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Chronique des Missions et des Etablissements communs 12

Chronique des Missions et des Etablissements communs Tôkyô Le Père Lissarague, qui avait pris un congé de quelques mois en France, pour répondre à lappel de son vieux père octogénaire et en même temps prendre un repos bien mérité, nous est revenu par le Transsibérien le 30 octobre, et a repris de suite la direction de sa paroisse dAsakusa, que le Père Candau. administrait pendant son absence.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs
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    Tôkyô

    Le Père Lissarague, qui avait pris un congé de quelques mois en France, pour répondre à lappel de son vieux père octogénaire et en même temps prendre un repos bien mérité, nous est revenu par le Transsibérien le 30 octobre, et a repris de suite la direction de sa paroisse dAsakusa, que le Père Candau. administrait pendant son absence.

    Le Père Steichen est allé, dans la dernière moitié doctobre, prêcher une retraite aux Japonais catholiques qui forment une partie de la paroisse de Dalny (Dairen), confiée à un des PP. de Maryknoll, établis en Mandchourie, le Père Tibesar. Le Père Steichen a été accueilli là-bas par la colonie japonaise avec les marques de la plus cordiale sympathie.

    Mgr Rey, ancien Archevêque de Tôkyô, qui a occupé plusieurs mois la nouvelle paroisse organisée par lui à louest de la capitale, dans le quartier de Hongo, se retire dans un poste que S. G. avait aménagé ces dernières années à Ueda, dans les montagnes du Shinshu, et où il continuera dexercer le ministère.

    Le Père Cesselin, qui, pendant 28 ans, a tenu le poste de Matsumoto et desservi les diverses chrétientés de la même province du Shinshu, a été rappelé par S. G. à larchevêché, afin dy trouver les loisirs qui lui sont nécessaires pour achever luvre quil a entreprise : la composition dun grand dictionnaire japonais-français. Il a été remplacé au poste de Matsumoto par le Père Delbos, arrivé depuis un an à peine.

    Le Père Steichen, toujours chargé de la Revue officielle des Missions du Japon, le Koye ou la Voix, transporte ses bureaux de rédaction et son domicile au poste quoccupait Mgr Rey à Hongo. Il dirigera en même temps la paroisse avec laide précieuse du Père Ideguchi, ordonné à la cathédrale de Tôkyô en septembre dernier.

    Le Père Toda, arrivé récemment de Rome, est le socius du Père Honjô à la paroisse de Honjô à Tôkyô, et est en même temps chargé de desservir les chrétientés du Chiba-ken, détaché du vaste district que le Père Cadillac continue de parcourir à 70 ans, rappelant les patriarches nomades de lAncien Testament.

    Le Père Antoine Lebost, qui a voyagé de Marseille à Kobé par le Paul-Lecat en compagnie du Père Bec dOsaka et du Père Hamon de Corée, est arrivé à Yokohama le 3 novembre, plein de santé et dentrain, pour prêter son concours à la Mission de Tôkyô, qui peu à peu se reconstitue.
    Le 5 novembre.


    Fukuoka

    Du 22 au 28 octobre nous avons fait notre première retraite annuelle à Fukuoka. Nous avons eu le bonheur dentendre la parole ardente dun homme tout apostolique, celle de Mgr Roy, Religieux Franciscain, Préfet Apostolique de Kagoshima. Cest un bienfait dont nous navions pas joui depuis le passage de Mgr Marnas, aujourdhui évêque de Clermont. La solennité du Christ-Roi, avec messe pontificale, clôtura notre retraite.

    En ce même jour le P. Bonnet fut de nouveau à lhonneur. Tous les confrères eurent à cur de lui offrir, à loccasion de ses noces dargent, leurs félicitations et leurs vux. Un poète, le P. Fressenon, accorda sa lyre et chanta dignement les mérites de notre jubilaire, si bien quon demanda que son ode reçût les honneurs de limpression.

    Le local qui nous abritait était bien exigu :
    Quelle maison pour de tels personnages !
    On y tournait à peine.

    Mais nous espérons que lan prochain la situation se sera améliorée.
    Le 9 novembre.


    Osaka

    Du 23 au 29 septembre, les missionnaires dOsaka ont eu leur retraite annuelle. A leur grande satisfaction, elle leur a été prêchée par S. G. Monseigneur Chambon, Archevêque de Tôkyô.

    Ce fut un charme tout particulier dentendre Sa Grandeur nous parler de nos devoirs de prêtres et de missionnaires en un français exquis et harmonieux dont nous avions perdu lhabitude. Avec un tact et une délicatesse qui ont touché les curs, Elle nous a aidés à nous retremper dans lesprit de notre Société et nous a fait un bien dont Dieu garde tout le secret. Que Sa Grandeur reçoive ici de tous les missionnaires dOsaka le plus respectueux et le plus sincère merci.

    Dans laprès-midi du 1er novembre, notre nouveau, le P. Bec, a débarqué à Kôbé. On aurait bien voulu aller nombreux au-devant de lui, mais, ce jour-là, un chacun était retenu dans son poste par les devoirs du ministère. Mgr dOsaka a pris provisoirement le P. Bec près de lui à lévêché.

    Dans la première moitié de novembre, notre Mission doit être plus particulièrement le théâtre de grandes réjouissances à loccasion des fêtes du couronnement de lEmpereur, fêtes qui se déroulent, suivant la tradition, à Kyôto, lancienne capitale.

    En cette circonstance, nos fidèles rempliront leurs devoirs de loyaux sujets : le 14 novembre, dans tous les postes de la Mission, sera célébrée une messe solennelle dactions de grâces pour prier pour le bonheur de leurs Majestés impériales et la prospérité du Japon.


    Taikou

    Chacun se prépare à partir en tournée dadministration de son district ; cest un temps peu fertile en événements importants.

    Depuis 1923 le clergé indigène de la Mission navait pas eu à enregistrer de perte. Ces jours-ci, le 8 novembre, lun de nos meilleurs prêtres coréens, le Père Kim Barnabé, ordonné seulement il y a deux ans, et qui avait contracté au chevet dun malade, pense-t-on, ou dans une maison contaminée, la tuberculose pulmonaire, a répondu, soumis dune façon bien édifiante, à lappel du Maître de la moisson.

    Deux jours plus tôt seulement, notre nouveau confrère, le Père Hamon, arrivait à Taikou après une bonne traversée. Dieu lui donne longue vie et toute la persévérante générosité que réclame le ministère ici, chaque jour plus ardu, sans pour cela toujours être apparemment plus fructueux.
    Le 12 novembre.


    Kirin

    Mgr Gaspais, après un séjour de huit mois en France, est rentré à Kirin. Partie de Paris le 12 octobre, Sa Grandeur arrivait à Harbin le 24. Monseigneur était accompagné du P. Revaud, guéri en partie seulement dune douloureuse furonculose, réfractaire à tout traitement, Le P. Revaud a repris son poste de Siao.Pa.Kia-Tze, où le P. Duhart continuera à laider.

