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Chronique des Missions et des Etablissements communs 5

Chronique des Missions et des Etablissements communs Tôkyô
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs
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    Tôkyô

    Le 29 mars, Mgr Hayasaka arrivait à Yokohama par lEmpress of Canada. Mgr Chambon, archevêque de Tôkyô, avec plusieurs de ses missionnaires, le Père Ozaki avec quelques chrétiens de Nagasaki, et même un chrétien venu jusque de Shang-Hai, le Père Deffrennes et les PP. Doi et Hayasaka junior, représentant la mission de Hakodaté, et de nombreux groupes de chrétiens de Yokohama et de Tôkyô sétaient rendus au-devant de Sa Grandeur dès les premières heures de la matinée. Une avarie de machine, ainsi quune mauvaise mer ont retardé le débarquement jusquà midi. Mgr Hayasaka, accueilli avec la joie que lon devine, a pris un train qui arrivait à Tôkyô à une heure vingt de laprès-midi. Malgré lattente prolongée, un groupe nombreux de Japonais, chrétiens ou non, étaient là pour recevoir le nouvel évêque japonais à son arrivée à la gare. Parmi eux se trouvait un représentant du baron Fujita qui fit cadeau à Mgr Hayasaka de 10.000 Yen pour son voyage. Le Saint-Père, touché de ce trait de sympathie, a envoyé au Baron Fujita une décoration de lordre de St Grégoire. Après sêtre reposé à larchevêché le soir du 29, Mgr Hayasaka sest rendu à Sendai, sa ville natale, où il doit passer les fêtes de Pâques. Sa Grandeur doit revenir vers le milieu du mois à Tôkyô, où on lui prépare plusieurs réceptions.

    Le même jour, 29 mars, le Paul-Lecat, des MM., ramenait à Yokohama la R. Mère Ste-Louise, Supérieure de létablissement des Dames de St-Maur à Yokohama. La R. Mère, qui avait dû rentrer en France pour se soigner, est revenue en bonne santé, et pourra, espérons-le, continuer et développer les oeuvres scolaires que la Providence lui a donné de restaurer déjà magnifiquement, au lendemain du tremblement de terre.

    Vers la fin de mars arrivaient au Séminaire de Tôkyô six élèves envoyés des Iles Carolines et Mariannes par les RR. PP. Jésuites. Ces élèves, qui comprennent un étudiant en philosophie et cinq latinistes, ont reçu une première formation à Manille. Un lycée, voisin du Séminaire, a consenti très gracieusement à faciliter leurs études secondaires en japonais, heureux, a assuré le principal, de fournir ainsi la contribution du Japon à la formation du clergé indigène des lies du Sud.

    Le 5 avril.

    Nagasaki

    Les chrétiens de Miyasaki se souvenaient encore de larrivée dun jeune missionnaire, qui fit en leur bonne ville lapprentissage de la vie apostolique et sinitia aux beautés de leur langue... Mais le temps avait fui... Le nouvel apôtre était parti pour les îles Gotô de là avait été envoyé à Nagasaki... et le silence sétait fait...

    Puis, voici quun beau matin, le bruit se répandit que lex-jeune missionnaire était devenu vicaire capitulaire.... évêque... Dire que les gens de Miyasaki en ressentirent une légitime fierté est chose inutile Cependant, ce fut autre chose encore, quand on apprit que le nouvel évêque venait à Miyasaki donner la confirmation... Vite on se mit à luvre. Dirigés par les Pères Salésiens, successeurs des M.-E., les chrétiens mirent toute leur bonne volonté et leur générosité à suivre une retraite que prêcha un orateur émérite : le Père Hagiwara, à préparer les chants, les décorations etc...

    A la gare, quand Mgr descendit du train, il se vit en présence des Pères et dun grand nombre de fidèles venus à sa rencontre. Il en reconnut quelques-uns dont les joues sétaient un peu ridées au contact des ans ; il fut surtout reconnu. Les anciens, en le voyant, se remirent aussitôt en mémoire la haute stature et le maintien grave et distingué du jeune missionnaire.

    A léglise, où les fleurs salliaient avec le meilleur goût aux festons et oriflammes, sa Grandeur donna la bénédiction pastorale. Puis, en colloque intime, les Pères lentretinrent de leurs difficultés, projets, espoirs...

    Le lendemain dimanche, messe pontificale. Monseigneur était assisté à lautel par les Pères Salésiens et le Père Paulin, franciscain de Kagoshima. Tout se passa dans un ordre parfait... Les cérémonies de la messe frappèrent chrétiens et païens par leur ampleur et leur majesté... Les chants furent exécutés en grégorien par les enfants, jeunes gens, jeunes filles.

    La messe terminée, Mgr donna la confirmation à 43 enfants ou grandes personnes. En ce moment solennel, au milieu du plus religieux silence, seule séleva pure et douce la voix du pontife, appelant lEsprit Divin sur les élus, pendant que lorgue, dune voix plaintive, chantait lamour et la paix.

    Dans un éloquent sermon, sa Grandeur exhorta les nouveaux soldats du Christ à suivre toujours le chemin du devoir.

    A la sortie de léglise, une photographie fut prise pour que le souvenir de cette bonne journée ne se perde pas. Dans la soirée une petite séance récréative clôtura la fête. Les jeunes gens jouèrent un drame : Joseph, et les jeunes filles exécutèrent des chants variés. Les pères et mères vinrent aussi offrir leurs présents à Sa Grandeur.

    Monseigneur quitta ravi le berceau de son enfance apostolique, emportant la reconnaissance de tous les chrétiens et le sincère merci des bons Pères Salésiens qui ne forment quun souhait : à lavenir, recevoir souvent sa Grandeur, en de semblables visites...

    Mgr Thiry fut aussi reçu solennellement, le 14 mars, à Yatsushiro. Sa Grandeur confirma le lendemain 23 fidèles. Le sermon fut donné par le P. Wakida, orateur toujours très goûté.

