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Chronique des Missions et des Etablissements communs 9

Chronique des Missions et des Etablissements communs Tôkyô
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs
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    Tôkyô

    Nous assistons au Japon à une nouvelle tentative de réaction du Gouvernement contre les idées jugées dangereuses, et aux mesures prises en particulier pour prémunir contre leur influence la jeunesse des écoles. Lenquête, faite à propos de menées anarchistes découvertes à la suite des dernières élections législatives, a convaincu les juges et les hommes dEtat du pays que les idées communistes avaient gagné de nombreux groupes détudiants et même des professeurs de diverses Universités. Pour enrayer le mal et combattre les complots anarchistes, le ministère, appuyé par le Conseil Privé de lEmpereur, a eu recours à une Ordonnance Impériale, qui révisait la loi contre les attentats à lordre public et aggravait les sanctions pénales jusquà même frapper de la peine de mort les délits les plus considérables.

    Si le Gouvernement a jugé que la gravité de la situation lautorisait, de par la teneur même de la Constitution, à se passer du vote préalable des Chambres, dont la session ordinaire ne reprendra quà la fin de décembre, lopinion exprimée par la presse na généralement pas partagé cette manière de voir. On a accusé le ministère davoir excédé ses pouvoirs ; on a agité la question dune révision de la Constitution, élargissant les pouvoirs de la Chambre des Députés, diminuant ceux du Sénat et du Conseil Privé ; on a même soutenu que le Conseil Privé devait être aboli.

    Quant aux mesures prises pour combattre les idées dangereuses dans les écoles, il a été décidé quune somme de deux millions et demi de Yen (environ 28.000.000 de francs) serait affectée à ce quon est convenu dappeler la direction des idées dans lenseignement. Un million et demi de Yen serait destiné à créer des chaires nouvelles à répartir entre les diverses Universités du pays, pour inculquer plus profondément dans la jeunesse les idées traditionnelles, qui doivent maintenir lesprit national et le défendre contre le virus des importations dangereuses de létranger. Lhistoire du Bouddhisme, lhistoire des idées nationales, la morale orientale, la morale nationale, lart oriental, les études sur la pensée japonaise, etc. doivent former les diverses branches de cet enseignement. De plus, des subventions seront accordées aux publications savantes sur les idées traditionnelles de lOrient. Enfin, une surveillance très sévère sera faite sur les relations des étudiants, et la police des écoles sera renforcée.

    De nombreux journaux ont critiqué ces mesures. Voici comment sexprime, en particulier, un des principaux quotidiens de Tôkyô, le Jiji Shimpo, qui passe pour être un des organes les plus modérés : Ces mesures, dit-il, trahissent les idées arriérées qui continuent de régner dans les hautes sphères de lInstruction Publique. Elles sont, de tout point, analogues à celles qui furent prises, il y a environ 50 ans, lorsque le Gouvernement autocratique des clans, se voyant débordé par les nouvelles idées libérales et le mouvement en faveur des institutions parlementaires, résolut de sopposer au soi-disant fléau des idées étrangères, et décida de faire revivre dans les écoles lenseignement confucianiste : Lenseignement moral, disait linstruction ministérielle, doit être basé sur la morale traditionnelle de lEmpire et sinspirer des principes de Confucius. Vouloir borner lhorizon intellectuel de la jeunesse au cercle étroit des vieilles idées du passé, cest entraver son développement, pour aboutir à des résultats pour le moins aussi néfastes que ceux quon veut éviter en combattant les idées dextrême-gauche. Vraiment le cas dune minorité détudiants, poussés vers des excentricités par simple curiosité juvénile, ne justifie pas des mesures draconiennes qui, outre quelles ne sont pas le moyen propre à redresser les idées, ôteront aux cours des Universités leur intérêt et ne manqueront pas dexciter davantage le mauvais esprit dans les écoles.

    Ces simples citations nous permettent dentrevoir où gît le vrai péril, à savoir dans labsence des vrais principes, qui empêche les uns de voir le danger et qui rend les autres impuissants à le combattre efficacement.

    S. E. Mgr Giardini, Délégué Apostolique du Japon, doit quitter Tôkyô le 6 août pour aller visiter la Corée et la Mandchourie, puis S. E. prendra à Shanghai le Porthos pour se rendre à Rome. Le R. P. Supérieur de la Société des M. E. de Milan, qui est à Tôkyô depuis quelques semaines, doit accompagner Mgr le Délégué.

    Nota. Au-dessous de la photogravure parue dans le Bulletin de juillet à la page 427, à propos de la dernière Chronique, on doit lire : YOKOHAMA. Etablissements scolaires.
    Le 3 août.


    Fukuoka

    Le diocèse de Fukuoka est créé. Les lecteurs du Bulletin seraient peut-être heureux davoir des nouvelles de ses missionnaires.

    Deux sont en France depuis longtemps. Le P. Raguet est à lhôpital du P. Breton (Tôkyô), préparant, autant que les forces peuvent le lui permettre, la 2ème édition de son dictionnaire. Les PP. Gracy et Veillon sont au Sanatorium de Béthanie. Le P. Cotrel est dans limmobilité complète sur son lit de douleurs depuis le mois daoût 1927 ; paralysie totale.

    Les PP. Drouet, Bonnecaze, Arvin restent au Séminaire de Nagasaki. Le P. Heuzet, à Nagasaki, tient la procure des commissions, commune aux deux diocèses, et est aumônier des Surs du St Enfant-Jésus de Chauffailles. Les PP. Halbout, Fressenon et Bonnet sont encore dans le diocèse de Nagasaki, attendant leur ordre de rappel.

    Les autres travaillent dans le nouveau diocèse et attendent du renfort.

    Le dimanche 15 juillet, la coquette église de Kurume était en fête ; Mgr Thiry venait y faire sa première visite pastorale et donner la Confirmation.

    Heureux jour, surtout pour le Pasteur qui voit saccroître le nombre et la ferveur de ses ouailles ! Ce jour-là vingt néophytes furent fait parfaits chrétiens. A ces nouveaux soldats du Christ, le P. Umeki, vicaire du P. Honda à Imamura, dans un langage simple mais très clair, rappela les graves obligations qui sattachent à un si beau titre.

    Dans le courant de laprès-midi, le P. Joly put quitter sa cure de Fukuoka et venir nous prêter son concours pour le salut du T. S. S.

    Dans la soirée, de joyeuses agapes réunirent les principaux chrétiens, qui promirent de bien seconder leur missionnaire dans le travail toujours délicat de lévangélisation au Japon.
    Le 21 juillet.


    Osaka

    A la Procure de Kobe, le 12 juin, à 10 heures du soir, rendait le dernier soupir notre cher confrère, le P. Rey. Cette mort, bien que prévue, a fait cependant parmi nous un grand vide, tant nous étions habitués à voir le P. Rey nous accueillir à la Procure avec le sourire aimable dun homme fait exprès pour rendre service.

    Le 14, la plupart des confrères de la Mission et un grand nombre de catholiques, tant japonais quétrangers, lont accompagné à sa dernière demeure, où il repose près de son ami, le P. Marie, en attendant la résurrection.

