comme aux plus grandes fêtes de lannée et éclairée par la douce lumière de nombreux cierges et ampoules électriques. Tandis que les jeunes élèves du Pensionnat exécutaient des chants de circonstances, les 6 jeunes vierges, conduites par la Rde Mère Provinciale, savançaient modestement auprès de lEvêque. Sa Grandeur leur remit lhabit religieux, symbole de leur renoncement au monde, de leur amour pour Dieu et de leur dévouement au prochain. Les parents et connaissances des jeunes fiancées du Christ étaient venus nombreux assister à cette cérémonie si émouvante, qui pour la première fois saccomplissait avec tous les rites liturgiques.

    Depuis quelque temps les Annamites du village de Phuong-Thanh étaient fort inquiets de la présence dun énorme tigre, qui rôdait toutes les nuits autour de leurs habitations. Le dimanche, 4 février, ils organisèrent une battue que dirigea le P. Marty, missionnaire de la région. Cette battue prit tout laprès midi. Le tigre se faufilait dans les hautes herbes et dans les fourrés. Sur les 5 heures, il devint certain quil sétait enfin tapi dans un massif de broussailles. Le P. Marty laissant derrière lui ses rabatteurs, marcha, armé dune carabine Winchester, sur le refuge de lanimal. Il aperçut le tigre couché et, ne pouvant voir la tête, lui tira un premier coup à lépaule. En un clin dil, le fauve surgit et bondit à 3 mètres du Père, qui, sans perdre son sang-froid, lui tira un second coup dans la gueule : on entendit un rugissement sinistre. Le coup était mortel, mais le tigre eut encore assez de forces pour bondir sur le missionnaire et, le terrassa, lui planter ses crocs dans la poitrine. Heureusement les rabatteurs accoururent et, à coups de bambous, forcèrent le tigre à lâcher prise. Il sen alla tomber à quelques mètres de là.

    Evacué sans délai sur Hanoi, le Père reçut du Docteur tous les soins que comportait son état, heureusement peu grave, bien que les griffes du tigre lui aient profondément labouré la poitrine et les jambes. Lanimal abattu est un mâle de la plus grande taille. Le missionnaire a ainsi délivré son district de cet hôte malfaisant, mais il en gardera longtemps dineffaçables souvenirs.

    Tonkin Maritime

    Avant de partir pour Paris, où lappelle la confiance de nos Supérieurs, le cher P. Jaricot a tenu à faire une petite visite à chacune des Missions quil devra représenter au Conseil central. Les quelques heures quil a passées au Maritime nous ont montré un homme dexpérience dans la force de lâge, quoique un peu anémié par un séjour de 22 ans au Tonkin. Nous souhaitons que le bon air de France lui permette de travailler longtemps au bien général de nos Missions et de faire ainsi honneur au nom vénéré quil porte, dailleurs, avec tant de modeste distinction.

    Reçu aussi la visite du P. Caysac, un rescapé des pirates, comme lont raconté les journaux ces derniers mois. Assez bien remis de ses blessures, il rentre au Kouangsi pour y reprendre courageusement sa vie dapôtre.

    En arrivant à Phat-Diem pour la retraite annuelle, les confrères ont été agréablement surpris dy trouver Mgr Cothonay, Préfet Apostolique de Langson, qui a bien voulu prêcher la retraite cette année encore. Sa parole, pleine de foi calme, a fait du bien une fois de plus. Nous noublierons pas, en particulier, la paraphrase du psaume Credidi quil nous a laissée comme bouquet spirituel.

    Cochinchine Occidentale

    La retraite annuelle, au commencement de janvier, a réuni tous les confrères de la Mission. Mgr en a profité pour proposer dinstaller en Cochinchine Occidentale les uvres de la Propagation de la Foi et de la Sainte-Enfance. Espérons quavec le temps et des efforts persévérants nous pourrons aider efficacement les grandes uvres dEurope.

    Le P. Sion, à peine débarqué de France, avait déjà montré son dévouement en acceptant un intérim pour attendre la rentrée du Séminaire, lorsquun mal soudain la obligé à entrer à la clinique Angier. On espère quil évitera une intervention chirurgicale et pourra reprendre son cours de dogme au mois dé mars.

