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Chronique des Missions et des Etablissements communs 5

Chronique des Missions et des Etablissements communs. Tôkyô La Diète japonaise a clos ses sessions le 26 mars, sans avoir voté la loi dite des religions. Le Bill a été rejeté par le Sénat, à cause de la vive opposition quil a rencontré dans les milieux religieux, surtout bouddhiques et protestants. On dit que le projet ne sera pris quaprès un remaniement sérieux.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs.
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    Tôkyô

    La Diète japonaise a clos ses sessions le 26 mars, sans avoir voté la loi dite des religions. Le Bill a été rejeté par le Sénat, à cause de la vive opposition quil a rencontré dans les milieux religieux, surtout bouddhiques et protestants. On dit que le projet ne sera pris quaprès un remaniement sérieux.

    Le 4 avril, a commencé devant les tribunaux de Kyôto le jugement des 38 étudiants inculpés de propagande dangereuse, dont nous avons déjà parlé. Trois chefs daccusation sont produits contre eux. Le premier, davoir violé les règlements dordre public, par des organisations ayant pour but dappliquer les principes de Marx et de Lénine, et tendant au renversement de la constitution nationale et à labolition de la propriété privée. Le second, davoir enfreint les règlements de presse, par la propagande, parmi les membres de la Ligue des Etudes Sociales, à laquelle sont affiliés principalement des étudiants de 19 écoles, parmi les ouvriers et les paysans, dimprimés attaquant le régime établi et lautorité de lEtat. Enfin le troisième grief est constitué par le cas devant être jugé à part, de létudiant de famille noble qui a consigné dans ses impressions de journal des outrages visant le pouvoir suprême.

    Au sujet de la clôture des cours scolaires qui, au Japon, se terminent en mars, comme lannée budgétaire, les journaux ont signalé les difficultés considérables quéprouvent aujourdhui les étudiants diplômés des hautes écoles de Tôkyô à trouver un emploi. Sur les 500 gradués de lUniversité Impériale, 200 ont été engagés par diverses Compagnies et Sociétés ; sur les 900 de lUniversité libre de Keio, 300 ; sur les 1.100 du Meiji Daigaku, 200 ; parmi les 1.800 sortant de Waseda, lUniversité avait réussi à en placer 150 au début davril ; 450 attendaient des places disponibles... Les élèves qui ont fait des études commerciales et techniques trouvent beaucoup plus facilement des débouchés que ceux des cours de droit et de littérature. Ainsi lEcole Commerciale de Tôkyô a déjà placé 80% de ses diplômés.

    Dautre part, les candidats assiègent en nombre de plus en plus considérable les grandes écoles gouvernementales ou autres. Cette année, 30.315 se présentaient aux examens dentrée, alors que les admissions étaient limitées à 6.000 environ ! Avec lexcès de la population saccroissant chaque année de 700.000, lavenir de cette jeunesse est un des gros problèmes de lheure présente.

    Un autre problème que crée non plus létat économique du pays ou la propagande des idées avancées, est celui du mariage des filles qui sont nées lannée 43e du cycle sexagésimal, lannée du Cheval, frère aîné du feu, (hi no e Uma) (caractères chinois). Une superstition remontant à de vieilles légendes, veut que les filles nées dans ces années-là, ne puissent se marier sans attirer des malheurs sur leur nouvelle famille. On aurait, daprès les journaux, compté 43.000 tentatives de suicide lan dernier parmi les jeunes filles nées lannée du Cheval 1906, et qui désespéraient de trouver un mari.

    A propos de superstitions, nous pouvons noter ici ce que les journaux ont remarqué au sujet de léchec du Bill des religions, à savoir que depuis quau Ministère de lInstruction Publique, le Bureau des religions sest occupé du projet, plusieurs des principaux fonctionnaires de ce bureau ont eu à déplorer des malheurs de famille. Le Directeur a dabord perdu son jeune enfant ; un autre fonctionnaire, successivement : sa fille, son père et sa femme ; un troisième, son père ; un quatrième a contracté la fièvre typhoïde avec toute sa famille ; enfin la sur du Directeur, lors du tremblement de terre récent à Mineyama, mourait brûlée, en essayant de sauver de lincendie son enfant.

    Ce qui fait quaux yeux de certains, le projet susdit est tabou, autrement dit, sans jeu de mots, quil naboutira pas.

    Nagasaki

    Une exposition industrielle dassez large envergure sest ouverte à Fukuoka le 25 mars. A cette occasion, messieurs les journalistes (qui pullulent au Japon) ont eu des réunions, dont le programme comporta une partie étrangement religieuse, à savoir : un pèlerinage aux trois principaux mi-yas (temples shintoïstes) des environs, avec acceptation du vin sacré o miki et du porte-bonheur o fuda ; véritable participatio in divinis.

    Pour les Japonais en général ceci na rien que de bien ordinaire ; mais pour des journalistes, qui naguère encore se piquaient de neutralité, même dun laïcisme à la mode, le fait est à noter.

    En attendant que le vent change du tout au tout, ce qui peut arriver, ces messieurs nont pas à craindre les affres du respect humain, qui nexiste point (nos lecteurs le savent) chez les peuples adonnés à des cultes erronés.

    Kagoshima est érigé en Préfecture Apostolique (R. R. P. P. Franciscains du Canada).

    La rentrée au Séminaire a eu lieu le 31 mars.. 34 enfants (dont 12 pour Osaka) sont arrivés.

    Osaka

    Le 28 mars dernier, S. E. Mgr Giardini, Délégué apostolique au Japon, nous a fait lhonneur dune visite à Osaka. Descendu à lévêché, il a remis à notre cher doyen, le P. Villion, la Croix pro Ecclesiâ et Pontifice. Cette distinction, accordée par Notre Saint Père Pie XI, porte sur son diplôme la date du 13 décembre 1926. Elle était accompagnée dune belle photographie de S. S., signée de sa main, avec une bénédiction spéciale. A cet envoi, le Cardinal Gasparri, Secrétaire dEtat, y avait joint une lettre, dont voici la traduction :

    SECRÉTAIRERIE DETAT
    DE SA SAINTETÉ. du Vatican, 16 décembre 1926.

    Très Révérend Père,

    Je suis heureux de faire savoir à Votre Paternité, que le Saint Père a appris avec un vif plaisir la nouvelle de linauguration dun monument public à la mémoire de St François-Xavier, dans la ville de Yamaguchi, au lieu même où, selon toutes probabilités, le Saint annonça pour la première fois le message évangélique au peuple japonais.

    Sa Sainteté, qui a su quel zèle ardent a déployé Votre Paternité pour lheureuse issue dune si louable initiative, lui en exprime ses paternels remerciements, et, faisant des vux pour que lassistance divine accroisse encore lefficacité de son apostolat, envoie de tout cur à Votre Paternité, et à tous ceux qui furent ses fidèles collaborateurs, la Bénédiction Apostolique.

