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Chronique des Missions et des Etablissements communs 5

Chronique des Missions et des Etablissements communs. Tôkyô
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs.

    Tôkyô

    Il nous est difficile de dire à quel chiffre arrive le montant des secours qui sont déjà parvenus à la Mission de Tôkyô. Mais nous croyons en savoir assez pour pouvoir ici, sans indiscrétion, exprimer notre reconnaissance, aux Missions voisines et même éloignées qui se sont déjà intéressées à nos infortunes, ainsi quaux âmes généreuses dEurope et dAmérique dont les dons seraient ou bien parvenus ou bien annoncés. En espérant que cette générosité, trouvant des imitateurs, leur sera continuée, les missionnaires sinistrés pourront sans doute installer un peu moins provisoirement leur église et même leur résidence, et attendre patiemment les jours meilleurs où il leur sera loisible de rétablir leurs postes et leurs églises à linstar dautrefois.

    Dautre part, les missionnaires ne peuvent guère compter, pour les aider, sur les ressources indigènes. Ils sont, sous ce rapport, il faut lavouer, dans un état dinfériorité notable vis-à-vis de leurs chères Sociétés auxiliaires denseignement. Nous sommes heureux de publier laide que celles-ci ont trouvée dans les familles de leurs élèves et anciens élèves, dont la plupart, quoique encore païens, ont gardé des sentiments de reconnaissance envers lAlma Mater qui les a élevés, et grâce à laquelle, en partie, un certain nombre actuellement occupent de bonnes positions sociales. Les Dames du Sacré-Cur avaient déjà pu recueillir parmi leurs anciennes élèves une somme de 100.000 yen, qui les avait mises à même de rétablir de suite les bâtiments scolaires nécessaires. Les Frères Marianistes viennent de lancer à leur tour une souscription qui actuellement a dépassé 85.000 yen et atteindra, espère-t-on, au moins 120.000 yen. Evidemment ces secours ne suffiront pas pour la restauration complète de ces institutions ; mais ils leur seront du moins dune aide précieuse. Dautre part le Gouvernement japonais alloue des subventions à toutes les écoles et institutions charitables qui ont souffert du cataclysme. Ces subventions revêtent la forme dun prêt qui est consenti sans intérêt pendant cinq ans et doit être remboursé par annuités durant les trente années qui suivront, avec un intérêt de 5 %. Pour donner une idée de ces secours proportionnés aux pertes subies, il suffit de dire que létablissement des Marianistes reçoit 10.000 yen à ce titre. Par ailleurs, lAmbassadeur de France, M. Paul Claudel, semploie pour faire, allouer aux établissements français dinstruction une certaine quantité des bois de construction qui leur sont nécessaires.

    En 1920 Mme de la Sayette confiait à Mgr Baudrillart et à lInstitut Catholique de Paris le soin de décerner le prix Louis de la Sayette, fondé par elle, au religieux ou à létablissement religieux qui aurait rendu les services les plus importants à la France et à lEglise à létranger. Il a été décerné en 1923 aux établissements denseignement dirigés par les Marianistes au Japon, établissements qui ont fort souffert du tremblement de terre du 1er septembre dernier.

    Nagasaki

    Dans son Nº de mars, sous le titre : Nous doutons de la liberté de conscience, notre revue catholique, K (la Voix), a cité ce fait. Deux élèves catholiques ont été exclus du lycée dOshima-Naze pour avoir refusé dadorer le mi-koshi (sorte de tabernacle) du Kami (dieu) local. Voici les détails de laffaire, qui sest passée dans le département de Kagoshima et que maint journal a publiée, mais en général sans mauvais commentaires.

    Donc le 17 octobre 1923, cétait à Oshima-Naze la fête du dieu de lendroit. Le tabernacle, où son âme est censée résider, fut porté au rivage pour y recevoir les adorations de la fouie, à laquelle dut se joindre, pour la première fois, le lycée en corps, conduit par ses professeurs. Deux élèves catholiques obtinrent de leurs professeurs particuliers, hommes à esprit libéral, la permission de sabsenter de la procession : mais dès que cette permission fut connue du directeur et surtout dû sous-directeur, un fervent shintoïste sans doute, elle fut retirée et les deux jeunes gens, ainsi que leurs parents, furent moralement contraints de consentir à lacte de la procession.

    Devant lidole, au moment précis du commandement : adorez ! Tout le monde adora, sauf nos deux jeunes gens, qui tinrent leur tête droite, comme jadis Daniel dans un cas pareil, et adorant intérieurement le même Dieu que lui. Comme bien on pense, la chose fut fort remarquée. Les langues allèrent leur train ; mais, en général, nos deux courageux jeunes gens eurent une très-bonne presse parmi leurs camarades, dans la population de lîle et surtout dans les journaux de la localité, ce qui est à lhonneur du peuple japonais.

    Laffaire dormit trois mois. On la croyait finie, comme un petit volcan éteint, quand subitement, sous le nouveau ministère, le 21 janvier 1924, les deux jeunes gens furent sommés de sexpliquer en public sur ces deux questions posées au tableau noir :

    1º. Etes-vous disposés à obéir aux règlements de lécole ?
    Réponse : Oui, aux règlements justes.
    2º. Qui jugera si un règlement est juste ou non ?
    Réponse : Nous-mêmes pour les petites choses ; pour les grandes choses (sous-entendu : pour la question religieuse), nous en référerons à nos familles.

    Réponse habile et bien Japonaise, puisquun Japonais nagit ordinairement et même nexiste pour ainsi dire quen fonction de sa famille. Après cette réponse, ils furent définitivement exclus de lécole officielle.

    Un nouveau fait, contraire à la liberté religieuse, sest produit en mars dernier dans ce même lycée dOshima-Naze.

    Aux examens dentrée, un certain nombre décoliers catholiques sétant présentés, plusieurs ont été déclarés admissibles ; mais, avant de les admettre définitivement, les autorités scolaires leur ont posé la question : Participerez-vous aux Miya-sampai ? Cest-à-dire : irez-vous avec vos camarades en corps à certains jours de fête adorer nos dieux dans leurs temples ?

    Ils ont répondu non catégoriquement.

    Sur cette réponse, tous les catholiques ont été refusés, même ceux dont les notes étaient bonnes.

    Nous aimons à croire que le Japon ne voudra pas effacer de sa Constitution larticle 28, qui lui a valu jusquici honneur et profit, article garantissant à tous les Japonais la liberté de conscience et octroyé par lEmpereur Meiji-Tennô, dont il est un des meilleurs titres de gloire.

