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Chronique des Missions et des Etablissements communs 4

Chronique des Missions et des Etablissements communs Tôkyô
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs

    Tôkyô

    Le lundi, 4 février, à 2 heures ½ de laprès-midi, avait lieu à Tôkyô, dans larrondissement de Shiba, à Akabane-machi, sur un vaste terrain de 2 hectares 1/3, dénommé Arima-hara, linauguration de lhôpital de camp, offert au gouvernement japonais par lAssociation de la Presse parisienne, à la suite du tremblement de terre du 1er septembre 1923. Daprès le rapport qui fut lu au début de la cérémonie, la souscription ouverte eau France dans ce but avait recueilli plus de 3.000.000 de francs. Le matériel de cet hôpital avait été expédié de France dès le mois de novembre. Arrivé à Yokohama à la fin de décembre et dans la première quinzaine de janvier, il put, malgré les difficultés de transport (2.000 colis, dont quelques-uns de 7 à 8 tonnes), être complètement édifié eau quelques semaines : les travaux dinstallation sur le terrain choisi avaient commencé le 12 janvier. Lhôpital comprend 25 tentes à 20 lits et peut hospitaliser 5.000 malades : de plus 22 tentes pour les services généraux, un pavillon pour les opérations, deux tentes pour les pansements, des appareils de chauffage central et déclairage électrique, 5 voiture automobiles pour le transport des malades, 2 voitures affectées aux services radiographique et antiseptique, et 2 camions automobiles. En dehors du matériel de pansement et de chirurgie et dune pharmacie bien montée, lhôpital de camp dispose, pour les nécessiteux, de 20.000 vêtements chauds. Cest dire quon a là un hôpital modèle, qui fait honneur à la science française, et plus encore, à la générosité du peuple de France.

    Cest ce quont fait ressortir le représentant du Ministre de lIntérieur, M. Mizuno, le Ministre des Affaires-étrangères, M. Matsui, qui a longtemps séjourné en France comme Ambassadeur du Japon et dont le discours a été particulièrement cordial, le Président de lAlliance Franco-japonaise, M. Furuichi, qui a relevé les traits de ressemblance des deux peuples français et japonais, et leur caractère chevaleresque commun, le Dr. Soeda, représentant de la presse japonaise, ainsi que le directeur du nouvel hôpital, le Dr. Moteki, qui avec le Dr. Shioda dirigea lhôpital offert par la Croix-Rouge japonaise à la France pendant la guerre. Le Dr. Bellet, chef de la Mission française qui accompagna le transport du matériel, et lAmbassadeur de France, Mr. Claudel, exprimèrent de leur côté la reconnaissance de la France envers le Japon pour ses marques de sympathie dans le passé, avec leur conviction que le nouveau témoignage damitié du peuple fiançais au peuple japonais resserrera les liens qui unissent les deux pays.

    Lhôpital remis aux mains des Japonais est affecté au traitement des enfants débiles, dont le nombre a augmenté à la suite des souffrances et des privations entraînées par le tremblement de terre.

    Nagasaki

    Notre confrère le P. Cotrel a dû aller demander au sanatorium de Béthanie le rétablissement de sa santé, fortement ébranlée par 20 années de laborieux ministère. Cest le P. Martin qui le remplaça dans le poste de Kuroshima, laissant lui-même aux soins de son voisin le P. Bertrand son district de Moji. Kuroshima est une île, au large de Sasebo, qui compte environ 2.000 chrétiens, cest-à-dire la grande majorité des habitants. Le P. Martin avait eu à peine le temps de sy installer lorsquil fut appelé à Tôkyô pour y subir linspection dun médecin français, en vue de fixer définitivement la pension à laquelle lui donnent droit ses glorieuses blessures de guerre. Son cas fut ainsi analysé : deux côtes brisées ; pachyplérite du poumon avec poussées congestives de la base. Le cher confrère est obligé de garder dans son poumon, comme souvenir de la guerre, un fragment dobus de la grosseur dune allumette, que les chirurgiens nosent pas extraire. Il lui a été attribué une pension basée sur 55% dinvalidité.

    A son retour de Tôkyô, il a repris possession de son poste de Moji, et cest le P. Raguet qui est chargé de Kuroshima. Doyen de notre Mission, le P. Raguet est allé récemment prêcher une retraite dune semaine aux catholiques japonais de Shanghai : 70 à 80 dentre eux profitèrent de ses instructions.

    Seoul

    Les orgues destinées à la cathédrale de Seoul ont été essayées à Paris et nous arriveront bientôt.
    La Supérieure Générale des Surs de Maryknoll est venue visiter la partie de notre Mission qui doit être confiée aux PP. Américains. Elle était accompagnée par la Supérieure de la maison de Hongkong. Enchantée de la Corée, elle espère y envoyer, 5 ou 6 religieuses dans le courant de lannée.

    En 1923, la Corée a exporté au Japon pour 103.797.730 yen de riz, soit 13 % de plus que lannée précédente.

    Le nombre des candidats aux examens des écoles de Seoul est formidable. Pour la seule Ecole Normale il y a 4.000 inscriptions pour 100 places à prendre. Pour le Cours préparatoire à lUniversité, 700 demandes pour 200 places. Ce Cours préparatoire étant ouvert non seulement aux Japonais résidant en Corée, mais même à ceux qui viennent du Japon, la presse coréenne proteste contre linfériorité où vont se trouver les candidats coréens du fait que les examens se passent eau japonais : il y a lieu, en effet, de craindre quune Université créée surtout pour les Coréens ne soit envahie par les élèves japonais.

    Taikou

    Les séminaristes sont rentrés le 1er mars ; il en manque cependant une dizaine, qui ne sont pas encore complètement guéris du beriberi, cause de ces vacances forcées.

    La nouvelle manufacture de tabac récemment construite à Taikou est en pleine activité : on la dit capable de fabriquer 210.000 cigarettes par jour.

    Mandchourie Méridionale

    Le P. Cordon est rentré à la résidence de Moukden le 22 février, après avoir subi avec succès une seconde opération. Les fils dargent qui reliaient les deux fractions de sa rotule brisée ont été enlevés, et la plaie est tout à fait fermée. Il reste encore un peu ddème à la jambe, et larticulation du genou est comme ankylosée ; mais il y a tout lieu despérer que la flexibilité reviendra peu à peu à mesure que lenflure disparaîtra. Notre cher confrère commence à parcourir Sa chambre à laide de béquilles, et les progrès sont sensibles dun jour à lautre. Il devra vraisemblablement attendre plusieurs mois avant de regagner son poste.

    Le P. Soumireu, qui a souffert dune attaque dapoplexie, assez bénigne heureusement, le 25 octobre dernier, va beaucoup mieux. Il part pour Pékin afin de consulter un médecin français. Le P. Lacroix, qui a grand besoin de repos, laccompagne.

