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Chronique des Missions et des Etablissements communs 2

Chronique des Missions et des Etablissements communs. Tôkyô 2 janvier.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs.
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    Tôkyô
    2 janvier.

    Le dimanche 6 décembre, à 2 heures de laprès-midi, sest tenue à lUniversité Catholique Jochi Daigaku, à Tôkyô, une réunion amicale de lAssociation des étudiants catholiques, où se trouvaient représentés les élèves de lUniversité Catholique, de lUniversité Impériale, des Universités de Waseda, Keio et Hosei, qui sont membres des Cercles catholiques détudes attachés respectivement à ces Universités. La réunion était présidée par Mgr lArchevêque ; y prenaient part également les RR. PP. Hoffmann, directeur du Jochi, et Heuvers, professeur de la même Université, les PP. Lemoine, Candau, Iwashita, le Dr. Tanaka, professeur de droit à lUniversité Impériale, MM. Nakakiri, professeur de Waseda, Kimura, du Hosei, Yanaigiya, du Jochi, Fujii, du lycée supérieur dUrawa, ainsi que M. Yoshimitsu, ex-disciple de M. Maritain à lUniversité Catholique de Paris, et Président de lAssociation. Les invités ci-dessus nommés y ont pris la parole, et un certain nombre détudiants ont parlé à leur tour. Les sujets des discours se rapportaient à lorganisation de lAction Catholique parmi les étudiants, aux études et conférences en cours dans les diverses Universités, et surtout au but spécial de la réunion qui était de fonder un Centre de vie spirituelle pour les branches de lAssociation des diverses Universités. Il a été décidé que ce Centre serait établi à lUniversité Catholique du Jochi, et que le P. Heuvers, S. J., en serait le directeur.

    Le dimanche 13 décembre, en la Solennité de lImmaculée-Conception, fête patronale de la cathédrale de Sekiguchi, Mgr lArchevêque a donné la confirmation, suivie dune messe pontificale : et le soir, après le Salut du Saint-Sacrement, a eu lieu une procession aux flambeaux à la grotte de N. D. de Lourdes. Dans laprès-midi, les enfants de lécole maternelle ont donné une séance de danses et de churs enfantins, et à 6 heures a eu lieu la représentation dun drame traduit en japonais du P. Delaporte : la délivrance du Mont St-Michel par Jeanne dArc. La pièce, fort bien jouée, plaît particulièrement aux Japonais par ses scènes chevaleresques, ses décors moyenâgeux, le patriotisme et lamour filial dont elle donne le spectacle. Aussi doit-elle être représentée de nouveau les samedi et dimanche 9 et 10 janvier prochains.

    Le mardi 15 décembre, a été inauguré et bénit lhôpital international de Ste-Marie, fondé par les Surs Franciscaines Missionnaires de Marie à Shimo-Ochiai, dans la banlieue de Tôkyô. Le matin, à 9 heures, Mgr a célébré la messe dans la chapelle de lhôpital et béni les divers locaux. Dans laprès-midi, plus de 500 invités ont visité lhôpital et ont pu admirer laménagement moderne et confortable des salles de malades et des divers services. Situé sur un terrain de plus de 4.000 tsubo (13.200 mq.) lhôpital bâti en ciment armé, comprenant un sous-sol et quatre étages, occupe une superficie de 800 tsubo (2.600 mq.). Aux chambres de premières spéciales sont adjoints un cabinet de toilette avec salle de bains, une chambre pour garde-malade, et un balcon donnant sur la campagne. Les deux salles dopérations sont éclairées par de puissantes lampes à réflecteurs commandées en France : à côté se trouve la salle de désinfection avec ses deux autoclaves. Il y a en outre les chambres et salles de malades des trois classes, comprenant pour le moment 50 lits, une pharmacie et diverses salles de consultations pour le public du dehors. Les étages sont desservis par un ascenseur, et toutes les chambres par un appareil téléphonique. Le directeur attitré de lhôpital est actuellement le P. Totsuka, docteur en médecine, dont le rôle est de contrôler le fonctionnement de lhôpital. Les médecins sont au nombre de cinq, auxquels il faut joindre une Sur doctoresse, et un pharmacien ; il y a un personnel de 13 Surs infirmières, assistées de 10 infirmières laïques.

    Les visiteurs ont pu se rendre compte quau point de vue matériel, lhôpital ne laisserait rien à désirer. Dautre part on se réjouissait à la pensée que les malades trouveraient dans le dévoûment bien connu des Surs Franciscaines de Marie les meilleures garanties tant pour les soins, que pour les consolations et secours spirituels quils pourraient désirer. Lorsque les invités se furent réunis sur la terrasse de lhôpital vers 4 heures, les points que nous venons dénumérer furent mis en relief par les personnalités qui prirent la parole. Ce fut dabord Mgr lArchevêque puis le P. Totsuka, le Dr. Tashiro, professeur honoraire de lUniversité et directeur dun hôpital, le Dr. Hayashi, président de la Faculté de Médecine de lUniversité Impériale, le Dr. Miyashima, professeur de médecine à lUniversité du Keio. S. E. Mgr Chambon, en français, et le P. Totsuka, en japonais, esquissèrent devant lauditoire lhistorique de lInstitut des Franciscaines M. M., qui, fondé en 1877, compte actuellement 5.800 religieuses réparties dans 225 missions, et exerce ses diverses formes dapostolat sur un vaste champ daction, en Europe, aux Indes, en Afrique, en Chine, et au Japon où elles ont cinq maisons. Les invités parmi lesquels, outre les orateurs ci-dessus nommés, se remarquaient Mme de Bassompierre et sa fille, Mme de Berryer, de lAmbassade de Belgique, et plusieurs Dames Japonaises de lAssociation Catholique, qui ont aidé de leurs contributions, pendant plusieurs années, à la fondation du présent hôpital, des médecins et diverses personnalités sintéressant aux uvres sociales, les missionnaires et les membres des divers établissements catholiques de Tôkyô et des environs, prirent ensuite sur la terrasse ou dans les salles une collation où furent servis du vin, du thé et des gâteaux. Tous se séparèrent, emportant la conviction que le nouvel hôpital était appelé à réaliser avec succès la mission pour laquelle il est fondé, tandis que les catholiques se sentaient fiers de la nouvelle uvre dont ils escomptent lheureuse influence pour lavenir.

    Le 31 décembre, les missionnaires de Tôkyô se sont réunis à Sekiguchi pour leur retraite mensuelle, que leur a prêchée en latin S. E. le Délégué Apostolique Mgr Mooney. S. E. les a exhortés à se faire lapplication du texte de St Paul : Fratres, ego me non arbitror comprehendisse.... (Philipp. III, 13-14), dabord en ce qui regarde leur progrès dans la perfection sacerdotale, ensuite en ce qui regarde leur ministère, qui a pour but denfanter, de former Jésus dans les âmes, et cela par les moyens dont Jésus leur donnait lexemple dans le mystère de la Nativité. Ensuite tous se sont réunis pour les communes agapes au réfectoire, où S. E. le Délégué Apostolique et S. E. Mgr Chambon ont exprimé leur vux de bonne, sainte et fructueuse année pour la mission.

    La mission de Tôkyô a eu la douleur de perdre le 25 décembre un de ses prêtres japonais, ordonné à la St-Pierre de cette année même 1931, le P. Martin Horii, et qui après avoir exercé quelques mois le ministère à la paroisse de Honjo, venait dêtre transféré comme vicaire du P. Flaujac à la paroisse de Sekiguchi. Il venait à peine de sinstaller dans ce dernier poste, quil fut saisi dune crise aiguë dappendicite, accompagnée de péritonite. Transporté durgence dans un hôpital voisin, il y avait été opéré dans la nuit du 6 au 7 décembre. Lopération semblait avoir parfaitement réussi, et on espérait la guérison sous peu. La Providence en a disposé autrement. Le jeune prêtre très intelligent et très sérieux promettait un ministère fructueux. Privés de son aide ici-bas, nous espérons que son sacrifice et son intercession là-haut vaudront à la mission des grâces précieuses. Linhumation à laquelle étaient présents les missionnaires de Tôkyô et des environs, les représentants des établissements religieux, en particulier de lEcole de lEtoile-du-Matin, dont il avait été un des meilleurs élèves, ainsi que de nombreux fidèles, a été célébrée à Sekiguchi par le P. Flaujac, Monseigneur donnant labsoute et la chorale de ses anciens confrères du Séminaire exécutant la messe de Requiem en grégorien. La dépouille mortelle du jeune prêtre a été transportée ensuite au cimetière catholique du Tamagawa.

    Deux nouvelles églises ont été bénites à la fin de décembre, lune à Odawan, poste du P. Mathon, et lautre à Koenji, poste du P. Mayet. Nous en reparlerons dans le prochain numéro.


    Fukuoka

    Nominations & changements : Par décision de Monseigneur :
    Le P. Frédéric Bois est nommé Vicaire Général et chargé de fonder un nouveau poste en ville de Fukuoka.

    Le P. Lemarié est nommé Vicaire Général honoraire.

    Le P. Heuzet est nommé à Kokura en remplacement du P. Bertrand nommé à Moji en remplacement du P. Martin : le P. Martin à Kumamoto, à la place du P. Fréd. Bois ; le P. Vion à Fukuoka, (Arato machi) ; il est remplacé à Shindenbaru par le P. Lagrève.

    Avec lannée 1932 a commencé, dans toutes les églises du diocèse, la lecture obligatoire du catéchisme à la messe du dimanche. En cela nous ne faisons que nous conformer à un usage depuis longtemps en pratique dans plusieurs diocèses du Japon. Les fidèles trouveront désormais dans leur koyomi lindication des passages à réciter. Le texte entier du catéchisme est distribué en deux années et en règle générale, le sermon du dimanche devra rouler sur le passage récité.

    Le 20 décembre dernier, confirmation à Ômuta, grande ville industrielle. Vingt confirmés et soixante fidèles environ présents dans la petite chapelle provisoire. En soi, cest peu, mais ce poste fondé par le regretté P. Sauret, au cours de la grande guerre, avait souffert beaucoup de laprès guerre et avait besoin dun renouveau. Comme celui dOmura, tous nos postes dans le Kyushu ont commencé humblement.


    Séoul

    4 janvier.

    Durant le mois de décembre Mgr Larribeau a visité 5 postes-résidences de la province du Tchoung-Tchyeng sud : 2 de missionnaires et 3 de prêtres indigènes. Commençant par donner les exercices de la retraite annuelle des catéchistes du P. Julien Gombert, S. E. a terminé sa tournée pastorale par la ville de Ok-Tchyen, fief du P. Dourisboure. Mgr le coadjuteur a confirmé environ 550 chrétiens anciens ou nouveaux, grands et petits ; puis, en bonne santé, bien meilleure, grâce à Dieu, quà son départ, est rentré à Séoul lavant-veille de Noël.

