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Chronique des Missions et des Etablissements communs 10

Chronique des Missions et des Etablissements communs. Tôkyô
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs.
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    Tôkyô

    Le 31 août, à 10 heures du matin, Mgr Janvier Hayasaka, évêque nommé de Nagasaki et le premier évêque japonais désigné par le Saint-Siège, quittait la gare de Tôkyô pour aller sembarquer à Kobé sur le Kamo Maru, à destination dEurope. Le nouvel élu doit être, comme on le sait, sacré à Rome le 30 octobre par le Souverain Pontife lui-même. LAssociation de la Jeunesse Catholique de Tôkyô avait, dans le courant du mois daoût, lancé des circulaires, sollicitant les contributions des chrétiens japonais pour offrir à leur compatriote, en témoignage de leur sympathie et de leur légitime fierté, divers cadeaux ainsi quune certaine somme dargent, pour défrayer ses dépenses en dehors de ses frais de voyage. Parmi les cadeaux figurait un tableau de prix qui doit être offert au Saint-Père. Cest un grand Kakemono (tableau quon roule ou quon suspend), dû au pinceau dun artiste catholique, M. Hasegawa, et représentant des scènes de lhistoire du christianisme au Japon, depuis le débarquement de St François-Xavier jusquaux premiers martyres. La collecte sélevait, à la dernière heure, à 5.700 Yen (soit, au cours actuel, environ 68.400 francs). Le nouvel évêque a reçu dautres donations, en particulier un don de 10.000 yen dun de ses compatriotes non chrétiens.

    Daprès une lettre adressée à lAssociation de la J. C. par un séminariste japonais de la Propagande, M. Taguchi, le cardinal Van Rossum a fait part à ce dernier, dans une entrevue, de la joie quéprouvait spécialement le Saint-Père de pouvoir donner la consécration épiscopale au premier évêque japonais. Cette consécration, aurait ajouté Son Eminence, aura lieu, non dans la chapelle Sixtine, comme cela a lieu dordinaire, mais par privilège spécial, dans la Basilique même de Saint-Pierre, le cur de la chrétienté... La canonisation des martyrs japonais, il y a une soixantaine dannées, porte ainsi ses fruits. Et il est à souhaiter que lon voie peu à peu de tels fruits se réaliser également dans les autres diocèses du Japon. Ce sacre du premier évêque japonais sera un sujet de joie non seulement pour le Saint-Père, mais pour Rome et tout lunivers... Quant à la Propagande, elle a une raison particulière de se réjouir, puisque le nouvel évêque est sorti de son Séminaire...

    Nous pouvons ajouter ici que la Société des Missions-Étrangères est heureuse de voir dans le sacre du premier évêque japonais laboutissement partiel de ses efforts pour créer un clergé indigène et constituer des Eglises avec une hiérarchie recrutée dans son sein. Par ailleurs, les Nouvelles Religieuses rappelaient récemment (No du 1er août 1927), daprès le rapport de Mlle Bigard au Congrès de Fribourg, que luvre de Saint-Pierre pour le clergé indigène avait été décidée sous linfluence dune lettre de Mgr Cousin, de la Société des M.-E., qui fut justement le premier évêque de Nagasaki, et qui, dans cette lettre, plaidait éloquemment la cause du clergé japonais.

    Bien quil y ait déjà quatre ans que la région de Tôkyô et de Yokohama a été dévastée par le tremblement de terre et lincendie du 1er septembre 1923, les autorités locales des deux cités ont tenu une fois de plus à ce que fut commémoré le grand et terrible événement. En dehors des services célébrés dans les temples et des processions dans les rues aux sons rythmés des tambourins, a eu lieu à Tôkyô un double service, shintoïste et bouddhiste, sur le fameux terrain de lIntendance où plus de 30.000 réfugiés trouvèrent la mort dans les flammes. Plusieurs ministres dEtat, le préfet et le maire de la capitale assistaient à ces cérémonies, tandis que des milliers de personnes se pressaient dans lenceinte, apportant à leurs morts des fleurs et de lencens. A 11 h. 58, lheure où se déchaîna linoubliable cataclysme, tant à Tôkyô quà Yokohama, les cloches des temples, les sirènes des usines et des navires se firent entendre, et la circulation fut suspendue pendant une minute. Des feuilles distribuées et des affiches invitaient la population à se recueillir dans une méditation silencieuse, et à faire provision dénergie pour préparer un plus bel avenir.

    Les journaux ont noté, à propos de lanniversaire commémoré, le nombre de tremblements de terre ressentis ou insensibles, mais enregistrés aux observatoires depuis 1923, tant à Tôkyô que dans tout le pays.

    En voici le tableau :

    A TÔKYÔ : Dans tout le pays:

    Années. Sensibles. Insensibles. Sensibles. Insensibles..

    1923 1.319 (? Instruments 1.968 2.247
    hors dusage)
    1924 203 929 1.200 2.625

    1925 66 444 1.886 3.411

    1926 60 391 1.272 3.641

    1927 35 53 1.428 2.834
    (jusquau 31 août.)

    Nagasaki

    Le P. Bertrand, missionnaire à Kokura, a eu le rare bonheur de bénir deux chapelles le même jour, le 31 juillet dernier.

    Les Pères Trappistes ont ouvert depuis peu un monastère à Shindenbaru, dans le Kyushu. Ces bons religieux sont à peine installés, et cependant leur bon renom a déjà exercé une certaine influence sur plusieurs chrétiens de Nagasaki. Ces chrétiens, se trouvant trop à létroit dans leurs îles ou sur les côtes, se sont décidés à partir, familles entières, et aller sétablir près du monastère. Comme les religieux, ils défricheront les terrains, mis à très bas prix à leur disposition par lEtat ou la commune.

    On exagère, disons-le en passant, quand on affirme quau Japon toute la terre cultivable est en réalité cultivée. Ce qui est vrai, cest que toutes les bonnes terres, surtout celles où le riz peut être cultivé, sont occupées ou peu sen faut.

    Voilà donc ces familles chrétiennes arrivées là-bas et formant quasi un nouveau village. Mais, comme elles ne pouvaient pas profiter de la chapelle du monastère pour remplir leurs devoirs religieux, on sest trouvé dans la nécessité de leur construire une autre chapelle.

    Ce sont ces deux chapelles que le P. Bertrand a eu le bonheur de bénir le même jour.

    Puis-je ajouter que le Père na pas donné que des bénédictions spirituelles et quil est pour beaucoup dans lérection de ces deux chapelles ?

    Hakodaté

    Mgr Berlioz, sentant ses forces diminuer par suite de son grand âge et dune maladie dont il a de la peine à se remettre, a cru devoir déposer le fardeau de ladministration du diocèse.

    Le Saint-Père a accepté sa démission et a nommé Mgr Berlioz, évêque dOstracine, in part. infid.

    Le siège de Hakodaté étant devenu ainsi vacant, le P. A. Hutt a été élu vicaire capitulaire.

