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Chronique des Missions et des Etablissements communs 6

Chronique des Missions et des Etablissements communs. Tôkyô Nos confrères sinistrés se sont tous réinstallés, sur les ruines mêmes de leurs anciennes résidences, dans des baraquements de fortune. Ils y ont achevé lhiver ; mais que sera lété sous ces toits de tôle ondulée ou non ? Hélas ! Les prix inabordables auxquels atteignent les matériaux de construction et la main-duvre donnent tout lieu de craindre que ce pitoyable provisoire ne se prolonge longtemps.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs.

    Tôkyô

    Nos confrères sinistrés se sont tous réinstallés, sur les ruines mêmes de leurs anciennes résidences, dans des baraquements de fortune. Ils y ont achevé lhiver ; mais que sera lété sous ces toits de tôle ondulée ou non ?

    Hélas ! Les prix inabordables auxquels atteignent les matériaux de construction et la main-duvre donnent tout lieu de craindre que ce pitoyable provisoire ne se prolonge longtemps.

    Pendant ce temps les bonzes de la secte Shin-shû songent, eux aussi, à rebâtir leurs deux grands temples de Tôkyô, le Hongwan-ji de lOuest et le Hongwan-ji de lEst, tous deux détruits par le tremblement de terre et lincendie du 1er septembre dernier ; mais ils ne parlent pas de provisoire. Pour le premier, situé près de lancienne cathédrale de Tsukiji (paroisse du P. Giraudias), ils prévoient une dépense de 3 millions de yen. Outre le temple proprement dit, réservé aux cérémonies purement religieuses, la nouvelle construction comportera des salles pour les uvres sociales, le tout en style européen. Le second, dans le quartier dAsakusa (paroisse du P. Lissarrague) coûtera la modique somme de 5 millions de yen.

    Et les bonzes comptent sur leurs fidèles pour leur fournir ces 8 millions de yen (au change actuel, environ 50 millions de francs). Et ils les auront !

    Nest-ce pas à croire que le diable est plus riche que le bon Dieu ?...

    Hakodate

    Le 22 février 1624, à Sendai, le P. Didace de Carvalho, de la Compagnie de Jésus, plongé jusquà la poitrine dans un étang deau glacée, consommait son glorieux martyre. (Cest lun des 205 Martyrs du Japon béatifiés par Pie IX le 7 juillet 1867). Cet anniversaire séculaire ne pouvait passer inaperçu. Par une délicate attention, Mgr Berlioz invita Mgr Doering, S. j., Vicaire Apostolique de Hoffmann, et le R. P. Hoffmann, recteur de la résidence de Tôkyô, à venir le célébrer avec lui.

    Le dimanche 24 février, Mgr Doering célébra la messe pontificale. Dans laprès-midi, un groupe nombreux de chrétiens se rendit avec tout le clergé à lendroit probable du martyre et y récita le chapelet avec grande ferveur. Le soir, à 7 heures, salut du Saint-Sacrement, suivi dune conférence philosophico-religieuse donnée par le R. P. Hoffmann. Dans un langage distingué, le R. Père prouva que Jésus-Christ seul est la vraie lumière du monde : il fut écouté avec grande attention par son auditoire, qui comprenait plusieurs professeurs, dont deux de lUniversité, et de nombreux étudiants.

    En somme, fête toute locale, purement religieuse, sans éclat extérieur, mais qui, sil plaît à Dieu, ne sera pas sans fruits.

    Seoul

    Deux religieuses de S.-Paul de la maison de Seoul, Sur Théodule et Sur Baptistine, sont mortes durant la Semaine-Sainte et ont été inhumées toutes deux dans laprès-midi du Vendredi-Saint. Cest une dure épreuve pour la communauté.

    S. E. le Délégué Apostolique, Mgr Giardini, annonce officiellement sa visite en Corée pour le mois de septembre prochain. Le Concile du Japon doit souvrir le 5 octobre et S. E. doit être de retour à Tôkyô pour cette date.

    On annonce que M. Merlin, Gouverneur général de lIndochine, doit venir visiter Seoul vers la fin de mai et y séjourner 2 ou 3 jours.

    On sait que le système métrique va être adopté par le Japon ; mais le sera-t-il aussi en Corée ? Cette réforme coûterait ici un million de yen.

    Dans le courant de 1923 il paraît que 14 Japonais ont épousé des Coréennes et 28 Coréens des Japonaises. La fusion est plutôt lente.

    Taikou

    Mgr Demange, complètement rétabli, a repris ses occupations ordinaires et a pu présider, comme chaque année, toutes les cérémonies de la Semaine-Sainte à la cathédrale.

    Mandchourie Méridionale

    Les PP. Soumireu et Lacroix sont revenus de Pékin, tous deux grandement soulagés, sinon entièrement guéris. Espérons que ces bons résultats seront durables.

    Mgr Blois a quitté Moukden le 8 mai au soir, pour se rendre au Concile de Shanghai.

    Setchoan Occidental

    Une trentaine dannées se sont déjà écoulées depuis lemprunt qui devait donner un chemin de fer au Setchoan. Des sommes considérables furent amassées, mais jamais un coup de pioche ne fut donné. Les troubles et la chute de la monarchie enrayèrent les volontés, firent sans doute disparaître les capitaux, et la locomotive resta remisée à Shanghai ou à Hankeou. Mais il ne faut jamais désespérer. Lheure a sonné, et cette fois lentreprise est sérieuse. Et dabord on va commencer tout naturellement par le commencement. Les chaînes darpenteur sont en route, toute une caravane va prendre les mesures et faire le tracé. Ce nest pas encore le rail, mais ce sera, dit-on, une route carrossable. En effet, sil est très bien de posséder des voies ferrées, il faut auparavant songer à ouvrir des chemins desservant les futures gares.

    Sous peu la route de la capitale sera sillonnée dautos et de motocyclettes et, dans quelque années, si largent recueilli aux beaux jours dantan est retrouvé, les trains électriques pourront desservir toutes les principales villes de la province.

    En attendant les voyageurs nont à leur disposition que leurs jambes, les chevaux ou les chaises, avec la chance de se faire dévaliser en route. Les brigands, en effet, sont loin davoir été muselés ; dans certains pays ils sont encore les maîtres, et quels maîtres !

    Setchoan Oriental

    Notre Vénéré Pasteur, Monseigneur Chouvellon, dont la maladie sétait aggravée au point de nous donner les plus vives inquiétudes, a voulu recevoir les derniers Sacrements dans la matinée du 29 avril.