    Avec lexpression de ma sincère et distinguée considération, je me dis, de Votre Paternité Révérendissime, très affectionné dans le Seigneur.
    P. Cardinal Gasparri.

    Très Révérend Père Aimé Villion, de la Société des Missions-Étrangères de Paris.

    La remise de la Croix a eu lieu le 29 au matin, en présence de Mgr lEvêque dOsaka et de quelques confrères, qui se trouvaient là par hasard. Son Excellence, qui avait fait exprès le voyage dOsaka, en remettant la décoration à Notre cher Vieux, a tenu à lui exprimer ses félicitations personnelles. Puis, en quelques mots, Elle a rappelé que par cette distinction, le Saint Père avait voulu récompenser dans le P. Villion ses 61 ans de persévérance dans sa vocation de missionnaire, et surtout linitiative, quil avait prise, délever à Yamaguchi un monument à la gloire de Saint François-Xavier, uvre, pour laquelle il sétait dépensé pendant des années et quil avait réussi à mener à bonne fin. (V. Bulletin décembre 1926).

    Lhistoire de cette Croix pro Ecclesia et Pontifice vaut la peine dêtre notée dans cette chronique.

    Linitiative en revient toute entière à S. E. Monsieur Omori, gouverneur de la Préfecture civile de Yamaguchi, et Président du comité dérection du monument de St François-Xavier. Le Gouverneur nest pas chrétien, mais il avait été témoin de tout le travail du P. Villion pour mener à bien cette uvre en lhonneur du Saint, qui a rendu le nom de Yamaguchi célèbre dans les annales de lapostolat catholique. Il avait admiré le zèle du missionnaire, zèle que navait rebuté aucun déboire. Aussi tenait-il à lui en dire un merci public. Quand, le 16 octobre 1926, les fêtes de linauguration furent terminées, le gouverneur alla solliciter lui-même auprès de S. E. le Délégué Apostolique une décoration pontificale pour le P. Villion. Mgr dOsaka pressenti donna son approbation, et S. E. Mgr Giardini fit les démarches nécessaires en Cour de Rome.

    Cest ainsi que dans la Mission dOsaka nous avons la joie dadresser à notre vénéré doyen nos fraternelles félicitations. Rien à craindre dailleurs, il nen sera pas plus fier pour cela. Oh, à mon âge, bien-aimé Père !

    Taikou

    Sur 14 élèves de lécole des filles présentées à lexamen dentrée à lécole supérieure, 10 ont été reçues. Avec celles présentées par la Sur Supérieure, cest un total de 12 chrétiennes qui entreront à cette école cette année. A lécole des garçons, 5 élèves ont été également reçus aux écoles supérieures. Dans le Kyeng-syang sud, 19 nouvelles écoles vont être établies, ce qui porte le nombre de ces écoles à 273 dans cette province.

    Sur Agnès, atteinte de pneumonie, est morte le 23 mars, malgré les soins éclairés et empressés, dont elle a été lobjet. Lécole des filles perd en elle une maîtresse dévouée et très aimée de ses élèves.

    Fait assez remarquable : un inspecteur des écoles et un secrétaire de lenseignement, tous deux païens, ont demandé chacun une messe pour le repos de lâme de Sr Agnès. Ce geste, qui les honore, montre surtout en quelle estime ils tiennent lécole des filles et les professeurs. Cest cette école, disent ces Messieurs, qui fournit les meilleurs élèves de leur école supérieure.

    Le 25 mars, dans la chapelle du couvent des Surs de St-Paul, Monseigneur a admis, pour la première fois, à la prise dhabit, sept postulantes, qui commencent canoniquement leur noviciat. Après la messe, Monseigneur annonça à la Supérieure que, lan prochain, cette cérémonie aura lieu dans une véritable chapelle, qui sera dédiée à Ste.Thérèse de Lizieux. Joie générale ; cette construction est devenue nécessité. La maison est remplie et de nombreuses demandes dadmission continuent à arriver.

    Moukden

    Le 13 janvier dernier, le Bon Dieu rappelait à lui Sur Philomène Salle, de la Congrégation de la Providence de Portieux. Elle est morte dans la 79e année de son âge, la 58e de sa profession religieuse, et la 52e de mission en Manchourie.

    Il se fait à Moukden, dans les écoles, les usines, larsenal tout spécialement, une propagande bolchevique très active. La police éploie à la déjouer toutes ses forces et toute son habileté, et quelques fois avec succès. Elle a mis la main, il y a quelques jours, sur un certain nombre dindividus, parmi lesquels un chinois, professeur à lécole de théologie protestante de la ville. Ce monsieur nétait autre quun des principaux agents de la propagande communiste en Mandchourie.

    A part cela, et malgré le chaos général, nous jouissons encore dun calme relatif. On nest pas cependant sans ressentir ici les funestes effets dune guerre qui se prolonge, et dont lissue reste problématique. La chute vertigineuse de la monnaie locale, appelée fong-piao est une de ces conséquences, la plus sensible sans doute. Des mesures plus quénergiques ont pourtant été prises lété dernier : des banquiers, des changeurs impitoyablement fusillés. Il sen est suivi un mieux relatif, mais de peu de durée. Depuis lors, et surtout depuis les derniers succès des Sudistes, la dépréciation continue, les affaires sont paralysées. Nombreuses sont les maisons de commerce, qui ne peuvent supporter lépreuve et se résignent à fermer leur porte.

    Il fut question, il y a quelques jours, de proclamer la loi martiale. Nos officiels ont hésité, dit-on, avant de prendre cette mesure et ont remis leur décision à plus tard, pensant ainsi ne pas paraître vouloir abréger volontairement les jours du fong-piao déjà si malade.

    Kirin

    Le 3 Avril, dimanche de la Passion, Monseigneur a eu la joie dordonner trois prêtres chinois. Deux dentre eux, les P. P. Henri Tchang et Pierre Li, sont originaires de Siao-pa-kia-tze, le troisième, le P. Léon Wang, est originaire de Kirin et appartient à une famille de tout nouveaux chrétiens. Cette ordination porte à vingt le nombre de nos prêtres indigènes. Ils sont maintenant plus nombreux que les missionnaires européens et cette constatation nest pas faite pour nous déplaire, bien au contraire. Cest le vu le plus ardent de notre cur, de voir leur nombre croître de jour en jour.

    Tchengtou

    Le 1er mars, les généraux Ten-si-heou et Tien-song-iao ont embrassé le parti sudiste, ils ont arboré le drapeau rouge et ont manifesté dans les rues de la ville.

