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Chronique des Missions et des Etablissements communs 3

Chronique des Missions et des Etablissements communs Tôkyô La précédente chronique de la mission de Tôkyô nous ayant été communiquée en deux fois, la seconde partie est arrivée trop tard pour pouvoir être insérée dans le dernier Nº du Bulletin, nous la joignons à la chronique de février. 6 janvier.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs

    Tôkyô

    La précédente chronique de la mission de Tôkyô nous ayant été communiquée en deux fois, la seconde partie est arrivée trop tard pour pouvoir être insérée dans le dernier Nº du Bulletin, nous la joignons à la chronique de février.

    6 janvier.

    Le 13 décembre, Mgr lArchevêque a béni à Denen Chôfu, près du Tamagawa, la nouvelle maison des Dames de St Maur pour la Sainte-Enfance. Lorphelinat se trouve à un bon quart dheure du couvent franciscain dont nous avons eu loccasion de parler ; un Père franciscain y va dire la messe chaque matin.

    Le 15 décembre, Mgr Chambon a également béni une maison pour enfants sains de parents tuberculeux, attenante à luvre de Béthanie, fondée par le P. Flaujac et desservie par le P. Bodin.

    Luvre de Béthanie a obtenu récemment une subvention de 5.000 yen de la Maison Impériale.

    2 février.

    Le dimanche 29 janvier, en la fête de St François de Sales, Mgr Chambon a béni dans le quartier de Mikawajima, à Tôkyô, les bâtiments provisoires : chapelle, presbytère et salle de réunion dune nouvelle paroisse. Elle est desservie par les PP. Salésiens de Don Bosco, dont le Supérieur au Japon, Mgr Cimatti, préfet apostolique de la mission de Miyasaki, était arrivé depuis quelques jours à Tôkyô, avec le nouveau pasteur, le R. P. Piacenza, et un frère coadjuteur. La bénédiction suivie de la messe a eu lieu à 9 h. ½ . A la cérémonie dinauguration assistaient, avec un groupe de chrétiens des quartiers environnants, les représentants de plusieurs communautés religieuses de la capitale.. Les missionnaires, occupés le dimanche dans leurs postes, sont venus dans laprès-midi du 31 janvier, après leur retraite mensuelle à Sekiguchi, rendre visite aux PP. Salésiens. Le 31 janvier étant le jour anniversaire de la mort de leur bienheureux fondateur, les missionnaires ont voulu profiter de loccasion pour offrir leurs souhaits de bienvenue aux nouveaux auxiliaires de la mission.

    Dans ce quartier de Mikawajima, depuis deux ans, un groupe détudiants de lUniversité Sophia a, sous la direction du R. P. Lasalle, S. J., ouvert une maison duvres, désignée sous le nom de Jochi Daigaku Settlement. On y réunit les enfants pauvres du quartier pour leur donner les soins temporels et spirituels que comporte leur condition. Outre les repas chauds qui leur sont servis, ils reçoivent à la clinique qui y est installée les soins bénévoles de quelques médecins de lUniversité du Keiô et des Surs Franciscaines de Marie. Les étudiants, aidés pour les groupes de petites filles, par des élèves des Dames du Sacré-Cur, président à leurs jeux et leur enseignent le catéchisme et certains travaux manuels. Des bazars de charité, des distributions de vêtements et de jouets, en particulier aux fêtes de Noël, ainsi que des séances diverses sy sont tenus à plusieurs reprises.

    Pour développer luvre, et remplacer linstallation provisoire en maison de location par un établissement définitif, il a été donné, le 29 janvier, un grand concert au Public Hall du parc de Hibiya, qui peut contenir, nous a-t-on dit, jusqua 3.000 personnes. Nous navons pas vérifié ce chiffre, mais nous pouvons certifier que le parterre et la tribune étaient combles, dès que commença la séance, à 7 heures du soir. Les auditeurs qui étaient venus témoigner leur sympathie à cette uvre charitable du Settlement, et entendre exécuter le programme musical par les artistes les plus en vue de la capitale, ont pu se féliciter davoir passé une soirée on ne peut plus agréable. Au milieu de la séance, le directeur du Settlement, le P. Lasalle, a adressé quelques mots de remercîments à lassistance, et a donné une esquisse de luvre qui a ensuite été illustrée par la projection sur lécran de quelques films vécus.

    Dans laprès-midi de ce même jour, 29 janvier, Mgr Chambon avait béni au Centre des uvres de presse catholique (Catholic Chuô Shuppanbu), à Kôji-machi, limprimerie qui vient dy être installée, et dont le matériel comprend notamment une rotative presque à létat neuf, achetée doccasion à un prix exceptionnel de bon marché, et deux autres machines, ce qui permettra dimprimer sur place les Revues catholiques : le Catholic et le Koye, et le journal hebdomadaire, Nihon Catholic Shimbun, ainsi que les publications religieuses de la mission et les commandes du dehors. La nouvelle imprimerie a été mise sous le patronage de St François de Sales, patron des uvres de Presse. Après la bénédiction des ateliers, une collation a été servie aux assistants, parmi lesquels se remarquaient, à côté des membres du Bureau de rédaction et des employés, plusieurs missionnaires, des directeurs et professeurs de lUniversité Sophia et du Collège des Marianistes, des PP. Franciscains et Salésiens, ainsi que quelques laïques qui ont témoigné plus spécialement lintérêt quils portent à luvre de la presse, Mgr Chambon a exprimé ses félicitations à la Compagnie de constructions Ogura, dont trois ingénieurs-architectes étaient présents pour la solidité et le bon aménagement du nouvel édifice, et les vux que tous forment pour lavenir de luvre de la presse catholique. Le Père Taguchi, qui est la cheville ouvrière du Chuô-Shuppanbu, a remercié lassistance, et sollicité la continuation des sympathies et des concours indispensables pour le succès de luvre à poursuivre et à faire progresser.

    Le P. Bertrand a quitté lhôpital des Surs Franciscaines Missionnaires de Marie à la fin de janvier, bien rétabli. Deo gratias.


    Osaka

    7 février.

    En 1931, le regretté P. Villion avait acheté dans la ville de Nara un terrain suffisamment grand et très bien situé pour y installer définitivement la mission catholique. Lannée suivante ont été bâties sur ce terrain les constructions suffisantes pour un centre dévangélisation.

    Sur le désir exprimé par la municipalité, de conserver à cet endroit le cachet antique de lancienne capitale de lEmpire, le style japonais fut adopté pour la chapelle. Il ny a pas lieu de le regretter, car laspect de cette construction ne peut que plaire aux visiteurs de Nara.

    Linauguration de ce sanctuaire, ainsi que linstallation du Père Mercier comme titulaire de ce poste eurent lieu pendant la veillée de Noël.

    Monseigneur Castanier, après avoir rappelé le souvenir des PP. Vagner, Takeno et Villion, dont les pénibles et patients labeurs avaient préparé de longue main la fête de ce jour, procédait à la bénédiction de la chapelle; de la résidence et des dépendances.

    Le P. Mercier commença ses premières armes en baptisant huit catéchumènes, et prenant la parole, exprima la joie dont son cur débordait à la vue du nouveau troupeau confié à son zèle.


    Séoul
    3 février.

    Maladie et mort de Mgr Mutel.
    Dans la chronique du mois de décembre, envoyée au Bulletin des M. E. le 2 janvier, jécrivais : au commencement de cette année, Mgr Mutel donnant lexemple, tous les confrères vont bien.... Jétais alors loin de penser que la chronique du mois suivant serait consacrée à la maladie et, hélas ! à la mort de notre vénérable et vénéré Vicaire Apostolique, mort survenue le lundi 23 janvier, à 9 h. 30 du matin.

    Jemprunte une grande partie des détails qui suivent aux notes écrites par Mgr Larribeau pour la famille et les nombreux amis du défunt.

    Le jeudi 12 janvier fut une journée très froide à Séoul, 18º avec vent du nord. Jeudi est notre jour de Prière perpétuelle; Mgr Mutel y était très fidèle, ainsi du reste quà tous les exercices de piété dun fervent prêtre ; selon sa coutume il se rendit à la cathédrale et, bien que le local fût glacé, y demeura longtemps en prière pour la mission. En rentrant dans sa chambre, il se rendit compte quil avait pris froid. Me voici grippé, se dit-il, comme les PP. Devise et Collard qui alors payaient leur tribut à la grippe.

    Le lendemain, le malaise était plus accentué, cependant Mgr ne voulut rien changer à son règlement ordinaire. Le samedi, la respiration devenant plus difficile, lentourage du malade, justement inquiet, fit venir un Docteur, jeune médecin coréen chrétien qui, jusquà la fin, avec une piété vraiment filiale, devait employer toutes les ressources de la science moderne pour guérir ou au moins soulager le vénéré malade. A sa première visite il constata un sérieux engorgement des bronches et prescrivit des inhalations, etc.

    Ce jour-là, fidèle encore à son règlement et ne voulant gêner personne, Mgr vint présider le souper, mais il ne put prendre quun peu de bouillon et remonta dans sa chambre sitôt le repas terminé, ce qui ne lui arrivait jamais, tenant beaucoup à prendre sa récréation avec ses prêtres afin de les obliger à se récréer eux-mêmes. La nuit fut mauvaise ; ne pouvant respirer en restant couché, il se leva dès minuit et passa le reste de la nuit dans son fauteuil.

    Le dimanche matin il célébra la messe avec grand peine, persuadé, ainsi quil le dit après, que cétait sa dernière messe, voulant encore une fois la célébrer pour les bienfaiteurs de la mission et les âmes qui lui étaient confiées.

    Le médecin constatant une aggravation de lengorgement des bronches, sans pneumonie toutefois, exigea les services dune infirmière experte. Nous ne pouvions mieux faire que de confier le vénéré malade aux soins des Surs de St Paul. Pendant une semaine, le Docteur, deux ou trois fois par jour, les Surs, tout le temps, nuit et jour, prodiguèrent leurs meilleurs soins mais sans pouvoir empêcher le patient de souffrir beaucoup et sans répit, ni le mal de tourner en pneumonie.

    Dès le début de la maladie Mgr Mutel navait pas eu de doute et ne sétait pas fait dillusion : il se sentait atteint mortellement et demanda à plusieurs reprises quon ne tardât pas trop longtemps pour lui administrer les derniers sacrements. Il appela son confesseur et, avec la candeur dun enfant pieux, il repassa en mémoire le cours de sa longue vie.

    Le mardi 18 janvier, en présence de tout le clergé de la ville, dun groupe de Religieuses, des catéchistes, Mgr renouvela sa profession de foi, reçut le Saint Viatique et lExtrême-Onction des mains de son Coadjuteur. Ensuite, à haute voix, autant que lessoufflement le permettait, il bénit Dieu pour toutes les grâces reçues, spécialement cette dernière, précieuse entre toutes, davoir le temps de se préparer, comme dans une retraite, au dernier passage, puis il nous fit ses adieux en nous bénissant.

    Monseigneur pensait finir beaucoup plus vite et ce lui fut comme une déception, le mercredi et le jeudi, de voir sa vie se prolonger. Il offrait volontiers ses souffrances pour la conversion des pécheurs et des païens, soit de lui-même, soit que la pensée lui en fut suggérée. On lui disait : Mgr, dites : Mon Dieu, je vous loffre, et dordinaire il répondait simplement : bien, bien, comme une chose réellement naturelle ; un jour quil souffrait davantage, il répondit à la même suggestion : oh oui ! à la 36ème puissance ! et avec une telle force de conviction que tous les témoins en furent émus et édifiés.

    La dernière nuit fut particulièrement pénible et sans le moindre repos. A 3 h., ne tenant plus au lit, où pourtant il nétait pas étendu, le pauvre malade se leva de lui-même et se mit sur son fauteuil. Vous souffrez beaucoup, lui dit Mgr Larribeau qui le veillait, Oh oui ! comme cest dur de mourir !. Il se remit au lit un peu avant 6 h. pour ne plus en sortir et à 9 h. 30 cétait fini. Lagonie avait été très courte et le moribond avait conservé presque jusquà la dernière minute toute sa connaissance. Né en 1854, Monseigneur Mutel allait entrer dans sa 80ème année le 8 mars.

    Aussitôt revêtu des ornements pontificaux, le corps fut porté à la crypte de la cathédrale où, malgré le froid, les prières ne cessèrent pas jusquau moment des obsèques qui eurent lieu le jeudi 26, à 9 h.30.

    Dès que la mort fut connue nous arrivèrent de partout des marques non équivoques de luniverselle sympathie dont jouissait lillustre défunt. Tous les chrétiens, sans exception, entouraient depuis longtemps lauguste vieillard de la plus profonde vénération, aussi sempressèrent-ils auprès de sa dépouille mortelle pour lui rendre les derniers devoirs. On pourrait difficilement imaginer comment ils auraient pu faire mieux, tant ils mirent de zèle et de tact à organiser toutes choses, cérémonies de la mise en bière, de la conduite au cimetière et de la sépulture.

    Les sentiments de nos catholiques pour leur évêque étaient largement partagés par tous ceux qui lavaient connu, sans avoir le bonheur de communiquer à la même foi, païens coréens et japonais, protestants dAngleterre et dAmérique. S. Ex. le Gouverneur Général fit prendre des nouvelles de Mgr dès quil connut sa maladie et offrit une corbeille de fleurs pour réjouir les yeux du malade; à lannonce de la mort, il envoya de suite son interprète porter ses condoléances et il se fit représenter officiellement aux obsèques. Dautres membres du Gouvernement Général, malgré le froid intense (20º), assistèrent au service funèbre ainsi que Mr le Consul de France en grand uniforme, M. M. les Consuls dAngleterre et dAmérique et de nombreux représentants de la communauté étrangère de Séoul.

    Les chrétiens des trois paroisses de la ville, beaucoup de délégués des chrétientés de province, 73 prêtres, Mgr le Préfet Ap. de Hpyeng-Yang, L. L. E. E. Mgr Chambon, Mgr Breton, Mgr Demange, Mgr Blois, Mgr Gaspais, Mgr Sauer (Vic. Ap. de Ouen-Sân), à lissue de la messe chantée par Mgr Demange et des cinq absoutes rituelles, Mgr Larribeau conduisant le deuil, accompagnèrent jusquau cimetière le corps du vénéré défunt.

    Le cortège sétendait sur une longueur de plus dun demi-kilomètre, la police assura avec beaucoup de bienveillance le service dordre sur tout le parcours de près de 6 kilomètres. Le spectacle était vraiment imposant et digne du grand évêque si imposant lui-même, qui en était lobjet.

    Il repose, ou plutôt son corps repose au milieu des confrères qui lont précédé et quil a tous connus, à la place quil avait désignée, mais nous ne doutons pas que son âme ait déjà part à la récompense.

    *
    * *

    Discours de Mr Depeyre, Consul de France à Séoul, sur la tombe de Mgr Mutel.

    Je ne saurais exprimer, ni rien ajouter à ce que vous tous ici présents savez de ce grand et saint homme de bien, de ce chrétien magnifique que nous venons accompagner à sa dernière demeure.

    Lémotion profonde que nous ressentons devant cette tombe encore ouverte ne laisse de place que pour nos regrets immenses et sincères.

    Cette fin que notre Archevêque attendait avec cette confiance et ce détachement céleste, dont il me faisait part quelques jours avant sa mort, est un enseignement qui illustre une fois de plus et avec quelle force la foi et le renoncement de nos missionnaires.