    Taikou

    A lissue des fêtes de lAssomption, célébrées en grande pompe à la cathédrale par des chaleurs assez fortes, le P. Vermorel est venu prendre logement à lévêché pour quelque temps. Rien de grave, mais seulement de la fatigue qui, jointe aux chaleurs excessives des derniers temps, a dérangé lestomac, doù nécessité dun changement de régime et dun repos un peu prolongé.

    La pluie tant désirée est enfin tombée pendant toute une journée dans la région de Taikou, à la grande joie des cultivateurs. Ailleurs on signale des inondations considérables, à Quelpaërt notamment.

    Les statues, commandées pour la chapelle des Surs, viennent darriver, et les travaux sont assez avancés pour quon puisse fixer la consécration de cette chapelle au 30 septembre, 30ème anniversaire de la mort de Ste Thérèse de lEnfant-Jésus, et sa fête pourra sy célébrer le 3 octobre.

    Moukden

    La fête de lAssomption nous a apporté cette année, entre autres joies, celle de voir revenir parmi nous le P. Sage, toujours plein de santé et dentrain.

    Quelques jours plus tard, nous avons eu le plaisir de saluer au passage le P. Montagu, de la mission de Hakodaté, qui, désigné comme représentant du groupe des missions du Japon au conseil central de Paris en remplacement de Mgr Chambon, se rendait en France par la voie du Transsibérien.

    Les moissons de sorgho, qui couvrent les plaines de la Mandchourie et atteignent, à cette époque de lannée, une hauteur de trois mètres et plus, offrent aux malfaiteurs un abri qui leur permet de se livrer sans trop de danger à leur triste besogne. Une bande de vingt brigands se sont abattus la nuit sur la maison dune excellente famille chrétienne, ont tué impitoyablement le père et emmené comme otage un de ses fils, âgé de moins de dix ans.

    En ville, le calme serait beaucoup plus grand, et nos Chinois se préoccuperaient sans doute fort peu de la politique positive des Japonais en Mandchourie et des négociations entamées à ce sujet entre le gouvernement du Mikado et le généralissime, si lopinion nétait travaillée par une propagande aussi active que malsaine. Une bruyante manifestation sest déroulée, il y a quelques jours, dans les rues de Moukden. A lheure prévue, tous les commerçants de la ville reçurent lordre darborer à la devanture de leurs boutiques des oriflammes, qui leur furent distribuées à profusion et qui portaient en gros caractères des inscriptions dans le genre de celles-ci : A bas limpérialisme japonais ! A bas le gouvernement Tanaka ! Mort à Tanaka !... tandis que les étudiants défilaient dans les rues de la ville en hurlant des chants patriotiques composés pour la circonstance.

    Les résidants japonais nont pas paru sen émouvoir outre mesure ; il ny avait là pour eux aucune surprise, puisque les journaux de la concession japonaise avaient prévu et annoncé la chose, donnant pour tout conseil à leurs concitoyens de la ville chinoise celui de rester prudemment chez eux pendant la durée de la manifestation.

    Toutefois, M. Yoshida, consul général, vient de faire savoir à un groupe de résidents quil venait de prendre les déterminations suivantes :

    1. La police japonaise de Moukden va être considérablement renforcée.

    2. Des démarches vont être faites auprès des autorités chinoises pour quune démonstration de ce genre ne se reproduise pas à lavenir.

    3. Si elle se reproduit, les autorités japonaises se verront dans lobligation de considérer la police chinoise comme impuissante, et se mettront en mesure dassurer par eux-mêmes la protection de la vie et des biens de leurs sujets.

    Kirin

    Comme le P. Rouger a demandé à prendre un congé en France, Mgr a appelé au Séminaire le P. Sagard. Le P. Cubizolles, Provicaire, devient Supérieur du Séminaire. Il est aidé, pour le grand Séminaire, par le P. Lacquois, et pour le petit, par les PP. Sagard et André Ting. Le nombre toujours croissant des élèves du petit Séminaire nous a obligés, malgré létat de nos finances, à élever un étage sur les deux ailes principales des anciens bâtiments.

    Le 15 août, fête de lAssomption, S. G. Mgr Gaspais a eu la joie de bénir solennellement la cathédrale de Kirin. Elle a été construite, Dieu sait au prix de quelles peines et de quelles fatigues ! par le P. Cubizolles, daprès les plans du P. Lamasse, de la Mission de Moukden, à la compétence et à la charité duquel on ne fait jamais appel en vain. La nouvelle église est, sans contredit, le plus beau monument de la province de Kirin. Elle est dédiée au S. Cur de Jésus. Commencée sous lépiscopat du vénéré Mgr Lalouyer, qui y dort son dernier sommeil, elle sest enrichie récemment, grâce à la générosité de Mgr et des prêtres du Vicariat, de superbes vitraux et de plusieurs belles statues, qui ont été également bénites le 15 août. Daigne le Sacré-Cur de Jésus faire croître en nombre et en ferveur les fidèles de Kirin et de toute la Mission !

    Chungking

    Cest au moment où nous nous y attendions le moins que Dieu a rappelé à Lui, pour le récompenser de ses longs et si utiles travaux, notre vénérable doyen, le P. Gourdon.

    Se sentant fatigué, il se rendit de lImprimerie à lEvêché dans la soirée du dimanche 24 juillet. Nous pensions quil ne sagissait, encore cette fois, que de lun de ces malaises dont il souffrait tous les ans à lépoque des grandes chaleurs ; il lui suffisait pour le surmonter dun changement dair et de régime durant quelques jours, après quoi il revenait à ses travaux plus vaillant et plus vigoureux que jamais. Cest donc sans la moindre inquiétude que nous le vîmes séloigner. Du reste, juste avant de partir, ne corrigeait-il pas encore les épreuves de son nouveau livre sur le clergé indigène du Setchouan ?

    A lEvêché, quand sonna lheure du repas du soir, il y prit part avec tous. La nuit du 24 au 25 se passa sans incident. Le 25, il célébra à son ordinaire la sainte messe ; vers 9 h. il absorba une tasse de lait ; toutefois il sabstint de se présenter au repas de midi. A 3 h. de laprès-midi, il prit quelques aliments que, sur sa demande, on lui avait servis, mais son estomac ne put les garder. Vers 5 h., ayant constaté une élévation de sa température, il fut décidé quil prendrait de la quinine un peu plus tard et que le lendemain matin, alors que la nuit layant reposé, le trajet en chaise serait le moins fatigant, il se rendrait à lhôpital. Pendant la récréation qui suit le souper, on vit sa lampe sallumer par deux fois, doù chez tout le monde labsence de toute inquiétude. Mais quand le P. Gallice se présenta, vers 8 h. ½, pour faire prendre de la quinine au vénéré patient, il le trouva étendu sur son canapé et sur le point de rendre le dernier soupir ; on eut juste le temps de lui administrer les derniers Sacrements. M. le Dr Viéron, appelé en toute hâte et accouru aussitôt, ne put que constater le décès de notre cher doyen.

