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Chronique des Missions et des Etablissements communs 10

Chronique des Missions et des Etablissements communs Tôkyô M. Joachim Ideguchi, qui a terminé ses études au Séminaire de St-Sulpice de Paris, et a été ordonné diacre au mois de juin de cette année, est rentré au Japon par le Transsibérien. Arrivé à Tôkyô le 20 août, il se prépare à recevoir lordination sacerdotale des mains de Mgr Chambon, à lissue de la retraite des missionnaires, le samedi des Quatre-Temps, 22 septembre.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs

    Tôkyô

    M. Joachim Ideguchi, qui a terminé ses études au Séminaire de St-Sulpice de Paris, et a été ordonné diacre au mois de juin de cette année, est rentré au Japon par le Transsibérien. Arrivé à Tôkyô le 20 août, il se prépare à recevoir lordination sacerdotale des mains de Mgr Chambon, à lissue de la retraite des missionnaires, le samedi des Quatre-Temps, 22 septembre.

    Le clergé japonais de la Mission de Tôkyô va saugmenter encore dun nouvelle recrue dans la personne de M. Laurent Toda, qui, après avoir terminé ses études au Séminaire de la Propagande à Rome, a été ordonné prêtre à Noël de lan dernier, et est en ce moment en route pour le Japon, via America, où il sest arrêté pour visiter ses deux frères.

    Le 1er septembre, 5eme anniversaire du grand cataclysme qui dévasta les régions de Yokohama et de Tôkyô, a été célébré encore cette année, dune façon analogue à celle des années précédentes. On a spécialement invité le peuple à faire de ce jour un jour dabstinence, surtout en matière de boissons fortes et damusements bruyants. Les autorités des deux cités ont décidé de dédier ce jour à un anniversaire perpétuel, afin de commémorer les victimes du cataclysme, et de suggérer aux survivants des pensées sérieuses et la résolution dune vie de travail et déconomie. On a fait remarquer, à propos de cet anniversaire, quà Tôkyô, 80 % des plans de restauration sont déjà exécutés. A Yokohama, les canalisations, les ponts, les nouvelles voies sont presque complétés ; lancienne Concession se couvre dimposantes constructions ; seul, le Bluff, occupé jadis par les résidences des Etrangers, est lent à se rebâtir.
    Le 5 Septembre.


    Fukuoka

    Le 5 août, Mgr Thiry assistait, à Okayama, au sacre de Mgr Ross S.J., le nouveau Vicaire Apostolique de la Mission de Hiroshima (ex Osaka).

    Le 10, S. G. présidait à Nagasaki, en labsence de Mgr Hayasaka, monté vers le Nord, la clôture de la retraite des Surs Japonaises du St Enfant-Jésus de Chauffailles. Vingt-six Religieuses étaient présentes. A cette occasion, cinq postulantes prirent lhabit, quatre religieuses firent profession et quatre prononcèrent leurs vux perpétuels.

    Cette congrégation possède encore 7 maisons au Japon et compte 29 Religieuses Japonaises.

    Le 15 août, Mgr Thiry était à Kumamoto et y célébrait sa première messe pontificale dans son diocèse.

    Peu déglises, dailleurs, se prêtent à cette cérémonie. Le passage des PP. Bonnecaze et Urakawa, du Séminaire, le voisinage de la léproserie de Biwasaki fournirent les 3 assistants nécessaires. Un ornement de Fukuoka, deux dalmatiques de Biwasaki et une chape de Kumamoto permirent de satisfaire aux exigences de la liturgie.

    Le curé de la paroisse, le P. Frédéric Bois, sétait réservé la direction des chants. Il avait trouvé dans le P. Urakawa un prédicateur toujours apprécié, dans ce Père et le P. Bonnecaze des confesseurs toujours dévoués.

    Après la grandmesse, Mgr donnait la confirmation à 55 paroissiens de Kumamoto.

    A 4 heures, tout le monde se trouvait à la léproserie de Biwasaki, où le P. Urakawa prêchait à nouveau et donnait la Bénédiction du T. S. Sacrement.

    A 7 heures, à la paroisse de la ville, se donnait la bénédiction solennelle du T. S. Sacrement.

    Journée bien remplie.... Une brise navait cessé de souffler pour faire un peu oublier la température de la saison.

    Au tribunal de Fukuoka va souvrir le procès de 40 communistes. On dit que cest le premier cas dune telle importance dans les annales de la Justice Japonaise.
    Le 17 août.


    Taikou

    Son Excellence Mgr Giardini, Délégué Apostolique au Japon, se rendant à Rome, nous a honorés de sa visite le 9 août. Son Excellence était accompagnée du Rév. Père Manna, supérieur général des Missions-Étrangères de Milan, qui se rendait dans les Missions de sa Société en Chine.

    Le 26 août, le Père Bermond goûtait une des plus grandes joies de sa vie de missionnaire. Cétait en effet, ce jour-là, la bénédiction de son église bâtie en pierres, au fond de la rade de Massampo. Quelques jours plus tard, dans la partie même du district de Massampo qui a été érigée en district autonome il y a deux ans, une chapelle en style coréen-japonais recevait aussi la bénédiction solennelle des mains du Père Vermorel, qui devait ainsi terminer son office de Provicaire titulaire.

    En effet une lettre de Mgr Demange, qui nous est parvenue le 2 septembre, nous annonçait, avec lacceptation de la démission de Provicaire du P. Vermorel, la nomination, par Sa Grandeur, du Père Mousset pour le remplacer ; le P. Vermorel sera désormais Provicaire honoraire.

