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Chronique des Missions et des Etablissements communs 4

Chronique des Missions et des Etablissements communs Tôkyô 6 mars.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs

    Tôkyô

    6 mars.

    Le 25 février, sont arrivées par le Terukuni-Maru les six premières religieuses destinées à la fondation du Carmel de Tôkyô. La Rév. Mère Prieure du Carmel des Missions de Cholet a bien voulu elle-même accompagner ses religieuses au Japon. Après avoir reçu lhospitalité pendant quelques jours chez les Dames de St-Maur, à leur établissement du Futaba, à Tôkyô, elles ont pris possession du Carmel provisoire qui a été érigé tout près de là, sur le terrain de la mission, à Kojimachi, Shimo Rokubancho, nº 32, le mercredi des Cendres, 1er mars. Monseigneur lArchevêque a béni la maison, et Mgr Ghika, protonotaire apostolique et prince roumain, qui avait été leur bienveillant aumônier pendant la traversée, a dit la messe dactions de grâces. Les Surs de Sainte Thérèse qui sont entrées en clôture ce jour-là, apportent aux missions du Japon le puissant secours de leurs prières et de leurs sacrifices, et nous leur en sommes particulièrement reconnaissants.

    LAssociation du Seijin Shokeikai (caractères chinois), qui a pour but de promouvoir le culte et lexemple des Saints, particulièrement des Saints Martyrs Japonais, et qui compte déjà 239 membres, a organisé, le 5 février, jour de la fête des 26 martyrs japonais, à la paroisse des XXVI Martyrs de Honjo (Tôkyô), une séance à laquelle ont assisté plus de 500 personnes. Les assistants ont entendu une conférence du R. Père Hoevers, S. J., sur les Martyrs, et vu se dérouler sur lécran les films concernant luvre de bienfaisance des étudiants de lUniversité Sophia, dont nous avons parlé dans notre précédente chronique. LAssociation avait délégué pour ce jour-là trois de ses membres à Nagasaki, afin dy faire, en leur nom, un pèlerinage aux lieux consacrés par le martyre des 26 premiers confesseurs de la foi au Japon.


    Osaka

    9 mars.

    Le diocèse dOsaka se voit de nouveau éprouvé par la maladie qui vient de terrasser le P. Bousquet, le vaillant missionnaire de Nishinomiya.

    Depuis toujours, ce confrère jouissait dune santé robuste ; et tout semblait lui présager un long ministère dans cette chrétienté, quil avait fondée de toutes pièces, et quil avait même dotée dune grande et magnifique église.

    A la fin de février, le P. Bousquet ressentit de vives douleurs intestinales; le docteur, appelé sans retard, diagnostiquait une crise dappendicite et concluait à une intervention chirurgicale. Toutefois, devant les hésitations du patient, la Faculté eut un moment lespoir de le sauver sans recourir à ce moyen extrême. Après un mieux relatif, le mal saggrava de nouveau, au point quon dut lui administrer les derniers sacrements.

    Depuis, la maladie suit son cours, avec des hauts et des bas qui sont loin de rassurer son entourage ; à lheure présente, il nest pas encore possible de porter un jugement quelconque sur léventualité qui doit se produire.

    Les nombreux chrétiens que le P. Bousquet a convertis tentent tout pour conserver le Père qui les aimait tant, et certains sont allés jusquà offrir leur sang.

    Puisse la Petite Sainte, Protectrice des Missionnaires, dont le P. Bousquet se fit lapôtre au Japon, intervenir en faveur de celui qui se dépensa sans compter au service de Notre-Seigneur.


    Séoul

    3 mars.

    Le 23 février, trentième jour après le décès de Mgr Mutel, une messe solennelle de Requiem a été chantée par Mgr Larribeau.

    Vivez longtemps, vivez pour cette Eglise,
    Où votre voix rassemble tous les curs,
    Et remplissant votre noble devise,
    Du ciel ici faites fleurir les fleurs.

    Ces vux quadressaient, en 1890, les missionnaires de Corée à leur nouvel évêque, Mgr Mutel, qui avait pris pour devise : Florete flores martyrum, ont été magnifiquement exaucés.

    Dabord, le vénéré pontife a vécu longtemps, 42 années dépiscopat, et dans la Corée, enfin, le printemps a fleuri, en effet :

    En 1890 1 évêque en 1932 3 évêques, 2 préf. apost.
    22 missionnaires 100 missionnaires
    0 prêtre indigène 98 prêtres indigènes
    40 séminaristes 251 séminaristes
    3 religieuses 261 religieuses
    0 église 200 églises
    1 séminaire 6 séminaires
    1 couvent 5 couvents
    1 école 149 écoles
    1 orphelinat 4 orphelinats
    0 dispensaire 12 dispensaires
    0 revue religieuse 3 revues religieuses
    17.577 chrétiens 121.039 chrétiens

    Un jour, à loccasion dune fête de famille, le confrère chargé du compliment à Mgr Mutel, se complut à souligner les progrès du royaume de Dieu en Corée depuis 1890. Lévêque répondit avec autant desprit que de modestie : Oui, oui, on peut dire que tout cela sest fait sous mon épiscopat, comme on dit dans le Credo que le salut du monde sest fait sub Pontio Pilato. Quoiquil en soit, nous savons tous que le but final est encore loin dêtre atteint : Grandis restat via !

    Le futur continuateur du P. Dallet (1) aura pour rédiger le chapitre intitulé : Lépiscopat de Mgr Mutel, un document, fil conducteur précieux entre tous, dans le journal du prélat. Mgr Mutel sest en effet astreint durant toute sa longue vie dévêque à écrire chaque jour ou à peu près, les événements religieux, politiques, etc, intéressant la mission.

    Ce travail commencé le 4 août 1890, terminé le 14 janvier 1933, forme 15 volumes de 350 à 400 pages environ, sur papier écolier, écriture nette, rapide, toujours égale, aussi bien celle dhier que celle dil y a 42 ans. Les faits sont rapportés objectivement et, sauf quelques rares exceptions, sans appréciation : très peu de notes intimes ou personnelles.


    Taikou

    8 février.

    Depuis plusieurs années, malgré tous les efforts faits et les précautions prises par les supérieurs du séminaire, dès le milieu de janvier, le béri-béri faisait son apparition, et force était de renvoyer chez eux les séminaristes après les examens du premier semestre. Cette année-ci, pour éviter un pareil mal avant même quil commence, et ne pas être obligé de donner des vacances prolongées, dès la seconde semaine de janvier, les séminaristes ont subi les examens ordinaires et, le 10, tous sont partis en vacances jusquà la fin du mois. Il faut espérer que grâce à cette mesure préventive, cette année-ci il ny aura aucun accroc, et que les études pourront suivre leur cours régulier.

    ___________________________________________________________________________
    (1) Auteur de l Histoire de lEglise de Corée.


    Nous avons de bonnes nouvelles du P. Bertrand ; les médecins nont rien compris à sa maladie, se contentant de dire quil ny avait aucun danger. Seule, la Religieuse directrice de lhôpital, laquelle est elle-même docteur, a dit au Père que son état actuel pourrait bien venir de ce quil a été gazé pendant la guerre. Quoi quil en soit, le Père, bien quencore faible, a quitté lhôpital vers le 23 janvier pour revenir à la mission.

    Le 17 janvier, les PP. Parthenay et Deslandes nous ont quittés pour aller prendre en France leur congé régulier, nécessité du reste par leur santé plus ou moins délabrée. La malle française ne venant plus au Japon, ils ont dû sembarquer à Kobé sur un bateau américain qui les a transportés à Shanghai ; là ils trouvèrent lAndré Lebon, sur lequel ils se sont embarqués pour Marseille. Daprès les nouvelles reçues de Shanghai, cette première traversée a éprouvé déjà le P. Deslandes ; mais nous espérons bien que le reste du voyage lui sera plus facile. Aux deux Pères nous souhaitons une heureuse navigation, un bon séjour en France, et un prompt retour dans notre mission où les ouvriers apostoliques sont si peu nombreux.

    8 mars.

    Les nouvelles que nous avons pu recevoir de nos deux voyageurs, les PP. Parthenay et Deslandes, sont très bonnes ; ils annonçaient de Saigon que leur voyage jusque-là était excellent. Ils doivent maintenant être en France depuis plusieurs jours, ayant dû débarquer à Marseille le 3 mars. Nous navons donc quà leur souhaiter bon séjour et bon repos au pays natal.

    De Shanghai, nous avons appris que Sur Béatrix, la supérieure du couvent de Taikou, avait subi une opération délicate ; grâce à Dieu, tout sest bien passé, la cicatrisation ne laisse rien à désirer, et Sur Béatrix sous peu, sans doute, verra rempli son désir de revenir dans sa chère maison.

    Monseigneur Demange est parti à Séoul le 5 mars, pour la réunion annuelle des Ordinaires de Corée, réunion ordonnée par le Concile régional. Cest la première depuis la promulgation des décrets de ce Concile ; aussi sera-t-elle sans doute très importante, du fait que les Ordinaires auront à déterminer plusieurs questions déjà décrétées. Toutefois Son Excellence pense que les travaux prévus ne demanderont pas plus de quinze jours au maximum.


    Chengtu

    23 janvier.

    Après les succès remportés par Lieou ouen houi sur la 21ème Armée dans la région de Kiating et lalliance probable survenue entre loncle et le neveu, notre Maréchal ramenait ses troupes en direction de Chengtu.

    Le 18 courant, de source autorisée, nous apprenions de plus que lentente était réalisée entre Lieou, Tien et Ten, que de nombreuses troupes de la 29ème Armée quittaient notre capitale, et que Lieou devait rentrer à Chengtu avec les honneurs de la guerre, le 20 janvier.

    Rassurés par ces bonnes nouvelles nous câblions le jour même à Chungking : Oncle rentrera Chengtu le 20 janvier. Le péril de guerre écarté, envoyons un courrier chercher Josset. Demander autant que possible Consul de France à Chungking, et aux autorités civiles et militaires assurer la sécurité voyageur.

    Le 19, situation moins rassurante. Lentrée en ville de Lieou ouen houi, est remise au 21. Pendant une partie de la journée, on ferme les portes de lEst et du Sud, et on réquisitionne à outrance porteurs et pousse-pousse.

    Le 20, les portes de la ville se ferment comme la veille, et les réquisitions continuent. Cependant, le cuisinier Tchang lao eul part pour Chungking, les Franciscaines M. M. apprennent que deux Religieuses ont quitté, le 19, Chungking, pour se rendre au Kientchang via Chengtu. Nous nous apprêtons même à lancer à tous les confrères une invitation à la retraite annuelle pour le 5 février, lorsque tout à coup, la roue de la fortune tourne une fois de plus. Les arrangements précédents ne tiennent plus, de par la mauvaise volonté de Tien et de Ten. Il paraît que les troupes de Lieou ont occupé récemment plusieurs sous-préfectures appartenant à ces deux Maréchaux : inde ir. Lieou se fâche, et de Sintsin, par téléphone, déclare son intention bien arrêtée de rentrer à Chengtu, le 29ème jour de la 12ème lune, (24 janvier).

    Dans ces conditions il ny a quà attendre avec patience !
    Pendant que la discorde règne parmi les partisans de lordre !... les Bolchévistes continuent, en les augmentant, leurs exploits. On assure que la ville de Pachow serait entre leurs mains. Pas de nouvelles récentes du cher P. Pinault, ce qui pour nous est un sujet de grande inquiétude. Dailleurs, en dépit de lapproche du jour de lan chinois, lanarchie la plus complète règne dans toute la Province. Prions le bon Dieu de nous venir en aide.

    Après un voyage de 5 mois, M. Marc Tang nous est arrivé le 20, à 6 h. du soir. Venant de Shungking via Sulin, il a attendu une auto pendant quelques jours, dans cette dernière ville. Finalement, il a dû se contenter de la prolétaire filanzane. Malgré de nombreux incidents tragiques et comiques, M. le Docteur Marc Tang, nous revient de la Ville Éternelle en excellente santé.

    Après avoir pris quelques jours de repos, et terminé la Retraite, quil doit prêcher à Koûi ouang kiao, aux Oblates Franciscaines M. M., il gagnera le poste de Inkiapa, où il aura fort à faire pour ramener à leur devoir les chrétiens récalcitrants.

    Le P. Rodriguez prêche en ce moment la Retraite aux Franciscaines Missionnaires de Marie de Pin gan kiao. M. Fabien Yu prêchera ensuite celle des Surs Indigènes.

    23 janvier. Dernière heure. Les troupes de Tien ont presque complètement évacué la ville. Tien a affiché une proclamation dans laquelle il dit, quobéissant aux ordres de Nankin il va, avec Lieou tsen heou, partir en guerre contre les communistes. Lieou ouen houi affiche de son côté, quayant remporté la victoire, il cède aux instances de ses parents et amis et fait la paix.

    Nos chers confrères pourront donc, espérons-le, être présents à la retraite qui commencera le 5 février.

    4 février.