    Le dimanche, 1er juillet, Mgr dOsaka a eu la joie de faire à Kobe, dans léglise Saint Henri, lordination sacerdotale des PP. Paul Furuya et Simon Myakoda. Il y a bien près de 20 ans quon navait vu chez nous pareille cérémonie. Aussi une nombreuse assistance entourait les deux nouveaux prêtres, demandant à Dieu avec ferveur de faire descendre sur eux les grâces qui font les saints.

    Et voici que de Paris nous est annoncé lenvoi dun nouveau, le P. Bec, originaire du diocèse de Reims.

    Ce nest pas trop de ce renfort de jeunes pour combler les vides et venir au secours des santés qui faiblissent dune façon inquiétante.
    Le 9 août.


    Taikou

    Le mois de juillet na pas été fertile en événements. La grosse préoccupation actuelle est cette sécheresse persistante, comme on nen avait pas vue depuis des années. A part le littoral qui a été suffisamment pourvu en pluies, dans tout le reste de la Mission les rizières nont pas été plantées ; cest donc, cette année, une disette en perspective pour nos chrétiens, déjà pourtant assez malheureux. Pour comble de malheur, les insectes, que la pluie détruit habituellement, sattaquent aux légumes et causent partout des dommages considérables.

    Les Protestants semblent, de bonne heure, récolter chez leurs adeptes les fruits de leurs doctrines libérales ; ils ont dû fermer les portes de leur école de Fusan et renvoyer provisoirement les professeurs en raison des troubles causés par les élèves. Il est vrai que ces grèves scolaires ne sont pas leur propre exclusif, puisque la fréquence des grèves doit faire lobjet détudes dinspecteurs scolaires réunis en conférence.
    Le 8 août.


    Moukden

    Le Père De Jonghe, de la Commission Synodale, se rendant de Pékin à Bruxelles par la Sibérie, a bien voulu sarrêter quelques jours à Moukden. Double plaisir, car le P. De Jonghe fut rejoint ici par son compatriote et ami, le P. Veraeghe, procureur des Missions de Scheut à Shanghai, qui se rendait en Europe par la même voie.

    Les dernières statistiques établissent que, en moins dun an, la population de la ville de Moukden a passé de 360.000 à 400.000. Comment Moukden sarrange-t-il pour prospérer de la sorte en dépit de la guerre, des taxes toujours plus lourdes et dune monnaie terriblement dépréciée, personne ne se lexplique autrement que par cette tendance, qui nest pas spéciale à la Chine, à préférer la grande ville à la campagne et à abandonner la vie salubre des champs pour venir senfermer dans les usines ou les maisons de commerce.

    La recherche des chrétiens parmi ces nouveaux venus nest pas chose aisée ; toutefois les efforts faits dans ce sens ne sont pas sans résultats. Il y a seulement deux ans on comptait à peine, pour la seule ville de Moukden, 1600 chrétiens. Aujourdhui, malgré le petit nombre de conversions, ce chiffre a dépassé 2000. Que navons-nous, pour travailler sur cette masse toujours croissante, des ressources plus grandes et un personnel plus nombreux !
    Le 9 août.


    Chungking

    Le 20 juin dans la soirée, au Petit Séminaire de Tien tche, des élèves, armés de sécateurs, saccageaient les platebandes et les dépouillaient sans pitié de tout ce qui avait lapparence dune fleur, et la chapelle se transformait en un immense parterre ; lautel, les murs disparaissaient sous les fleurs. Fleurs aussi au réfectoire, fleurs partout. Pourquoi cette odorante mobilisation ?

    A huit heures et demie la communauté faisait irruption dans le bureau de notre cher Supérieur ( le P. Leao, curé de Tchong tcheou, venu exprès était aussi des nôtres). Au nom de tous, en un Petit speech en latin, le P. Aymard présenta au cher Père Bourgeois nos vux à loccasion du vingt-cinquième anniversaire de son ordination sacerdotale : Nous serions sûrs de vous contrarier, lui dit-il, si, pour donner à cette fête tout léclat qui lui convient, nous négligions nos études. Aussi nous renvoyons à des temps meilleurs la solennité extérieure de la fête, et demain sera une journée de joie toute spirituelle : devant Dieu seulement nous épancherons notre reconnaissance.... Le P. Aymard rappela ensuite en quelques mots les longues années consacrées à cette tâche délicate de léducation de la jeunesse ; le tout se termina par un Vivat accentué par des applaudissements sincères et prolongés.

    En quelques mois le cher Père Supérieur laissa parler son cur et redit à tous sa grande affection et son grand désir de nous voir tous devenir des saints.

    Le lendemain, à la messe de communauté, tous les élèves offraient leur Communion pour leur vénéré et cher Supérieur, demandant au Bon Dieu dacquitter à leur place leur dette de reconnaissance. La GrandMesse fut chantée par le P. Bourgeois, assisté des PP. Aymard et Roussel comme diacre et sous-diacre. Après la Messe nous allâmes de nouveau chez le P. Supérieur pour la lecture dun long et très littéraire discours chinois. Après les Vêpres et le Salut solennel, bénédiction dune belle croix en pierre édifiée par le P. Bourgeois. Ensuite furieuse partie de ballon tous en chur et bain dans létang. La journée se termina au bureau de notre bon Père dans des flots dharmonie. En résumé, journée plus quexcellente.

    Au cours des derniers combats, les résidences de Litou et Tienkiang ont été occupées par les troupes de passage : les prêtres, titulaires de ces postes, ont eu à subir de nombreuses vexations et brimades : cependant aucune déprédation importante nest à signaler.

    A Foutcheou, lors du bombardement, un obus est tombé sur léglise de la résidence peu après loffice dominical ; lassistance, plusieurs centaines de personnes, venait à peine de se retirer quand éclata lengin, causant seulement de grands dommages à lédifice. A plusieurs reprises, les vainqueurs vinrent faire de minutieuses perquisitions chez le Père Louis, menaçant de lexpulser et doccuper les bâtiments de la mission. Son sang-froid et sa fermeté bien connus lui valurent de sortir une fois de plus, après tant dautres, dun fort mauvais pas. Malgré tout ce que comporte daléas la situation nouvelle, il conserve bon espoir quaucun événement tragique ne viendra latteindre ; lunanime considération, dont il est entouré, dailleurs, par la population et les notables de la ville, laidera à vaincre les difficultés quil pourrait avoir dans la suite.

    Le 29 juin, au Pensionnat Ste Thérèse, avait lieu la distribution solennelle des prix. Cest devant une assistance de plusieurs centaines dinvités, dont les générales Lan et Pan, que nos cent cinquante et quelques pensionnaires, tout à la joie des résultats obtenus, ont reçu diplômes et récompenses. Toutes les candidates présentées par lécole, tant au diplôme denseignement secondaire 1er degré (5), quà celui denseignement primaire supérieur (10), ont été en effet reçues, non sans félicitations spéciales de linspecteur provincial. La cérémonie, que présidait le Père Claval, Provicaire et Directeur de lEtablissement, entouré de tous les missionnaires et prêtres indigènes en résidence à Chungking, fut de tout point réussie : trois heures durant, comédie, chants et discours lagrémentèrent de gaîté et dentrain. Ce fut enfin loccasion pour tous de visiter la salle dexposition, et dadmirer sans réserve certains travaux de broderie, représentant scènes et personnages, dont la finesse dexécution révèle un rare talent : les lauréates daujourdhui sont dignes de leurs devancières, dont les travaux avaient déjà obtenu le 1er prix au concours général des Ecoles à Chengtou
    en 1926.