    A lissue de la cérémonie, à laquelle assistaient tous les confrères de la ville, le P. Giraux, le P. Flachère de Tchentou et une trentaine de prêtres indigènes arrivés pour la retraite, Monseigneur après nous avoir adresse quelques paroles dadieu très touchantes et exhortés à continuer à travailler de tout notre cur, a donné sa bénédiction à tous, présents et absents, à toute la Mission, à toutes ses uvres, particulièrement ses séminaires, pour lesquels il sest dépensé pendant tout son épiscopat, et les uvres scolaires. Moment très impressionnant, qui na pas été sans nous faire verser des larmes.

    Le lendemain M. Robbe, Capitaine de Frégate, Inspecteur du Haut Yang-tse, qui avait été prié par Sa Grandeur de lui conférer la Croix de la Légion dHonneur et en avait reçu délégation du Chancelier de lOrdre, a bien voulu venir à lévêché procéder à cette cérémonie.
    Vu létat du cher malade, nous avons vivement regretté de ne pouvoir, comme nous laurions fait en des circonstances moins douloureuses, donner tout léclat désiré à cette imposante cérémonie et y inviter la colonie française de Chungking. Tout sest donc passé dans la plus stricte intimité. Etaient présents les confrères de la ville et les prêtres indigènes.

    Avant dattacher la Croix sur la poitrine du vénéré vieillard, M. Robbe, avec une émotion difficilement contenue, a prononcé ces très sympathiques paroles, qui sont allées au cur de Sa Grandeur et de tous les assistants :

    Monseigneur,

    Cest sans doute par une inspiration de cette modestie qui est un des beaux traits de votre caractères que vous navez pas désiré recevoir de mains plus dignes que les miennes la distinction que le Gouvernement de la République vous confère aujourdhui. En sauvegardant ainsi votre modestie, vous avez mis la mienne, Monseigneur, à une rude épreuve, car, au grand honneur que vous mavez fait le plus grand que jaie reçu de ma carrière, je ne me reconnais dautre titre que celui-ci, qui mest, Dieu merci, commun avec tous ceux qui connaissent la Mission de Tchongking : une profonde et respectueuse sympathie depuis longtemps ressentie pour votre personne et pour la Mission que vous dirigez.

    En disant depuis longtemps, je ferai sans doute sourire les missionnaires qui nous entourent, dont les états de service, si on les additionnait, se compteraient par siècles, et vous-même, Monseigneur, puisque cest plus de cinquante années dapostolat en Chine, que le Gouvernement de la République a voulu, en votre personne, honorer dune de ses plus hautes distinctions.

    Laissez-moi former un vu pour ce pays auquel sest dévouée toute votre existence et sur les destinées duquel, au soir de votre carrière, votre sollicitude sinterroge sans doute : quà lheure où tant de Chinois se tournent vers létranger pour lui demander des directives morales ou matérielles, quelques-uns portent leurs regards plus près deux, tous près deux, vers des existences comme la vôtre, tout entières consacrées à la foi et au bien, vers cette Mission que vous avez faite si florissante, et quils reconnaissent que les forces matérielles et intellectuelles ne sont rien, si elles ne sont mises au service dun idéal élevé et désintéressé.

    Laissez-moi aussi rappeler, que, sur le décret qui vous confère lordre de la Légion dHonneur, le grand Français qui dirige actuellement le gouvernement de notre pays, M. Poincaré, a tenu à écrire, de sa propre main, quil était heureux de vous faire connaître la décision prise parle Président de la République. Jimagine quécartant pour une minute sa pensée des responsabilités écrasantes de sa charge, M. Poincaré la reportée avec confiance et gratitude vers ces Français dau-delà des mers, qui sont allés porter au loin le meilleur de la France, et quil a voulu signifier, par un acte public, à ceux qui seraient tentés den douter : ceux-là qui manifestent là-bas les meilleures vertus françaises, le dévouement, le désintéressement, la persévérance, la simplicité, ceux-là sont bien des nôtres : nous les honorons, nous les aimons, et, sil le faut, nous les défendrons. Ils sont bien des nôtres, et ils ont droit au respect et à la reconnaissance de tous les Français.

    Le P. Claval, Provicaire, se fit alors linterprète de tous pour remercier M. Robbe de ses sympathiques paroles et de la bienveillance quil a toujours témoignée à la Mission.

    Monseigneur eut encore la consolation de voir une dernière fois ses prêtres indigènes, réunis du 4 au 10 mai, au nombre de 45, pour leur retraite annuelle. Mais les forces allaient déclinant de jour en jour ; tous les efforts tentés pour enrayer le mal furent inutiles : lorganisme était usé, et notre vénéré Père séteignit doucement le 11 mai. Il était dans sa 75e année et comptait 50 ans de mission, dont 33 dépiscopat. Pie Jesu Domine, dona ei requiem

    Setchoan Méridional

    Un télégramme de Paris du 26 avril nous a apporté lheureuse nouvelle que le Saint-Père a nommé le P. Renault Coadjuteur de Mgr Fayolle. Le P. Nestor-Louis Renault, né en 1872 au diocèse de Nancy, est missionnaire de Suifu depuis 1897. Puisse-t-il y travailler longtemps encore et aider efficacement dans sa tâche notre vénéré Evêque, dont la santé ne répond pas au zèle !

    La communauté des Surs de Suifu a été durement éprouvée ces temps derniers. Deux dentre elles, atteintes de la fièvre typhoïde, ont donné de vives inquiétudes ; à peine étaient-elles hors de danger quune troisième, Sur Anysia, salitait et, après 5 jours de maladie, rendait son âme à Dieu. Ses funérailles eurent lieu le 3 mai : le P. Renault célébra la messe et Monseigneur Fayolle, malgré son état de faiblesse, voulut donner labsoute. Sur Anysia était connue de toute la ville de Suifu, où, depuis 21 ans, elle se dépensait avec un dévouement admirable au soin des malades.

    Thibet

    Groupe du Setchoan. Le nouveau commandant des troupes de la frontière, le colonel Tchen, a infligé une sérieuse défaite aux Sudistes, qui, malgré leur supériorité numérique prirent la fuite, abandonnant 700 à 800 morts dans les ravins de Houang-gni-pou, La nouvelle de cette victoire inespérée a ramené le calme dans la ville de Tatsienlou.

    Le P. Nussbaum a pu, de Batang, faire une visite à son voisin de Yerkalo, le P. Goré, et à ses anciennes ouailles : il na pas été inquiété par Kongke-Lama, Nangkha-Lama et consorts, mais cette accalmie ne semble pas devoir durer.