    Mandchourie Septentrionale

    Depuis le nouvel an chinois une certaine accalmie sest produite en Mandchourie. Sauf dans lextrême nord et dans le sud-est, les grandes bandes de brigands ont presque entièrement disparu. Il est vrai que plusieurs dentre elles sont allées grossir les effectifs de larmée régulière. Il paraît, en effet, que M. Tchang Tsolin se prépare à la guerre, et tout le monde par ici la regarde comme inévitable. Dans une tournée récente aux environs de Kirin jai eu loccasion de traverser un bourg qui reçut il y a quelques mois la visite des brigands. La grande rue ressemble assez bien à ce que les photographies nous montrent des villages dévastés par la guerre. A la place des principales boutiques on ne voit que quelques pans de murs calcinés. A quand la fin du brigandage ?

    A loccasion de la retraite annuelle, il a été procédé à lélection dune nouvelle Supérieure des Surs indigènes du S. Cur de Marie. Lancienne Supérieure, Dorothée Kang, a occupé cette charge pendant 27 ans. Par la sagesse de son administration elle a grandement contribué à la prospérité de la jeune Congrégation. Elle a bien mérité de la Mission et a bien gagné un repos que son grand âge rendait depuis quelque temps nécessaire. Puisse sous la direction de la nouvelle Supérieure, qui a juridiction sur les deux maisons de Siaopakiatze et de Houlan, la Congrégation du S. Cur de Marie prendre un nouvel essor pour le plus grand bien de notre Mission, à laquelle ces vierges chinoises rendent de signalés services.

    Setchoan Occidental

    Le premier jour de lan chinois (5 février) sest passé à Tchentou de façon plutôt triste. Ni pétards, ni musique ; le silence de la nuit na été interrompu que par une maigre fusillade et par les cris discordants des soldats qui montent la garde sur les remparts de la ville. La circulation était interdite à partir de la deuxième veille. Les bonzes dans les pagodes, les particuliers dans leur maison ont accompli silencieusement les sacrifices rituels aux ancêtres et salué la nouvelle lune qui annonce le commencement de la 13e année de la République chinoise. Durant la journée, garçons et fillettes, en toilette de fête, les joues peintes de vermillon, jouent dans la rue en grignotant des friandises. Mais il ne faut pas songer à arpenter le tour de ville sur la vaste avenue des murs : impossible la promenade-assurance contre les maladies qui guettent les pauvres mortels dans le cours de lannée. Vraiment cette année a bien mal commencé !

    Tchentou a été pris par les Nordistes le 9 février ; mais tout nest pas rentré dans lordre pour cela. Le pillage ne sest pas limité aux hôtels particuliers des chefs sudistes : nombre dautres maisons ont été dévalisées. Nos nouveaux maîtres ont dû agir énergiquement : des patrouilles ont parcouru la ville et tout soldat pris en flagrant délit de pillage était immédiatement exécuté : une cinquantaine de têtes ont été ainsi promenées dans les rues, puis suspendues aux quatre portes de la ville.

    Et, au milieu de ce désordre, personne ne songeait à soccuper des blessés du parti vaincu. Abandonnés par leurs médecins soucieux avant tout de leur propre sécurité, 500 malheureux sétaient vu enlever par les vainqueurs argent, couvertures et médicaments. Le médecin-chef des Sudistes a pu reparaître enfin et sest adressé à la Mission catholique, lui demandant de venir en aide à ces infortunés. Nous en avons admis gratuitement autant que notre hôpital en a pu contenir.

    Létat de santé du P. Laroche sest beaucoup amélioré, mais notre confrère devra se soumettre pendant quelque temps encore à un repos complet et à une alimentation très légère.

    LEcole secondaire fondée à, Kiongtcheou par le P. de Jonghe a été enregistrée par décret du Gouverneur provincial le 24 janvier, sous le nom de Collège de la Sagesse.

    LEcole primaire supérieure, enregistrée en 1918, vient de distribuer 28 diplômes aux élèves du 3e cours. Toutes nos félicitations au Directeur et aux maîtres qui le secondent !

    Setchoan Méridional

    Le 13 janvier commençait à Suifu la retraite des prêtres indigènes.

    Malgré la guerre civile et linsécurité des routes infestées de brigands, presque tous ont pu arriver à bon port sans incident trop fâcheux.

    Cette semaine de recueillement a été plus édifiante que jamais par lesprit de piété, le bon exemple et la fidélité à tous les exercices.

    Cest que tout le monde sentait la gravité des circonstances, et, tout en se confiant pleinement à la grâce de Dieu, tenait à se tenir prêt à tout ce que pourrait permettre la divine Providence.

    Coupée en deux par la pensée salutaire de la mort, dans un service solennel en lhonneur de tous les missionnaires et prêtres défunts de la Mission, la série des exercices spirituels sest clôturée avec pompe à la Cathédrale en présence de la foule des chrétiens des trois paroisses de la ville. Deo gratias !

    Sur ces entrefaites et comme confirmation de lappréhension générale devant la situation troublée dune grande partie de la Mission, arrivait par télégramme la nouvelle quun prêtre chinois venait dêtre arrêté par la soldatesque et frappé à lintérieur de la caserne, de plusieurs centaines de coups de planchette, comme un vulgaire criminel. Après enquête sur place, il sagissait simplement de quelques mesures de riz achetées pour lentretien du personnel de loratoire et enlevées par les soldats pendant le trajet de la maison du vendeur à la mission. Les réclamations, quoique justes et très modérées, du prêtre en question avaient eu le don dexciter chez les soldats et leur chef une fureur terrible, qui commença par une bordée dinjures, suivie dun simulacre de jugement, et qui finit par une bastonnade barbare, sans respect pour la justice, ni surtout pour le caractère et la dignité du plaignant, pourtant bien connu des bourreaux.
    Voilà où nous en sommes avec nos petits potentats militaires ! Voilà ce à quoi nous expose continuellement le dévergondage des soldats au milieu des troubles actuels !

    Grâce aux démarches énergiques et efficaces de M. le Consul de France à Tchentou, laffaire a pu aboutir à une heureuse conclusion ; mais notre beau ciel du Setchoan se couvre de plus en plus de nuages, et lapostolat des missionnaires nest pas sans en souffrir et devient de plus en plus difficile. Da pacem, Domine !

    Thibet

    A Tatsienlou, les chrétiennes de la ville se sont enrôlées en grand nombre dans la Croisade de Prières pour la Conversion de la Chine.

    Aucune nouvelle nest parvenue à Tatsienlou de la région de Patang. On dit seulement que le fameux Nangkka-lama, vivement bousculé par les Chinois, remettrait à plus tard lexécution de ses desseins sur Yentsin.

    Les travaux de la nouvelle école de Tsekou navancent que lentement, faute douvriers. Les élèves ne sont pas encore tous rentrés.

    A Weisi, la résidence, restée inachevée depuis le décès du P. Van Eslande, vient dêtre terminée.

    Notre nouveau confrère le P. Ménard nous est enfin arrivé, et à bon port. Quil soit le bienvenu !

    Kientchang

    La retraite des missionnaires du Kientchang avait été fixée au mercredi 30 janvier. Dès le 21 arrivèrent les confrères du Nord, avec le P. Bocat, indisposé, niais que les soins empressés de nos religieuses eurent dailleurs tôt fait de rétablir. Le 28, le P. Arnaud apportait la bonne nouvelle dune accalmie au Chanheou. Le lendemain suivaient les PP. Sirgue, Audren et Le Mercier, tous trois en parfaite santé. Quand le P. Grosjean, quelque temps retenu pour affaires, nous eut rejoints, nous étions au complet.

