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Chronique des Missions et des Etablissements communs 8

Chronique des Missions et des Etablissements communs Tôkyô
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs

    Tôkyô

    Mgr lArchevêque de Tôkyô ayant choisi pour sa fête patronale la St Jean-Baptiste, les confrères de la Mission de Tôkyô, qui ne se trouvaient pas empêchés le dimanche 24 juin, sont venus le soir de ce jour, ainsi que les représentants des maisons déducation catholique de la capitale, offrir pour la première fois leurs souhaits de fête au premier Pasteur du diocèse. Tous espèrent queux et ceux qui viendront dans la suite auront de longues années la satisfaction de remplir un aussi agréable devoir.

    Les missionnaires, qui occupent actuellement les postes de Tôkyô et de la grande ceinture, sont assez nombreux pour former une petite communauté, qui se réunit à larchevêché le 1er mardi de chaque mois, afin de prendre part à une retraite. Ces réunions, dans lesquelles la plupart des confrères prêchent à tour de rôle, sont suivies très assidûment, pour le profit spirituel de chacun et lentretien des relations cordiales.

    Une Conférence des Religions sest tenue au Meeting Hall de lAssociation de la Jeunesse japonaise à Tôkyô, du 5 au 8 juin. De nombreux délégués des sectes protestantes, bouddhistes et shintoïstes y ont pris part. Des comités avaient été formés pour étudier et proposer des résolutions concernant quatre chapitres principaux : léducation religieuse, les uvres sociales, les idées religieuses, et les moyens de promouvoir la paix internationale. Le public était admis aux séances générales ; et lon a compté, à certaines réunions, environ 3.000 personnes. Quelques sessions ont été particulièrement tumultueuses, les éléments ultra-nationalistes de lassemblée sinsurgeant contre les orateurs et les idées qui leur semblaient verser dans linternationalisme ou un socialisme dangereux.

    Le Dr Nitobe, qui a rempli les fonctions de sous-secrétaire général à la Ligue des Nations, ayant plaidé la cause de la paix internationale, et émis des vux que les idées internationales soient davantage inculquées à la jeunesse des écoles, fut pris à partie par le principal dune école shintoïste à programme nationaliste. M. Kagawa, écrivain protestant et homme duvres sociales, après avoir dénoncé les abus de lindustrie, ayant soutenu que la classe ouvrière était maintenue en esclavage par le capitalisme, et quil importait de modifier cet état de choses au plus tôt, lopposition fit grand tapage, et demanda que lorateur qui émettait des idées aussi dangereuses fût exclu des délibérations. Il y eut aussi des discussions à propos du rôle joué par le Gouvernement japonais dans les incidents de Tsinan, en Chine, un protestant opposant les 14 victimes japonaises aux 3 ou 4.000 Chinois, tués par les troupes envoyées du Japon.

    Ces sortes dattaques, qui, pour le moins, nétaient pas à leur place dans une Conférence des Religions, destinée à promouvoir lentente et la paix, furent cause que lon vit au sein de lassemblée des scènes rappelant celles qui sétaient passées à la Chambre des Députés aux jours les plus orageux. Cest ainsi quune troupe de ces bravi (en jap. Soshi (caractères chinois), quon rencontre souvent au Japon dans les meetings politiques, et qui mettent leur force musculaire au service des partis, assaillirent des orateurs à la tribune, et se livrèrent à des voies de fait même sur de graves personnages, qui ne leur semblaient pas assez purs patriotes. Il fallut lintervention de la police pour remettre la paix dans lassemblée.

    Néanmoins protestants, bouddhistes et shintoïstes sentendirent pour approuver les résolutions suivantes : 1º soutenir la Ligue des Nations ; 2º développer dans léducation les principes internationaux ; 3º appuyer le traité proposé par lAmérique pour labolition des guerres ; 4º protester contre les différences de traitement à légard des diverses races humaines ; 5º encourager les organisations qui soccupent de promouvoir la paix et les intérêts religieux. Pour ce qui concerne les uvres sociales, on vota en particulier labolition du système de prostitution toléré par la législation actuelle, diverses mesures de réhabilitation pour les anciens convicts. On saccorda également sur les propositions suivantes à soumettre au Ministère de lInstruction Publique : faire une plus large part à la religion dans les livres classiques ; établir une branche denseignement religieux dans les écoles normales ; organiser des conférences religieuses à lusage des éducateurs, etc..

    Il est bien entendu que la Conférence des Religions na pas arrêté, et pour cause, le programme de cet enseignement religieux. Nous bornant à exposer les faits, nous ne voulons point dailleurs en faire la critique. Au dîner qui réunit les membres de la Conférence, un leader bouddhiste tint à assurer les chrétiens que les anciennes religions du Japon, bouddhiste et shintoïste, ne sympathisaient nullement avec les agitateurs. Et, de son côté, un leader shintoïste déclara : Les troubles, suscités par certains réactionnaires, sont vraiment une honte pour le shintoïsme. Au cours de la conférence, le christianisme et le bouddhisme ont montré, dans leurs idées et leur esprit, des tendances progressistes qui sont pour nous une leçon.
    Le 12 juillet.


    Fukuoka

    Mgr Hayasaka arrivait à Nagasaki le 25 avril, à 4 h. du soir. En route il sétait arrêté quelques heures à Fukuoka, où lattendait Mgr Thiry. Le soir même de son arrivée, S. G. prenait possession de son siège, entourée de tous ses prêtres diocésains, des missionnaires de la ville et du Séminaire, et dune foule évaluée à 2.000 personnes.

    Le diocèse de Nagasaki était, de ce fait, définitivement constitué.
    La rubrique Nagasaki disparaît donc du Bulletin et ses chers lecteurs, pour situer leurs amis et confrères, devront chercher désormais la rubrique Fukuoka.

    Après, les assauts déloquence des premiers jours, les fumées de lencens brûlé généreusement en lhonneur de la Société une fois dissipées, on passa aux réalités et le 20 mai, plus tard quon ne le désirait, Mgr Thiry quittait officiellement Nagasaki pour son nouveau siège.... Il y attend larrivée des Rois Mages, dans une maison japonaise, située à 7 minutes de lEglise de la Mission, où il se rend chaque matin pour dire la Ste Messe.

    Cest de là quil partit presque de suite pour Kumamoto, à loccasion de la bénédiction de la nouvelle église.

    Les confrères du diocèse de Fukuoka, en effet, avaient été invités par le P. Frédéric Bois, de Kumamoto, à la bénédiction de sa nouvelle église, érigée sous le vocable de Notre-Dame du Japon, dont la fête est célébrée le 17 mars.

    La cérémonie eut lieu le 24 mai, fête de N. D. Auxiliatrice. Elle commença à 10 h. pour permettre à un plus grand nombre de confrères dy assister. Et, en effet, S. G. Mgr Thiry eut le bonheur de se voir entouré dune belle couronne de neuf prêtres.

    Depuis la veille le temps était à la pluie. Heureusement vers 9 h. elle cessa de tomber. Mgr Thiry put se conformer de point en point au cérémonial, et les chrétiens, qui stationnaient en foule au dehors, purent contempler à souhait ces belles cérémonies.

    Pendant la bénédiction, les PP. Bertrand et Joly servaient Mgr. en qualité de diacre et de sous-diacre. De plus, pendant la messe, les PP. Raoult et Lemarié firent fonction de prêtres assistants.

    Trois communautés de Religieuses étaient représentées à la cérémonie, savoir : Les Surs du Saint-Enfant Jésus de Chauffailles, qui, non loin de léglise, dirigent un beau pensionnat ; les Religieuses Franciscaines Missionnaires de Marie, qui soignent les lépreux de Biwasaki, et les Surs de St Paul de Chartres venues le matin de Yatsushiro.

    Les chants furent exécutés avec entrain par les élèves des Surs et par les missionnaires.

    Des personnages de marque (non chrétiens), au nombre de vingt-cinq, avaient répondu à linvitation du Père Bois. Parmi eux se trouvaient un député, deux anciens députés, Mr. le Maire, son adjoint et plusieurs des principaux conseillers municipaux. M. le Préfet absent sétait fait excuser. Cette belle assistance fut fort remarquée. Nest-ce pas un heureux présage pour la nouvelle église ?...

    Le sermon fut donné par le P. Martin sur ce texte : Hc domus Dei est et Porta cli. Sa parole ardente toucha les curs, même les curs des gentils, comme nous pouvions le lire sur leur physionomie, mais surtout comme en ont témoigné les échos élogieux qui nous sont revenus quelques jours après.

    La cérémonie se termina vers 11 h. ½ . Nous eûmes alors le temps dexaminer en détail la nouvelle construction, dont voici les notes caractéristiques : trente mètres de long sur douze de large ; trois nefs, trois autels en bois de keyaki. Le maître-autel a coûté 900 yen, fruit des quêtes faites le dimanche dans léglise.