    Groupe du Yunnan. Les Mosso de Tsetchong sorientent décidément vers nous ; même les plus opposés manifestent lintention de se convertir et plusieurs ont fait déjà le premier pas, à lexemple de leur chef, chrétien depuis Noël dernier.

    Groupe de lInde. Pour la première fois depuis quune partie du Sikkim a été rattachée à notre Mission, le P. Douénel a pu visiter ce pays. A son retour il a dû soccuper dagrandissements au dispensaire de Padong.

    Létat de santé du P. Hervagault reste sensiblement le même ; tout voyage ou travail quelque peu fatigant lui est interdit.

    Padong a reçu, au mois davril, la visite du P. Monnier, supérieur de la Maison de Nazareth à Hongkong, qui a bien voulu faire figurer le British Bhootan sur litinéraire de son voyage de vacances.

    Kientchang

    La terreur des Lolo se fait de plus en plus sentir autour de Ningyuan-fu. Le 7 avril était, cette année, le jour où les Chinois vont faire leurs superstitions aux tombeaux. Le mandarin avait fait placarder des affiches, engageant la population à garder cette pieuse coutume et promettant de la protéger. Au jour dit, en effet, un millier de gardes nationaux se joignirent à la foule et prirent la direction du cimetière. Mais voici quà quelques centaines de pas de la ville, on aperçut tout à coup dans un vallon assez rapproché une trentaine de Lolo : ce fut un sauve-qui-peut général, une fuite éperdue vers la ville.

    Le même jour, près de Tchang-mou-tsen, deux on trois cents Lolo entourèrent un groupe de maisons et y mirent le feu : 12 personnes furent brûlées, et 3, échappées aux flammes, furent emmenées captives dans la montagne.

    Il y a quelque temps se présentait à la mission de Ningyuan-fu un grand jeune homme, tête ébouriffée, pieds nus, couvert de haillons. Père, dit-il, je mappelle Fong Loutse ; enlevé par les Lolo à Yang-tsao-pa je ne sais depuis combien dannées, lavant-dernière nuit, pendant que tout le monde dormait, je me suis sauvé, marchant la nuit, me cachant le jour ; ce matin, à laurore, je suis arrivé à une dizaine de li de la ville ; craignant les Lolo des environs, jai attendu jusquà maintenant pour venir ici, et chacune de ses phrases était entrecoupée par les mots : La Sainte-Vierge ma sauvé ! Renseignements pris, il sagissait bien, en effet, du fils de Fong Uingan, catéchiste de Yang-tsao-pa, capturé en 1917 avec son père et une fille de la Sainte-Enfance qui venait dêtre mariée dans la famille Yuen. Le catéchiste, trop âgé pour rendre service comme esclave, avait été roué de coups, puis renvoyé chez lui. En se séparant de son fils, alors âgé de 14 ans, il lui avait fait promettre de ne pas oublier ses prières et de penser souvent à la Sainte-Vierge. Lenfant sen souvint, et la bonne Mère vient de prouver quelle sait protéger ceux qui ont confiance en elle.

    Yunnan

    Notre jeune confrère, le P. Ducotterd, désormais capable de voler de ses propres ailes, est chargé du district de Longki jadis fief des PP. Chicard et Parguel, où il succède au P. Tay, décédé.

    Le 4 avril, Yunnanfu recevait M. Merlin, Gouverneur général de lIndochine. La réception fut grandiose : 21 coups de canon annoncèrent larrivée de lhôte éminent, et cest par des rues magnifiquement pavoisées que le cortège, précédé des troupes et de la musique militaire, se rendit au Consulat de France. Chaque journée fut marquée par des réceptions, des discours, etc. Plusieurs fois M. Merlin eut nu mot aimable pour la Mission et les missionnaires. Le 8 avril, le Gouverneur quittait Yunnanfu, laissant de sa visite la meilleure impression.

    Pendant ce temps, hélas ! Notre pauvre confrère le P. Piton, prisonnier des brigands depuis le 4 janvier, na pu encore recouvrer sa liberté. En vain, sur lordre de Monseigneur, le P: Salvat a-t-il cherché à se rendre à Taly-fu pour négocier la délivrance du captif, arrêté par les soldats, il ne put aller plus loin que Tapintse, où il dut se morfondre dans une inaction forcée. Le 11 avril, le P. Piton écrivait que sa situation était toujours la même, cest-à-dire des plus pénibles. Et les choses demeurent en létat.

    Nos trois Pères de Betharram, venant du Bas-Yunnan, où ils ont fait leurs premières armes, sont arrivés à Yunnanfu le 26 avril. Ils se sont rendus de là chez le P. Bougault, afin de voir de près lévangélisation de cette intéressante région ; ils y demeureront jusquau retour de Monseigneur après le Concile de Shanghai et recevront alors une destination définitive.

    Kouytcheou

    La ville et la résidence de Chetsien, ainsi que lannexe de Louikiaten, ont été mises à sac, le 23 mars dernier, par la même bande de pirates qui, le 26 février précédent, avait mis à mal la ville et léglise de Meytan où réside le P. Bacqué. Cest lamentable : les murs et les toits seuls sont demeurés intacts. Les pauvres chrétiens sont dans la misère noire. Un petit secours a été envoyé aux sinistrés, mais quid inter tantos ? Quelques chrétiens, dont le pharmacien de la Sainte-Enfance de Chetsien, ont été emmenés comme otages. Le P. Puech, chargé de ce district qui navait pas vu de missionnaire depuis un an, sétait mis en route pour se rendre à Kouiyang, quelques jours avant le pillage. Il est présentement ici, malade du malheur de ses chrétiens. Le P. Bacqué, qui a été une première fois pillé par les pirates le 26 février dernier, et une deuxième fois le 11 mars suivant par les soldats yunnanais de larmée dite régulière, écrit quil a obtenu une concession dans les grottes où se réfugient les habitants de Meytan. Il sy rendra si le danger est imminent.

    Un orage, dune violence sans précédent, sest abattu sur Kouiyang et la banlieue. La grêle a littéralement haché les récoltes de printemps encore sur pied. Lopium, le blé, le colza sont anéantis. Les tuiles des toits et les vitres des fenêtres sont réduites en miettes. Lhuile et la farine sont déjà hors de prix, et lon ne trouve plus à se procurer ni tuiles ni vitres.

    Au milieu de toutes ces misères, la Providence nous ménage cependant quelques consolations. Nos bonnes Surs canadiennes, qui ont ouvert un dispensaire le 11 février dernier, font des conversions avec leurs remèdes. Des familles soignées par elles demandent à entendre lexplication de la doctrine. En ville de Kouiyang, les Surs ont une renommée extraordinaire, et cette renommée sétend dans les campagnes environnantes : il leur vient même des malades depuis Tsintchen, à 60 ly de la capitale.