    Le mercredi matin, 27 juillet, S. G. Mgr Jantzen célébra un service, prsente corpore, dans léglise du Tsemoutang ; étaient présents vingt prêtres, tous les élèves du grand Séminaire, les Communautés religieuses et une foule nombreuse de chrétiens. Le cercueil fut ensuite transporté à Tsenkiagay, dans cette chapelle de lImprimerie que le défunt avait bâtie et où il célébra tant de fois les saints Mystères. Le lendemain, jeudi, fut chantée par le P. Lamonnerie la messe denterrement, à laquelle assistèrent, outre le clergé présent au service de la veille, M. Eynard, Consul de France, M. le Commandant Robbe, M. le Docteur du Doudart de Lagrée, M. Charrier et tous les fidèles de la paroisse, grossis dun assez grand nombre de chrétiens venus de la ville. Après labsoute donnée par S. G. Mgr Jantzen, eut lieu linhumation à notre cimetière de Tsenkiagay, où dorment leur dernier sommeil la plupart de nos anciens, tous connus de notre octogénaire, qui en a retracé les travaux et en parlait souvent avec un souvenir ému.

    Le P. Gourdon, étant né le 24 novembre 1842, nous a donc quittés dans la 85me année de son âge. Quel vide il laisse ! Nous étions tellement accoutumés à le voir dans toutes nos réunions, toujours aussi gai et alerte une année que lautre, que nous ne pouvons nous faire à lidée quil nous a quittés pour ne plus revenir. Mais son souvenir vivra à jamais présent à nos yeux, car il est doux et réconfortant de penser souvent à sa vie si simple et si bien remplie, que caractérisait une douceur, comparable à celle de St-François de Sales, son patron. et son modèle. Cette simplicité et cette plénitude de vie nous sont le garant quil jouit déjà, nous en avons la ferme conviction, du bonheur du ciel, où, continuant son dévouement à la Mission, il ne cessera dintercéder pour elle et les ouvriers, ses compagnons, quil laisse à la peine.

    Suifu

    La garnison de Suifu était mobilisée dans la nuit du 10 au 11 août, et bataillon par bataillon, elle était dirigée vers Houenkiang, sur la frontière du Yunnan. Bien entendu, on fit bien des suppositions. Etaient-ce les Yunnanais qui, une fois encore, envahissaient le Setchouan ? Etaient-ce, au contraire, les Setchouanais qui, pour la première fois de leur histoire, tentaient la conquête de leur voisin pauvre, le Yunnan ? On ne tarda pas dêtre renseigné.

    Chassé de Yunnansen par les régiments restés fidèles à son ex-prisonnier, le général lolo Lông iûn, le général yunnanais Fou Joyu sest retiré à Laoyatan (caractères chinois) à labri des montagnes du Bas-Yunnan. Si son infanterie sest, plus ou moins, fondue au cours de la retraite, il a su maintenir intacte sa cavalerie de Saint-Georges, comptant une centaine de charges dargent. Et Fou Joyu, en habile général chinois quil est, se connaît dans le maniement de cette arme, qui passe, à juste titre, pour le nerf de la guerre. Suivant les journaux locaux, pour 800.000 piastres dont un acompte, consistant en mille caisses dopium, aurait été déjà payé, il aurait obtenu, pour reconquérir son ancien fief, lappui militaire du général setchouanais Lieou Ouenhoui. Voilà ce qui explique le déploiement de larmée de Suifu sur la frontière yunnanaise.

    Depuis plusieurs mois, une impression de malaise pèse sur toute la province. On sattend à une nouvelle guerre civile ; les généraux des divers partis sy préparent activement en prélevant sur leurs administrés toutes sortes de contributions. A Suifu surtout, on est inquiet ; et cela à cause de quelques incidents insignifiants, desquels la superstition tire de sinistres pressentiments : deux fois, dans lespace dun mois, les soldats de la principale caserne de la ville nont-ils pas été alertés par deux ou trois hallucinés qui, dans leurs rêves, voyaient lennemi arriver ?

    Mgr Renault est de retour du sacre de Mgr Valentin à Tatsienlou ; S. G. est rentrée à Kiating le 25 août. Son voyage, aller et retour, sest, somme toute, effectué dans de très bonnes conditions : seulement quatre ou cinq jours de fièvre due, probablement, à la variation brusque de la température.

    Tatsienlou

    Après avoir rentré la récolte, médiocre cette année, je suis allé feuilleter la chronique avec notre sous-préfet.

    Tsakha. Le Ct La a quitté Yentsing le 21 juin ; il ne laisse que 50 hommes dont 20 nont pas de fusils. Kongka maintient une douzaine de ses partisans pour renforcer la troupe chinoise et percevoir le produit de la gabelle, sur lequel il est autorisé à prélever 6.000 roupies, somme représentant une avance faite aux Chinois. Les riverains de la rive droite du Mékong nont pas encore fait leur soumission, bien que le pont ait été rétabli au-dessus de Gunra. A Laguichu, une bande au service de Songpou a enlevé plusieurs dizaines de mulets, chevaux et ânes, ce qui a fait croire que sous peu Yentsing recevrait une nouvelle visite de ces indésirables.

    Dzongnguen. Le Ct La, en passant dans cette localité, na pu régler le procès des nationalistes. Dzagongnbesset rôde autour de Débou, et ses derniers partisans qui, au cours dune rixe, ont blessé grièvement le paotchen Akhieu, sont toujours à Lhamdun. Le Commandant chinois a repris la route de Batang, laissant une section de soldats et de lartillerie à Sogun.

    Bong. Le Ct Ma et le sous-préfet de Batang viendront sous peu dans cette localité et, avec le concours de Leurs Emanations Laka, Songpou et Kongka, discuteront les questions à lordre du jour : impôt et autres.

    Batang. Le courrier signale larrivée dun prétendant au trône. Ce jeune homme est un bâtard de lancien déba, né de lunion de ce dernier avec lune de ses cousines, qui fut ensuite donnée en mariage au chef de Gadié (Kai iul).

    Les familles Mac Leod et Duncan ont quitté Batang dans les derniers jours de juin, pour rentrer en Amérique par la Birmanie.

    Un daim sest égaré dans Batang, ce qui, pour nos prophètes, est de mauvais augure. On rappelle quen 1905, après le meurtre de lamban, le même fait se produisit. Le héros, chargé de la Vengeance céleste, serait le Brigadier Général Jen.

    Le Commissaire des Marches, rallié à Tsiang kiai chek, envoie, sous forme de proclamations, le programme de son patron.

    Yara. En mai, les gars de Yara envoyaient huit personnages, dont ils avaient à se plaindre, dans le Nirvâna rejoindre feu Khieu-pa, qui aura eu la satisfaction, à moins que ce ne soit le déplaisir, de découvrir parmi léquipe des nouveaux arrivants son frère et son beau-frère. Les gens de Débou ont récemment vengé les victimes et tué 21 personnes. Aussi les Yaraoua ont-ils accepté daider Kongka à renverser la citadelle dressée naguère contre Sogun.