    En présence de tous ceux qui lentouraient et qui continuent son uvre, de son peuple cruellement affligé, au nom de la France lointaine et reconnaissante, jadresse le dernier adieu à Monseigneur Mutel qui travailla tant sur la terre ad majorem Dei gloriam et dont Celui qui vient de le recevoir à sa droite sait mieux que nous que ce quil a fait était grand.


    Taikou

    10 janvier.

    La dernière chronique annonçait la maladie du P. Bulteau, aujourdhui nous sommes heureux de faire connaître le parfait rétablissement de notre confrère, il est retourné dans son poste.

    Par contre, on apprend de Tôkyô que le P. Bertrand, très fatigué, est entré à lhôpital des Surs Franciscaines Missionnaires. Cette indisposition serait due, semble-t-il, aux suites dintoxication par les gaz pendant la guerre. Mgr Chambon qui communique cette nouvelle laisse espérer que le rétablissement du cher Père ne tardera pas.

    Dans les districts, cest actuellement lépoque des retraites de catéchistes. Les Pères, profitant de leur tournée dautomne pour remarquer les améliorations à apporter dans les chrétientés secondaires, réunissent, après la Noël, pendant quelques jours, leur petit état-major de catéchistes résidants et prédicants. Trois jours pleins de récollection spirituelle, de discussions pratiques et davis appropriés rechargent ces braves gens pour une nouvelle année de travail ; ce sont ces réunions qui permettent le mieux aux missionnaires de donner à leur district sa physionomie propre et une impulsion nouvelle.

    De la province, le P. Beaudevin signale lachèvement du clocher et des murs de son église, le tout, dit-on, dun puissant effet.

    Les 9 et 10 janvier ont eu lieu les examens au grand séminaire, à la suite desquels les élèves partent en vacances de printemps jusquà la fin du mois.


    Chengtu

    30 décembre 1932.

    Contrairement à notre attente, la guerre ne semble pas près de finir. Pour linstant, autant quil est permis de tabler sur les on dit, Lieou ouen houi, après avoir arrêté les troupes de la 21ème Armée au-dessous de Kiating, ferait une concentration vers Jen cheou, une autre vers Sintsin et naurait nullement lintention de se retirer à Yachow.

    Il est même question de son retour à Chengtu, et cette perspective nest guère rassurante dans le cas où les occupants actuels refuseraient de céder la place sans combat. LEvêché est donc, même actuellement, un lieu de refuge très apprécié.

    Le P. Josset jouit encore de la charitable hospitalité de S. E. Mgr Jantzen. Mr Marc Tang, retour de Rome, après avoir usé pendant deux mois du même privilège, crut bien faire de se mettre en route via Shunking. Mal lui en prit, car il a été dévalisé complètement. Il attend patiemment chez Mgr Paul Ouang des jours meilleurs pour achever son voyage.

    Ce qui précède suffit à justifier le renvoi de notre retraite annuelle, à une date qui sera fixée en temps opportun.

    15 janvier.

    Les on dit ci-dessus sont devenus une réalité ; 50.000 hommes appartenant aux 28ème et 29ème armées occupent Chengtu, ils ont construit de formidables défenses tout autour de la ville dont ils ont fait un véritable camp retranché. Ils paraissent décidés à résister et à empêcher le Maréchal Lieou ouen houi, gouverneur civil de Chengtu, de rentrer dans la capitale.

    Ce dernier ne paraît pas être impressionné par ces préparatifs et ses troupes, qui avancent par plusieurs routes, ne tarderont pas à prendre contact avec lennemi.

    Le P. Pinault, curé de Pachow, signale que les communistes, refoulés du Chensi, ont occupé Tongkiang et quil est sans nouvelles du prêtre indigène chargé de ce poste. Le. P. Eymard parle également dun mouvement communiste dans les campagnes autour de Paolin.


    Chungking

    1er février.

    Le 15 janvier, les exercices annuels de la retraite réunissaient de nouveau à lévêché notre modeste collège apostolique, que les morts ou les départs ont tant affecté depuis quelques années. Le P. Sallou en fut le prédicateur aussi écouté quautorisé, et ses confrères lui savent gré davoir ajouté à la solidité de la doctrine quelques examens pratiques de conscience, où chacun pouvait aisément reconnaître ce quil avait à corriger, ou plutôt soyons justes à éviter.

    Une sérieuse maladie, que nous sommes heureux de savoir aujourdhui en bonne voie de guérison, retenait à lhôpital le P. Mann, aumônier du Carmel. Cette fois encore, le P. Marrot nosa pas exposer ses infirmités à linclémence de la saison, au grand regret des jeunes, qui nont pu avoir jusquici le bonheur de faire sa connaissance.

    Le P. Gibergues, qui nous a habitués à une exactitude si ponctuelle, nest arrivé cette année quà la fin des exercices. Cest quil revenait avec armes et bagages de son brillant district de Ma-pao-tchang, prendre à notre église cathédrale de Chungking la place du P. Casimir Cacauld, qui bientôt ira jouir en France de son premier congé, que 44 ans de mission et dactivité apostolique sans cesse sur la brèche lui ont tant mérité.

    Comme notre retraite coïncidait à peu près avec celle de nos religieuses de tout Ordre, S. E. Mgr Jantzen en a profité pour faire appel au dévouement oratoire des spécialistes. Le P. Gibergues, au verbe si spontané, et dont la longue expérience de direction sait nuancer à merveille les conseils selon la nature et les besoins des âmes religieuses, prêcha la double retraite des Surs Franciscaines M.M., européennes et indigènes. Le P. Déléon fut le prédicateur très goûté de notre Carmel de Tsen-kia-gai et des Servantes du Sacré-Cur. Il a remué de fond en comble les curs et les âmes, nous écrit-on. Félicitons-nous de cette douce et intense motion vers les cimes de la vie spirituelle : toute la mission, et son clergé en particulier, en partagera les heureux fruits, et remercions-en celui que S. E. Mgr le Supérieur appela la crème des hommes, et que nous sommes autorisés à appeler maintenant la crème des hommes de Dieu.

    Le chroniqueur, lui, qui ne peut que se réjouir des succès de ses confrères, ne prêchait rien du tout. Mais il se souvenait que jadis ses confrères de départ en ces nominations officieuses qui prétendent être dinspiration plus avertie que lofficielle le désignèrent comme futur aumônier de Carmélites. Nétait-ce que pour avoir un piquant sujet de caricature ; ou était-ce pour le convertir ? Il ne le sut jamais. Et jamais il ne fut jugé suffisamment onctueux pour cette délicate vocation, en laquelle il eût fait, a-t-on dit, figure de père ours. Son professeur de mathématiques lui avait prédit au contraire quil serait professeur de philosophie, ce qui est peut-être arrivé, et ce qui peut toujours être, car il arrive quen mission, et même ailleurs, il faut être muni dun sérieux bagage de philosophie pour tenir le coup...; et son professeur de rhétorique, quil serait professeur de littérature romantique. Le romantique était de trop ; car elle est fort peu romantique la vie que mène en Chine le missionnaire, depuis lavènement de la première république des trois principes. On ny subit que trop le choc douloureux des réalités, et ils ne sont glorieux que dans leur douleur ou limmobilité quon leur impose, les pieds des porteurs de la paix.


    Suifu

    1er janvier.

    Nous sommes au troisième mois de la guerre la plus meurtrière qui ait ensanglanté le Szechwan depuis la proclamation de la République. Au 18 décembre, chaque camp comptait plus de 15.000 hommes hors de combat.

    A la fin de novembre, le maréchal Lieou ouen houi repliait son armée derrière le fleuve Min kiang, entre Kiating et Sintsin, et ly réorganisait. La 21ème Armée, la talonnant de près, prenait position sur la rive opposée, la rive gauche.

    Entre temps, Lieou ouen houi réussissait à sassurer, momentanément du moins, la neutralité du seigneur du Szechwan septentrional, le maréchal Tiên song iaô, commandant la 29ème Armée, dont lhostilité lui fit perdre la bataille du fleuve Tô kiang, en lobligeant à immobiliser à Chengtu ses meilleures troupes.

    Il quittait Chengtu le 7 décembre et établissait son quartier général à Mei tcheou (caractères chinois), à mi-route entre Kiating et Sintsin.

    Le 10, au soir, il déclenchait loffensive générale. Elle était menée par 54.000 hommes, répartis en trois corps de 6 brigades chacun. Lobjectif de laile gauche était Jeu cheou (caractères chinois) ; celui du centre, Tsin ien (caractères chinois) ; celui de laile droite, Iun hien (caractères chinois). Hâtons-nous de dire que des deux côtés les soldats furent braves et se battirent avec acharnement.

    Dès le 12, la ville de Kiating, assiégée depuis le 5, était dégagée, et cinq autres jours de durs combats rejetaient ladversaire à 60 kilomètres à lest du Min kiang.

    Au 17 décembre, à partir de Fou kia tchang (caractères chinois), à 15 kilomètres au sud-est de Jen cheou, le front longeait la route de Jen cheou à Iun bien jusquà Chouang kou fen (caractères chinois), à 20 kilomètres à lest de Tsin ien et de Chouang kou fen, contournait le mont Lao kuin tai pour passer les marchés de Tié tchàng pou et de Iang kia tchang à 10 kilomètres au sud de Iun hien.

    Du 17 au 23, en dépit dattaques et de contre-attaques très violentes, aucun avantage marqué pour lun ou lautre parti. Flux et reflux ; le front est stabilisé ; les deux adversaires semblent être à bout de souffle. Néanmoins., dans la journée du 20, laile gauche de la 24ème Armée refoule sur Tzechow les alliés du maréchal Lieou siang, les généraux Li kia iu et Lo tse tcheou, qui couvraient laile droite de la 21ème Armée.

    Puis, tout à coup, le 24 décembre, on annonce que larmistice est signé et que les pourparlers de paix vont commencer.

    Pour terminer, le chroniqueur ne peut pas ne pas citer deux faits qui se sont passés pendant le siège de Kiating et qui, sils ne sont pas miraculeux, sont du moins admirables et font toucher du doigt la protection divine.

    Le 6 décembre, un obus tombe sur le toit de lancien parloir des filles de la Doctrine chrétienne, un local de 16 mètres carrés à peine, le défonce, explose en touchant le carreau macadamisé et crible de ses éclats les quatre cloisons et la moustiquaire du lit qui y était dressé, mais ni lenfant de 12 jours et sa petite sur qui étaient couchés dans le lit, ni leur mère et trois autres femmes qui se trouvaient dans cette salle ne sont blessés. Les éclats de ce projectile qui purent être recueillis pesaient 2.420 grammes.

    Le 11 décembre, une bombe à ailettes, de fabrication américaine, établissements Peters Victor, est tombée en éclatant sur le passage couvert de notre école moderne de filles. Quatre étudiantes qui se trouvaient réunies à cinq pas à peine du point de chute de lobus ont été blessées, mais légèrement. La plus fortement atteinte a reçu un petit éclat pesant environ un gramme, qui sest incrusté dans la partie charnue de la joue droite, juste au-dessous de la pommette ; un autre éclat lui a blessé le pavillon, face interne ; un troisième enfin la frappée un peu plus haut, dans le cuir chevelu.


    Ningyuanfu

    janvier 1933.

    Le Kientchang
    Cette année, tous les districts ont pu célébrer la fête de Noël dans la ferveur et le calme. Partout les chrétiens se sont approchés nombreux des sacrements ; même dans les districts où quelques semaines auparavant on défendait de prier, lassistance a été très consolante. Nous constatons aussi avec joie que nulle part dans la mission la fête na été troublée par des manifestations anti-chrétiennes détudiants ou de soldats.


    Tatsienlu

    1er janvier.

    Le dimanche, 3 décembre, Monseigneur Valentin bénissait et inaugurait les stations du chemin de croix à la cathédrale. Nombreuse assistance de chrétiens sans compter les écoles.

    Le lundi, 12 décembre, le P. Pasteur quittait Tatsienlu pour se rendre à Monkong afin de permettre au P. Charrier daller soigner son estomac fatigué. Arrivé au poste de Tampa, le cinquième jour de son voyage, le P. Pasteur écrivait à Monseigneur Valentin que, vu létat des routes entre Tatsienlu et Tampa, il serait bien difficile au P. Charrier de voyager en chaise. Sur ces entrefaites le P Charier écrit quil va mieux depuis sa dernière crise : il veut tenir encore et viendra à la retraite ; le P. Pasteur pourra donc reprendre sa place à la paroisse de Tatsienlu. Vu notre petit nombre, il est fort à souhaiter que ce mieux soit durable.

    A la fête de Noë1, précédée la veille de six baptêmes dadultes, une installation électrique temporaire donnait à léglise un petit cachet moderne et permit à tous les assistants de bien voir se dérouler les cérémonies sans déranger leurs voisins pour cela.

    Le 26 décembre, Mgr le Coadjuteur répondant à linvitation pressante du R. P. Supérieur de la léproserie se rendait à Mosimien pour administrer la Confirmation et voir les constructions déjà terminées ou en voie dachèvement ; de là, S. Exc. visitera rapidement les postes de Lentsy et de Chapa et vers le 7 janvier, sera de retour à Tatsienlu.

    Nos trois séminaristes de Pinang nous reviennent via Hanoi-Yunnan, si toutefois ils ont pu recevoir à temps la lettre leur indiquant la route à suivre.

    Du Loutsekiang, le P. Genestier écrit que la construction de son église (elle lui a donné bien des soucis) sera probablement terminée pour la deuxième lune. En conséquence il demande que le P. Goré soit délégué pour bénir église, chemin de croix, cloches, etc..

    A Yerkalo les Thibétains se gardent bien de rétablir la poste ; nous avons cependant des nouvelles du P. Nussbaum, il nous dit que les chrétiens nont pas lesprit assez militariste aux yeux de Kongka lama et, pour le leur inculquer, celui-ci fait tomber sur eux une pluie damendes. Vingt chrétiens sont constamment sous les armes et certains parlent de chercher un coin de planète où lon entendrait moins le cliquetis des sabres.

    A Bathang, la résidence de la mission est toujours occupée par la troupe, les tombeaux des Pères ont été violés une fois de plus et les ossements déterrés. Kelsongtserine, évadé, serait, dit-on, auprès de Mlle Lieou man tsin, commissaire du gouvernement de Nankin dans cette région.


    Kweiyang

    26 janvier.

    Dabord un mot de nos malades. Le P. Bacqué écrivait à Mgr Seguin, de Shanghai, le 2 décembre, à la veille de sembarquer pour la France: Le Dr Richer ma fait appeler ce matin pour me montrer les résultats de la radiographie et ma dit que si jétais venu ici seulement six mois plus tôt, ma guérison naurait été laffaire que de quelques jours. Il aurait pu, a-t-il ajouté, même maintenant, essayer de me traiter ici, mais la pénurie de radium et dinstruments rendent la guérison problématique, tandis quà Paris jai 97 ou 98 chances sur 100 de guérir.

    Le P. Ménel est devenu un peu plus ingambe, il va tout seul à la chapelle et au réfectoire et est très heureux ainsi. Le P. Noyer a recommencé à dire la messe le jour de Noël et depuis a pu continuer à la dire, il récite son bréviaire sans difficulté et, appuyé sur sa canne, peut circuler tout seul dans lévêché, même monter et descendre les escaliers. Puisse-t-il se remettre au point de reprendre son ministère !

    En politique locale il y a encore un revirement. Ouang Kia lié, que le Bulletin du mois précédent avait emmené et laissé à lextrémité S. E. du Kouytchéou, a cédé assez brusquement à une envie de revanche, est revenu sur ses pas et, au bout dune dizaine de jours, sest représenté en vue de Kweiyang.