    Au mois de septembre de la présente année, la Mission du Kouytcheou célébrera le cinquantenaire de lérection dune chapelle en lhonneur de la Sainte-Vierge, sous le vocable de Notre-Dame de Liesse. A cette occasion, Mgr Seguin a fait éditer une brochure résumant; en quelques pages, lhistorique du pèlerinage et du sanctuaire. Mais, hélas ! À cause des troubles, il est bien à craindre que lon ne puisse fêter cet anniversaire avec toute la solennité que missionnaires, prêtres indigènes et fidèles désireraient y apporter.

    Vu létat troublé du Kouytcheou, Mgr Seguin a jugé que sa présence était nécessaire au milieu de ses fidèles et, de ce fait, na pu se rendre au Concile de Shanghai.

    Lanlong

    Par décision de Mgr le Préfet Apostolique, le P. Joseph Esquirol est nommé curé du district de Tchenfong, laissé vacant par la mort de notre doyen ; le P. Aloys Schotter. Le P. Doutreligne, récemment revenu de France, où il était allé refaire sa santé gravement compromise par 15 ans de ministère dans ce pays particulièrement malsain, remplace le P. Esquirol dans le district de Ouangmou.

    La veille du jour des Rameaux, la ville et la campagne de Hin-y-hien ont été battues par une grêle dune grosseur dont on navait pas vu la pareille depuis 30 ans. La seule mission catholique a eu au moins dix mille tuiles brisées. Les récoltes de printemps sont anéanties. Ce nest pas regrettable pour lopium, qui nest pas une denrée alimentaire, mais comment remplacer les céréales ? La perspective nest pas gaie pour les malheureux fermiers des campagnes.

    Le Jeudi-Saint, Mgr Carlo sest mis en route, via Yunnan, pour se rendre au Concile général de Chine. Il a rencontré en chemin de nombreuses troupes yunnanaises se rendant au Kouytcheou. Les soldats ne lui ont heureusement pas suscité de difficultés, sauf une fois où ils semparèrent du porteur de ses bagages resté à cent mètres eu arrière. Les cris du malheureux firent arrêter Monseigneur qui, sétant interposé, réussit à faire relâcher le bonhomme, content de suivre un Européen plutôt que les soldats.

    Canton

    Le dimanche 11 mai, belle et touchante cérémonie religio-patriotique à la Cathédrale : cétait la fête de Jeanne dArc. Dans un cortège composé des enfants des écoles paroissiales, filles et garçons, la statue de la sainte héroïne fut triomphalement portée à léglise. Le corps consulaire, spécialement invité par M. Goubault, Consul de France, les résidents français et autre nationaux suivaient lofficiant. La fanfare du Collège nie put prêter son concours, à cause de la grève des étudiants, qui, deux jours auparavant venait de mettre le collège en désordre. Les élèves de lEcole du St.-Esprit singénièrent pour combler ce vide : une centaine de ces jeunes filles, habillées en costume de circonstance, entouraient la statue de la Pucelle. Au perron de la Cathédrale eut lieu la remise de lEtendard avec des chants appropriés : quand lofficiant fut arrivé au porche de léglise, M. le Consul de France prit en main létendard de la Pucelle et le présenta au prêtre. Pendant ce temps les cloches sonnent, le chant à lEtendard est enlevé par près de cent voix. Pendant la Messe, furent chantés quelques morceaux de musique vraiment goûtés des assistants. A lEvangile, sermon de circonstance. Apres la Messe les jeunes filles, groupées auprès de la statue de la Sainte, chantèrent un magnifique morceau : les Voix de Jeanne. Nos catholiques chinois ont été impressionnés par cette cérémonie, témoignage de lamour de la France pour celle dont la mission fut de la sauver.

    Au collège du Sacré-Cur, grève des étudiants, commencée le Vendredi 9 mai, à la suite du renvoi dun professeur plutôt communiste, qui avait déjà semé sa doctrine parmi les élèves. Ce même jours 200 étudiants quittent le collège à midi, se rendent à lEcole Normale et tiennent meetings sur meetings. Le renvoi de 30 pensionnaires par le Frère Directeur ne fait quenvenimer la situation ; des externes sont exclus à leur tour. Ils décident alors dinterdire lentrée du collège à tout étudiant qui voudrait reprendre ses études. Les rues avoisinant le collège sont gardées par des groupes délèves rebelles, et impossible de faire cesser ces agissements. Le Collège du Sacré-Cur suit les exemples de lécole protestante de la Trinité et de lEcole de médecine de lhôpital Koung-yi.

    Cette jeunesse semble poussée et encouragée par les communistes, qui hélas ! Pullulent dans Canton. Attendons les événements.

    Se rendant de Kouangtcheouwan dans son district, le P. Ford, de Maryknoll, a été dévalisé par les brigands. Grâce aux démarches des autorités françaises de Kouangtcheouwan, il a pu rentrer en possession de la plus grande partie de ses bagages.

    Après 17 mois de souffrances courageusement supportées, le P. Péric sest éteint pieusement le 7 mai au matin.

    Swatow

    Après un mois daccalmie les mouvements de troupes recommencent, mais en sens inverse ; on croyait ces messieurs installés au Foukien pour longtemps, et voilà quon les reconduit à la frontière un peu lestement, au grand désespoir de ceux qui auront à les héberger à leur passage.

    La peste bubonique a fait son apparition dans plusieurs districts de lintérieur. Cependant les chaleurs un peu prématurées du mois de mai semblent vouloir arrêter le développement des microbes.

    Kouangtong Occidental

    Non sans efforts ni démarches, on avait réussi à trouver les logements indispensables pour assurer le bénéfice dune retraite aux 15 confrères de la Mission du Kouangtong Ouest. Faute de local ces exercices nont pu se faire depuis le sacre de notre évêque, il y a deux ans. Grâce à la bienveillance de notre Administration, nous aurions pu nous loger dans 4 maisons, dont une seule appartient à la. Mission. Il a fallu, pour faire échouer ces plans si longuement et si laborieusement échafaudés, une perturbation imprévue dans le service du courrier qui nous relie avec Hoihow, Pakhoi et Haiphong. Nos confrères ont été ainsi empêchés de prendre le bateau au temps marqué. Comme Mgr devait lui-même sembarquer sans retard pour assister au Concile de Shanghai, la retraite a dû être remise sine die. Retrouverons-nous une autre fois les favorables circonstances qui auraient permis cette retraite ? Souhaitons-le... Une fois de plus nous sommes bien obligés de constater le dénuement de notre Mission, réduite à escompter dexceptionnelles chances, pour procurer à ses membres les bienfaits dune retraite pourtant obligatoire.

