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Chronique des Missions et des Etablissements communs 9

Chronique des Missions et des Etablissements communs Tôkyô
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs
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    Tôkyô

    Les Frères Marianistes, qui avaient dû, après le tremblement de terre de 1923, abandonner momentanément Yokohama pour suivre leurs élèves à Kôbe, sont enfin revenus de leur exil. Les cours du Collège St-Joseph recommencent le 16 septembre, dans le bâtiment scolaire restauré, qu’ils avaient laissé à la disposition des Dames de St-Maur pour leur école de filles. Les Frères ont fait aménager des dortoirs pour les pensionnaires au 2e étage de l’édifice. Pour leur habitation personnelle, pour le réfectoire des élèves et les cuisines, ils sont en train d’achever deux constructions provisoires, en attendant les ressources suffisantes pour des constructions définitives.

    Quant aux Dames de St-Maur, le vaste établissement à trois ailes, dont elles ont entrepris la construction, sera achevé pour la rentrée de leurs écoles vers la mi-septembre. Quelques Sœurs occupent déjà une partie des chambres de l’une des ailes, où elles auront leur habitation avec leur chapelle provisoire et où elles ouvriront également des classes pour les jeunes filles de la colonie étrangère. Une terrasse, au bout de cette aile, attend les fondations de la future chapelle. Plus tard, la maison séparée des Sœurs complétera, au sud, l’ensemble des édifices. La nouvelle construction ne laisse rien à désirer au point de vue de la solidité et de la commodité ; des salles vastes et bien éclairées, on jouit d’une vue étendue sur le Bluff, où les maisons européennes surgissent peu à peu du sol, sur la ville et les collines voisines.

    A côté de ces joies, il faut noter le sacrifice douloureux que la Providence a imposé à la Communauté des Dames de St-Maur par la mort soudaine, le 29 juillet, d’une excellente Sœur, à qui était confiée la direction de l’ancien orphelinat de Yokohama, transporté à Nishi-Ogikubo, dans la banlieue de Tôkyô, Sœur St-Théophane, à l’âge de 53 ans, dont 24 de profession religieuse.

    Cette banlieue de Tôkyô voit chaque année s’accroître sa population d’une façon considérable. Aussi Mgr l’Archevêque a-t-il jugé opportun d’acheter dans les environs de Nakano, à l’est de la capitale, un vaste terrain, qui sera partagé entre l’orphelinat ouvert provisoirement à Nishi-Ogikubo, et une nouvelle paroisse à établir.

    A Kôfu, le P. Beuve a pu vendre le terrain de la mission et en acheter un autre, mieux situé, non loin du centre de la ville : il y bâtit actuellement presbytère, maison de catéchiste et parloir, avec une élégante église. Dans le courant de septembre il se transportera à son nouveau poste.

    Nagasaki

    Dans la belle chrétienté d’Urakami, près de Nagasaki, le P. Fraineau avait entrepris, il y a plus de 30 ans, la construction d’une grande église qui puisse recevoir les quelque 6 000 chrétiens de la paroisse. A sa mort (1911) l’œuvre était loin d’être achevée ; le P. Raguet, qui fut chargé de la continuer, pressa activement les travaux et, au 50e anniversaire de la découverte des descendants d’anciens chrétiens ( 17 mars 1865), l’église fut bénie solennellement et livrée au culte. Enfin le P. Heuzet, qui a succédé au P. Raguet, a mis la dernière main à cette œuvre de longue haleine par l’achèvement des deux tours de la façade.

    L’église, dédiée à Marie Immaculée, s’élève sur le terrain même où nombre des chrétiens récemment retrouvés confessèrent leur foi lors de la persécution de 1870-73. Urakami compte encore 400 survivants de cette triste mais glorieuse période, et parmi eux plusieurs sont nés dans le lieu d’exil où avaient été relégués leurs parents.

    L’église a 62 m. de longueur, 19 m. de largeur, 17 m. de hauteur sous voûte ; les tours ont 40 m. de hauteur.

    Le 5 juillet Mgr Combaz a procédé à Nagasaki à l’ordination de 3 diacres et de 7 tonsurés.

    La retraite de nos prêtres japonais a eu lieu du 8 au 13 juillet : elle a été prêchée par le P. Vagner, du diocèse d’Osaka.

    Osaka

    Le 28 juin dernier avait lieu, à l’Ecole Sainte-Marie, à Kôbe, la cérémonie de clôture de l’année scolaire. Cette école, que dirigent les Sœurs du Saint Enfant Jésus de Chauffailles, est fréquentée par les enfants de la population étrangère de la ville de Kôbe. Les dévouées maîtresses jouissent de la plus grande liberté pour l’organisation des classes, les programmes d’enseignement, etc. A quel point elles ont réussi et quelle confiance leur accordent les parents, on en peut juger par les progrès réalisés : en ces dernières années le nombre des élèves a passé de 80 à 250. Les bâtiments scolaires sont devenus absolument insuffisants et les Sœurs ont dû se décider à les agrandir : les plans sont dressés pour une nouvelle construction en ciment armé, et les ouvriers vont se mettre incessamment à l’ouvrage. Que Dieu continue ses bénédictions à une œuvre si intéressante

    La population coréenne augmente de mois en mois dans nos grandes villes d’Osaka, Kyôto et Kôbe. Ce sont surtout des ouvriers dans la force de l’âge, entre 20 et 40 ans. Moins payés que les ouvriers japonais, ils vivent aussi plus économiquement. Les manœuvres gagnent de 1 yen 40 à 2 yen par jour ; les coolies, de 2 yen 50 à 2 yen 80, et ils ne dépensent guère que 50 ou 60 sen pour vivre.

    Les ouvriers chinois travaillent encore à meilleur marché : 1 yen 50 par jour, et réussissent à ne dépenser pour vivre que 40 sen, ce qui est un tour de force en ce pays de vie remarquablement chère. Il faut noter cependant que, si la porte du Japon est grande ouverte aux Coréens, il n’en est pas de même pour les Chinois, qui restent toujours peu nombreux.

    Seoul

    Le compte-rendu de l’exercice 1924-25 donne les chiffres suivants.
    Population totale 8.805.113
    “ catholique 55.386
    Adultes 873
    1.349
    “ in art. mort. 476
    Baptêmes Enfants de chrétiens 2.335 5.769
    4.384
    “ in art. mort. 2.049

    Conversions d’hérétiques 36
    Confessions 190.100
    Communions 417.867
    1 Grand-Séminaire 20
    1 Petit-Séminaire 50 94 élèves
    1 Cours préparatoire 24
    1 Ecole commerciale supérieure 210 élèves
    56 Ecoles paroissiales de garçons. 3.817 “
    19 “ “ de filles 1.955 “
    72 “ de catéchistes : garçons 1.610 “
    46 “ “ “ : filles 1.107 “
    2 Orphelinats (Sœurs de S.-Paul de Chartres) 231 enfants
    2 Dispensaires ( id ) 5.515 malades secourus
    818 visites à domicile

    Il y a eu, dans l’année une ordination de 4 prêtres et 3 diacres.
    La Revue catholique compte actuellement 5.800 abonnés.
    Sur une population de 288.260 habitants, Seoul a 6.262 catholiques.

    *
    * *

    Le 12 juillet a eu lieu à la cathédrale de Seoul une première cérémonie en l’honneur de nos nouveaux Bienheureux. Leurs reliques, déposées sur un brancard orné de soie rouge, furent portées de l’évêché à la cathédrale par deux prêtres revêtus de la dalmatique, les chrétiens formant la haie sur le parcours. Les reliquaires ayant été déposés dans le chœur, Mgr le Coadjuteur encensa les reliques, les fit vénérer au clergé et aux fidèles, puis entonna le Te Deum. La bénédiction du Saint-Sacrement fut donnée ensuite par Mgr Sauer, qui était venu assister à la cérémonie en compagnie de l’Archi-abbé Dom Norbert.

    Des inondations comme de mémoire d’homme on n’en avait vu ont désolé plusieurs régions de la Corée, en particulier Seoul et ses environs. Des villages ont été entièrement détruits ; les rizières, recouvertes d’une couche de sable, ne donneront rien cette année ; des ponts ont été emportés et les communications par chemin de fer interrompues. C’est un désastre sans exemple.

    Mgr Mutel, actuellement en France, a été nommé Chevalier de la Légion d’Honneur : nous lui offrons, à cette occasion, nos respectueuses félicitations.

    Taikou

    Le 13 juillet a eu lieu un salut solennel d’actions de grâces pour la béatification de nos Martyrs ; avant le Te Deum on a chanté trois fois l’invocation : Beati Laurenti et Andrœa cum Sociis, orate pro nobis !

