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Chronique des Missions et des Etablissements communs 1

Chronique des Missions et des Etablissements communs Tôkyô
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs
    Tôkyô

    Les Catholiques de la Mission de Tôkyô se sont associés, comme il convenait à de fidèles sujets d’un Empereur vénéré et aimé, aux fêtes du couronnement. Les cérémonies de l’intronisation s’étant déroulées le 10 novembre à Kyoto suivant les rites traditionnels, ce jour-là et les 14 et 16 du même mois étant jours fériés dans tout l’Empire, le 14 novembre a été choisi comme date favorable pour que les Catholiques, par des prières appropriées et des réjouissances diverses, puissent manifester leur loyalisme envers l’Empereur et leur gratitude envers Dieu. En conséquence, en conformité avec ce qui avait été décidé par S. G. Mgr l’Archevêque de Tôkyô :

    1º Une messe pontificale fut chantée à la cathédrale le 14, à 9 heures, et fut suivie d’un salut solennel. De nombreux catholiques de la ville de Tôkyô et des environs y assistaient. Lecture y fut donnée d’une Lettre de Mgr l’Archevêque à tous les fidèles de son diocèse à l’occasion du Couronnement. La même lettre, ainsi qu’il avait été réglé à l’assemblée d’octobre des Supérieurs des Missions du Japon, devait être lue, au nom du Supérieur de chaque Mission, dans toutes les paroisses catholiques de l’Empire, ce même jour.

    2º A Sekiguchi, sur le vaste terrain de la paroisse et de l’archevêché, eut lieu ensuite une série d’exercices en plein air et de jeux, auxquels tous les catholiques de la ville étaient invités et auxquels la jeunesse et même l’âge mûr prirent part avec beaucoup d’entrain. A la tombée de la nuit, vers 15 heures, une procession aux flambeaux, partant de la grotte de Lourdes et y retournant, pour s’achever dans l’église, où la prière du soir en commun clôtura la série des chants alternés avec le chapelet, termina splendidement cette belle journée.

    3º Dans les postes du diocèse qui ne pouvaient prendre part à la manifestation de Sekiguchi, une messe ou un salut ont réuni les fidèles dans la commune prière pour “le Père et la Mère de leur peuple” et pour leur pays.

    De plus une Lettre, écrite au nom de tous les Catholiques de l’Empire, et portant le nom de tous les Supérieurs des Missions Catholiques du Japon et des possessions japonaises, a été envoyée à Sa Majesté l’Empereur par l’entremise du Ministère de la Maison Impériale.

    Le Père Lebost, dont nous avons annoncé l’arrivée dernièrement, a été placé à Yokohama, à la paroisse du Sacré-Cœur, pour y apprendre la langue et desservir comme chapelain le Couvent des Dames de St-Maur, et ainsi décharger d’autant le Père Lemoine, curé de la paroisse.
    Le 4 novembre.

    Taikou

    Le Père Hamon, remis de ses fatigues du voyage de France en Corée, est envoyé dans un poste nouvellement fondé, près de Taikou, où, sans perdre contact avec le centre de la Mission, il pourra s’initier aux charmes de la langue coréenne.

    A peine la tombe de l’un de nos jeunes prêtres coréens était-elle close qu’une autre s’ouvrait pour un sous-diacre de la dernière ordination, emporté en quelques jours. En l’espace de deux mois la Mission a compté trois deuils ; tour à tour, le Couvent, la Mission, le Séminaire ont payé leur tribut à la mort.

    Les Coréens ont laissé passer avec une indifférence remarquable les solennités du couronnement de l’empereur du Japon !

    De bonnes nouvelles de Sa Grandeur Mgr Demange nous sont parvenues de France ; une cure à Vichy a donné des résultats inespérés. Cependant, d’après l’ordonnance du médecin, une deuxième cure sera nécessaire l’an prochain.

    Tandis qu’à l’occasion du couronnement de l’empereur du Japon le gouvernement général de Corée amnistiait 2000 grévistes des écoles, une école protestante de Taikou se mettait en grève à son tour ; l’école a fermé ses portes.
    Le 12 décembre.

    Moukden

    A la suite d’un accord intervenu entre le gouvernement nationaliste et les autorités de Moukden, le service de trains directs entre Pékin et Moukden a été enfin rétabli. Le premier train a quitté Moukden le 12 novembre à trois heures de l’après-midi. C’est par cette voie que le P. De Jonghe, de la commission synodale, a regagné Pékin. Le Père était arrivé par la Sibérie dans le même train que M. de Martel, Ministre de France à Pékin, et M. Albert Thomas, directeur du bureau international du travail ; il a bien voulu s’arrêter un moment à Moukden pour nous faire part des dernières nouvelles de France.

    Après les manifestations organisées par les étudiants de Harbin pour protester contre l’établissement de nouvelles lignes de chemin de fer japonais en Mandchourie, les écoliers de Moukden ont cru de leur devoir de protester à leur tour, et ont fait dans ce but plusieurs réunions. Pour ceux qui connaissent un peu l’état lamentable des routes et les moyens de locomotion de ce beau pays, il est difficile, à vrai dire, toute question de patriotisme et de nationalité mise à part, de se ranger complètement à l’avis des jeunes manifestants. Il semble bien, du reste, que la police de leur propre pays les a à l’œil ; elle ne manquerait par d’intervenir, dit-on, le jour où ils voudraient faire autre chose que des discours.
    Le 12 décembre.

    Kirin

    La Mission de Kirin est heureuse de souhaiter la bienvenue à ses deux nouveaux, les PP. Roland et Beaudeaux. Le P. Roland appartenait au diocèse de Hakodaté ; il a obtenu de Mgr le Supérieur de la Société et de son Supérieur ecclésiastique la permission d’opter pour une autre Mission. Son choix s’est porté sur la Mandchourie. Le P. Beaudeaux, après une heureuse traversée, est arrivé à Kirin, où, sans tarder, il s’est mis à l’étude du chinois. A l’un et à l’autre, long séjour et fructueux ministère dans la Mission de Kirin !

    Le P. Roubin, épuisé par 34 ans de Mission et par un difficile et absorbant ministère, s’en va chercher en France santé et forces. Son infirmier dévoué, le P. Dassier, l’accompagnera. Puisse-t-il, le cher Père, nous revenir bientôt ! Saint Joseph de Tong-Ken, qu’il a fondé, et les 6.000 chrétiens, qu’il laisse orphelins, ont grand besoin de-ses sages conseils et de sa ferme direction.

    Le 21 novembre, en la fête de la Présentation de la Ste Vierge, eut lieu au Séminaire le couronnement d’une statue de Notre-Dame de Lourdes. Monseigneur voulut bien présider la cérémonie et chanter pontificalement Messe et Vêpres. Etaient présents, outre les Pères du Séminaire, les Pères Guérin, procureur, Rouger, curé d’Acheheu, et Peignont, curé de Houlan. Belle et pieuse fête qui se termina par la rénovation des promesses cléricales.

