Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Chronique des Missions et des Etablissements communs 1

Chronique des Missions et des Etablissements communs. Tôkyô 5 décembre.
Add this
    Chronique des Missions et des Etablissements communs.

    Tôkyô

    5 décembre.

    Le dimanche 8 novembre, sest tenue de 2h. 15 à 4 h. 45 p. m., dans la salle des Séances de Sekiguchi, une première réunion publique concernant lAction Catholique. Devant un auditoire de 6 à 700 chrétiens, S. E. Mgr lArchevêque et les cinq orateurs inscrits : les PP. Lemoine, Candau, Iwashita, et deux laïques, MM. Kitamura et Hagiwara, représentant respectivement les Associations dhommes et de jeunes gens, ont tour à tour pris la parole pour exposer le but de lAction Catholique et la participation qui est demandée, suivant les besoins généraux de lévangélisation au Japon et les conditions des divers milieux, aux différents groupes paroissiaux : hommes, dames, jeunes gens, jeunes filles, ainsi quà la Ligue des Etudiants. Un salut solennel, donné par Monseigneur lArchevêque à la cathédrale, a conclu la réunion.

    Le Père Taguchi, après avoir terminé ses études à Rome, et pris les grades de docteur en philosophie, en théologie et en droit canonique, nous est revenu via America le 12 novembre, par IAsama Maru. Monseigneur lui a demandé, dès son arrivée, de soccuper des uvres de presse et de jeunesse.

    Sur le bateau qui amenait le P. Taguchi à Yokohama, se trouvait M. Raison, prêtre de St-Sulpice, qui allait rejoindre ses deux confrères qui sont déjà au Tonkin pour la nouvelle fondation du Séminaire de Hanoï, qui leur est confiée. M. Raison a passé une quinzaine de jours au Japon, avant de sembarquer à Kôbé sur le Félix-Roussel, à destination de Hongkong.

    Le même bateau avait amené à Yokohama le 22 novembre le Rév. Père Abbé de la Trappe de Bricquebec, Dom Louis, accompagné du P. Noda, de la Trappe de N. D. du Phare (Hakodaté), frère de lun des professeurs du Grand-Séminaire de Tôkyô, et qui avait fait un séjour dun an à la Trappe de Bricquebec.

    Le 3 décembre, fête du Grand-Séminaire St François-Xavier, Mgr Chambon a célébré la messe pontificale, et prêché ensuite la retraite mensuelle des missionnaires. S. E. le Délégué Apostolique, Mgr Mooney, est venu prendre part avec son secrétaire, le P. Hurley, au déjeuner qui a suivi, et a donné dans laprès-midi la bénédiction du St-Sacrement qui a clôturé la fête.


    Fukuoka

    A son vif regret, le correspondant de Fukuoka se trouve obligé de résumer des matières qui mériteraient de paraître in extenso. Résumons donc le moins mal possible et mettons ces intéressantes matières sous les quatre titres : Imamura, Madara, Kumamoto, Fukuoka.

    Imamura. étant la paroisse la plus nombreuse, la paroisse modèle en quelque sorte du diocèse, il est relativement facile de se représenter avec quelle joie et quelle solennité se fit la première rencontre officielle du Pasteur attendu et des fidèles bien préparés par leur missionnaire. Mgr put dès le samedi 30 octobre visiter les uvres établies et constater leur vitalité : maison de Vierges indigènes, école enfantine etc.. Le lendemain, jour de la Toussaint, 700 communions aux deux messes, la 1ère célébrée, à 6h. ½ par Mgr, la seconde à 8h. par notre benjamin, le P. Benoît, Son Excellence assistant au trône. Chants superbes, examen par Mgr lui-même et confirmation de 131 enfants.... Agapes prises par Mgr et les confrères au milieu des pères de famille au nombre de 207. Discours sur discours, réponses adéquates.. joie débordante.. et pour finir, adresse de Mgr aux mères de famille pour leur recommander la bonne éducation de leurs enfants, attirer leur attention sur les vocations sacerdotales et religieuses.

    Madara. est une île assez lointaine pour quon ne puisse y aborder quand on veut. Pour plus de sûreté, Mgr, en compagnie des PP. Heuzet et Benoît, sy rendit dès le vendredi 6 novembre pour le dimanche 8. Ce ne fut pas sans peine, la mer étant mauvaise. Le jeune P. Benoît, à lestomac pourtant marin daprès ses dires répétés, y alla dune large prodigalité envers la gent aquatique.. Le malaise fut attribué à larrêt dune vieille banane dans lsophage... Tout le monde donna son approbation à cette savante version... Cependant Mgr, pris de pitié, pour sauver la face de son jeune.. daigna lui prêter son noble concours.... Le P. Heuzet, lui, vieux loup de mer, resta impassible dans la tourmente.

    Le lendemain, visite de Son Excellence à lembryon dorphelinat, à lécole maternelle, aux Amantes de la Croix... Examen officiel des 72 confirmands, prise de photo.

    Le dimanche fut le grand jour, jour de soleil à lextérieur et, on peut le dire, illumination des âmes à lintérieur de léglise, car une messe pontificale, un salut du St-Sacrement avec diacre et sous-diacre étaient des choses que la plupart des chrétiens ne connaissaient quen imagination... Ils en virent la réalité. Les souvenirs distribués par Mgr empêcheront ces douces réalités de tomber dans loubli.

    La fête terminée, nos trois pèlerins, dont le pied marin avait fait ses preuves, voulurent prendre une éclatante revanche sur terre... Ils partirent donc à la conquête du Fuji de lendroit. On dit que tout se passa sans encombre.. Personne, paraît-il, neut à recourir au stratagème de lillustre Bompard

    Au retour, par une mer dhuile, Mgr trouva le moyen de faire encore des heureux, en sarrêtant à lîle de Matsushima, qui possède une population de 103 habitants, tous chrétiens.

    Pour Kumamoto, cest la trompette, et même la trompette guerrière quil faudrait emboucher pour dire ce qui sy passa du 12 au 14 novembre. Il sagissait des manuvres présidées par le Mikado en personne et auxquelles prenaient part 50.000 soldats, reluqués de près par 300.000 curieux, environ 60.000 étudiants délégués des lycées du Kyushu avaient reçu lordre de sy rendre, 2.000 policiers des départements voisins étaient venus renforcer ceux de Kumamoto et 10.000 pompiers étaient à leurs ordres pour leur prêter main-forte au besoin. Tout se passa bien. Au début le temps fut pluvieux, mais le dimanche, le soleil sécha les capotes et favorisa. la revue très solennelle.

    LEmpereur passa et repassa bien des fois devant notre jolie église (N. D. du Japon). Il entendit même, au moins une fois, sonner lAngelus. Mais un chambellan, très poli, étant venu nous dire que le son de notre cloche rappelait le son des cloches dalarme en cas dincendie, nous cessâmes pour un temps de sonner....

    En revanche, une de nos vénérables religieuses, la Mère Borgia (55 ans de Japon), fut admise au défilé individuel, en présence de Sa Majesté... De plus, de grands chambellans visitèrent nos uvres : lhôpital des lépreux de Biwasaki, les écoles de Kumamoto, de Yatsushiro et de Hitoyoshi. Partout nous reçûmes des témoignages non équivoques de satisfaction.

    Le 21 novembre, à limitation de lEmpereur, les autorités civiles et militaires, accompagnées des 800 policiers du Département, firent cérémonieusement des pèlerinages daction de grâces aux principaux miya ( temples shintoïstes) de la ville, surtout à celui de Hachi-man, le dieu de la guerre, et cela se comprend, hélas ! ils ne connaissent pas encore celui qui fit fermer le temple de Janus, le Prince de la Paix. Mais la Société des Nations elle-même le connaît-elle ? pourraient nous répondre certains clairvoyants dentre eux.

    Le 25 novembre, à part nos deux vénérables: les PP. Garnier et Halbout que la distance et la mer à passer retenaient à leur poste, tous les confrères étaient réunis à Fukuoka pour la Fête de leur Evêque.

    Programme de la journée :
    11 h. Heure sainte et Salut du St-Sacrement.
    12 h. dîner.
    2 h. Réunion plénière : Nomination des membres de lOfficialité diocésaine, des Consulteurs diocésains, et du Conseil dAdministration.

    Mgr annonce ensuite que le Noviciat de la Visitation, Société Religieuse fondée par lui à Tôkyô et dont le but est de procurer soins aux malades, diriger écoles maternelles, etc., est installé à Fukuoka. Il y recevra des Vierges indigènes pour les former aux devoirs de la vie religieuse.

    Mgr, ensuite, invite les confrères à assurer leurs postes respectifs.. Puis, pour se conformer aux désirs du St Père exprimés dans la dernière encyclique sur la crise économique, il ordonne quun dimanche soit plus spécialement consacré à la prière et aux aumônes, pour demander à Dieu la cessation de ce qui peut être considéré comme une calamité mondiale.

    Ensuite, est abordée la question du Dictionnaire Français-Japonais Raguet, qui na pu être achevé par son auteur. Comme il ne reste plus quun travail de révision, chaque confrère en accepte une partie à sa charge.. Puis le P. Brenguier qui dirige lexécution de la besogne, lit un rapport détaillé et pratique.

    A 4 h. fin de la séance. Les confrères se séparèrent enchantés de cette intéressante journée de famille, et regagnèrent leur poste. Ceux qui ne le purent ce soir même, assistèrent à une séance de Filmstop, donnée par le P. Heuzet.


    Séoul

    3 décembre.

    Lancienne résidence à Séoul des PP. Bénédictins, considérablement agrandie est devenue le petit séminaire commun aux trois missions de Séoul, Taikou et Hpyeng-Yang. Le jour de la Toussaint, Mgr Larribeau a béni solennellement les nouvelles constructions mettant ce petit séminaire sous le patronage de St Nicolas. Le nom de lillustre archevêque de Myre conservera la mémoire du P. Nicolas Couvreur, insigne bienfaiteur de la Mission. Cest grâce à un don vraiment royal de ce regretté confrère que Mgr Mutel a pu acquérir en 1926 la propriété des PP. Bénédictins, ceux-ci lavaient mise en vente en quittant Séoul, ayant obtenu le Vicariat de Ouen-San comme champ daction séparé.

    Le 21 novembre, dans la chapelle du grand séminaire, Mgr le coadjuteur a conféré la tonsure à douze élèves de 1ère année de théologie.

    Le film intitulé Les 26 Saints Japonais, dont a parlé la chronique de Tôkyô (Bulletin de novembre), a comme promoteur un chrétien Japonais M. Hirayama établi à Séoul depuis plus de vingt ans, actuellement gros marchand laitier. M. Hirayama a conçu cette uvre dans un but de propagande religieuse, aussi na-t-il négligé aucune forme de publicité pour attirer de nombreux spectateurs aux représentations qui furent données à Séoul du 1er au 10 novembre. Le titre du film : Les 26 Saints Japonais affiché dans tous les carrefours fit bien loucher certains Coréens qui nont pas précisément les Japonais en odeur de sainteté, cependant on na pas signalé dautre incident que celui soulevé, mais par un japonais, à propos de la conférence sur la religion catholique donnée, comme intermède, à chaque représentation. Une dame japonaise sétait chargée de cet intermède. Un jour, comme elle commençait son discours, un japonais, professeur dans une école bouddhiste, venu avec un groupe de ses élèves, se mit à protester à haute voix disant quil nétait pas au cinéma pour entendre lapologie de la religion chrétienne. Mais le policeman de garde imposa vite le silence à linterrupteur lui faisant remarquer que la censure ayant approuvé le film et le discours, il navait quà sen aller, et sans rouspéter, si le spectacle ne lui plaisait pas.

    Le succès du film paraît avoir été considérable, on a compté plus de 20.000 entrées. Dans sa brochure intitulée : Le Diocèse de Nagasaki (imprimée à Nazareth 1930), Mgr Hayasaka fait remarquer quen Mandchourie et même en Corée les missionnaires trouvent les Japonais plus accessibles quau Japon même et plus dociles que les indigènes, espérons donc que le film des 26 Saints Japonais aura plus quun vif succès de curiosité, mais une bienfaisante emprise sur les âmes.

    Dans les premiers jours de novembre, six Surs bénédictines venant de Bavière et allant fonder une maison de leur ordre dans la préfecture apostolique de Yenki, se sont arrêtées à Séoul ; après quelques jours de repos, elles ont continué leur voyage mais accompagnées de deux Surs Coréennes de St Paul de Chartres qui restent avec elles là-bas durant quelques mois pour les initier à la langue et aux coutumes coréennes, bref pour les débrouiller. Frater qui adjuvatur a fratre quasi civitas firma.

    Le P. Bodin est bien remis de laccident dont il a été parlé dans la chronique du mois dernier. En ce moment, tous les confrères font la grande visite annuelle de toutes leurs chrétientés. Nous tournons les yeux vers le Père qui est aux cieux pour lui demander de faire jouir tous nos confrères de Chine du bienfait de la paix dont nous jouissons ici. La dispute entre Japonais et Coréens na pas dautres conséquences en Corée que des collectes dargent, de vêtements en faveur des victimes coréennes des troubles de Mandchourie. Les chrétiens de la ville de Séoul me paraissent avoir été spécialement charitables. Outre une somme de 76 yens, ils ont déjà envoyé 160 vestons, 79 robes, 42 chemises, 61 pantalons, 93 paires de bas. Et pourtant leurs bourses sont bien plates et leurs armoires bien peu garnies.


    Taikou

    9 décembre.

    Le mois de novembre est le temps de la visite des chrétientés. Cette année aussi, reprenant le cours des visites pastorales, Mgr Demange a parcouru la majeure partie du Kyeng-Sang sud, soit 7 districts dont 5 de prêtres indigènes. Au cours de ces 4 semaines les joies nont pas manqué à Son Exc. qui a constaté, sur tout son parcours, un sérieux aménagement des voies de communications, ce qui facilite et le choix des postes futurs et le travail des ouvriers apostoliques tout en ménageant leurs forces. En plusieurs circonstances de cette tournée une évolution profonde dans la mentalité a laissé paraître la pénétration de plus en plus réelle du christianisme dans les masses : en telle grosse ville un païen donne et bâtit les premiers éléments dun futur poste ; le corps professoral dune école païenne vient interroger lévêque sur la religion chrétienne ; des païens viennent déclarer quils étudient, ou quils sintéressent à la doctrine chrétienne. Les préjugés qui tenaient les Coréens éloignés de nous semblent disparaître de plus en plus. Le zèle des ouvriers apostoliques trouve là un précieux encouragement. En résumé, Monseigneur est revenu tout à fait satisfait de cette tournée pastorale et en parfaite santé dailleurs, après avoir béni trois chapelles auxquelles, selon le désir obstiné des prêtres indigènes desservant ces postes et des chrétiens, il a fallu donner Sainte Thérèse de lEnfant Jésus pour titulaire.

    Le P. Cadars nous est revenu de France par le Transsibérien, content de son voyage. Après quelques jours de repos il se dispose à aller occuper son nouveau poste à la ville de Kyeng-Tjyou, ancienne capitale du royaume de Sin-Ra. Cette destination a occasionné le changement de deux prêtres coréens dans lintention de faire venir à Taikou le P. Ri Mathias qui occupera à Nalmi un poste commencé par le P. Mialon, ce qui permet de répondre aux besoins sans cesse croissants de la chrétienté de Taikou, et porte à cinq le nombre des prêtres français et coréens chargés du service des trois paroisses de la ville.


