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Chronique des Missions et des Etablissements communs 4

Chronique des Missions et des Etablissements communs Tôkyô
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs
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    Tôkyô

    Dans le dessein dexprimer à la fois à lancien archevêque de Tôkyô, Mgr Rey, leurs remercîments pour les services rendus, et au nouvel archevêque, Mgr Chambon, leurs souhaits de bienvenue et le témoignage de leur respect et de leur obéissance, les chrétientés de Tôkyô et des environs avaient délégué environ 150 de leurs membres à un banquet, qui sest tenu le 11 février, à 6 heures du soir, à Tôkyô, dans un grand restaurant du quartier de Kôjimachi. Le vice-amiral Yamamoto, dans un discours de forme élevée et délicate, sest fait linterprète des sentiments des chrétiens de larchidiocèse envers les deux archevêques. S. E. Mgr Giardini, le Délégué Apostolique, a ensuite exprimé à Mgr Rey la reconnaissance que lui devait larchidiocèse de Tôkyô pour son dévoûment pendant ses quinze années dépiscopat. Mgr Rey a répondu à la double adresse de Son Excellence et des chrétiens, en rappelant quelques souvenirs et en assurant les chrétiens de son inaltérable attachement. Puis, Mgr Chambon a pris la parole pour exprimer sa confiance dans le bon esprit et dans laide quil attend de la part des fidèles de son troupeau, auquel il est dores et déjà tendrement attaché. Au cours du banquet, un toast a été porté par S. E. le Délégué Apostolique à Leurs Majestés lEmpereur et lImpératrice du Japon, et un autre, par Mgr Chambon, au Souverain Pontife. Puis, des chrétiens, désignés par le maître des toasts, ont tour à tour exprimé, dans de courtes allocutions, leurs vux pour lavenir et la prospérité de lEglise Catholique au Japon. Lun deux a même salué le jour où un parti catholique siégerait au Centre de la Diète japonaise, et où un catholique comme lamiral Yamamoto présiderait le conseil des ministres. On a finalement souhaité que des réunions semblables, empreintes de franche et joyeuse cordialité, rapprochent de temps à autre les pasteurs et les fidèles. Leurs Grandeurs, comme les missionnaires et les chefs dinstitutions et détablissements scolaires qui assistaient au banquet, ainsi que ceux qui ont regretté de ne pouvoir sy rendre, souscrivent à ce vu de nos chrétiens... ut sint unum

    Le premier essai de suffrage universel pour lélection des députés a montré lintérêt quont pris les citoyens japonais à user de leur privilège, nouveau pour la plupart dentre eux. Sur 11.987.773 électeurs inscrits, 9.675.711 ont voté pour les candidats de leur choix ; le pourcentage des abstentions atteint seulement 19 p. %. La lutte acharnée des deux principaux partis qui se disputent linfluence : le Seiyukwai, actuellement au pouvoir, et le Minseito qui aspire à prendre sa place, a abouti à des résultats à peu près égaux des deux côtés. Sur 446 députés élus, le Seiyukwai compte 219 de ses membres, et le Minseito, 217. Le premier espère encore, avant louverture de la prochaine session de la Diète dans le courant davril, rallier à son parti quelques-uns des 14 Indépendants ou des 8 députés appartenant aux anciens partis de la minorité, et ainsi triompher de la formidable opposition que lui prépare son rival. Quant aux partis, dits prolétaires, ils ont, pour leurs débuts, fait élire huit de leurs candidats, représentant 112.697 votes. Sur les 20 candidats bouddhistes, un seul bonze, de Tôkyô, père dune famille de 5 enfants, sest fait élire dans la première circonscription de Nagoya, lune des fortes citadelles du bouddhisme.

    Le parti ouvrier et paysan a inspiré des inquiétudes à la police au cours de la campagne électorale. Depuis les élections, il sest produit, à Tôkyô, à la suite dune réunion organisée par le parti, une petite échauffourée où 300 participants ont attaqué la police, blessé assez grièvement un des commissaires et plusieurs agents, et saccagé des boutiques où quelques policemen avaient dû se réfugier.

    Le projet du vol sans arrêts du Japon aux Etats-Unis, qui devait avoir lieu lété prochain, rencontre des difficultés sérieuses, à cause des objections faites par le Bureau Aéronautique du Ministère des Communications au sujet de laéroplane construit actuellement dans ce but par la Cie Kawanishi de Kobe. Ces difficultés, qui ont amené des pourparlers et des modifications dans les plans primitifs, ne semblent pas terminées ; en sorte que les délais qui en résultent risquent dempêcher la réalisation du projet dans le cours de cette année. De plus, un des quatre aviateurs désignés pour lexpédition transpacifique, M. Goto Yukichi, sest tué, le 29 février, dans un vol dépreuve, au nord-ouest du Kyûshû. Cest la 191ème victime que fait laviation japonaise depuis le début de lère de Taïsho, 1912.