    Après la cérémonie. Mgr visita lécole des Surs. Au discours de bienvenue qui fut alors prononcé, Sa Grandeur répondit en exposant le grand rôle que lEglise catholique avait joué dans lenseignement, dans le relèvement de la famille. Ces paroles produisirent une excellente impression sur les élèves ; qui, bien que païennes pour la plupart, étaient cependant, grâce au zèle des Religieuses, fort bien préparées à entendre de si hautes vérités.

    Le 6 avril.

    Osaka

    Cela ne se fera pas ! nous répondait invariablement notre P. Villion, quand nous linterrogions sur le bruit qui courait, quon allait lui élever un buste à Yamaguchi.

    Et pourtant, cela sest fait pour la plus grande joie de ses confrères de la Mission dOsaka.

    Après linauguration, à Yamaguchi, du monument à Saint François-Xavier, le 16 octobre 1926, plusieurs personnalités japonaises, qui sy étaient grandement intéressées, résolurent dériger au même endroit un buste en lhonneur du P. Villion, lartisan principal de cette glorification du premier Apôtre du Japon.

    Comment ces personnages influents, qui ne sont pas catholiques, réussirent-ils à décider notre Vieux à se laisser faire ? Cela reste pour nous un vrai mystère. Le fait est que lartiste qui le modela a su le faire fort ressemblant. Tel loriginal et tel le bronze. Il y a des années, un cheval peu caressant, dun coup de dent, sadjugea sans vergogne le lobe de loreille gauche de notre héros ; lartiste véridique a reproduit sur le bronze cette apostolique blessure. Et depuis février, le buste du P. Villion se dresse, sur son piédestal de granit, face au monument de Saint François-Xavier à Yamaguchi, chef-lieu de la préfecture de même nom, théâtre pendant plus de vingt ans des labeurs apostoliques de notre vénéré doyen.

    Nous avons failli nen rien savoir ! Cela ne se fera pas de mon vivant, nous répétait toujours notre Vieux. Yamaguchi depuis 4 ans fait partie du Vicariat apostolique de Hiroshima aux mains des RR. PP. Jésuites. Et puis, cest loin de notre Mission dOsaka.

    Heureusement, notre Vieux réside maintenant à Nara, à une toute petite heure du centre de la Mission. Or, le 5 mars dernier, à Nara, en présence des Gouverneurs des 2 préfectures de Yamaguchi et de Nara, a eu lieu, à 11 heures 30, au Nara Hôtel, la présentation au P. Aimé Villion, doyen de notre Société, dune réduction en bronze du buste déjà érigé à Yamaguchi. La réunion comptait plusieurs personnalités. On y distinguait, entre autres, le R. P. Leonardo Ceroni, secrétaire de Son Excellence le Délégué Apostolique, le maire de la ville de Nara, Monsieur Inabata, président de la chambre de commerce dOsaka et membre de la Chambre des pairs. Plusieurs grands journaux y avaient aussi des représentants.

    Ce fut une cérémonie toute dintimité, et cependant les journaux en rendirent compte avec photographies, naturellement. Son Excellence, Monsieur Omari, Gouverneur de la préfecture de Yamaguchi, en qualité de président du comité, prit la parole pour présenter au P. Villion le buste que lui offraient ses admirateurs. Cest grâce aux contributions du public, contributions qui se sont élevées à la somme de 3.000 yen, que le comité de patronage a réussi dans luvre entreprise. Tous ont voulu proclamer leur admiration pour le zèle apostolique déployé par le P. Villion durant son long séjour à Yamaguchi, et, par lérection du buste, ils ont cherché à en perpétuer la mémoire.

    Après le discours du Gouverneur, le secrétaire de la Délégation apostolique offrit ses félicitations et enfin le héros de la fête, notre vieux P. Villion, non sans émotion et non sans une larme à lil, remercia simplement pour lhonneur qui lui était fait.

    La réduction du buste érigé à Yamaguchi, quon lui a offerte à Nara, a déjà pris le chemin de Lyon, vers la famille de notre cher Vieux qui ne la jamais revue, depuis son départ pour les Missions, en lan de grâce 1866.

    Le 30 Mars.

    Hakodaté

    S. G. Mgr Hayasaka, de retour au Japon le 29 mars, voulut bien nous accorder le plaisir de fêter son arrivée dans son ancienne Mission.

    Ne disposant que de peu de temps, S. G. passa le dimanche des Rameaux à Sendai, sa ville natale et donna la confirmation à quelques-uns de ses compatriotes, qui furent aussi ses anciens fidèles.

    Hakodaté, qui avait reçu les prémices de son ministère, devait également recevoir celles de son épiscopat. Mgr arriva ici le Mardi-Saint, fit la consécration des Saintes-Huiles et alla visiter les deux monastères cisterciens. Le jour de Pâques, S. G. célébra pontificalement dans la cathédrale. Les fidèles de la ville et même des campagnes éloignées vinrent en très grand nombre assister à cette messe.

    Laprès-midi fut consacré à une réception des chrétiens japonais, heureux de revoir leur compatriote orné de lauréole des pontifes. Au salut du S. St. lassistance était telle que bon nombre de fidèles durent se résigner à rester en dehors de léglise.

    Les autorités locales, comprenant lhonneur qui leur était fait, se firent aussi un devoir doffrir une réception au nouvel Evêque. Cinq ou six cents personnes répondirent à leur invitation. Mgr Hayasaka les remercia, puis profita de cette heureuse circonstance pour faire une conférence. Pendant deux longues heures, les auditeurs se tinrent sous le charme de son éloquence. Ce fut un véritable succès pour lorateur. M. le Maire, en reconduisant sa Grandeur à la Mission, ne lui ménagea pas ses éloges.

    La santé du cher P. Marion nous a donné des inquiétudes. Atteint de pneumonie, ce cher confrère fut administré, son état ne laissant plus despoir. Les soins dévoués, quil trouva chez le P. Breton, semblent avoir raison de la maladie. Bien que tout danger ne soit pas passé, nous conservons bon espoir que le P. Marion ne sera pas enlevé à notre affection.

    Le 9 avril.

    Taikou

    Le 31 mars, quatre postulantes ont revêtu lhabit religieux. Cette cérémonie fut présidée par Mgr Demange. Aux premiers rangs de lassistance se tenaient les parents des nouvelles novices, venus quelques-uns même de fort loin, mais tous paraissaient si fiers et si heureux doffrir leurs enfants au service du Seigneur !

