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Chronique des Missions et des Etablissements communs 7

Chronique des Missions et des Etablissements communs. Tôkyô
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs.

    Tôkyô

    La visite au Japon du Gouverneur-général dIndochine, M. Merlin, a provoqué un accueil particulièrement sympathique, non seulement dans les milieux officiels, mais dans lopinion publique. Cette visite répondait à la fois au besoin ressenti de part et dautre de négociations pour faciliter les échanges commerciaux entre le Japon et lIndochine, et aux aspirations japonaises de nouer des relations plus étroites avec la grande colonie française. Au moment où les Japonais se voyaient évincés des Etats-Unis par le bill démigration, les perspectives davenir que leur apportait la visite du représentant officiel de la France nont pas peu contribué, par une sorte de contraste, a redonner un regain de vie aux vieilles sympathies que nourrit le Japon pour la France... Le 15 mai, Son Excellence, avec Madame Merlin, ont été reçus en audience par le Prince Régent et la Princesse, et cest alors que les cadeaux offerts par lIndochine française à loccasion du mariage de Leurs Altesses leur ont été présentés.

    Le Gouverneur a tenu, avec sa suite, à visiter les établissements scolaires dirigés par nos religieux et nos religieuses dans la capitale. Accompagné de S. E. lAmbassadeur de France, M. Paul Claudel, et de lAmiral Frochot, il a assisté le dimanche 18 mai à la messe célébrée par Monseigneur lArchevêque à Sekiguchi. LAmiral avait fait venir à cette occasion la musique du Jules-Ferry, qui a joué pendant et après la cérémonie.

    Le presse japonaise a suivi avec une sympathie non moins, marquée le voyage de notre aviateur français, la capitaine dOisy, qui a reçu à Tôkyô, un accueil enthousiaste.

    Ladmiration, dailleurs, quexcitent ici particulièrement les prouesses de tous les hardis navigateurs de lair, a pu sembler faire oublier les amertumes causées par le bill américain rappelé plus haut. Aussi les round-the-world flyers, le lieutenant Smith et ses compagnons, ont été, depuis leur arrivée le 22 mai sur les lagunes de Kasumi-ga-ura jusquà leur départ pour Kagoshima le 1er juin, lobjet de réceptions et de fêtes qui-ont dû leur signifier, ainsi quà lAmérique, que le Japon tient quand même a lamitié américaine et que les Japonais ne sont pas le peuple dindésirables que certains politiciens des Etats-Unis se croient autorisés à mettre au ban...

    Le dimanche 18 mai a eu lieu à lImperial Hotel le bazar de charité organisé par lAssociation des Dames catholiques de la paroisse dAzabu, pour continuer à recueillir les fonds destinés à lérection de lhôpital des Surs de charité dont nous avons déjà parlé. Grâce au zèle dune ancienne paroissienne dAzabu, Mme Champoiseau, rentrée en France, une grande variété détoffes et de produits de lindustrie française figuraient à la vente ; ils ont été fort appréciés et ont grandement contribué à hausser le chiffre des recettes relativement aux années précédentes.

    Quelques jours auparavant, les élèves catholiques de lUniversité du Keiô-gijuku avaient organisé dans les locaux de lUniversité, grâce au concours de la chorale de la paroisse dAzabu et de lorchestre des étudiants, un concert destiné à venir en aide aux léproseries catholiques de Gotemba et de Biwasaki. Les auditeurs ont été nombreux et la séance a eu un grand succès.

    Nagasaki

    Dans une tournée aux îles Gotô, Mgr Combaz a confirmé plus de 300 personnes. Le 13 mai, S. G. présidait à Tama-no-ura une fête pour le 25e anniversaire de lérection dune grotte de N.-D. de Lourdes. Malgré le temps pluvieux, plus de 2.000 pèlerins étaient venus, quelques-uns de fort loin, assister à la cérémonie. Huit prêtres japonais se trouvaient réunis ; trois autres, arrêtés par le mauvais temps, nont pu arriver à lheure fixée. Il y eut messe pontificale, exposition et procession du Saint-Sacrement. La bonne Mère a suspendu la pluie pour que sa fête pût se célébrer sans encombre : tout sest très bien passé.

    Le 11 mai, notre confrère le P. Cotrel est rentré enchanté de son séjour au sanatorium de Hongkong, qui, en effet, lui a été très salutaire. Il a repris sa tâche à Kuroshima, ce qui a permis à son remplaçant intérimaire, le P. Raguet, de reprendre la sienne à Nagasaki.

    Le bateau-amiral français le Jules-Ferry était à Nagasaki à la fin davril. Le lundi de Pâques, la fanfare donna un concert dans le parc de Suwa : la Marseillaise y fut acclamée et bissée par des milliers de personnes. Bien que nayant pas pléthore de nouvelles, le journal anglais de la localité na pas jugé digne de mention un si minime incident.

    Deux jours après une délégation de léquipage du Jules-Ferry, conduite par un officier de létat-major de lAmiral, se rendit au port militaire de Sasebo pour assister aux obsèques des victimes du sous-marin 43 et déposa une gerbe de fleurs sur les cercueils. Ce geste est allé très profondément au cur des Japonais.

    Osaka

    Notre confrère, le P. Bousquet, curé de la paroisse de Nishino-no-miya, près dOsaka, a traduit en japonais la grande vie de la Bse Thérèse de lEnfant-Jésus. Il a eu la pensée, un peu audacieuse à première vue, den offrir un exemplaire au Prince Régent et à la Princesse sa femme, et un au Comte Chinda, grand-maître de la Maison Impériale. Les volumes, richement reliés, ont été aimablement acceptés et ont valu à lauteur deux lettres de remerciements qui sont plus que de simples accusés de réception.

    Hakodate

    Le dimanche de la Pentecôte, 8 mai, Mgr le Délégué Apostolique au Japon a béni la nouvelle cathédrale de Hakodate, remplaçant celle qui fut détruite par lincendie du 14 avril 1921. Le Bulletin serait heureux doffrir à ses lecteurs le compte-rendu de cette intéressante cérémonie ; malheureusement, au moment de mettre sous presse, aucun détail ne lui est encore arrivé.
    (N. D. L. R.)

    Seoul

    Du 5 au 11 mai a eu lieu la retraite des missionnaires, prêchée par le P. A. de Cooman, de la Maison de Nazareth. Du 19 au 24, retraite des prêtres coréens : même prédicateur et même succès ; les deux auditoires ont fort goûté des instructions à la fois très riches de doctrine et pleines dà-propos.

    Le 25, tous les prêtres coréens se réunissent an séminaire de Ryong-san, où se célèbre chaque année cette fête de famille. Mgr Devred préside. La messe solennelle est chantée par le P. Augustin Kim, dont on fête les 25 ans de sacerdoce et qui, pour cette raison, reçoit pendant le dîner les félicitations de tous ses confrères. Un souvenir de cette journée est distribué à chaque prêtre : cest le livre de chant grégorien que vient de publier lImprimerie de Nazareth et qui obtient chez tous un grand succès.