    Le Collège St Paul a clôturé ses cours le dimanche suivant ; il le fit précipitamment et sans apparat, afin de renvoyer rapidement dans leurs familles, par crainte de la guerre, les élèves originaires des parties éloignées du Vicariat. Tous ses candidats au diplôme denseignement primaire supérieur, soit 11, ont été reçus ; il nen avait pas cette année pour celui denseignement secondaire.

    Les cinq écoles paroissiales de Chungking, denseignement primaire et primaire supérieur, 3 de garçons et 2 de filles, ne devant présenter leurs sujets aux examens quen fin dannée, ont remis à cette époque leur fête scolaire annuelle. Quant aux écoles supérieures de garçons et de filles de Litou pa (280 élèves), Sutin (170) et Ma pao tchang (110), les résultats ne nous sont pas encore parvenus.

    Létat de santé du Père Mommaton, qui avait nécessité un traitement à lhôpital, sest grandement amélioré ; sa guérison toutefois ne le dispensera pas davoir recours ultérieurement à la chirurgie.

    Le Père Valentin, à Iuntchoan, éprouve beaucoup dennuis avec les nouveaux occupants de la place ; ces troupes appartiennent à la division Len de Loutcheou. Officiers de tout grade, foú kouan et ordonnances, avec une arrogance et un sans-gêne absolus, viennent passer toutes leurs journées dans sa résidence même, sous prétexte dy prendre le frais.

    Le Père Lo, de Kouifou, a dû se réfugier à Ouanhien : illuminés et brigands lui rendaient la vie intenable.


    Suifu

    Nous sommes dans les premiers jours de juillet. Il fait une chaleur caniculaire : le thermomètre marque 37º centig. à lombre. Malgré tout, toutes les routes qui conduisent à Iun hien sont noires de monde : des hommes, des femmes, des enfants. Mêlons-nous à ce flot humain, et nous serons vite emportés, au centre de la ville, au pied dun majestueux banian. Et toute cette foule de se jeter à genoux. de faire prosternations sur prosternations. Mais quels sont donc les titres de cet arbre à recevoir de pareilles adorations, dont sans doute il est le premier à sétonner ? Levez les yeux, et vous apercevrez à son sommet un bouquet... de prunes. Un banian qui produit des prunes ! Cela ne sest jamais vu ! On nen a jamais entendu parler ! Pour sûr, cest un poussah qui en a fait son domicile et qui manifeste sa présence par cette merveille. Allez donc expliquer à ces pauvres gens que cest le vent qui, un jour, a détaché un bourgeon dun prunier et la, par un heureux hasard, greffé sur ce banian ! Peine perdue : vous ne serez pas cru

    Mais si, à Iun hien, le démon sait attirer à un simple banian des adorateurs dun jour, le Bon Dieu, de son côté, ne reste pas inactif : Il y répand ses grâces à pleines mains. Ainsi, continuant ses conquêtes apostoliques, le P. Dubois, le zélé missionnaire de ce vaste district, y a récolté, à la fin de ce premier semestre, une belle gerbe de 272 baptêmes dadultes bien instruits.

    Le 4 juillet, à 15 lis au sud-est de Suifu, on a découvert un repaire de bolchevistes. Voici dans quelles circonstances. Un enfant de 12 ans, à la recherche de plantes médicinales, vint rôder autour de la maison de campagne des protestants américains, sise au sommet du mont dit des sept-étoiles. Des propagandistes rouges, pour la plupart des étudiants ou des étudiantes, qui, de connivence avec le gardien, y avaient établi leur quartier général, le prenant pour un espion, se saisirent de lui, le ligotèrent et ne le remirent en liberté quaprès lavoir roué de coups. Rentrée chez elle, la victime ne tarda pas daller raconter sa mésaventure aux autorités locales, qui sempressèrent den référer au commandant de la place de Suifu. Celui-ci, cette nuit-là même, fit cerner la maison. Prévenus à temps, les agitateurs ny étaient plus : ils avaient pris la fuite. Mais de minutieuses perquisitions y découvrirent dintéressants documents, entre autres un stock de circulaires engageant les soviets des paysans à marcher sur Suifu, dont la garnison vient dêtre réduite à 400 hommes, et la liste de tous les affiliés communistes de la région. Grâce à cette liste, une quinzaine dindividus, parmi lesquels le gardien de la maison de campagne des protestants, purent être arrêtés dans le courant de la journée du 5. Depuis, les arrestations continuent.
    Le 1er août.


    Ningyuanfu

    Le 20 juin, nous avons eu lhonneur et le plaisir de recevoir à la Mission toutes les autorités de Ningyuanfu. Mandarins civils, chefs militaires, notables et directeurs décoles, tous sétaient empressés de répondre à notre invitation. Cette marque destime à légard de la Mission nous a fort touchés.

    La statue de Ste Anne (patronne du Séminaire), expédiée de Paris en juillet 1927, nous est enfin parvenue hier.

    Le Père Tong, lors de sa dernière visite à Tou men tse, a baptisé 27 adultes.

    De Tchang pin tse, le P. Boiteux écrit que le pays est assez tranquille. Cependant il a reçu, deux nuits, la visite dune panthère, qui lui a enlevé son chien de garde.

    Le P. Arnaud a été atteint de fortes crises cardiaques, qui lont privé de tout sommeil plusieurs jours de suite.

    A Foulin, la sécheresse continue ; la plantation de riz na pu être faite. Le choléra y fait de nombreuses victimes.
    Le 5 juillet.


    Yunnanfu

    Linauguration du Probatorium a eu lieu le 9 juillet. Le P. Guyomard arriva la veille, amenant 12 enfants de la région du Bas-Yunnan. Léclat de cette petite fête fut encore rehaussé par la présence des PP. Rossillon et Deschamps.

    Le 17 juillet, entouré de tous les confrères présents à Yunnanfu, Mgr dAila bénit et inaugura lécole des Catéchistes. Dans une allocution, à la chapelle, S. G. expliqua le but de luvre entreprise, et, faisant appel à son expérience, donna aux élèves des conseils tout paternels. Puis, au nom de ses condisciples, un des élèves remercia S. G. et se fit linterprète des bonnes dispositions de tous.

    Le 17 juillet, vers 17 h., une quarantaine de brigands, dont quelques-uns en habits de soldats, firent irruption dans la résidence de Tien-pa-téou ; le P. Yang fut ligotté et le pillage dura une heure. En se retirant, les bandits emmenèrent le Père, mais, après un parcours de quelques lieues, ils le relâchèrent. De retour chez lui, à la nuit, le Père constata que la résidence et lorphelinat avaient été complètement saccagés.