    A la fin de 1923 on avait enregistré 103 mariages entre Japonais et Coréennes, et 203 entre Coréens et Japonaises.

    Les provinces du sud de la Corée ont été bien éprouvées aussi par l’inondation : les dégâts sont incalculables.

    Moukden

    Nous avons fêté, le 4 juillet dernier, le 50e anniversaire de l’arrivée en Mandchourie des Sœurs de la Providence de Portieux. Des six Religieuses qui débarquèrent au port de Newchwang le 4 juillet 1875, il reste encore Sœur Philomène Salle, qui, depuis cinquante ans, n’a jamais quitté notre Mission et qui continue, autant que ses forces le lui permettent, de donner ses soins aux vieillards de l’hospice de Moukden.

    Après la Messe Pontificale dans la chapelle de l’orphelinat, et le Salut du Saint-Sacrement à midi, heure de l’arrivée des premières Sœurs à Newchwang, Mgr Blois et les missionnaires présents à Moukden s’empressèrent d’offrir à la vénérable jubilaire et à toutes les Sœurs de la Providence leurs congratulations et leurs remerciements.

    Puis on lut une lettre du Cardinal Préfet de la Propagande, qui rappelle en termes très élogieux les travaux des Sœurs de la Providence en Mandchourie, et leur “esprit de sacrifice “manifesté clairement par le fait au dessus de tout éloge que, durant un demi-siècle, aucune “n’est retournée en Europe, et que deux d’entre elles eurent la bonne fortune de verser leur “sang pour la Foi durant la persécution de 1900.” Son Eminence, associant la Propagande à la joie de l’Evêque, des missionnaires et des fidèles, félicite spécialement Sœur Philomène Salle d’avoir été conservée par la Providence comme seule survivante des six Religieuses qui arrivèrent en Mandchourie il y a un demi-siècle. “Le Saint-Père, ajoute en terminant Son “Eminence, qui prend tant d’intérêt à tout ce qui concerne les Missions et leur “développement, a daigné envoyer aux bonnes Religieuses la Bénédiction Apostolique, gage “des faveurs choisies du Ciel.”

    Son Excellence Mgr Costantini, Délégué Apostolique à Peking, avait bien voulu envoyer aussi ses félicitations à nos dévouées collaboratrices et spécialement à l’heureuse jubilaire.

    Deux jours auparavant, nous avions commémoré solennellement le 25e anniversaire des massacres de 1900 à Moukden. Le 2 juillet 1900, au soir, Mgr Guillon, le P. Emonet, le P. Chinois J. Li, les Sœurs Sainte-Croix et Albertine, Religieuses de la Providence, avec plusieurs centaines de chrétiens, étaient massacrés dans la cathédrale par les Boxeurs, auxquels s’étaient joints les soldats du Gouvernement chinois.

    Le matin, durant la Messe Pontificale, le P. Sébastien Ien commenta admirablement le sens et les leçons de cette fête du “Souvenir”. Au Salut du soir, qui fut chanté à 6 heures, heure des massacres, les chrétiens, fidèles au souvenir de leurs morts, se pressaient en foule. La cérémonie se termina par le “Chant des Martyrs”, qui prenait pour nous une signification particulièrement impressionnante en un tel anniversaire et sur le lieu même où nos devanciers avaient versé leur sang.

    Les troubles qui ont ensanglanté déjà les rues et arrêté le mouvement des affaires en plusieurs grandes villes chinoises n’ont eu d’autre répercussion chez nous qu’une manifestation platonique des étudiants du cours secondaire. Il fallut renvoyer les élèves, qui ne donnaient plus aucune application à l’étude, avant les examens de fin d’année. Les écoles avaient été cernées par la police pour empêcher les sorties en masse, et les plus turbulents furent conduits à la gare par la force armée qui ne les quitta qu’une fois le train en marche. Grâce à l’énergique attitude de notre Gouverneur, l’ordre ne fut jamais troublé, malgré la présence de nombreux agitateurs venus de l’intérieur de la Chine.

    Kirin

    Rien de sensationnel à signaler en ce moment. Cependant, comme chaque année à pareille époque, au fur et à mesure que croissent les moissons, de nombreuses bandes de brigands s’organisent pour détrousser les voyageurs. Un de nos prêtres chinois, le P. Stanislas Pai, de Soukiawopou, revenant d’administrer les derniers sacrements à un malade, est tombé entre les mains d’une troupe de ce genre, qui heureusement l’a relâché sans lui faire aucun mal. Le Père en a été quitte pour une grosse peur, bien explicable en la circonstance.

    Suifu

    Le flot des soldats passé, voici que MM. les brigands sortent à l’air libre.... Deux de nos oratoires, à une centaine de kilomètres l’un de l’autre, ont reçu leur visite peu courtoise.

    Le 13 juin, un détachement de la nombreuse bande de brigands qui opère dans le Fouchouen depuis le commencement des hostilités envahit l’oratoire de Chehouiki et s’empara de 15 personnes qu’ils emmenèrent dans leur repaire. Parmi ces 15 victimes étaient le P. Ouang, vicaire du P. Garrel, son boy, le cuisinier, le maître l’école, cinq enfants de 7 à 10 ans et six autres de 11 à 15 ans. Grâce aux démarches du P. Garrel, le lendemain à quatre heures et demie du soir, le P. Ouang, son boy, le cuisinier et le maître d’école étaient mis en liberté. Quant aux 11 autres petits malheureux, il a été impossible jusqu’ici d’obtenir leur délivrance, malgré la rançon qu’offrent leurs parents.

    Le 28 juin cette bande de pillards a quitté Fouchouen pour les environs de Suifu, d’où elle négocie son enrôlement dans l’armée régulière, tout en continuant, entre temps, à piller et à rançonner.

    Le 18 juin, un autre groupe de bandits mettait à sac l’oratoire de Cheougantchen. Heureusement, le P. Jean Li, qui se souvenait du sacrilège tout récent des Salines, eut la présence d’esprit de consommer les saintes Espèces avant leur arrivée.

    Pendant que les soldats et leurs frères les brigands pillent le pauvre peuple, nos étudiants de Suifu, faisant écho au mot d’ordre parti de Shanghai, prêchent, au nom de la Chine libre, la guerre sainte contre les Anglais et les Japonais, et aussi contre tous les autres Européens. L’avenir ne s’annonce pas sous un jour très rose ! A la volonté de Dieu !

    *
    * *

    Le compte-rendu de la Mission pour l’exercice 1924-25 donne les chiffres suivants :

    Population totale environ 12 millions
    “ catholique 43.300
    Adultes 1.293
    1.973
    “ in art. mort. 680
    Baptêmes Enfants de chrétiens 1.369 12.865
    10.892
    “ in art. mort. 9.523

    Confessions 118.922
    Communions 216.314
    1 Grand-Séminaire 28 élèves
    1 Petit-Séminaire 35 “
    1 Probatorium 12 “
    61 Ecoles paroissiales de garçons. 1.925 “
    61 “ “ de filles 1.706 “
    74 “ mixtes (554 garçons ; 581 filles) 1.135 “
    3 “ primaires de garçons 361 “
    3 “ primaires de filles 306 “
    1 Hôpital : Entrées, 985 ; nombre de journées 17.079
    2 Dispensaires : malades soignés 134.469

    Tatsienlou

    Le mouvement xénophobe et bolchevique qui agite actuellement la Chine et les Chinois s’est étendu jusqu’à notre bonne ville, jusqu’ici indifférente aux agitations de ce genre.

    Peu après les premières nouvelles des troubles de Shanghai, défigurés et immensément grossis par les feuilles incendiaires de la province, les autorités de Tatsienlou, intendant de circuit et préfet en tête, firent des conférences aux écoliers et les incitèrent à se joindre à leurs camarades de Shanghai et Pékin pour appuyer leurs réclamations par des manifestations d’une semaine et des télégrammes d’encouragement et de félicitations, etc..