    La cérémonie était à peine terminée que le malaise général, quéprouvait Sa Grandeur depuis quelque temps, saggrava subitement. Mgr a de violents maux de tête et les nuits se passent sans sommeil. Le Docteur a prescrit un régime très sévère. Depuis, une réelle, mais bien lente, amélioration se fait sentir. Nous avons cependant bon espoir que le bon Dieu exaucera nos ferventes prières et que les soins dévoués du Docteur auront de bons résultats sans tarder.

    Le 5 avril.
    Moukden

    Le cher Frère Elie-Marie, assistant du supérieur général des Frères Maristes, accompagné du ch. Frère Antonin, provincial, poursuivant sa tournée dans les missions de Chine, est venu jusquà Moukden, où il a vu pour la première fois la communauté des Frères et lEcole Franco-Chinoise confiée à leur direction. A son départ, le cher frère Assistant nous a dit quil emportait de sa visite à Moukden limpression la plus favorable. Lécole, cependant, nest pas aussi prospère quon serait en droit de le désirer ; la baisse de la monnaie locale, la propagande antiétrangère qui fait son chemin dans lesprit des jeunes gens surtout, sont de graves obstacles au recrutement.

    Le carême et lapproche de la fête de Pâques est lépoque, où chaque missionnaire dans son district se livre avec plus de zèle au ministère des âmes pour obtenir de chacun de ses chrétiens laccomplissement du devoir pascal. Parfois plusieurs confrères se réunissent en un même lieu et mettent en commun leurs efforts. Cest ainsi que les districts de Heishan, puis de Lienshan ont eu cette année le privilège dune mission. Plaise à Dieu, nous écrit lun des missionnaires qui ont eu cette heureuse initiative, que nos chers chrétiens restent fidèles aux grâces reçues et aux résolutions quils ont prises !

    Heureux ceux à qui lordre et la paix permettent de travailler ainsi ! Il nen est pas partout de même.

    On parle beaucoup, depuis deux mois, de la révolte des Ta Tao Houei ou grands sabres, bandes de paysans qui, pour protester contre les impôts exorbitants exigés par les autorités de Moukden, se soulèvent et jettent la terreur autour deux, assiégeant les postes de police et sattaquant à tout ce qui représente lautorité civile ou militaire. Plus de 1.500 soldats ont été envoyés pour rétablir lordre. Leur rencontre avec les révoltés a donné lieu parfois à de véritables batailles, au cours desquelles les défenseurs de lordre nont pas toujours été les plus heureux ; mais là où ils le furent, les représailles sexercèrent avec une férocité qui fut pour la population bien plus terrible que la révolte elle-même. On cite plusieurs villages que les soldats brûlèrent entièrement et où ils mirent à mort tous les enfants mâles âgés de moins de douze ans.

    Dans une autre région, assez calme dordinaire et non loin de la ligne du chemin de fer japonais, un de nos prêtres chinois a eu la désagréable surprise de recevoir la visite des brigands. Les malfaiteurs nétaient que quatre, mais la ruse suppléa au nombre. Ils commencèrent par se faire ouvrir la porte de la cour, en disant quils venaient chercher le Père pour une Extrême-Onction. Puis ils ligotèrent soigneusement les quelques chinois qui composaient le personnel de la maison, sauf un, auquel ils enjoignirent de les conduire dans la chambre du Père. Ce dernier essaya tout dabord de parlementer avec ses visiteurs, et, croyant ainsi les calmer, il leur offrit quelques centaines de piastres quil avait sous la main. Trop bien informés pour se contenter de si peu, ces brigands se mirent alors à fouiller la maison, et nen sortirent quaprès avoir mis main basse sur une somme de 2.000 piastres et six vêtements de fourrure dune grande valeur.

    Le 9 avril.

    Kirin

    La retraite de rentrée du séminaire a été prêchée par Mgr Gaspais. A lissue de la retraite, Sa Grandeur a conféré la tonsure à cinq grands séminaristes et les deux derniers ordres mineurs à cinq autres.

    Le 25 mars, Sa Grandeur a pris, à Harbin, le Transsibérien et a pu arriver à Paris pour les fêtes de Pâques.

    Depuis quelques mois, le P. Graber nous avait quittés pour aller se reposer à Shanghai, puis à Hongkong. Mais, létat de notre confrère ne saméliorant pas, les médecins ont jugé un retour au pays natal indispensable. Nous souhaitons au P. Graber pleine et rapide guérison.

    Le 10 avril.
    Suifu

    Quos vult Jupiter perdere, dementat prius... Suivant les directives de Moscou, les meneurs bolchevistes sétaient mis à inciter les soldats à la révolte, et à prêcher aux campagnards le boycottage des impositions et taxes levées par les généraux, toujours en mal dargent. Inde ir. Et on lance de la capitale provinciale lordre de traquer les rouges et den exécuter quelques-uns même, dans le but dinspirer une crainte salutaire à leurs nombreux adeptes et surtout aux paysans qui, obéissants à leurs injonctions, refuseraient de payer les contributions réclamées. Mais, pour donner le change sur les raisons de cette mesure, les autorités font publier partout, par voie daffiches, les atrocités commises par les extrémistes dans les sous-préfectures du Kouang-Tong, telles que Hoi-fong, Lou-fong etc..

    Conformément aux instructions reçues, les autorités militaires, à Suifu, procédèrent, le 17 courant, à larrestation de deux membres influents du comité de propagande. Convaincus, lun et lautre, démarger au budget de la 3e internationale, ils furent aussitôt, à un jour dintervalle, décapités sur la place centrale de la ville, où leurs cadavres restèrent exposés deux jours pleins. Tous les deux furent jusquà la fin braves et crânes. Le premier mourut en criant : A bas limpérialisme ! A bas le militarisme ! Le second, avant de livrer sa tête au bourreau, demanda quon lui permît de parler pendant une demi-heure au moins ; ce qui lui fut accordé. Et, une demi-heure durant, il fit, en termes virulents, le procès du militarisme, quil compara à une pieuvre géante en train de sucer les dernières gouttes de sang du peuple chinois. Puis il fit un signe à lexécuteur des hautes uvres qui était posté derrière lui, et sa tête roula à terre devant une foule immense.