    Mis au courant de laffaire, M. le Consul de France protesta auprès du Gouvernement de la Province et obtint que des ordres fussent donnés pour la protection des résidences de la région.

    De Taly, le P. Etchart écrit que le légendaire Tchang-kie-pa est de nouveau en révolte. Pendant plusieurs jours, la terreur régna en ville et dans la région. Mais, depuis, le général Tchang-tsong a pris des dispositions efficaces.
    Le 1er Août.


    Kouiyang

    Notre nouveau confrère, le P. Boyer, est arrivé à Kouiyang le 30 juin. Le voyage sest effectué sans incident. Les trois dernières étapes ont été franchies en 2 h. 15, grâce au service dautos entre Ganchouen et Kouiyang.

    Dans quelques jours le P. Boyer partira pour Touchan ; cest là quil étudiera le chinois sous lhabile direction du P. Puech.

    Le P. Laborde, assez souffrant depuis la retraite, annonce quil est à peu près rétabli.

    Le P. Darris est arrivé à On-song-tao avec le P. Vinkelmann ; il a bon espoir dy ouvrir une nouvelle station.

    Une bien triste nouvelle nous arrive de Chetsien. Le P. Zehetbauer est mort en se baignant dans la rivière du Loui-kia-ten. On croit quil a succombé à une congestion. Nos plus sincères condoléances aux chers Pères du S. Cur, bien éprouvés par la disparition de leur jeune confrère.

    Une bande de voleurs met sa spécialité à enlever les vitres des fenêtres de divers établissements de la ville de Kouiyang. Leurs premiers exploits, au Pe-tang, eurent lieu aux écoles de la paroisse, puis à la crèche, ensuite à lécole probatoire, et enfin, ces jours derniers, à lévêché, où une bonne partie des vitres du salon a disparu.

    Cette année la plantation du riz sest faite dans de très bonnes conditions ; aussi la récolte sannonce bonne.
    Le 15 juillet.


    Swatow

    Les grandes chaleurs du mois de juillet ont provoqué une forte épidémie de fièvre (malaria ? ) qui a fait beaucoup de victimes parmi la population indigène de la région. Plusieurs Confrères et Prêtres chinois ont été atteints ; grâce à Dieu, les uns sont déjà rétablis et les autres en bonne voie de guérison.

    Par ailleurs, le pays paraît calme, malgré les nombreux brigands qui de temps en temps quittent les montagnes pour se ravitailler.
    Le 19 août.


    Nanning

    Les vieux résidants de Chine se souviennent sans doute encore du bruit que fit, il y a quinze ans, la presse étrangère dExtrême-Orient, au sujet de lacte barbare commis contre les lépreux de Nanning. La Mission Catholique ayant voulu sintéresser à ces pauvres rebuts de lhumanité par la fondation dune léproserie, le gouvernement provincial dalors en prit ombrage et eut recours à un moyen radical pour empêcher la réalisation de ce projet. Une vaste fosse fut creusée à proximité du terrain des lépreux ; on les contraignit, sous la menace des armes, de descendre dans cette fosse, et, après les avoir arrosés de pétrole, on mit le feu à ce bûcher vivant. La terreur produite par un pareil procédé rendit la région déserte pendant plusieurs années, puis loubli ou un quasi oubli se fit peu à peu. Une nouvelle colonie de lépreux se reforma au même endroit, situé sur le bord dun petit arroyo, en amont de la cité, et à proximité dun hôpital. La direction de cet hôpital se mit, il y a trois ou quatre mois, à la tête dune campagne de presse, dans le but dobtenir léloignement de cet indésirable voisinage, mettant principalement en avant la question dhygiène pour les malades hospitalisés chez eux. Nos édiles en furent émus ; une pétition fut adressée au gouvernement, linvitant à prendre laffaire en considération. Il fut dabord question dembarquer les lépreux sur des sampans et de les transporter à la léproserie de Sheklung ; je ne sais pour quelles raisons cette solution fut abandonnée.

    Après une série de démarches, fut constitué le Comité des Lépreux. Ce comité a déjà tenu plusieurs meetings. Le principe de létablissement dune léproserie a été admis à lunanimité. Pour résoudre la question financière, on a décidé dy faire participer chaque sous-préfecture, où des souscriptions seront organisées. La Mission Catholique a été invitée, elle aussi, à sintéresser à cette uvre de bienfaisance et de charité. Pour prévenir le gaspillage et assurer le succès de lentreprise, on lui demande de se charger de la distribution des fonds et des soins médicaux.

    Mais, pour la réalisation de ce projet, le comité ne brûle pas les étapes. On en est toujours à discuter sur le choix dun terrain propice. Puisse ladage : Qui va piano... se réaliser dans la circonstance !

    Depuis quelque temps nous cherchions discrètement à obtenir nos entrées libres à lorphelinat payen de la ville de Nanning. Grâce à La Petite Ste Thérèse, la nouvelle Patronne des missionnaires, nos démarches ont été couronnées de succès, même jusquau delà de nos espérances. Ladministration locale vient de délivrer à la directrice de lhôpital du St Rosaire un diplôme officiel, lui décernant le titre de Docteur de lorphelinat. Grâce à ce document, notre dévouée Sur St Antoine peut aller chaque jour prodiguer soins matériels et secours spirituels aux enfants malades et moribonds.
    Le 9 Août.


    Saigon

    Le 16 juillet, le Carmel de Saigon célébrait avec solennité les Noces dOr de la Sur Agnès du Cur de Jésus, religieuse annamite qui avait été admise à la Communauté par la fondatrice du Monastère, la vénérée Mère Philomène.

    Son Excellence Mgr Aiuti avait lui-même fixé la date de ce Jubilé, désirant présider la cérémonie. Mais, quelques jours avant, un télégramme de Dalat annonçait que Mgr le Délégué était très souffrant et devait renoncer à descendre à Saigon.

    Dès 6 heures du matin, ceux qui remplissaient la chapelle da Carmel pouvaient entendre le chant des psaumes.... Cétait la procession des moniales, conduisant solennellement, de sa cellule au chur, leur Sur Jubilaire.

    A 6 h. ½ , Mgr Dumortier commence la messe ; les Surs du couvent de Cho-quan exécutent les chants.

    A lissue de la messe, selon le rituel de lOrdre du Carmel, lEvêque sapproche de la grille du chur des Carmélites. La Jubilaire, à genoux, répond à la question de Sa Grandeur en demandant la grâce du Jubilé et celle dune bonne mort ; elle prononce à haute voix la formule du renouvellement de ses vux et reçoit une couronne de roses dor et un bâton fleuri. La cérémonie se termine par le Te Deum et le chant de lEcce quam bonum.

    Le soir, à 4 h. ½ , le Père Tòng fit le sermon de circonstance, mettant tout son zèle à exalter la grandeur et les beautés de la vie carmélitaine. Monseigneur donna ensuite le Salut du Saint Sacrement, pendant lequel les chants furent exécutés par les Surs de la Sainte-Enfance.