    Une lettre du P. Eymard, datée du 26 janvier, nous annonce larrivée à Paolin des PP. Beauquis et Pinault qui, grâce à Dieu, ont pu séchapper avant larrivée des communistes à Patchow. Demain commencera notre retraite qui sera prêchée par le R. P. Rodriguez, Rédemptoriste.

    Mort du Père Perrodin.
    Notre cher confrère, le P. Perrodin, sest endormi pieusement dans le Seigneur le 18 février, enlevé par une crise aiguë durémie. Venu plein de santé et de vie à Chengtu pour la retraite, il en avait suivi fidèlement tous les exercices et il sapprêtait à rentrer dans son district.

    Le mardi 14 février, ressentant quelque malaise, il consulta le docteur qui lui ordonna le repos au lit. Le lendemain, se sentant mieux, il voulut se lever et fut pris dune syncope. A partir de ce moment, la maladie évolua si rapidement que ni la science du docteur, ni les soins dévoués des Religieuses ne purent en enrayer la marche foudroyante et quon dut se contenter dadoucir les souffrances du pauvre malade. Il avait conservé toute sa connaissance et se rendait parfaitement compte de son état ; dans la journée de jeudi il demanda les derniers sacrements et lindulgence de la bonne mort quil reçut dans les sentiments de la plus vive piété. Le samedi 18, vers onze heures du matin, il entrait en agonie et à 4 h. 30 du soir il sendormait dans le Seigneur, en la fête du Bienheureux Néron, son compatriote, envers lequel il avait une dévotion particulière.

    Dès le lendemain, de nombreuses messes furent dites pour le repos de son âme par ses confrères et les prêtres indigènes. Le 21, eut lieu un service solennel auquel assistèrent beaucoup de chrétiens et les enfants de lorphelinat. Le P. Poisson chanta la messe et Monseigneur donna labsoute. Le 22, Monseigneur, 16 prêtres, 5 Religieuses F. M. M., une délégation de ses chrétiens et quelques chrétiens de la ville conduisaient notre regretté confrère à sa dernière demeure. Il repose à Mo pan chan, à côté du P. Couderc, en attendant la résurrection glorieuse.

    Né le 22 janvier 1874, au diocèse de St-Claude, le P. Perrodin est venu au Setchoan en 1898 et y a travaillé sans prendre de congé. Deux fois seulement il est sorti des limites de la mission ; une première fois, en 1909, pour assister au synode de Chungking en qualité de théologien de Mgr Dunand et une seconde fois, en 1914, pour un voyage de mobilisation à Tientsin.

    Il apprit la langue chinoise sous la direction du P. Laroche auquel il succéda comme curé de Longan. En 1903, il fut nommé supérieur des grand et petit séminaires réunis dans un même local à Ho-pa-tchang, où il eut comme élève le futur Mgr Paul Ouang. Cest pendant son supériorat que furent élevés les nouveaux bâtiments où, dans quelques mois, le grand séminaire commun à nos missions du Setchoan sera installé.

    En 1914, il fut nommé recteur du district de Lao mien tcheou quil dota dune belle église et dune résidence avec écoles pour garçons et filles. Il fut ensuite nommé à Mienchu, où il ne trouvait que quelques maisons branlantes servant de lieu de culte et dhabitation au curé. Notre confrère se remit courageusement au travail et quelques années après, le district possédait une belle et vaste église et une maison saine et bien aérée pour le curé. Dans le vaste jardin, il planta plusieurs centaines de pieds de vigne et lannée dernière il obtint une certaine quantité de vin de messe et de vin de table.

    Notre confrère allait atteindre la soixantaine et il navait pour ainsi dire pas changé, ni au physique, ni au moral ; tel il avait été à Paris, tel il était resté après 34 ans de mission, toujours joyeux, toujours content de son sort, jamais le cafard navait eu prise sur lui, aussi il était le véritable animateur de nos réunions. Hilarem datorem diligit Deus.


    Chungking

    7 mars.

    Devant la menace communiste, nos seigneurs provinciaux, plus soucieux sans doute de la défense de leurs fiefs que du bien public, ont fait trêve pour un temps à leurs luttes intestines et lancé, face au nord, où déjà règne largement lenvahisseur, le front de leurs armées.

    Celles-ci devraient suffire, sans nul doute, à rejeter vite et bien loin les hordes communistes ; car, si lon en croit la presse de Chungking, les armées setchoanaises réunies ne compteraient pas moins de 400.000 soldats. Elles sont aidées dautre part par un bataillon de troupes gouvernementales, venu du Hupeh, qui déjà a atteint la ville de Suting, que lon disait fort menacée.

    Mais le nombre, souvent, ne fait rien à la chose ; cela est un fait dexpérience, et trop bien démontré par les nombreux bataillons de parade qui, en certaines provinces de lest ne semblent guère faire autre chose, depuis plusieurs années, que de monter, aux frontières des pays infestés, une garde connivente ou craintive. Nous ne saurions donc accorder une confiance exagérée aux communiqués de victoires que déjà lon impose à la presse régionale.

    La lutte contre le communisme est dailleurs pour nos généraux un heureux prétexte à de nouvelles taxes, à de nouvelles réquisitions, et, pour leurs troupes, à de nouvelles exactions. Ils amènent ainsi le peuple y songent-ils ? à embrasser la cause de lenvahisseur et à souhaiter son avance comme une libération.

    La mission de Chungking continue à espérer que la menace natteindra pas ses établissements et ses uvres, confiante en Celle qui, déjà du Carmel de Lisieux, se souvenant quels liens spirituels ly attachaient spécialement, la protégeait de ses puissants suffrages.

    Notre confrère, le P. Mann, dont létat de santé nous avait, depuis deux mois, inspiré de vives inquiétudes, se rétablit peu à peu. Mais il ne pourra désormais se dévouer à un ministère quelque peu régulier ou fatigant ; il se reposera donc à lévêché ; et le P. Tournier, revenu de France, le remplace déjà comme aumônier du Carmel.


    Suifu

    1er février.

    Bien que les combats aient cessé depuis plus dun mois, ce nest pas cependant la paix, car les armées rivales continuent à sobserver, à diriger des munitions vers le front, à réquisitionner des porteurs, à déplacer leurs troupes. Et comme, de temps en temps, on fait circuler la fausse nouvelle de la reprise des hostilités, la population vit dans les transes.

    Mais sils ne veulent pas faire le jeu du bolchévisme, il est temps, et même grand temps, que nos généraux se décident à signer la paix. Les journaux du mois de décembre nannonçaient-ils pas déjà quune dizaine de sous-préfectures en bordure du Chensi et autant sur les confins du Houpé étaient tombées aux mains des rouges, venus les uns du Chensi, les autres du Houpé ?

    Si nous dressions maintenant le bilan des pertes matérielles subies par la mission durant ces cinq mois de guerre, il se chiffrerait par milliers de piastres : en effet, plus de quinze oratoires secondaires ou pharmacies démolis ou endommagés ou saccagés ; quatre résidences centrales ayant servi ou servant de casernes.

    De plus, outre des emprunts forcés, la mission a dû payer, comme les autres propriétaires dailleurs, ici, sept ans dimpôts anticipés, là, dix ans. Ce qui fait que, pour un rôle dimpôt dun taël, elle a versé 200 piastres environ, alors quil y a cinq ans 20 piastres suffisaient.

    A cause de létat de guerre, et aussi à cause des brigands qui tiennent toutes les routes, Monseigneur a dû renvoyer à plus tard la retraite qui, dhabitude, a lieu dans le courant de janvier.

    Enfin, une bonne nouvelle : le chroniqueur est heureux dannoncer que le P. Renou, complètement remis, a regagné son district de Chukentan quil a retrouvé sous une épaisse nappe de neige, ce qui navait pas eu lieu depuis une dizaine dannées.


    Ningyuanfu

    février.

    Le Kientchang
    La retraite annuelle des missionnaires du Kientchang a eu lieu du 20 au 25 janvier. Tous les confrères, malgré les troubles, purent venir se retremper dans une atmosphère de recueillement et de prière, et reprendre des forces pour travailler avec plus dardeur et de zèle au salut des âmes. Les récréations et surtout la soirée de clôture furent empreintes de la plus franche gaieté, gaieté qui est de tradition chez nous.

    Après 18 mois de labeur acharné, la Grammaire Lolote 152 pages grand format est sortie des presses de notre cher linguiste, le P. Arnaud. Limpression du dictionnaire Lolo-Français va commencer incessamment ; on prévoit 600 pages au moins.


    Tatsienlu

    8 février.

    Son Excellence Mgr Valentin était de retour le 5 janvier, après un excellent voyage au cours duquel il administra la Confirmation à Mosimien et visita les postes de Lentsi et Chapa. A Mosimien la léproserie lui présenta 18 candidats et la paroisse, 33.

    La retraite annuelle des confrères de la région de Tatsienlu a commencé le 22 janvier et sest terminée le 27, par la messe solennelle de Requiem pour les missionnaires défunts et la journée dadoration devant le St Sacrement exposé, suivie de la rénovation en commun du Bon Propos. Cette année, tous les confrères étaient réunis autour de Mgr le Vicaire Apostolique et de Mgr le Coadjuteur. Hélas ! la liste nest pas longue, lisez plutôt et comptez : MM. Charrier, Doublet, Valour, L. Fou, Pezous, Pasteur et Leroux. Après cette joyeuse et bienfaisante réunion chacun a repris le chemin de son chez soi.

    La précédente chronique disait comment létat de santé du P. Charrier donnant des inquiétudes à Mgr, le P. Pasteur avait laissé la paroisse de Tatsienlu entre les mains de Mgr Valentin et du P. Leroux pour aller visiter le curé de Mungkwung. Le voyageur passa les fêtes de Noël chez le P. Charrier, puis, par les 4.985 m. du col de Kongka, alla donner un coup de main au P. Pezous pour la fête de lEpiphanie, à Tsonghoua, En compagnie des PP. Charrier et Pezous, le P. Pasteur regagna Tatsienlu pour le début de la retraite. Le P. Charrier ne va ni mieux ni plus mal ; il veut absolument tenir jusquà ce que létat du personnel de la mission lui permette de passer son poste à un autre et daller se guérir en France... Le P. Pasteur a donc repris sa place à la cathédrale.

    Une lettre du P. Goré, du 30 décembre, nous apprend que les Rév. Pères chanoines réguliers de St Augustin se sont embarqués à Marseille, le 13 janvier ; la petite caravane apostolique se compose des PP. Coquoz et Melly, dun Frère et dun laïc. Les nouveaux missionnaires sétabliront provisoirement à Weisi doù ils se renseigneront pour fixer lemplacement définitif de leur hospice.

    Actuellement nous ne pouvons pas avoir de nouvelles récentes de nos confrères du Loutsekiang, car la neige a fermé les passes de la montagne de Sila. Cest le P. Goré qui nous donne (30 novembre) des renseignements sur lactivité civilisatrice du P. André. Dans les derniers jours de septembre, le P. André a amené, par 28 zig-zags, une route nouvelle de la passe du Sila aux bourbiers du Déoua Trhratso (versant oriental du Sila, côté Mékong) ; cette route permettra aux cavaliers se rendant de Tsekou au Loutsekiang, de monter le Siba à cheval. Après le travail, lingénieur a fait une courte apparition chez le P. Goré, à Tsekou. Il avait hâte de profiter des derniers beaux jours pour continuer ses travaux sur la route de Latsa à Gaioua avec léquipe de terrassiers quavait mobilisée le mandarin de Konchan. Le P. André a constaté que la passe franchie par cette route (altit. 3770 m.) nest quune série de mamelons moins élevés que les cols du Sila et du Gniserla et quon peut franchir la montagne sans avoir à coucher à la belle étoile. Cette route est celle qui permet de se rendre de Siao Weisi (Mékong) au bas Loutsekiang (Salouen ) en 13 ou 14 heures de marche.

    Si la paix est faite entre le Setchoan et le Tibet il nen est pas de même, au nord, entre le gouvernement de Tsinhai et celui de Lhassa ; là, les discussions continuent et on ne sait sil en sortira la guerre ou la paix. Quant au traité Tibétain-Setchoanais, voici ce que note le P. Goré. Il semble que si le Fleuve Bleu devient limite entre Chine et Tibet dans la région du Dégué, le Mékong redeviendra limite au sud de Batang. (Cest également ce que lon dit à Tatsienlu : la question de la sous-préfecture de Yentsin aurait été réservée dans le traité).

    Et comme bouquet final de cette petite chronique, présentons nos félicitations au P. Louis Valour, lieutenant de réserve, pour la Croix de guerre serbe que le Gouvernement de Yougoslavie vient de lui faire parvenir en souvenir de ses campagnes en Orient.


    Kweiyang

    25 février.