    On nous annonce que, le 7 mars, loratoire et la procure de Masangpa ont été pillés. Le procureur de M. Gan a été tué par les bandits, qui ont fait main basse sur largent et sur tout ce qui appartient à la mission et au curé. Prévenues, les autorités ont fait de belles promesses, qui auront sans doute le sort de celles, qui suivirent, lannée dernière, le pillage de loratoire de Gantepou.

    A loccasion de lanniversaire de la mort de Sen-Ouen, les 11, 12 et 13 mars, il y a eu, en ville de Tchengtou, manifestations, défilés des divers syndicats, discours en plein air, et, naturellement chômage commandé. Mais le dernier jour, les choses se sont gâtées ; une rixe a éclaté entre des manifestants et des ouvriers maçons non syndiqués, qui ne prenaient pas part à la fête. Les manifestants comptèrent un tué et quatre blessés. Ces blessés sont venus réclamer les bons soins de notre hôpital. Le 14 et le 15, il y eut grève pour protester contre les événements de la veille.

    De Sintsin nous est arrivée la nouvelle que, le 16 mars, des étudiants, venus de Tchengtou, se sont installés devant léglise et ont prêché le Bolchevisme. Ils ont même annoncé que les temples protestants et les églises catholiques deviendront la propriété du peuple.

    A lécole des Frères, il y a une cinquantaine délèves et 106 chez les Surs.

    Tchongking

    Monseigneur sest embarqué le 17 février sur le vapeur Chi-nan à destination de Wanshien, où il fera la visite pastorale. Il a lintention de se rendre ensuite à Siutin, de parcourir toutes les stations du Kuhsien, et reviendra par Hochow, pour être à Tchongking vers le Dimanche de la Passion.

    En même temps que Monseigneur est parti le P. Brun qui, après quelques jours de relâche à Chungchow, pour lui permettre daller dire au revoir à Tien Tchê, continuera son voyage jusquen France : nos vux accompagnent notre confrère et nous avons bon espoir, que le repos et lair du pays natal rétabliront sa santé, qui depuis si longtemps laisse à désirer.

    Le 4 mars, un incendie se déclarait dans le faubourg de Lâ-ki-mên, détruisant un nombre considérable de maisons : le feu, se propageant avec rapidité, pénétra à lintérieur de la ville et tout un quartier au-dessous de notre hôpital du Jên-gay-tang a été la proie des flammes.

    Plus de mille familles sont sans abri ; des souscriptions sont ouvertes pour venir en aide aux sinistrés.

    Notre province du Setchouan pourra-t-elle jouir longtemps dune paix relative ? De plusieurs côtés on entend des bruits de guerre ; Yangsen aurait même déjà mis ses troupes sur pied pour aller attaquer Lieou-tsen-heou dans son fief de Siutin.

    Un peu partout les brigands redoublent aussi dactivité. A Tatchou les soldats réguliers, joints à la garde nationale, ont subi une défaite, mais continuent la lutte contre les bandes armées.

    Le 5 mars un cortège, composé surtout détudiants, a encore manifesté contre lAngleterre, protestant contre lenvoi de navires de guerre et de troupes à Shanghai : manifestation toute de commande et qui ne ramènera pas la prospérité dans notre port.

    Le 18 mars, lUnion des Etudiants de Tchongking a invité ses adhérents à se rendre à une réunion, et à prendre part à la manifestation, qui sera organisée pour commémorer quoi ? lanniversaire de linsurrection de la Commune à Paris le 18 mars 1871. Un Français naurait jamais songé à cela : nos étudiants, sectateurs de Lénine et de Sen-wen, sont autrement forts en histoire, et ils apprécient les faits dune autre façon que ne le faisaient les manuels en usage jusquici.

    M. le Consul de France a communiqué aux Français résidant à Tchongking la note suivante : Le Consul de France à Tchongking a lhonneur dinformer ses compatriotes que le gouvernement français, ne sopposant point à la perception, par les autorités chinoises, de la surtaxe de 2 ½ % sur les importations, et à la perception dune surtaxe de 5 % sur les articles de luxe, les autorités chinoises de Tchongking mettront en application la perception de ces taxes à la date du 15 mars 1927.

    Suifu

    La mise à sac, par les anti-chrétiens, de la mission catholique de Hotcheou (vicariat apostolique de Chungking) fut regardée par bon nombre de missionnaires du Setchouan comme le prélude de la persécution contre les catholiques. Les événements semblent leur donner raison. Le vicariat de Suifu, à linstigation des agitateurs rouges, vient, à son tour, davoir une résidence et un oratoire pillés. Et voici dans quelles circonstances.

    Le 12 mars, jour de la commémoration du deuxième anniversaire de Sen-ouên, des orateurs des deux sexes se succédaient sur lestrade, élevée devant la porte de la mission protestante de Fouchouen (caractères chinois). Ils faisaient entendre à la foule de badauds, qui les écoutaient, toutes sortes de calomnies sur les chrétiens et sur les étrangers. Puis, à un signal du chef du club kemingtang de la sous-préfecture, lestrade est prestement enlevée, et tout le monde de se ruer sur la porte qui céda. Le pasteur protestant eut juste le temps de senfuir par une porte dérobée. Il courut réclamer protection au sous-préfet, qui refusa de le recevoir ; il se rendit alors chez le général, commandant la place. Le général leva ses bras au ciel : ce fut sa seule réponse. Toute liberté était donc laissée à la lie du peuple. Fatigués cependant de briser les meubles du pasteur protestant, nos énergumènes se dirigèrent vers le petit oratoire, où loge le missionnaire de Che-houi-ki, qui est actuellement le P. Ouang, lorsquil vient, deux ou trois fois par an, visiter ses chrétiens de la ville ; (la ville de Fou-chouen, au spirituel, dépend de Che-houi-ki). La porte est vite enfoncée. Bancs, chaises, tables volent en éclats. Satisfaite enfin de ses glorieux exploits, la tourbe de vauriens parcourt alors les rues de la ville, en braillant ses chants de victoire.

    Le soir même du 12, le P. Michel Ouang, qui se trouvait chez lui à Che-houi-ki, est prévenu, par courrier spécial, de ce qui se passait en ville de Fouchouen. Immédiatement il sondait les autorités locales, pour voir sil pouvait compter sur leur protection. Elles lui firent répondre quelles ne pouvaient rien pour lui, du moment que les chefs militaires, pourtant si puissants, navaient pas agi contre les bolchevistes de la sous-préfecture, et que si elles avaient un conseil à lui donner, cétait de licencier momentanément ses écoles et de mettre en sûreté ses objets les plus précieux. Ce que fit le Père ; et bien lui en prit. Trois jours après, en effet, les meneurs de Fouchouen étaient au marché de Che-houi-ki ; et ils lançaient à lassaut de la résidence du prêtre catholique les bambins des écoles primaires, suivis des voyous de la contrée. Tous les objets que le P. navait pu déménager furent mis en pièces ou emportés.

