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Chronique des Missions et des Etablissements communs 1

Chronique des Missions et des Etablissements communs Tôkyô 1er décembre. Le 6 novembre, Mgr lArchevêque a donné la confirmation au poste dOdawara et béni une cloche. Le soir, une séance récréative de chants et de danses exécutés par les enfants de lécole maternelle et de lécole du dimanche fut fort goûtée des parents et amis, la plupart païens, invités pour la circonstance. Une retraite de trois jours avait été prêchée aux chrétiens de la paroisse par le P. Uchino.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs

    Tôkyô

    1er décembre.

    Le 6 novembre, Mgr lArchevêque a donné la confirmation au poste dOdawara et béni une cloche. Le soir, une séance récréative de chants et de danses exécutés par les enfants de lécole maternelle et de lécole du dimanche fut fort goûtée des parents et amis, la plupart païens, invités pour la circonstance. Une retraite de trois jours avait été prêchée aux chrétiens de la paroisse par le P. Uchino.

    Dans la nuit du 14 au 15 novembre, un typhon dune violence inconnue depuis plusieurs années a passé sur la mission et causé des dégâts dans certains postes, notamment à Odawara et à Yokohama (église du Bluff).

    Le 8 novembre, on a commémoré à lUniversité de Waseda le dixième anniversaire de la fondation du Cercle détudes catholiques, par une séance de conférences, suivie dun banquet. Les orateurs du jour ont été le professeur Nakagiri, président du Cercle, qui a prononcé le discours douverture, le P. Taguchi, qui a développé le sujet : le Vatican et la paix internationale, et le Dr. Torii, qui a exposé les données de la saine archéologie sur lantiquité de lhomme et la religion de lhomme primitif. Une adresse du professeur Ishikawa a terminé la séance à laquelle ont assisté de nombreux étudiants païens.

    LUniversité catholique Sophia a, de son côté, organisé pour le 26 novembre, à 6 heures du soir, une séance en lhonneur de saint Albert le Grand. Les étudiants et les invités, très nombreux, qui remplissaient la grande salle des exercices de lécole, ont suivi avec intérêt les conférences données par le P. Bernard Tarte, de lOrdre de St Dominique, sur St Albert le Grand, le Dr. Tanaka Kõtarõ, professeur de Droit à lUniversité Impériale, sur les caractéristiques du droit naturel au moyen-âge, et le P. Candau, supérieur du séminaire régional de Tôkyô, sur lUniversité au temps de St Albert le Grand. Puis les artistes de lécole ont joué une pièce intitulée : Albert le Grand, composée par un professeur, le P. Hermann Heuvers, S. J., et traduite en japonais par un étudiant en philosophie, M. Tabeya. La scène qui se passe à Cologne, en 1262, met en relief linfluence doctrinale et pacificatrice de Saint Albert au sein dun monde agité par des querelles civiles et des passions diverses. Lassistance a fort goûté les conférences et le drame qui constituaient une haute prédication.

    Le P. Totsuka, ancien élève des Marianistes et de lUniversité Sophia, qui, après avoir fait ses études de médecine à lUniversité de Tôkyô, a trouvé durant ses années de stage en Europe la vocation sacerdotale, met depuis plusieurs années ses talents au service de la mission par la publication darticles de journaux et revues, de livres et de traductions fort appréciés du public chrétien et païen, pour leur style élégant et facile. Dernièrement, il a ouvert, non loin du petit poste quil dessert dans la banlieue de Tôkyô, à Nishi-Koyama (quartier de Meguro), un dispensaire destiné à fournir des secours médicaux et des remèdes aux classes pauvres, et à attirer par cette uvre de charité les catéchumènes à la vraie religion. Linauguration de ce dispensaire sest faite le 17 novembre. De nombreux missionnaires et représentants des maisons religieuses de la capitale et des environs, ainsi que quelques invités laïques, ont assisté à la bénédiction des bâtiments, donnée par Mgr lArchevêque, et aux agapes qui ont suivi. Nous souhaitons de tout cur à la nouvelle uvre tout le succès quelle mérite.

    Le poste dUtsunomiya, chef-lieu du Tochigi-ken, fondé par les patients labeurs du regretté Père Cadilhac, qui, 48 ans durant, parcourut, principalement à pied, les routes de ce département et des départements circonvoisins, dans ses tournées dévangélisation et dadministration, a fêté magnifiquement, les 22 et 23 novembre dernier, la réalisation dun des projets de ce Père vénéré. Une belle église, avec une crypte pour les réunions, et deux tours monumentales, bâtie en ciment armé et revêtue de la pierre renommée du pays, a été consacrée le 22 par S. E. Mgr lArchevêque, assisté pour la consécration des petits autels par Mgr Castanier, évêque dOsaka, et Mgr Kinold, O. S. F., évêque de Sapporo. La cérémonie, commencée à 8 heures, sest terminée à 12 h. ½ . Quant à la cérémonie de linauguration proprement dite, elle était remise au lendemain. Quelques Pères étaient déjà venus prêter leur concours au P. Pouget, qui a succédé au P. Cadilhac, son compatriote rodézien, et a mené à bien, au prix de quels soucis, Dieu le sait ! la construction dé lédifice. Le P. Chérel, recteur de la paroisse de Kanda, à Tôkyô, avait quitté ses nombreuses occupations pour prêcher, du 15 au 19 novembre, une retraite à la chrétienté dUtsunomiya. Le P. Flaujac, vicaire général et compatriote du P. Cadilhac, avait célébré une messe de Requiem le 19 novembre, au deuxième anniversaire de la mort du vénéré Père.

    Monseigneur lArchevêque, le 13, après avoir donné la confirmation à 30 élèves des Dames de St-Maur, à lécole de Futaba à Tôkyô, était allé à Utsunomiya bénir la cloche nouvellement arrivée de France.

    Le soir du 22, eut lieu dans la crypte une séance de conférences aux païens dans laquelle les PP. Candau et Iwashita prirent la parole devant une assistance de plus de 500 personnes.

    Le matin du 23, Monseigneur le Délégué Apostolique, ainsi que tous les missionnaires et prêtres japonais disponibles de la mission, des représentants dà peu près toutes les missions du Japon, des écoles catholiques de Tôkyô, des Marianistes, Jésuites, PP. du Verbe Divin, Franciscains, Dominicains. les élèves du grand séminaire avec leurs directeurs, et des groupes de chrétiens de Tôkyô et des districts évangélisés jadis par le P. Cadilhac, venaient se joindre aux évêques et aux missionnaires déjà arrivés, pour célébrer avec la chrétienté dUtsunomiya et les représentants officiels de la cité linauguration de la nouvelle église. La fête était favorisée par un soleil magnifique, qui faisait resplendir les deux grandes croix dorées qui dominent les tours.

    Devant une assistance qui remplissait les trois nefs de léglise, se déroulèrent les magnifiques cérémonies dune grandmesse pontificale, célébrée par Mgr lArchevêque de Tôkyô, pendant quà la tribune le chur du séminaire exécutait les chants, le grégorien alternant avec les churs à plusieurs voix. Mgr lArchevêque, après lévangile, adressa quelques mots aux fidèles pour les exhorter à mettre en pratique, par une conduite de plus en plus chrétienne et fervente, les leçons que leur avait données leur ancien Père par ses paroles et ses exemples.

    A lissue de la messe qui, commencée à 10 h. ½ , se terminait à midi, on tira, au frontispice de léglise, une photographie commémorative.

    Après le déjeuner, durant lequel S. E. le Délégué Apostolique porta un toast en latin et exprima ses félicitations et ses vux à la belle église matérielle et spirituelle dUtsunomiya, les invités se réunirent à la crypte, et prirent place sur lestrade à côté de NN. SS. les évêques et des notabilités de la cité. Plusieurs discours furent alors prononcés, dabord par le P. Mayrand, chargé par le P. Pouget de prendre la parole à sa place, après que celui-ci eut adressé un mot de remercîments à lassistance, ensuite par le représentant du préfet, par le maire actuel, M. Kawai, par lancien maire, M. Ishida, par le directeur de lécole supérieure des filles, par un des plus anciens chrétiens baptisés par le P. Cadilhac, M. Kitamura, jadis directeur décole primaire dans le Chiba-ken, enfin par Mgr lArchevêque de Tôkyô. M. Nakajima adressa ensuite ses remercîments aux invités, au nom de la chrétienté dUtsunomiya.

    Le thème des discours fut, on le devine, tout dabord la joie quapportait dans les curs un pareil jour, avec les félicitations à la générosité et à lesprit de foi qui avaient élevé un monument, constituant pour la cité son plus bel édifice matériel et spirituel. Et comme en cette journée planait dans lair ambiant la figure souriante et, on peut le dire, rayonnante de gloire, du fondateur du poste, lhommage aux vertus éminentes, à lesprit de foi et dabnégation, à la patience inlassable et au zèle persévérant du P. Cadilhac devait naturellement monter du cur aux lèvres des orateurs. Tel fut particulièrement le fond des discours du P. Mayrand et de M. Kitamura, tandis que les orateurs qui ne partagent pas encore notre foi, sassociaient à ce tribut de vénération envers celui qui était connu dans tout le pays comme le Père dUtsunomiya, rendant hommage à la grande force spirituelle et morale quapporte à la société la religion catholique, religion damour, de fraternité, de paix, ainsi quà la haute influence exercée par la Papauté dans les temps modernes pour la pacification du monde.

    Mgr lArchevêque conclut la séance en disant un mot sur le symbolisme des églises, et en exhortant les assistants à prêter loreille à la voix de la cloche qui invite les âmes à prier Dieu, et à regarder la croix qui domine les tours comme le signe du salut auquel tous sont conviés.

    Un salut solennel du Saint-Sacrement termina cette fête qui a laissé dans tous les curs une impression profonde, et aura été, nous lespérons, une excellente prédication en faveur de notre sainte religion.


    Fukuoka

    8 décembre.

    Nous sommes loin des temps moyenageux où la rabdomancie, id est, lart de découvrir les sources, était en suspicion, où les sourciers étaient traités de sorciers, tout comme les fakirs, derviches et autres fumistes du même acabit. Lart en question, en train de devenir une science, est cultivé en grand chez nous. Baguette et boussole à la main, le P. Heuzet, expert en la matière, prospecte partout les terrains favorables. Après avoir doté dune source abondante les postes de Minamata, Shindenbaru et le séminaire de Fukuoka, un S. O. S. venu de Corée lui a fait traverser les mers pour porter secours à certains confrères en quête deau.

    Postes et constructions se multiplient dans la mission, du nord au sud, de lest à louest. A Oye, île dAmakusa, notre doyen, le P. Garnier, na pas voulu rester en retard sur la génération qui monte : il aura bientôt la consolation de voir terminée sa nouvelle église en ciment armé. Notre vice-doyen, le P. Halbout, ne voulant pas rester en retard sur son voisin, ni en initiative ni en construction, vient dacheter un terrain sur lequel il espère pouvoir bâtir quelque chose dau moins aussi bien. Le P. Heuzet, chargé du service religieux des grosses villes industrielles de Kokura, Tobata et Wakamatsu, va enfin pouvoir construire une église à Tobata, sur un terrain acheté récemment. Quant à Wakamatsu, il y faudrait bien aussi une chapelle de secours, mais dame ! question de fonds !!!

    Le P. Vion à Omuta, le P. Martin à Kumamoto, le P. Drouet à la cathédrale construisent fiévreusement des buildings destinés à abriter toute une population enfantine. Le P. Lemarié à Minamata, les Surs Franciscaines à Hitoyoshi ont aussi un programme de constructions qui doit se réaliser au printemps prochain. Mais le clou, cest à nen pas douter, Shindenbaru où notre rescapé, le P. Lagrève, met à contribution ses forces physiques heureusement revenues. Tout en mettant la main à sa nouvelle église de Ste Thérèse, destinée à remplacer lancienne devenue trop petite pour contenir le flot démigrants venus des îles Goto, il a rêvé dinstaller un settlement tout à fait up to date, comprenant même salle de bains, salon de coiffure et buanderie, bref tout ce quil faut pour former à lhygiène et aux bonnes manières. Les Surs japonaises de la Visitation ont accepté la direction de cette uvre.

    La société diocésaine dAmantes de la Croix dImamura ayant demandé à être affiliée aux Surs de la Visitation, la fusion des deux sociétés a été décidée et a reçu un commencement dexécution par lentrée de quatre Amantes au noviciat de la Visitation. Le reste de la communauté entrera au noviciat au printemps prochain.

    Notre nouveau confrère, le P. Léoutre, vient de nous arriver plein de santé et de bonne humeur, piloté par, son compatriote le P. Bonnet, qui était ailé le chercher à Kobé. Il est installé à lévêché et passe ses journées à compulser grammaires et dictionnaires japonais.

    Bonnes nouvelles de notre cher malade, le P. Benoît, qui a quitté lhôpita1 pour rentrer à lévêché, en bonne voie de guérison. Le P. Gracy aussi nous est revenu rajeuni par un séjour au pays natal : sans perdre de temps il est allé à Hitoyoshi remplacer le P. Bonnecaze en partance pour Béthanie. Il nous a confirmé lheureuse nouvelle que les Filles de la Charité de St Vincent de Paul avaient accepté de venir faire uvre de charité au diocèse de Fukuoka. Elles seront les bienvenues et les occasions de faire du bien ne leur manqueront pas dans nos quartiers industriels.


    Séoul

    5 décembre.

    A Syou-Ouen, chez le P. Polly, le dimanche 13 novembre, fête de 1ère Classe : Mgr le Coadjuteur bénissait léglise dédiée à St Michel et dont le P. Devise a été larchitecte.

