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Chronique des Missions et des Etablissements communs 12

Chronique des Missions et des Etablissements communs. Tôkyô
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs.
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    Tôkyô

    Le Bureau de reconstruction, établi à Tôkyô et à Yokohama après le grand tremblement de terre, procède peu à peu à la réalisation de ses plans. Louverture de nouvelles voies de communication, multipliées ou élargies, fait que plusieurs postes de la mission ont dû subir lexpropriation dune partie de leurs terrains. Ainsi en a-t-il été pour les postes dAsakusa et de Kanda à Tôkyô ; près de ce dernier, le terrain, occupé par lécole des Surs de St-Paul de Chartres depuis son origine, a dû être évacué. Les Surs se sont transportées sur les hauteurs de Kudan, non loin des établissements des Frères Marianistes. A Yokohama, la mission catholique du Bluff a cédé en bordure de la rue une largeur dun ken ou 1 m. 80. Quant au poste de Wakabachô, dans le quartier le plus mouvementé de la ville, il a dû céder toute sa propriété pour se transporter à une petite distance sur un terrain dun tiers moins étendu, souvrant sur la même rue.

    Pour aider, à Wakabachô, à la construction dune église et dun presbytère convenables qui remplacent labri provisoire bâti après le désastre de 1923, les chrétiens et principalement les jeunes gens du poste ont déployé une activité digne de louanges ; ils ont organisé une séance musicale, qui sest tenue le dimanche 16 octobre au Memorial Hall de la cité. Quatre des meilleurs artistes de Tôkyô, parmi lesquels une catholique, Mlle Satô, ont donné une série de soli, de duos et de quatuors, dans lesquels ils ont interprété des morceaux de choix de nos grands musiciens européens, ainsi que des auteurs modernes de chants Japonais. La séance a eu un plein succès, tant par les qualités de lexécution que par la nombreuse assistance évaluée à plus de 1.600 personnes.

    Le 30 octobre, au large de Yokohama, a eu lieu la grande revue navale, qui clôturait les manuvres. Cent soixante-dix vaisseaux de tout calibre, représentant un total de 681.550 tonnes, étaient rangés dans la rade de Yokohama et dans la baie de Tôkyô, sur une étendue de près de sept milles. LEmpereur, à bord du vaisseau-amiral Mutsu, escorté par des croiseurs, a passé linspection de la flotte, de 10 h. à 11 h. ½ du matin, pendant que des groupes dhydroplanes, comprenant 80 unités, évoluaient dans le ciel.

    Le Ministère des Finances a fait publier, fin octobre, le projet du budget pour lannée 1928. Le montant en est évalué a Y. 1.709.000.000 (21 milliards et demi de francs) ; on réalise une économie de 49 millions de Yen sur le budget de cette année. Les dépenses pour les cérémonies du couronnement du nouvel Empereur, qui doit avoir lieu au mois de novembre de lan prochain, feront lobjet dun budget spécial ; on prévoit quelles sélèveront à Y. 15.000.000 (180.000.000 de francs).

    Osaka

    Comme dordinaire, la dernière semaine de septembre, a eu lieu à lévêché la retraite annuelle des missionnaires du diocèse dOsaka. Nous avons eu linsigne honneur dy avoir pour prédicateur Son Excellence Monseigneur Giardini, Délégué Apostolique.

    Les vieux parmi nous se souviennent encore de la retraite que nous prêcha le bon Père Ligneul, il y a longtemps de cela, puisque cétait en 1895. Depuis lors, les circonstances ne nous avaient plus donné cette bonne fortune. Un chacun de nous sest mis en retraite avec la joie quon devine.

    Cest une tâche ardue que de prêcher à des prêtres, nous avait dit pour sexcuser, le P. Ligneul. en nous adressant la parole.

    Son Excellence aurait pu nous le dire à son tour, avec dautant plus de raison que, pour nous parler, elle était obligée de se servir dune langue, qui nétait pas sa langue maternelle. Heureusement, Son Excellence est un polyglotte émérite : si nous losions, nous lui adresserions nos plus sincères compliments pour la façon remarquable dont elle sest tirée de cette difficulté. Elle manie la langue française avec plus daisance que beaucoup dentre nous. La bouche parlait de labondance du cur ; personne ny remarqua le moindre effort, tant la diction était naturelle, claire et facile. Dès la première conférence, prédicateur et auditoire sétaient parfaitement ajustés lun à lautre.

    Il nous invita à nous retremper dans lesprit de notre sacerdoce, nous exhortant à ressusciter en nous lesprit apostolique, tel que nous limpose le Règlement de notre Société. Ses instructions sur les fins dernières, sur limitation de N.-S., lamour de Marie, sur les vertus que le Divin Maître veut voir en nous, firent revivre en nos curs tout un monde de pieuses réflexions et de généreuses résolutions, que sans doute il nétait pas inutile de renouveler.

    A la fin de la retraite, Mgr dOsaka se fit linterprète de nos sentiments et remercia Son Excellence pour la bonne retraite quElle nous avait procurée,

    Hakodaté

    Le mois doctobre fut un mois de deuil pour la Mission, qui vit séloigner celui qui lavait fondée et dirigée pendant 36 années. Mgr Berlioz sest retiré à Nazareth. Dans le but de simplifier les scènes toujours pénibles des adieux, Mgr mit à profit la réunion de la retraite des confrères à Sendai pour y faire une courte apparition. Le dimanche 2 octobre, Sa Grandeur célébra la Messe pontificale en présence dune assemblée aussi nombreuse que recueillie. Elle recevait ensuite, au parloir des chrétiens, les adieux, quen termes émus, venaient lui offrir les représentants des trois paroisses de la ville.

    Le dimanche suivant, cétait le tour de Hakodaté, dont Mgr avait été, sept années durant, le dévoué pasteur, avant den devenir le Pontife.

    Là aussi, assemblée nombreuse, grossie des fidèles venus des campagnes, pour donner une dernière marque daffection à celui qui les avait fait naître à la vie de la grâce. Les principales autorités de la ville vinrent également offrir à Sa Grandeur une marque de leur estime et de leur attachement.

    Le soir même, au moment où le bateau commençait à séloigner, une foule considérable, réunie sur lestacade, reçut sa dernière bénédiction et lui cria ses souhaits de longue vie et de félicité.