    La sécheresse, dont nous souffrions depuis déjà des mois, sest étendue à plusieurs régions de la Mission jusqualors relativement épargnées. Cest un véritable désastre, dont le gouvernement se préoccupe ; il se demande quelle occupation rémunératrice il pourra procurer aux affamés de lhiver prochain.
    Le 4 septembre.


    Moukden

    Son Excellence Mgr Giardini, Délégué Apostolique au Japon, allant de Tôkyô à Pékin par la Corée et la Mandchourie, nous a fait lhonneur de sarrêter une journée à Moukden. Son Excellence était accompagnée par le R. P. Manna, supérieur général des Missions-Étrangères de Milan.

    La fête de la Nativité de la Sainte Vierge ramène, chaque année, la rentrée du séminaire. Les cadres ont été renforcés cette année par la nomination, comme professeur, dun des prêtres de la dernière ordination, ce qui porte à quatre le nombre des professeurs : deux Chinois et deux Européens. De sorte que, si le Bon Dieu veut bien faire descendre sur cette maison toutes les bénédictions que nous lui demandons pour elle, nous pouvons espérer la voir reprendre bientôt la prospérité que requiert son importance.

    Le petit séminaire reçoit une vingtaine de nouvelles recrues, ce qui lui assure un chiffre délèves que nont jamais dépassé, aux années les plus prospères de jadis, le grand et le petit séminaire réunis. Cest bien modeste encore en comparaison de Missions plus favorisées. Mais, pour apprécier sainement et en toute justice la situation de notre séminaire, il est bon de savoir que durant sept ans, à la suite de dispositions qui, expérience faite, se sont révélées désastreuses, la maison ne reçut aucun élève. Nos chrétiens, même les meilleurs, avaient perdu lhabitude de diriger leurs enfants dans cette voie. Depuis six ans, les efforts multipliés des missionnaires ont enfin redressé la situation, et nous envisageons lavenir avec confiance.

    Que les gens portés aux jugements précipités et parfois injustes cessent donc de répéter que le recrutement du séminaire de Moukden est très difficile, sinon impossible. La mesure, dont il a été fait mention plus haut et qui avait arrêté net le recrutement, il y a treize ans, a eu pour autre résultat logique de vider peu à peu le grand séminaire. A considérer seulement la situation actuelle, il serait très simple de conclure que cette uvre si importante a été négligée. Quon sache cependant que depuis 1922 il a été ordonné treize nouveaux prêtres indigènes dans la Mission de Moukden. Faire encore mieux dans lavenir, tel est certainement notre but ; mais, tel quel, ce chiffre de treize nouveaux prêtres en six ans est tout de même une moyenne assez consolante, et qui défendra lancienne direction contre toute conclusion défavorable.
    Le 6 septembre.


    Chungking

    Au cours de ce mois daoût, deux résidences encore ont été mises à sac par les illuminés; ce qui porte à six le nombre de nos chrétientés dévastées. Sauf à Talin, où toute la population a dû ou fuir ou se laisser enrôler, partout ailleurs, prêtres et fidèles se sont contentés de se garer en montagne, en attendant la fin de la tourmente. Cependant le cercle rouge, forgé voici bientôt un an aux confins du Setchouan et du Houpeh-Ouest, lentement mais implacablement, se développe et sallonge ; il enserre maintenant toute la partie Nord et Est du Vicariat.

    Un certain malaise commence à naître partout, car de tous côtés on signale une reprise de lactivité communiste. Villes et campagnes sont de nouveau travaillées par des émissaires mystérieux, qui prédisent lavènement du grand soir pour cette fin dautomne. Il est certain, dautre part, que le même mouvement se dessine dun bout à lautre de la Chine. Une crise se prépare, favorisée par linertie des autorités, qui depuis quelques mois ont cessé presque brusquement de poursuivre la propagande bolcheviste et de traquer ceux qui en vivent.

    La navigation à vapeur a été très active sur la section Ichang, Chungking ; cependant seuls les bateaux japonais, anglais et américains, parce que fortement armés et convoyés, ont pu marcher à plein rendement et sans arrêt. Il nest pas rare, en effet, de voir les navires battant pavillon chinois, réquisitionnés de force par les généraux chinois pour le transport de leur cargo (car ces messieurs font aussi des affaires), ou pour le déplacement de leurs troupes.
    Le 31 août.


    Suifu

    Fondée en 1910 par le regretté P. Raison, lécole des catéchiste-baptistes, connue sous le nom de (caractères chinois), trois vertus, poursuit un double but : fournir des instituteurs aux écoles paroissiales et des médecins qui puissent tenir, à loccasion, les pharmacies ouvertes par la Mission. Aussi, aux cours de doctrine et de littérature chinoise sont jointes des leçons de médecine. Les études durent deux à quatre ans, suivant la force des élèves à leur entrée. A leur sortie, ils peuvent, en littérature chinoise, rivaliser avec les candidats qui ont terminé les deux premières années de tchong hio. Ce ne sont pas des Religieux ; ils ne font pas de vux ; ils peuvent se marier, sils le désirent, et, de fait, ils se marient tous. Ce ne sont que de pieux laïcs. Les statuts de cette société sont des plus larges ; néanmoins, elle ne laisse point davoir du déchet. Beaucoup de ces jeunes gens ne savent pas résister aux tentations de Mammon ; et, sous prétexte quils ne sont pas assez payés, ils quittent le service de la Mission, souvent après deux ou trois ans de professorat seulement. Cependant, malgré un pourcentage de défections relativement élevé, cette uvre ne sera pas abandonnée. Elle est vitale pour la Mission ; sans elle, la plupart des écoles de districts, faute de maîtres, devraient fermer leurs portes ; sans elle, pas de vie chrétienne possible.