    La ville de Syou-Ouen, située sur la ligne Séoul-Fusan, à 40 kilomètres de la capitale, est un peu déchue de son ancienne grandeur. Avant lannexion, elle était une place forte avancée couvrant Séoul, la proximité de plusieurs tombeaux royaux rehaussait sa dignité et, quand le roi allait en grande pompe rendre ses devoirs aux mânes de ses ancêtres, Syou-Ouen attirait les regards des huit provinces.

    Mais le côté religieux nous intéressant avant tout, disons que les premières conversions remontent à une quarantaine dannées ; le P. Alix qui résidait alors à quelque dix kilomètres de la ville, dans une vieille chrétienté, eut la joie de baptiser ces néophytes ; peu à peu leur nombre augmentant, le Père acheta une belle maison coréenne, y aménagea une chapelle provisoire et, pour entretenir le feu sacré, en fit comme une seconde résidence, il ouvrit même une école élémentaire qui compta jusquà 200 élèves. Dans sa retraite de La Fresnais, le cher Père na pas oublié Syou-Ouen ; apprenant quune église y était en construction, il a voulu faire don de la cloche dont la voix sera comme lécho de la sienne, appelant à la maison du divin Maître les anciens, nouveaux et futurs chrétiens.

    Le 13 novembre, il y avait donc grande animation dans les environs de la nouvelle église ; plusieurs estiment à un millier le nombre des fidèles qui trouvèrent place dans la nef qui ne mesure pourtant que 18 mètres sur 10. Ceci me fait souvenir dun mot fameux du premier Vicaire Apostolique de Mandchourie et que Mgr Mutel qui a connu lillustre prélat aime à rappeler. Lors dune visite ad limina Mgr Verrolles eut un succès inouï en France, tout le monde voulait lentendre. Bien des années plus tard, quand on demandait au bon évêque devenu vieux si ses auditeurs étaient vraiment nombreux, je crois bien, repartait-il vivement, ils étaient quatre par chandelier ! Donc, à la bénédiction de léglise du P. Polly, les assistants étaient aussi quatre par chandelier.

    Cette belle fête fut aussi une manifestation de la vitalité de léglise catholique. A un lunch offert par les catéchistes aux autorités locales et aux notables de la ville, le Maire lut une adresse qui sort de la banalité ordinaire et mérite ici une mention. Après avoir rappelé et commenté avec à-propos la parole de N. S. : Je suis la voie, la vérité et la vie, lorateur ajouta : Je ne suis pas disciple du Christ et je mexcuse de nêtre en ce moment quun poteau indicateur de la bonne route, cependant jose dire à cette noble assemblée : allons tous à Celui qui est vraiment la Vie éternelle.

    Sept confrères avaient pris part à la fête, entre autres le P. Collard qui, arrivé à Séoul seulement de la veille, avait hâte de saluer Mgr Larribeau et de lui donner des nouvelles du pays dAuch ; cest en effet au grand séminaire de cette ville que le Père, quoique du diocèse de Namur, a fait ses deux années de philosophie.

    Le 12 novembre est donc arrivé notre nouveau Benjamin, nous lui avons souhaité un long et fructueux apostolat ; du reste bon sang ne peut mentir, le P. Raphaël Collard est le frère cadet de Louis et Antony Collard, soldats volontaires au service dobservation militaire des alliés, morts pour Dieu, la Justice, la Belgique le 18 juillet 1918. Leur mort rappelle le sacrifice des jeunes martyrs de la primitive église écrivait le Cardinal Mercier, et lévêque de Verdun : Quelles âmes de héros, de saints, de martyrs ! Leurs novissima verba, leurs suprêmes adieux à la terre, à leur famille ont déjà un accent, une résonance du ciel.

    Tous ceux qui ont lu ou liront la Vie de ces jeunes gens écrite par labbé Eloy Druart (chez Giraudon, Paris) sous le titre : Ames de héros. Louis et Antony Collard, ne seront pas étonnés que la Belgique les ait placés au rang de ses enfants les plus purs et les plus braves. Ce livre rappelle les plus belles pages de la petite Ste Thérèse et du Bx Théophane Vénard.

    *
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    Les courriers postaux venant dEurope via Siberia ont fini par prendre le chemin de Vladivostok, par la voie de lAmour, mais restent encore bloquées quelque part, entre Manchouli et Tsitsikar, toutes les correspondances allant du 17 septembre au 9 octobre.


    Taikou

    9 décembre.

    La dernière chronique annonçait le départ de Mgr en administration ; S. E. est rentrée, le 16 novembre, de cette tournée pastorale dont ont bénéficié sept districts et qui sest faite sans fatigue anormale et sans incidents extraordinaires. Trois églises et chapelles bénites, ainsi que sept statues en deux églises, cloche bénite, et 723 confirmations sont une partie du travail extérieur. Depuis longtemps Mgr attendait loccasion dattaquer les deux parties de la mission qui, jusquà ces dernières années, navaient pu être évangélisées par défaut de personnel : lextrême nord-est du Kyeng-Syang-Nord et lextrême sud-est du Tjyen-La-Sud. Lordination de mai dernier, en donnant à la mission quatre prêtres de plus, a permis dentreprendre la pénétration de ces régions défavorisées. Précisément, au cours de sa dernière visite pastorale, S. E. a pu se rendre compte des premiers résultats acquis, très encourageants. Sur place même Mgr a pu encore amorcer un plus grand développement dans ce sens. Une autre constatation très agréable à S. E. a été de voir comment, dans les sept districts parcourus, les décisions du Concile et les nouveautés du Directoire commun aux cinq missions de Corée, Directoire entré en vigueur juste un an, jour pour jour, après la clôture du Concile, 26 septembre dernier sont consciencieusement et aisément appliquées.

    Le 27 novembre, dans la nuit, un télégramme de Fusan annonçait que le Père Bulteau était malade. Par le premier train du matin, le lendemain, un confrère se rendait près du cher malade quil ramenait le lendemain à linfirmerie de la mission. Notre jeune confrère est atteint de pneumonie aiguë, sans gravité. La maladie qui suit son cours normal, sans grande amélioration et jusquà présent sans complication, ne donne heureusement aucune inquiétude.


    Moukden

    8 décembre.

    Le 15 novembre, nous avions la joie de recevoir notre nouveau confrère, M. Pierre Peckels, du diocèse de Reims. Quil soit le bienvenu ! Et puisse-t-il remplir en Mandchourie une longue et fructueuse carrière ! Cest ce que tous nous avons demandé pour lui au bon Dieu pendant le salut dactions de grâces qui fut chanté dans la chapelle épiscopale dès son arrivée. Au cours de cette cérémonie, il renouvela le Bon Propos conformément au Règlement de la Société, et émit le serment prescrit sur les rites chinois. Moins dune heure après avoir débarqué du train, il était donc tout prêt à exercer le saint ministère. Il ne lui manque plus que la connaissance du chinois ! Le premier de tous les missionnaires venus jusquà ce jour en Mandchourie, il ne quitta le paquebot des Messageries Maritimes quà Kobé, afin déviter les frais que la douane chinoise de Shanghai naurait pas manqué dimposer à des bagages destinés au Manchoukuo. Par contre, les autorités douanières de Dairen se montrèrent extrêmement bienveillantes pour le nouveau missionnaire.

    Depuis son arrivée à Moukden, le P. Patrouilleau a entrepris de restaurer, et surtout dembellir la chapelle de la nouvelle paroisse St-François-Xavier. Le 9 octobre, il inaugurait solennellement ce monument, modeste encore, mais décoré avec un bon goût qui le rendait méconnaissable, et orné dun atrium et dun clocher ajouré, je ne dirai pas imposants, mais fort gracieux. Le 4 décembre, en loctave du saint Patron, Son Exc. Mgr Blois bénissait la nouvelle église, et le P. Peckels y chantait une messe solennelle avec diacre et sous-diacre. Cérémonies et chants furent assurés par les professeurs et élèves du petit séminaire. Et le zélé pasteur adressa à ses paroissiens un double sermon, en français et en japonais, en prenant pour thème les paroles de la Sainte Ecriture dont St Ignace se servit pour convertir S. François-Xavier : Que sert à lhomme de gagner lunivers sil vient à perdre son âme ? Cérémonies, chants et sermon impressionnèrent vivement la foule. Que S. François-Xavier veuille bien aider le cher P. Patrouilleau à sanctifier ses ouailles, et à convertir les nombreux païens qui lentourent !

    Le P. Lacroix est rentré de Shanghai la nuit dernière, après avoir reçu du médecin qui la examiné un mois durant lordre de retourner en France sans retard, pour y soigner son foie et ses intestins qui sont très gravement atteints. Le P. Cambon est nommé, à sa place, procureur de la mission.


    Chengtu

    15 novembre.

    La chronique du mois doctobre a annoncé louverture des hostilités entre Chungking où règne le parti Sio tchen, du nom de lancienne Ecole Militaire de Chengtu, doù sont sortis tous ses chefs : les Maréchaux Lieou siang et Jang sen, les généraux Ouang fang tcheou, Li ki siang etc. et Chengtu qui est du parti Pao tin représenté par les Maréchaux Lieôu tsé kiên, Ten si heou et Tien song iao, anciens élèves de Ou pei fou à lécole militaire de Pao-tin-fou.

    Les forces en présence semblaient sensiblement égales et il était difficile dannoncer à lavance celui qui serait vainqueur quand on a appris la défection du Maréchal Tien qui, ayant des démêlés personnels à régler avec le Maréchal Lieou tse kien, passait au parti de Chungking. De fait, les deux troupes ont eu plusieurs escarmouches assez vives en pleine ville de Chengtu et, comme cela arrive en pareil cas, cest la population civile qui a le plus souffert. Heureusement le Maréchal Ten sest interposé hardiment entre les belligérants et leur a enjoint daller vider leur querelle à la campagne.

    Actuellement le Maréchal Lieou tient la route du sud et le Maréchal Tien la route du nord. La situation dure depuis un mois arrêtant tout commerce sur ces routes.

    La réquisition des coolies marche bon train et cest dommage que le Bureau International du Travail nait pas un représentant officiel pour le renseigner sur ce genre de travail forcé.

    Les troupes de Chungking avancent-elles en direction de Chengtu ou ont-elles été arrêtées quelque part par la cavalerie de St Georges? on nen sait rien car la censure fait bonne garde et confisque tous les journaux ; même le modeste et pacifique journal de la mission de Chungking, La Vérité, narrive plus aux abonnés depuis un mois.

    Ce qui arrive bien régulièrement et ne se perd jamais en route ce sont les feuilles dimpôts toujours plus lourdes. Pour varier on lance un emprunt forcé pour la défense nationale et les modestes biens que la mission possède dans mon district ont été taxés à 100 dollars. La Chine est un pays charmant !

    21 novembre.

    Le 16 courant on a entendu le canon toute la journée et pourtant ici, à Chungkingchow, nous sommes à une journée de Chengtu. Une grande bataille aurait eu lieu intra et extra muros, principalement dans la région ouest et sud-ouest. Cest là que se trouvent les établissements de la mission : évêché, séminaire commun, Ste Enfance, mais on ne sait encore sils ont souffert. On dit que plusieurs rues auraient été détruites par des bombes incendiaires. Le grand monastère bouddhiste Tsao tang se (1) , extra muros aurait été complètement détruit. Cest un des lieux historiques de la ville, car il fut construit sur lemplacement de la maison du poète Tou-Fou (2) (712-770) qui vivait sous la dynastie Tang (3) et cest là quétait sa tablette funéraire. A peu de distance se trouve le Pe-Houa-tan (4) gouffre des fleurs blanches, célèbre par une ode de ce poète et dont voici le thème : Un bonze, passant le ruisseau qui se jette dans ce gouffre, glisse et tombe dans la vase. La femme dun grand lettré qui la vu dans cette triste situation sapproche et lave ses habits. En récompense de cet acte de charité envers un bonze, des fleurs blanches miraculeuses apparaissent à la surface de leau du gouffre.

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    (1) (caractères chinois)
    (2) (caractères chinois)
    (3) (caractères chinois)
    (4) (caractères chinois)


    Chungking

    3 décembre.

    La lutte pour la possession suprême de la province continue, de plus en plus âpre, entre loncle et le neveu. Il ne reste plus guère à celui-là que sa capitale provinciale de Chengtu. Après une lutte assez vive qui se déroula dans les rues, il en a bouté dehors les deux co-maréchaux de son triumvirat, Tien et Ten ; et, réduit désormais à ses seules forces, attend le choc décisif. Sil doit être vaincu, proclame-t-il, la ville tout entière périra avec lui... igni et ferro.

    Lieou-siang, le neveu, gouverneur militaire de Chungking, du parti de Nankin, appuyé par toute la clique des autres seigneurs militaires de la province, pousse linvestissement, donne de toutes ses forces terrestres et aériennes. Déjà les avions sèment sur la ville leurs bombes meurtrières ; mais ces bombardements natteignent guère que la population civile, le peuple souverain, à qui nulle liberté nest laissée dexercer quelquune des prérogatives de sa royauté.

    Selon toutes prévisions, lissue de la lutte sera favorable au maréchal Lieou-siang ; si toutefois ses généraux alliés lui restent fidèles jusquau bout, car en Chine, sait-on jamais ? Et de nouvelles sources de conflits ne vont-elles pas se manifester au partage du butin ? Certaines ambitions, trop comprimées jusquici, se dévoileront qui garderont la province sur le pied de guerre et... le pied de taxes. Le jour nest sans doute pas éloigné où limpôt annuel sera supérieur au revenu, puisque, cette année déjà, certaine de nos maisons de bienfaisance a payé en impôts ou taxes 98 p. % de son revenu.