    Laffaire du siège de Kweiyang, racontée dans le précédent Bulletin, a eu un petit épilogue assez inattendu. Pendant le siège, Ouang kia lié, redevenu depuis chef de la province, avait levé sur les habitants du faubourg une contribution de la valeur de 15.000 fcs. environ, promettant de les rendre une fois rentré en ville. Et il les a rendus. Que voilà un fait de minime importance et, actuellement pourtant, plus rare, plus inouï dans notre pays de Chine que la prise dune ville ou la conquête dune province !

    La soldatesque, elle, est loin davoir de tels scrupules ; par ces temps de froid elle fait feu de tout bois, bancs, tables, armoires, fenêtres, cloisons, tout lui est bon, peu importe que ce soit chez lhabitant ou dans les bâtiments du gouvernement. Nos résidences de Yao pou et de Houang ko chow ont, en labsence du curé, subi le même sort.

    Et même, en ville de Tong tse, le mandarin civil a poussé le sans-gêne un peu plus loin. Il sagissait dune contribution à lever sur les habitants, et le curé de lendroit, le P. Richard Yang, avait de bon gré versé sa quote-part. Quelques jours plus tard, apprenant quon allait, sans raison plausible, lui demander un second versement, il sesquiva et alla, à deux jours de là, chez son vicaire forain, à Tsen y. Que fit le mandarin ? A défaut du curé, il sadressa au P. Paul Tchen, un vieillard de 78 ans, retiré là, et, comme un vulgaire chef de brigands, se fit indiquer lendroit où se trouvait largent destiné à lentretien de la maison et des uvres, força la serrure et fit main basse sur le tout. Laffaire, portée à Ouang kia lié, semble laisser entrevoir une solution favorable.

    Comme compensation à ces désagréments, nous avons eu, le 15 février, le plaisir de fêter le retour de France de nos trois confrères, les PP. Gros, Grimard et Harostéguy. Partis de Chungking, à la fin de janvier, en chaises à porteurs, ils faisaient les huit étapes jusquà Tong tse sans encombre. Mais pour des hommes habitués, en France, à dévorer lespace, ce voyage à raison de 4 à 5 kil, à lheure noffrait plus dattraits ; aussi en atteignant, à Tong tse, la première station dautobus, ils renvoyèrent chaises et porteurs et montèrent en voiture, laissant leurs bagages suivre comme ils pourraient.

    Ils avaient compté sans lusure des voitures et la boue de la route, et il arriva telle journée où lauto nalla guère plus vite que le char mérovingien, et encore à condition pour les voyageurs nos confrères, malgré leur barbe blanche, tout comme les camarades, de mettre pied à terre et de pousser à la roue. Le soir ils ne purent arriver à létape et durent passer la nuit dans une mauvaise gargote, encaqués tous les trois dans le même lit, sous une couverture qui ne se souvenait guère davoir jamais été propre. Ce qui ne fut pas pour leur diminuer le plaisir de se trouver enfin parmi nous. Pendant cette année de séjour au pays natal ils semblent avoir bu à longs traits à la fontaine de jouvence et ils vont pouvoir remettre à la charrue une main plus nerveuse et plus ferme.

    Autre bonne nouvelle ; nous apprenions, au début de février, par le Courrier de Haiphong dabord et, quelques jours plus tard, par un pli de la Délégation de Pékin, que le P. Larrart est nommé Coadjuteur de Mgr Seguin.


    Lanlong

    15 février.

    Le Ripuaire.
    A moins dimprévu Son Excellence rentrera, à Lanlong dans un ou deux jours, après une heureuse visite pastorale dans tout le Tse hen hien.

    Le P. Séguret souffre encore des jambes, les plaies sont longues à se fermer et la position debout est toujours très pénible.

    Le P. Gao est venu passer quelques jours à Lanlong ; il profite de son voyage pour inviter une troupe de menuisiers afin de terminer les constructions à Lieou Kia ; les travaux sont déjà très avancés.


    Canton

    13 mars.

    Se conformant à des instructions données par la S. C. des Sacrements en juillet 1932, S. E. Monseigneur le Vicaire Apostolique a constitué le Tribunal chargé détudier et de régler les causes matrimoniales.

    La charité exercée par les uvres dAction Catholique, tel est le thème de la Lettre Pastorale de Mgr Fourquet. Cette lettre se termine comme suit : Les membres de lAction Catholique qui dans lannée auront réussi à faire instruire et baptiser cinq adultes auront leur nom inscrit sur un tableau dhonneur qui sera placé dans la salle principale des locaux, de lAction Catholique. Mention sera aussi faite de cette distinction dans les divers périodiques du Vicariat.

    Ceux qui arriveront à en instruire un plus grand nombre, recevront une récompense particulière que le Vicaire Apostolique déterminera pour chaque cas. Mais que tous les membres sachent bien que la meilleure récompense, ils la trouveront dans le bonheur quils ressentiront dans leurs curs après avoir sauvé leurs frères.

    Monseigneur a soin de faire remarquer que, non seulement les personnes qui se livreront directement à proposer par la parole la doctrine catholique à leur prochain et à la lui enseigner, seront membres de lAction Catholique, mais aussi celles qui prieront avec ferveur tous les jours pour le succès de cette uvre, celles qui étant malades, supporteront leurs souffrances en union avec Notre-Seigneur et les lui offriront à cette intention.

    Monseigneur Yeung et le P. Pierrat ont assisté aux fêtes célébrées à Macao en lhonneur du 19ème centenaire de la Passion de Notre-Seigneur. Elles furent splendides. Le 7 mars, au monastère du Carmel, Sur Marie Agnès du Sacré-Cur et Sur Saint Joseph ont émis leurs vux de religion.

    Le besoin de refaire complètement le toit de la cathédrale est devenu urgent. Les plus grosses poutres ont été complètement dévorées par les termites. Monseigneur a invité un architecte qualifié et expert dans ce genre de travaux, à venir se rendre compte de la possibilité de remplacer le bois par le ciment armé. Nous aurons sa réponse dans quelque temps. Ce genre de réparations a déjà été heureusement effectué à la toiture des sacristies. Réussira-t-on aussi bien pour les autres ? Le toit de la sacristie est presque plat et, par conséquent, le travail plus aisé. A la nef principale et à labside, le toit affecte une pente très raide. Pour lors, lexécution du travail devient excessivement difficile.

    Le Père Palafre, du Vicariat de Chungking, souffrant depuis longtemps dune sinusite, a été opéré à lhôpital Paul Doumer, par les soins de Monsieur le Docteur Sanner.

    Le R. P. Meyrat, Provicaire du Vicariat de Kan-chow (Kiang-Si), se rendant en Amérique, nous a fait le plaisir de passer deux journées au milieu de nous. Le récit quil nous a fait des souffrances des missionnaires dans son Vicariat et de la manière dont ils les ont supportées était des plus intéressants et des plus édifiants. Grâce à la présence des armées cantonaises, la région de Kan-chow est maintenant habitable. Le R. P. Meyrat craint que, traqués dans le nord et le sud du Kiang-si, les communistes ne se replient vers lest du Kouang-tong.

    Lexposition des produits locaux de lagriculture et de lindustrie a un grand succès. Le samedi soir et le dimanche les visiteurs sont très nombreux.

    Nous continuons à jouir dune parfaite tranquillité. Le P. Veyrès, si durement éprouvé en 1926 et en 1927 écrit : Ici, tout va bien. Le pays na jamais été aussi tranquille.


    Pakhoi

    15 mars.

    Le lundi 13 mars, profitant dune belle journée ensoleillée et de la grande complaisance dun ami des missionnaires, Mgr Pénicaud quittait Pakhoi en auto, pour se rendre à Fort-Bayard ; son absence sera de quelques jours seulement.

    Son Excellence, en dehors de ses soucis quotidiens, a été sérieusement inquiétée ces derniers temps par létat de santé dun de nos théologiens de Pinang. Les lettres qui nous arrivent du Collège Général, ne sont guère rassurantes et nous avons bien peur que la dernière, arrivée à Pakhoi après le départ de Mgr, suivant de si près des renseignements peu optimistes, ne nous apporte lannonce dun malheur.

    A cette épreuve Si pénible au cur de notre évêque vient sen ajouter une autre. Le couvent des Filles de la Charité, fondé à Lo-Fao, sur les frontières du Tonkin, par le regretté P. Grandpierre, est depuis quelques années en lutte pour conserver un lot de rizières qui lui est disputé par la canaille du pays. Un procès, pénible autant que coûteux, terminé en 1931, avait reconnu le droit de ces saintes filles, mais larrivée dans la sous-préfecture dun nouveau fonctionnaire désireux de se distinguer, fait planer sur leurs têtes de nouvelles menaces. Par ce geste brutal, sil se réalise, le potentat de Pangshing, inscrira une nouvelle victoire sur son peu glorieux drapeau, mais les gens honnêtes marqueront toutes leurs sympathies aux religieuses de Lo-Fao, grandes bienfaitrices de la région.

    La plupart de nos confrères sont en tournée dadministration ; certains, avant dentreprendre ces expéditions apostoliques, dont plusieurs doivent durer des mois, nous ont envoyé le salut des partants ; dautres, pour qui la fin dune tournée marque tout simplement le commencement dune autre, ont gardé le silence, mais nous sommes rassurés car nous savons quau fond de certaine presquîle la moisson bat son plein : Messis quidem multa, operarii autem pauci. Voilà lunique raison de leur silence. A tous, grands moissonneurs, ou simplement persévérants semeurs, nous assurons le secours de nos pauvres prières.

    De Fort-Bayard, nous avons appris avec plaisir que notre vaillant doyen, à peu près remis, avait pu regagner son district. Il lui en coûtait sans doute de passer son carême dans les délices de la Concession et, en bon pasteur quil est, il a généreusement répondu à lappel de ses ouailles. Nous nous inclinons respectueusement devant ses 47 années de Chine, sans retour en France, et de tout cur nous lui souhaitons de rester longtemps encore notre vénéré doyen et notre exemple.

    Le 7 avril, Pakhoi aura son jour de Confirmation. Les enfants de la paroisse, ainsi que quelques retardataires, se préparent à recevoir le sacrement des forts.


    Nanning

    11 mars.

    Le 1er mars, à Nanning, une salle de lecture a été ouverte dans une maison voisine de lévêché. Les clients sont encore rares, mais nous avons bon espoir que les Chinois sérieux viendront, de plus en plus nombreux, lire, non pas seulement les nouvelles des journaux, mais aussi les livres qui seront mis à leur disposition.

    Léglise catholique, maintenant encore, est assez peu connue sous son vrai jour par les classes lettrées. Cest pour essayer de remédier à cela que Mgr Albouy a décidé de mettre à exécution le projet quil caressait depuis longtemps.

    Dimanche dernier, 5 mars, S. Ex. a béni la nouvelle chapelle de Sainte Thérèse de lEnfant-Jésus et la nouvelle résidence, bâties dans le faubourg ouest de la ville. Le lendemain, Mgr consacrait les Stes Huiles extra tempora et, trois jours plus tard, il partait pour Hongkong, où il doit sembarquer le 28 de ce mois pour la France et un voyage ad limina.

    Le P. Maillot, venu à Nanning saluer Mgr avant son départ, est reparti en emmenant avec lui le P. Billaud comme renfort pour les districts de Taipin et Namong.


    Hanoi

    20 février.

    Les jours se suivent et... se ressemblent. Cela fait le désespoir du chroniqueur de Hanoi, qui ne possède, hélas ! ni la plume brillante, ni le talent descriptif de ses collègues du Bulletin. Ainsi son sac sera vide, après trois mois de silence, lorsquil vous aura servi les quelques faits suivants.

    Décembre. Les retraites commencent, elles se termineront fin janvier. Retraites du clergé indigène, des catéchistes, des missionnaires, des maisons religieuses. Rédemptoristes, Dominicains, Sulpiciens, Franciscains en ont partagé les prédications avec nos confrères et les prêtres annamites. Y ont pris part : 24 missionnaires, près de 100 prêtres indigènes, 303 catéchistes, une quarantaine de Frères des Ecoles Chrétiennes, 60 Religieuses françaises de Saint Paul de Chartres, 180 Religieuses, postulantes, juvénistes indigènes de la même congrégation, une vingtaine de Carmélites, 200 Amantes de la Croix. Mgr Gendreau, dont la vigueur et la vaillance continuent à faire ladmiration de tous, a tenu à présider ou clôturer la plupart de ces exercices spirituels.

    A Hanoi, fêtes, souscriptions et tombolas en faveur de nos uvres de jeunesse et de léglise des Martyrs. Le dévouement, la sympathie des Hanoiens demeurent acquis, mais les temps sont durs et les recettes forcément sen ressentent. A signaler, entre autres, un geste généreux de la Société Française dElectricité. Grâce à elle et à son excellent directeur, léglise des Martyrs a été ornée dun magnifique lustre dont chacun admire lélégance et la splendeur ; grâce aussi à Madame Ackein, toujours très dévouée à toutes les uvres de bienfaisance et paroissiales, léglise aura deux belles statues du Sacré-Cur et de sainte Thérèse de lEnfant-Jésus.