    Dans la mission de Séoul, comme du reste sans doute dans toutes nos missions, chaque missionnaire ou prêtre indigène singénie à donner le plus déclat possible aux solennités de lanniversaire de la venue en ce monde du divin Sauveur : partout illumination de léglise et des avenues y conduisant, messe solennelle à minuit, précédée de la veillée quon sefforce de rendre aussi pieuse et agréable que faire se peut, chants de Noël, représentation des Mystères du jour, dialogues, saynètes. A propos de séances récréatives jai toujours admiré laplomb, le naturel avec lequel jouent les enfants coréens, aussi bien les petits garçons que les petites filles. Il me semble quà cet âge, mes condisciples et moi-même avions plus facilement le trac et étions bien moins à laise. Et puis combien le costume modifie lallure ! Dans leurs vêtements coréens, dhiver surtout, les enfants des deux sexes (les adultes aussi, mais à un moindre degré) apparaissent lourdauds, empruntés. Or, le costume européen les métamorphose entièrement, ils se révèlent souvent gracieux, sveltes, parfois même élégants. Aussi écoliers et écolières en général, beaucoup de jeunes gens, et nombre dhommes, surtout dans les villes adoptent de plus en plus le costume européen qui leur sied du reste très bien. Mais lhabit ne fait pas le moine : il est plus facile de changer de vêtement que de cur. Si tous les Coréens qui seuropéanisent extérieurement se convertissaient à la vraie foi : Hélas ! que nous sommes loin de compte !

    Avec les hirondelles, au printemps, nos confrères absents les P. Mélizan et Pichon espèrent revenir en Corée.

    En ce commencement dune nouvelle année tous les confrères de cette mission vont assez bien, à lexception du P. Curlier. En principe solide comme le Pont Neuf, notre cher doyen constate maintenant que sa forte constitution est minée par un mal sournois et difficile à vaincre. Dies annorum nostrorum in ipsis septuaginta anni, tous les jeudis, à Laudes, lEglise nous fait réciter ce verset du Psaume 89. Mais lauteur ne veut pas signifier par là quil est défendu de vivre plus de septante années. Du reste, notre P. Curlier, qui se laisse encore aimablement appelé le P. Jules, comme à la rue du Bac en 88 ou 89, na pas tout à fait atteint sa soixante-dixième année, et nous faisons tous des vux pour que le bon Dieu le conserve longtemps encore à la mission.


    Taikou

    9 janvier.

    Du 3 au 8 décembre, à Taikou, le beau film des Vingt-Six Martyrs japonais a été présenté, dans un cinéma de la ville, une dizaine de fois, à un public toujours très nombreux, et avec un succès soutenu. Des séances spéciales ont été organisées pour les écoles chrétiennes, le séminaire, le couvent et les paroisses de la ville. Dautre part de nombreuses sociétés et organisations laïques, des écoles gouvernementales, la Troupe elle-même ont demandé et tenu leurs séances particulières ou retenu par groupes leurs places.

    Cétait vraiment impressionnant de voir ces spectateurs divers, et habituellement si froids, manifester leur sympathie pour les Martyrs japonais et les Missionnaires européens. Notamment aux séances réservées aux chrétiens, lassistance, non exclusivement catholique, ni même exclusivement chrétienne, à plusieurs reprises se trouva comme transportée denthousiasme, principalement à lapparition sur lécran de Sa Sainteté Pie XI bénissant, et manifesta, par de vifs applaudissements et des murmures sympathiques son émotion et son admiration. Vraiment ce beau film, simple page dhistoire, dailleurs rendue avec grand art, sans intrigue et sans prétention, est des plus moralisateurs, instructif, et susceptible, en faisant tomber des préjugés, de gagner bien des esprits. Il fait penser que nous, qui avons de si grandes choses et de si beaux gestes dans lhistoire de notre société et de nos Missions, nous pourrions, peut-être faire beaucoup de bien à nos chrétiens, et gagner à notre belle cause encore plus de sympathie de la part de catholiques européens, si nous leur présentions, par cette forme nouvelle de prédication quest le cinéma, nos trésors trop cachés dhéroïsme et de sacrifices.

    Le mois de décembre nous vaut habituellement deux belles réunions de confrères ; cette année, elles ont été, comme toujours, très cordiales, soit le 17 décembre pour offrir à Son Exc. Mgr Demange nos vux de fête, soit le 31 pour clôturer ensemble lannée qui finit et nous offrir mutuellement nos vux de nouvel an.

    Entre ces deux réunions, une belle cérémonie dordination a eu lieu à la cathédrale le 19 décembre : y prenaient part douze tonsurés et quatre diacres.


    Moukden

    8 janvier.

    La chronique du mois qui vient de sécouler peut se résumer dun mot : situation désolante. Les bandes qui pullulent continuent, avec une audace et une férocité croissantes, leur sinistre besogne. Pas un point de la Mission, pour ainsi dire, qui ne soit atteint ou menacé. Les fêtes de Noël qui, dhabitude, ravissent pasteurs et fidèles, se sont passées dans la tristesse. A minuit, les cloches sont restées silencieuses, et lon na pas entendu les joyeuses pétarades de feux dartifice.

    Le nouvel an, qui dordinaire rassemble la plupart des Missionnaires autour de leur Evêque, a passé inaperçu. Beaucoup de ceux-ci sont bloqués dans leur résidence : sortir serait presque infailliblement se jeter dans les mains des bandits qui, par cette température glaciale, seraient enchantés de se pourvoir, si ce nest déjà fait, de chapeaux et habits de fourrure. Depuis quelques jours, nous sommes même sans nouvelles de plusieurs confrères. Par suite de la marche des troupes japonaises sur la ville de Chinchow (Kin Tcheou), siège provisoire de lancien Gouvernement de Tchang Sue Leang, les communications ont été coupées entre Moukden et toute la région desservie par la ligne Pékin-Moukden. Un service postal spécial vient dêtre établi par les autorités japonaises pour lintérieur de la Chine : les lettres sont expédiées par Dalny après avoir été soumises à la taxe de recommandation.

    Les lettres reçues de divers districts rapportent, lune après lautre, les atrocités commises par des bandes décumeurs. De Kouang Ning, le P. Goytino nous dit lintolérable situation de la ville et des environs. Les brigands sont installés dans les villages environnants, vivant, comme partout, de rapines et se livrant sur les personnes aux pires violences. Là, comme ailleurs, ils forcent les cultivateurs à vendre leurs provisions de grains, pour en extorquer le prix de vente. Plusieurs, pour sêtre refusés à cette tyrannique combinaison, ont vu leurs maisons flamber avec les réserves de grains. Dautres fois, ces bandits rendent le grain inutilisable en larrosant deau ou de pétrole. Dans leur rage de destruction, ils vont jusquà incendier les maisons abandonnées par leurs occupants.

    A Niou Tchouang, le P. Cambon a été victime dun brigandage. Le 23 décembre, en plein jour, un groupe de ces bandits qui foisonnent dans la région, pénétrèrent chez lui, le menacèrent du révolver et lui prirent sa fourrure et sa montre. A Chan Tchoang Tse, le P. Chabanel a été plus chanceux. Une bande occupa le village et commença le pillage. Le Père ne tarda pas à recevoir la visite du chef des brigands qui, agréable surprise, venait lavertir quil navait rien à craindre ; il était très bien disposé à lendroit des Missionnaires, et il avait donné lordre de respecter la résidence. Pour prix de ce traitement de faveur, il se contenta de demander au Père laide de son cuisinier.

    A quand la fin de cette lamentable situation ? Les Japonais promettent de clarifier le pays. Ils sont dailleurs eux-mêmes directement intéressés dans cette uvre dassainissement, car il arrive que ces bandes attaquent des postes japonais, sabotent les lignes de chemin de fer. Les autorités militaires semblent bien décidées à poursuivre les brigands jusque dans leurs repaires. Chaque matin, souvent au lever du jour et par une température de 20 degrés de froid, plusieurs avions quittent le terrain daviation de Moukden, et sen vont à la chasse aux brigands. Malheureusement les bombardements aériens ont eu, plus dune fois, de regrettables conséquences : destruction de maisons, mort de victimes innocentes. Le plus grave accident que nous sachions sest produit, il y a quelques jours, à Niou Tchouang : on compte une cinquantaine de victimes, dont trois chrétiens.

    Sur la scène politique, nouveau changement de décor et nouveaux figurants. Le 16 décembre, on apprenait que lancien Préfet de Moukden, Tchang Che I, séquestré, ou du moins gardé à vue, par les autorités japonaises, depuis loccupation, était placé à la tête du Nouveau Gouvernement Indépendant de la Province de Moukden. Le nouveau Gouverneur a immédiatement fait acte dindépendance politique vis-à-vis de Nankin : il a rendu visite à tous les consulats. Le 21 avait lieu la cérémonie de son installation, à laquelle assistaient seulement les autorités japonaises et le consul des Soviets.


    Chengtu

    20 décembre.

    Notre nouveau confrère, le P. Dédeban, est arrivé à Chengtu le 24 novembre dernier, en bonne santé et après un excellent voyage.

    Le P. Caluraud qui lan dernier a subi lablation de lil gauche, est menacé cette année de perdre lil droit.

    Je reçois à linstant une lettre dun confrère et je ne résiste pas au plaisir den faire part aux lecteurs du Bulletin :

    Vous savez que nayant ni locaux ni ressources pour établir des écoles modernes jai dû me résigner à envoyer mes enfants chrétiens aux écoles officielles de la ville ; mais pour les tenir en haleine, jai fait lessai en janvier dernier, avec laide de plusieurs chrétiens de bonne volonté, dun patronage dominical. Voici comme nous procédons.

    Les classes finissant le samedi à midi, les enfants viennent se confesser dans la soirée. Le dimanche, ils communient à la messe paroissiale et assistent au Salut du Saint Sacrement qui la suit, pour la commodité des chrétiens venus de loin. Vers 9 h. les enfants reviennent à la mission et le catéchiste ouvre la séance par la récitation du Veni Sancte Spiritus. Puis il lit lEvangile et reprend les commentaires donnés au prône de la messe.

    Ensuite Causerie-Conférence : le 1er dimanche du mois sur un chapitre du catéchisme, le 2ème dimanche sur lHistoire Sainte, le 3ème sur lHistoire religieuse de la Chine, le 4ème sur la Vie des principaux Saints du mois. Je fais quelquefois une petite causerie, mais sans sujet préparé à lavance. Ainsi un jour je prends un livre de classe apporté par un enfant et jy lis la leçon suivante :

    Go mong, mauvais rêves. Un élève a le sommeil agité et est sujet à de mauvais rêves. Il en demande la raison à son professeur, qui lui répond : Tu as sans doute trop mangé le soir. Mange moins et les rêves disparaîtront.