    Les PP. Josset et Ghaye, destinés aux missions de Chengtu et Chungking, sont arrivés le 23 novembre, à bord du Fookyuen, portant pavillon français. La dernière étape leur procura quelques instants de dangereuses émotions. Le bateau était à hauteur de la ville de Tchang-cheou, à 40 milles en aval de Chungking, lorsquune barque militaire savança, enjoignant de stopper. Les commandants sont trop habitués à ces mesures arbitraires de réquisition, pour y obtempérer. Les machines répondirent à toute vapeur. Une fusillade bien nourrie, partie des deux rives, se mit alors à cribler le bateau, à laquelle riposta promptement et vaillamment, de ses fusils mitrailleurs, la garde de nos marins. La cabine de nos Pères fut traversée de plusieurs balles ; lune delles vint saplatir contre la ferrure dune malle que le P. Ghaye était précisément en train de mettre en ordre. Le Père fut atteint au cou dun éclat de fer, qui eût occasionné une grave blessure, si la barbe, heureusement bien fournie, navait amorti le coup.

    Ce haut exploit fut le fait de soldats réguliers ; un ordre de surveillance spéciale avait été donné au commandant de la place, qui linterpréta avec un zèle excessif. On voudrait bien savoir ce que pense de la chose notre presse locale, toujours si bien informée ; mais elle nen souffle mot.

    Le P. Ghaye a déjà oublié cette émotion de voyage et sa blessure. Dautres soucis retiennent son attention ; il commence au séminaire ses études de langue chinoise, et le P. Josset lui tient compagnie, jusquà ce que soit libre la route de Chengtu.

    Deux hommes heureux, depuis hier, ce sont les PP. Brun et Roussel, professeurs au séminaire. Il y a deux ans, au matin de la Toussaint, leurs calices furent volés à la sacristie. Toutes les recherches avaient été vaines jusquici, quand, il y a quelques jours, un chrétien de la ville de Kiangpeh vint aviser le P. Bétin, chapelain de léglise Ste Thérèse, que par là, dans quelque marché aux puces, il y avait deux calices à vendre. Le P. Bétin, dans sa dévotion à la petite et grande Sainte, crut tout de suite à une aubaine miraculeuse, qui allait garnir la sacristie de sa pauvre église. Le marchand ne demandait que deux dollars par calice : ils furent vite donnés... Mais Ste Thérèse, même pour la gloire de son sanctuaire, ne voulait pas du bien dautrui ; un pacte secret avait sûrement été conclu entre Elle et son petit Normand. Le fait est que, par songe ou autre avertissement mystérieux, le P. Roussel eut vite vent de la chose. Tout de suite il dit : Cest mon calice, jen suis sûr ; il accourt et cest bien son calice de partant quil retrouve, et lautre est bien aussi le calice du P. Brun.


    Suifu

    1er novembre.

    La fête du double dix sest passée, cette année, inaperçue à Suifu ; pas un drapeau, pas une manifestation. La raison ? la guerre, les contributions.

    Le gouverneur de la province, le général Lieou ouen houi, commandant de la 24e armée, et dans le fief duquel sont comprises les missions de Tatsienlu, de Ningyuanfu, de Yachow et de Suifu, est attaqué par ses envieux. Son principal adversaire est son neveu, Lieou siang, commandant de la 21e armée et dont le quartier général est à Chungking. Ce dernier est armé complètement à la moderne ; il dispose de canonnières et daéroplanes. Cest la première fois que canonnières et aéroplanes entrent en action dans les opérations setchouanaises. Les aéroplanes surtout sont craints ; leurs bombes sèment la panique parmi la population civile et démoralisent les soldats. Les 20 et 28 octobre, la ville de Luchow a été bombardée par deux aéroplanes : de nombreux morts et blessés parmi la population.

    Daprès une statistique établie par lagence Reuter, cest la 477e guerre civile au Szechwan depuis la proclamation de la République. Cest un record.

    Le 21 octobre, le P. De Jonghe, membre de la commission synodale et inspecteur officiel des écoles catholiques, était de passage à Suifu, venant de Chengtu, via Kiungchow-Yachow. Il a inspecté attentivement nos écoles modernes de Kiating, de Suif u et de Luchow. Il a constaté quelles ne laissaient rien à désirer pour linstruction, léducation et lhygiène ; il a surtout apprécié limportance qui y est donnée à léducation religieuse,

    Notre confrère a retrouvé le Szechwan à peu près dans létat où il lavait quitté il y a cinq ans : mauvaises routes, guerres, brigandages. Pour parcourir le trajet de Chungking à Chengtu, il mit 8 jours, usant tour à tour de lautomobile, de la chaise, du pousse et aussi de ses jambes. Chemin affreux, rendu impraticable par plus de deux mois de pluies continues. Et de Suifu, cest en barquette quil descendit à Chungking, les vapeurs et les grandes barques étant réquisitionnés par les militaires. Et le 26, à 130 ou 140 lis en amont de Chungking, il dut traverser la ligne de feu dans la région de Kiangtsin. Mais comment ? Le chroniqueur de Chungking nous le dira.

    1er décembre.

    Cest le deuxième mois de la guerre, de la plus grande guerre qui ait eu lieu au Szechwan.

    Défait sur le fleuve To kiang (caractères chinois) et pressé de toutes parts par les troupes innombrables de ses adversaires, le maréchal Lieou ouen houi abandonne, sans combattre, les villes de Suifu, de Iun-hien, de Tseliutsing etc.. Il ramène son armée derrière le fleuve Min kiang (caractères chinois), sur une ligne allant de Kiating à Chengtu. Sa seule planche de salut est une scission entre les alliés, scission qui ne manquera pas davoir lieu, lors du partage des dépouilles.

    Notre mission tout entière est balayée par cette immense vague casquée, bottée, hérissée de mitrailleuses et de baïonnettes, et qui savance de lest à louest et du sud au nord, en forme de demi-cercle, vague qui répand partout la terreur, la dévastation, la misère. Ni vaincus, ni vainqueurs ne sont tendres pour la population ; cest elle qui paye les frais ; pour les deux partis, cest elle qui est lennemi.

    Affolée par le bombardement des canons et des aéroplanes, et aussi par les rumeurs les plus terrifiantes, la foule se tasse dans nos écoles, hôpitaux, oratoires, où flotte le drapeau français ; elle sy croit plus en sûreté.

    Depuis le commencement des hostilités jusquaujourdhui, 30 novembre, la ville qui a le plus souffert est Luchow (caractères chinois). Pendant 18 jours, elle a subi de violentes attaques, auxquelles prenaient part larmée de terre, laviation et les canonnières. Le 19 novembre, les deux brigades de la 24e armée (Lieou ouen houi) qui y étaient encerclées, ne pouvant plus compter sur le retour offensif du gros de larmée qui battait en retraite sur tout le front, eurent recours aux bons offices de la mission catholique et de la mission protestante.

    Malgré les balles qui sifflaient de tous côtés, le P. Jean Loû et les pasteurs protestants allèrent au quartier général de larmée assiégeante (aile gauche de la 21e armée). Leur médiation obtint plein succès. Le maréchal Lieou siang, à qui en référa le commandant de larmée dinvestissement, agréa toutes les conditions posées : les assiégés se rendaient avec armes et bagages et étaient immédiatement enrôlés dans larmée victorieuse.

    Les Loutcheouanais, tout à la joie dêtre délivrés du cauchemar de la mort qui planait sur eux depuis plus de 20 jours, parlent délever un monument à la gloire du P. Jean Loû, quils appellent leur sauveur.

    Quant aux Souifouanais, ils sen tirent à bon marché. On n en veut quà leur bourse quils doivent délier, à chaque instant, pour payer les troupes de passage, vaincues ou victorieuses. Tout ce quils connaissent de la guerre, cest 4 bombes lancées, le 20 novembre, par le premier aéroplane qui ait apparu à Suifu, et qui firent une vingtaine de victimes parmi la population.

    Regina Pacis ora pro nobis !


    Ningyuanfu

    Le Kientchang novembre.

    Dieu soit loué ! La pénible persécution qui, pendant une vingtaine de jours, éprouva la chrétienté de Houili vient de prendre fin.

    Elle commença comme toujours par toutes sortes de faux bruits : les gens colportaient comme des faits accomplis les menaces dont un certain commandant nommé Yu avait, contre nous, la bouche pleine. Ces menaces devaient se réaliser un peu plus tard, sinon en totalité, du moins en partie ; nos chrétiens et nos écoles ont eu beaucoup à souffrir de la haine de ce chef militaire. Enfin il est parti et, sil revient, espérons que le commandant Yu nous reviendra assagi et fera oublier les méfaits de son premier séjour.

    Comme en toute persécution, sans doute aurons-nous à déplorer quelques défaillances individuelles, mais dans lensemble la conduite des chrétiens a été consolante. Dès quils virent leurs livres de piété enlevés et amoncelés au prétoire, tous ceux à qui lâge et les moyens de fortune le permirent préférèrent sexiler que dexposer leur foi. Quant aux plus pauvres, surtout les femmes, particulièrement exposées, le Père leur procura le viatique nécessaire, si bien que pour le moment la chrétienté est réduite de moitié ; mais lorage est passé et ferme sera la foi de ceux qui ont souffert et tenu bon sous lépreuve.


    Tatsienlu

    3 novembre.

    Par décision de Mgr, le P. Leroux, supérieur du séminaire, est également chargé des fonctions daide-procureur ; ainsi Mgr le Coadjuteur aura à la procure un auxiliaire et, durant ses visites aux chrétientés, un remplaçant.

    Dans un Bulletin de cet été nous lisions la remarque d un confrère sur le siècle des grandes vitesses et il paraîtrait que certaine compagnie maritime en serait restée à la vitesse de 1892... mais voici qui est mieux. Le télégramme annonçant le décès du P. Ménard et envoyé immédiatement, le 6 septembre, de Tatsienlu, a mis plus dun mois pour arriver à la procure de Shanghai, un peu moins vite quune lettre. On a peut-être pensé : voilà une mission qui nest pas pressée de prévenir la famille du défunt et les confrères de la Société. Pressée, si, mais avec le système D des télégraphistes qui empochent le prix denvoi du télégramme et mettent un timbre dessus ! et si la dépêche était arrivée lisible à Shanghai, passe encore, mais le procureur a dû nous écrire : Quel est le confrère décédé dans votre mission ? télégramme illisible. Cela se passe de commentaires.

    Le siège de Batang par les Tibétains est terminé, il a duré 56 jours : les Tibétains sétaient approchés très près de la ville et sétaient installés dans les établissements de la mission protestante. Les munitions leur faisant défaut, ils se sont retirés de lautre côté du Fleuve Bleu, à une journée de Batang, ils y attendraient des renforts pour venir attaquer la ville. Notre résidence a beaucoup souffert pendant le siège ; les troupes chinoises qui y étaient logées, se chauffaient avec les meubles, les portes, les fenêtres, les cloisons et, comme le logis nest pas encore évacué, cela doit continuer. Quant aux missionnaires américains de Batang ils ont renoncé et définitivement, semble-t-il à leur apostolat, matériellement assez brillant, dans cette région ; ils se retirent en Chine, laissant leurs établissements à un comité indigène présidé par un pasteur chinois.

    Au Loutsekiang, cest la famine, une lettre du P. Ly nous lannonce : Dès le mois de septembre, écrit-il, la population commença à fouiller la montagne, à la recherche des tubercules sauvages qui devront remplacer les céréales pendant lhiver. A lAssomption, le nouveau curé de Kionatong eut la joie de voir toute sa chrétienté réunie à léglise, y compris quelques tièdes qui avaient plus ou moins fait mine de quitter le bercail.

    Ces temps-ci nos pensées se portent souvent vers le poste de Yerkalo et son courageux pasteur, le P. Nussbaum. Cette chrétienté déjà tibétaine de population lest devenue davantage encore, si lon peut dire, depuis que le gouvernement de Lhassa sest emparé de cette sous-préfecture. Cette situation donne bien des soucis au curé, mais il est heureux de constater que jusquici les fonctionnaires du Dalai lama ne manifestent aucune intention malveillante. Le gros ennui ce sont les contributions pour la guerre, gros ennui pour tous, mais spécialement pour les familles pauvres ; chaque famille doit fournir aux troupes du thé, du beurre, de la farine et parfois il y a des contributions en argent, de plus elle doit envoyer un homme à la guerre et, en cas dabsence, cest une amende de 30 roupies.

    Le Père, harcelé par les pauvres chrétiens, a dû consentir une avance de 70 piastres. On comprend que tout le monde trouve la protection tibétaine très pénible et aspire au retour des Chinois. Si cela pouvait consoler curé et chrétiens de Yerkalo, ajoutons que de ce côté-ci du front nous connaissons aussi les lourdes corvées de guerre et que, par exemple, les cultivateurs des environs de Tatsienlu passent bien le tiers de leur temps à travailler pour larmée ou les mandarins.


    Yunnanfu

    Le Petit Nouvelliste 2 décembre.

    Après un séjour denviron cinq ans à la Trappe de Phuoc-Son (Annam) le P. Letourmy vient reprendre sa place au milieu de nous, il nous est arrivé le 13 novembre et sous peu il pourra, dans un district de la brousse, donner libre cours à son zèle devenu plus ardent que jamais.