    Moukden

    9 décembre.

    Lhorizon politique de la Province reste toujours chargé, impénétrable. Quel sera le dénouement du conflit sino-japonais ? Quand se produira-t-il ? Bien imprudents seraient les donneurs de réponse. Laissons le temps faire son uvre. Durant des semaines, les conciliateurs de la S. D. N. se sont battu les flancs pour trouver une solution. Résultat : envoi dune Commission denquête. Si au moins on avait commencé par là... Ces vains efforts prouvent que la question mandchourienne est complexe : ne dit-on pas quelle comporte plus de 300 points en litige ?

    Si la susdite Commission denquête se contente de séjourner dans les centres occupés militairement, elle aura lieu de faire un rapport qui pourra se résumer ainsi : tout va bien. En effet les services publics fonctionnent normalement, la police est assurée, les trains marchent, la population est calme. A Moukden, si bon lui semble, elle pourra aller présenter ses vux au nouveau Gouvernement, et aura lheureuse surprise de constater que lentente cordiale règne dans les sphères officielles sino-japonaises, que la cérémonie dinstallation du Gouvernement indépendant a eu lieu, le 10 novembre, en présence des représentants officiels du Japon. Ce Gouvernement, sans être encore parfaitement organisé, donne des signes de vie et présente quelques gages de stabilité. Son existence paraît assurée du fait que lun des points de son programme est : coopération sino-japonaise. La plupart des sous-préfectures lui ont exprimé leur adhésion, et, qui plus est, plusieurs ont déjà répondu à lappel de fonds du Ministère des Finances. Ce dernier vient de trouver un excellent moyen de remplir ses caisses vides : il a mis la main sur le Bureau de la Gabelle de Newchwang, dont, jusquici, un Directeur étranger contrôlait les revenus en vue du payement de la dette extérieure chinoise.

    Voilà le beau côté de la situation, dans la Province. Mais, hélas ! il y a lenvers du décor. De tous les points de la Mission arrivent des nouvelles désolantes. Les populations sont toujours à la merci des brigands de profession et des soldats débandés de lancienne armée. Les uns et les autres se livrent aux pires excès. Cest lhomo homini lupus dans toute son horreur. On est vraiment stupéfait de constater que des hommes, par centaines et par milliers, puissent vivre dans une telle abjection. Bien entendu, la plupart des missionnaires sont dans la dure nécessité de garder leur résidence, alors que cest la meilleure époque de lannée pour visiter leurs chrétiens. Dailleurs que trouveraient-ils, bien souvent, dans leurs chrétientés perdues au fond des campagnes ? des maisons vides ou habitées par une bande faisant ripaille avec les produits de la ferme : une fois la consommation achevée, elle déménage, sinstalle dans la ferme voisine, si la basse-cour et la soue en sont garnies.

    Dautres bandes, plus audacieuses ou plus avides dargent, circulent le long des routes, et même des lignes de chemin de fer. Cest ainsi que le P. Kiang, se rendant en autobus à son poste de San Tao Tse, où il venait dêtre nommé vicaire, a été dévalisé, comme tous ses compagnons de voyage. En fait dhabits, il ne fut allégé que dun superbe chandail. Dautres nont pas cette chance, si appréciable par cette température dhiver. Témoin laventure arrivée dernièrement à quatre Allemands, résidant à Moukden. Partis à la chasse aux environs de la ville, et étant déjà sur le chemin du retour, la gibecière bien garnie, ils eurent le malheur de rencontrer une bande de brigands. Ceux-ci parlèrent dabord de les fusiller, mais finalement se contentèrent de les dépouiller complètement, ne leur laissant que le caleçon, et, comme par une féroce ironie, leurs fusils et leur prise de chasse. On devine dans quel état ils sont arrivés, à 9 h. du soir, en ville le corps grelottant sous les misérables habits que des campagnards leur avaient passés. Voilà des péripéties quon ne trouverait pas dans les Récits dun chasseur

    Quant aux raids des bandits sur les trains, on ne les compte plus. Cest surtout sur la ligne Moukden-Pékin quils se produisent : mais les trains des lignes japonaises elles-mêmes nen sont pas exempts. Il y a quelques jours, Son Excellence Mgr Blois, voyageant sur le Sud-Mandchourien, a vu son train stopper en pleine campagne : une bande était signalée. Par bonheur, un train blindé convoyait cette fois les voyageurs : il ouvrit le feu sur les bandits qui se gardèrent bien dinsister.

    Pas plus tard quhier, une fusillade crépitait encore aux portes de la ville de Moukden. Que se passait-il au juste ? En tout cas, quelques balles dont le claquement frôlait les têtes, vinrent jeter lémoi parmi les élèves du Séminaire qui jouaient à ce moment dans la cour. Une des balles était venue se loger dans le mur, à lextérieur ; comme quoi les murs ne manquent pas dutilité.

    Son Excellence Mgr Blois a fait une tournée de confirmation dans quelques districts du sud de la Mission, les seuls à peu près dailleurs où la vie chrétienne se continue dune manière presque normale. Monseigneur se proposait daller visiter le district du Vieux-Newchwang ; mais ce district est toujours la proie des brigands.

    Da Pacem, Domine.


    Chengtu

    20 novembre.

    Notre nouveau confrère le P. Dedeban est arrivé à Chungking il y a quelques jours et sous peu nous aurons le plaisir de le recevoir à Chengtu.

    Le mouvement anti-japonais semble diminuer dintensité, depuis que notre Gouverneur civil, le Maréchal Lieôu, suivant en cela les ordres du Gouvernement central, a interdit toutes manifestations. Nos écoliers et écolières sont rentrés dans leurs écoles et nos bonzes, qui eux aussi au mépris de la loi de Bouddha, voulaient aller découdre les esclaves O (O loû, terme de mépris pour désigner les Japonais), ont subitement disparu de la circulation et sont rentrés dans leurs bonzeries. Dans le débordement dinjures que les journaux de Chengtu ont déversées ces jours-ci sur les Japonais, un journaliste a paru garder son sang-froid et a osé écrire les lignes suivantes : Nous protestons contre les Japonais qui ont envahi la Mandchourie et nous avons porté laffaire à Genève. Mais dans le même temps, nos troupes Szetchouannaises ont occupé le territoire de plusieurs tribus tibétaines jusquici indépendantes. Quand le Tibet aura aussi un délégué à la Société des Nations et quil protestera contre notre occupation illégale, quaurons-nous à répondre ?


    Chungking

    10 novembre.

    Le P. Gibergues qui avait dû, au printemps de lannée dernière, sur ordre de la Faculté et de son Vicaire Apostolique, sarracher à sa chère et belle paroisse de Ma-pao-tchang, pour aller refaire en France sa santé fort mal en point, nous est revenu le 21 octobre, avec sa mine florissante et sa prestance avantageuse des anciens jours. En attendant quun champ plus vaste soit donné à lactivité de sa jeunesse renouvelée, S. E. Mgr Jantzen la chargé de gérer les fonctions daumônier de lhôpital, jusquau retour du titulaire, le P. Thomas, que la maladie retient encore au Japon, où il était allé prendre quelques mois de vacances.

    Le 3 novembre, cétait une toute fraîche jeunesse, un singulare subsidium offert cette année à nos Missions de Chengtu, Chungking, Suifu et ultra, en la personne des PP. Dedeban, Millacet et Grasland. A eux donc et en eux, sur les ailes de la grâce, les longs et solides espoirs !

    A la joie des arrivées succède, hélas ! le chagrin des départs. Le même bateau qui venait damener nos jeunes confrères, emportait deux jours après, vers Hongkong ou la France, les PP. Lombard, Tournier et Valentin. Nos vux et nos prières les accompagnent, afin que douce leur soit la traversée, et que bientôt ils nous reviennent avec de nouvelles forces pour de nouveaux labeurs.

    Le P. Valentin, directeur si dévoué et averti de notre imprimerie de Tsen-kia-gai, sera remplacé en son absence par le P. Bouchut, que ses lectures abondantes et variées ont déjà tout préparé au métier de journaliste et déditeur.

    Notre collège Saint-Paul, dirigé par les Frères Maristes, continue à jouir de lexcellent renom que lui ont valu les succès les plus flatteurs obtenus aux examens, et qui, depuis plusieurs années déjà, lont placé au premier rang des écoles similaires de la ville. Aussi na-t-il pas à redouter les visites fréquentes des inspecteurs officiels. A sa dernière visite doctobre, linspecteur, après avoir rendu aux directeurs et professeurs lhommage quils méritent, donnait à ses 170 auditeurs des conseils fort sensés dont sinspireraient avec profit nombre délèves de nos écoles catholiques et même de nos séminaires. Votre école, leur disait-il, par ses succès et son bon esprit, sest élevée au premier rang. Cest quune forte discipline vous régit. Là où règne une sérieuse discipline, les élèves acquièrent naturellement la science et la vertu ; c est par son exercice continuel que se forment lesprit et le cur. Il ne faut donc pas que vous entendiez la notion de liberté (tse-ieou) dans le sens subversif que lui a prêtée Tsai-iuen-pei, semant par elle dans les écoles de Chine le plus grand désordre. Vous ne serez vraiment libres, vraiment forts et utiles plus tard à votre pays que si, au temps de vos études, vous vous soumettez au contrôle dune discipline de tous les instants. Cest en cela que véritablement vous vous montrerez libres.... Et il ne faudrait pas que le bon renom de cette école vous autorisât à la paresse et à lindiscipline. Mais pour quelle demeure ce quelle fut jusquici, digne de lestime générale, que chacun de vous sache se rendre digne delle par sa bonne conduite et son application (non loci hommes) Pensez-vous que cest en agitant par les rues, à la tête de manifestants, des fanions protestataires, que cest en palabrant sur les tréteaux, en excitant le peuple que vous délivrerez la Chine des ambitions du Japon ? Inutiles démonstrations qui ne font que troubler le pays et laffaiblir davantage ! Quentend à nos démêlés avec le Japon le paysan courbé sur son champ, ou louvrier penché sur son atelier ? Ils nont quun seul souci, celui de leur riz quotidien Si le Japon est devenu une nation grande et forte, cest parce que ses étudiants, par de longues années de travail assidu, se sont assimilé les sciences étrangères. Imitez-les, si vous voulez que la Chine devienne en état de résister victorieusement. ...Et, rappelant avec à-propos le récit dAlphonse Daudet : La dernière Classe, M. lInspecteur ajoutait : La France sest relevée et a fini par vaincre, parce que lamour de la patrie na cessé dêtre inculqué dans le cur de ses étudiants, et parce que ceux-ci, au lieu de se dissiper en des manifestations stériles, ont travaillé dans le silence et espéré jusquau bout. Cest par le même amour, le même travail discipliné et persévérant que vous aussi vous pourrez faire de la Chine une nation puissante.


    Suifu

    29 novembre.

    Dans la chronique du mois de mars, il était question de construire un quai à Suifu sur le Fou ho avec le produit des ventes des biens des pagodes. Les propriétés des pagodes ont été bien vendues, mais largent a pris une direction inconnue ou plutôt trop bien connue. Pour la face, il faut pourtant que ce quai, promis et en construction depuis plusieurs mois, soit achevé. Pour une fois de plus, ce sera le bon peuple qui payera pour les malversations de ses maîtres de lheure. A cet effet, toutes les maisons de Suifu et de ses faubourgs ont été taxées de 40 % de leur valeur locative. Bien entendu, les immeubles de la Mission néchappent point à cette imposition. Mais voilà ce qui ne laidera pas à équilibrer son budget.

    Dans le pays où les traités dits inégaux sont si abhorrés, voici le nouveau procédé mis en pratique pour acquérir les propriétés dautrui quon convoite. Je cite un fait. Un des membres les plus influents du parti kouemintang setchouannais a jeté son dévolu sur une propriété de la mission catholique ; elle lui plaît ; il en désire lacquisition. Rien de plus simple, me direz-vous : il na quà présenter ses propositions à qui de droit. Vous ny êtes pas, mais point du tout !

    Ce personnage a sa façon à lui dentamer les pourparlers. La voici. Il déclenche une campagne contre les biens de la Mission ; il lance en avant les tangpou qui sont à sa dévotion ; et les élèves des écoles qui sont heureux de descendre dans la rue. Quant à la Mission, elle protestera en vain auprès des autorités locales. Elles resteront sourdes à ses appels, car elles sont aux ordres de ce chef kouemintang.

    Puis, au plus fort de leffervescence, ce monsieur surgit tout à coup, étendant ses bras comme pour apaiser la tempête. Il se pose en champion de la paix et en défenseur du droit. Eh ! là-bas, la Mission catholique, crie-t-il, ne craignez pas ces braillards. Jaccours à votre secours. Mais pour mettre un terme à ce mouvement populaire contre vous, je vous conseille de me vendre telle propriété au prix où vous lavez achetée il y a une trentaine dannées.

    Voyez comme il est généreux et désintéressé !
    Cest du chantage, ni plus ni moins.

    Les sous-préfectures de Lan ki, Kin fou et Tchang lin sont de nouveau dévastées par quatre groupes de brigands, forts chacun de 300 hommes environ. Dans la nuit du 11 novembre, le grand marché de Li tchouang, à 60 lis seulement en aval de Suifu, fut mis à sac par une de ces bandes.

    A la réception de cette nouvelle, le commandant de la place de Suifu dépêcha immédiatement sur les lieux deux compagnies de soldats, qui, dès leur arrivée, au lieu de poursuivre les bandits, de les atteindre et de les combattre, neurent rien de plus pressé que dimposer aux pauvres habitants de Li tchouang en guise de consolation, sans doute, une contribution de 10.000 $ pour frais de dérangement.


    Ningyuanfu

    4 novembre.

    Le Kientchang
    De Foulin, le P. Tchen écrit que cette année la moisson a été bonne, malheureusement la mission a eu sept ou huit tan de rizières emportés par le Lieouchaho. Le maréchal Lieou a envoyé de Chengtu trois pien dorés quil a fait offrir au général Tang par lintermédiaire du préfet de Tsinkihien. Au Tasianglin ce sont des pillages journaliers du côté de Panfang.

    Le P. Yang nous a fait une visite. Il conduisait une religieuse venant de Houili, qui sera la compagne de voyage de Mère Colombe, nommée supérieure des Franciscaines de Tatsienlu. Elles nous quitteront samedi prochain.

    A Houili, le P. Audren et son vicaire ont prêché une retraite de 3 jours aux chrétiens de la station. Le Père Provicaire écrit que les exercices ont été bien suivis et que cette retraite lui a donné beaucoup de consolations.


    Tatsienlu

    3 novembre.