    Les murs, les colonnes, la tour haute de 61 pieds, tout est en ciment armé. Ce mode de construction simposait, parce que le sol de Kumamoto tremble souvent à cause du voisinage de lAso, volcan toujours plus ou moins actif.

    La cloche nétant pas encore arrivée, ce qui ne saurait trop tarder, la clochette sonna langelus et nous appela aux agapes fraternelles servies dans lancienne chapelle, utilisée maintenant comme dendoba (salle de réunion).

    Au Japon, pas de festins sans toasts. M. le Maire commença, félicitant Monseigneur et, en sa personne, lEglise catholique, dont la vitalité se manifestait en ce jour. Mgr répondit et plusieurs convives prirent ensuite la parole, entre autres deux rédacteurs en chef de journaux, qui ne ménagèrent pas leurs gracieux compliments.

    A 2 h. ½ un salut très-solennel du Saint Sacrement termina cette heureuse journée.

    Il me semble navoir pas tout dit. En certains pays, surtout au Japon où le sol tremble si souvent, il arrive parfois que le fondement caché dun édifice coûte un prix hors de pair, semble-t-il, avec la partie qui sélève au-dessus du sol.

    Cest un peu limage de ce qui sest produit (au moral) dans létablissement de nos postes en général, et de Kumamoto en particulier.

    Le terrain actuel fut acheté dès 1894 par le P. Corre non sans difficultés. Le Père éleva une chapelle provisoire, que le cher Père F. Bois, retour du front (avec la médaille militaire), sempressa délargir en 1921 et quil remplace aujourdhui par une belle église.

    Trois confrères morts à la tâche, les PP. Corre, Fukahri et Férié, assurent en quelque sorte les fondations de cette église, mais le provisoire na pas duré moins de trente-quatre ans !... Nous sommes au Japon.

    Ceci soit dit sans aucun sentiment pessimiste, au contraire, ayons confiance !... Hier cétait Kurumé qui était doté dune vraie église, aujourdhui cest Kumamoto ; quand verra-t-on la cathédrale de Fukuoka sous le beau vocable de Notre Dame des Victoires !...
    Le 15 juin.


    Taikou

    Presque aussitôt après son arrivée à Shanghai, Mgr Demange a été hospitalisé aux fins dobservation, laquelle a été prolongée 15 jours et a permis de constater un mieux certain, mais que le docteur a déclaré factice et dû à une médication impossible à continuer. La tension artérielle restant très élevée, un séjour en France simposait urgent. Après des saisons deaux et un traitement approprié Mgr pourra rentrer en Corée et reprendre ses occupations ordinaires. La proximité de la saison, malgré les inconvénients dun départ imprévu et subit, a obligé Sa Grandeur à prendre la première malle pour France, le 30 juin.

    Dans la Mission le beau temps a permis la procession de la Fête-Dieu dans quelques centres, avec un certain éclat : cest ainsi quà Tjyen-Tjyou, la capitale du Tjyen-la, par son concours de peuple on était venu de plus de 40 kilomètres à la ronde , par le nombre des communions, qui ont atteint le mille, par la présence de 5 confrères, la magnifique manifestation a pris les allures dun petit congrès eucharistique.

    A part deux fêtes de famille : la fin de cycle du Père Ferrand, qui vient datteindre ses 60 ans, et le jubilé sacerdotal du P. Tourneux, célébré avec magnificence à Kasil, sa résidence, aucun évènement na rompu la monotonie de ce mois où commencent les chaleurs. Linsuffisance des pluies, déjà trop tardives, préoccupe tout le monde, mais surtout les pourvoyeurs du lendemain ! Serait-ce parce que les boueurs de Taikou se sont mis en grève ? ils ont bien choisi leur moment !
    Le 10 juillet.


    Moukden

    Le 1er juillet, fête du Précieux Sang de N. S. J. C., Mgr Blois a conféré le sacerdoce à cinq diacres, élèves du séminaire de Moukden. Le nombre des prêtres indigènes de la Mission se trouve ainsi porté à 27. Aussi tous, prêtres et fidèles, avons-nous éprouvé ce jour-là une joie dautant plus sincère que nous la savons plus rare. Combien dannées nous faudra-t-il attendre maintenant pour voir ainsi plusieurs élèves du séminaire arriver au terme de leurs études et se ranger par lordination sacerdotale au nombre des ouvriers apostoliques ?

    Les Surs de la Providence viennent déprouver un nouveau deuil en la personne de Sur Aurélie, directrice de lorphelinat de Tiehling. Arrivée en mission en 1903, Sur Aurélie avait passé plus de vingt ans dans cette maison de Tiehling, dont elle venait dêtre nommée supérieure moins dun an avant sa mort. Elle fut emportée en quelques jours par le typhus, la terrible maladie qui a déjà fait tant de victimes parmi les missionnaires et les religieuses de Mandchourie.

    Le retour tragique de Tchang-Tsouo-Lin à Moukden, le complot savamment organisé où lancien dictateur a trouvé la mort, ont fait sur la population une vive impression. La propagande, toujours active, trouva dans les esprits déjà bien excités un terrain fertile, où naquirent et se multiplièrent rapidement les rumeurs les plus fantaisistes. Il eût été difficile, durant les premiers jours qui suivirent lattentat, de trouver un Chinois, à quelque classe quil appartienne, qui ne rejette pas sur le Japon la responsabilité de ce complot. Rien nest moins prouvé cependant.

    On a craint, à ce moment, de voir se produire des soulèvements soit dans larmée soit dans le peuple. La concession japonaise se mit alors en état de défense, les Chinois proclamèrent la loi martiale ; des deux côtés la police fut renforcée. Puis, la nouvelle de la mort du maréchal ayant été à dessein démentie ou pour le moins discutée, le calme revint tout doucement. De sorte que, le jour où fut annoncé officiellement le décès de lex-dictateur, il nétait plus question de manifester autre chose quune douleur de commande. Cest sur commande aussi que la cité se mit en deuil, drapeaux en berne, abstinence forcée pendant trois jours, fermeture des théâtres et cinémas, et suppression de tout divertissement public, défilé des élèves des écoles devant la demeure de lillustre défunt, en un mot, un ensemble de prescriptions, un cérémonial digne des anciens empereurs mandchoux, en attendant les funérailles, qui doivent avoir lieu au mois daoût.
    Le 7 juillet.


    Suifu

    Dans sa dernière tournée apostolique à travers la Lolotie, le P. Biron a fait une magnifique trouvaille. Il a découvert un lis, un beau lis blanc et odoriférant, un des rares quait produit le sol de la Lolotie ... une vierge. Et cest chez elle quil fut hébergé. Elle a cinquante ans et plus. Elle se nomme Diégou. Son père était un des plus puissants chefs de sa tribu. Elle vit maintenant dans une maison retirée avec, pour compagnes, huit femmes ou fillettes, ses esclaves.

    Mais, pour rester vierge et ne pas se marier, il a fallu à Diégou un cran peu ordinaire. Car, comme elle était riche, grande et belle, les prétendants se présentèrent nombreux à la maison paternelle. Et puis, il y a la coutume, Sa Majesté la coutume qui veut que toute femme ait son mari. Aussi ses parents mirent-ils tout en uvre pour la contraindre à suivre le fiancé quils lui avaient choisi ; ils la frappèrent, lenchaînèrent, la privèrent de nourriture plusieurs jours de suite. Mais rien neut raison de sa résolution.

    Actuellement, elle est universellement connue et respectée de tous ses compatriotes. Aussi bien, si elle venait à se convertir, ce serait de bon augure pour la pénétration du catholicisme dans ce coin déshérité de la Vigne du Seigneur. Cest donc avec toute son âme dapôtre, que le P. Biron recommande aux prières des lecteurs du Bulletin, la conversion de la bonne et héroïque Diégou, de la tribu des Ché peu Nia la kia.

    Voulez-Vous vous enrichir rapidement ? Hâtez-vous de venir à Suifu avec des charges de cosses de sésame. Depuis une quinzaine de jours, en effet, les cosses de sésame se paient au poids de lor. On se les dispute littéralement. Pour sen procurer, le pauvre vend jusquà sa chemise. Doù vient quelle soient devenues tout à coup si précieuses ? En voici la raison. Daprès une révélation quaurait eue certain bonze, une terrible épidémie va, à bref délai, dépeupler le Se tchouan ; et, seules, en seront épargnées les personnes qui auront bu de leau dans laquelle auront été macérées des cosses de sésame.