    Le 28 mai, M. Merlin, Gouverneur général de lIndochine, arrivait à Seoul, accompagné par M. Claudel, Ambassadeur de France à Tôkyô. Après leur visite au Gouverneur général, ils se rendirent à lévêché. Le soir, dîner et réception au palais du Gouverneur : Mgr Mutel et Mgr Devred y sont invités ; après le repas, audition de musique coréenne et chinoise, puis séance de cinéma, donnant en film le voyage et les premières visites particulièrement celle de la Mission catholique, faites le matin par les voyageurs.

    Le lendemain, au déjeuner offert par le Consul de France, M. Merlin annonce à Mgr Mutel sa nomination à la dignité de Grand-Officier de lOrdre du Dragon dAnnam et lui remet la décoration et la plaque, avec laccolade réglementaire. Tous les assistants, et en premier lieu le baron Saitô, Gouverneur général, présentèrent leurs félicitations au nouveau titulaire.

    Avant son départ pour Moukden, M. Merlin fait remettre 1000 yen pour les uvres de Mgr Mutel et autant pour celles du P. Krempff.

    Les orgues destinées à la cathédrale de Seoul sont enfin arrivées. Le P. Lamasse, de Mandchourie Méridionale, qui a présidé à linstallation des orgues de la cathédrale de Moukden, a bien voulu venir tout exprès pour monter et accorder les nôtres, dont linauguration solennelle a eu lieu le dimanche de la Pentecôte.

    Taikou

    Dans le courant de mai ont eu lieu les retraites des missionnaires et des prêtres indigènes, toutes les deux prêchées par Mgr Demange.

    Le 4 juin est arrivé laviateur français Pelletier dOisy, qui, durant son court séjour à Taikou. prolongé cependant grâce au mauvais temps, a bien voulu accepter lhospitalité de la Mission. Ayant pris terre vers 9 h. du matin, le capitaine dOisy et son mécanicien repartaient à 2 h. ; mais, au bout de 45 minutes, laéroplane revenait à Taikou : le moteur a eu un accident quil faut réparer. Le lendemain, à 5 h.1/2 du matin, nouveau départ, et, deux heures après, nouveau retour à Taikou : cette fois, cest un brouillard intense qui a obligé les aviateurs à descendre presque à la surface de la mer, où aucun point de repère ne pouvait les guider ; de plus lirrégularité du moteur saccentuait et il devenait impossible datteindre le Japon ; doù retour à Taikou. Les avaries furent trouvées plus graves quon ne lavait supposé dabord et il fallut deux jours pour les réparer. Ce contretemps nous a permis de jouir plus longtemps de lagréable société de nos intrépides aviateurs.

    Mandchourie Méridionale

    Ma vie a été bien longue, disait le saint homme Job, et mes jours heureux en petit nombre Beaucoup, parmi nous pourraient dire de même. Il en est des Missions comme des individus. Les jours vraiment heureux sont si rares, que cest un devoir envers la Providence de les signaler, ne fût-ce que pour len remercier.

    Or tous les confrères qui se trouvaient à Moukden le 29 mai conviendront que ce jour fut un jour vraiment heureux. Il le fut même doublement : dabord, parce quil clôturait la retraite annuelle, qui, daprès des témoins impartiaux, fut suivie avec une application et un silence vraiment méritoires, surtout de la part de confrères qui ne sétaient pas vus depuis un an. Ce jour-là, la légitime satisfaction du devoir accompli transpirait dans les paroles et jusque sur les visages. Cest ce que purent constater les quelques déshérités qui, retenus par leur devoir professionnel, navaient pu assister à la retraite commune.

    Mais ce qui donnait à ce jour un caractère de joie à la fois plus intime et plus débordante, cest que nous avions le bonheur de fêter trois jubilaires : les PP. Chometon, provicaire, Caubrière et Lecouflet, tous trois en Mandchourie depuis 25 ans. Or, ces trois vétérans, comme on disait autrefois, sortent du rang ; ou mieux, comme on dit aujourdhui, sont trois as en plus dun genre : tous trois sont des rescapés de la Boxe, trois glorieux confesseurs de la Foi, sinon des martyrs, du moins des persécutés ; tous trois aussi, à des titres divers, ont rendu de grands services à la Mission, dont ils ont bien mérité.

    A cette occasion, la cathédrale avait revêtu sa parure des grandes fêtes, les chantres firent entendre leur plus belle voix, et lorgue, sous les doigts dun artiste, ses plus beaux accords.

    A midi, ce fut un superbe feu dartifice... déloquence en prose et en vers. La carrière mouvementée des trois confrères : Boxe, guerre russo-japonaise, aventures de brigands, prêtaient, il est vrai, un magnifique et inépuisable sujet à développements. De véritables talents se sont révélés pour chanter, tant en prose quen vers, les hauts faits et gestes ainsi que les caractères si variés et si originaux des trois jubilaires. Pendant près de deux heures, ce fut un vrai charme ; nos âmes passèrent tout à tour de lémotion la plus intime au sourire et même au rire le plus franc.

    Il y a des gens qui osaient médire de lesprit jovial et fraternel de notre Société. On disait : Ce nest plus comme autrefois ; on ne sait plus rire, on ne sait plus chanter, lesprit de la Société se perd. La journée du 29 mai a donné un démenti à cette fausse opinion. Lesprit de bonne humeur et de confraternité nétait quassoupi sous un peu de cendre ; il ne fallait quune occasion pour le faire jaillir en étincelles brillantes, un vrai feu dartifice qui a émerveillé tout le monde.

    Le Bulletin nétant pas créé pour enregistrer les compliments, nous nous abstenons den donner. Et pourtant ils ne furent jamais plus mérités. Je nie permets seulement dajouter deux mots. Les PP. Chometon et Caubrière ayant reçu les compliments et les vux des confrères, quil me soit permis de profiter de lobligeance de laimable Revue pour envoyer nos meilleurs vux et souhaits à notre cher absent, le P. Lecouflet. Cest au service de la Mission, dans ses longues et pénibles courses apostoliques à travers les montagnes, quil a pris le germe de la maladie qui la obligé à retourner en France. La distance et les mers ont beau nous séparer, son souvenir est toujours présent au milieu de nous. Nous faisons tous des vux pour que ce séjour lui soit salutaire. Puisse-t-il revenir au plus tôt parmi nous, où il y a toujours beaucoup de bien à faire et où chacun le désire !

    Le 31 mai, Tchang Tsolin, le Vice-roi de Mandchourie, comme on lappelle dans certains milieux, a offert un dîner en lhonneur de M. Merlin, Gouverneur général de lIndochine. La Mission catholique était représentée. Pendant tout le repas, le Maréchal na pas tari déloges sur la Mission et les missionnaires. Puisse-t-il passer bientôt des paroles aux actes !