    Seoul

    Les derniers rapports du Bureau de lEducation disent quil y a actuellement à Tôkyô 930 étudiants coréens, soit 300 de plus quà la fin de lannée dernière.

    La fabrication des chaussures en caoutchouc devient de plus en plus florissante. En 1923, 4 millions de paires ont été vendues dans le pays, et près de 7 millions ont été exportées.

    Les écoles privées, même reconnues, devaient jusquà présent payer limpôt. Le Gouvernement Général est disposé à les en exempter désormais, si elles le demandent.

    A Hpyeng-yang une école secondaire protestante sest mise en grève.

    Taikou

    Pendant la seconde quinzaine de mars, Mgr Demange a été sérieusement indisposé. Les docteurs ont diagnostiqué, un mauvais fonctionnement des reins et de lintestin, qui, sil neût été prévenu à temps, aurait pu amener de graves complications. Grâce à une médication énergique, le mieux se fit sentir dès le 23 ; mais ce nest que le 4 avril que S. G. put célébrer la sainte Messe et reprendre peu à peu ses occupations ordinaires.

    Mandchourie Méridionale

    Lécole secondaire franco-chinoise caractères chinois de Moukden, continue à donner les plus belles espérances. Cette école, ouverte seulement depuis un an, compte déjà, à lheure actuelle, plus de 100 élèves, pleins dardeur à létude, comme au jeu.

    Ils nous ont fait, ces jours derniers, une agréable surprise, qui prouve autant leur esprit dinitiative que leur affection pour leur Directeur. Ayant appris quil était dusage de fêter le Patron des Pères, ils ont voulu, à loccasion de la fête de leur Directeur, le P. Sage, donner un témoignage de la reconnaissance quils ont pour ses attentions et son dévouement.

    Ils lont fait, et dignement. Le montant dune collecte site spontanément parmi eux a permis de couvrir largement les frais des bombes, des pétards et des fusées, ainsi que les autres dépenses inséparables de toute fête chinoise. Mais le clou de la fête a été une séance préparée en quatre jours et qui a eu un plein succès. Dans une réplique originale des Plaideurs de Racine, nous avons vu défiler, dans une uvre dautant plus méritoire que ces jeunes auteurs ignoraient luvre du Maître, toute la gent des tribunaux chinois, avec leurs caractères variés et surtout leurs défauts. Une autre pièce a mis en scène les résultats lamentables de léducation nouvelle en Chine, sans foi ni loi, et qui naboutit, la plupart du temps, quà faire des déclassés, si non pire. Enfin, les brigands étant à lordre du jour, nous avons eu, naturellement, une scène de brigandage des mieux réussies.

    Ces trois pièces, qui font honneur à lesprit dinvention et dobservation de leurs jeunes auteurs, ont été fort applaudies. Elles ont été également, pour les spectateurs, comme une révélation. En effet, la facilita délocution, le naturel des gestes et le jeu des physionomies ont révélé, en la plupart des acteurs, des artistes presque accomplis.

    Il nest pas douteux que si, pour la prochaine séance, on leur donne à interpréter une uvre de maître, à intrigue bien menée et à caractères bien tracés, ils ne sen tirent avec plus de brio encore.

    Puissent ces jeunes gens apporter dans leurs études autant dardeur et dapplication quils en ont mis à jouer leurs différents rôles, et on peut être sûr quils feront un jour autant dhonneur à leur pays quaux Maîtres dévoués qui les ont formés.

    Bref, la séance qua bien voulu présider Mgr Blois en personne, accompagné de sept de ses missionnaires, a été des plus instructives et des mieux réussies.

    Le mois davril peut être marqué par nous dune boule blanche. Ayant perdu tout espoir de voir venir, avant longtemps, de nouveaux confrères, il ne nous reste plus que la consolation de pouvoir nous réjouir au retour des anciens en Mission.

    Larrivée du P. Lamasse vient de nous donner cette joie. Le cher Père était parti depuis plus de deux ans. Il fit, dabord, un séjour assez prolongé à la maison de Nazareth, pour mettre la dernière main à son ouvrage : Tchoù tèng-kouò oûn caractères chinois. Son uvre achevée, il sembarqua pour la France. Après avoir pris un repos bien mérité dans sa famille, il continua à travailler pour sa Mission et pour les Missions, en faisant dans son diocèse des conférences avec projections.

    Enfin lheure du retour ayant sonné pour lui, il sest donné le plaisir et la pieuse satisfaction de faire un pèlerinage en Terre-Sainte. Il était présent, à Jérusalem, lors de la fameux bagarre suscitée par les religieux coptes, durant un Chemin de Croix.

    Il eut la bonne fortune de sen tirer indemne, mais non sans émotion, car une religieuse reçut, tout près de lui, une pierre sur la fête et tomba inanimée.

    Il rentre avec une foule de souvenirs très actuels et très intéressants, recueillis durant sa longue pérégrination, et qui, sous le titre de « Retour dun Missionnaire en Mission », pourraient intéresser les lecteurs du Bulletin. Mais il faudrait, pour cela, le décider à reprendre la plume. Je laisse à de plus éloquents que moi ce souci et ce succès.

    Il va réoccuper le poste quil avait fondé, à Tiehlìng avant la Boxe, et rétabli, après la tourmente, grâce à son dévoûment et, en grande partie, avec ses ressources.

    Puissent le beau site et le bon air de Tiehling, consolider sa santé et le conserver longtemps encore à sa Mission et à ses confrères, pour le bonheur de tous.

    Mandchourie Septentrionale

    Quand le Tsing ming tombe au 3e mois de lannée chinoiser le Soungari souvre après le Tsing ming. Tel est laxiome que répétaient cette année encore les vieux grands-pères chinois ou mandchoux riverains du fleuve sacré. Oui, mais voilà que deux jours avant le Tsing ming la glace se rompt et la débâcle commence. Cétait à ne pas y croire. LEsprit du fleuve perd la tête ou na pas regardé son calendrier, maugréaient les vieux. Pour les consoler lEsprit en question arrêta la débâcle et le fleuve se trouva de nouveau immobilisé sous une carapace bizarre formée de blocs de glace de toutes formes, qui semblaient monter à lassaut les uns des autres. Nouvelles jérémiades des riverains, car, après tout, impossible de passer le fleuve, et tout le monde est impatient de voir les communications reprendre, et le commerce avec. Enfin, aujourdhui 8 avril, la glace remue à nouveau et semble vouloir partir. Vive le printemps !

    Le cher P. Dassier, titulaire de Harbin, est tombé assez sérieusement malade pour nous inspirer quelques craintes. Grâces à Dieu il est maintenant en pleine convalescence. Le P. Roubin, retourné à Tongken, écrit que là-bas les brigands sont plus nombreux que jamais. Les cultivateurs ne pourront sans doute ensemencer quune faible partie de leurs terres.