    Depuis plus dun mois, on se bat dans la partie Est du Vicariat de Chungking. Et, à en juger par les mouvements de troupes qui ont lieu dans toute la province, la guerre menace de devenir générale. Que Dieu, dans sa bonté, fasse quelle soit évitée ! Car elle serait désastreuse pour nos établissements et nos uvres.
    Le 1er juillet.


    Ningyuanfu

    Le jour de la Pentecôte, Monseigneur administra la Confirmation à 110 fidèles, et célébra ensuite la messe pontificale à la paroisse.

    Depuis une quinzaine de jours, létat de santé de nos petits séminaristes laisse beaucoup à désirer. Tous ont été atteints par la fièvre ; onze dentre eux ont même dû entrer à lhôpital.

    Les Religieuses continuent leurs visites de malades à domicile. Elles sont allées dabord à Litcheou et les environs, où elles ont eu la consolation de faire 246 baptêmes. Quelques jours plus tard, elles partaient dans la direction de Kaotsao-Pa, Hosi, Pentou-Kan, Houang-lien-Po ; résultat : 282 baptêmes.

    A Houili, le mandarin Jaô, originaire de Tachoupou, connu depuis longtemps comme ennemi de la Sainte Eglise, a pris prétexte de quelques petits incidents survenus à lécole de Lou-ouan pour créer des affaires. Le maître décole et trois chrétiens, quil fit accuser, furent enfermés au prétoire. Le jugement se fit avec grand apparat. Le mandarin en profita pour nous insulter et essaya, mais en vain, par ses insinuations de faire apostasier les inculpés. Le maître décole fut puni de prison et les trois autres furent frappés, puis incarcérés avec une amende de $ 180 pour payer les frais du procès. Grâce à lintervention de notre ami Leao-Sin-Fang, chef de la garde nationale, ils furent libérés sous caution, et on ne parla plus dindemnité. Sur ces entrefaites, ce mandarin a été changé et la paix semble être revenue.

    Pendant son séjour à Oui-tch-ên, le P. Boiteux a été atteint de la dysenterie et en est reparti incomplètement guéri. Une lettre de Tchangpentse nous apprend quil est bien remis de sa maladie.

    A Foulin, grande sécheresse. Lannée dernière, la principale récolte a été presque nulle. Cette année, la récolte du printemps a été brûlée et la sécheresse empêche de planter le riz, dont le prix dachat actuel est exorbitant pour notre pays.

    La route de Ningyuanfou à Chengtou est toujours peu sûre. Un courrier, envoyé par la Mission, vient dêtre complètement dévalisé à Ta-siang-lin.
    Le 5 juin.


    Yunnanfu

    Nous avons fait notre retraite du 4 au 9 juin. Monseigneur, malgré sa fatigue, non seulement a tenu à la présider, mais a fait effort pour nous édifier et guider nos méditations par des instructions pleines de sentiment et de doctrine. Aussi tous les confrères furent-ils très satisfaits. De plus, la joie de nous retrouver ainsi 18 confrères réunis, la douceur de nos épanchements, nous ont fait apprécier une fois de plus lEcce quam bonum et quam jucundum habitare fratres in unum.

    Pour clôturer dignement cette retraite vraiment délicieuse, nous eûmes lheureuse surprise dune procession du T. St Sacrement le dimanche de la Fête-Dieu. Innovation vraiment heureuse, qui promet les plus consolants résultats. Nos bonnes Religieuses de St-Paul et le noviciat de nos Vierges chinoises avaient, durant des semaines, rivalisé de zèle pour mettre au point tout ce que requiert une telle solennité. Les dames de la colonie européenne se firent un honneur de participer à la dépense et à la fourniture des satins et galons ; en sorte que, le jour de la fête, tout était prêt : dais, bannières, reposoirs. Le tout était dun goût parfait. La procession se déroula dans les jardins et les cours de lévêché ; deux reposoirs, lun élevé par les Surs de la communauté de Kao-ti-hang, et lautre par le noviciat de Nieou-ko-po, rivalisaient de splendeur et attestaient que les curs sy étaient donnés tout entiers. Et que dire de la foule ?... Toute la chrétienté naturellement était là ; mais les païens étaient accourus non moins nombreux.

    Le recueillement et le calme, qui ne cessèrent de régner parmi cette multitude, prouvaient assez quelle était heureusement impressionnée. Le succès de cette journée a été tel, que nous nous sommes demandé si, à lavenir, la procession ne pourrait pas sortir des limites de la propriété... Certaines réflexions entendues nous portent à le croire. Les païens et, assure-t-on, les autorités elles-mêmes nont pas caché leur espoir quune autre fois semblable manifestation se déroulera dans les rues de la ville. Vivons despoir !... A lan prochain ! Certainement nous tâcherons de faire mieux encore !

    Laménagement de notre Probatorium est terminé. Les fêtes douverture auront lieu le 9 juillet. Monseigneur déléguera le P. Guyomard pour le représenter.

    Lécole des catéchistes accueillera ses premiers élèves dans quelques jours. Le P. Destaillats est adjoint au P. Savin et soccupera spécialement de la direction spirituelle.

    Nous aurions pu croire quune période dordre et de tranquillité allait enfin souvrir pour le plus grand bien de tous ; nous nen sommes pas encore là. Cependant nous voulons espérer que les exploits des bandes mobiles, qui opèrent à quelques dizaines de lis de Yunnanfu, ne se multiplieront pas trop. Le Gouvernement a décidé lextermination de tous les pirates. Des banquets sont offerts aux soldats qui vont partir pour ces opérations de police.

    Le corps doccupation de la région de Loulan est toujours une grosse source dennuis pour le P. Deschamps. Les pillages sont fréquents ; cette fois-ci le Père en signale six !
    Le 1er juillet.


    Kouiyang

    Le 15 juin, fête du S. Cur, deux Religieuses du couvent de N. D. des Anges ont prononcé leurs vux perpétuels, et 14 vierges du couvent du S. C. leurs vux temporaires. S. G. Mgr Seguin présidait la cérémonie. La décoration de lautel, sous lhabile direction de St St Joseph, était fort bien réussie. Les chants furent exécutés par un chur, dont les voix, assouplies par un long exercice, navaient plus rien de ces voix criardes qui nous écorchaient autrefois les oreilles.

    En la fête de la Pentecôte, à Tongjen, le P. Darris a baptisé 12 catéchumènes, prémices dune nouvelle chrétienté qui, nous le souhaitons, ira sans cesse grandissant.

    Vers la fin de mai, M. Tcheou, notre Gouverneur, sest rendu à Tongtse son pays natal. Il allait voir sa famille et remplir ses devoirs aux tombeaux de ses ancêtres. A son retour, le 31 mai, toute la ville de Kouiyang se porta à sa rencontre. Ce jour-là fut aussi loccasion du premier accident dauto dont on ait ouï parler. Trois grands personnages, dont M. Fan-Chao-Tou, chrétien de Tongtse, étaient montés en side-car à la rencontre du Gouverneur. Ils connaissaient peu ce nouveau genre de locomotion. En route, lun deux, sans doute pour faire montre de son habileté, voulut prendre le volant. Ce ne fut pas long ; lauto mal conduite alla se jeter brusquement sur un tas de cailloux. Elle fut brisée et les voyageurs furent projetés sur les pierres. Lun avait le crâne ouvert, lautre les côtes enfoncées, le troisième, Fan-Chao-Tou, la tête en sang, mais rien de cassé ; il sera vite guéri. Tout de même, disait-il quelques jours après, nous navons pas eu de chance !... Si nous avions culbuté quelques mètres plus tôt, nous serions tombés dans de la bonne terre meuble ; quelques mètres plus loin, nous aurions plongé dans une rivière. Désormais conclut-il, je voyagerai en palanquin, cest moins dangereux !

    Après le retour du Gouverneur, il y eut trois jours de fêtes pour commémorer le deuxième anniversaire de larrivée de M. Tcheou à Kouiyang. Ces trois jours il y eut retraite aux flambeaux. Le premier jour les soldats défilèrent au son de la musique. Le deuxième jour, ce fut le tour des étudiants ; ils ne manquèrent pas cette occasion pour manifester contre les Japonais. Le troisième soir, on vit défiler les représentants de plus de 70 corps de métiers. Ce fut le clou de la fête. Chaque corporation portait un pavillon confectionné avec la matière propre à son métier. Le plus original fut celui des employés de restaurants, dont la petite tour était montée avec des bols et assiettes en porcelaine. Le défilé dura près de deux heures.
    Le 15 juin.


    Swatow

    Le 27 juin dernier une fête de famille réunissait à Tchaotchéou les Missionnaires de Swatow. Il sagissait de fêter les 25 ans de sacerdoce du P. Favre, titulaire du poste depuis le départ du P. Le Corre pour Nazareth, et, pour ce faire, dix Missionnaires étaient accourus avec leur Evêque redire au jubilaire leur affection et lui témoigner par leur présence la part quils prenaient à sa joie. Dautres, hélas ! ne purent se trouver au rendez-vous, retenus lun par la maladie, lautre par des difficultés insurmontables ; mais tous étaient avec nous de cur.