    Echo du Thibet.
    Le P. Ménard, curé de Mosimien, est appelé par Monseigneur à Tatsienlu comme supérieur du Séminaire ; il laisse à Mosimien la belle église restaurée et bénite par lui lan dernier. Cette église redira longtemps aux populations catholiques de ce district le nom de leur ancien curé et leur rappellera le souvenir de son zèle. Le P. Barnabé Lafont, franciscain, est nommé curé de Mosimien. Le P. Barnabé arriva du Canada, il y a quelque dix huit mois, faisant partie du petit groupe de missionnaires envoyés dans nos montagnes par lOrdre de St François dans le but de fonder une léproserie. Il resta jusquà ce jour au séminaire où, tout en secondant Mgr Valentin, supérieur de la maison, il apprit la langue chinoise ; désormais, à Mosimien, il jouira du voisinage immédiat de ses frères en religion.

    Mgr Valentin fit du 15 au 29 octobre un voyage à Mosimien. S. E. a constaté que les travaux de la léproserie sont assez avancés ; le mois prochain le couvent des Religieuses sera habitable et la charpente de la chapelle dressée. Monseigneur a béni la première pierre de cette chapelle.

    Le P. Hiong étant monté de Lentsi à Mosimien sy rencontra avec Monseigneur, on en profita pour fêter le quarantième anniversaire de son ordination sacerdotale et chacun de rappeler que le P. Hiong, ordonné par Mgr Biet, est le premier prêtre tibétain de notre mission.

    Le P. Ly a pu constater que les deux tiers des calendriers qui lui étaient destinés, sont restés en route, pillés par les brigands qui gardent le chemin entre Litang et Batang. Cela na du reste rien de sensationnel.

    Le bruit a couru que, dans la sous-préfecture de Loutinkiao, les cultivateurs seraient contraints de planter lopium, une taxe frappant indifféremment les planteurs et les non planteurs. Il semble que, jusquici, il ny ait pas eu dordre formel soit écrit soit oral, mais seulement quelques exhortations ; la taxe existe bien mais, explique-t-on, ne regarde pas spécialement la culture de lopium.

    Le P. Doublet signale quà Kiakilong la soldatesque continue à prendre ses ébats et à satisfaire ses instincts de pillage et destruction dans la résidence. On en référa au colonel, espérons que cette démarche aura quelque résultat.

    Quant aux opérations militaires et pourparlers sino-tibétains dans la région de Kantse, cest, semble-t-il, le statu quo. Ces temps-ci lopinion se préoccupe beaucoup plus des incidents sino-japonais. Les écoliers et écolières sont chargés déclairer le patriotisme des populations. On sème les bruits les plus invraisemblables et parle ni plus ni moins que dune mobilisation générale sans distinction de sexe.


    Yunnanfu

    3 décembre

    Le Petit Nouvelliste.
    Du 24 au 30 novembre, retraite de nos prêtres indigènes, prêchée par le P. Michel. Le P. Tao, tombé malade dès le début, ne put suivre les exercices. De France, le P. Deschamps nous annonce quil quittera Marseille le 6 janvier 1932. Le P. Bougault prendrait le bateau du 9 décembre.

    Le Petit Nouvelliste du 4 novembre se terminait par des nouvelles peu rassurantes. Grâce à Dieu qui exauça nos prières, non seulement Son Excellence a pris le dessus sur la maladie, mais actuellement sa santé semble bien meilleure quavant sa maladie.


    Kweiyang

    15 novembre.

    Echo de N. D. de Liesse.
    Le P. Darris nous est arrivé le 9 au soir en excellente santé et tout heureux de retrouver son cher Kweichow.

    Depuis huit jours le P. Bacqué est de nouveau alité, toujours son ancienne maladie ; violentes douleurs dentrailles, il ne peut prendre ou garder aucune nourriture. Bonnes nouvelles de nos voyageurs les PP. Grimard et Harostéguy.

    Le 13 de ce mois, trois nouveaux missionnaires du Sacré-Cur se sont embarqués à Gênes à destination du Kweichow ; ce renfort porte à 10 le nombre des Pères Allemands travaillant dans lest de notre mission. A Chetsien, le mandarin crée toujours des difficultés au sujet des biens de la station.

    A Tinfan on projetait la construction dune rue coupant en deux la résidence du missionnaire, le mandarin sy opposa, mais comme il est changé, le Père curé craint que le nouveau préfet ne soit pas aussi bien disposé que son prédécesseur ; espérons quil nen sera rien.

    Les routes sont actuellement sillonnées dautos, mais si le prix des voyages a baissé, le confort ny a pas gagné, loin de là ! Dans ces pays-ci, il nest guère possible dentendre un voyageur conter quil vient de faire un voyage dagrément ! Le moment agréable ! cest quand il sort de lauto et quil ne se sent plus serré, coincé entre de volumineux paquets, ou ballotté et terriblement secoué, avec le risque de se briser le crâne contre le plafond de la voiture. Mais nous sommes en Chine, Notre hôpital vient de perdre sa meilleure source de revenus, par la démolition totale de deux bâtiments, et pas dindemnité en retour.


    Lanlong

    15 novembre.

    Le Ripuaire.
    La santé du P. Courant est parfaitement remise, il a retrouvé un bon appétit et les forces lui sont revenues.
    Une bande de pillards sest rendue maîtresse de la ville de Silin pendant une huitaine de jours, des soldats sont venus de Poseh les déloger. La Mission a souffert des uns et des autres, chaque bande tenant à honneur de lui faire des emprunts à fonds perdus. Le P. Epalle, titulaire du district, trouvera place nette en arrivant. Le cher Père a dû sembarquer à Marseille vers le 24 octobre, il ne doit donc plus tarder à rentrer dans son district.

    On dit que Fou tse kia, compétiteur de Long iûn, est à Poseh en train de se faire une armée pour reprendre la lutte. Un de ses lieutenants est venu jusquà Silong recevoir les recrues que ses agents font au Yunnan. Il a essayé de se loger à la Mission pendant la présence du P. Signoret, mais ninsista pas. Le Père, sétant absenté pour rendre visite au P. Courant, le trouva confortablement installé chez lui et il y reste. Cependant ses relations avec le Père sont des plus polies.

    En rentrant de France, le P. Darris a fait un crochet par Lanlong et nous avons pu jouir de lui pendant quelques bons jours ; sa florissante santé prouve une fois de plus les avantages dun retour en France.


    Canton

    21 novembre.

    Monsieur le docteur Ringenbach a jugé quen raison de létat de santé du P. Chatelain ce confrère devait faire un séjour de un an et demi ou deux ans dans le midi de la France. Le cher Père est atteint assez sérieusement aux poumons. En conséquence, sans retard, il a été décidé que le malade sembarquerait sur le premier paquebot en partance. LAndré Lebon qui doit quitter Hongkong le 24 courant lemportera vers la côte dazur où il recouvrera rapidement la santé.

    28 novembre.

    Le P. de Jonghe, de la Commission Synodale, qui visite les écoles catholiques de Chine au nom de S. E. Mgr le Délégué Apostolique est arrivé à Canton lundi 26. Sa journée du mardi a été consacrée à linspection des écoles. Mercredi matin, le Père sest embarqué pour Shiukwan. Il en est revenu dans la soirée du vendredi, et aujourdhui 28, il sest rendu à la léproserie de Sheklung.

    La retraite terminée à Nazareth, quelques confrères qui y prirent part : les PP. Radelet et Bos de Vinh, Rondeau et Lambert de Swatow, et le P. Patrouilleau de Tôkyô nous ont fait le plaisir de venir visiter la ville de Canton.


    Swatow

    Son Excellence Mgr Rayssac nous invita à prendre part aux exercices de la retraite du 10 au 15 novembre, nous promettant un prédicateur émérite. De fait, tous nous nous estimions heureux de venir renouveler notre intérieur sous la parole persuasive du R. P. Bailleau. Malheureusement, celui qui devait nous brosser tomba malade, de sorte que chacun en particulier dut se mettre tête à tête avec St Ignace et entendre des lectures qui évidemment ne remplacent pas les conférences dun apôtre ; les Prêtres chinois furent mieux partagés : du 1er au 6 décembre, le R. P. Carolus de la Mission de Tingchow dans un latin élégant et facile à comprendre, leur présenta une doctrine qui les rendit tous enthousiastes. Le résultat en effet fut apprécié tout de suite, car je profitai de loccasion pour leur faire prêcher une retraite aux pères et mères de famille de la paroisse de Swatow. Comme ils sont feu et flamme maintenant nos prêtres chinois, disaient de bonnes vieilles. Je crois bien, puisquils se trouvaient encore sous la pression du R. P. Carolus.

    Il y a quelques jours un météore passa sur Swatow : cétait le R. P. de Jonghe, délégué de Mgr Costantini pour visiter les écoles de Chine. Le jour de son arrivée, il prit le train jusquà Chaochow, et de retour le lendemain, il sembarquait dans la soirée pour Amoy. Il nous a très intéressés en nous parlant des écoles et de la Jeunesse catholique chinoise dont il est le Président ; mais son passage fut de trop courte durée ; cependant il a suffi pour déclancher à Swatow le mouvement des Jeunes ; eux aussi éprouvent le besoin de se réunir. Plaise à Dieu que leur bonne volonté ne consiste pas seulement à faire le banquet douverture et à hisser un pavillon ! Espérons quils sauront combattre pour la bonne cause.

    Le 29 novembre nous arrivaient quatre nouvelles Ursulines, ce qui porte à quinze le nombre de ces vaillantes missionnaires, partagées en trois petites communautés : Swatow, Chaochow et Hopo. Leur uvre principale est léducation des, jeunes filles, rendant ainsi de grands services à la Mission. La Sainte Enfance, qui chaque année nous donne dans les 800 baptêmes, leur a été confiée également. Ce qui fait que le bon Dieu bénit les travaux de ces précieuses auxiliaires, cest que, bien quelles soient de sept nations différentes, le nationalisme est tout à fait inconnu parmi elles ; elles sont de la nation du bon Dieu, charité tout court est leur mot dordre. Les nouvelles recrues, 2 Françaises et 2 Anglaises, sont donc heureuses de se trouver dans une famille si unie, où elles pourront exercer leur zèle, et cest de tout cur que nous leur disons ; ad multos annos !


    Pakhoi

    11 décembre.

    Le 22 novembre dernier Fort-Bayard était en fête ! Sept petits Français faisaient leur première communion solennelle. Cette cérémonie toujours si touchante létait davantage encore dans ce petit coin de Chine où elle a lieu si rarement à la manière française. Tout Fort-Bayard était à léglise ! Les voiles blancs, les brassards aux franges dor, les cierges, les chants si doux de ces petites voix pures, tout contribuait à émouvoir. Les churs de la tribune rivalisaient de fraîcheur avec les cantiques des enfants. Le Père Jégo, dans un petit mot bien senti, ajouta encore à lémotion générale. Le soir, la si belle cérémonie de la rénovation des vux du baptême et de la consécration à la Sainte Vierge réunissait de nouveau toute la paroisse. Ce fut une belle journée où notre incomparable soleil de novembre, lui-même, avait apporté la joie de ses rayons et de sa douce chaleur. De délicieuses larmes coulèrent et certainement plus dun qui se croyait indifférent sentit ses yeux humides, au souvenir dun ancien et pareil beau jour !

    Le jour de la fête de Saint Francois-Xavier, dans lintimité de la petite chapelle du Séminaire, Son Excellence Mgr Pénicaud a donné la confirmation aux huit benjamins de la dernière rentrée. Daigne le Saint-Esprit leur accorder la constance et les forces nécessaires pour arriver jusquà lautel.

    Notre sympathique P. Moyse est venu prêcher la retraite de nos Religieuses Indigènes et le jour de la clôture, 8 décembre, deux nouvelles Surs ont fait profession entre les mains de Son Excellence, Mgr le Vicaire Apostolique.

    Nos chers malades, en congé en France, donnent de bonnes nouvelles de leur santé. Ils vont mieux, mais leur retour, hélas ! (à notre gré du moins) nest pas encore prévu. Notre vaillant Provicaire, le P. Genty, a été victime dun accident dauto ; mais il sen est heureusement tiré avec moins davaries que la voiture ! une légère contusion à la jambe. Deo gratias !

    Nous avons eu ce matin lagréable surprise de voir le P. Jégo descendre de lauto dun bon ami de la Mission de Pakhoi. Il vient se retremper au foyer central du Vicariat. Il na mis que cinq heures pour faire le trajet Fort-Bayard-Pakhoi ; décidément la Chine est en progrès : cinq heures sans fatigue au lieu de cinq jours de dure chevauchée !


    Hanoi

    Congrès Eucharistique : 26-29 novembre 1931.

    Jeudi 26.
    8 heures. Messe de communion pour les enfants européens.
    16 heures. Réunion des enfants européens.
    17 heures. Ouverture du Congrès pour les Annamites. Salut.
    18 h. ½ . Ouverture pour les Européens. Salut.

    Vendredi 27.
    6 heures. Messe, sermon pour les Annamites.
    8 heures. Messe, sermon pour les Européens.
    9 heures. Messe de communion pour les enfants annamites.
    14 heures. Réunion des mères et des jeunes filles (au dessus de 15 ans) annamites.
    17 heures. Sermon, salut pour les Annamites.
    18 h. ½ . Sermon, salut pour les Européens.

    Samedi 28.
    6 heures. Messe, sermon pour les Annamites.
    8 heures. Messe, sermon pour les Européens.
    17 heures. Sermon, salut pour les Annamites.
    18 h. ½ . Sermon, salut pour les Européens.
    Adoration Nocturne.

    Dimanche 29.
    7 heures. Messe, sermon pour les Annamites.
    9 heures. Messe pontificale, sermon pour les Européens

    Chaque jour à 17 heures, à léglise des Martyrs et à St Antoine Salut du St Sacrement avec sermon pour les Annamites.

    Le dimanche, 29, à léglise des Martyrs, à 6, 7 et 8 heures et à St Antoine à 5 ½ et 7 heures, messes avec sermon pour les Annamites.

    Autour du Congrès Eucharistique
    Toutes les entreprises humaines sont marquées du même signe : elles naissent, progressent et meurent. Mais sil y a des progrès dans les étapes et des variétés sans nombre dans la vie de ces uvres, un caractère se retrouve presque partout : lenthousiasme, la fougue et si lon veut, les illusions dorées qui embellissent ordinairement laurore de tout ce qui commence. Cest quil y a quelque chose de si touchant dans un être qui naît à la vie, de telles possibilités dans toute uvre qui débute, quinstinctivement se produit un élan vainqueur de toutes nos sceptiques hésitations.

    Les uvres religieuses néchappent pas complètement à cette loi et jai été surpris de voir lintérêt presque passionné avec lequel dans mon entourage on suivait les étapes du Congrès Eucharistique qui devait se tenir à Hanoï à une date alors indéterminée. Prêtres, séminaristes, chrétiens y prêtaient une attention que jétais loin de soupçonner. Sans doute, toute cette belle ardeur avait bien pour but la glorification de Jésus Hostie, mais il sy mêlait aussi des motifs moins surnaturels. Dabord la nouveauté ; le premier Congrès avait déjà tenu ses solennelles assises à Phat-Diem, mais bien peu de nos chrétiens avaient pu y assister. Limagination se donnait libre cours, mais la grandeur de pareilles manifestations navait pas encore frappé nos regards. Et je me rappellerai longtemps un des plus vieux frères convers du séminaire me disant : Père, tu tao thiên lâp dia chua hê thây bao gio. Depuis la création du ciel et de la terre jamais on na vu pareille chose. Et le bon vieux voulait contempler cette merveille avant de mourir ! Cétait le nunc dimittis de mon brave frère convers ! Donc nouveauté et puis, surtout parmi le clergé et la maison de Dieu, un désir inavoué de ne pas rester en arrière de la vieille Europe, de montrer que lEglise annamite marchait résolument sur ses traces.