    Du reste, voici quelques chiffres qui donneront une idée de la dose de persévérance et de patience quil a fallu et quil faut aux directeurs qui se sont succédé à la tête de cette petite société.

    De 1910 à 1928, y sont entrés 140 jeunes gens
    Sont partis avant la fin de leurs études 36
    Ont obtenu leur brevet de fin détudes 61
    Actuellement au service de la Mission 25
    Aspirants en cours détudes 18

    Total des pertes, 97. Mais dans le nombre de ceux qui ont ainsi lâché, on aime à lespérer du moins , il y en aura qui reviendront au service de la Mission, plus tard, lorsquils auront atteint la cinquantaine et quils auront suffisamment fait lexpérience de linconstance des choses de ce monde.

    A une période de sécheresse persistante qui empêcha, en bien des endroits de la province, le repiquage des plants de riz, succéda une longue période de pluie, faisant craindre que la récolte ne pourrît sur pied. Aussi, autant, il y a deux mois, on avait désiré la pluie, autant, ensuite, on appelait de ses vux les plus ardents la réapparition du soleil. Fermeture des portes nord des villes, processions, comédies, jeûnes, abstinence, défense aux bouchers de tuer et de vendre : en un mot, on eut recours à tous les moyens et artifices connus. Mais il pleuvait toujours !

    Enfin, quelquun, à Nanki, fit part au public dun projet audacieux, énergique quil venait de concevoir, projet quacceptèrent à lunanimité les autorités civiles et militaires de cette ville réunies en conseil. Au reste, rien de plus simple en apparence que ce projet : il consistait à chasser les nuages à coups de canon. Ce fut le sous-préfet qui se chargea de son exécution. Immédiatement sur son ordre, toute lartillerie fut mise en batterie, depuis les canons et les couleuvrines du temps des Mîn jusquaux pièces les plus modernes. Cétait impressionnant de voir toutes ces bouches béantes, menaçantes, regardant le ciel. Mais, au moment douvrir le feu, on eut des scrupules, on se souvint que, là-haut, derrière les nues, il y avait Tien lao iê (caractères chinois) ! Cette manière de faire un peu cavalière ne lirriterait-elle pas ? Sur ce, on commanda aux artilleurs de baisser leurs pièces, de mettre la hausse à zéro et de tirer à ras de terre. Ce fut un beau tapage pendant toute la matinée du 6 août. On dépensa de la poudre sans compter. Résultat : pluie torrentielle la nuit suivante et le lendemain toute la journée ; le surlendemain, le fleuve débordait en ville. Cest le cas de dire quon avait brûlé sa poudre aux moineaux. Ah ! lauteur de ce projet mirobolant nétait plus fier, lexécuteur non plus !
    Le 1er septembre.


    Ningyuanfu

    Le 25 juillet, le P. Le Bouetté, supérieur du séminaire, a béni la belle statue de Ste Anne, envoyée de France par Mgr de Guébriant.

    Le 26, Mgr Baudry a béni les fondations de la chapelle du nouveau séminaire, puis S. G. présida la lecture du palmarès et la distribution des prix.

    Le lendemain de cette fête, le P. Le Bouetté nous quittait pour aller prendre des vacances bien méritées chez les Pères Jh Yang et Damien Tchên.

    Le chef militaire Ten Siou Tin, qui avait la garde de la ville de Ningyuanfu, est reparti à Louteou ; les Lolos en ont immédiatement profité. Trois jours après son départ, ils enlevaient, près de Ma Tao Tse, treize charges de bagages, plus un muletier et le compradore dune maison de commerce ; cette caravane était partie de Ningyuanfu. Chose curieuse, sur les cents et quelques charges de peaux brutes qui étaient dirigées vers Yunnansen, celles-là seules ont été enlevées qui tenaient des globules dargent soigneusement cachés. Ceci prouve, une fois de plus, la connivence des Chinois etdes lolos pour piller.

    Dans le Tetchang, les Lolos continuent leurs exploits. Plusieurs familles chrétiennes ont perdu tout ce quelles avaient.

    Le 17 juillet, à Kiang Tcheou, dans le district du P. Burnichon, est morte de la malaria la vierge Kouo ta niang, lune de nos meilleures maîtresses décole.
    Le 10 août.


    Yunnanfu

    Les régions terrorisées par les brigands vont enfin pouvoir jouir dun peu de tranquillité. A Taly, le Gal Tchang Tsong vient dinfliger une sérieuse défaite au fameux Tchang Kie Pa. A Mi Le Hien, les milices indigènes ont cerné et désarmé, après une chaude affaires, quelques centaines de soldats pillards ; bon nombre de ces indésirables restèrent sur le terrain, y compris leur chef. Li Chao tsong et ses hordes ont évacué la sous-préfecture de Loulan.

    Cet été, nous avons eu une inondation comme nous nen avions pas vu depuis de nombreuses années. Après plusieurs jours de pluies torrentielles, toute la plaine de Choui tang ne fut plus quun lac ; la voie ferrée elle-même fut submergée. Quelques éboulements se sont produits sur la ligne, et par suite la circulation des trains a dû être interrompue pendant plusieurs jours. Actuellement le service des voyageurs est assuré, avec transbordement à Choui tang. La liaison des deux tronçons se fait par barques ; le pittoresque remplace la commodité ! A lest et au sud de la ville de Yunnanfu, la plaine devint une vaste nappe deau. Dans la rue de Tai ho kai, deux barques facilitèrent le va-et-vient des habitants. Comme bien lon pense, nombreuses sont les maisons qui ont perdu quelques pans de leurs murs.
    Le 1er septembre.