    Les étudiants de Kirin, un beau matin, arborant tous avec enthousiasme le drapeau nationaliSte, se réunirent devant la Chambre de Commerce. Le président fut invité à ordonner à tous les commerçants de remplacer le drapeau aux cinq couleurs par le drapeau du Sud. Il s’en suivit protestation, puis refus. Alors nos étudiants et étudiantes, entraînant le président de la Chambre de Commerce, s’en allèrent manifester dans les rues. Les commerçants durent arborer le drapeau nationaliste ; il était distribué à tous les curieux et tous devaient l’accepter. Au besoin on les y obligeait par des arguments frappants. Les manifestants arrivèrent ainsi dans la cour du gouvernement militaire. Le drapeau aux cinq couleurs fut immédiatement amené, puis remplacé par le drapeau prohibé.... Mais le Gouverneur fit venir les délégués “afin de connaître les désirs de cette jeunesse studieuse (!! ) et patriote” ; les délégués flattés se rendirent à l’invitation....

    La conférence était longue, si longue que les autres finirent par s’impatienter... Mais bientôt ils s’affolèrent : les soldats arrivèrent, gardèrent les issues et mirent des mitrailleuses en batterie.... Les drapeaux séditieux furent alors confisqués dans un morne silence... Après une attente qui se prolongea encore, tout ce monde fut enfin congédié et s’en alla en hâte, mais au passage les soldats, armés de solides gourdins ou de cravaches, frappèrent à coups redoublés. Quant aux délégués, ils furent mis en lieu sûr, puis, après quelques jours de prison, renvoyés “manu militari” dans leur famille. Ils jurèrent, mais un peu tard, qu’on ne les y reprendrait plus.

    En somme, ici tout s’est bien terminé. Mais à Harbin il n’en a pas été de même. La police débordée fit usage de ses armes. Elle tira dans la masse des manifestants : trois étudiants, une étudiante furent tués, et trente furent plus ou moins gravement blessés.

    Depuis ces incidents le calme s’est rétabli à la grande satisfaction des commerçants et du peuple.
    Le 7 décembre.

    Suifu

    Sommes-nous à la veille d’une nouvelle agitation antichrétienne et anticatholique ? A Tzeliutsing, le plus grand centre de puits à sel de la province, bolchevistes et kouémingtangs même “épurés” ont déclenché l’offensive. Par leurs soins, sont placardées aux portes de presque toutes les maisons quantité d’affiches de toutes couleurs, dénonçant la Religion chrétienne comme la plus grande superstition qu’ait connue l’humanité ; et, aux carrefours, sont suspendus des écriteaux sur bois — ( car, quand il s’agit du grand et doux prisonnier du Vatican, les bandes de papier ordinaires sont jugées insuffisantes ) — dévoilant les prétendus noirs agissements du Pape de Rome et répétant les calomnies et les insanités répandues en Occident du temps de Luther. En résumé, le Pape, c’est le tyran qui, autrefois, en Europe, déposait empereurs, rois et princes, pour pouvoir pressurer leurs sujets. Avec les siècles, sa mentalité n’a pas changé. Son but actuel est d’asservir la Chine. Pour ce faire, sous le couvert d’œuvres de charité, il cherche à capter la sympathie des masses populaires, puis, un jour, brusquement, le plus grand peuple de la terre se réveillera courbé sous le lourd joug papal. Et alors, commencera pour les 400 millions de Célestes le règne de la main de fer et le régime du pire despotisme, à côté duquel l’oppression des militaristes actuels ne sera rien.

    Donc, pendant qu’il en est encore temps, il faut se lever et se liguer contre le “tigre” du Vatican... etc…
    Le 1er décembre.

    Ningyuanfu

    Dans le courant du mois d’octobre nous avons pu réunir dans un même cimetière les ossements de nos confrères morts à Ningyuanfu ; chacun y repose sous la pierre d’un modeste tombeau. Cela a permis à toute la chrétienté d’aller le 2 novembre prier sur la tombe des chers disparus, bonheur dont nous n’avions pas pu jouir depuis cinq ans, à cause de l’insécurité provenant des Lolos.

    Le P. Le Bouetté a eu de nouveau une très forte fièvre. Cet accès a duré une vingtaine de jours ; maintenant tout danger semble écarté.

    Nos nouveaux colonisateurs commencent à vouloir travailler. Du moins, tous les matins on les voit partir en campagne en colonne, deux par deux. En tête marchent deux clairons et le porte-drapeau, puis une quarantaine de soldats porteurs de fusils ; une vingtaine suivent avec pelles, bêches et faucilles sur l’épaule, et autant armés de lances. Enfin, pour fermer la marche, quatre chèvres, une vache et trois buffles, conduits chacun par un soldat.

    A Hosi la tour près de l’oratoire s’est renversée ; celle de Ia-TaiKou, le même jour et presque à la même heure, a eu le même sort. Aucun mouvement sismique n’a cependant été ressenti (mauvais présage, disent les païens).

    Mgr descendra, le 14 novembre, à Té-Tchang en tournée de Confirmation.
    Le 5 novembre.

    Yunnanfu

    La retraite des PP. Chinois s’est terminée le 30 novembre. Aujourd’hui on a célébré un service pour tous les Ouvriers Apostoliques qui ont travaillé au Yunnan. Demain les PP. Siao, Yang, Mei Sié fêteront leurs noces d’argent de prêtrise.

    Le 11 novembre, le 10ème anniversaire de l’armistice fut fêté solennellement, à la demande de M. le Consul Général d’Angleterre, doyen. Au début de la messe pontificale, en présence de MM. les Consuls de France, d’Angleterre, d’Amérique et du Japon, de M. le Commissaire des Affaires-Étrangères et d’un officier d’Etat-Major représentant le Général Gouverneur, Monseigneur prononça une allocution qui réveilla bien des souvenirs.

    Après une courte occupation de Tong-Hai, trop longue au gré des habitants, Ou Hio-Sien évacua la ville le 14 novembre, à l’arrivée des troupes régulières. — Sur la frontière du Kwei-Chow, rien à signaler.

    Le général Tchang Tsong a quitté Tali, en faisant savoir qu’il y serait de retour dans un mois.
    Le 1er décembre.

    Kouiyang

    Mgr Seguin est parti, le lundi 29 octobre, pour Touan-Po. La visite de ce district demandera environ trois semaines. S. G. espère arriver à Tou-Chan pour la fête des BBX Martyrs. Les chrétiens de cette ville veulent profiter de sa présence pour fêter magnifiquement Noël. Mgr ne sera donc de retour à Kouiyang qu’après le jour de l’an.

    Le P. Bacqué, complètement rétabli, nous est revenu de Chungking vers la fin d’octobre. Il a été très touché de l’accueil on ne peut plus cordial de S. G. Mgr Jantsen et des confrères de cette Mission. Il leur garde à tous un reconnaissant souvenir. Mgr Seguin vient d’envoyer le P. Bacqué inspecter l’état des résidences de Kiensy, Tatin et Pitsie. Ce voyage durera un mois. Pendant son absence le P. Léon Yuen continuera à tenir le poste du Lantang.