    Pendant cet été, le R. P. Licent S. J., Directeur du Museum dHistoire Naturelle de Tientsin, est venu dans notre province, et il a fait, à Lien-Hoa-Chan, dintéressantes découvertes paléontologiques. A Kirin et dans les environs, il a étudié principalement la flore et le monde des insectes. Ses collections se sont enrichies de plusieurs espèces nouvelles. Le R. P. a trouvé également près de Kirin quelques pierres polies (haches etc.), preuve que notre Mandchourie est habitée depuis longtemps.

    En mai dernier, le P. Trincal, un beau matin, a eu une désagréable surprise ; ses deux chevaux lui avaient été enlevés. Daudacieux voleurs, profitant dune nuit obscure et dun grand vent, avaient percé un mur, pénétré dans la cour de la résidence et opéré à leur aise. Le cavalier aime son cheval. Aussi le P. Trincal était dans la désolation. Ces chevaux étaient pour lui de vieux compagnons de lutte, ils avaient assisté à maints combats et vu de belles victoires.... Mais le Père se remit vite de ses émotions ; il ne perdit pas le Nord, sans tarder il se lança à la recherche. Il fut assez heureux pour mettre la main sur les voleurs, et ceux-ci, ne pouvant rendre les chevaux, vendus au loin, durent verser une sérieuse indemnité.

    Par décret de la S. C. de la Propagande, les districts de Loung Kiang, Hoiheu et Hounloun, de la province de Heiloungkiang, sont détachés de la Mission de Kirin pour former la Mission indépendante de Tsi-Tsi-Kar, confiée aux Pères des Missions-Étrangères de lInstitut de Bethléem (Suisse), qui depuis trois ans se dépensaient avec ardeur dans les territoires qui leur sont confiés.

    Par décret de la S. C. de la Propagande, Mgr Abrantovich devient lOrdinaire de tous les Russes catholiques de rite Slavo-bysantin, habitant la Chine. Mgr Abrantovich est en résidence à Harbin (St Wladimir Church, Borodins Kaya Road, Nº 69, 9).

    Les voies ferrées sont de plus en plus nombreuses en Mandchourie. Au Nord, la ligne Harbin-Heiloun et au delà se poursuit avec activité et sous peu elle sera en service. Au Sud-Est, la ligne de Kirin à Tounhoa est achevée. Elle devait se prolonger jusquen Corée, grâce à des capitaux japonais, dit-on, et se raccorder aux lignes japonaises. Mais les étudiants protestent, ils ne veulent pas de laide étrangère. Surtout ils accusent 35 de leurs compatriotes, personnages haut placés, à qui ils reprochent de permettre la construction de cette nouvelle ligne et de trahir ainsi leur pays. Doù manifestations, affiches, défilés, réunions... Mais les autorités viennent dinterdire toute démonstration publique ; les portes des écoles ont même été gardées militairement, pendant que dans la ville circulaient des patrouilles..., et le calme petit à petit se rétablit. Mais jusquà quand ? Lavenir le dira...
    Le 7 novembre.


    Suifu

    Dans une grande partie du Setchouan méridional circulent des rumeurs à faire dresser les cheveux.

    On raconte que des individus, quon dit être des affidés bolchevistes, parcourent les campagnes, provoquant des avortements et castrant de petits garçons.

    On conte que des sorciers de la secte du Honan (caractères chinois) coupent, avec des ciseaux de carton très dur, les ailes des poules ; que ces poules aux ailes ainsi coupées deviennent instantanément furieuses, agressives et quelles se jettent sur lhomme, le becquettent, le griffent et lui inculquent le microbe de la peste.

    On dit aussi quun aubergiste du marché de Tsai-kia-kiaô (caractères chinois), sous-préfecture de Tse-tcheou, régalait ses hôtes de chair humaine, et cela depuis... dix ans. Comme le bouillon était succulent, les mets abondants et bien préparés, son auberge était achalandée ; elle ne désemplissait pas du matin au soir. Notre homme, cela se conçoit, faisait des affaires dor, achetant, chaque année, maisons et rizières.

    Le pot aux roses finit enfin par être découvert. Voici comment. Un jour du mois de juin dernier, vers les 13 heures, deux porteurs de chaise y déposaient un voyageur. Or, comme ils étaient en route depuis laube, ils sentaient leur estomac dans les talons. Aussi, après sêtre épongés, ils sempressèrent de se mettre à table, arrosant leur bol de riz dun bouillon chaud et parfumé quon leur servait à volonté. Puis, bien repus ils se retirèrent dans un coin de la salle, sallongèrent sur un banc, fumèrent une pipe, une deuxième, une troisième. Mais le voyageur ne reparaissait toujours pas. Lheure du départ pressait pourtant : encore une quarantaine de li à parcourir avant datteindre létape fixée. Ils sen inquiètent. Ils lappellent ; ils le cherchent ; ils pénètrent dans larrière-boutique... Soudain ils blêmissent ; ils reculent comme affolés. Horreur ! celui quils cherchaient cuisait là dans la marmite !...

    Bientôt tout Tsai-kia-kiaô fut sur pied. On perquisitionna. On mit à jour tout un charnier dos humains !

    Laubergiste anthropophage est maintenant entre les mains de la justice, ainsi que toute sa famille.
    Le 1er novembre.


    Ningyuanfu

    Le 10 septembre, le P. Le Bouetté fut pris dune très forte fièvre, qui dura une quinzaine de jours et nous donna beaucoup dinquiétudes. En ce moment la faiblesse seule persiste.

    A la même époque, le P. Arnaud, retournant dans son district, fut aussi arrêté huit jours à Hosi par la fièvre et en repartit non guéri. Les deux premiers jours, écrit-il, furent pénibles : à cheval, des vertiges ; à pied, mes jambes flageolaient. Puis vint la pluie, et vers le sommet de la montagne quelques flocons de neige. Jarrivai grelottant chez le chef Lolo Io. Accueil dabord excellent. Mais, apprenant que son frère, venu avec moi à Ningyuanfu, était parti avec le P. Boiteux et ne reviendrait que plus tard, il entra en défiance. Les doutes tombèrent tout à fait quand je lui eus montré la photo de son frère. Mon frère est mort, sécria-t-il, mon frère est mort ! Je ne veux pas de cette image, rendez-moi mon frère ! Jeus toutes les peines du monde à le calmer. Mais cette scène mémotionna à tel point que ma fièvre disparut !