    Et tout naturellement samorce le petit dialogue suivant : Votre professeur, en commentant cette réponse, a-t-il donné une autre raison ? Non ! Et vous ? avez-vous pensé à une autre cause ? Silence... Voyons, vous récitez chaque soir une prière qui parle de rêves ! Nouveau silence. Je cite alors les premiers mots de la prière Tcheou Kouang oùi tsin (Hymne des Complies) ; aussitôt les enfants deux-mêmes continuent la récitation et arrivés à la 2ème strophe Procul recedant somnia et noctium phantasmata, leurs yeux brillent de joie davoir enfin compris.

    Un autre jour cest une leçon sur lorigine commune du singe et de lhomme et jen profite pour leur faire revoir le chapitre de la création dAdam et dEve dans le catéchisme.

    Un autre jour encore, cest.... justement le grand-père dun élève a fêté, la veille, ses 80 ans et à cette occasion a reçu beaucoup de Toui tse avec linévitable souhait connu sous le nom de : Hoûa fong sam to (caractères chinois).

    Il y a plus de 4000 ans, lempereur Yao (caractères chinois) arrivant à la ville de Houa, le magistrat du lieu le salua en ces termes : Je souhaite à Votre Sagesse beaucoup de bonheur, une longue vie, beaucoup denfants mâles : (caractères chinois). Et voilà une bonne occasion de rappeler la réponse trop oubliée de nos jours que fit lempereur : Beaucoup de bonheur cest aussi beaucoup de crainte de le perdre ; une longue vie, cest aussi beaucoup dhumiliations et de misères en perspective ; beaucoup denfants mâles, cest bien des soucis pour leur éducation : (caractères chinois) et ensuite de la commenter en montrant la vanité des choses de ce monde et que le bonheur parfait nest quau ciel... que je vous souhaite à la fin de vos jours.

    Un vol sacrilège a eu lieu à léglise cathédrale. Le voleur ne sest pas contenté de faire main basse sur les vases sacrés trouvés à la sacristie, il a fracturé le tabernacle et emporté le ciboire qui contenait environ 150 hosties consacrées. On a pu racheter le ciboire avec les hosties pour la somme de 40 dollars ; les prix ont augmenté depuis Judas, car cest bien dun Judas quil sagit, un jeune chrétien aidé de quelques complices qui portaient luniforme militaire.


    Chungking

    10 décembre.

    S. E. Mgr Jantzen sembarquait le 18 novembre pour aller visiter, au delà de Wanhsien, les districts du Bas-FIeuve dépendant encore de la Mission de Chungking. Son Excellence compte être de retour pour les fêtes de Noël.

    Depuis sa fondation en 1921, lépreuve a lourdement touché la petite communauté de notre Carmel de Tsen-kia-gay. Déjà la mort lui avait enlevé 3 Surs européennes dont 2 sous-prieures ; et récemment, à un mois dintervalle, les 14 octobre et 14 novembre, S. E. Mgr Jantzen, entouré dun nombreux clergé, bénissait encore les tombes de Sur de lImmaculée Conception, dépositaire, et de Sr Marie de St Joseph sous-prieure. Je visitais, il y a quelques années leur cimetière, et lune delles, jeune encore et pleine de vie, me montra la croix : Voyez quelle délicate inspiration a eue notre architecte, le P. C...., qui est un mystique, de faire graver sur le socle le désir brûlant de notre grande Ste Thérèse : Jésus, il est temps de nous voir. Et Jésus entendit le soupir de cette fille de Ste Thérèse ; Il jugea que pour elle aussi il était temps de le voir ; bientôt il appelait Sur Blanche au festin des noces éternelles. Lépreuve étant le sceau divin attaché à toute grande uvre, il nous reste la consolation de beaucoup espérer pour lavenir de notre Carmel.

    Ne fut-ce pas ainsi, au prix de difficultés et contrariétés de toute sorte, que grandit et se développa lInstitut de nos Servantes du Sacré-Cur, destinées à lenseignement ? On put croire un instant que sous la pression maligne de lépreuve, luvre allait succomber. Et voilà quaujourdhui elle compte 7 novices, 12 postulantes, 44 professes dont 32 tiennent 8 principales écoles de district, 3 écoles primaires supérieures, et le pensionnat Ste Thérèse, école secondaire enregistrée, qui compte plus de 300 élèves, à laquelle aucune école similaire de Chungking ne saurait prétendre disputer la première place. Partout, chez ceux qui en ont fait lexpérience, leurs services sont hautement appréciés. Larbre, si lon en croit certaines critiques, serait-il donc indigne des fruits ? La critique en effet cest le sort de toute uvre humaine et même divine népargne pas luvre. Elle na pas épargné les confrères Supérieurs de lInstitut, dont le grand mérite fut, tout en tenant compte des leçons de lexpérience, de lavoir dirigé avec un dévouement sans bornes et une inlassable patience jusquà en faire ce quil est aujourdhui. Il en est ainsi par le monde... qui, devant les taches du soleil, lui nieraient sa splendeur ; qui nadmettent chez les autres que la perfection idéale créée par leurs propres concepts ; qui critiquent avant davoir essayé ; qui laisseront leurs champs en friche plutôt que duser dinstruments ne réalisant pas leur idéal ! Laissons les grincheux à linaction que leur commandent leurs critiques. Seuls sont critiqués les hommes de bonne volonté qui travaillent et qui luttent, et cest leur honneur. Pour faire luvre de Dieu :

    Ne soyons point si difficiles ;
    Les plus accommodants, ce sont les plus habiles ;
    On hasarde de perdre en voulant trop gagner.
    Gardez-vous de rien dédaigner,
    Surtout quand vous avez à peu près votre compte.
    Bien des gens sy sont pris. Ce nest pas aux hérons
    Que je parle : écoutez, humains, un autre conte....
    Mais lisez-le dans La Fontaine :
    A moi les proposer ! hélas, quelle pitié :
    Voyez un peu la belle espèce !


    Suifu

    31 décembre.

    Parti de Paris le 7 septembre, et de Marseille le 11, notre cher nouveau, le P. Grasland, nous est arrivé à Suifu le 15 courant, piloté par le P. Renou qui était allé au devant de lui à Chungking. Inutile de dire quil a produit sur tous une bonne impression. Cest un homme posé. De plus, il jouit dune bonne santé. Cette fois, sécria Mgr Renault en lembrassant, ce nest pas un malade que Paris nous a envoyé. Que Paris en soit remercié ! Bref, à nen pas douter, notre jeune confrère fera honneur à son beau nom chinois, Ko se lân (1). Ko veut dire : modèle, règle.

    Au contraire de celui de son prédécesseur, le P. Renou, son voyage de France à Suifu na pas été mouvementé : pas dauto brisée, ni de train en feu, ni de paquebot ensablé. Si bien quune Hollandaise, qui se trouvait sur le même vapeur que lui de Shanghai à Chungking, fut tout désappointée de navoir pas entendu siffler à ses oreilles les balles des communistes ou des bandits. Cette bonne dame, paraît-il, était venue en Chine à la recherche démotions. Je souhaite quelle nen ait pas de trop fortes !

    Par décision de Son Exc. Mgr Renault, le P. Le Breton, supérieur du petit-séminaire, a été nommé provicaire et vicaire délégué en remplacement du P. Pierrel démissionnaire.

    ___________________________________________________________________________
    (1) (caractères chinois).


    Ningyuanfu

    16 décembre.

    Le Kientchang.
    Si à Ningyuanfu, grâce au colonel Ten, nous jouissons depuis quelques mois de la paix, il nen est pas de même dans le Houili. Le P. Flahutez écrit : La campagne du Sou luchang contre les Lolos a été désastreuse ; mais le mandarin, avec la garde nationale, est parti, en personne, combattre les barbares dans la région de Tchaho, Takiao ; il paraît quil y a fait du bon travail. Il est allé ensuite du côté de Likitchan, chez le P. Bettendorf, faire la chasse aux brigands ; on dit quil ne tardera pas à venir à Kiangtcheou. Si cela pouvait être vrai ! Depuis quinze jours, pillages continuels, presque sous les murs de mon école de filles.

    Le P. Tông, malgré ses soixante ans, est toujours aussi vaillant et promet encore pour cette année une belle gerbe de baptêmes dadultes. Le P. Boiteux était au début de décembre en visite de chrétiens à Chououaho, il en a profité pour aller voir le P. Monbeig à Yentsin.


    Tatsienlu

    6 décembre.

    Echo du Thibet.
    Le P. Barnabé Lafont quitta Tatsienlu le 9 novembre, allant prendre possession de son nouveau poste à Mosimien : le P. Ménard arrivait au séminaire le 27 novembre ; il y cumulera les nombreuses fonctions de supérieur et professeur. Avant larrivée du nouveau supérieur, le P. Pasteur prêcha la retraite aux séminaristes.

    Signalons aussi larrivée à Tatsienlu de la nouvelle supérieure du monastère des Franciscaines Missionnaires de Marie : Mère Colombe, venant du Kientchang.

    Le P. Charrier nous donne des nouvelles rassurantes sur lincident de Tsonghoua : Dans le courant doctobre, le mandarin de cette sous-préfecture, sétant enivré.... alla faire un tour à lécole des filles de la Mission ; non satisfait de ce haut fait, il fit emprisonner un chrétien et afficher au marché des placards injurieux contre le catholicisme et ses fidèles ; heureusement, sur ces entrefaites, il fut cassé et le P. Charrier, appelé par le P. Pezous, put régler laffaire dune façon satisfaisante.

    La chronique du mois dernier parlait de la soldatesque installée dans la résidence de Kiakilong. A la suite dune démarche auprès du colonel, la situation sest améliorée ; le dernier voyage du P. Doublet dans ce poste a été plus facile, il na pas eu les ennuis dune inspection à chaque poste militaire ; arrivé à Kiakilong pendant un conseil de guerre, il réussit à obtenir la grâce dun jeune homme, condamné à être fusillé pour désertion ; les officiers se montrèrent très convenables et on accorda au missionnaire deux plantons de garde à la porte de la résidence.

    On soccupe à réparer la route qui va de Tatsienlu au Kientchang par Mosimien et Tienouan ; le sous-préfet de Loutinkia surveille lui-même les travaux. Cette route aura pour but de permettre aux muletiers de transporter le riz de la région de Tienouan jusquaux troupes de notre Sikang ; pour nous, elle aura, espérons-le, lavantage de rendre un peu moins acrobatique le voyage Mosimien-Tatsienlu et vice-versa....

    Autant que nous pouvons le savoir, la guerre, qui sépara plusieurs mois Chinois et Tibétains vers Kantse, serait terminée grâce à un arrangement (que lon dit; hélas ! provisoire) en faveur de Lhassa : les Chinois doivent céder aux Tibétains les deux sous-préfectures du Tchantoui et Kantse et payer des indemnités ; les Barbares ne sont pas encore arrivés à 30 lis de Tatsienlu mais cette petite guerre met leur frontière à moins de 9 jours de nos murs.