    Setchoan Oriental

    Les histoires de brigands continuent de remplir les colonnes des journaux locaux. Tout dernièrement la ville de Yuntchoan a été deux fois pillée et saccagée : par la troupe dabord, puis par les brigands. Sous les yeux du missionnaire, loratoire a été pillé, des chrétiens ont été ligotés et emmenés. Deux prêtres chinois ont perdu dans la bagarre tout leur maigre avoir.

    Sur le Petit-Fleuve quatre religieuses indigènes se rendant à Kushien et à Sutin ont été dévalisées et obligées de regagner leur point de départ.

    Sur le Grand-Fleuve une embarcation emportant les effets dun prêtre chinois a été aussi pillée en amont de Fuchow.

    Partout le peuple ne cesse dêtre molesté. On mobilise de force les portefaix, et les récalcitrants sont mis à la chaîne.

    A la ville comme à la campagne, cest la terreur.

    Mgr Chouvellon a été très fatigué vers la fin de février. Il est actuellement en convalescence, et les forces lui reviennent peu à peu.

    Setchoan Méridional

    Depuis bientôt trois mois Mgr Fayolle, notre cher et vénéré Vicaire Apostolique, est assez sérieusement malade. Déjà, pendant la retraite des missionnaires, il avait dû prendre son courage à deux mains pour présider les conférences spirituelles. Cétait son ancienne maladie, le sprout, qui le tenaillait de nouveau. Depuis est survenue une crise de diabète assez sérieuse pour obliger S. G. à un régime des plus sévères et des plus débilitants, qui lui rend le travail très pénible et parfois impossible.

    Daigne Dieu lui rendre bientôt une santé dont plus que jamais il a besoin dans les circonstances actuelles !

    Malgré la difficulté des temps et linsécurité des routes, la rentrée de nos écoles est des plus encourageantes.

    A Kiating-fu, les deux écoles, élémentaire et primaire supérieure, reconnues par le Gouvernement, comptent, lune 120 garçons, lautre 102 filles.

    A Suifu, 80 garçons et 50 filles.

    A Luchow, 92 garçons et 85 filles.

    Voilà pour lenseignement non confessionnel. Quant aux écoles de doctrine et catéchuménats, les missionnaires et prêtres indigènes en ont établi partout où il était possible. Cest quen effet une grande partie de la Mission est encore à la merci des brigands ou des soldats débandés.

    La situation actuelle a cependant ce bon côté que les païens de bonne volonté, dans leurs inquiétudes et leurs malheurs, viennent à nous plus nombreux et avec de meilleures dispositions. Puissent les missionnaires, qui sèment bien souvent dans la peine, connaître les joies dune bonne moisson !

    Thibet

    Groupe du Setchoan. La Mission de Tatsienlou vient, grâce à Dieu, déchapper à un grand malheur. Le 15 février, à 3 heures de laprès-midi, un incendie éclatait à quelque distance ; les flammes, poussées par un vent violent, atteignaient les bâtiments du Séminaire, où le feu prenait à trois endroits différents, mais put être éteint de suite. Lincendie se propageant de lautre côté de la rue, le danger devint extrême. Durant près de deux heures les flammes passaient sur la résidence épiscopale ; les étincelles tombaient en pluie sur le toit et menaçaient denflammer létage supérieur. Peu à peu cependant le vent et le feu se calmèrent : lévêché était sauvé ; il navait à déplorer que quelques centaines de tuiles brisées sous les pas des pompiers et sauveteurs improvisés.

    Nos écoles de Tatsienlou ont repris leurs cours. Les élèves sont sensiblement plus nombreux quau dernier exercice. Les païens se sont hâtés de se faire inscrire chez nous pour éviter lenrôlement forcé à lécole municipale.

    Groupe du Yunnan. Notre Ami à tous, le cher Bulletin, aurait-il donc une dent contre les Thibétains du Yunnan ? Nous ne le voyons plus que dune façon très irrégulière. Le numéro de décembre est arrivé après celui de janvier. Quant à celui de novembre 1923, il na encore donné aucune de ses nouvelles ; si bien que de tous côtés on me crie : Quid ? qaid ? Veuillez, à loccasion, lui rappeler quil y a, tout au fond de la Chine, aux confins du Thibet, cinq confrères qui lattendent avec impatience chaque mois, qui sont déçus quand il narrive pas à lheure dite, et désolés quand il narrive pas du tout.

    Comme chaque année, les PP. Genestier et André sont séparés du reste du monde par la neige depuis deux mois bientôt. Il faut attendre que la neige battue par les pluies de printemps soit durcie à sa surface et permette aux courriers de passer pour avoir de leurs nouvelles.

    A Batang, le P. Nussbaum a cru à plusieurs reprises que cen était fait de sa bonne ville. Heureusement il y a saint Michel, Patron de Batang, qui veille sur le missionnaire et sur ses chrétiens. Une terrible maladie, que les docteurs américains ont reconnue pour être la fièvre récurrente, a fait plus de victimes que les brigands. Dans ces derniers mois le curé de Batang a, de ce fait, perdu plusieurs de ses ouailles. Malgré les brigands et la fièvre récurrente, il a pu venir à Yerkalo voir le P. Goré en fin de janvier.

    Le P. Goré sest demandé, lui aussi, à plusieurs reprises, si les brigands de la région et des environs nallaient pas finalement chasser ou massacrer les Chinois et mettre le trouble dans sa chrétienté. Grâce à Dieu, si la paix nest pas encore de première solidité, du moins la situation paraît saméliorer. Les garnisons chinoises ont été rétablies ou consolidées ; cest déjà quelque chose dans un pays où lon peut tout, si lon paraît fort.

    Notre confrère chinois, le Père Ly, a eu pas mal dépreuves cet hiver à Siao-Weisi et Weisi. Une épidémie de rougeole la forcé à licencier ses écoliers et lui a enlevé une dizaine denfants. Quelques procès de chrétiens, ou quasi chrétiens, lui ont valu, bien malgré lui, de gros soucis.

    A Tsetchong, le Père Ouvrard na encore pas pu terminer le couvent de ses vierges indigènes. Limpossibilité de trouver des ouvriers en nombre suffisant va faire prolonger, plus que de raison, ses travaux. Les menuisiers viennent du Kientchang, la région où opèrent les brigands qui, ces derniers temps, se sont emparés du Père Piton du Yunnan. Dans ces temps troublés ces pauvres gens nosent laisser là femmes et enfants pour aller travailler au loin. Le jour de Noël, le petit chef indigène du pays est venu se faire chrétien avec toute sa famille. Espérons que son peuple imitera son exemple.