    Le P. Laborde est venu passer quelques jours à Kouiyang. Malgré son titre de deuxième doyen, il est encore plein de vigueur et n’a rien perdu de sa gaieté. Il n’en est pas de même du P. Freyche, qui se plaint de nombreux malaises ; il aurait besoin de repos et d’un régime spécial.

    Le P. Darris est à Songtao. Son espoir d’y fonder une nouvelle station commence à se réaliser. Après Noël il retournera à Tongjen et de là à Kiongchouy, où il attendra l’époque de la retraite.

    Ces jours derniers nous avons célébré à Kouiyang les obsèques du général Yang, originaire de Tongtse et fils d’anciens chrétiens. Après la campagne contre le Yunnan il avait été nommé directeur de l’arsenal. On lui a fait de magnifiques funérailles, dont les frais furent en grande partie payés par le Gouverneur. Durant trois jours les chrétiens de la ville se succédèrent à la maison mortuaire pour réciter les prières des morts. Ensuite le cercueil, précédé d’un millier de soldats, avec musique en tête, fut porté à la cathédrale pour l’absoute. Le zélé curé de la paroisse avait transformé un des bas-côtés de l’église en chapelle ardente ; c’est devant de nombreux officiers et employés du gouvernement qu’eurent lieu les cérémonies liturgiques. Bonne journée pour l’église catholique.
    Le 15 novembre.

    Lanlong

    Le P. Williatte s’est embarqué à Marseille le 28 octobre. Nous aurons donc bientôt le bonheur de le revoir et de lui souhaiter la bienvenue.

    En général la santé des confrères de Lanlong est bonne, sauf le P. Séguret qui a été assez souffrant le mois dernier. Rien de grave ; aussi nous espérons qu’un peu de repos le remettra tout doucement.

    La construction des routes va commencer un peu partout. A Lanlong, la direction entreprend aujourd’hui les travaux d’un tronçon modèle ; ensuite les diverses équipes attaqueront leur part respective.

    Du dernier compte rendu nous extrayons les résultats suivants. La population catholique s’élève à 9 617. — Baptêmes d’adultes : 278 ; d’adultes in art. mort : 285 ; d’enfants de païens : 847 ; d’enfants de chrétiens : 343. — Confes. annuel. : 3.864 ; répétées : 12.011. — Commun. annuel. : 3.813 ; répétées : 33.510. — Ecoles : 52 ; élèves : 960.
    Le 16 novembre.

    Swatow

    A la ville de Kiéyang il vient d’arriver au P. Ginestet une aventure qui aurait pu avoir des conséquences graves. Depuis quelque temps, des soldats, logés dans une pagode voisine de la résidence, jetaient tous les jours leurs détritus de cuisine et autres saletés dans le jardin de la Mission, cela malgré les observations répétées du Père. L’autre jour, agacé de voir tomber juste à ses pieds un plein panier de ces saletés, il prit une pelle et renvoya le paquet par la même voie. Ce geste déclencha la fureur de ses irritables voisins qui, armés de leurs fusils et baïonnettes au canon envahirent la Mission, saisirent le Père comme un paquet et l’entraînèrent chez eux, non sans lui administrer force coups. Le P. Le Page, qui se trouvait en ce moment à l’étage, se précipita au secours de son curé, mais fut repoussé brutalement par la soldatesque, qui lui opposait la pointe de ses baïonnettes.

    Au cantonnement, les officiers, embarrassés du prisonnier qu’on leur amenait, entrèrent en pourparlers et après une longue discussion, l’affaire fut réglée. Le P. Ginestet, bon prince, signa le traité de paix et fut ramené à sa résidence par des officiers de la garnison.

    Cette affaire, qui causa une grosse émotion dans la ville, fait prévoir le traitement qu’on nous appliquera, quand les « traités inégaux » seront abolis.
    Le 17 décembre.

    Nanning

    Un violent et terrible incendie vient de plonger dans la désolation la grande et importante ville de Lin-Chow. Les journaux de Nanning évaluent les dégâts à 300 millions de dollars papier, c’est-à-dire l’équivalent de 175 millions de Hongkong dollars. Ce chiffre est, sans doute, exagéré, mais il n’en reste pas moins certain que les pertes subies sont sérieuses. Les causes du sinistre paraissent assez mystérieuses et ne seront probablement jamais bien connues, du moins officiellement. On a chuchoté le mot de crime de la part de l’élément bolchevique. Des souscriptions ont été ouvertes pour secourir les sinistrés. Ici, à Nanning, on photographie individuellement les souscripteurs avec promesse d’exposer leurs portraits dans un lieu public.

    Pendant que nos populations rurales étaient occupées à recueillir la maigre récolte épargnée par la sécheresse, avaient lieu à Nanning les retraites annuelles du clergé. Celle des prêtres indigènes, du 21 au 28 octobre, fut prêchée par Sa Grandeur elle-même ; celle des missionnaires prit place du 11 au 18 novembre. Les uns et les autres ont renouvelé leurs provisions spirituelles et... matérielles, qui leur permettront de continuer leur tâche ardue et ingrate. La note caractéristique de ces réunions fut la gaîté, la bonne entente et la cordialité.

    Les Pères Costenoble, Caysac et Rigal seront bientôt de retour parmi nous. Ils se sont embarquée à Marseille le 26 octobre à bord de la « Jamaïque ». Nous les attendons avec impatience, car plusieurs confrères, dont la santé est ébranlée, songent à prendre quelque repos.

    Hanoi

    On fait remarquer au correspondant de Hanoi que ses chroniques sont plutôt rares. Il s’en était rendu compte lui-même. Malheureusement, video meliora proboque, deteriora sequor,... Regrets pour le passé, ferme propos pour l’avenir...

    Faisons d’abord un tour sur les hauteurs. Depuis l’été dernier, grâce à l’initiative personnelle de Mgr Gendreau, les missionnaires de Hanoi ont leur station d’altitude. Ce n’est pas le fastueux Tamdâo ; ce n’est pas le lointain et brumeux Chapa ; c’est Mâu-són, vers le nord, à une trentaine de kilomètres, dont 15 en plaine, de Lang-són. Nos deux évêques, six confrères y ont fait des séjours en juillet et août ; malgré une installation inachevée, tous sont revenus reposés et enchantés. Les Religieuses de St Paul de Chartres y ont conduit une colonie de 35 enfants et jeunes filles ; très satisfaites aussi de l’expérience, elles exécuteront les perfectionnements désirables et remonteront l’an prochain avec un bataillon grossi. Leur établissement est situé à 500 mètres environ du nôtre ; entre les deux s’élève la villa de la Mission de Lang-són. L’altitude est de 900 à 950 mètres. La villa de la Résidence, le poste de milice, l’hôtel, quelques maison d’Européens sont perchés à 300ms plus haut et, à vol d’oiseau, à quatre kilomètres par la route en lacets. Tard venue, un peu déboisée, la station de Mâu-són a été jusqu’ici dédaignée du high life tonkinois. Nous l’aimerons pour sa tranquillité, sa fraîcheur, ses beaux horizons, ses cascades, ses vasques aux eaux limpides, ses mamelons et ses pics.