    La fête revêtit, malgré les temps difficiles, une grande solennité et fut de tous points réussie. La messe, chantée par le jubilaire en actions de grâces à la divine Providence pour ces 25 années de fécond apostolat, fut parfaite. Les cérémonies, exécutées avec une gravité et un ensemble parfaits, ne donnèrent prise à aucune critique. Et que dire des chants ? Le chur des artistes, nos jeunes daprès-guerre, secondé par le talent hors ligne de la Sur organiste, ancienne élève de Conservatoire, exécuta une messe en musique avec une rare perfection et se surpassa encore au salut du T. S. Sacrement.

    Mais serait-ce un jugement téméraire que de croire que, plus encore que les plus beaux chants et les plus belles cérémonies, lassistance vraiment exceptionnelle, qui se pressait dans la belle et vaste église de Notre-Dame Auxiliatrice, fut sensible au cur tout apostolique de notre confrère ? Il est permis den douter, car une bonne partie de cette assemblée fidèle était venue de fort loin, du Pounen, le district que le Père avait administré pendant près de 24 ans. Pour témoigner au jubilaire leur affection et leur reconnaissance, ses anciennes ouailles navaient pas craint les fatigues dun voyage de plusieurs jours par les plus grandes chaleurs et dautres difficultés sérieuses provenant de linsécurité des routes.

    De leur côté, les paroissiens de Tchaotchéoufou avaient tenu à montrer à leur nouveau pasteur leur reconnaissance pour le grand sacrifice quil avait fait pour se donner à eux, et laffection quil avait déjà su gagner pendant le court séjour au milieu deux.

    Les payens eux-mêmes tinrent à honneur de témoigner au Père leur estime et leur respect. Pendant plus de 3 heures ce fut un défilé ininterrompu des principales notabilités de la ville. Les autorités civiles et militaires avaient envoyé des représentants, et une centaine de notables étaient venus eux-mêmes pour féliciter lheureux jubilaire. Et je ne parle pas des innombrables cadeaux qui sentassaient littéralement à la résidence. Notre confrère se prêtait de la meilleure grâce du monde à tous ces témoignages destime et, tout en écoutant dune oreille distraite les avalanches de compliments et de congratulations, formait déjà des plans pour tirer le meilleur parti possible de cette manifestation duniverselle sympathie, pour développer encore davantage les uvres dapostolat dans cette grande ville payenne.

    Lheure cependant savance ; des agapes fraternelles, au cours desquelles régna la plus franche gaieté, nous réunissaient tous au grand complet. Vint le moment des toasts ; ce fut le moment le plus pénible de la journée pour le pauvre P. Favre, qui aime beaucoup mieux entendre parler de ses défauts que de voir publier ses mérites. En quelques mots bien sentis Mgr Rayssac retraça la carrière apostolique de celui que nous fêtions et nous dit sa vie toute de dévouement et de zèle qui ne craint pas la peine. Après lui, chacun des confrères présents tint à dire son petit mot. Ici je marrête et tairai ce que chacun disait de flatteur à ladresse du héros du jour, de peur dexposer à une trop grande tentation la modestie de lhumble jubilaire.

    Il nest pas jusquà notre tout jeune benjamin qui ne voulût mêler sa voix à ce concert unanime. Fut-il intimidé ? la mémoire lui fit-elle soudain défaut ? Toujours est-il quil sarrêta court après un beau départ. Il parait quil aurait voulu ajouter encore bien des choses élogieuses pour le jubilaire ; il ne put quexprimer le souhait, agréé de tous, de nous voir de nouveau tous réunis, et bien dautres avec nous, pour les Noces dor. Ainsi soit-il !

    Le P. Werner est parti pour France, en congé régulier ; il est le premier de la Mission à profiter de la disposition de lart. 194 du Règlement de la Société. Nos vux dun heureux séjour au beau pays de lAlsace laccompagnent.
    Le 10 juillet.


    Pakhoi

    Huit missionnaires de Pakhoi ont pu se réunir à Nazareth pour une retraite de cinq jours pleins. Cette retraite eût été une joie et une fête de famille, si Monseigneur Deswazières avait pu y prendre part et la présider. Malheureusement, en débarquant le 11 juin au matin, nous apprenions que notre cher évêque navait pu nous attendre et voguait depuis six jours déjà vers les côtes de la douce France. Puisse la patrie lui être bien mieux que douce et aider au prompt rétablissement dune santé trop ébranlée ! Nos curs sont maintenant tournés vers Tourcoing, Paris, Rome, tous lieux où nous pouvons supposer sa présence : nos curs et, naturellement, nos prières et nos vux.

    Le Père Rossillon, à Béthanie pour se reposer dune fatigue générale, y a eu une surprise désagréable. Le Docteur lui a découvert un mal auquel nous ne songions pas et qui, non soigné, eût pu lui jouer un mauvais tour. Du sucre ; trop de sucre ; une fabrique de sucre : en un mot, notre cher confrère a le diabète. Au régime, Monsieur ; et tâchez de vite et bien réformer cela ! Vous savez sil y a du travail ici et quel vide ferait la disparition dun travailleur !

    Le petit séminaire de Pakhoi est entré en vacances le 9 juillet. La rentrée aura lieu pour la Nativité de la Ste Vierge et nous espérons envoyer dans cinq mois nos deux aînés au Collège général de Pinang. Ce seront les premiers envoyés directement par Pakhoi : Humo data semina.
    Le 10 juillet.


    Nanning

    La Révérende Mère Marie du Sacré-Cur, Supérieure Générale des Surs Missionnaires de Notre-Dame des Anges, vient de passer une dizaine de jours à Nanning. Durant ce court séjour, elle a pu se rendre compte du bien déjà fait par ses chères filles, et des services encore plus grands que sa jeune congrégation est appelée à rendre pour la formation de nos Religieuses indigènes. Son voyage à Nanning naura pas été inutile pour le choix des moyens les plus aptes à lobtention du but quelle poursuit : former des vraies Religieuses, qui formeront ensuite de véritables femmes et mères chrétiennes.

    A Nanning la démolition des remparts se poursuit. De plus, on est en train de transformer en boulevard une des principales rues de la cité, Cela ne va pas sans faire maugréer les propriétaires, qui sont obligés de rogner de plusieurs pieds leurs devantures de boutiques ou dhabitations. Si encore on les indemnisait, mais on se contente de les persuader (?) quils font uvre dutilité publique en sexécutant !!

    *
    * *

    Cinquantenaire de la fondation de la chrétienté de Kouishien et vingt-cinquième anniversaire de la prêtrise du Père Albouy.

    Le Père Labully nous écrit de Kouishien à la date du 22 juin : Notre petite fête est finie. Le cinquantenaire de la fondation du district de Kouishien et les noces dargent du Père Albouy ont été célébrés par tous les missionnaires de la région et par les délégués de tous les villages qui composent le district. Il ne manquait que celui qui avait le plus travaillé à la moisson, que dautres ont recueillie.

    Dès le mardi soir, 20 courant, nous étions au complet et la joie était sur tous les visages. Le jeudi 21, au signal donné par la grosse cloche de la tour, tous les chrétiens se rendaient à la chapelle pour entendre la messe dactions de grâces célébrée par le plus ancien des prêtres chinois, fils de confesseur de la foi dans la persécution de 1885. Tous les chrétiens tinrent à y communier. Après la messe, le Père Héraud fit le sermon de circonstance. Il retraça en termes émus les difficultés des commencements de lévangélisation, la fermeté des chrétiens devant la haine et les mauvais traitements des païens, la persévérance et la ténacité des missionnaires qui restèrent et continuèrent à semer le bon grain de la parole de Dieu dans une terre bouleversée par la persécution. Il exhorta, dans sa seconde partie, les chrétiens de Kouishien à se montrer dignes de leurs aînés, qui résistèrent à la tempête, et à méditer sur lamour de Dieu qui veut leur salut et sur la charité désintéressée des missionnaires qui sont venus les instruire et les guider jusquà la porte du ciel.

    Le sermon achevé, le vénéré jubilaire, le Père Albouy, monta à lautel pour ses 25 ans de sacerdoce.