    Janvier. Particulièrement froid cette année. Le thermomètre sest tenu longtemps entre 90º et 11º. On la vu, à certains jours, marquer 8º et même 7º. Vous souriez, chers confrères du Japon, de Corée ou de Mandchourie ? Venez-voir un peu les pieds nus, les habits de coton (lorsquils en ont) de nos paysans, leurs pauvres paillotes, voire les presbytères des confrères de la brousse, et vous conviendrez avec nous que la température humide du Tonkin est vraiment pénible en hiver.

    Par un de ces froids matins, celui du jeudi 26, premier jour de lan annamite, nous est arrivé Mgr Chaize. Nous avions rêvé dune réception enthousiaste à laérodrome de Bach-mai, malheureusement lavion qui ramenait de France Mgr le Coadjuteur, lavait déposé le samedi précédent à Saigon, terminus provisoire de la ligne Air-Orient, et au lieu de 7 ou 8 h. de vol, il lui avait fallu 60 h. en chemin de fer et autocar pour franchir les 1.700 kilomètres de la dernière étape. Le Bulletin publiera bientôt les intéressantes notes que Son Excellence a rédigées au cours de son voyage aérien.

    Février. Après le froid, le crachin. Nous y sommes habitués, mais les hôtes de passage le trouvent plutôt maussade. Les Pères Solvignon, de Quinhon, Maunier, de Hué, Sacré, de Pondichéry, pourraient en témoigner. Et aussi les hardis Religieux de Saint Bernard, qui ont passé une semaine dans la capitale tonkinoise et viennent de nous quitter pour leur dure et lointaine destination. Tout le monde ici voulait voir leurs chiens, presque aussi célèbres que leurs maîtres. Mais pas de chiens, il paraît que les prix de transport sont prohibitifs. Dommage, de si bonnes bêtes ! Pas de skys non plus, cest trop encombrant comme chaussure. On en fera sur place. Que Dieu et leurs bons Anges guident et protègent les dévoués Religieux !

    Nos deux Evêques se disposent à quitter Hanoi pour les tournées de Carême. Plusieurs paroisses de Nam-Dinh et de Phu-Ly recevront la visite de Mgr Gendreau ; Mgr Chaize donnera la mission aux paroisses de louest où militent les PP. Hébrard, Marty, Fourneuve, Ngan, Giraud. Plusieurs groupes de catéchumènes annamites et surtout montagnards y recevront le baptême. Le P. Bourgeaux, désireux de présenter la plus grosse gerbe, a demandé quelques mois de répit.

    Dans Hanoi on travaille aussi. Sans parler du Père Dronet et de ses collaborateurs toujours sur la brèche, le séminaire de Saint-Sulpice et la maison Lacordaire achèvent leurs aménagements intérieurs. Cinq Dominicains, les RR. PP. Prisset, Aubert, Crozier, Masson, Taillandier sont à pied duvre. MM. Paliard, Uzureau, Raison, de Saint-Sulpice, compléteront au fur et à mesure des besoins, leur corps professoral. Les deux établissements ouvriront en septembre prochain.


    Hunghoa

    9 mars.

    Toujours le même temps ! Depuis le début de janvier, à peine avons-nous vu, une fois ou deux, le soleil ; petite pluie continuelle, humidité excessive, obscurité, voilà de quoi exercer la patience ! sans parler des chemins et des routes, plus ou moins défoncés ! De mémoire dhomme, on navait vu ce temps de crachin durer si longtemps, et dune façon si continue. Joignez à cela que beaucoup dAnnamites sont fatigués ; les cas de grippe sont fréquents ; certaines chrétientés ont été particulièrement éprouvées : ainsi, un de nos prêtres a perdu, en moins dun mois, 17 de ses chrétiens ; le Père Cornille, dans le même temps, en a perdu 12, quelques-uns emportés très rapidement, après quatre ou cinq heures de maladie.

    Grâce à Dieu, les confrères se portent bien ; seul, le P. Millot a été pris de la grippe, mais les bons soins du P. Massard et des bonnes Surs de Sơn-Tây lont vite remis sur pied. Du reste, ce nest pas le moment, durant le Carême, dêtre malade ! le travail ne manque nulle part, et la visite des chrétientés se poursuit partout activement. Tandis que Mgr Ramond, accompagné du P. Mazé, fait la visite pastorale dans les paroisses de Đức-Phong, Hiền-Quan, Hà-Thạch, voisines de Hunghoa, le P. Hue, Provicaire, le remplace, pour la visite et ladministration du Sacrement de Confirmation, dans les paroisses plus éloignées de Chiều-Ứng, Phi-Đình et Yên-Bài. Les Pères Chabert et Massard, dans la province de Sơn-Tây, ne chôment pas non plus, et, au cours de leur tournée, voient avec plaisir se multiplier les demandes de conversion.

    Le P. Pichaud qui, malade, navait pu venir à la retraite, est maintenant rétabli ; une dizaine de jours, passés à Hunghoa dans le silence et le recueillement, lui ont rendu santé et vigueur, autant. quil peut le désirer, à son âge De son côté, le P. Gauja, sur son mamelon de Tuyên-Quang, veille, avec soin, à ne pas réveiller son catarrhe ; par ce temps humide, il fait bien de prendre des précautions, sujet quil est aux bronchites et autres affections de même genre.

    Une chrétienté voisine de Hunghoa, Phú-Lao, vient dêtre particulièrement éprouvée ; dans la nuit du 3 au 4 mars, un incendie a détruit complètement la sacristie de léglise, et tout ce quelle renfermait : ornements, bannières, chandeliers, vases sacrés, etc., tout a été la proie des flammes ; limprudence dun enfant de chur, qui, après le Salut du 1er Vendredi du mois, navait pas éteint lencensoir, a été la cause de ce sinistre. Heureusement, le mur qui sépare la sacristie du sanctuaire a tenu bon, et leffondrement du toit a empêché le feu de se propager dans le reste de léglise. La générosité des chrétiens de ce village avait permis à leur pasteur de pourvoir à lornementation de leur église, et lan dernier, ils avaient acheté ou fait confectionner de nombreux drapeaux, oriflammes et bannières, pour la procession de la Fête-Dieu, quils espéraient faire très solennellement, cette année; de tout cela, également, il ne reste rien ! Dure épreuve, surtout par ce temps de crise monétaire !

    A propos de monnaie, on pourrait dire que les Annamites, à lheure actuelle, nont pour ainsi dire pas dargent, et que la nouvelle pièce de monnaie, récemment émise, est loin davoir leur faveur. Cette piastre ne pèse que 20 gr., alors que lancienne en pesait 27 ; en outre, vu le peu de temps qui a été accordé pour le change, beaucoup de gens nont pu se débarrasser complètement des anciennes pièces ; de là, perte sèche, pour les paysans : sils veulent changer, ils doivent souvent céder, pour 60 cents, et quelquefois moins, ce qui en vaut 100. De là, aussi, pour les agioteurs, multiples occasions de réaliser de jolis bénéfices !

    Avec cela, il y a une autre chose, qui nuit à la circulation de cette monnaie, la facilité de reproduction du dessin ; de ce fait, de nombreuses pièces fausses circulent un peu partout, et chacun préfère les billets de banque à cette monnaie dargent. On ne peut tout de même pas avoir toujours une loupe à la main, pour examiner, lune après lautre, toutes les piastres quon vous donne, et voir si tel trait ou telle lettre sont bien conformes au vrai modèle ! Comment espérer que cette monnaie prenne et devienne courante, en ces conditions ? cest bien aléatoire ; pas plus que les habitants des villes, les paysans ne veulent être roulés !


    Thanh-Hoa

    février.

    Carmel de Thanh-Hoa.
    Le 8 janvier, fête de la Ste Famille, S. E. Mgr De Cooman a béni, à Thanh-Hoa, la première pierre de la chapelle du Carmel.

    Les principales personnalités de la ville, françaises et annamites, assistèrent à la cérémonie. Monsieur Dupuy, Inspecteur des Affaires Politiques, Résident de France à Thanh-Hoa et Son Excellence Tôn-Thât-Quang, Tông-dôc (gouverneur) de la Province, signèrent le parchemin scellé dans la pierre. Les chants, exécutés par la petite chorale de la paroisse, sous la direction du P. Pourchet, suscitèrent ladmiration de tous les assistants.

    Le cur de tout Carmel, cest la Chapelle. Jusquici cest une toute petite chambre sans plafond où lon gèle en hiver et grille en été, qui en tient lieu à Thanh-Hoa. Cest presque létable de Béthléem. Voilà pourquoi, malgré la crise, ces bonnes religieuses se sont mises à luvre et, sans ressources, prétendent construire une chapelle qui doit coûter dans les dix mille piastres. Il faut, pour se lancer dans une entreprise pareille, une foi à transporter les montagnes. Les Carmélites de Thanh-Hoa nen manquent pas. (Les Pages Catholiques).

    En voici une preuve. Le 5 février avait lieu le tirage dune loterie au profit de lécole paroissiale, construite par le P. Pourchet et inaugurée ce jour-là. Le premier lot valait 400 piastres (4000 fr). Ce fut le Carmel qui en fut lheureux gagnant, à son insu !

    Dix jours avant, une personne remettait au P. Poncet, leur Supérieur, cinq billets de loterie en ajoutant : Cest pour le Carmel. Le gros lot est là-dedans. Le soir du tirage, avant de se coucher, le P. Poncet, par hasard, tire les cinq billets de son tiroir. Quelle ne fut pas sa surprise en y trouvant, bien authentique, layant-droit aux 400 piastres !

    La T. R. Mère Prieure en apprenant cette bonne nouvelle, le lendemain matin, se contenta de dire avec calme : Sainte Petite Thérèse vraiment a bien su faire ses affaires ; on voit quelle est contente davoir sa Chapelle et beaucoup plus contente encore de voir, par là., triompher la confiance en Dieu.

    Le théâtre chrétien à Phatdiem.
    Il y a six mois seulement, les Frères des Ecoles Chrétiennes prenaient la direction des écoles paroissiales de Phatdiem et, déjà, ils ont conquis lestime des habitants non moins que la confiance des enfants. Le nombre des élèves augmente sans cesse. Ceux qui font lécole buissonnière sont rares. Les enfants de Phatdiem ! on en fait ce quon veut, aime à répéter le Frère Directeur.

    A loccasion du jour de lan annamite, les Chers Frères ont donné, plusieurs jours de suite, des représentations théâtrales. Les enfants-acteurs, bien habillés et habilement maquillés, étaient mignons! Linterprétation des rôles fut, en général, fort bien conduite.

    Excellents petits acteurs. Il en est de toutes sortes : des timides, des audacieux, des espiègles, des soprani à la voix dange, des enroués comme des coqs qui muent.

    Ce fut une grande joie, pour les parents, de voir leurs enfants, quils navaient jamais vus si beaux, venir personnifier, dans un cadre approprié et pittoresque, le dévouement, la reconnaissance, la piété filiale, lamour et la confiance envers Jésus et Marie.

    Les petits drames furent, en effet, exclusivement religieux. Sujets à thèse, dans lesquels les faits historiques, comme dans nos chefs-duvre, nont dautre but que de rendre sensible une idée ou, plutôt, un idéal. Peut-être y avait-il là une difficulté pour les spectateurs qui ignorent encore tout des procédés de lart dramatique religieux avec lesquels tant de chefs-duvre français nous ont familiarisés : la légende risquait dêtre confondue avec les récits évangéliques. Mais léducation artistique, comme toute éducation, a ses débuts difficiles. Les Chers Frères, éducateurs-spécialistes, ne lignorent point, eux, qui passent toute leur vie, et avec quel succès ! à vaincre toutes ces difficultés.

    Ces représentations ont été un grand succès. la salle fut comble chaque fois et sont un nouveau témoignage de lintérêt croissant que la population porte aux uvres des Chers Frères, ainsi quaux choses et aux idées de la Religion catholique.


    Saigon

    février.

    Monseigneur Tong.
    La mission de Saigon vient dêtre grandement honorée par lélévation à lépiscopat du R. P. J. Bte Tong, choisi par le Saint-Siège comme Coadjuteur, avec future succession, de S. E. Monseigneur Marcou, Vicaire Apostolique de Phatdiem. Ce nest pas sans regret quelle perd, de ce fait, un de ses meilleurs prêtres annamites, mais le bien général prime le bien particulier, surtout quand il sagit dun des premiers buts de notre Société, qui est la formation du clergé indigène.

    Mgr J. Bte Tong nest pas un inconnu pour les lecteurs du Bulletin, où on a parlé de lui à plusieurs reprises, mais il ne leur déplaira pas de le connaître davantage.

    Fils de vieux chrétien, J. Bte Tong est né à Gò-công, le 7 août 1868. Son père avait fait ses études latines au Collège Général de Pinang et, à son retour en Cochinchine, avait travaillé plusieurs années pour la mission comme catéchiste ; ne se sentant pas appelé à létat ecclésiastique, il était devenu ensuite, grâce à sa connaissance du latin, interprète de lAdministration et avait été envoyé, à ce titre, à linspection de Gò-công, puis à Travinh où Jean-Baptiste commença ses études. Il les continua, en 1878, chez les Frères des Ecoles Chrétiennes, qui avaient une école à Mytho. Il y fit sa première communion et y reçut la confirmation.