    Moukden

    Leffectif des missionnaires de Mandchourie sest accru, ce mois-ci, de plusieurs unités. Du Canada nous sont venus deux nouveaux prêtres et trois religieuses. Le même paquebot amenait en Extrême-Orient trois missionnaires de Maryknoll, destinés également à la Mandchourie. Les uns et les autres, après un court séjour à Moukden, ont achevé leur voyage, en se rendant respectivement dans le territoire de leur future mission, impatients de prendre contact avec un pays et un genre de vie si différents de ceux quils ont connus jusquà présent, et décidés à se rendre maîtres au plus tôt des difficultés qui sont le lot de tout nouveau.

    La fête du Christ-Roi, qui fut aussi, selon le désir du Souverain Pontife, une journée de prières pour les missions, a été célébrée dans chaque poste avec toute la solennité que pouvaient permettre les moyens de chacun et la difficulté de réunir les chrétiens trop dispersés. Laffluence des fidèles, comparable à celle des jours de grande fête, leur piété, leurs longues heures dadoration devant le Saint-Sacrement exposé prouvent combien ils avaient compris le sens de cette fête et de cette journée de supplications. A Moukden grandmesse pontificale, au cours de laquelle S. G. Mgr Blois a conféré le sous-diaconat à cinq élèves du séminaire.

    5 novembre

    Kirin

    Du compte-rendu de lexercice 1926-1927, nous extrayons les quelques chiffres suivants :

    Population catholique 24.247
    (soit un accroissement de 1248 sur le dernier recensement.)
    Baptêmes denfants de païens 2.483
    dadultes 314
    dadultes in art. mort 216
    Confessions annuelles 15.415
    répétées 69.571
    Communions répétées 215.883

    Les Surs Franciscaines Miss. de Marie ont donné dans leurs dispensaires 22.200 consultations, et 102 malades ont été soignés à lhôpital de Harbin.

    Mgr Gaspais vient dachever une tournée pastorale dans la région de Siao-pa-kia-tze. S. G. va se rendre à Harbin et visiter les districts de Acheho, Pintcheou, Payensou, etc..

    Suifu

    Le 10 octobre, jour anniversaire de la fondation de la République, il y eut, dans les principaux centres du Setchouan Méridional, des processions, des retraites aux flambeaux, des discours ; mais, sauf à Lungchanghsien et à Chehweiki, où des cris furent proférés contre la religion catholique, la fête se passa très pacifiquement. Elle fut trop pacifique même et pas assez bruyante, au gré de certains officiels. Aussi, na-t-on pas vu les autorités militaires et civiles, qui veillent à la protection de Tzeliutsing, immense agglomération dun million dhabitants, trouvant que leurs administrés étaient de trop tièdes républicains, les condamner le lendemain de la fête nationale, à élever des arcs de triomphe à tous les carrefours et à pavoiser pendant huit jours ?...

    La sous-préfecture de Yunghsien, qui est confiée au zèle ardent du P. Dubois, semble, jusquici, avoir été préservée du vent défavorable à la cause catholique, lequel, depuis deux ans surtout, souffle en tempête dans toute la province. Le mouvement de conversions, commencé il y a six ans, ne sy est nullement ralenti ; des chefs de villages, comme par le passé, continuent à le favoriser, et daucuns même ont poussé la bienveillance jusquà annoncer, par leurs crieurs publics et au son du gong, le jour de louverture des catéchuménats. Aussi notre confrère est-il, dès à présent, moralement sûr de pouvoir offrir à NN. SS. Fayolle et Renault, pour leurs étrennes de 1928, une très grosse gerbe de baptêmes dadultes. Que Dieu continue ses faveurs à ce beau coin de sa vigne !

    S. G. Mgr Renault, se rendant à Chengtu, où doit avoir lieu, le 30 octobre, le sacre de Mgr Baudry, le nouveau vicaire apostolique de Ningyuanfu, a quitté Suifu, le 16.

    1er novembre

    Ningyuanfu

    Population catholique 9.070
    Baptêmes dadultes 324
    denfants de chrétiens 228
    Baptêmes denfants de païens 379
    Confessions annuelles 4.785
    répétées 26.898
    Communions annuelles 4.104
    de dévotion 61.268
    Ecoles 61
    Elèves 1.136
    Malades soignés : 59.978 ; hospitalisés : 386.

    Dans la ville de Houili, le mouvement de conversions, commencé avec le P. Sirgue, se continue. De nombreux retours se préparent et les païens, dit-on, vont suivre le mouvement.

    Une vierge de la Doctrine chrétienne, récemment arrivée de Houili, est morte dernièrement à Ningyuanfu. Déjà, lan dernier, elle avait été gravement malade à Houili, et cest à la Ste Vierge quelle attribuait sa guérison. La Ste Vierge, disait-elle, ma assurée que
    jentrerai à lécole des Vierges, mais que peu après elle viendra me chercher . Elle sy préparait donc, et cest dans des sentiments admirables de foi quelle a répondu à lappel de sa bonne Mère du ciel.

    Cet été, une chaleur torride sévit sur toute la région. il nest presque pas tombé de pluie, et, par suite, les épidémies de dysenterie, typhus, etc., font de nombreuses victimes. Dans la plaine de Fulin, les cultures ont été brûlées par le soleil. Le maïs est perdu et le riz est bien malade. Le 8 août seulement, nous avons eu de la pluie, mais une pluie en trombe ! Il y avait deux pieds deau dans le marché, et, dans certains quartiers, quatre pieds de boue , nous déclare le P. Bocat.

    A Loukou, les représailles de Ten-siou-tin contre ceux qui avaient tenté de lassassiner ont été terribles : plus de 50 Lolos ont déjà été exécutés.

    Dans la région de Ningyuanfu, depuis quelque temps, les Lolos font un peu moins parler deux. ils préparent, dit-on, lencerclement de la ville, pour délivrer leurs prisonniers...

    24 août.

    Le 5 octobre, au départ de Mgr Baudry et de notre doyen, le P. Burnichon, pour Tchentou, toutes les écoles de la Mission et de nombreux chrétiens ont accompagné la petite caravane assez loin de la ville, quelques-uns même jusquà Ko-kai-leang, heureux de prouver par là la vénération et lamour quils ont déjà pour leur nouveau Père. Voyage excellent jusquà Foulin. Le P. Burnichon est solide comme un jeune de vingt ans, nous écrit-on. Mais son cheval, en arrivant à Foulin, nallait plus que clopin-clopant ! A Foulin, les Pères Bocat et Le Mercier vinrent à la rencontre de la caravane, qui entra en ville au son de la musique militaire. Dès le lendemain, le général Iang invitait Mgr et les Pères à déjeuner. Au cours du repas, il fit part à ses hôtes de ses projets militaires. Il y a quelques mois, on sen souvient, il demanda à la population de sarmer contre une invasion possible des Anglais par le Thibet. Pour éviter ce péril, il a lintention de prendre lui-même loffensive afin de rendre la Birmanie à la Chine !!.. Il a, en outre, lintention de rendre les routes de nos montagnes carrossables, comme celles de la capitale, où il a eu le plaisir de se promener en automobile.