    Kouiyang

    Le P. Albert Solignac est nommé curé de la paroisse de St Etienne, ville de Kouiyang.

    Le P. Bacqué, depuis plus dun mois, souffre de douleurs intestinales. La crise se produit tous les quinze jours et dure une semaine. Il en est à la troisième crise. On envisage la nécessité dun voyage à Chungking pour consulter un docteur.

    A Kouiyang la démolition des maisons sur la grande rue va rondement. Si ce travail continue, à la fin de lannée, toute la rue sera transformée du nord au sud.
    Le 15 août.


    Pakhoi

    Illum etiam lauri, illum etiam flevere myric, avons-nous failli dire de notre confrère, le Père Richard. Les lauriers eussent été les siens, quil apportait justement à Pakhoi pour en illustrer le compte-rendu, quand la barque, à laquelle il avait confié sa personne et sa fortune, savisa de toucher un Scylla ennemi des héros et de souvrir perfidement sous ses pieds. Naturellement, cest en voulant éviter Charybde, en lespèce une jonque suspecte de porter en ses flancs toute une armée de pirates, que le maladroit nautonier jeta son sampan au naufrage. Sans les prétendus pirates et leur arrivée très opportune, juste au moment où linfortuné sampan se transformait définitivement en sous-marin, le Père Richard et ses papiers seraient maintenant dans le ventre des requins. Tous les amis du cher Père remercient Dieu et se félicitent de navoir pas à dire : Illum etiam lauri, etc..

    Pensez-vous que cette aventure la dégoûté de leau salée ? Que non pas. Le voilà reparti sur lélément perfide, en route pour Lôfao, où il va porter nos vux et les siens au Père Léauté, dont le premier jubilé sacerdotal sera fêté le 16 septembre. Les lauriers seront joyeux, ce jour-là ; et leur couronne, tressée par Religieuses, Catéchistes, Orphelines et Chrétiens, naura rien de funèbre. Que Dieu bénisse le nouveau jubilaire et lui donne de voir les enfants et petits enfants de ses Chrétiens jusquà la quatrième génération !

    Dautres lauriers sont venus honorer Pakhoi de leur présence. Le Général Tchan Ming-tchu, une des étoiles qui ont brillé au ciel de la guerre, a passé trois semaines parmi nous, pour essayer de réorganiser un peu la région. A-t-il réussi ? Pour le militaire, oui ; quant au civil, nous verrons cela plus tard. Je ne serais pas étonné que le plus difficile de la tâche soit de trouver des magistrats capables, qui consentent à se jeter dans cette pétaudière. Il le faut cependant, si lon veut vraiment réorganiser la vie du pays.


    Hunghoa

    Juillet-août 1928, que de pluie au Tonkin ! Inondations, plants de riz repiqués deux ou trois fois, et les routes, donc ! Demandez-en plutôt des nouvelles à nos cyclistes ou motocyclistes. Ils vous diront combien de fois ils ont pesté intérieurement contre ces routes, toute pleines dornières et de nids de poules, où les plus habiles nosent saventurer, et où vous menace à chaque instant quelque panne !

    Nous avons, en effet, trois motocyclistes : le Père Méchet, 45 ans de mission, a une Alcyonnette, qui laide à faire les 26 km., qui le séparent de son plus proche voisin, le Père Gauja, à Tuyên-Quang. Il a toute confiance en ses 2 HP, sa Félicité, comme il lappelle, et il ne craint pas de rivaliser de vitesse avec les vieux auto-cars, de service dans la région. Les flots de sa grande barbe blanche, toujours au vent, font ladmiration des vieilles gens et la terreur des enfants. Il se croit toujours jeune, bien que les articulations soient un peu raides. Surtout, les jours de mauvais temps, ne lui demandez pas, à son arrivée, des nouvelles de la route !

    Le Père Pierchon a de meilleures voies de communication, et, confortablement assis dans son Auto-Crapaud, il parcourt à toute allure les quelque 20 km. quil doit faire pour rencontrer le Père Massard, à Sontây. Il boit tous les obstacles. Puis, il connaît sa machine, et aucune réparation ne leffraie ; il y arrive toujours. Mais, malheur à lécrou ou à la pièce, qui ne veut pas se remettre en place, un coup de marteau, pan ! et lécrou entre ou se casse ! Les pièces de rechange ne manquent pas, et le malheur est vite réparé.

    Le Père Gautier, à Phủ-Yên-Bình, vient de faire lacquisition dune Motorette. Le Père est moins favorisé pour les routes. Quil se rende à Yên-Bái, ou à Tuyên-Quang, ou quil soit appelé aux malades, à une distance de 30 ou 40 km., il na guère que des routes de forêts, dont létat naturellement laisse plus à désirer. Ce cher confrère est encore novice : sil lui arrive une panne, il ne saventure pas à examiner sa machine, de peur de trouver, comme nos Annamites, quelque pièce de trop. Mais alors, tout prosaïquement, de jour ou de nuit, il pousse sa Motorette jusquau chef-lieu de province. Là, les mécanos experts ne manquent pas, et les réparations se font, tant bien que mal. Peut-être la panne ne venait-elle que dun oubli, le graissage des roulements !... Mais le Père Gautier, reprenant son outil, ne doit pas oublier de graisser la patte du réparateur !