    En 1880, les bourses dont jouissaient les élèves des Frères ayant été supprimées et lécole de Mytho fermée, Jean-Baptiste alla à Saigon, au Collège dAdran dirigé par les Frères, il y resta jusquau moment où les Frères quittèrent la Colonie, à la fin de décembre 1882. Il connut à dAdran le Père Dépierre, professeur au séminaire et aumônier du Collège, dont il devint le servant de messe. Bien quil fût fils unique, son père lui permit dentrer au séminaire au commencement de lannée 1883. Le P. Tong eut lavantage davoir comme Supérieur, durant tout le temps de son séminaire, le P. Thiriet, de savante et pieuse mémoire. Il fit de brillantes études de latin, et entra en 1887 au grand séminaire. Il fut envoyé deux fois en probation comme catéchiste dans les chrétientés et remplit loffice de maître détude et de professeur au petit séminaire de Saigon.

    Le 19 septembre 1896, le P. Tong fut ordonné prêtre par Mgr Dépierre qui avait été son Père spirituel au Collège dAdran et pendant tout son séminaire. Le prélat qui lappréciait beaucoup, le nomma aussitôt après son ordination, secrétaire de lEvêché de Saigon. Le P. Tong remplit cette charge à la satisfaction de tous pendant plus de 20 ans.

    En 1917, à cause de létat de santé du Père, Mgr Mossard dut se résigner à se séparer de son secrétaire ; le 2 avril 1917, il le nomma chef du district de Baria, poste qui jusque-là, avait toujours été tenu par un missionnaire français. En septembre 1926, Mgr Dumortier lui confia la paroisse de Tândịnh qui comprend une grande partie de la ville de Saigon, avec 4.000 chrétiens. Là, le P. J. B. Tong montra que le zèle de la maison du Seigneur le dévorait tant pour les âmes que pour la gloire extérieure de la Maison de Dieu. Toutes les uvres y sont très florissantes, et léglise de Tândịnh senorgueillit depuis deux ans dun magnifique clocher, haut de 50 mètres.

    Cest là quest venu le chercher le choix du Saint-Siège, choix qui a reçu lapprobation unanime, mais nempêche pas le chagrin que cause la pensée de son prochain départ, à ses chrétiens et à ses confrères français et annamites de la mission de Saigon.

    Une belle fête.
    La Société des M.-E., ne devant former, daprès les termes mêmes de son règlement, quune immense famille, il me semble quaucune des joies ressenties par quelques-uns de ses membres ne doit passer inaperçue pour les autres. Une décoration épinglée sur la poitrine dun de nos missionnaires par le représentant de la France, étant à coup sûr une de ces joies que nous devons faire nôtres, on me permettra de dire brièvement comment se déroula la fête du 28 février.

    Le P. Boismery, qui en fut le héros, sidentifie maintenant, pour tous ceux qui le connaissent, à cette Maison des Catéchistes de Cochinchine dont il a été lâme depuis 16 ans. Limportance de son uvre, éminemment catholique et française, na pu échapper à ladministration, et cest bien ladmiration profonde que celle-ci lui témoigne, qui sest traduite, lautre jour, par la remise dune décoration au prêtre, qui dans son humilité elle-même, la personnifie si parfaitement !

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    28 février 1933 ! On a peine à reconnaître le tranquille village de Hưng Long, sur lequel est bâtie la nhà dòng. Tout le monde se presse, attendant avec impatience la venue de lAdministrateur de la Province de Vinh Long. Il est exactement 9 heures quand celui-ci arrive. Après les salutations dusage, le voici qui se dirige, par une route jalonnée darcs de triomphe, vers u,ne vaste estrade où doit saccomplir la cérémonie officielle. Il y a là S. E. Mgr lEvêque de Saigon, plusieurs missionnaires, des prêtres indigènes et de nombreux notables des environs.

    Alors les discours commencent. A Monsieur Michel Mỹ revient lhonneur douvrir le feu et il sacquitte bien de sa tâche. Monsieur Michel Mỹ est le délégué administratif de Chớlách. Dun loyalisme à toute épreuve envers notre pays, il est de plus un chrétien convaincu, plein de zèle pour lexpansion de la religion. Aussi, les paroles quil prononce, sont-elles bien celles que tous attendent de lui ! Quil me soit permis den transcrire ici quelques-unes car on y verra comment un homme de lExtrême-Orient sait ne pas rester insensible à luvre magnifique des évangélisateurs de son pays.

    On ne se fait pas, dit M. My, une idée exacte des mérites des Pères de la Société des M.-E., ou plutôt, on ny pense pas très souvent. Et pourtant, quels titres nombreux ne se sont-ils pas acquis à la reconnaissance publique ! Sexpatrier, parfois pour ne plus revoir son village natal ; abandonner sa famille en pleine jeunesse ; se vouer entièrement à léducation des hommes dune autre race que la sienne ; vivre de la vie des indigènes, sous les climats les plus meurtriers ; sexposer, sans autre aspiration que celle de ramener des âmes à Dieu et de gagner des curs à la France, nest-ce pas simplement admirable ?

    Cet éloge général à ladresse des missionnaires, il ny a plus quà le voir pleinement justifié par la vie dun des leurs, le P. Boismery, qui totalise ses 35 ans de colonie. Monsieur Michel My la compris. Et cest pourquoi, en termes délicats et aussi respectueux que possible des sentiments dhumilité qui animent le bon Père, M. le délégué administratif nous dit les mérites du P. Boismery et nous brosse un tableau rapide de sa vie. Né dans cette Bretagne des hommes au cur dor et à la tête de fer, dont les enfants, marins, soldats, missionnaires ou Frères de la doctrine chrétienne, sen vont nombreux, sous tous les climats, porter haut et droit le drapeau de la France, le R. P. Boismery a une vie qui se résume en un mot : dévouement. Ce furent lénergie peu commune et la profonde piété de cet homme, depuis longtemps miné par la maladie, qui lui permirent délever là plusieurs bâtiments, dont le dernier est à peine achevé, à un prix défiant toute concurrence, qui lui permirent surtout, de former des âmes, de vraies âmes dapôtres, prêtes à tous les sacrifices pour la cause divine de lEglise.

    A son tour, Monsieur Petit, Administrateur de la Province de Vinh Long, se lève et prononce un beau discours dans lequel, ne pouvant tout citer, je me contenterai de relever quelques lignes plus significatives. Sadressant au P. Boismery, il lui dit sa joie de saluer en lui le symbole vivant de ces vaillants missionnaires, bien racés dans la tradition des forces morales et des saines cultures de lesprit. Nous connaissons, en effet, tout le prix de votre apostolat, de cette tâche que poursuivent, par delà les frontières, dans la paix des curs, vos collègues des M.-E., pour le plus pur rayonnement de la France civilisatrice. Comme eux pèlerin de votre foi et de la paix vous allez, enseignant les dogmes de charité humaine, répandant la bonne parole pour élever les âmes à la pure lumière. Constructeur de sanctuaires et de cités, vous calmez les souffrances et soulagez les misères, apportant dans les foyers joie et bonheur. Partout, vous savez faire aimer la France ! Cette reconnaissance officielle de luvre missionnaire valait bien la peine quon la citât.

    Après la traduction de ces mêmes discours en annamite, tout à coup, une brève sonnerie de clairon retentit ; Monsieur lAdministrateur épingle la Croix de chevalier du Dragon de lAnnam sur la poitrine du P. Boismery, aux applaudissements de lassistance. Et cest à ce moment, quun jeune catéchiste savance, au nom de ses frères. Dune voix remarquablement claire, il prononce un compliment très bien tourné où il dit à tous un profond merci, où il renouvelle à ladresse de son cher Supérieur lexpression de ses sentiments filiaux. Pour le cher Père, ces quelques mots dun de ses élèves, cest plus quil nen faut pour lémouvoir jusquaux larmes ! Les paroles des enfants nont-elles pas toujours cet accent particulier qui sait aller tout droit au cur des parents ! Cest pourquoi le P. Boismery ne peut, comme il le voudrait, témoigner à chacun sa reconnaissance : les mots, à lexception de merci, expirent sur sa bouche.

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    Lorsquon se retrouva, deux heures après, ce fut pour prendre en commun un repas quon pourrait appeler de famille, tant il était empreint de simplicité et de joie. LAdministrateur de Vinh Long et S. E. Mgr Dumortier portèrent successivement la santé du nouveau décoré, puis tout le monde se sépara, emportant dans son cur le souvenir dune fête parfaitement réussie.


    Hué

    10 février.

    Retraite des Missionnaires. Les missionnaires ont fait leur retraite annuelle au grand séminaire, du 11 au 17 janvier. Le prédicateur fut le R. P. Dionne, Vice-Provincial des Rédemptoristes. Comme il nous lavait promis à son sermon douverture, il nous a dit la vérité sans fard, avec une grande charité et une touchante simplicité. Limpression sur les esprits et sur les curs a été profonde ; aussi est-ce bien sincèrement que le dernier jour S. E. Mgr Chabanon la remercié, au nom de tous les confrères, du grand bien quil nous avait fait. Outre Mgr Allys, notre vénérable aveugle, six confrères manquaient à notre pieuse réunion, cinq pour raison de maladie ; les Pères Lemasle et Dancette en France, le P. Maunier à Hongkong, les Pères Lavabre et Laurence dans la mission ; et le P. Chapuis, parti à Saigon, avec les Pères Cấn, Trang et Định, pour assister, le 19 janvier, au service funèbre anniversaire de Mme Denis Lê phát An, bienfaitrice insigne de la mission.

    Hommage à Monseigneur Allys. Après le Te Deum de clôture de la retraite, les missionnaires, auxquels sétaient joints les prêtres indigènes des environs, se sont rendus, à la suite de Mgr Chabanon, chez le vénéré Mgr Allys et lui ont offert une belle croix dOfficier de la Légion dHonneur. Elle est, dit S. E. Mgr Chabanon, la matière première du baptême qui se fera un peu plus. tard, quand la Grande Chancellerie aura envoyé les pouvoirs nécessaires. La mission est heureuse et fière de lhonneur qua reçu celui qui fut son Pasteur pendant près dun quart de siècle ; cette modeste croix est le témoignage de notre joie et de notre reconnaissance. Mgr Allys, tout en nous remerciant de la délicate pensée qui nous avait inspiré cette démarche, repousse tout honneur personnel ; ma vie, ajoute-t-il, se résume désormais dans la prière et le culte de lEucharistie. Je vous exhorte, comme conclusion de votre retraite, à user, vous aussi, largement de ces deux puissants moyens de sanctification.

    Visiteurs. S. E. Mgr Jannin, évêque élu de la nouvelle mission de Kontum, et les Pères Raballand et Fuma, de Phnompenh, sont venus passer quelques jours au monastère de Phước-sơn dans le recueillement de la retraite. Nous avons eu le plaisir de les posséder quelques heures à leur passage à Hué.

    Visite de deux croiseurs français. Deux croiseurs français sont venus, à quelques jours dintervalle, mouiller dans les eaux de Tourane : lun, le Primauguet, battant pavillon de lamiral Berthelot, commandant les forces navales françaises en Extrême-Orient ; lautre, le croiseur-école Jeanne dArc, faisant une croisière autour du monde. Les officiers de létat-major de ces deux navires ainsi que les élèves-officiers sont venus à Hué, où de brillantes réceptions ont été données en leur honneur tant à la Résidence Supérieure quau Palais royal. Par réciprocité, des réceptions ont eu lieu aussi à bord des deux croiseurs : les autorités et un grand nombre dautres personnes y furent invitées. Le roi Bảo-Đại sest rendu deux fois à Tourane pour répondre dabord à linvitation de lAmiral et ensuite à linvitation du Capitaine de vaisseau Commandant du Jeanne dArc.

    A Hué, lamiral Berthelot a rendu visite aux trois Excellences ecclésiastiques : Mgr le Délégué Apostolique, Mgr le Vicaire Apostolique et Mgr Allys. Le Commandant du Jeanne dArc a également rendu visite à Mgr le Vicaire Apostolique (Mgr le Délégué était absent). Le P. Flachère, M.-E., aumônier du Primauguet, na pu quitter son bord, mais laumônier du Jeanne dArc, le R. P. Fraisse, O. P., est venu à Hué, où il a été lhôte de la mission pendant deux jours. Le R. P. Fraisse est un ancien Tonkinois : il a été pendant cinq ou six ans curé de Haiphong, il y a quelque vingt-cinq ans, puis il sest occupé de la fondation de la mission dominicaine de Làng-Sơn, au Tonkin.