    Kweiyang

    Dans une note officielle, Monseigneur recommande à ses prêtres de seconder de tout leur pouvoir la campagne contre lopium. Il conseille de ne pas se montrer trop indulgent pour ceux qui ne font rien pour se corriger.

    La collecte pour les inondés a produit, à Kweiyang seul, la somme de 500 dollars.
    Le P. Darris a repris la direction de la paroisse St Louis du Lantang.

    Kweiyang va-t-il voir les avions voler dans son ciel ? Le Maréchal Liouhiang, daccord avec M. Mao, vient denvoyer ici le capitaine aviateur attaché comme pilote-instructeur à laviation de Chungking. Le capitaine Chertzer, un lorrain, est arrivé à Kweiyang depuis dix jours. Il a mission de chercher dans les environs un terrain et de laménager pour latterrissage des avions. Ces jours-ci il court un peu de tous côtés et dès que le choix dun emplacement sera fait, les travaux de nivellement seront aussitôt entrepris sous la direction du capitaine. Dans la suite un service aérien serait établi entre Chungking et Yunnan en passant par Kweiyang.

    Les travaux de construction de routes pour autos reprennent un peu partout. Nous signalons un progrès ! Cest lapparition de cantonniers sur les lignes de Ganchouen et Tseny. Il est vrai que le besoin sen faisait sentir !


    Lanlong

    15 décembre.

    Le Ripuaire.
    Son Excellence est partie lundi 14 pour une tournée pastorale dans les districts du Kouangsi. Le P. Séguret, qui visitait les chrétientés du bord du fleuve, est venu passer le dimanche à Lanlong pour repartir en compagnie de Monseigneur.

    Quelques jours auparavant nous avions eu la visite du P. Heyraud qui nous a apporté de bonnes nouvelles du P. Nénot ; la fièvre et lui semblent sêtre dit au moins au revoir.

    Le 9 décembre cinq séminaristes sont partis pour Pinang.


    Canton

    16 janvier.

    Echos du Shek Shat.
    Le dimanche 10 janvier a eu lieu à notre Carmel de Canton la vêture de Sur Marie Cécile du Sacré-Cur. La cérémonie a été des plus touchantes. Après une éloquente allocution en chinois prononcée par Mgr B. Yeung, le R. P. Gallagher à son tour expliqua en anglais le sens de la cérémonie. La nouvelle religieuse, richement parée dune robe de satin blanc, fut conduite par son frère et ses surs à la porte de la clôture. Dans la suite, à la grille du cloître donnant sur le chur se sont déroulées les cérémonies daprès le rituel en usage au Carmel et accomplies par le Vicaire Apostolique. Mgr Fourquet paraissait visiblement heureux de présider cette première prise dhabit. Dans lassistance on remarquait la femme dun des plus hauts fonctionnaires du gouvernement. Elle avait été conduite au Carmel par Madame Fong tchouk man.

    Deux jours après, elle écrivait à Mgr Fourquet : Veuillez dire à Mlle Leuong (Sur Cécile) que jai été vraiment impressionnée par la cérémonie de sa prise dhabit. Depuis ce jour, toutes les fois que jai des tentations de me mettre en colère ou de faire de la peine au prochain, je me représente limage de Sur Cécile, mon cur sapaise aussitôt et je redeviens bonne et douce.

    Dans le courant de la semaine, après de multiples recherches, Mgr a pu trouver un emplacement apte à édifier le monastère du Carmel. Les arrhes ont été livrées et lachat définitif aura lieu dans un mois.

    Mgr de Guébriant annonce sa venue à Canton pour le mardi 19 janvier.


    Swatow

    16 janvier.

    Les nouvelles qui nous arrivent des districts du Chaoyang ne sont toujours pas rassurantes : les Rouges descendent souvent de la montagne, font dimportantes razzias, réussissent fréquemment à désarmer les polices locales ; dans certains endroits où ils sont les maîtres absolus, ils ont fait le partage des terres, car il faut, disent-ils, égaliser les fortunes. Cest un désordre inénarrable, cest la terreur rouge. Malheur à celui qui rencontre ces forcenés sur sa route. Il y a deux mois un jeune chrétien du P. Pencolé en fit la dure expérience.

    Jean-Marie, cest son nom, se rendait le cur joyeux à Kuétham, à soixante kilomètres de son village, pour se marier, sans prévoir la singulière préparation au mariage quil allait être obligé de faire. Bercé par le mouvement cadencé de la barque, Jean-Marie rêvait à son futur ménage. Le temps lui durait darriver, quand tout à coup il sursauta en entendant crier : halte-là, on ne passe pas sans payer : cétait un groupe de Rouges installés sur le bord de la rivière pour percevoir une taxe sur toutes les barques. Ils fouillèrent minutieusement tous les voyageurs, ayant soin de mettre de côté ce qui leur plaisait. Les quelques piastres de notre Jean-Marie firent sourire ces messieurs, mais ils prirent un air menaçant lorsquils découvrirent sur lui le testimonium de libero écrit par le P. Pencolé. Un espion des Blancs, sécria lun deux, attachez-le tout de suite et conduisez-le directement au Quartier Général. Ce fut en vain quil expliqua ce que signifiait cet écrit. Notre chef, dirent ces brigands, connaît le français et langlais ; sil ne peut pas déchiffrer cette pièce, cest quelle renferme un secret, tu seras convaincu despionnage, et tu seras sûrement fusillé, marche. Ce pauvre fiancé dut marcher un jour et une nuit pour arriver au Quartier des Rouges. Il passa plusieurs jours sous une paillote, solidement attaché avec des chaînes. Pauvre homme ! il avait rêvé dun autre lit nuptial, et il ne lui restait pas beaucoup despoir de revoir la bien-aimée. Lappétit manquait, il ne mangeait presque rien. Que tu sois délivré ou fusillé, lui disaient ses geôliers, peu importe, mange toujours, ce sera autant de gagné.

    Au bout dune semaine arrive un ancien séminariste pour déchiffrer ce fameux papier qui devait décider du sort de Jean-Marie. Ce latiniste constata quil ny avait rien de compromettant, et déclara au captif quil lui rendait la liberté. Tout ce que les Rouges lui enlevèrent lors de son arrestation lui fut rendu, et ils le conduisirent jusquà lendroit où ils lavaient fait prisonnier.

    Tout de suite il retourna chez lui pour consoler ses parents, et le surlendemain il repartit à pied cette fois pour Kuétham afin de faire revivre celle qui mourait dangoisses. Par malheur le mariage ne put avoir lieu à cause de labsence du curé ; il sen retourna quand même avec Jeannette afin de faire bénir son mariage par son propre curé. La malchance était à ses trousses : le P. Pencolé sétait rendu à trois lieues de là pour surveiller les travaux dune chapelle. Il ne se décourage point et fait sans sourciller encore trois lieues pour inviter son recteur (cest un breton) à bénir enfin cette union si désirée. Nul doute que ce mariage soit béni du bon Dieu.

    Nos Révérendes Ursulines qui étaient dans la joie par larrivée de quatre nouvelles recrues sont maintenant dans le deuil : la Sr Marie de lEucharistie, directrice de lécole de Chao-Chow est morte emportée par une pneumonie après huit jours de maladie seulement ; tous les soins prodigués furent inutiles. Cest une grande perte, car cette jeune Religieuse réussissait très bien dans tous les emplois qui lui étaient confiés. Les catholiques de Chao-Chow ont prouvé lestime quils avaient pour elle en laccompagnant en grand nombre jusquà sa dernière demeure.


    Pakhoi

    15 janvier.

    A lapproche de Noël sest terminée la visite dautomne dans les chrétientés. Des échos intéressants nous arrivent des différents points de la Mission.

    Les vaillants apôtres de Yamchow et de Tsap-ly, qui, en plus de leur district respectif, se partagent le district de Lingshan, encore sans titulaire, sont contents de leur tournée. Le P. Richard ancré dans un inébranlable optimisme, voit de plusieurs côtés se lever une moisson, encore en herbe assurément, mais pleine despérances. Déjà il a récolté une petite gerbe de 14 baptêmes dadultes. Son voisin, le P. Sonnefraud, bien quil voie les choses sous un jour moins brillant, est toutefois satisfait de sa longue randonnée. Pendant un mois et demi il a visité ses ouailles dispersées sur les collines et dans les vallées, et si quelque brebis égarée a échappé à ses recherches, nous pouvons croire quil y a cependant mis tout son cur.

    Le Luichow maintient sa réputation. Lère des conversions ny est pas close. Le P. Poulhazan, toujours jeune malgré sa barbe grisonnante, a régénéré 90 adultes pendant sa dernière visite dans la région de Topi, et il annonce les entrées au catéchuménat en grand nombre dans ce district, lui aussi, hélas ! sans missionnaire. Le jeune P. Thouvenin, qui a le bonheur de faire ses premières armes dans le coin béni de la Ste Trinité, près du P. Poulhazan, a déjà depuis longtemps entendu ses premières confessions et il vient de terminer sa première tournée dadministration. Puisse-t-il pousser de profondes racines dans ce district si intéressant.

    Le cher P. Zimmermann avait senti son cur se fendre en voyant, lan dernier, démolir lentrée de sa résidence à la ville même de Luichow. Ce désastre, nécessité par lélargissement de la rue, afin quelle puisse répondre aux besoins du Progrès, va être réparé. Sans bruit notre doyen surveille les travaux. Il nous réserve certainement une surprise par lérection artistique dun monument parfait.

    A Tépo, le P. Tsiu (Vincent) est aux prises avec le démon, qui voulant empêcher les conversions, pousse les païens à créer des ennuis aux catéchumènes. Mais Dieu aura certainement le dernier mot et déjà dans plusieurs autres villages on parle dadorer le Maître du Ciel.

    Après Noël, le P. Lebas a conduit les quatre premiers élèves du catéchisme de la paroisse de Pakhoi villégiaturer chez le P. Sonnefraud. Cétait la récompense suprême ! Malgré une vague de froid qui a gêné considérablement leurs évolutions sur les collines de Tsaply, séjour ordinaire du chacal, nos pseudo boys-scouts sont revenus enchantés de leur expédition, et tout disposés à mériter de nouveau pareil bonheur.

    Mais la grande nouvelle de cette chronique est la visite de notre vénéré Monseigneur le Supérieur Général. Le 13 courant vers 8 h. du matin le vapeur Tonkin était signalé dans le port de Pakhoi, et quelques instants plus tard Monseigneur de Guébriant, accompagné de notre évêque Mgr Pénicaud, qui était allé attendre S. E. à Haiphong et du cher P. Louison, descendait de la chaloupe de la douane. Là, sur la grève, notre bon Supérieur Général donnait aux missionnaires présents cette accolade paternelle où il sait mettre tant de cur, puis nous gagnâmes la Mission. La réception fut toute simple, notre humble mission est si petite ! mais tous les curs débordaient de joie, de reconnaissance et daffection.