    Depuis quelques mois, certains sectaires bouddhistes et protestants, représentés par un rédacteur du Nihon oyobi Nihonjin (le Japon et les Japonais), un journal bouddhiste de Kyoto, le Chugwai Nippo (Nouvelles de lintérieur et de lextérieur), et un journal protestant récemment fondé à Tôkyô, Ôgôn Jidaï (lAge dor), se sont émus des soi-disant menées politiques du Vatican et de ses emissaires, pour réaliser sa domination sur le Japon. On utilise, à titre de preuves, une lettre où le vice-amiral Yamamoto, qui jouit de la confiance de lEmpereur régnant, témoignait de son dévoûment absolu au Souverain Pontife, la poursuite des négociations entre Rome et Tôkyô pour faire aboutir le projet dune ambassade japonaise auprès du Vatican, lintérêt actuel que prend lEglise Catholique à la conversion des émigrants japonais au Brésil, laide fournie par la S. C. de la Propagande à lUniversité des Jésuites de Tôkyô, léclat particulier donné à la consécration à Rome du premier évêque japonais, Mgr Hayasaka, pour dénoncer le péril que fait courir au Japon ou au pur christianisme lambition machiavélique de Rome, et traiter lamiral cité plus haut de Raspoutine. On peut espérer du bon sens japonais que ces cris dalarme, qui rappellent ceux des oies du Capitole, ne réussiront pas à émouvoir le pays.

    Le 2 Mars.

    Suifu

    Bien que les meneurs aient été mis sous les verrous, la grève des ouvriers des puits à sel de Tzeliutsing, commencée dans les premiers jours de janvier, continue. Les grévistes, au nombre de 200.000, menacent même de combler les puits, si les patrons ne font pas droit à leurs réclamations.

    Sont aussi en grève les mineurs de limportant bassin houiller de Houangtanki (caractères chinois), sous-préfecture de Pingshan, dont on retire un charbon qui, parait-il, ferait concurrence au Cardiff.

    Résultats : sel et charbon ont doublé de prix. Le charbon est passé de $ 72 les 10.000 livres chinoises à 140. Au reste, depuis un an, presque toutes les denrées ont atteint un prix fabuleux. Ainsi le pétrole se vend $ 40 les deux bidons ; lhuile de colza, $ 34 les 100 livres. Cest la vie chère. Exaspérés par les contributions de toutes sortes prélevées par les militaires et les miliciens, les paysans, dici de là, lèvent létendard de la révolte. A Moukiapin, sous-préfecture de Nanki, ils ont brûlé la maison du chef de la garde nationale ; à Kiangan, ils ont saccagé la douane militaire ; à Kiakiang, ils se sont emparés du mandarin et lont obligé à faire parvenir leurs desiderata au général Lieou, sous-gouverneur de la province. Les autorités font marcher larmée contre les manifestants.

    Le 1er Mars.

    Tatsienlu

    Région du Yunnan. Les derniers mois de lannée 1927 ont été relativement calmes dans notre région, si lon excepte toutefois la sous-préfecture de Batang. Autour de cette localité des bandes de thibétains nationalistes surveillent les routes dapproche de la place, à lintérieur de laquelle se tiennent prudemment les quelques soldats chinois, derniers défenseurs des Marches setchoannaises. Le secours annoncé de Tatsienlu arrivera-t-il à temps ? Heureusement le blocus est plus ou moins strict, et de temps en temps les correspondances réussissent à passer ; mais le brigandage est général entre Batang et Yentsing. Les deux confrères qui résident dans ces deux places ne pourraient sans danger se lancer en pareil pays pour se visiter.