    Les PP. Bocat et Bettendorf arrivèrent à Houili le 17 septembre. Le voyage na rien eu de trop agréable ; pluie tous les jours, routes défoncées, de la boue à senliser. Le P. Burnichon attendait les voyageurs. Le P. Bocat devait profiter de la première caravane en route pour Yunnanfu. Le P. Bettendorf repartit le 20 pour Mou li, mais à 15 lis de son oratoire, au passage du torrent de Kiang-siouan, il fut arrêté pendant deux jours et demi, ne pouvant traverser à cause de la forte crue des eaux.

    A la suite des grandes chaleurs, on signale, à Foulin, une épidémie de typhus. Il y a eu jusquà 30 morts dans une même journée.

    Ten Siou-tin a recommencé, près de Kan-siang-in, la guerre aux Lolos. Il a fait prisonniers quinze grands chefs, quil doit envoyer à Ningyuanfu pour être décapités.

    Depuis un mois la pluie na pas cessé. Impossible de ramasser la récolte qui germe sur pied.
    Le 5 octobre.


    Yunnanfu

    Le 12 octobre, lEtablissement du Kao-ti-hang était en deuil. Sur Auguste, dorigine thibétaine, rendait son âme à Dieu, après une maladie admirablement supportée. Les funérailles furent célébrées, le lendemain, à léglise de la paroisse. Prévenus par M. le Consul de France, les Européens vinrent nombreux témoigner leur sympathie à nos chères Surs de St Paul et à leur uvre. Sur Auguste repose auprès de Sur Théophane, dans le cimetière de Pe-long-tan.

    Le travail de pacification à lintérieur de la province est loin dêtre achevé. Dans les environs de Talifu, Tchang Kie-Pa est en révolte ouverte contre le gouverneur Tchang Tsong. Du côté de Lin-Ngan, Ou Hio-Sien échappe toujours aux troupes envoyées contre lui ; par contre, la Petite Pomme Rouge, sa femme préférée et son principal agent de renseignements, vient dêtre arrêtée et fusillée à Yunnanfu.

    Un avion, habilement dirigé, a survolé à basse altitude et copieusement arrosé de bombes un repaire de pirates situé dans un îlot du lac de Tchen-Kiang, au grand préjudice des habitants.

    Dans la plaine de Yunnanfu, les pluies persistantes ont retardé la moisson du riz. Nous espérons que les beaux jours de la fin du mois doctobre seront suivis de beaucoup dautres.
    Le 2 novembre.


    Swatow

    La retraite annuelle des Prêtres indigènes sest terminée samedi, le 17 novembre, par lordination dun nouveau prêtre, Carolus Tang (Tchin), revenu de Penang depuis deux ans ; le mauvais état de sa santé lavait empêché jusquici davancer aux Ordres. En comptant ceux qui travaillent avec les Pères de Maryknoll, nous avons maintenant 14 Prêtres indigènes dans la Mission.
    Le 19 novembre.


    Pakhoi

    Après les noces dargent, qui par leur fréquence ont linconvénient de donner aux Missionnaires de notre Société une teinte de vieillesse fleurant les mélancoliques fins dautomne, lon est heureux de célébrer des fêtes plus printanières. Hâtons-nous de signaler léclosion dun frais bouton de rose dans le jardin un peu vieilli de Pakhoi. Paris nous a envoyé, cueilli aux rivages dArmor, le jeune M. Jégo et nos curs dancêtres en ont été tout embaumés. Merci à Paris et à Vannes ; longue vie et fructueux apostolat à notre nouveau confrère !

    Les bonheurs, autant que les malheurs peut-être, vont rarement seuls. Cette chronique semble destinée à le prouver. Oyez plutôt.

    Par une voie indirecte nous parvient la nouvelle que le Père Hermann a fait retenir son passage à bord de la première malle de novembre ; il sera donc de retour dans le courant du mois de décembre et la présente année ne finira pas sur le vide que son absence avait laissé dans lîle de Waichow. On nous assure que sa santé est bien rétablie.

    De crainte, sans doute, que ses vingt-cinq ans de sacerdoce le fassent soupçonner de moindre activité, notre cher Père Léauté vient dorganiser dans sa paroisse de Lôfao un patronage de jeunes gens. Ses confrères font tous des vux pour que cet essai réussisse et puisse servir dexemple. Il est hors de doute que nous sommes tous très préoccupés de lavenir réservé maintenant à la jeunesse de nos chrétientés.

    Le Père Richard signale quelques velléités de conversions dans la ville même de Yamchow, jusquici trop réfractaire à laction de ses Missionnaires.

    Enfin, à Pakhoi, le jeune couvent des Religieuses indigènes de lImmaculée-Conception vient, après sa retraite annuelle, de saugmenter de deux nouvelles Professes, cinq Novices et trois Postulantes.

    Donc, des joies et des roses pleines despérance ! Cela devenait si rare, que nous tenons à laisser nos amis du Bulletin sur cette bonne impression.
    Le 9 novembre.


    Vinh

    Jaime à croire que lAdministration des Postes sera plus vigilante ou plus bienveillante ou plus clémente pour la présente chronique que pour les deux précédentes, qui, à mon grand regret, ne sont pas arrivées à destination, puisque, à mon étonnement de ne pas les voir publier, le Révérend Père Directeur du Bulletin a répondu ne les avoir pas reçues.

    Je me demande quest-ce qui, dans ces pauvres chroniques, a bien pu tenter le Service ou les agents du Service postal : ma prose, certes, na rien de spécialement attrayant et les sujets, dont elle traitait dans cas pages égarées ou subtilisées, navaient absolument rien de subversif.

    Il sagissait dabord de cloches déglise ! Les cloches, écrivais-je en substance, ne sont évidemment pas un article de première nécessité pour le progrès de lévangélisation. On ne peut dire, cependant, quelles sont inutiles, elles font partie du mobilier déglise et elles sont incontestablement plus harmonieuses et plus sonores, voire plus religieuses que les tambours et grosses caisses en usage de tout temps comme signaux dappel parmi les Annamites.

    Elles plaisent tant à nos braves chrétiens que, depuis plusieurs années, on remarque chez eux une certaine émulation pour construire des clochers et acheter des cloches en France. A vrai dire, la cloche vient assez souvent avant le clocher ; je dis la cloche, car jusquà présent nous navons encore que deux clochers qui soient munis de plusieurs cloches : celui de la Cathédrale de Xa-Đoai, avec quatre cloches qui approchent de la quarantaine, et celui de Bảo-Nham avec trois cloches qui ont déjà quelque vingt ans. Quant aux églises pourvues dune cloche seulement, nous en comptons maintenant juste douze, grâce à celle de Cua-hò, dont la cloche (500 kilos) a été bénite par Monseigneur le 25 avril. Pour un Vicariat qui compte 500 églises, avoir une quinzaine de clochers qui sonnent, ce nest pas encore énorme !

    Ma seconde chroniquette, également perdue, racontait la mort inattendue de notre confrère le P. Louis Klingler, qui est décédé à lhôpital de Vinh le 7 mai, après huit jours seulement de maladie.