    Kientchang

    Le P. Ou, après ses voyages en territoire thibétain au delà dEul-se-in, vient de faire une excursion dans le Ven-me-ti, où il a retrouvé plusieurs familles chrétiennes. Il semble se spécialiser, et non sans succès, dans la recherche de ces malheureux perdus dans les ravins abrupts de son montagneux district.

    La fête de saint Joseph, Patron de Mgr Bourgain, a été célébrée solennellement à Ningyuan-fu. Quelques jours après, le 24 mars, Mgr nous quittait pour entreprendre le long voyage qui doit le conduire en temps voulu à Shanghai pour le Concile général de Chine.

    Depuis le 1er mars Yatcheou-fu est au pouvoir des Indépendants (parti du Nord). Notre Commissaire des Marches sest enfui vers Tatsienlou. La région est complètement dégarnie de troupes ; aussi les Lolos sen donnent-ils à cur-joie.

    Le 23 Mgr de Gorostarzu a conféré la prêtrise au diacre Pierre Touan.

    La rentrée du séminaire porte le chiffre de nos élèves à 31, sans compter les 6 qui sont en probation.

    Le P. Guilbaud, nommé procureur de la Mission, est entré en fonction le 1er avril.

    Notre confrère le P. Piton est toujours entre les mains des brigands : voilà plus de trois mois que sa captivité se prolonge, et les pourparlers pour sa délivrance naboutissent pas. Et la santé du pauvre captif est loin dêtre satisfaisante : il est très faible et incapable de marcher.

    Le P. Degenève est rentré à Yunnanfu ; sa tournée dans les districts indigènes lui a procuré nombre dobjets intéressants pour lExposition Vaticane.

    Dans la province les brigands abondent toujours. Les braves soldats envoyés contre eux arrivent toujours trop tard, cest-à-dire quand les pillards sont déjà loin. Et le peuple, qui doit payer les réguliers et se voir pillé par les irréguliers, na guère que le choix de la sauce à laquelle il doit être mangé.

    Kouytcheou

    La ville de Meytan a été pillée deux fois en quelques semaines : la première fois, le 26 février, par les brigands ; la deuxième fois, le 11 mars, par les soldats yunnanais venus de Suyang. Deux officiers ont présidé en personne au pillage de la résidence du P. Bacqué. Quant aux brigands, ils se sont retirés sans combat.

    Le nouveau dispensaire de Kouiyang voit affluer les malades ; on compte en moyenne 250 à 300 visites par jour, et beaucoup de soldats viennent se faire soigner.

    Lanlong

    Le P. Joseph Esquirol est chargé du district de Tchenfong, le P. Paul Yang de celui de Tachan ; le P. Ambroise Lieou remplace ce dernier comme vicaire à Hing.-y-fu.

    Canton

    Le territoire confié depuis quelques années aux Pères Américains de Maryknoll dans les provinces de Kouangtong et Kouangsi est érigé en Préfecture Apostolique de Kongmoon. La nouvelle Mission se compose de 10 sous-préfectures, y compris celles de Tchekkai, Sanning et Sanyi, avec larchipel de Sancian. Le P. James Edward Walsh est nommé Préfet Apostolique.

    Mgr Fourquet a choisi pour provicaire le P. Thomas.

    Le lundi 7 avril, à 11 heures du matin, notre vénéré doyen le P. Sorin rendait son âme à Dieu. Les funérailles eurent lieu le mercredi suivant ; elles furent présidées par Monseigneur, entouré de tous les prêtres de Canton et des environs.

    Le P. Camille Robert, revenu de France en bonne santé, a repris possession de son district de Fatshan.

    Le Jeudi-Saint, la consécration des Saintes Huiles sest faite solennellement à la cathédrale de Canton. Lévêque de Macao étant en tournée à Timor, et Hongkong nayant pas de Vicaire Apostolique, cest ici qua eu lieu la bénédiction des Saintes Huiles pour ces deux Eglises.

    Mgr compte quitter Canton vers le 5 mai pour se rendre au Concile de Shanghai.

    Kouangtong Occidental

    Signalons le beau coup de filet de notre cher Doyen, le Père Zimmermann, accompagné du P. Liou. Le village mi-chrétien de Tepo, dont le Bulletin a raconté précédemment le pillage, vient dembrasser en masse la foi chrétienne. Le P. Zimmermann a employé une journée complète à bénir les maisons des nouveaux convertis et à brûler leurs superstitions. Puissent tous ces catéchumènes persévérer fidèlement, malgré les persécutions auxquelles ils seront en butte de la part des païens du voisinage ! Puissent-ils recevoir sans tarder leau sainte qui efface toutes les souillures !

    Dans cette presquîle du Louitcheou, par contre, les troubles du fait des pirates ou des soldats (on ne distingue pas trop et pour cause !) continuent de même façon, sinon de plus belle, à la suite darrestations et dexécutions sommaires. Depuis un certain temps le chef militaire Wong Tsoihoi, que dautres qualifient tout bonnement de chef-pirate (ses troupes se recrutaient uniquement dans ce milieu), sétait rapproché de la ville même de Louitcheou. Il assurait remplir une mission, celle de débarrasser la contrée des pirates, en les enrôlant pour le compte dun des partis en présence. Quelque peu défiants, les défenseurs de la ville lavaient autorisé à y pénétrer, mais avec une faible escorte seulement. Pendant quelque temps on lui fournit même des subsides pour son entretien et celui de ses troupes. La situation se prolongeait cependant dune façon anormale, aussi un beau jour notre homme, quescortaient son fils, son neveu, un de ses officiers (?) et quelques partisans, fut subitement assailli en pleine ville. Les agresseurs perdirent bien 3 ou 4 des leurs, mais les indésirables furent supprimés sans pitié, tandis que des milices communales se jetaient sur le gros des troupes, campées à une lieue et demie de là, et leur faisaient perdre quelques dizaines dhommes. Le reste, malheureusement, put senfuir et depuis terrorise toute la contrée, massacrant sans pitié tout ce qui lui tombe sous la main, afin de tirer vengeance du guet-apens.

    A Onpou, territoire de Shekshing, un autre ex-chef pirate et une cinquantaine de ses hommes, qui avaient trop peu désappris leur ancien métier, ont subi un sort à peu près semblable. Dans le reste du pays, même si on ne signale pas de troubles, on sent peser linsécurité et la défiance.