    Ces deux agitateurs aux gages de Moscou étaient des anti-chrétiens militants ; ils furent les promoteurs de presque toutes les manifestations anti-religieuses qui eurent lieu à Suifu, et ils préparaient, dit-on, pour le jour de Pâques, un coup de main contre les établissements catholiques du faubourg de louest.

    La chasse aux communistes continue. On recherche particulièrement la présidente de la ligue rouge féminine. Cest une jeune fille de 20 ans, petite, voûtée, grêlée, un vrai singe, quoi ! mais un admirable tribun. Elle est connue, à cent lieues à la ronde, sous le nom de la demoiselle grêlée (caractères chinois). A qui la livrera sont promis 500 dollars. Ce nest pas que les autorités militaires en veulent à sa vie ; mais quelles auraient du plaisir à faire promener à travers toutes les rues de la ville, et encadrée par des soldats, celle qui les y a si souvent dénigrées !... Mais, jusquici, la demoiselle grêlée est restée introuvable.

    Le général Fou Joiu, lex-gouverneur de Yunnansen, est à Suifu depuis une huitaine de jours. On dit quil montera bientôt à Chengtu et que les 2 ou 3 mille hommes qui lui sont restés fidèles seront incorporés dans larmée du général Lieou Ouenhoui, sous-gouverneur de la province.

    Le 31 mars.

    Tatsienlu

    Yerkalo. Les caravanes qui, de la frontière sino-thibétaine, se rendent chaque année à Lhassa, sont de retour. Lamas et marchands rapportent de leur long voyage, en les grossissant peut-être, les bruits quils ont recueillis tant à la capitale que dans les districts quils ont traversés : le peuple se plaint amèrement dêtre sans cesse exploité par les officiers du Gouvernement thibétain et semble nattendre quune occasion pour se révolter.

    Au printemps dernier, raconte-t-on, une troupe de 30 à 40 hommes bien armés arriva à Lhassa ; la population lui fit bon accueil. Mais la présence de ces étrangers suscite de nombreux commentaires. Doù venaient-ils et quel était le but de leur voyage ? On ne le sait pas exactement. Les uns disent que ce sont des Russes, dautres, des Mongols. Leur chef est mort, par suite des fatigues de la route, peu de temps après leur arrivée. Il fut alors question de désarmer ses compagnons, mais leur attitude énergique fit échouer le projet. Comme ces étrangers ne sont venus dans la capitale thibétaine ni dans un but religieux ni dans un but commercial, on émet lhypothèse quils sont chargés dune mission diplomatique près du Dalai lama.

    Dans les premiers jours de février de nouveaux troubles éclataient à Atuntse. Le petit chef indigène, qui sétait enfui il y a un an, était de retour au pays. Après avoir traîtreusement assassiné le fils aîné du nouveau chef de la région, il montait à lassaut du marché dAtuntse. Heureusement il fut repoussé. Pendant que ses compagnons se dispersaient, il alla se réfugier dans la lamaserie. Les lamas lautorisèrent à se cacher dans un coin de leur propriété. Mais les soldats thibétains assiégèrent aussitôt sa retraite. Après trois ou quatre jours de combat, linfortuné fut pris et décapité. Puis commença la chasse à ses partisans dans les villages voisins. Ces soldats thibétains loyalistes sont aussi redoutés que les rebelles. Cest pourquoi la terreur règne dans tout le pays. Personne nose monter à Atuntse.

    Le 24 février.

    Yunnanfu

    Le Père Robert, 1er Assistant, arrivé à Yunnanfu le 30 mars, séjournera au milieu de nous jusquau mardi de Pâques.

    Le 13 mars, le P. Pirmez, des Pères de Betharram, en résidence à Mosoyng (Talifu), fut emmené par les brigands. Le 24, nous recevions ce télégramme : Pirmez délivré, rentré Tali. Et hier, 3 avril, des lettres du P. Palou et du P. Pirmez lui-même nous expliquaient que cette libération avait été obtenue par le P. Palou au cours de pourparlers entre le Général Tchang-Tsong, qui venait de reconquérir Taly, dune part, et le Général vaincu Tang-Kilin et son allié Tchang Kiepa (le chef de brigands), dautre part. Ces pourparlers ont abouti à la soumission de ces vaincus au Gouvernement de Yunnanfu.

    Depuis sa victoire dans lest sur Fou Joiu et les troupes du Kwei-chow, Long Yuin a repris successivement Tcha-Tong. Mong-Tseu et enfin Talifu. Ces jours-ci, la situation semble séclaircir sur un large rayon autour de Yunnanfu. Et qui mieux est, le Kweichow sest allié au Yunnan, ainsi que, paraît-il, le Setchouan et le Kwang-Si.

    Le nouveau Directoire de Yunnanfu, nommé par Nankin, est entré officiellement en fonctions le 1er avril. Une grande réception a eu lieu ce jour-là à Ou-Hoa-Chan, dabord pour les autorités indigènes, puis pour toute la colonie européenne. Le P. Robert, ayant la bonne fortune de se trouver à Yunnanfu, fut particulièrement bien accueilli par Long Yuin et les membres du Directoire.

    Le 4 avril.

    Lanlong

    S. G. Mgr Carlo est rentré à Lanlong le 13 mars. Mgr a visité pendant deux mois le district de Tchen-fong et a rapporté de cette visite la meilleure impression. La population Miao sest montrée très assidue à venir entendre les instructions. 165 baptêmes ont été le digne couronnement des efforts constants et éclairés du Père Joseph Esquirol pendant quatre ans. Les Miao sont en passe de prouver, par leur ardeur à apprendre la doctrine et à observer les pratiques chrétiennes, que cet élément ethnique est un des plus aptes de la Mission à recevoir la Bonne Nouvelle.

    Le P. Epalle sest rendu de Nanning à Hanoi. Là, il suit, à la clinique, un traitement spécial pour ses yeux. Le Père nous écrit quil constate un mieux appréciable.