    Quel est le mobile qui a poussé le comité rouge de Fouchouen à agir ainsi ? Est-ce la griserie du pillage ? Non. Leur but, ils lont partout publié, était de se saisir du P. Ouang pour le contraindre à leur livrer tous les papiers relatifs aux quelques propriétés, que possède la mission dans la région, et aussi pour tâcher de lui faire renoncer, au nom de tous ses chrétiens, à la Religion catholique.

    Tatsienlou

    A Tatsienlou, les délégués de Lieou-iu-kieou prêchent les droits du peuple souverain, dont ils font des commentaires suivant les doctrines communistes. Dans une récente conférence nont-ils pas avancé quil fallait diviser la propriété ? Des soldats demandent aussi le départ des étrangers, et les Thibétains renchérissant voudraient être seuls maîtres chez eux, ne faisant pas de distinction entre chinois et autres étrangers. La seule famille anglaise établie à Tatsienlou nest pas partie, comme le conseillait le consul anglais, à cause de la maladie du mari, perclus de rhumatismes ; davance elle se résigne aux malheurs, qui pourraient lui arriver.

    Yerkalo. Le Dimanche 13 février, dans la soirée, nous apprenons que les troupes chinoisés étaient cernées dans Dzongngueun par les indigènes révoltés. Dès le lendemain, le Capitaine de la garnison de Pétines confirmait la nouvelle, ajoutant que Yentsing ne serait en danger que si Dzongngueun capitulait. Deux jours après, on apprenait que la compagnie, cantonnée à Dzongngueun, sétait repliée sur la lamasarie de Sogun, pour faire sa jonction avec les troupes du capitaine Ly, et on estimait à 200 hommes leffectif chinois ainsi réuni.

    Dans la journée du Jeudi 17, un groupe de tributaires vint à la sous-préfecture livrer limpôt en nature ; le sous-préfet les retint pour protéger sa personne et son yamen, car il avait eu vent dune invasion prochaine. Dès le lendemain, au point du jour, une bande en armes se répandait dans le village chinois et le pillait de fond en comble, sans que les troupes chinoises aient jugé à propos dintervenir. Le sous-préfet et son personnel sont faits prisonniers dans le prétoire. Les chrétiens de Yerkalo se retirent, qui à la Résidence, qui à la montagne, avec quelques paquets de hardes et ustensiles de cuisine. Dans la matinée, létat-major des révoltés se réunit au village et prévient les chrétiens quils nont rien à craindre des envahisseurs. Les leaders du parti ont juré quils ne nuiraient ni à la Mission ni aux chrétiens ; ils leur confient seulement le soin dune vingtaine de mulets durant leur séjour dans le pays. Cependant les révoltés out coupé la conduite deau, qui alimentait le camp chinois, et occupé toutes les maisons à leur convenance jusque sous les murs du camp. Dans la soirée, deux centeniers viennent me faire visite : ils sont ivres, comme on sait lêtre au pays des Peus. Je profite de leurs bonnes dispositions pour leur demander de mettre ordre à ces groupes décumeurs, qui se succèdent à chaque porte du village et font main basse sur tout ce quils trouvent. A la nuit on échange quelques coups de feu, sans doute pour se tenir en éveil, car je ne sache pas quil a y ait eu des victimes ni dun côté ni de lautre. La tactique des indigènes est de bloquer les chinois jusquà ce quils se décident à livrer leurs armes. Comme à lordinaire, les chinois se sont divisés en deux groupes : 40 environ dans le camp et 15 chez le maire. Le dimanche 20, les révoltés réussissent à mettre le feu à la maison du maire et force est à ses occupants de livrer leurs armes et munitions ; les vaincus sont enfermés au prétoire et gardés à vue.

    Les écumeurs continuent leurs profitables opérations, tout leur parait bon, vêtements, bottes, bijoux. Pour éviter de tomber entre leurs mains, un groupe de filles et de jeunes femmes, auquel sadjoignent les deux Vierges-Institutrices, prend la route de Tsangdo, en territoire thibétain.

    Le mardi 22, le Capitaine Tcheou et ses 40 hommes livrent leurs armes : on fouille le camp et on y découvre armes et munitions. Cest alors le vævictis dans toute son horreur : les chinois sont insultés, battus et finalement mis à nu ; leurs femmes indigènes ne reçoivent pas plus dégards. Après le pillage du camp, les énergumènes se portent sur le prétoire, où ils se livrent aux mêmes excès et pour achever leur travail ils brûlent la résidence du sous-préfet, ses bureaux et lécole chinoises dà côté.

    Il faut alors partager le butin de guerre et lopération nest pas sans danger : les vainqueurs se disposent à en venir aux mains, quand lautorité dun lama réussit à ramener la paix. Et maintenant quand serons-nous débarrassés de cette engeance ? On dit quelle se dispose à rentrer dans la vallée de Dzongngueun pour mettre le siège devant Sogueun. Quoiquil en soit, nous restons à la merci de ces brutes armées, jusquau jour où il leur plaira de repasser le col du Kiala. Le peuple pourra méditer sur les dangers quil y a à recourir aux brigands pour se débarrasser des troupes chinoises ; il a, somme toute, été presque aussi malmené et pillé que les colons et soldats chinois.

    Kientchang

    Notre confrère, le P. Grosjean, vient davoir affaire aux brigands. Voici ce quil écrit : Me voici arrivé.... Jai été arrêté à Téchang par la pluie et la neige très épaisse sur la montagne. Je nai pas été bien inspiré ; car si jétais parti plus tôt, je naurais peut-être pas rencontré la bande de Lolos, qui ma nettoyé à fond. De tout ce que javais, il ne me reste que mon bréviaire. Cest à 5 lis, en bas de Yu-ho-tang, que cela sest passé. Comme mon cheval boitait, jallais à pied et me trouvais en avance sur mes gens de 600 mètres environ ; entre nous se trouvait un de mes boys. Je nai rien vu en passant ; ni mon homme non plus. Cest le groupe principal qui a été surpris et attaqué par 9 lolos, dont 7 armés. Laffaire fut menée rapidement, et deux de mes gens, qui ne voulaient pas céder, ont reçu un coup de sabre sur la tête. Les agresseurs sont connus ; peut-être y aura-t-il moyen de recouvrer certaines choses. A Tchang-pin-tse cest plus tranquille, je vais rouvrir mes écoles.

    Le 14 mars, à Ho si, 200 Lolos environ sont entrés au marché pendant la nuit. Ils ont réussi à pénétrer dans la pagode, où était prisonnier un fameux et terrible brigand du pays, Ma-ko-ko. Les douze soldats du corps de garde ivres, grâce à leur prisonnier, dormaient tranquillement. Douze fusils, deux mille cartouches, habits, tout était suspendu aux murs. Les Lolos semparèrent de tout et sortirent en emmenant Ma-ko-ko. Après avoir franchi le seuil de la pagode, ils rentrèrent de nouveau ; les vigilants soldats dormaient toujours. Pour les réveiller, ils leur donnèrent à chacun un coup de sabre. Là-dessus ils repartirent, en jetant leur cri de guerre, ce qui donna léveil au marché, mais trop tard.