    Dans laprès-midi, M. Merlin, dont la sympathie pour toute uvre française ou semi-française est connue de tous, a fait une visite aux principales uvres de la ville, notamment à lEcole sino-française et à lEvêché. Sa visite a été accueillie avec joie et reconnaissance et a laissé partout la meilleure impression.

    Deux jours après, cétait encore la visite dun grand Français, qui nous a honorés alitant que réjouis. Le Capitaine Pelletier dOisy nous a apporté, sur les ailes de son avion, le souvenir et le salut de la douce France.

    Mandchourie Septentrionale

    Extrait dune lettre du P. Roubin, titulaire de la Colonie Saint Joseph de Tongken. Pendant la nuit du 24 avril une vingtaine de nos jeunes hommes ont bataillé sans relâche contre une centaine de brigands arrivés à limproviste pour attaquer un de nos fortins de cultivateurs, à peine à 5 ly de nos fossés. Ainsi nous entendions fort bien non seulement la fusillade, mais aussi les cris et les malédictions des combattants. De temps en temps on sonnait la cloche à toute volée et la sirène faisait entendre quelques cris stridents pour dire à nos jeunes gens que nous pensions à eux. Pour moi, je priais la Bonne Mère et saint Joseph de garder nos braves.

    Vers les trois heures après minuit la fusillade cessa et bientôt après nos gens revenaient joyeux. De notre côté nu seul blessé légèrement ; du côté des brigands un blessé à mort : il a expiré ce matin et sa tête pendue à la porte du village ; deux autres ont été trouvés morts sur les bords de la rivière ; il y aurait encore plusieurs blessés. Et voilà notre vie. Cest une misère !... Oui ! Une misère dont, hélas ! On ne peut prévoir la fin.

    Setchoan Occidental

    La retraite de nos prêtres indigènes a eu lieu du 4 au 9 mai : 30 dentre eux ont pu y prendre part.

    Au moment où Mgr Rouchouse, se rendant au Concile de Shanghai, était de passage à Tchonkin, Mgr Chouvellon était très gravement malade ; le P. Claval, provicaire, pria alors notre Vicaire Apostolique de présider au Couvent des Servantes du Sacré-Cur la cérémonie de profession dune novice et de prise dhabit de 9 postulantes. Parmi ces dernières, 5 sont originaires de notre Mission de Tchentou.

    Setchoan Oriental

    Le dimanche 1er juin, le P. Marins Bonnet, entouré de ses confrères et de prêtres chinois, célébrait à la cathédrale son cinquantième anniversaire de prêtrise. Léglise du Sacré- Cur, dont il fut curé pendant 8 ans, était remplie dune fouie de chrétiens, dont beaucoup avaient été témoins, il y a de cela 30 ans, de son zèle et de sa charité.

    Né à Sorgues près dAvignon en 1850, notre jubilaire était entré diacre aux Missions-Étrangères. Il fut ordonné prêtre le 30 mai 1874 par Mgr Verrolles, Vic. Ap. de Mandchourie, et destiné au Setchoan Oriental. Après un voyage de cinq mois il arriva à Chungking le 3 décembre 1874, en compagnie de 4 confrères destinés à la même Mission.

    Le père Bonnet apprit avec ardeur et facilité la langue chinoise tant écrite que parlée. Il fit ses premières armes aux environs de Chungking et visita jeune encore les districts de Ta-tsiou, Ma-pao-tchan, Long-choei-tcheng.

    Nommé curé de la cathédrale par Mgr Chouvellon, il se dévoua au soin des chrétiens et à toutes les bonnes uvres, népargnant ni son travail ni ses peines ; tant et si bien quil tomba malade et fut obligé de quitter un poste quil aimait tant et où il était aimé surtout des pauvres.

    Envoyé à Suting la maladie lui interdit tout travail sérieux ; aussi notre confrère dut quitter la Chine et aller demander la santé à son pays natal. Comme il avait quitté la Mission avec regret, le père Bonnet, après un séjour de 15 ans, eut le courage de laisser encore une fois le beau pays dAvignon et, en pleine guerre, au risque de voir son bateau torpillé, de passer les mers et regagner le Setchoan.

    De retour à Chungking, il fut aumônier du Collège S.Paul de Tsen-kia-gay. Comme il fallait à notre confrère une vie plus apostolique il fut nommé curé de Ho-tcheou.

    La guerre civile désolant la Chine et en particulier notre Setchoan, le P. Bonnet, nécoutant que son bon cur, reçut dans sa résidence chrétiens et païens qui sy réfugiaient pour se mettre à labri des brigands, qui, de ce temps encore, respectaient les oratoires. Réduit à habiter dans la sacristie, au milieu de pauvres gens qui lui communiquèrent leur vermine, il fut pris du typhus. Descendu à Chungking, les bons soins des docteurs et des bonnes surs lui rendirent la santé.

    Le père Bonnet est actuellement aumônier du Couvent du Sacré-Cur caractères chinois. Son zèle et sa charité continuent à édifier prêtres et fidèles. Que le bon Dieu nous le conserve encore longtemps !

    Setchoan Méridional

    Du compte-rendu de lannée 1923, nous extrayons les chiffres suivants.


    Population catholique 42.865
    Adultes 1.062

    in art. mort. 814
    Baptêmes 13.403
    Enfants de chrétiens 1.198

    in art. mort. 10.329
    Confessions 115.558
    Communions 205.736
    Grand-Séminaire 17 élèves
    Petit-Séminaire 40
    Probatorium 28
    Ecole des Catéchistes 43
    61 Ecoles paroissiales de garçons 1.627
    58 Ecoles de filles 1.674
    90 mixtes 1.475
    3 Ecoles primaires de garçons 343
    3 de filles 304
    1 hôpital : 827 entrées ― 15.398 journées
    2 Dispensaires : 123.736 malades soignés.

    Thibet

    Le P. Valour est nommé à Tatsienlou. Le district de Lentsy, dont il avait la charge, reste sans titulaire, faute de sujets, et est rattaché jusquà nouvel ordre à celui de Chapa.

    Du côté de Batang et Yerkalo il semble quil y ait une accalmie dans la lutte que se livrent les deux grands Lamas de la région ; mais ce nest pas encore la paix. Du reste, le peu de troupes chinoises qui restent dans le pays est rappelé pour prendre part à la guerre civile au Setchoan, et les tribus thibétaines ne manqueront pas de profiter de leur départ. Cest dans cette crainte que les autorités chinoises ont invité plusieurs de nos confrères, les PP. Nussbaum, Goré, à se retirer temporairement dans des régions plus tranquilles du Yunnan ; mais les missionnaires, y compris ceux de la Mission protestante américaine, ont refusé de quitter leur poste, où ils comptent sur la protection de la population locale.