    Le dimanche, 8 janvier, les portes de la ville étaient fermées et les confrères du faubourg sud partis pour tirer le gâteau des Rois durent, déçus, revenir sur leurs pas, sans royauté et sans gâteau ; ils eurent cependant un dédommagement : lattaque venant du sud, ils se trouvaient aux premières loges et quelques-uns dentre eux, brillants soldats de deuxième classe de jadis, à lâme plus militaire, à lesprit plus curieux de stratégie, étaient montés à létage supérieur du probatorium pour surprendre les secrets de la manuvre. Ils les tenaient presque lorsque quelques balles sifflant à leurs oreilles les ramenaient en bas un peu plus vite quils nétaient montés.

    Dès le mardi, les défenseurs de senfermer à labri des remparts et les assaillants de se préparer à lassaut : barricades dans les rues, mobilisation générale de cordes et déchelles. Dans la nuit du mercredi lattaque était lancée, peu de canon, heureusement, mais fusillade nourrie et crépitement des mitrailleuses avec, comme accompagnement, de défenseurs à assaillants, un vacarme ininterrompu de défis et dinvectivés à rendre jaloux les héros dHomère. Pour éclairer les abords, les défenseurs jetaient, du haut des murs, des flocons de coton imbibés de pétrole, malgré cela les échelles purent atteindre les murailles et les plus hardis y montèrent, mais arrivés à la hauteur des créneaux ils étaient embrochés et précipités en bas.

    Ce fut léchec et, dès le lendemain, on put croire à la levée du siège ; sans que les portes souvrissent larmée Ouang sen allait. Ce nétait quune absence momentanée pour aller, à 25 kilomètres vers lest, battre une armée Tché yu jou accourant au secours des assiégés et revenir de plus belle et avec plus de courage pour un nouvel assaut.

    Lattaque eut lieu le 18, à 2 ou 3 heures du matin, encore plus furibonde que la précédente, plus de mordant chez les assaillants pressés den finir et, de la part des défenseurs, fusillade plus nourrie, crépitement des mitrailleuses plus prolongé, plus de fureur dans linvective, mais moins de vigilance, plus dun lâchait sa kyrielle de malédictions et son coup de fusil sans quitter le coin de son feu, le fusil entre les genoux, crosse à terre et canon en lair. Aussi lassiégeant arrivait à mettre le pied sur la muraille, près de la porte de lest, courait aux portes et finissait par sengouffrer en ville vers les 5 heures du matin. Peu sen fallut 5 ou 10 minutes que les deux chefs de la défense, Mao, chef de la XVIIIème armée et Yeou, gouverneur de la province, ne fussent pris dans leur lit. Ils réussirent à séchapper par la porte du nord avec une partie de leurs soldats et à se retirer sur Tseny, au nord de la province.

    Durant ces huit ou dix jours de bataille il y a eu environ 300 morts, tous soldats. Les habitants ont été éprouvés, sans doute, mais cela aurait pu être pire : durant le siège, ils ont souffert un peu du manque de vivres et davantage du manque de combustible : il y a bien eu aussi des pillages isolés de la part des nouveaux occupants, mais le pillage général et organisé que lon avait à craindre fut épargné à la ville.

    Les résidences de la mission, malgré de pénibles moments danxiété, neurent presque pas à souffrir; à lévêché, quelques charges de bois volé pour alimenter les feux de bivouac ; à la paroisse St Louis, quelques tuiles cassées ; aux établissements du faubourg sud, quelques cloisons percées par les balles dont lune pénétra dans le réfectoire du grand séminaire au moment du déjeuner et faillit casser la soupière des directeurs. Ce fut à peu près tout, tant il est vrai que rien n arrive sans la permission de Notre Père des Cieux.


    Lanlong

    15 janvier.
    Le Ripuaire.
    Monseigneur Carlo a quitté le 5 janvier le district de Taien pour celui de Loyang où il passera le nouvel an chinois. Son Excellence compte être de retour à Lanlong pour le 22 de la première lune (16 février).

    Pendant ce mois-ci, notre cher P. Séguret a vu létat de ses jambes saméliorer quelque peu, la douleur a presque complètement disparu, mais il ne peut encore que difficilement rester debout.

    Aucune autre nouvelle, ni bonne, ni mauvaise, ne nous est parvenue dailleurs.


    Canton

    17 février.

    Le 17 janvier, les prêtres de Canton et des environs étaient réunis à lEvêché à loccasion de la fête de Saint Antoine. Monseigneur le Vicaire Apostolique a retenu le clergé à déjeuner et a invité à dîner les administrateurs des différentes associations catholiques de la ville. Les trois derniers numéros de notre petite Revue Chinoise Shek-shat-chau-hon ont publié un travail très estimé. Il est luvre dun ancien chrétien, écrivain de distinction. Il était très instruit de la doctrine catholique. Il en a fait un exposé en vers. La lecture en est très facile et le rythme très agréable à loreille. Cet ouvrage sera, sous peu, mis en volume.

    Le R. P. Byrne, Supérieur des RR. PP. Jésuites de Hongkong, a prêché une retraite aux Carmélites.

    Le 25 janvier, le Département de lenseignement provincial, par lordonnance No. 312, a officiellement déclaré enregistrée lEcole secondaire de filles Ming-Tak. La demande denregistrement avait été faite dans le courant du mois doctobre. Depuis cette date, lécole a deux fois reçu la visite des Inspecteurs. Leur rapport a été favorable. Ce rapport contenait cependant des remarques judicieuses dont il a fallu tenir compte: 1º le local disposé pour lenseignement ménager nétait pas assez vaste ; 2º il manquait à lécole un amphithéâtre pour les cours de chimie. Il a été répondu quon agrandirait immédiatement le local de lenseignement ménager et que lamphithéâtre serait prêt au moment voulu, cest-à-dire en troisième année, époque à laquelle commence lenseignement de la chimie. Cest donc pendant les vacances dété que sera fait laménagement de la salle de lamphithéâtre.

    Le 31 janvier, Monseigneur a pris part, à Hongkong, à la réunion relative au Séminaire Régional.

    Le 4 février, le P. Le Restif sest rendu à Hongkong. Il sest embarqué le 14 du même mois pour Marseille. Il prendra en France le congé de repos prévu par le règlement de notre Société.

    Après les dix jours de congé des vacances dhiver, la rentrée des écoles a eu lieu le 4 février et les cours ont repris leur marche ordinaire. Lappréhension que cause la réforme proposée dans le mode de passer les examens, a eu le bon effet de faire comprendre aux jeunes étudiants que le temps de leurs études ne doit pas être gaspillé.

    Le gouvernement de Canton, en vertu de règlements déjà en vigueur à Shanghai et dans les autres villes du nord de la Chine, exigera désormais que les étrangers qui arriveront dans cette ville soient munis de passeports. En conséquence de cette décision, il importe que les missionnaires qui auront à venir à Canton par les trains ou bateaux de Hongkong et Macao prennent la précaution de faire viser leur passeport par le Bureau central de Police. Ce visa sera gratuit jusquau premier mars.

    Le 15 février a été solennellement faite linauguration du pont qui relie la ville de Canton à celle de Honan.


    Swatow

    16 janvier 1933.

    Notre clergé indigène sest encore accru dune unité ; le P. Thaddée Vong, ordonné prêtre à Penang au commencement du mois de décembre dernier, nous est arrivé pour Noël. Il était accompagné dun minoré qui a terminé ses études de théologie et se prépare maintenant à son tour à la réception des ordres majeurs.

    Presque en même temps est arrivée la nouvelle de la mort, à Penang, dun de nos étudiants en théologie qui donnait beaucoup despoir pour lavenir ; il a été emporté par une fièvre cérébrale après quelques jours seulement de maladie.

    Le calme relatif dont nous jouissons depuis quelques mois, semble vouloir durer ; les grandes bandes de brigands ou de communistes ont été dispersées, les repaires détruits, les régions jadis occupées par ces bandes, rendues inhabitables. Mais si les grandes bandes ont disparu, les petits groupes pullulent un peu partout, les voyages sont dangereux, les pillages fréquents. Cependant, tout étant relatif, on finit par se croire en pays tranquille après les troubles des années passées.

    15 février.

    Un bon point à notre Administration municipale : elle vient dordonner à la gent estudiantine du beau sexe davoir à allonger un peu ses jupons qui, depuis quelque temps, se rétrécissaient de façon inquiétante, avec grand danger pour la santé physique et morale de nos jouvencelles exubérantes. Reste à savoir comment ces ordres seront reçus par cette jeunesse émancipée et éprise de liberté et dindépendance.

    Le Nouvel An chinois (ancien style) sest passé comme dordinaire, dans lallégresse générale. Comme par hasard, les écoles avaient à ce moment leurs vacances de froid, de sorte que professeurs et élèves purent, sans être inquiétés, prendre part aux réjouissances familiales habituelles.


    Pakhoi
    11 février.

    Le remue-ménage provoqué par le retour de trois missionnaires, larrivée dun nouveau confrère et de quatre Surs C. M. M. I. est à peu près terminé et maintenant chacun est au travail.

    Nous avons appris avec peine que notre cher Père Léauté, en route pour Shek-shing, son nouveau poste, avait été arrêté à Fort-Bayard par une sérieuse indisposition. Cela a dû lui démontrer clairement que la France, au climat si réparateur, ne rend cependant pas les forces des 25 ans : nous savons heureusement que le Père va mieux et quil est en train de faire connaissance avec ses ouailles de Shan-liou. Le P. Boulay, que rien narrête, ly avait précédé depuis huit jours.

    Le secteur de Kwang-tcheou-wan est toujours témoin des prouesses sans cesse renouvelées du P. Zimmermann. Ce cher doyen, qui accepte le titre mais nadmet pas que les années aillent aussi vite que lui, a fait une nouvelle chute de cheval. Il prétend que cest la bête qui est tombée et que ne sentant plus rien pour le soutenir il a tout simplement obéi à la loi de la chute des corps. Daucuns assurent que dans cette chute les règles de la parfaite équitation ont été violées. On ne saura jamais... Ce que, par contre, nous savons très bien, cest que notre brillant cavalier est maintenant à Fort-Bayard, entre les mains du dévoué Docteur et de lami des vieux jours, le P. Cellard, qui soignent de leur mieux cet enfant terrible.

    A voir et surtout à entendre Pakhoi passer le nouvel an, on ne se croirait pas en pleine crise mondiale. Les fabricants de pétards doivent jubiler au fond de leurs boutiques, mais quelquun qui nest pas content, qui trouve que cela dure trop et qui fronce le sourcil, cest notre brave Père Rossillon. Il a beau se rendre à ses constructions, il trouve le chantier toujours trop délaissé et le fait savoir aux quelques sages qui ont déjà repris le travail. Quil se console ! les bourses plates seront bonnes conseillères, elles ramèneront sans tarder tous les camarades du bâtiment et, dans le courant de lannée, nous aurons le plaisir de contempler son chef-duvre qui doit servir dévêché, de procure et de maison de réunion pour les confrères.

    De ces derniers, pas ou peu de nouvelles ; on ne signale par-ci par-là que les pillages classiques qui accompagnent naturellement le nouvel an chinois. Dans une attaque, près de la ville de Shek-shing, un de nos chrétiens, conducteur dauto, a trouvé la mort. Il est revenu à Pakhoi, le dernier jour de lannée, dans un cercueil.


    Nanning

    12 janvier.

    Le 8 décembre dernier, à la Communauté des Religieuses indigènes de la Ste Famille, neuf novices ont fait profession. Le nombre des professes est actuellement de 39 ; celui des novices est encore de 25.

    A Nanning, dans le quartier ouest de la ville, le jour de la fête de Noël, a été inaugurée la nouvelle chapelle élevée en lhonneur de Ste Thérèse de lEnfant-Jésus. Le P. Madéore, supérieur du petit séminaire, sy rend les dimanches et jours de fête.

    Dans la région de Oumin, au nord de Nanning, les administrateurs du pays ont décidé de démolir toutes les pagodes pour bâtir des écoles. Les habitants affolés essayent de faire la part du feu et précipitamment démolissent eux-mêmes pagodes, temples des ancêtres, etc., pour en emporter les matériaux. Les idoles restent sans abri. Le peuple dit : Mais alors, que nous restera-t-il comme religion ? On laisse les catholiques tranquilles, si nous nous faisions chrétiens ? Puisse cette bonne intention se fortifier et passer à lacte !

    11 février.

    Mgr Albouy, parti le 12 décembre pour une tournée dadministration dans le nord-est de la mission, est rentré le 27 janvier à Nanning. La plus grande partie du voyage put se faire en auto. Ladresse et laudace des chauffeurs sont vraiment remarquables, mais à cause du mauvais entretien des routes il faut bien avouer que les conducteurs sont souvent imprudents. Cette imprudence faillit coûter la vie à Mgr Albouy.

    Lauto roulait à toute allure entre Lioufou et Kouy-Hien, se présente un pont dont les planches étaient disloquées, le chauffeur crut inutile de ralentir, mais quelques instants plus tard voiture et contenu roulaient au fond du torrent. On se tâte les côtes, rien de cassé sauf la machine qui fut laissée pour compte et, à dix heures du soir, une auto de secours appelée durgence conduisait S. Exc. A Kouy-Hien.

    Somme toute Mgr est content de son voyage. Tous les confrères sont pleins dentrain, ils se plaignent seulement davoir plus de travail quils nen peuvent faire et plusieurs demanderaient volontiers du renfort.

    Un bon cheval de renfort vient de nous arriver en la personne du P. Crocq revenu définitivement parmi nous après un stage de huit mois à Pakhoi. Lundi prochain, 13 février, il sera intronisé dans son nouveau poste de Shamly. En revanche, le P. Barrière qui sest usé au service de notre mission sembarque pour le pays natal par le bateau du 14 février.


    Hunghoa

    11 janvier.

    La ville de Sơn-Tây est favorisée ; une source deau, abondante et bonne, y a été trouvée, en plein centre de lancienne citadelle, et pourra désormais fournir leau à tous les habitants ; lors de linauguration de cette source Sainte-Claire, et du nouveau château deau, le P. Massard a été invité gracieusement à bénir lune et lautre, et cela devant toutes les Autorités de la province ; aurait-on vu pareille cérémonie, il y a dix ans ?

    Le P. Mazé, membre du Club aéronautique du Tonkin a, lui aussi, béni récemment, à Hanoi, un avion que ce groupe civil danciens aviateurs de la Grande Guerre vient de se procurer. Sil plaît, un jour, à notre confrère de faire une promenade ou un petit voyage aérien, il pourra en profiter, comme tous les autres membres du Club. Naturellement, il fut invité au dîner qui suivit la fête dinauguration et tous lui firent fête, à loccasion de sa récente promotion dans la Légion dHonneur.

    En décembre, nos catéchistes, 90 environ, ont eu leur retraite annuelle. Une fois de plus, ils ont profité des instructions ferventes et pratiques du P. Massard et, réconfortés par les conseils paternels de Mgr Ramond, ont retrouvé, dans ces saints exercices, une nouvelle ardeur pour laccomplissement de leur tâche quotidienne.

    Cest au début de janvier que les missionnaires ont fait leur retraite, à Hunghoa ; les Pères Pichaud et Gauja, fatigués, et le Père Quioc, retenu au petit séminaire, ne purent y assister. Avec M. Uzureau, prêtre de St-Sulpice, nous avons entendu les sages enseignements de M. Olier, sur la grandeur et les obligations du sacerdoce, ainsi que les exhortations de Ste Thérèse de lEnfant-Jésus, sur lamour de Dieu et la générosité à son service. Simplicité lumineuse du langage, élévation des pensées, saisissant rayonnement de la piété, affection respectueuse et paternelle de nos âmes, toutes ces qualités des Messieurs de Saint-Sulpice, nous les avons goûtées, en écoutant notre prédicateur ; sa parole, en nous édifiant, a fait revivre, dans nos curs, le souvenir de notre jeunesse cléricale et rallumé notre ardeur au service de Dieu.