    Après une visite à léglise, où Mgr le Supérieur, ayant dit un petit mot, donna sa bénédiction aux chrétiens assemblés, ces derniers témoignèrent leurs sentiments par le crépitement dinnombrables pétards ; nous sommes en Chine !

    Le séminaire vint ensuite saluer S. E. par un petit compliment en latin. Mgr y répondit dans la langue de Cicéron avec une aisance et une perfection que nous admirâmes. Ce que dit notre Supérieur sadressait autant aux missionnaires quaux séminaristes. Il était notre père, et comme Supérieur de la Société des Missions-Étrangères et comme fondateur de la Mission. Il nous assurait de sa paternelle et toute particulière sollicitude.

    Monseigneur de Guébriant tint à causer en particulier avec tous les missionnaires, et chacun sortit enchanté de ce court entretien. Il a pu se rendre compte de visu que ce qui nous manque le plus, cest le personnel, et nous sommes pleins despoir dans ses bienveillantes promesses.

    Ensuite eurent lieu les visites au couvent indigène, à lorphelinat, au séminaire etc.
    Le 14 à 7 h. du matin, Mgr le Supérieur nous quittait accompagné de Mgr le Vicaire Apostolique de Pakhoi, du P. Louison et du P. Lebas pour gagner en auto Kouang Tcheou Wan. Là, Sa Grandeur pourra voir un autre groupe des confrères de la Mission et sembarquer de nouveau sur le courrier Tonkin pour Hongkong. Que les anges du ciel écartent tous les obstacles afin que notre illustre visiteur puisse y arriver sans encombre.

    Cette visite de notre bien aimé Supérieur Général a été bien courte et cependant elle laisse dans nos curs un parfum de la Rue du Bac qui les embaume et les rajeunit. Nous sentons notre amour grandir encore, sil est possible, pour notre bien chère Société des Missions-Étrangères et nous sommes plus fiers de notre vaillant Supérieur Général.

    Daigne Monseigneur de Guébriant agréer lexpression de la reconnaissance, de ladmiration et de laffection profonde de tous ses fils de la petite Mission de Pakhoi.


    Nanning

    19 janvier.

    Tout le mois dernier a été marqué par une grande animosité de la population contre la France, les Français, les Missions Catholiques, sous le faux prétexte dune attaque de la France contre les provinces du sud de la Chine. Les journaux avaient, paraît-il, reçu lordre de provoquer cette effervescence.

    Pour la fête de Noël, Mgr Albouy put officier pontificalement pour la première fois dans sa cathédrale maintenant restaurée.

    Depuis le 12 août 1930, date où une malheureuse bombe la détruisit en partie, elle avait été désaffectée et remplacée provisoirement par la grande salle de notre ancienne imprimerie.


    Vinh

    14 janvier.

    Le Samedi 19 décembre, Mgr Eloy a fait une ordination comprenant 2 prêtres, 1 diacre, 5 sous-diacres, 3 minorés et 9 tonsurés.

    Notre retraite annuelle a eu lieu comme dhabitude du 1er au 6 janvier : 18 confrères sur 20 ont pu y prendre part.

    Je me souviens dune retraite dil y a 5 ou 6 lustres où nous étions plus de trente et où lon nous faisait lire je ne sais plus quel livre remarquablement austère du XVIIIe siècle ou du commencement du XIXe et jentends encore un vétéran de lapostolat sécrier au bout de deux jours : Mais enfin en aura-t-on bientôt fini avec ces lectures désolantes et terrifiantes ? ils veulent donc nous damner tous !...

    Cette fois après une année de tribulations de toute sorte, nous avons eu la bonne fortune davoir une retraite réconfortante et consolante grâce à Mgr Hedde, préfet apostolique de Làng Sơn, qui nous a, de façon fort diserte et très pratique, commenté quelques-unes des Béatitudes proclamées par les Livres Saints.

    Le 3 janvier, Mgr de Guébriant venant de Huế nous arriva sur les 6 heures accompagné de Mgr Chabanon et du P. Louison. Le lendemain, Mgr le Supérieur nous fit une petite conférence et alla visiter nos deux Séminaires de Xã-Đoài et le nouveau monastère franciscain de Vinh.

    Le 5 janvier Son Excellence partit en auto pour Thakek-Nong-Seng (200 km. Mission du Laos) doù elle nous revint le 7 janvier à 6 heures du soir. Après sêtre reposée la matinée du 8, Son Excellence accompagnée de Mgr Eloy prit à midi le chemin du Thanh Hoa (Mission de Phat-Diêm).

    Nous sommes enchantés de cette visite qui nous a permis de faire connaissance avec notre vénéré Supérieur Général, dentendre sa parole bien disante et bien faisante et dadmirer sa robuste et alerte vieillesse ; nous avons seulement regretté que son passage parmi nous fut si bref et si rapide.


    Hunghoa

    11 janvier.

    Toujours la sécheresse extrême ; voici trois mois quelle dure ! beaucoup de malades, un peu partout, et la perspective dune mauvaise récolte !

    Les Pères Chabert et Pierchon ont fait, dans les premiers jours de décembre, une visite aux confrères de la région de Nghĩa-Lộ ; le récit de leur voyage intéressera les lecteurs du Bulletin ; avec humour, le Père Pierchon nous en donne lui-même quelques détails : Les invitations des Pères Cornille et Doussoux, dit-il, venaient nous importuner si aimablement, chaque année, que, malgré lappréhension du voyage, il fallait se décider. Dailleurs, nest-ce pas une uvre de miséricorde que daller consoler les exilés, les solitaires des forêts, les apôtres montagnards ? Un coup dil sur nos pneus et chambres à air, et, en avant la musique !! en route pour les pays, comme nous disons plaisamment.

    Partis de Sơn-Tây, le lundi 7 décembre, nous arrivions à Yên-Bái le soir même, reçus à la gare par le Père Méchet, aimable et distingué Parisien, qui tient le Lutetia-Palace, pour les confrères de passage. Notre patriarche montait Félicité, sa fidèle moto, et, ma foi, son maintien de vieux colonel, sa barbe à la Léopold flottant au vent, avaient un certain air de jeunesse, malgré ses 48 ans de mission ; non décidément, il ny a plus de vieillards !

    Le mardi matin, nous attaquions la route, qui devait être parcourue dans la journée, soit 76 kilomètres, en région montagneuse. Le Père Doussoux a poussé lamabilité jusquà venir nous chercher ; on se recommande aux bons Anges forestiers, et lon se met à chanter, comme des collégiens à lair libre. Les oiseaux, le bruit des cascades, les arbres gigantesques exaltent nos idées ; tout va bien, on pédale gaiement ; pourvu que ça dure ! Nous sommes distraits par une caravane de Sauvages Mèo, conduisant leurs cochons au marché de Yên-Bái ; lordonnateur du convoi lance des petits cris touchants à messieurs les habillés de soie ; ce qui est moins touchant, ce sont les deux Mèo qui suivent le troupeau, armés de matraques, pour le cas où leurs prisonniers voudraient filer à langlaise. Puis, nous croisons une autre caravane ; avec leurs chevaux de bât, ce sont des montagnards, qui vont acheter du sel ; saluts réciproques ; pay Yenbáy, nous comprenons quils se rendent au chef-lieu de la province.

    Nous accélérons notre marche ; il est dix heures ; le terrain est rocailleux, les grosses pierres nous gênent beaucoup, sans empêcher toutefois le Père Chabert de tirer sur sa pipe ; enfin, nous arrivons à une descente de 6 km.; nous freinons à nous rompre les mains la question de Nghĩa-Lộ est une question de freins ! Nous finissons par arriver à létapel on casse la croûte ; lun sort un pâté très amilacé, acheté chez le Chinois ; un autre sort ses pommes de Californie ; on les croque à belles dents ; le Père Doussoux prépare le café ; il chauffe son eau avec de lalcool en barres Meta très recommandé.

    Ainsi lestés, et nos muscles surexcités par lappât de la marche vers linconnu, on va en mettre un bon coup. Il est déjà 13 heures ; pas de temps à perdre. Après une ascension à pied, nous dévalons 8 km. en roue libre ; puis, la route devient excellente ; nous voici à la nuit, et pas de lampe ! on roule quand même, piquant de temps en temps une tête dans les caniveaux. Nous sommes littéralement trempés de sueur, quand, tout à coup, nous apercevons une lumière dans le lointain ; encore 50 mètres, et nous touchons au but. Un long cri de joie déchire lair : hurrah ! hip ! Hip ! nous y sommes !

    A. peine descendus de bécane, nous nous écroulons sur des lits de camp, pour jouir dun quart dheure de recueillement. Ça va mieux ! Nous allons saluer le Saint-Sacrement, dans lhumble et proprette chapelle de Đồng-Lú, fief du Père Doussoux. Les chrétiens viennent nous saluer, et nous prennent un peu pour des bêtes curieuses ; ensuite, repas des... animaux, après la séance, comme chez Bide !.

    Le lendemain nous trouva dispos. Après la messe, nous jetons un coup dil sur ce pays de cocagne ; une superbe vue panoramique soffre à nos regards ; alors que les mamelons dénudés, devant la maison du Père, sont plutôt désertiques, ils sont dominés par une chaîne de montagnes rocheuses, dont le plus haut sommet atteint 2.500 m.; le soleil tape en plein dedans, et fait éclater le gris perle, le mauve, le carmin de leurs flancs ensoleillés.

    Nous allons visiter les cases des naturels, et remarquons les trucs ingénieux pour piler le riz : pilons balanciers, moulins à ailettes de bambou, voire même une turbine en bois actionnée par les chutes artificielles de leau des arroyos, qui foisonnent dans la région.

    Après cette curieuse visite des foyers, et lexplication des murs de la tribu, donnée par le Père Doussoux, notre cicérone, à notre tour nous voulons amuser la galerie. Le Père Chabert, dont le talent de sourcier est éblouissant, trouve des puits à creuser, près de chaque maison ; ces gens, naïfs, sempressent de le remercier, qui, avec une racine de manioc, qui, avec quelques oranges, excellentes dailleurs. De mon côté, je ne reste pas inactif ; moi aussi, je jouis dun pouvoir magnétique, non moins merveilleux : je fais donc cacher des piastres métalliques dans les mains des spectateurs, et aussitôt mon pendule de fonctionner ; on gagne à tous les coups ! Un loustic veut me prendre en défaut ; il enveloppe de papier sa piastre ; mais, le pendule dévoile de suite la supercherie, car le papier blanc neutralise leffet ; les braves gens en furent sidérés !