    Le 21 novembre, les PP. Salvat et Michel ont gagné Hanoi pour y consulter la faculté. Dès le 24, lendemain de leur arrivée, ils entraient à la Clinique St Paul. Dans une lettre du 27, le P. Michel nous écrit : Pour moi, rien de grave, pour le P. Salvat, il a passé déjà deux ou trois fois à la radiographie ; hier matin trois docteurs lont examiné, mais ne se sont pas encore prononcés sur la nature du mal. Puisse une nouvelle lettre venir bientôt nous rassurer et nous dire pour le P. Salvat comme pour le P. Michel : rien de grave. Nous aurons une prière dans ce but.

    Le P. Ducotterd a bien voulu accepter de remplacer ad tempus le P. Michel à Pelongtan, il sy est rendu le 13 novembre ; le P. Destaillat assume la charge de supérieur p. i. du petit séminaire. Le P. Hamon, tout en restant chargé de lécole des catéchistes, remplace le P. Salvat à la paroisse de Yunnanfu.


    Kweiyang

    26 novembre.

    Au commencement de novembre le P. Bacqué nous quittait pour Hongkong afin dessayer de refaire sa santé déjà bien délabrée. Il a été remplacé à Pinfa par le P. J. B. Kao et ainsi se fait, de plus en plus, la relève des missionnaires par le clergé indigène. Mais de ce côté-ci, non plus, tout ne va pas à souhait : le remplaçant du P. Kao à Tongchéou, le jeune P. Damien Jen, vient dêtre pris dun gros crachement de sang quil narrive pas à arrêter. La veille de la Toussaint, le séminaire perdait un de ses élèves minorés approchant de la fin de ses études ; intelligence moyenne, caractère posé et des plus sérieux, il aurait pu faire plus tard un bon prêtre ; jouissant jusquici dune santé excellente, une fièvre la emporté en huit jours.

    Il y a une quinzaine de jours, à Meytan, le P. Laurent Hou recevait un soir, après souper, la visite de quelques soldats. Lentrevue fut dabord polie, échange de civilités, thé versé, pipes allumées, puis peu à peu les visiteurs parlèrent du malheur des temps, de solde en retard et finalement demandèrent à emprunter de largent. Je voudrais bien vous prêter, répliqua le curé, mais ici je ne suis quadministrateur, pour toute manipulation un peu importante dargent je dois dabord prendre les ordres de lévêque en résidence à Kweiyang. Je vais lui écrire dès demain et, au reçu de la permission, je serai tout heureux de vous rendre le service que vous me demandez.

    La promesse, si engageante fut-elle, neut pas lheur de plaire aux quémandeurs ; le Père, un vieillard frisant déjà la soixantaine, fut appréhendé, entraîné dans une pagode, garrotté et menacé des pires traitements par les soldats sil ne les satisfaisait sur lheure. Heureusement, pendant ce temps, le domestique du Père ne restait pas inactif, il put atteindre le Commandant, chef du détachement, et faire délivrer son maître avant de plus gros sévices.

    Ce nest pas la première fois que le P. Hou a des difficultés avec les soldats ! il y a huit mois, ils lui cassaient deux dents dun coup de marteau, et, huit ou neuf ans auparavant, leurs confrères les brigands lavaient emmené dans leur repaire et ly avaient retenu trois ou quatre mois. Sa captivité fut, il est vrai, adoucie par la compagnie de son vicaire, le P. Tsin, qui, au lieu de sévader comme il pouvait le faire, choisit de suivre son curé et de rester avec lui jusquà leur délivrance.

    Ce matin, 25 novembre, en ville de Kweiyang, changement de gouvernement. Le gouverneur dhier, Ouang kia lié, sest retiré dans la soirée devant lattaque conjuguée du vice-gouverneur, Ieou koue tsay, en résidence à Ganchouen, et de lancien gouverneur, Mao, qui sétait retiré le mois dernier à Ben y ; des deux qui sera le nouveau gouverneur ? Qui aura tiré pour lautre les marrons du feu ?

    Le gouverneur sortant avait bien juré de se défendre jusquau dernier soldat, jusquà la dernière cartouche, mais il a dû céder devant la défection du bataillon de gendarmerie militaire, lequel, pour quelques mois de solde en retard, sest mis du côté de lassaillant.

    Jusquici, chaque fois quun conflit pour le pouvoir a pris la forme dune lutte armée, cest toujours loffensive qui a eu le dessus. Sans doute, dans notre pays de montagnes, les Thermopyles ne manquent pas pour arrêter lenvahisseur, mais il se trouve toujours des chemins pour passer à côté et des gens de bonne volonté pour les indiquer.

    Cela fait le quinzième gouverneur dont Kweiyang va voir le triomphe en lespace de 21 ans. Sur les 14 gouverneurs précédents, 3 ont tenu 12 ans, les 11 autres se sont partagé 9 années seulement.


    Lanlong

    Le Ripuaire. 15 novembre.

    Le Petit Nouvelliste de Yunnanfu nous apporte une joyeuse surprise. Les PP. Richard, Pouvreau et... Esquirol ont quitté Yunnanfu le 5 novembre pour Yléang et Lanlong. Si les bravi de la montagne ne leur ont pas demandé de sattarder chez eux, ils nous arriveront incessamment.

    Monseigneur compte partir le 6 décembre pour la visite pastorale de quelques districts.

    Les plaies du P. Séguret le font beaucoup souffrir. Depuis trois semaines impossible de célébrer la sainte messe, ni même de faire un pas. Demandons à Dieu de rendre ce vénérable ancien à la vie active par une prompte et complète guérison.

    Depuis longtemps on est sans nouvelles du P. Huc ; il est quelque part dans les Pougan-Ganlan. En plus du paganisme, il a en face de lui tout un état-major protestant qui cherche à simplanter dans ces régions.


    Canton

    10 décembre.

    Le lundi 21 novembre, a été célébré le vingt-cinquième anniversaire de la fondation de la léproserie de Saint-Joseph, à Shek-Lung.

    Tous les missionnaires du Vicariat de Canton ont tenu à assister à cette fête. Elle fut parfaitement organisée par les soins du R. P. Marsigny. Outre les missionnaires de Canton, un grand nombre de prêtres et religieuses de Hongkong prirent également part à cette solennité. On y remarquait les représentants de notre Procure Générale, de notre maison de Nazareth, des Révérends Pères Jésuites, des Missionnaires de Maryknoll, des groupes de Religieuses de St Paul de Chartres, des Dominicaines de Maryknoll, des Surs canadiennes de lImmaculée-Conception. Tous voulaient rendre hommage à cette belle uvre dassistance aux lépreux et à la charité catholique. Son Exc. Mgr Deswazière, supérieur de la maison de Nazareth et ancien directeur de la léproserie, chanta la grandmesse pontificale.

    Deux jours après, le jour de la Saint Clément, patron du jubilaire, les mêmes confrères de Canton et de Hongkong se trouvèrent à Toung-Koun pour y célébrer les noces dargent du cher P. Favreau. Comme à la léproserie, la fête a été réussie, marquée du même caractère dédification et de gaieté.

    De passage à Canton : MM. Pierre Lyautey et René Loubet, respectivement neveux du Maréchal et de lancien Président.

    La fête de St François-Xavier a été dignement célébrée à la cathédrale et au petit séminaire. Deux de nos séminaristes de Penang, ayant terminé leurs études, vont rentrer à Canton ; ils sont attendus à Hongkong pour le 21 décembre.

    Le jour de lImmaculée-Conception S. Exc. Mgr le Vicaire Apostolique a célébré la sainte messe chez les Petites Surs des Pauvres et conféré le baptême à douze vieillards.

    Durant la semaine qui vient de sécouler, le Carmel a reçu deux nouvelles postulantes, sur Alfonsa et sur Anna. Sur Marie du Christ a fait ses vux perpétuels.

    Monseigneur lAuxiliaire, parti en tournée pastorale, visitera durant ce mois de décembre les districts de la Préfecture de Toung-Koun et terminera sa visite à la léproserie de Shek-Lung où il administrera le sacrement de Confirmation à quelque cinquante lépreux.

    Monseigneur Deswazière est venu prêcher un Triduum dans la chapelle de nos Surs canadiennes de lImmaculée-Conception.

    La directrice de lécole protestante de Tung-Shan a demandé, pour ses élèves, la permission de visiter la cathédrale. Elle a ajouté quelle serait heureuse si un prêtre expliquait à cette occasion, à ses élèves, la doctrine catholique. Le P. J. Ngan a été chargé de cette pieuse et agréable besogne. Il est habitué à ce genre de travail et sen acquitte avec succès. Lautel, les confessionnaux, les différentes images des vitraux, jusquau catafalque et autres objets du culte placés dans la sacristie, donnent matière à un exposé très complet de la doctrine de lEglise catholique. Il nous arrive fréquemment, dans lannée, davoir de semblables visites.


    Swatow

    16 décembre.

    Les mois doctobre et de novembre ont été, pour notre mission, un temps de rénovation spirituelle. S. E. Mgr Rayssac sentant ses jambes trop faibles pour faire la tournée pastorale dans la partie montagneuse de la mission, avait délégué les PP. Rey et Rivière pour cet important travail. Ces deux confrères se sont acquittés de leur tâche avec zèle et compétence. Assistés de quelques prêtres indigènes ils ont parcouru, chacun dans sa région, la plus grande partie des districts Hakka, prêchant et confirmant. Partout les chrétiens sont accourus en foule pour prendre part aux exercices spirituels donnés par les délégués épiscopaux ; près de mille confirmations ont été administrées.

    En novembre ce furent les exercices de la retraite annuelle des confrères et des prêtres indigènes. Les deux retraites furent données, lune en français et lautre en latin, par le R. P. Georges Byrne, Supérieur des PP. Jésuites de Hongkong. Dans des entretiens de forme simple et originale, nourris de faits tirés de lEcriture et illustrés danecdotes de sa vaste expérience, il sut nous rappeler des vérités profondes avec leur application pratique et ouvrir des horizons nouveaux sur la vie.

    Le zèle de notre prédicateur ne se bornait pas à la seule tribu ecclésiastique ; il trouvait encore le temps de prêcher une petite retraite aux catholiques non chinois de la ville, et de donner une conférence publique au club international sur le mouvement des idées et lévolution de la vie, léchelle des valeurs et limportance du spirituel dans toute vraie civilisation. Sur tous ces différents auditoires la parole du zélé et savant conférencier a fait une profonde impression et nul doute quelle nait produit sur eux des effets durables.

    Après la retraite du clergé plusieurs retraites particulières et missions générales furent données dans différents districts ; partout les prédicateurs récoltèrent dabondantes gerbes de fruits spirituels.


    Nanning

    10 décembre.

    A Nanning on achève la construction dune chapelle et dune résidence dans le quartier ouest de la ville où il y a un noyau dune cinquantaine de chrétiens. Non loin de là, au bord dun arroyo, se trouve une petite colonie de lépreux dont nous espérons pouvoir bientôt nous occuper efficacement. Dans leur nombre se trouve une chrétienne baptisée jadis à Shek-Lung.

    Notre mission vient de perdre un de ses prêtres chinois, le P. Thomas Lan, emporté presque subitement par une crise dasthme.

    Le P. Crocq annonce son prochain retour parmi nous.
    S. E. Mgr Albouy partira le 12 de ce mois pour une tournée de confirmation dans le nord-est de la mission.

    La chronique de novembre disait que tous les confrères venus à la retraite étaient repartis pleins dentrain pour leurs postes : depuis, les lettres arrivées de chez eux disent quils ont tous fait un excellent et rapide voyage de retour : trois ou quatre jours pour les plus éloignés alors quil ny a pas encore bien longtemps il fallait trois ou quatre semaines pour les mêmes parcours. Actuellement on se croirait presque en Amérique : on saute dans une auto et en avant. Cest pourquoi le R. P. Dionne, Rédemptoriste, venu nous prêcher la retraite, nous écrivait dès son retour à Hanoi : Je vais travailler à changer lancienne réputation de la mission de Nanning.

    Cependant il y a un revers à la médaille, les bandits, eux aussi, ont importé les méthodes américaines. Dernièrement une auto de louage faisait route vers Long-Tchéou, à un tournant de la route deux clients se présentent, la voiture stoppe, le conducteur descend pour délivrer les billets, les clients mettent la main au gousset, en retirent... des révolvers, tuent le chauffeur, prennent le volant et filent vers le Tonkin où ils espèrent vendre leur butin. (On dit quils furent rattrapés par une auto militaire lancée à leur poursuite).

    Voilà pour les routes automobiles, voici pour les routes fluviales : Un vapeur descendait de Kouy-Hien vers Kouy-Pin, tout à coup onze brigands, déguisés en honnêtes passagers, sortent leurs armes cachées sous leurs habits, tuent les quatre soldats descorte, maîtrisent léquipage et pillent à leur aise les passagers affolés. Cest la rançon du progrès.


    Hunghoa

    10 décembre.

    Le dimanche 6 novembre, Mgr Ramond assistait, à Bắc-Ninh, au sacre de Mgr Artaraz, nouvel Evêque Dominicain de cette mission voisine ; le Père Mazé accompagnait Son Excellence à cette fête religieuse.

    La moisson, grâce à Dieu, a été assez bonne, meilleure quon ne lavait escomptée à la suite des inondations de juillet et doctobre. Mais, sil y a du riz, ce qui manque de plus en plus, cest largent ; aussi, cette année, les maires des villages ont-ils eu du travail, pour recueillir limpôt ! En maints endroits, des familles, installées sur des collines à peine cultivables, ont dû sen aller ailleurs, sinon pour faire fortune, tout au moins pour se soustraire à limpôt, quelles ne pouvaient payer.