    Garçons et filles n’attendaient que cet ordre pour laisser l’étude de côté et clamer à tous les échos leur haine de l’étranger. Chacun inscrit ses griefs sur un petit drapeau de papier et, dès le 29 juin, commençaient les manifestations dans la rue. Les étudiants des deux sexes, leur drapeau à la main, parcourent les principales artères de la ville, sous la conduite de leurs professeurs et institutrices. Au croisement des rues, l’un ou l’autre d’entre eux, hissé sur un escabeau, dénonce à l’auditoire les crimes des étrangers, surtout le massacre en masse des étudiants de Shanghai : il réclame leur exode, la rétrocession des concessions et, en attendant, interdit tout commerce avec eux, et cela en des termes d’une violence digne des frais émoulus de “Bobigny” ou de Moscou. Les Anglais et les Japonais sont surtout visés et qualifiés des pires épithètes. La France est beaucoup moins malmenée. Les magistrats affectent même de lui prêter une attitude sympathique et secourable à la Chine ; mais la gent écolière, moins pondérée dans ses paroles, y va d’un petit couplet de compassion à l’endroit des Annamites, qu’elle représente comme un peuple d’esclaves, voué aux dernières humiliations sous la férule de nos compatriotes.

    Le dimanche suivant, 5 juillet, toute la population urbaine fut convoquée à une manifestation générale. Bien des commerçants s’excusèrent, d’autres s’y rendirent de mauvaise grâce et, à voir le défilé, on l’aurait pris pour un cortège d’enterrement.

    Le lendemain, la marmaille reprenait ses livres, pendant qu’on affichait l’ordre venu de Tchengtou à la population et aux écoliers de cesser toute manifestation et de vaquer chacun à ses occupations comme à l’ordinaire.

    Durant ce temps les deux pasteurs protestants, dont l’un professeur à l’école officielle, restèrent chez eux, sans se soucier des vociférations à leur porte.

    A Loutinkiao les nouvelles, faussées et démesurément grossies, faillirent jeter les payens du village contre la mission, d’autant plus facilement que quelques-uns nous sont hostiles et parce que le faible préfet laisse tout faire ; les ordres de Tchengtou arrivèrent juste à point pour sauver nos confrères et leurs établissements.

    Durant ce temps, que se sera-t-il passé à Patang, surtout à Tanpa et Mowkong, deux localités turbulentes ? Nous avons hâte de le savoir.

    Yunnanfu

    Grâce à Dieu la plantation du riz s’est faite à peu près normalement ; cependant la misère est grande dans toute la province. Les morts sont nombreux, car, en plus de la famine, sévit une violente dysenterie, qui emporte en quelques jours des malheureux épuisés par les privations. Les dévouées Sœurs de Saint-Paul recueillent sans se lasser les pauvres petits qu’on jette à leur porte ; la crèche est trop petite, les berceaux sont toujours pleins ; tous ces pauvres abandonnés reçoivent le baptême : jamais on ne vit une telle envolée de petits anges vers le ciel !

    Kouiyang

    Depuis la fin de juin les écoliers de Kouiyang se livrent à d’“imposantes” manifestations, à l’instar des étudiants de Shanghai, Pékin, Canton et autres grandes villes. Ils ont même lancé un factum annonçant qu’ils ne cesseraient leurs démonstrations que le jour où la question de Shanghai serait définitivement réglée. Les écolières n’ont pas voulu rester en arrière : elles aussi parcourent les rues sur deux rangs et prononcent des discours patriotiques, dont le thème est toujours le même : abolition de la juridiction consulaire, suppression des concessions, rétrocession à la Chine de Weihaiwei, de Port-Arthur, de Kouangtcheouwan, de Hongkong, de Formose, etc.

    Les manifestants ont envoyé une délégation à nos deux paroisses de la ville pour nous dire que nous n’avons rien à craindre, qu’ils n’en ont qu’aux Anglais et aux Japonais. N’empêche qu’ils répètent partout que les missionnaires étrangers viennent en Chine sous prétexte de religion, mais en réalité pour y introduire leurs nationaux qui s’empareront du pays.

    La famine se fait sentir de plus en plus et s’annonce plus terrible encore pour l’année prochaine. Nombre de rizières sont restées incultes et celles qui ont été plantées se dessèchent faute de pluie.

    Les malades affluent à notre hôpital ; impossible, vu l’insuffisance du local, de recevoir tous ceux qu’on nous présente. Les morts, qui sont nombreux, sont aussitôt remplacés par de nouveaux venus.

    Lanlong

    Grâce à Dieu, après avoir subi toutes les complications que peut amener la fièvre typhoïde, le P. Richard est complètement rétabli et prêt à fournir encore une longue carrière.

    Par contre, le P. Doutreligne, bien remis en France, se voit contraint à repasser par toutes les phases de l’acclimatation, et plusieurs autres confrères sont aussi plus ou moins éprouvés sous le rapport de la santé. Il nous faudrait du renfort.

    Grâce à un don généreux de la Mission de Kouiyang, nous avons pu secourir un grand nombre d’affamés et sauver bien des vies. Ce sera une bonne prédication pour la cause de l’Evangile.

    La moisson s’annonçait bonne, mais la pluie est trop rare, les rizières se dessèchent. Les propriétaires doivent faire bonne garde sur leurs champs de maïs pour les défendre contre les voleurs ; toute la nuit on entend des coups de fusil de ci de là dans la campagne.

    Canton

    La situation est toujours la même, grave, inquiétante. Nos confrères demeurent confinés dans l’enclos de la cathédrale, dont il ne serait pas prudent de sortir. Shameen, toujours en état de siège, est devenu un formidable camp retranché. Le P. Laurent a pu cependant s’embarquer sur une canonnière française pour aller prendre un peu de repos au Sanatorium de Béthanie, et le P. Lerestif est venu le remplacer temporairement.

    Les Russes sont de plus en plus nombreux à Canton et y appliquent progressivement les principes de la IIIe Internationale. Une partie de l’armée et la grande majorité des marchands ne semblent pas cependant vouloir se soumettre au régime bolcheviste, dont les excès mêmes amèneront peut-être un sursaut dans l’opinion publique.

    Swatow

    Pendant les mois de juin et juillet, temps de la moisson et du payement des revenus des rizières, les “Soviets des agriculteurs” ont fait une active propagande et enregistré beaucoup d’adeptes. On ne massacre pas les propriétaires ; pour commencer on diminue seulement de moitié le taux des revenus ; l’autre moitié est partagée entre le cultivateur et le soviet. Les propriétaires qui réclament sont emmenés dans la montagne et là ils sont littéralement “cuisinés” à feu lent jusqu’à ce qu’ils reconnaissent le nouveau régime. Dans le district du P. Rey (Lukfung) les soviets ont occupé trois oratoires qu’ils ont transformés en bureaux d’administration. A la fin de juillet l’armée rouge s’est emparée des immeubles (chapelle, école, résidence,) de la Mission à Hotien ; ils ont détruit les objets qui ne pouvaient pas leur servir et ont converti la chapelle en temple de Sounvoun.

    A Swatow le boycottage très strict des Anglais et Japonais continue ; jusqu’ici, Dieu merci, nous n’avons pas été inquiétés.

    La Mission vient de faire une grande perte en la personne du Père Léonard Canac, mort de la dysenterie le 20 août.

    Pakhoi

    Durant son voyage en France, Mgr Gauthier a fait une chute sur le pont du bateau, à la suite de laquelle il éprouva de vives douleurs dans l’épaule droite. Nous ignorons encore s’il y a eu fracture, luxation ou simple contusion, mais le bras reste inerte du coude à l’épaule. On devait, à l’hôpital de Port-Said, avoir recours à la radiographie pour être renseigné. Nous voulons espérer qu’il n’y aura aucune complication.

    A part quelques menaces de côté ou d’autre, la situation de nos confrères à l’intérieur ne semble pas alarmante. Dans le district du P. Genty des chrétiens ont été gravement molestés par des païens ; malheureusement les autorités font résolument la sourde oreille à toutes nos réclamations.

    A Pakhoi même, à part le boycottage, nos Chinois semblent oublier les Européens. Il est vrai que, pour la Ne fois, la guerre civile est à leurs portes.

    Hanoi

    Mgr Gendreau. au nom de tous les Vicaires Apostoliques d’Indochine, a présenté à Rome une supplique, en vue d’obtenir une fête commune pour tous les Bienheureux Martyrs Annamites, supplique dont voici le texte :

    “Vicarius Apostolicus de Hanoi in Tunkino, ad pedes S. V. provolutus, nomine omnium Ordinariorum regionis Indosinæ implorat, ut in omnibus ecclesiis et sacellis Missionum in Indosina existentium, fieri possit Dominica prima Septembris, singulis annis, solemnitas externa omnium Beatorum qui in tota regione palmam martyrii consecuti sunt, celebrando in dictis ecclesiis et sacellis unam missam cantatam et alteram lectam de Communi plurimorum Martyrum “Intret”, cum orationibus propriis jam approbatis pro festo BB. MM. Stephani et Sociorum cum modificationibus opportunis.