    De la station “France”, nos malades continuent à donner de leurs nouvelles, mais n’annoncent pas leur retour. Le Père Schlicklin, après une tournée de propagande missionnaire dans sa chère Alsace, a regagné ses quartiers d’hiver à Marseille. Il nous assure qu’il désire revoir le Tonkin ; pas plus ardemment, certes, que nous-mêmes désirons recouvrer notre cher et vénéré provicaire. Le Père Hébrard ne nous sera pas rendu, paraît-il, avant août prochain. Cela prouve qu’ils se remet lentement, car chacun sait qu’il n’est pas homme à se laisser amollir par les délices de Capoue, ni même d’Auch ou de Vichy. Le Père Costes est sobre de détails sur son existence et ses projets. Espérons qu’il viendra nous surprendre —agréablement — au moment où nous y penserons le moins.

    La communauté de Hanoi va être privée désormais d’un visiteur des plus fidèles et des plus sympathiques. Le Père Cantaloube, “notre Père Damien” vient de perdre, en effet, sa léproserie, transférée dans la province de Bac-Ninh, Vicariat espagnol, sur un terrain moins exposé que Tế-Truong aux inondations. La séparation a été dure et pour ces pauvres déshérités de la vie, convertis la plupart et baptisés par le Père, et pour leur aumônier, qui se dévouait à eux depuis quatorze ans. Désormais notre confrère va exercer son zèle et son activité sur un autre théâtre. Devenu procureur-économe de notre communauté centrale de Kẻ-sỏ, en même temps qu’aumônier du couvent des Religieuses Amantes de la Croix, il va distribuer à celles-ci le pain de la parole divine, à celle-là le pain matériel avec quelque chose par-dessus, nous l’espérons bien, à tous le dessert si apprécié de son inaltérable bonne humeur. Inutile d’ajouter que nos vœux de bon succès l’accompagnent.

    Il y aurait bien encore quelques autres faits à signaler. Mais, afin de ne pas allonger trop cette chronique, réservons-les pour le mois prochain.
    Le 22 novembre.

    Vinh

    Au pays des aveugles les borgnes sont des rois : dans les régions arriérées ou les localités excentriques, la moindre introduction de progrès matériel prend figure d’événement.

    C’est ainsi que nôtre petit centre de Xã-Đoài, perdu dans un coin marécageux, à 15 kilomètres de Vinh, considère comme un gros événement l’installation de l’électricité qu’est en train de faire, pour le compte de la Mission, la Société Forestière de Benthuy. C’est une grande joie pour les élèves de nos séminaires et aussi pour leurs professeurs ; après avoir peiné depuis des lustres et des lustres sous des lumignons fumeux, nous allons enfin être éclairés à giorno.

    Autre événement : la Mission de Xã-Đoài, dans la personne de son Procureur, vient d’acheter une automobile, oh ! pas une voiture de grand luxe, non, un moteur Citroën 10 HP avec cadre ; on travaille depuis plusieurs semaines à monter la carrosserie. Il paraît que l’ensemble participera plutôt de la camionnette que de la limousine ; peu importe, nous avons une auto, dies albo notanda lapillo !

    A la fin de novembre, nous avons eu la visite du R. P. Gros, de la Mission de Phát Diêm, qui vient d’être rappelé à Paris comme membre du Conseil Central en remplacement du R. P. Jaricot.
    Le 1er décembre.

    Hunghoa

    Hunghoa, centre urbain d’ordinaire très calme, vient d’avoir sa “petite révolution”, et, ironie des choses ! le jour même de l’anniversaire de l’armistice, 11 novembre.

    Comme d’habitude, les villageois des environs étaient venus pour la fête. Balançoires, mât de cocagne, combats de coqs, courses variées… rien n’avait manqué pour l’amusement de tous, petits et grands. Le programme portait aussi : grand concours de lanternes, et distribution de prix aux lauréats.

    Donc, à 6 h. ½ du soir, heure fixée pour ce concours, les Européens et quelques fonctionnaires annamites, se réunissaient chez l’Administrateur et formaient le jury. Des élèves de l’école franco-annamite, chargés par leurs professeurs de ce numéro du programme, s’étaient ingéniés à donner à leurs lanternes les formes et les teintes les plus variées : que ne fait-on pas, en effet, dans ce pays, avec du bambou, un couteau, et quelques feuilles de clinquant or, quelques feuilles de papier rouge, bleu vert ?

    Le défilé commence, et chacun d’admirer les travaux de nos « je l’école ». A vrai dire, l’appréciation était difficile : un avion de bombardement, avec tous ses accessoires, plaisait davantage à certains ; d’autres préféraient un autobus avec ses voyageurs, au grand complet ; une maison annamite, avec ombres chinoises, et personnages mobiles, était parfaitement réussie ; un poisson gigantesque excitait les rires de tous les gosses, etc.; en tout, une douzaine de sujets, pouvant être également primés.

    L’habileté des artistes était admise, sans conteste aucun ; mais, ô déception ! les fonds alloués ne permettaient de récompenser que cinq d’entre eux.

    On venait de proclamer le résultat du concours, lorsque, subitement, retentit ce cri : “injustice ! injustice !”, et toute la gent écolière de se ruer sur les lauréats, de détruire leurs lanternes, et de les piétiner sur place ; puis, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, tous de pénétrer dans le jardin de la Délégation, ou de se répandre dans les rues avoisinantes, pour y éteindre et détruire tous les lampions.

    Ce ne fut pas tout. Il devait y avoir au marché théâtre annamite et représentation gratuite. Des meneurs eurent vite fait d’entraîner tous ces gamins vers cet endroit ; là aussi, tout éclairage fut supprimé, toutes les lanternes furent déchirées, et les artistes furent mis en demeure de remiser leurs frusques et de plier bagages ; ils n’eurent qu’à obtempérer, et en vitesse.

    Tel fut, à Hunghoá, le 10e anniversaire de « notre victoire ». Mœurs nouvelles, et qui promettent pour l’avenir. L’affaire est au tribunal ; quelques délinquants seront poursuivis, et sans doute condamnés pour “bris de matériel administratif”; qu’une bonne... fessée, donnée en public à quelques-uns, eût eu plus d’effet !

    Au Tonkin, un Comité s’est constitué, qui a pour but d’élever, à Hanoi, un monument au Père Alexandre de Rhodes. Il y a trois cents ans, en effet, que ce grand missionnaire y arrivait. Comme premier apôtre de ces régions, et, aussi, comme inventeur du “cuốc ngữ” (annamite romanisé), il a droit à l’admiration de tous.

    Or, à l’heure actuelle, un autre Comité, purement annamite, vient de se former, à l’effet de supprimer ce “cuốc ngữ”, et de lui substituer un autre système, plus esthétique, dit-on.