    Le Père Séguret, dont la santé avait été sérieusement ébranlée, va beaucoup mieux ; il a pu reprendre la visite de ses chrétientés. Le P. Doutreligne, qui souffre des yeux depuis longtemps, constate avec plaisir que la vue dun de ses yeux redevient plus claire et plus précise, tandis que celle de lautre, par contre, continue à baisser.

    Le P. Williatte nous écrit de France quil a repris de lembonpoint, quil est satisfait de létat général de sa santé et quil prépare déjà son retour à Lanlong, vers lequel il soupire ardemment.

    Le 15 mars.

    Canton

    Mgr Gustave Deswazières, nommé Vicaire Apostolique de Pakhoi, recevra la consécration épiscopale, le 24 juin, des mains de Mgr Fourquet, Vicaire Apost, de Canton. La cérémonie aura lieu dans léglise de la Léproserie de Shek-Lung.

    Tout le monde sait avec quel dévouement Mgr Deswazières a dirigé cet établissement pendant une quinzaine dannées. Sous sa douce et paternelle influence, cet asile de la souffrance était vraiment devenu lasile de la charité et de lentente cordiale. Tous les visiteurs en sortent profondément édifiés. Quand le télégramme, annonçant la grande nouvelle, arriva à la Léproserie, personne ne sy attendait ; ces pauvres malades en furent tout consternés Nont-ils pas eux-mêmes envoyé un télégramme au Souverain Pontife pour supplier Sa Sainteté de revenir sur sa décision ! Et, en fin de compte, ne dit-on pas que ces pauvres gens ont raclé le fond de leurs petites bourses pour offrir un anneau pastoral à leur bien aimé Père !...

    Cest pour répondre à leurs bons sentiments, pour les consoler de la peine que leur cause la séparation, en leur procurant la joie dassister à cette auguste cérémonie, que Mgr Deswazières a désiré que son sacre ait lieu dans léglise de la Léproserie. Au nouvel élu : ad multos et felices annos !

    Les communistes sagitent encore un peu partout dans la province. Dans le bassin de la rivière de lEst, ils ont brûlé le marché de Hok-shi-ha, près de Wong-nai-tong. Ils campent à quelques lieues de Wounay. On dit que les Sam Tiam recrutent beaucoup de gens dans cette région. La chose est facile à cause de la disette qui sévit actuellement. Le riz est plus cher quà Canton ; il manque dans beaucoup de familles qui nont pas dargent.

    Les cérémonies de la Semaine-Sainte se sont déroulées, à la Cathédrale, devant une nombreuse assistance bien recueillie. Le Vendredi-Saint, en particulier, pour faire le chemin de la Croix et entendre le récit de la Passion, léglise était comble.

    Le 14 avril.

    Swatow

    Une accalmie dans la tempête ; le Gouvernement, voyant les villes de Swatow et de Chaochowfu menacées, sest enfin décidé à intervenir. Des soldats, envoyés par Canton, ont défait les Rouges qui, depuis six mois, ravageaient cette partie de la province. Le gros de ces troupes Rouges sest retiré dans les montagnes, dans la direction du Kiangsi. Cependant de nombreuses petites bandes, pour la plupart des brigands autochtones, continuent à tenir le pays sous leur coupe.

    La liste de nos pertes sallonge encore : avant de partir les Rouges ont complètement saccagé léglise et la résidence du P. Werner.

    La situation reste bien précaire.

    Le 18 avril.

    Pakhoi

    Si Parva licet componere magnis, Pakhoi osera reparaître dans les colonnes du Bulletin.

    Monsieur le Curé de Mui-lok annonce quil est depuis deux mois victime de vols périodiques, méthodiques, acrobatiques, mais pas chic du tout. Piastres envolées de son coffre-fort sans traces deffraction ; tondeuse, soutane chinoise, réveil, montre, dautres menus objets enlevés de ses placards, pourtant fermés à clef : tout disparaît à tour de rôle, malgré la plus stricte surveillance, sans quune porte soit forcée, avec une maëstria capable de faire sécher de jalousie les mânes mêmes de Robert Houdin et tous les kwaïs du pays. Nous en arrivons à craindre que notre confrère ne soit finalement escamoté lui-même.

    Monsieur le Vicaire de Tangpô, pour ne pas être enlevé, avec ou sans effraction, par les bandes communistes qui sévissent contre son village et les voisins, sest escamoté lui-même. On la heureusement retrouvé un beau matin chez son curé, le Père Zimmermann, dont limperturbable vaillance et la ville murée lui offrent un abri plus sûr pour le moment.

    Monsieur le Curé de Tchouk-shan signale. lescamotage subit, inattendu, mais pas très mystérieux dun bataillon, régiment ou escouade de braves militaires de sa région. On dit, on croit, on affirme même quils ne sont pas perdus et quil ne serait besoin daucun sorcier pour les retrouver dans certaines montagnes, où ils menaient avant leur incorporation un métier lucratif dont ils auraient gardé la nostalgie.

    Dans la même région, peut-être dans les mêmes montagnes, ont enfin été relevées des traces moins incertaines du prêtre annamite enlevé de lautre côté de la frontière, il y a quatre mois. Le malheureux, réduit en esclavage, serait contraint à garder les troupeaux de ses ravisseurs.

    Si parva licet... Eh ! que voulez-vous quun pauvre chroniqueur vous puisse envoyer par les temps qui courent ? Mais, les missionnaires de Pakhoi travaillent, malgré tout : et nous espérons bien que le compte-rendu vous portera, au mois daoût, des gesta plus magna que cela. Amen !

    Le 3 avril.

    Vinh

    En mars rien dextraordinaire à signaler. Après avoir fait une tournée pastorale de six semaines dans les districts de Đông Thành et Quinh Hưu, où il a visité 17 paroisses et administré 2290 confirmations, Mgr Eloy est rentré à Xã Đoài pour faire une petite ordination (un prêtre et un diacre) le samedi avant le dimanche de la Passion.

    Le 25 mars.

    Hunghoa

    Cette année, Mgr Ramond a fait sa tournée pastorale dans les deux paroisses de Hán-Dà et de Phú-Nghĩa.