    Mort de Mgr Aiuti. Le dimanche, 29 juillet, dans la matinée, le glas funèbre du gros bourdon de la cathédrale et des différentes cloches des autres paroisses de la ville de Saigon annonçait à la population la mort de Son Excellence Mgr Aiuti, Délégué Apostolique pour toutes les Missions de lIndochine.

    Son Excellence avait conféré la consécration épiscopale à Mgr Herrgott, le 1er mai, à Culaogieng. Quelques jours après, Mgr Aiuti était monté à Dalat, se proposant de venir à Saigon à la mi-juillet pour voir les prêtres annamites durant leur retraite. La maladie len empêcha. Il ne redescendit à Saigon que le 23 juillet, atteint de la fièvre typhoïde, pour recevoir les soins du Docteur Vielle, à la Clinique Angier. Le Docteur jugea tout de suite que la maladie était très grave. Sur son avis, Mgr Dumortier administra les derniers sacrements à Son Excellence, qui était complètement résignée à la volonté de Dieu. Informé de la gravité de la maladie par un câblogramme adressé à Rome par lEvêché de Saigon, le Cardinal Secrétaire dEtat envoya à Monseigneur le Délégué la Bénédiction du Saint-Père.

    Mgr Aiuti rendit son âme à Dieu le 29 juillet, à une heure et demie du matin, en présence de Mgr Dumortier et du Père Paul Vang, secrétaire de lEvêché. Le corps du vénéré défunt fut porté, le dimanche soir, dans la chapelle du Séminaire, où des groupes de chrétiens de Saigon et des environs ne cessèrent de venir prier pour le repos de son âme. Le mercredi matin, dès laube du jour, le Père Tòng, Curé de Tân-định, organisa le cortège funèbre. A six heures et demie, le Père Delignon, Supérieur du Séminaire, précédé des enfants de Tân- định, des Religieuses, des Frères, des Séminaristes et des Prêtres, venus en grand nombre de tous les points de la Mission, et suivi dune foule de chrétiens, conduisit le cercueil à la cathédrale, où la cérémonie des funérailles commença à 7 heures. Mgr Durnortier célébra la Messe Pontificale, ayant pour prêtre assistant le Père Monjean, professeur à Pinang. lequel avait connu tout particulièrement Mgr Aiuti pendant son séjour à Rome. La Messe fut suivie de cinq absoutes, données successivement par les Pères Delignon, Provicaire de Saigon, Blondet, représentant la Mission du Cambodge, Courrier, missionnaire au Laos, Laurent, curé de Cho-quan et par Monseigneur.

    On estime à plus de 2.000 le nombre des assistants qui remplissaient la cathédrale ; 60 Prêtres, français ou indigènes, occupaient la plus grande partie du chur. Monsieur le Gouverneur Général, le Gouverneur de la Cochinchine, le Général-Commandant des troupes sétaient fait représenter ; le premier Président de la Cour, le Commandant de la Marine, le Maire de Saigon, le Président du Conseil Colonial et le vice-consul dItalie étaient présents en personne. Il y avait un bon nombre de magistrats et dautres notabilités saigonnaises. Tous ont montré le grand respect quils avaient pour le Représentant du Saint-Siège, tant par leur présence et leur tenue à ses obsèques que par les témoignages, écrits ou verbaux, par lesquels ils ont exprimé à Mgr Dumortier leur sympathie et leurs regrets.

    A la sortie de la cathédrale, le convoi funèbre, toujours aussi nombreux et aussi recueilli, se dirigea vers le Monument aux Morts, et de là au Tombeau dAdran. Mgr Aiuti repose non loin de Mgr Janningros, Evêque Coadjuteur de Quinhon. Mgr Aiuti avait su, par son aménité et son savoir-faire, gagner laffection de tous les prêtres et de tous les chrétiens de lIndochine.


    Hué

    Monseigneur, toujours retenu à Hué par le dévoué Directeur de lInstitut ophtalmologique qui voudrait bien lui redonner une meilleure vue, na pu faire sa tournée pastorale dans le district de la Đất-Đỏ Le Père Chabanon la remplacé. Commencée le 7 juillet dans la chrétienté de Ba-Ngoat, résidence du Père Lavabre, cette tournée sest terminée à Cao-Xá chez le Père Lục. Durant ce laps de temps, notre Père Provicaire a donné la Confirmation à 1300 personnes, tant petites que grandes.

    Du 20 au 26 juillet, le couvent des Amantes de la Croix de Cổ-Vưu, près Quảng-Trị, a fait sa retraite annuelle, qui a été clôturée par une cérémonie spéciale : la prise de voile et la remise dun habit religieux à tous les membres de la communauté qui, jusquà présent, portaient des vêtements séculiers. Le Père Morineau, supérieur du couvent, écrit : Le Père Chapuis a donné une retraite simple, mais essentiellement pieuse et pratique, et le Père Provicaire (qui avait abandonné momentanément sa tournée de confirmation pour donner le sermon de vêture) a condensé en quelques mots très clairs les principes de la vie religieuse. Cette instruction a été très appréciée.... Puisse ce petit changement extérieur contribuer à une vie religieuse de jour en jour plus fervente !

    Le Père Morineau soccupe maintenant ou plutôt continue à soccuper des préparatifs du grand pèlerinage de Notre-Dame de Lavang, qui doit avoir lieu les 20, 21 et 22 août. Le premier jour aura lieu la bénédiction solennelle du nouveau sanctuaire, que tous les connaisseurs disent être une merveille darchitecture. Monseigneur notre évêque espère pouvoir remplir la fonction liturgique du 20 août. La clôture du pèlerinage sera présidée par Mgr Gouin, Vicaire apostolique du Laos, qui célébrera dans la nouvelle église une messe pontificale solennelle. On comptait aussi pour ces fêtes sur la présence de Son Excellence Mgr Aiuti, Délégué Apostolique de lIndochine. Dieu en a décidé autrement. Il a rappelé à Lui, dans la matinée du 29 juillet, le premier représentant officiel du Saint-Père dans nos Missions indochinoises. Cette nouvelle, télégraphiée de Saigon où Son Excellence est morte à la Clinique Angier, nous a tous profondément attristés. Le vénéré défunt avait su se concilier la sympathie et gagner les curs de tous ceux qui lavaient approché.

    Le 2 août, un service funèbre fut célébré pour le repos de son âme dans la chapelle du grand séminaire par le Père Chabanon. Monseigneur donna labsoute.
    Le 9 août.


    Phnompenh
    Phu Quoc

    La semaine dernière, Mgr Herrgott, notre Evêque-Coadjuteur, accompagné des PP. Merdrignac et Collot, est allé visiter le pays si pittoresque de Phu Quôc, île située dans le golfe de Siam, à environ 60 kilomètres de Hatien. Cette excursion ne fut ni un voyage dagrément, ni la satisfaction dune curiosité pourtant légitime : ce fut une tournée dapostolat.