    Mgr quitta Foulin le 11. Les Pères Bocat et Le Mercier se joignirent à la caravane. Quant aux confrères de la Mission, qui nauront pas la joie dêtre à Tchentou pour le sacre de leur Evêque, cest de tout cur quils lui seront unis en ce beau jour et demanderont à Dieu pour leur bien-aimé Père un long et fructueux épiscopat.

    2 novembre.

    Yunnanfu

    Lanniversaire de la république na réveillé aucun enthousiasme dans la ville de Yunnanfu. Une réception officielle eut lieu au palais du Gouverneur. Le général Long Yun présidait, entouré des membres du Directoire.

    Le Dr Caseau vient dopérer le général Long Yun, menacé de cécité. Lopération a très bien réussi ; doù grande réclame pour lhabile oculiste. Les borgnes, les aveugles se précipitent chaque jour par centaines à lhôpital français, où le Docteur les examine et les soigne gratuitement.

    La paix est encore loin de régner dans la province. Quon regarde au nord, au sud, à lest, à louest, partout on y voit des ennemis qui se battent ou qui se préparent au combat. A Yunnanfu, depuis la défaite de Tang Kiyu, tout est calme. Les réunions succèdent aux réunions. Preque tous les jours on lit des proclamations contre les généraux dissidents, quon va supprimer à bref délai. Mais les dissidents se portent toujours bien et ruinent les régions quils occupent. On se demande ce qui va sortir de tout ce gâchis.

    2 novembre.

    Kouiyang

    A la date où ces lignes sont écrites, la Mission de Kouiyang na pas encore reçu les Bulletins des mois de Juin, Juillet, Août, Septembre, et Octobre ; mais ce dernier na pas eu le temps matériel darriver.

    Le 24 septembre dernier, Sa Grandeur Monseigneur Seguin a conféré la tonsure à un élève du Grand Séminaire, ordonné 5 portiers et 6 prêtres.

    Par décision de Sa Grandeur, la région de Tsen-Y, qui comprend les districts de Tsen-A, Su-Yang, Tong-tse, Mey-tan et Eul-lang-pa, a été érigée en un Vicariat Forain, confié aux seuls prêtres indigènes. Le Père François Yuen a été désigné comme Vicaire Forain et chef de ce groupe ; le Père Saunier, Vicaire Délégué, restera encore pendant quelque temps à Tsen-Y pour initier le nouveau titulaire à ses nouvelles fonctions.

    Comme nouvelles politiques on ne sait rien de précis ; les soldats du Koui-Chow, qui occupaient quelques villes du Houlan, se sont retirés, et on dit quun accord a été conclu entre les autorités des deux provinces pour que chacun reste chez soi. Des troupes partent continuellement de Kouiyang dans la direction du Yunnan ; il y aurait eu divers engagements aux frontières, et les soldats du Koui-Chow nauraient pas remporté de bien grands succès.

    Depuis quelques semaines lélectricité est installée à Kouiyang dans les prétoires du gouvernement provincial et dans les services qui en dépendent.

    12 octobre.

    Swatow

    A la fin doctobre le P. Le Page nous est arrivé après une heureuse traversée. Il a été le bienvenu ; lenthousiasme de la jeunesse, pleine dentrain et de gaîté, ranime le courage des anciens. Monseigneur a chargé le P. Ginestet de lui apprendre le bon ton hoklo. Nous lui souhaitons bon succès dans létude de la langue et long et fructueux apostolat. Vivant sequentes !

    Le mois de novembre, époque de la récolte, est aussi pour notre Mission le moment où les ouvriers apostoliques font, dans le recueillement, ample moisson de bénédictions spirituelles. La série des retraites a été ouverte par Monseigneur, qui tenait à préparer lui-même aux saints Ordres les deux minorés, à qui il allait conférer le sous-diaconat et le diaconat le 11 et le 12 du mois. En même temps, le P. Ginestet prêchait la retraite aux petits séminaristes.

    La retraite annuelle des Confrères a lieu du 15 au 20 novembre ; elle sera suivie de celle des prêtres indigènes à la fin du mois, pendant que le P. Veaux prêchera le retraite aux novices Ursulines, qui se préparent à la profession religieuse.

    18 novembre.

    Pakhoi

    Nous lavons en dormant, Madame, échappé belle ! Pakhoi a, ces jours-ci, failli être pris par des bandes irrégulières, qui, dit-on, sont à la solde dun ancien Gouverneur de Canton. La ville de Limtchao, à trente kilomètres au plus, était assiégée par un brigand de quelque renommée et tous les soldats du pays avaient été envoyés au secours de sa garnison. LEtat-Major et une garde de dix hommes étaient seuls demeurés ici, ce qui rassurait médiocrement la population. Et voilà quun beau jour, vers midi, la fusillade éclata dans la plaine, presque à nos portes. Inutile de dire que les habitants, affolés, encombrèrent rapidement les enclos des Européens. Ce nétait plus le fameux à bas les impérialistes étrangers qui sonnait à nos oreilles et, pour lhonneur des dits impérialistes, il ne se trouva parmi eux aucun cur assez dur pour fermer sa porte même aux braillards dhier. Heureusement les assaillants nétaient pas des milliers et largent du brave populo put décider deux cents ex-pirates à organiser une résistance, qui permit de faire venir dans la nuit des renforts, amenés en automobiles de Onpou. Nos Chinois pourront maintenant dire queux aussi ont eu leur voie sacrée.