    Tandis que nous nous adonnions à ces joies enfantines, on nous signale larrivée du Père Cornille, le Roi des pays. Il arrivait de sa chrétienté, située à 11 km. plus haut. On se regarde, émus, et on sembrasse cordialement. Nous parlons de tout, et tous à la fois. Le Père nous explique que la plaine de Nghĩa-Lộ, son champ dapostolat, compte plus de 5.000 âmes, principalement de race Thổ. Au point de vue matériel, cest tout à fait mirobolant, une terre promise ! les moissons sont opulentes, la vie, des plus facile ; hélas ! au spirituel, les curs restent durs à la détente ; quand donc ces races disparates viendront-elles se mettre sous la houlette du bon Pasteur ? les Pères compriment mal les serrements de leur cur, à la vue de ces peuplades, évangélisées depuis 25 ans ; ils continuent de peiner, chaque jour, sur cette terre inclémente ; du fond de notre cur, nous faisons des vux pour que Dieu fasse fructifier leur labeur et leurs sacrifices de toutes couleurs.

    Le lendemain, nous allons voir le Père Cornille à Bản-Hẻo, en traversant la plaine, qui a été le sujet de notre méditation. Le Chef de Poste, à Nghĩa-Lộ, nous reçoit aimablement, et nous invite à déjeuner ; le mandarin Thổ, que nous allons voir, nous salue en français. Nous continuons notre route, salués de Chiềng Pó par les gosses thổ, Salut, mes Pères ! ils sont très gentils, sils étaient moins primitifs et moins enfants de la nature !

    Nous faisons notre entrée solennelle dans le palais du Roi des pays. Le Père Cornille avait donné des ordres ; on sacrifie un bouc, qui aura lhonneur de nous offrir, sur la table, ses deux gigots à lail. On plume un canard, qui crie encore son dernier coin, coin; le petit mán, plumeur, trouve probablement très exciting darracher les plumes dun canard encore vivant.

    Nous visitons léglise, qui va disparaître pour une autre, bâtie et de belles dimensions. Après un tour dans la Concession, bien ordonnée du Père, on dîne, et puis, temps libre. Le lendemain, Matines et Laudes chantées, et Messe des Morts, avec diacre et sous-diacre, à Nghĩa-Lộ ; il y a là une belle chapelle, dédiée à Ste Thérèse de lEnfant-Jésus ; la chrétienté compte une centaine de catholiques. Naturellement, le dimanche, messe et prédication furent assurées par les Pères dé passage.

    Mais tout a une fin, lheure du retour a sonné ! Cette fois, cest 84 km. quil faudra avaler, par la nouvelle route ; nous faisons la moue. Nous réglons nos freins à moitié usés : on encombre les porte-bagages de riz gluant, et dune.... tête de veau. De brefs adieux à tout le monde, et nous voilà, la tête baissée, pédalant, sans enthousiasme, cette fois. Nous nous encourageons mutuellement : Va-t-on arriver ? Oui, encore 45 km.; puis, 30 ; puis, 10. Nous sommes sauvés. Il fait encore clair ; notre bouche est pâteuse ; nous avons une soif de chameau ; enfin, nous arrivons au bac, et bientôt, nous voilà au Lutetia-Palace, du Père Méchet ; il nous y reçoit, les bras ouverts ; nous nous asseyons avec fracas ; notre surexcitation nous fait passer en revue les joies et les peines du voyage, en gardant au cur le souvenir des chers Pères, qui peinent là-haut, dans leurs montagnes, pour la plus grande gloire de Dieu.

    Quelques jours après, arrivait à Hưng-Hoá le Père Jacques, retour de France. Lorsquil nous quitta en 1930, il était bien mal hypothéqué. Son séjour au pays natal, dans le presbytère de son frère, auprès de sa vieille maman et de sa sur, lui a rendu une santé prospère ; quel embonpoint ! pourra-t-il encore faire du huit à lheure, comme autrefois ? Le voilà, maintenant, à Yên-Bái, auprès du Père Méchet ; il y remplace le regretté Père Granger, et soccupera des chrétientés du voisinage.

    Et puis, en France, il a bien profité de son temps de repos, pour voyager un peu partout. Il sétait muni, dès son arrivée à Marseille, dun Indicateur Chaix, grand format ; avec cela, aucune erreur possible, et même, à maintes reprises, soit en cours de route, soit aux gares de bifurcation, notre confrère était à même de renseigner et les voyageurs et.... les employés. Disons cependant quun jour, trop confiant en son compagnon de route, il se trompa de gare, et descendit trop tôt de son train ; les 7 km., quil dut faire à pied, et tout en sueur, lui rappelaient, paraît-il, le Tonkin.

    Et puis, à son passage à Pondichéry, ce fut bien autre chose ! Alors quil revenait à bord, il faillit nous être enlevé... par le vent. Muni, contre son habitude, dun superbe parapluie, (qualité supérieure, tous frais compris 25 frs), acheté en France, il eut limprudence
    de sen servir, pour saisir le cordage, lancé, du paquebot, à ses barquiers ; les douches étaient nombreuses, et la mer démontée. Soudain, cris de stupéfaction, au bastingage : une masse noire vient de sélever dans les cieux, et est retombée lourdement dans les flots ; est-ce un homme ? nest-ce pas le Père ? Un naturel saute dans la barque du Père Jacques, et, heureusement, peut le saisir et laider à monter la passerelle. Du bord, celui-ci considère, avec mélancolie, son pauvre pépin, qui disparaît vers des régions inconnues. Quelquun naurait-il pas rencontré ce parachute ? Avis aux Missionnaires du Littoral !


    Phatdiem

    12 janvier.

    Nous venons de vivre des heures inoubliables ! Quatre jours durant notre vénéré Père et Supérieur Général est resté au milieu de nous.

    Le 8 janvier, il arriva en auto à Balang, dans lextrême sud de la Mission. Il venait de Vinh, et était accompagné de Mgr Eloy, qui reprit aussitôt le chemin du retour. En ce premier poste, il trouva trois confrères aux soins desquels est confié le Probatorium, établissement qui compte 150 élèves de 10 à 14 ans, et qui sert à peupler ensuite notre petit séminaire et notre école de catéchistes.

    Tous ces chers petits présentèrent leurs vux à Monseigneur en un compliment en français fort bien tourné. Son Excellence leur répondit bien simplement, bien paternellement, et fut particulièrement comprise lorsquelle leur donna, aux applaudissements de tous, un jour de congé.

    Le lendemain, Monseigneur dit la messe de communauté et partit à 9 h. pour Thanh-Hoa.

    Une heure dauto et il arrivait à destination. Il trouva là, au presbytère du P. Bourlet, la maison du bon accueil comme lappelle S. E. Mgr Dreyer, la plupart des missionnaires de la province.

    Monsieur Dupuy, Résident de France à Thanh Hoa, avait demandé quon linformât aussitôt de larrivée de Monseigneur, car il désirait que la première visite quil recevrait, ce fut la sienne. Mais Son Excellence, prévenue de la délicate attention du chef de la Province, prit elle-même les devants et sen fut aussitôt le voir chez lui, avant même de prendre un moment de repos. Puis, nécoutant que son cur, plus particulièrement rempli dattentions pour les nobles vétérans de lapostolat, elle se rendit encore à Samson à 16 kilomètres de Thanh Hoa, pour y visiter le cher P. Martin et lamener déjeuner avec lui.

    Dans laprès-midi, elle vit les confrères, visita le Carmel, létablissement des Surs de N. D. des Missions et la léproserie.

    Le lendemain matin, 10 janvier, Monseigneur quitta la province de Thanh Hoa pour celle de Ninh Binh. Deux petites heures dauto et, tout en prenant le temps de visiter en cours de route le P. Delmas, chargé du poste de Ninh Binh, il était au Petit Séminaire de Phuc Nhac pour le déjeuner. Les séminaristes reçurent leur Père de Paris avec de grandes démonstrations de joie : chants, drapeaux, sonneries de cloches, roulements de tambours et de gongs, rien ne manqua. Aussi Monseigneur leur avoua-t-il que, si on admet généralement que le bien se fait sans bruit, il fallait faire une exception pour le Petit Séminaire de Phuc Nhac, où il se fait certainement beaucoup de bien, mais avec aussi beaucoup de bruit.

    Tous les curs étaient à la joie, et cependant ce nétait pas lépanouissement complet!! Mais le cur dun père sait lire dans celui de son enfant, aussi Monseigneur sut-il bientôt que dans trois jours devaient avoir lieu les examens semestriels. Laisser, une nuit encore, ces enfants rêver de thèmes latins ou de grammaire latine, Son Excellence ne le put pas, cest pourquoi séance tenante ces terribles examens furent honorés, au milieu dun tonnerre dapplaudissements, dun enterrement de première classe. Une fois tous les 300 ans, le Supérieur de la Société pouvait se permettre cela.

    Le 11 janvier à 9 heures, notre vénéré Père arrivait au milieu de ses enfants au Grand Séminaire de Phatdiem. Un splendide arc-de-triomphe à la gloire de S. S. Pie XI, Pape des Missions, de S. E. Mgr de Guébriant et de la Société des Missions-Étrangères de Paris, avait été élevé à la porte dentrée. Mgr Marcou, son coadjuteur Mgr de Cooman et une belle couronne de missionnaires et de prêtres annamites entouraient Monseigneur lorsque nos 53 grands séminaristes vinrent lui présenter leurs vux.

    Ce fut avec son cur de père et dapôtre que Monseigneur leur répondit. En une magnifique improvisation latine, il leur dit la grandeur, limportance et la nécessité de lapostolat auprès des païens. Un clerc indigène qui nest pas un apôtre nest pas digne dêtre clerc, leur dit-il. Vingt minutes durant, il développa son sujet, et ce fut avec une si belle vigueur et une telle puissance, que toutes les âmes en furent profondément impressionnées.

    Dans leur compliment, les séminaristes ayant rappelé ce que les Missions du Tonkin et spécialement le clergé indigène devaient aux Missions-Étrangères, Monseigneur souligna la chose et fit remarquer que notre bien aimée Société, loin de grandir à mesure que grandissaient les Eglises quelle fondait, se devait, au contraire pour rester dans son rôle de fondatrice dEglises, de diminuer.

    Dans laprès-midi, S. E. visita les uvres de la Mission à Phatdiem, sentretint avec les confrères et aujourdhui, 12 janvier, à la première heure, toujours accompagnée du cher P. Louison, elle est partie pour Haiphong, Pakhoi et Hongkong.

    Quatre jours ! Ce fut bien court ! Et cependant navons-nous pas été des privilégiés ? Quoiquil en soit, au contact de notre Père, qui nous donne actuellement un si bel exemple de vie apostolique et de dévouement aux Missions, on se sent plus heureux et plus fier dêtre missionnaire, et missionnaire des Missions-Étrangères.