    Depuis que les plantations européennes sont à lordre du jour, tant en Cochinchine quau Cambodge, la recherche des coolies simpose. Il sen présente surtout du Tonkin et du Nord-Annam, cest-à-dire des provinces dont le sol ne suffit plus à nourrir une population devenue trop dense. Ainsi chrétiens et païens accourent et sengagent pour une période dau moins 3 ans. Mais la plupart ont laissé au pays leurs femmes et leurs enfants..., donc pour eux, plus de vie de famille ! Ils sont pêle-mêle dans des camps de concentration où, trop souvent hélas ! ils mènent une vie lamentable, conséquence presque fatale doccasions multiples, de dangers permanents.

    Des directeurs de plantations ont compris quils nauront de personnel sérieux que si la famille vient se fixer chez eux.

    La Société de Phu Quôc partage cette conviction. En conséquence, elle a prié la Mission de Phnompenh de bien vouloir lui servir dintermédiaire pour communiquer son desideratum aux Evêques et aux Prêtres des pays que gênerait un excédent de population.

    Cette Société est établie dans la partie sud de lîle où elle cultive le cocotier, lhévéa, laréquier, lananas, le poivrier, le riz, etc... Elle a également 12.000 hectares dans le nord-ouest de lîle, où elle projette de faire les mêmes plantations.

    Une fois par mois, lîle est desservie, à laller et au retour, par le Paul Beau, qui fait le service entre Saigon et Bangkok. De plus, chaque lundi, un bateau siamois, desservant la côte-est du golfe, descend jusquà Phu Quôc pour remonter aussitôt.

    La Société expédie du charbon à Bangkok ; quant au caoutchouc et au coprah, elle les envoie en France. Elle va incessamment faire des conserves et du vin dananas et extraire des parfums de certaines plantes aromatiques qui poussent à merveille dans lîle.

    La Société recevrait volontiers, dès le mois doctobre de cette année, de 500 à 1.000 familles, et autant en 1929, soit jusquà 2.000 familles dans ces 2 années. Pourvu quelle soit prévenue à lavance, elle préparerait à chaque famille une maison et lui délimiterait un petit jardin, dont ce foyer tirerait tout le profit. Les habitants se trouveraient sur le bord de la mer pour faciliter la pêche. Laltitude de lîle permet à ses nombreux ruisseaux de conserver leur eau douce jusquà leur confluent dans la mer ; de plus, dans lintérieur, on a toute facilité de creuser des puits. A Phu Quôc il ny a aucun mois de lannée où il ne tombe de la pluie, même en saison sèche.

    La Société se charge du transport des familles de Haïphong ou Tourane à Phu Quôc.

    Rendues sur place, les familles pourront choisir : 1º ou le rang de coolie, à 40 cents par jour, plus 700 gr. de riz blanc. Les femmes pourront senrôler comme les hommes et aux mêmes conditions.
    2º Ou le rang de cultivateur : se livrer à une culture de leur choix, à condition de vendre tous les produits à la Société au prix coûtant.

    La Société se charge de la construction dune église, dun presbytère, dune école.
    Les conditions sont des meilleures.

    Monseigneur le Coadjuteur dit que, dans la plantation, il y a environ 200 chrétiens venus du Nord. Pour peu quils augmentent, il faudra soccuper deux davantage, surtout sils viennent en famille.

    Les deux missionnaires, qui accompagnaient Sa Grandeur, ont eu la consolation dentendre plus de 80 confessions et de régulariser 8 mariages pendant le peu de temps quils ont passé dans lîle.

    La Mission espère fonder, un jour, elle-même un poste à Phu Quôc, et, en dehors des plantations, installer à son tour des familles qui se présenteraient.

    Le moment ne paraît donc pas éloigné où sur cette île hospitalière, témoin jadis des prières, des angoisses, des vertus de Mgr dAdran, la Religion simplantera sérieusement et formera un beau district.
    Le 8 août.


    Bangkok.

    La Mission de Siam vient dêtre douloureusement éprouvée par la perte de deux confrères, décédés dans la même semaine. Le Révérend Père Houille nous quittait pour son éternité le mardi 24 juillet. De santé chancelante en fin 1927, le cher Père était obligé de faire à divers intervalles, en 1928, plusieurs séjours à lHôpital St Louis. Une maladie de cur très prononcée devait en définitive lemporter malgré les soins quil reçut de deux Docteurs français. Ses funérailles furent présidées par Mgr Perros. Il repose dans son église de lImmaculée-Conception de Bangkok.

    Quelques jours après, nous arrivait un télégramme de Paris nous annonçant la mort du Père Faivre, décédé dans son diocèse. Relativement peu âgé, ce cher confrère, qui avait dû quitter le Siam dès 1917 par raison de santé, avait pris du ministère en France et semblait devoir fournir encore un long apostolat. Dieu la rappelé à Lui : que sa volonté soit faite !

    Nous avons appris avec regret, la mort, survenue à Saigon, de S. E. Mgr Aiuti, Délégué Apostolique. Venu au Siam en avril 1924, S. E. ne sétait alors intéressée quaux Séminaire, Couvents et Ecoles de la Mission, se réservant pour octobre de cette année, la visite des postes et des districts. Que Dieu lui donne le repos éternel !

    Un ancien élève du Collège de lAssomption, S. E. Phya Chinda, vient dêtre nommé, par Sa Majesté le Roi de Siam, Ministre de la Justice (faisant fonction de..). On peut avancer en toute vérité quil doit à son seul mérite cette haute situation. gouvernementale. Il convenait de signaler cette nomination, car si elle reste tout à lhonneur dun Collège de la Mission Catholique, elle est, de plus, un indice des temps nouveaux au Siam. S. E. Phya Chinda nest pas catholique, sans doute, mais il nen a pas moins subi une heureuse formation intellectuelle et morale, dont le Gouvernement de Sa Majesté a tenu compte et quil a su favorablement apprécier.


    Malacca

    Le 29 juillet, Mgr le Coadjuteur bénissait la nouvelle église de Klang. Cette église remplace une chapelle en bois qui datait de 1904. Le P. Souhait en a fait le plan, et nous avons maintenant à Klang une grande et belle église, qui fait ladmiration de tous ceux qui la voient.

    Le dimanche suivant, 5 août, voyait linauguration de léglise de lAssomption à Penang, considérablement agrandie et complètement transformée par le P. Devals. Il y a plus de 1300 places, et il y a tout lieu despérer quelle naura pas besoin dêtre agrandie dici longtemps. Elle a ceci de particulier, que la voûte en ciment armé sert en même temps de toiture.
    Le 6 août.


    Laos

    Jai eu lhonneur de recevoir la visite du Rév. Père Robert dans ma chrétienté de Sieng-Vang. Ce qui a surtout frappé le Rév. Père, cest la pauvreté du Couvent des Religieuses indigènes. Dix-huit Religieuses seulement, cela ne paraît pas merveilleux ; cependant que de préoccupations pour en arriver là !