    Le 22 juin, Sa Grandeur a reçu la réponse suivante. Sacra Rituum Congregatio, vigore facultatum sibi specialiter a Sanctissimo Domino Nostro Pio Papa XI tributarum, attentis expositis, benigne annuit pro gratia, juxta preces ad proximum decennium, dummodo non occurrat festum Dupl. I classis, et serventur rubricœ. Contrariis non obstantibus quibuscumque.

    Hunghoa

    Le 9 juillet ramenait l’anniversaire de la mort de notre vénéré P. Girod. En l’église de Vat-Lam, centre de la concession fondée par lui dans la région de Phu-Yen-Binh, un service solennel fut célébré par le P. Hue, provicaire, assisté de quelques confrères. Chacun se fit un devoir de prier pour le repos de l’âme de celui qui fut longtemps seul missionnaire dans le Haut-Tonkin et qui, jusqu’à sa mort, fut notre modèle à tous. Que du haut du ciel il nous aide à continuer son œuvre !

    Cette année, le P. Jacques, l’infatigable marcheur, ne fera pas, comme les années précédentes, la visite des postes militaires de la Haute-région : c’est le P. Gautier qui le remplace, avec mission de se renseigner sur les populations de ces régions, peu connues et non encore évangélisées, et aussi de rechercher s’il n’y aurait pas possibilité de fonder en ces pays de montagnes quelque chrétienté, qui serait à la fois centre d’évangélisation et, durant la saison chaude, lieu de repos pour les missionnaires fatigués. Nous lui souhaitons bon voyage et heureux résultat dans ses recherches.

    Phatdiem

    Honneurs posthumes à un prêtre indigène. — Au commencement de juillet 1889, un de nos prêtres tonkinois, célèbre sous le nom de “Père Six”, rendait son âme à Dieu après une vie bien remplie d’œuvres et de mérites. Chevalier de la Légion d’Honneur depuis longtemps, il avait reçu la rosette d’Officier quelques jours avant sa mort. La Cour d’Annam a voulu, cette année, lui conférer un nouvel honneur.

    Le 17 juillet, un imposant cortège de mandarins, avec une suite nombreuse, partait de Thanhoa et arrivait le lendemain à Phatdiem. Là, en présence de NN. SS. Marcou et de Cooman, de nombreux missionnaires et prêtres indigènes, d’une foule innombrable de chrétiens et de païens, le Gouverneur de Thanhoa, Délégué royal, donna lecture d’un diplôme par lequel S. M. Khai-Dinh, à l’occasion de son quarantenaire, confère au Père Six le titre de Baron de Phatdiem. Le diplôme rappelle les mérites du défunt, particulièrement la part prise par lui à la pacification du Tonkin et au défrichement des régions côtières encore incultes.

    Le Délégué royal remit ensuite le Diplôme à un neveu du P. Six, lequel fit aussitôt les grandes salutations pour remercier Sa Majesté du très grand honneur accordé à toute sa famille par l’octroi de ce titre posthume.

    Le curé de Phatdiem, le P. Hoàng, lut à son tour une adresse de remerciements à Sa Majesté, dans laquelle il retraça à grands traits la vie du Père Six.

    Né en 1825 dans la province de Thanhoa, dans son enfance il s’appelait Huu ; au collège, son nom fut changé en celui de Triêm ; ce n’est que plus tard, dans son exil, qu’on l’appela Sáu (Six), parce qu’alors il était diacre (6e ordre), et c’est sous ce nom qu’il fut connu jusqu’à la fin de sa vie.

    A 13 ans, il entra à la “Maison de Dieu” à Bạch Bát, où il demeura 5 ans environ : il étudia le latin à Kẻ-Vịnh, puis à Hoàng-Nguyên. Il fut 4 ans professeur à Kẻ-Vịnh, étudia la théologie pendant 2 ans à Kẻ-Non et Bút-Sơn. C’était l’époque de la persécution : arrêté à Lan-Mát, s’étant dévoué pour être pris à la place de Mgr Jeantet, il passa 6 mois en prison à Hànôi en 1857-58. En exil dans la province de Lãng-Sơn, il conquit l’estime du Mandarin qui lui confia l’instruction et l’éducation de ses enfants. Pendant sa captivité, il put se rendre à Kẻ-Trừ, où Mgr Jeantet l’ordonna prêtre et lui confia la charge pastorale des chrétiens exilés.

    Il fut mis en liberté en 1863 et chargé du ministère pastoral pour toute la province du Thanh-Hoà, laquelle comptait 6 paroisses, sans prêtres pour les desservir, plus de 30 prêtres indigènes étant morts martyrs pendant cette persécution.

    Deux ans après, en 1865, il fut nommé curé de la paroisse de Phátdiệm, d’où il exerça une grande influence dans les provinces de Thanh-Hoá et de Ninh-Bình, — influence pacificatrice, à l’époque des pirates, des rébellions, aux époques troublées où la France dut repousser les Pavillons Noirs venus de Chine. C’était aussi l’époque où le capitaine Joffre s’illustrait à Ba-Ðình.

    Intermédiaire entre la Cour de Huế et les autorités françaises, il fut Délégué royal, et les honneurs de la Cour et de la France reconnurent ses mérites et les efforts apportés à la pacification du pays.

    Dans la paroisse de Phátdiệm, sous son impulsion, sa direction même, les églises s’élevèrent, dont un bon nombre fort remarquables. Là des monolythes sont couverts de sujets symboliques ; ailleurs ce sont des autels formés d’une énorme pierre sculptée, ou des chemins de croix, etc. etc. La façade de l’église principale représente presque toutes les scènes de la Passion et de la Vie de N.S. : c’est un très curieux et très artistique travail que le Père Six accomplit pour l’ornementation d’une église qui fait encore l’admiration et l’étonnement de tous les visiteurs.

    Le Père Six vécut 74 ans et, en juillet 1899, s’éteignit doucement dans la paix.
    C’est ce bon serviteur de son pays et de son Dieu que Sa Majesté a voulu récompenser.

    Saigon

    Il y a quelques mois, au cours d’une tournée de confirmation dans les basses provinces, le P. Delignon, Supérieur de la Mission, se blessa à la jambe en montant en barque. Depuis lors la plaie s’obstine à ne pas vouloir se fermer : un stage à la clinique, un séjour à Dalat, les bons soins des Sœurs, les diverses médications, rien n’y fait. Espérons que le temps, remède à bien des maux, finira par avoir raison de cette blessure réfractaire.

    Les religieuses indigènes qui enseignent dans nos écoles sont astreintes à passer l’examen du certificat d’études, et l’on a même fait pour elles une session extraordinaire. Avec quelle ardeur et dans quelles transes elles s’étaient préparées à cette terrible séance ! Or presque toutes ont été reçues. Ce diplôme leur donne une situation officielle et fournit aux curés des paroisses où elles enseignent l’avantage d’avoir à remplir deux fois par an un certain nombre de feuilles non moins officielles. Progrès et bureaucratie !..

    Hué

    Le P. Delvaux a quitte Hué pour la France et le Luxembourg le 11 juillet. Plaise à Dieu qu’il retrouve là-bas les forces dont il a besoin pour travailler encore longtemps dans la Mission ! C’est un prêtre indigène, le P. Tuần, qui lui succède à Nhu-Lý. Le nouveau prêtre, ordonné le 6 juin, a été nommé vicaire du P. Morineau à la place du successeur du P. Delvaux.

    La retraite des prêtres indigènes a eu lieu du 8 au 14 juillet. Elle a été prêchée par le P. Cadière. 77 prêtres y ont pris part.

    Le 13 juillet, le P. Kỳ, curé de Đá-Mài, dans le district du Quang-Bình, est mort à l’hôpital de Ðồng-Hới. Les prêtres de ce district ont pu revenir à temps de la retraite pour assister à ses obsèques, qui ont été présidées par le P. Henry de Pirey.

    Huit jours après, le P. Luận, doyen de notre clergé indigène, s’éteignait doucement à Hué, après 86 ans d’âge et 53 de sacerdoce. Les funérailles de ce digne prêtre ont été très solennelles : Mgr Allys a chanté la messe d’enterrement dans la cathédrale de Phu-Cam : nombreux prêtres et fidèles étaient venus y assister et conduire le défunt à sa dernière demeure.

    Ces deux prêtres étaient d’anciens élèves du Collège général de Pinang. Les “Pinanguais” commencent à se faire rares dans la Mission : ils ne sont plus que sept !