    La mort du Gouverneur géréra1 a donné loccasion de montrer que la politique dUnion sacrée se continue. Après entente entre le Gouvernement et Mgr le Vicaire Apostolique, un service solennel a été célébré dans toutes les paroisses de la Mission le 26 janvier, jour où le corps de M. Maurice Long était déposé sur le paquebot qui lemmène en France. A Saigon, la Mission Parlementaire et toutes les autorités y assistaient. Dans les provinces, fonctionnaires et colons se firent un devoir dêtre présents aux cérémonies religieuses. Il faut dire que des prières ont été demandées aussi dans les pagodes. Cest de la tolérance, si lon veut, mais ce nest pas encore un acte de foi.

    M. Outtey, député de Cochinchine, est arrivé le 24 janvier, conduisant une Mission Parlementaire qui visite lUnion Indochinoise. Le programme, très chargé, est gros de promesses : chemins de fer, port de commerce, routes, canaux,... le bonheur pour tous. Ces Messieurs daigneront-ils sintéresser à luvre des Missions ? Certes, ils ne pourront pas ne pas la voir, et, sans doute, les belles paroles ne manqueront pas ; mais après.?

    Cochinchine Septentrionale

    Du 10 au 16 janvier a eu lieu notre retraite annuelle. Malgré le mauvais temps, froid et humide, les missionnaires, sauf deux ou trois retenus par des empêchements graves, ont répondu avec empressement à lappel de leur évêque et sont venus au Grand-Séminaire de Phu-Xuan se retremper dans lesprit de leur vocation sacerdotale et a apostolique. Le P. Bonin lui-même, notre vénéré doyen, que son grand âge et la difficulté dun long voyage auraient pu dispenser de prendre part à cette réunion, avait pourtant tenu à y assister. Mais, la retraite finie, plus fatigué que de coutume, il ne put regagner le Petit-Séminaire dAn-Ninh, où il sest retiré depuis quelques mois. Son état saggrava au point quon jugea prudent de lui administrer le Saint-Viatique et lExtrême-Onction dans la soirée du 23 janvier. Depuis lors il va de mieux en mieux et semble vouloir passer un nouveau bail avec la vie. Cest lui qui est le doyen dâge (84 ans) de toute la Société : en deviendra-t-il aussi le doyen de départ ? Il ne le pense pas ; car dit-il, les PP. Wallays, Gourdon, Deux et Villion, ses devanciers en mission, tiennent encore bon. Souhaitons quils tiennent bon longtemps encore, et le P. Bonin avec eux !

    Le vendredi 26 janvier, un service funèbre a été célébré par Mgr Allys dans léglise de la paroisse française de Hué pour le repos de lâme de M. Long, Gouverneur général, mort à Colombo. Français et Annamites assistèrent nombreux à la cérémonie.

    Le 2 février, le Carmel de Hué célébrait le 25e anniversaire de larrivée en mission de la Rde Mère Prieure. Ce même jour avait lieu la cérémonie de profession dune religieuse française et de deux annamites. Lune de ces dernières appartient à une famille qui a déjà donné à Dieu un prêtre, une Sur de Saint-Pau1 et trois religieuses Filles de Marie. A loccasion de cette belle fête du Carmel, Mgr a célébré la messe et donné le salut solennel.

    Cambodge

    On dit avec raison que les progrès de la civilisation ouvrent la voie à lEvangile. Cest vrai aussi pour le Cambodge. Les routes construites en ces dernières années, sillonnées par de nombreuses autos, facilitent la visite des chrétiens, surtout de ceux quattirent les centres administratifs. Aussi construit-on dans ces centres des chapelles avec pied-à-terre où le prêtre peut séjourner quelques jours.

    En 1920 avait lieu la bénédiction de la nouvelle chapelle de Takeo ; en septembre 1921, celle de Kompongcham, sous le vocable de sainte Jeanne dArc. Le 24 décembre dernier, cétait le tour de Kampot, sur le golf de Siam. Le P. Bernard, curé de la cathédrale de Phnompenh, délégué à cet effet, y bénissait la chapelle récemment achevée et y célébrait les fêtes de Noël. Ce fut une vraie réjouissance. Tous les fonctionnaires français, un inspecteur des colonies de passage, tous les catholiques, après avoir contribué aux préparatifs, assistaient aux offices avec une satisfaction marquée.