    Puis, le Père Robert, continuant sa route à travers le Laos, se dirigea vers Bangkok. Mgr Gouin eut la bonté de me désigner pour laccompagner durant ce voyage. Le dimanche, 3 juin, nous quittâmes donc Sien-Vang ; nous prîmes place à bord dune chaloupe des Messageries fluviales, et nous arrivâmes le jour même à Savanakhet. Là, nous fûmes les hôtes de M. Détry, le commissaire du Gouvernement. Le lendemain, 4, nous remerciâmes M. Détry de sa si généreuse et si aimable hospitalité, et, à bord de notre chaloupe, nous nous dirigeâmes vers le Sud. Arrêt à Nafong. Le fleuve était devenu un torrent, et ces pluies diluviennes ne sarrêtaient pas. Impossible de sortir prendre lair ; pendant 48 heures, nous sommes restés bloqués dans notre petit coin. Le capitaine attendait des ordres. Enfin nous pûmes partir ; deux heures après nous étions à Tafane. Là, nouvel arrêt ; puis arrive lordre de rebrousser chemin, plus bas les rapides étant trop dangereux. Le capitaine protesta ; et enfin on lui permit de descendre jusquà Paksé.

    A cause de tous ces atermoîments nous avions perdu trois jours. Enfin, nous voilà partis ! Cest alors que le P. Robert put admirer ces fameux rapides de Kemarat. En traversant le Keng som xua, le passage le plus dangereux, nous vîmes le capitaine et ses hommes pâlir démotion ; nous venions de frôler un rocher, et nous filions à une vitesse de 30 milles à lheure ! Notre bon ange nous préserva de tout malheur. A deux heures de laprès-midi nous abordions à Paksé, et quelques instants après nous étions chez le P. Jantet, le curé de lendroit. Nous eûmes le plaisir dy rencontrer aussi le Père Chatenet, qui était accouru pour saluer le P. Robert. Au départ, grâce à la délicate bienveillance dune bonne famille française, M. et Mme Troude, qui mit son canot à la disposition du P. Robert, nous pûmes facilement traverser le Mékong et aller prendre lauto de Phimour.

    Nous quittâmes Paksé le vendredi 8 juin. A 11 h. du matin notre auto arrivait sur les bords de la Moun. Nous montâmes en chaloupe et nous nous dirigeâmes vers Oubone. En ce charmant pays, les chaloupes stoppent chaque fois quelles aperçoivent un voyageur qui attend sur la berge... Nous en fîmes autant, mais, au lieu darriver à 5 h. comme nous le supposions, il était bien 7 heures quand nous descendîmes à terre à Oubone. En route nous avions pris le P. Burguière, venu aussi pour offrir ses hommages au P. Robert.

    Le lendemain, samedi, le Père Robert alla saluer le Consul et le Gouverneur.
    Le dimanche, 10 juin, cétait la fête du S. Cur, il y eut messe solennelle avec diacre et sous-diacre. Le P. Robert, qui était célébrant, distribua plus de 200 communions. Bien vive, certes, fut son émotion en ce jour ; quand il vit cette église en ruines, la première église élevée par nos Pères au Laos, la ferveur de ce millier de chrétiens, ce zèle ardent dont le P. Chatenet brûle pour ses ouailles, cette belle communauté de Religieuses, si bien dirigée dans les voies de la piété par cette bonne Sur Agnès, ce spectacle lémut jusquaux larmes. Même au Laos, disait-il, il y a un fond vraiment solide, sur lequel on peut compter et qui promet pour lavenir de la Mission.

    M. le Consul vint assister à la messe et invita ensuite le P. Robert à déjeuner. A ce repas furent invitées aussi toutes les autorités Siamoises de lendroit. Il y eut force congratulations, et, à la fin, au nom et par délégation de M. le Résident Supérieur du Cambodge, le Père Robert remit une décoration à M. lInterprète du Consulat.

    Le lendemain, 11, nous devions partir de bonne heure ; en réalité il était bien 8 h. ½ quand nous montâmes en auto. Le P. Chatenet nous accompagna, au moins pendant la plus mauvaise partie du trajet. Quelle route, mon Dieu !.. De ces chemins défoncés, de ces vraies fondrières, le P. Robert gardera longtemps le souvenir. Quels cahots, quels soubresauts !... La boue était telle que les roues de lauto avaient de la peine à en sortir ! Puis, parfois, plus de route, mais un marais qui sétendait jusquà 500 mètres ! Et, pour comble, nous avons parfois été obligés de stopper, de descendre dans cette boue.... Comme le P. Robert a dû souffrir !.. Il plaisantait cependant encore, il riait même de son malheur !.. Mais voyez-vous ces trois missionnaires, en tenue..., un bâton de fortune à la main, tantôt pataugeant dans leau, tantôt enfonçant dans la boue jusquaux genoux !! Nous, nous sommes habitués à tout cela depuis notre première jeunesse apostolique.... Mais le 1er Assistant de la Société des Missions-Étrangères !

    Nous nous tirâmes quand même daffaire.. En route, le chef du district de Sivaket, obéissant aux ordres du Gouverneur dOubone, vint au-devant du P. Robert et nous accompagna jusquau point terminus du railway. Là, grâce aux bons soins de ce chef, nous trouvâmes le gîte et le couvert. Brave Siamois !

    Après une si pénible journée, nous avions besoin dun sommeil réparateur. Nous y comptions, mais les moustiques dun côté, les Chinois de lautre, firent, cette nuit-là, tant de musique quil nous fût impossible de fermer lil !

    Il était temps de prendre le train. Au moins dans notre wagon nous pûmes jouir dune tranquillité relative. Une nuit darrêt à Khorat. Nous allâmes à la Mission, dans cette maison que javais construite il y a 22 ans, et qui maintenant est confiée aux bons soins du P. Thomas, de la Mission de Bangkok.

    Enfin, le mercredi, 13 juin, nous arrivâmes à Bangkok par une pluie diluvienne. S. G. Mgr Perros et le Père Chorin étaient venus à la gare pour recevoir le Rév. Père Robert. Leur bon accueil fit oublier en un instant tous les ennuis du voyage !
    Le 11 juillet.


    Mysore

    Nous sommes heureux de pouvoir donner de meilleures nouvelles du P. Ruault. Depuis quelque temps le médecin a pu constater quelque mieux. Nous avons confiance quavec des soins et du temps le Père se remettra de nouveau, comme, il lavait déjà fait, il y a des années, dans des conditions semblables.

    Une lettre récente du P. Bozon nous apprend quil est maintenant en Suisse, où il se livre à loisir à de courtes excursions botaniques. Ses forces lui sont revenues, mais sa gorge laisse toujours beaucoup à désirer et ne lui permet pas encore la moindre fatigue. Là encore ce nest quavec le temps que viendra la guérison complète.
    Le 26 juillet.


    Coïmbatore

    Pour les lecteurs qui aiment les statistiques :
    Dans la Présidence de Madras, les Brahmes sont les plus avancés sous le rapport de léducation. Les chrétiens viennent en second lieu ; mais les statistiques du gouvernement ne distinguent pas entre catholiques et protestants. Pour ce qui est de léducation féminines prise à part, cest la femme chrétienne qui tient le premier rang.