    Kiangkha. Les plaideurs, qui avaient suivi jusquà Lhassa leur ancien Gouverneur, sont de retour et prétendent avoir gagné leur procès. Sous peu un nouveau Thiguié viendra prendre possession du fief du Sodé.

    Lautorité chinoise avait porté plainte au Kalun de Tchamouto contre le Colonel thibétain de Lhamdun, qui soutient les villages de la rive droite du Mékong dans leur révolte, et lui avait demandé dy mettre ordre. Le courrier qui rapportait la réponse du Kalun a été attaqué à son retour et la pièce officielle a disparu.

    Les journaux annoncent que le Gt de Nanking sintéresse aux affaires thibétaines et que le Général Tsiang a formé une Ligue dans laquelle sont entrés les Généraux setchouanais.

    Yerkalo. Grattez le Yerkaloba et vous trouverez le brigand... Il y a quelque temps, le fils de Ma Akhieu perdait un de ses mulets dans la montagne ; il emprunte un fusil aux gens de Kongka et entre en campagne. Sur le Bila, il rencontre un individu, voleur de profession, lappréhende et, aidé de ses acolytes, le passe à tabac avec toutes les atrocités, dont les Débououa nont pas le monopole, lébouillantage y compris, si bien que le pauvre diable avoue tout ce quon veut et reçoit une balle séance tenante. Le grand juge de Sogun a condamné mon homme à lamende, mais laffaire nest pas finie, et depuis lors, on ne dort plus que dun il sous le toit de Ma Akhieu.

    Les céréales, prêtées à Kongka sous la caution du sous-préfet, ont été rendues, et la contribution de 100 roupies pour les murs de la lamaserie de Kangda a été versée. Par décret de Yarkha lama, Aieu et Louti ont été nommés Gyapun de la colonie de Yerkalo. Prière de ne pas confondre Yarkha lama avec Yarkha Semtzé.

    Ningyuanfu

    La dernière chronique annonçait une légère amélioration dans létat de santé du P. Sirgue. Les Religieuses de lhôpital, qui le soignaient avec beaucoup de patience et de dévouement, escomptaient sa guérison. La dysenterie était, en effet, enrayée et la température était redevenue normale. Malheureusement ce mieux ne fut que passager. Dans la soirée du 1er août, le malade se plaignait de douleurs très violentes dans la région du foie, et, symptôme alarmant, la température sélevait aux environs de 40º, température qui devait être rebelle à toutes les médications. Il sagissait dun abcès au foie qui, au moment où il creva, détermina chez le cher malade un profond abattement, lui laissant toutefois sa pleine lucidité desprit. Après avoir renouvelé, sans réserve et dans des sentiments admirables de foi, le sacrifice de sa vie, implorant la miséricorde de Dieu, il reçut des mains de Monseigneur le Saint-Viatique et lIndulgence de la bonne mort. A partir de ce moment jusquà son dernier soupir, il fut dans un calme parfait et profondément recueilli. Aux questions quon lui posait il ne répondait que par oui ou par non.

    Le 3 août, vers 3 h. de laprès-midi, son âme quitta sans secousse, imperceptiblement, cette pauvre terre, accompagnée par les prières de Mgr, des PP. Boiteux et Tsiao, des Religieuses et des élèves-catéchistes. Ce fut une mort édifiante et belle comme celle du juste. De Là-Haut il intercèdera pour la Mission : Courage ! Au ciel je ne vous oublierai pas ! fut une de ses dernières paroles à Monseigneur.

    Yunnanfu

    Derechef fatigué en arrivant à Hanoi, Mgr dAïla dut entrer le 29 juillet à la clinique, où les bons soins qui lui furent prodigués améliorèrent notablement son état de santé. Rentrée depuis une quinzaine à Yunnanfu, S. G. se remet peu à peu.

    Se voyant incapable de reconquérir seul le pouvoir, le général Fou Joyu a demandé aux provinces du Kouytcheou et du Setchouan de venir à son aide. A répondu aussitôt à cet appel le gouverneur du Kouytcheou, général Tcheou Sitchen, dont les troupes de secours sont déjà arrivées à Pitsié, Chaotung, Suenoui, Lopin. Quant au Setchouan, une proclamation affichée en ville de Chaotung, où Fou Joyu procède activement à la réorganisation de ses forces, annonce la prochaine arrivée dun général de cette province. Dans le but de faire stopper lavance des troupes du Kouytcheou, des parlementaires sont partis durgence de Yunnanfu gagnant Kouiyang et au besoin Nankin.

    Quant à Long Yun, ovationné comme nous lavons dit précédemment par les autorités et la population de Yunnanfu, vingt coups de canon ont marqué, le 5 août, sa reprise du pouvoir ainsi que de son titre de généralissime de la 38me armée, titre conféré par Tsiang Kaiche. Mais il aura fort à faire, apparemment, pour rendre effective son hégémonie sur toute la province. Sans parler de la région de Chaotung tenue par Fou Joyu et son nouvel allié de Kouiyang, voici quà Talifu les colonels Tang Kilin, neveu du maréchal Tang Kiyao, et Gueou Yang, suivis par lex-pirate Tchang Kiépa, après sêtre décerné le titre de généraux, ont déclaré cette ville capitale du Yunnan et ils pourvoient aux mandarinats de 20 à 30 sous- préfectures, dont les produits des recettes publiques sont accaparés par eux. De plus, Tang Kiyu, revenu du Tonkin pour préparer les funérailles de feu le maréchal, vient de gagner Talifu où, dit-on, avec laide du trio ci-dessus, il compte faire revivre la domination des Tang. Par ailleurs, des généraux dissidents, comme Tchang Jouy, sattaquent à loccasion, même au risque dêtre battus, aux colonnes volantes de Long Yun.

    Enfin bref, malgré le vif désir que tout le monde en a, il est prématuré descompter que lère des troubles, dont le Yunnan est présentement le théâtre, fera à bref délai place à celle de lordre et de la tranquillité.

    Kouiyang

    Le district de Tong-tse, fief du P. Albert Solignac, vient encore dêtre dévasté par une inondation beaucoup plus terrible que celle de lannée dernière, paraît-il. Les dégâts, causés aux rizières que lEglise possède dans ce district, sont considérables. La briqueterie du Père a été emportée et de ce fait la reconstruction de léglise subira un arrêt, qui peut être assez long.

    Le Père Darris, toujours ingambe malgré ses cinquante ans bien sonnés, est reparti pour la région de lEst. Il va donner ses soins aux nombreux catéchumènes de Kiong-choui et de Tong-jen et essayer de fonder quelques nouveaux postes. Un pince-sans-rire nous écrit bravement que si le Père Darris abandonne sa florissante paroisse de St-Louis de Kouiyang pour la brousse de lEst, cest sans doute pour donner à cette région, divisée du Vicariat de Kouiyang, le dernier coup de brosse préparatoire avant dêtre remise aux bons soins des Pères du Sacré-Cur dIssoudun (province allemande), qui en sont chargés. Trois de ces Pères, arrivés à la Métropole depuis février, apprennent ardemment la langue et ils ne tarderont pas à se sentir les ailes assez longues pour pouvoir voler deux-mêmes. Le Père Darris a déjà débroussaillé un coin du champ qui leur est destiné, il continue encore et, à leur arrivée, il leur servira, un temps, de mentor.