    A 10 heures tous les chrétiens vinrent offrir à tous les Pères réunis leurs félicitations et leurs vux, lus par le plus ancien des orphelins recueillis par Mgr Lavest. Il leur fut répondu que les chefs, envoyés par le Saint-Père, avaient fait leur devoir et que les chrétiens devaient remplir le leur en mettant, à propager la Religion, leur influence, leur savoir, leurs richesses et leurs exemples. Tout le monde reçoit les bienfaits de lEglise, tout le monde peut et doit lui rendre et sacrifier un peu de son avoir pour la faire connaître et lui témoigner sa reconnaissance. Des milliers de pétards crépitèrent alors pour souligner les vivats des chrétiens demandant la prospérité de la Mission et de lEglise et la paix pour tout le monde.

    Une bénédiction solennelle du T. S. Sacrement couronna cette sainte journée. Il est à espérer que le souvenir de cette fête restera gravé dans les curs et contribuera à faire augmenter la dévotion parmi les fidèles, ainsi quà entretenir lespérance chez les ouvriers apostoliques.
    Le 27 juin.


    Hunghoa

    Le 21 juin dernier ramenait, pour les Pères Chabert et Massard, le 25e anniversaire de leur ordination sacerdotale.

    Leurs contemporains de Bel-Air et de Paris se rappellent sans doute avec quelle ardeur ils travaillèrent tous deux à lembellissement de loratoire de N.-D. des Aspirants, dans les bois de Meudon, et avec quelle force herculéenne ils aidèrent à disposer, autour de la Bonne Mère, dolmens et menhirs.

    25 ans ont passé, et, grâces à Dieu, nos deux confrères jouissent toujours dune bonne santé. Ils ont fait également bon labeur, lun et lautre : le Père Chabert, au Petit-Séminaire, et dans le district de Vĩnh-Lộc, quil dirige depuis une quinzaine dannées ; le Père Massard, dans la ville de Sơn-Tây et la paroisse de Bách-Lộc, où Mgr Ramond lenvoyait provisoirement en 1905.

    Les paroisses étant dans la même province, naturellement les rencontres sont aisées ; cest chez le Père Massard quelles ont lieu. Son hospitalière demeure, lHôtel du Sud, où laccueil est toujours aussi exquis quà lHôtel du Nord de Yên-Bái savez-vous ?, provoque des réunions mensuelles, où se retrouvent également les Pères Hue, Provicaire, et Pierchon, de la même région.

    Lanimation bat son plein, surtout quand nos quatre confrères, le Petit Conseil de la Mission, discutent les grands problèmes... Leurs décisions, ils en sont toujours certains, seront rapidement propagées, considérablement augmentées, par lAgence Cha-Mas, quils ont créée : cette filiale de lHavas nous donne des nouvelles aussi variées que sensationnelles, et il faut convenir quen grattant bien, on peut y trouver un certain fond de vérité.

    Parlons sérieusement. Les chrétiens de Vĩnh-Lộc et de Sơn-Tây tinrent à fêter solennellement et pieusement les 25 ans de nos deux jubilaires. Tous voulurent leur témoigner leur reconnaissance. En effet, que de bienfaits répandus dans la région par ces deux bons Missionnaires, conversions nombreuses, démarches incessantes en faveur des catéchumènes et néophytes, construction et embellissement déglises et de nombreuses chapelles, le tout rehaussé dune persévérance étonnante et dune douceur évangélique !

    Le 19 juin, à Sơn -Tây, et le 21, à Vĩnh-Lộc, il y eut grandmesse et salut dactions de grâces ; de nombreux missionnaires et prêtres indigènes y étaient présents. Le Père Hue, Provicaire, parla éloquemment, à Sơn-Tây, de la dignité du Sacerdoce et sut rappeler à nos chrétiens le devoir quils ont de respecter leurs pasteurs et de correspondre filialement à leurs enseignements. A Vĩnh-Lộc, lorateur de la fête fut un de nos prêtres annamites de la paroisse.

    Dans les deux endroits, il y eut une petite fête de famille ; les Pères Hue et Méchet (celui-ci curé de Sơn-Tây en 1883, en pleine piraterie) résumèrent, avec délicatesse et émotion, les sentiments de tous. Mgr Ramond les avait devancés, du reste, par lenvoi dun télégramme, apportant aux Pères Chabert et Massard ses vux les meilleurs et sa bénédiction épiscopale.

    De telles réunions fraternelles ne peuvent que resserrer les liens damitié entre prêtres, et provoquer les sentiments de reconnaissance de nos fidèles.

    Le 5 juillet arrivait à Hưng-Hoá le Révd Père Robert, 1er Assistant. Les confrères, venus pour la fête de Monseigneur, étaient malheureusement tous partis depuis la veille. Nous eûmes lhonneur de le posséder durant trois jours, et de jouir de ses conversations si intéressantes, relatant ses nombreux voyages de-ci de-là.

    Certainement, il gardera le souvenir cuisant des moustiques, qui, durant son séjour ici, nous laissèrent en paix; nous, vieux broussailleux, pour harceler, jour et nuit, notre distingué gentleman.

    Le 9, au matin, le Père Robert regagnait Hanoi. Le Père Mazé laccompagna jusquà la Rivière-Noire, à 6 km,, et les nouveaux chrétiens de lendroit le saluèrent joyeusement du nom de Grand Evêque; inévitable pétarade en son honneur ! Pour le passage du fleuve, ils mirent à sa disposition une petite barque, en bambou tressé, toute neuve, seul paquebot select du port.

    Dire que le cher Père Robert nhésita pas à se confier à un si frêle esquif serait légèrement exagéra. Heureusement, le Père Mazé, lauréat dune Société de Sauvetage, le tranquillisa, et, malgré les hautes eaux et le courant rapide, la première appréhension disparut, et tout alla pour le mieux.

    A son débarquement, près de lauto-car qui assure le service, quel fut, pensez-vous, lobjet de la curiosité des autochtones ? La taille imposante du Père Robert ? labsence de barbe ? sa valise plate, couleur fauve ? les multiples boutons de sa soutane française ? Eh bien ! non, même pas cela ! Les commères du marché ne virent que sa ceinture : Quelle belle ceinture ! las-tu vue ? et, toutes, de discuter quel pouvait en être le prix. Elles furent davis quelle valait certainement, au plus bas prix, $ 10, au taux du jour 128 francs 50 ; et nous, qui ne lavions pas remarquée ! Il faut dire quici, pour le beau sexe, lornement le plus recherché est la ceinture.
    Le 10 juillet.


    Quinhon

    Sur six provinces, que compte la partie annamite de notre Mission, une est depuis un mois entièrement dirigée par des prêtres annamites. Cest la première fois que le fait se présente, mais... ce ne sera pas la dernière, vu le petit nombre de nouveaux missionnaires qui nous arrive de Paris.

    Notons que 2 des prêtres annamites sur les 7 qui restent dans cette province ont, lun, 18 ans, et lautre, 24 ans de séjour. Il est vrai que le dernier missionnaire qui vient de la quitter, le P. Porcher, y a séjourné durant 27 années. Le P. Porcher a pris la direction du district de Hội-đức au Nord de la province de Binh-dinh.
    Le 5 juillet.


    Hué

    Les élèves de nos chers Frères de lEcole Pellerin ont obtenu de beaux succès aux examens du Diplôme de fin détudes (Certificat détudes primaires supérieures) : 14 candidats sur 24 ont été reçus. Cest lEcole Pellerin qui a eu la plus forte. proportion de diplômés. Les élèves de cet établissement ont été moins favorisés pour le certificat détudes primaires franco-indigènes : sur 45 candidats présentés, 16 seulement ont été définitivement admis.

    Nos deux nouvelles communautés religieuses des Petits Frères du Sacré-Cur et des Filles de Marie Immaculée ont présenté chacune sept de leurs membres à ce dernier examen : la première a recueilli deux diplômes et la deuxième trois ; résultat, somme toute satisfaisant et encourageant pour ces deux communautés qui, pour la première fois, tentaient la fortune dans des épreuves assez compliquées et difficiles.

    Le 15 juin, en la fête du Sacré-Cur de Jésus, une Française, de la paroisse de Hué, a pris lhabit de sainte Thérèse et a commencé son noviciat au Carmel de Phú-Xuân. La nouvelle novice (Sur Thérèse de Jésus, dans le monde Melle Pache) avait été professeur dans différentes écoles publiques de lIndochine, et, en dernier lieu, au collège des Filles de Đồng-Khánh, à Hué. Plusieurs de ses anciens et anciennes collègues, un grand nombre de Français et Françaises vinrent assister à cette cérémonie, qui fut très solennelle. Le prédicateur, le Père Dalaine, qui avait connu Melle Pache à Vinh, fit ressortir lutilité et la nécessité des Ordres contemplatifs. Lauditoire français parut sintéresser vivement à la démonstration tout à la fois simple et nette de lorateur, et les réflexions entendues après la cérémonie sont une preuve évidente que de nombreux auditeurs avaient été touchés et convaincus. A cette fête assistaient plusieurs Pères de la Mission de Hué, les Pères Poncet, Provicaire, et Réminiac, supérieur du petit séminaire de la Mission de Phát-Diệm, et le Père Lalanne, de la Mission de Qui-Nhơn.