    Inutile de dire que, comme chaque année, la joie régna parmi nous, durant ces jours. Il y eut, dabord, le Jour des Rois : cette année, la royauté échut à Son Excellence, et la Reine fut, une fois de plus, le P. Méchet ; notre vénéré doyen, les yeux modestement baissés, et lair majestueux, accepta le renouvellement de sa dignité royale, et tous de boire à la santé des heureux monarques ; nentendit-on pas alors un enfant terrible dire : le Roi boit, et la Reine était Méchet ! et pourtant, il ny avait pas eu dexcès. La Reine, elle-même, en a souri gracieusement !

    Le soir de la clôture, il y eut une autre cérémonie : nous fêtions la Croix de la Légion dHonneur du cher P. Mazé. Il arriva au réfectoire, accompagné des Pères Vandaele et De Neuville, et, la poitrine ornée de toutes ses décorations, Légion dHonneur, Croix de Guerre à trois étoiles, médaille de sauvetage. etc., prit place à la droite de Mgr Ramond. Son Excellence lui offrit, au nom de tous, ses félicitations, pour sa noble conduite devant lennemi, en même temps quElle lencourageait à continuer le bon combat contre lennemi de toujours, le démon, lui, ne se lasse jamais. Il y eut champagne dhonneur, et fraternelle accolade de tous : un bel ornement, double, perpétuera le souvenir de cette petite fête de famille ; avec joie, nous lavons offert à notre confrère, dont la Croix fait honneur à tous.

    7 février.

    La retraite terminée, M. Uzureau est allé visiter notre petit séminaire de Hà-Thạch ; il fit aux élèves une petite exhortation, en annamite, et les encouragea à se bien préparer, pour leurs futures études au grand séminaire de St-Sulpice, à Hanoi. Rentré à Hanoi, il eut lamabilité de nous envoyer, à chacun, un petit souvenir de Retraite ; ce Manete in dilectione mea, par un Religieux italien, sera lu, avec plaisir, par tous, et nous aidera à aimer et faire aimer, de plus en plus, le divin Maître ; nos remerciements bien sincères à M. Uzureau.

    Nos prêtres annamites ont eu leur Retraite, à la mi-janvier ; tous, sauf leur vénéré doyen, fatigué, ont pu y prendre part, et entendre, une fois de plus, les conseils, paternels et pratiques, de M. Vị, prêtre de la mission de Hanoi.

    Peu de temps après, cétait le Jour de lan annamite ; le mauvais temps, la crise financière diminuèrent un peu lentrain ordinaire, et, dès le 5 ou 6 de la Lune, la vie reprit partout.

    Depuis le début de janvier, tous demandent des nouvelles du soleil ! On ne le voit plus ; à peine sest-il montré une heure ou deux, au début de février, et bien timidement ! On nest guère habitué à cela, au Tonkin, et lon attend un peu son retour, pour diminuer lhumidité dont nous jouissons actuellement.

    Il y a deux ans, le 2 février, le bon P. Granger mourait à la Clinique de Hanoi ; cette année, le même jour, un télégramme de Hongkong nous annonçait le décès du P. dAbrigeon. Né en Ardèche, en 1868, ce cher confrère fut ordonné prêtre, au Séminaire de Paris, en 1892, et reçut sa destination pour la mission du Tonkin Occidental. Mgr Gendreau lenvoya, dans la Haute-Région, qui devait devenir la mission de Hunghoa. Le P. dAbrigeon, peu doué au point de vue acoustique, eut des difficultés pour létude de la langue et ne put jamais les vaincre. Il exerça le saint ministère dans la paroisse de Du-Bơ, auprès du regretté P. Girod, puis à Lao-Kay et Hà-Giang où il se dépensa pour la construction de léglise ; à nouveau, il revint aider le P. Girod, dans la région de Phủ-Yên-Bình. Cest là quun beau matin, il saperçut quil était devenu sourd. Ce lui fut une bien dure épreuve ; il aimait tant causer et discuter sur les grandes questions ! et, désormais, plus moyen de prendre part aux conversations !

    Pour trouver remède à cette infirmité, il rentra en France, il y a quelques années, mais le mal était irréparable, et notre confrère dut se contenter de dire la messe dans une des communautés religieuses de son pays, et daider le curé de sa paroisse. Il y a trois ou quatre mois, nous apprenions quil avait quitté lArdèche, pour Montbeton où, en hiver, la température est plus supportable, pour les vieux Tonkinois. Cest là, sans doute, quil est décédé ; que le bon Dieu lui accorde promptement la récompense du sacrifice, quil fit, en entrant aux Missions-Étrangères ! la surdité fut, pour le P. dAbrigeon, une occasion de nouveaux sacrifices ; que cela diminue, pour lui, le purgatoire, et que, bientôt, il aille prier, au Ciel, pour ceux qui restent !


    Thanh-Hoa (Phatdiem)

    3 février.

    Intronisation du 1er Vicaire Apostolique de Thanh-Hoa.
    Bien que lérection du nouveau Vicariat de Thanh-Hoa date déjà de plusieurs mois, son premier Vicaire Apostolique, navait pas encore pris officiellement possession de son siège.

    Le 30 janvier, S. E. Monseigneur De Cooman recevait à Phatdiem les adieux du clergé, des catéchistes et élèves catéchistes demeurant incorporés au Vicariat de Phatdiem, pendant quune nombreuse délégation du clergé de Thanh-Hoa, implorait les dernières bénédictions de S. E. Monseigneur Marcou.

    Durant ce temps, à Thanh-Hoa, tous se multipliaient pour préparer une voie triomphale et un accueil enthousiaste au premier évêque de la nouvelle mission.

    Le 31, à 10 heures, Son Excellence débouchait à quelques centaines de mètres de la ville, dans lauto de Mr. Giao, le pharmacien catholique du chef-lieu.

    Un important cortège attendait là : des délégations de chaque paroisse, un groupe délèves de lécole libre de garçons, la clique fanfare de la paroisse, des élèves du Probatorium de Ba-Làng, lécole des catéchistes tay-laotiens de Huu-Lê, au complet ; des notables de Thanh-Hoa en beaux habits de cérémonie, des catéchistes et prêtres annamites en surplis, de nombreux missionnaires.

    Dès son arrivée, Monseigneur monte dans une auto ornée de fleurs et de banderoles. Le P. Poncet, son Provicaire, prend place à ses côtés.

    Lentement le cortège sébranle et se dirige vers la cathédrale, entre deux haies de curieux pressés et sympathiques. Tout le parcours était orné de drapeaux et de nombreux arcs de triomphe ; aux sons éclatants des clairons se mêlaient les harmonies plaintives des monocordes et flûtes annamites.

    A lentrée de la nouvelle et grande avenue de la cathédrale, S. E. revêt les ornements pontificaux, assisté par les Pères Mai et Barnabé en dalmatique et le P. Poncet en chape.

    Devant la façade de la belle église bâtie, il y a peu dannées, par le P. Bourlet, la foule était dense. Monsieur le Résident de la Province et le Gouverneur annamite (tông-dôc), plusieurs notabilités françaises et annamites, des centaines de curieux attendaient larrivée de Son Excellence.

    Ce fut triomphalement que Mgr De Cooman traversa la nef de la cathédrale, pendant que la chorale chantait à la tribune les versets de circonstance et que, à lextérieur, résonnaient les accents entraînants de la fanfare de Phatdiem qui venait darriver.

    On sécrasait dans le sanctuaire et bien des curieux, chrétiens et païens, durent rester dehors.

    La cérémonie religieuse fut assez courte. Le P. Poncet monta à lautel et donna lecture de la Bulle dérection du Vicariat, puis Son Excellence, de toute son âme, bénit tous ses diocésains, ceux groupés devant Elle, et ceux dissémines dans les deux immenses provinces annamite et laotienne qui relèvent de sa juridiction ecclésiastique. Elle laisse déborder alors son cur. Aux Français venus le recevoir, Elle exprime sa reconnaissance. Elle proclame que lérection du Vicariat de Thanh-Hoa et la nomination du premier évêque annamite, Monseigneur Tòng, à Phatdiem, est un beau titre de gloire pour lEglise de France. Depuis 250 ans, ses missionnaires travaillaient à la réalisation de ce triomphe de lEglise annamite. Voici leurs efforts persévérants couronnés, enfin, de succès ! Se tournant ensuite vers S. E. le Tổng-đốc, toujours présent à nos grandes cérémonies, lévêque sécrie : Excellence ! les missionnaires semploieront toujours à faire de leurs chrétiens des sujets loyaux et fidèles de S. M. le roi Bảo Đại. Enfin Sa Grandeur adresse aux annamites une allocution qui émut profondément lassistance.

    Un salut solennel termina la cérémonie religieuse, après laquelle chacun fut convié à se rendre à la nouvelle école de garçons où devaient avoir lieu les présentations.

    A 11 ½ heures, Monseigneur De Cooman fait une entrée solennelle dans les beaux bâtiments qua su dresser, en quelques semaines, le P. Pourchet. Il reçoit les compliments de Mr Le Résident de France et de S. E. le Gouverneur annamite (Tổng-đốc). Les missionnaires et prêtres annamites prennent place alors auprès de leur évêque. De nombreuses délégations remplissent la salle, pendant que des chanteurs clament des vivat! Vivat ! de tous leurs poumons.

    Un peu de musique comme entrée. Le Père Poncet se lève le premier pour exprimer à Son Excellence, les sentiments de dévouement filial le plus complet des missionnaires français. Au nom des prêtres annamites, le P. Ninh lit un long discours latin, dont la péroraison se termine par la finale chantée des Oraisons : Per Dominum nostrum..., auquel répond un vibrant : Amen. Les catéchistes du Vicariat de présenter alors un joli panneau, et lun deux débite un discours en un français impeccable. Au tour des jeunes maintenant. Nullement intimidé, un jeune élève du Probatorium de Ba-Làng offre les vux de ses camarades. Lui succède lécole des catéchistes tay-laotiens de Huu-Lê. Un charmant petit laotien récite une longue ode composée en bon annamite. Puis ses condisciples amènent un grand tableau couvert dhiéroglyphes tay, et les plus grands dentre eux de chanter, en leur langue et sur lair spécial de leur pays, une mélopée quaccompagne la fameuse flûte laotienne, le kène. A les entendre, on se serait cru dans cette mystérieuse forêt laotienne qui couvre les deux tiers du Vicariat de Thanh-Hoa, la nuit, alors que la mélodie plaintive du montagnard et de son kène se mêle au bruit mugissant du torrent. Cela valut aux écoliers du Châu-Laos un gros succès de curiosité et de sympathie : lassistance les applaudit longuement. Monseigneur de Cooman était fort ému. Revoyait-il, au fond de ce Châu-Laos, le village de Ban-Nghiu où jadis il fit ses premières armes ? Ou pensait-il aux confrères si nombreux dont les tombes jalonnent les sentiers sauvages de cette partie de sa mission, si meurtrière ?

    Changement de décors... De vénérables notables en habits bleus apportent une grande toile couverte dartistiques caractères chinois et sur laquelle dominent les armes de S. E. Mgr De Cooman, en magnifiques broderies, avec la belle devise : Per Crucem ad Lucem! Quatre adolescents portent leurs présents : bouquets de fleurs artificielles, dont les bourgeons sont de gros cigares authentiques...

    Il est midi. Monseigneur prie les délégations qui nont pas encore pu présenter leurs vux de revenir dans laprès-midi, puis à tous, aux élèves catéchistes et aux petits séminaristes du Probatorium, lavenir de la mission, surtout, il recommande la charité mutuelle et le zèle conquérant. Aux chrétiens, il demande de gagner au Christ des âmes païennes, de Lui donner beaucoup de prêtres : il faut que sous peu, Thanh-Hoa soit un diocèse aussi florissant que Phatdiem. Pour obtenir ce résultat, chacun doit apporter le concours de ses efforts, de ses sacrifices et de ses prières.

    On se rend alors dans une autre salle de la nouvelle école, pour le banquet. Banquet !.. le mot est peut-être prétentieux : il ny eut ni vins fins, ni vins variés, ni champagne, ni gâteaux ; certains durent même se passer de café. Cette simplicité convenait bien à la nouvelle mission, pauvre parmi les pauvres, où lévêque na pour logis quune partie des vieux locaux dune école en exercice...

    On avait préparé 52 couverts ; il ny eut que 41 convives : 19 missionnaires et 22 prêtres annamites. Ces derniers eussent dû être plus nombreux, mais des pannes dautos empêchèrent nombre dentre eux de prendre part à la fête. Les hors-duvre du déjeuner avaient été offerts par Mr Massina, Inspecteur principal de la Garde Indigène à Thanh-Hoa qui prêta également, pour le service, plusieurs boys miliciens. Les desserts vinrent de la Résidence.

    A la fin du banquet, le Père Schlotterbeck, doyen des missionnaires présents donna lhistorique du nouveau Vicariat. Il rappela les conditions difficiles dans lesquelles S. E. Monseigneur De Cooman inaugure son épiscopat, et sa résignation exemplaire à suivre la volonté du Saint-Siège. Il termina en exprimant laffection de tous les prêtres pour leur évêque et en promettant que tous prieraient beaucoup pour lui ; vu qui fut ratifié par dunanimes approbations.

    Le premier évêque annamite.
    Un télégramme, reçu le 11 janvier, nous a annoncé la bonne nouvelle de la nomination du Père J. B. Tòng, curé de Tân-Dinh, (Saigon) comme Coadjuteur de Mgr Marcou et futur évêque du premier Vicariat indigène de Phatdiem.

    LAgence A. R. I. P. communique le télégramme suivant : Rome, 1er février : La nomination de Mgr Tòng à lévêché de Phatdiem suscite de nombreux commentaires à Rome.

    Né en 1870 et ordonné prêtre en 1896, Mgr Tòng fut pendant de nombreuses années secrétaire du Vicaire apostolique de Saigon et chargé de missions auprès des indigènes.

    A partir de 1926, il dirigea la paroisse de Tân-dinh, formée entièrement dAnnamites. Il est considéré au Vatican comme une des personnalités les plus remarquables du clergé annamite local.

    Le Pape se montre personnellement très satisfait de ce choix qui lui permettra de faire, pendant lannée sainte, une cérémonie qui lui tient, dit-on, à cur, cest-à-dire la consécration du premier Evêque annamite. Il rappelle quen 1926, il consacra lui-même à Saint Pierre les six premiers Evêques chinois et en 1927, le premier Evêque japonais. De même, il consacrera de sa main, dans la basilique vaticane, le premier Evêque annamite....

    Dans les Pages Catholiques de Saigon on lit :
    Le R. P. Jean-Baptiste Tòng a trois grandes qualités. Il est un chef et frappe tout de suite par la clarté de ses vues et la netteté de ses décisions. Il est un prêtre par sa bonté, sa charité et le caractère sacré dont il est si parfaitement digne. Il est un orateur toujours sûr de la suite de sa pensée comme de sa lumineuse élocution.

    Pas une défaillance dans sa parole, parce quil ny en a pas une dans son esprit et dans sa foi. Il prêche indifféremment et successivement en langage français aussi éloquemment que dans sa langue maternelle. Seul un orateur peut demeurer, comme il sait le faire, simple, naturel et émouvant...