    Jusqu’ici, dans notre “cuốc ngữ” traditionnel, quelque vingt-cinq lettres, des accents et des signes, suffisaient, et chaque lettre, affectée de tel ou tel signe, avait un son spécial, qu’elle portait partout avec elle ; ces signes sont nécessaires pour différencier les divers sons, et faciliter ainsi l’étude de la langue annamite.

    D’après le nouveau système, tous ces signes et accents seraient supprimés ; une des lettres suivantes : ç, f, j, w, z, serait ajoutée, à la fin des mots, à titre de lettre-signe, c’est-à-dire ne se prononçant pas ; une apostrophe remplacerait la “barbe” des lettres ơ et ư, ainsi que le signe bref de certains mots ; on n’userait plus de l’accent circonflexe, toujours pour l’esthétique. Ainsi, ce qui s’écrit actuellement : “Cuốc ngữ mới” deviendrait : “Cuôcj ngü’w moe’ij”, quelque chose comme du russe ou du danois.

    Le Père Hue, Provicaire, toujours à l’affût des nouveautés, linguistiques et autres, s’est chargé, dans quelques articles de journal, de montrer combien cette innovation est antiscientifique, et quel désarroi elle causera. Que d’occasions de confusion, en effet, avec ces voyelles ou consonnes-suffixes, ne se prononçant pas ; avec ces apostrophes, qui, dans la lecture de l’annamite (langue monosyllabique), sectionneront les mots en autant de syllabes, et qui, dans l’écriture cursive, ne permettront de reconnaître ni le début ni la fin de chaque mot ; et tout cela pour la beauté du texte !!

    Ils sont dix-mille Annamites, paraît-il, partisans de cette réforme, de toutes les classes de la société, voire même un camionneur. Ce dernier serait chargé sans doute de déménager “l’ancien Cuốc ngữ, et de conduire ensuite sans verser, loin des ornières routinières et des sentiers battus, le char de la nouvelle réforme”. Ces “Dix-Mille” s’intitulent “hérauts-novateurs” ; ils ne sauraient douter du succès de leur entreprise. Cependant les articles du Père Hue, articles pleins d’érudition et d’humour, articles où se montrent ses connaissances, aussi multiples que précises, en français, anglais, latin, grec, hébreu, annamite, chinois, espéranto, etc., devraient leur montrer l’inanité de la nouvelle conception.

    Quel est le but de cette réforme ? Est-ce la facilité des relations commerciales ou télégraphiques ? Est-ce la diminution de travail pour les protes, ou raison d’économie pour les imprimeries ? Est-ce vraiment par motif d’esthétique et de clarté du texte, à l’instar des livres anglo-américains ? Ne serait-ce pas en faveur de quelque firme de machines à écrire ? N’y aurait-il pas idée de propager plus aisément des livres protestants, ou de répandre plus vite les doctrines communistes ?

    On peut tout supposer. Heureusement, l’accord complet n’est pas encore réalisé : et nos réformateurs, dont les noms, publiés peu à peu par un journal local, “ne brillent pas d’un éclat éblouissant au ciel des lettres annamites”, doivent déjà s’apercevoir que leur science linguistique n’est pas complète, et qu’improviser d’eux-mêmes une telle transformation, c’est pour eux préjuger de leurs forces, et s’exposer à une déroute moins glorieuse que la « Retraite des Dix-Mille ».

    Le Père Doussoux, amateur de grandes randonnées, va pouvoir s’en donner à cœur-joie, dans les forêts de la région de Nghĩa-Lộ, où l’envoie Mgr Ramond, avec mission d’étudier la langue thổ, et d’amener de nombreux aborigènes à notre Ste Religion ; que le bon
    Dieu bénisse son ministère !

    Le 7 décembre, nous avons eu la visite du chanoine Poncet, des “Chanoines-Réguliers de St-Augustin”. Il était plein d’espoir pour la future fondation de collèges secondaires en Annam et au Tonkin. Il était accompagné du R. Père Gros, notre nouveau Représentant au Conseil Central de Paris. Ce dernier venait recevoir les instructions de Sa Grandeur, pour l’heureux succès de sa nouvelle fonction.

    Le Père Savina qui, durant ces dernières années, aida les Pères Dominicains dans la Mission de Lang-Són, et les Pères de Picpus, dans l’île de Hải-Nan, a fait, à Hànội, une conférence sur cette île, conférence très intéressante, au double point de vue ethnologique et politique.
    Le 13 décembre

    Phatdiem

    La neuvième béatitude pour un curé, c’est certainement d’avoir une église majestueuse, où les offices sacrés peuvent dérouler leurs pompes et leurs splendeurs. Tel est le rêve du P. Bourlet pour ses vieux jours. Voilà pourquoi, le 18 novembre, tout Thanh Hoá était en fête : Mgr De Cooman bénissait la première pierre de la future église. Son Excel. le Premier Ministre d’Annam, M. Nguyên hưu Bài, de passage à Thanh Hoá avait tenu à rehausser de sa présence l’éclat de la cérémonie. Toutes les autorités de l’endroit étaient aussi à ses côtés : M. le Résident de France, Son Excel. le Tong Dốc, M. le Quan Bố, M. le Quan An, et la population française se mêlait fraternellement aux chrétiens d’Annam.

    Le P. Bourlet, toutefois, avait une arrière-pensée : il méditait sur le passage de l’Evangile où Jésus parle de l’imprévoyant qui commence à bâtir et ne sait s’il pourra achever. En effet, se dit-il, voici une bonne occasion d’augmenter mes faibles ressources ; et il en profita.

    Des vendeurs dévoués offraient, à des prix avantageux, la traduction des prières de la cérémonie. D’autres réussissaient à vendre au poids de l’or des médailles d’aluminium. Les quêteuses, qui n’avaient rien à vendre, donnaient leur plus gracieux sourire aux généreux bienfaiteurs. Quelques-unes ont même été soupçonnées de tricher.... en arrondissant de leur propre bourse le gain de la journée.

    Ce fut donc une bonne et joyeuse fête, surtout pour le curé de Thanh Hoa, qui verra ainsi ses plans se réaliser sans trop de difficultés.

    Le 1er décembre dernier, il y avait juste cinquante ans que le P. Fiot célébrait pour la première fois la sainte messe à Hồi Xuân, au Châu-Laos. A cause des persécutions et du meurtre de nombreux Pères et catéchistes, de 1884 à 1888, le Châu-Laos fut abandonné. Ce n’est qu’en 1898, il y a donc exactement trente ans, que l’intrépide P. Martin réussit à pénétrer de nouveau dans ce pays et put réunir quelques vieux chrétiens à Na Hàm et à Na Mun. Depuis, missionnaires, prêtres indigènes et catéchistes y ont subi mille ennuis, mais le Christ est vainqueur. Actuellement le Châu-Laos compte 4000 baptisés et plus de 1.500 catéchumènes. Grâce à la générosité de la Mission, aidée par le Conseil Central, nous commençons à doter quelques postes d’une sérieuse installation. Bientôt Hồi Xuân aura la plus belle maison qu’on ait jamais vue dans le pays. Nous la devons au talent architectural du bon P. Lury, qui pour mener son entreprise à bonne fin n’a ménagé ni ses peines ni ses travaux. Nos tays, devant la rapidité de la construction, n’en revenaient pas : “Votre maison, disaient-ils, pousse plus vite que les bambous !”