    Quoiquil en soit, cest avec une attention soutenue que nous suivions les phases de la préparation du futur Congrès. Mgr Gendreau avait réuni quelques missionnaires et prêtres indigènes pour prendre leur avis : le Congrès se tiendrait à Hanoï, il y aurait des commissions pour la mise au point des détails, etc. etc. Aussi quand la lettre circulaire de Monseigneur vint apporter des certitudes, cest avec un joyeux enthousiasme quelle fut reçue et publiée. Javoue à ma grande honte que cétait bien moi le plus placide. Un Congrès ! oui, triduum Eucharistique clôturé par une procession solennelle. Y avait-il là de quoi exciter un tel enthousiasme ? Vous nous y conduirez, Père, me disaient mes élèves. Voyons, vous figurez-vous que vous êtes indispensables ? Le Congrès se déroulera très bien sans vous. Ce nétait ni lavis des professeurs ni surtout, cela va sans dire, celui des élèves ! Et les bruits de courir. On préparait ceci, telle paroisse faisait cela, la municipalité de Hanoï elle-même élevait un reposoir, pour un peu le Gouverneur Général allait porter le dais. Bref, javais lair dun glaçon égaré sous lardeur des tropiques !

    Cependant, petit à petit, le Congrès prenait tournure : horaire des offices et des réunions, désignation des locaux, sujets à traiter par les prédicateurs et conférenciers, nomination des confesseurs, etc., tout sordonnait, se précisait. Et partout, dans les paroisses et les chrétientés de la Mission de ferventes prières montaient pour le succès du 1er Congrès Eucharistique de Hanoï. Oh ! les dispositions prises ne contentaient pas tout le monde. Le choix du lieu, ralliait généralement tous les suffrages, mais lun aurait voulu que la procession se terminât à la cathédrale, lautre demandait une réunion dans un local public où lon convoquerait même les bouddhistes. Celui-ci réclamait une messe en plein air, celui-là plus de participation des laïcs aux travaux du Congrès. Enfin la récolte du riz serait-elle abondante ou déficitaire, terminée ou non, encore un facteur que faisaient intervenir nos stratèges en chambre pour pronostiquer lheureuse ou malheureuse issue du Congrès.

    Au milieu de toutes ces discussions, le temps suivait son cours, nous approchions de lépoque fixée et personnellement je navais encore reçu aucune direction, quand un beau matin, un mot de notre actif coadjuteur mavertit que Mgr Gendreau désirait la présence des séminaristes aux fêtes du Congrès et que Son Excellence fixait à 15 le nombre de ceux qui devraient y participer. 15 ! ce nombre me rendit rêveur. Si nous vivions au temps des nombres mystiques, jaurais de suite pensé aux 3 Personnes de la Sainte Trinité et aux 12 Apôtres. Mais ces temps sont déjà loin, aussi ce nombre de 15 ne me disait rien qui vaille. Quels seraient les heureux privilégiés et quen penseraient leurs condisciples ?

    Dautre part conduire tout le monde, cétait bien compliqué ! Longueur du voyage, frais de transport, difficulté de se caser et de se restaurer dans une maison qui serait archicomble, la seule Mission de Hanoï devant déjà servir abri et couvert à tous les évêques, à tous les membres du clergé diocésain ou autres et à toutes les personnes faisant partie de la Maison de Dieu. Par ailleurs, ayant fêté mes noces dargent dans le silence le plus absolu, je me sentais bien malgré tout un vague désir de payer un congé à mes élèves. Je crus donc trouver une combinaison en offrant de supporter le surplus des frais du voyage et la permission de conduire toute la maison à la cérémonie de clôture du Congrès. Le P. Vignaud qui sétait chargé de sonder le terrain, me revint sans grand enthousiasme ; avec toute la charité et la discrétion qui le caractérisent, ce bon Père me laissa entendre que je navais pas trouvé la bonne combine et que je ferais plutôt figure de gêneur. Que me dites-vous là, mais je nai nullement lintention de troubler la belle ordonnance du Congrès ! Et de ma plus belle plume, je prévins mes vénérés supérieurs de ne pas prendre mes désirs pour des réalités et que puisque gêne il y avait, je retirais ma proposition. Je métais trop pressé : ayant eu loccasion de faire le voyage de Hanoï, je maperçus de suite que je navais rien compris à laffaire et quen somme, tout pouvait très bien sarranger.

    Ce fut donc en messager de bonne nouvelle que je rentrai au séminaire. La joie fut générale. Enfin on le verrait ce fameux Congrès dont rien de semblable navait jamais eu lieu à Hanoï depuis la création du monde ! Et vite les préparatifs ! Que faire pour figurer dignement dans le cortège ? Médailles en sautoir, baudrier rouge, bleu ? Non, mes enfants, la tenue de la maison : pantalon blanc, tunique noire et cest tout. La sainte simplicité des enfants de Dieu, cest encore la parure qui convient le mieux à des séminaristes. Je vis tout de même que le tailleur reçut une surabondance de commandes et que lon fit des recommandations aux bonnes surs pour le lavage soigné des effets. La vanité ne perd jamais ses droits et puis je naurais tout de même pas voulu introduire mes élèves mal vêtus dans un cortège où certainement nos chrétiens exhiberaient toute la splendeur de leur vestiaire !

    Durant ces préparatifs, la date du Congrès était arrivée ; les Pères Binet et Hoan venaient de nous quitter pour porter la Bonne Parole aux populations de la capitale et les échos nous répétaient que tout annonçait une fête particulièrement réussie. La cathédrale était magnifiquement décorée, les avenues, que devait emprunter la procession, sornaient dune forêt de mâts, et des reposoirs imposants alternaient avec de majestueux arcs de triomphe où sétait donnée libre carrière lingéniosité de nos chrétiens annamites. LAvenir du Tonkin notait même déjà la touchante cérémonie de la communion générale des enfants français montant en rangs pressés à la Sainte Table sous le signe de la Croisade Eucharistique. Monsieur Paliard, Supérieur du séminaire régional de Saint-Sulpice, leur avait prodigué les conseils de sa vieille expérience pendant que dans les autres églises de la ville, nos confrères prêchaient aux fidèles annamites les splendeurs de lEucharistie. Tout marchait bien, le temps était splendide, laffluence énorme et la présence de Son Excellence le Délégué Apostolique et de presque tous les évêques du Tonkin donnait au Congrès une solennité et une ampleur plus que diocésaines.

    Le vendredi toute la presse de Hanoï consacrait des articles à la fête Eucharistique : mesures dordre prises par la police et la troupe, décoration des artères où devait passer la procession, cérémonies et réunions où laffluence se faisait de plus en plus nombreuse. Un journal notait : Le Congrès Eucharistique qui se tient actuellement dans notre bonne ville et y déroule ses magnifiques cérémonies religieuses, a attiré une affluence considérable de chrétiens non seulement de Hanoï mais aussi de lextérieur et même des provinces éloignées. Et après avoir signalé la vibrante allocution du P. Aubert O. P. aux enfants réunis de nouveau à la cathédrale dans la journée de jeudi, il mentionnait encore le chaleureux discours douverture du P. Michaud, Rédemptoriste, et lélévation de pensées du sermon de Monsieur Uzureau, prêtre de Saint-Sulpice. Plus que toutes les autres cérémonies, la messe Pontificale de Mgr Gendreau avait retenu lattention du journaliste : elle fut entendue par une foule vraiment extraordinaire dAnnamites ; commencée à 6 heures, elle ne sacheva quà 8 heures tant le nombre des communions fut considérable.

    Et nous ny étions pas ! Toute ma jeunesse en bouillait dimpatience et je crois bien que les études du séminaire, en cette veille du jour de clôture du Congrès souffrirent fortement de cet émotionnant voisinage Donnez-nous congé, Père, me disaient les jeunes qui sont toujours plus hardis. Je ne donnai pas congé, mais enfin le grand jour arriva.

    Levé dès 3 heures, je pus constater de suite que le ciel, dune pureté admirable, nous présageait une splendide journée. A la vue du croissant de la lune se détachant très pur sur un ciel constellé détoiles, je ne pus mempêcher de murmurer les vers classiques :

    Quel Dieu, quel moissonneur de léternel été
    Avait en sen allant négligemment jeté
    Cette faucille dor dans le champ des étoiles !

    Cétait de la poésie, je ne restais pas sur ces sommets ! Et, après une Messe de communions aux intentions du Congrès et un solide déjeuner, tout le séminaire sébranla vers la gare. Là aussi on parlait de la fête, deux trains sétaient déjà dirigés sur Hanoï. Lun transportait 1.600 voyageurs, lautre 1.800 ; et il nétait pas encore 8 heures. Nos places étaient heureusement réservées, car lorsque arriva le convoi nous pûmes aisément constater quil était bondé. De fait, à larrivée en gare de Hanoï, on compta 2.200 personnes. Dailleurs, le contrôleur lui-même en était quelque peu étonné : Nous avions prévu un train supplémentaire et quatre se sont avérés insuffisants ! En homme pratique, il concluait ; Cest une affaire de 7 à 8.000 piastres pour la compagnie, vous devriez bien de temps en temps tenir de telles réunions religieuses ! Je devais bien en entendre dautres. En gare, lemployé qui nous orientait vers une sortie réservée disait à son tour : Père, hier samedi il y a eu 34.000 voyageurs ! Et, on prétend que les entrées à Hanoï par toutes les voies daccès se sont élevées ce jour-là à 100.000 ! Ce soir dailleurs, la police évaluera à 300.000 le nombre des spectateurs échelonnés sur tout le parcours de la procession. Ce sont presque des chiffres astronomiques et jai quelque peine à les enregistrer. Pour quelle part entraient les chrétiens dans cette affluence ? Les évaluations vont de 60 à 90.000. Mais foin des chiffres ; je navais pas besoin deux pour constater quil y avait foule. Arrivé à la rue de la Mission, jeus toutes les peines du monde à faire entrer les élèves du séminaire dans lenclos de la communauté. Tout le monde y mettait pourtant de la bonne volonté et ce sera la note générale du Congrès : Français, Annamites, autorités, police, tout le monde sy donnait de tout cur. Pas une note discordante et même dans cette foule immense de païens on sentait passer comme une vague de respect sympathique.

    Il était 9 heures ½ et il ne fallait pas songer à assister à la messe pontificale que célébrait à la Cathédrale S. Excellence le Délégué Apostolique. La foule était telle que deux messes en plein air avaient dû être célébrées, lune par un prêtre indigène, lautre par S. E. Mgr Gendreau.

    Je me réfugiai donc à la Mission et là jentendis encore les échos me répéter lextraordinaire succès du Congrès. Jeus même limpression très nette quon avait été débordé et par suite obligé dimproviser sur bien des points ! Cétait le cas pour lAdoration Nocturne du samedi au dimanche. Je pensais bien que la foule annamite avait envahi la cathédrale. Oh ! tous ny prièrent pas toute la nuit et plus dun y fit une oraison de Saint Pierre assez prolongée. Mais je ne pensais pas que nos compatriotes auraient pris une part ni active à cette nocturne amende honorable. Remués par léloquente parole du P. Aubert O. P., les Français vinrent aussi se prosterner aux pieds de Jésus Hostie. Trait significatif : à 1 heure et demie, deux fervents chrétiens Européens de Hanoï, mari et femme, se présentent à la cathédrale pensant trouver à ce moment léglise, sinon, déserte, du moins peu encombrée. Ils entrent, pas une place ; ils remontent la nef, plus de siège vide, et cest dans le chur quils peuvent enfin obtenir une chaise.

    Joie générale, entrain partout, cest la note dominante que je vais retrouver dans ma visite de la ville. Avec le P. Vuillard et le P. Cantaloube qui se fait notre cicérone, jentreprends de parcourir le trajet que suivra ce soir la procession. Nous commençons par la fin : léglise des Martyrs. On y élève un reposoir adossé à langle extérieur de la tour, car il est inutile de vouloir donner la dernière bénédiction dans léglise, le seul cortège lui-même ny tiendrait pas. Et nous voilà tous les trois mêlés au flot humain roulant ses vagues entre deux rives de décorations qui suscitent son admiration. Des magnifiques arcs de triomphe qui jalonnent le parcours, celui de la paroisse de Phu-Ly attire particulièrement les regards ; monté en treillis de bambou, agrémenté de fine vannerie, il dresse à dix mètres son architecture aussi originale quimposante. Et à ses 4 faces, des anges perchés sur des tambours mobiles promènent leurs adorations au gré des vents ! Il en faut peu pour amuser la foule, et tout un groupe de Muongs, chrétiens montagnards amenés par le P. Vacher du Lac Thô lointain, sextasient devant ces merveilles inconnues dans leurs montagnes sauvages. Nous faisons comme eux et au milieu des curieux, des marchands ambulants, abasourdis par les trompes dautos, les cris des tireurs de pousse, nous admirons les banderoles, les arcs tricolores qui traversent la rue, enfin toute cette gamme de tons qui chantent à leur façon sous le radieux soleil de novembre, la gloire de Jésus-Hostie.

    Le soir, dès deux heures, le rassemblement commence et, une bonne heure avant le départ, les 37 groupes qui forment le cortège vont reconnaître leurs emplacements. Ce nest pas une petite affaire de mettre en branle une pareille armée qui couvrira plus dun kilomètre. Mais le service dordre est admirablement fait : tous les services de police y coopèrent et les boy-scouts eux-mêmes doivent souvent faire la haie pour éviter les poussées dune foule qui devient innombrable. Je renonce à décrire ce cortège : noyés dans cette masse, mes élèves et moi nen vîmes que le cadre changeant qui se déroulait au fur et à mesure de notre progression. Mais quand le Saint-Sacrement, précédé par plus de 100 prêtres, suivi de six évêques, parut sur le perron de léglise, dominant la place noire de monde, instinctivement je me rappelai quil ny a pas 60 ans sélevait encore ici une pagode et que la chrétienté dalors comprenait à peine quelques centaines de fidèles ! Et ce souvenir se faisait bien plus prenant encore à mesure quon approchait de la nouvelle église des Martyrs. Nous passions en triomphateurs devant cette citadelle où nos Bienheureux avaient été emprisonnés, nous foulions une terre sur laquelle ils avaient laissé lempreinte de leurs pas ! Mais combien ce rapprochement devait être plus émouvant pour notre vénéré patriarche Monseigneur Gendreau qui voulut suivre jusquau bout cette longue procession car il avait vécu cette période héroïque. Que voyait-on à Hanoï lorsquil y arriva en 1873 ? Une pauvre chrétienté qui se blottissait à labri des paillotes de la Sainte Enfance ! Et, aujourdhui, arrivé au terme dune vie longue et féconde, il pouvait contempler létape parcourue. Vraiment, comme le remarquait Son Excellence le Délégué Apostolique, cétait une date pour léglise de Hanoï, une date qui compterait dans son histoire. Aussi en remerciant Dieu de toutes les grâces dont il nous comble dans ce premier Congrès Eucharistique, nous pouvions et de tout cur chanter avec la liturgie : Te Deum laudamus.