    Premier décès dans la mission de Thanh-Hoa.
    Mardi 31 janvier, le Père Xuân, curé de Phuc-Lang depuis un mois, prêtre depuis 1916, devait assister à lintronisation de S. E. Mgr De Cooman. A lheure où la procession amenait le premier évêque dans sa cathédrale de Thanh-Hoa, un autre cortège conduisait la dépouille mortelle du P. Xuân au cimetière de Phuc-lang !... Samedi soir, le Père sétait couché en bonne santé ! Dimanche, à lheure de la sainte messe, il fallut enfoncer la porte. On trouva le Père mort dans son lit. Un réchaud à charbon de bois brûlait encore dans la petite alcôve bien fermée. Le Père était mort asphyxié.

    Destination.
    Le P. Groslambert, après un séjour de quelques mois au Probatorium de Ba-Làng, a quitté le bord de la mer pour la région montagneuse de Phong-Y, proche du Châu-Laos. Il y continuera létude de la langue tout en sinitiant aux coutumes du pays et aux uvres de lapostolat, auprès du P. Huctin.


    Saigon

    La mission de Saigon vient déprouver une perte très sensible en la personne du R. P. Delignon, provicaire apostolique.

    Il y a seulement trois mois, rien ne faisait prévoir ce départ ; le Père avait une mine superbe et semblait plein de santé. Mais la fatigue est venue sourdement détruire ce bel équilibre. Il espérait pouvoir se remettre à Dalat, dont il avait ressenti plusieurs fois tes bienfaits ; mais remettant son départ à cause de ses cours de théologie au séminaire, la fatigue et les malaises lont envahi si vite quà lépoque fixée pour son départ à Dalat, il se trouva déjà trop faible pour affronter la fraîcheur de la montagne. Il partit donc pour Phanthiet en se disant que par cette étape plus douce, il arriverait plus facilement à Dalat.

    Cependant le mal se déclarait, auteur de la fatigue, et à mots couverts la faculté laissait entendre quil sagissait dun cancer ou dune tumeur interne. Il ne resta donc que quelques jours à Phanthiet et revint à Saigon plus malade quil nétait parti. Le 30 novembre, il a fait effort pour assister aux noces dor de son ami le P. François, et le lendemain, le P. Nicolas lemmenait à Dalat, son dernier espoir. Là-haut, la bonne Sur St Jean eut vite diagnostiqué sa maladie, et lui conseilla, dans son intérêt, de redescendre au plus tôt à Saigon. Cest ainsi que le P. Delignon vint saliter à linfirmerie du séminaire, et nen sortit plus que pour lultime voyage.

    Il a souffert beaucoup pendant les dernières semaines, mais il était plein de résignation à la volonté de Dieu. Le Dr. Vielle, qui la soigné avec le plus grand dévoûment, lavait averti bien à temps du danger où il se trouvait, et cest avec les sentiments de la plus grande piété quil a reçu les derniers sacrements. Cest depuis cette cérémonie surtout quil a commencé à séteindre visiblement. Les forces labandonnaient peu à peu, et il nous a quittés dans un état de maigreur effrayante : depuis 15 jours, on ne le soutenait que par des injections de sérum. Il sest éteint complètement le 6 janvier, à 17 h., entre les bras du P. Frison, arrivé à temps pour le voir une dernière fois, du P. Delagnes et du P. Vàng.

    Une foule de chrétiens de Chợquán et de Tân-dinh, ses anciens paroissiens, les religieuses annamites du Couvent de Chợquán et les Novices de St Paul de Chartres se relayaient pour les prières auprès du corps exposé dans le parloir du séminaire.

    La retraite annuelle des missionnaires de Saigon souvrant le dimanche soir, le P. Delignon a pu avoir tous ses confrères à son enterrement qui a eu lieu le lundi matin. La messe fut chantée à la cathédrale par Mgr Dumortier devant une foule recueillie de prêtres, religieux et fidèles. Mgr Herrgott était venu de Phnompenh avec son provicaire, le P. Bernard, et le P. Lozey, pour assister aux obsèques.

    Le P. Delignon, qui allait atteindre ses 68 ans, était très connu et très estimé. Provicaire de la mission depuis 24 ans, il a fait plusieurs fois lintérim du Supérieur. Très affable et accueillant, il était sympathique à tous ; il laisse certainement beaucoup de regrets.

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    Mort de Sur Théophane, supérieure de la Clinique Angier.
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    Discours du Docteur Albert Vielle,
    directeur de la Clinique Angier.

    Vivante, Révérende Sur Théophane a donné son cur à la Cochinchine ; morte, elle lui fait une dernière offrande, sa dépouille mortelle. Elle repose près de ses compagnes, dans cet humble cimetière, où-elle continuera dentendre chanter lâme de la rizière, lâme de ce pays quelle a tant aimé.

    Pour désigner les citoyens de vie exemplaire, Les Romains avaient forgé lexpression de vir bonus; nous ne féminiserons pas lexpression latine pour lappliquer à Sur Théophane, car sa vie fut celle dun homme de bien, parée, de surcroît, des dons de la féminité.

    Les épreuves ne lui ont pas manqué. Enfant de cet Anjou, frère jumeau de notre Touraine, le jardin de notre France, que traverse le plus beau de nos fleuves, tour à tour nonchalant au hasard des bancs de sable et dévastateur à lassaut des levées, accueillant à lest les roses de laurore, servant à louest de berceau mouvant aux pourpres du couchant, crépitant de fulgurance aux heures méridiennes, enfant dAnjou, il ne semblait pas que Sur Théophane dût quitter ce pays charmant et gai comme Rabelais. La mort passe, décapitant le foyer, laissant Marie Marquis, à peine adulte, à la tête de la nichée de cinq petits quil faut élever. Le terroir est bon, la pitance acquise, puis léducation ; un souffle de foi embrase la maison ; les quatre surs déclarent leur vocation religieuse, prononcent le vu de pauvreté et coiffent la cornette, laissant au seul frère le patrimoine entier.

    Marie Marquis entre à la Communauté de St PauI de Chartres, y prononce ses vux et se sent attirée par le charme des pays lointains et le risque des missions. Un livre lui tombe sous la main, la vie de Théophane Vénard, un des derniers martyrs du Tonkin ; elle le parcourt, le relit, sent lappel de la route ; elle va baiser le pilier de dévotion qui soutient Notre-Dame de Chartres, implore la Mère Supérieure, demande le vocable de Théophane et linscription pour le premier départ en Cochinchine. Elle avait 24 ans quand elle arrive à Saigon. Elle na jamais revu la France.

    Affectée au Juvénat du Boulevard Luro, puis au Pensionnat, elle fut le professeur des générations de mères de famille actuelles ; mais le besoin de se donner davantage la conduit à lhôpital de Choquan quelle quitte pour diriger la clinique fondée par le Docteur Angier. Là, comme partout ailleurs, elle allait donner ses preuves.

    Il nétait pas de figure plus populaire que celle de Sur Théophane. Que ce soit au marché dès 5 heures du matin, rue Catinat vers 6 heures, et le reste du jour au coin de la porte de la communauté de la clinique, Sur Théophane apparaît à chacun, la démarche un peu alourdie, le verbe un tant soit peu gouailleur, le visage pétillant dintelligence, de malice et de bonté derrière ses lunettes de bas prix. Sans effort, elle va tout le jour, du téléphone au fournisseur, de sa table de couture à sa correspondance, reçoit lentrepreneur ou les visites, surveille la cuisine et le lavoir et chaque malade la trouve près de soi quêtant à son cur plein dinfinie bonté, ladoucissement à la souffrance, laide à la mort, la parole de consolation dans les détresses de lâme.

    Accueillante aux humbles comme aux grands, accueillante aux pires pécheurs quelle espérait toujours relever, cherchant aux consciences les moins pures, la faille où elle pourrait pénétrer, elle avait au premier chef la Foi, une foi entière, une foi sereine, mais une foi gaie, une foi indulgente, inattaquable, mais exempte de tout sectarisme. Elle avait ensuite la bonté, la bonté infinie qui ne veut pas de merci et qui sadressait à tous. La haine lui était inconnue, car elle avait toutes les forces du pardon et, durant les années de guerre, elle singénia à secourir les orphelins quavaient ici abandonnés les Allemands. Cette bonté sétendait aux choses ; elle ne savait pas voir mourir un arbre ou une fleur. Sur Théophane avait aussi la loyauté : une action mauvaise ou basse la cabrait jusquà la seconde prochaine où elle se répétait la phrase de lEvangile ; qui dit loyauté dit fermeté : son vouloir était absolu quand il était dirigé vers ce quelle croyait être le bien. Je ne dirai rien de sa compassion, de sa charité, ni de son indulgence : cétaient qualités natives.

    Pour avoir renoncé aux joies de la famille, Sur Théophane, avait conservé toutes ses fibres maternelles intactes ; elle avait, infinis, des trésors de tendresse pour ceux quelle appelait ses enfants et ses enfants étaient partout ; ceux quelle avait enseignés, ceux quelle avait vu naître, ceux quelle avait connus souffrants, ceux quelle avait conduits vers lau-delà ; les repentis et les tout petits quelle adorait voir jouer avec son chapelet et dont elle attendait les premières expressions verbales. Navait-elle pas voulu se faire appeler grand-mère par ma petite fille ?

    Nous-mêmes, médecins de la clinique, nous étions pour elle des enfants quon morigénait parfois, quon conseillait souvent, quon encourageait toujours, aux heures noires de la profession ; et ce nous fut une joie filiale, quand M. le Gouverneur Général voulut bien remettre à notre Sur Théophane la croix dHonneur qui sort aujourdhui pour la première et la dernière fois de son écrin.

    Ce fut une peine filiale, lorsque nous sûmes le caractère de laffection (1) qui la frappait, il y a huit mois, en pleine activité. Quand le diagnostic fut fait, cette femme courageuse dit : Je le savais depuis longtemps et elle se coucha pour mourir. Cétait lépreuve ultime, cétait limposition de la souffrance. Seigneur, je vous loffre, Seigneur, que votre volonté soit faite et non la mienne. Alors commence, en pleine lucidité, le calvaire fait de douleurs atroces, de sanies, de rongeances, de nuits sans sommeil. Sur Théophane reste calme, bonne, souriante, accueillante ; elle refuse le secours chirurgical, elle refuse le secours des calmants jusquau jour où elle craint de défaillir et de nêtre plus elle ; jusquà lultime seconde elle ne poussa pas un cri, elle neut aucun désespoir, aucun regret, aucune amertume et la nuit passée la belle âme est partie, comme séteint un cierge votif, dans un souffle ultime de cette bouche qui, aux dernières heures, navait eu que des remerciements pour son entourage et pour son Dieu.

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    (1) Cancer qui débuta au coin de lil droit.


    Sur Théophane, nous avons, dans un geste filial, jeté leau bénite sur votre front ceint de la cornette de votre apostolat et de la couronne blanche des fiancées de Jésus ; nous lavons répandue sur vos mains jointes tenant votre chapelet et une lettre close ; nous en avons aspergé vos épaules lourdes de la tâche bien remplie.

    Cest encore en fils que nous disons avec tous ceux qui nous entourent ; Vous étiez la Ba-Nhut de la clinique vous restez la Ba-Nhut de notre souvenir, et nous demandons à votre bonté de veiller sur nous.

    Les obsèques de Sur Théophane.
    Cest, ce matin, 25 janvier, à 7 heures, quont eu lieu les obsèques de la sur Théophane, dont la disparition a provoqué une douloureuse émotion dans le public saigonnais.

    Bien avant lheure, une assistance nombreuse attendait, devant la chapelle de la Ste Enfance, lheure du service religieux qui fut célébré par le R. P. Soullard.

    Un peloton du 11ème R. I. C. commandé par un sous-officier présenta les armes dans la cour de la chapelle, à larrivée du Gouverneur Général, M. Pasquier, accompagné de M. Goutès qui représentait le Gouverneur de la Cochinchine.

    Etaient également présents les présidents des assemblées élues, les chefs de service des différentes administrations, de larmée, du commerce, de nombreux membres de lassistance médicale, du barreau.

    La chapelle de la Ste Enfance où régnait un silence émouvant, était trop petite pour contenir lassistance tout entière au milieu de laquelle on remarquait surtout la présence de nombreuses saigonnaises et de religieuses.

    Après la messe des morts chantée par les surs de la Ste Enfance, Mgr Dumortier donna labsoute.

    Dans la cour, le peloton dhonneur présenta les armes sur le passage du cercueil, et lassistance entière suivit, émue et recueillie, le char funèbre qui se dirigea vers le cimetière des religieuses, à Phumy, où repose désormais une grande Française.

    LOpinion renouvelle à Mgr Dumortier, aux surs de St Paul de Chartres et au personnel de la Clinique Angier, ses vives condoléances.

    Saigon 25 janvier 1933.


    Hué

    12 janvier.

    Nos malades. Le P. Boudillet parfaitement guéri, est retourné dans sa chrétienté de Đá-hàn. Le P. Lavabre a pris sa place à lhôpital. Il a une phlébite compliquée de lymphangite. Une jambe démesurément enflée a été immobilisée dans une gouttière. Le Père ne souffre plus et na rien perdu de sa bonne humeur accoutumée ; son cas, paraît-il, noffre actuellement plus de danger.

    Le P. Cadière a éprouvé de nouveau, ces temps derniers, des troubles gastriques nerveux, comme il y a quelques années, avant son séjour en France, mais moins graves. Ces crises sont sans danger, disent les médecins, mais en tout cas elles sont très pénibles et très déprimantes pour le patient et alarmantes pour son entourage.

    Le P. Kaichinger est secoué de temps en temps par de forts accès de fièvre. Il sest décidé à venir, à I occasion de la retraite annuelle, consulter la Faculté, qui la reconnu atteint danémie, de paludisme, de troubles hépatiques, sans parler des innombrables microbes et animalcules qui ont envahi son organisme.

    Visiteurs. Deux fois pendant le mois de décembre des Pères du Tonkin furent de passage à Hué, au cours dun voyage en Cochinchine : le P. Dépaulis, de Hanoi, le P. Casano, O. P., procureur de Nam-dinh, et un Père dominicain, de la Maison Lacordaire de Hanoi.

    Chez les Rév. Pères Rédemptoristes. Deux nouveaux Pères Rédemptoristes sont arrivés du Canada : lun, le R. P. Gignac, reste à la communauté de Hué et apprend lannamite dans une chrétienté voisine ; lautre, le R. P. Lapointe, est parti pour Saigon, où il apprendra lannamite sous sa forme cochinchinoise. Le R. P. Lapointe a une voix splendide. Les Pères Rédemptoristes profitèrent de son court séjour à Hué pour donner une séance musicale, le dimanche 8 décembre, avec le concours du R. P. Léonard, O. F. M., du monastère de Vinh. Le R. P. Léonard nous fit goûter plusieurs belles chansons dHenri Colas et le R. P. Lapointe nous charma avec de magnifiques cantiques du Canada et diverses chansons. Lassistance française et annamite se déclara enchantée. Chaque morceau étant accompagné dun commentaire, cette séance fut aussi apologétique que récréative : miscuit utile dulci.

    Le jour de lan. A loccasion du 1er janvier il y eut à lévêché une fraternelle réunion de missionnaires et de prêtres indigènes. La veille, une brillante réception avait réuni à la Résidence Supérieure toute la population française et de nombreux Annamites (mandarins, fonctionnaires, professeurs, commerçants et industriels), ayant à leur tête S. M. Bảo-Đại, S. A. R. le Régent en retraite et les Ministres de la Cour dAnnam. Etaient présents aussi S. Exc. Mgr Chabanon et la plupart des missionnaires de Hué.