    Il semble que la guerre contre les Lolos va prendre tournure : quatre à cinq mille hommes ont pénétré dans le Leang-chan.

    Yunnan

    Chacun désire savoir ce qui sest passé ou se passe à Yunnanfu. Le voici : le 2 mars Tang-ki-iao se démit de ses fonctions et remit les sceaux à lassemblée provinciale. Le 4, les réfugiés à la Mission rentrèrent chez eux avec leurs bagages. Le 5 à 6 heures, 18 coups de canon annoncèrent à la population lélection des 9 membres du gouvernement. Le 8, Tang-ki-iao fut nommé Tsong-tsai, cest-à-dire président, avec le pouvoir (?) de signer tout ce que les 9 membres du gouvernement auront décidé drôle de pouvoir , et pourtant il fut obligé, bon gré mal gré, daccepter cette charge. (Que les temps sont changés.... Sic transit gloria mundi!...) 20 coups de canon font connaître cet événement. Ce jour-là, les étudiantes sur une estrade, dressée place des supplices, décorée détoffes multicolores, devant le portrait de Sen-ouen, discoururent tant quelles eurent de la voix. Les fillettes des écoles applaudissaient à tout rompre, les étudiants dirigeaient la claque ; elles réclament toutes les libertés

    Le 12, deuxième anniversaire de la mort de Sen-ouen, grande manifestation de la gent scolaire : garçons et filles défilent, avec en mains un petit drapeau, portant inscrite une des revendications affichées partout. Le défilé passe devant la Mission et nous jouissons, 20 minutes durant, du spectacle de cette jeunesse hurlante. Pas le moindre incident, nulle injure proférée contre nous. Il est vrai que le général Long-min, ne pouvant ou nosant empêcher ce défilé, en avait interdit la circulation dans le quartier européen, et, pour éviter tout désordre, lavait fait encadrer de troupes. Résultat : les écoles eurent un congé, tous ces jeunes héros et héroïnes se figurent être les sauveurs de la patrie. Ces jours-ci, à part les vols commis journellement par les soldats, beaucoup trop nombreux pour maintenir lordre en ville, nous jouissons de la paix.

    Le 19 mars une salle de lecture, pour le public païen surtout, a été ouverte à côté de la petite chapelle, aménagée il y a déjà deux ans pour les Européens et les Annamites ; chaque jour bon nombre de païens viennent y lire les journaux, les livres, les tracts mis à leur disposition. Si Dieu le veut, cette uvre bien modeste ouvrira les yeux aux âmes de bonne volonté.

    Dans la nuit du 14 au 15 mars, à 12 h. 1/2. un tremblement de terre assez violent fut ressenti à Yunnanfu et dans toute la région. On signale quà Yang-kai 70 maisons sécroulèrent ; il y aurait, dit-on une vingtaine de morts.

    Canton

    A la suite des derniers événements, le Collège du Sacré Cur a été fermé le lundi 28 mars. Le 30 du même mois, lécole de médecine de lHôpital Doumer a été également fermée. Le 1er avril, les Surs Canadiennes quittaient leur maison de Pak-mai-hong et se rendaient à Shameen dabord, à Hongkong ensuite.

    Dans louest de la province, nos chers voisins de Maryknoll auraient eu à souffrir. Daprès un télégramme envoyé de Quang-tcheouwan, des Missionnaires de Maryknoll auraient été poursuivis par des bandes. Quelques-uns dentre eux auraient réussi à se réfugier dans la ville de Kochow, et on serait sans nouvelles des autres.

    Le Vendredi-Saint, au petit jour, Canton devenait le théâtre dévénements plutôt sensationnels. Cétait lintention des communistes qui avaient bâti leur nid dans cette ville, de renverser le gouvernement. Ils en furent pour leurs frais. Le général Li-Chai-Sum, mis au courant de la situation, revint en hâte de Shanghai à Canton et étouffa le complot dans son germe. Depuis lors lordre et le calme sont rétablis.

    Pakhoi

    La précédente chronique de Pakhoi notait, pour rendre à César ce qui est à César, que le Gouvernement de Canton avait envoyé des ordres pour la protection des prêtres étrangers et de leurs établissements. Voici maintenant de quoi illustrer lefficacité de ces ordres. Le 15 mars, dans la matinée, la chrétienté de Kong-ping, du district du Père Lemaire, a reçu la visite amicale dune bande de jeunes gens. Résultat : la maison du missionnaire pillée et léglise incendiée. La totalité des dégâts nous est encore inconnue ; mais nous croyons quil ny a pas eu perte de vie humaine, ce dont nous remercions vivement la divine Providence. Par bonheur, notre confrère nétait pas présent. Sil eut été là, nous aurions peut-être un grand malheur à déplorer ; car de nombreux placards le menaçaient personnellement depuis plusieurs jours.

    On parle dembellir Pakhoi. Pour venir en aide à une population, malheureusement trop atteinte par les taxes, amendes, grèves et autres fruits de la civilisation moderne, un ukase aussi peu impérialiste que possible obligerait les habitants à démolir leurs maisons et magasins, afin douvrir une nouvelle avenue, dont les frais dexécution leur incomberont en totalité. Naturellement on ne leur fera pas laffront dune indemnité ou compensation quelconque.

    Notons encore les progrès accomplis dans un autre ordre. Lunion libre, lindépendance de la femme et des enfants ne sont plus uniquement sujets de meetings ; on commence à les mettre en application. Dernièrement, deux femmes ayant été admonestées par leurs maris pour avoir préféré léloquence dun orateur de place publique aux délices du pot-au-feu, il sest trouvé un magistrat pour les relever de tout devoir vis-à-vis de maris aussi cruels. Sommes-nous en temps de liberté, oui on non ?

    Au moment de clore la liste des nouvelles, une lettre du Père Genty nous apprend que Fa-tchao, desservi par deux Missionnaires de Maryknoll, a payé sont tribut à la haine de nos adversaires. Les deux Pères ont vu leur résidence envahie par la soldatesque. On les a criblés de pierres et ce nest quà grand peine quils ont pu séchapper. Nous sommes très inquiets sur leur sort final, car depuis leur fuite aucune nouvelle ne nous est parvenue. Que Dieu garde !

    Vinh

    Mgr Eloy est revenu le 29 mars de sa visite pastorale dans les deux districts de Bao-Nham et de Bộc-Ðà. Pendant cette tournée, qui a duré juste un mois et demi, Mgr a administré, en tout, 1769 confirmations, dont environ 200 à des nouveaux chrétiens. Sa Grandeur a lintention de faire, selon son habitude, une autre visite pastorale, dans les derniers mois de lannée.