    J. VILLEBONNET
    Supérieur du Petit-Séminaire.


    Vinh

    Nouveau monastère.
    Nous avons annoncé lannée dernière larrivée parmi nous des RR. PP. Franciscains venus pour établir à Vinh un monastère de leur Ordre.

    Après de longs mois de recherches et de démarches, le Supérieur, 1e R. P. Maurice Bertin, put acquérir un terrain denviron 1 hectare et demi agréablement situé à 2 kilomètres de Vinh, entre les deux routes qui descendent à Benthuy ; il commença en mars les travaux de construction et à la fin de novembre le nouveau monastère était prêt à recevoir ses hôtes : six religieux français, dont 4 Pères et 2 Frères, plus un postulant annamite.

    Le R. P. Bertin, qui nen est pas à sa première fondation, nous semble avoir parfaitement réussi celle du couvent de Vinh : tout y est disposé et ordonné avec juste mesure et de façon très pratique, sans rien assurément qui soit contraire à la simplicité et à la pauvreté franciscaines.

    Le monastère comprend dabord un couvent régulier avec toutes les pièces nécessaires pour 11 religieux, plus 3 chambres pour hôtes ou retraitants, et ensuite un noviciat, postulat ou juvénat avec 16 cellules.

    La salle du chapître sert provisoirement de chapelle. Léglise conventuelle sera bâtie au printemps prochain. La première pierre en a été bénite solennellement le 8 décembre par Son Excellence, Mgr Dreyer, Délégué apostolique, qui auparavant avait fait la bénédiction du nouveau couvent, en présence de Mgr Eloy et de plusieurs confrères de la Mission. Voilà donc la cage prête et fort accueillante : fasse le Ciel quelle se peuple bientôt de nombreux oiseaux qui y apprennent à chanter les louanges du Seigneur et à le servir à la manière du Poverello dAssise, cest-à-dire à la perfection !

    Malades. - Quelques semaines après son arrivée, notre nouveau confrère, le Père Defèvre, a eu une crise dappendicite ; une intervention chirurgicale ayant été jugée nécessaire, il est allé à la clinique St-Paul à Hanoi, où lopération a été faite avec plein succès, le 30 novembre. Après un mois de séjour à la Clinique St-Paul, le Père Delalex est allé chercher à Yunnanfu, le sommeil qui depuis longtemps persiste à le fuir ; espérons quil ly trouvera et promptement.

    Misère. Depuis près de deux mois, la province de Vinh na pas de pluie : les plants de riz sèchent sur pied et le repiquage ne pourra se faire ; cest dire que la moisson du 5ème mois est dores et déjà fort compromise et quil faut prévoir une prolongation indéfinie de la famine.


    Hunghoa

    Depuis plus de deux mois, pas la moindre goutte de pluie ! Les semailles et les repiquages ne peuvent se faire, et les jardins potagers sen ressentent. La moisson du 10e mois, par suite de cette sécheresse excessive, ne fut guère abondante ; tous appréhendent quil nen soit de même, au 5e mois de lan prochain.

    La crise économique mondiale se fait sentir un peu partout ; pas dargent chez les riches ; par suite, pas de travail pour les pauvres ! A Tuyên-Quang, les mines de zinc ont cessé tout travail ; de ce fait, une bonne partie de la population chrétienne de cette ville la quittée, les uns, pour regagner leurs villages du Delta, les autres, pour aller chercher fortune dans les diverses exploitations de la Haute-Région ; le Père Gauja, leur Curé si dévoué, les voit, chaque jour, se disperser, la plupart, sans espoir de retour.

    Le 11 novembre, jour de lArmistice, Monsieur Paul Raynaud, Ministre des Colonies, inaugurait, à Sơn-Tây, une nouvelle usine hydraulique, destinée à faciliter lirrigation de cette province, et assistait ensuite à des manuvres, au Camp militaire de Tong. Mgr Albouy et les Missionnaires, qui étaient venus de Hanoi, sétant trouvés sur le passage du cortège, reçurent, les premiers, un aimable salut de Son Excellence. Mgr Ramond navait pu se rendre à Sơn-Tây, mais fut heureux décrire au Ministre, pour lui exprimer, avec ses meilleurs souhaits de bon voyage, lespoir que sa visite en Indo-Chine aurait de grands résultats.

    A cette occasion. le Père Méchet, dont ta belle conduite, à Yên-Bái, lors des événements de février 1930, est connue, a reçu une décoration, celle de Chevalier du Dragon dAnnam. Tout le monde sen est réjoui, dans cette petite ville, où notre cher doyen est aimé de tous. Mais, voilà qui se complique : le Père Méchet, depuis 37 ans, est Officier de ce même Dragon dAnnam! Les Autorités compétentes, en apprenant cela, ont dû être bien embarrassées, et, pour solutionner son cas, voici la réponse quon lui a faite : Vous êtes déjà Officier du Dragon dAnnam, mais à titre local. Cette dignité vous a été conférée par le Roi dAnnam. Le grade, qui vous est accordé, ne fait pas double emploi. Cest la Grande Chancellerie de France, qui vous délivrera le brevet. Autrement dit, il sagit de deux décorations différentes. Le Père Méchet soupçonne fort les fourmis blanches dêtre cause de tout ; elles ont certainement dévoré les archives de lOrdre du Dragon.

    Il a désormais le droit de porter cette décoration en France ; autrefois, même Officier du dit Dragon, il neût pu le faire. Il na encore rien décidé au sujet dune demande de retour en Europe, pour jouir, ne fût-ce quun jour, de ce privilège. Il est content, du reste, que lhonneur de cette décoration revienne à notre chère Société ; la lettre, citée plus haut, le dit clairement : En vous proposant, nous avons simplement voulu honorer une uvre, et montrer au Ministre que nous noublions pas les artisans les meilleurs, bien que les plus modestes, de notre civilisation.

    Le Père Pichaud, lui, nest même pas Chevalier de lOrdre du Poireau, malgré ses nombreuses connaissances en Botanique ; mais, il aime Ste Thérèse de lEnfant-Jésus, et, maintes fois déjà, a profité de sa protection. Une fois de plus, il a pu apprécier lefficacité de son intercession. Il y a près de deux mois, il partait de Hunghoa, en bicyclette ; une petite sacoche, fixée sur le guidon, contenait sa montre, son bréviaire, ses lunettes, et son viatique, soit 60 $ (au taux actuel : 600 francs). En cours de route, notre Confrère perdait la dite sacoche ; rentré chez lui, il sen aperçut ; mais, que faire ? où la rechercher ? Il ne savait en quel coin de la forêt elle était tombée. Quelques jours plus tard, il apprit quune fillette dune dizaine dannées lavait ramassée, en face de sa maison, et, bonne aubaine ! lavait rapportée à ses parents. Envoyer le sous-chef de canton, chrétien du village de Gia-Thanh, interroger la famille en question, et réclamer la dite sacoche, fut laffaire de quelques heures ; mais, tous de nier énergiquement ; ni père, ni mère, ni fillette, personne navait rien vu, on ne savait de quoi il sagissait.

    Notre Confrère ne gardait aucun espoir de rentrer en possession de son bien ; déjà, il songeait à acheter un nouveau bréviaire, et à demander au Procureur quelques subsides. Lidée lui vint alors de commencer une neuvaine à Ste Thérèse de lEnfant-Jésus ; cétait le 28 octobre. Le 1er novembre, la fillette, qui avait trouvé la sacoche, tombait malade ; des douleurs dentrailles la tenaient jour et nuit ; aucun remède, ni les simples du pays, ni les médecines chinoises, rien ne la soulageait. Sa mère, surtout, était inquiète ; cette femme se rappelait que, jadis, elle avait été baptisée, et que, suivant lexemple de ses parents, elle avait abandonné sa religion ; le 2, au soir, elle promit, de rendre au Père la sacoche, si sa fille revenait à la santé. Soudainement les douleurs diminuèrent, et le lendemain, lenfant était guérie. La mère oublia vite sa promesse ; alléchée par les piastres, elle ne voulait plus restituer. A nouveau, la petite malade fut reprise de ses douleurs, et plus gravement que les jours précédents.

    Dans la nuit du 5 au 6 novembre, un sorcier vint hypnotiser un membre de la famille ; les diverses incantations terminées, quel ne fut pas létonnement de tous, en lentendant dire ces paroles : Largent, que vous avez trouvé, cest le bien des âmes ; vous ne pouvez le garder ; autrement, ces âmes ne vous laisseront aucun repos, et vous mourrez tous. Leffet fut complet ; aussitôt, la mère rapporta au Père Pichaud la sacoche ; il y retrouvait son bréviaire, sa montre, et 40 $. Quelques jours après, un individu du voisinage, rapportait, à son tour les lunettes et 4 $, que lui avait données cette même femme ; en outre, le mandarin, qui avait eu vent de laffaire, obligeait celle-ci à restituer le reliquat de la somme perdue par le Père. Et, ainsi, Ste Thérèse de lEnfant-Jésus avait protégé son dévot serviteur ; les chrétiens sont émerveillés de la rapidité, avec laquelle elle exauce ceux qui recourent à son intercession, et nul doute quà lavenir ils ne la prient avec plus de confiance !

    Le 23 novembre, Mgr Albouy, Vicaire Apostolique de Nanning, et le Père Caysac, de cette même Mission, arrivaient à Hưng-Hoá ; ils venaient rendre visite à Mgr Ramond, comme eux, de Rodez. Quelques petites promenades, autour de notre centre urbain, leur permirent dapprécier la beauté de notre région ; une chose, surtout, leur plaisait, le calme et la tranquillité ; cest si rare en Chine ! Deux jours après, ils allaient voir le Petit-Séminaire de
    Hà-Thạch, et, de là, regagnaient Hanoi, pour y assister au Congrès Eucharistique.


    Phatdiem

    6 décembre.

    Mgr Marcou, son coadjuteur Mgr De Cooman, le P. Alfred Barbier et un prêtre annamite sont allés représenter la Mission au Congrès Eucharistique diocésain de Hanoi. Dans une réunion qui groupait tous les évêques et tous les prêtres venus prendre part à cette manifestation religieuse, Mgr Dreyer, Délégué Apostolique de lIndochine, a annoncé que le Saint Siège avait nommé Mgr Marcou Assistant au Trône Pontifical et Comte Romain ; ensuite, tout en félicitant le prélat de cette haute dignité, S. E. noublia pas de rappeler que lère des Congrès Eucharistiques, en Indochine, avait été ouverte à Phatdiem, au mois davril 1928.

    Ceux qui connaissent le Vicaire Apostolique de Phatdiem, et plus particulièrement ceux qui savent quelle uvre magnifique il a accomplie dans cette Mission depuis sa fondation en 1901, se réjouiront dapprendre quune fois de plus le Saint Siège a su découvrir le vrai mérite, si caché voulût-il être. La récompense, les hommes de Dieu ne lattendent pas ici-bas, et ce serait leur faire injure de croire que parfois ils sarrêtent à en désirer une part pour cette vie ; cependant, nous qui savons combien, depuis toujours, le vénéré Evêque de Phatdiem a le culte du Pape profondément ancré dans le cur, nous croyons ne pas nous tromper en affirmant quil a dû tressaillir démotion. en voyant que Pie XI sétait penché sur ses 52 ans de vie apostolique et ses 36 ans dépiscopat pour lui dire : Mon fils, je suis content de vous.

    Du 15 au 19 novembre nous avons eu le plaisir de posséder parmi nous S. E. Mgr Albouy et le P. Caysac. Ils ont visité les séminaires et plusieurs postes de la Mission : Thanh-hoa, Ninhbinh et Phucdia.


    Hué

    Consécration de léglise Cathédrale de Hué.
    Le 15 novembre, de bon matin, on entendait à Hué les cloches carillonner joyeusement, invitant les fidèles à une cérémonie que lon voit rarement, surtout en pays de Mission : Mgr le Vicaire apostolique allait consacrer ce jour-là léglise de Phủ-Cam, cathédrale du Vicariat Apostolique de Hué. Phủ-Cam est une vieille chrétienté denviron 2500 chrétiens, située aux portes de Hué. Cest sur son territoire que se trouve le Palais de la Délégation Apostolique de lIndo-Chine et tout à côté que résident Mgr Chabanon, Vicaire Apostolique, et Mgr Allys, évêque démissionnaire.

    La cérémonie de la consécration avait été fixée à un dimanche pour que les chrétiens pûssent plus facilement y assister, surtout ceux (et ils sont très nombreux) qui travaillent dans les bureaux de lAdministration Française et du Gouvernement Annamite ou sont employés chez les commerçants et les industriels. Par contre, le dimanche, missionnaires et prêtres indigènes sont retenus par leur ministère, en sorte que le nombre fut très restreint des prêtres qui purent assister à la cérémonie.

    Les rites grandioses mais compliqués de la consécration de léglise furent accomplis avec toute la perfection désirable, tant le vénérable célébrant et les séminaristes qui lassistaient mirent dattention et de piété dans lexécution des cérémonies, quils avaient préparées avec soin. De son côté le P. Stffler, curé de la paroisse, sétait donné beaucoup de peine depuis plusieurs semaines, pour tout prévoir jusque dans les moindres détails, et tout préparer comme il le fallait. La chorale du Grand Séminaire exécuta avec exactitude les chants nombreux et variés qui accompagnent les rites sacrés.

    Une foule considérable de chrétiens et de païens était accourue au spectacle insolite de cette journée. Elle entourait léglise de ses flots pressés, mais pour éviter les bousculades et lencombrement, on ne laissa pénétrer à lintérieur, au moment permis par le Cérémonial, que les chrétiens de la paroisse. Son Exc. Mgr le Délégué Apostolique tint à honneur de venir présider à son trône la partie la plus importante de la longue cérémonie. La paroisse de Phủ-Cam a donné déjà de nombreux prêtres au diocèse de Hué ; elle compte encore plusieurs séminaristes dans les deux séminaires : aussi en considération de cette fécondité spirituelle, ce fut à quatre prêtres originaires de la paroisse que fut confié lhonneur de porter les saintes reliques destinées à la consécration de lautel, à la procession solennelle autour de léglise.

    Il était près de midi et demi quand prit fin limposante cérémonie, commencée un peu après sept heures. Nos Seigneurs les Evêques et les prêtres présents reçurent alors dans un salon aménagé à cet effet, les salutations et les remerciements des notables de la chrétienté ; puis deux paroissiens de Phủ-Cam, lun, interprète à la Résidence Supérieure, lautre, agent technique des Travaux Publics, exprimèrent en annamite et en français les sentiments de joie débordante et de légitime fierté en voyant leur église paroissiale recevoir les honneurs de la consécration, sentiments de reconnaissance envers tous ceux à qui lon devait cette grande journée. Et ce fut loccasion de faire lhistorique de léglise.