    Dans la partie centrale du Vicariat, la lutte se poursuit entre les étudiants, soutenus par larmée, et leurs adversaires, les campagnards alliés aux boutiquiers des marchés. Des deux côtés on en vient aux procédés de la sauvagerie la plus primitive, ce qui dailleurs semble devenir le summum de nos civilisations modernes. Les étudiants ayant brûlé ou coupé sur pied les riz encore verts, les campagnards ripostent en tendant partout des filets vivants. Pour les profanes nous expliquerons ce que sont ces engins peu connus. Le filet vivant est un entrelacement considérable de fils ténus, mais solides, abondamment parsemés de hameçons très aigus. Ces hameçons ont été au préalable groupés et combinés de telle sorte, quau moindre frôlement ils senroulent par grappes aux jambes des passants, dont chaque mouvement provoque laction de nouvelles pointes. Que le prisonnier ait limprudence de vouloir se libérer, et en moins dune minute, il est complètement immobilisé ; quon essaie de lui porter secours, et lon est pris soi-même, car ces barbelés dun nouveau genre sont dune activité diabolique : ils sont vivants.

    Sortons de cette sauvagerie et de ces filets, où il serait peu charitable de laisser les lecteurs du Bulletin, et donnons une bonne nouvelle, que nous regrettons de ne pas avoir fait connaître plus tôt. Muiluk a enfin été évacué par la soldatesque qui loccupait, malgré nos réclamations, depuis une longue année. Le cher Père Baldit a donc pu se réinstaller dans sa résidence ! Il y a constaté plus dune disparition dans ses affaires et plus dun dégât dans ses bâtiments. Par compensation, il a pu admirer sur ses murs les manifestations les plus crues de lart pictural moderne. Nous faisons des vux pour quil conserve pieusement ces chefs-duvre à la postérité.

    5 novembre.

    Nanning

    Lan passé, notre évêque vénéré avait projeté, à loccasion de son 25ème anniversaire de prêtrise, de réunir tous les confrères à Nanning ; mais, au dernier moment, linsécurité des routes et le mouvement xénophobe lavaient empêché de mettre son projet à exécution. La situation sétant sensiblement améliorée, Sa Grandeur a pu, cette année, donner suite à son idée. Du 7 au 24 octobre, tous les confrères, présents dans la Mission, se trouvaient, à lexception de deux, légitimement empêchés, réunis dans la ville épiscopale. Depuis 1911, la ville de Nanning navait pas abrité un clergé aussi nombreux. La caractéristique de cette réunion a consisté en une grande cordialité, tant entre confrères quentre clergé européen et clergé indigène.

    La dernière rentrée de notre petit séminaire a été plus nombreuse que jamais. Les modestes bâtiments de cet établissement étant, par suite, devenus insuffisants, le P. Cuenot, nouveau supérieur, sest mis de suite à luvre pour faire les agrandissements nécessaires. On espère que les travaux seront terminés à Noël.

    Hanoi

    Le 16 octobre dernier ramenait lanniversaire le quarantième de la consécration épiscopale de Mgr Gendreau, notre vénéré Vicaire Apostolique. Toujours infatigable malgré ses 77 ans, Mgr était alors en tournée pastorale dans la province de Phû-ly ; et cest entouré de ses chers chrétiens tonkinois, parmi lesquels il se trouve si heureux, quil reçut nos lettres de félicitations et de souhaits. Seuls trois missionnaires, dont le Père Biotteau, Procureur Général, en tournée, lui aussi, au Tonkin, et sept prêtres indigènes des paroisses voisines purent se rendre à Vu-diên, présenter leurs vux de vive voix et jouir de cet accueil paternel dont notre bon évêque a toujours eu le secret.

    Des treize Vicaires Apostoliques qui, depuis Mgr Pallu, se sont succédé à la tête de notre Mission, deux : Mgr Néez (1723-1764) et Mgr Longer (1789-1831), lont gouvernée plus longtemps que Mgr Gendreau ; mais il les dépasse déjà tous par la durée de son épiscopat. Daigne la Divine Providence le conserver longtemps encore à notre affection !

    Si le chef heureusement demeure, les soldats, hélas ! tombent les uns après les autres. Nous avons perdu cette année, et presque coup sur coup, deux confrères, le P. Chalve, vicaire forain, et le P. Lauvergnat, professeur de morale au Grand Séminaire. Depuis, le P. Hébrard a dû quitter son important district de nouveaux chrétiens pour aller rétablir en France une santé ébranlée. Aussi notre joie fut-elle grande, ces jours derniers, de voir arriver nos deux nouveaux : le P. Vignaud et le P. Fournier. Le premier, on sen souvient, fut victime, lan dernier, au retour dun pèlerinage à Lourdes, dun terrible accident de chemin de fer. Il est actuellement aussi ingambe que possible, et nous avons confiance quil pourra fournir, sinon de longues courses à pied, du moins un fructueux ministère. Notre-Dame de Lourdes y est un peu, semble-t-il, intéressée.

    Levons, pour finir, les yeux vers les hautes sphères gouvernementales. Là, on ne blanchit guère sous le harnois. Notre Gouverneur Général, M. Alexandre Varenne, a quitté le palais de lAvenue Puginier le 27 octobre au matin et, le même jour, sest embarqué à Haiphong pour Saigon et la France. Reviendra-t-il ? Les avis sont partagés. Lui-même a déclaré que son départ peut être définitif, mais quil peut aussi ne lêtre pas. Quoi quil arrive, et sans vouloir faire ici de politique, nous devons à la justice de reconnaître que ce Gouverneur Général socialiste sest toujours montré déférent envers nos Evêques, libéral et même bienveillant à légard des uvres catholiques. Madame Varenne, de son côté, na jamais caché sa sympathie pour nos Religieuses et son admiration pour leur dévouement.

    27 octobre.

    Vinh

    Pendant la dernière semaine daoût, le P. Bélières, à Xa-doai, a prêché la retraite des catéchistes des provinces de Vinh et de Ha-tinh. A Huóng-Phuong, le P. Radelet a rendu le même service à ceux de la province du Quang-Binh. Déjà deux de nos catéchistes sont entrés au Collège Général de Pinang. A lissue de ces retraites, Mgr Eloy a annoncé à dix dentre eux quils étaient appelés au Grand Séminaire.

    Le P. de Coopman, de Saigon, a bien voulu, en revenant de Hong-Kong, sarrêter un petit moment chez nous. Il en a profité pour faire une visite au P. Victor Barbier ; trop courts, mais bien doux instants pendant lesquels se sont ravivés dans le cur de nos deux confrères les souvenirs de lordination et du départ et où les meilleurs souhaits de bonheur ont été échangés pour lavenir.