    Le 2 avril a eu lieu lordination sacerdotale de nos deux séminaristes, récemment revenus de Pinang. Détail à noter : grâce au nouveau tronçon de chemin de fer, qui prolonge la ligne Hanoi-Vinh jusque dans la province du Hatinh, plus de deux cents personnes du village de Phương-Trạch, doù sont originaires les deux nouveaux prêtres, sont venus à Xã-Ðoài assister à la cérémonie. Cette ordination porte à 164 le nombre actuel de nos prêtres annamites. Lun des plus âgés dentre eux vient de mourir : cest le P. Jean-Baptiste Minh, qui fut longtemps curé dune des plus vieilles paroisses de la Mission, celle de Ðông-Tràng. Il était né en 1846, lannée même où notre Mission fut séparée de celle du Tonkin occidental.

    Conformément aux instructions données par notre Vicaire apostolique, nous avons, le jour de la fête de saint Joseph, célébré dans toute la Mission, le tricentenaire de larrivée du P. de Rhodes au Tonkin, le 19 mars 1627. En ce qui regarde spécialement notre Mission, au grand missionnaire jésuite revient incontestablement lhonneur davoir été le premier prêtre, qui y prêcha la foi catholique, et, pendant les quelques huit mois quil put rester, soit dans Nghệ An, auquel était alors rattaché le Hatinh, soit dans le Bố-Chính, qui correspond au territoire actuel de notre Quảng-Bình, il baptisa plusieurs centaines de convertis, les ancêtres de nos 138.000 chrétiens actuels. Et si lon ajoute que, par les démarches quil a faites à Rome et à Paris, pour donner aux pays, qui constituent lIndochine actuelle, une hiérarchie catholique, le P. de Rhodes a contribué à assurer sur des bases solides le développement de son uvre, ce nest que justice de ne pas oublier sa mémoire et de lui appliquer, à lui et aussi à ses successeurs, dont plusieurs, à leur tour, devinrent des géants du travail apostolique les paroles du 1er livre des Machabées : Mementote operum patrum vestrorum qu fecerunt in generationibus suis, et accipietis gloriam magnam et nomen ternum.

    Phatdiem

    Le 17 mars S. E. Mgr Aiuti, Délégué apostolique de lIndo-Chine nous a fait lhonneur et la joie de renouveler la visite quil nous avait faite le 3 mars 1926.

    S. E. a tenu à visiter surtout les séminaires et les écoles.

    Au Grand Séminaire S. E. a célébré une grandmesse. Il a pu constater comment les rubriques étaient observées et avec quelle aisance.

    Au Petit Séminaire il y a des progrès ; plaise à Dieu quils continuent.

    Dans les écoles de la paroisse de Phatdiem, qui comptent 380 élèves. S. E. sest rendu compte du dévouement et du zèle peu ordinaire des maîtres et aussi de lattention et des progrès de élèves très nombreux, nonobstant lécole laïque, qui sest installée à 300 mètres des écoles chrétiennes.

    Le nombre des élèves augmentant, Mgr Marcou a dû faire bâtir une nouvelle école comprenant trois salles bien éclairées, et aérées, et vastes à souhait. Mgr a réservé à S. E. le Délégué la joie de bénir solennellement ce nouveau bâtiment élevé sur les plans du P. Lury.

    Le Saint-Père vient denvoyer aux Pères Lury et Alfred Barbier le brevet et la médaille Bene merenti pour leur contribution à lExposition vaticane. Toute la Mission se réjouit de la distinction si méritée dont nos confrères ont été lobjet.

    Le samedi 2 mars nous avons eu une ordination de sept nouveaux prêtres, dont deux ont fait toutes leurs études théologiques à Penang. Cette ordination nous est une grande consolation et un grand espoir. La moisson est mûre et les besoins spirituels sont tellement grands ! Il faut remonter à la première année après la création de notre Grand-Séminaire pour enregistrer une ordination aussi nombreuse.

    Hué

    Mars a été le mois des malades. Monseigneur, à la suite dune déchirure musculaire, a dû saliter et prendre un repos forcé dune quinzaine de jours. Le 19, quoique incomplètement guéri, il a pu cependant faire le voyage long et pénible de Hué à Phuoc-Son pour aller bénir la nouvelle église du monastère de Notre-Dame, présider la Saint-Benoît et recevoir les vux de quatre jeunes moines.

    Le P. Piéters (Gabriel pour les amis), a été atteint dune névrite optique et serait menacé de devenir complètement aveugle sil nétait soigné au radium.

    Plusieurs autres confrères ont eu la grippe. Deux prêtres indigènes et deux moines de Phuoc-Son ont dû se faire hospitaliser à Hué plus ou moins longtemps.

    La gent écolière fait beaucoup trop parler delle depuis quelques mois. Elle se livre à Hué et ailleurs à des manifestations qui ne sont pas de son âge. Des sanctions sévères, mais justes, peuvent dailleurs la ramener très facilement dans le droit chemin. Ces manifestations, auxquelles viennent se joindre des rumeurs plus ou moins fausses, mettent le trouble dans beaucoup desprits. Plaise à Dieu que notre sainte religion nen souffre pas !

    Phnompenh

    La sur Hubert, venue de France au mois de novembre, a visité les nombreux établissements des surs de Portieux. Létablissement central de Culaogieng a retenu le plus longtemps son attention. Puis elle a visité les autres postes, sarrêtant de préférence à Soc-trang, dont limportance rivalise avec la Maison Mère. Elle sest rendue à Phnompenh et na pas hésité à entreprendre le long voyage de Battambang. Elle doit quitter sous peu la Mission pour visiter les établissements de la congrégation en Mandchourie.

    Les derniers échos de lExposition missionnaire viennent de nous apporter les noms de ceux qui ont été distingués à cette occasion par S. E. le Cardinal van Rossum, Préfet de la Propagande. Les frères seront heureux dapprendre que le P. Albert Thomas vient de recevoir la médaille Bene merenti ; la distinction qui est accordée rejaillit sur nous tous, et tous sont heureux de len féliciter.

    Siam

    Monsieur le Général Ducarre, commandant la Brigade de Saigon, accompagné de Madame la Générale et du Lieutenant Colonel de la Pomarède, Attaché Militaire au Siam, ont rendu visite le 1er mars à Sa Grandeur Mgr Perros. Après un cordial entretien, tous se rendirent au Collège de lAssomption quils visitèrent avec intérêt.