    La reconnaissance des paroissiens monte en effet tout dabord vers les deux curés constructeurs de léglise : le P. Allys, devenu Mgr Allys, que ses infirmités, hélas ! empêchent dassister à la fête daujourdhui ; et le P. Stffler actuellement à la tête de la paroisse. Nommé curé de Phủ-Cam en 1885, le P. Allys éleva aussitôt une petite chapelle provisoire ; en 1897 il commença la construction de léglise actuelle. Les travaux durèrent plus de cinq ans. Lédifice, couronné de deux tours, était de vastes proportions et bien situé sur une petite colline dominant Hué ; mais il restait à laménager, à le meubler, à lembellir. Ce fut luvre du P. Stffler, qui succéda au P. Allys quand ce dernier fut nommé évêque. Voilà une vingtaine dannées que le P. Stffler est en charge, et depuis le premier jour son église a été lobjet incessant de ses préoccupations et de ses soins. Il a agrandi le sanctuaire, élevé un magnifique autel monumental, construit une chaire en bois sculpté, une tribune en ciment armé, placé une table de communion artistique ; la partie supérieure de léglise a été complétée dune voûte et douvrages divers en bois travaillé, les bas-côtés élargis et ornés de jolis autels, le sanctuaire garni de stalles élégantes.

    Tels sont les principaux travaux exécutés par le P. Stffler pour parfaire luvre de son vénérable prédécesseur. Mais le zèle des deux Pasteurs fut admirablement secondé par la bonne volonté et la générosité des paroissiens : notables et gens du peuple, mandarins et secrétaires du Gouvernement, commerçants et industriels, laboureurs et ouvriers, tous ont eu à cur la construction et lembellissement de leur église. La paroisse de Phủ-Cam nayant pas de revenus, cest surtout grâce à la générosité des paroissiens que les travaux ont pu être exécutés. Bien que la grande majorité soit pauvre et que beaucoup même gagnent péniblement leur vie, ils ont à plusieurs reprises ouvert largement leur bourse, chacun selon ses moyens. Les chrétiens de Phủ-Cam ont donc droit à de sincères félicitations, car ils ont été bien méritants.

    Ces deux intéressants discours terminés et chaleureusement applaudis, Mgr le Délégué Apostolique adressa à lassistance une courte mais chaude allocution. Enfin, après la nourriture de lâme et celle de lesprit vint celle du corps. Je dis enfin, car lAngelus de midi avait sonné depuis fort longtemps quand on se mit à table. Autour de Mgr Dreyer et de Mgr Chabanon, les missionnaires, les prêtres indigènes et le Grand Séminaire. Pendant que chacun faisait honneur à lexcellent menu offert par la chrétienté, la fanfare royale faisait entendre de lexcellente musique. A la fin du repas, Mgr le Délégué Apostolique félicita en termes délicats tous ceux qui avaient concouru aux splendeurs de cette journée, depuis Mgr le Consécrateur jusquau Cérémoniaire, en passant par le Curé et le Vicaire de la paroisse. Mgr Chabanon unit sa voix à celle de Mgr Dreyer pour féliciter le P. Stffler, lui disant notamment : Si léglise de Phủ-Cam a pu devenir digne de recevoir la consécration, elle le doit avant tout au zèle ardent que vous avez pour la maison de Dieu. Vous avez été non seulement un zélé mais encore un audacieux : mais audaces fortuna juvat. Et Mgr Dreyer dajouter : Nallez pas maintenant entonner votre Nunc dimittis : il y a encore à doter votre école dun local convenable, et bien dautres uvres paroissiales à mettre sur pied. Et le bon P. Stffler, dont, toute cette journée, la joie rayonnante fait plaisir à voir, de sourire doucement dans sa barbe fleurie, comme sil disait : Bien que jaie bientôt soixante-dix ans, avec la grâce de Dieu non recuso laborem.

    Pendant trois jours ce fut grande liesse dans toute la chrétienté. Les fêtes avaient commencé la veille au soir par une magnifique retraite aux flambeaux. On y promena, au milieu de lallégresse populaire, les reproductions, artistement exécutées avec les proportions bien gardées, de léglise, de lautel, de la future école, etc.; il y avait aussi des personnages : les chrétiens entrant à léglise et en sortant, la chorale autour du maître de chur, lorganiste jouant de lharmonium, les bonnes surs au milieu de leurs élèves... Et tous ces personnages sanimaient, à la grande joie des spectateurs, quand on tirait les ficelles habilement dissimulées. Travaux qui avaient demandé une grande patience, unie à beaucoup de talent, et qui eurent un légitime succès.

    Pendant toute la durée de la fête, léglise, les avenues, les maisons particulières étaient pavoisées de drapeaux et de guirlandes aux mille couleurs et tous les soirs il y avait illumination générale. La place et lavenue de la cathédrale offraient alors un spectacle féerique : partout des lanternes multicolores jetaient des feux de toute part, animant les arcs de triomphe, les massifs de verdure, les trophées doriflammes et de drapeaux, cependant que, dans le fond, la cathédrale, illuminée de milliers de lampes et dampoules électriques, dégageait en traits de lumière toutes les lignes de sa façade, mettant dans un beau relief la statue de la Vierge souriante baignée de lumière. Devant cette splendeur de lEpouse mystique du Christ nouvellement consacrée, on ne pouvait sempêcher de redire les paroles de la Sainte Liturgie : Vidi civitatem sanctam... descendentem de clo... paratam sicut sponsam ornatam viro suo. Chaque soir aussi jusquà une heure avancée de la nuit, il y eut dinnocentes comédies et tragédies en plein air, devant une foule innombrable de chrétiens et de païens, accourus des diverses chrétientés et des nombreux villages des environs. Heureux les Annamites, disait Mgr Dreyer, tant quils ne connaîtront que des amusements simples et honnêtes comme ceux de ces jours-ci!

    Cette belle fête, parfaitement réussie à tous les points de vue et favorisée dun temps splendide, a pris fin, mais ceux qui en ont été les heureux témoins en garderont longtemps le souvenir, et les grâces précieuses que la consécration de léglise paroissiale et cathédrale a attirées sur la chrétienté de Phủ-Cam et sur la Mission de Hué, demeureront à jamais : Ecce tabernaculum Dei cum hominibus et habitabit cum eis, et ipsi populus ejus erunt, et ipse Deus eis erit eorum Deus. (Apoc. XXI, 3).

    1er Décembre.

    Nouvelles.
    Le 11 Novembre, anniversaire de lArmistice, Mgr le Vicaire Apostolique a célébré, selon lusage, la messe à léglise française S. François-Xavier. A cette messe assistaient les Autorités françaises et annamites, ayant à leur tête M. le Résident Supérieur Châtel et S. A. R. le Régent. Mgr le Délégué Apostolique, entouré des missionnaires de Hué, rehaussait de sa présence la pieuse et patriotique cérémonie. La population française était venue très nombreuse : léglise était pleine comme aux grands jours de fête. Le Grand Séminaire prêta son concours pour les cérémonies et le chant. La fanfare de la Garde Indigène, à peine de retour de lExposition Coloniale de Paris, tint à honneur de jouer quelques morceaux, malgré la fatigue de la récente traversée. La messe fut suivie dun Te Deum solennel.

    Voici les dernières nouvelles reçues de nos confrères qui sont en France. Le P. Lemasle a ressenti une amélioration dans son état de santé après quelques semaines de repos en Normandie, son pays natal, et une saison à Vichy. Néanmoins les médecins spécialistes ont jugé indispensable une intervention chirurgicale. Bien que lopération fût très douloureuse et très délicate, notre cher Provicaire sy est résigné, pour être à même de revenir travailler dans sa Mission. Un télégramme reçu le 25 novembre, huit jours après lopération, nous a appris que létat du malade était aussi satisfaisant que possible. Le P. Dancette, après une visite de quelques jours à sa famille, est entré dans un sanatorium à Thorenc, dans les Alpes Maritimes, avec lassurance dy retrouver assez rapidement les forces qui lui sont nécessaires pour fournir une longue carrière en Mission. Et de fait, quelques semaines seulement de traitement lui ont procuré déjà une amélioration sensible. Du P. Max de Pirey nous navons encore que des nouvelles quil a envoyées pendant la traversée. Elles étaient bonnes. Le voilà actuellement arrivé, certainement à bon port. A nos trois chers malades vont toute notre sympathie et nos meilleurs vux de prompt et parfait rétablissement.

    Ont été dernièrement de passage à Hué, le P. Brun, de Hanoi, venu passer quelques jours au monastère de Phước-Sơn ; le P. Bétin, de Chungking, qui revient de France et va rendre visite à son cousin le P. Gantier, de Vinh ; enfin le R. P. Vautier, Bénédictin de labbaye de S. Wandrille. Ce dernier parcourt le continent Asiatique pour colliger, nous a-t-il dit, des documents sur la Perse. Cest un savant doublé dun amateur de sites pittoresques et de collines escarpées.


    Birmanie Septentrionale

    Bénédiction de léglise de Naunglaing.
    Jenvoie au Bulletin ces quelques lignes, pour faire une amende honorable très humble au P. Roche de Naunglaing ; tarda pnitentia... de tous ceux quil a invités à la bénédiction de son église et à la cérémonie extérieure de ses noces dargent de prêtrise, personne na songé à le remercier dans le Bulletin ; je prends la liberté de le faire en leur nom.

    Le dimanche 10 mai 1931 restera célèbre dans les fastes de lhistoire de la mission Shane ; ce jour-là Sa Grandeur Mgr Falière entouré de quelques confrères bénit léglise de Naunglaing, nouvellement construite par le P. Roche. Ce même jour on fêta le 25ème anniversaire de son ordination. Il faut dire que cette fête avait été retardée pour attendre la bénédiction de léglise.

    Etant un vulgaire profane, je ne puis guère apprécier à sa juste valeur ce beau travail ; je soupçonne bien un peu quelques-unes des difficultés quil a dû rencontrer pour mener à bonne fin cette entreprise.

    Dabord, vaincre les préjugés : Ah ! vous voulez bâtir une église en briques à Naunglaing, chez les Shans, des néophytes. Vous ne savez pas sils tiendront.... Entre nous cétait la prudence du siècle qui parlait de la sorte ; mais la Bonne Providence se chargea de répondre en envoyant chez le P. Roche un missionnaire missionnant des Indes, le P. Godec qui était venu faire un tour en Birmanie. Quand il vit ce village de nouveaux chrétiens bien groupés et commençant à vivre la vie paroissiale, il dit au P. Roche : Vous voulez établir définitivement ce village ? Bâtissez une église qui dure et lui aussi durera. Le P. Roche était tout converti à cette idée.

    Il y eut, les difficultés de travail.... Pas douvriers dans ces pays nouveaux qui, il y a 40 ans, étaient la brousse impénétrable. Il fallut recruter des maçons... bons ou mauvais, il fallait les payer fort cher. Et les matériaux ? Mais quand on est lami du P. Lafon on trouve chaux et ciment, et même de la ferraille pour faire du ciment armé.... Il y en a à Naunglaing... et du fameux ciment japonais qui na quune différence avec les marques dEurope cest quil coûte la moitié moins...

    Car il y avait une difficulté financière. Le P. Roche la surmontée comme les autres. Comment ? Cest un miracle qui a duré deux ou trois ans.... Pourquoi ne continuerait-il pas ? Il faut vous dire que le P. Roche est un enfant du P. Chevrier. Il a appris au Prado à avoir en la Providence une confiance sans bornes.

    Enfin, son église est terminée ; il manque néanmoins le clocher.... Il ne peut tarder à venir lui aussi, puisquil y a trois cloches à loger.

    Parmi les présents autour de Sa Grandeur on remarquait le P. Herr, provicaire, de Bhamo ; le P. Mamy de Rangoon qui navait pas craint dentreprendre ce long voyage quest la traversée de toute la Birmanie dun bout à lautre, par une chaleur de 45º et 46º à lombre. Le P. Lafon était venu aussi, et je crois quil a trouvé que ses matériaux navaient pas été trop mal employés. Ce qui ajouta un charme tout particulier à la fête, cest que le P. Roche avait comme hôtes à cette occasion deux co-partants de novembre 1904, le P. Mamy et le soussigné.

    Le 10 mai donc fut le jour de la fête, mais dès la veille, Shans et Katchins, Chrétiens et catéchumènes, même les payens étaient accourus. Il meût été bien difficile de distinguer les chrétiens des payens car ils étaient tous en habits de fête et tous venaient saluer les Pères, avec la même politesse.

    Le nombre des présents, me demanderez-vous ?... Attendez on a dévoré des bufs, des cochons, des poules, des canards... en nombre calculable évidemment, mais pas calculé. Tous les jeunes gens du village ont été occupés à tuer, écorcher, découper pendant trois jours ; les jeunes filles à cuire le riz, les hommes et femmes de moyen-âge à préparer le carry ; pendant trois jours le feu des cuisines ne séteignit pas, et je vous assure que ça sentait bon.

    Je vous dirai tout de suite que la fête de lestomac fut un succès réel ; je nai rien lu dans les Lettres Edifiantes qui approche de cela.

    Quant à la fête religieuse, jugez vous-même : la veille, nombreuses confessions Shanes, Katchines et Birmanes... On voyait les pénitents bien recueillis. Le lendemain aux nombreuses messes, communions bien préparées ; une atmosphère de foi et de piété.

    Vers 8 heures, Mgr bénit léglise ; suivit une messe pontificale. Naunglaing navait jamais rien vu de pareil. Nétant pas expert en rubriques, je me contenterai den dire que tout fut pour moi dune grande édification. Du reste le P. Lafon était cérémoniaire, cest une garantie que tout sest très bien passé. Nous avons eu un beau sermon en Shan ; le P. Roche dans une vraie chaire qui défiera les plus tonitruants orateurs, puisquelle est en ciment armé, nous tint pendant 20 minutes sous le charme de son éloquence ; il avait pris pour texte : Benedic Domine, domum istam quam ædificavi nomini tuo. Venientium, in loco isto exaudi preces. Evidemment, cest tout ce que nous comprîmes, mais lauditoire était pour nous un manomètre infaillible, car les assistants, chrétiens et payens, le buvaient des yeux.

    La messe à peine terminée, le grand chahut commença ; il devait en être ainsi du temps de Nabuchodonosor... universum genus musicorum... ça ne devait finir que le lendemain. Les Katchins commencèrent une danse à eux ; ils se mettent lun derrière lautre en longue file, et ils avancent au son du tambour avec un pas de danse très savant et assez grâcieux.

    Les Shans commencèrent leur représentation sur un théâtre. A noter que les acteurs ne disent rien sans danser ; ce sont de vraies cabrioles ; jimagine que cest le style des Ballets du Grand Opéra ; mais la danse Katchine est comparable aux menuets du XVII siècle.

    Parlons un peu des agapes fraternelles. Lappétit était en forme, la gaîté ne manquait pas. Le P. Roche attendit, comme aux noces de Canna, la fin du repas pour nous déboucher un muscat qui attendait cette fête depuis deux ans. Mr Girardon, je ne connaissais pas le muscat qui porte ici votre nom ; mais je puis vous affirmer que je nai jamais bu si bonne piquette ; il est généreux et porte à léloquence... car on a porté des toastes, on y a dit de très belles choses, mais on me pardonnera si je nai pas pris de notes.