    Ces temps-ci, le P. Chatellier est tout perplexe. A Tuy-Lộ, à quelques kilomètres du centre paroissial de Du-Bơ, il a un petit groupe de catéchumènes, trois maisons en tout. Que se passe-t-il depuis cinq ou six mois ? Personne ny comprend rien. Tantôt, cest une motte de terre, qui tombe subitement de la toiture durant les instructions du catéchiste, et effleure, sans blessure aucune du reste, ou lépaule ou le bras de lun des auditeurs ; tantôt, cest le parapluie du Père Chatellier, qui disparaît durant plusieurs jours, pour réapparaître subrepticement pendu à une solive de la charpente ; une autre fois, cest le vicaire annamite, qui vient se promener, et au départ, ne retrouve plus son bréviaire, quil avait bouclé sur sa bicyclette, et que lon découvre, deux jours après, à terre, sous un lit de camp ; les boîtes aux Saintes-Huiles disparaissent également ; le catéchiste perd son porte-monnaie, et, quand il lui est rendu, il y trouve, non plus des piastres, comme avant le larcin, mais quelques grains de riz, etc. etc..

    Quel est lauteur de ces méfaits ? Mystère troublant ! Le Père Lanter, voisin, et le Père Doussoux, jeune vicaire du Père Chatellier, au courant des événements, réservent leur jugement ; le Père Chatellier, lui, se demande si ce nest pas le diable, à moins toutefois que ce ne soit le vieux sorcier, qui demeure dans la maison voisine. Le doute subsiste. Jusquici, catéchumènes et néophytes sentendaient assez bien avec les vieux chrétiens de notre cher Confrère pour le saigner à blanc et lui enlever jusquau dernier maravédis ; mais, si maintenant le diable sen mêle aussi, perspective effrayante !

    Heureusement, un ami sest offert le plaisir de le distraire un peu, au milieu de ses perplexes appréhensions. Le Père Chatellier, depuis son arrivée au Tonkin, en 1891, ne sest jamais promené ; il ne sort de son district que par ordre, et, seule, la maladie la obligé à aller, malgré lui, à Hanoi ou à Hongkong.

    Donc, en fin juillet, il était à Hưng-Hoá ; trois ou sept jours de repos, et vivement le retour dans ses pénates. Lami se dit in petto : je le tiens, cette fois je laurai. Eh ! bien, Père Chatellier, demain on va voir les travaux du Petit Séminaire? Jai besoin de prendre un peu lair. Le Père Chatellier, par charité, marche toujours Avec plaisir, cest entendu. Le lendemain, mardi, à la fraîcheur, voyage à Hà-Thạch, (20 km.), où lon arrive sans fatigue, et doù le Père compte regagner son district le soir même. Naturellement, le Père Quioc, Supérieur, sy oppose ; il faut visiter en détail les nouveaux bâtiments, et passer la soirée avec lui ; proposition qui, du reste, vu la température, est acceptée.

    Le mercredi matin, le Père Chatellier ne tient plus en place ; sa musette, une vieille musette davant-guerre, que connaît toute la Mission, est prête, et, après un déjeuner succulent : Ah ! mes chers Pères, au revoir ! Je file, je suis pressé. Mais, dites donc, Père Chatellier, vous nêtes jamais allé voir le Père Méchet par affection ; allez, on y va. Ce mot daffection empêche le naturel de réagir, et, pour plus de sûreté, on part immédiatement prendre lauto à Phú-Thọ ; 40 km. jusquà Phủ-Ðoan, station du Père Méchet, ce nest quune promenade.

    Mais, pour une fois, celui-ci est absent, les gens lont vu partir la veille pour Tuyên-Quang ; inutile donc de faire, dans la boue, les trois kilomètres qui séparent Phủ-Ðoan de sa résidence. Il ny a qua continuer ; lauto repart dans cinq minutes, pas dhésitation possible ; en route pour Tuyên-Quang, 26 km. toujours plus au Nord !

    Quel fut lébahissement des Pères Méchet et Gauja ? Inénarrable. Que viennent donc faire ces deux distingués visiteurs ? Quelle mission secrète dinspection leur a été confiée ? Le Père Chatellier, lui-même, nen revient pas. Et pourtant, il nest pas au bout de ses pérégrinations !

    Le Père Gauja le retient deux jours ; le Père Méchet exige, naturellement, une visite dami à son domicile, ce que nose refuser le Père Chatellier ; le compagnon de route approuve. On passera le dimanche à Vân-Du, et, eu égard à la dignité de notre vénérable doyen, le voyage de retour nest fixé quau mardi suivant.

    Ce jour-là donc, en route pour Phú-Thọ. Durant le voyage en auto, lami, qui ne perd pas le Nord, subitement, propose, entre deux cahots un peu plus violents, un autre voyage, damitié toujours plus grande, à Yên-Bái. Encore une fois, il emporte le morceau ; le Père Chatellier trouve le voyage tout naturel, 50 km. de plus ne sauraient leffrayer.

    Mais, horreur ! de Phú-Thọ à Yên-Bái, le train traverse tout son district, et la vue de ses clochers ou des petits chrétiens, qui regardent passer le train, le bouleverse, un remords secret semble le troubler, qui disparaît très vite, du reste ; les beautés panoramiques, la conversation, et les trépidations endiablées du train, tout le remet vite dans son assiette.

    Yên-Bái, terminus ! On se rend à la Mission. Allons, bon ! encore le Père Chatellier qui nous revient malade ! sécrient les Pères Granger et Blondel, qui le soignèrent lan passé. Le Père Chatellier, heureusement, est en bonne santé. Il na pas lair de regretter sa folle équipée ; tout au plus jette-t-il un regard soi-disant furieux sur son compagnon de route.

    Trois jours à Yên-Bái ne semblent pas lui déplaire. Une sérieuse résolution, cependant, va mettre fin à ces murs vagabondes et brusquement : le vendredi, il plaque son ami et repart seul.