    Un rapport quinquennal de lInstruction publique de Madras nous annonce que, sur 42.318.985 habitants dans la Présidence, 2.523.188 seulement ont fréquenté les écoles pendant cette période, c.-à-d. 6 %, la proportion des hommes étant de 9,5 % et celle des femmes de 2,5 %. Léducation, ou plutôt, linstruction fait des progrès.... Il y a là pour la Ste Eglise, la seule vraie éducatrice, un vaste champ daction évangélique. Educatio christiana patri salus.

    La discorde règne dans le camp des Badagas protestants des Nilgiris, dont le centre est à Katy. Les premiers pasteurs de ce troupeau appartenaient au Basel Mission et étaient de nationalité allemande. Forcés de quitter au début de la grande guerre, ils cédèrent au Wesleyan Mission leurs établissements et leur troupeau. Aujourdhui les Badagas protestants protestent ; ils regrettent leurs anciens pasteurs et viennent denvoyer une délégation en haut lieu pour les faire revenir.

    Les employés du South Indian Railway se sont mis en grève le 19 juillet pour protester contre le renvoi de 3000 ouvriers ; ce renvoi a été nécessité par une réorganisation des divers chantiers de la Compagnie et leur centralisation à Golden Rock, Trichinopoly. Les chantiers de Podanur, à 3 milles de Coïmbatore, ont forcément suivi le mouvement, et on a vu quelques centaines de grévistes parcourir les rues de la pacifique Coïmbatore, drapeau rouge en tête. Dans le Sud, des actes de violence, tels que sabotage, incendie et déraillement de train, ont été commis ; les principaux leaders ont été arrêtés et la grève est finie.

    Vers la fin du mois de juin un affreux canard mettait la ville de Coïmbatore en émoi, surtout les mamans trop crédules. Le bruit courait que des mystérieux croquemitaines venaient enlever des enfants, pour les sacrifier à quelque déesse rapace, dans le but de mener à bonne fin la construction du réservoir de Siruvani qui, dans quelque temps, doit procurer de la bonne eau à Coïmbatore. On a beau dire à ces pauvres mères que le gouvernement ne tolère pas les sacrifices humains, limagination lemporte et la rumeur infâme fait son chemin. Ce qui, peut-être, échauffe les imaginations cest que, tout le long des rues, on voit de profondes tranchées, dans lesquelles on enfouit dénormes tuyaux. De plus, le nombre des meurtres augmente de plus en plus dans le district de Coïmbatore, déjà trop célèbre sous ce rapport. La boisson, la terre et la femme en sont les causes principales. Les tribunaux et les avocats ne suffisent plus à la peine. Cependant les plaideurs sont nombreux ; on en compte plus de deux cents à Coïmbatore.
    Le 4 août.


    Séminaire de Paris

    Les aspirants sont entrés en vacances le 23 juin.
    La fête de Mgr le Supérieur tombant cette année un dimanche, le 22 au soir, à 6 h. ½ , les deux communautés de Bièvres et de Paris étant réunies, Mgr Gaspais voulut bien se faire linterprète de tous, en présentant en termes délicats nos meilleurs souhaits de fête à Mgr le Supérieur.

    La nuit suivante se passa en adoration à Montmartre, puis Monseigneur célébra la messe au maître-autel de la Basilique. La messe fut suivie de la Bénédiction du St Sacrement, au cours de laquelle fut renouvelée la consécration au Sacré-Cur du Séminaire et de la Société. Après un petit déjeuner pris au refuge des pèlerins, chacun se dirigea vers Meudon. Le dîner fut servi sur la terrasse du jardin ombragée par les marronniers ; un temps radieux favorisa cette entrée en vacances.

    Ce 23 au soir, à Paris, commença la retraite, retraite de fin dannée pour les membres de ladministration, retraite dordination pour les aspirants devant recevoir les ordres. La retraite des membres de ladministration, des professeurs et de quelques confrères présents à Paris, se clôtura le 28 au soir par la rénovation du Bon Propos devant le Saint-Sacrement.

    La fête de la St Pierre couronna, par les cérémonies de lordination, la retraite des aspirants prenant part aux ordres. Monseigneur conféra la prêtrise à 18 ordinands, le diaconat à 4, le sous-diaconat à 16, les ordres mineurs à 19 et la tonsure à 7 dentre eux.

    Le soir, avant le salut dactions de grâces, Mgr le Supérieur donna leurs destinations aux 22 partants de septembre prochain. En voici la liste :

    M. Destombes au Collège Général de Pinang,
    M. Lebost à Tôkyô
    M. Hamon à Taikou
    M. Bouchut à Chungking
    M. Peyroutet à Pondichéry.
    M. Dunac à Lanlong
    M. Villette à Phatdiem
    M. Seminel à Saigon
    M. Fuma à Phnompenh
    M. Dupoirieux à Malacca
    M. Merceur à Mandalay
    M. Flahutez à Ningyuanfu
    M. Bec à Osaka
    M. Beaudeaux à Kirin
    M. Boisguérin à Suifu
    M. Seznec à Canton
    M. Jego à Pakhoi
    M. Alexandre à Quinhon
    M. Mirabel à Bangkok
    M. Perrin à Rangoon
    M. Dancette à Hué
    M. Arnaud au Laos

    Le soir de lordination, au grand regret de tous, M. Jaricot, représentant du groupe des Missions du Tonkin depuis 1923, nous quittait pour entrer à la Grande Chartreuse de Barcelone.

    Parmi les hôtes qui ont séjourné ces derniers temps au Séminaire, nous signalerons le P. Page, des M.-E. de Milan, missionnaire à Hongkong, puis le P. Shram, de la congrégation de Scheut, un des missionnaires les plus connus de Mongolie. Ce Père a passé 15 jours à Paris pour consulter les archives de la Bibliothèque nationale.

    Le dimanche 30 juin, Mgr le Supérieur a passé la journée au Foyer des Etudiants dExtrême-Orient à Bourg-la-Reine. S. G. célébra la messe dans leur petite chapelle et déjeuna avec eux. Le P. Mollat a été, en général, satisfait de ses pensionnaires pendant tout le cours de cette année scolaire. La plupart de ces jeunes gens sont catholiques et leur tenue na guère laissé à désirer. Toutes les chambres de la maison (une trentaine) sont occupées. Pour les vacances, leffectif dépassera la quarantaine ; il faudra louer des chambrettes en ville ou dédoubler les chambres plus grandes. La meilleure besogne, au point de vue moral, se fait du reste pendant les vacances, car le contact du Père avec ses élèves est plus prolongé. Sur les trente pensionnaires, il ny a, en ce moment, que cinq ou six Chinois et trois Japonais, tous les autres sont Annamites.

    A Bel-Air, six élèves ont été reçus bacheliers en philosophie, dont deux avec mention : cum magna laude. Un septième est admis à loral. Lexamen. était présidé par le R. P. Peillaube, doyen de la faculté de philosophie à lInstitut Catholique.

    Ont été admis comme aspirants : nº 19 à 22, MM. Rochereau, Barreau, Tenaud (Luçon), et Moinier (Besançon).

    1928/553-576
    553-576
    Anonyme
    France et Asie
    1928
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