    Dans les derniers jours davril il était venu à Vinh pour affaires et se trouvait bien portant, comme à lordinaire ; mais, à la suite dun refroidissement, attrapé dans un corridor trop ventilé, il fut pris de fièvre et ressentit une fatigue générale très prononcée. Le 30 avril il entra à lhôpital, où le médecin constata une congestion pulmonaire commençante. Energiquement soignée dès le début, la congestion évolua normalement et elle était presque passée lorsque, dans la nuit du 6 au 7 mai, survint une violente crise durémie qui emporta le malade en moins de 24 heures. Prévenu dès le matin, le P. Delalex, curé de Vinh, lui administra les derniers sacrements, pendant quil avait encore sa parfaite connaissance ; elle diminua bientôt peu à peu et notre cher confrère séteignit doucement vers 6 heures et demie du soir.

    Cette mort, que huit jours auparavant rien ne faisait prévoir, est une grosse perte pour notre Mission. Esprit très clair, fort intelligent, de jugement sûr, de grande pondération, le Père Klingler était un des meilleurs ouvriers apostoliques du Vicariat, où il a travaillé pendant 40 ans. Après voir occupé divers postes secondaires de 1888 à 1897, il fut pendant 15 ans Supérieur du Petit Séminaire, puis il succéda à son frère aîné, le Père Adolphe Klingler, dans la direction du poste de Bảo-Nham, fondé par celui-ci en 1884.

    Dès quils eurent appris la mort de leur vénéré pasteur, les chrétiens de Bảo-Nham accoururent à Xã-Đoai pour demander la permission de ramener chez eux sa dépouille mortelle. Monseigneur le leur accorda volontiers, et le 9 mai, après un service funèbre célébré dans la cathédrale par Sa Grandeur, entourée de onze confrères, dune douzaine de prêtres annamites et des élèves de nos deux séminaires, le corps fut transporté à Bảo-Nham, où linhumation eut lieu le 10 mai.

    Depuis lors rien ne sest passé parmi nous qui mérite dêtre noté sur les tablettes de lHistoire. Seulement, nous avons bien failli être témoins dun événement qui eût fait époque dans les annales de notre Mission. Déjà lannée dernière lannonce en avait été donnée au Bulletin en ces termes (je cite de mémoire ! ): Nous nous préparons à fêter solennellement, comme il convient, les noces dor de notre cher et vénéré Père Provicaire.

    Cette fête, en effet, promettait dêtre un événement sensationnel, dautant que, depuis la création du ciel et de la terre, jamais les provinces de Vinh et de Hatinh navaient vu célébrer de noces dor sacerdotales, pour la raison bien simple que, soit parmi les évêques, soit parmi les prêtres tant européens quannamites, personne encore navait vu se lever laurore de sa cinquantième année de sacerdoce. Or, cette fois, lun de nous, et non des moindres, certes, allait enfin atteindre ce cinquantième anniversaire ! A vrai dire, il y eut bien de temps à autre quelques inquiétudes à ce sujet : la santé de notre vénérable doyen semblait décliner : arrivera-t-il, se demandait-on, jusquau jour désiré ? Si jarriverai ! clamait le futur jubilaire, mais vous savez bien que je vous enterrerai tous et que rien na la vie dure comme les vieux chênes de Bretagne.

    De fait les quelques accrocs survenus à une si robuste santé furent vite réparés et notre espoir saffermit de voir enfin comment cétait fait, ou comment ça se faisait, des Noces Dor. Il y aurait sûrement foule à pareille fête, étant donné que le lieu de sa célébration est à proximité de la voie ferrée qui traverse maintenant tout le Vicariat, et que, dautre part, le jubilaire est non seulement vénérable mais universellement vénéré et aimé ; chacun tiendra à venir lui présenter ses félicitations pour le passé et le présent et ses meilleurs vux pour lavenir. Et les langues daller leur train....

    Les Annamites étaient encore plus désireux que nous de voir comment se célèbrent des Noces Dor. Ce devait être, pensaient-ils, une fête grandiose et gigantesque avec banquet digne dun si rare événement : la gent porcine, voire bovine, des alentours navait quà bien se tenir. Sans doute il faudrait bien casquer un tentinet pour garder la politesse et aider à couvrir les frais, mais, du moment quil y a fête, et grande fête, cest-à-dire foule endimanchée, foule joyeuse et banquet, on ne regarde pas à sortir quelques sous, voire quelques piastres !

    Mais voilà, malgré lannonce parue un an à lavance dans le Bulletin, jai eu beau ouvrir les yeux et les oreilles, je nai jamais rien vu ni ouï dire en fait de préparatifs pour la fête tant attendue. On ma conté seulement, quun respectable colis ayant, je crois, les apparences dune caisse assortie pour le banquet sans doute fit une entrée subreptice dans les appartements du jubilaire, lequel, dun froncement de sourcils olympien, lui fit prendre en vitesse le chemin de la porte et même de lexil perpétuel, à telles enseignes quon na jamais su ce quétait devenu ce précieux colis.

    Cest que, joubliais de vous le dire, il y a dans la Sainte Eglise plusieurs façons de concevoir les noces dor sacerdotales. La plus commune, sans doute, considérant que lhomme est composé dune âme et dun corps et que celui-ci doit avoir sa petite part aux fêtes de celle-là, admet volontiers un peu de solennité et de pompe extérieure, de belles décorations, des fleurs et des guirlandes pour le plaisir des yeux, des chants et de la musique pour lagrément des oreilles, de fraternelles et joyeuses agapes pour le contentement et la délectation des curs.

    Il est une autre manière de voir, assurément plus simple et plus rare, qui sabstrait davantage du côté matériel et sensible, mais pourtant ne manque pas de noblesse et dattraits, Il semble bien quelle soit le partage exclusif des descendants, assez clairsemés à notre époque, de cette illustre Fille de Roi dont lEcriture nous dit quelle mettait et gardait toute sa gloire à lintérieur, cest-à-dire dans lintime de lâme. Notre vénéré Provicaire est sans doute de cette noble lignée, car il voulut fêter son cinquantenaire sacerdotal dans la plus stricte intimité, cest le cas de le dire, seul à seul avec le bon Dieu, sans Evêque, ni confrères, ni amis, ni fleurs, ni chants, ni agapes, ni quoique ce soit dextérieur. Omnis gloria ejus ab intus, absolument comme la Fille du Roi.

    Seulement, le dimanche qui précéda le jour anniversaire de sa prêtrise, avant ou après le sermon, je ne sais plus, il dit à ses ouailles : Mes frères, ou plutôt, mes enfants, voilà cette semaine cinquante ans que je suis prêtre ; mercredi je dirai la messe pour remercier Dieu de ses grâces et lui demander pardon de mes fautes pendant ces cinquante ans. Ceux dentre vous, qui voudront bien venir à la messe et avoir un souvenir pour moi dans leur communion ce jour-là, me feront plaisir et je leur en serai reconnaissant.