    Et voilà comment sa phrase Ah ! mes chers Pères, au revoir, je suis pressé nentra dans la réalité que dix jours après ! Il fera chaud, quand on ly reprendra.
    Le 3 septembre.


    Saigon

    Le P. Abonnel vient de célébrer ses noces dor. Ceux qui le connaissent savent quil aurait cent fois préféré faire ses noces à Hongkong, à Béthanie quil affectionne particulièrement. Mais il na pas voulu priver ses confrères et ses anciens élèves du plaisir de le fêter. Il était venu passer une semaine au Séminaire de Saigon, tant pour se préparer que pour laisser le champ libre à son dévoué vicaire, le P. Joseph Thiên, qui a organisé cette fête dune façon parfaite.

    On peut aller de partout à Go-công en auto ; Mgr Dumortier y était avant 7 heures, et, peu à peu, missionnaires et prêtres annamites sy trouvaient réunis au nombre de 33. A 8 heures, le vénéré jubilaire se revêtit des ornements sacerdotaux et se rendit processionnellement en automobile à la chapelle des Surs de St-Paul de Chartres, car Go-công na pas déglise et cest cette chapelle qui en fait fonction. Elle est distante de la maison du Père de près dun kilomètre. Là se trouvaient déjà tous les Français du poste, avec le Chef de la province, et même les bonnes Surs venues de Saigon et de Mytho. La petite chapelle navait jamais vu tant de monde. Dans son sermon, le P. Tòng, sur le texte de St-Paul Libenter impendam et superimpendar, retraça magnifiquement les 50 années de labeur du cher jubilaire, faisant remarquer justement que la partie du champ du Père de Famille où il travaille depuis 37 ans est une terre particulièrement ingrate et difficile. Il a rappelé avec reconnaissance les nombreuses retraites de toutes sortes que le Père a prêchées, et, avec une véritable émotion, le temps où le P. Abonnel était professeur au Séminaire. Douze de ses anciens élèves, dont le prédicateur, étaient présents à la fête.

    Le Père, nayant pas voulu dassistants, a célébré une messe basse, pendant laquelle alternaient chants et fanfare. Après la bénédiction du T. S. Sacrement, le Père a reçu les vux de la population française et a remercié tout le monde simplement et cordialement. Chacun sen retourna au presbytère : cétait lheure des inévitables compliments annamites et chacune des cinq paroisses du Père y alla du sien. Mais tout a une fin, même les compliments annamites chantés. La table fut mise, une table de 35 couverts, sans luxe, mais très bien. La fanfare, qui avait pris des allures de jazz-band, égaya le repas. Les toasts furent aussi simples que sincères, et chacun sen retourna comme il était venu, convaincu que la bonne santé du jubilaire lui permettrait de revenir dans dix ans fêter les noces de diamant. Fiat ! Fiat !


    Bangkok.

    La Mission de Siam se doit de signaler la mort du vénéré Père Bernat, ancien missionnaire au Siam, ancien supérieur du Séminaire de la Mission, puis membre du Conseil Central de la Société des Missions-Étrangères à Paris durant 25 ans environ. La Mission de Siam perd en sa personne un excellent conseiller et un appui certain dans les difficultés inhérentes à ladministration dune Mission. Esprit cultivé et doué dun jugement droit, le Père Bernat était également rompu dans lart de dénouer les situations matérielles difficiles. Nous navons pas à signaler ses travaux au Séminaire de Paris, mais il nous plait de dire que Siam resta sa chère Mission, à laquelle il rendit toujours déminents services. Que Dieu le récompense pour le bien accompli sur cette terre et que le cher Père Bernat, du haut du ciel, veuille bien veiller encore sur nous et nous attirer toutes les bénédictions divines !

    Le Père Nicolas de Vincenzi, Salésien, est mort dune fièvre pernicieuse, compliquée dune maladie de cur, à Bannokkhuek, le 6 août 1928. Né à Buenos-Ayres en 1900 et ordonné prêtre à Turin (Italie) le 10 juillet 1927, le Père de Vincenzi était arrivé à Bangkok le 5 décembre 1927. Dieu sest donc contenté de sa bonne volonté puisquil ne lui a pas permis de fournir une longue carrière au Siam. Sa perte sera vivement ressentie par tous ses confrères dont il était lami et le conseiller dévoué. Nous croyons que son sacrifice sera utile au développement de la Mission Salésienne et que son corps, déposé en terre, marquera une prise de possession durable et féconde. A son exemple, dautres jeunes, pleins denthousiasme, viendront le remplacer pour prêcher lEvangile, continuant ainsi sa mission et redoublant defforts pour perpétuer le règne de Dieu sur la terre siamoise.

    Les Pères Monjean et Piffaut, directeurs au Collège Général de Penang, venant de Dalat, ont fait une courte apparition au Siam. Arrivés le 14 août, ils regagnaient Penang le 19, après avoir visité Juthia, berceau de la Société des Missions-Étrangères, et où se trouve le Séminaire de la Mission dont ils auront à enseigner et à diriger plus tard les élèves jugés dignes de continuer leurs études.

    Nous avons appris lheureuse arrivée en France du Révérend Père Broizat, en congé régulier. Le cher Père, avant de gagner la terre natale, sétait arrêté à Port-Said et, de là, sétait rendu en Palestine pour y visiter les Lieux Saints. Nous lui souhaitons un heureux séjour en France et nous espérons son retour au Siam, où il saura continuer son fructueux apostolat.

    Bien que la saison des pluies soit commencée depuis longtemps, le Siam a subi durant cette période une exceptionnelle sécheresse. Une pluie diluvienne qui a duré douze heures vient heureusement de faire reverdir les rizières et de donner aux agriculteurs lespoir dune bonne récolte en fin 1928.