    Kientchang

    Malgré linsécurité des routes, nos quatre prêtres chinois sont arrivés à Ningyuanfu le 10 mai pour faire leur retraite annuelle, laquelle, commencée le dimanche 11, sest terminée le vendredi suivant, après une journée passée devant le Saint-Sacrement.

    Les Lolos continuent à faire des leurs. Dernièrement, à 5 ly au nord de Kaotsaope, ils ont enlevé une centaine de Chinois et les ont emmenés dans le Leang-chan. Sur la route de Yennien-hien, ils ont tout pillé et brûlé sur une longueur de 150 ly (85 km.)

    Un certain Mr Li, de Tchaotong, vient de faire afficher en ville de Ningyuanfu la proclamation, suivante : Jai été chef de brigands pendant 20 ans ; actuellement je suis colonel de larmée régulière au Yunnan. Jeunes gens qui avez maille à partir avec les mandarins, nayez pas peur : sus à lautorité ! Et si vous avez trop de difficultés, enrôlez-vous dans mon régiment, et je vous promets toute satisfaction. On dit quil trouve des recrues.

    Des colis destinés à la Mission, partis de Yunnansen le 12 décembre 1923, viennent de nous arriver. Il leur a fallu pins de 4 mois pour couvrir 16 étapes. Quelques-uns, ayant été exposés à la pluie, sont inutilisables.

    Yunnan

    Il y aura bientôt six mois que le P. Piton est entre les mains des pirates, et lon na pas de nouvelles précises à son sujet. Daprès un officier anglais venant de Taly, le Père, toujours incapable de marcher, est porté de montagne en montagne au gré des brigands. Le gouvernement de Yunnansen a envoyé un colonel avec mission de délivrer notre confrère, mais réussira-t-il ?

    Les mandarins, pour se libérer dune responsabilité et du souci quelle leur cause, insistent auprès du P. Durieu pour quil se réfugie à Taly, mais le Père refuse dabandonner son poste et ses chrétiens.

    Les incendies se sont multipliés ces temps derniers à Yunnausen au point quon en compta six en 8 jours. Le plus violent fut celui du 15 mai, qui détruisit tout un quartier eu avant de la Porte du Sud ; le bel arc-de-triomphe récemment restauré nexiste plus ; à moitié détruites aussi les maisons que la municipalité venait de construire à grands frais : les familles sinistrées seraient plus de 500 ; les dégâts sont considérables. Nos braves Chinois, superstitieux à lexcès, expliquent que ce désastre devait arriver. Pourquoi ? Parce que, disent-ils, la ville de Yunnansen a la forme dune tortue, dont la tête est figurée par les faubourgs du Sud ; or on a planté lobélisque (élevé il y a un mois aux morts des armées pacificatrices,) juste sur la tête de la tortue, qui, furieuse, sagite et se démène. De plus, les deux rues percées dernièrement de chaque côté de la porte forment avec celles qui existaient déjà le caractère (caractères chinois) (ho, feu) : quoi détonnant dès lors que lincendie ait éclaté à cet endroit ? Du reste, dautres malheurs, plus grands encore, nous menacent. Les rats abandonnent le palais du gouvernement : nest-ce pas inquiétant ?...

    Kouytcheou

    La retraite des missionnaires a eu lieu à lépoque fixée, mais dix confrères seulement ouit pu venir de lintérieur ; tous les antres ont été retenus par linsécurité des routes et par la crainte que, durant leur absence, les brigands ou les soldats (ce qui est tout un,) ne viennent opérer chez eux. Il faudrait remonter bien loin dans les annales du Kouytcheou pour retrouver une réunion si peu nombreuse. Encore cette retraite fut-elle troublée par de mauvaises nouvelles : le P. Puech a vu piller et saccager sa résidence de Chetsien ; léglise de Toanpo a été. envahie par les bandits et gravement endommagée ; un de nos bons prêtres chinois, le P. Lieou, est dangereusement malade à Tapao etc.

    Une bonne nouvelle cependant est venue apporter un peu de joie à nos curs attristés : un nouveau-confrère, le P. Derouineau, du diocèse dAngers, nous est annoncé. Il sest embarqué à Marseille le 1er mai et attendra à Yunnanfu le retour de Shanghai de Mgr Carlo pour faire avec lui le voyage jusquà Hing-i-fu.

    Cette année nous amenait le 25e anniversaire de lordination sacerdotale des PP. Fortunat, Bacqué et C. Solignac. Ce dernier seul était présent : il fut fêté comme il convenait ; mais les deux autres jubilaires, que les circonstances ont retenus dans leur district, ne furent pas oubliés dans les toasts, ni surtout dans nos prières.

    Canton

    Laviateur Pelletier dOisy est arrivé à Canton le dimanche 18 mai et a été lobjet dune réception enthousiaste de la colonie française.

    M. Merlin, Gouverneur général de lIndochine, venu de Hongkong le 19 juin, fut reçu dabord au Consulat de France, puis invité, le même soir, à un banquet au Victoria Hotel, sur la concession anglaise. A peine le repas était-il commencé quune bombe, lancée par une fenêtre, éclatait sur la table même, faisant de nombreuses-victimes et causant un affolement général. Trois personnes avaient été tuées sur le coup, deux moururent dans la nuit, une quinzaine furent blessées, dont plusieurs grièvement. M. le Gouverneur général heureusement ne fut pas atteint. Deux de nos confrères, le P. Thomas, provicaire, et le P. Laurent, curé de la paroisse européenne de Shameen, qui étaient parmi les invités, échappèrent également indemnes. Lauteur de lattentat serait un Annamite, membre du Parti républicain de la Colonie.

    Les funérailles des cinq victimes décédées ont eu lieu le samedi 21. Le P. Laurent célébra la messe de Requiem, dont le chant fut exécuté par le séminaire. Au cimetière, le Commandant du Craonne prononça une touchante allocution.

    Mgr Fourquet, retour du Concile de Shanghai, est rentré à Canton le 25 juin.

    Kouangtong Occidental

    Javais espéré quen Mai nous serions exempts des violentes agitations maintes fois relatées par le Bulletin. Nous étions déjà au 25 et aucun nuage ne semblait assombrir lhorizon. Javais compté sans lambition dun quelconque Général en mal de domination, comme nombre de ses semblables, qui crut sonnée pour lui lheure de passer du second au premier plan. Pour aboutir, notre homme ne trouva rien de mieux que de sallier aux pirates quil avait mission de combattre et de fausser compagnie, si le terme est exact, a ses compagnons darmes. Il fit plus encore que de séparer sa cause de la leur, puisque, selon la sempiternelle tactique chinoise, il leur tenait le classique piège où leur naïveté devait se faire prendre ! Jai parlé de piège classique : ne lest-il pas en effet depuis des générations le moyen qui consiste à supprimer ses adversaires en simulant lamitié et les invitant à un somptueux banquet ? Le piège devrait être éventé depuis des siècles quon en use, et cependant il réussit toujours. Explique qui voudra ce trait de la mentalité chinoise. Cette fois encore le coup devait sortir son effet, malgré les soupçons quavaient fait naître les louches menées de linviteur (Je regrette que lAcadémie nait pas encore légitimé le terme).