    Saigon

    Sil faut relater les grands événements, il en est un quon ne peut passer sous silence, bien quil soit commun à toutes les missions, cest la visite de Mgr le Supérieur de notre Société. Son Excellence est arrivée à Saigon, venant de Cu lao gien, le samedi 19 un peu avant midi, et a dîné à lévêché. Puis Elle est allée sinstaller chez Elle, à la Procure de la Société. La population catholique annamite, avertie depuis longtemps par les journaux, aurait voulu lui réserver une grandiose réception, pour témoigner officiellement à Son Excellence sa reconnaissance envers la Société des Missions-Étrangères. Mais S. E., échaudée, si lon peut dire, par de semblables réceptions aux Indes, a décliné par avance cet honneur un peu trop pénible. Saluée dès son arrivée par M. le Gouverneur de la Cochinchine S. E. lui a rendu visite aussitôt en compagnie de Mgr Dumortier, et le lendemain midi, M. le Gouverneur les recevait à sa table.

    S. E. dont le programme est réglé comme du papier à musique dès son arrivée dans un endroit, a pu lexécuter parfaitement. Non seulement tous ont pu la voir et lui causer, mais encore Elle a pu visiter presque toutes les uvres de la Mission à Saigon et aux environs. Elle a même fait lhonneur et le plaisir au P. Detry daller le visiter chez lui à Thu dau mot. Le lundi à midi, un repas réunissait au Séminaire 19 missionnaires et tout le clergé indigène des environs. Et le mardi matin, à la première heure, S. E. partait pour Dalat, viâ Phanthiet et Djiring, accompagnée des PP. Gauthier et Morin ; ce dernier passera quelques jours à notre sanatorium, en compagnie du P. Dézavelle, à qui je cède la plume.

    Fatigué par un long séjour dans la brousse, je suis venu avec une simplicité antique (et une valise empruntée en cours de route) masseoir à la table du Missionnaire de Dalat pour raviver dans mon anatomie les globules rouges défaillants.

    Dalat ! La station climatérique à la mode ! Dalat, visité par les plus hautes personnalités, unanimes à lui prédire un avenir grandiose ! Dalat, aux monts altiers, aux collines ravissantes, aux points de vue merveilleux, aux sapins éternellement verts ! Dalat où des Lorrains retrouvent per speculum des coins de leurs Vosges, et où dautres (sauf ceux de la Champagne pouilleuse) retrouveraient certainement limage de coins pittoresques et familiers. Un poète, doté, dimagination poétique, et armé dune bonne plume de Tolède, vous ferait de Dalat une description à faire suinter vos parotides. Je nen suis pas là. Il pourrait aussi vous décrire les autochtones, les Moïs promenant avec une dignité de Romain à toge, leur fierté de sauvages. La description ne peut tout de même être plus étoffée que leurs vêtements. Quil vous suffise de savoir quils frisent le nudisme : il est vrai que linséparable hotte quils ne quittent guère, les habille déjà.... relativement pas mal. Rigby, qui habille mieux, na pas de clients chez eux. Aucun ne se fait blanchir à Londres. Dailleurs on ne leur connaît pas de blanchisseuse dirait Louis Veuillot.

    Le pays est bien beau, bien sympathiques les habitants. Les Français et les Annamites viennent sétablir là, de plus en plus nombreux. Si bien quil a fallu songer à doter Dalat dune âme : une église. La première devenue trop petite, penche dailleurs vers sa ruine : son front est déjà sillonné de rides, cest-à-dire, quelle se fendille. Lamentable, à son sommet, la pointe du paratonnerre imite la Vierge dAlbert quand celle-ci, sous les coups des Boches, se penchait à angle droit.

    Entreprendre de bâtir une église par le temps qui court et une église qui soit digne de Dalat est tout de même un indice de beaucoup de cran. La foi qui transporte les montagnes, peut aussi sans doute bâtir des églises. Mais elle doit être encouragée.

    Je vois chaque jour monter les murs en briques, sétablir piliers et arcs en ciment armé, si bien que pour Pâques, on compte célébrer la première messe et chanter lAlleluia, dans la première tranche qui comprendra labside, le chur et le transept. Quel dommage quon ne puisse dun seul jet, faire le tout, jusquau clocher inclusivement ! Mais le devis est trop élevé. Rien que cette première tranche coûtera plus de 60.000 piastres. Le P. Nicolas a commencé avec moins de 30.000 piastres produites par les offrandes de nombreux donateurs. Il était décidé, avant de commencer, à attendre le renfort de la cavalerie de St Georges, lorsque la Société qui avait lentreprise (la S. I. D. E. C. réclame non payée) soffrit à mener à bonne fin cette première tranche, en laissant au Père deux ans pour finir de payer. Cest là un geste de confiance qui, par ce temps de crise, mérite dêtre apprécié.

    Il reste un geste à faire : celui daider le missionnaire de Dalat à tenir ses engagements et à porter le fardeau dune dette quelque peu angoissante. Et cest pour vous demander à tous, lecteurs du Bulletin, de faire, suivant ses moyens, ce geste libérateur. Laissez tomber dans le casque... de Bélisaire, que je vous tends, loffrande qui mettra en joie le curé de Dalat.

    Missionnaire, jentends dautres missionnaires, mes confrères, clamer leur stupeur : Mais il ne sait donc pas, le frère, ce que sont les possibilités, en matière financière, dun missionnaire ? Sûrement, cest un Père nouveau! Sans cela, jamais il noserait faire une proposition pareille dans notre Bulletin de famille ! Père nouveau? Bien sûr, je lai été, comme tant dautres, comme tous, quoi ! Mais la nouveauté soriente déjà vers la vétusté. Quant à la brousse, ah ! mes chers confrères ! je ninsiste pas, voyez la signature !

    Et comment veut-il quavec notre viatique... Oui, oui, je sais. Mais limagination est créatrice : figurez-vous que sur ce viatique... royal, nous avons tous quelques piastres destinées à nos frais de... représentation. Faisons-nous tous représenter à Dalat ! On ne presse pas la balle de riz pour obtenir de lhuile dit un proverbe laocien. Et cest vrai. Comment alors, de la pauvreté de mes confrères espérer obtenir quelque don pour un autre confrère dans lembarras ? Ah ! cest que, vous serez tous de mon avis, cest souvent chez les pauvres, les mal lotis quon trouve la générosité qui vient en aide à plus pauvre que soi !

    Parmi tous les lecteurs du Bulletin, missionnaires ou lecteurs de France et de Navarre :

    Y en a dla Champagne
    Y en a du Poitou
    Y en a dla Bretagne
    Y en a dpartout

    Donc, tous réunis, à lhumble requête dun Lorrain, quêtant pour un Lorrain qui bâtit son église en lhonneur de St Nicolas, Patron de la Lorraine, vous enverrez votre obole, si minime soit-elle, au R. P. Nicolas, Missionnaire à Dalat (Annam).

    Frater adjutus a fratre, turris fortis. Je cite de mémoire (et je ne réponds pas de sa qualité). Toujours est-il que vous comprenez que le geste de charité et de confraternité auquel je vous convie, réjouira le cur du Bon Dieu, de St Nicolas, du missionnaire de Dalat et celui du
    Laotien au radoub à Dalat.


    Phnompenh

    Au jour fixé dans son programme, Monseigneur le Supérieur, venant de Siam, a été reçu à son entrée dans la Mission du Cambodge par Mgr Herrgott, venu de Phnompenh à sa rencontre. Ladministration du Protectorat, qui devait faire preuve dune courtoisie parfaite pendant tout le séjour de Son Excellence, avait mis une automobile à la disposition des deux évêques.

    S. E., en faisant un petit détour, a pu visiter les ruines dAngkor dans leur cadre grandiose qui leur donnait un relief combien plus puissant et plus évocateur que tout ce que lhabileté des créateurs de lExposition Coloniale avait pu réaliser à Vincennes.

    En une journée bien remplie, S. E. rendit visite à Sa Majesté le Roi Sisowath-Monivong, à Monsieur le Résident Supérieur et à Monsieur le Résident-Maire de la ville de Phnompenh, admira les principaux monuments de la Capitale et visita les quatre chrétientés où missionnaires et catholiques sempressèrent pour recevoir sa bénédiction, les établissements des Frères, des Surs de la Providence, des Amantes de la Croix et le Carmel.

    Le soir, une réception eut lieu à la Résidence supérieure et dans un cercle choisi dinvités, S. E. put jouir dune atmosphère de vive sympathie française et en termes émus, remercier le chef du Protectorat et tous ceux qui, par leur tact et leur empressement, lui avaient fait retrouver ici un coin de notre belle France.

    Dans la nuit, une chaloupe emporta les deux évêques et les missionnaires du Haut-Cambodge et arriva le lendemain à Culaogien où les autres confrères de la Mission étaient déjà réunis.

    Monseigneur le Supérieur voulut bien profiter de la retraite annuelle pour nous donner une série de conférences où il nous remit sous les yeux les motifs daimer et destimer notre vieille Société des Missions-Étrangères, et nous livra un merveilleux faisceau de leçons acquises au cours dune longue expérience de la vie de mission.

    Nous aurions voulu le retenir plus longtemps, mais Saigon lattendait et S. E. a continué son voyage en emportant ladmiration de tous, les ayant conquis par sa paternelle affabilité et sa claire vue des choses et nous rappelant limage du vénéré Père Delpech quil suffisait de voir et dentendre pour sentir grandir en soi lamour pour la Société et les Missions.

    Ces mêmes jours nous avons la joie de fêter le retour des PP. Bousseau et Thieux qui, après un séjour en France pour rétablir leur santé, viennent reprendre leur place de labeur parmi nous.

    Nous avons aussi reçu une rapide visite des PP. Guyomard et Bougault de la Mission de Yunnanfu. Le P. Guyomard profitait dune courte escale à Saigon pour visiter les lieux où, le 30 janvier 1885, son oncle, le P. Guyomard, fut massacré par les païens à Tra bêk (Soairieg). Il sest arrêté quelques instants en compagnie de Mgr Herrgott, a pu se recueillir et prier à cet endroit et sur cette terre qui fut arrosée du sang de son oncle.


    Pondichéry

    La Round Table Conference est close. Les délégués Indiens ont quitté la capitale de lAngleterre, la face tournée vers lInde, suivant un proverbe du pays. Daucuns voguent encore sur les flots, dautres sont déjà arrivés, parmi ceux-ci le Mahatma Gandy.

    Que de flots dencre na-t-elle pas fait couler, cette conférence de laquelle dépendait, disait-on, le sort de lInde Nouvelle.