    La première, sise sur les bords du Sông-Chảy, est ce que lon appelait jadis la Suisse du Tonkin ; elle comptait alors près de 5000 chrétiens. Les incursions des Pavillons-Noirs et autres rebelles y suscitèrent bien des troubles et amenèrent la dispersion de plusieurs chrétientés.

    Elles se reforment peu à peu, et, à lheure actuelle, environ 2000 chrétiens y sont confiés à la vigilante sollicitude du Père Méchet et de deux prêtres annamites.

    Comme toujours, la visite pastorale fut occasion de joie pour tous : pour Mgr, dont les paternelles exhortations touchent si vivement le cur de ses auditeurs ; pour les prêtres, aidés largement, durant ces jours de labeur, par le bon Père Chatellier, digne socius de Sa Grandeur, partout où il y a un coup de collier à donner ; pour les chrétiens de cette région éloignée, toujours heureux de revoir leur premier Pasteur.

    Un petit incident, heureusement sans conséquences graves, marqua cette visite. Mgr devait passer de la chrétienté de Trại-Cỏ à celle de Vân-Du, où réside, en temps ordinaire, le Père Méchet ; notre vénéré doyen prit donc les devants et, chargé de lordinaire, se demandait, en bon fourrier, comment il pourrait relever un peu le menu de la table épiscopale.

    Il faut dire que la faune des rives du Sông-Chảy est abondante, et que, pour le Père Méchet, tout voyage en barque est marqué par un magnifique tableau.

    Ce jour-là, tout allait bien : temps clair, courant rapide, barquiers experts, et notre Nemrod, muni de bonnes cartouches, était aux aguets. Soudain, sur le bord du fleuve, une bande de singes, qui semblent le narguer. Ah ! cest trop fort ! et, sans plus tarder, un coup de fusil dans le tas !

    Que pensez-vous quil en advint ? Un singe tué ? un Annamite blessé ? la barque retournée ? Non ! cest le Père Méchet qui reçoit le coup au-dessous de la clavicule gauche ! et, durant quelques instants, se demande si sa tête adhère encore complètement au tronc.

    Enfin, grâce à Dieu, il reprend ses esprits, et constate que cest la faute de la cartouche, trop chargée ce jour-là. Il paraît, du reste, il la vu lui-même, quun des singes a du plomb dans la patte ; aussi, ne désespère-t-il pas de le retrouver un jour, et de lui faire apprécier les effets dune cartouche, bourrée daprès les principes de lart.

    Naturellement, malgré le manque de gibier, le menu fut excellent ; Mgr Ramond et le Père Chatellier, encore sous le coup de lémotion générale, y firent honneur, pendant que le Père Méchet remettait au point sa clavicule.

    Dans la paroisse de Phú-Nghĩa, aucun accident de chasse à redouter ; là, cest la plaine, et peu de terrains variés. Sous lhabile direction du Père Hue, Provicaire, plus de 1200 nouveaux chrétiens profitent largement des enseignements quil leur donne depuis bientôt 30 ans. Seul, le pasteur se plaint de la froideur de ses ouailles ; mais, tous peuvent apprécier le résultat de son labeur incessant. Ne lui parlez pas de se reposer un peu, de ménager ses forces, en vue de ses travaux dapologétique ; il ne se reposera quau Ciel, et encore !

    Le samedi de la Passion, Mgr Ramond ordonna, à Hung-Hoa, un nouveau prêtre, et, le même jour, au Gd-Séminaire de Kẻ-Sở, trois de nos théologiens recevaient le sous-diaconat, un, les ordres mineurs, et deux autres, la tonsure.

    En même temps, nous recevions la nouvelle de la prochaine arrivée dun nouveau missionnaire, M. Laubie, de Tulle ; espérons que les chaleurs de lété ne leffrayeront pas trop.
    Le Père de Neuville, toujours fatigué, est allé chercher des forces au pays natal ; quil sy repose bien, et nous revienne bientôt !

    Le 10 avril.

    Saigon

    Le samedi avant le Dimanche de la Passion, 24 mars, Mgr Dumortier a ordonné deux nouveaux prêtres : Paul Minh et Pierre Tiên ; ce qui porte à 97 le nombre de nos prêtres indigènes, sans augmenter, hélas ! celui des Missionnaires : nous ne sommes plus que 31.

    Notre nouveau Représentant au Conseil Central de la Société, le Père Ferrières, a écrit de Palestine à Monseigneur : 20 février 1920 : Je suis arrivé en Terre sainte le 14 février. Jai déjà visité Jérusalem, Bethléem, Emmaüs, Béthanie, Jéricho, le Jourdain, la Mer Morte, et je pars demain pour Nazareth. Jai eu le bonheur de célébrer la messe au Calvaire, au Saint Sépulcre, à Bethléem, etc. Dans tous ces saints Lieux, jai prié pour Votre Grandeur et pour toute la Mission.

    Le jeudi 8 mars, à linstitution Taberd (école des Frères), le Docteur Vielle a inauguré, à 20 heures, le cycle des conférences dhygiène et de vulgarisation médicale, quil a préparées avec le Docteur Roton, et quil continuera tous les quinze jours. Il y avait foule : en comptant les élèves, leurs parents, lauditoire pouvait se monter à 2.000 personnes. Un écran à projections reçut la documentation par limage, véritable leçon de choses, qui aida les enfants à bien comprendre lenseignement de lintéressant conférencier, auquel nous souhaitons pour lavenir pareil succès.

    Le 7 avril.

    Hué

    Le Jules Michelet, portant pavillon de lamiral Stotz, chef de la Division navale de lExtrême-Orient, a fait escale à Tourane au milieu de mars ; ce qui nous a procuré le plaisir de voir ici le P. Flachère, notre confrère de Tchentou, actuellement aumônier de cette Division. Il a pu passer deux jours à Hué et dans les environs, tout spécialement chez son ancien condisciple et ami denfance, le P. Reyne. De nombreux officiers du Michelet et de lAlgol, parmi lesquels lAmiral lui-même, sont venus admirer les beautés de notre capitale.