    Si nous avons été privés de cette agréable et pieuse réunion générale, par contre deux confrères, avertis de la carence du courrier, avaient pu devancer lépoque fixée. Grâce à leur présence, renforcée encore par le retour de France des PP. Cellard et Marqué, et celui du P. Poulhazan qui nous revient de Béthanie plus solide que jamais, on a pu donner aux offices de la Semaine-Sainte et à la fête de Pâques une ampleur que linsuffisance du personnel permet rarement. Chants et cérémonies ont été, on petit lassurer, en harmonie avec le renfort si opportunément survenu et avec la splendeur des vêtements liturgiques dus à la munificence dune famille chrétienne de Fort-Bayard.

    Si nous jetons maintenant un regard sur les événements extérieurs, nous trouvons, hélas ! Le pays toujours en proie à lagitation et au trouble. De toutes parts on signale linsécurité et la terreur égale quinspirent soldats et pirates. Jai dit précédemment le guet-apens dressé en pleine ville de Louitcheou contre quelques chefs-pirates de cette région. Ivre de fureur, le reste de la bande sest retiré, dans le sud de la presquîle et terrorise ce malheureux pays. Une expédition a été organisée contre eux, pour tenter de les exterminer ou de les jeter à la mer, mais nous venons dapprendre (puisse la nouvelle nêtre pas confirmée !) Linsuccès des troupes envoyées contre ces brigands. On assure quelles auraient perdus plus dune centaine de morts, des blessés en nombre et même plusieurs officiers, dont lun, capturé vivant, aurait été dépecé. Dans la région de Onpou ; en Shekshing, les dévastations ont été accomplies par les soldatS eux-mêmes, qui récemment se sont jetés sur les villages qui avoisinent ce port et les ont ravagés de fond en comble, se conduisant au moins aussi atrocement que les bandes quils ont pour mission de réprimer.

    Je ne puis omettre de signaler lépilogue de laffaire de pillage dont furent victimes nos confrères de Maryknoll, en sen retournant dici à Muilok. Grâce à lénergie et au savoir-faire du Commandant de la Garde Indigène de Potao, M. Gafforj, quune longue expérience sert à souhait, presque tous les objets enlevés et la totalité des sommes disparues ont été restitués et rendus à leurs légitimes propriétaires. La Mission de Fort-Bayard se doit dexprimer sa reconnaissance, tant en son nom quau nom de nos confrères Américains, à lAdministrateur en Chef du Territoire et à lintrépide M. Gafforj, pour leur action aussi prompte quefficace.

    Kouangsi

    Le samedi, 12 avril, Mgr Ducur a conféré le diaconat à trois grands séminaristes.

    La guerre civile a recommencé dans le Nord-Est de la province entre les légitimistes, partisans du Maréchal Lou Yongtin, et les révolutionnaires, partisans de Sun Yatsen de Canton. Des combats violents se livrent autour de Kouylin et cette ville importante est lenjeu de la victoire.

    Actuellement elle reste aux mains des légitimistes. Plusieurs bombes ont été lancées sur la ville par 1es révolutionnaires et ont causé des dégâts importants. La mission catholique a été atteintes mais, grâces à Dieu, il ny a pas de morts à déplorer.

    Dans le reste de la province il y a tranquillité relative. A Nanning Monseigneur en a profité pour organiser une école de filles, qui compte quatre-vingts élèves et qui donne pleine satisfaction.

    Monseigneur sest embarque le 22 avril pour se rendre au Synode général de Shanghai.

    En passant à Kouyhien, S.-G. sarrêta quelques heures et visita le nouveau presbytère et la nouvelle église, dont la bénédiction solennelle na pu être faite encore. Tous les élèves des écoles dirigées par la Mission catholique étaient venus, musique en tête, recevoir Monseigneur au débarcadère.

    Tonkin Occidental

    Mgr Gendreau a reçu de S. R. le Cardinal Van Rossum, au sujet du journal annamite Trung Hoa, fondé par les Missions du Tonkin, la lettre suivante.

    S. Congr. de Prop. Fide

    Roma, 23 februarii 1924

    Illme ac Revme Domine

    Hæc Sacra Congregatio certior facta est a R. P. D. Henrico Lécroart in conferentiis episcopalibus in urbe Phát-Diêm habitis statutam fuisse fundationem ephemeridis catholicæ cui nomen Trung-Hoà...

    Hoc propositum apprime laudat hoc S. Consilium christiano Nomini propagando, quippe quod ex sui natura multum prosit ad actionem catholicam etiam in istis regionibus fovendam.

    Supra fundatores igitur vel promotores, et omnes qui quocumque modo in bonum ephemeridis operam conferunt vel eidem favent, libenter Dei benedictionem invoco, dum tibi a Deo O. M. fausta omnia adprecor.

    G. M. Card. VAN ROSSUM, Præf

    S. S. Pie XI vient de conférer à S. Exc. Vu-Quang-Nha officier de la Légion dHonneur, le titre de Chevalier de lOrdre de Saint-Grégoire, avec la croix, le brevet et lépée, pour les services rendus à lEglise catholique. Nous adressons nos sincères félicitations à S. Exc. pour la haute distinction dont elle est lobjet.

    Les fêtes de Sainte Jeanne dArc ont été célébrées partout avec léclat accoutumé. A la réception officielle à la Résidence, le P. Vuillard a fait, en présence de tous les Français et des autorités annamites, une conférence sur notre héroïne nationale.

    Haut Tonkin

    Le P. Tissot, complètement remis de ses blessures et de ses émotions est rentré dans son poste. Il gardera encore longtemps, sans doute, une raideur assez gênante du bras gauche, mais il sestime néanmoins heureux de sêtre tiré à si bon compte de cette terrible aventure.

    La tournée de confirmation de Mgr Ramond sest terminée chez les nouveaux chrétiens du P. Pierchon, échelonnés tout le long de la Rivière Noire. S. G. a tenu à aller visiter chez eux ses nouveaux enfants. Parti à 9 h. du matin de Tong-Thai, résidence du Père, le cortège, pittoresque et bruyant, allait de village en village, en suivant la grandroute qui les traverse ou les longe tous, et sarrêtait partout où se trouve une chrétienté, si petite soit-elle. Le ciel sétait mis en fête, lui aussi ; mais, quand le soleil se montre, il devient vite gênant. Aussi, vers les 3 h. de laprès-midi, tout le monde était à bout de forces et trois petites chrétientés nouvelles ne purent recevoir la visite tant désirée. Ce sera pour la prochaine fois.