    La veille de la retraite, service solennel pour les confrères défunts de la Mission. Le 30 janvier au soir, salut douverture. Monseigneur nous donna méditations et conférences. Pour résumer dun mot limpression qui se dégage nette, chacun voulut mettre à profit ces jours de recueillement ; aussi les exercices furent-ils suivis avec empressement, régularité et ferveur. La bonne gaieté et la franche cordialité traditionnelles chez les nôtres ny ont rien perdu. Le matin du 4 février, messe pontificale. Pour la première fois au Kientchang, nos jeunes séminaristes exécutèrent intégralement les offices en chant grégorien ; le reste de la journée fut réservé à ladoration du Saint-Sacrement. Un salut avec Te Deum clôtura cette bonne retraite.

    Après le repas du soir, Monseigneur et les confrères reçurent les vux du séminaire, du personnel et des chrétiens, quune cérémonie semblable réunissait de nouveau le lendemain avec en plus lécole des filles et les chrétiennes. Au cours dune visite faite à la nouvelle installation de lécole des vierges, installation dont nous pûmes admirer le sens pratique et la simplicité toute franciscaine, un gracieux compliment fut présenté à Sa Grandeur. Après avoir constaté leurs rapides progrès, dus à la sage direction de Mère Némèze, Monseigneur les encouragea à persévérer dans leur sainte vocation et à développer les vertus et les connaissances que leur futur apostolat exigera delles dans nos rudes districts.

    Au repas du midi, le P. Audren, parmi les applaudissements unanimes, se voyait accorder le diplôme dagrégation à la Société. Quelques couplets évoquèrent ses galons de capitaine si glorieusement conquis, ses décorations et citations si bien méritées, enfin ses succès apostoliques passés, gages de succès futurs plus grands encore, que nous lui souhaitons de tout cur !

    Après la retraite, le P. Arnaud est resté quelque temps à Ningyuanfu, pour mettre au point la carte du Kientchang destinée à. lExposition Vaticane.

    Notre sous-préfet Ouan, qui se dit et se croit capable de mater les Lolos, vient déprouver une belle déconvenue. Il avait fait afficher sur les murs de la ville que le peuple pourrait aller, comme les années précédentes, offrir lencens de la nouvelle année aux poussahs de Louchan, lui-même se chargeant de protéger les pagodes Or, tandis quavec sa suite il faisait liesse sous lil bienveillant du poussah, voici que 200 Lolos descendent de la montagne et entourent les pagodes. Limitant sa protection à celle où il se trouvait lui-même, notre vaillant sous-préfet laissa les barbares opérer à leur guise dans les autres : 40 personnes furent enlevées. Ce fait, après plusieurs autres, met en sérieux échec la popularité de notre matamore.

    Dans plusieurs autres sous-préfectures, du reste, les Lolos se livrent impunément aux méfaits dont ils sont coutumiers.

    Yunnan

    Notre confrère le P. Piton est toujours entre les mains des brigands, qui, dans leurs déplacements, transportent leur prisonnier sur un brancard, ses jambes ne lui permettant pas de marcher. Ils sont actuellement dans la montagne Kichan, au N. E. du lac de Taly, à deux jours de leur premier campement. Les pourparlers pour la délivrance du pauvre captif durent depuis deux mois, mais sans résultat. Les chrétiens et les notables du district du Père obtinrent dun chef brigand duser de stratagème pour libérer le prisonnier, mais les tentatives de ce chef ont échoué. Pourquoi ? Nous le saurons bientôt. En attendant, la situation de notre confrère demeure la même, pénible, angoissante. Le chef des brigands proposerait comme conditions que, par lintermédiaire et sous la protection du Consul de France, lui et ses hommes se soumettent au gouverneur Tang Ki-yao et que limpunité leur soit assurée à tous. Espérons quune solution interviendra bientôt.

    Le P. Degenève circule dans les districts indigènes en vue de recueillir des objets destinés à lExposition Vaticane.

    On annonce que M. Merlin, Gouverneur général de lIndochine, viendra officiellement à Yunnanfu au commencement davril.

    Kouytcheou

    Le brigandage et la guerre civile sont toujours à lordre du jour au Kouytcheou. A en croire les rumeurs, la situation des Yunnanais, qui lan dernier conquirent la province presque sans coup férir, serait assez menacée. De tous côtés surgissent des ennemis qui, daccord avec les brigands, laissent entendre quils seront bientôt à Kouiyang. Dans lEst, les troupes nationalistes repoussent les Yunnanais et ces derniers ont dû évacuer la région et se réfugier à Kouiyang ; aussi la ville regorge de troupes et le prix du riz est tout de suite passé à 20 piastres le picul de trois cents livres chinoises, et encore devient il difficile de sen procurer, les soldats allant jusque dans les moulins semparer de celui des particuliers.

    Le dispensaire Notre-Dame de Lourdes, ouvert le 11 février dernier, sannonce comme devant être un vrai succès. Le premier jour il reçut 20 visites, le deuxième 50, le troisième 83, et maintenant elles se chiffrent par 100, 120, 150 par jour. Les Surs Saint-Michel et Saint-Louis de Gonzague, malgré toute leur bonne volonté et tout leur dévoûment, ne peuvent arriver à contenter tout le monde. Le matin, de 9 à 11 heures, ce sont les hommes qui se présentent, et la soirée, de 2 à 4 heures, est réservée aux femmes.

    Une histoire de brigands pour finir. Il y a quelques jours à peine, du côté du bourg de Tonanpo, deux soldats sont rejoints par deux aborigènes Miao portant à vide une chaise découverte. Sans façon lun des deux militaires sinstalle dans la chaise et oblige les deux Miao à le porter. Il fallut bien obéir. Les porteurs, tout en devisant en leur langue, à laquelle le soldat ne comprend rien, marchent dun pas rapide et laissent loin derrière eux lautre soldat allant à pied. Mais soudain ils sarrêtent et prient poliment Monsieur le militaire de bien vouloir permettre que son fusil soit ficelé sur lun des brancards de la chaise qui est trop faible ; de cette façon les bambous ayant à peu près le même degré de flexibilité, Monsieur le soldat sera bien mieux assis et ses porteur se fatigueront moins. Le soldat, qui nentend pas malice, passe son arme, aussitôt solidement attachée au mauvais brancard. Il remonte en chaise et peu après, comme on passait sur le pont dune petite rivière : Une, deux, comptent les Miao en leur, langue, et dun mouvement brusque ils projettent la chaise et son occupant dans la rivière et détalent à toutes jambes.

    On dit que les paysans, taillables et corvéables à merci, ne laissent jamais passer loccasion de jouer ainsi quelque bon tour à ceux qui leur font tant de mal.