    Cela se passe sous le règne du fils du fameux Bá Tho. Autant le père nous était hostile, autant le fils est l’ami des missionnaires. Le petit-fils de Bá Tho, ancien élève des Frères de Hanoi, vient d’être nommé chef stagiaire de la région. Il n’oublie pas la bonne éducation qu’il a reçue ; que les bons Frères en soient remerciés !

    Du 11 au 18 novembre, à Mương Khiết, a eu lieu la retraite commune des catéchistes annamites et tays ; 14 annamites et 12 tays prirent part à ces saints exercices. Le prédicateur fut le P. Điều, qui, pour nous rendre service, ne craignit pas d’entreprendre un long voyage de 245 kilom. C’était pour la treizième fois que nos catéchistes se réunissaient ainsi. Après la clôture il y eut distribution d’objets de piété et.... cinéma “Pathé-Bahy” dû à l’amabilité du P. Mironneau.

    Le P. Donjon arrivait le 19 novembre dans la région du Châu-Laos. Il vient remplacer ceux qui tombent trop vite, hélas ! Que Dieu lui accorde longue vie et bonne moisson !

    Dans la province de Ninh-Binh, le Directeur d’une mine de charbon a résolu de construire une chapelle pour le service des nombreux catholiques qu’il emploie et, sur son invitation, Mgr De Cooman est venu bénir la première pierre. A cette cérémonie assistèrent tous les Européens de l’endroit. Il serait à désirer que. tous nos compatriotes suivent son exemple ; tout le monde y gagnerait, et les concessionnaires et les coolies.
    Le 12 décembre.

    Phnompenh

    La dernière ordination de septembre nous a donné trois nouveaux prêtres ; mais nous avons eu à déplorer dans le courant du mois d’octobre le décès de deux prêtres annamites, qui comptaient, l’un 24, et l’autre 23 années de ministère.

    Le P. Fuma, notre benjamin, commence à s’initier, au séminaire de Culaogien, aux arcanes de la langue annamite. Même fût-on Docteur, il faut revenir au b — a — ba sur tous les tons ; il y a de quoi en rester baba — recto tono —.

    L’état de Mgr Bouchut reste stationnaire. Tous les pronostics faisaient craindre une fin prochaine, mais son énergie bien connue semble prendre à tâche de déjouer tous les calculs de la Faculté. Le bon Dieu nous le conserve encore comme un exemple à imiter. Jamais il ne s’est plaint ; il s’est contenté de souffrir sans vouloir être à charge à personne. Sa Grandeur a voulu recevoir l’Extrême-Onction le 27 octobre.

    Le P. Jules Duquet s’est embarqué à Marseille le 14 novembre. Son séjour en France lui a fait beaucoup de bien. Si sa santé n’est pas complètement rétablie, il compte cependant être à même de faire encore du bon travail dans son cher poste de Bǎcliêu. Espérons que les autres confrères, qui sont encore en France, suivront bientôt son exemple.
    Le 21 novembre.

    Bangkok.

    Comme chaque année, la retraite annuelle des missionnaires a eu lieu en novembre et a été prêchée par Monseigneur. Comme chaque année également, tous les missionnaires sont allés en corps présenter leurs respectueux hommages à Monsieur le Ministre de France et à Madame. Mais c’est bien la première fois, à notre connaissance, qu’ils ont entendu un Représentant de la République Française faire un éloge aussi délicat qu’enthousiaste de Sa Sainteté Pie XI, de S. E. le Cardinal Gasparri et de toute la Prélature Romaine. Pendant près d’une demi-heure, S. E. Monsieur Henry nous a gracieusement et, nous oserions presque dire : candidement, fait part de ses impressions sur la Cour Pontificale et les différentes Congrégations romaines, dont il loue hautement les procédés diplomatiques. Il nous a même donné des détails si précis sur l’emploi du temps et les habitudes de travail de S. S. Pie XI qu’ils nous laissent supposer que lui-même évoluait jadis avec familiarité dans l’atmosphère vaticane. Ses paroles si suggestives lui ont conquis les cœurs des missionnaires. Daigne Dieu bénir le Chef des Français au pays de Siam ! C’est le vœu le plus unanime et le plus chrétien qu’ils puissent lui présenter ainsi qu’à Madame au début de 1929.

    Les Sœurs de Saint Paul de Chartres ont été douloureusement éprouvées par le décès, le 29 novembre, de la Révérende Mère St. Donatien, leur doyenne d’âge, doyenne de Mission et doyenne des supérieures du Siam. Ces titres, en dehors même de celui de supérieure de l’Hôpital St Louis, qui appartient à la Mission, ont amplement suffi à Mgr Perros pour qu’il daignât lui-même chanter la Messe des funérailles et présider l’absoute, donnant ainsi une preuve manifeste de sa sympathie pour toute l’Œuvre des Sœurs de St Paul, accomplie au Siam depuis trente ans. Durant toute cette période, en effet, Sœur St Donatien s’est entièrement dévouée au soin des missionnaires et des Pères indigènes malades, et il n’en est pas un seul de 1898 à fin 1928 qui, une fois ou l’autre, n’ait eu recours à ses services aussi discrets que constants. C’est donc un devoir de reconnaissance pour eux de prier pour le repos de son âme, devoir d’ailleurs qu’ils ont déjà compris, puisqu’ils vinrent nombreux à son enterrement. Que Dieu donne à cette vénérable Sœur de St Paul, paix, repos et sainte allégresse durant l’éternité !
    Le 8 décembre.

    Malacca

    Le 15 novembre, le P. Louis Duvelle a pris le bateau pour retourner en France. Depuis longtemps il souffrait de la dysenterie amidienne. Un séjour de 41 jours à l’hôpital de Penang n’a pas amené grande amélioration. Une lettre de lui, datée de Colombo, ne signale aucun changement. Il a le plaisir de voyager avec un Père Bénédictin venant du Setchoan, un Père Bétharramite du Yunnan et une Carmélite de Phnompenh.

    Mgr le Coadjuteur a ordonné trois diacres au Collège-Général, le 24 novembre, en la fête des Martyrs. Le fait relève plutôt de la chronique de cet établissement ; mais, l’un de ces trois diacres appartenant à la Mission de Malacca, le chroniqueur d’icelle a cru devoir la mentionner.
    Le 1er décembre.