    Pendant ce mois de septembre, nous avons beaucoup souffert de la chaleur ; à lintérieur, le thermomètre ne séloignait guère de 37o . Temps aussi de grande sécheresse ; mais à partir du 20 septembre jusquau 12 octobre, nous avons été largement compensés. Pendant cette période, en effet, trois typhons, accompagnés de pluies diluviennes, ont passé sur notre Mission. Beaucoup de dégâts ont été causés. En maints endroits la toiture des églises a été emportée, surtout dans le district du Père Provicaire, le P. Abgrall. Il semble bien que le centre du premier typhon a passé sur ce district ; là, en effet, ne se comptent plus les maisons sans toits et les arbres, aréquiers et autres, brisés par louragan. Dans la paroisse de Hoàng-Mai, un de nos chrétiens, à lui tout seul, aurait perdu deux cents aréquiers ! Le P. Abgrall avait fixé à cette époque son triduum eucharistique ; mais il a dû le retarder de huit jours au moins, afin de pouvoir remettre un peu son église de Thuân-Nghiâ en état et de permettre à ses chrétiens de déblayer un peu le plus gros dans leurs demeures.

    Dans le district de Dông-Thành, voisin de celui du P. Provicaire, les dégâts ont été moins graves ; ils sont cependant encore importants. Cest à Nghi-Lôc, dans ce district, que notre jeune confrère, le P. Clavreul, exerce ses premières armes. Il avait déjà fait connaissance avec les longues séances de confessions sous les ardeurs du soleil tropical, et, comme tant dautres, il désirait voir et savoir ce que pouvait bien être un typhon ; les vieux exagèrent peut-être ! Il a été servi à souhait ! Il a vu le toit de sa maison emporté en grande partie par le vent, et il a eu la très désagréable surprise de pouvoir à peine trouver un petit coin où il pût se mettre à labri de la pluie !

    Par suite de ces typhons, lAdministration des chemins de fer nous a fait savoir quelle ne pourrait pas, à cause des dommages causés à la voie, ouvrir à lexploitation la section Donghoi-Phuctrach à la date fixée du 10 octobre. Nous espérons que le retard ne sera pas bien long et que bientôt nous aurons le plaisir de voir toute notre Mission traversée par le rail.

    Cette ligne permettra à nos prêtres indigènes du Quang-Binh de venir faire leur retraite annuelle au centre de la Mission. Et déjà, pour permettre à tous de venir, Mgr Eloy se propose de faire deux réunions, à deux époques différentes.

    La retraite des confrères aura lieu le 27 décembre prochain ; elle sera prêchée par le R. P. Cousineau, supérieur de la maison des Pères Rédemptoristes de Hué.

    Au petit séminaire, les maisons provisoires, qui avaient remplacé celles qui avaient été consumées par lincendie du 17 août 1925, ont elles-mêmes cédé la place à deux grands bâtiments à étages, construits en briques. Lun est déjà en bonne voie dachèvement. Le typhon, Dieu merci, la respecté ; nous en avons été quittes pour une forte alerte. En ce moment on creuse les fondations de lautre bâtiment. Il sera construit sur le même plan que le premier, mais il sera plus long, parce que le petit séminaire, au lieu de six classes comme précédemment, en aura bientôt sept, puis huit.

    La nouvelle église de Vinh, non plus, na pas souffert du typhon. Et même, le 21 septembre, en plein typhon, les ouvriers ont pu continuer leur travail à lintérieur. Le P. Delalex se félicite davoir pu réaliser rondement son plan et couvrir son église avant la saison des pluies. Actuellement, on travaille à aménager lintérieur. Le P. Dalaine, supérieur du G Séminaire et ancien curé de Vinh, sest fait un honneur doffrir le maître-autel. Au-dessus de cet autel, il y a une belle statue de la Ste Vierge. Cette statue a été offerte par un commerçant annamite de Vinh, encore païen. De lui-même, il vint un jour trouver le Père et lui déclara quil se chargeait doffrir à léglise la statue de cette belle Dame, quon voit dans les églises catholiques; ainsi fut dit, ainsi fut fait ! Que Marie daigne, en retour, obtenir à ce généreux bienfaiteur la grâce de recevoir le St Baptême et une large part dans les faveurs que sa main bénissante répandra dans la nouvelle église de Vinh !

    18 octobre.

    Quinhon

    Le chroniqueur est en retard pour signaler les belles fêtes du 21 septembre, qui groupèrent 63 prêtres autour du P. Gagnaire, Supérieur du petit séminaire et Provicaire depuis vingt-cinq ans. Grâce à lui, et aussi au P. Dorgeville, nous avons maintenant un spacieux et pratique petit séminaire. Ce fut une joyeuse fête de famille, qui eut été plus belle encore si le Docteur navait retenu à Dalat notre vénérable Evêque.

    Sa Grandeur, qui a reçu une belle lettre de félicitations de S. E. le Cardinal Van Rossum, ne nous reviendra de Dalat que vers la mi-novembre. Les PP. Vallet et Solvignon, qui, eux aussi, ont été opérés à Saigon, ont déjà rejoint leurs districts.

    Le 15 octobre nous avons failli perdre le P. Maheu, hospitalisé à Quinhon depuis la veille. Heureusement ce nétait quune alerte, et notre cher malade commence à reprendre des forces et évitera, espérons-le, une opération du foie. Il ira chercher un peu de repos. et de santé dans la Mission de Cochinchine.

    Le P. Laborier, rentré de France le 8 octobre, sest trouvé ici fort à propos pour remplacer le P. Maheu à limprimerie.

    Signalons en terminant le succès de lécole Gagelin de nos chers. Frères des Ecoles Chrétiennes, qui commence à voir sa renommée se répandre et groupe cette année 185 élèves, dont une cinquantaine de pensionnaires.

    9 novembre

    Saigon

    Le Père Ernest Hay, dont nous annoncions le retour en France dans le dernier Bulletin, na pu sembarquer et est mort le vendredi 21 octobre, à 9h. 20 du soir. Il a été enterré, le lundi 24, à Laithieu, auprès de son frère.

    Né à Armentières en 1868, il fit ses études classiques au collège de Marcq, vint au séminaire de Saint-Sulpice, où il passa deux ans, puis au séminaire des Missions-Etrangères et partit pour la Cochinchine en 1891. Il apprit la langue à Thala, puis fut, pendant quelques mois, chargé du poste de Tay Ninh. De là il passa au séminaire, puis alla à An Diu prendre la direction de lécole des catéchistes. Bientôt, il transportait cette école à Cai Nhuon, où il sefforça de faire de ses catéchistes de véritables religieux. En 1916, il était nommé supérieur du séminaire, tâche quil assuma conjointement avec celle de professeur de morale jusquaux derniers mois qui précédèrent sa mort.