    Le 19 mars, cétait grande fête au Carmel de Hué. Mgr le Délégué Apostolique y célébrait la messe de communion ; notre Père Provicaire, une messe solennelle, chantée par les élèves du grand séminaire, et le soir, à 4 h. 30, Son Excellence Mgr Aiuti donnait lhabit de sainte Thérèse à une jeune postulante de Kim-Long, sur Marie de Jésus, fille de lun des principaux notables de cette vieille chrétienté.

    Les PP. Cadière et Laurence sapprêtent à nous quitter pour aller essayer de se guérir en France. A tous les deux nous souhaitons bon voyage et heureux séjour là-bas. Et puissent-ils nous revenir bientôt avec une santé des plus florissantes !

    S. E. Mgr le Délégué est parti de Hué le 2 avril pour aller faire sa première visite apostolique dans la Mission du Laos.

    Le 3 avril.

    Phnompenh

    La station daltitude du Bockor naura plus rien à envier à Dalat. Le P. Bernard, lartisan si dévoué à qui nous devons déjà la maison, na pas voulu connaître de repos avant davoir doté le Bockor dune jolie chapelle. Pendant de longs mois, il a surveillé les ouvriers, lachat et le transport des matériaux. Tous ceux qui ont construit se rendront compte de la difficulté. De Phnompenh au Bockor il y a deux cents kilomètres ; joli trajet à faire pour des touristes, mais désespoir dun constructeur obligé de tout prévoir, de tout régler. Quand on est sur-place, on a parfois cent difficultés à surmonter, que dire lorsquon est si éloigné ! Luvre accomplie nen est que plus méritoire. Aussi le P. Bernard peut être fier de son uvre. Cest une construction robuste, toute en pierres extraites aux flancs de la montagne et surmontée dun clocher trapu fait pour résister à tous les ouragans.

    Le 18 mars, Mgr Bouchut a voulu rendre un hommage tout particulier au dévouement du P. Bernard en faisant lui-même la bénédiction ; neuf missionnaires, ce qui ne sétait pas encore vu au Bockor, étaient présents. Monsieur le Résident Supérieur du Cambodge et Madame Le Fol, ainsi que de nombreux Européens de Phnompenh et de Kampot, avaient répondu à linvitation. A 8 heures la bénédiction eut lieu suivant les rites accoutumés. On se serait cru en France. Le soleil était radieux et lair tout embaumé des senteurs marines venant du large.

    Le soir, à 5 heures, bénédiction de la cloche, qui bientôt après prit possession de sa demeure aérienne et, à la joie de tous, remplit les airs de ses notes argentines. La marraine, Madame Le Fol, et le parrain, Monsieur Richomme eurent la délicate attention dinviter tous les assistants à la villa de la Résidence Supérieure.

    Merci à tous les bienfaiteurs du Bockor ! Ils sont trop nombreux pour les citer tous. Quon nous permette cependant de remercier tout particulièrement le P. Nicolas Couvreur, qui en fut linspirateur et le généreux mécène ; Monsieur le Résident Supérieur Baudoin, qui en fut lanimateur ; Monsieur Salvarelli, qui, avec le P. Bernard, en fut lartisan dévoué. A tous, le merci de la génération actuelle et des générations de missionnaires qui, dans la suite, viendront, loin des travaux et des soucis de la plaine, refaire leurs forces sur cette montagne et goûter le charme de son site enchanteur et de son climat idéal !

    Le 28 mars.

    Bangkok.

    Le vendredi 9 mars, sest doucement éteint, à lhôpital St Louis, S. E. Monsieur Réau, Envoyé Extraordinaire et Ministre Plénipotentiaire de la République Française à la Cour du Siam. Atteint durémie, de paralysie et de congestion pulmonaire, Monsieur Réau a vu venir la mort sans effroi, car il reçut les derniers Sacrements avec ferveur. Ses funérailles, célébrées à la cathédrale de lAssomption et présidées par S. G. Monseigneur Perros, furent une manifestation touchante de foi catholique et dunion sacrée. Beaucoup de Princes du sang, plusieurs Ministres dEtat, le Corps Diplomatique en entier, la Colonie Française au complet et de nombreux membres éminents de la Colonie Européenne et Américaine, sétaient réunis pour rendre un suprême hommage au Représentant de la France. Que Dieu lui donne le repos éternel !

    Un des prêtres indigènes de la Mission de Bangkok, le Révérend Père Dominique, est mort le 13 mars, après quatre jours dhôpital seulement, atteint durémie et de pneumonie double. Dorigine pégouane, il fut ordonné prêtre à Bangkok, en 1896, par Mgr Bourdon, ancien Vicaire Apostolique de Birmanie Septentrionale. Durant plus de trente ans, le Père Dominique exerça son zèle dans différents postes de la Mission. En plus de la langue môn, il disposait du siamois et du tamoul. Les chrétiens vinrent en grand nombre assister à ses funérailles. R. I. P

    En la solennité de lAnnonciation, Mgr Perros a conféré le sous-diaconat à Messieurs Alexandre Terpin et Paul Stacul, Salésiens.

    Le 31 mars.

    Malacca

    Le mardi 13 mars, un coup de téléphone nous annonçait que le P. Mariette était à lhôpital et que son état était très grave.

    Après avoir fait le catéchisme aux enfants du Couvent, le cher Père sétait rendu, comme il le faisait presque tous les jours, sur le terrain de la nouvelle église de Ste Thérèse. Pendant quil visitait les travaux, une planche des échafaudages tombait sur lui, lui brisant la tête. Il fut aussitôt transporté à lhôpital. Le Docteur lui fit une opération, quoiquil ne crût pas quelle apporterait aucune amélioration à létat du Père. La matière cérébrale était à nu à certains endroits et un gros os avait pénétré dans la cervelle. Entré à lhôpital après 5 heures du soir, le pauvre Père mourait à 9 heures.

    Ste Thérèse de lEnfant-Jésus, à qui il élevait une magnifique église, laura certainement assisté à ses derniers moments ; cest une pensée qui nous console.