    Le boycottage des marchandises japonaises par les Chinois du Siam reste sérieux. Les Sociétés secrètes surveillent leurs adhérents volontaires ou récalcitrants. Un premier avertissement est donné de discontinuer tout trafic sino-japonais. Si certains Chinois refusent, une amende leur est ensuite imposée. En troisième lieu vient lordre dexécuter par la balle ou le couteau le récidiviste anti-patriote. Plusieurs cas mortels viennent de se produire qui ont eu pour effet de terroriser la plèbe chinoise et détendre le boycottage. Malheureusement pour les Chinois, le gouvernement du Siam semblerait disposé à leur prouver quils ne sont pas en en Chine et quils nont pas à rendre la justice illégalement. On parle fortement de diminuer limmigration chinoise au Siam ou même de linterdire absolument pour une période plus ou moins longue.
    Le 10 septembre.


    Malacca

    Le 5 août, le soir même du jour de linauguration de léglise de lAssomption, à Penang, Mgr le Coadjuteur remettait la médaille Bene merenti à M. de Cruz, qui la bien méritée par 50 ans de loyaux services, comme chantre, organiste et maître de chur à la cathédrale de Singapore et à lAssomption de Penang.

    Le 12 août, il y a eu ordination au Collège Général. Cette ordination nous a donné un diacre et un sous-diacre.

    Le 19 août, bénédiction, à Kulim, dune chapelle dédiée à Ste Thérèse de lEnfant Jésus. La chapelle et le terrain sur lequel elle est bâtie sont le don dun Chinois païen. Ste Thérèse le récompensera en lui obtenant la grâce de la conversion.

    Kulim se trouve dans lEtat de Kedah, le fief du P. Riboud. Ce cher confrère a près de 3000 chrétiens à administrer. La majeure partie se compose dIndiens travaillant dans les plantations. Il est toujours en courses, avec son auto-chapelle qui lui rend les plus grands services. Cependant, il nest jamais arrivé à visiter six paroisses le même dimanche, comme la raconté un correspondant un peu fantaisiste de La Croix.
    Le 3 septembre.


    Birmanie Méridionale

    La santé du P. de Chirac nous a causé de graves inquiétudes. Un soir, le Père fut pris dune syncope ; le Docteur craignit quil ne passerait pas la nuit. Il fut donc administré. Mais, une fois de plus, le bon Père a laissé passer la terrible visiteuse. Il est maintenant hors de danger, et, quoique encore bien faible, il commence à aller et venir dans la maison. Puisse notre cher Doyen arriver jusquà ses noces dor !

    De Moulmein aussi nous est arrivé le P. J. Mourlanne, ayant à soigner une jaunisse et des hémorroïdes. Il est entré à lhôpital. Une opération a été jugée nécessaire ; elle fut suivie dune hémorragie beaucoup affaibli le cher malade. Il va mieux, mais la convalescence sera longue.

    Nous avons eu, à Rangoon, la visite de deux Français, qui font en automobile le raid Saigon-Paris. Ils ont été les hôtes du P. de Chirac, à Moulmein, du P. Picot, à Rangoon, et du P. Mamy, à Gyobingauk. Leur séjour chez ces deux derniers fut beaucoup plus long quils ne sy attendaient, lauto ayant eu besoin de réparation. Ils doivent être en ce moment dans les montagnes. Arriveront-ils à Paris ?... On peut avoir des doutes en voyant létat de leur machine et après tous les déboires quils ont déjà eus en cours de route.


    Birmanie Septentrionale

    Le 5 août, à une heure du matin, pendant son absence, un violent incendie éclatait à lorphelinat chinois du P. Lafon à Mandalay, et, en quelques heures, réduisait en cendres sa grande uvre de 34 ans de Mission. Rien ne put être sauvé : bâtiment, chapelle, ornements déglise, meubles, livres et cahiers, tout, absolument tout devint la proie des flammes. Les 220 orphelins purent séchapper avec le seul habit quils avaient sur le dos. Lon vit bien perler une larme au coin de lil de notre confrère quand, à son retour, il contemplait cet immense brasier, mais il se ressaisit aussitôt : Eh bien, dit-il, je rebâtirai et plus solide et plus grand !

    Et il sest remis à reconstruire son orphelinat. Ce grand malheur lui a attiré le secours et les sympathies de toutes les classes de la société et de toutes les dénominations religieuses. Ceci ne nous surprend pas : il est partout connu et aimé pour sa bonté, son dévouement, sa générosité, notre zélé confrère.

    Depuis six semaines, dont quatre passées à lhôpital, le Père Herr se débattait contre la dysenterie. Il vient davoir le dessus, et il a rejoint son poste, remis, quoique faible encore.

    Le 26 juillet, Ste Anne nous faisait un riche cadeau. Ce jour-là, une lettre de Paris nous annonçait larrivée dun nouveau confrère, un breton de Quimper, le P. Merceur. Nous lattendons avec impatience, et cest à bras ouverts que nous le recevrons.
    Le 27 août.


    Laos

    Cet été, au Laos, la santé des confrères, en général, sest maintenue florissante. Le P. Courrier nest pas encore de retour de Saigon ; les soins, qui lui sont prodigués depuis plusieurs mois, ne lont pas encore délivré de la ténacité de son éczéma.

    Le P. Delalex partira bientôt pour France, où il essaiera de rétablir une santé que 40 ans de séjour dans ce pays ont fortement ébranlée. Ce confrère rendra en même temps un bien touchant service à la famille Bautholoni.