    A lheure dite, vers 8 heures du soir, tous les convives, exacts comme un seul homme au rendez-vous, (il eût pu en venir quelques-uns seulement, taudis que les autres auraient surveillé les événements et tenu leur troupe en alerte), à lheure dite donc, tous les officiers de lautre troupe se présentaient ensemble chez leur hôte et on se mettait joyeusement à table, faisant honneur au menu délicat et aux vins chinois et étrangers servis à profusion; On termina en jouant au mâ-tseuk jusque vers les 3 heures du matin. Les convives allaient se retirer quand la salle fut envahie par les soldats de lorganisateur du festin qui prièrent (!) les officiers de leur remettre les armes dont ils étaient détenteurs, dindiquer les emplacements de leurs dépôts darmes et de munitions, celui de leur trésor de guerre, argent et opium, ainsi que les campements de leurs troupes. La prière était impérative et ne souffrait pas datermoiement. Il fallut bien sexécuter, pendant que quelques-uns des arrivants, munis de solides liens, ligotaient soigneusement leurs interlocuteurs. Nantis de toutes les indications voulues, on se dirigea vers les logements de troupes, qui, à cette heure avancée de la nuit, ronflaient à poings fermés et furent prestement réduites à limpuissance. Je nai pas nommé la localité où se déroulaient ces scènes, mais quiconque a la moindre expérience de notre région, ne peut douter quil ne sagisse de la ville de Louitcheou, fief du P. Zimmermann et terre classique elle aussi, depuis des années, de toutes les dévastations que peut causer le plus violent et le plus cruel des brigandages. La prise fut bonne pour lentreprenant Général : daucuns lévaluent à près de $150.000, lopium compris. Les simples soldats ont été depuis rendu à la liberté, mais les chefs demeurent toujours captifs et leur sort est incertain. Seront-ils immolés aux mânes de Wong Tsoi-Hoi, lex-chef pirate, lui-même traîtreusement mis à mort le mois précédent par les captifs de ce jour, ou le vainqueur préférera-t-il les libérer contre une forte rançon qui lui permettra damplifier son trésor de guerre ? On a parlé de $10.000 par tête et, comme ils sont une quinzaine, la somme serait rondelette.

    Quoiquil en soit, depuis quelques jours, les alliés du nouveau maître de la ville, qui sont les pirates de Wong Tsoi-Hoi, ont pénétré dans la cité, offert aux mânes de leur ex-chef un sacrifice expiatoire avec toute la solennité possible et décidé enfin lattaque de Matsang qui est en quelque sorte larsenal de lex-possesseur de la ville, et de profiter du voisinage (6 kilomètres seulement) pour tenter un coup de main sur notre ville de Tsekam ; le morceau sera peut-être un peu dur et difficile à avaler. On attend. Ces Messieurs sestimeraient heureux à la fois dune bonne prise et de loccasion de venger Wong Tsoi-Hoi en capturant son adversaire et son exécuteur, tout ensemble chef de la mairie de Tsekam et mandarin chinois, investi de pouvoirs pour tout le Louitcheou.

    On ne signale pas ailleurs dévénements considérables. Ceux qui se sont efforcés ici dapercevoir laviateur Pelletier dOisy en ont été pour leurs frais dattente. Seul, le P. Genty, qui ne lattendait pas, a eu ce privilège à 60 kilomètres environ dici, le dimanche 17 mai, vers 10 heures ½ du matin.

    Notre Provicaire, le P. Pénicaud, a dû se rendre au sanatorium de Béthanie. Espérons que le repos et les bons soins lauront vite remis à neuf.

    Kouangsi

    La ville de Kouylin est toujours assiégée. Deux de nos confrères, les PP. Humbert et Rigal y sont enfermés et subissent, sans doute, de dures privations. Jusquici cependant ils sont sains et saufs : que le bon Dieu les préserve de plus graves dangers !

    La région ouest de la province, dégarnie de soldats, commence à se troubler aussi. Les villes de Napo, Pingma, Kowa ont été pillées. Les environs de Nanning même ne sont pas plus sûrs : les soldats soi-disant réguliers dévalisent les gens sans défense. Aussi nos religieuses indigènes, qui allaient dans les villages soigner les enfants malades, ont dû renoncer temporairement à leurs charitables visites.

    Mgr Ducur, revenant du Concile de Shanghai, est arrivé à Hongkong le 22 juin. Mais les deux routes qui conduisent à Nanning, celle de lEst et celle de lOuest, étant actuellement coupées, quand et comment pourra-t-il rentrer dans sa Mission ?...

    Cochinchine Orientale

    Mgr Grangeon compte nous revenir de Dalat le 17 juin, après avoir procédé, le 16, à la bénédiction dune cloche à Nhatrang.

    Notre noviciat de Gò-thi a ouvert ses portes le 13 mai, et, le 21, a eu lieu la bénédiction du nouveau couvent. Sur Marie de. Lorette, aidée de Sur Gabriel, toutes deux de Saint-Paul de Chartres, sest mise aussitôt à la formation de nos religieuses indigènes.

    Les fêtes du cinquantenaire du P. Mathey auront lieu le 19 juin à Kim-châu, et celles du P. Panis le 2 juillet à Dai-an, au lendemain dune ordination qui nous dominera 2 prêtres, 2 diacres et 7 sous-diacres.

    Parmi les décisions prises au dernier Conseil de la Mission, notons la reconstruction du Petit-Séminaire. Les vieux bâtiments datent de 1887 et sont depuis longtemps rongés par les fourmis blanches. La nouvelle construction, faute de ressources actuelles, sespacera sur plusieurs années.

    Une récente circulaire de Monseigneur ordonne la fondation décoles primaires et annonce la nomination dun Inspecteur des écoles. Les écoles exigent des maîtres capables et, pour en former, une maison de catéchistes-instituteurs sera établie à Binh-dinh, près de lécole des Frères.

    Cochinchine Occidentale

    Monseigneur Quinton sest senti très fatigué vers le milieu de Mai. Les docteurs ont déclaré que seul min prompt retour en France assurerait les quelques chances qui restent de voir réussir une grave opération. Aussi le 31 mai Sa Grandeur sest embarquée sur le Paul Lecat, et le Père Cransac, qui a besoin de repos, laccompagne.