    Tout dernièrement il y a eu, en ville de Meytan, une révolte des soldats ; résultat : barricades et fusillades dans les rues. Le P. Bacqué, curé du district, désireux déviter à la population terrifiée les pires avanies, voulut essayer de rétablir la paix. Il sortit donc dans la rue, monta bravement sur une barricade et harangua les combattants. Le cher Père, avec sa haute stature et sa barbe blanche était un magnifique point de mire. Les balles sifflaient à ses oreilles, mais aucune ne latteignit. Cependant il ne se retira pas tout à fait indemne de la bagarre. Au beau milieu de son discours enflammé voilà que la barricade seffondre et lui avec elle. Le combat cessa aussitôt. Le Père se releva quelque peu contusionné, mais sans gravité, et il eut la joie de ramener la paix entre les deux partis, au moins pour quelque temps.

    Lanlong

    Le P. Louis Esquirol a été assez gravement malade ; mais il est actuellement en pleine convalescence.

    Nous attendons incessamment le P. Doutreligne, retour de France : ce sera un précieux renfort pour notre jeune Mission, qui a grand besoin douvriers intrépides.

    Le P. Cheilletz, qui, se rendant en Europe, a conduit nos séminaristes à Penang, écrit que leur voyage sest effectué très heureusement.

    Canton

    A la fin de février, Mgr Fourquet sétait rendu à Hongkong pour porter ses condoléances à la Mission privée de son Pasteur. Au retour, le vapeur qui ramenait notre évêque alla buter contre un rocher et commença aussitôt de sombrer, à quelques milles seulement de Canton. Le capitaine eut la présence desprit de piquer sur la rive, où le bateau se trouva bientôt immobilisé dans la vase. Les passagers furent débarqués et durent attendre là, sur les talus gluants, de 5 h. du matin à 11 h. quun vapeur passât et pût les recueillir. Mais aussi, diront quelques-uns, nétait-ce pas, surtout de la part dun évêque, une imprudence de voyager un 29 février et un vendredi ?...

    Nos prêtres indigènes ont eu leur retraite annuelle au milieu de mars : tous y ont assisté, à lexception du P. Tchao, que les rhumatismes obligent à garder la chambre. A la fin de la retraite, Mgr a ordonné trois diacres et un sous-diacre.

    Le P. Deswazières sest rendu à Hongkong, où il a pu se procurer pour ses lépreux une provision de 30 tonnes de riz.

    Malgré les assurances données par la mairie de Canton, nous ne pouvons pas encore compter sur le paiement régulier des secours destinés aux uvres de bienfaisance dont nous avons la charge. Et il en sera probablement ainsi tant que dureront les troubles dans la. province.

    Swatow

    Puisquon ne parle partout que de brigands et de pirates, il peut être utile de signaler le moyen quon a imaginé à Swatow pour se garantir de leurs méfaits. Tout à côté de la Préfecture de Police on a établi un Bureau de protection contre les pirates; barques et chaloupes qui désirent voyager sans être inquiétées nont quà sy faire enregistrer et payer une taxe mensuelle proportionnée au tonnage de lembarcation : par exemple, $100 pour une chaloupe de 15 tonnes. Dans les parages mal famés le charme dun petit drapeau éloignera tout danger. Explication du mystère : ce sont tout simplement les pirates qui, au vu et su de toutes les autorités constituées, tiennent boutique et exercent le grand commerce, comme ils disent lis ne font en cela quimiter leurs voisins, qui, chargés dextirper le vice de lopium, soccupent de la plantation et de la vente de la précieuse drogue ; ou bien sous prétexte dempêcher les jeux ouvrent des maisons de jeu dans tous les villages et à tous les coins de rue. Nos Chinois sont des commerçants industrieux, qui savent mettre de belles étiquettes sur les marchandises frelatées.

    Malgré ces désordres extérieurs le fond de lâme chinoise travaille. Tout le monde se tourne plus en plus vers linstruction ; non seulement les garçons, mais aussi les filles, même à la campagne et en pays, hakka, veulent aller à lécole ; jusquaux jeunes dames, mères de famille, qui se mettent sur les bancs de lécole et veulent parfaire leur instruction. Là où nos confrères ont pu trouver des instituteurs et institutrices, leurs locaux trop étroits ne peuvent recevoir tous les élèves qui se présentent. Malheureusement nous sommes en retard, nous navons pas le personnel enseignant catholique suffisant et nous sommes obligés de faire appel à un personnel payen qui coûte cher et pèse lourdement sur le modique budget du pauvre missionnaire abandonné à lui-même.

    Kouangtong Occidental

    Les 10 et 11 février ont marqué pour notre Mission une date importante. En ces deux journées. Mgr Gauthier, pour la première fois, a conféré le sous-diaconat et le diaconat au séminariste Vincent Tsiu, revenu lan passé de Pinang. Un correspondant du Bulletin signalait récemment une ordination fort ordinaire pour nombre de Missions mieux partagées. Il avait soin de remarquer quune telle cérémonie, presque insignifiante ailleurs, prenait dans le cas signalé une haute signification par suite du manque dun clergé indigène suffisant. Cette remarque convient en tous points au cas présent, puisque notre Mission ne compte jusquici que 4 prêtres chinois, dont 2 même ne nous appartiennent pas et retourneront (espérons que ce sera le plus tard possible) à leur Mission dorigine. Dans les conditions les plus favorables, nous devrons attendre désormais 8 années avant de revoir une cérémonie semblable, qui ne pourra se reproduire une nouvelle fois quau bout de 15 ans. Après cela pourrait-on sourire de limportance attaché à un fait par lui-même dassez maigre importance? Souhaitons que notre cher diacre devienne bientôt un infatigable ouvrier dans la vigne du Seigneur !

    La trêve du nouvel an dure encore, bien que lon signale déjà quelques troubles et des actes de brigandage en plusieurs régions. Des pirates, que labsence du P. Poulhazan rendait sans doute plus entreprenants, ont tenté une incursion assez osée dans les champs. et jardins qui bordent la Sainte-Trinité. Une première fois on se contenta de leur donner la chasse. A la récidive, on ouvrit le feu sur les déprédateurs, dont 4 restèrent sur le carreau. Rendu circonspect par un voisinage si peu endurant, le reste de la bande sest retiré vers le sud de la presquîle, où lon signale depuis quelques jours de nombreux incendies, pillages et massacres. La contrée tout entière est à feu et à sang. Un des chefs plus ou moins rallié (non sans avoir beaucoup varié dans ses opinions, comme nombre dautres), à lun des partis qui à Canton se disputent la suprématie, sest approché de la ville de Loui-Tcheou avec quelques centaines dhommes. Il assure quil va enrôler tous les pirates qui voudront accepter son autorité et les conduira à Kochow pour les incorporer au gros des troupes dont il a embrassé la cause. Sa présence aux abords de la ville ne devait être que dun mois, pendant lequel on lui a fourni un assez gros subside journalier ; le mois est révolu, mais notre homme oublie de sen aller. On vient donc de lui couper les vivres, dautant que les compagnons quil a laissés dans le sud, comme je lai dit plus haut, continuent à travailler et donc pourvoient largement aux besoins de leur existence. Quel sera le résultat définitif de tous ces agissements et quelle idée de derrière la tête peut bien nourrir Wong Tsong-Hoi, linstigateur de toutes ces ma uvres ? Un prochain avenir répondra.