    Je clos ces lignes en signalant la Mission donnée à lîle de Waitchao, par les deux Pères chinois Kong et Lion, qui en sont originaires. Cette Mission due au zèle et à linitiative des PP. Rossillon et Hermann, a provoqué dheureux retours et une recrudescence de vie chrétienne. Espérons que ces heureux fruits seront durables et ajoutons une prière dans ce but.

    Kouangsi

    Le calme est à peu près rétabli dans la partie ouest de la province : puisse-t-il durer !... Le Maréchal Louk soccupe activement de la pacification du côté est. Nous faisons tous des vux pour son succès.

    Mgr Ducur a réuni quelques confrères, tant Européens que Chinois, pour étudier le sommaire qui doit servir de thème aux délibérations du Concile de Shanghai.

    Tonkin Occidental

    Au commencement du mois de mars, Mgr Gendreau sest rendu en tournée pastorale dans la paroisse de Cham, confiée aux soins du P. Décréaux. Sa Grandeur a été reçue avec toute la solennité accoutumée dans ces pays : fanfare, drapeaux aux couleurs chatoyantes, pétards, sonneries de cloches, rien ny manquait, pas même une compagnie de trente tirailleurs en herbe, armés de fusils de bois !... La visite pastorale dura 15 jours, avec les exercices de mission habituels de la journée, qui attirèrent à léglise paroissiale de nombreux fidèles. Malgré le mauvais temps et son âge avancé, Mgr ne manqua pas daller encourager par sa présence les chrétientés du district et eut la joie de baptiser et de confirmer une centaine de nouveaux chrétiens. La visite dadministration terminée, Mgr partit en recommencer une autre dans la grosse paroisse de But-Dong, donnant ainsi à tous lexemple dun zèle apostolique infatigable. Dans cette dernière paroisse Sa Grandeur fut atteinte dune forte bronchite, qui faisait craindre des complications graves. Sur les pressants conseils du P. Schlicklin, son provicaire, Mgr consentit à rentrer à Hanoi pour se confier aux soins des médecins. Après quelques semaines de repos, Sa Grandeur sest complètement guérie et ne se ressent plus des suites de la bronchite.

    Haut Tonkin

    Monseigneur a quitté Hong Hoa pour une tournée de confirmation et de mission dans la vallée du Song Chai. Cela nétait pas pour plaire souverainement au diable, qui se promit, comme toujours, de susciter des ennuis. Il commença de suite et le voyage de Sa Grandeur en autobus de Phi Tho à Phi Doan sen ressentit.

    Au départ lautobus était plein, mais pour le diable il y a toujours de la place, trop de place !... Il sinstalla dans le moteur ; résultat : 6 pannes et deux heures de retard. Mais en arrivant à Phi Doan et comme dédommagement sans doute, Mgr se voyait offrir par les chrétiens un superbe paon. Total : six pannes et un paon !... Excusez !

    Bonnes nouvelles du P. Tissot qui, grâce aux excellents soins dont il est entouré, est en voie de guérison et sera bientôt remis de sa rude secousse. Le bras gauche sera peut-être un peu ankylosé ; mais cest un bonheur den être quitte à si bon compte.

    Le Haut Tonkin nest pas ce quon peut appeler un pays daventures. Il y a cependant certains moments où elles se succèdent assez rapprochées et avec une certaine variété.

    Il nétait pas, Dieu merci, donné à tout le monde davoir une entrevue un peu trop mouvementée avec un éléphant de caractère peu sociable, ou de se livrer à des exercices de transposition (rien de musical) dans le genre de celui exécuté par lintrépide P. Jacques dans un piège à cerf de 4 mètres de profondeur. Tout cela est dangereux. Mais il peut arriver (ce qui est infiniment moins grave) que, par exemple, pour une cause tout à fait imprévue, la direction dune agréable promenade se trouve inopinément modifiée. Oyez plutôt. Notre cher Père X., charmant confrère, doué de nombreuses et aimables qualités, que rehausse une belle prestance, voulant, après une journée bien remplie, faire une petite promenade en dehors de la ville où il réside, prend, pour ce faire, un pousse-pousse sy installe et, dun geste large indiquant la route à suivre, se laisse emporter rapidement vers la plaine où lhorizon est plus large et lair plus pur... Bientôt lélan du tireur se ralentit ; devant lui la route est encombrée de lourdes charrettes que tirent péniblement des coolies éreintés, Ils tiennent toute la chaussée et les cris du tireur réclamant un passage restent sans résultat. Une idée lumineuse vient à notre confrère. Dune voix de stentor il crie : Auto, Auto !...En un clin dil la route est libre : plus de charrettes, plus de coolies ; mais aussi plus de pousse-pousse, plus de tireur, plus de confrère, Comme balayé par cette parole magique, tout était dans la rizière, doù sélevèrent bientôt, mêlés à des éclats de rire fous, certaines exclamations pimentées à la Béhanzin.

    Je nai pas vu la tête de notre confrère : je le regrette ; mais son idée avait réussi, cest bien le cas de le dire, au delà de ses espérances. Tous les coolies, y compris le sien, sétaient garés où ils avaient pu de lobjet, cette fois hypothétique, de leur frayeur.

    Cochinchine Orientale

    La question des écoles est à lordre du jour et nous espérons prochainement faire connaître une importante décion à ce sujet. Pour aujourdhui, notons seulement le succès du P. Solvignon, qui, dans son district de Go-thi, pourtant peu abondant en ressources, réussit à faire vivre et prospérer neuf écoles.

    La Provinciale des Surs de Saint-Paul de Chartres de Saigon est arrivée à Quinhon le15 mars, afin de visiter ses Surs de lHôpital de Binh-dinh et de se rendre compte des travaux du noviciat de nos religieuses indigènes à Go-thi. Elle a paru satisfaite de sa visite et il a été décide que le noviciat souvrirait dans la première quinzaine de mai.

    Cochinchine Occidentale

    Pendant tout le mois de mars, chaque mercredi et chaque dimanche, le Père Tong nous a donné la représentation de la Passion en annamite. A chaque séance il y avait foule et lon est venu même du Cambodge et du Binh Dinh. Le succès fut grand et mérité ; en plus dun Passage les acteurs tirèrent des larmes des yeux des spectateurs, et des Français, venus en curieux, qui ne comprenaient pas les paroles, se sont déclarés émus du jeu simple, vrai et convaincu de ces artistes improvisés. Lorganisateur nous a promis de recommencer dans quelques années.

    Le Carmel de Saigon vient de recevoir un renfort de trois Surs européennes ; elles ont commencé immédiatement à subir le martyre de la sueur, auquel sont condamnés tous les Cochinchinois à cette époque de lannée.