    Les officiers et les élèves-officiers des deux croiseurs se sont montrés, comme il est de tradition dans la Marine, parfaits de distinction et damabilité. Etant venus visiter Hué par groupes, une soixantaine délèves-officiers du Jeanne dArc et quelques officiers de létat-major sy sont trouvés le dimanche 5 février. Nous avons été heureux de constater que ces Messieurs savent très bien allier le plaisir au devoir. Aux messes matinales assistaient des officiers, le Commandant du croiseur à leur tête, et sept ou huit ont fait la sainte communion. Ces messes matinales nétant pas commodes pour le plus grand nombre des élèves-officiers, le groupe a délégué lun dentre eux auprès du Père curé de la paroisse française pour le prier de vouloir bien leur procurer une messe à 11 heures. Ce qui fut accordé très volontiers. Une quarantaine assistèrent à cette messe, sans compter ceux qui avaient accompli leur devoir dominical ailleurs dans les différentes églises et chapelles de Hué. Ce sont là de bons et beaux exemples, qui ont profondément édifié la population de Hué.

    7 mars.

    Conférence sur le Chant Grégorien. Le dimanche, 19 février, le R. P. Gignac, C. ss. R., diplômé en Grégorien de lUniversité dOttawa, a donné chez les RR. PP. Rédemptoristes deux conférences sur le Chant Grégorien, lune destinée au grand public, et lautre spécialement adaptée aux prêtres, aux séminaristes, aux étudiants des écoles catholiques. Cette dernière, présidée par S. E. Mgr le Vicaire Apostolique, a non seulement, comme la première, obtenu un succès complet, mais encore elle a été pour les auditeurs un vrai enchantement.

    Lorateur nous a montré dans les diverses parties de la messe chantée (Introït, Kyrie, Graduel, etc.) comment le chant grégorien exprime admirablement le sens des péripéties de ce quil appelle avec raison le drame eucharistique, avec son exposition, son intrigue, son dénouement, ainsi que les divers sentiments contenus dans les paroles (joie, douleur, pénitence, etc.).

    A la théorie clairement exposée le savant conférencier joignit des exemples typiques en faisant exécuter quelques morceaux par la chorale des Pères Rédemptoristes. A lissue de la réunion le R. P. Gignac fut chaudement félicité tant par Son Excellence que par les autres auditeurs, de nous avoir fait comprendre le sens et appris à goûter les beautés dune messe chantée en grégorien ; nous pourrons ainsi y assister avec plus dattention et de piété.

    Départs et arrivées. Vers la mi-février le P. Lavabre, guéri de sa phlébite, a quitté lhôpital après un séjour dune quarantaine de jours. Il est retourné aussitôt dans son poste, dont il avait la nostalgie.

    Le P. Maunier nous est revenu après un séjour de huit mois à la Maison de Béthanie, à Hongkong. Le repos et les bons soins du P. Marie lui ont fait grand bien. Ce nest pas la guérison complète (elle semble malheureusement impossible), mais cest une sérieuse amélioration, qui a permis à notre confrère de reprendre son ministère de charité à létablissement de la Ste Enfance, où se trouvent réunis un orphelinat, une crèche, un petit hospice et un ouvroir.

    Le P. Solvignon, de la mission de Quinhon, revenant de Hongkong avec le P. Maunier, a passé quelques jours dans la mission, à Hué et chez divers confrères, vieux et fidèles amis.

    Le 2 mars, le R. P. André Durand O. F. M., Secrétaire de S. E. Mgr le Délégué Apostolique, a quitté Hué se rendant à Tourane où il sest embarqué le lendemain pour rentrer en France, sa santé étant depuis plusieurs mois gravement altérée. Pendant les quatre années de son séjour en Indochine, le R. P. André a rempli ses délicates fonctions avec une parfaite distinction jointe à une aimable simplicité. Il sest ainsi acquis lestime et la sympathie non seulement des missionnaires qui le traitaient comme lun des leurs, mais encore de la population européenne, à qui il a fait du bien à plusieurs reprises par de substantielles et éloquentes prédications. Aussi tout le monde la-t-il vu partir avec regret et forme-t-il le souhait dun parfait rétablissement de sa santé pour quil puisse, suivant son désir, revenir un jour en Indochine comme membre du monastère franciscain de Vinh. Le successeur du R. P. André au secrétariat de la Délégation Apostolique est le R. P. Bertin Bresson, O. F. M., auquel nous renouvelons nos meilleurs compliments de bienvenue.

    Le R. P. Léonard, franciscain de Vinh, a été notre hôte une dizaine de jours, pendant la retraite quil a prêchée aux carmélites.

    Le 5 mars, nous avons été heureux de voir arriver le P. Lemasle, après une absence dune vingtaine de mois. Notre cher Père Provicaire a subi en France deux opérations chirurgicales, dont lune très grave et dangereuse. La bonne Providence la vraiment protégé, car il nous est revenu florissant de santé. Il a utilement occupé le temps de sa convalescence, à travailler pour la mission, tout en faisant dagréables voyages et un long et doux séjour au pays natal auprès de sa vénérable mère presque octogénaire. Le P. Dancette, dont la santé est maintenant très satisfaisante, désirait vivement sembarquer avec le P. Lemasle : sur les conseils du médecin il prolonge de quelques mois son séjour en France.

    Son Exc. Mgr Chabanon est parti le 6 mars, pour une tournée de confirmations dun mois environ, dans la province de Quảng-trị. Ladministration quadragésimale des chrétientés coïncidant avec les confirmations, la besogne de notre évêque ne sera pas légère, car Son Excellence na pas lhabitude de regarder simplement travailler les autres.

    Le P. Reyne a obtenu lautorisation de rentrer en France pour un congé régulier. Il compte partir vers le milieu de ce mois.

    Nominations. Le P. Lemasle, provicaire, est nommé Directeur du nouveau collège secondaire libre de Hué, dont la construction, sans être terminée encore, est pourtant bien avancée. Le P. Darbon est nommé, en remplacement du P. Lemasle, curé de la paroisse française de Hué, charge quil a déjà remplie par intérim pendant tout le séjour en France du titulaire.


    Kontum

    28 février.

    Visite de Sa Majesté Bao-Dai à Kontum.
    A la mi-janvier, quand, à Kontum, on apprit officiellement que la ville allait être honorée de la visite royale de Sa Majesté, ce fut du ravissement et un beau remue-ménage ! Les habitants, avec empressement et joie, firent ce quils purent, sur les indications des Autorités, afin de parer de leur mieux leur bonne ville.

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    Le cortège royal, en lespèce une douzaine de luxueuses conduites intérieures, sébranle de Quinhon à laube du mercredi, 15 février ; il sélance droit vers les montagnes de la chaîne annamitique, là-bas à 80 kilomètres, au soleil couchant, il traverse en vitesse ces immenses plaines de rizières du Tâm thuôc, grimpe alertement les 500 mètres vers le ciel du col dAn khe dabord, puis 30 kilomètres plus loin, les 400 mètres de celui de Mang iang, et refile de telle sorte quavant 11 heures, il arrivait à Pleiku, Résidence de la nouvelle Province quon vient de créer sur les plateaux jôrais. Ce petit centre fit à lempereur une très convenable réception.

    Dans laprès-midi, les salutations officielles sous un pavillon improvisé et bien orné, puis la remise par Sa Majesté Elle-même des décorations, entre autres, du Dragon dAnnam, au P. Corompt, le brave avant-coureur des planteurs sur ces plateaux jôrais, et celle du Kimtiên, au P. Phan, celui qui depuis 18 ans est le pionnier de lexpansion annamite.
    Il est presque nuit quand le convoi prend la route de Kontum à une cinquantaine de kilomètres de là.

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    Recevoir un empereur, ce nest pas un événement ordinaire, surtout à Kontum. Cest bien la toute première fois quun roi dAnnam ose affronter les pays moys.

    La ville, si coquette avec ses toitures en tuiles, ses jardins, ses ombrages, avait pris ses plus beaux atours. De 10 mètres en 10 mètres les drapeaux et bannières aux couleurs dAnnam succèdent aux drapeaux tricolores de la France ; des arcs de triomphe dun goût exquis se dressent à toutes les avenues ; les lanternes annamites en papier multicolore brillent partout dans la nuit le long des rues ; les cloches des paroisses disent aussi leur joie à leur façon.

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    Ce nest que le lendemain matin que lEmpereur reçoit les hommages de toute la population. Dès le matin, à lheure fixée, tous étaient sur pied. Sur la large avenue entre la Résidence et la Préfecture annamite, salignent les représentants de la force publique, puis, en longues files, tous les enfants des écoles tant officielles que de celles de la mission, ayant tous en main de petits drapeaux.

    Après les présentations officielles, Sa Majesté, ayant apporté un certain nombre de décorations, tient à les épingler elle-même sur la poitrine des récipiendaires, entre autres, celle du Kim-khanh en or, de 1ère classe, à Mgr Jannin.

    Sa Majesté veut faire à la mission catholique le grand honneur dune visite solennelle. Aussi, à 10 heures, arrive au collège Cuenot la longue file des autos du cortège royal.

    De chaque côté de la grande allée se presse une partie de la population de la ville, celle-ci étant catholique en majeure partie : plusieurs orchestres de gongs bahnars jouent leurs airs les plus joyeux. Mgr Jannin et les Pères de la mission reçoivent leurs nobles hôtes sous larc de triomphe où lon peut lire en grosses lettres : Vive Sa Majesté ! Un chant de vivat sort dun chur de plus de 100 chanteurs bahnars.

    La réception solennelle se fait à la salle détude du collège. Les élèves enlèvent avec un brio spécial une cantate composée en bahnar pour la circonstance. Ensuite, Mgr Jannin se lève et prononce lallocution de bienvenue.

    Après avoir offert à Sa Majesté lhommage de reconnaissance et de respect de tous, prêtres et fidèles, et brièvement fait lhistorique de la mission, Monseigneur termine son allocution par ces mots : Sire, avant de finir, que Votre Majesté me permette encore daffirmer devant Elle, que tous ses sujets catholiques en ces pays moys, pour lui prouver leur fidèle attachement, leur profond respect et leur immense gratitude, continueront à demander au Grand Roi du Ciel et de la terre, de Lui accorder ce quElle-même a dit désirer, et ce que nous tous, nous désirons ardemment comme vous, à savoir que votre règne soit marqué du signe de la paix, de lordre et de la prospérité !

    Sa Majesté écoute cette allocution avec une attention spéciale ; puis, celle-ci terminée, Sa Majesté se lève, descend du trône, serre la main à Mgr et le remercie avec émotion. A ce moment, un petit élève bahnar monte sur lestrade, et à genoux, il offre au roi un joli plateau fleuri, sur lequel est le livre si connu du P. Dourisboure, Les Sauvages Bahnars, relié magnifiquement, les plats en soie royale et dédicace en caractères dargent.


    En quittant le collège, le cortège royal, passant devant la grotte de Lourdes nouvellement érigée par le P. Louison, et brillamment illuminée, commence le tour de la ville.

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    Dans la contrée, à 40 kilomètres de Kontum, est une magnifique curiosité naturelle, les chutes du Ia Ly, cascade de toute la rivière de 42 mètres de haut, site pittoresque au possible.

    Laprès-midi, quoique bien chaude pour la saison, est consacrée à cette intéressante excursion. Au retour, à la tombée de la nuit, commence la grande fête moye. Cest Sa Majesté elle-même qui allume le bûcher du grand feu de joie, autour duquel se déroulera cette fête moye. Comme tous les bonheurs en ce bas monde, cette fête finit aussi bien vite.

    Et le lendemain matin, lEmpereur et toute sa suite quittent Kontum pour aller déjeuner à Ban-me-thuôt.

    Que Marie, Reine de lAnnam, protège lEmpereur !


    Malacca

    28 février.

    Le 1er de lan chinois semble, cette année, avoir été fêté avec moins dentrain quà lordinaire. Les pétarades qui jadis saluaient sa venue ne font plus, hélas ! partie du programme. Quil est loin, ce beau temps ! Peut-être ne revivra-t-il jamais. Cétait lâge dor : létain, le caoutchouc, la noix darec, le copra trouvaient alors acheteurs à Londres, à New-York, à Marseille ; au fond de toutes les poches, les piastres chantaient gaîment, et de cette chanson personne ne prévoyait le dernier couplet. Las ! la bise est venue, Dame Cigale na plus le cur à taper sur son tambourin. Finis les Tu-tu, Pan-pan! On ne fait plus que maigre chère et peu de bruit.

    Le dimanche, 12 février, sest déroulée dans le kampong (enclos) de léglise Indienne à Singapore, une magnifique cérémonie, qui se répète dailleurs avec régularité chaque année. Cest une chose, souligne avec une fierté très justifiée le Père Burghoffer, depuis bientôt 35 ans curé de la paroisse de N.-D. de Lourdes, une chose qui ne se voit dans aucune autre église de Singapore. De fait, quand on a vu la procession annuelle qui clôture la neuvaine à la Vierge de Massabielle dans son fief indien de Singapore, il saute aux yeux que les autres curés de la ville nont plus quà baisser pavillon. Et ils le font.