    Le matin, avant le départ, avaient en lieu la Première-Communion et la Confirmation dune centaine denfants et de quelques adultes.

    La veille, S. Exc. le Tong-Doc (gouverneur) de la province de Son-Tay, très fervent chrétien, venu avec sa famille pour saluer Monseigneur, avait profité de son passage pour encourager les nouveaux chrétiens et dire aux bouddhistes combien il serait heureux de les. voir suivre lexemple de leurs parents et amis devenus enfants de lEglise.

    Le soir du Jeudi-Saint, vers 6 heures, un violent orage se déchaînait sur la région de Hung-Hoa ; de gros nuages noirs poussés par la tempête, crevant subitement, laissaient tomber une avalanche de grêlons de grosseur telle que de mémoire dhomme on nen avait vu de pareils : beaucoup étaient gros comme le poing et tout hérissés de longues aiguilles. Les dégâts sont incalculables. Léglise de Thach-Khoan a vu son épaisse toiture quasi anéantie. Et, à travers. la vaste plaine, une route nouvelle semble avoir été tracée là où, la veille encore, de beau riz en fleur ondulait mollement sous la brise du soir.

    Cochinchine Orientale

    Mgr Grangeon, ayant besoin dun repos prolongé, est parti pour Dalat le 25 avril et ne reviendra que vers le milieu de juin.

    Le 2 juillet, le P. Panis célébrera ses noces dor sacerdotales. Celles du P. Mathey auront lieu probablement dans le courant de juin, après le retour de Monseigneur.

    Cochinchine Septentrionale

    Pendant la semaine de la Passion, le P. Morineau, curé de Cô-Vuu près de Quang-Tri, est allé faire un voyage non moins agréable quutile dans la région de Lao-Bao ou Ai-Lao, sanctifiée jadis par lexil du Bx Jaccard et du P. Odorico, qui, lui, y mourut le 25 mai 1834 sans avoir remporté la palme du martyre comme son glorieux compagnon. Aujourdhui quelques heures dauto et lon est arrivé à Lao-Bao, alors que jadis, à lépoque de nos vénérables confesseurs de la foi, il fallait plusieurs jours ! Le P. Morineau y a entendu les confessions de quelques miliciens et prisonniers catholiques du pénitencier, leur a fait gagner leurs Pâques, comme disent nos bons Méridionaux, et y a même baptisé un prisonnier. Après avoir passé deux jours au poste de la garde indigène, commandé par un Européen, il sest avancé jusquà Tchépone, le premier poste français du Laos limitrophe de la province de Quang-Tri. Lao-Bao relève administrativement de lAnnam ; mais, au point de vue religieux, il est soumis à la juridiction de Mgr Gouin. Cest donc grâce à une entente entre les deux Vicaires Apostoliques de Hué et du Laos que le P. Morineau a pu y exercer son ministère et, en même temps, faire une promenade fort intéressante.

    Les fêtes de la Semaine-Sainte et de Pâques ont été célébrées avec ferveur dans toute la Mission. Nos chrétiens annamites ont suivi assidûment les longues prières des Ténèbres et se sont approchés en très grand nombre des sacrements de Pénitence et dEucharistie. A la paroisse française de Hué, le P. Lalanne, de la Cochinchine Orientale, a donné, du 14 au 19 avril, une petite retraite préparatoire à la communion pascale. Ses instructions, très simples et tout à fait doctrinales, ont été fort goûtées de nos compatriotes. Fécondées par la grâce divine, elles ont certainement contribué à ramener à la maison du Père céleste plusieurs enfants prodigues qui sen étaient éloignés ou qui du moins ne sétaient pas approchés depuis longtemps de la sainte Table. Au ciel, et aussi sur terre, ça été sûrement une grande joie. Le jour de Pâques, léglise était comble. Le P. Maheu, venu se reposer deux jours au milieu de nous des fatigues et des soucis que lui cause son imprimerie, a bien voulu accepter de prêcher à la messe paroissiale. Il na eu quà laisser parler son cur dapôtre pour conquérir son auditoire. Les chants exécutés par le P. Lalanne et la chorale de la paroisse, les morceaux de violon et de flûte joués par des artistes de la Cour ont également contribué à donner à cette grande fête une solennité toute spéciale. Aussi les Français de Hué ont-ils été enchantés de leur Pâques de 1924. Plaise à Dieu quils en gardent une impression salutaire !

    Le 28 avril, sous la présidence honoraire de Mgr Allys et effective du P. Chabanon, les délégués des diverses missions de lIndochine française et du Siam se sont réunis à Hué pour unifier les prières annamites. Les Missions dominicaines étaient représentées à cette réunion par le R. P. Moreno, Vicaire provincial du Tonkin Central et un prêtre indigène de la même Mission ; les nôtres le sont par le P. Herrgott. provicaire du Cambodge, le P. Dalaine du Tonkin Méridional, le P. Bourlet, du Tonkin Maritime, le P Lalanne, de la Cochinchine Orientale et trois prêtres indigènes de Siam, de Saigon et du Haut-Tonkin.

    Cambodge

    Le Jeudi-Saint, Mgr Bouchut a béni les saintes Huiles à la cathédrale en présence dune affluence considérable. S. G. a pu supporter sans trop de peine la fatigue de cette longue cérémonie, ce qui nous donne bon espoir pour le rétablissement complet de sa santé.

    Le lundi de Pâques, notre Provicaire, le P. Herrgott, partait pour Hué, en vue de prendre part à la réunion des représentants de toutes les Missions dIndochine pour lunification des prières annamites.

    La station de Bockor attire toujours beaucoup de villégiateurs. Récemment plus de cinquante, venus pour la plupart de la poussiéreuse ville de Phnompenh, y respiraient avec délices lair frais et salin. Sur le désir exprimé par bon nombre dentre eux, un missionnaire alla y célébrer la sainte Messe le jour de Pâques.

    Siam

    Notre Provicaire, M. Colombet, est parti pour Saigon consulter un oculiste et suivre un traitement dans le but de fortifier ses yeux considérablement affaiblis depuis quelque temps. Puisse notre vénéré doyen, qui porte si vaillamment ses 75 ans, conserver la vue, pour lui permettre de continuer le ministère actif considérable qui lui incombe et auquel il se dévoue avec une sollicitude inlassable.