    M. Bautholoni a été victime de laccident du Trentinian. Pendant longtemps on navait pas pu retrouver son corps. Ce fut seulement quand la chaloupe put être renflouée, quon finit par le retrouver au fond de la cale darrière.

    Ce travail de renflouage demanda du temps, cest vrai ; la Compagnie ne dispose, dans ce pays, que de faibles moyens. Les pronostics pessimistes des Laotiens allaient bon train. Ils ont été bien obligés den revenir lorsquils virent le Trentinian regagner son port dattache par ses propres moyens. Cet heureux résultat nous presse de rendre hommage à la science, à lénergie, à la ténacité de lingénieur et du personnel français.

    A Paris, Mme Bautholoni avait exprimé devant Mgr de Guébriant le désir quun missionnaire accompagnât le corps de son mari jusquen France. Mgr le Supérieur a fait part de ce désir à Mgr Gouin, qui a été heureux de profiter du retour du P. Delalex pour lui confier le soin daccompagner la dépouille mortelle de M. Bautholoni jusquen Savoie.

    Avant le départ, un grand service a été célébré à Nong Seng pour le repos de son âme.
    Vientiane vient de recevoir sa cloche ; cest la plus grosse du Laos. Je vous disais bien, il y a quelque temps, que, sous ce rapport, la capitale ne se laisserait pas vaincre par les petits chefs-lieux de canton !
    Le 10 août.


    Pondichéry

    S.G. Mgr Morel, revenu des montagnes où il a passé les jours de forte chaleur de la plaine, est parti, après un court séjour de sept à huit jours à Pondichéry, en tournée pastorale dans le nord de la Mission. Sa Grandeur espère pouvoir visiter les districts de Vettavallam, Velantanguelh, Gingie, Sittamour, Tindivanam, Munnur, avant daller consacrer, à Madras, le nouvel archevêque, Mgr Méderlet, Salésien de Dom Bosco. Pour le dire en passant, la Mission de Madras est divisée en trois parties : le district de Vellore confié aux Pères de Mill-Hill ; celui de Bellary, aux Franciscains Anglais, et Madras aux Pères de Dom Bosco.

    Les employés de la Cie du Railway, S. I. R., qui dessert presque tout le sud de la péninsule, se sont mis en grève ; motif : renvoi de 3000 ouvriers. Le 19 juillet la grève commence. Les trains arrivent quand ils peuvent, ou plutôt ils narrivent pas. Nous avons été trois jours durant sans communication ferroviaire. Puis le Cie réussit à lancer un train par jour. Le service de nuit est complètement supprimé, car les grévistes, tout comme en Europe, oh ! progrès de la civilisation, font du sabotage, enlèvent les rails, etc Le service de jour est tellement peu sûr, que la Cie estime prudent denvoyer en patrouille une locomotive avant le départ de chaque train. Aujourdhui, la grève est censée finie, nous dit-on, mais les trains ne marchent pas régulièrement. Cette grève, disait un haut employé de la Cie, sent le bolchevisme à plein nez. Liberas nos, Domine !

    Le 17 août, sous le frais ombrage du jardin de cocotiers, face à la Mission, a été bénie la nouvelle école de filles, due à la générosité dun riche chrétien de Pondichéry, M. L. Arokiasamy Moudeliar. Lécole est de belles dimensions, car elle peut facilement contenir 300 élèves. En labsence de Mgr lArchevêque, cest le P. Gayet, vic. gén., qui a béni le nouveau bâtiment, non sans avoir préalablement et en termes choisis et délicats remercié le généreux bienfaiteur. Lécole est confiée aux soins des Surs indigènes du Saint Cur de Marie, qui en ont pris possession le jour même. Après la bénédiction, thé et gâteaux furent distribués aux enfants qui, inutile de le dire, y firent honneur... à belles dents.

    On parle encore, ou plutôt chuchote, de divisions, de réajustements dans les diocèses du sud de lInde. Mais, comme il ny a encore rien dofficiel, il est sage dobserver de Conrad le prudent silence. Toutefois lheure de la publicité ne saurait tarder, car Mgr de Castro, évêque de Mylapore, après un séjour de sept ans en Portugal, vient de débarquer à Bombay, porteur dinstructions pontificales. La patience est une belle vertu ; donc, attendonsjusquau prochain Bulletin !
    Le 19 août.


    Mysore

    Il ny a guère que les maladies pour venir déranger ici la routine quotidienne. Aujourdhui cest le P. Cholet qui doit, bien malgré lui, interrompre son travail du Collège et entrer à lhôpital. Depuis ces derniers quinze jours il sacharnait à remplir ses fonctions habituelles de professeur, confesseur, directeur de congrégation, aumônier des Petites Surs, etc...., en dépit dune toux opiniâtre accompagnée dune fièvre continue. Il a dû céder et consentir à prendre du repos. Nous aimons à penser que ce ne sera pas long et quil aura bientôt la satisfaction de travailler darrache-pied, comme à lordinaire.

    Létat du P. Ruault se maintient le même : grande faiblesse générale et toujours un peu de température. Le temps pluvieux de ces derniers jours est venu interrompre ses sorties en chaise longue sous la véranda, ce qui lui rend les journées plus longues que jamais.

    Parmi les autres prêtres de passage à Ste Marthe, nous avons à mentionner le P. Blons, de Kumbakônam mais il nest venu que pour une consultation de quelques jours et compte repartir incessamment. Il suivra de près le P. Loubière, qui est en train de faire ses paquets pour rentrer demain à Cuddalore.
    Le 25 août.


    1928/620-639
    620-639
    Anonyme
    France et Asie
    1928
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