    Voyages du Roi. S. M. lEmpereur dAnnam inaugure son règne en visitant les diverses provinces de son royaume. Vers la mi-novembre, il sest rendu tout dabord dans la province de Thanh-Hoa, berceau de sa dynastie, à son village dorigine et aux tombeaux de ses ancêtres. Il a parcouru ensuite, huit jours durant, les diverses provinces du Nord-Annam, y recueillant partout, de la part des populations accourues en foules sur son passage, les marques dune joyeuse et respectueuse sympathie. Le 10 janvier, il a quitté de nouveau Hué pour visiter les provinces du Centre-Annam. Son voyage durera une dizaine de jours. Enfin, après les fêtes du Tết (jour de lan annamite), quil passera dans sa capitale, il parcourra les provinces du Sud-Annam.

    A la Délégation Apostolique. Son Exc. Mgr Dreyer, Délégué Apostolique, est arrivé le lundi 9 janvier, de retour de son voyage à Rome et en France. En revenant, avant de rejoindre sa résidence de Hué, il a visité le Collège Général de Penang et la mission de Siam, qui sont du ressort de la Délégation Apostolique dIndochine. Son Excellence paraît en très bonne santé et a déclaré avoir fait un très bon voyage. Nous lui adressons nos meilleurs compliments de bienvenue et nos respectueux souhaits de bon séjour parmi nous, ainsi quà son nouveau secrétaire, le R. P. Bertin Bresson, O. F. M.


    Phnompenh

    7 janvier.

    Dans la nuit du 20 au 21 décembre, à Soctrang, le P. Charles Keller fut éveillé vers minuit par des bruits insolites dans son église. Il crut à des voleurs, dautres pensèrent à une attaque de pirates et donnèrent lalarme, puis on vit des flammes dans la sacristie. Les pompiers alertés arrivèrent rapidement et, non sans peine, réussirent à éteindre le feu ; ce fut miracle que toute la grande et belle église ne fût détruite, plusieurs personnes furent admirables de dévouement.

    Vu limminence du danger, tout le mobilier de léglise, bancs, statues, etc. fut enlevé, le Saint-Sacrement aussi fut emporté, non sans difficulté, car on narrivait pas à trouver la clef du tabernacle. Bien que limités à la sacristie, les dégâts sont importants. Le feu, dont on ignore encore la cause, avait pris dans une armoire à fleurs : ce nest pas lélectricité, peut-être des voleurs auront, sans le vouloir, mis le feu aux fleurs, mais on nest sûr de rien.

    Ce même jour, 21, le P. Dalle revenait de Saigon en auto : la voiture heurta un rouleau de fils télégraphiques, sous le choc elle fit une embardée et donna contre un poteau en ciment armé qui fut brisé : la capote, violemment arrachée, frôla la tête du Père et la renversa en arrière. Relevé sans connaissance, le Père fut transporté à lhôpital de Longxuyen ; le docteur assure quil ny a aucune fracture, mais les muscles sont froissés, le Père souffre beaucoup et même après plusieurs jours ne peut pas encore remuer la tête.

    Le P. Albert Thomas, retour de France, est arrivé à Phnompenh le 29 décembre, sa vue est dans un état satisfaisant ; il a été nommé au poste de Takéo où il pourra suivre le traitement quil a suivi en France.

    Monseigneur Dreyer, Délégué Apostolique, venant de France par le Siam, a passé trois jours à Phnompenh. S. Ex. a profité de ce séjour pour rendre visite à Sa Majesté Sisowath-Monivong, aux autorités du Protectorat, aux églises et communautés de la ville ; en se rendant à Saigon, S. Ex. a abordé à Banam.

    Monseigneur Herrgott a béni léglise de Ksach-Puy, à lextrémité de la mission ; la ligne du chemin de fer Phnompenh-Battambang venant dêtre livrée depuis peu à la circulation sur tout son parcours, S. Ex. a, pour la première fois, fait le voyage par la voie ferrée. Mgr était accompagné du P. Bernard, provicaire, ancien curé de Battambang au temps jadis où le seul moyen de locomotion par terre était la charrette à bufs et où il fallait quinze jours pour venir à Phnompenh.


    Malacca

    29 janvier.

    A noter, pour ce mois-ci, une légère crise de remue-ménage dans la mission. Le P. Dupoirieux a dû faire ses adieux à la colline de Batu Gajah, quil occupait depuis un an, pour descendre à Singapore prendre la place laissée vacante par le départ précipité du P. Valour, et cest le P. Cordeiro qui lui succède. Le P. Achness, benjamin de notre clergé indigène, et pendant un an assistant du P. Auriol au petit séminaire, a eu la surprise de se voir affecté à la paroisse St Antoine de Kuala Lumpur. Il recevra là sa formation à la vie apostolique tout en aidant le P. Snackers dans ladministration de la communauté indienne, la plus importante de la mission, puisquelle compte encore 4.600 âmes, en dépit du retour aux Indes de nombreuses familles que la crise actuelle avait privées de leur gagne-pain.

    A Muar, la seconde ville du royaume de Johore, dans le sud de la presquîle, et dont la fondation par Mahmud, le Sultan qui fut chassé de Malacca par Alphonse dAlbuquerque, remonte à 1511, une école privée vient dêtre prise en charge par le P. François et les Dames de St Maur. Cette école en réalité il y en a deux, une pour les filles et lautre pour les garçons avait été ouverte par un Indien païen, ancien maître à lécole des Frères de Singapore. De ce fait les Méthodistes américains ont perdu tout espoir de simplanter dans cette ville où, nétait la pénurie de missionnaires, il y aurait déjà, peut-être, un prêtre en résidence.

    Nous avons eu le plaisir de recevoir, dans les principaux centres de la colonie et des Etats Malais Fédérés, la visite dune dame australienne guérie et convertie à Goa, lors de lexposition encore récente du corps de saint François-Xavier. Cette personne, Mrs Mackenzie, plus connue sous son nom de plume, Miss Armstrong, a donné, avec le récit de sa guérison et de sa conversion au catholicisme, un film très intéressant du dernier pèlerinage aux ruines de la vieille capitale des Indes Portugaises, Goa, la Cité Dorée. Partout le succès a été grand, dans plusieurs endroits il y a eu salle comble et même, à Penang, par exemple, Mrs Mackenzie se vit dans la nécessité de donner plusieurs conférences. Nos chrétiens ont senti se raviver en eux leur dévotion à lApôtre des Indes. Quant aux protestants et aux païens, cette prise de contact avec le miracle, nié par les uns, dénaturé par les autres, a dû les porter à de sérieuses réflexions. Espérons que pour quelques-uns au moins, sinon pour beaucoup, elles seront salutaires. Au point de vue cinéaste ce film a, sans doute, plus dun défaut, mais sa valeur documentaire nen souffre pas.

    Mrs Mackenzie est en route pour lAustralie. Puisse-t-elle y faire connaître et aimer le Santo Padre qui, aujourdhui comme autrefois, se montre si bon pour tous, guérissant aussi bien les Hindous et les Musulmans que les Chrétiens ! Puisse son récit émouvant amener à la véritable Eglise nombre de ses compatriotes !

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    Les PP. Devals et Souhait annoncent leur retour pour le printemps, comme les hirondelles. Le P. Hermann doit percher dans le trou dun vieux burg des bords du Rhin où il médite et garde pour lui le fruit de ses méditations ; donc pas de dépense de calorique ; celui-là est sûr darriver à un complet rétablissement. Le P. Fourgs adore lodeur du pin des Landes quoiquelle ne vaille certes pas celle du durian, mais pour les petites santés encore chancelantes un régime trop riche serait nuisible.

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    Pour terminer, une petite anecdote. Alors quil était encore à Singapore, le P. Cordeiro, un beau matin, est appelé durgence auprès dune malade à 10 milles (16 kilomètres) de la ville. Le Père part cum magna diligentia en autobus pour trouver au bout du chemin, qui ? sa malade, une chinoise rutilante de santé et rouge de colère. La dame, depuis plusieurs heures, cueillait à pleines brassées toutes les fleurs de rhétorique qui lui tombaient sous la main et les jetait con amore au nez de son infortuné mari. Une belle famille chrétienne, en vérité ! Détrompez-vous ; ni lun ni lautre nétaient chrétiens. Et alors, pourquoi me faire appeler pour administrer ta femme ? demanda le P. Cordeiro à son hôte. Mais parce quelle est chrétienne, puisquelle va tous les dimanches à la messe ; pendant ce temps-là jai la paix à la maison. Sans doute le bonhomme avait-il reçu dun de ses amis chrétiens quelques notions théologiques grâce auxquelles, et faute dy voir clair, il sétait forgé des Sacrements et de leur efficacité une conception toute personnelle, de sorte que ne pouvant fermer le bec à sa fidèle compagne, il sétait dit : Quand les chrétiens ont reçu les derniers sacrements, généralement ils restent tranquilles, et pour longtemps ; or ma femme est chrétienne puisquelle assiste à la messe, donc, pour la faire taire, je nai quà appeler le Père, il en viendra bien à bout, lui.

    Ce fut là, croit-on, le dernier appel aux malades du P. Cardeiro à Singapore.


    Laos

    20 janvier.

    Thakhek
    Le P. Boher, fatigué, nous quitte pour aller se soigner en France. Il sensuit que le P. Lazare va le remplacer à la tête de lécole des catéchistes : ce dernier est momentanément remplacé à Done Don par le P. Arnaud.


    Rangoon

    4 janvier.

    Le 21 décembre, en la fête de St Thomas, Mgr Provost a ordonné, dans léglise St Antoine, notre deuxième prêtre tamil. Cest la première fois quune cérémonie de ce genre sest déroulée dans léglise indienne, aussi les paroissiens, très fiers de cet honneur, sont-ils venus en grand nombre y prendre part. Le nouveau prêtre, le P. Stanislas, est nommé vicaire du P. Philippe, à Kyaiklat, et le P. Angevin quitte ce poste pour venir à St Antoine, aider les Pères Dessalle et Lescure dans ladministration de leurs 10.000 catholiques et dune succursale de la banlieue, Insein, qui compte au moins 1.500 âmes.

    Le P. Dessalle est en train de restaurer le vieux presbytère qui en avait grand besoin. Il le sépare de léglise, lui donne laspect dune résidence plus convenable et surtout y ménage plus daccès à lair et à la lumière.

    Le 24 décembre, nous avons eu le plaisir de revoir nos chers confrères, les Pères J. Mourlanne et Picot, qui rentraient de France. Ce nest pas facile de sabsenter de sa paroisse, une veille de Noël, mais heureusement, le bateau est arrivé à une heure qui a permis à plusieurs dentre nous daller à leur rencontre.

    Le P. Picot paraît avoir bien profité de ses vacances. Il a repris aussitôt les rênes de la paroisse St Jean, dont il est le curé depuis 1912, et le P. Casseaux, qui lavait remplacé, a réintégré son poste de vicaire à la cathédrale.

    Le P. J. Mourlanne, malgré ses deux ans et huit mois de congé, ne semble pas encore très robuste. Comme il ne peut pas reprendre sa lourde charge de supérieur du petit séminaire, Mgr lui a confié la léproserie de Kemmendine où il naura à soccuper que du spirituel, tandis que notre Procureur, le P. Rioufreyt, continuera dassurer la prospérité matérielle de létablissement. Ce travail ne sera pas au-dessus des forces du P. Mourlanne et, grâce aux bons soins dont les Religieuses de Marie vont lentourer, nous espérons que sa santé saméliorera de plus en plus.

    Notre benjamin, le P. Ogent, vient de quitter Rangoon pour aller à Thonze, commencer létude du birman sous lhabile direction du P. Pavageau.

    Le 29, au soir, à St Jean, grand gala organisé par les paroissiens pour fêter, le retour du P. Picot et le 25ème anniversaire de son ordination sacerdotale. Près de 500 invités se pressaient, sous le préau de lécole, autour du jubilaire, de Mgr et de tous les confrères de la ville. Compliments, chants, musique, rafraîchissements, rien na manqué pour faire passer à tout le monde une très agréable soirée.

    Nos députés viennent de se prononcer pour lentrée de la Birmanie dans la Fédération des Etats de lInde, sous réserve de pouvoir en sortir ad libitum. Mais lAngleterre, qui proposait, soit la séparation, pour faire du pays une Colonie de la Couronne, soit la fédération sans condition, acceptera-t-elle cette réserve ? Il est permis den douter.

    Nous avons une Birmane à la Chambre. A la dernière séance, elle prit la parole pour se féliciter du succès remporté par les Anti-Séparatistes. Comme elle commençait à divaguer, un membre de lAssemblée crut devoir la rappeler à lordre. Ce qui lui fit perdre le fil de son discours, et ne sachant plus que dire, elle se tourna un peu de côté et, tout simplement, tira la langue à son interrupteur. Voilà des murs parlementaires qui nétonnent personne, mais auxquelles on nest cependant pas encore tout à fait habitué.

    1er février.

    Au commencement de janvier, Mgr Provost est allé se reposer une semaine à Bassein, avant dentreprendre ses fatigantes tournées de Confirmation.

    Il est parti, le 17, pour Papun, notre poste le plus éloigné, sur les confins du Siam, avec les Pères Lescure et Chevallier. Cest un voyage de 3 jours, par train dabord, puis par chaloupe à vapeur, et enfin par autocar, sur des routes encore très rudimentaires. Le P. Loizeau est le pionnier de lévangélisation dans ces parages ; après 10 ans de labeur, dans des conditions particulièrement difficiles, climat malsain, manque de ressources, il compte déjà près de 900 chrétiens et les conversions continuent de sannoncer très nombreuses. Malheureusement il est seul depuis quelques mois, car ses vicaires indigènes, minés par la fièvre, ont dû le quitter les uns après les autres. Mais il reste bravement sur la brèche en attendant quil soit possible de lui envoyer du renfort.

    Le vendredi, 20 janvier, à 4 heures du soir, Mgr Chaize, Coadjuteur de Mgr Gendreau, nous est tombé du ciel. Il arrivait de Marseille par lavion postal français, se rendant à Hanoi. Comme on avait eu vent de son passage à Rangoon, plusieurs confrères étaient à laérodrome pour lui souhaiter la bienvenue. Le P. Picot sest chargé de le conduire à lévêché, mais en prenant le chemin des écoliers, pour lui permettre dadmirer notre belle capitale. Nous avons donc eu le plaisir de posséder son Excellence pendant quelques heures; elle nous a fort intéressés par le récit de son voyage qui ne fut marqué par aucun incident sérieux, si ce nest par deux faux-départs de Corfou provoqués par le mauvais temps.

    Le lendemain matin, Mgr a repris son vol pour Bangkok et Saigon, et nous aimons à croire que lavant-dernière étape naura pas été plus pénible que les précédentes.

    Le 25 janvier, profession temporaire dune jeune religieuse chez les Pauvres Clarisses, à Pegu. Le P. Saint-Guily, Provicaire, en labsence de Mgr Provost, présidait cette cérémonie, à laquelle assistaient également les Pères Mignot, Picot et Mamy. Ces bonnes Surs sont bien acclimatées maintenant. Le 6 mars, en la fête de Sainte Colette, elles recevront leurs premières postulantes, 3 jeunes Anglo-Indiennes qui, nous lespérons, pourront sadapter, sans trop de peine, aux rigueurs de la règle et du cloître.