    Résultats : néant. Sur Anne ne vois-tu rien venir ? Autonomie provinciale !! ?? ou Gouvernement responsable !! ?? Rien de fixe, rien de définitif ! On va continuer à causer. Ça occupe toujours. Mais quen sortira-t-il ? Les extrémistes clament indépendance absolue : les modérés admettent des concessions : les principaux intéressés, les Anglais, restent impénétrables. Pendant ce temps, dans le nord de lInde la parole est aux bombes et au révolver. A Tippera deux jeunes filles, sous limpulsion des Ted Shirts ont assommé à coups de revolver M. Stevens, magistrat, alors quil siégeait à son tribunal. Si ces dames sen mêlent....

    Le Trait dUnion.
    Pondichéry. Le 21 novembre, ordination dans la chapelle du grand séminaire : M. Victor Leblanc est promu au diaconat.

    Le 24, fête des Martyrs, grandmesse le matin au grand séminaire ; le soir, salut solennel du St Sacrement suivi du chant des Martyrs.

    Tindivanam. Le 24, messe chantée à léglise de la paroisse. Mgr administre le sacrement de Confirmation à une centaine denfants. Le soir, Salut solennel. Les petits chantres du P. Noël firent merveille.

    Le 25, départ de Mgr et du P. Gayet pour Chandernagor, à 1150 milles de Pondichéry. Nous prenons le Calcutta Mail à Madras à 5 h. du soir et débarquons dans la ville des palais le 27 vers midi. A part les grandes rivières que lon traverse sur des ponts interminables, il ny a rien de bien intéressant le long du chemin. Aux environs de Waltair, la ligne côtoie les ghats de lEst dont les sommets atteignent 5000 pieds ; cest le pays des fièvres et des Ghonds, célèbres surtout par les sacrifices humains quils pratiquaient encore, au fond de leurs forêts, il ny a pas très longtemps. Entre Vizianagram et Chikacole, la ligne a beaucoup souffert des inondations du mois doctobre ; les ponts ont été emportés, les remblais minés ; on a bâti des ponts provisoires et détourné la ligne en plusieurs endroits. Dans ces parages, le train se traîne tout doucement pendant que les voyageurs regardent par les portières. A partir de Kharagpur, on ne voit plus que de leau, du riz et de la jungle : cest le Bengale.

    A Calcutta, un motor-car nous attend et, en moins dune heure, nous sommes à Chandernagor et les cloches annoncent à la population larrivée de son Archevêque.

    Le P. Durier na plus ses cheveux blonds dautrefois. Il nen est que plus vénérable avec sa longue barbe blanche et sa belle figure de patriarche. Il porte allègrement ses 70 ans.

    La ville a vieilli, elle aussi : beaucoup de maisons sont abandonnées et tombent en ruines. LHougli seul na pas changé, il porte toujours les mêmes barques conduites par les mêmes bateliers sur les mêmes eaux boueuses. Léglise est magnifique et dune propreté remarquable.

    Dans la soirée, visite au couvent, à lorphelinat des filles et à lAdministrateur qui se montre charmant et nous invite à dîner pour le lundi suivant.

    Le dimanche matin, Mgr administre le sacrement de Confirmation à 72 enfants et grandes personnes. Le lundi soir, grande séance récréative au couvent en lhonneur de sa Grandeur. Le mardi, visite à la célèbre mosquée dHougli, une des plus belles du Bengale, et à léglise de Bandel, vraie cathédrale, bâtie par les Portugais en 1599, à 6 milles de Chandernagor. Le mercredi matin, départ pour Calcutta où nous passons la journée et dînons à lArchevêché. Malheureusement, Mgr Périer est à Goa et le Supérieur régulier à Ranchi. A 5 heures du soir, nous étions de nouveau en wagon et le train nous emportait vers Madras et Pondichéry où nous arrivions le vendredi à la nuit.

    Pondichéry. Le 6, premières communions solennelles et confirmations à Notre-Dame des Anges.

    Le 8, fête patronale de la cathédrale. Messe pontificale le matin ; procession et bénédiction solennelle du St Sacrement le soir. La fête fut précédée dun triduum prêché par le P. Jeganathan, S. J., de Trichinopoly, dont les sermons furent très goûtés.

    Tindivanam. Retraite des vattiars les 8, 9 et 10 décembre en présence de Mgr. Il y avait 240 retraitants à écouter la parole du Rév. P. Mercier, de Salem un maître en tamoul prédicateur de la retraite.

    Goa. Le P. Bernadotte, délégué par Mgr pour représenter le diocèse à louverture de la châsse de St François Xavier et au congrès eucharistique, est revenu enchanté de ce quil a vu et entendu.

    Quand on visite Goa pour la première fois, dit-il, on est ébloui par le nombre, la grandeur et la beauté des églises qui restent encore debout, pendant que le cur se serre à la vue des ruines et des décombres qui les encadrent de toutes parts. Quomodo sedet sola civitas plena populo. Mais le désert refleurit pour quelques jours toutes les fois que le corps de St François Xavier est exposé. Cette année, on estime à 300.000 le nombre des pèlerins présents à louverture de la châsse.

    Le congrès eucharistique eut un magnifique succès ; 300 prêtres y prirent part. Belles cérémonies à la cathédrale, grandioses processions du St Sacrement, discours et conférences sur les devoirs du prêtre à légard du divin Prisonnier du tabernacle et, surtout, des résolutions pratiques furent prises pour répandre de plus en plus, et parmi les prêtres et parmi les fidèles, la dévotion au St Sacrement en vue dexciter leur zèle à se sanctifier eux-mêmes et à travailler à la sanctification des autres.

    Ordination. Le 12, les séminaristes de Pondichéry entrent en retraite sous la direction dévouée du P. Curtin. Le 19, ordination. Les ordinands sont au nombre de 28 : 8 tonsurés, 9 minorés, 10 sous-diacres et 1 prêtre, le P. Victor Leblanc de Pondichéry.

    Le 20, le nouveau prêtre chante sa première messe à la cathédrale.


    Mysore

    23 décembre.

    La retraite des prêtres du diocèse commença le dimanche 22 novembre pour se terminer le vendredi 27. Elle fut prêchée par un Père Jésuite de Calicut. A lissue de la retraite Monseigneur a procédé à plusieurs changements; entre autres à ceux du Père Cappelle qui est transferré dAroballé à Bégur, à 6 miles de Bangalore, et du Père Aranjo qui devient lassistant du P. Vanpeene à la Cathédrale. Deux jours après, Son Excellence avait la joie dordonner un nouveau sujet le P. Mathew Chetticad qui devient lassistant du P. Feuga à Mysore.

    Depuis le 3 décembre, Bangalore voit défiler presque chaque jour une kyrielle de Prêtres et même dEvêques du sud de lInde se rendant prier près du corps du glorieux Apôtre des Indes, solennellement exposé à Goa.

    Un nouveau Chanoine Régulier de Saint Augustin nous est arrivé de Suisse il y a quelques semaines. La petite Congrégation de Bangalore compte donc désormais quatre membres : le P. Cornut, dernier arrivé, les PP. Germanier, Métral et Pasquier.

    Le 3 décembre nous arrivaient également nos trois anciens confrères : Les PP. Saint Germain. Mathevet et Pinatel. Le premier est de nouveau installé à la section européenne du Collège ; le second devient supérieur du Petit Séminaire et le troisième prend charge de la paroisse de Thumboochettyur.

    Monseigneur Despatures sest rendu à Mercara et a visité les postes du Coorg.
    Le 22 décembre, Son Excellence le Délégué Apostolique a chanté, dans léglise de Blackpalii, une grandMesse pontificale à loccasion du 25e anniversaire de son ordination sacerdotale. La plupart des prêtres de Bangalore étaient présents à la cérémonie.

    Le samedi précédent, 19 décembre, un de nos prêtres indigènes avait également fêté ses noces dargent à Kolar.


    Séminaire de Paris

    1er décembre.

    Le 16 novembre, lendemain de la clôture de lExposition, le P. Gros ramenait au séminaire les objets exposés dans le stand des Missions-Étrangères. La Salle des Martyrs et la Salle des Bien heureux ont donc de nouveau leurs chères reliques et tableaux exposés au complet.

    Le 24 novembre, fête de nos Bienheureux Martyrs, Mgr Tonna, Archevêque de Smyrne et ancien aspirant du Séminaire, a passé la journée à la rue du Bac. Son Excellence a célébré la messe de communauté et assisté à la grandmesse et aux vêpres.

    Pendant cette quinzaine, exposition missionnaire et journée de mission à Bourg et dans larrondissement. Les PP. Depierre et Nassoy tenaient le stand des M.-E. et donnaient sermons et conférences dans différentes églises. Le P. Gérard a parcouru la région du Nord et visité séminaires et collèges des diocèses de Cambrai et de Lille. En même temps, le P. Thibaud donnait une conférence à Nancy, à luvre des Partants, et profitait de ce voyage pour faire de la propagande dans le diocèse et dans les diocèses de Metz et de Strasbourg.

    De passage au Séminaire. Mgr Mathieu, nouvel évêque dAire et Dax, est notre hôte depuis quelques jours. MM. Crayssac, Bougault, Guyomard, Toudic et Cochet.

    15 décembre.

    Après avoir fêté St François-Xavier au Séminaire le 3 décembre, la communauté de Paris sest rendue, le dimanche suivant, aux offices de léglise paroissiale dont notre St Patron est le titulaire. Les aspirants étaient, selon la coutume, chargés du chant et des cérémonies. Le P. Gros a officié à la grandmesse et aux vêpres suivies de la procession du St Sacrement à lintérieur de léglise. Nombreuse assistance dans cette fervente paroisse.

    Le 8 décembre, une fête plus intime réunissait les deux communautés au séminaire de Bièvres pour la fête patronale de la maison. Mgr Tonna, archevêque de Smyrne, avait accepté avec joie dofficier pontificalement à la messe et aux vêpres. Agréable journée, favorisée par un beau temps assez rare en cette saison de lannée.

    Nous avons reçu dexcellentes nouvelles de Mgr le Supérieur. Sa lettre, datée de Madras, avant lembarquement pour la Birmanie, nous rassure sur sa santé que la fatigue du voyage ne semble pas entamer, et nous relate la très bonne impression que lui a faite la visite des missions des Indes.

    Hier soir sest ouverte la retraite des ordinands du 19 prochain. Cette ordination sera faite par Mgr Rossillon, évêque de Vizagapatam, qui daigne revenir de Suisse exprès pour nous rendre ce service.

    Le P. Lesmale, qui avait subi une grave opération à la clinique des FF. de St Jean de Dieu, est maintenant entré en convalescence ; encore quelques jours et nous espérons quil pourra quitter la maison de santé de la rue Oudinot.

    De passage au Séminaire : les PP. Pichon, Crocq et A. Thomas.

    1932/116-152
    116-152
    Anonyme
    France et Asie
    1932
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