    Et voilà comment le banquet des noces dor de notre excellent Provicaire na été autre que le Banquet eucharistique, auquel prirent part 1100, dautres mont dit 1200 de ses paroissiens.

    Fasse le Ciel quau jour de ses noces de diamant nous soyons au moins admis à contempler de près un spectacle si édifiant !
    Le 15 octobre.


    Hunghoa

    Après les eaux trop abondantes de juillet et août, la sécheresse ; aussi, la moisson du 10e mois est-elle bien compromise dans une grande partie de la Mission !

    Mgr Ramond a célébré les fêtes de la Toussaint au Petit Séminaire de Hà Thạch. Le dimanche suivant, Sa Grandeur bénissait une cloche, dans une chrétienté voisine, à Bãi-Dòng. Professeurs et élèves assistèrent naturellement à cette cérémonie, et grande fut la joie des chrétiens. Ces braves gens, dont lunion parfaite soutient lesprit de foi, sont fiers de leur petite église, et du nouveau clocher qui lembellit ; puisse leur cloche sassocier à ses trois surs du Petit Séminaire, et à celle de la paroisse de Hiền-Quan, de lautre côté du Fleuve-Rouge, pour chanter les louanges de Dieu et attirer à notre Ste Religion les populations païennes du voisinage !

    A nouveau, le Père Blondel a dû recourir aux soins de loculiste. Notre cher confrère, qui, déjà, ny voit guère de lil gauche, se trouve avoir à lil droit un ulcère, qui ronge la cornée. Le médecin lui fait des pointes de feu au thermocautère, et il est aisé de deviner combien cette opération délicate le fait souffrir. Mgr Ramond la autorisé à dire la messe de Beata. Tous, nous faisons des vux pour que notre confrère, toujours actif, et si dévoué aux chrétiens de la région de Yên-Bái, puisse garder la vue, et reprendre bientôt, complètement guéri, son ministère laborieux.

    On nest jamais trop clair dans ses lettres ; un de nos confrères, pourtant déjà âgé, vient den faire lexpérience.

    Au cours dune récente tournée apostolique dans les chrétientés de sa paroisse, il se sentit fatigué ; était-ce lestomac, était-ce lintestin, rien plus ne marchait. Inquiété par cette fermeture hermétique, et à bout de patience, il résolut de recourir aux grands moyens.

    Parti sans le nécessaire, il dut, vu la distance, agir par correspondance, afin de recevoir, dans le plus bref délai, les objets nécessaires à son soulagement.

    Il avait bien indiqué, et le nom, et la forme de ces objets, ainsi que leur usage, et lendroit où les trouver.

    On les lui rapporta, avec assez de diligence, mais non complètement ; un petit paquet lintriguait, que pouvait-il bien contenir ? Il le défit soigneusement et y trouva, vous devinez avec quelle surprise désenchantée, un. compte-gouttes, soigneusement renfermé dans son étui. Comment, avec un instrument de pareil calibre, songer à une transfusion rapide de deux litres ?

    Comme lopération eût été longue, et le résultat trop reculé, un deuxième émissaire fut envoyé, avec instructions verbales suffisantes, qui, cette fois, suivies à la lettre, firent trouver, dans larmoire aux médicaments, lobjet tant désiré. Le résultat ne se fit pas attendre, et notre confrère, heureusement remis, put continuer sa tournée. Il se souviendra du compte-gouttes, et je gage que, désormais, lautre ustensile trouvera une place spéciale dans son bagage apostolique.

    A Hưng-Hoá, le Père Laubie, notre Benjamin, na pas encore de ces soucis. Quatre mois après son arrivée au Tonkin, il a commencé à affronter les émotions de la chaire ; anciens et nouveaux chrétiens ont pu déjà plusieurs fois apprécier, sinon son éloquence, tout au moins la lecture bien articulée de ses premiers sermons. La glace est rompue, et, espérons-le, les succès oratoires viendront couronner peu à peu ses efforts.
    Le 12 octobre.


    Phatdiem

    Voici de bonnes nouvelles, extraites du rapport de Mgr Marcou.

    UNE TOURNÉE PASTORALE DANS LA PROVINCE DE THANH HOA
    EN OCTOBRE 1928.

    Le 10, réception solennelle dans le village de Yen-Trung, gros centre payen, dont, ces derniers temps, 200 habitants ont demandé à se convertir ; la plupart nont pas encore étudié, cependant un petit groupe est déjà assez instruit. Les notables payens ont assisté nombreux à la réception de lEvêque et ont écouté volontiers la petite conférence qui leur a été faite.

    Un prêtre passera quelques jours à Yen-Trung pour examiner les catéchumènes, choisir ceux qui sont suffisamment instruits et les préparer au Baptême et à la Confirmation.

    Pendant ce temps (du 10 au 19), une retraite a été donnée à la paroisse de Phuc-Dia, érigée ces dernières années et qui comptera prochainement un millier de chrétiens. Au cours de cette retraite 11 adultes ont été baptisés.

    Le 19 octobre retour à Yen-Trung pour le baptême de 32 catéchumènes. Nombreuse assistance de payens. Instruction aux catéchumènes, puis conférence aux payens.

    Le 20 octobre, administration de la Confirmation aux baptisés de la veille. Visite des notabilités payennes du canton. Visite des notabilités payennes de la commune. Au cours de ces deux visites la religion catholique fut le thème de la conversation.

    Le dimanche 21 octobre, 25 adultes furent baptisés à Ke-Lang et une retraite de trois jours fut donnée à cette paroisse.

    Le 23 octobre, dans la matinée, nous allâmes à Cho-Neo, village entièrement payen, dont quelques habitants ont manifesté un peu le désir de se convertir. Réception bruyante. Deux ou trois cents habitants, parmi lesquels quelques notables influents du village, assistèrent à la longue conférence qui fut donnée sur la religion catholique. Un brave homme a mis sa maison à la disposition du curé pour y ouvrir un catéchuménat. Déjà une vingtaine de familles ont promis de se convertir, dès quil y aura un catéchiste à poste fixe.

    Dans la soirée de ce même jour nous visitâmes une famille chrétienne, qui vit isolée dans le village payen de Lu-Kham. Les habitants de ce village avaient été informés de notre visite. Aussi, une quarantaine de personnes, dont une douzaine de notables, vinrent écouter, avec intérêt semble-t-il, la conférence que leur donnèrent Monseigneur et les deux prêtres indigènes qui laccompagnaient.

    A lobjection si souvent faite : devenir chrétien cest abandonner ses père et mère et ses ancêtres, il a été répondu longuement.

    Le 24 octobre, 12 adultes furent baptisés à Ke-Va, et cette paroisse eut trois jours de retraite.

    Ensuite départ pour Ninh Binh .