    14 novembre

    Hué

    Une nouvelle qui réjouira les dévots serviteurs de Notre-Dame de Lavang : léglise, que lon construit en son honneur, est entièrement couverte. Plaise à Dieu que le P. Morineau puisse achever les travaux pour lété prochain ! Souhaitons aussi que le choléra nempêche pas, comme cette année et lannée dernière, le grand pèlerinage national et les fêtes quon a lintention de donner à loccasion de la bénédiction du nouveau sanctuaire. Espérons en la Bonne Mère et prions-la de nous accorder la réalisation de ces désirs bien légitimes.

    Du 29 septembre au 7 octobre, les novices et postulants de linstitut des Frères des Ecoles Chrétiennes ont eu leur retraite annuelle. Elle sest terminée par la profession temporaire de quatre novices, qui sont entrés au scolasticat, et la prise dhabit de onze postulants, qui ont de suite commencé leur premier noviciat.

    Les 15, 16 et 17 octobre, lécole Pellerin a pieusement fêté le Bienheureux Salomon, Frère des Ecoles Chrétiennes, martyr des Carmes du 2 septembre 1792, béatifié lannée dernière par S. S. le Pape Pie XI. Le panégyrique du nouveau Bienheureux a été fait, dabord en annamite, par le P. Stoeffler, puis en français, par le P. Lemasle et le P. Chapuis, La clôture du Triduum a été présidée par Mgr Allys qui, ce jour-là, fit la visite de toutes les classes, accompagné de plusieurs Pères français et annamites et de deux Pères Rédemptoristes canadiens-français.

    Au dernier Conseil du Gouvernement, qui a eu lieu à Hanoi, M. Alex. Varenne, Gouverneur Général, a annoncé la fondation probable dun établissement denseignement secondaire classique privé dans la ville de Hué. Cette fondation serait faite par les Pères Chanoines Réguliers de lAbbaye de Saint-Maurice dAgaune dans le Valais (Suisse), dont le Supérieur actuel est Mgr Mariétan, évêque-abbé de Bethléem.

    5 novembre

    Bangkok

    Le mois doctobre sest ouvert par une magnifique fête du Saint-Rosaire, célébrée pontificalement à Bangkok dans léglise du même nom et dont le pasteur est le R. P. Guillou. Cette église du Saint-Rosaire est réservée principalement aux Chinois, mais ceux-ci prouvent par leur nombreuse assistance, chaque dimanche, combien elle est trop étroite. On ajouterait aussi si on losait, que le zèle du pasteur est trop débordant. De jour et de nuit, le cher Père Guillou cherche ses ouailles, les nourrit de ses paroles apostoliques et les presse de se laisser conduire dans la voie du salut. Il a pris la lettre et lesprit du texte : Zelus domus tu comedit me, sans trop se préoccuper de sa propre personne. Daigne Dieu le conserver longtemps encore au Siam et lui donner la consolation de voir son troupeau toujours fidèle et se multipliant à lenvi !

    Un splendide contingent Salésien, ne comprenant pas moins de 18 membres, tant prêtres que séminaristes, est arrivé au Siam le mardi 25 octobre, venant de Hongkong-Macao. Le Révérend Père Ricaldone, Préfet Général de lInstitut Salésien, était tout heureux de le conduire à destination et de le remettre sous la direction de S. G. Mgr Perros. Un autre groupe Salésien est attendu fin novembre et complètera, pour cette année, la future Mission Salésienne du Siam.

    Durant une quinzaine, Monsieur lAbbé Aufhauser, professeur à lUniversité de Munich, a été lhôte de la Mission Catholique de Bangkok. Ce savant Docteur en Ethnologie, passionné pour létude comparée des Religions, est venu se documenter sur le Bouddhisme siamois. Reçu officiellement par S. E. le Ministre dAllemagne, présenté à de nombreux Princes et Chefs de Pagode, il a recueilli de précieux documents, témoignages, avis, etc.. Son but serait de trouver, si possible, des points de contact permettant aux bouddhistes de se rallier aisément à la seule religion vraie : le Catholicisme. Souhaitons plein succès à lapostolat du Docteur Aufhauser, tout en continuant de demander à Dieu, comme lui-même le fait dailleurs, labondance de ses grâces qui seule assure les fécondes et durables conversions.

    Le capitaine aviateur Challe, lors de son voyage Paris-Saigon et Saigon-Paris, sest arrêté, tant à laller quau retour, à Bangkok, où il fut chaleureusement fêté par la colonie française. Après la messe du Jour de la Toussaint, il tint à présenter ses hommages à Mgr Perros et, accompagné du Comte de Sercey, Chargé dAffaires de France, et du Père Chorin, il visita volontiers quelques Etablissements de la Mission Catholique. La veille, le Capitaine Challe avait habilement survolé les tours de la cathédrale, la Légation de France et la ville de Bangkok, où il sema une légère panique par ses affolantes acrobaties aériennes.

    Malacca

    Après un court séjour à la clinique du Docteur Angier de Saigon, le Père Brossard nous revient guéri, Deo gratias ! Le Docteur français, plus habile ou plus heureux que nos Docteurs anglais, a vu clair dans le cas du malade et la traité avec succès.

    Fatigué depuis plusieurs mois, un autre confrère du Centre, le Père Louis Duvelle est allé prendre la place de son voisin en Cochinchine. Sur le conseil de la Faculté, il est monté à Dalat, où lair frais et le repos sont ses seules médecines.

    Nous avons eu cette année trois décès de missionnaires. Pour commencer à combler les vides, Paris vient de nous envoyer un nouveau, le Père Sy, qui est arrivé à Singapore le 16 octobre et a été mis à létude du chinois chez Mgr Mérel, successeur du Père Gazeau. Maintenant nous attendons fermement deux autres nouveaux pour remplacer les P. P. Le Mahec et Coppin.

    Birmanie Septentrionale

    Par ordre du médecin, le Père Juéry vient de rentrer en France pour refaire sa santé fortement ébranlée par vingt cinq ans de courses apostoliques chez les Kachins. Le P. Gilhodes se trouve donc seul pour administrer son vaste district. Si lui, du moins, était bien portant ! Hélas ! ses jambes lui refusent à peu près tout service, et cest en chaise à porteurs quil est obligé de voyager la plupart du temps....