    Pendant les deux ou trois semaines de la moisson, il ne faut guère songer à donner les exercices de la mission dans les chrétientés. Les Pères Chabert et Massard en ont profité, pour faire le voyage de Nghĩa-Lộ, et aller rendre visite à nos deux montagnards, les Pères Cornille et Doussoux. Ordinairement, à cette saison, la route est aisée, et, en bicyclette, les 80 km., qui séparent Nghĩa-Lộ de Yên-Bái, peuvent se faire en une journée ; cest surtout une question de freins, comme disait, lan dernier, le Père Pierchon.

    Malheureusement, cette année, les pluies ont été, sinon plus fortes, tout au moins plus fréquentes que dordinaire. Demandez-en des nouvelles au Père Massard, et il vous dira ce que fut la première partie de la route, à laller : de la boue, toujours de la boue à enlever, et cela pendant 40 km.; puis, des arroyos à passer, les pieds dans leau, la bicyclette sur lépaule ; le soir, harassés et fourbus, ils recevaient lhospitalité dans une famille thố, mais, quelle fut fraîche, la nuit passée là ! le manteau de caoutchouc, seule couverture ; et des moustiques, à volonté ! A trois heures du matin, lun et lautre étaient réveillés, et par la fraîcheur, et par ces vilains insectes ; le Père Chabert, heureusement, avait sa pipe et put se réchauffer un peu ; le Père Massard se contentait de se frotter les mains avec vigueur, en même temps que tous deux se demandaient anxieusement ce que serait le temps, ce jour-là.

    Grâce à Dieu, la journée sannonçait belle, et puis la seconde partie de la route est plus commode. Elle le fut effectivement, et nos deux voyageurs arrivaient chez le Père Doussoux, sans trop dencombre ; il ne les attendait plus, vu le mauvais temps des jours précédents. Puis, ce fut la visite au Père Cornille. De part et dautre, hospitalité toute fraternelle, et réconfortante ; les fatigues de la route furent vite oubliées, et le plaisir de distraire nos deux confrères de Nghĩa-Lộ primait tout. Les Pères Chabert et Massard ont vu, une fois de plus, et apprécié le labeur, souvent pénible, de ceux qui, là-bas, ouvrent, par leurs enseignements et leur charité, le royaume de Dieu, parmi les peuplades thố et mèo. Le voyage de retour fut plus agréable, et tous deux étaient satisfaits de ces quelques jours de vacances.

    Le Père Desongnis, lui, a eu des vacances forcées : une période de quinze jours, au camp de Tong, comme maréchal des logis dartillerie lourde. Faute de gros matériel, il a dû se contenter de vérifier le tir de ses hommes, avec le petit 75 ; une fois ou lautre, promenade à dos de mulet, visite des cuisines, exercices de mise en batterie, etc. Naturellement, il fut lhôte du Père Pierchon, aumônier du camp, et son pays ; la mélancolie ne régna guère, au logis ! Si la demeure de laumônier de Tong est favorable, comme lieu de repos, pour les intellectuels fatigués, elle nest pas moins accueillante pour ceux que les obligations militaires appellent en ce lieu.

    De retour à Hunghoa, le Père Desongnis apprenait que, désormais, il était auxiliaire du Père Vandaele, à la Procure. Le Père Millot, qui remplissait cette même fonction, depuis lan dernier, lui a cédé la place, et est parti pour la brousse. Durant ces derniers mois, on ne causait que de sa future destination ; il serait désigné, disait-on, pour lévangélisation des peuplades muờng, de la haute Rivière-Noire ; une maison lui était préparée à Hoà-Bình ; les pêcheurs de cette région se réjouissaient de sa prochaine venue ; de nombreux domestiques venaient lui offrir leurs services, à un prix modéré ; notre Agence de renseignements Cha-Mas, elle-même, donnait les détails les plus précis sur sa future installation, létendue de son district, etc. Bref, tout était prêt ; mais, la décision épiscopale fut toute différente : ce nétait plus Hoà-Bình, ni la haute Rivière-Noire, mais Phú-Nghĩa, à lembouchure de la dite Rivière ; et cest là que, vicaire du Père Hue, Provicaire, il va continuer sa formation. Il est à bonne école, pour shabituer aux us et coutumes annamites, et sintéresser au règlement des affaires, voire même, si le cur lui en dit, sinitier aux beautés de la langue de Confucius !


    Phatdiem

    5 décembre.

    De Passage. Le 30 octobre, le P. Vircondelet, Procureur à Hongkong, rentrant de France et le P. Gauthier, Procureur de Saigon, ont passé quelques heures à Phatdiem. Ils sont repartis le même jour pour Hanoi et Haiphong.

    Baptêmes. A loccasion de ladministration faite par S. E. Monseigneur Marcou, avant la Toussaint, le P. Delmas, curé de Ninh-Bình, a eu le bonheur de présenter à S. E. 80 catéchumènes prêts à recevoir baptême, confirmation et première communion. A la fin de ce jour de joie un homme, messager de malheur, arrive précipitamment chez le P. Delmas : Père, lui dit-il, un des nouveaux baptisés vient dêtre mordu par un serpent venimeux. Déjà lenflure est montée jusquà la ceinture. Les païens sont dans lallégresse. Ils proclament partout que les esprits ont envoyé ce serpent pour se venger.

    Le Père, lui, ne se laissa intimider ni par les païens, ni par les esprits! Son arrivée auprès du malade fait bientôt disparaître toute enflure, met en fuite les esprits et lallégresse abandonne les païens au profit du Père et de ses nouveaux baptisés.

    Vers la même époque, à Ngoc-Lac, province de Thanh-hoa, Mgr De Cooman donnait le baptême à 108 mường, instruits par le P. Viên et auxquels le P. Huctin, le premier, montra le chemin du salut. Dimanche 4 décembre, S. E. Mgr De Cooman a baptisé 45 autres catéchumènes, fruits de lapostolat zélé du P. Vuong à Bach-Câu. De là S. E. est rentrée à Phatdiem pour assister aux retraites des catéchistes, des prêtres annamites et des missionnaires.

    Le P. Réminiac, supérieur du petit séminaire, est heureux de pouvoir ajouter aux délices que lui procure son établissement de plus en plus florissant, la douce joie du baptême de deux païens convertis.

    Retraite au Châu-Laos. Le 11 novembre, les catéchistes de la région haute du Châu-Laos ont commencé une retraite de six jours à Muong-Xôi. Dix-sept catéchistes annamites et dix-neuf catéchistes Tày du Châu-Laos y prirent part. Mgr Marcou avait bien voulu autoriser un professeur du grand séminaire à sabsenter près de quatre semaines pour aller leur prêcher la retraite. Ce témoignage de sollicitude particulière impressionna vivement les catéchistes et les prêtres qui se dévouent dans cette région si éloignée et si ingrate.

    LEmpereur dAnnam à Thanh-hoa. Thanh-hoa vient davoir la visite de son roi, S. M. Bao Dai. Il fut naturellement reçu avec toute la pompe nécessaire.

    LEmpereur arriva le 15 novembre, à 8 heures du matin, en voiture découverte et passa à vitesse réduite devant une foule nombreuse et recueillie. Les enfants des écoles formaient la haie depuis lentrée de la ville jusquau palais royal. Chacun tenait un petit drapeau quil devait agiter au passage du roi. Le spectacle de ces huit ou neuf cents drapeaux agités, mêlé à tout le décor fixé aux fenêtres des maisons ne manquait pas de charme. Les 140 élèves de lécole de la mission ne faisaient pas mauvaise figure au milieu des autres.

    A dix heures, S. M., en somptueuse robe de soie bouton dor, la tête ceinte dun turban jaune, fit son entrée dans la salle du Trône de la Pagode Royale et prit place sur le trône placé au milieu de la pièce. Le Souverain reçut alors les chefs de service et les notabilités de la province. La mission y était dignement représentée par S. E. Mgr Marcou et S. E. Mgr De Cooman. Dans son discours, Mr le Résident ne manqua pas de faire ressortir la place que la mission tient dans la province avec ses écoles, hôpitaux, dispensaires, léproserie et autres uvres de charité....

    Dans laprès-midi, S. M., en robe bleu de roi, visita lécole des garçons et, de là, se rendit, à pied, à lhôpital en traversant une foule qui contemplait avec sympathie son jeune Souverain.

    Le soir, dans la salle du Trône de la Pagode Royale, eut lieu la grande réception donnée par Mr le Résident et S. E. le Tông-Dôc (gouverneur) de la province. La mission y était mieux représentée encore, puisquil ny avait pas moins de six missionnaires et deux prêtres annamites invités officiellement, groupés autour de S. E. Mgr De Cooman. La mission fut même à lhonneur, car le P. Bourlet reçut des mains du roi un Kim-Khanh (gong en or) de 2e Classe. Le P. Barbier (Alfred) eut, lui aussi, lhonneur dêtre présenté spécialement au roi en sa double qualité de chef de la station météorologique de Thanh-hoa et de plus ancien européen de la province. La réception comportait de nombreuses attractions : chanteuses, feu dartifice, musique indigène, sans compter un grand concours de lanternes animées. Ce furent même deux chrétiens qui remportèrent les deux premiers prix. Lun portait une lanterne où de petites poupées exécutaient en cadence tous les mouvements que fait le cultivateur annamite, depuis le moment où il laboure sa rizière, jusquau moment où il fait cuire son riz. Lautre représentait le passage de Sa Majesté précédée de soldats, suivie des dignitaires, tandis que des mandarins en carton exécutaient des inclinations répétées et que sonnaient des clairons en bois, aux lèvres de papier.

    Le programme officiel ne comportait pas de visite à la mission, mais les élèves de lécole du P. Pourchet tenaient absolument à voir le roi dun peu plus près. Ils dressèrent un arc de triomphe sur son passage et se postèrent de chaque côté de la route avec leurs petits drapeaux jaunes et tricolores. Ils auraient bien voulu arrêter lauto royale, mais ils nosèrent pas. Le roi eut cependant lamabilité de faire ralentir son auto et en passant leur fit un petit signe damitié.... Sa Majesté a dailleurs déclaré quElle venait cette fois en visite officielle, mais quElle reviendrait et irait voir tout ce quon ne lui avait pas montré cette fois.... Les élèves de lécole ont donc rentré leurs petits drapeaux en attendant la prochaine visite.


    Quinhon

    5 décembre.

    Typhon du 16 octobre.
    Nous avons, dans notre dernière chronique, donné quelques détails sur ce typhon qui, avec une violence inouïe, a ravagé la province de Binh Dinh. Voici les chiffres officiels concernant létendue du désastre : 370 morts recensés jusquà ce jour, 237 blessés soignés dans les hôpitaux ou ambulances, 406 embarcations détruites, 2200 animaux domestiques tués ou noyés, plus de 50.000 paillotes renversées ainsi que 44 maisons en briques et recouvertes en tuiles, récoltes perdues dans la proportion de 40% ; lensemble des pertes pour toute la province est évalué à plus dun million de piastres (10.000.000 de fcs).

    Par une protection spéciale de la Providence nous navons eu à déplorer, parmi les 10.000 chrétiens habitant cette région, que trois morts écrasés sous leurs maisons ; parmi nos prêtres, dont plusieurs ont couru un grave danger, et parmi leur personnel, aucune victime. Que le Bon Dieu en soit remercié !

    Bénédiction du grand séminaire.
    La bénédiction du grand séminaire a eu lieu le 28 septembre dernier. Les difficultés au milieu desquelles nous vivons nont pas permis de donner à cette fête la solennité que tout le monde eût désiré, cependant une vingtaine de prêtres de la province de Quinhon étaient accourus, heureux de manifester à leur évêque quils étaient unis de cur avec lui dans la joie de ce jour.

    Son Excellence Mgr Tardieu, après la bénédiction des deux bâtiments du séminaire, bénit solennellement la chapelle sous le vocable du Sacré-Cur de Jésus

    Cette chapelle est notre vieille chapelle de Dai-An. Elle a été démontée sur place, colonnes, portes et fenêtres, stalles du chur, autel principal, tout a été transporté à Quinhon par voie deau ; bien quelle ait 33 mètres de longueur, elle ne cadre guère extérieurement avec les nouveaux bâtiments ; mais nous ne pouvions songer à construire une chapelle qui aurait nécessité lemploi du ciment armé, dailleurs nos séminaristes seront heureux de prier et de recevoir les saints ordres là même où, depuis plus de 40 ans, leurs aînés ont prié et ont été ordonnés prêtres.

    La cérémonie de la bénédiction terminée, le P. Etcheberry, supérieur du grand séminaire, chanta la messe assisté de deux prêtres annamites comme diacre et sous-diacre, puis toute lassistance se rendit à la salle dexercices magnifiquement décorée pour la circonstance. Un élève lut un compliment suivi dune cantate dans laquelle nos séminaristes exprimèrent toute leur gratitude envers la Providence, Monseigneur, le P. Supérieur, larchitecte de la maison et tous les bienfaiteurs.

    Mgr Grangeon qui était descendu de sa solitude de Kim Chau afin que la joie de ce jour fut complète prend ensuite la parole pour féliciter Mgr Tardieu davoir pu, dès le début de son épiscopat, mener à bien luvre dont on fête aujourdhui le couronnement. S. E. exprime lespoir que bientôt les 52 cellules du séminaire seront insuffisantes pour abriter nos futurs lévites.

    Mgr Tardieu répond, rappelle les raisons qui lont amené à construire un nouveau grand séminaire et adresse à tous les bienfaiteurs ses plus profonds remercîments.