    Phnompenh

    Le premier vendredi de juillet ramène la retraite du clergé indigène, précédée de l’examen que les jeunes prêtres doivent subir pendant six années. Cette année, le prédicateur de la retraite a été le P. Mennetrier, professeur de philosophie au Grand-Séminaire, que sa connaissance approfondie de la langue annamite a fait fort apprécier de ses auditeurs.

    Le P. Chabalier, professeur de théologie au Grand-Séminaire, était auparavant chargé de la paroisse khmer de Baigia, dans la province de Soctrang. Pendant les vacances du séminaire, le Père aime à retourner dans son ancienne chrétienté, où il n’a pas été remplacé ; il y reprend avec ardeur le ministère pastoral, et il a eu, cette année, la consolation d’administrer le baptême à 24 Cambodgiens.

    Le 28 juillet, à Annhon, dans la fine brousse de la partie sud-est du royaume khmer, a eu lieu la bénédiction solennelle d’une nouvelle église, construite par un prêtre indigène d’origine chinoise sur le modèle de l’église de Cholon (Saigon). Mgr Bouchut, qui présidait la cérémonie, a donné la confirmation le lendemain. Notre vénéré doyen le P. Vauzelle, qui n’avait pas visité cette région depuis plus d’un quart de siècle, avait tenu à assister à la fête.

    Nos catholiques annamites s’essaient çà et là à l’œuvre du “Bon Théâtre”. Il y a deux ans, dans l’une des quatre paroisses de Phnompenh, une association s’était formée et, sous la direction du P. Merdrignac, avait donné plusieurs représentations d’une pièce intitulée : Le Cierge bénit et l’homme qui vend son âme au diable. Le succès avait répondu aux efforts. Récemment, à l’arrivée du nouveau curé, le P. Haloux, on reprit la même représentation et, à chaque soirée, la salle fut comble. On donne ainsi à nos chrétiens des distractions saines, que la ville leur offre plutôt rarement.

    Malacca

    En 1900, le P. Rivet, curé de la Cathédrale, fondait le Catholic Club de Singapore. Les paroissiens du “Bon Pasteur” viennent de fêter les noces d’argent de leur Club et d’ériger dans le hall de la maison une tablette de bronze en mémoire de leur sympathique fondateur, mort à Montbeton en 1915.

    Après Singapore, c’est Taiping qui “jubile” à l’occasion des 25 ans de sacerdoce du curé de Klian Pau, le P. Cardon. La fête avait été fixée au 16 juillet, précédant de quelques jours notre retraite, afin de permettre à un plus grand nombre de s’y rendre. Etaient présents Mgr Perrichon et 21 confrères, dont 3 Pères du Collège de Pinang. A 7 heures du matin, grand’messe “normande” : célébrant, P. Cardon ; diacre, P. Mariette ; sous-diacre, P. Baloche. Après la messe, Salut “militaire” : officiant, le caporal Cardon ; diacre, le sergent Fourgs ; sous-diacre, le lieutenant Monjean. Bien préparées, les fêtes religieuses et civiles ont fait honneur aux organisateurs : succès complet.

    Du 20 au 24, Mgr le Coadjuteur présidait à Pinang notre retraite annuelle. Elle avait lieu au Collège, mis gracieusement à notre disposition : 26 retraitants.

    La paroisse St-Pierre et St-Paul de Singapore vient de perdre un bon serviteur dans la personne du vieux catéchiste tie-tsiou Sih Toa Ti, que le Bon Dieu vient d’appeler à la récompense à l’âge de 83 ans. Il avait exercé ses fonctions pendant 44 ans. Il emporte avec lui les regrets de la paroisse, clergé et fidèles. Comme témoignage d’estime et d’affection envers le défunt, Mgr Barillon a tenu à donner l’absoute le jour de l’inhumation.

    Birmanie Méridionale

    Le 24 juin, 32e anniversaire de sa consécration épiscopale, Mgr Cardot s’est vu entouré d’une couronne de prêtres, à la tête desquels se trouvait Mgr le Coadjuteur. Toute la journée S. G. a reçu les félicitations et les vœux soit des établissements catholiques, soit des fidèles. Sa santé est meilleure depuis quelque temps et, n’était l’état de ses yeux, Mgr pourrait se dire vraiment bien portant après 46 ans de mission. Dieu nous donne de célébrer dans quatre ans ses noces d’or sacerdotales !

    Le mois de juillet a été marqué par la célébration de deux jubilés : ceux des PP. Provost et Mamy.

    Pour celui du P. Provost, on peut dire qu’il fut unique dans son genre ; ses paroissiens se sont formés en Comitees et ont fait eux-mêmes tous les arrangements, ne laissant à leur curé que le plaisir d’accepter et de se faire choyer par eux en compagnie de ses confrères. Le grand jour fut fixé au 18 ; mais le 18 étant un samedi, un grand nombre de confrères ne purent être présents. Néanmoins, les heureux, dotés d’un vicaire, entouraient le jubilaire. Ils étaient 12, avec Mgr le Coadjuteur à leur tête. Le vendredi soir avant dîner, Mgr Perroy, en son nom et au nom de tous les confrères, félicita le P. Provost, lui souhaitant les noces d’or. Après dîner, vœux du Couvent, suivis d’une séance des plus intéressantes. Le lendemain matin, le Père chanta la Messe solennelle dans une église comble. Dans le cours de la journée, l’heureux jubilaire reçut les vœux de ses paroissiens : le matin, ceux des chrétiens Carians, le soir, ceux des Européens et Eurasiens. Tous rappelèrent le magnifique travail de ces 25 années, dont 21 passées à Bassein : œuvre des Sœurs Cariannes organisée définitivement et développée au point consolant où elle est maintenant ; érection d’une école de garçons, d’un nouveau couvent, d’une grande église avec un clocher qui est le landmark de Bassein, tout cela (œuvres qui frappent les yeux) sans compter le travail de mission, plus fructueux, mais qui ne se voit pas. Comme souvenir du jubilé, deux nouveaux bâtiments, dont le jubilaire posa la première pierre ce jour-là, vont bientôt orner le compound de Bassein : un club catholique pour les chrétiens de langue anglaise, avec bibliothèque paroissiale, et un zayat (maison commune) où les chrétiens Carians, de passage à Bassein pour affaires, et surtout pour les fêtes, pourront être reçus. Les deux œuvres seront Jubilee memorials. Pour, couronner le tout, les enfants de l’école anglaise offrirent les derniers leur souhaits et les accompagnèrent d’une séance très réussie. Le lundi matin tout le monde était parti et l’heureux jubilaire se sentait bien seul, après avoir été entouré de tant d’amis. Toujours aux prises avec son beriberi chronique, et quand même toujours sur la brèche, que le jubilé lui donne un regain de santé !

    Le 28 juillet, la Compagnie qui fournit en Birmanie des trains si ponctuels et si confortables (! ) était sur les dents : elle ne pouvait procurer assez de wagons à destination de Gyobingauk. Tous les chemins, ce jour-là, menaient à Gyobingauk. C’était le jubilé du P. Mamy et de partout on se pressait pour fêter le si populaire ex-procureur : deux Evêques, trente missionnaires, le Directeur de l’Ecole des Frères de Rangoon, formaient une belle couronne autour du jubilaire. Les fêtes commencèrent par la Messe, pendant laquelle le P. Maisonabe donna le sermon. Comme à Bassein, les félicitations et séances se répartirent sur toute la journée : enfants de l’école birmane, de l’école anglaise, de l’école de Thonze, dont le Père avait été directeur. Enfin vers le soir le Couvent couronna la fête par des compliments et une séance des mieux réussies.

    Au déjeuner, Mgr Cardot rappela la carrière apostolique du jubilaire, pendant laquelle, il a partout conquis les cœurs par son affabilité et son inépuisable obligeance à rendre service à tous et en tout. A ce jubilé toutes les Birmanies étaient représentées : la Septentrionale par les PP. Hervy et Paquet, l’Orientale par le P. Resinelli. Chacun à leur tour, ils offrirent leurs félicitations au jubilaire. Le Père Resinelli lui présenta au nom de Mgr Sagrada et des missionnaires de la Birmanie Orientale une adresse sur parchemin, dans laquelle ils rappelaient tout ce qu’il avait fait pour eux comme procureur. Le Frère Directeur y alla de son toast à l’ancien chapelain de l’école, dont le stage constitue un record, Enfin, au nom des confrères, le P. Saint-Guily dit son mot ; il regrette toujours le P. Mamy, dit-il, car depuis qu’il est parti, les mendiants, ne trouvant plus le bon Samaritain, toujours grognant, mais toujours donnant, viennent constamment assiéger sa porte.