    La retraite de notre clergé indigène a été prêchée par le P. Hervy. notre vénéré provicaire.

    Nous avons reçu la visite du docteur J. B. Aufhauser, professeur de missionologie à lUniversité de Munich, venu pour étudier sur place le bouddhisme birman.

    26 octobre.

    Phnompenh

    A Siam, nous dit le correspondant du Bulletin, les jacinthes deau sont un grand obstacle à la navigation. Quil se console, si le malheur des autres peut adoucir le sien. La jacinthe deau, connue sous le nom de luc bình, existait au Cambodge depuis longtemps, mais restait enfermée dans les marais. En 1904, la grande inondation et le typhon lamenèrent dans les cours deau, où elle ne tarda pas à se développer et à devenir un véritable fléau pour la navigation, surtout dans les petites rivières.

    Les Annamites, qui volontiers recherchent une explication plus ou moins adéquate à toutes choses, prétendirent que les Japonais, pour mieux conquérir lIndochine avaient semé le luc bình qui devait rendre impraticables les cours deau.

    Au commencement, comme la plante était jolie et la fleur agréable à voir, chacun sen disputait une touffe et précieusement la mettait dans la flaque deau qui avoisine toute maison annamite. On ne tarda pas à revenir de cet engouement, quand on saperçut de la rapidité de sa croissance.

    Ladministration, surtout en Cochinchine, lutta énergiquement pour détruire le luc bình ; mais les résultats ne furent guère appréciables.

    En 1912, lors de la grande sécheresse, leau salée envahit les arroyos et canaux de la Cochinchine et y séjourna plus longtemps que les autres années. Comme le luc bình dépérit et meurt dans leau salée, il disparut en grande partie et depuis ce temps, en Cochinchine du moins, il semble beaucoup moins vivace.

    Au Cambodge, on a tenté dindustrialiser la fibre du luc bình pour la sparterie, fabrication de nattes, etc.. Mais, si la matière première est bon marché, le travail est si lent et si compliqué que seule lAdministration, qui dispose de la main-duvre gratuite des prisonniers, peut se payer ce luxe ; un particulier ny ferait pas ses affaires.

    Après avoir été, pendant de longs mois, à la peine, le P. Albert Thomas était à la joie et à lhonneur le 26 octobre. Depuis nombre dannées il considérait sa vieille église, et, malgré sa meilleure volonté et ses syllogismes les plus serrés pour se persuader et persuader aux autres quelle tiendrait encore, quelle avait pris lhabitude de tenir, il fallut bien, un jour, se rendre à lévidence : il devenait téméraire dentrer dans cet édifice vermoulu et il suffirait de vraiment trop peu de choses pour que la toiture, quittant son équilibre instable, ne vint se confondre avec le pavé ; la démolition fut résolue et exécutée. Mais si place nette était faite, si le danger dêtre écrasé était écarté, il fallait recoudre et la paillotte hâtivement élevée nétait quun provisoire trop précaire.

    Mais que faire, quand tout Thomas quon soit, même Albert, on est marquis de la bourse plate et que vos chrétiens sont affligés dune piastrite endémique ? Prendre son courage à deux mains, mettre sa besace sur lépaule et partir en campagne. Cest ce que fit le P. Thomas. Lépreuve fut concluante et au bout de quelques mois, nanti dun bon sac de piastres, en possession dun plan élaboré par le P. Dalle, qui a fait ses preuves à Rachgia et dont les connaissances techniques sont reconnues de tous, le P. Thomas put entreprendre les travaux. Ils marchèrent vite ; à peine six mois, et les confrères ont pu, au jour de la bénédiction, admirer un édifice vaste, solide, coquet, qui fait honneur au constructeur et à larchitecte.

    En même temps, nous fêtions les vingt cinq ans de Mission du. P. Thomas, qui, dans sa modestie, avait refusé toute manifestation, mais ne put mettre un frein à la joie des confrères réunis pour cette double fête.

    Quelques jours auparavant, un arbre était tombé sur sa vieille maison et lavait amputée de la vérandah ; aussi doit-elle être remplacée et les confrères ont engagé le P. Thomas à reprendre sa besace (procédé qui lui a déjà si bien réussi) et lui ont donné rendez-vous dans quelques mois, pour suspendre la crémaillère dans la nouvelle maison. Alors le curé de Prêk Trêng sera un homme heureux.

    Laos

    Du renfort nous arrive ! Le P. Marchi est de retour du pays natal. Peu après nous avions la joie de recevoir un nouveau confrère, le P. Cavailler. Certainement, dans notre Laos, il sera un bon cavalier ! Aussi avons-nous salué son arrivée avec enthousiasme !

    Voici encore la Sr Marie, Religieuse de St Paul de Chartres, qui revient à Nong-Seng ! Elle était retournée en France pour refaire sa santé, épuisée au Laos. Et, ses forces revenues, elle a eu hâte de retrouver ses petites Laotiennes et de se dépenser de nouveau pour elles.

    En guise de compte rendu, voici une petite statistique, qui permettra de juger de notre marche en avant. Je signale seulement les trois principaux postes de la Mission.

    A Tharé, fondé en 1882, il y avait en 1892 :
    1256 chrétiens, 3682 confessions et 3340 communions.

    En 1912, il y avait 2072 chrétiens ; cette année, il y en a 2612.
    En 1912, il y avait 9385 confessions ; cette année il y en a 13496.
    il y avait 16334 communions ; cette année il y en a 33432.

    A Oubone, fondé en 1881, il y avait en 1892 :
    552 chrétiens, 2505 confessions et 2317 communions.

    En 1912, il y avait 1330 chrétiens ; cette année il y en a 1320 ;
    il y avait 6978 confessions ; cette année il y en a 8157.
    il y avait 16921 communions ; cette année il y en a 33116.

    A Song Nhë et Nong Khu, fondé en 1903, il y avait en 1912, 273 chrétiens, 1343 confessions et 2431 communions.

    En 1927, il y a 1069 chrétiens, 6678 confessions et 20.808 communions.

    En 1893, quand le Laos et le Siam ne formaient encore qu une seule Mission, il y avait dans le Laos environ 8000 chrétiens et 30 000 communions. Cette année, 1927, il y a 17 348 chrétiens et les communions atteignent le chiffre de 193 117 !