    Cochinchine Septentrionale

    Le 11 mai, sainte Jean ne dArc a été dignement fêtée dans la capitale de lAnnam La cérémonie religieuse, qui a eu lieu dans léglise de la paroisse française, a été plus solennelle que de coutume, grâce à la présence de plusieurs Pères des autres missions de lIndochine. Mgr Allys, assisté des PP. Moreno, O. P. et Herrgott, célébré la sainte Messe pendant laquelle des chants de circonstance ont été superbement exécutés par le P. Lalanne et les chorales du Grand-Séminaire et de lInstitution Sainte-Jeanne dArc. Le P. Dalaine a donné le sermon, fort goûté de nos compatriotes et très pratique pour eux.

    Le 18 mai, la commission, réunie à Hué depuis le 28 avril pour lunification des prières annamites dans les divers Vicariats de lIndochine française et de Siam, terminait ses travaux. Le 19, grâce à lamabilité de S. Exc. Le Président du Conseil des Ministres, M. Nguyễn Hữu Bài, qui avait mis deux autos à leur disposition, MM. les membres de la commission purent faire une intéressante randonnée dans notre Mission : partis de Hué à 4h. ½ du matin,. ils y rentraient à 8 h. du soir, après avoir fait un court pèlerinage à Notre-Dame de Lavang et visité la concession de M. Bài à Phước-Môn, le petit séminaire dAnninh, la chrétienté de Diloan, résidence du P. Cadière, et le monastère de N.-D. dAnnam à Phước-Sơn. Et le 20, cétait la dislocation générale, les uns prenant la route du Nord ; les autres, celle du Sud, pour rentrer dans leurs missions respectives.

    Le 3 juin, dans la cathédrale de Phủ-Cam, à loccasion de la fête nationale annamite instituée il y a deux ans par lEmpereur dAnnam, Mgr Allys célébrait au trône une messe demandée par Sa Majesté pour Mgr Pigneau de Béhaine et pour les Français qui aidèrent lEmpereur Gialong à reconquérir et à réorganiser lempire dAnnam. Toutes les notabilités françaises et annamites étaient venues assister à cette cérémonie.

    Cambodge

    La fête nationale de Jeanne dArc fut célébrée à Phnom-Penh avec grande solennité, comme lannée dernière. A la pluie torrentielle qui, la veille au soir, avait empêché lillumination de la ville et la retraite aux flambeaux, succéda, le 11 mai, mine journée sereine. A 7 h. ½ , se déroula le défilé des troupes de la garnison, au pied du Phnom, devant les tribunes dans lesquelles avait pris place la colonie française.

    Vers 8 heures, à lissue de la revue, chacun se rendit à léglise du Sacré-Cur pour entendre la sainte Messe. Le Résident supérieur, M. Baudoin, fut reçu au porche par le P. Merdrignac, curé de la paroisse. Celui-ci, après lévangile, fit entendre des paroles de circonstance, écoutées avec intérêt.

    Mgr Bouchut assista à la revue et occupa son siège au chur.

    Le jeudi 5 juin, Sa Grandeur est partie pour Soctrang et Baclieu, en tournée de confirmation.

    On se souvient (Bulletin doctobre 1922) du grave danger que courut le P. Quimbrot dans un naufrage et du secours efficace que lui porta une fillette. On se rappelle aussi que celle-ci, à son tour, huit jours après, lui dut son salut contre une mortelle morsure de serpent, grâce aux remèdes quil lui administra. La bonne Providence narrêta pas à cette première récompense le cours de ses faveurs. La fillette était alors païenne. Depuis son acte de courage, elle se sentit attirée vers notre sainte religion, fréquenta lécole de la chrétienté, suivit les cours de catéchisme, et enfin, la veille de la Pentecôte, reçut pieusement les sacrements de baptême et dEucharistie.

    Siam

    Siam a eu la visite du lieutenant (maintenant capitaine) aviateur français, M. Pelletier dOisy, accomplissant un tour de force hautement admiré. Parti de Rangoon le 10 mai au matin, il atterrissait à 10 h. 30 à laérodrome de Dommüâng, au nord de Bangkok, nayant mis quun peu plus de 4 heures à faire la traversée. Après une courte visite à la capitale, il profita de son arrêt pour se reposer, repartit le lendemain 11 mai à 7h.15 pour Saigon et arriva à Bien-Hoa à 13 heures. Les journaux locaux ont suivi avec intérêt les péripéties de son voyage, qui ajoute une page de plus à la gloire des aviateurs français.

    Birmanie Septentrionale

    Coup sur coup, la mort a frappé dans nos rangs. Le 7 mai, en la solennité de saint Joseph, son patron, nous conduisions à sa dernière demeure notre cher et regretté confrère, le P. Couillaud, dont le Bulletin davril avait annoncé la maladie. Le même jour, nos Frères des Ecoles Chrétiennes, en vacances à Maymyo, rendaient les derniers devoirs à leur benjamin, le Frère Henry, emporté par une maladie de poitrine. Sept jours plus tard, à Maymyo encore, où elle était montée pour refaire, si possible, ses pauvres poumons tout délabrés, la Sur Marie-Auxiliatrice, blanc lis de mai, trop pur pour notre terre souillée, nous quittait pour le ciel, ce pendant quune de ses compagnes, invalidée par un sérieuse maladie, partait pour la France. Trois morts en dix jours ! Seigneur, ayez pitié !

    En ce moment, la santé de notre provicaire, le P. Hervy, en traitement à lhôpital de Maimyo, nous cause dassez vives inquiétudes.

    Laos

    Mgr Gouin a fait récemment une longue tournée apostolique de deux mois dans le sud de la Mission. A Oubone, Mgr fut reçu avec une solennité sans pareille jusquici. A lentrée de la ville, la musique militaire, toute la chrétienté et quelque 5 ou 6.000 païens attendaient : Mgr, arrivant à cheval, dut sarrêter pour écouter lhymne national siamois dabord, puis la Marseillaise, enlevée avec brio par la musique militaire siamoise. Le cortège se mit alors en marche et lentement traversa la ville dans toute sa largeur, au milieu des acclamations, qui accompagnèrent lévêque jusquà la mission.

    Durant ce voyage Mgr a confirmé 350 personnes et a constaté avec grande satisfaction que la communion fréquente est de plus en plus en honneur parmi nos chrétiens.

    Le 6 mai dernier a eu lieu à Nong-Seng linauguration du nouvel établissement des catéchistes instituteurs fondé par Mgr Gouin. Toutes les hautes autorités siamoises de la province assistaient à la cérémonie. Au repas qui suivit la bénédiction des nouveaux bâtiments, le Phaja Phanom, délégué royal à Lakhon, dans un toast bien senti, remercia Mgr et ses missionnaires de tout ce quils font pour le développement de linstruction au Laos, et son remerciement voulut aller jusquau Pape, chef de la religion catholique ; après quoi, sadressant aux 24 élèves du nouvel établissement, il les exhorta à se donner entièrement à létude, à faire honneur à leurs dévoués professeurs et à se préparer à devenir eux-mêmes un jour les instructeurs de leurs compatriotes. Cest le P. Boher qui a été désigné pour être à la tête de cet établissement : il a toutes les qualités requises pour mener à bonne fin luvre importante dont la chargé la confiance de son évêque.