    Deux élèves du grand-séminaire de Phnompenh ont été envoyés au Collège général de Pinang, faire leurs études théologiques.

    Lordination des Quatre-Temps de février nous a donné 3 prêtres, 1diacre et 2 tonsurés.

    Un service solennel, demandé par les autorités françaises pour le repos de lâme de M. Maurice Long, a été célébré le 26 janvier à la cathédrale de Phnompenh. Mgr Bouchut a donné labsoute.

    Le 31 janvier, M. Cognacq, Gouverneur de Cochinchine, de passage à Soctrang avec M. Outrey, notre député, et trois autres députés en mission, a remis solennellement la croix de la Légion dHonneur à Sur Félicienne. Il avait fallu toute lautorité du missionnaire de lendroit pour vaincre son humilité.

    La cérémonie a été émouvante, les discours très applaudis. Le Gouverneur et M. Outrey avaient connu Sur Félicienne peu après son arrivée à Soctrang, il y a 35 ans. Outre les députés, assistaient aussi à la cérémonie le P. Keller, les religieuses françaises et annamites, dont plusieurs laissèrent échapper une larme démotion, puis des élèves du pensionnat, des orphelines, ensuite des représentants des colons, les dignitaires annamites et chinois de la province, etc. Dans laprès-midi M. le Gouverneur et la Mission parlementaire visitèrent les vastes établissements des Surs, fort bien pavoisés. Leffet produit par cette fête dans toute la province a été excellent.

    Siam

    Sauf la retraite des missionnaires, qui se tient en novembre, celle des prêtres indigènes, des Frères de St.-Gabriel et des Surs de St.-Paul de Chartres, a lieu durant janvier. Le cycle des fêtes de Noël terminé, la période des vacances scolaires ouverte, chacun peut consacrer quelques jours à une retraite et prendre des résolutions pratiques pour lorientation de sa vie durant la nouvelle année. La température, alors relativement fraîche, rend le séjour à Bangkok, lieu de toutes les retraites, plus tolérable.

    Dès les premiers jours de février recommencent les classes des écoles secondaires. Celles-ci jusquà présent jouissent dun régime de liberté quant au choix des professeurs laïques, du programme des études, des manuels, etc. Il est bon dajouter que le gouvernement siam ne peut guère maintenant encore contrebalancer notre effort déducation et dinstruction. Ses écoles se développent, sans doute, et le niveau intellectuel dans les classes élevées de la société monte avec un certaine rapidité. Il nen est malheureusement pas de même de léducation, plus importante pourtant, puisquelle consiste à former vraiment lhomme, à policer ses murs, à le civiliser. A cela rien détonnant, puisque la base morale de léducation nest point chrétienne, mais bouddhique. Puisse le règne de Dieu au Siam sétendre un jour même sur les écoles laïques !

    Malacca

    Léglise chinoise des SS. Pierre et Paul, à Singapore, vient dêtre toute remise à neuf, à lintérieur et à lextérieur. A lintérieur, le plâtre du plafond sétait détaché en plusieurs endroits : il a été entièrement remplacé par des plaques métalliques ornementées et peintes en couleurs claires, qui font très bon effet. A lextérieur, on a ajouté un petit porche, dans le style de léglise, à chacun des deux bras de la croix. De cette manière, les larges portes de ces entrées pourront toujours rester ouvertes et assurer la ventilation pendant les offices, au lieu davoir souvent à être fermées à cause du soleil ou de la pluie. Pour compléter ces améliorations, le P. Mariette va maintenant finir de remplacer les vieux carreaux de Malacca , qui s en vont en poussière, par des carreaux en couleurs, dans le genre de ceux qui ornent déjà le sanctuaire et les allées. Alors nos bons Chinois seront plus fiers que jamais de leur belle-église, et ils auront grandement raison.