    Nos bonnes Surs missionnaires canadiennes ont reçu dune assez riche famille païenne une tablette horizontale avec inscription (pien), pour les remercier des bons soins quelles avaient prodigués à plusieurs de ses membres malades. En nos pays, un tel témoignage de reconnaissance est assez rare pour mériter dêtre signalé.

    Des onze missionnaires passionnistes venus du Hounan à Kouiyang, 5 sont retournés dans leurs districts ; les autres, avec leur Préfet Apostolique et 3 religieuses américaines ont fait route vers Tchongking. Nous apprenons quune des Surs est décédée à lhôpital de la Mission et que les Pères et les Surs restantes se sont embarqués avec lespoir de pouvoir gagner Shanghai sans autres déboires.

    Notre Gouverneur continue à se distinguer. Après avoir pris la ville de Loutcheou, au Setchouan, il avait enrôlé dans son armée les troupes vaincues afin de les empêcher de se livrer au brigandage. Oui, mais elles restaient toujours sous linfluence de leurs officiers. Alors, il sest avisé de faire passer un examen daptitude militaire à quelques-uns de ces panaches. Les incapables, et les mauvaises langues disent que cétait le plus grand nombre, ont dû entrer à lécole militaire pour y parfaire leur instruction et il les a remplacés auprès de la troupe par ses élèves-officiers quil a mieux en main.

    Voulant profiter des dissensions qui règnent entre les panaches du Yunnan pour expédier une partie de ses troupes dans cette province, il a mobilisé plusieurs divisions quil voulait envoyer au. secours de Fou-jou-iu, à qui Long-iun, quil avait détrôné, cherchait noise. Les premiers régiments étaient à peine partis, quun télégramme est venu annoncer que les troupes de Fou avaient été chassées de Yunnanfou par celles de Long. Bref, comme cest la bouteille à lencre aussi bien ici que là-bas et chez nos autres voisins, taisons-nous.

    La poste a apporté une lettre du Ministre de France à Pékin à ladresse de notre Gouverneur. Le Ministre remercie M. Tcheou Si-tchen de la haute et efficace protection quil a bien voulu accorder aux missionnaires.

    Lanlong

    Par Bref Apostolique du 27 avril dernier, le Saint Père Pie XI a élevé, sur linstante demande de S. E. le Délégué Apostolique, la Préfecture Apostolique de Lanlong à la dignité de Vicariat Apostolique, dont a été élu Vicaire Apostolique le Préfet Apostolique actuel.

    Au cours du mois passé, les contingents militaires, envoyés de Poseh pour rétablir la tranquillité, que troublaient les pirates, dans la région de Silin, Silong, ont si bien travaillé quils auraient détruit les bandits jusquà la racine, si on peut dire. Mais, hélas ! tout réguliers quils sont, ces militaires sont parfois terribles, même à légard des braves gens. Cest ainsi que ceux qui étaient casernés à Silong, mécontents des locaux quon leur avait assignés comme logement, ont émigré, à linsu, semble-t-il, de leur chef, à la résidence catholique, dont ils firent voler en éclats les portes, fermées à clé en labsence du missionnaire. Mais les démarches du P. Séguret, prévenu et accouru aussitôt pour protéger son pied-à-terre, eurent la bonne fortune dobtenir que ces malotrus vidassent les lieux quils avaient pris dassaut. Leur chef a même fait afficher contre eux une proclamation sévère.

    Swatow

    Les chrétiens de Tenghai ont vu avec regret nos petits séminaristes les quitter pour aller sinstaller provisoirement à Swatow. Ils sy étaient attachés et étaient heureux de les voir rehausser léclat des cérémonies dans leur belle église. La résidence et la petite école voisine suffisaient en février 1917 pour abriter les six anciens, arrivant de Canton, et les douze nouveaux venus. Mais actuellement, même en utilisant tous les coins et recoins, même en superposant les lits comme dans une cabine de navire, il ny a plus moyen de loger nos 30 petits séminaristes. Le Collège St-Joseph se trouvant forcé, vu les circonstances où nous vivons, de supprimer temporairement les cours du Tchoung-hioh (caractères chinois), leur a offert ad tempus les bâtiments nouvellement construits. Le Séminaire sy trouve plus au large et peut ainsi attendre que lon trouve enfin lemplacement idéal, où lon puisse jouir de la sécurité nécessaire sans respirer lair malsain des grandes villes.

    A la rentrée de septembre, deux acolytes ayant terminé leur probation, sont venus au Séminaire se préparer à la réception des saints Ordres sous la direction du P. Rondeau, que Sa Grandeur a spécialement chargé de cette fonction.

    Allons-nous revivre les jours troublés du printemps ? Par suite de la discorde qui règne dans le camp des Sudistes, nous sommes pratiquement sans gouvernement depuis le commencement de septembre. Les extrémistes profitent du désarroi général pour se livrer à des représailles sur leurs adversaires et terroriser le pays. Les districts de Tchao-yang, Pou-nen, Liouk-foung, sont sous leur coupe : pillages, incendies, massacres sont à lordre du jour. A Swatow, presque toutes les nuits des bombes éclatent, tuant et blessant de paisibles passants ; la police a beau arrêter et fusiller ces terroristes par dizaines, elle narrive pas à les décourager. Espérons que cette fois-ci encore Dieu dissipera lorage qui menace déclater sur nos têtes.

    Pakhoi

    O cives, cives, qurenda Pecunia Primum est : Virtus Post nummos !

    Si la prosodie nous lavait permis, nous aurions corrigé le poète et dit : Scientia post nummos. Cest dans nos régions le cri du jour... et du ventre. Parti de Lingshan, croit-on, il a trouvé dans les campagnes du Hopou des échos amplificateurs et plus que complaisants, sest largement multiplié dans les plaines de Yamchow, et continue à faire la boule de neige. Cest maintenant une clameur, un tumulte de véritable émeute. Renversez les écoles ! à bas les Etudiants ! Plus une sapèque pour linstruction ! Scientia post nummos ! entend-on de tous côtés. Et lon refuse de payer les taxes pour les écoles. Et lon pourchasse la gent écolière, maintenant beaucoup moins arrogante et salut de la Patrie quavant les vacances. Et les gros fermiers, les petits cultivateurs, les boutiquiers, les gardes nationaux se liguent pour faire front et résister aux collecteurs de taxes, aux mandarins, et même aux soldats, quand on en envoie contre eux. Doù plus dune escarmouche où la force armée a souvent perdu la face.