    Pondichéry

    Le dimanche 18 mai, après avoir, le matin, conféré les saints Ordres à 1 prêtre, 2 diacres et 4 sous-diacres, Mgr lArchevêque, malgré nué chaleur caniculaire de 39o, confirmait 30 enfants à Nellitope à 4 h. de laprès-midi, et, à 5h. ¾, 64 à Ariankuppam. Cela grâce à lautomobile, qui brûle les distances et permet ladministration des sacrements le même jour dans des paroisses différentes, même assez éloignées les unes des autres.

    Le P. Dequidt, qui aux délicates fonctions de chancelier de lArchevêché, ajoute celle de Supérieur des Surs indigènes du Saint-Cur de Marie, a dû laisser temporairement au repos sceau, écritoire et droit canon, pour aller soigner à lhôpital Sainte-Marthe de Bangalore une dysenterie rebelle, qui menace de devenir chronique.

    A Cheyur, le P. Grandjanny continue la construction dune belle église, en grande partie en ciment armé : cest la première de ce genre dans la Mission. Le brave Père met lui-même la main à la pâte, cest le cas de le dire, et, sans sa permission, sans ses directions, défense est faite aux maçons de gâcher quoi que ce soit. Il est difficile déchapper à la vigilance de son regard, bien que myope, et la future, église promet dêtre une petite merveille architecturale.

    Coïmbatour

    Deux bonnes nouvelles à signaler : larrivée dun nouveau confrère et la conversion dun chef Badaga.

    Voilà 11 ans que nous navions pas reçu de renfort ; aussi point nest besoin de décrire la joie avec laquelle nous avons reçu le cher Père Périé, le 21 mai dernier.

    Le 18 mai était un jour de joie et de gloire pour la petite chrétienté de Kaity. Et tu Bethlehem.... nequaquam minima es in princibibus Juda. Belli Gavouda, de la tribu des Badagas, chef du village de Kairala et maire de Kaity renonçait publiquement au paganisme et courbait le front sous leau sainte du Baptême. Mgr lEvêque, en tournée pastorale aux Nilgiris, lui conférait le Baptême en présence de plusieurs prêtres et dune foule de Badagas chrétiens et païens des environs. Le Père Tignous, apôtre et ami invétéré des Badagas, avait tenu à donner à cette fête un caractère aussi solennel que possible. Le même jour 38 néophytes, petits et grands, recevaient la Confirmation.

    Les efforts persévérants du P. Tignous et de ses prédécesseurs, qui tour à tour et sur divers points ont semé le bon grain dans cette terre aride, commencent à porter des fruits.

    Linfluence dorée-sur-tranches des protestants a rendu plus difficile la pénétration de la vérité et de la grâce dans ces âmes plus avides des biens terrestres que du royaume des cieux. Les Badagas forment le tiers de la population des Nilgiris. Ils sont au nombre de 40.000, dont un millier de protestants et une centaine de Catholiques.

    Il y a bon espoir que lexemple du chef de Kairala déclanchera un mouvement de conversions dans sa zone dinfluence. Kaity, avec la grâce de Dieu et la protection de St. Michel, deviendra grand : Proficial et floreat.

    Kumbakônam

    Après le départ du P. Palluel, qui retourne en France pour refaire sa santé, voici quon nous annonce celui du P. Mercier, condamné, lui aussi, par le médecin à un retour en France. En même temps que ces missionnaires et dans le même but dy retrouver la santé, voici que Mgr Chapuis est sur le point de partir. A la date du 26 mai, nous recevions de notre Vicaire Général la lettre suivante : Lors de notre retraite en janvier dernier, vous avez pu vous convaincre de létat de faiblesse de Sa Grandeur Mgr Chapuis, notre vénéré et cher Evêque. Vous le savez aussi bien que moi, cette faiblesse a été occasionnée par le surcroît de travail. Le mieux, pour Monseigneur, eût été de partir alors pour France : les confrères et les médecins le lui conseillaient fortement. Mais Monseigneur, voulant donner toujours le bon exemple à ses prêtres, montrer son attachement profond à son diocèse, et se faisant illusion dailleurs sur la gravité de sa maladie, refusa de partir pour la France. Il a essayé de tous les moyens afin de guérir dans lInde, mais sans aucun résultat. De fait, un stage à Yercaud dabord, à lhôpital Sainte-Marthe de Bangalore ensuite, na apporté aucune amélioration à son état de santé. Monseigneur a compris linutilité dun séjour plus prolongé aux Indes et il sest décidé à partir le plus tôt possible pour la France.

    En même temps que ces nouvelles, les missionnaires de Kumbakonam apprenaient larrivée parmi eux de deux nouveaux ouvriers apostoliques. Lun est le P. Michel, originaire du diocèse du Puy, lautre le P. Douraisamy, originaire de Purattakoudi, dans le diocèse de Kumbakonam, et qui à fait ses études au Grand-Séminaire de Pondichéry. Que Notre-Dame accompagne ceux qui partent et nous les ramène bientôt ; quelle protège aussi ceux qui arrivent et leur obtienne la grâce dun long et fructueux apostolat !

    Sanatorium de Wellington

    Le P. J. Michotte, narrivant pas à sa réacclimater aux Indes, a donné sa démission de Supérieur du Sanatorium. A la demande unanime de nos évêques des Indes, le P. Pessein, de la Mission de Maïssour, a été désigné pour le remplacer. Il nentrera cependant en fonctions quau mois de novembre, après un voyage en Amérique, où il a de nombreux parents, et cest le P. Monnier, Supérieur de Nazareth, actuellement en congé aux Indes, qui fera lintérim du supériorat.

    Sanatorium de Béthanie

    Le 25 juin dans une fête de famille tout intime, le P. Vignal, Supérieur p. i. du Sanatorium, célébrait les noces dargent de son sacerdoce. Trois Vicaires Apostoliques, retour du Concile de Shanghai, y assistaient. Le P. Robert se fit linterprète des vux et des félicitations de tous et, après les avoir offerts au jubilaire présent, il noublia pas dy associer le P. Marie, Supérieur de la maison, ordonné prêtre le même jour, qui jouit temporairement, dans la solitude dun poste retiré de la Mission de Swatow, dun repos bien mérité par de longues années de dévouement au service de nos confrères malades. Le P. Robert lui-même reçut les félicitations de lassistance pour sa récente promotion à la dignité de Grand-Officier
    de lOrdre du Dragon dAnnam.