    Le P. Mamy répondit par une très heureuse improvisation, dans laquelle tous et chacun trouvèrent un petit mot charmant à leur adresse.

    Birmanie Septentrionale

    Presque en même temps deux lettres de Paris : l’une de Mgr de Guébriant, nous annonçant un nouveau confrère ; l’autre du P. Trémeur-Audrain lui-même, nous faisant part de la grande joie qu’il ressent à venir renforcer nos rangs. La nôtre n’est pas moindre ; cher Père, et, avant de vous la manifester, à votre arrivée, par une fraternelle accolade, dès aujourd’hui nous vous disons : Soyez le bienvenu !

    La retraite annuelle de la Léproserie, prêchée par notre vétéran, P. Tobie, que ni l’âge (78 ans), ni les infirmités, n’arrêtent lorsqu’il s’agit du bien des âmes, a été clôturée par une touchante cérémonie : 17 lépreux ont été régénérés dans les eaux baptismales. Hideux restent leurs pauvres corps, mais blanches et saines sont leurs âmes maintenant.

    Le 26 juillet, Mgr Foulquier, entouré de 6 missionnaires, bénissait la nouvelle église de Yenangyaung. Le P. Palière avait fixé le même jour pour la Première Communion et la Confirmation d’un grand nombre de ses petits paroissiens. Une Babel, cette paroisse : Birmans, Indiens, Métis, Anglais, Américains, remplissaient l’église. Belles furent les cérémonies et excellente l’impression produite sur la nombreuse assistance.

    Coïmbatour

    Cette grande année jubilaire voit s’épanouir dans la Mission de Coïmbatore toute une floraison de jubilés.

    Il y a 50 ans.— En 1875 la Congrégation des Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie prenait naissance au sommet des Montagnes Bleues, à Ootacamund. Mgr Bardou, Evêque de Coïmbatore, en fut le Parrain. La générosité d’un Anglais, M. Ryan. lui procura un berceau à White House ; le Père de Gélis, Provicaire, peu de temps après, ajoutait quelques acres au terrain Rodgers et le nouveau Couvent s’y installa modestement sous l’humble nom de Nazareth. La Révérende Mère Marie de la Passion (Hélène de Chappotin de Neuville) en fut la fondatrice et la première Supérieure. Elles étaient alors 19 religieuses, dont 15 françaises, 2 belges et 2 anglaises.

    La même année 1875, ces religieuses ouvrirent, avec 22 élèves, une école anglaise et un pensionnat pour jeunes filles européennes et eurasiennes. Ainsi le problème difficile que se posait alors Mgr Bardou se trouvait résolu à sa satisfaction.

    En 50 ans le grain de sénevé est devenu un grand arbre. La petite ruche qui, poussée par la Providence, était venue se réfugier à Ootacamund, a essaimé à son tour, et d’une façon prodigieuse, dans toutes les parties du monde. La petite école de Nazareth, elle aussi, est devenue grande et autour d’elle, comme autour d’une mère, se sont groupées et ont grandi d’autres écoles et d’autres œuvres bienfaisantes, qui font la gloire de l’Eglise.

    Il y a 25 ans.— L’année 1925 marque le 25e anniversaire de deux autres institutions bienfaisantes et bien méritantes de la Mission de Coïmbatore : le Couvent St-Joseph de Coonoor et l’Ecole industrielle St-Joseph de Coïmbatore.

    Mgr Bardou écrivait dans le Compte-rendu de 1900 : “Coonoor a vu enfin se réaliser, cette année, un vœu formulé depuis longtemps par M. Peyramale : les Sœurs de St-Joseph de Tarbes sont venues ouvrir une école qui compte 20 élèves européennes et est-indiennes.” Deux ans après il écrivait de nouveau : “M. Peyramale travaille à la construction du Pensionnat des Sœurs de St-Joseph de Tarbes à Coonoor. Le nouvel établissement sera bientôt terminé, à la grande satisfaction des Européens et Eurasiens catholiques, qui étaient obligés d’envoyer leurs filles chez les maîtresses protestantes.

    Il convient d’ajouter que, dans cette œuvre importante et difficile, le P. Peyramale fut grandement secondé par le savoir-faire et l’énergie de la Révérende Mère Anna-Marie, Supérieure. Le zélé curé de Coonoor ne jouit pas longtemps du succès de son œuvre. Elu, peu de temps après, Evêque de Coïmbatore, il mourut et alla recevoir la couronne du ciel avant d’avoir reçu la consécration épiscopale Mais son œuvre demeure ; elle est le joyau de la paroisse de Coonoor, elle grandit chaque jour et ne demande qu’à s’étendre encore davantage. A l’Ecole St-Joseph (high school) est venue s’ajouter une sœur cadette, l’Ecole St-Gabriel (middle school) pour les enfants pauvres ; et ils sont nombreux les pauvres anglo-indiens !...

    Ces deux écoles marchent côte à côte, la main dans la main, sous le regard de Dieu et la vigilance des religieuses dévouées qui les dirigent, et là, à l’abri de l’influence protestante, les enfants, riches ou pauvres, reçoivent les avantages de l’éducation chrétienne, grâce à laquelle la jeunesse est l’éternel espoir de l’Eglise.

    Il y a 25 ans. — Une autre institution très méritante prenait naissance à Coïmbatore. L’école industrielle de St-Joseph vit le jour en 1900, sous un appentis couvert de branches de cocotiers. Mgr Bardou, deux ans après écrivait : “L’Ecole industrielle de St-Joseph, qui est due à l’initiative privée de M. Petite, donne les plus consolants résultats. Sur les 43 élèves de cet établissement, 11 sont employés à la menuiserie, 12 au tissage, 12 à la couture 8 au travail du rotin pour chaises, lits, paniers, et à la reliure.. M. Petite ne peut suffire à toutes les commandes qui lui sont faites, surtout par les officiers du gouvernement. Il voudrait initier ses orphelins à d’autres branches de l’industrie, mais les ressources lui manquent pour réaliser ce développement.”— Ce développement désiré fut réalisé dans la suite, et maintenant l’humble et poétique atelier de Nazareth ressemble plutôt à une “antre de Vulcain
    remplie de feu et de bruit ; le bruit des scies, des moteurs et des enclumes a étouffé le tic-tac de la navette et la chanson de la machine à coudre. C’est le progrès de l’industrie : c’est l’avenir des orphelins ; c’est le gagne-pain de nombreuses familles.

    Ces institutions bienfaisantes méritaient bien une mention honorable en cette année mémorable. Gloire donc à Dieu d’abord, Auteur de tout bien ! Gloire aussi aux âmes apostoliques qui, par leur initiative, leur énergie, leurs conseils et encouragements, ont contribué à la prospérité et au succès de ces œuvres ! Ad multos et faustos annos!

    Kumbakônam

    Le 24 juin dernier, le P. Bailleau, curé de Mayavaram, célébrait le 25e anniversaire de son ordination sacerdotale. Plusieurs confrères et prêtres indigènes furent heureux de se réunir en cette circonstance, et le P. Sovignet, Vicaire général, voulut bien venir présider cette petite fête de famille. Le jubilaire chanta la grand’-messe ; après l’évangile, le Vicaire général commenta avec beaucoup d’à-propos le texte : Misericordias Domini in œternum cantabo.

    A la fin des agapes fraternelles auxquelles prirent part une quinzaine de confrères, dont un tiers du clergé indien, le P. Sovignet prit de nouveau la parole et, offrant au cher jubilaire ses félicitations et ses vœux, salua en lui un thésauriseur de sagesse et de bonté. Dans sa réponse, après des remerciements émus au Vicaire général, le P. Bailleau sollicita du P. Playoust, doyen des missionnaires présents, son admission dans la confrérie des “anciens”, requête à laquelle il fut fait droit séance tenante.

    Inutile d’ajouter que ni la musique, ni les compliments, ni les fleurs, ne manquèrent à la fête. Seul peut-être l’éléphant ne parut pas : il se réserve, sans doute, pour les noces d’or !

    (Le P. Bailleau n’est certes pas un inconnu pour les lecteurs du Bulletin : c’est l’un de nos correspondants et collaborateurs les plus fidèles et les plus dévoués. Aussi nous faisons-nous un devoir d’unir nos félicitations et nos vœux à ceux dont il a été comblé aux lieux où s’exerce infatigablement son zèle apostolique. — N. D. L. R.)

    Rome

    BÉATIFICATION DES MARTYRS DE CORÉE

    La cérémonie a eu lieu le dimanche 5 juillet dans la Basilique Vaticane splendidement ornée et illuminée pour la circonstance.