    Cette année, le temps demeurant, sans broncher, au beau fixe, la neuvaine fut des mieux suivies : belle assistance à la grandmesse et à la Bénédiction quotidiennes. Le dernier jour fut celui de lapothéose de la Bonne Mère et aussi, bien un peu, du cher Père Burghoffer.

    La cérémonie était fixée à 19 h. ½ . Dès 16 h. des femmes chinoises sûrement des Cantonnaises accouraient pour retenir leurs places. A 18 h. le kampong avait revêtu laspect dune fourmilière quun coup de pioche eût mise en ébullition et cétait à se demander comment, au milieu de tout ce grouillement, la procession se pourrait frayer un passage. Dieu merci, Indiens et Chinois sont doués dune compressibilité telle quelle na dégale dans les fastes de lHistoire que celle des poilus en train-perm. La procession se déroula présidée par le Vicaire Général. Elle suivit la voie tracée par les mâts ornés doriflammes et doù descendaient en courbes lumineuses des centaines de lanternes aux vives couleurs.

    Sous un sapram (dais) en bois de teck finement ciselé, au milieu dun parterre de lys et de roses fraîchement coupés, parut enfin la statue de la Vierge. Elle avançait, balancée par le pas lent de ses porteurs, dominant la foule à genoux et cierges en mains ; derrière, le clergé de Singapore : celui de la Cathédrale, celui de Saint Pierre et Saint Paul, celui de léglise du Sacré-Cur et celui de Sainte Thérèse ; et dans la nuit chaude, planant au-dessus du murmure des prières, montait, montait bien haut, lAve Maria de Lourdes. Apparition réellement féerique que cette image de lImmaculée, éclatante de blancheur sous la lumière de lampes électriques habilement dissimulées, tenant entre ses doigts un riche rosaire dor, le front ceint dune couronne, elle aussi, dor pur, et nimbé de minuscules ampoules qui semblaient autant de perles de feu, autant détoiles autour de Celle qui est belle, douce comme lastre des nuits.

    Ces manifestations religieuses contribuent pour une large part au maintien du moral parmi notre population catholique, établissant entre nos ouailles, quelles nous viennent des rives de la Chine ou des côtes malabares, un trait dunion solide, faisant aussi germer et sépanouir chez tous la paix, la confiance si nécessaires en ces temps troublés.

    Puisse, si possible, la procession à la paroisse de N.-D. de Lourdes être, en 1934, plus grandiose encore que les années précédentes. Cest bien déjà à quoi songe le P. Burghoffer, nen doutez pas. Dabord, se dit-il, jaurai, pour présider.... Mais chut ! nanticipons pas sur la chronique davril 1934.

    Avant que ne sexécutent les petites machinations du P. Burghoffer, un nouveau confrère nous arrivera : le Père Dubois, de Bâle. Quel frisson dallégresse cette nouvelle a fait passer dans les vieilles barbes de la mission ! et, ici comme partout ailleurs, elles forment le fond du tableau. Voilà donc qui va rajeunir les cadres, par un bout du moins. Aussi soupirons-nous ardemment après mai, le mois béni qui nous amènera le P. Dubois, et nous ramènera les Pères Hermann, Devals et Souhait, remis à état de neuf.

    Une lettre du P. Valour nous apprend quil est dans un hôpital, à Marseille, et sattend à subir une opération : lablation dun rein. Toutefois le Docteur désire le garder en observation afin de sassurer de la possibilité dune intervention chirurgicale. Le Père écrit quil a tellement souffert pendant la traversée quil a douté plusieurs fois de pouvoir arriver à bon port. Le repos lui a procuré un grand soulagement. Comme cette lettre date de trois semaines, nous ne tarderons sans doute pas à recevoir dautres nouvelles et qui seront bonnes.


    Laos

    25 février.

    Thakhek
    Monseigneur Gouin a quitté sa bonne ville le 12 février pour un long voyage de cinq à six semaines dans la région dOubone.

    Depuis plusieurs années notre Evêque était en pourparlers pour diviser sa trop vaste mission. Les RR. PP. Franciscains de la province de Paris avaient accepté Vientiane, le Tran-Ninh et tout le Haut-Mékong ; ils devaient même envoyer un des leurs dès Noël dernier. S. Ex. le Délégué de lIndochine a fait part à Mgr Goujn du refus des Franciscains de venir au Laos. Nous resterons donc et Dieu seul sait pour combien de temps 30 missionnaires et prêtres indigènes pour nos 350.000 kil. carrés, les deux tiers de la superficie de la France.

    S. Ex. Mgr le Vicaire Apostolique de Siam vient heureusement de nous envoyer un second prêtre siamois. Cest un geste de bon voisinage qui nous touche énormément et un grand service que nous rend Son Excellence. Elle voudra bien trouver ici lassurance de notre profonde gratitude.

    Monseigneur Gouin a le plus grand désir de soccuper intensivement des Annamites qui forment une grosse portion de son troupeau. Nous avons déjà à Vientiane, aux mines détain, à Thakhek, et aux environs dOubone un certain nombre de catéchistes formés en Annam, mais il nous faudrait quelques prêtres annamites : Mgr le Vicaire Apostolique de Vinh a eu la bonté den envoyer un qui travaille à Vientiane depuis deux ou trois ans.

    La belle chrétienté de Savannakhet en aurait aussi besoin dun. Elle est nombreuse et très homogène parce que composée, pour les trois quarts, dAnnamites des environs immédiats de Hué. Dans cette coquette ville de Savannakhet, mollement étendue sur les rives du Mékong, le P. Figuet construit actuellement une église dont on fait grand éloge. Quel sera lheureux pasteur qui viendra la desservir, ou sera-ce une cage sans oiseau ?


    Rangoon

    1er mars.

    Mgr Provost continue ses tournées de confirmation par un beau soleil. Il est allé à Yandoon, chez le P. Ballenghien, puis à Prome, chez le P. Maisonabe, qui lui a fait faire dintéressantes promenades de jour et de nuit pour visiter plusieurs villages. Un incident pittoresque, qui sest produit dans un de ces villages, mérite dêtre signalé. Mgr célébrait la messe en plein air, quand, au Dominus vobiscum, un individu, se levant tout à coup et brandissant une jarre de lait, sécria : Prenez, Seigneur, je vous loffre. Cétait un païen, sans doute désireux de se convertir, qui avait appris la présence du Grand Maître des chrétiens dans ces parages et était venu, de 10 kilomètres, pour le voir et lui offrir des produits de sa ferme. Il crut que lévêque, se tournant vers les fidèles pour le Dominus vobiscum, les invitait à lui apporter leurs offrandes, et jugea le moment favorable pour lui présenter la sienne. Un tel empressement, partant dun si pieux désir, lexcuse bien davoir été la cause des distractions que Mgr et lassistance eurent probablement pendant le reste de la cérémonie.

    En descendant de Prome, Mgr sest arrêté quelques heures à Gyobingauk, chez le P. Rieu, et à Thonze, chez le P. Pavageau, puis il a mis le cap sur Shage, que le P. Héraud vient dériger en succursale de Thinganaing. Il sest dirigé de là sur Bassein, où il sest reposé de ce fatigant voyage et est rentré à Rangoon le lundi matin, 27 février.

    De passage ici, le P. Mandin, de Mandalay, se rendant en France. Il sest embarqué le samedi, 25 février. Vingt-deux ans de mission paraissent avoir pesé lourdement sur ses épaules, et si ce congé bien mérité quil va prendre ne lui rend pas les nombreux cheveux quil a perdus, nous espérons quil lui permettra de faire une ample provision de forces, pour pouvoir reprendre, après quelques mois, son travail dans le grand district de Kyaukse.

    Le P. Mirabel, du Siam, et le P. Nicolas, prêtre siamois, sont nos hôtes en ce moment. Ils sont venus à pied de Chieng Mai jusquà Papun, notre poste le plus rapproché de la frontière du Siam. Marcher pendant 12 jours à travers dimmenses forêts, par monts et par vaux, sous un soleil de plomb ; se contenter dune nourriture plutôt très maigre, coucher la plupart du temps à la belle étoile, voilà, certes, un exploit qui nécessite une fameuse dose dendurance. Ils nont pas eu la fièvre, ni fait de fâcheuses rencontres et sont arrivés sains et saufs chez le P. Loizeau. Ils se proposent de rentrer par le nord, via Kalaw, Taunggy et Kengtung. Les étapes du retour seront moins dures que celles de laller, car il y a des autos qui circulent presque sur tout le parcours quils ont à suivre. Puissent ces braves terminer heureusement leur audacieuse expédition !


    Pondichéry

    24 février.

    Le Trait dUnion
    Pondichéry. La rentrée du grand séminaire a eu lieu le 21 janvier. 18 nouveaux séminaristes sont venus remplacer les 11 prêtres de la dernière ordination. Sur ce nombre, 5 appartiennent à Pondichéry dont 1 entre en théologie, 5 à Kumbakônam, 4 à Bangalore, 3 à Coïmbatore et 1 à Salem. Ils sont 50 en tout. Le séminaire est archiplein.

    Le 24, le P. Grandjanny, revenant de France, fait une courte apparition à la mission, puis se rembarque pour aller descendre à Madras avec ses bagages. Il est brillant de santé, plein dentrain et content de se retrouver sur la terre des Indes. Un de ses yeux est presque hors de service mais lautre est en bon état. De Madras, il se dirige sur Viriyur où lattend le P. Peyroutet. Il reviendra bientôt passer quelques jours à la mission et donner des nouvelles de France.

    Le 30, Mgr Morel quitte Pondichéry pour retourner à Balmadies où il remplacera bientôt le P. Capelle pendant quelques mois.

    Le 9 février, Monseigneur va faire une visite à Vadalur et à Conancurichi en compagnie des PP. Gayet et Planat. A Vadalur, nous trouvons portes closes : le P. Anandu est en administration dans un autre village. Le presbytère est neuf mais léglise est tout ce quil y a de plus misérable ; elle sert décole pendant la journée. Une cinquantaine denfants sont là pour recevoir la bénédiction de Sa Grandeur. Une nouvelle église simpose.

    A Conancurichi, lancien fief du P. Planat, les PP. Mézin et de Gruiter nous attendent, heureux de recevoir la visite de leur vénéré Archevêque. Ici aussi, presbytère neuf et église trop petite et menaçant ruine. On va la réparer et la transformer. A 6 heures, nous étions de retour au chef-lieu.

    Le 10, dans la soirée, visite de M. le Gouverneur et de M. Rampon, directeur de linstruction publique, à lécole des filles dirigée par les Surs du St Cur de Marie. Monseigneur était présent avec les PP. Gayet et Combes. M. Arokiasamy, fondateur de lécole, fait les honneurs de la maison : pétards, musique, chants, compliment, danses exécutées par les enfants, rien ne manque, pas même le champagne. Avant de se retirer, M. le Gouverneur adresse quelques paroles de félicitations aux directrices de létablissement et dit toute son admiration pour la formation soignée quelles donnent à leurs élèves.

    Le 11, le P. Bernadotte sort de lhôpital où il est resté 6 semaines. Il na que des éloges pour les docteurs et pour les religieuses qui lont soigné avec un dévouement admirable pendant sa longue maladie.

    Le 19, retraite du mois des confrères de Pondichéry et des environs.

    Viriyur. Le P. Trideau écrit : Le 8, nous avons eu la retraite du mois à Viriyur. Nous avions choisi cet endroit pour saluer le P. Grandjanny fraîchement arrivé de France, souhaiter la bienvenue au P. Bonis, le nouveau curé dIrudayampettu, présenter le P. Jacob Pazenpallil aux confrères du groupe et donner un exeat en règle au P. Chauvet : il quitte nos parages pour se rendre au collège de Cuddalore où il va apprendre langlais. Ce fut une bonne, joyeuse et réconfortante journée. Le P. Peyroutet avait interrompu la visite de son district pour recevoir ses hôtes, ce quil fit avec toute la bonne grâce dont il est coutumier.

    Manambady Les confrères du district de Chingleput ont eu, cette fois-ci, leur retraite du mois à Manambady. Etaient présents : les PP. Paul, Paul-Arokiam, Marie-Savéry, Arul, ainsi que les Pères de Chingleput et de Wandiwash appartenant aux diocèses voisins de Madras et de Mylapore.

    Changements. Le P. Antonisamy est nommé à Karikal et le P. Bernadotte à la Cathédrale. Le P. Clément rentre en France.

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    Dans lInde, au point de vue politique, à la surface du moins, le calme le plus profond semble régner. Les journalistes nabordent plus les questions brûlantes de lheure actuelle (untouchability et nouvelle constitution) avec la même faconde ni avec la même énergie. Ils se recueillent, ils attendent la réalisation, alors on verra.

    Ce qui occupe la presse, cest la mise en liberté du Mahatma Gandhi ou son maintien en captivité. La presse anglaise, celle qui est à la solde des labourites, réclame son élargissement sans condition ; la presse gouvernementale exige du captif un engagement signé par lequel il renoncerait à combattre le Gouvernement. Il est à peu près certain que Gandhi toujours imbu de ses idées utopiques sy cramponnera et refusera de donner sa signature ; du reste sa prison est fort douce et il y est bien tranquille.