    On signale de Hainan (est-ce une poussée de xénophobie ?) une révolte dans une école tenue par les Protestants américains, suivie dinsultes au drapeau étoilé. Nos pacifistes alliés seront-ils toujours dhumeur à se laisser piétiner et à combler de privilèges et de droits nouveaux daussi reconnaissants clients ?

    Cependant le lucratif commerce de lopium sexerce de plus belle, sous la haute protection de tous les potentats du pays, gros ou petits, qui lont presque érigé, avec les maisons de jeu, à la hauteur dune institution nationale. Primum vivere, nest-ce pas ? Le cadavre dun ennemi sent toujours bon, disait feu Vitellius ; de même la fumée nauséabonde de lopium, surtout quand il est possible de la transformer en espèces sonnantes et trébuchantes.

    Nous attendons sans impatience la suite des événements que mille indices indiquent comme prochains. Messieurs les pirates auront encore de beaux jours et de fructueux profits !

    Tonkin Occidental

    Cette année, suivant les désirs du Saint-Père, exprimés dans son Encyclique sur saint Thomas, nous avons, au séminaire de Keso, célébré par un triduum, la fête du Docteur Angélique, Patron de toute les écoles catholiques. La veille de la fête, en présence de tous les professeurs et élèves réunis, il y eut joute théologique et philosophique sur la possibilité et la cognoscibilité du miracle et sur lorigine de la matière. Les thèses, attaquées avec acharnement, furent vaillamment défendues avec des raisons solides et bien groupées. Lauditoire, intéressé par ces disputes solennelles, auxquelles il nétait pas habitué jusquici, ne ménagea pas les applaudissements aux défenseurs et aux adversaires des thèses, Le jour de la fête, la. messe fut chantée avec diacre et sous-diacre ; à 9 heures, réunion solennelle à la salle des exercices, où la chorale exécuta avec perfection, divers chants pieux en lhonneur de Saint Thomas, Un élève lut ensuite un discours de haute tenue théologique et littéraire, dans lequel,. rappelant la science et les vertus de saint Thomas, il fit ressortir que la sainteté et la science, loin de se nuire, ne font que sentraider pour arriver à une perfection plus grande, et conclut que le Docteur Angélique ne serait pas le saint que nous vénérons, sil navait été le savant que nous admirons, mais aussi quil ne serait pas le savant qui dissipe les ténèbres, sil navait été le saint dont les exemples nous entraînent. Belle fête, dont les séminaristes garderont longtemps le souvenir !

    Mgr Gendreau, en tournée pastorale dans les paroisses avoisinantes du Collège de Hoàng-Nguyên, a présidé ladministration du baptême à un groupe de cent néophytes. Cette chrétienté naissante promet de se développer. Ce sont des gens pauvres, simples et de bonne volonté, qui ne cherchent quà connaître la vérité et à lembrasser. En lespace dun mois et demi, la paroisse de Hoàng-Nguyên sest augmentée de 150 nouveaux chrétiens.

    Le P. Lauvergnat, visitant une de ses chrétientés, a fait un faux pas et est tombé si malencontreusement quil sest fracturé les deux os de lavant-bras. Confié aux soins dun praticien habile, le Père est en voie de guérison rapide.

    Tonkin Maritime

    Le P. Huctin vient dêtre appelé à Hanoi pour travailler de concert avec le P. Lebourdais à la prospérité du journal des Missions du Tonkin, le Trung-Hoà Nhât-Báo. Ainsi se réalise un désir que le cher Père nourrissait depuis le début de sa vie apostolique : travailler à luvre de la bonne presse !

    En 1907, le P. Pléneau fondait lécole franco-annamite de Ninh-Binh, dont il fut le directeur pendant deux ans ; mais en 1909, ayant été nommé chef de district, il fut remplacé à la direction de lécole par le P. Huctin. Ces deux confrères se comprirent vite et ne formèrent vraiment quun cur et quune âme, dans le sens le plus complet de lexpression. Pour le bien de leur école, ils firent de suite lacquisition de la petite machine à imprimer que vendait alors sous le nom de Mitrailleuse, la Maison de la Bonne Presse de Paris. Ils simprovisèrent imprimeurs et firent paraître le 1er Janvier 1910 leur Almanach catholique, uvre bien modeste assurément, mais fruit de peine et de veilles nombreuses !

    Peu de temps après, une grande machine venait sadjoindre à la petite, et lImprimerie Thiên-Bân était fondée à Ninh-Binh. Les débuts furent pénibles, comme il arrive presque, toujours quand naît une uvre nouvelle ; mais nos deux confrères ne se découragèrent pas un seul instant. Après avoir fait paraître un certain nombre de petits tracts, ils prirent linitiative de susciter une réunion dhommes compétents pour fonder un journal catholique en langue tonkinoise. Malheureusement la grande guerre survint, qui arrêta tous les projets à la veille de leur réalisation. Le P. Huctin, mobilisé, dut regagner la Mère-patrie, et le P. Pléneau, tout eu soccupant de son vaste district, continua à diriger lImprimerie et, par elle, par la Revue Eucharistique Thánh-Thê-Báo destinée au clergé indigène, à faire beaucoup de bien.

    De retour en 1919, le P. Huctin se remit à la tête de son uvre, toujours avec le même enthousiasme. Et sa joie fut à son comblé quand il reçut, en janvier dernier, lordre de se transporter à Hanoi, avec tout son matériel, pour préparer limpression du Trung-Hoà, qui, bien que nayant encore que 6 mois dexistence, est déjà un des journaux les plus lus de lIndochine.

    Nous souhaitons au P. Lebourdais, directeur de ce journal, et au P. Huctin, son aide indispensable pour lImprimerie Thiên-Bân , de plus grands succès encore, pour la gloire de Dieu et la salut des âmes.

    Cochinchine Orientale

    La retraite des prêtres indigènes a eu lieu à Dai-an du 20 au 25 février. Elle fut présidée par Monseigneur ; 48 prêtres y prirent part. Le P. Ban fut le seul de nos huit prêtres annamites de Kontum à pouvoir y assister. Au soir du dernier jour, le P. Maheu, venu tout exprès, donna une séance de cinéma qui fut fort goûtée.

    A cause de cette retraite, deux confrères seulement purent assister aux noces dargent du P. Porcher ; mais, au jour octave, quatre autres allèrent lui porter les vux de tous.

    Le P. Louison est descendu de Kontum pour prendre quelques mois de repos en Aunai. Le P. Guillot, après un séjour à lhôpital de Quinhon, achève heureusement sa convalescence à notre Procure.

    Le P. Dorgeville est rentré de la réunion des Supérieurs de Petit-Séminaire à Culao-gieng, où il remplaçait le P. Gagnaire empêché.

    Le P. Lalanne sera notre représentant à la réunion du 28 avril, à Hué, pour lunification des prières, acheminement à lunification de la langue. On naccusera pas lEglise dêtre en retard cette fois !