    Il ny a pas eu au Laos de persécutions violentes ; mais nous avons eu à subir beaucoup de tracasseries. De plus, en 1901-1902, un grand nombre de chrétiens se laissèrent prendre aux belles paroles de ces sorciers, qui, venus on ne sait doù, parcouraient le Laos en promettant la fortune à tous ceux qui les suivraient. Parmi ces chrétiens qui nous ont alors lâchés, les uns ont reconnu leur erreur et sont revenus au bercail ; les autres en ont profité pour retourner à leurs superstitions.

    8 octobre.


    Pondichéry

    Le 30 août, le P. C. Mignery, un de nos vétérans, prenait, à Colombo, le bateau pour France. En Mission depuis 1882, le brave Père navait jamais pensé à revoir la mère-patrie. Mais lhomme propose et Dieu dispose. En juillet dernier, le P. Mignery souffrait dune inflammation à la bouche. Pensant avoir un bobo sans conséquence, il se soigna avec les ressources élémentaires dune pharmacie de missionnaire ad gentes. Le mal saggrava, et, après consultation, la Faculté diagnostiqua un cancer en formation. Malgré ses 74 ans, le P. Mignery est encore solide et a un tempérament vigoureux. Comme les médecins de lInde pensaient que les spécialistes dEurope pourraient arrêter le mal dans ses débuts, le P. Mignery est parti chercher la guérison, pour revenir, si le bon Dieu le veut, travailler encore dans sa chère Mission. Daigne le bon Dieu nous le renvoyer bientôt sain et vigoureux !

    Mgr Morel, parti en tournée pastorale à la mi-août, est rentré à Pondichéry le 20 octobre, après avoir visité les districts dEraiyur, Conaneppam, Kuraipettah et Vadavalur.

    De méchantes langues avaient fait courir le bruit que le P. Gabillet, un autre vétéran (72 ans), était malade. Pour nous prouver le contraire, le brave Jean-Louis Gabillet est venu de son lointain district de Ravate-Nellur nous montrer sa bonne mine. Plein de vigueur et dentrain, il est retourné au milieu de ses ouailles, ad multos annos.

    Le 15 octobre, fête de Ste Thérèse, au couvent des Surs de St Joseph de Chung, deux novices, Surs Pauline et Marie-Ange,. ont émis leurs vux temporaires de religion.

    Trois jours auparavant, le 12 octobre, au couvent du Carmel, deux postulantes prenaient le saint habit, deux novices faisaient leurs deuxièmes vux et deux Surs de vux temporaires émettaient leurs vux perpétuels.

    La mousson du nord-est commence à nous envoyer quelques. ondées bienfaisantes. Espérons quelles seront assez abondantes pour remplir les étangs et assurer en février une bonne récolte de riz ; sinon, cest la disette, la cherté des vivres et.... la misère pour les pauvres ; pauperes semper habetis vobiscum !.

    Le fameux Mahatma Gandy, le grand réformateur à la mode, est en tournée dans le sud de lInde. Tout se passe dans le plus grand calme. Ne prêchant plus maintenant la résistance passive au Gouvernement établi, il se contente de demander à chaque dame indienne davoir un rouet et une quenouille pour filer le coton, et un métier pour tisser les vêtements, afin de ne pas acheter à létranger ce que la mère-patrie peut fournir à ses enfants. Un autre point sur lequel il insiste, cest la suppression des castes et des barrières. On lécoute. Mais la question na pas lair davancer, et on ne voit guère poindre à lhorizon la solution de ce problème. Il en coûte et il en coûtera toujours à lIndien figé dans sa civilisation millénaire et dans ses us et coutumes ancestraux, dadopter une nouvelle vie sociale. Tant que lInde restera païenne, elle restera casteuse.

    Mysore

    Le P. Pointet nous est revenu de France florissant de santé. Pour quelques jours il aide, à Mysore, le P. Cochet dont le vicaire malade est à lhôpital Ste Marthe. Mais ce nest là quun poste tout à fait provisoire, car il vient dêtre nommé professeur à la Section Indienne du Collège.

    Le P. Michel, qui est le principal de cette section, est malheureusement retenu en France, plus longtemps quil navait dabord pensé, par différentes difficultés et ne prévoit pas son retour avant le mois davril prochain. Devenant son assistant. le P. Pointet va assurer lintérim.

    Sous peu, sans doute, nous verrons également revenir le P. Koehl, qui sest embarqué dans la première quinzaine doctobre.

    24 octobre.


    Kumbakônam

    Du 20 au 26 septembre, les exercices de la retraite ont été donnés aux confrères de notre mission. A cette retraite, que nous a prêchée le P. Béchu, vicaire général de Coïmbatore, ont pris part me trentaine de confrères, tant missionnaires européens que prêtres indigènes.

    Nous attendons le retour de notre évêque pour la fin de novembre. On dit que Mgr Chapuis ne reviendra pas seul. Deux ou trois confrères laccompagneraient, qui, depuis longtemps, se trouvaient en France, pour y refaire leur santé délabrée. On dit aussi... Mais on dit tant de choses à la clôture dune retraite !

    En attendant, au milieu des ombres, dans lesquelles se trouve plongée la Mission de Kumbakônam, la nouvelle du retour de Mgr Chapuis perce comme un joyeux rayon de soleil.

    1 octobre.

    Notre nouveau confrère. le P. Jusseau, piloté par un ancien des temps à venir, le P. Blons, nous est arrivé en bonne santé et tout plein dentrain, le matin du dimanche 9 octobre. Il est maintenant plongé dans létude de lharmonieuse langue tamoule et dans celle de la langue anglaise. Faisons des vux pour quil ny perde pas son latin.

    Le P. Toublanc, obligé de quitter le sanatorium de St Théodore, nous était arrivé à Kumbakônam le 29 septembre. Il nous a quittés le 19 octobre pour se rendre à lhôpital Ste Marthe. Espérons que les soins dévoués, dont il sera lobjet, finiront par remettre notre confrère sur pied.

    Un jeune prêtre indigène, le P. Arpidasamy, vicaire du P. Ligeon, dans le district dOtur, vient dêtre cambriolé. Pendant quil était occupé à ladministration dune chrétienté voisine, les voleurs ont pénétré dans son presbytère, fracturé caisses et armoires et fait main basse sur tous les objets qui pouvaient être de quelque valeur.

    30 octobre.
    1927/749-774
    749-774
    Anonyme
    France et Asie
    1927
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