    A la fin du dîner, le P. Tourte, poète attitré de nos réunions de famille, accompagné par le P. Escalère, chante sur un air bien connu et très populaire pendant la guerre, les beautés et lutilité de la sainte maison :

    Si vous voulez encore vous parfaire
    En liturgie ou bien en droit canon,
    Cest encore ici quil vous faut faire
    Une cur dans la sainte maison

    Le salut du St Sacrement termine cette belle et émouvante journée et chacun rentre chez soi en songeant aux moyens de préparer une nombreuse et fervente jeunesse pour notre beau séminaire.

    Nos religieuses.
    Les Surs Franciscaines de Marie, destinées à la léproserie de Qui Hoa, sont arrivées à Quinhon le 22 octobre. Dès le 24 elles étaient installées et se mettaient de suite au travail qui ne leur manquera pas. Lintention du Gouvernement est damener à Qui Hoa les lépreux de toutes les provinces dAnnam, ce qui en portera bientôt le nombre de 200 à 500 et plus.

    La mission, le Protectorat, les populations française et annamite, tout le monde est content ; les plus heureux sont les pauvres lépreux.

    Les deux Surs de St Vincent de Paul dont nous avons parlé le mois dernier sont arrivées à Nhatrang ; le vaillant P. Vallet leur a aménagé un logement pratique et confortable pour commencer leurs uvres. Français et Annamites se réjouissent grandement de la présence à Nhatrang des Filles de St Vincent.


    Hué

    9 décembre.

    Conférence chez les Pères Rédemptoristes. Après linterruption de la saison dété, les RR. PP. Rédemptoristes ont repris leur uvre des Causeries apologétiques hebdomadaires: ils exercent ainsi, dune manière efficace, lapostolat auprès de lélite française et annamite. Cest le R. P. Maurice Bertin, Supérieur des PP. Franciscains de Vinh, qui était invité à inaugurer cette nouvelle série, le dimanche 27 novembre. Son Exc. Mgr Chabanon présidait, ayant à ses côtés M. lAdministrateur représentant le Résident Supérieur, M. le Résident-Maire de Hué, M. le Directeur du Collège Quốc-Học et dautres personnalités. Dans la salle se pressait un nombreux auditoire de Français et dAnnamites, avide dentendre la parole distinguée et tout apostolique du fils de St François, ancien de Polytechnique et officier de Marine.

    Le conférencier fit revivre devant lui le fameux XIIIe siècle, le siècle des grands théologiens, le siècle de St Albert le Grand et de Saint Thomas, montrant dans les uvres immortelles de ces grands saints qui étaient en même temps de grands savants les rapports de la philosophie et de la théologie et laccord entre la raison et la foi. Puis sadressant spécialement aux jeunes Annamites, étudiants de diverses écoles, qui lécoutaient, il leur rappela en termes délicats leurs obligations actuelles en vue de lavenir quils se préparent et de linfluence quils exerceront plus tard autour deux, en leur commentant la parole de nos saints Livres qui est le titre même dun roman célèbre : Nos uvres nous suivent. La parole claire et persuasive du docte et pieux Franciscain fut goûtée de ses auditeurs, sur lesquels elle fit une salutaire impression.

    Puisque nous sommes chez les Pères Rédemptoristes nous sommes heureux de signaler létablissement, dans leur maison de Hué, de la Confrérie de N. D. du Perpétuel Secours, la célèbre dévotion de la congrégation du St Rédempteur ; à cette occasion a été célébré un triduum solennel qui sest terminé le 8 décembre.

    Un deuil chez les Frères des Ecoles chrétiennes. LEcole Pellerin vient de perdre un de ses bons serviteurs, le cher Frère Aglibert-Joseph, décédé le 20 novembre. Ce bon religieux, très actif et très dévoué, a passé plus de quarante ans dans lInstitut, presque toujours dans les écoles de lIndochine. Il était le frère du Père Henrion Victor, de la mission de Hué, décédé en 1914.

    Constructions. Il ny a plus, dit-on, que la mission qui construise par ce temps de crise. Mgr le Vicaire Apostolique, le grand séminaire, les confrères entassent pierres et briques. Des travaux en cours, nous ne dirons rien encore. Le Bulletin de novembre a parlé de lheureux achèvement de léglise de Di-loan par le P. Cadière. Le P. Morineau a doté sa modeste maison dun étage coquet, où il peut jouir de la tranquillité et du bon air. La communauté des Filles de Marie-Immaculée a reconstruit entièrement, au couvent de Kim-hai, le pavillon dhabitation qui tombait en ruines, tandis quau couvent de Phu-xuân elle agrandissait, le 8 décembre, la maison spirituelle par dix nouvelles professions perpétuelles.

    Le P. Kaichinger qui navait pour demeure, jusquà ces derniers temps, quune masure annamite branlante et ouverte à tous les vents, vient dachever un petit presbytère à la fois élégant et confortable. La véranda est soutenue par une rangée de colonnes en pierres grises du meilleur effet ; aux motifs architecturaux se mêlent la croix de Lorraine, les fleurs de lys et le chiffre des M.-E. Ce nest pas sans peine ni sans soucis que le curé dAn-do-tây est arrivé à bâtir sa maison, puisque, ayant commencé les travaux avec bien peu dargent, il les a terminés avec moins que rien, mais le Père est un Lorrain que rien ne décourage dans ses entreprises ; ses chrétiens, très pauvres, lont aidé de leurs mains et la charité a fait le reste. Mais le mérite du constructeur est grand et ses privations le furent également ; aussi ne lui ménage-t-on pas les félicitations.

    Honneurs. S. A. K. M. Tôn thất Hân, ancien Régent, à la retraite depuis le retour de S. M. Bảo-Đại, vient dêtre honoré du titre de Cần-Chánh (première colonne de lempire). S. E. M. Nguyễn hữu Bài, Ministre de lIntérieur et Président du Conseil, a été élevé à la dignité de Duc (Quận Công) de Phước-Môn et au grade de Président des Ministres. Il navait jusquici quun droit de préséance (Viện trưởng) sur ses collègues, sa nouvelle charge lui donne une autorité réelle dans tous les Ministères. Jusquici ce grade nexistait pas dans le Gouvernement annamite.

    In memoriam. Le 5 décembre, S. E. Mgr Chabanon a célébré à la cathédrale de Phủ-Cam, avec le concours de la chorale du grand séminaire, une messe de Requiem pour le repos de lâme de M. Groleau, Résident Supérieur en Annam il y a quelque vingt ans. Cette messe avait été demandée par M. le Résident Supérieur Châtel. Toutes les personnalités françaises et annamites assistaient à la cérémonie ou sy étaient fait représenter ; le Roi avait envoyé son officier dordonnance. La fanfare fit entendre la Marche funèbre de Chopin et dautres morceaux de circonstance. Un des fils de M. Groleau est entré aux Missions-Étrangères, il est actuellement aspirant au séminaire de Bièvres.


    Phnompenh

    11 novembre.

    Monseigneur Herrgott compte parmi les nouveaux promus dans lOrdre National de la Légion dHonneur. Tous les missionnaires sont heureux et fiers de cette distinction si bien méritée accordée à leur Evêque.

    Nous avons de bonnes nouvelles des confrères actuellement en France ; le P. Albert Thomas annonce quil sembarquera à la fin de novembre, la vue est complètement revenue.

    Le Pont des Dollars, dont il était fait mention dans la dernière chronique, après avoir vigoureusement défié les efforts des démolisseurs, est enfin par terre. Les vieux Kmers, entre autres le P. Bernard, ne passent point devant les ruines sans avoir parfois la larme à lil, cest un peu de leur vieux Cambodge qui disparaît.

    Tout le monde se plaint de la crise et pourtant il suffirait de peu de chose pour la surmonter ; il y a la manière de sy prendre, mais, comme pour luf de Colomb, il fallait y penser.

    Il y a quelques semaines, non loin de Phnompenh, des foules considérables se portaient vers une humble pagode de brousse pour recourir aux bons offices dun thaumaturge. Toutes les maladies graves ou bénignes, internes ou externes, récentes ou invétérées, toutes étaient guéries et, en tout et pour tout, le traitement coûtait trois sous.

    Il suffisait de prendre trois petits paquets bien enveloppés, le thaumaturge soufflait dessus, on réunissait les trois paquets en un, de nouveau le thaumaturge soufflait, on versait trois sous à la caisse et son allait.

    Aussitôt absorbé, le remède produisait son effet ; point même nétait besoin daller en personne chez le guérisseur, à la rigueur on pouvait déléguer un tiers. Les gens guéris faisaient gratuitement de la réclame et, à certains jours, les autocars suffisaient à peine à conduire tous les malades avides de la mirifique drogue.

    Quel était donc ce thaumaturge ? Voici son histoire. Un Cambodgien nommé Tien narrivant pas à gagner sa vie, sétait vu réduit à demander lhospitalité dans une pagode où il aidait les bonzes dans de menus travaux. Mais les temps sont durs et comme les aumônes se faisaient rares, vers le mois de mars dernier, le chef de la bonzerie pria Tien de rentrer dans sa famille. Peu de temps après son départ la mère du bonze tomba malade et fut bientôt à toute extrémité. Une nuit, Tien eut une vision ; un vieillard lui apparut, lui ordonna daller dans la forêt, dy prendre trois espèces de racines, den faire une infusion pour la malade. Avant de sen servir il ny aurait quà souffler dessus et cela donnerait au remède une vertu si efficace que la malade serait immédiatement guérie. Ce remède était une panacée, mais pour quil produisît son effet il ne fallait jamais omettre de souffler sur les racines.

    Tien sempressa de suivre de point en point ces recommandations et le lendemain, à peine la malade avait-elle absorbé le breuvage, quelle se trouva guérie.

    Inutile de dire que la renommée de cette guérison extraordinaire se répandit et que les malades affluèrent. Toute une escouade douvriers était employée à la recherche des racines, dautres auxiliaires les mettaient en paquets et Tien soufflait. Il soufflait toute la journée et les trois sous ajoutés aux trois sous finissaient par produire une belle somme chaque jour.

    La chose aurait pu durer longtemps et la crise être surmontée pour Tien et ses aides, mais tant va la cruche à leau les malades qui sétaient crus guéris ne létaient pas, létat de plusieurs, au contraire, saggrava et même quelques-uns, malgré les trois petits paquets et le souffle du thaumaturge, passèrent de vie à trépas, Tien fut obligé de fermer boutique et... la crise continue.

    Ces jours derniers, le district de Nang Gu était en fête : le P. Collot procédait au baptême de 74 catéchumènes ; plusieurs centaines sont encore à linstruction et seront baptisés sous peu. Il y a actuellement dans cette région et dans celle de Cantho un admirable mouvement de conversions. Aussi ne faut-il pas moins que lactivité et le zèle si connus des PP. Larrabure et Collot pour arriver à faire face à tout le travail quentraîne lorganisation de ces nouveaux postes.

    Ladministration, désireuse dutiliser toutes les compétences pour le bien général, a fait preuve dune grande largeur didées en appelant dans ses conseils une élite dhommes qui, par leur rang social, leur âge, leur expérience des affaires et des intérêts du pays, pouvaient faciliter sa tâhe auprès de tous.

    Cest ainsi que le P. J. Duquet qui, par suite dun séjour de près de 40 ans à Bac Lieu, est lun de ceux qui connaissent le mieux la province et ses besoins a été nommé membre de la Commission municipale de cette ville. Depuis plusieurs années déjà il faisait partie du comité de surveillance du syndicat agricole créé pour venir en aide aux riziculteurs. Au nouveau conseiller municipal, toutes nos félicitations !


    Bangkok.

    30 novembre.

    Une très intéressante conférence sur les origines des Missions-Étrangères Françaises au Siam, a été donnée le vendredi 28 octobre à lUniversité Chulalongkorn par Mr E. W. Hutchinson, membre à vie de la Siam Society. Monsieur Hutchinson durant les années 1930-31 sétait documenté à Rome, à la Propagande ; à Paris, au Séminaire de la rue du Bac et à Bangkok, à la Bibliothèque Nationale. Sa conférence dégagea principalement la personnalité de Mgr Louis Lanneau, deuxième Vicaire Apostolique du Siam, évêque de Metellopolis en 1673 et mort en 1696, ainsi que celle du fameux aventurier grec Constantin Phaulkon devenu le premier Ministre du Roi de Siam : Phra Narai.

    A laide de ses notes très précieuses et précises, il sut également intéresser ses auditeurs à la vie scolaire des élèves du Collège Général de Mahaphram, près de Juthia, la capitale. Il fit aussi un rapprochement saisissant des méthodes dapostolat des Portugais et des Français. Il rappela le droit de patronage sur les Indes accordé par les Papes Nicolas V, Calixte III et Sixte IV aux Portugais qui en abusèrent en plusieurs occasions. Les Ambassades françaises au Siam (1685-1687) furent étudiées dans leurs résultats économiques et religieux. A plusieurs reprises le conférencier cita comme référence le Père Launay et fit applaudir les Missions-Étrangères de la rue du Bac par la société présente, extrêmement variée dans ses opinions religieuses : bouddhistes, protestants, méthodistes étant, de beaucoup, plus nombreux que les catholiques. En définitive excellente soirée tout à lhonneur des Missions Catholiques Françaises.

    Les Religieuses Ursulines de Bangkok viennent de recevoir trois nouvelles aides, dont deux Mères françaises. Cest un renfort appréciable qui les décidera peut-être à reprendre, dans les basses classes, lenseignement du français quelles avaient dû supprimer faute de professeurs.