    Le 10 février, le P. Solvignon, curé de Go-thi, avait réuni confrères et prêtres indigènes pour procéder à la bénédiction des statues des BB. Cuenot et Nam-Thuông, statues qui sortent des ateliers artistiques du P. Maheu. Ce même jour, après le salut, eut lieu la bénédiction des enfants cérémonie fort intéressante, quoique un peu tohu-bohu comme il est dusage en ce pays, et comme il est facile de le concevoir quand il sagit de près de 600 enfants, auxquels on fait baiser les pieds de lEnfant Jésus et auxquels aussi on distribue un petit gâteau quils ne manquent pas dapprécier.

    Cambodge

    Le dimanche 10 février, au soir, grande illumination et longs chapelets devant la grotte de N. D. de Lourdes, près de lEvêché, élevée jadis par Mgr Bouchut. Laffluence considérable des fidèles témoignait du grand désir de revoir bientôt leur premier Pasteur au milieu deux.

    Le même jour, au matin, le P. Herrgott, provicaire, procédait à la bénédiction solennelle du nouveau pensionnat de jeunes filles, ainsi que de la chapelle de cet établissement, à Phnompenh. Assistance très nombreuse, tant française quindigène ; aucune dame de la ville ne manquait. La première rentrée a eu lieu le 15 février. Ce pensionnat répond à de grands besoins et il est assuré dun plein succès.

    Létablissement, dit le prospectus, reçoit : 1o des pensionnaires et demi-pensionnaires françaises ; 2o des pensionnaires et demi-pensionnaires indigènes ; 3o des externes. Toutes y reçoivent léducation propre à leur âge et à leur condition et toutes leçons nécessaires à la préparation au certificat franco-indigène, certificat français et brevet élémentaire.

    Durant la semaine de la Septuagésime, a eu lieu à Culaogiêng la réunion des délégués des Petits-Séminaires de Cochinchine et du Cambodge, afin de mettre en commun leurs vues et leur expérience en matière détudes et de discipline, pour améliorer encore la situation acquise déjà par ces établissements.

    Cest le P. Merdrignac qui succède au regretté P. Guibé à la paroisse cosmopolite du Sacré-Cur à Phnompenh.

    Malacca

    La Colonie des Détroits recevait, le mois dernier, la visite du Special Service Squadron : sept magnifiques vaisseaux de guerre qui ont passé toute une semaine dans la rade de Singapour, sans doute pour donner aux Singapouriens un avant-goût de la Grande Base navale dont on parle tant depuis quelque temps. Répondant à la gracieuse invitation qui leur avait été faite, nombre dEuropéens dindigènes visitèrent les différents vaisseaux de lescadre. On peut dire que la fête fut un vrai succès. Décorations en ville, réceptions à bord et au palais du Gouvernement, défilé des marins ; rien ny manquait... que le soleil. Les braves marins anglais ont pu, en effet, admirer, comme tous les voyageurs passant par Singapour, la belle végétation tropicale, mais en lieu et place du beau soleil de la Malaisie, il ont eu de la flotte en abondance : pluie le matin, pluie à midi, pluie le soir, pluie le jour, pluie la nuit, de quoi remplir à les faire déborder les fameuses citernes dAden.

    Depuis quelque temps la Compagnie des Messageries Maritimes procurait à ses voyageurs le plaisir dune escale à Pinang. Cela donnait à nos confrères loccasion de voir la belle Ile des Aréquiers et de pousser une visite jusquau Collège Général. On va, paraît-il, revenir à lancienne route directe de Colombo à Singapour, sans arrêt au nord de la Péninsule. Cest regrettable.

    Birmanie Méridionale

    Le mois de mars sera le mois des Couvents. Dabord, pose de la première pierre de la nouvelle chapelle des Surs du Bon-Pasteur à Rangoon. Chapelle ? Est-ce bien le terme pour le monument qui se prépare ? Petite basilique, mineure, cependant, serait un terme plus approprié. Monseigneur. Perroy officiait, entouré de tous les confrères de Rangoon. Monseigneur Cardot assistait dans un fauteuil, incapable, hélas ! de prendre aucune part à la belle cérémonie. Quoiquelle fût tout à fait privée, un certain nombre damis et admirateurs des Surs avaient tenu à venir la rehausser par leur présence.

    Lâme du beau travail qui commence est, le P. Picot. Depuis des mois, tout son temps libre se passe dans le travail ardu et ingrat des plans et préparation de leur exécution. Maintenant le travail est lancé et il suffit de connaître le P. Picot pour être sûr que nous aurons dans cette chapelle quelque chose de tout à fait artistique... Si les fonds viennent. Cela est le département de saint Antoine, placé maintenant comme quêteur perpétuel à la porte du Couvent. Puisse-t-il procurer bien vite à ces Dames la grosse somme requise pour ériger ce beau monument !

    Quelques jours plus tard, cétait grande fête chez les Surs de Saint-Joseph, qui célébraient, dans le berceau de leur Congrégation en Birmanie, un triple jubilé : noces de diamant de leur arrivée en mission ; jubilé dor de profession de la Mère Léonie et noces dargent de son Supériorat à Moulmein.

    Les Surs de Saint-Joseph de lApparition vinrent en Birmanie dans les temps héroïques, et leur arrivée fut accompagnée de circonstances extraordinaires, dans lesquelles se montrait le doigt de Dieu. Elles arrivèrent en 1847, au temps des Pères Italiens. Aujourdhui 65 religieuses travaillent en Birmanie dans 5 couvents.

    A Moulmein, Mandalay et Maymyo elles soccupent surtout des Européennes et Eurasiennes ; à Mandalay, elles y joignent le soin des Birmanes et des Indiennes ; à Bassein, elles travaillent chez les Cariannes dans la direction de lEcole Normale et du noviciat de la Congrégation indigène de Saint François-Xavier ; il y a deux ans, elles ont ouvert à Rangoon, un couvent exclusivement réservé aux Indiennes. Tout fait espérer que sous peu elles y fonderont un couvent chinois. Ce jour-là, nos zélées Surs Missionnaires pourront se rendre le témoignage quelles travaillent à la conversion des principales races représentées en Birmanie (excepté les tribus de montagnes).

    La Révérende Mère Léonie, arrivée en 1874, travailla depuis ce temps à Moulmein comme religieuse, comme Supérieure (depuis 25 ans) et maintenant comme Supérieure régionale de toutes leurs maisons de Birmanie. Le couvent de Moulmein lui doit la magnifique expansion de toutes ses uvres ; le Vicariat, la fondation de lEcole Normale et du noviciat de Bassein, ainsi que la fondation du Couvent indien à Rangoon. Ad multos annos à notre vénérée Jubilaire, pour la plus grande gloire de Dieu et la création de nouvelles uvres pour le bien des âmes !