    Un élève du Séminaire de Saigon, tonsuré, sest senti la vocation de trappiste et vient de partir pour Phước Sơn, cest le premier.

    Le P. Cransac, pour une chute de motocyclette, vient de faire nu mois dinfirmerie. Quelle idée aussi de toucher si rudement terre quand on na aucun rembourrage pour amortir le choc !

    Cochinchine Septentrionale

    Le 21 mars, au monastère de N.-D. dAnnam, à Phước Sơn, il y a eu trois prises dhabit : un choriste et deux convers, ainsi que la première rénovation des vux de religion que les PP. Denis et Mendiboure et quelques autres novices prononcèrent lan dernier devant le Visiteur Apostolique, Mgr Lécroart. Mgr Allys aurait vivement désiré aller présider cette cérémonie, mais il fut retenu à la capitale au dernier moment. De même Sa Grandeur, quelque peu fatiguée, a été empêchée par le Dr Gaide, médecin-chef de lhôpital de Hué, de partir pour une tournée de Confirmation, dans le district du P. Cadière, durant la semaine de la Passion. Quelques jours de repos ont suffi à remettre Monseigneur en état.

    Notre Benjamin, le P. Fasseaux, a eu de fortes attaques de fièvre, qui lont obligé à cesser tout travail et à venir se faire soigner à Hué ; maintenant il est en pleine convalescence.

    Depuis quelques mois, un mouvement anticatholique, que lon soupçonne, non sans raison, être dirigé par certains dignitaires de la Cour dAnnam, sest dessiné dans la province de Thừa-Thiên et a provoqué des apostasies dans quelques villages. Dautre part, on annonce de nombreuses conversions ailleurs. Ici, à cause de lhostilité plus ou moins déguisée de ces notabilités annamites, la lutte est peut-être plus dure que dans dautres régions moins rapprochées de la Cour ; mais cette lutte, si pénible soit-elle, contribue aussi à entretenir le feu sacré du zèle apostolique en lâme de ceux qui sont obligés de la soutenir.

    Cambodge

    Le samedi 22 mars, le Carmel de Phnom-Penh eut la joie daccueillir deux nouvelles religieuses et de recevoir la visite dun Père Carme des Indes, qui avait accompagné ces dernières à partir de Colombo.

    Le jeudi suivant, 27, à 6h.1/2 du matin, les cloches de la cathédrale se mettaient en branle, les tambours résonnaient, les fidèles affluaient : cétait Monseigneur Bouchut qui rentrait dans sa bonne ville de Phnom-Penh, après une année dabsence.

    Le samedi avant la Passion, Sa Grandeur conférait les saints Ordres à un sous-diacre et à quatre diacres.

    Malacca

    Le dernier paquebot des M.M. nous ramenait le P. Auguin plein de santé. Pendant son, séjour en Europe, notre confrère a trouvé le moyen de visiter lAllemagne et de devenir milliardaire. Il faut dire, pour être vrai, que son milliard nétait pas de livres sterling, ni de dollars américains, pas même de petits francs, mais de marks boches. Aussi le brave voyageur rentre-t-il en Mission, ni plus fier, ni plus riche : lachat de quelques paquets de tabac pour sa pipe a fait évanouir cette fortune, comme le milliard des Congrégations...

    Un autre missionnaire de Malacca va, ses Pâques faites, prendre le chemin de la France. Cest le P. Auriol, qui souffre de lasthme et de plusieurs autres malaises; la traversée et lair du pays vont le remettre, et dans un an il nous reviendra avec des soufflets neufs et une santé à toute épreuve. Nous lui souhaitons bon voyage.

    La semaine de la Passion nest pas, dordinaire, une semaine de solennités. Cette année elle aura vu en Malaisie deux bénédictions déglises. La première, dans lEtat de Pérak, à Sungei Siput, bâtie par le P. Coppin et dédiée à la Décollation de son saint Patron, a été bénite par Monseigneur lArchevêque de Craina. Lautre nest pas à proprement parler une nouvelle église ; mais la restauration extension accomplie par le P. François a changé du tout au tout la Basilique (oh ! tout ce quil y a de plus mineure !) construite par le P. Galmel au pays dAyer Salah, lancienne colonie Mantra fondée par le P. Borie, frère de notre Bienheureux.

    Kuala-Lumpur, le centre de la Mission, vient de célébrer un double Jubilé dargent : celui du Couvent et celui de la digne Supérieure, Mère Saint-Tarcisius.

    Birmanie Méridionale

    Le grand événement du mois est la bénédiction de la nouvelle église du P. Mourier et la grande réunion de nos chrétiens carians. Kanozogon, poste du P. Mourier, est un grand village carian de plus de 200 maisons et à peu près entièrement chrétien. Cest un de nos plus vieux postes. De ses curés on pourrait dire : Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage. Kanozogon en est, je crois, à sa 4e église, son 3e presbytère, et il va avoir son 3e couvent. La rivière, qui fait le charme et la commodité du village, est une marâtre qui le ronge peu à peu. Le presbytère, où je fus reçu par le P. Cartreau, il y aura bientôt 23 ans, nest plus quun souvenir et son emplacement fait maintenant partie de la rivière. Elle ronge, ronge, tous les ans un peu, reportant sur la rive opposée ce quelle vole au village. Il y a une quinzaine dannées, la Mission dut demander au Gouvernement le don dun nouveau terrain. Cest grâce à la rivière que le P. Mourier est devenu bâtisseur déglise, et le joyau dont il a doté son poste, simple, gracieux, de bon goût, bien adapté à ses besoins, nous fait pardonner a leau envahissante. Cependant, halte-là ! Quelle sarrête ! Ce serait un crime de toucher à cette belle uvre, fruit de tant de soucis et de si dur travail. Bâtir à Kanozogon nest pas petite affaire : le curé doit être tout à la fois fabricant dé briques, architecte, contremaître, maçon, charpentier, verrier, que sais-je encore ? Loin de tout centre, avec des communications difficiles, la main-duvre elle-même est dun recrutement difficile. Aussi Dieu sait tout le mérite de notre confrère davoir érigé la belle église de briques qui fut bénite le 19 mars par Mgr Perroy entouré de 28 prêtres.

    La bénédiction de léglise a été loccasion de convoquer une réunion générale de nos chrétiens carians. Cette réunion réussit au-delà de toute espérance. Plus de 1500 délégués des différents postes avaient répondu à linvitation de Mgr. Les conférences, traitant de sujets dactualité, étaient suivies par plus de 3000 auditeurs. Pendant cette réunion, les bases dune organisation générale de nos chrétiens carians furent posées : organisation dans chaque poste, dans chaque district et pour toute la Mission, avec des réunions périodiques.