    Nous signalons également larrivée de deux Religieuses Salésiennes et dun sous-diacre Salésien français qui sont allés rejoindre la jeune et déjà nombreuse Mission Salésienne du Siam sud-ouest.

    On annonce la promulgation prochaine de la nouvelle constitution siamoise. A cette occasion des fêtes considérables se dérouleraient dans tout le Siam. Le projet de Constitution déjà publié par la presse locale semble raffermir à nouveau lautorité royale et conférer au roi de Siam des pouvoirs supérieurs à ceux que donnent actuellement aux rois, les monarchies constitutionnelles du monde entier. Un sentiment de confiance plus grande en lavenir semble se développer dans le peuple et les idées communistes perdent sensiblement du terrain, ce dont il convient de se réjouir.


    Malacca (1)

    2 décembre.

    Le seul événement de quelque importance et dont il soit arrivé des échos dignes de ce nom au Bureau de la Rédaction, est la bénédiction et louverture des nouveaux bâtiments qui remplacent les vieilles bâtisses du couvent de Malacca. Cest là luvre de la Rév. Mère Saint Jean-Baptiste et dun architecte français. Monsieur Brizay ; la première a trouvé les fonds nécessaires ou à peu près, et le second les a convertis en magnifiques salles scolaires dont chacune peut donner lhospitalité à quarante jeunes étudiantes. En fait, il ne reste plus guère de vieux que la chapelle, la petite maison où sabritent les surs, et lorphelinat ; encore ces dernières constructions ont-elles profité du passage des maçons, menuisiers et peintres pour se faire donner un petit air de jeunesse que dément toutefois leur style beaucoup moins moderne.

    ___________________________________________________________________________
    1. Erratum. Dans le Nº de novembre 1932, page 876, à la chronique de Malacca, au lieu de : Mgr est mort à Malacca où lire Mgr est mort à Penang où


    Au jour de louverture officielle, une petite Malaise, élève de lécole, Noliah binti Hadji Ashim, présenta sur un plateau une paire de ciseaux dor à Madame Clarke quaccompagnait lHon, Résident, Mr Clarke ; et le ruban qui barrait lentrée de la grande salle (hall) tomba pour livrer passage aux invités. Une pluie continuelle, qui ne prit fin que juste à lheure de la cérémonie, avait, hélas, empêché la présence de bon nombre dinvités dont certains auraient eu à venir de loin.

    Ce fut au milieu dune attention soutenue que Madame Clarke fit aux jeunes étudiantes un discours sur léducation, et le profit quelles en devaient retirer. Elle sut exciter lintérêt de tous et de toutes et, pour se faire mieux écouter de la jeune partie féminine de son auditoire, nhésita pas à avancer ce principe : Nous savons tous que la jeune fille a infiniment plus de cervelle quun garçon. Les membres présents du sexe masculin, même lHon. Monsieur Clarke, tinrent vaillamment le coup ; pas un seul ne broncha. Ce fut un moment splendid, héroïque.

    Le P. François se leva pour remercier Madame Clarke, lHon, Résident et les invités ; puis il fit un historique aussi clair que concis du Couvent de Malacca et des vicissitudes quil eut à traverser depuis sa fondation (1860) et termina en abordant le chapitre financier, la douloureuse : cent vingt-cinq mille dollars de dépenses pour la construction de la nouvelle école, dont trente-et-un mille sont encore à trouver. Que celui qui a des oreilles, conclut le Père, entende.... Celui qui donne aux pauvres prête à Dieu.

    Ce nétait certes pas là une péroraison de sermon où le prédicateur loge en bloc son auditoire dans les célestes parvis en les y poussant dune bonne bénédiction, mais le rappel à tous quils restaient en ce monde pour y gagner des mérites et le geste de la main tendue, pour leur indiquer quelle était, de toutes, la meilleure façon de sy prendre.

    Quelques jours auparavant une cérémonie à peu près semblable se déroulait à Séremban, dans les États Malais Fédérés, où Mère Sainte Émilie venait dajouter à son couvent huit nouvelles salles de classes.

    Enfin pour mémoire, à signaler quau couvent de Kuala-Lumpur, Mère Sainte Adèle relève le bâtiment principal dun second étage. Comme le couvent se trouve au sommet dune colline, cela lui donnera un petit air de gratte-ciel tout à fait de mise dans la capitale des États Malais Fédérés. Mère Sainte Adèle, ayant devant elle le même problème que celui qui se posait à Brooklyn lui donne une solution identique.

    Nos chères Dames de Saint Maur, auxiliaires si dévouées, ont aujourdhui tous les honneurs de la chronique. Et ce nest que justice puisque le slump (la crise) du dévouement ne les a nullement affectées.

    On dit : que le P. Burghoffer a eu un accès de fièvre. Sans doute sen est-il tiré puisque notre procureur, le P. Lambert, ne nous a pas envoyé de carte avec la formule fatidique : Jai la douleur etc. On dit encore : que le P. Henri Valour, Vicaire à la Cathédrale, lui aussi serait malade et retenu au lit. Bien que sa santé ait laissé à désirer depuis plusieurs mois, il est permis despérer que le Bon Dieu lui donnera de reprendre le dessus et quil sera bientôt à même de continuer son aide dévouée à notre vénéré Vicaire Général, le P. Ruaudel. Ce dernier devait, en compagnie du P. Perrissoud, monter aux Cameron Highlands plateau montagneux situé au centre de la presquîle et à cheval sur le Pérak et le Pahang afin détudier lemplacement dune maison de repos en projet ; la maladie de son assistant lui interdisant toute absence, il délégua en son lieu et place le Père Bécheras. De lexpédition Perrissoud-Bécheras dans le mystérieux centre malaisien, jusquici pas de nouvelles.... Ce qui, toutefois, ne veut pas dire quelles soient bonnes quant aux résultats obtenus... ni mauvaises, naturellement.

    Jai beau prêter loreille, pas le moindre murmure ; attendre le passage du courrier, pas la moindre babillarde. Heureusement que, pour me tirer daffaire, nos Dames de Saint Maur sont venues sérieusement à la rescousse. Quelle belle chandelle je leur dois !

    Si cette pénurie de faits divers, dans la mission, persiste en ce qui concerne les confrères, du moins, besoin sera, pour ne pas perdre la face denvoyer au Bulletin des nouvelles qui mattireront de tous les points de la Rose des Vents, les plus formels démentis. Rien autre à faire, car enfin : Sine pennis volare haud facile est.


    Laos

    Thakhek 2 décembre.

    A part trois confrères, les PP. Jantet, Burguière et Bayet, tous les missionnaires du Laos étaient présents à la retraite annuelle. Le Préfet Apostolique de Lang Son, Mgr Hedde, ne reculant pas devant un long déplacement, avait accepté de venir nous édifier. Comme le lui dit Mgr du Laos en le remerciant, sa parole a gagné tous les curs et le souvenir de son enseignement demeurera profondément gravé dans la mémoire de ceux qui ont eu le bonheur de lentendre. Nous ne lui avons pas dit adieu, mais au revoir.

    Du P. Jantet bien meilleures nouvelles ; nous faisons des vux ardents pour son complet rétablissement et pour quil soit des nôtres à la prochaine réunion de Nong Seng.

    Les PP. Burguière et Bayet gardaient la maison, lun à Oubone, lautre à Tharé, car le grand nombre de chrétiens de ces deux postes nécessite en tout temps la présence dun missionnaire.

    La retraite est pour nombre de missionnaires du Laos, la seule détente de lannée et beaucoup ne voient de confrères quà cette époque. Cest dire la joie que tous éprouvent de se retrouver réunis auprès de leur cher évêque. Plusieurs désireraient se revoir plus souvent et en parlent. Malgré les distances et les frais élevés de ces voyages, ne pourrait-on pas se retrouver à la fête de Mgr, par exemple, au début de mai ? Cela couperait agréablement ces douze mois de solitude ou quasi solitude pour le plus grand nombre.

    Au jour de la clôture nous avons célébré les noces dargent du. cher P. Lacombe. Monseigneur le remercia de tout le bien quil a fait au Laos, de son grand dévouement pour les chrétiens et de son ardeur à prêcher lévangile. Les PP. Dézavelle et Alazard lui chantent une romance, le P. Marchi lui fait un compliment et joliment tourné, tous enfin boivent à sa santé. Un autre confrère aurait dû être de la fête : le P. Courrier ; son nom fut prononcé mais cest en France quiront le trouver nos vux de prompt rétablissement.

    La retraite terminée, Mgr partit aussitôt avec le P. Excoffon pour Luang Prabang bénir la nouvelle église du poste qui, pour linstant, est le plus au nord de la mission.

    Cest un pas en avant, un grand pas, avouons-le, qua fait le curé de Vientiane avec le désir secret que cette partie du Vicariat soit au plus tôt divisée. Les forces humaines ont des limites et il est bien difficile à trente missionnaires et prêtres indigènes dévangéliser un pays qui, du nord au sud, de Hounena à Khône, mesure exactement, à vol doiseau, 1.000 kilomètres.


    Rangoon

    30 novembre.

    LEcole Supérieure St Antoine de Rangoon vient de célébrer le soixantième anniversaire de sa fondation. Du 8 au 12 novembre, il y eut, à cette occasion-là, de grandes fêtes religieuses et profanes, auxquelles assistèrent en grand nombre, les anciens élèves, les élèves, leurs parents et les catholiques de la paroisse.

    Cette école eut des débuts assez modestes, mais se développa petit à petit et devint, sous lénergique et sage administration du P. Sellos, qui en fut le directeur pendant 15 ans, un établissement scolaire de premier ordre que fréquentent, aujourdhui, plus de 500 élèves. Notre premier prêtre tamil et 5 grands séminaristes, dont 3 à Kanda et 2 à Penang, en sont déjà sortis, et présentement plusieurs sujets y font leurs études avant dentrer au séminaire. Depuis 1931, elle est entre les mains des Frères de St Joseph, de Jaffna, qui sauront cultiver avec soin les vocations quon leur a confiées, en susciter dautres et se dévouer à léducation des enfants catholiques pauvres, avec le même zèle que le P. Sellos. De solides et vastes bâtiments en briques ont remplacé la grande baraque en planches qui fut le premier local scolaire, et quun incendie détruisit, en quelques minutes, vers 1907 ou 1908. Mais des agrandissements simposent et le moyen de les réaliser est la grosse question qui préoccupe les bons Frères en ce moment.

    Du mercredi 16 novembre au lundi 21, nous avons eu notre retraite annuelle. Elle fut présidée par notre Evêque, Mgr Provost, qui, aux conférences du soir, nous a fait part des résultats très consolants des travaux de lannée, nous a rappelé nos devoirs de façon claire et précise et donné beaucoup de conseils pratiques avec de précieux encouragements.

    Personne ne manquait à lappel, ce qui est plutôt rare, car il arrive très souvent que lun ou lautre est retenu dans son poste par des affaires urgentes ou par la maladie.

    Le P. Maisonabe a eu, vers la fin de la retraite, un accès de fièvre qui la empêché dassister à la cérémonie de clôture, mais il sest remis bien vite pour regagner son poste où de nombreux catéchumènes se préparent à recevoir le baptême. Il na pas eu moins de 400 conversions, lannée dernière, ce qui lui a valu lhonneur dêtre cité à lordre du jour.

    Notre sympathique procureur, le P. Rioufreyt, et son dévoué majordome, M. Mali, nont rien négligé pour assurer aux retraitants le maximum de confort.

    Il y eut, le dimanche soir, 20 novembre, une procession du Saint-Sacrement qui sest majestueusement déroulée dans les rues autour de la cathédrale. Toutes les paroisses de la ville y étaient représentées, et cest par milliers quil faut compter les catholiques venus faire une escorte dhonneur à Jésus-Hostie. Sur tout le parcours, dinnombrables curieux admiraient en silence la pompe de nos cérémonies religieuses. Et quelle foule dans léglise pour la bénédiction finale ! Beaucoup de fidèles ne purent y pénétrer.

    Le 21 étant le jour anniversaire de la consécration de Mgr, le P. Saint-Guily, Provicaire, sest fait notre interprète pour lui offrir nos vux, la veille, à la fin du dîner. Le P. Boulanger, notre doyen, et le P. Mignot, notre aveugle, ont aussi voulu dire quelques paroles du cur à son Excellence qui a répondu à tous avec non moins de cur.

    Notre cher P. Pavageau a des attaques dasthme de plus en plus fréquentes, elles lui rendent la vie bien pénible, mais il tient bon quand même. Ah ! si quelquun pouvait lui indiquer un remède capable de le soulager, sinon de le guérir, quel service il lui rendrait !

    De passage à Rangoon, le P. Bradley, Bétharamite, qui se rend au Yunnan via Mandalay et Bhamo. Dans cette dernière ville, il rencontrera trois de ses collègues qui sont venus apprendre la langue shan à lécole du P. Roche.

    Nous avons en ce moment le P. Putz, S. J. de Kurséong, Bengale, qui va passer ses vacances à prêcher des retraites : aux Petites Surs des pauvres, aux enfants du couvent du Bon Pasteur, aux Surs Franciscaines de Marie et aux Frères des Écoles Chrétiennes.