    La fête, célébrée les 12 et 13 février, était rehaussée par la présence de NN. SS. Cardot et Perroy ; du P. Resinelli de Toumgoo, représentant Mgr Segrada et le Vicariat de Birmanie Orientale, et de 14 prêtres de notre Vicariat ; de 2 Religieuses représentant les Surs du Bon-Pasteur et de déléguées de toutes les maisons des Surs de Saint-Joseph en Birmanie. Un grand nombre danciennes élèves étaient venues aussi célébrer le triple jubilé. Le Couvent donnait lhospitalité à toutes celles qui le désiraient, On vit des grandmères en profiter et, logeant en dortoir, redevenir pour quelques jours, comme de grandes enfants, petites pensionnaires de couvent. Le 12, au matin, Mgr Perroy procédait à la bénédiction dune jolie et spacieuse chapelle, érigée en mémoire des trois jubilés par les anciennes élèves. Cest un digne témoignage de leur reconnaissance envers les religieuses qui ont élevé des générations dans notre Birmanie et en particulier envers la Mère Léonie, dont les cinquante années de vie religieuse se sont passées à faire sans bruit tout le bien possible. Le lendemain 13, un bazar de charité fut tenu toute la journée dans les jardins du Couvent : le soir, comme clou de la fête, la Médaille dor Kaiser-I-Hind, la plus haute distinction que puisse accorder le Gouvernement anglais à une personne de nationalité étrangère, fat, remise au nom du Roi Georges à la jubilaire par le Commissioner de Tenasserim, délégué à cet effet. Une magnifique séance suivit la présentation de la Médaille et termina dignement les belles fêtes, dont ce pauvre aperçu ne peut donner quune idée bien imparfaite. Une des conséquences de ces beaux jubilés (il est permis de la dire) est que le P. Boulanger a dû, par ordre supérieur, prendre un repos de 15 jours à trois semaines sur mer. Erection du nouveau Petit-Séminaire dun côté, construction de la chapelle jubilaire du Couvent de lautre, et, par dessus cela, la préparation des fêtes : cétait plus que les forces de notre cher Confrère nen pouvaient supporter. Il nétait pas précisément malade, mais certains signes de faiblesse montraient quil était temps quil prît un peu de repos. Cest fait : espérons quil rentrera en possession dun nouveau bail de force et de santé.

    Le Frère Camille, frère du P. Richard du Siam et directeur de lécole des Frères à Rangoon, vient dêtre nommé Visiteur de leurs maisons de Ceylan. Son successeur nest pas encore nommé. Nos sincères félicitations !

    Birmanie Septentrionale

    La peste, ce mal qui répand la terreur et la mort, mauvais cadeau fait à la Birmanie en 1906, exerce immanquablement depuis cette époque ses effrayants ravages, tantôt dans un coin du pays, tantôt dans un autre. Cette dernière saison froide, elle sest adjoint deux autres cruels satellites, le choléra et la variole, et, à eux trois, depuis cinq mois, ils fauchent à Mandalay, des milliers dexistences. Les journaux (encore disent-ils toute la vérité ?) enregistrent jusquà. 70 décès par jour. Aussi, dans certains quartiers de la ville, 75 % de la population ont pria la fuite. Malheureusement nous avons à déplorer un certain nombre de morts parmi nos catholiques, surtout parmi les Indiens. Seules les grandes chaleurs qui sannoncent arrêteront pour un temps la marche du redoutable fléau.

    Sil est vrai que Dieu châtie ceux quil aime, nous sommes vraiment ses amis. Une Sur de St. Joseph se meurt à lhôpital de Maymyo ; une autre, à Mandalay, a reçu les derniers sacrements. Et, nouvelle croix, le P. Couillaud se trouve menacé dun cancer à la gorge. Il reçoit, à la Léproserie St. Jean, tous les soins que nécessite son état. Admirable de courage et de résignation, dans le silence de la retraite et la prière, il se prépare au grand voyage, si telle est la volonté du bon Dieu.

    A Jésus-Hostie, exposé toute la journée à léglise St. Michel, avec toutes nos misères, nous avons dit aussi tout notre amour. Un triduum, prêché par le P. Tobias, avait préparé les chrétiens birmans à ce grand jour dadoration, que terminait le soir une belle procession du St. Sacrement. On ne se lasse pas dentendre la parole nette et facile, les exposés clairs et simples du vénérable doyen de notre clergé indigène (75 ans) : Dedit dona hominibus.

    Laos

    Mgr Gouin est en tournée de confirmation depuis le commencement de février. S. G. visite, cette année, le sud de la Mission.

    Pendant ce temps les missionnaires travaillent de leur mieux, car cest lépoque de lannée où ils ont facilement tout leur monde sous la main ; aussi font-ils catéchismes sur catéchismes aux néophytes et surtout aux enfants des écoles, lespoir de lavenir.

    Pondichéry

    La Mission a fait une grande perte en la personne du P. Alphonse, un de nos meilleurs prêtres indigènes, décédé le 4 janvier, dans sa 50e année.

    Nos établissements scolaires de Yercaud ont obtenu de brillants succès aux récents examens du High School et Middle School. Cest ainsi que lEcole Montfort, dirigée par les Frères de St. Gabriel, a vu, au High School, ses 3 candidats réussir, dont 1 en 1e classe. Au Middle School, sur 7 candidats, 6 ont passé, dont 2 en 1e classe et 4 en 2e.

    Quant au Couvent du Sacré-Cur, dirigé par les Surs de St. Joseph de Cluny, ses 3 élèves présentées au High School ont réussi, dont 1 en 1e classe et 1 en 2e. De plus les examens de musique théorique ont donné lés brillants résultats suivants : Intermediate grade, 2 ; Advanced junior, 5 dont 1 avec le maximum ; Junior, 6 ; Preparatory, 5.

    Pour tous ces heureux succès, nos plus sincères félicitations aux dirigeants de nos établissements scolaires de Yercaud qui se rangent définitivement parmi les plus réputés de la Présidence de Madras.

    Kumbakônam

    Mgr Chapuis, indisposé depuis plusieurs mois déjà, est allé à la montagne afin dy chercher un peu de repos et dy refaire sa santé.

    Un de nos confrères, le P. Palluel, curé de Koneripatty, va repartir pour la France incessamment : il a grand besoin de repos dans un climat plus tempéré que celui des Indes.

    Ainsi va diminuant le nombre des ouvriers apostoliques, et, si lon met de côté ceux qui sont employés dans les charges générales de la Mission, il ne nous reste pas 40 prêtres qui puissent se livrer au ministère dans les districts. Et encore, parmi ceux-là, une demi-douzaine sont plus au moins fatigués par lâge, les travaux, la maladie.

    Heureusement un renfort nous est arrivé au commencement de lannée en la personne du P. Sanjeevi, jeune prêtre indien ordonné récemment au Séminaire pontifical de Kandy. Il en faudrait encore beaucoup pour combler tous les vides dans notre Mission.

    Hongkong

    Le 21 mars, un service solennel de trentaine a été célébré à la cathédrale pour le repos de lâme du regretté Mgr Pozzoni. Mgr Fourquet, Vicaire Apostolique de Canton, présidait la cérémonie, à laquelle prit part urne nombreuse assistance, apportant à lévêque défunt le tribut de ses regrets et de ses prières.