    Depuis quelques années, la mode est aux associations de toutes sortes. Nous ne pouvions pas rester en dehors du mouvement, Lunion fait la force.

    Loger et nourrir pendant plusieurs jours une pareille foule dans un village sans marché et loin de tout centre était un tour de force. Le P. Mourier et ses chrétiens lont accompli. Prêtres et délégués des autres postes ont été émerveillés de la façon dont tout était organisé, et cette organisation a fonctionné pendant toute la réunion, tant pour le logement que pour la nourriture, les meetings, etc.

    Tout lhonneur en revient à notre confrère, qui a été lâme, de toute cette organisation, et à ses chrétiens, qui lont si bien compris et si bien secondé.

    Après les belles fêtes du jubilé, les Surs de St-Joseph viennent dêtre éprouvées par la perte de Sur Joséphine, la première religieuse, recrutée en Birmanie. Elle a enseigné pendant 62 ans. Le jubilé fut pour elle comme un triomphe. Elle était au Couvent depuis 1848. R. I. P.

    Birmanie Septentrionale

    Le P. Mandin vient de quitter les sept ou huit stations plus ou moins cosmopolites quil desservait le long de la ligne du chemin de fer au sud-est de la Mission, pour senfoncer tout de bon dans la jungle et prendre ladministration des six postes birmans laissés vacants par la mort du regretté P. Bazin.

    Il a inauguré soit nouveau ministère en célébrant avec grande solennité, le 11 février, la fête patronale de Chanthagon, son principal pied-à-terre. Et, pour ne point laisser tomber en désuétude la pieuse coutume, introduite par son prédécesseur, davoir chaque année à tour de rôle, dans lun des six postes, la moisson du riz terminée un jour dadoration suivi de la procession du St. Sacrement, ce fut à celui de Zawgyi, aux pieds des montagnes shans, quil donnait rendez-vous, quelques jours plus tard, à tous ses chrétiens. Plus de 200 communions vinrent réjouir le cur du nouveau pasteur. Aidé de quelques confrères de Mandalay, il put avoir grandmesse avec diacre et sous-diacre, Les Birmans aiment beaucoup le chant, et nos chrétiens sont fiers de prendre part à celui de lEglise. Aussi la Messe royale de Dumont, chantée à lunisson par tous ces nouveaux convertis, produisit un effet ravissant.

    Le P. Falière reçoit lhéritage du P. Mandin et, de huit postes quil avait déjà, il monte à 15 ! Il est parfois des circonstances en Mission où, comme à la guerre, ce sont toujours les mêmes qui se font tuer !

    Le P. Gilhodes a, tout récemment, reçu, pour son nouveau Couvent de Kuthung, un renfort de religieuses. Elles sont sept maintenant trois européennes et quatre indigènes à instruire ses sauvageonnes Kachins.

    Les grandes chaleurs sont venues. Les volières se sont ouvertes, et, après de brillants résultats 100 % chez les Frères au Final School Examination, la gent écolière a pris son vol vers de plus frais climats.

    Pondichéry

    Le jeudi 14 février fut un jour de deuil pour la Mission de Pondichéry : ce jour-là, sans quon eût pu prévoir une fin si prochaine, le Père Léon Prudent, Vicaire général de Mgr lArchevêque, rendait son âme à Dieu. Le diocèse perd en lui un zélé missionnaire, et nous, ses confrères, nous perdons un ami sincère et dévoué.

    Mgr lArchevêque, après avoir visité les districts de Ravuttanallur, de Tiruvetipuram et de Wandiwash, continue sa tournée apostolique dans les sentiers sablonneux du district de Cheiyur.

    Cest le P. Pierre-Marie Gayet, Supérieur du Grand-Séminaire, qui a été choisi par Mgr pour succéder, comme Vicaire général, au regretté P. Prudent. Ce cher confrère est en ce moment dans 1a montagne, où il soigne sa santé délabrée. Sa vue, écrit-il, saméliore lentement, mais sûrement. Deo gratias !

    Le P. Tesson, premier adjudant dut. P. Veaux à Karikal, est enfin sorti de lhôpital de Pondichéry, où il était entré en piteux état. Les soins assidus du Dr Noël lui ont rendu la santé, et après quelques jours de repos, il a repris bravement sa place sur le champ de bataille apostolique.

    Sa place à lhôpital a été prise par un de nos prêtres indigènes, qui, revenant dadministrer un malade à grande distance par des chemins semés de fondrières, fut victime dun accident : la voiture qui le ramenait fut renversée et le malheureux eut le bras cassé en deux endroits.

    La situation politique dans lInde, loin de saméliorer, semble plutôt se compliquer. A lAssemblée Législative de Delhi, le parti national ou swarajiste est en majorité, et, pour faire échec au Gouvernement anglais, a refusé de voter le budget. Le grand leader du parti, le Mahatma Gandi, a été remis en liberté à cause de sa santé. Jusquici il na pas fait parler de lui, mais Dieu seul sait ce que nous réserve lavenir.

    Coïmbatour

    Depuis dix ans la mort a fauché à grands coups dans nos rangs et depuis 1913 personne nest venu remplacer ceux qui sont partis. Grâce à Dieu deux nouveaux prêtres indigènes de la Mission de Coïmbatore sont venus de Kandy, où ils ont été ordonnés au mois de décembre dernier.

    Le diocèse de Coïmbatore a contribué un peu à la formation du nouveau diocèse de Calicut en lui cédant un petit morceau de territoire dans le district de Malabar. 3 chapelles et 150 chrétiens environ sont passés ainsi sous la houlette du nouvel Evêque de Calicut.

    Au mois de janvier Mgr, accompagné dun des nouveaux prêtres indigènes, a fait sa visite pastorale dans les chrétientés de Gudalur. Pendant un mois il a parcouru cette région pittoresque à la suite du P. Tournier, qui pasteur intrépide de ce troupeau épars, allait comme le Précurseur, de plantation en plantation préparer les confirmands.

    A la fin du mois de janvIer on célébrait à Coïmbatore, comme partout dans lInde, le Health-Week. Discours sur lHygiène, meetings, processions, rien ne manqua à la fête... Mais les marchands des quatre-saisons nen continuent pas moins de vendre leurs denrées sur les trottoirs, au milieu des anées de mouches et de poussière, tandis que les eaux stagnantes de la voirie couvent les moustiques et infectent latmosphère. Quinze jours après ces manifestations grandioses en lhonneur de lhygiène, le choléra envahissait perfidement, presque ironiquement, la ville de Coïmbatore et les environs, faisant sur son passage de nombreuses victimes.