    Birmanie Méridionale

    Les deux retraites sacerdotales viennent d’avoir lieu. La 1ère fut donnée aux prêtres indigènes ; 29 prêtres y ont pris part. La 2ème s’adressait aux missionnaires, 28 d’entre eux s’y trouvaient présents. Parmi ceux qui ne purent pas y venir se trouvait le P. Chirac, notre cher doyen. Une fois de plus, cette année encore, le mauvais état de sa santé l’avait retenu loin de nous. Le vénérable doyen nous avait bien fait dire, il est vrai, que de cœur il était avec nous ; nous n’en fûmes pas moins privés de sa présence, et, pour chacun des retraitants, cette privation fut un vrai sacrifice. Trois autres de nos confrères manquaient également à l’appel : le P. Ballenghien, retenu par une maladie d’estomac, le P. Sellos, empêché par les travaux de son école et le P. Philippe qui met la dernière main à la construction de son église.

    La retraite a été suivie de la procession du T. St Sacrement. Cette procession, à laquelle participaient de trois à quatre mille fidèles, se déroula dans les rues qui avoisinent la cathédrale, s’arrêtant une première fois à un reposoir élevé chez les Frères, puis une seconde fois à celui qui avait été édifié à l’évêché. Grâce aux mesures prises tant par la police que par le clergé de la cathédrale, l’organisation se trouvait parfaite et tout se passa sans incident.

    De Penang, bonnes nouvelles de notre confrère de P. Mourlanne.

    A Rangoon nous avons eu l’honneur de recevoir la visite de Son Excellence le Vice-Roi des Indes. Dans les cérémonies et les réceptions officielles dont se trouvent accompagnées ces sortes de solennités, Mgr l’Evêque de Rangoon, représentant de l’Eglise Catholique dans cette partie de la Birmanie, n’a pas été oublié ; dès le premier jour, en effet, Sa Grandeur se trouvait invitée à la table du Vice-Roi.

    Notre sainte Religion se trouve encore honorée par le noble Visiteur dans la personne de notre confrère, le P. Fargeton. En effet, au “Garden Party”, qui dans la soirée groupait autour du Vice-Roi toute la haute société de Rangoon, Lord Irwing remettait au P. Fargeton la médaille d’or du K-I-H. ; en un excellent français, Son Excellence félicitait en même temps notre confrère pour l’œuvre admirable à laquelle ce dernier a consacré sa vie, œuvre toute de dévouement et de charité envers les pauvres lépreux et les misérables incurables.

    Dans un dîner plus intime, le “dîner de la médaille”, Monseigneur, se faisant l’interprète de tous les confrères, félicitait à son tour l’heureux récipiendaire. Après avoir été à la peine et s’y trouvant encore, le voici qui était à l’honneur, puisque ses mérites se trouvaient ainsi hautement reconnus et récompensés par le Gouvernement de Sa Majesté Britannique.

    A notre cher confrère le Vice-Roi vient de conférer une médaille d’or, puisse le ciel lui octroyer une santé de fer !
    Le 30 novembre.

    Birmanie Septentrionale

    Le 17 novembre, à la clôture de notre retraite, Mgr Foulquier nous annonçait des changements et une promotion. Le P. Herr est nommé Provicaire et Supérieur de tout le district de Bhamo. Nos bien vives félicitations vont à notre infatigable confrère qui, après 40 ans de durs labeurs dans le district de Shwebo, où il a fondé sept postes, veut bien, à l’âge de 65 ans, aller commencer une nouvelle vie sous un autre climat et apprendre le shan et le kachin. Le P. Pâquet lui cède la ville de Bhamo et ses écoles, pour s’enfoncer dans la jungle Kachine, Le P. Louis Allard quitte la plaine shane pour celle de Shwebo. Les ailes du P. Audrain s’ouvrant chaque jour plus larges, il se voit adjoint le poste de Myin-gyan afin de soulager un peu le P. Falière, surchargé de travail.

    Le 18 novembre, nos deux sous-diacres étaient élevés au diaconat, et notre tonsuré aux ordres mineurs. Trois jours après, Mgr se rendait à Chanthaywa, où, entouré de onze missionnaires, il bénissait la nouvelle église du P. Pelletier. C’est un beau monument qui fait grand honneur à ses goût d’architecte et de constructeur. Ses chrétiens, à juste titre, en sont fiers ; ils disent volontiers, non sans un brin de malice, que leur nouvelle église est bien plus belle que le cathédrale de Mandalay. Le meilleur compliment, n’est-ce pas, que l’on puisse faire à leur si dévoué pasteur.

    Le 28 novembre, au Garden Party donné par le Gouverneur de Birmanie au Vice-Roi de l’Inde, à l’occasion de sa visite à Mandalay, le P. Hervy, en présence d’un public d’élite, recevait, des mains de Lord Irwing, la médaille d’argent dont le Bulletin a déjà parlé.
    Le 3 décembre.

    Laos

    Du 17 au 24 novembre, nous avons fait notre retraite annuelle. Nous ne saurions trop remercier le R. P. Cousineau des avis pratiques qu’il nous a donnés dans le cours de ces saints exercices.

    A l’occasion de cette retraite, nous avons fêté les 25 ans de sacerdoce des PP. Boher et Barriol. Ce fut d’abord à l’église, où des chants grégoriens glorifièrent le sacerdoce éternel du Christ et rappelèrent aux deux jubilaires le jour de leur union intime avec lui, puis nous passâmes dans la salle commune et nous chantâmes leurs mérites sur tous les tons. Dans nos prières et nos vœux nous n’avons point oublié le P. Beigbeder, lui aussi jubilaire, mais qu’une pénible infirmité tient éloigné de la Mission.

    Nous avons aussi inauguré le débarcadère de la Mission de Nong-Seng, construit par le Gouverneur catholique de Lakhone, en souvenir des noces d’argent de Mgr Gouin, notre très aimé Vicaire Apostolique. Comme toutes nos chrétientés avaient contribué aux frais de ce débarcadaire, contribution insuffisante, c’est vrai et que notre bon Gouverneur dut largement compléter, on devait organiser une fête pour l’inauguration. Il y eut musique et danse siamoises, ainsi qu’une séance de gymnastique donnée par une troupe siamoise. La séance fut assez bien réussie.

    Mais ce débarcadaire a failli nous coûter cher. Comme le P. Dézavelle arrivait pour la retraite, par une nuit noire il passa sur le débarcadaire, puis mit le pied dans le vide. Il tomba sur une poutre et resta un quart d’heure sans connaissance. Revenu à lui, il put sortir de là et arriver tant bien que mal à la Mission. Pendant la retraite le Père ne parut pas trop se ressentir des suites de l’accident.

    Huit jours avant la retraite, notre nouveau, le P. Arnaud, arrivait à Nong-Seng. Il était alors plein de santé, mais peu après, victime d’une grave insolation, il dut entrer à l’hôpital de Thakhet. I,e P. Thibaud, qui le veillait, ne fut pas sans appréhension lorsqu’il vit le thermomètre dépasser 40e . Mais, grâce aux bons soins du Docteur français de l’ambulance, la fièvre baissa et notre confrère put se remettre sur pieds, si bien que nous fûmes tout surpris de le voir arriver pour la clôture de la retraite ; notre joie n’en fut que d’autant plus grande.