    Pendant ce temps Shans et Katchins sétaient réunis pour saluer Sa Grandeur et féliciter le P. Roche et le remercier. Ce fut la fête du cur. Cétait une preuve que 27 ans de labeur ne sont pas restés stériles. Les Shans aiment le P. Roche et par lui ils aimeront leur religion.

    Le soir le P. Lafon fut délégué pour bénir les trois belles cloches qui attendent leur clocher.

    Toute fête a son lendemain ; celui-là fut très édifiant : Cétait le lundi des Rogations et nous fûmes les témoins émerveillés dune procession des Rogations à travers la campagne. Y a-t-il beaucoup de paroisses fondées depuis longtemps où lon fait ces processions ? Le P. Roche a raison ; faire une paroisse modèle, avec une vie chrétienne aussi intense que possible, elle fera tache dhuile.

    Il nous fallait repartir pour arriver avant lAscension ; nous nous arrêtâmes à Bhamo pour prendre le bateau du mardi. Le soir après souper le P. Roche vint nous rencontrer ; il amenait avec lui un Sawbwa (un Raja) Shan qui avait fait 5 jours de marche pour venir assister à la fête ; la pluie lavait retardé en route et il était arrivé trop tard, mais il voulait saluer Mgr, et recevoir sa bénédiction. Cette visite en dit long. Cest pourquoi je répète que la bénédiction de léglise de Naunglaing est une date dans lhistoire des Shans chinois... quant à vous chers lecteurs :
    Rogate Dominum messis ut mittat operarios ad messem suam.

    J. BASTIDE

    12 novembre.
    Je me priverai de vous parler du malheur des temps, de la chute de la livre anglaise et de la politique ; les journaux en sont pleins. Ce quils nont pas dit, cest les changements apportés à lévêché de Mandalay.

    Je ne sais pas si le dicton : Post hoc, ergo propter hoc, sapplique ici, mais la visite de notre cher Procureur le P. Thibaud pourrait bien avoir quelque chose à faire dans ces changements. Quil en soit remercié.

    La maison branlante qui servait autrefois dévêché, a été consolidée et rendue plus confortable ; le pigeonnier que les évêques ont habité depuis trente ans a été rendu à son usage : cétait une véranda. Mgr et son Procureur sont allés habiter une maison attenante qui avait été donnée à la mission par un riche chrétien. Toutes les cahutes qui encombraient lenclos de la mission ont été démolies ; on pourra vivre maintenant et respirer. Ce nest pas tout à fait un palais épiscopal, mais nous sommes sur le chemin.

    La retraite de nos prêtres birmans sest terminée le 8. Elle a été prêchée par le P. Lafon ; et ce même jour notre évêque a ordonné deux prêtres, les PP. Alexandre et Laurent.

    Le lendemain lun deux a célébré sa première messe à la cathédrale, et le P. Alexandre à léglise tamoule ; après lévangile il sest lui-même présenté à la congrégation des fidèles dans une allocution en anglais, si bien que le P. Govéas, le digne recteur de la mission tamoule, a dû rentrer le sermon de circonstance quil avait préparé.

    Le 18 au soir commencera la retraite des missionnaires. Tous seront présents ; même le P. Gilhodes qui va descendre de ses montagnes Katchines. Espérons bien que cet événement ne sera pas le prélude dun tremblement de terre.

    Nous attendons la visite de Mgr le Supérieur Général ; ce sera une flying visit, bien quil ne vienne pas nous voir en aéroplane. Aussi nous allons profiter de chacune de ses minutes. Il sera si intéressant dentendre parler de notre chère Société, et de notre 128 qui pour beaucoup est loin, dans le nébuleux souvenir de notre jeunesse apostolique.

    27 novembre.

    Novembre est généralement ici le mois des retraites; nous avons eu du 4 au 8 la retraite des Prêtres Indigènes prêchée par le P. Lafon ; puis est venue la nôtre du 18 au 22, laquelle sest clôturée par une fête que la Mission de Haute Birmanie navait jamais vue, je veux dire le Jubilé Épiscopal de Mgr Foulquier.

    Malgré sa quasi cécité, le vénérable Jubilaire voulut chanter une messe pontificale. Mgr Falière était au trône ; toutes les fonctions, porte-mitre, porte-crosse, porte-livre, porte-bougeoir, acolytes, thuriféraire, sous-diacre et diacre, cérémoniaire et prêtre assistant, étaient remplies par les missionnaires. Si lon veut en croire le maître des cérémonies, le benjamin de la mission, toutes les cérémonies se déroulèrent dans lordre le plus parfait, à rendre jaloux le P. Sy.

    Après la messe, les paroissiens de la Cathédrale se réunirent dans lenclos de la cathédrale face au clocher pour offrir leurs félicitations et leurs vux au Jubilaire qui avait pris place sous le porche avec tout le clergé, et ils lui présentèrent le fruit dune abondante collecte faite parmi eux. Après la paroisse de la cathédrale défilèrent les paroisses birmane, indienne et chinoise. Ce fut un véritable jour de triomphe pour le vieil évêque qui, trop ému pour répondre longuement à tous, dut se contenter de quelques mots de remercîment et de... protestation contre ce quil appelait un Panégyrique outré, demandant à ses enfants dautrefois et de toujours de renvoyer à Dieu seul tout lhonneur du bien accompli pendant son épiscopat.

    Le lendemain même de ce jour mémorable, Mgr de Guébriant arrivait à Mandalay. Autre joie que le Bon Dieu nous ménageait à la fin de notre retraite. Mgr le Supérieur ne passa que 2 jours avec nous, mais ce furent 2 journées bien remplies. Il put sentretenir avec tout le monde et se rendre compte des difficultés spéciales de cette mission que plus que jamais il qualifie de curieuse et difficile. Il nous quitta le 25, emmenant le P. Merceur dont la santé laisse à désirer et quun voyage à Hongkong remettra sur pied.


    Laos

    14 novembre.

    Notre Benjamin, le P. Tenaud, nous est arrivé à Nongseng le 31 octobre, à 4 h. et demie du matin, tout frais, les lèvres roses. Dire quon a peut-être été comme ça frais et rose, mais voilà longtemps ! Il arrive à la bonne époque, au début de notre hiver, un hiver laotien, c-à-d qui na rien dexagéré.

    Fin octobre, le P. Boher nous a donné une belle peur : crises violentes de colique, cur qui se mettait en grève ; le cher Père a reçu lExtrême-onction. Dieu merci, il va mieux ; 15 grands jours dhôpital à Thakhek, les soins très dévoués du docteur, lont remis sur pieds à peu près. Il est revenu au milieu de ses élèves qui lattendaient avec impatience et lont reçu avec joie.

    Le P. Jouve nous a quittés le 7 novembre pour un congé de six mois en France.

    Une véritable catastrophe vient de frapper la famille royale de Luang Prabang. Un certain nombre denfants et de parents du roi descendaient le fleuve Mekhong sur la pirogue royale, par nuit noire. Lembarcation a touché un rocher et coulé à pic, assez loin de tout village : 13 morts de la famille royale dont 4 enfants du roi. Cest un deuil général dans le royaume.

    Notre beau fleuve a de ces traîtrises. Dernièrement deux fonctionnaires Siamois de Lakhone traversaient le fleuve en barque, un coup de vent et tous les deux se sont noyés. Lun deux était catholique et a été enterré à Nongseng. Tous les fonctionnaires Siamois de Lakhone, chef-lieu de province, assistèrent à la cérémonie funèbre. Leur tenue à léglise fut parfaite, et tous admirèrent le respect que lEglise catholique a pour ses morts et les rites avec lesquels elle les conduits à leur dernière demeure.

    Depuis deux mois et plus nous avons un service régulier davions Khorat-Lakhone. Le camp daviation est à un kilomètre de la mission. On quitte Khorat à 7 h. du matin (la veille de Bangkok par chemin de fer) et à midi 20 on est arrivé. Prière davertir le procureur et on attend pour déjeuner.

    Le lointain et mystérieux Laos souvre au progrès sur les ailes de laviation. Les chemins de fer restent à la traîne. Le prospectus daviation imprimé à Bangkok dit : Nous, les ailes, 150 kilom. à lheure, lautomobile, à la belle saison, la saison sèche, quand il peut passer à travers les rizières, de 14 à 16 h. pour 100 kilom. et, ma foi, il a un peu raison au moins pour cette année.

    Pour venir à la retraite qui commence le 22, les Pères de louest vont être obligés de revenir au vieux système : cheval ou charrettes.


    Pondichéry

    novembre.

    Le Trait dUnion.
    Le jeudi 29 octobre, un peu avant midi, S. E. Monseigneur de Guébriant arrive à Pondichéry où une quarantaine de Pères sont réunis pour le saluer et recevoir ses avis. Avant le dîner Mgr Colas lui adresse quelques mots de bienvenue auxquels il répond avec beaucoup de cur et dà-propos.

    A 3 h. ½ , nous étions tous réunis de nouveau, malgré une pluie battante, pour écouter la causerie quil avait bien voulu nous promettre. Il nous tint sous le charme de sa parole pendant une heure, nous parlant de la Société, de ses titres de gloire, de ses traditions et de toutes les raisons que nous avons de laimer et den être fiers. Il nous rappela, en terminant, que nous étions une Société de défricheurs, une Société de convertisseurs par excellence et quil était de notre devoir à tous de travailler toujours et partout à amener de nouvelles brebis au bercail. Quelquun lui ayant demandé où en était le recrutement de la Société, Sa Grandeur répondit que des mesures venaient dêtre prises dont elle attendait les plus heureux résultats.

    Le lendemain, Mgr de Guébriant dit sa messe à la cathédrale. Il pleut à verse toute la matinée. A 10 h., visite au Gouverneur, aux établissements de la ville. Dans laprès-midi, réception au grand-séminaire et au séminaire-collège, visite à Nellitope.

    A 7 h., causerie sur la France. Sa Grandeur nous parle de la patrie, de lEglise de France qui apparaît de plus en plus vivante et agissante. Il fait bon lentendre. Elle nous cite plusieurs faits concrets qui prouvent quun esprit nouveau vraiment règne là-bas et que lEglise gagne du terrain partout.

    Le samedi, messe au grand-séminaire, puis départ pour Tindivanam. Mgr Colas accompagne lillustre Visiteur et ne le quittera quaux confins de la mission. Sa Grandeur est enthousiasmée par ce quelle voit à Tindivanam et félicite vivement le P. Gavan Duffy de ce quil a fait et fait encore pour léducation des enfants. Le dimanche matin, Mgr de Guébriant quitte Tindivanam, sarrête un instant à Gingee et à Attipakkam et est à Eraiyur à midi. Le lendemain, jour des morts, il peut se rendre compte de la ferveur et de la bonne tenue des chrétiens qui emplissent léglise longtemps avant le jour, assistent pieusement à toutes les messes qui se célèbrent, et communient presque tous. A 9 h. du matin, arrivée chez le P. Daniel à Kallakurchi. Cest là que Mgr Colas prend congé de Mgr de Guébriant qui se dirige ensuite sur Salem.

    Je ne trahis aucun secret en disant que le vénéré Visiteur a emporté un excellent souvenir de Pondichéry. Dans tous les cas, il a gagné tous les curs ici, et le seul regret est que la visite ait été si courte. Que Dieu le garde et le protège !

    Le 4 Novembre, arrivée en rade de lAmboise amenant à Pondichéry deux Frères de St. Gabriel. Les Pères à bord sont venus passer la journée à la Mission. Cétaient : le P. Dérédec de Malacca, un Chanoine de St. Augustin pour Bangalore, un P. Dominicain espagnol en route pour le Tonkin et un séminariste lazariste chinois revenant de Dax (France).

    Cuddalore. Le 25 octobre, le collège St. Joseph célébrait le 25ème anniversaire de la nomination du P. Verdure comme principal : ce fut une fête tout intime, une fête de famille présidée par Monseigneur. A 11 h. du matin, les professeurs, les élèves et quelques invités se trouvaient réunis dans le grand hall de létablissement. Après quelques saynètes et quelques chants fort bien réussis, les élèves, présents et anciens, célébrèrent, en de beaux discours, les remarquables qualités de cur et desprit de leur bien~aimé supérieur et redirent à tous le bien quil a fait non seulement au collège mais en dehors, car son champ daction sétend bien au delà des murs de létablissement. Pour ne parler que de Cuddalore, outre un nouveau hall et de nouvelles classes bâties au high school et à lécole de Tirupapuliyur, il a enrichi le couvent des Surs du St. Cur de Marie de deux magnifiques corps de bâtiments. Quant au collège, il est en pleine prospérité. En 1907, il y avait 501 élèves, aujourdhui, ils sont 854. Voici lappréciation laissée sur les registres par linspecteur au moment de sa dernière visite : Je répète la remarque faite par mon prédécesseur que lécole est un modèle au point de vue de lorganisation et de la direction.

    Villupuram. Le 13 Novembre, le Deputy Inspector des écoles de la Presidency visita lécole paroissiale en compagnie du District Inspector.

    Le 15, jolie fête organisée par les Employés du chemin de fer en lhonneur du P. Campuzan qui ne laisse que des regrets là-bas.


    Mysore

    23 novembre.

    A Bangalore, on ne sait pas tout, mais cependant on a eu vent de la fête à la fois grandiose et intime qui a réuni à la fin du mois doctobre les paroissiens de Kolar autour de leur vénéré curé, le P. Jauffrineau. Je ne fais que mentionner le fait, car si jinsistais, je risquerais dattirer sur moi les foudres du curé de Kolar.

    Le 2 Novembre, Mgr Despatures, entouré dun certain nombre de prêtres, donnait la traditionnelle absoute et bénissait les tombes des confrères défunts et des prêtres décédés à Bangalore. Cimetière bien simple, bien pauvre et cependant si riche !!! Cest le passé, mais quel passé !!! Mgr le Supérieur, qui a quitté lInde ému et émerveillé, na-t-il pas lui-même ressenti une profonde impression et une poignante émotion devant ces tombes, qui renferment les restes des vieux missionnaires, nos aînés, grâce auxquels nos Missions de lInde sont ce quelles sont ?

    Il y a certaines traditions, na cessé de répéter Mgr de Guébriant durant sa tournée parmi nous, il y a certaines traditions qui se sont conservées à un degré plus élevé dans nos Missions de lInde, ce sont justement celles de simplicité et de pauvreté.

    Le rapporteur de la Mission de Mysore a eu linsigne bonheur daller à la rencontre de Mgr le Supérieur à Coïmbatore et de laccompagner ensuite jusquà Bangalore. Voici exactement litinéraire, suivi par notre infatigable visiteur depuis le vendredi 6 Novembre date de son arrivée à Coïmbatore.

    Départ de Coïmbatore le dimanche 8 Nov, à 7 h. 30, pour Coonoor. Les Montagnes Bleues furent escaladées avec une adresse et une rapidité dignes de las du volant quest le Père Beyls ; nous étions à Coonoor juste à temps pour surprendre le clergé et la population et pour assister à la Messe de 9 heures. (Le prône fut même supprimé à la grande joie du pauvre P. Dezest qui devait ce jour-là prêcher en tamoul).

    A midi, déjeuner au Sanatorium de St Théodore à Wellington ; le soir, visite à la paroisse du Sacré-Cur et dîner à Ste Marie dOotacamund.