    Cependant on fait des efforts sérieux pour la santé du peuple. Par exemple on fait en ce moment une guerre acharnée au hook-worm. Ce ver rapace et crochu a été récemment découvert par les savants de lInde (inter quos le P. Caius, S.-J.) dans les entrailles humaines. Tous nen meurent pas mais, tous, où à peu près, en sont atteints, dit-on.

    Séminaire de Paris

    Mgr le Supérieur a reçu de Rome la lettre suivante.

    S. CONGREGATIO,
    DE PROPAGANDA FIDE, Rome, 14 février 1924

    Illustrissime et Révérendissime Seigneur

    Jai lu avec le plus grand intérêt la circulaire que Votre Seigneurie Illme et Révme, en date du 6 janvier, fête de lEpiphanie de Notre-Seigneur et fête patronale de la très méritante Société des Missions-Étrangères, a adressée aux Vicaires et Préfets Apostoliques ainsi quà tous les missionnaires de la dite Société, et je veux féliciter Votre Seigneurie et lui offrir les remerciements de cette Congrégation, qui apprécie et estime grandement son zèle et son profond amour pour lEglise et pour les Missions.

    Je suis assuré que la parole de Votre Seigneurie, parole pénétrée daffection et desprit évangélique, sera accueillie avec grande vénération par tous les membres de la Société et leur servira de guide et de stimulant dans la rude carrière à laquelle, dociles à lappel divin, ils ont voué leur vie.

    Et, pour que les fruits que lon est en droit dattendre de la parole. de Votre Seigneurie puissent être plus abondants, je prie Votre Seigneurie de donner à sa lettre la plus grande publicité en la faisant reproduire par la presse, soit quotidienne, soit périodique.

    Que Dieu bénisse le zèle apostolique qui enflamme le cur grand et généreux de Votre Seigneurie, quIl soutienne par sa sainte la grâce et quIl lui accorde de voir réalisés tous les vux quElle forme pour le bien de sa chère Société et des Missions.

    Je suis heureux de vous renouveler mes sentiments de considération distinguée.

    De Votre Seigneurie Illme et Révme
    Le très dévoué serviteur
    G.-M. Card. VAN ROSSUM, Praef.

    Fr. MARCHETTI-SELVAGGIANI,
    Archiep. Seleucien.,
    Secretarius (Traduit de litalien)

    *
    * *

    Quatre aspirants sont passés de Bièvres à Paris. Quatre nouveaux ont été admis : MM. Francheteau (Nantes), Aufray (Coutances), Magnan (Versailles), Armange (Vannes).

    Actuellement la communauté de Paris a 56 aspirants, celle de Bièvres 58, Rome 4, tandis que 26 sont à la caserne, ce qui nous donne le chiffre de 144.

    Le 10 février, le Frère Pierre célébrait le cinquantième anniversaire de son entrée au Séminaire.

    Le 17, une Journée de Missions a été donnée à Vincennes ; Monseigneur et les PP. Gérard et Chambon en ont fait les frais. Ceux-ci ont aussi, soit à Levallois-Perret, Maison-Alfort, soit à Nantes, St-Merry, ainsi que le P. Studer à Tourcoing, présidé des réunions de Saint-Enfance ou fait des conférences sur les Missions.

    Les examens écrits dEcriture Sainte, de Droit Canon, Liturgie et Histoire ont eut lieu le 25, précédant de huit jours les examens de théologie morale et dogmatique.

    Le 19, au synode diocésain de Paris tenu au Séminaire dIssy, Monseigneur avait été convoqué et fut présent de 8 h. du matin à 6 h. du soir. Le 22, Sa Grandeur assistait à la Madeleine à une grande cérémonie (messe de rite maronite) en lhonneur des 12 évêques, catholiques de rite oriental massacrés par les Turcs. Très belle assistance, magnifique sermon du Cardinal Touchet.

    Le P. Larribeau, revenu de Corée par Hawai et lAmérique, est arrivé le 1er mars à Paris après un heureux voyage. Il a célébré la Ste Messe et prononcé lallocution mensuelles de luvre des Partants le 3 mars.

    Le Séminaire a joui pendant plusieurs jours de la présence de Mgr Schpfer, évêque de Tarbes et Lourdes, qui a bien voulu accepter notre hospitalité et qui nous a édifiés par sa charmante et sainte bonhomie. Son ami Mgr Herscher, ancien évêque de Langres, est venu un jour lui tenir compagnie à notre table. Sa Grandeur a présidé dimanche dernier une grande réunion des amis de Lourdes, où trois des dernières miraculées été présentées au public avec explications des docteurs du Bureau des Constatations. Mgr le Supérieur et le P. Léculier assistaient à cette intéressante manifestation.

    Les examens du 1er semestre se sont terminés le jeudi 6 mars et le lendemain la communauté fêtait le Docteur Angélique par la célébration de la messe chantée à 9 heures.

    Ce même jour on apprenait la mort dun aspirant-soldat, M. Auguste Etchechoury, du diocèse de Bayonne, en garnison à Coblentz. Il était entré à lHôpital militaire le 2 février et le docteur avait diagnostiqué une méningite cérébro-spinale.

    Le clergé de Paris est très éprouvé ces derniers temps par des deuils répétés : M. Poulin, curé de la Trinité ; M. Le Roy, curé de N.-D. des Victoires et membre du Conseil de la Propagation de la Foi ; M. Langlois, curé de la Madeleine.

    Le vendredi 14, Mgr le Supérieur a conféré la tonsure à cinq aspirants et les deux premiers ordres mineurs à trois autres.

    Ce matin Sa Grandeur célébrait à Notre-Dame la messe de communion des 4 à 500 bretons du Finistère, venus comme lan dernier en pèlerinage avec retour par Lisieux et le Mont Saint-Michel.

    Grâce aux actives démarches du P. Mollat, les préparatifs de lExposition Vaticane se poursuivent. Les Messageries Maritimes annoncent aujourdhui pour les Délégués à lExposition une réduction de 50 %, et pour les visiteurs une réduction de 30 % en toutes classes. Déjà le service commercial de la Compagnie avait fait connaître quelle consentait une réduction de 50 % pour les objets envoyés à lExposition. Les confrères seront heureux de contribuer à enrichir la documentation du P. Mollat en lui adressant soit des photographies, soit tout autre objet dintérêt concernant les Missions.

    Nos trois partants ont reçu leur destination :

    M. Derouineau (Angers) va au Kouytcheoti,
    M. Michel (Le Puy), à Kumbakonam,
    M. Périé (Rodez), à Coïmbatour.

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    1924/319-343
    319-343
    Anonyme
    France et Asie
    1924
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