    Nous nous attendions à avoir prochainement la visite du Délégué Apostolique des Indes ; mais Son Excellence vient de faire savoir quElle ne pourra venir que beaucoup plus tard, vers la fin de lannée.

    La Restriction (Cf.. Nº de Décembre) a déjà fait ses preuves. En trois mois, le prix de vente du caoutchouc brut a remonté ici de 25 à 65 cents par livre anglaise. Nos cultivateurs reprennent courage. Mais les fabricants américains sont mécontents et menacent de se venger. Les braves gens ! Ils estimaient tout naturel daffamer les agriculteurs en se procurant cette denrée à un taux inférieur à son prix de revient, et ils trouvent mauvais quon cherche à se défendre... Il y a de curieuses mentalités !

    Birmanie Septentrionale

    Trois de nos séminaristes, ayant terminé leur cours de théologie au Collège de Penang, sont rentrés pour subir leur temps dépreuve. Que le bon Dieu leur donne la persévérance !

    Le 2 janvier, le premier Gouverneur de la Birmanie, sir Harcourt Butler débarquait à Rangoon et, le jour même, prenait en mains les rênes du gouvernement de la nouvelle Province.

    Les Chambres se sont réunies pour la première fois le 2 février.

    Laos

    Linauguration a eu lieu récemment dune route automobile dune longueur de 280 km., qui relie Vinh (Tonkin) à Thakhek (Laos), sur les bords du Mékong. Thakhek nest quà 6 km. de Nong-Seng, résidence de notre Vicaire Apostolique. Le Laos est ainsi débloqué du côté du Tonkin. Nous devons en grande partie cette route à M. Drouot, Commissaire du gouvernement à Thakhek, qui na pas hésité à entreprendre ce gros travail, malgré les difficultés quil y avait à franchir la triple chaîne de montagnes qui séparent le Laos du Tonkin. M. le Gouverneur intérimaire de lIndochine a voulu inaugurer lui-même la nouvelle route et a fait en une journée le trajet de Vinh à Thakhek.

    Nous attendons par cette même voie Mgr Lécroart, Visiteur Apostolique, que nous aurons lhonneur de recevoir bientôt.

    Lorsque le service sera bien organisé nous pourrons recevoir en 5 ou 6 jours le courrier de Hongkong, et donc le cher Bulletin.

    Pondichéry

    Notre retraite annuelle a eu lieu du 9 au 15 Janvier ; environ 50 missionnaires y ont participé. Elle a été prêchée avec un grand zèle par le P. Pierre Escande, Supérieur du Petit-Séminaire-Collège de Pondichéry.

    Mgr lArchevêque nous a quittés le 22 janvier pour sa tournée pastorale de Carême.

    Au Grand-Séminaire il y a eu 8 nouvelles rentrées, ce qui porte à 26 le nombre de nos grands-séminaristes : 11 en philosophie et 15 en théologie.

    Les catéchistes et maîtres décole de la Mission ont eu à Tindivanam une retraite de trois jours : 70 retraitants, venus de tous les points du diocèse, en ont suivi les exercices, que le P. Paul, de Wandiwash, a rendus très intéressants par ses instructions simples et bien appropriées. De grands bâtiments sont en cours de construction à Tindivanam : bureau diocésain des écoles, école normale, école des catéchistes, mission... Les retraitants de lan prochain verront encore du nouveau !

    Le Pensionnat de jeunes filles de Yercaud, dirigé par les Surs de Saint-Joseph de Cluny, a remporté de réels succès. Toutes les élèves quil a présentées à divers examens ont réussi. Honneur aux candidates et à leurs dévouées maîtresses !

    Kumbakônam

    Mgr Chapuis, parti le 17 janvier en tournée pastorale, sest vu arrêté par la maladie : après avoir visité les districts de Gabrielpouram et de Pullambadi, Sa Grandeur a dû rentrer à Kumbakônam.

    Le P. Huysman, curé dAyampettey-Nord, vient de céder ce poste au P. Antoni-Joseph pour prendre celui dOuttamanour, dont le titulaire, le P. Kulandai est transféré à Koneikkudy.

    1923/177-200
    177-200
    Anonyme
    France et Asie
    1923
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