    Les autorités chinoises et thibétaines dAtuntse, apprenant larrivée prochaine dun Délégué de Yunnanfu, louèrent la maison que la Mission possède dans ce marché, pour en faire la résidence du nouvel arrivant durant son séjour en pays thibétain. Après le départ du Délégué et de sa suite pour la Chine, on saperçut que ses soldats, qui avaient occupé le rez-de-chaussée, avaient dévalisé ou laissé dévaliser totalement la chambre qui sert de chapelle. Le cadenas qui en fermait la porte avait été enlevé et il ne restait plus rien autre que lautel nu et larmoire aux ornements vide. Le missionnaire de Tsetchong averti alla constater les dégâts ; il fut on ne peut mieux reçu par les autorités chinoises et thibétaines et on lui reconnut, en principe, une indemnité pour le cambriolage de sa chapelle. Le principe reconnu vaut mieux que lindemnité elle-même, car, depuis que deux familles de ministres protestants évacués ont été pillées par les thibétains, à la frontière du Yunnan et du Setchoan, au mois de juillet dernier, et comme aucune démarche na été faite par les autorités des deux provinces en faveur des victimes, le peuple semblait admettre quon peut voler impunément les Etrangers.

    Il y a un épilogue douloureux à cette aventure de lévacuation des Anglais et Américains par la route de Tsetchong à Kampti en Haute-Birmanie. On sait enfin que les deux groupes dévacués sont arrivés en pays civilisé ; mais les indigènes du Mékong et de la Salouen, qui consentirent à aller avec eux jusquà Kampti (que les Anglais appellent Fort Hertz), ont été terriblement éprouvés par la maladie que les chinois appellent tchang ki. Il sagit probablement dune malaria pernicieuse et terrible qui règne dans ces forêts vierges. Au retour, ces pauvres gens furent tous malades. Des sept porteurs des rives du Mékong, six sont morts, le septième guéri, dit-on, est trop faible pour repasser les montagnes couvertes à nouveau de neige et est resté en Birmanie. Les indigènes des bords de la Salouen résistèrent mieux ; deux seulement dentre eux ont succombé. Les cinq autres sont, aussi morts que vifs, revenus au pays natal six mois après leur départ de Péhalo, et ils ont pu remettre au P. André, à peu près au complet, largent que Mgr Foulquier envoyait de Mandalay à notre secours. Il est facile de conclure après cela que cette route de Haute-Birmanie, avec un climat si terrible en été et ses montagnes fermées en hiver, nest pas près dêtre pour nous la rapide et commode voie de ravitaillement, à laquelle quelques-uns avaient pensé.

    Une épidémie de typhus menace de rendre la vie dure à notre cher doyen, le P. Genestier, qui, malgré ses 70 ans, doit se payer de nombreuses courses aux malades.

    Les gens du Tsarong sont aussi venus au Loutsekiang réclamer le tribut au nom du Gouvernement de Lhassa. Ils sont repartis sans trop insister, gros Jeans comme devant. Leur visite avait probablement comme seul but dempêcher la prescription des droits de Lhassa sur le Loutsekiang.

    12 janvier.

    Yunnanfu

    Le 24 février, nous avions la joie de revoir les Pères Salvat et Etchart, qui étaient allés faire un voyage au Tonkin. Avec eux nous arrivaient deux nouveaux Pères de Bétharram, les Pères Bazet et Magenties.

    Après la défaite de Fou Joiu et Tchang Jouy, assiégés à Ku-tsin avec le Gal Jouan du Koui-chow, les troupes de Long-Yuin ont été dirigées dans dautres directions pour reconquérir les diverses préfectures. Les unes, commandées par Tchang-Tsong, sont parties vers Taly et ont déjà atteint Tsouhiong. Dautres, sous les ordres de Tchou-Siaotong, ont reconquis le pays de Tong-Tchouan et Tchao-Tong, le 21 février. Fou Joiu installé depuis peu à Tchao-Tong, avait, dès la veille, pris la fuite au galop avec tous ses soldats.

    1 Mars.

    Ningyuanfu

    Du 29 janvier au 4 février a eu lieu la retraite des Pères Européens ; elle fut suivie dune cordiale et fraternelle réunion pendant quelques jours, puis chacun reprit le chemin de son district.

    Le P. Pasteur, le nouveau missionnaire de Tatsienlu, retardé à Yunnanfu pendant trois mois, a pu quitter cette ville en compagnie de notre nouveau diacre, Simon Tcheou, revenant de Penang ; il nous est arrivé en bonne santé le 27 février. Il profitera de lescorte militaire pour passer le Siao Siang Lin le 10 mars.

    La princesse Lolo, Lon gan chi, a été décapitée à cause de ses trop fréquentes relations avec les pillards. De mémoire dhomme, pareille exécution navait pas eu lieu dans nos montagnes. La loi, jusquà présent, était que les femmes condamnées à mort devaient être écorchées.

    La guerre, engagée entre les militaires et le chef Lolo Ma mong chan près de notre station de chrétiens de Tsang pou tang, vient de se termimer. Ma mong chan avait fait le vide devant les soldats. Ces derniers pillèrent, puis brûlèrent tous les villages Lolos. Bonne leçon pour Ma mong chan et ses gens.