    Dans l’abside, les banquettes pour les Cardinaux et membres de la S. C. des Rites ; ainsi que pour le Chapitre de Saint-Pierre. Au fond de l’abside, la “gloire” des nouveaux Bienheureux.

    Sous les deux loges latérales de sainte Hélène et de sainte Véronique, des tableaux représentent le martyre de Colombe Kim et de Jean-Pierre Ryou ; dans le vestibule, celui de Mgr Imbert et des PP. Maubant et Chastan ; à l’extérieur, au dessous de la grande loge centrale, c’est le triomphe dans le ciel. Tous ces tableaux sont l’œuvre du maître Giustiniani.

    La cérémonie du matin. — A 10 heures prennent place in cornu evangelii les Cardinaux de la S. C. des Rites, les Emin. Vico, préfet, Granito Pignatelli di Belmonte, Frühwirth, Ehrle et Galli. Après le chant de None, le Cardinal Merry del Val, suivi de tout le Chapitre de Saint-Pierre, fait son entrée et va prendre place dans l’abside in cornu epistolœ. Du même côté se rangent les archevêques et évêques, parmi lesquels NN. SS. de Guébriant, Mutel, Demange et Eloy. Une tribune spéciale a été réservée aux membres de la Société, représentée par les PP. Combourieu, Couvreur, Sibers, Guinand, Gérard, Chambon, Fouque, Depierre, Roche, Chabagno et Adeux, par 5 Aspirants et un Frère coadjuteur. Le prêtre Han et deux étudiants catholiques d’Amérique, Louis et Jean Tjyang, représentent la Corée.

    Quand tout le monde a pris place, le P. Garnier, Procureur des M-E. à Rome et Postulateur de la Cause, accompagné de Mgr Verde, Secrétaire de la Congrégation des Rites, se présente devant le Cardinal Préfet de la dite Congrégation et, lui remettant le Bref Apostolique, lui demande d’en ordonner la promulgation. Le Cardinal le renvoie à l’Emin. Merry del Val, Archiprêtre de Saint-Pierre, pour obtenir de lui l’autorisation de lire le Bref dans sa Basilique.

    La permission accordée, Mgr Cerretti, Chanoine de Saint-Pierre lit le Bref Apostolique par lequel S. S. Pie XI, après avoir fait l’éloge des Vénérables Martyrs de Corée, déclare les inscrire au nombre des Bienheureux.

    Quand la lecture est terminée, tout le monde se lève ; les voiles tombent qui recouvraient les tableaux, les Martyrs apparaissent dans la fameuse “gloire” du Bernin, et les cloches de la Basilique annoncent à l’univers catholique la glorieuse Béatification des premiers Martyrs de Corée.

    Le célébrant, Mgr Valbonesi, Evêque de Memphis et Chanoine du Vatican, entonne le Te Deum, suivi de l’invocation aux nouveaux Bienheureux et de l’Oraison qui leur est propre ; puis il encense les reliques des Martyrs, exposées à la vénération des fidèles. Alors commence la messe solennelle (Sapientiam) célébrée par l’Evêque de Memphis, assisté par les Chanoines Ugolini, Gramatica et Granier, par les cérémoniaires et les clercs de la Basilique Vaticane.

    Les chants furent exécutés avec la perfection accoutumée par la “Cappella Giulia” sous la direction du Maestro Boezi.

    Pendant le chant du Te Deum, le P. Garnier, aidé de quelques Aspirants, distribua à l’assistance des notices et des images de nouveaux Bienheureux.

    La cérémonie prit fin vers midi.

    La cérémonie du soir. —Le même jour, à 6 h. du soir, le Souverain Pontife, ayant revêtu la mosette de soie et l’étole rouge sur la soutane blanche, quittait ses appartements privés et, entouré de la Garde Noble, faisait son entrée dans la chapelle du Saint-Sacrement de la Basilique Vaticane, où il était reçu par le Cardinal Merry del Val et le Chapitre de Saint-Pierre. Après une courte adoration le Saint-Père monta sur la sedia gestatoria, et le cortège, comprenant 18 Cardinaux, se mit en marche, escorté par les Garde Suisses. Etaient présents LL. EE. de Lai, Vico, Granito Pignatelli di Belmonte, Merry del Val, de Azevedo, Gasparri, Van Rossum, Lega, Frühwirth, Boggiano, Ragonesi, Bonzano, Billot, Mori, Ehrle, Sincero, Lucidi et Galli. Mgr Mutel, en chape et en mître, est assis dans le sanctuaire, au côté de l’épître, assisté de deux Chanoines de Saint-Pierre et du prêtre coréen Han. Quand le Pape paraît au fond de la basilique, les applaudissements et les acclamations éclatent, tandis que les trompettes d’argent résonnent du haut de la coupole. Arrivé au chœur, le Saint-Père descend de la sedia et s’agenouille au faldistoire, tandis qu’un prêtre expose le Saint-Sacrement ; puis, s’étant approché de l’autel, reçoit l’encensoir des mains du Cardinal Merry del Val, encense le Saint-Sacrement et retourne son prie-Dieu. Les chantres de la Chapelle Giulia entonnent lors l’hymne des Martyrs Sanctorum meritis, suivie de l’Oraison propre des nouveaux Bienheureux, chantée d’une voix forte par Mgr Mutel dans le silence impressionnant de l’immense foule recueillie. Pendant le Tantum ergo, le Pape encense de nouveau ; enfin la bénédiction du Saint-Sacrement est donnée par Mgr Mutel.

    Après la cérémonie, Mgr de Guébriant, accompagné des autres Evêques de la Société, s’approcha du Saint-Père et lui offrit un riche reliquaire : c’est une œuvre vraiment artistique de style gothique, contenant des fragment d’os des Martyrs. Avec le reliquaire furent présentés au Pape le bouquet traditionnel de lis et de roses, des images et la “Vie” des Bienheureux. Les images et notices biographiques furent également distribuées aux Cardinaux, aux Prélats t au Corps diplomatique.

    La cérémonie se termina vers 7 heures.

    Le lendemain. — La veille de la grande cérémonie, les deux Evêques de Corée avaient été admis à l’audience du Pape, et Mgr Mutel avait offert à Sa Sainteté l’original sur soie et la traduction française d’une pièce exceptionnellement précieuse, merveille de calligraphie chinoise ; 1 la lettre écrite en 1801 à l’Evêque de Pékin par le lettré coréen Alexandre Hoang pour lui exposer l’état et les besoins de l’Eglise de Corée.

    Le lendemain de la cérémonie, à midi, au Vatican, dans la salle du tronetto attenante à son cabinet, le Pape recevait en audience collective tous les membres présents à Rome des M.-E., auxquels s’étaient joints le prêtre et les deux étudiants coréens.

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    1. — La pièce de soie mesure 62 sur 38 cm. et pèse 16 grammes. Le texte comporte 121 lignes de 110 caractères, soit plus de 13.000 caractères. La copie en caractères chinois forme une brochure d’une cinquantaine de feuillets in-8º ; la traduction française autant de pages du même format.


    Après s’être fait présenter chacune des personnes présentes et leur avoir fait remettre une médaille du Jubilé, le Saint-Père leur donna sa bénédiction et exprima très paternellement sa joie de voir réunis en une si glorieuse circonstance tant de membres représentant les activités de la vieille Société missionnaire. Il remercia pour l’offrande du Compte-rendu, de l’ouvrage sur le Clergé indigène au Tonkin, et redit à Mgr Mutel sa joie de Pape et de vieux Bibliothécaire pour le document unique offert l’avant-veille. Enfin Sa Sainteté, daignant embrasser Mgr de Guébriant, eut la délicatesse de dire qu’Elle embrassait en sa personne toute la Société des Missions-Étrangères.

    En terminant ce bref résumé d’une fête magnifique, aussi consolante qu’édifiante, disons qu’on a beaucoup admiré les cinq tableaux exposés, soit au dedans, soit au dehors de Saint-Pierre, et représentant les scènes de martyre en Corée.

    Disons aussi que la Société doit une grande reconnaissance à son Procureur général à Rome, le P. Garnier, qui, au prix d’un travail continu et fatigant, renonçant depuis deux ans à prendre un seul jour de vacances, a réussi non seulement à faire aboutir la Cause elle-même, mais encore à prévoir et préparer en temps utile tout ce que comporte l’organisation compliquée d’une béatification.