    Le 9 mars, au matin, le P. Rondel quittait précipitamment son poste de Khorat, situé à plus de 250 kilomètres de Bangkok. En mauvaise santé depuis plusieurs mois, son état ne laissait pas que dinspirer certaines inquiétudes. Cétait son dernier voyage avant dentrer dans léternité, car le cher Père mourait dans son wagon vers deux heures de laprès-midi, après une dernière absolution que lui donnait un de ses vicaires. Son dernier regard ici-bas se porta sur limmense plaine de Juthia quil traversait. Espérons que les vénérés Fondateurs de la Société des Missions-Étrangères et leurs successeurs, qui tant de fois parcoururent ces régions, auront accueilli avec joie ce vaillant missionnaire, lun des premiers pionniers de la Mission du Laos.

    La grippe a fait une rapide apparition au Siam. Plusieurs confrères, entre autres les Pères Carné et Chorin ont subi ses atteintes. Heureusement le chaud soleil de mars, qui vaut tous les meilleurs grogs au rhum, a vite dissipé les rhumes les plus tenaces et les malaises les plus indéfinissables.

    Alors quil faut environ cinq jours par mer de Bangkok à Saigon, des projets sont en ce moment à létude pour relier ces deux villes par voie de terre en vingt-quatre heures. Il est décidé quun train de nuit et quun service dautos permettront de partir le samedi soir de Bangkok et darriver le dimanche soir à Saigon, où la malle française bi-mensuelle viâ Penang-Bangkok sera distribuée quatre jours plus tôt que viâ Singapore.

    Malacca

    Mgr Perrichon vient de bénir la nouvelle église de Kuala-Pilah, au centre des Negri-Sembilan. Bâtie sur un terrain acheté autrefois par le P. Nain, elle est dédiée à saint Joseph. Lassistance était très variée, composée de Chinois, dEuropéens, dEurasiens et dIndiens, ex omni tribu, et lingua et populo, et natione, comme lEglise catholique.

    Du côté du Nord, le P. Riboud, qui a transporté ses quartiers à Bukit-Martajam, rayonne de son centre vers les quatre points cardinaux de la Province Wellesley et de Kedah. Sa Roulotte apostolique sera bientôt connue partout ; elle lui permet de faire de bonne et sérieuse besogne en restant chez lui, sans avoir à craindre dêtre à charge à qui que ce soit, comme il arrive quand il faut aller demander lhospitalité aux planteurs. Plus il va, plus il trouve pratique son home ambulant.

    Birmanie Septentrionale

    Monseigneur Perroy, au cours dun petit voyage de convalescence Rangoon-Bhamo, aller et retour, quil vient de faire sur lIrrawady en compagnie du P. J. B. Mourlanne, a naturellement passé par Mandalay. A laller, Sa Grandeur étant encore trop faible pour descendre, nous nous sommes fait un devoir daller la saluer à bord. Mais au retour, le 2 mars, la visite nous a été gracieusement rendue et nous avons eu le plaisir de jouir dune bien charmante compagnie pendant quelques instants, hélas ! trop courts.

    Le P. Ruppin sest vu foncé dabandonner momentanément son poste pour aller prendre quelque repos à la Léproserie St-Jean. Le docteur a jugé bon de lui infliger quelques jours dhôpital afin de pouvoir mieux se rendre compte de son état. Après un minutieux examen, la Faculté vient de rendre son verdict : pas dopération à faire. Je connais quelquun qui nen est pas fâché.

    Les grandes chaleurs sannoncent ; déjà nos écoles sapprêtent à fermer leurs portes. Et Pâques est encore si loin ! Nous avons à craindre une chaleur torride pour la semaine sainte, à moins que la Providence ne nous envoie quelque rafraîchissante ondée. Ah ! si le souvenir des hivers de France était suffisant pour entretenir la fraîcheur ! Mais où sont les neiges dantan ?.
    Laos

    Trop souvent on a fait parler le correspondant du Bulletin de la brousse laotienne. Nous nen sommes plus là. Le Laos est un pays qui se civilise à pas de géants. Des routes, en saison sèche, il y en a partout. On peut aller, sans mettre pied à terre, de Vientiane à Oubone, par les chaloupes des Messageries Fluviales, jusquà Paksé, point extrême sur les bords du Mékhong, juste en face, ou à peu près, dOubone, mais de lautre côté de la montagne. Là on prend lauto, qui nous transporte jusquà Phimoun, où nous attendent les chaloupes chinoises, qui nous conduisent à Oubone dans la journée. Et cela sans parler du chemin de fer, qui va atteindre Oubone tout prochainement et nous portera en deux jours jusquà Bangkok. Celui qui ne veut point suivre les grandes lignes de communications, doit évidemment senfoncer dans la brousse, mais peu épaisse. Cest la forêt clairière, tout ce quil y a de plus clair. On arrive avec nos bons chevaux laotiens, à faire des étapes de 50 à 60 kilomètres dans la journée, et aucun village du sud nest situé à plus grande distance. Un voyage devient agréable, par le fait que lon a la perspective davoir un bon abri le soir venu, en compagnie dun charmant confrère qui mettra, pour bien vous recevoir, les petits plats dans les grands, sil en a. Ah ! Quil est doux de se trouver, ensemble,.

    En saison sèche, Bangkok nest plus quà trois jours du Mékhong, et Hué à deux jours. Si les premiers pionniers vivaient encore, ils déploreraient certainement les temps passés. Pensez donc : Ils mettaient trois mois en charrettes à bufs pour faire le voyage aller-retour Laos-Bangkok. Nous sommes vraiment dans le pays du rêve. Si vous aimez la brousse, à votre service : il y en a. Si vous aimez le confortable, préparez votre bourse : vous aurez de multiples occasions de la vider. Il ne faudrait pas que les jeunes prennent le Laos en grippe, en ne voyant dans tous les rapports que de la brousse partout. Non, non : cest de lhistoire ancienne. Nous sommes des modernes. Pas un pays au monde ne voit autant davions que le Laos, il en passe de toutes provenances. Des français, des siamois, des italiens, des anglais, que sais-je encore viennent y faire des randonnées. Et lon nous parle toujours de brousse ! Allons donc ! Nous sommes au siècle des avions.

    Le Laos progresse donc, et, en dehors des avions, dont nous nous servons peu, nous avons encore les grandes vois de lEglise. Le village de Thare, que lon peut appeler un gros bourg, avec ses deux mille chrétiens, réunis sous la houlette paternelle du P. Combourieu, Provicaire, va posséder trois cloches, dun beau son argentin. Et mieux encore, ce sont les chrétiens du poste, qui les ont payées jusquau dernier sou. Nongseng, la capitale religieuse, pour ne pas être en retard, a commandé une cloche de 400 kilgrs, qui sera payée par le produit dune souscription. Quand le P. Delalex, curé de Vientiane, sy mettra, il fera certainement mieux que Nongseng et Tharé, la capitale civile ne peut pas se laisser surpasser par les sous-préfectures. Oubone, Siengvang, Sienggun sont déjà servis et possèdent des cloches de 300, de 200 et de 250 kilgrs. Ne parlons pas de leurs petites surs pauvres, qui se trouvent dans tous les postes. Ce sont des clochettes denfants de chur, en comparaison des derniers gros bourdons. La Savoyarde na quà bien se tenir : nous aurons, sil plaît à Dieu, la Laotienne!