    Puis vint la séparation, toujours accompagnée de sa note de tristesse. On se trouve si bien ensemble !

    Un bon Français, M. Moulin, des Travaux Publics du Laos, accostait avec sa chaloupe, le vendredi soir, à la berge de Nong-Seng et devait descendre le lendemain jusqu’à Savannakhet. Sept confrères répondirent à la bienveillante invitation de M. Moulin et montèrent à bord de sa chaloupe. Grâce à cette heureuse circonstance, leur voyage de retour fut on ne peut plus agréable, et la messe du dimanche, 25 nov., put être célébrée dans quelques postes de la Mission.
    Le 29 novembre.

    Coïmbatore

    Nous avons eu l’honneur et le plaisir de recevoir la visite du R. P. Robert, Visiteur des Missions de l’Inde. Arrivé à Coïmbatore le 21 octobre, il nous a quittés le 12 novembre pour la Mission de Kumbakonam.

    Nous avons tous grandement apprécié cette visite ainsi que la sollicitude paternelle de Mgr le Supérieur qui nous l’a procurée, et la sagesse de l’article 72 de notre règlement qui l’a prévue. Une visite de cette sorte ne serait pas de trop tous les 5 ans pour entretenir plus étroitement le contact entre les Missions et la Société des Missions-Étrangères. Le passage des Chefs dans les rangs des combattants est pour ceux-ci un encouragement, et leurs directions un gage de succès dans les combats.

    Dans ses conversations privées, dans ses allocutions aux enfants des diverses institutions et dans ses conférences aux confrères de la Plaine, réunis à Coimbatore, et à ceux de la Montagne, réunis au Sanatorium St Théodore, notre distingué Visiteur a gagné tous les cœurs par le tact, l’à-propos et l’affabilité de .ses paroles. De tout cœur nous lui disons “non pas adieu, mais au revoir !”.

    Le “Peoples’Friend”, un journal local, publiait, à la date du 22 octobre dernier, une lettre de M. Venkataramana Aiyangar, de Coïmbatore, membre du Conseil législatif de Madras, adressée à M. Palanisawmy Gavounder, Président du Taluk Board de Coïmbatore, qui montre bien les obstacles que rencontrent, même de nos jours, vis-à-vis de la caste, les réformes sociales dans, l’Inde. En voici un extrait : “Malgré notre désir commun de voir se réaliser au plus tôt la fusion des élèves de toutes les castes dans les écoles de villages, nous sommes bien obligés de reconnaître le fait que le temps n’est pas encore venu. Donc, de deux choses l’une ; ou bien il nous faut ouvrir des écoles séparées pour les enfants de basses castes dans les villages, où ils sont en nombre considérable, ou il faut nous résigner à laisser sans aucune éducation un grand nombre d’enfants des deux sexes”.

    Voilà où en est en ce moment la question des castes, question tant de fois discutée, souvent incomprise et en tout cas difficile à résoudre. Cependant, depuis 25 ans, un progrès indéniable s’est effectué dans la voie du nivellement social. Mais M. Venkataramana Aiyangar, lui-même, est d’avis que “patience et longueur de temps font plus que force et que rage”.

    Le 2 novembre nous avons eu la joie de revoir à Coïmbatore le P. V. Morin, retour de France en meilleure santé. A bientôt le retour de nos autres confrères absents, les PP. Jambeau, Critenat et Beyls !
    Le 13 novembre

    Séminaire de Paris

    Le 20 octobre à 9 heures, un service solennel a été célébré dans la chapelle du Séminaire, pour le repos de l’âme de Mme la Marquise de Laubespin, présidente d’honneur de l’Œuvre des Partants. Le P. Garnier célébra la messe, après laquelle Mgr le Supérieur donna l’absoute.

    Le Séminaire a vu passer pendant cette quinzaine, tout d’abord Mgr Demange dont la santé est en voie de lent rétablissement, après quelques jours passés avec nous il a pris de chemin de Vichy pour y faire une cure de trois semaines ; le T. R. P. Bondolfi, supérieur des PP. d’Immensée (Missions-Étrangères suisses), qui a passé 24 heures rue du Bac ; et Mgr Deswazières qui s’est rendu ensuite à Rome en passant par Lourdes et Marseille.

    Mgr le Supérieur a présidé une cérémonie de départ chez les Sœurs Catéchistes Missionnaires de Marie. Les partantes étaient destinées aux Missions des Indes. — Le dimanche 28, fête du Christ-Roi, Mgr a célébré une messe pontificale dans la basilique d’Argenteuil. — Le soir du 29 octobre, Mgr a pris part à une réception donnée à son domicile par M. Knight, nommé ministre de France au Canada, et qui a laissé tant de sympathie parmi nos missionnaires d’Extrême-Orient.

    La nuit du 26 au 27 et la journée du 27 octobre ont été consacrées à l’adoration en union avec Montmartre. Les adorateurs, qui se sont succédés devant le St Sacrement exposé, n’ont pas manqué de prier aux intentions de la Société des M.-E. et de chacun de ses membres. Chacun sait que cette date a été choisie parce qu’elle est l’anniversaire de l’ouverture du Séminaire le 26 octobre 1663. Aussi le soir au réfectoire, selon la coutume, lecture fut donnée de l’acte d’installation des premiers directeurs.

    Le soir de la Toussaint, le P. Tessier, Nantais d’origine, est parti pour Nantes afin de représenter les M.-E. aux obsèques de Mgr Robert, bienfaiteur insigne des Missions, mort la veille.

    Le lundi 5 novembre Mgr le Supérieur se rendait au Ministère des Affaires-Étrangères, où l’on s’était alarmé d’un télégramme de l’Agence fides, annonçant la cession de Pondichéry aux Salésiens Italiens. Il s’agit seulement du nord de l’archidiocèse de Pondichéry, en lisière de celui de Madras, où les Salésiens, déjà en partie installés, nous déchargeront, au cours de l’année prochaine, du district de North Arcot.

    Le 5 novembre, Don Ugo Bertini, sous-secrétaire du Conseil supérieur de la Propagation de la Foi, a donné, à l’Institut Catholique, une conférence à laquelle étaient présents Mgr le Supérieur, Mgr Baudrillart, Mgr Boucher, etc..

    Depuis le 7 novembre Mgr le Supérieur, accompagné du P. Montagu, prend en Bretagne quelques jours de repos. Il a fait à Brest, lundi soir 12 courant, une conférence sur la Chine et le Bolchevisme en Chine : cette conférence a fait une profonde impression sur les 200 à 300 personnes, élite de la société brestoise, qui y assistaient.

    Le P. Robert, retour de Sydney, a commencé la visite de nos Missions de l’Inde.
    A été admis comme aspirant : Nº 44, M. Calmon (Edouard), du diocèse de Cahors.



    1929/42-64
    42-64
    Anonyme
    France et Asie
    1929
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