    Nos prêtres indigènes sont en retraite à An-Ninh depuis le 4 juillet. Le Père Denis (Frère Benoît, prieur du monastère de N.-D.. dAnnam) est le prédicateur de cette retraite et le Père Chabanon, Provicaire, en est le conférencier. A son grand regret, Monseigneur, obligé de suivre un traitement quotidien pour ses yeux fatigués,. na pu se rendre au milieu de son clergé indigène.

    Le monastère de Phước-Sơn sest enrichi dune nouvelle unité en la personne du Père Letourmy, de la Mission de Yun-Nan-Fu, qui a déjà revêtu lhabit monastique. Un prêtre indigène de la Mission de Vinh, deux de la Mission de Phát-Diệm sont venus y faire une retraite. Le Père Rey, de cette dernière Mission, sy repose en ce moment des fatigues dune année scolaire passée avec ses futurs catéchistes du Laos tonkinois.
    Le 9 juillet.


    Phnompenh

    Le 24 juin dernier, Mgr Herrgott donnait à la chrétienté de Sa-dec les prémices de ses visites pastorales. Reçue la veille au soir avec une solennité, un savoir-faire et une cordialité quon ne surpasserait pas ailleurs, Sa Grandeur bénit, avant la messe paroissiale du dimanche, une belle statue de Sainte Jeanne dArc qui, avec Sainte Thérèse de Lisieux et la Bienheureuse Bernadette déjà intronisées au cours de lannée, fera un trio de Saintes Françaises dans léglise de Sadec.

    Mais le clou de la fête fut, dans la soirée, la bénédiction par Monseigneur de Samosate dune nouvelle cloche, Thérèse Charlotte, sortie des ateliers Paccard à Annecy, pesant 1570 kilos et donnant la note Ré, et fruit de nombreuses cotisations recueillies par le P. Lozey, dans lesquelles largent des païens entre pour une certaine part. Le clocher qui la reçue, lui-même assez original avec sa forte charpente et ses deux toitures, était pavoisé de nombreux drapeaux ; un escalier fleuri permettait daccéder facilement à la cloche pour laccomplissement des rites liturgiques.

    Le P. Bousseau, supérieur du grand Séminaire de Phnompenh, le P. Chouffot, supérieur du Séminaire de Culaogien, le P. Lozey, le P. Phi, professeur, et quelques autres Pères Annamites, assistaient Sa Grandeur.

    Le chef de la Province, Monsieur Bartoli, accompagné de Madame qui était marraine, avait bien voulu rehausser de sa présence cette belle cérémonies ; il était entouré dune foule nombreuse et de la plupart des notabilités françaises et annamites du chef-lieu. A tous le P. Lozey, lheureux curé, tint à dire un cordial merci, en exprimant le désir que les belles leçons de la cloche, si bien interprétées par Sa Grandeur dans une allocution en français et une autre en annamite, restent gravées dans tous les esprits ; et le vu que sa voix de bronze, au timbre puissant, soit un trait dunion prêchant à tous la concorde, la paix, la fraternité. En résumé, magnifique cérémonie dont on parlera longtemps dans ce coin de Cochinchine.

    Quand Mgr Herrgott, le lendemain, quitta la chrétienté, il laissait à tous le souvenir dune belle fête que sa présence avait faite solennelle, et aussi le souvenir dune grande bonté, affable, condescendante, qui voulait bien se dire heureuse de la joie que lui avaient procurée ses enfants de Sadec. Alors ceux-ci, très touchés, forment le vu que toutes les visites pastorales, que Sa Grandeur fera dans la Mission, lui apportent, à leur tour, dans leur variété, autant de satisfaction que sa première visite à Sadec.

    Mgr Bouchut, un peu fatigué, est allé à la clinique Angier à Saigon, où il a passé quelques semaines. Actuellement son état sest amélioré et Sa Grandeur est à Culaogien.

    Le P. Robert, retour du Laos et du Siam, sest arrêté à Phnompenh ; il a été enchanté du bel état des routes au Cambodge et de la régularité des services automobiles.

    Le P. Ackermann, professeur au Séminaire de Culaogien, vient aussi dentrer à la clinique Angier : ses jambes lui refusent tout service. Les mauvaises langues disent que vraiment il marchait trop vite, personne ne pouvait le suivre sans sessouffler ; désormais il pourra donner à ses élèves lexemple de la gravité recommandée par Tronson.
    Le 7 juillet.


    Bangkok.

    Le Révérend Père Robert, premier Assistant, accompagné du Révérend Père A. Excoffon de Savannakhet, sont arrivés à Bangkok le 13 juin, venant du Laos, via Oubone et Khorat. Bien quils eussent éprouvé, tous deux, les péripéties dun long et très fatigant voyage, nul ne prit le temps de se reposer. Conduits par Mgr Perros, ils visitèrent tous les Etablissements de la Mission, à Bangkok, puis gagnèrent Bangxang où se trouve le Séminaire et toute la Mission Salésienne.

    Dès le vendredi 22, le Révérend Père Robert nous quittait pour Saigon, via Battambang et Phnompenh. Le Père Excoffon a regagné le Laos le lundi 25 juin.

    Les noces dargent du Révérend Père Béchet ont été célébrées à. Pakklongthalat, le 20 juin. Une belle couronne de missionnaires entourait le célébrant et de nombreux chrétiens tinrent à communier à son intention et à prier pour lui. Inutile de signaler que de chaleureux toasts égayèrent le repas, mais émurent profondément le jubilaire, dont la santé peu brillante semble récuser le vu traditionnel : Ad multos annos. Confiance toujours, car Dieu seul connaît lavenir !


    Malacca

    Le 21 juin a été un jour de grande joie pour les missionnaires de Malacca, qui ont été heureux de fêter, ce jour-là, le 25e anniversaire de lordination du P. Fourgs. Deux Evêques et 25 prêtres étaient réunis à Seremban, quil na presque pas quitté depuis son arrivée en Mission.

    Quelques jours après, le Coadjuteur bénissait à Klang le nouveau couvent des Dames de St Maur. Le lendemain avait lieu linauguration du même couvent parle Résident Général des Etats Malais Fédérés, en présence du Sultan, du Résident de Selangor et dune nombreuse assistance. Depuis quatre ans les Religieuses faisaient la classe dans une maison prise en loyer. Les voilà maintenant dans leur beau couvent, à laise pour plusieurs années.

    Notre vénérable doyen, le P. Belliot, laissait depuis quelque temps pousser sur sa tête une bosse dont il a voulu se débarrasser. Le docteur la enlevée ; et, depuis, le Père va très bien, on ne craint aucune complication. Le docteur lui a dit : Vous avez été héroïque ! De fait, le Père a fait preuve de courage, car, étant donné son âge, le docteur navait pas cru pouvoir lendormir, ni même insensibiliser lendroit.
    Le 2 juillet.


    Birmanie Méridionale

    Monseigneur a donné la Confirmation dans la belle paroisse de Kyaiklat, confiée aux bons soins du Père Meyrieux. Peu après cette fête, le pauvre Père a dû faire un nouveau séjour à lhôpital, pour soigner ces éruptions qui reviennent périodiquement. Le voilà donc au régime et au repos pour quelques mois. Il avait bien besoin de ce repos. Cest lappauvrissement du sang, suite du surmenage, qui est cause du douloureux état où il se trouve. Le dernier recensement de sa chrétienté Tamoule accuse 6200 fidèles, tous disséminés. Quelle constitution tiendrait à un pareil travail !

    Le Père Fargeton est de retour au milieu de nous. Son séjour à St Théodore lui a fait beaucoup de bien. Cependant ce nest pas la guérison complète, comme le prouve lenflure des pieds qui se manifeste de nouveau. Mais nous avons bon espoir que toute trace de malaise disparaîtra peu à peu.

    Le P. Fargeton recevra sa décoration des mains du Gouverneur au prochain Durbar.
    Le 5 juillet.


    Birmanie Septentrionale

    Le samedi 2 juin fut pour la Mission et pour lEglise de la Haute-Birmanie encore un beau jour : Mgr Foulquier conférait en léglise cathédrale de Mandalay le sous-diaconat à deux minorés et la tonsure à un troisième candidat. Nos cadres indigènes, à ce jour, sont : 11 prêtres birmans, 2 sous-diacres, 1 tonsuré, 19 grands séminaristes à Penang, et à Maymyo 18 petits séminaristes.