    Dans le sud de lInde, fervet opus... la moisson bat son plein. La récolte nest ni bonne ni mauvaise, mais le prix du riz est déficitaire : beaucoup doffre, pas de demande. La crise sévit à létat aigu chez les cultivateurs ; ils ont demandé une diminution dimpôts au Gouvernement qui a répondu par une fin de non recevoir. Dura lex, sed lex : il faut payer.

    Catholiques et Protestants se réunissent pour sorganiser et former un seul front, le parti chrétien, dans la nouvelle constitution. On parle, on sagite beaucoup ; lidée a des partisans, elle a aussi des adversaires. On discute, on écrit pour et contre et on nest pas encore arrivé à une conclusion. Rien là détonnant pour qui connaît lInde.


    Salem

    23 février.

    Le 9 février, S. Ex. Mgr Morel, archevêque de Cotrada, bénissait à Yercaud le nouveau bâtiment de lécole secondaire de filles, dirigée par les Religieuses de St Joseph de Cluny.

    S. Ex. Mgr Prunier, à son retour des obsèques du P. Playoust, sest arrêté à Namakal pour confirmer les néophytes du P. Hourmant, puis, de là, est allé chez le P. Devin à Pallipatti. Cette tournée pastorale na manqué ni de pittoresque, ni dimprévu : comme moyens de locomotion : tantôt lauto, tantôt la charrette à bufs, tantôt le compas prolétaire: comme gîte, un abri de fortune, servant à la fois de cuisine, de salle à manger, de chambre à coucher et de chapelle : comme intermède, la panne de moteur survenant dans le lit dun fleuve presque à sec, au crépuscule, loin de toute habitation, sans recours possible à un renfort quelconque pour vous tirer dembarras ; comme reprise, la marche dans la nuit à la recherche dun refuge finalement trouvé dans le taudis dun paria chrétien, et le lendemain la messe à midi après un long voyage en guimbarde ; pour couronnement, lépuisement complet, nécessitant le retour au chef-lieu et lhospitalisation à Ste Marthe, à Bangalore, pour y recevoir les soins indispensables.

    Le 14 février, un service célébré à la cathédrale pour le repos de lâme du P. Playoust, réunissait la plupart des confrères qui eurent ainsi loccasion de voir Mgr avant son départ pour son premier voyage ad limina.

    Le P. Bulliard a recueilli, au conseil épiscopal et à Krishnagiri, la succession du regretté P. Playoust, comme le P. Jusseau, à Mattigiri, celle du P. Chassain rentrant en France pour sa santé et le P. Sovignet, à Cadagatur, celle du P. Blons remonté à Yercaud en mission spéciale ; tous les trois agrandissent encore de ce nouvel apport les vastes districts dont ils avaient déjà la charge et ont ainsi à pourvoir à ladministration dun tiers du diocèse.

    Le P. Dépigny refait sa santé dans le calme et le repos de la solitude du Sanatorium de St Théodore, servant de bâton de vieillesse au vénérable P. Borey et dauditoire au bon P. Pessein.

    Mort du Père Playoust.
    Le P. Playoust dont la précédente chronique a annoncé le décès, était né à Lille, le 29 juillet 1859 ; il appartenait à une famille très chrétienne dont le travail avait été récompensé par la fortune et à qui Dieu avait donné de nombreux enfants.

    Après de bonnes études au collège St Joseph de Lille, dirigé par les Pères Jésuites, il commença ses études de droit quil abandonna bientôt pour entrer au Séminaire de St Sulpice où il eut pour condisciples S. Em. le Cardinal Boume et Mgr de Guébriant.

    Ordonné prêtre le 22 décembre 1883, il rentre dans son diocèse dorigine, à Cambrai, et pendant quelques années y exerce les fonctions du ministère paroissial. En 1887. après un an passé dans notre Séminaire de la Rue du Bac, il est envoyé dans la mission de Pondichéry.

    Cest à Salem quil fit ses premières armes comme vicaire du P. Bertho, il devint ensuite vicaire du P. Prieur à Atipakam et de là fut envoyé à Ayampet. Cest dans cet immense district comptant plus de 7.000 chrétiens, quil passa 42 ans de sa vie de missionnaire et donna toute sa mesure. Pendant ces longues années de travail il changea complètement laspect du district par la construction de trois grandes églises, douze chapelles, trois presbytères, deux couvents de religieuses, un dispensaire et de nombreuses écoles de garçons et de filles.

    Les chrétiens du district lui étaient très attachés et ce fut un coup très douloureux qui atteignit Père et fidèles lorsquils durent se quitter, en 1930, à lépoque où la mission de Kumbakônam fut confiée au clergé indigène.

    Cette séparation fut un véritable déracinement pour notre cher confrère et lui-même, en arrivant à Salem quil avait quitté 42 ans plus tôt, disait : Un vieux chêne transplanté ne reprend pas racine. Il voulut cependant travailler encore et, malgré ses 71 ans, il se présente comme volontaire ad paganos. Il part à Krishnagiri, emportant les deux malles qui sont tout son mobilier et, un an plus tard, en novembre 1931, Mgr de Guébriant bénissait le presbytère que venait de construire le P. Playoust, mais ce dernier effort acheva de briser sa résistance physique.

    Dès ce moment létat de santé du Père décline lentement, il éprouve de vifs tiraillements destomac et parfois des éblouissements. En septembre dernier, à la suite dun de ces éblouissements éprouvé en célébrant la sainte messe, pressé par son confrère voisin, le P. Bulliard, il se décida à aller se faire soigner à lhôpital Ste Marthe, à Bangalore, où lexamen radioscopique révéla un cancer à lestomac.

    Averti de la gravité du mal, le brave P. Playoust nhésita pas un instant à mettre en ordre toutes ses affaires, tant spirituelles que temporelles, et apporta à les régler les précautions les plus minutieuses, distribuant à ses amis, de son vivant, tout ce qui lui restait et il ne lui restait pas grand chose car il avait tout laissé à Ayampet.

    Toutes ses journées, pendant les deux derniers mois plus particulièrement, furent autant détapes du chemin de croix quil eut à gravir dans cette lente ascension vers le calvaire, condamné à mourir de faim, ne pouvant plus salimenter, ne gardant rien, même du liquide quil avait cependant tant de peine à absorber.

    Au milieu de ses souffrances il ne cessait de sunir au Divin Crucifié et répétait : Pour un prêtre, quand il ne peut plus offrir le saint sacrifice, il ny a plus de raison de rester sur la terre, et il soffrait lui-même en holocauste, demandant quon priât pour le vilain pécheur quil se disait.

    Cest le 18 janvier, à 7 h. ½ du matin, quil séteignit, après une dernière absolution donnée par le P. Paulin, aumônier de lhôpital. La mise en bière eut lieu le soir ; les PP. Huysman et Bulliard et un groupe de chrétiens accompagnèrent, par voie ferrée, la dépouille mortelle jusquà Ayampet où suivant le désir des chrétiens devaient avoir lieu les funérailles.

    Le lendemain, à 10 h. du matin, Mgr Prunier, son Vicaire Général, les PP. Michotte et Hourmant attendaient sur le quai de la gare de Trichinopoly larrivée du convoi qui parvenait à Ayampet vers 3 h. de laprès-midi.

    Quand le cercueil contenant les restes mortels du Père fut tiré du fourgon, un long frémissement parcourut la foule qui se précipita pour lenlever, le porter ou le toucher. La levée du corps fut faite par Mgr Peter, évêque de Kumbakônam ; étaient présents : le P. Xavier, Vicaire Général et une vingtaine de prêtres du diocèse de Kumbakônam, ainsi que Mgr de Salem et les missionnaires venus avec lui... Le cercueil, déposé sur un catafalque au milieu de léglise, fut ouvert et commença la veillée funèbre autour du corps du vénéré défunt dont les fidèles eurent, une dernière fois, la consolation de considérer les traits que la mort avait respectés sans altération aucune. Le lendemain, 20 janvier, la messe denterrement fut chantée par Mgr Prunier qui donna aussi labsoute ; Mgr Peter fit loraison funèbre et évoqua les grandes lignes de la carrière apostolique du P. Playoust à Ayampet.

    Le Père est enterré à côté de léglise, les vux des chrétiens qui avaient voulu prendre sur eux tous les frais des funérailles étaient comblés : ils avaient retrouvé celui quils avaient cru perdu et, pour toujours, le gardaient au milieu deux.

    La droiture fut la caractéristique du P. Playoust ; il ne connut jamais la malice, pas plus quil ne la soupçonna chez autrui ; ce fut une âme droite, simple, sans détours et un grand cur. Il nous laisse lexemple dune vie de labeur chargée de fruit et pleine de mérites.

    R.I. P.


    Séminaire de Paris

    1er février.

    Le 22 janvier, Mgr le Supérieur présida les Vêpres Pontificales à N.-D. des Victoires, à loccasion de la Fête Patronale de cette église, et, le 25, fête de la Conversion de St Paul, il officiait pontificalement dans la chapelle des Surs de St Paul de Chartres. Son Excellence sétait rendue la veille à Chartres, accompagnée du P. Larregain. Elle était désignée par le Grand Chancelier de la Légion dHonneur, pour remettre la Croix de Chevalier à sur Agathe, Assistante de la Supérieure Générale, qui passa de longues années au Tonkin et aux Philippines.

    Les examens du 1er semestre ont commencé à Paris, le 28 janvier, et à Bièvres, le 30. Ils vont se poursuivre dans les deux communautés cette semaine et une partie de la semaine prochaine.

    Le P. Depierre a continué, malgré le froid, ses tournées de propagande dans la région du sud-est. Depuis octobre dernier, 75 auditoires variés lont entendu prononcer des allocutions et donner des conférences avec projections.

    De Beaupréau, où il aura son pied-à-terre, le P. Audren rayonnera dans les diocèses de louest, principalement en Bretagne, son pays natal.

    Les PP. Gérard et Thibaud maintiennent le contact entre la Société et les régions du nord et de lest. Le diocèse de Besançon, si fertile en vocations sacerdotales et missionnaires, est annuellement visité par le P. Robert.

    15 février.

    Mgr le Supérieur est rentré à Paris après une absence de 15 jours. Après avoir présidé à Montbeton la retraite annuelle à laquelle prenaient part 21 confrères, il sest rendu dans les Basses-Pyrénées où, grâce à la bienveillance de Mgr Gieure, il a pu donner une lecture spirituelle aux élèves (160) du grand séminaire et faire des conférences aux petits séminaristes dUstarritz, dHasparren, de Mauléon et de Nay ainsi quaux élèves du Collège de lImmaculée Conception de Pau. Dans cette dernière ville, où MM. Chatelain (de Canton) et Quéguiner (destiné au Sikkim) passent lhiver, il a constaté avec joie la bonne santé heureusement recouvrée par ces deux confrères. Il a passé deux jours à La Motte où tout va bien et a pu quitter Toulouse pour Marseille le jeudi 9 courant. Cest à lobligeance de M. Sallé, mettant à sa disposition une excellente voiture, quil a pu couvrir en peu de jours les étapes de ce voyage.

    A Marseille, se sont embarqués les PP. Meillier, Lombard et Valentin du Setchoan, et le P. Jean de Quinhon. Mgr le Supérieur, présent ce jour-là à Marseille, les a accompagnés à bord. Le même bateau emmène en Indochine en vue dune fondation à Dalat trois religieux de Lérins dont deux, les PP. Berthéas et Paulin, ont appartenu aux M.-E.

    Le P. Valour (de Malacca), hospitalisé à St Joseph de Marseille depuis 5 semaines, se trouve sensiblement mieux après une période de grande dépression. Son moral est excellent. Les médecins veulent lobserver encore quelque temps avant de rien décider.

    Les examens du 1er semestre ont pris fin le vendredi 10. Le soir de ce jour, nos cinq Partants de Pâques ont quitté le séminaire pour aller faire leurs adieux à leurs familles.

    En labsence de Mgr le Supérieur, les destinations avaient été données la veille par M. Robert :
    Collège de Penang M. Griffon, Hunghoa M. Idiart-Alhor,
    Phnompenh M. Tallin, Malacca M. Dubois,
    Laos.. M. Mainier.

    En attendant la reprise des cours, le 20, les aspirants jouissent de quelques jours de repos.

    M. Destombes, après un séjour de quatre semaines à la Solitude dIssy, a pris possession de ses fonctions de directeur au Séminaire de Paris, où il enseignera la théologie dogmatique.

    Une heureuse nouvelle est communiquée ce matin même à Mgr le Supérieur. A loccasion de lExposition coloniale, le P. Gros reçoit la décoration du Dragon de lAnnam et le P. Bouchet celle de lordre du Cambodge. Nous leur adressons nos bien cordiales félicitations.


    1933/276-320
    276-320
    Anonyme
    France et Asie
    1933
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