    De cette consolante tournée pastorale quelles leçons devons-nous dégager ? Cest, dabord que dans les districts, où les prêtres mettent en pratique le duc in altum, le succès, quand bien même il ne serait que relatif, couronne leurs efforts et que laudaces fortuna jtwat se réalise encore de notre temps.

    Ensuite, nous avons besoin de catéchistes zélés. Comme il est à désirer que les élèves de nos écoles de catéchistes se mettent bien dans lesprit quils sont appelés à de très nobles fonctions et quils se trompent grandement lorsquils pensent que, parce quils ne sont pas entrés au séminaire, leur situation nest quune situation de fortune, en attendant le découragement final ! Quils sachent donc bien quils sont appelés à être les aides nécessaires du Prêtre ! Nest-ce pas une belle vocation ?


    Quinhon

    Mgr Grangeon nous est revenu de Saigon le 25 octobre après avoir subi deux légères opérations aux yeux, prélude de lopération de la cataracte dans 6 ou 7 mois.

    Notre nouveau confrère, le P. Alexandre, est arrivé à Quinhon, par voie de terre, le 20 octobre, après sêtre, la nuit précédente, réveillé dans leau boueuse des rizières, où lauto postale était allée choir. Aucun accident de personne heureusement. Le P. Alexandre a reçu le nom de Trí (et va étudier la langue à Phu-my (Binh-dinh).

    On sait le succès de lapostolat dans la région de Kontum (17.641 catholiques), mais on ignore plus généralement que des essais dapostolat auprès des Sauvages ou Moys furent jadis tentés sur la frontière du Phu-yên, quen ce moment un prêtre annamite, le P. Linh, sefforce avec succès dentamer les Moys du Khanh-hoa et quun missionnaire tente la même uvre au Quang-ngai. Dans cette dernière province, le P. Escalère a réussi à convertir quelques Moys de la région ; il a appris leur langue pour les instruire et a toute une famille Moy à son service, homme et garçons travaillent chez lui, femme et filles au couvent. Ce sont des descendants de ceux qui ont hébergé et sauvé des chrétiens en 1885, grâce de Dieu, sans doute, que leur a valu cette bonne action. Quelques-uns encore demandent le baptême, mais, comme ils sont isolés dans les villages, le Père nose leur accorder cette grâce pour le moment ; il essaie de fonder un centre près dun village annamite chrétien, afin de pouvoir leur inculquer plus facilement les principes de la religion et les éloigner des occasions de retourner à leurs fétiches.

    Voici les résultats du dernier exercice, obtenus avec le personnel suivant : 1 évêque, 45 missionnaires, 78 prêtres annamites, 210 catéchistes, 5 religieux et 314 religieuses :

    Apostolat : La population catholique sélève à 71.239 âmes ; elle est répartie en 68 districts et 524 chrétientés. Les baptêmes ont été de 1.546 adultes (dont 110 in articulo mortis), 1.174 enfants de païens in articulo mortis, 2.869 enfants de chrétiens (les décès ne sont cette année que de 2.299). Il a été administré : 3678 Confirmations, 395.132 Confessions, 720.625 Communions, 1.540 Extrêmes-Onctions, 1.025 Viatiques, 1.048 Mariages.

    Education : Nous comptons un grand séminaire avec 22 élèves : un petit avec 93 ; 3 écoles de catéchistes, 166 élèves ; une école tenue par les Frères des Ecoles chrétiennes, 150 élèves ; 2 écoles tenues par les Religieuses de S. Paul de Chartres, 100 élèves ; 68 écoles élémentaires, 2.279 élèves ; au total 2.810 enfants reçoivent linstruction et léducation.

    Bienfaisance : Nous avons 16 orphelinats, 569 enfants ; un dispensaire, 34.712 malades secourus ; un hôpital, 67 lits, 798 hospitalisés ; une maison de retraite pour les prêtres âgés ou malades. Au total 36.084 personnes ont profité de nos 19 établissements de bienfaisance.
    Le 7 novembre.


    Hué

    La journée du 17 octobre a été marquée dun joli petit caillou blanc : elle nous amenait un tout jeune confrère de Paris, plein de gaieté et dentrain. Après quelques jours passés à Hué pour prendre contact avec les anciens et visiter les beautés de la capitale du vieux Royaume pacifique, il partait pour Đồnghới-Tamtoà, où, sous la sage et paternelle direction du Père Henri de Pirey, il va apprendre lannamite et faire ses premiers pas dans la carrière apostolique. Que le vicaire soit digne de son curé et que même il le surpasse !

    Tam-Toà est une des paroisses les plus importantes de la Mission. Le ministère y est très absorbant ; ce qui nempêche pas le titulaire de soccuper de luvre des catéchumènes, très nombreux. Le P. Henri de Pirey a, pour le seconder, un excellent vicaire annamite ; de plus son nouveau vicaire français, le P. Dancette, qui semble avoir une grande facilité pour létude des langues, ne tardera pas sans doute à savoir assez dannamite pour laider plus efficacement quil le fait aujourdhui. En face de ce funiculus triplex. le diable na quà bien se tenir ; il aura beau susciter des difficultés chez les catéchumènes de Vỏ-Xá ou ailleurs dans la paroisse et le district, il narrivera pas à décourager des volontés si parfaitement unies.

    Larrivée du Père Dancette a réjoui tous les curs, mais plus spécialement celui du Père Gabriel Piéters, qui était si heureux davoir à Hué un pays et surtout un aussi joyeux pays. Létat de sa santé sen est amélioré de suite ; malheureusement cela na pas duré. Mardi dernier (6 novembre), ce bon Père Gabriel a dû être trépané. Grâce à Dieu lopération a bien réussi et il semble quaucune complication nest à craindre.
    Le 10 novembre.


    Bangkok.

    Le jeudi 18 octobre est arrivé à Bangkok le Révérend Père Mirabel, parti de Paris le mois précédent. Cest un appréciable renfort que la Mission de Bangkok reçoit en sa personne, mais renfort insuffisant pour compenser la triple perte de missionnaires, faite en cette seule année 1928. Que Dieu, du moins, donne au cher Père Nouveau, longue vie et zèle ardent pour le difficile labeur de la conversion des âmes au Siam !

    S. E. Monsieur Arsène Henry, Ministre de France au Siam, accompagné de Madame, est arrivé à la capitale le 31 octobre. Ancien Chargé dAffaires de la République Française auprès du Saint-Siège, S. E. apporte à la Mission Catholique tous les parfums de Rome cueillis dans les Chancelleries Apostoliques, voire même dans notre Procure Générale de la Viale Policlinico. Sa présence sera très appréciée des missionnaires, et Madame Henry a déjà donné des preuves de lintérêt quelle porte à nos Etablissements religieux féminins.