    Hongkong

    Monsieur Merlin, Gouverneur Général de lIndochine, revenant du Japon, où il était allé en mission spéciale, est arrivé à Hongkong le 17 juin à 8 heures du matin et, pendant cette journée, il a été particulièrement lhôte du Gouverneur de Hongkong.

    Le 18, dans la matinée, il a visité le Couvent des Surs de Saint-Paul de Chartres à Causeway Bay, lhôpital Saint-Paul et lécole franco-anglaise, adressant aux élèves quelques paroles très bienveillantes et complétant sa visite en accordant un jour de congé aux enfants.

    A 11 heures ½, il était avec Madame Merlin et sa suite à notre Maison de Nazareth, où il sintéressa tout spécialement à la section de la composition.

    Mercredi soir la colonie française lui offrait un dîner à Repulse Bay Hotel. Il avait, dans laprès-midi, présenté au P. Robert un brevet de Grand-Officier de lOrdre du Dragon dAnnam, distinction quil accompagnait des paroles les plus aimables, se plaisant à reconnaître la part de travaux due à linitiative de notre ancien Procureur général.

    M. le Gouverneur partait pour Canton sur le Craonne jeudi vers neuf heures, et ce fut jeudi soir queut lieu à lhôtel Victoria labominable attentat auquel il échappa quasi providentiellement. Un inconnu jeta une bombe sur la table au moment où la colonie française de Shameen, qui le recevait, sasseyait à un dîner tout patriotique. Lexplosion fut si forte que tout le bâtiment fut ébranlé. Trois personnes, M. et Mme Desmarets et M. Rougeau furent tués sur le coup et, quelques heures plus tard, M. Gerin expirait dans dhorribles souffrances. Le Dr Casabianca est grièvement blessé, tandis que le capitaine Bernard et Mme Rollin sont sérieusement touchés.

    Cette fête qui avait réuni tous nos compatriotes de Shameen devint bientôt une scène dhorreur et de deuil.

    M. le Gouverneur Général, ayant échappé quasi miraculeusement à la mort, ne pouvait songer à exposer ses compatriotes à de nouveaux attentats qui auraient pu se produire dans les différentes réunions faisant partie de son programme. Il rentra à Hongkong vendredi soir, grandement ému dun acte de sauvagerie qui a fait frémir dhorreur la colonie de Hongkong.

    Samedi, à 11 heures, M. et Mme Merlin rendaient visite à la Procure des Missions-Étrangères et dimanche 22, à 10 heures du matin, dans la chapelle de la Procure, le P. Robert offrait le Saint-Sacrifice de la messe pour le repos de lâme de nos chers compatriotes victimes dune agression aussi barbare quinattendue et pour rendre grâces à Dieu davoir conservé la vie au Gouverneur Général de 1Indochine et à nos compatriotes qui avaient partagé les dangers de cet inqualifiable attentat. Après lEvangile, le célébrant, très ému lui-même, adressa à lassistance une touchante allocution.

    Toute la colonie française assistait à cette cérémonie avec une émotion facile à coin prendre. Misericordias Domini quia non sumus consumpti. Lattentat de Shameen aurait pu coûter la vie à un grand nombre de nos compatriotes et cest déjà trop que davoir à enregistrer la mort de cinq des nôtres. Dieu veuille que les familles si cruellement éprouvées trouvent dans leur esprit de sacrifice les consolations que seule la religion peut donner, et que les blessés retenus encore sur un lit de douleur obtiennent un prompt rétablissement !

    Séminaire de Paris

    A loccasion des fêtes de Pâques, les allées et venues au Séminaire ont été continuelles : postulants en vacances, confrères en visites, prêtres de passage, etc. A la demande de larchevêché, les séminaristes russes de Lille et leur aumônier, le P. Nicoloff, ont reçu chez nous lhospitalité. Ils venaient à Paris pour prendre part aux cérémonies de la Pâque orientale, dans la nuit du samedi au dimanche de Quasimodo. Loffice grec catholique du Vendredi-Saint avait été célébré à St-Julien-le-Pauvre en présence du cardinal, Mgr de Guébriant y assistait.

    Le P. Chambon a passé les fêtes de Pâques au lit. Il est dailleurs bien remis.

    Laprès-midi du lundi de Pâques, sortie traditionnelle.

    Le mardi de Pâques, nos trois jeunes missionnaires partants sont allés, selon la coutume, faire leurs adieux et donner leur bénédiction aux Dames de lOuvroir des Partants.

    Le lundi 28, cérémonie du départ : journée pluvieuse : une accalmie cependant permet les adieux à loratoire du jardin. A 3 heures, à la chapelle, très nombreuse assistance. On remarque le prince roumain Vladimir Ghika, prêtre attaché au service de léglise des étrangers de la rue de Sèvres. La cérémonie a lieu avec une excellente exhortation de M. Jaricot et à lédification de tous dans toute sa simplicité traditionnelle. Le lendemain du départ, pèlerinage matinal à N.-D. des Victoires. Lembarquement à Marseille a eu lieu le 1er mai.

    A Bièvres, dix aspirants se préparent à partir incessamment à la caserne.

    Le 27 avril, Monseigneur a donné la confirmation à 70 enfants de luvre de lEnfant-Jésus, rue Ste-Eugénie.

    Le 28, réunion de lAmicale Missionnaire chez M. le Curé de St-Sulpice, qui, depuis plusieurs mois, souffre des suites dune grave fracture à la jambe. Mgr Descamps a donné aux quelques assistants dintéressante détails sur la dernière réunion à Rome du Conseil international de la Propagation de la Foi.

    Nous avons eu la visite de Mgr Jobbe, recteur du Collège Urbain de la Propagande, heureux de voir nos salles des Martyrs et dhonorer leurs ossements dans notre crypte.

    Admission, 29 avril : M. Laubie, du diocèse de Tulle.

    Renseignements sur lExposition Vaticane. Le Directeur de la Cie des Messageries Maritimes à S. G. Mgr de Guébriant :

    Monseigneur, Paris, le 24 avril 1924.
    Nous référant à notre lettre du 12 mars, Service Commercial No 4883, et à la vôtre du 19 du même mois, nous avons lhonneur de vous faire connaître que, daccord avec la Cie chargeurs réunis, les envois en provenance dIndochine destinés à lExposition Missionnaire mondiale bénéficieront dune réduction de 50 %, et ce sur simple déclaration que les marchandises sont effectivement destinées à lExposition et quelles ne seront pas vendues, pendant ni après lExposition.

    Nous sommes heureux dajouter que le Secrétaire de la Conférence des Indes nous a fait connaître que les Compagnies qui en font partie ont accepté dappliquer aux envois pour lExposition Missionnaire mondiale les mêmes réductions, soumises aux mêmes conditions que celles accordées par la Conférence de Chine, du Japon et des Détroits.

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    1924/447-471
    447-471
    Anonyme
    France et Asie
    1924
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