    Nous avons le plaisir de posséder en ce moment le R. P. Shebesta, collaborateur de la Revue dethnologie et de linguistique bien connue, lAnthropos. Son but est détudier deux tribus primitives qui existent encore dans la presquîle malaise, les Semang et les Sakai. Quelques groupes appartenant à ces deux tribus se rencontrent en territoire siamois, dans les provinces de Pattalung et de Pattani, où le patient et distingué ethnologue va sefforcer de les rejoindre. Il se propose de rester dans ces régions le temps nécessaire pour réaliser le but de sa mission. A noter que cette expédition scientifique est entreprise sous les auspices du Souverain Pontife, faisant comprendre ainsi lutilité que la science ethnologique peut procurer à lévangélisation des peuples. Le Père commun des fidèles ne reste indifférent à aucune branche des connaissances humaines ; en lui le savant aide lapôtre.

    Le P. Juglar sapprête à faire un voyage en France. Ayant quitté lEurope depuis 33 ans, notre confrère trouvera sans doute bien du changement depuis lors. Nous prions potin nos chers absents : que lair du pays natal leur rende de nouvelles forces, afin quils puissent nous revenir et travailler avec un nouvel entrain au bien des âmes !

    Malacca

    Notre Evêque et son Coadjuteur sont encore sur la liste des malades, lun à Singapore, lautre à Montbeton, Mgr Barillon souffrant toujours de son épuisement nerveux, Mgr Perrichon attendant encore la guérison qui lui permettra de rentrer en Mission. Nous aussi, il nous tarde de voir revenir notre Bispu kechil, dont la présence renouvellerait sans doute encore le miracle accompli en 1921 lorsque le Coadjuteur élu, descendant à Singapore, y apporta la guérison à notre vénéré Pasteur.

    Pour faire sa modeste partie dans le concert des malportants, le Vicaire général sest foulé le pied et, en sa qualité de sexagénaire, doit en souffrir nue soixantaine de jours durant. Telle est, du moins, lopinion du Dr Gazeau. Avis donc aux confrères de se payer des entorses pendant quils sont encore jeunes. Cela ne les empêchera nullement de recommencer dans lâge mûr et plus tard encore, si le cur leur en dit.

    Les Autorités, on le voit, donnent le mauvais exemple sur toute la ligne. Mieux inspiré est notre cher doyen, le P. Belliot, modèle de santé et de bonne humeur ; jeune encore malgré ses 76 étés (en Malaisie on ne peut parler de printemps). Demandez-lui des nouvelles de sa santé, il vous répondra : Mais cela va comme a 20 ans. Les plus jeunes nont quà emboîter le pas derrière le fidèle serviteur du grand St. Joseph de Bukit Timah.

    Quelques changements à enregistrer : nouveaux titulaires à lAssomption, à Balek Pulau, aux Douleurs et à Pulo Tikus, ainsi quà St-Jean de Kuala-Lumpor. Notre Benjamin, après avoir fait quelques mois danglais à Pinang, vient dêtre envoyé comme assistant au P. Le Mahec, qui va linitier aux beautés de la langue tamoule.

    Changement dadministration à lHôtel des Trois Marmites de Tanjong. Mais Messieurs les Voyageurs nont rien à craindre ; ils y trouveront toujours même accueil fraternel, mêmes soins, même amabilité. Le nouveau manager, sans faire oublier lancien, le remplacera admirablement.

    Les Dames de St-Maur viennent douvrir à Klang, dans lEtat de Salangor, leur huitième couvent en Malaisie : 50 élèves dès le premier jour. Beau commencement, qui fait espérer un brillant avenir au nouvel Etablissement.

    Birmanie Septentrionale

    La maladie des conférences sest communiquée à la Birmanie. Des commissions, nommées par le Gouvernement pour étudier les grands problèmes du jour finances, agriculture, irrigation, criminalité, etc. parcourent les principaux centres, consultent les autorités locales, écrivent de longs rapports. Quel en a été le résultat jusquici ? Lhistoire de la montagne en travail. Nos nouveaux gouvernants ont certes de louables intentions ; mais ils ne doutent de rien et se sentent capables de tout. Ils veulent donc graisser les essieux par trop rouillés du char de lEtat, voire le remettre à neuf. Réussiront-ils ?...

    Une conférence, plus intéressante pour nous, sest tenue à Mandalay en avril dernier. Elle nous a procuré le très vif plaisir de posséder au milieu de nous pendant quelques jours le sympathique et toujours souriant Mgr Perroy. Il sagissait, cette fois, de faire la chasse aux araignées qui ont élu domicile aux plafonds des écoles vernaculaires. Chaque membre de la commission y alla de son coup de balai ; mais, comme Monseigneur est un expert en la matière, il a passé toute sa vie de missionnaire à éclairer les petits cerveaux birmans, cest lui qui de son incontestable autorité appuya le plus fortement sur certaines réformes urgentes.

    De temps en temps des bandes de brigands du Yunnan soffrent le plaisir dune razzia en territoire birman. Namkham, à quelque 60 km. au sud-est de Bhamo, fut, lan dernier, victime de leurs déprédations. Le bruit ayant couru quils se préparaient à une nouvelle incursion, le gouvernement a lancé contre eux une troupe de sepoys, qui se promet, si elle en a loccasion, de leur donner une bonne rossée et de leur enlever toute idée dy revenir.

    Pondichéry

    Patron du district de Thely, saint Joseph y a été dignement fêté. Un triduum de prédications avait préparé les chrétiens à la fête. La petite église avait revêtu une parure toute nouvelle de guirlandes et doriflammes. Le P Planat chanta la grandmesse. Le soir, bénédiction et inauguration de la nouvelle Ecole Saint-Joseph. Après avoir été bénit à léglise, un grand Christ fut transporte solennellement à lécole : quatre petits enfants de chur, ravissants dans leur complet rouge, eurent lhonneur de le porter. Après la bénédiction du nouveau bâtiment et le panégyrique de saint Joseph, une grande procession parcourut les rues du village. Le salut du Saint-Sacrement clôtura cette-belle journée. Le lendemain, jour de louverture de lécole, 15 enfants de caste sy faisaient inscrire. Cest déjà la récompense due au zèle du P. Sacré, le vaillant curé de Thely.

    Le dimanche 18 mai, Mgr lArchevêque a ordonné un prêtre (de Kumbakonam), deux diacres (un de Pondichéry et un de Mysore) et 4 sous-diacres (deux de Pondichéry et deux de Kumbakonam).