    On craint une nouvelle rébellion dans les districts dHenzada et de Tharrawaddy. Du moins les Birmans recommencent à se faire tatouer pour se rendre invulnérables, ce qui semblerait indiquer quils ont lintention de partir en guerre. Ils croient toujours à lefficacité de ces tatouages et des incantations de leurs bonzes, qui nont cependant pas beaucoup protégé les premiers rebelles contre les balles anglaises, pendant la première campagne de 1931. Des troupes patrouillent les pays menacés pour inspirer la crainte à ces fanatiques. Le P. Ravoire, qui se trouve sur la limite de ces deux districts, sera probablement obligé de réapprovisionner son arsenal et de sortir ses chevaux de frise, ou détablir des cordons de fils de fer barbelés, pour mettre son presbytère en état de soutenir un siège, comme il avait dû le faire précédemment.

    Le 1er janvier, plusieurs bonzes birmans, conduits par un bonze italien, ont quitté Rangoon en triomphe, pour aller propager le bouddhisme parmi les nations occidentales. Comme ils se proposent de ne voyager quà pied, cette expédition doit durer au moins 12 ans. Des foules enthousiastes se pressent sur leur passage et leur font des présents. Tout ira bien pour ces intrépides apôtres tant quils seront sur le sol de la Birmanie, mais quel accueil recevront-ils ailleurs ? Et puis leur beau zèle ne va-t-il pas se refroidir considérablement en face des difficultés qui les attendent ? LItalien, lorsquil arrivera dans sa patrie, sil en a jamais la chance, sera si content de reprendre contact avec le macaroni, quil en oubliera bien vite le goût du riz et ne songera plus à revenir au pays des pagodes dor avec ses compagnons.... Et dire que des Birmans très instruits prennent cette aventure au sérieux...


    Pondichéry

    décembre 1932.

    Le Trait d Union
    Le 16 décembre 1932 restera un jour mémorable dans les annales de la mission de Pondichéry. Cest ce jour-là que son vénéré Archevêque, Mgr Colas, reçut la croix de la Légion dHonneur des mains de Monsieur Juvanon, Gouverneur des établissements français dans lInde, en présence de Son Excellence Mgr Kierkels, délégué apostolique de lInde, de Mgr Prunier, évêque de Salem, de tous les prêtres de Pondichéry et des environs, et dune foule considérable.

    Arrivé à Tindivanam par le train de 10 h. 41, Son Excellence le Délégué apostolique fut reçu à la gare par Mgr Colas, Mgr Prunier et les PP. Gavan Duffy, Mariapragasam et Mariecojandei. La première partie de laprès-midi fut employée à visiter nos uvres dans cette ville. A 5 h., les trois prélats arrivent à la mission après une courte visite au représentant de la France. Quelques instants après, le Gouverneur arrive à son tour et va occuper le fauteuil préparé sur le perron de la cathédrale où doit avoir lieu la cérémonie officielle. A peine était-il assis quune canonnade formidable salue lentrée de Leurs Excellences qui passent entre deux rangs de jeunes gens tenant en mains des drapeaux aux couleurs pontificales.

    Les présentations terminées, Mr. de Condappa savance et salue le représentant du Souverain Pontife dans lInde au nom de la chrétienté de Pondichéry. Son Excellence répond en un français impeccable et remercie les chrétiens de Pondichéry de la réception grandiose quils lui ont accordée. Il promet den parler au glorieux Pape des Missions.

    Le Gouverneur se lève ensuite, attache la Croix de la Légion dHonneur sur la poitrine de Mgr Colas et lui donne laccolade aux applaudissements répétés de la foule. Puis, il prononce un petit discours quon sent venir du cur. Après avoir indiqué les motifs qui ont poussé le Gouvernement de la République à donner cette marque de haute estime à lArchevêque de Pondichéry, il dit, bien haut, toute ladmiration et toute lamitié quil ressent pour le nouveau chevalier qui a su gagner laffection de tous par sa modestie, sa bonté, sa distinction et son zèle éclairé.

    Dans sa réponse, Monseigneur répète ce quil a déjà plusieurs fois affirmé : sil a accepté cette décoration cest quil pensait quon avait voulu honorer, en sa personne, tous les missionnaires de Pondichéry.

    La cérémonie officielle terminée, les élèves du grand séminaire entonnent le Tu es sacerdos magnus et la procession pénètre dans la cathédrale qui regorge de monde. Des prie-Dieu avaient été préparés pour le Gouverneur et son aide-de-camp à lentrée du sanctuaire. Le Délégué apostolique donne la bénédiction du St Sacrement.

    Le lendemain 17, ordination à la cathédrale par Son Excellence de 11 prêtres, 1 diacre, 5 sous-diacres, 8 minorés et 8 tonsurés. Il y a 2 prêtres pour Pondichéry, 4 pour Bangalore, 3 pour Kumbakonam et 2 pour Coïmbatore. Depuis 150 ans que le séminaire existe, jamais il navait présenté autant de prêtres à une même ordination et cest la première fois quun Délégué apostolique confère les saints ordres à Pondichéry. Commencée à 6 h. ½ , la cérémonie était terminée à 10 h.

    Dans la soirée, Son Excellence eut la bonté de venir visiter le séminaire et apporter à tous la bénédiction du Saint-Père avec ses paternels avis et ses encouragements. Avant de partir, le noble visiteur voulut bien sasseoir au milieu des séminaristes et se laisser photographier. Ce fut une belle journée pour le séminaire.

    Du grand au petit séminaire il n y a quun pas. Son Excellence y fut reçue par le P. Guillerm qui dirige létablissement pendant labsence du P. Escande.

    Le lendemain dimanche, pendant que les nouveaux prêtres célébraient leur première messe dans les différentes chapelles de la ville et à la cathédrale, le Délégué apostolique disait la sienne à Notre-Dame des Anges.

    La matinée fut occupée par la visite des maisons religieuses de la ville.

    A midi, tous les confrères de Pondichéry et des environs se trouvent réunis autour du représentant du St-Siège. Au toast de Mgr Colas, Son Excellence répondit entre autres choses : veni, vidi, amivi. Dans la soirée, visite à léglise du Sacré-Cur, à Nellitope et à Mouthiapet où le distingué visiteur félicite chaudement le P. Gentilhomme du bon ordre et de la propreté qui règnent partout autour de lui, à léglise, à la sacristie et au presbytère. Le soir, Son Excellence, ainsi que lArchevêque de Pondichéry et lévêque de Salem, étaient reçus à dîner par Mr. le Gouverneur et Madame Juvanon.

    Le lundi matin, voyage à Cuddalore. Le soir, promenade à Villenour et au grand étang. La journée se termine par une visite à la maison de campagne de Mr. Arokiassamy Moudéliar où des rafraîchissements sont servis dans des coupes dor. Mr. Arokiassamy avait mis ses plus belles autos à la disposition de Son Excellence pendant tout son séjour à Pondichéry.

    Mardi matin, au petit jour, le noble visiteur partait pour Chingleput et Bangalore dans la voiture du Gouvernement mise gracieusement à sa disposition par Mr. Juvanon dont lexquise urbanité en pareilles circonstances est au-dessus de tout éloge.

    Pendant son court séjour au milieu de nous Son Excellence a gagné tous les curs par son affabilité, sa simplicité, sa douceur et sa piété, et si elle a pu dire de Pondichéry et de ses missionnaires : veni, vidi, amavi, nous pouvons nous-mêmes lui dire en sincérité : vidimus, amavimus.

    *
    * *

    18 janvier.

    Ce mois-ci le Trait dUnion chôme : raisons : Vacances scolaires et retraite ecclésiastique. La parole, pardon, la plume est donc au chroniqueur.

    Résumons les événements du premier mois de lannée 33 : comme toujours sur terre, joies et deuils, deuils et joies vont sentremêlant, sentrechoquant.

    Le dimanche 8 janvier, à 2 h. 30 du matin, mourait à lhôpital de Pondichéry, entre les bras de son frère Henri, le Père Pierre Escande, après une maladie (infection purulente des poumons) de 33 jours, non pas vaillamment, mais saintement supportée. On ma donné un lit à garder, je le garde, disait-il, ne demandez pas ma guérison, mais que la volonté de Dieu soit faite.

    Ce nest pas le moment de faire la biographie du défunt, le Compte Rendu nous la donnera, espérons-le, et de main de maître mais ce que dès maintenant on peut dire, cest que le P. Pierre Escande fut un saint prêtre dans toute la force du terme. Arrivé à Pondichéry en 1898, à lâge de 39 ans, professeur au Collège Colonial jusquà la laïcisation, il fut jusquà sa mort supérieur du petit séminaire de Pondichéry. Ce que je puis dire de lui, cest cette parole de nos Saintes Ecritures : Defunctus adhuc loquitur. Il parle par les uvres quil laisse, les exemples quil a donnés et les nombreux sermons quil a prêchés. Sa vie fut exempte de la plus petite dose de pharisaïsme : ce quil disait, il le faisait.

    Le 8, au soir, Son Exc. Mgr Colas officiant, en présence dune foule immense et de nombreux missionnaires venus pour la retraite, notre confrère fut inhumé dans le cimetière des missionnaires, à lombre des murs de notre vieille cathédrale. Mgr Colas salua sa mémoire de quelques mots émus qui mettaient en relief les vertus éminentes du regretté défunt.

    Le lendemain lundi 9, commençait la retraite pastorale ; les sermons nous furent donnés par le R. P. Gayet, notre Vicaire Général. Dans des instructions pleines de doctrine qui montrent le théologien consommé, pleines déloquence qui mettent en relief le vir bonus dicendi peritus, pleines de poésie, de cette belle et vraie poésie qui fait aimer la vertu, si pénible soit-elle à pratiquer, lorateur nous montra combien la sainteté était nécessaire au prêtre, les moyens pour latteindre et les obstacles qui sopposaient à son acquisition ; clairs et très pratiques, ces sermons firent une profonde impression sur les auditeurs.

    La veille de la clôture de la retraite, samedi 14, sur linvitation de Mgr Colas, le R. P. Lhande, lapôtre de la banlieue rouge de Paris, du microphone et de lévangile sur les toits, étant en tournée dans lInde, vint de Madras nous donner une conférence. Elle eut lieu à la chapelle du petit séminaire. En termes très éloquents, le Révérend Père nous parla des progrès merveilleux de lévangélisation à Madagascar et des pêches vraiment miraculeuses quy font les missionnaires. Il nous dit, de ses impressions sur lInde, un mot très juste et très vrai, il semble, conclut-il, que lheure de la grâce nest pas encore arrivée pour lInde comme pour Madagascar, mais cette heure arrive toujours, donc continuez à travailler comme par le passé : Qui seminant in lacrymis in exsultatione metent.

    Le lendemain, dimanche 15, à la paroisse, à la messe de huit heures, le Père parlait devant un auditoire européen et... mixte. Le soir, à 4 heures, dans la salle détudes du petit séminaire, il nous entretint de son enfant de prédilection, la banlieue rouge, des exploits de Gugusse et de Zidore et Cie, des progrès réalisés et des espérances de lavenir. La conférence se prolongea durant une heure et demie, les rires fusaient et les yeux shumidifiaient aux récits cocasses et édifiants du conférencier. Oh ! les braves gens que les apôtres de la banlieue rouge ! Les apôtres de lExtrême-Orient jaune, bronzé, rouge leur envoient, avec lassurance de leurs prières, (ils demandent la réciproque) leur plus fraternel et apostolique salut.


    Mysore

    24 janvier.

    La séance qui devait être donnée, le 21 novembre, au petit séminaire, avait dû être renvoyée en raison de la mort du P. Faisandier, survenue ce même jour ; elle eut lieu quelques jours plus tard et fut présidée par Leurs Excellences le Délégué Apostolique et Mgr Despatures.

    La neuvaine à saint François-Xavier a été marquée en 1932 par une innovation tout à fait heureuse. Chaque soir de la neuvaine, de tous les coins de Bangalore, on pouvait admirer la nouvelle église du P. Servanton tout embrasée, rappelant le Sacré-Cur de Montmartre. Le 3 décembre, Mgr Despatures chanta la messe et le soir la traditionnelle procession se déroula comme dhabitude.

    Depuis un certain temps les Religieuses de St Joseph de Tarbes constataient la disparition dobjets et avaient parlé de la chose aux Pères de la procure. Or voilà quune nuit la cloche du couvent se mit à sonner à une heure indue ; elle réveilla les instincts de bravoure qui sommeillaient chez notre procureur et le curé de la paroisse, mais ne réussit pas à tirer de son profond sommeil le chapelain lui-même, le P. Nauroy. Les PP. Colin et Servanton munis de bâtons et de torches électriques se rendirent immédiatement sur les lieux. La recherche fut dabord absolument vaine et les Pères se disposaient à regagner la procure lorsquune des Religieuses aperçut une forme humaine sur le toit. Le lendemain notre voleur était bel et bien en tôle. Après un tel acte de bravoure, la caisse de la procure na plus rien à craindre. Cependant nos bonnes Religieuses avaient dû trouver la chasse à lhomme tout à fait captivante, car la nuit suivante, lalarme sonna de nouveau, mais cette fois personne ne bougea.

    Du 26 au 28 décembre, se tenait à Bangalore le premier congrès de ce que lon peut appeler lAction catholique laïque de lInde. Différents orateurs se firent entendre et le discours douverture, prononcé par le représentant du Pape, Mgr Kierkels, fut particulièrement plein dintérêt. Des cérémonies religieuses eurent lieu à la cathédrale et à léglise saint François-Xavier et un tea party fut organisé à la procure. Le P. Prouvost avait gracieusement mis le hall et les salles du collège à la disposition des congressistes et fit lui-même une conférence avec projections sur Lourdes et ses miracles, conférence qui fut des plus goûtées.

    Nous avons eu le bonheur de voir à Bangalore le R. P. Lhande, léloquent Jésuite que toutes les villes de France se disputent et dont le nom est sur les lèvres de tous nos sans-filistes. Le P. Lhande, tout simplement, et cette simplicité ajoute encore à son prestige, nous a dit quil est venu aux Indes non pour enseigner, mais pour apprendre. Cependant dans lémouvante causerie quil a bien voulu nous faire, malgré son temps limité et ses multiples occupations, léminent orateur a appris beaucoup de choses à ses frères et surs de France groupés dans la salle des Religieuses de St Joseph, autour du Délégué Apostolique et de leur évêque. Le zélé missionnaire de la banlieue parisienne nous tint sous le charme de sa parole, une parole forte, éloquente, suave et pétillante dhumour, pendant près dune heure. Le causeur nous charma, lapôtre émut nos curs et nous apprit que notre chère France est un pays qui regorge plus que jamais de dévouement, desprit de sacrifice, dénergie spirituelle et de ressources de toutes sortes.

    Le P. Lhande qui eut, il y a quelques années, linsigne honneur daccompagner le bras de St François-Xavier à travers toute la France, nous revenait directement de Goa, plein encore de la vision de son saint préféré. Par une attention délicate des autorités civiles et religieuses portugaises, le cercueil du Saint fut ouvert pendant quelques heures et, selon lexpression même du P. Lhande, le pauvre St François fut mis à notre merci et à la merci de nos cameras.

    Tous ceux qui ont eu le bonheur de contempler les traits de St François-Xavier à Goa, comme tous ceux qui ne lont pas eu, mais qui vénèrent en lui lapôtre de notre patrie dadoption, liront, jen suis sûr, avec beaucoup dintérêt, les lignes que léminent chroniqueur fera bientôt paraître dans la Revue Les Etudes.

    Le P. Fluchaire, malgré ses 72 ans, sest remis à bâtir et a allongé les deux ailes de son église devenue trop petite ; il la décorée et embellie avec un goût parfait ; Mgr alla y célébrer la sainte messe le 1er janvier.