    Au milieu de ce hourvari, Pakhoi reste calme et terne en raison directe du courage de ses commerçants. Nous aurions cependant ici un autre sujet de craintes dans lémoi et lindignation très factice provoqués par les événements de Haiphong, que les mauvais éléments de la ville ont tenté dexploiter contre nous. Grâce à Dieu, la manuvre ne prend pas. Peut-être nos propagandistes sont-ils moins habiles que ceux de Hainan, où des troubles assez sérieux semblent renaître. Mais, on assure que ce sont surtout des tentatives isolées, faites par les Communistes pour reprendre la tête du mouvement révolutionnaire. Hum ! voilà un mouvement qui a bon dos.

    A Muilok, la situation a changé pour rester la même. Averti officiellement que sa chapelle était enfin évacuée par les troupes qui sy étaient installées depuis un an, le Père Baldit sempressait de sy rendre, lorsquil apprit en cours de route que dautres troupes venaient den prendre possession. Force lui est de remettre encore à un avenir indéterminé son retour dans une résidence où il serait traité en indésirable ou en otage. Peut-être, sil était riche, la vertu guerrière céderait-elle, là aussi, la place à la pécune ? (O milites, qurenda pecunia primum est). Tant pis pour la Prosodie !

    Phatdiem

    Nous avons le plus grand désir de voir les Frères des Ecoles chrétiennes venir sinstaller dans les grands centres catholiques de notre Vicariat. Plus que le besoin, la nécessité sen fait sentir de plus en plus. Malheureusement, leur Institut ne peut pas suffire à toutes les demandes ; aussi ces excellents éducateurs font-ils le possible et limpossible pour trouver du personnel indigène, afin de lui donner la science et lesprit religieux.

    Dernièrement le Frère Visiteur du district dIndo-Chine, avec lapprobation de Monseigneur, a confié à un Frère cochinchinois de lécole de Haiphong la mission de recruter des vocations à Phát-Diệm.

    En huit jours, dans cette seule paroisse de 10.000 âmes, 42 enfants ont demandé à entrer au juvénat et, tous papiers et attestations parfaitement en règle, sont partis, soffrant joyeusement au service de Notre Seigneur.

    Plaise à Dieu quils conservent tous fidèlement la ferveur des premiers jours !

    Les uvres de charité augmentent. Le 15 septembre, bénédiction solennelle de la nouvelle chapelle de lhospice et de deux nouveaux bâtiments. Le Père Lury, qui a déjà construit le probatorium, en est larchitecte ; Dieu sait au prix de quelles fatigues !

    Quinhon

    Le 8 août, Monseigneur a nommé le P. Labiausse Provicaire, en remplacement du P. Gagnaire qui, pour raison de santé, avait donné sa démission. Le cher Père Gagnaire devient Provicaire honoraire.

    Le 10 août, Mgr Grangeon et le P. Solvignon sont partis pour Saigon. Sa Grandeur a été opérée le 18 dune double hernie. Le P. Solvignon, pour la même cause, subira prochainement lui aussi une opération. Le P. Gagnaire est sorti de la clinique et achève sa convalescence à la Procure des Missions-Étrangères.

    Vous pensez bien que dans des conjonctures pareilles, nous navons pu célébrer solennellement les 25 ans dépiscopat de Monseigneur, ni les 25 ans de provicariat, de professorat et de supériorat du P. Gagnaire. Un télégramme cependant a porté nos vux à Monseigneur et au P. Provicaire, en attendant de les leur offrir plus solennellement en février prochain, lors de linauguration de notre nouveau Petit Séminaire. Le Gouverneur général et le Résident Supérieur de lAnnam ont tenu, le 17, à faire parvenir leurs vux à Mgr Grangeon. Le Saint Père avait, ce même jour, envoyé à Quinhon une bénédiction spéciale quon a fait naturellement suivre à Saigon.

    LEcole Cuenot de Kontum a fait sa rentrée délèves catéchistes moïs le 1er août. Une soixantaine de nouveaux sont accourus, mais, 13 jours plus tard, une quinzaine avaient déjà repris le chemin de la forêt. Quelle patience et quel dévouement il faut à leur Supérieur, le P. J.-B. Décrouïlle, pour maintenir à létude ces fervents de la brousse !

    Saigon

    La bagne de Poulo-Condore a désormais un aumônier à demeure. Le P. De Coopman est allé conduire, présenter et installer le P. Miều ; la population catholique de lîle en est très contente, car jusquici elle restait forcément de longs mois sans aucun secours religieux. Le Père est très bien installé, dans une grande et jolie maison au bord de la mer, et, sauf léloignement de ses confrères, il na rien à envier, au point de vue matériel, aux paroisses du continent. La Direction du bagne lui laisse un accès facile auprès des bagnards ; nul doute quil y puisse exercer son zèle avec succès.

    On connaît très peu Poulo-Condore dans le monde, et son bagne nest pas fait pour lui donner bonne réputation. Cest cependant un joli coin de Cochinchine ; mieux que cela, cest un coin de terre française. Car il ne faut pas oublier que la France possédait Poulo-Condore, avant même quelle intervienne en Cochinchine. Le roi de Cochinchine, en demandant laide de Louis XVI, par lentremise de lEvêque dAdran, lui donnait la propriété de Poulo-Condore, et loffre fut acceptée. Le P, Miều, desservant de Poulo-Condore, qui est rattachée à la Cathédrale de Saigon comme paroisse, se trouve donc être un curé de France !

    Hué

    Dans la nuit du 8 août, un jeune prêtre indigène, le Père Hoài, était atteint du choléra, dans une nouvelle chrétienté, La-Vân thượng, à deux heures environ de la capitale. Malgré la médication énergique qui lui fut donnée par le Père Reyne, son voisin, il succombait le lendemain à 9 h. Cétait un prêtre zélé, qui avait à cur la conversion des païens et soccupait avec soin de linstruction des catéchumènes et des néophytes, au milieu desquels il vivait depuis son ordination sacerdotale (23 décembre 1922).

    Les Filles de Marie Immaculée ont fait leur retraite annuelle du 8 au 15 août. Elle leur a été prêchée par le Père Chất. Le jour de la clôture, neuf religieuses ont fait des vux temporaires de trois ans et deux dun an.

    Les Pères Stoeffler, curé de Phủ-Cam, et Boillot, Directeur au grand Séminaire, ont passé plus dun mois à la station daltitude de Bana. Ils sont revenus enchantés de leur séjour à la montagne.

    Phnompenh

    Le 9 août, à 4 heures du soir, mourait, dans son palais, Sa Majesté Sisowath, roi du Cambodge. Le vieux roi qui était dans sa 88e année, avait encore assisté à la revue du 14 juillet : ce nest que quelques jours plus tard que sétait déclarée la maladie qui, vu le grand âge du malade, avait fait de rapides progrès et bientôt navait plus laissé despoir. Le défunt roi, qui a régné 23 ans, emporte les regrets unanimes du royaume.

    Le soir même, le Grand Conseil de la couronne se réunissait et proclamait roi S. A. R. le Prince Monivong, fils du roi défunt.

    Quelques jours après, le Président de la République Française approuvait le choix du Grand Conseil.