    Malacca

    La communauté des Frères de Penang a perdu coup sur coup deux de ses membres : un Français, le Frère Emile, âgé de 85 ans, et un Céylanais, le Frère Leo, âgé de 77 ans.

    Le 21 octobre, Mgr le Coadjuteur ordonnait à Kuala-Lumpur le premier prêtre Indien de la Mission de Malacca. Notre clergé diocésain nest pas nombreux, puisquil ne compte que sept prêtres ; mais les différentes communautés sont maintenant représentées : trois Chinois, trois Eurasiens et un Indien.

    Le dimanche suivant, Mgr Perrichon bénissait, à 5 Kilom. de Kuala-Lumpur, une nouvelle église. Celle-ci remplace une chapelle qui datait denviron 25 ans. Le Père Hermann, curé des Indiens, mérite des félicitations pour avoir doté la Mission dune nouvelle église, solide, spacieuse et pas cher. Il y a autour de léglise environ 600 chrétiens, employés, pour la plupart, aux usines du Chemin de fer. Ils continueront, comme par le passé, à navoir la Messe que deux fois par mois. Ils ont bien supplié Mgr le Coadjuteur de leur donner un prêtre en résidence. Hélas ! Il est bien à craindre que le futur curé de St Joseph des Workshops ne soit pas encore né !

    Le P. Seet, à Matany-Tinghy, et le P. Maury, à Batu-Gajah, viennent de bénir la première pierre de leurs nouvelles églises.


    Birmanie Méridionale

    La santé du Père Joseph Mourlanne, depuis un mois et demi, nous a causé de graves inquiétudes ; la jaunisse, suivie de lopération des hémorroïdes, lavait laissé très faible. Puis, de fortes douleurs dans la région du foie firent soupçonner autre chose. Quoi ? Les Docteurs ne le savaient pas trop. Ils résolurent donc de faire une petite tournée dexploration dans lintérieur de notre pauvre confrère. Lopération devait avoir lieu le lendemain. Nous étions tous très inquiets vu son état de faiblesse. Cependant, le Docteur ayant décidé lopération, personne nosait rien dire. Le Docteur civil, frère dun Prêtre, qui avait vu le Père avant son entrée à lhôpital, apprenant quune opération était décidée, salarma et alla trouver le principal médecin de lhôpital pour lui représenter les dangers le lopération dans de pareilles conditions. Sur sa demande une consultation eut lieu ; lopération fut remise jusquà ce que le malade soit assez fort. Quadvint-il ? Le Père souffrit encore quelque temps, puis les douleurs allèrent en diminuant et disparurent. Lappétit et les forces lui revinrent peu à peu. Il put quitter lhôpital avec ordre de se reposer six mois. Il est maintenant au Collège de Penang, prenant ce repos entouré des soins expérimentés du Père Pagès et ayant le bonheur, lui, Supérieur de notre petit Séminaire, de revoir tous ses anciens élèves.

    Nous avons eu la visite des PP. Hervy et Falière, qui ont pris un peu de repos au milieu de nous. Le P. Falière navait pas revu Rangoon depuis 1914.


    Birmanie Septentrionale

    Cest le 13 octobre que notre cher Père Merceur arrivait à Mandalay. Avec une ardeur toute bretonne, il sest mis illico à létude de la belle langue de Shakespeare et, si rapides sont déjà ses progrès que, lorsque ces lignes paraîtront dans le Bulletin, notre ancien sous-officier aura vraisemblablement fait ses premières armes au confessionnal.

    Le P. François Collard suivait notre nouveau de quelques jours, bien remis, et tout à la joie de regagner ses montagnes Kachines que, après 22 mois dabsence, il lui tarde de revoir. Les nouvelles du P. Ghier sont bonnes ; il espère être de retour en janvier prochain. Par contre, le P. Juéry se voit condamné par la Faculté à rester encore en France ; les reins fonctionnant toujours mal, il devra retourner à Vichy.

    Prêchée par Mgr Foulquier, la retraite de nos prêtres birmans vient de se terminer. Tous ont pu la suivre cette année, et bien édifiante a été leur conduite.

    Le P. Lafon relève en ce moment les ruines de son ancienne école. Il a juste terminé un immense abri provisoire en bambou, qui lui permettra, en attendant de faire un monument de style, de loger tous ses orphelins.
    Le 29 octobre.


    Laos

    Nos rangs séclaircissent. Cest pourquoi avons-nous été tout particulièrement heureux de souhaiter la bienvenue à notre nouveau confrère, le Père Arnaud.


    A la fin du mois daoût la Mission de Nong-Seng était en fête. Elle célébrait les noces dor de la bonne Mère Ursule, dont lâge na ni courbé la taille ni ralenti lardeur. De ses 50 années de vie religieuse, la vénérable jubilaire en a passé près de 25 au Laos. Qui pourrait dire, qui pourrait surtout louer dignement les services quelle a rendus à notre Mission ? Dans son couvent, elle est comme lange tutélaire qui veille à tout. Rien ne sy fait sans elle, sans quelle lait inspecté, ordonné, ou même sans quelle ny ait mis la main. Levée la première chaque matin, le soir cest aussi elle qui veille la dernière, quelquefois bien tard dans la nuit, heureuse de prendre sur elle la tâche de ses Surs moins robustes. Et la bonne Mère va et vient, toujours aussi alerte le soir que le matin. Puissions-nous la conserver longtemps ! Cest la prière, jointe à ses actions de grâces, que la Mission de Nong-Seng offrait avec ferveur au bon Dieu en ce beau jour de fête.

    Mgr Gouin est allé prêcher la retraite des Religieuses de Oubone. Sans trêve ni repos, notre évêque ne cesse de parcourir sa Mission !

    Le R. P. Cousineau a répondu à linvitation de Mgr et a accepté de prêcher notre retraite annuelle.
    Le 7 octobre.

    Cette année la saison des pluies a été favorable aux rizières, mais, par contre, la santé des missionnaires en a souffert. Le P. Chatenet a eu un accès de paludisme, qui la obligé à descendre à lambulance de Paksè. Il y prenait la place du P. Cavaillier, qui y était venu pour soigner un phlegmon. Cest le deuxième séjour que le cher nouveau y a fait. Le premier avait été occasionné par un accès de fièvre. Cest le travail de lacclimatation, présage dune longue vie de missionnaire.

    Dernièrement Vientiane était en fête ; cétait la bénédiction des cloches. Le P. Thibaud, après avoir été à la peine, a été à lhonneur. On regrette que le P. Delalex nait pas pu assister à cette fête, lui qui a eu le souci de chercher largent et de commander les cloches. Il a eu tout de même la joie de les voir arriver en bon état.

    On vient de créer une Chambre de Commerce au Laos. Il y avait 68 électeurs, mais 43 votants seulement. Parmi les premiers vux émis par ce nouvel office, la construction dune ligne de chemin de fer de Tăn-ap à Thakhëk est à signaler.
    Le 4 novembre.