    Les Religieuses Carmélites viennent de terminer leur première retraite à Bangalore, cette retraite a été prêchée par Monseigneur lui-même.

    Le 1er janvier, Mgr sest rendu à Mysore où il a installé les Surs Catéchistes de Marie dans leur nouveau couvent qui a pour première supérieure la sur du P. Aucouturier.

    Le P. Pointet est nommé curé de la paroisse de Whitefield et le P. Quéguiner (27 mois de mission et toujours le benjamin) a quitté la High School et pris sa place au College Department.

    Le 20 décembre nous revenaient les PP. Cochet et Graton pleins de santé et de force. Le premier est nommé curé de la paroisse de Kolar et prendra charge dès que le P. Jauffrineau sera parti pour la France, en congé régulier ; le deuxième retourne dans sa chère brousse où le travail est si consolant et les espérances si grandes. Le P. Dutay (41 ans de service) sen va aussi revoir la France et la Bretagne, il sera remplacé à Coromandel par le P. Laval.


    Coïmbatore

    Le 17 décembre 1932, la mission de Coïmbatore était tout à la joie. En effet, deux de ses enfants recevaient la prêtrise et venaient augmenter le nombre, trop restreint, hélas ! des ouvriers apostoliques. Ils ont été ordonnés à Pondichéry par Son Excellence Mgr Kierkels, Délégué Apostolique. Après avoir célébré leur première messe solennelle au milieu de leurs parents et amis et avoir passé avec eux quelques jours bien agréables, ils ont été envoyés dans les postes où ils commencent à se dévouer. Que le Seigneur daigne bénir leurs efforts et leur accorder la grâce de travailler longtemps et efficacement au plus grand bien des âmes !

    Le P. Castanié continue à aller de mieux en mieux. Ses forces reviennent lentement mais sûrement. Cependant, il a encore besoin dun long repos. Cest pourquoi il a prié Monseigneur de lui accorder un congé prolongé. En conséquence, il a dû se résigner à quitter son cher district de Pallapalayam où il a travaillé durant de longues années. Cest le P. R. Ambrose qui lui succède dans cette chrétienté qui compte parmi les meilleures de la mission.

    Le P. Dezest est nommé 1er Assistant au pensionnat des garçons, à Coïmbatore. Il est remplacé à Coonoor par le P. Sinnappan.

    Des groupes assez nombreux de païens appartenant à plusieurs villages manifestent le désir de se convertir. Pour les encourager dans leurs bonnes dispositions, Mgr Tournier se fait un devoir de les visiter souvent. Cest ainsi que depuis un mois il a parcouru : Tiruvalur, Vedapatti, Sundampalayam, Bolampatti, Alandorai, Kandayagavoundamsavadi, Tirumalayampalayam et Naduvitcherry. Daigne le Bon Dieu faire mûrir cette moisson dâmes qui sannonce belle !

    *
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    Dans la dernière chronique nous avons dit un mot de Kongurupalayam, les lecteurs du Bulletin seront peut-être intéressés par les quelques détails historiques suivants sur ce district où, grâce au zèle du P. Martial, 200 païens viennent de recevoir le baptême.

    Le premier prêtre catholique connu qui vint dans ces parages fut le P. Balthasar da Costa, s.j.. En 1643, se rendant de Tanjore à Sattiamangalam, il sarrêta une nuit à Senguelarei qui se trouve sur la rive droite du Bhavani, à environ 7 kilom. à lest de Kongurupalayam.

    Vers 1660, il y avait quelques chrétiens dans un quartier de Kongurupalayam nommé Mettupalayam. Leur nombre augmenta assez rapidement, car avant 1680 ils avaient une chapelle et étaient administrés par les Missionnaires Jésuites résidant à Sattiamangalam, ville située à une quinzaine de kilom. de Kongurupalayam. Cette chrétienté se maintint, avec des alternatives de paix et de persécutions, jusquà la fin du XVIIIe siècle, époque à laquelle Tippu Sahib essaya de la détruire. Les troupes du persécuteur ayant détruit léglise et le village chrétien emmenèrent en captivité tous les chrétiens quelles purent saisir. Aucun deux ne revint et jamais on ne put savoir ce quils étaient devenus. Pourtant, avant larrivée des troupes de Tippu, quelques chrétiens avaient pu senfuir, emportant avec eux les statues et les objets du culte de leur chapelle. Après le départ des troupes du terrible Sultan, ces chrétiens fugitifs revinrent et ne trouvant chez eux que des ruines, sinstallèrent à Kongurupalayam même. Cest là que les retrouva notre P. Dubois, auteur du célèbre ouvrage Murs des Peuples de lInde. Il les consola, les encouragea, les aida à se construire une petite chapelle et les conserva ainsi à léglise.

    Ils ne se développèrent guère et en 1920, ils étaient à peine une centaine. Alors, avec laide dune généreuse bienfaitrice dAmérique, le P. Petit leur construisit une chapelle plus spacieuse et aussi plus digne du Bon Dieu.

    Vers 1930, un mouvement de conversions commença à se dessiner. Le P. Martial eut le bonheur de réussir à décider un certain nombre de païens à embrasser notre sainte religion. Espérons que son zèle en amènera encore dautres plus nombreux dans le bercail du Bon Pasteur.


    Salem

    janvier.

    La retraite annuelle prêchée par le R. P. Guido, Gardien du monastère des Capucins de Mangalore, réunissait, du 8 au 9 janvier, 18 confrères à Yercaud, dans le nouveau bâtiment de lécole secondaire des Frères de St Gabriel.

    Cette retraite était suivie dune autre, prêchée par le P. Michel à nos catéchistes et maîtres décole réunis au nombre dune cinquantaine dans les locaux de lécole secondaire de garçons à Salem.

    Le 18 janvier à midi, nous parvenait, par télégramme, la nouvelle du décès de notre cher et vénéré doyen, le bon P. Playoust. Cest à lhôpital Ste Marthe de Bangalore, où il était depuis quatre mois, quil sest éteint, miné par un cancer. Dans la prochaine chronique, nous donnerons, sil plaît à Dieu, quelques brèves notes sur le curriculum vit de notre regretté défunt, sur sa dernière maladie et ses funérailles qui furent une véritable apothéose.


    Maison de Nazareth

    Daucuns trouvent que la rubrique ci-dessus apparaît bien rarement dans le Bulletin. La faute en est à la rareté des événements qui viennent rompre la monotonie de notre vie de communauté. On ne peut tout de même pas annoncer à toute la Société que le P. X corrige des épreuves du matin au soir ou que le P. Y narrive pas à se débarrasser dune bronchite chronique. Mais on peut signaler quune imprudence de notre menuisier fut cause dun petit incendie dans les hangars au-delà de limprimerie. Les pompiers de Hongkong, alertés vers onze heures du soir, restèrent jusquà deux heures du matin et ils firent leur travail si paisiblement que les deux tiers de la communauté ne se doutèrent même pas de leur présence.

    Huit confrères étaient annoncés pour la retraite de janvier, cinq seulement purent y venir. Le P. Gallioz (Quinhon) arriva bon premier le 26 novembre, il fut suivi à peu de jours par le P. Sacré (Pondichéry). Le 11 janvier cétait le tour des PP. Roger et Sage (Moukden), enfin le P. Panet (Coïmbatore) venait le 25 de Béthanie sinstaller à Nazareth. Parmi les malades de Béthanie trois, les PP. Solvignon (Quinhon), Malaval (Laos) et Bonnecaze (Fukuoka), vinrent coucher ici, dautres, les PP. Gire (Suifu), Raoult (Fukuoka), Maunier (Hué), Laborier (Quinhon) et le P. Marie ne venaient que pour les conférences.

    Avec le P. Moreau, des Procures, le P. Chrétien, qui travaille à une réédition du Lexique Gaztelu, et les membres de la communauté, cela faisait 22 auditeurs pour entendre les très intéressantes instructions données par le P. Ramalho, S. J., emprisonné autrefois par les révolutionnaires portugais et maintenant en district dans la partie du Kouangtong cédée par la mission de Canton au diocèse de Macao.

    Après la clôture de la retraite, les confrères ne tardèrent pas à reprendre le chemin de leur mission.... et Nazareth retomba dans son silence coutumier.

    Note. La prochaine retraite est fixée, comme lan dernier du 10 au 16 juillet 1933.


    Séminaire de Paris

    décembre.

    Mgr le Supérieur est rentré à Paris de Rome dans la nuit du 19 au 20 novembre, avec le P. Gros, son compagnon de voyage. Il venait de passer une semaine complète dans la ville Eternelle.

    Cest le 17 novembre que Mgr le Supérieur a été reçu par le St Père qui la retenu plus de ¾ dheure, prenant un intérêt visible au récit de la récente tournée faite dans nos Missions, posant maintes questions et manifestant une compréhension particulièrement nette de la question sino-japonaise, telle quelle se pose actuellement et de ses développements futurs. A lissue de laudience, le personnel de notre Procure, avec ses 8 aspirants et le P. Gros ont été présentés au St Père qui les a bénis affectueusement.

    A loccasion de la fête patronale du Séminaire de Bièvres, la remise des insignes dofficier de la Légion dHonneur fut accomplie solennellement à 11 h. ¾ , à la Salle des Exercices, par Mgr Baudrillart. Dillustres hôtes avaient tenu à sassocier à notre commune joie. Dabord, Mgr lEvêque de Versailles, accompagné dun de ses vicaires généraux ; M. le Chanoine Germain, directeur de luvre Apost.; M. Georges Goyau, de lAcadémie Française ; M. Canet, conseiller technique au Ministère des Affaires Etrangères ; M. Froidevaux, professeur à lInstitut Catholique ; M. Doutremer, ancien consul du Japon et du Siam, etc.... Contrairement à lusage, après la formule et laccolade traditionnelles, Mgr Baudrillart tint à exprimer sa joie et sa fierté de voir notre Société mise à lhonneur en la personne de son vénéré Supérieur. Avec un à propos charmant, Mgr le Supérieur remercia à son tour et eut pour chacun des hôtes un mot de reconnaissance pour la sympathie que témoignait leur présence à la fête.

    Après le déjeuner fort bien servi dans le réfectoire gracieusement décoré, une photo du groupe des hôtes fut prise dabord, puis la photo des deux communautés avec Mgr le Supérieur et les deux supérieurs des communautés de Paris et de Bièvres.

    Mgr le Supérieur officia pontificalement aux offices de la journée.
    Mercredi, 14 décembre Mgr Cuaz, ancien Vicaire Apostolique du Laos, nous est arrivé. Il doit faire samedi prochain lordination des Q. T. de décembre. Un engagement à Quimper a forcé Mgr le Supérieur à sabsenter. Il profitera de ce voyage pour faire une tournée de propagande dans plusieurs diocèses de Bretagne. Son absence durera probablement jusquà Noël.

    janvier.

    Les Echos sont heureux doffrir à tous les confrères présents en France les souhaits bien fraternels de toute la Communauté.

    Invité depuis longtemps par Mgr lEvêque de Quimper à présider avec lui dans sa ville épiscopale la fête patronale diocésaine de St Corentin, Mgr le Supérieur sest rendu dabord à Beaupréau où il a séjourné du 15 au 17 décembre. Le soir de son arrivée, il y faisait une conférence au petit séminaire diocésain dAngers. Le 18, à la cathédrale de Quimper, après les offices pontificaux, devant une assistance nombreuse, St Corentin. pour la première fois peut-être depuis quon fait son panégyrique, sest vu glorifié comme le premier évêque indigène de Basse-Bretagne. Sur linvitation de Mgr Duparc, Mgr le Supérieur put également faire une lecture spirituelle aux élèves du grand séminaire (250) et 3 jours plus tard à ceux du petit séminaire de Pontcroix (320). Il est rentré à Paris le 27 courant, après avoir passé à St Pol de Léon les journées anniversaires de la mort de son frère.

    Le P. Destombes, rappelé de Pinang pour professer la Théologie au Séminaire de Paris, est arrivé à Marseille le 23 décembre. Après 3 jours à Paris, il est allé passer une semaine ou deux en famille dans le Nord avant dentrer à la Solitude Sulpicienne dIssy, pour sy préparer pendant quelques semaines à ses nouvelles fonctions.

    M. le Supérieur du grand séminaire de Tours qui prépare une vie de Mgr Pallu, profite des vacances de Noël et du Jour de lAn pour consulter nos archives. Il est notre hôte pour une dizaine de jours.

    Lordination annoncée dans le précédent numéro des Echos a eu lieu le 17. Mgr Cuaz a conféré les saints Ordres à 5 prêtres, 14 diacres, 2 sous-diacres dont un du diocèse de Paris, 8 minorés, 7 tonsurés.

    Le lendemain des premières messes, pèlerinage à N.-D. des Victoires et sortie facultative laprès-midi.

    Les cinq nouveaux prêtres ordonnés le 17 sont appelés au départ en mission à Pâques prochain.

    A la fin de décembre, leffectif des aspirants se répartit comme suit : à Paris 70, à Bièvres 59, à Rome 8, au service de larmée 18. Total 155.

    Létat du cher P. Aubert sest si bien et si heureusement amélioré que notre cher confrère a pu rependre la célébration de la Ste Messe. Tout le monde est heureux de le voir ainsi rétabli.

    Le 1er janvier tombant un dimanche, la sortie facultative des aspirants a été reportée au lendemain.

    A loccasion de la fête de lEpiphanie, Son Excellence Mgr Maglione, nonce apostolique, nous a honorés de sa visite et a célébré la messe pontificale. Mgr le Supérieur lui a présenté à la Salle des Exercices les deux communautés de Paris et de Bièvres et 6 novices frères venus de Dormans. Son Excellence a répondu par une paternelle allocution, terminée par loctroi dun jour de congé et la bénédiction au nom du Souverain Pontife.

    Au dîner assistaient les représentants des Instituts missionnaires et les Directeurs des uvres Pontificales. Le soir, les Vêpres pontificales furent présidées par Mgr le Supérieur.

    En ce moment, à Paris comme à Bièvres, quelques aspirants paient leur tribut à la grippe si répandue à Paris, mais les cas, peu nombreux dailleurs, sont sans gravité heureusement.

    De Rome nous est arrivée une triple bonne nouvelle Jannin, Larrart, Tong, évêques. Il sagit de Mgr Jannin, nommé Vicaire Apostolique de la nouvelle mission de Kontum ; Mgr Larrart, coadjuteur de Kweiyang, et Mgr Tong, prêtre indigène de Saigon, nommé coadjuteur de Phatdiem.

    Jeudi 12, Mgr Chaize, coadjuteur dHanoi, est parti de laéroport de Marignane, près Marseille, à 8 h. du matin, sur un avion de lAir Orient. Le soir même, nous le savions heureusement arrivé à Naples. A Rangoon où il sera dans 3 jours, Mgr Provost lattendra à laérodrome.

    Vendredi se sont embarqués à Marseille les PP. Melly et Coquez et le Fr. Duc, de la congrégation du Gd St Bernard. Ils ont en outre un compagnon laïque, qui a offert son dévouement. Deux de leurs confrères, le chanoine Adam, maître des novices au Gd St Bernard, et Besson, vicaire à la paroisse de Martigny, les ont conduits à bord du Général Metzinger et, de Marseille, sont venus passer quelques jours au Séminaire de Paris. Sur le même bateau étaient les Carmélites qui vont fonder le carmel de Tôkyô. Elles sont accompagnées par Mgr le Prince Ghika.


    1933/187-240
    187-240
    Anonyme
    France et Asie
    1933
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