    Un triduum solennel en l’honneur des Martyrs de Corée a eu lieu les 7, 8 et 9 juillet en l’église du Gesu. Mgr Mutel, Mgr Demange, S. E. le Cardinal Van Rossum ont successivement célébré pontificalement le matin. Dans la soirée, le sermon a été donné le 1er jour par le R. P. Galloni, S. J., le 2e jour par Mgr Demange en français, le 3e jour par un orateur remarquable, le P. Venturini S. J. Une foule considérable se pressait dans la grande église splendidement illuminée. Le salut a été donné à tour de rôle par les Eminentissimes Bonzano, Ehrle et Vico.

    Sur la façade du Gesu, durant le triduum, se lisait l’inscription suivante :

    O Coreani Martyres, Vos a doloso dœmone
    Christi fruentes gloria, Veram fidem defendite ;
    En Roma vestro nomini Deum rogate ut undique
    Laudes rependit debitas. Notum sit Evangelium !

    *
    * *

    Le 29 juin, en la fête des SS. Apôtres Pierre et Paul, S. E. le Cardinal Van Rossum a conféré la consécration épiscopale à Mgr Aiuti, premier Délégué Apostolique en Indochine, Archevêque titulaire de Phasite, qui rejoindra sa destination au mois de septembre.

    Dormans

    La fête annuelle, favorisée par un temps idéal, a été célébrée solennellement le dimanche 12 juillet. NN. SS. Tissier, de Llobet et Roland-Gosselin la présidaient avec Mgr le Supérieur. Plusieurs généraux, M. Bertrand de Mun, député de la Marne, le Maire de Dormans et de nombreuses notabilités catholiques y ont pris part, et cette fête, toujours mieux organisée d’année en année par les soins du P. Roulland et de sa petite communauté, a été un succès très encourageant pour l’Œuvre de la Chapelle de la Reconnaissance.

    Séminaire de Paris

    L’ordination du samedi des Quatre-Temps (6 juin ) comprenait 19 prêtres, 11 diacres, 11 sous-diacres, 18 minorés et 17 tonsurés, soit 76 ordinands. A 7 heures, dès l’ouverture de la chapelle et des tribunes, l’assistance occupe toutes les places disponibles et, quatre heures durant, s’unit dans un profond recueillement au grand acte qui s’accomplit sous ses yeux. A l’imposition des mains on a compté jusqu’à 68 prêtres, précédés par Mgr Mutel. Le lendemain, dès l’aube, nos chapelles de la crypte avaient un air de fête et se faisaient accueillantes aux nouveaux prêtres, à leurs proches, à leurs amis, groupés çà et là avec le charmant cachet de leur pays d’origine. Ad multos annos à tous ceux qui ont goûté ce jour-là les inoubliables émotions de la première messe !

    Le lendemain, Mgr Mutel présidait les cérémonies d’un triduum en l’honneur de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus à Boulogne-sur-Seine. Le jour suivant, S. G. célébrait la messe de l’Œuvre des Partants et faisait l’allocution de coutume.

    Mgr le Supérieur a quitté Rome dès le soir du 7 juillet afin de présider à Lisieux une des journées de la neuvaine de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, celle du vendredi 10. Un jeune prêtre japonais, M. Matsushita, récemment ordonné à Rome, accompagnait S. G., et, parmi les pèlerins se remarquaient quatre jeunes gens de la Jeunesse Catholique chinoise, guidés par le P. Mollat.

    Un groupe de pèlerins américains, en route pour Rome, via Lourdes, est venu le 15 juillet, guidé par un jeune prêtre de Maryknoll, futur missionnaire de Corée, visiter notre Séminaire et particulièrement la Salle des Martyrs.

    Le Séminaire a eu l’honneur de donner l’hospitalité à Mgr Rahmani, patriarche syrien d’Antioche, et à Mgr Rossillon, Coadjuteur de l’évêque de Vizagapatam.

    En l’honneur de la béatification des Martys de Corée un triduum solennel sera célébré en l’église Saint-François-Xavier les 4, 5 et 6 décembre prochains. La cérémonie d’ouverture sera présidée par S. E. le Cardinal Dubois et celle de clôture par S. Exc. le Nonce Apostolique. Appel a été fait à plusieurs prédicateurs : deux déjà ont promis leur concours, Mgr Boucher, Directeur général de l’Œuvre Apostolique, et Mgr Beaupin.

    Ont été admis comme aspirants : MM. Lefebvre (Lille), Léoutre (Besançon), Bay (Strasbourg), Grégoire (Malines), Dugast (Luçon), Robert (Arras), Ronsin (Nantes), Tourte (Verdun), Leroux (Saint-Flour), Pouvreau (Nantes), Perrin (Chambéry).

    La Fête de la Béatification des Martyrs de Corée à Meudon. — Le jour même où Sa Sainteté le Pape Pie XI déclarait Bienheureux 79 Martyrs de Corée, nos deux communautés de Paris et de Bièvres, qui prennent leurs vacances à Meudon, ont voulu célébrer, en l’honneur de nos Frères glorifiés, une fête tout intime, véritable fête de famille. Pâle reflet, sans doute, des grandioses manifestations romaines, elle a eu néanmoins, dans sa simplicité, un charme et une beauté que chacun aimera à évoquer et à revivre.

    Directeurs et aspirants se trouvent au complet, et la joie qui s’exprimait le matin au Roi des Martyrs éclate bientôt, autour de la table commune, en bonne gaîté.

    Après le repas, plusieurs reliques des nouveaux Bienheureux sont exposées dans le chœur de notre petite chapelle, et, tour à tour, en les vénérant silencieusement, nous demandons à nos glorieux aînés le courage de les imiter.

    Les vêpres des Martyrs sont ensuite célébrées avec beaucoup de piété ; la chorale chante les psaumes en faux-bourdons. Le soir, un salut solennel en musique avec chant du Te Deum clôture dignement la fête liturgique.

    Cependant tous les talents ont été mis à contribution pour célébrer nos Martyrs. Depuis plusieurs jours les voix s’exercent et répandent dans la maison des flots d’harmonie ; une main habile dessine, en guise d’invitation à l’Oratoire et pour mémoire de ce jour, “la Réception des Bienheureux au Ciel”: leur palme en main, ils arrivent au Paradis, où saint Pierre les accueille avec un bienveillant sourire et les présente à l’adorable Trinité, à la Reine des Martyrs et à la Petite Sœur des missionnaires.

    Les décorateurs surtout sont à l’épreuve ; malgré la pluie diluvienne de la matinée, ils préparent une illumination féerique.

    9 heures du soir. — Les ombres s’avancent silencieuses et, dans le recueillement du soir, la cloche appelle à l’Oratoire. Directeurs et aspirants se pressent aux pieds de la Vierge ; tout y est lumière : un joli parterre émaillé de fleurs et de feux argentins monte vers la grotte, dont toutes les anfractuosités sont illuminées ; deux cordons de guirlandes artistement disposées encadrent la scène et vont rejoindre au dessus du rocher le blason des Missions-Étrangères écrit en lettres de feu ; le tout couronné par trois étoiles d’or, symbole de nos trois Bienheureux. C’est un ravissement pour les yeux.

    Mais écoutez ! “César, ceux qui vont mourir te saluent”: c’est la magnifique cantate “les Martyrs aux Arènes,” résurrection vivante des scènes héroïques de la vieille Rome, dignes aussi de la jeune Corée : le cirque envahi par la foule, les chrétiens désarmés, calmes et souriants, les fauves se précipitant sur leur proie, la prière des Martyrs et leur cri d’espérance : “Pour nous, la mort est un réveil.”

    On entend au loin des applaudissements, vite couverts par le Magnificat, qui jaillit spontanément des cœurs.

    On récite ensuite le chapelet ; chaque dizaine est précédée d’une strophe du “Chant des Martyrs”; puis les traditionnelles invocations, accrues désormais du Beati Laurenti et Petre cum Sociis, et il semble qu’en ce soir de fête leur ombre plane au dessus de nos têtes.

    La nuit est tombée ; les étoiles scintillent plus vives, elles s’élèvent dans le firmament comme pour nous inviter à monter après elles ; toutes les âmes communient en des sentiments de joie, d’actions de grâces, de légitime fierté. Enfin c’est la prière du soir avec le doux Salve Regina. Oui, salut, ô Reine, Mère de miséricorde, jetez un regard sur vos enfants encore exilés !

    Cette suave prière finit en une apothéose : la Vierge est soudain radieuse de clarté dans les lueurs resplendissantes des feux de bengale.

    10 heures.— Au dehors, tout s’éteint ; mais la flamme intérieure ranimée par le souffle généreux venu de Corée, brûle plus ardente pour les labeurs de l’apostolat et les luttes de demain.



    1925/555-584
    555-584
    Anonyme
    France et Asie
    1925
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