    Kumbakônam

    Dans les premières semaines du mois doctobre, plusieurs illustres personnages, pèlerins revenant du Congrès Eucharistique de Sydney, traversent les Indes. Parmi eux, le Prince Zika sarrête à Bangalore où il passe plusieurs jours.

    8 Oct. Nos deux Vicaires Généraux, les PP. Sovignet et Xavier, vont à Madras assister au sacre de Mgr Texeisa, Coadjuteur de Mgr de Castro, évêque portugais de Melyapore. De là ils vont à Bangalore, convoqués, en même temps que plusieurs évêques du Sud de lInde, par Son Excellence Mgr Mooney, Délégué Apostolique. Le système de la double juridiction venant dêtre supprimé dans le cours de lannée, lEglise de lInde se trouve dans le melting pot. La réunion qui se tient à Bangalore aurait pour but de mettre au clair la situation présente.

    20. Notre 1er Assistant, le P. Robert, débarque dans lInde et commence la visite de nos Missions. Il est accompagné dans sa tournée par le P. Monnier. Celui-ci vient darriver du Thibet et de traverser du Nord au Sud toute la presquîle de lIndoustan pour aller à Colombo rejoindre le P. Robert.

    Au cours de la grande guerre, le P. Prunier, ad gentes à Namakal, avait été lobjet de quatre citations à lordre du jour. Déjà titulaire de la Croix de Guerre, il vient de recevoir la Médaille Militaire, à laquelle ses citations lui donnaient droit.

    Au nom du Président de la R F., le plus ancien des gradés parmi les Missionnaires présents, a fait au cher P. Prunier, avec toute la solennité que comporte une pareille cérémonie, la remise de la Médaille Militaire.
    Le 1er novembre.


    Séminaire de Paris

    Le 16 septembre avait lieu la cérémonie du second départ qui, comme celle du premier, attira de nombreux et sympathiques assistants. Lallocution fut donnée par M. Tessier, professeur à Bièvres. On remarquait dans lassistance Mgr Vanneufville, protonotaire apostolique, M. Mac Cullagh, reporter de journaux américains, etc, etc.

    Le soir, les partants, au nombre de onze comme au départ précédent, prenaient joyeusement le chemin de Marseille, où ils devaient sembarquer le vendredi suivant.

    Le soir même commençait la retraite de rentrée pour les aspirants, qui se poursuivit pendant cinq jours et fut prêchée par M. Dujardin, prêtre de la Mission, ancien supérieur du Grand Séminaire de Beauvais.

    La retraite de Bièvres commença 24 heures plus tard et fut inaugurée par Monseigneur le Supérieur. Comme clôture de la retraite et sur linvitation de Mgr le Supérieur, Mgr Gaspais conféra les Saints Ordres, le samedi 22 septembre, à 3 prêtres, 3 diacres, 5 sous-diacres, 2 exorcistes-acolytes et 2 ostiaires-lecteurs.

    Le P. de Jonghe, secrétaire de la Commission synodale à la Délégation Apostolique de Pékin, a eu la consolation de bénir le 20 septembre, en léglise Ste Clotilde, le mariage de son frère, en présence de sa vénérable mère et de nombreux parents. Mgr le Supérieur assista à la cérémonie.

    La fête des Bienheureux Martyrs de Corée, le 26 septembre, a été célébrée cette année avec une solennité toute spéciale à cause de sa coïncidence avec les noces dor sacerdotales du P. Couvreur, ancien procureur de Singapore, ordonné prêtre le 21 septembre 1878. Les offices furent célébrés par le vénéré jubilaire, assisté à la grandmesse par MM. Boulanger et Parmentier faisant fonctions de diacre et sous-diacre, M. Garnier dirigeant les cérémonies.

    Les deux communautés étaient réunies et, avant le déjeuner, ont présenté leurs vux au jubilaire qui y a répondu avec entrain. A midi, le repas de famille réunissait, autour de Monseigneur le Supérieur et du jubilaire, NN. SS. Gaspais et Deswazières, les membres de ladministration centrale et des séminaires, les confrères présents à Paris et quelques autres venus exprès pour la circonstance. Au dessert, Mgr le Supérieur se fit linterprète de toute la Société pour féliciter le cher P. Couvreur dont loriginale figure est connue de tous en Orient comme en Occident. Sa Grandeur tint surtout à le remercier des services rendus à la Société ou à ses membres, puis donna lecture de la bénédiction du St-Père, envoyée par télégramme la veille. Le vénéré jubilaire remercia et en termes très personnels se défendit des éloges quon lui avait adressés et dit sa joie de se voir si cordialement fêté.

    M. Tessier a été nommé économe du séminaire de Bièvres.

    La Société vient de perdre en la personne de Mme la Marquise de Laubespin, 4ème Présidente de luvre des Partants, une de ses plus grandes et généreuses bienfaitrices. Elle aimait les M-E. comme sa propre famille et, à la fin de sa vie surtout, semblait ne plus vivre que pour elles. Agée de 92 ans, elle a joui jusquau printemps dernier dune parfaite santé et de la plénitude de ses facultés. Après avoir lentement décliné pendant quelques mois, elle sest vue affligée, ces dernières semaines, dune tumeur à la gorge qui la emportée après trois jours de souffrances chrétiennement supportées. Cest le jeudi 11 courant, avant le jour, quelle a rendu son âme à Dieu. Tout le personnel de lAdministration et du Séminaire et plusieurs aspirants sont allés prier à son lit de mort. Elle sera enterrée dans la sépulture quelle sétait elle-même préparée à Dracy-les-Couches (Saône-et-Loire). La levée du corps a eu lieu dimanche matin. Les P. P. Montagu et Papinot ont représenté la Société aux obsèques fixées au jeudi 18.

    Plusieurs visiteurs de marque ont passé ces jours-ci au Séminaire et fait visite à Mgr le Supérieur. Citons le P. Schram, de Scheut, qui retourne dans sa Mission de Mongolie, M. Augé, consul de France à Swatow, le P. Bertin, franciscain du Japon, la T. R. M. Sup. Gle des franciscaines Missionnaires de Marie, la Revde Mère Prieure des Ursulines de Swatow, etc.

    Précédés de plusieurs jours par le P. Bouffanais, nos étudiants de Rome ont quitté Paris jeudi 11 courant. Leur effectif, amoindri par le départ de MM. Destombes et Fuma pour les Missions, a été reconstitué par ladjonction de M. Dedeban (dAire) et de MM. Laubez (dArras) et Sibers (de Bayonne), ces deux derniers étant encore retenus à la caserne pour une quinzaine de jours.

    Ont été admis comme aspirants : Nos 41 à 43, MM. Laborie (St Flour), Thomasset (Dijon) et Quéguiner (Quimper).



    1928/745-768
    745-768
    Anonyme
    France et Asie
    1928
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