    Séminaire de Paris

    Le Droit canon a déterminé les dates des ordinations en tenant compte de la situation des candidats par rapport aux études théologiques et a fixé les interstices à observer entre chacun des ordres. En conformité avec ces règles nous avons deux ordinations générales par an : aux Quatre-Temps de Noël et de la Pentecôte. Cependant le service militaire impose à plusieurs des retards auxquels il faut remédier par des ordinations supplémentaires. Cest ainsi que Monseigneur le Supérieur a appelé six aspirants à recevoir la tonsure et trois à recevoir les deux premiers Ordres mineurs aux Quatre-Temps de Carême.

    Trois séminaristes ont été admis à la fin du mois de janvier : MM. Lebas et Dancette, de Lille, et M. Darracq, dAire,

    Monseigneur, accompagné du P. Léculier, a assisté le 15 janvier, à linauguration du service radiotélégraphique entre Paris et Saigon. Entre lenvoi dun message S. F. envoyé à M. Merlin, gouverneur général de lIndochine, et la réception de la réponse, il sest écoulé 33 minutes. Après un exposé technique du général Ferrié, M. Sarraut, ministre des colonies, M. Laffond, sous-secrétaire dEtat aux P. T. T., et M. Fontaine ont pris successivement la parole.

    Le colonel Golokhvartoff, dont parle le Bulletin de janvier (p. 45), a passé au Séminaire une huitaine de jours, heureux de revoir les PP. Cubizolles et Graber. Il sest rendu au Séminaire de Lille le 24. Le 16, au déjeuner, nous avions aussi le plaisir davoir Mgr Dabitch, archimandrite rentré dans le sein de lEglise catholique, résidant actuellement 95, rue de Sèvres, et Mgr Marty, évêque de Montauban. Celui-ci nous a fait lhonneur daccepter lhospitalité du Séminaire jusquau 21.

    Le 21, à lInstitut catholique, sest terminée la série de 10 conférences sur les Missions ; suivies par un public nombreux. Mgr Le Roy, qui vient dêtre nommé Chevalier de la Légion dHonneur, y a parlé des Missions dans les colonies françaises.

    Mgr le Supérieur a prononcé le 20, à la chapelle des Carmes, une allocution et fait la quête en faveur du Laos. Le 27, il a officié pontificalement en léglise St-Paul St-Louis, et, le 31, donné une conférence à lEtoile sur le catholicisme dans les pays de Missions.

    Durant cette quinzaine, soit à Montreuil, à St-Germain lAuxerrois, à Ménilmontant, à Marne-la-Coquette ; soit à Issy ; soit à Tournai, maison des Dames de St-André ; à Bourg-la-Reine, au patronage de la rue de Dantzig, à lorphelinat de la rue Dombasle, à St-François-Xavier, à Stains, des allocutions de Ste-Enfance et projections sur les Missions ont été données par les PP. Gérard, Jaricot, Chambon.

    Le 28, à la réunion de lAmicale Missionnaire chez M. Letourneau, curé de St Sulpice, le P. Piolet, S. J., a donné dintéressants détails sur les Amis des Missions, association déclarée ; pour létude et le développement des Missions catholiques françaises à létranger. Le président du conseil dadministration est M. Edmond Bapst, ambassadeur de France ; les vice-présidents: MM. G. Goyau, de lAcadémie française ; Auguste Gauvain, de lInstitut ; Louis Marin, député de Meurthe-et.-Moselle ; François-Marsal, sénateur ; le secrétaire, M. Ferdinand de Nazelle ; le trésorier, M. Roger Lehideux. On devient membre souscripteur en versant une cotisation annuelle minima de 100 frs et on a droit à toutes les publications que lAssociation fera paraître.

    Mgr Descamps, récemment rentré, a donné sur son voyage dans lOuest Africain, des informations très optimistes sur les progrès de la foi parmi les noirs de ces régions.

    Venant de Rome et arrivé au Séminaire le 1er février, Mgr Przez-dziecki, évêque de Podlachie, un des diocèses ressuscités de la Pologne russe, a visité quelques-uns des nombreux centres polonais dans le diocèse de Cambrai. Il est un des prélats de Pologne les plus actifs et les plus appréciés à Rome ; Sa visite nous a fait entrer en relations avec Mgr Dabitch, archimandrite russe converti, poursuivant à Paris des études théologiques.

    Luvre des Partants a eu sa messe mensuelle et lallocution ordinaire par le P. Léculier le lundi 4 février. Luvre vient de faire une nouvelle perte en la personne de Mlle Lucie Tusson, dite Madame Alphonse, décédée le 7 courant à lâge de 95 ans. Nos confrères auront un souvenir pour cette fidèle associée.

    Après avoir assisté le 5 février à Neauphle, aux obsèques de la comtesse de Chabannes, Monseigneur sest rendu avec le P. Chambon à Montbeton. La retraite des confrères du Sanatorium sest ouverte le 7 et a été clôturée le 11. Chaque jour Mgr le Supérieur y a donné une conférence spirituelle.

    Monseigneur de Montauban voulut bien assister avec son Vicaire général au déjeuner du 11 et le lendemain, à lévêché, il rendait aimablement la politesse à NN. SS. de Guébriant et Perrichon et aux PP. Sibers et Chambon. A St. Raphaël toutes les places sont occupées. Le P. Soubeyre, appelé inopinément au lit de mort de son père et passant quelques temps près de sa mère, va être remplacé par le P. Malaval. Sur les 25 pensionnaires de Montbeton, les PP. Gratuze et Vey sont seuls à garder la chambre. Une bonne moitié des autres peut espérer un retour plus ou moins prochain en mission. Le P. Guéneau est parmi les collaborateurs dont le continuateur de Mgr Battandier sest attaché le concours et qui font de lAnnuaire pontifical une mine si riche de renseignements.

    Le P. Mollat est revenu de Rome le 4 février et continue à préparer activement la participation de la Société à lExposition Vaticane.

    Le P. Depierre, malgré des attaques de fièvre ajoutées aux fatigues du voyage, continue en Bretagne une série de conférences avec projections, dont le succès est de bon augure. Tous professeurs, parents et élèves, trouvent trop courtes les séances de plus dune heure.

    Le P. Chartier qui remplissait à la paroisse St-Jean-Baptiste de Belleville le ministère que sa faible santé lui permettait, sest éteint le 3 février, après avoir reçu la visite de quelquun de la famille, comme il dit quand on lui annonça un de nos confrères, le P. Jaricot. Il avait fait en été un court séjour à Montbeton et depuis novembre se trouvait immobilisé. Les funérailles ont eu lieu le 5.

    Le Père Gérard a donné des sermons de Sainte-Enfance à la Madeleine, St-Martin, Noisy-le- Sec, Choisy-le-Roi.

    A Bièvres, les examens du 1er semestre sont terminés et les aspirants ont la faveur de quelques jours de repos avant la reprise des cours. A Paris, le premier semestre détudes ne prend fin quau début du Carême.

    Le 15 février, Monseigneur a présidé au Sacré-Cur de Montmartre la cérémonie du triduum en lhonneur de saint Josaphat, martyr de la cause de 1Union des Eglises.

    1924/241-265
    241-265
    Anonyme
    France et Asie
    1924
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