    Deux jours après lordination, nous lisions, avec un bien vif plaisir, sur la liste des honneurs décernés à loccasion du Kings Birhday, le nom du P. Hervy. Notre dévoué provicaire reçoit la médaille dargent du Kaiser-I-Hind pour les services quil rend depuis 37 ans à luvre des écoles. Toutes nos félicitations !
    Le 26 juin.


    Laos

    La dernière partie du voyage de S. E. Mgr Aiuti na pas été heureuse. Cétait la dernière journée de son séjour au Laos, il ny avait plus quune étape à franchir, lorsque une pluie torrentielle tomba toute la nuit du 17 au 18 avril. Heureusement Mgr Aiuti et Mgr Gouin étaient arrivés à Savannakhet. Sils avaient retardé leur départ de Nong-Seng seulement dun jour, ils nauraient pas pu partir. Dans cette nuit la route de Thakhek à Vinh fut détruite par un orage formidable, ainsi que celle de Thakhet à Savannakhet. Mais Savannakhet est une tête de ligne dont tout le parcours est solide et bien empierré jusquà Hué. Lauto eut cependant bien du mal à se mettre en train. Et à peine avait-elle fait 5 kilomètres quil fallut sarrêter et passer deux heures sous la pluie pour réparer le moteur. On fit encore 70 kilomètres, mais, pour ne pas sexposer à passer la nuit sous la pluie et en pleine forêt, nos deux illustres voyageurs jugèrent prudent de sarrêter à Phatane et dy passer la nuit. Le lendemain, le soleil se leva radieux et Nosseigneurs arrivèrent à Hué sans incident.

    Peu de temps après, nous avions lhonneur et le plaisir de recevoir la visite du P. Robert. Le P. Robert venait de Culaogien et ce fut en compagnie de Mgr Gouin quil entra au Laos par le plateau de Lao-Bao, endroit célèbre par le pénitencier annamite où séjourna le Bienheureux Jaccard. Puis, en pente douce, on descend dans la plaine. Alors, pendant 208 kilomètres, cest la route longue, monotone, coupée par de méchants ravins, que surplombent des ponts en ciment armé. Cest la forêt claire, la sempiternelle forêt, sans autre accident de terrain que quelques rizières conquises sur elle. Il faut arriver à Tchepône pour rencontrer une rivière vraiment digne de ce nom.

    Mgr Gouin et le P. Robert arrivèrent à Savannakhet le jeudi 17 mai et furent reçus par le P. Anthelme. Pendant le peu de temps quils y passèrent, pas même 24 heures, ils furent les. invités de Monsieur Détry, Résident Commissaire de la province, de Monsieur Stkel, inspecteur de la milice et de Monsieur Malpuech, ex-résident. Les Annamites leur offrirent aussi une réception dans la maison de Monsieur Duoc, infirmier-major.

    A Savannakhet, on se propose de construire une église : le P. Robert sintéressa beaucoup à ce projet et ses conseils seront fort estimés par larchitecte, lorsquil commencera les travaux. Mais il faut partir ! Le Colombert va nous conduire à Nongseng, puis à Vientiane. Notre Colombert, nous lappelons une chaloupe : pour le P. Robert, cest tout simplement une barque. Nous nous y entassons comme nous pouvons. Il y a 6 places pour les Européens, nous sommes 16 ! ... Les indigènes aussi ont pris la chaloupe dassaut. Tant pis !... on se case quand même !... Sil ny avait pas dautres misères au Laos !...

    Le P. Robert ne peut passer quune quinzaine de jours chez nous ; cest bien peu pour visiter tout le Laos ! . .. il connaîtra le port central, la capitale du Laos, où il désire revoir un ancien condisciple de Paris, le P. Delalex. Il visitera aussi les célèbres mines de Pakhinbun et enfin il sarrêtera un instant à Oubone, avant de prendre le chemin de fer de Sisaket à Khorat pour Bangkok.

    Le 8 mai, à Tharê, il y a eu bénédiction de trois cloches. Depuis la création du poste en 1884, cest la première fois quune cérémonie de ce genre avait lieu. Aussi a-t-elle attiré une foule de spectateurs. Ce 8 mai, Saint-Michel, cest la fête du poste, et chaque année cette fête a un succès sans pareil. Sous la houlette du P. Provicaire, il y a déjà 2000 chrétiens. Mais cette année voici les Pères Marchi, Lacombe, Stocker, Thomine qui arrivent, suivis chacun dun bon nombre de leurs ouailles, de Thungmon, de Xang-Minh, de Champsen, de Don-Thoi et autres lieux. Le P. Bayet, vicaire du P. Combourieu, sest dépensé pour faire face à tout. Sous sa direction, les cérémonies se sont déroulées dune façon impeccable ; il assistait son curé, qui faisait les fonctions de consécrateur. Nos chrétiens ont été heureux de contempler ces pieuses cérémonies. Ce sont ces chrétiens qui, par leurs quêtes et leurs souscriptions, ont pu se procurer ces cloches. Aussi étaient-ils fiers de voir leurs généreux sacrifices convertis ainsi en beau bronze argentin pour la plus grande gloire du bon Dieu !...
    Le 2 juin.


    Pondichéry

    Les lecteurs du Bulletin nignorent pas que la Mission de Pondichéry a cédé aux Pères Salésiens de Dom Bosco le district civil du North-Arcot. La prise de possession se fait partiellement, car les bons Pères nont pas encore à leur disposition le personnel voulu pour occuper tous les postes. Voici lordre de la marche en avant esquissé jusquà ce jour.

    1º Vellore. Le 31 mai 1928, le Père Mederlet arrivait, accompagné de deux Pères indigènes Salésiens et de deux Frères. A cette occasion, tous nos confrères du North-Arcot étaient réunis à Vellore, pour souhaiter une cordiale et fraternelle bienvenue à leurs successeurs. A midi, agapes fraternelles, 15 convives. A la fin du repas le Père Trideau, curé de Vellore, en quelques mots courts et bien sentis, saluait les nouveaux arrivés et leur passait ses pouvoirs. En quelques mots pleins de délicatesse, le Père Mederlet remercia les confrères présents de leur si fraternel accueil.

    A 4 h., à léglise, chant du Libera pour les missionnaires défunts des M.-E., qui ont travaillé à Vellore. Puis, bénédiction du T. S. Sacrement donnée par le P. Trideau, avec deux Pères Salésiens comme diacre et sous-diacre.

    A lissue du salut, sur le péristyle de léglise, les chrétiens, en termes choisis et mesurés, firent leurs adieux au P. Trideau et souhaitèrent la bienvenue à leurs nouveaux pasteurs : Cest par obéissance que vous partez, cest par obéissance que vous venez ! Nous vous promettons, à vous les nouveaux venus, dêtre vos fils obéissants, comme nous lavons été de vos prédécesseurs.

    Avec les Pères sont arrivés également trois Surs de N. D. Auxiliatrice, auxquelles les Surs indigènes de St Louis de Gonzague ont cédé la direction de leur école et de leur orphelinat.

    Donc, Vellore, paroisse et uvres, appartient dores et déjà aux PP. Salésiens.

    2º Arni. Le 5 juin, deux Surs de N. D. Auxiliatrice venaient remplacer les Surs de St Joseph de Cluny au dispensaire de la Mission, à Arni.

    3º Polur. Le 26 juin, ce fut le tour de Polur. Là, un riche Irlandais, planteur dans le Travancore, a bâti à ses frais un hôpital, un dispensaire, un couvent. Ce fut le Père Monchalin, curé de Polur, qui fut larchitecte, lentrepreneur, le surveillant de toutes ces bâtisses. Ce quil en a remué, de briques, de sable, de chaux, et aussi de roupies, ce brave Père, durant le cours de lannée dernière ! Coïncidence providentielle : les bâtiments sont terminés, habitables, où trouver des Religieuses pour luvre nouvelle ? A quelle porte frapper ? A quelle congrégation sadresser ? Partout, de tous côtés, même réponse, hélas ! pas de personnel. Or, à cette époque, pour donner une réponse satisfaisante à cette question angoissante, Rome attribuait le district du North-Arcot aux PP. Salésiens, et ceux-ci avaient en mains les Religieuses voulues et ad hoc pour asseoir luvre naissante sur des bases solides. Cest fait ; sit nomen Domini benedictum !

    Donc, pour nous résumer, Vellore, paroisse et uvres, entre les mains des PP. Salésiens ; Arni et Polur leur ont confié leurs uvres de charité, en attendant larrivée des RR. Pères. Quand viendront-ils ? Dieu seul le sait. La S. Congrégation de la Propagande vient de confier aux PP. Salésiens le diocèse de Krishnagar, dans le Nord de lInde, immense territoire à peine évangélisé, où tout est à faire. La prise de possession de ce nouveau diocèse demande un nombreux personnel. Espérons toutefois que vu la vitalité de la belle Congrégation des Fils de Dom Bosco, ceux-ci pourront donner bientôt abondante, aux nouveaux chrétiens et aux païens du North-Arcot, la nourriture de vie éternelle.
    Le 2 juillet.