    La mort de lancien roi et lintronisation du nouveau ont été marquées par de nombreuses cérémonies très imposantes.

    Le 23 août, à 5 heures du soir, Sa Majesté le roi Monivong vint rendre visite à Sa Grandeur Monseigneur Bouchut. Les abords de la cathédrale et de lévêché étaient pavoisés : une foule très considérable se pressait pour voir le roi. Sa Majesté arriva, accompagnée dun officier dordonnance, dun interprète, dun prince de la famille royale et des porteurs des insignes royaux. Monseigneur, entouré du Père Herrgott, provicaire et des missionnaires en résidence à Phnom Penh, La reçut dans le grand salon de lévêché. Une conversation sengagea très courtoise et toute remplie de simplicité, tantôt en Cambodgien, tantôt en français. Sa Majesté exprima ses sentiments de vénération pour Monseigneur et tint à lassurer que sa démarche avait pour but de faire savoir à tous le respect quElle avait pour la religion catholique, pour son chef quElle voulait ainsi affirmer lautorité épiscopale, ce qui était la meilleure manière de renforcer lautorité royale.

    Puis une chorale chanta les couplets suivants :

    1. Couplet. Auguste maître, nous nous réjouissons de votre règne, nous vous saluons profondément, car vous êtes un roi glorieux et magnifique que toute la nation vénère,

    Refrain. Chrétiens et chrétiennes, réjouissons-nous saluer le nouveau souverain.

    2. Couplet. Nous souhaitons la prospérité du royaume que votre sagesse gouverne le peuple dans la paix.

    3. Couplet. Daignez jeter un regard bienveillant sur nous, descendants des Portugais, qui toujours avons été les serviteurs fidèles des rois, vos aïeux vénérés.

    4. Couplet. Nous vous souhaitons longue vie et offrons nos existences pour vous servir et nous vous prions dagréer notre demande.

    Le roi remercia les chanteurs, et, reconduit par Monseigneur regagna son automobile, pendant que la foule sécoulait lentement et manifestait sa joie de cette belle réception.

    Le Père Duquet écrit quune saison à Vichy mieux sensible : lair des montagnes natales ne pourra que laccentuer.

    Bangkok.

    Le Samedi 27 août sont arrivés à Bangkok, viâ Singapore, le Révérend Père Jean Casetta et Monsieur Georges Bainotti, Séminariste, venant de Macao. Cest lavant-garde dun nombreux contingent Salésien qui doit gagner le Siam en Octobre et Novembre prochains. On espère recevoir, en effet, une quinzaine de missionnaires, de Séminaristes et des Frères Salésiens venant de Chine et 6 ou 8 arrivant de Turin, la Maison-Mère. La partie Sud-Ouest du Siam leur est dorénavant confiée pour lévangélisation, lorsquils auront, toutefois, appris le Siamois. Cest avec joie que nous saluons leur arrivée et que nous leur souhaitons davance bon succès. Le Siam, pays presque aussi grand que la France en étendue, ne pouvait être adéquatement évangélisé par la vingtaine de missionnaires français des Missions-Étrangères qui, bien quaidés par une trentaine de Pères indigènes, trouvent leur tâche très lourde. De nouveaux ouvriers sont donc venus à la vigne du Seigneur ; puissent-ils cueillir des fruits dapostolat nombreux et abondants.

    La presse Siamoise, antigouvernementale en partie, et la presse Chinoise bolcheviste, assez active en ce moment, pourraient, dit-on, recevoir prochainement un coup mortel. Une loi serait proclamée demandant à léditeur de tout journal une caution personnelle de 25.000 ticaux, plus une garantie de 10.000 ticaux pour le journal lui-même, soit environ 180.000 francs. Bien peu pourraient fournir cette somme, presque tous seraient alors obligés de suspendre leur publication. La littérature, il est vrai, ny perdrait rien, mais la morale y gagnerait ainsi que la tranquillité du pays.

    En labsence de Mgr Perros, retenu en tournée de Confirmation, le R. P. Chorin reçut au Collège de lAssomption, conjointement avec les autorités de lEtablissement, le vendredi 19 août, Son Altesse le Prince Dhani, Ministre de lInstruction Publique, accompagnée de Madame la Princesse, Sa Sur, et de son secrétaire particulier. Cétait la première fois quun Ministre de lInstruction Publique du Siam venait officiellement visiter le Collège. Son Altesse se rendit dans chaque classe, examina livres et cahiers, interrogea Maîtres et Elèves durant près de trois heures. Son inspection terminée, Son Altesse improvisant une causerie voulut bien faire part à tous de sa vive satisfaction pour le bon travail, lentrain et lexcellente émulation quil venait de constater. Le Ministre de lInstruction Publique, bien que non catholique, ne ménagea pas ses éloges pour luvre scolaire entreprise par la Mission Catholique et dirigée par les Frères de St-Gabriel, espérant delle et deux à lavenir comme au passé, un sérieux appui pour lépanouissement progressif du pays et leur demandant de jouer de plus en plus un rôle civilisateur au Siam.

    Malacca

    Le Père Cardon, rentré de Hongkong, a repris son poste de Klian Pau, à Taiping ; mais il semble ne pas avoir laissé toute sa fièvre à Hongkong.

    Rendu libre par le retour du P. Cardon, le Père Goyhénètche a pris à St-Michel dIpoh la succession du Père Coppin. Le Père Louis, ainsi lappellent les chrétiens, qui trouvent son nom de famille difficile à prononcer ou à écrire, nétait pas un étranger à Ipoh ; il avait déjà remplacé le Père Coppin pendant le dernier voyage de celui-ci en Europe.

    Monseigneur Perrichon, lorsquil a quelques jours de libre dans ses tournées apostoliques, va aider son ancien disciple, le Père Hermann à Kuala Lumpuor, lequel a plus de travail quil ne peut en faire.

    Le Curé chinois de Kuala Lumpuor, le Père Brossard, vient de nous quitter pour aller à Saigon consulter le Docteur Angier. Depuis que le pharmacien lui avait administré par erreur une médecine qui avait failli lempoisonner, notre confrère na fait que traîner. Nous espérons que le savant docteur français trouvera moyen déliminer le poison et de rendre au malade lusage de ses mains et de ses pieds. Cest le Père Joseph Lee qui le remplace pendant son absence.

    Birmanie Septentrionale

    Les troubles de Chine ont mis nos confrères du Thibet en pleine déroute financière. Comme ils ne pouvaient correspondre avec la procure de Shanghai, le diable était venu se loger dans leur bourse, et comment len déloger, ils se le demandaient depuis longtemps. Un savant anglais, le Dr Barton, professeur à lUniversité de Cambridge, secouru et hébergé par les missionnaires durant un périlleux voyage détudes dans leur voisinage, les a aidés à résoudre le problème. Sous la protection dune caravane de chrétiens thibétains que lui fournit le P. Ouvrard, il put gagner le premier poste frontière anglais de la Hte Birmanie. Son premier soin, à peine arrivé, fut de nous informer de la situation de nos confrères et de nous expédier leurs lettres. En trois jours la poste télégraphique lui remettait une somme en roupies sonnantes, et, joyeuse, la caravane reprit la route du Thibet, porteuse du précieux quibus, que Mgr avait été on ne peut plus heureux dexpédier.