    Le lundi matin à 8 heures départ pour Mysore avec halte à Gudalur, arrivée à Mysore à 1 h. 30. Le P. Vanpeene, vicaire général, le P. Feuga, curé, le P. Nauroy, les PP. I. Lobo et DSouza reçurent Mgr le Supérieur à sa descente de voiture. A la fin du déjeuner le P. Feuga, en termes émus, dit sa joie davoir à sa table le Supérieur si aimé de la Société. Mgr répondit avec cette simplicité charmante qui met tout de suite à laise et exposa les raisons de sa visite.

    Le soir, conduit par Mr Thumboo Chetty, secrétaire du Maharajah de Mysore, Mgr de Guébriant fit une courte visite au palais et se rendit ensuite à la paroisse du P. Lobo. Un saut au couvent du Bon Pasteur, puis ce fut la triomphale et touchante réception des catholiques de Mysore, groupés devant la cure. Mr Thumboo Chetty lui-même, au nom des paroissiens, lut une adresse dans laquelle était exprimé tout lhonneur qui revenait en ce jour à la petite cité mysorienne davoir pour la première fois dans ses murs le Supérieur des Misions-Étrangères head of that noble band of missionaries who surrendering themselves entirely to Gods service-leave their dear native land to become the custodians of the Catholic Religion in India, China and the Far East. Mgr le Supérieur, dans sa réponse, magistralement interprétée par le P. Vanpeene, remercia la population de Mysore et demanda à Mr Thumboo Chetty dexprimer à Son Altesse Royale qui, malheureusement absente de Mysore, mais avertie du passage de lauguste visiteur, avait chargé son secrétaire de le recevoir en son propre nom, ses remerciements pour sa royale sollicitude envers les Catholiques de Mysore, et ses plus profonds hommages.

    Le lendemain Mgr de Guébriant célébra la messe à la paroisse devant une magnifique et pieuse assistance.

    Mais Bangalore attendait... Départ à 8 heures avec courte halte à Séringapatam. A quelques milles de Bangalore, Mgr Despatures qui vint à la rencontre de Mgr de Guébriant le prit dans son propre car. Entrée à Bangalore par le square BRIAND (Il ne sagit pas du ministre mais du doyen de la Mission de Mysore, curé dune des paroisses de la ville de Bangalore), arrivée à la procure vers 11 heures.

    Sans prendre de repos, Mgr le Supérieur commença ses visites le jour même. Tour à tour il passa par la Cathédrale, vit les orphelins de St Patrick, visita léglise du Sacré-Cur, et le cimetière des confrères, se rendit chez le P. Lazaro, puis termina la soirée au grand couvent du Bon Pasteur.

    Le lendemain 11 novembre, Mgr le Supérieur célébra la Sainte Messe au Petit Séminaire. Dans la matinée il visita le couvent des Religieuses de St Joseph de Tarbes et à 11 heures Sa Grandeur déposa une couronne de fleurs au pied du monument érigé au Collège St Joseph en lhonneur des anciens élèves de lEcole, morts au champ dhonneur. Mgr de Guébriant visita ensuite la Section Européenne (P. Collart), le Collège proprement dit (P. Veysseyre), la Section Indienne (P. Browne) et lhostel du Collège (P. Pointet), puis déjeuna à la section européenne. Au dessert, le Père Collart, simplement et brièvement, rappela lhistoire du Collège et rendit hommage à la mémoire des deux grands missionnaires qui sont et resteront la gloire de St Joseph : les PP. Vissac et Froger. Mgr le Supérieur ne cacha pas sa joie et même sa surprise de trouver notre collège sur un tel pied et nous parlant de la Trappe de N.D. dAnnam, rappela le but de la Société des M.E. qui est de fonder lEglise là où elle nexiste pas, et ensuite, le moment favorable venu, de confier à dautres les uvres commencées et mises sur un bon pied.

    Laprès-midi fut consacré à la visite de lHôpital Ste Marthe, du terrain sur lequel doit sélever le futur Séminaire et enfin du fief de notre doyen, le P. Briand, lévêque du City. On dit que le P. Briand na pas encore dit son dernier mot et quà son Ecole et son Couvent qui sélèvent majestueux et défiant toutes les intempéries et toutes les moussons, va succéder quoi ? ? ? Mystère. La maladie de la pierre ne connaît quun remède efficace : le manque de ressources.

    A 6 h.30 tous les confrères présents à Bangalore se réunirent dans loratoire épiscopal. Comme là-bas, dans la salle des exercices devant ses chers aspirants, Mgr le Supérieur, pendant près dune heure, laissa parler son cur : tour à tour il fut le vieux missionnaire parlant à dautres missionnaires, le confrère sentretenant avec dautres confrères, le Père causant avec ses enfants. Pourquoi la Société des M.-E. est-elle une association de prêtres séculiers ? comment ses membres, sans être religieux, doivent comprendre et peuvent pratiquer les vertus de Chasteté, de Pauvreté, et dObéissance ?

    A lissue de cette causerie et quand Son Excellence le Délégué Apostolique fut là, (à sa descente de train, venant de Bombay, il se fit conduire directement à la Procure sans même passer par la Délégation), le repas traditionnel fut servi. Exactement 37 prêtres sassirent à la table présidée par Son Excellence le Délégué Apostolique entourée de Mgr le Supérieur et de Mgr Despatures. Monseigneur de Mysore prit la parole et en termes émus et choisis exprima les sentiments éprouvés par la famille sacerdotale et missionnaire dont il est le chef, dabord pour le Saint Père si dignement représenté par Son Excellence le Délégué, puis pour le vénéré Supérieur de la Société des Missions-Étrangères qui incarne lidée missionnaire. Eglise et Mission !!! Qui connaît Mgr de Guébriant sait jusquà quel point il est lui-même imprégné de cette idée chère aux M.-E. : MISSIONNAIRE et rien que missionnaire pour fonder lEGLISE et uniquement lEglise et non pas des succursales de la Société. Nous sommes ici réunis, nous dit-il dans sa réponse, non pas les prêtres des M.-E. dune part, et dautre part les prêtres indigènes, mais tous fondus dans un seul bloc qui nest autre chose que lEglise.

    Le Jeudi 19 novembre, Mgr de Guébriant célébra la Messe dans la Chapelle des Petites Surs des Pauvres.

    Dans la matinée la plupart des confrères présents la veille se retrouvèrent à la Procure pour la photo. Mgr le Supérieur reçut ensuite les prêtres du diocèse qui sont encore sous le charme de son aimable bonté et de son exquise simplicité.

    Mgr de Guébriant passa une partie de laprès-midi à la Délégation où sétaient réunis en plus de Son Excellence le Délégué, et Mgr Despatures, lArchevêque de Pondichéry et lEvêque de Salem.

    Le soir du même jour, Mgr le Supérieur accompagné du P. Beyls, prenait le train pour Madras. A la gare une surprise lattendait : les prêtres indigènes de la Mission vinrent spontanément offrir à Sa Grandeur de superbes et riches objets en bois de santal, dont une magnifique statue de St. joseph, manifestant ainsi leur reconnaissance au Supérieur de la Société et à la Société elle-même. Cette ultime marque de sympathie de la part du clergé indigène suffirait à elle seule pour faire oublier à notre vénéré Supérieur toutes les peines et les fatigues déjà supportées et à lui rendre douces celles quil aura encore à endurer.

    Des quatre Missions de lInde des prières sélèvent chaque jour vers le Bon Dieu pour que cette visite, qui a débuté sous de si bons auspices, se continue et sachève toujours pour le bien des MISSIONS et des MISSIONNAIRES.


    Coïmbatore

    1er décembre.

    La visite de notre vénéré Supérieur Général, quoique trop rapide, nous a causé à tous une grande joie. Le 6 Novembre, Mgr de Guébriant arrivait à Coïmbatore accompagné par le P. Beyls, son secrétaire pour les Indes et la Birmanie. Il fut reçu par Mgr Roy entouré des confrères de la plaine. Dans la soirée et le lendemain il visita le séminaire, les écoles et les couvents. Le 8 au matin il partait pour les Nilgiris et visitait en passant Coonoor, le Sanatorium St Théodore, Wellington et Ootacamund. Cétait un dimanche ; les confrères de la montagne, qui nétaient point retenus par le ministère ou la distance, se réunirent à midi au Sanatorium pour offrir leurs hommages au vénéré Visiteur ; dans un entretien familier celui-ci leur fit part des bonnes impressions que lui causait sa visite aux Indes. Le soir, sur la route dOotacamund, Mgr le Supérieur sarrêtait un instant pour regarder et bénir au loin, dans la vallée de Kaity, luvre naissante de la conversion des Badagas, qui lintéressait particulièrement. A Ootacamund il visita le Couvent de Nazareth, berceau de lInstitut des Franciscaines Missionnaires de Marie. Dans une charmante allocution aux Religieuses et à leurs pensionnaires Sa Grandeur rappela lintime affinité qui relie lInstitut des Franciscaines Missionnaires à la Société des Missions-Étrangères et fit léloge du dévouement des Religieuses dans nos Missions. Le lendemain matin, 9 Novembre, Mgr de Guébriant partait pour Mysore. A 30 milles dOotacamund, à Gudalur, il fit une dernière et courte halte sur le territoire de la Mission de Coïmbatore.

    Cest, si je ne me trompe, la première fois dans lhistoire de notre Société quun Supérieur visite officiellement nos Missions ; cest une heureuse innovation. La visite de Mgr de Guébriant laisse dans nos curs, avec des sentiments de reconnaissance et dadmiration, la douce impression dune union plus étroite avec notre Maison-Mère.


    Salem

    (Novembre)

    Visite de Mgr de Guébriant.
    Nous avons eu la joie de posséder 4 jours notre vénéré Supérieur, au début de novembre.

    Après un arrêt de 24 heures à Kumbakonam, où il fut lobjet dune réception des plus grandioses, et sa visite de larchidiocèse de Pondichéry terminée, Mgr de Guébriant arrivait le 2 novembre à Attur où lavait déjà devancé Mgr Prunier, pour le recevoir à son entrée dans le diocèse de Salem et laccompagner au chef-lieu le soir même.

    Laccueil quil reçut à Salem fut vraiment triomphal : sur tout le parcours ce ne furent que des acclamations : Vive N. S. Père le Pape Pie XI. Vive Mgr de Guébriant. Vive Mgr Prunier. Cest au milieu dune foule compacte de chrétiens, de païens et de musulmans que lillustre Visiteur fut conduit à la Cathédrale. Après avoir remercié les notables de leurs souhaits de bienvenue et leur avoir exprimé toute sa reconnaissance de leur si chaleureux accueil, il donna sa bénédiction à toute lassistance.

    Le lendemain, après une courte visite au Petit Séminaire, longue randonnée en automobile de 150 milles, pour aller voir, à Krishnagiri, notre cher doyen dâge le P. Playoust, et visiter les 3 postes de Settipatti, Kovilur et Kadagatur échelonnés sur la route de Salem à Bangalore.

    Le surlendemain, dans la matinée, notre cher Supérieur bénit le couvent tout récemment construit des Surs Catéchistes Missionnaires de Marie, en présence de tous les confrères de la Mission, il visita leur école et leur dispensaire, dans la même matinée, il trouva encore le temps de faire une longue conférence aux missionnaires et daller visiter le couvent des Surs Indigènes et leur école. Au repas de midi, Mgr Prunier dit la reconnaissance de la Mission de Salem qui devait son existence à Mgr de Guébriant et portant la santé du Supérieur lui souhaita un heureux et fructueux voyage. Dans sa réponse, Mgr revendiqua les joies de la paternité et manifesta son émerveillement de tout ce quil avait vu : il souhaita le plus splendide essor à la jeune Mission de Salem. Laprès-midi fut réservé à laudition des confrères. Le dernier jour ne fut pas moins chargé avec la visite des Ecoles Secondaire et Professionnelle de Salem, des Ecoles Secondaires de garçons et de filles de Yercaud, et du catéchuménat de Namakal si riche despoir.


    Kumbakônam

    27 novembre.

    Visite de S. E. Mgr de Guébriant.
    Le 25 octobre, Mgr de Guébriant débarquait à Colombo en compagnie du P. Cussac. Le 27 au soir, il arrivait en gare de Kumbakônam où lattendait Mgr Peter avec presque tous les prêtres du diocèse. Une magnifique procession avait été organisée en son honneur avec éléphant, voitures, musique, gas lights, etc... et cest au milieu dune foule considérable que Mgr fut conduit à la cathédrale dabord et à lévêché ensuite. Le Révérend Père M. A. Xavier, Vicaire Général du diocèse, salua S. E. en termes si nobles et si touchants que nous ne pouvons résister au plaisir de les reproduire dans notre cher Bulletin.

    Monseigneur,
    Permettez-moi de vous exprimer, au nom de Mgr Peter Francis, le premier évêque Indien du diocèse de Kumbakônam, ainsi quau nom de mes 34 confrères Indiens, nos sentiments damour et de gratitude.

    Notre cur est inondé de joie en vous voyant aujourdhui au milieu de nous, et cette joie est dautant plus grande que vous avez eu la bonté de nous donner les prémices de votre visite.

    Vous êtes notre grand-papa, et nous sommes vos petits-fils ; en effet, cest à Dieu dabord, puis à la Société des Missions-Étrangères de Paris que doivent aller tous nos sentiments de reconnaissance pour ce que nous sommes et pour ce que nous possédons.

    Quoique Kumbakônam soit devenu un diocèse Indien (et cela, grâce à vos démarches et recommandations auprès du Saint Siège), nous voulons et tenons à être toujours unis à cette glorieuse Société française, et la Mission de Pondichéry sera toujours le trait dunion entre nous. Nous aurions grandement désiré que le premier Evêque Indien de Kumbakônam fût consacré par Votre Excellence. Mais, malgré votre délicate condescendance à nous donner cette satisfaction, les Bulles étant arrivées plus tôt que nous ne pensions, et votre départ pour lInde ne devant avoir lieu quen octobre, cest-à-dire après lexpiration du délai de trois mois accordé par le Droit canonique, Mgr Colas de Pondichéry a bien voulu tenir votre place. Cest le fils qui a remplacé le père pour consacrer le petit-fils. Nous ne finirions pas dénumérer tous les bienfaits dont les missionnaires tant de Pondichéry que de Kumbakônam nous ont comblés. Nous en serons à jamais reconnaissants et nous vous prions, Mgr, de nous bénir tous afin de rendre plus étroits, si possible, les liens qui unissent depuis si longtemps déjà le nouveau diocèse Indien de Kumbakônam et la vieille Société Missionnaire Française. Vive Mgr de Guébriant !

    Le lendemain, visite aux différents établissements de la ville. S. E. se montre enchantée de ce quelle voit et entend. Le soir départ en motor car, en compagnie de Mgr Peter. Il a plu, les routes sont défoncées. Heureusement, cest le P. Beyls qui conduit et les nobles voyageurs arrivent au collège de Cuddalore sans encombre avant la tombée de la nuit. Mgr Colas les attendait.
    1932/30-80
    30-80
    Anonyme
    France et Asie
    1932
    Aucune image