    Mysore

    Nos lecteurs, ont appris, en son temps, la mort du regretté Père Sigean. Alors quil était en train de se remettre, lentement, de son attaque de paralysie, une diphtérie se déclara, qui lemporta en quelques heures ; il repose maintenant dans le cimetière des missionnaires, à Bangalore.

    Il y a quelque temps, près de 130 familles païennes, habitant le Kollegal-district, mal desservi par les voies de communication et peu fréquemment visité, avaient adressé à Monseigneur une pétition, dans le but dobtenir un prêtre résident. Après sy être rendu pour faire une enquête personnelle, Monseigneur Despatures a décidé de confier ce nouveau poste au P. Graton.

    Soit pour raison de santé, soit pour affaires de famille, trois de nos confrères se préparent à sembarquer pour la France. Ce sont les PP. Mathevet, Koehl, et Michel. Leur départ aura vraisemblablement lieu dans les premiers jours de mai.

    Séminaire de Paris

    Létat sanitaire des deux communautés est assez satisfaisant. Les deux assistants de Mgr le Supérieur ont payé leur tribut à la grippe, et le P. Bouchet est entré hier à lhôpital St-Joseph pour se soumettre à un examen radiologique.

    La Chine commence à préoccuper le public. Plus dun journaliste est venu prendre au Séminaire des renseignements ou des interviews. Mgr le Supérieur a fait une conférence le lundi 21, au Comité National dEtudes, et le P. Robert, bien que grippé, en a donné une autre le 22, à la salle de la Société de Géographie, qui sest trouvée archicomble.

    Mgr Boucher, successeur de Mgr Descamps à la Direction de luvre de la Propagation de la Foi, met tout en uvre pour développer les activités de luvre. Il a réuni, pendant deux jours, à Paris, les directeurs diocésains, qui sont venus au nombre de 23. Et le 23 février, Mgr Boucher les a réunis à un déjeuner à lhôtel de lEspérance, avec les Directeurs des autres uvres Pontificales et des représentants des instituts missionnaires. Mgr le Supérieur était présent et a remercié Mgr Boucher au nom de tous. Mgr Béchetoille et M. labbé Penel (des Missions Cathol.), venus à Paris à cette occasion, ont reçu, pendant leur trop court séjour, lhospitalité du Séminaire.

    Mgr Boucher a voulu également profiter, pour la cause missionnaire, du quart dheure, accordé chaque dimanche aux orateurs religieux au centre démissions T. S. F. du Bd Haussmann (Porte de Clichy). Il a commencé le dimanche 13 février ; grâce à lui, le P. Tauzin (des PP. Blancs) a eu son tour le dimanche suivant et Mgr le Supérieur avant-hier 27.

    M. Vignaux, prêtre aspirant, qui devait partir pour Hanoi en septembre et quun terrible accident a privé de ses deux jambes, est en possession depuis deux mois dune paire de jambes artificielles et commence à en tirer un excellent parti. Il va déjà de chez sa mère à léglise de Bièvres. Six aspirants ont passé de la communauté de Bièvres à celle de Paris, dont leffectif est de 78 aspirants présents ; Bièvres en compte 54, y compris les deux nouveaux admis depuis janvier.

    LExposition Missionnaire de Toulouse sest clôturée le 21 février. Le P. Sibers a prêché le 20 à la Dalbade et le P. Depierre qui, tous les jours de lExposition, présentait notre stand aux nombreux visiteurs, a pris, le 23, le chemin de Cahors et de Dax.

    Pour la Ste Enfance, le P. Nassoy a prêché à St-Michel des Batignolles le 17 et, pour les Missions, le P. Gérard a donné une séance de projections à la Madeleine.

    Le samedi des Q. T., 12 mars, Mgr le Supérieur a ordonné 2 diacres (dont 1 jésuite), 1 sous-diacre, 2 minorés et 1 tonsuré, ce dernier appartenant à la communauté de Bièvres.

    En traversant une rue, le soir, Mgr le Supérieur, tamponné par un taxi, a fait une chute sans gravité, mais entraînant la conséquence dune forte courbature au bras gauche.

    Le 10 mars a eu lieu, à la Salle Gaveau, lAssemblée Générale de luvre de la Chapelle de Dormans. Les discours de MM. Laudet, Fourcade (bâtonnier de lordre des avocats), du général Duport, de Mgr Tissier et les chants exécutés par les Chanteurs de la Ste-Chapelle, ont laissé à tous les assistants une impression vraiment délicieuse ; 2 millions ont été dépensés à Dormans, un million est encore nécessaire pour achever luvre.

    Une double très bonne nouvelle arrive de Rome ce matin même : Tôkyô a un archevêque en la personne de Mgr Chambon, jusquici secrétaire général, et Ning yuen fou (Kientchang) a un vicaire apostolique en la personne de Mgr Stanislas Baudry, actuellement supérieur de la Mission.

    Le P. Launay a célébré le 24 février, à Juan-les-Pins, le cinquantenaire de son ordination sacerdotale. La Bénédiction apostolique a été envoyée de Rome, et, du Séminaire de Paris, le télégraphe et la poste lui ont apporté les vux de tous ad multos annos. Le Père Couvreur avait pu ce jour-là se rendre auprès du P. Launay.

    Luvre des Partants a eu sa réunion mensuelle le 7 mars. Le P. Nassoy a prononcé après la sainte messe une allocution fort goûtée.

    La situation en Chine provoquera longtemps encore la légitime curiosité des parlementaires et des journalistes. Le 11, à la Commission des Affaires Etrangères, réunie sous la présidence de M. Franklin Bouillon, le P. Robert a fait un exposé très complet des origines du mouvement révolutionnaire, et donna ces jours-ci un interview au Journal.

    Des conférences sur les Missions, avec projections, ont été données à Amiens les 4 et 11 mars, à Villemomble le 6, et à lInstitution St-Ch. de Monceaux le 12, sous la présidence de M. Georges Goyau, par les PP. Gérard et Chambon.

    Le P. Depierre poursuit sa tournée de conférences à Nice, St-Jean Maurienne, Tarentaise, Chambéry.

    Le 8 mars, à la Chapelle des Invalides, service de bout de lan du Général Méchet (frère du P. Méchet). Le P. Jaricot représentait la Société.

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    Ont été admis comme aspirants : MM. J. Bouchar (Cambrai) et Paul Valour (Le Puy).

    1927/305-327
    305-327
    Anonyme
    France et Asie
    1927
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