    Les élections législatives du 9 novembre ont eu des résultats bien différents de ceux dont on se croyait à peu près sûr : les anti-séparatistes, qui veulent rester rivés aux destinées de lInde, ont été élus à une forte majorité. Les séparatistes, battus et pas contents, accusent leurs adversaires davoir trompé lopinion publique en faisant croire au peuple que la séparation mènerait le pays à sa ruine. Le fait est que les bonzes, croyant le bouddhisme en péril et leur prestige sérieusement menacé, sont partis en campagne ; ils ont conduit leurs disciples aux urnes et les ont forcés à voter pour les candidats anti-séparatistes. Et les riches Indiens, qui se méfient des Birmans séparés, ont mobilisé la cavalerie de St Georges avec beaucoup de succès. Le chef des séparatistes sest empressé de télégraphier à Londres pour protester contre ces manuvres déloyales, et, de son côté, le chef des anti-séparatistes a télégraphié pour sélever contre cette protestation. Les choses en sont là. Nous attendons maintenant avec impatience la rentrée de la Chambre, fixée au lundi 5 décembre : dès les premières séances, le sort de la Birmanie sera réglé.


    Mandalay

    8 novembre.

    Le P. Cassan, le nouveau confrère dont parlait la dernière chronique, est arrivé à Mandalay le 15 octobre. Monseigneur la gardé à lEvêché où il sinitie aux beautés de la langue anglaise sous la direction des Frères des Écoles Chrétiennes.

    Mgr Foulquier souffre toujours de lil droit. Il semble bien quil sest produit une hémorragie interne et il y a tout lieu de craindre que lil ne soit définitivement perdu. Le spécialiste laisse cependant espérer quune petite intervention chirurgicale pourrait encore le sauver. En attendant Sa Grandeur va chaque matin se faire soigner à lhôpital.

    On nous annonce de Bhamo que le supérieur de la mission de Tali, le P. Magentis, est arrivé chez le P. Roche. Il vient voir ce que deviennent les trois missionnaires quil y a envoyés au début de lannée pour apprendre la langue shan et sans doute aussi que son but est de prendre les dernières dispositions pour létablissement de la mission quil est question de fonder dans le pays shan, en territoire chinois. Il ne viendra à Mandalay quaprès notre retraite annuelle qui doit se terminer le dimanche 20 novembre.


    Mysore

    24 novembre.

    La dernière chronique relatait la maladie du P. Joseph Faisandier. Le lendemain de la fête de Monseigneur, notre procureur, se sentant indisposé, sétait rendu à Ste Marthe. Il y passa quelques jours, et se croyant mieux, il prit le chemin de Yercaud : il pensait quun séjour là-haut, chez son frère, le remettrait complètement. Hélas, au bout de quelques jours, il dut redescendre et cette fois il se fit admettre à lhôpital Bownring. Quelle ne fut pas notre stupéfaction, quelque temps après, dapprendre quun commencement de paralysie sétait déclaré ; le Père souffrait, en plus, de douleurs atroces à la tête. Pendant quelques jours, son état resta stationnaire et tout espoir nétait pas encore perdu. Cependant le malade reçut les derniers sacrements et fut de nouveau transporté à Ste Marthe.

    Le 21 novembre au matin, le P. Faisandier paraissait mieux et la fièvre était tombée. Son frère, dailleurs, se préparait à repartir pour son poste de Yercaud quand, dans laprès-midi, létat du malade saggrava soudain. Monseigneur fut appelé et on sattendait à le voir mourir dans la nuit. La forte constitution du Père fit retarder lissue fatale, et cest seulement le surlendemain, mercredi 23 novembre, que le cher Père nous quitta.

    Sans connaissance depuis laprès-midi du 21, le malade eut cependant quelques moments de lucidité. A deux reprises, son frère qui ne quittait pas son chevet lui posa quelques questions, lui demandant de serrer sa main sil comprenait ; deux fois la main se serra plus fortement dans celle de son frère.

    A une heure de laprès-midi, le Père Prouvost sen fut aux nouvelles et arriva juste à temps pour le voir mourir. Auprès de lui se trouvaient son frère et quelques religieuses de lhôpital.

    La mission de Mysore est en deuil : cest un de ses meilleurs ouvriers qui vient de séteindre, et un ouvrier qui aurait encore pu rendre dimmenses services, mais les desseins de Dieu ne sont pas les nôtres.

    Les funérailles ont eu lieu ce matin à la cathédrale bondée de monde. Monseigneur chanta la Messe en présence de Son Excellence le Délégué, de Mgr Prunier, à Bangalore depuis quelques jours, et dune couronne imposante de prêtres. S. E. le Délégué donna labsoute.

    Plus dun de nos confrères a dû unir le souvenir de notre cher procureur à celui de nos vénérés Martyrs que nous fêtions ce matin, et plus dun, jen suis sûr, aura pensé que celui qui nous quitte est lui aussi un vrai martyr, un martyr du travail. Aux Indes depuis trente ans, le Père na jamais revu la terre de France ; il na même jamais pris un seul jour de vacances. En plus du travail absorbant de la procure, il assumait aussi la charge daumônier du Couvent Saint-Joseph. Le souvenir qui nous restera de lui sera celui dun homme dordre, dun homme de devoir et dun missionnaire infatigable.

    Daignent le P. Auguste Faisandier et Monseigneur accepter nos condoléances : le premier est en deuil dun confrère et dun frère : Monseigneur, lui, perd un de ses conseillers dévoués et un de ses meilleurs collaborateurs.

    Le P. Colin, qui se trouvait de passage à la procure depuis le départ du P. Faisandier, est nommé procureur en pied.


    Coïmbatore

    24 novembre.

    Le mois de novembre 1932 mérite une mention spéciale dans les fastes de la mission de Coïmbatore. En effet, le P. Martial a eu le bonheur et la consolation de baptiser 202 païens à Kongurupalayam, gros village situé à une dizaine de kilomètres de Kodivéri, sa résidence.

    Pour le récompenser et lencourager, Mgr Tournier voulut aller lui-même, avec plusieurs missionnaires ayant autrefois semé la bonne semence dans ce district, présider la cérémonie.

    Le P. Martial avait déjà, peu auparavant, baptisé 85 païens sur les montagnes de son district.

    Lavenir sannonce également très encourageant dans cette région, car il y a encore actuellement plusieurs centaines de catéchumènes. Bravo ! Cher P. Martial. Que le Bon Dieu vous accorde la consolation de lui offrir à la fin de lannée une magnifique gerbe dun millier de baptêmes.

    Monseigneur a donné la confirmation à Tiruppur chez le P. Ignatius qui a la douce joie davoir à agrandir la belle église construite par lui il y a une vingtaine dannées. Malgré ses 71 ans accomplis il va se mettre à luvre. Puisse-t-il avoir à lagrandir encore avant daller recevoir sa récompense.

    Chez le P. Collin, à Kolappallur, plusieurs centaines de païens songent à embrasser la vraie religion. Puisse ce cher confrère avoir le bonheur de les instruire et de les baptiser prochainement. Malheureusement, sa santé laisse à désirer et il aurait besoin dun repos assez prolongé et bien mérité, mais il remet toujours la chose à plus tard.

    Le P. Castanié nous est revenu de lhôpital Ste Marthe. Il est mieux, mais il a encore besoin de ménagements et dun long repos. Que le Seigneur lui rende force et santé pour lui permettre de travailler encore longtemps dans notre chère mission de Coïmbatore.


    Salem

    25 novembre.

    Dans lInde, le vent est de plus en plus à lunité de front, sur le terrain politique. Hindous et Musulmans sont arrivés à une entente pour faire bloc dans leurs revendications politiques ; les catholiques, divisés, cherchent un terrain dentente.

    La campagne en faveur de la suppression de luntouchability des basses castes, amorcée par le jeûne de Gandhi et menée par ses lieutenants dans tout le pays, verbo et calamo pour obtenir à tous laccès des temples, obstinément interdit par lorthodoxie aux untouchables, na guère jusquici atteint les masses. De tant de flots de salive et dencre, quel sera le résultat ? peut-être celui de la fable : ridiculus mus.

    Tel nest pas celui obtenu par le P. Mercier dans ses négociations pour lachat dun terrain de 3 hectares ; il vient de lacquérir et le fera cultiver par ses néophytes afin de leur assurer un moyen de subsistance.

    Létat de santé du P. Playoust, en traitement à Ste Marthe, à Bangalore, depuis 2 mois, pour un cancer à lestomac nest pas sans nous inspirer de vives inquiétudes : notre cher et vénéré doyen, averti de la gravité de son état, a reçu, le 17 novembre, les derniers sacrements des mains de son vieil ami, Mgr Méderlet, Archevêque de Madras, accouru à son chevet à lannonce du danger : Mgr Prunier est allé le voir et la trouvé, au milieu des plus vives souffrances, admirable dabandon à la volonté de Dieu et prêt au dernier sacrifice. Ces visites ont été une grande consolation pour le cher vétéran dans sa dure épreuve.

    Le P. Blons remplace à Kadagatur le P. Chevallier qui sest embarqué le 12 novembre, à Madras, pour la France, emmenant avec lui un de nos séminaristes, boursier de lUniversité de Louvain où il va faire ses études de philosophie et de théologie.

    Les Pères Martin et Michotte sont attendus à Salem dans les premiers jours de décembre.

    Le P. Laplace écrit de son pays de Savoie que létat de ses yeux semble définitivement stabilisé, il espère quil ne sera plus question de trépanation pour obtenir sa guérison, le traitement prescrit par Mr labbé Mermet lui inspire plus de confiance que toutes les interventions chirurgicales.


    Séminaire de Paris

    1er novembre.

    Le dimanche 16 octobre, au lycée Henri IV, Mgr le Supérieur présidait la messe du St Esprit pour la rentrée des classes et adressa la parole aux élèves. Le surlendemain, il assistait au sacre de Mgr Flynn, le nouvel évêque de Nevers. Le soir même, par le train de nuit, il partait avec le P. Montagu pour Clermont-Ferrand, car le lendemain, avaient lieu les obsèques de Mgr Marnas, grand ami et membre honoraire de la Société des M.-E. et bienfaiteur insigne des missions du Japon.

    Le 23 octobre, Dimanche des Missions ; des sermons et conférences ont été donnés au diocèse dArras par les PP. Gérard, Montagu, Thibaud et Boucher, Mgr le Supérieur, de son côté, parlait des missions à Agen. Le lendemain, Son Excellence se rendait à Montbeton pour le déjeuner et le salut solennel de la St Raphaël. Le soir, Elle visitait à La Motte la petite communauté en formation, lui consacrait la journée du lendemain et rentrait à Paris le soir du 26, après avoir fait à Rocamadour un rapide pèlerinage rendu possible par lextrême obligeance de M. Sallé qui avait mis son auto à sa disposition.

    Le 27 octobre a eu lieu à Paris et à Bièvres la journée dadoration en union avec Montmartre. Ce jour a été choisi parce quil est lanniversaire de la fondation du Séminaire. Cette année est le 269ème anniversaire.

    Aujourdhui, après les Vêpres des Morts, a lieu la procession au jardin, en lhonneur de la T. Ste Vierge et comme clôture du mois du Rosaire.

    Mgr le Supérieur a appelé aux ordres pour le samedi des quatre-temps de Noël 34 aspirants ; à Paris : 5 pour la prêtrise, 13 pour le diaconat, 1 pour le sous-diaconat, 6 pour les ordres dexorciste et acolyte, 1 pour les premiers ordres mineurs, 4 pour la tonsure ; à Bièvres : 1 pour le diaconat et 30 pour la tonsure.

    Le P. Lemasle, provicaire de Hué, a subi une nouvelle opération chez les Frères de St Jean de Dieu. Son état est aussi satisfaisant que possible.

    De passage à Paris MM. Harostéguy, Grimard, Germain Gros, Valentin, Audren, Delahaye, Grandjanny, Corbel, Rochette, Châtelain, Dancette.

    Admission nº 36. M. Fromentaux, du diocèse de Viviers.

    15 novembre.

    Le 6 novembre, à lissue des vêpres, en présence des membres de lAdministration, Mgr le Supérieur administrait le sacrement dExtrême-Onction au cher P. Aubert. Des accidents inquiétants se produisaient depuis quelques jours, et avec un touchant empressement il acquiesça à la proposition quon lui fit de recevoir les derniers sacrements. Depuis, son état sest amélioré et nous espérons que le mieux va saccentuer encore,

    Le mercredi 9, Mgr le Supérieur assistait à la cathédrale de Versailles au sacre de Mgr Louis, le nouvel évêque de Périgueux. Son Excellence rentrait aussitôt après la cérémonie pour donner à St Germain-des-Prés le sermon à la première réunion de luvre Apostolique. Lassistance était très nombreuse. Et le lendemain dans laprès-midi Mgr le Supérieur, accompagné du P. Gros, partait pour Rome où il compte rester 7 à 8 jours. Depuis avril 1931 Son Excellence navait pas fait de visite à Rome. Elle est en mesure, après sa longue visite dans nos missions, de renseigner le St Père sur le travail de nos confrères en Extrême-Orient.

    Le 3 novembre, les aspirants, conduits par le P. Sy, leur supérieur, ont fait au cimetière leur visite annuelle et ont prié près des tombeaux de nos missionnaires décédés à Paris. A Bièvres, cette pieuse visite saccomplit processionnellement à lissue de la messe solennelle des morts le 2 novembre.

    Deux missionnaires du Verbe Divin, lun provincial en Amérique, lautre supérieur du séminaire de leur Société à Techny, ont passé plusieurs jours avec nous avant de sembarquer pour lAmérique.

    De passage à Paris MM. Lombard, Raoult, Michotte R., Michotte J. B., Dénarié, Bourdin, Thommeret, Maye, Piljean.

    Admission Nº 37. M. Damgé, du diocèse de Coutances.


    1933/38-84
    38-84
    Anonyme
    France et Asie
    1933
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