    1500 cordonniers de Singapore sont en grève. Pour ne pas perdre haleine, ils samusent à fabriquer et à lancer des bombes. Heureusement, ils sont novices dans ce métier : leurs bombes ont mis le feu à trois maisons, blessé quelques personnes.

    Le 17 mars.

    Birmanie Septentrionale

    Le 15 mars, lors de sa première visite à Mandalay, le nouveau Gouverneur de la Birmanie, Sir Charles Innes, visitait la léproserie et en présence de Mgr Foulquier, de quelques missionnaires et bienfaiteurs, de toutes les Surs de létablissement, épinglait sur la poitrine de la Mère Antonietta la médaille dargent du Kaiser-I-Hind, en reconnaissance de ses 30 ans dadmirable dévouement au service des lépreux. Nos félicitations.

    Pour la troisième fois, le P. Herr, qui a souvent besoin de construire, mais dont la bourse est toujours percée, a repris son bâton de pèlerin et sa besace de mendiant, à la recherche, non pas de la toison dor, mais de la somme qui lui manque pour terminer sa nouvelle église de Lépangyi. Cest vers les districts pétrolifères de 1Irrawaddy quil a porté ses pas, et nous apprenons avec plaisir que de nombreuses et sonnantes roupies tombent dans sa cassette. Nous nen sommes nullement surpris ; lorsquil sagit de la cause du bon Dieu, il sait aller au cur, notre zélé confrère, et irrésistibles sont ses appels.

    Le 22 mars.

    Laos

    Le P. Courrier est allé à Saïgon, pour faire soigner un eczéma, rebelle à toutes les médecines françaises et laotiennes. Il espère que les docteurs de Saïgon auront plus de succès.

    Dans le nord, à Keng Sadok et à Paksan, la grippe espagnole fait de nombreuses victimes. Les PP. Chabanel et Barriol sont souvent appelés pour administrer les mourants.

    Dans le poste du P. Figuet, à Song Khon, cest la peste bubonique qui fait rage ; elle a déjà fait périr plus de la moitié des buffles de ce pays.

    A cette époque, le Laotien a peu de travail. Nos confrères en profitent pour faire le catéchisme et préparer les baptêmes et les premières communions.

    Mais cest aussi la saison où les voleurs se démènent fort. On nentend parler que de buffles volés. Ces bandes de voleurs passent et repassent le Mékong avec leur butin, se mettant ainsi à labri des poursuites des autorités respectives.

    Le 10 mars.

    Mysore

    Le P. Servanton vient de léchapper belle. Un simple petit refroidissement pendant la nuit lui a causé une sérieuse attaque de pneumonie. Emmené durgence à lhôpital Ste Marthe, il y resta pendant quelques 48 heures dans un état très critique, puis sa constitution vigoureuse reprenant définitivement le dessus, il se trouva enfin hors de danger. Malgré tout, il lui faut encore prendre un bon repos pour réparer ses forces.

    Nous avons de bonnes nouvelles du P. Bozon, pour le moment en Italie. Il écrit que son état de santé sest notablement amélioré depuis son arrivée là-bas.

    Le 27 mars.

    Pondichéry

    Mgr larchevêque, du 30 janvier au 28 mars, a visité dans le nord-ouest de la Mission, les districts de Thély, Mogaiyur, Nangathur et Alladhy. Partout, sur son passage, Sa Grandeur a trouvé rivières et étangs complètement à sec, et les pauvres chrétiens de cette région dans la plus affreuse misère. Si cette sécheresse continue, bientôt nous ne trouverons plus deau potable ! In tantis angustiis, nos chrétiens redoublent de ferveur dans leurs supplications vers le ciel, et Mgr a enjoint à ses prêtres de réciter, à la messe, loraison ad petendam pluviam.

    St Joseph a été tout particulièrement bien fêté à Pondichéry. Avant la fête, la paroisse de N. D. des Anges a fait une grande neuvaine préparatoire ; le 19 mars, il y eut grandmesse, et, le soir, sermon et salut solennel. A la cathédrale, M. le Vicaire Général chanta la messe ; le soir, la procession sortit de léglise et la fête se termina par un salut très solennel chanté par les élèves du petit séminaire.

    De plus, ce même jour, il y eut cérémonie de vêture, dabord le matin à 9 heures, au couvent de la maison principale des Surs de St Joseph de Cluny, puis, le soir à 4 h. 30, au couvent indigène de Bon Secours, dirigé par les Surs de St Joseph de Cluny et affilié à leur Congrégation. Dans ce couvent, cinq jeunes postulantes indiennes ont pris le voile. Que le Grand Saint Joseph daigne bénir cette famille religieuse placée sous sa protection, ut crescat et multiplicetur !

    Les indigènes de lInde Française ont le droit de vote. Nos deux candidats sont arrivés. Et nous voici en pleine période électorale !

    Le 29 mars.

    Séminaire de Paris

    Le jeudi 16 février, Salle Gaveau, a eu lieu lassemblée générale annuelle de luvre de la reconnaissance de Dormans. Le général Boichut présidait entouré du maréchal Foch et de plusieurs généraux et évêques. Grande affluence et séance de tous points réussie. Mgr le Supérieur, le P. Robert et de nombreux confrères y assistaient.

    Le 24 février, le Père Robert, 1er Assistant sest embarqué à bord de lAndré Lebon. Il visitera officiellement les Missions des Indes et de lIndo-Chine.

    Le 25 février, Mgr Boucher, directeur de luvre de la Propagation de la Foi, a convoqué lAmicale Missionnaire en séance extraordinaire. Il sagissait de discuter la participation des Missions à lExposition coloniale internationale de 1931.

    Le 27 février, Mgr le Supérieur, accompagné de Mgr Olichon et de MM. Gérard et Montagu, est allé à Palaiseau assister aux funérailles de M. Doulcet, ambassadeur de France près le Vatican. Le Nonce, le Cardinal Dubois, Mgr Rolland-Gosselin, le Préfet de Versailles, etc. assistaient à la cérémonie. Après les dernières prières, Mgr le Supérieur et ses compagnons ont pris le train pour Bièvres.
    Le 1er Mars.


    1928/299-320
    299-320
    Anonyme
    France et Asie
    1928
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