    Notre école de Yercaud, Montfort School, dirigée par les frères de Saint-Gabriel, a vu tous les candidats quelle a présentés aux examens de Cambridge réussir : 2 pour le Senior (dont un avec mention) et 7 pour le Junior (dont 4 avec mentions).

    LEcole des Surs de S. joseph de Cluny a présenté deux de ses élèves à lexamen du brevet élémentaire : les deux ont été reçues.

    Maïssour

    Notre Collège Saint-Joseph de Bangalore soutient sa réputation en continuant la série de ses succès : cette année, sur 15 élèves présentés au Senior de Cambridge, 15 ont été reçus, dont 5 avec mentions ; au Junior, 10 sur 14, dont 4 avec mentions ; au Preliminary, 15 sur 21.

    Rome

    Le 31 mars, M. Candau a passé lexamen oral requis pour obtenir le doctorat en philosophie de lAcadémie de Saint-Thomas ; il avait quelque temps auparavant subi lépreuve écrite. Il a été reçu avec la mention bene.

    La réunion du Conseil Supérieur de la Propagation de la Foi a eu lien. Il a été décidé que lattribution des subsides se ferait, comme précédemment, en bloc à chaque Société de missionnaires.

    Séminaire de Paris

    Le 17 mars, le R. P. Pinard de la Boullaye, S. J., a fait aux aspirants une conférence sur lethnologie religieuse. Limportance de cette science au point de vue apologétique néchappe à personne et les missionnaires sont bien placés pour recueillir les documents que les spécialistes se chargeront dutiliser.

    A loccasion de la Congrégation générale qui sest tenue à Rome le 18 mars, pour lexamen de la cause des Vénérables Imbert, Maubant, Chastan et leurs compagnons, martyrs de Corée, le St. Sacrement a été expose pendant la matinée de ce jour dans nos deux communautés de Paris et de Bièvres.

    Mgr Schoepfer na pas voulu quitter la rue du Bac sans donner une belle image et sans adresser quelques mots aux aspirants. Il les a vivement intéressés par une première histoire et gracieusement a promis la suite pour lannée prochaine.

    Pour la préparation de lExposition Vaticane, un sous-comité central sest constitué en janvier à Rome ; il comprend un Jésuite espagnol, un Franciscain beige, un Père du Verbe-Divin allemand, un Père de Scheut belge et un Prêtre des Missions-Étrangères de Paris, le P. Mollat. Ce sous-comité sétant partagé lorganisation de la partie centrale, a attribué au P. Mollat la Salle dés Martyrs commune aux diverses Sociétés.

    Mgr le Supérieur, après avoir assisté le 20 aux funérailles de M. le Curé de la Madeleine, sest rendu le dimanche 23 à Solesmes pour une abjuration de schismatique et le lendemain à Angers, au monastère de lEsvières des Franciscaines de Ste-Marie des Anges, pour la prise de voile dune jeune parente.

    Le 27, Sa Grandeur assistait au sacre de Mgr Grumel à Chambéry. Le nouvel évêque de St-Jean de Maurienne est lancien supérieur de lInstitution N.-D. de la Villette de la Ravoire, près Chambéry. Il sest montré très dévoué pour les jeunes postulants que nous avons dans cette maison, où de vieille date ont fleuri de belles vocations. Ensuite, accompagné du P. Depierre, Monseigneur sest rendu à Marseille, où Sa Grandeur, sous les auspices de la Géographie et devant un public très nombreux, a fait à la Faculté des Sciences une fort intéressante conférence sur Les Lolos insoumis du Setchoan et a donné à léglise St-Charles une conférence sur lévangélisation actuelle en Mandchourie et en Sibérie.

    Les PP. Gérard et Chambon ont présidé des fêtes de Ste-Enfance soit à Argenteuil, St-Etienne-du-Mont, Vanves, soit à St-Jacques. St-Christophe de la Villette, ou donné des conférences à Rosny-sous-Bois et à St-Merry.

    Admission : M. Colin, séminariste-soldat de Bayeux.

    Le P. Roulland nous écrit de Dormans : Le 12 mars, jai fait un pèlerinage à St-Jean-sur-Tourbe et jai prié sur la tombe du cher Père Compagnon, tué au Mesnil. Il repose dans un cimetière national contenant plus de 1.000 tombes. Sur la croix blanche de notre confrère jai lu : Père Compagnon, 8 R. A., mort pour la France Il repose dans la Champagne Pouilleuse, sur les limites est du camp de Châlons, à louest de Valmy et de lArgonne, à 8 km. du Mesnil, où il fut tué par un obus.

    Nous rappelons à cette occasion que lanniversaire de la mort du regretté Père Compagnon est le 21 septembre. Durant le mois de Mars nous avons eu, le 6, lanniversaire de la mort du P. Auger de Hakodaté et le 17, celui du P. Meng de Corée.

    Après avoir passé un mois dans leur famille, nos trois Partants sont rentrés au Séminaire et mettent la dernière main à lexpédition de leurs colis.

    La cérémonie du Départ est fixée au lundi 28 avril.

    Deux aspirants sont actuellement en traitement à lhôpital Notre-Dame de Bon-Secours. Ils sont en bonne voie de guérison et reprendront sous peu le cours de leurs études.

    Rentré de Marseille le 2 avril, Monseigneur recevait le lendemain : le visite de Mgr Lagier, Directeur de luvre des Ecoles dOrient, qui lui apportait de la part du Saint-Père une fort belle aumône. Sa Sainteté, très touchée de la générosité de la Mission de Mandchourie Septentrionale, envoyant à ses frais en France, un Russe converti pour y faire ses études ecclésiastiques, tenait paternellement et spontanément à prendre la dépense à son compte.

    Le capitaine Mac Cullagh, auteur du très intéressant volume The Bolshevik persecution of Christianity, est venu en offrir un exemplaire à Monseigneur, qui la invité à déjeuner chez des parents. Correspondant du New York Herald et présent comme tel aux procès religieux de Moscou, le capitaine témoigne de la noble attitude des prélats catholiques, qui seuls nont pas défailli devant les menaces des Rouges.

    Monseigneur et le P. Chambon ont passé la journée dut 9 à Amiens, où de nombreuses bienfaitrices sintéressent à luvre des Partants. A linvitation du distingué et sympathique supérieur du Grand-Séminaire, le Chanoine Lamy, Monseigneur a fait une lecture spirituelle aux séminaristes. Il a aussi présidé, le 14, à Issy-les-Moulineaux, à une belle manifestation de foi à loccasion des exercices de la mission prêchée dans cette paroisse par les missionnaires diocésains.

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    1924/386-407
    386-407
    Anonyme
    France et Asie
    1924
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