    Le dévoué Dr Barton est attendu sous peu à Mandalay. Peut-être pourrons-nous, lors de sa visite, avec la connaissance de la route quil vient de parcourir, établir une voie de communication, praticable pendant la saison sèche, entre la Birmanie et le Thibet. Quel service cela rendrait à nos voisins du Nord !

    Laos

    Le 22 juin, cétait le 25me anniversaire de lordination sacerdotale de Mgr Gouin, notre Vicaire Apostolique. En raison de lépoque, qui est la saison des pluies, S. G. a refusé toute manifestation. Elle a préféré passer ce jour dans le recueillement et la prière, remettant la solennité externe à une époque plus favorable, qui permettra à ses missionnaires de se réunir tous autour de lui.

    Le mois dernier, je vous ai parlé des religieuses laotiennes ; cette fois-ci, je veux vous dire quelques mots de luvre des catéchistes laotiens.

    Le collège des catéchistes fut fondé en 1891 et fut alors confié aux bons soins du P. Delalex. Ses débuts, avec ses nombreuses recrues dont les dispositions paraissaient solides, furent satisfaisants. Le but était seulement de fournir des catéchistes aux missionnaires. Mais peu à peu ce but se transforma : on pensa au sacerdoce. Malheureusement le courage laotien ne sait pas répondre aux grands désirs. Les élèves, après être restés, qui deux, qui trois, qui quatre ans, demandaient à rentrer dans leurs familles ; et même, combien prirent deux-mêmes la clé des champs !

    Après le P. Delalex, fondateur, le collège eut successivement pour supérieurs les PP. Pierre Excoffon, Contet, Lazare et Burguière. Sur les cent et quelques élèves quils reçurent, un seul, le P. Antoine Mun, est arrivé au sacerdoce. Sur les autres, trois finirent leurs études et prirent la soutane ; mais un an après, ils la rendirent à leur Supérieur. Trois autres entrèrent au Grand Séminaire, où, peu de temps après aussi, on les jugea impropres au sacerdoce. Conséquemment à un insuccès aussi manifeste, la maison fut fermée et on attendit des temps meilleurs.

    Toutefois la formation de ces chers jeunes gens ne fut pas une perte sèche pour la Mission. Plusieurs sont devenus catéchistes et ont bien travaillé. Encore aujourdhui il y en a qui comptent plus de vingt-cinq ans de service. Si donc le collège na pas eu de succès pour le sacerdoce, nous devons cependant lui rendre témoignage que, sous un autre rapport, il a rendu de bons services à la Mission.

    Mais nous ne pouvions pas nous désintéresser de cette question si capitale du sacerdoce ; pour la résoudre nous avons tenté une autre voie. Nous nous sommes demandé si, en faisant sortir nos jeunes Laotiens de leur milieu, nous nobtiendrions pas un résultat plus appréciable. Alors, en 1909, nous avons envoyé nos étudiants au séminaire de Bang-Xang, dans la Mission de Bangkok. Ce sont des fils, petits-fils et même arrière-petits-fils de chrétiens. Pendant ces dix-huit années, nous en avons envoyé au moins soixante. Trois dentre eux sont entrés à Pinang. Puissent ces chers enfants persévérer et venir un jour à notre aide !

    Mysore

    Après un agréable séjour en France, le P. Pointet va bientôt être de nouveau parmi nous. Il doit sembarquer dans les premiers jours de septembre. Le P. Koehl le suivra dans quelques semaines.

    Hongkong

    Le 9 Septembre au matin, Mgr Hayasaka, évêque élu de Nagasaki, était de passage à Hongkong. Le P. Biotteau, Procureur général, se rendit à bord du courrier japonais et offrit au nouvel Evêque lhospitalité de la Procure durant lescale.

    A midi, à la Procure Générale, eut lieu une réception plutôt intime en lhonneur du premier Evêque Japonais nommé par le Saint-Siège. Outre les Supérieurs de Béthanie et de Nazareth, le Consul de France et le chancelier du Consulat du Japon avaient tenu à honorer cette réunion de leur présence. Mgr Valtorta, Vicaire Apostolique de Hongkong, son Provicaire, le R. P. Spada, et quelques autres membres du clergé du Vicariat sétaient aussi empressés de répondre à linvitation reçue et de donner ainsi un témoignage de sympathie au nouvel élu.

    Durant la soirée, le Procureur Général conduisit Mgr Hayasaka visiter les établissements de notre Société à Pokfulum. Comme le nouvel élu parle couramment le français (et dautres langues européennes), les présentations furent des plus faciles, et tout le monde fut charmé de la cordiale simplicité du noble visiteur. Le soir, Mgr Valtorta tint à honneur de recevoir à son tour à lEvêché le nouvel élu du Saint-Siège, et le lendemain, 10 septembre, Mgr continuait son voyage vers Rome, laissant à tous la meilleure impression.

    Séminaire de Paris

    Pendant la seconde quinzaine de juillet, nous avons reçu comme hôte M. Evariste Tchang, prêtre de la mission de Jehol (Mongolie Orientale), professeur de littérature chinoise au collège de la Propagande. Il travaille à Paris à se perfectionner dans ses connaissances de la langue française. Avec lui nous avons eu aussi sous notre toit M. Pierre Thuc, de la mission de Hué, M. Paul Chanh, de la mission de Saigon et M. Jean-Baptiste Noda, de la mission de Hakodaté, tous trois venus de Rome où ils viennent dachever leurs études. Ils se disposent à retourner dans leur mission respective et prendre place dans les rangs du clergé.

    Dimanche, 17 juillet, était journée de Mission à Avallon. A la prière de Mgr lArchevêque de Sens, Mgr le Supérieur y est allé prêter son concours avec Mgr Olichon. Belles cérémonies, grande affluence et touchante générosité des fidèles dans les deux paroisses de cette petite ville de 5.000 âmes. Après la réunion du soir un cheminot dAutun disait à Mgr Olichon : On ne savait pas tout cela. Il fallait que ce fût dit. Venez donc le dire à Autun aussi. En attendant, il faut payer notre impôt ; voici 300 francs ; prenez-les et demandez à Dieu que mes deux garçons soient un jour missionnaires. Grâce aux autos prêtées par des familles amies, Mgr Chesnelong a pu faire visiter à ses hôtes les magnifiques basiliques de Pontigny, de Vézelay, etc....

    Le 26 juillet Mgr le Supérieur assistait aux fêtes de St-Anne dAuray, pèlerinage cher à tout vrai Breton. Sa Grandeur prend maintenant un repos bien gagné dans le château de St-Pol de Léon.

    Ont été admis comme aspirants MM. Gauclère (Lyon), Pengaud (Lyon), Pencolé (Vannes).
    1927/624-648
    624-648
    Anonyme
    France et Asie
    1927
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