    Mysore

    Le P. Ruault, de Kouiyang, est revenu parmi nous depuis près dun mois. Déjà il était venu, il y a quelque 17 ans, se guérir aux Indes dune grave affection de la gorge. Nous aimerions pouvoir dire quil profite de nouveau de notre climat sec et sain. Mais il est arrivé ici avec une typhoïde qui la sérieusement touché, et son état reste toujours fort critique.

    Cétait peu avant larrivée du P. Ruault que notre cher Père Rautureau était lui-même entré à Ste Marthe. Nos confrères ont appris que le Bon Dieu la rappelé à lui le 11 juin. Depuis ces deux ou trois dernières années, il venait de temps à autre à lhôpital pour y trouver le repos complet que sa santé faiblissante demandait. Mais, chaque fois, dès quil se sentait un peu mieux, il se hâtait de reprendre le chemin de son presbytère pour travailler jusquà la dernière minute. Sans doute pensait-il encore pouvoir se remettre cette fois comme les précédentes, mais tous ceux qui lapprochèrent purent constater combien ses facultés faiblissaient. Bien souvent il semblait ne plus reconnaître ses visiteurs. Par ailleurs, sa faiblesse générale allait saccentuant. Il séteignit ainsi doucement, non sans avoir pourvu à tous les intérêts de sa paroisse, et dans une pleine acceptation de la volonté de Dieu.
    Le 25 juin.


    Séminaire de Paris

    Les Echos nont pas, cette fois, de meilleure nouvelle à donner que celle de la convalescence du P. Fouque. Atteint de pneumonie, ce cher confrère nous donna, pendant quelques jours, des craintes sérieuses. Le lundi 21 mai, malgré une amélioration déjà sensib1e, il demanda à recevoir lExtrême-Onction, qui lui fut administrée à 5 h. du soir par Mgr le Supérieur, en présence de plusieurs confrères et de quelques aspirants ses dirigés. Monseigneur, en une allocution émouvante et délicate, loua lesprit de foi dont le malade faisait preuve en cette circonstance et lassura de laffection et des prières de toute la communauté.

    Le cardinal Kakowski, archevêque de Varsovie, venu à Paris pour rendre la visite faite à la Pologne, il y a 4 ans, par les évêques français, a honoré le séminaire de sa visite dans laprès-midi du 22. Mgr le Supérieur était présent, la veille, au dîner de gala offert par lambassade de Pologne en lhonneur de léminent visiteur.

    Une journée missionnaire, organisée à la paroisse St Sulpice par luvre de St Pierre-Apôtre, a été donnée le dimanche 20. Mgr le Supérieur y donnait le sermon des vêpres, et, aux messes de la matinée, MM. Gérard et Nassoy ont fait alternativement des sermons sur luvre.

    Le jour de la Pentecôte, les offices ont été célébrés pontificalement par Mgr le Supérieur. Le lendemain, toute la communauté de Bièvres et une dizaine daspirants de Paris se rendirent en pèlerinage à N.-D. de Bonne-Garde de Longpont. S. E. le cardinal Dubois présidait. Mgr Grente, évêque du Mans, donna le sermon, Mgr lévêque de Séez officia pontificalement. Mgr Rolland-Gosselin représentait lévêque de Versailles. Les chapelains avaient, dès le matin, eu lobligeance denvoyer une voiture prendre Mgr lévêque de Séez et Mgr le Supérieur. Grâce à un temps splendide, la fête a été très brillante.

    Le 24 mai, fête de N.-D. Auxiliatrice, loffice liturgique, en occurrence avec loctave de lAscension, était réduit à une simple mémoire. Nous avons cependant chanté la messe solennelle en exécution du vu de 1871. La procession au jardin, qui devait clôturer la journée, fut malheureusement empêchée par le mauvais temps.

    A la fin de mai avait lieu, rue du Cherche-Midi, lassemblée Générale de luvre de la Ste Enfance. A cette occasion, le séminaire offrit lhospitalité au P. Hall, de Londres, au P. Lefèvre, de Bruxelles, et même pour le déjeuner au P. Tauzin, procureur des Pères Blancs. Mgr Ercolé, représentant lItalie, était descendu au Séminaire St Sulpice, rue du Regard, mais il daigna prendre place à notre table le 30 au soir.

    Plusieurs autres cérémonies ou réunions, telles que Confirmations à donner, obsèques du T. C. Frère Supérieur des Frères des Ecoles chrétiennes, ont réclamé la présence de Mgr le Supérieur ; lun ou lautre de nos confrères accompagna Sa Grandeur.

    Du 3 au 12 juin, à Nancy, a été donnée une semaine missionnaire avec Exposition dans les magnifiques locaux de la salle Poirel. A cette occasion, Mgr le Supérieur a fait deux fois le voyager, donnant le 5 juin le sermon douverture de la semaine à la cathédrale, et le 12 juin la conférence de clôture à la salle Poirel. A cette conférence, une assistance délite était réunie, et plus de 1.500 personnes ont fait à Monseigneur une ovation enthousiaste.

    Cette semaine missionnaire a été un grand succès. Notre stand. à lExposition était surveillé par les PP. Depierre et Nassoy. En outre, des conférences ou allocutions missionnaires ont été données par nos confrères dans plusieurs paroisses de la ville et du diocèse : le P. Depierre à Dombasle, Mgr Gaspais, les PP. Gérard et Nassoy à Lunéville. La famille du P. Lamasse a donné à nos confrères une hospitalité cordiale et a tout fait pour le succès de cette Exposition missionnaire.

    Cest le 5 juin que Mgr Gaspais, revenant de Rome par Lourdes et Montbeton, est arrivé à Paris. Sa Grandeur est très contente des entretiens quelle a eus à la Propagande, soit avec le Cardinal Préfet, soit avec Mgr le Secrétaire.

    Le 1er juin, le Foyer des Etudiants dExtrême-Orient, à Bourg-la-Reine, a reçu la visite de Mgr Ercolé, Directeur du Musée Missionnaire du Latran. Il désirait connaître luvre du Père Mollat. Il y a déjeuné en compagnie de Mgr le Supérieur et a paru très impressionné de ce quil a vu et entendu.

    Le mauvais temps na pas empêché la procession de la Fête-Dieu, mais la solennité en a été contrariée. On a dû renoncer à faire prendre chapes et dalmatiques, et les décorations, que les aspirants préparaient avec amour, ont été endommagées par la pluie. Une nombreuse foule de fidèles a suivi la procession.

    Le dimanche 10 juin, Mgr le Supérieur a conféré le diaconat à M. Beck, aspirant du diocèse de Reims, et la tonsure à un autre.

    Le même jour arrivait de Bruxelles le T. R. P. Rutten, Supérieur général des missionnaires de Scheut. Il venait au-devant de Mgr Van Dick, Vicaire Apostolique de Soui-yuan (Mongolie), qui arrivait de Marseille le soir à 5 heures, avec un missionnaire de sa congrégation. Tous trois ont passé rue du Bac la journée du 11 juin, et y ont reçu la visite de MM. Haardt et Audouin Dubreuil, héros du fameux raid transsaharien en auto-chenilles. Ces Messieurs préparent un nouveau raid en Extrême-Orient et désiraient quelques renseignements sur les pays à traverser.

    Les examens sont commencés à Paris et à Bièvres depuis le 9. Il en est de même à Rome, où M. Dourisboure a passé lexamen de grec biblique et a obtenu la mention bene probatus.

    Notre confrère de Birmanie, le P. Ghier, a reçu il y a trois jours, au Sanatorium de Montbeton, la visite inopinée de deux gendarmes qui lont conduit à Toulouse, où il se trouve en liberté surveillée. Jamais il navait soupçonné que ses papiers militaires nétaient pas en règle. Deux autres de nos confrères de Birmanie avaient déjà eu, ces dernières années, un désagrément analogue. La cause paraît être linexpérience dun Anglais faisant fonction de consul de France à Rangoon pendant la guerre, et qui na pas su prendre les mesures administratives requises par lautorité militaire. Mgr le Supérieur et le P. Bernat ont fait au Ministère des Affaires-Étrangères les démarches nécessaires pour que notre confrère ne soit plus inquiété.

    Ont été admis comme aspirante : nº 10 à 18, MM. Lyet (Lyon), Malo (Coutances), Kirchmer (Grenoble), Negro (Lyon), Beisson (Chambéry), Déquier (St Jean-de-Maurienne), Desruelles (Lille), Alexandre et Brichaut (Namur).


    1928/482-511
    482-511
    Anonyme
    France et Asie
    1928
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