    Ces jours-ci, il y a de grandes délibérations en ville de Ningyuanfu en vue de la paix et de la prospérité du pays. Les autorités civiles et militaires des cinq sous-préfectures sont présentes. Parmi les questions à lordre du jour sont les suivantes : Pacification de la Lolotie ; Construction des routes ; Exploitation des mines ; Institution dun Gouvernement régional, dont titre et pouvoirs seraient assimilés à ceux de préfet avant la révolution ; Suppression des soldats, qui seraient remplacés par la garde nationale. Et pour entreprendre un si beau travail : augmentation des impôts, des douanes, etc..

    En attendant, tout commerce est arrêté depuis trois mois. Les muletiers et les marchands font grève à cause des exactions des soldats. Dernièrement, quelques muletiers, invités par la Mission à transporter des bagages de Houilitcheou à Ningyuanfu, furent arrêtés à mi-route par les soldats et ne purent continuer quen payant une forte somme.

    Le 1er mars.

    Kouiyang

    Mgr Seguin est en visite pastorale. De Mou-Iou-Se, S. G. sest rendue à Houang-Ko-Chou, son ancien district, où elle a, le 11 février, célébré la fête de lApparition. Mgr ne sera de retour à Kouiyang que vers la fin du mois.

    Lécole de filles, dirigée par les Surs Canadiennes, a été reconnue par le Gouvernement et a reçu un diplôme décole de premier degré.

    Le P. Bacqué est aussi en pourparlers pour faire reconnaître ses écoles du Lanfang. Le Gouvert a donné une réponse favorable. Restent encore quelques formalités à remplir. Au Petang on réorganise les locaux des écoles paroissiales des garçons et des filles.

    Dans la nuit du 9 au 10 février, un orage, accompagné de grêle, a fait rage dans la région de Kouiyang. Au collège les dégâts sont considérables, arbres brisés ou déracinés par centaines.

    15 février.

    Canton

    Tout le nord-est du Vicariat est sous la coupe des brigands et des communistes. Les Pères Nicouleau et Le Baron, qui étaient descendus à Canton pour la retraite, ont pu cependant, à leur retour, traverser cette zone dangereuse et arriver sains et saufs dans leurs districts. Plus dune fois nos deux confrères se sont demandé comment ils réussiraient à se frayer un passage. Les brigands sont maîtres de la campagne. Il y a pourtant un millier de soldats dans la ville de Ho-Yun. Mais ces soldats restent calfeutrés sans oser rien faire à lextérieur. Il y a une espèce de blocus établi par les brigands, qui empêchent le ravitaillement de la ville.

    Le passage des communistes à Tsikam a été terrible pour quelques richards et gens officiels. Une famille chrétienne a été massacrée par les communistes à Iu-Kam, et une autre à Pak-Pou. Nos deux Pères, Philippe Lau et bannes Tchan, chargés de cette région, sont en sûreté.

    Le P. F. Loi a encore fait la rencontre des brigands pendant la visite de ses chrétientés de Fa-Yun et du haut Pun-Iu. Il fut arrêté, mais peu après il recouvra sa liberté, grâce à une carte de visite dun ami de ces bandits quil eut la présence desprit dexhiber à temps. Le P. Loi prépare plusieurs baptêmes pour la fête de Pâques.

    Deux élèves Cantonais de lAurore, dont lun est le fils de Hong Choung Lok, le directeur du journal lAurore fusillé par Lung Chai Kwong sur lordre de Yuan Shih Kai, lautre le fils dun avocat de Canton, ont été baptisés solennellement dans la chapelle de cet Etablissement le 3 mars,

    De grandioses fêtes ont été organisées à Canton, pour la réception de Son Excel. M. Clementi, Gouverneur de Hong-Kong, et Lady Clementi,

    Le 17 Mars.

    Swatow

    Lenvoi de troupes de Canton a arrêté un peu la furie dévastatrice des Bolchéviques de la région du Loukfoung. Mais plus près dici le désordre continue ; dernièrement la résidence du P. Pencolé a été pillée ; léglise du P. Werner sert de quartier-général aux Rouges des environs ; la ville de Fouilai vient de tomber entre leurs mains.

    Pendant ce temps les réfugiés continuent darriver ; il en part autant que les bateaux peuvent en emporter vers les pays du sud. Nous avons une grande dette de reconnaissance à payer à nos confrères de Siam, de Singapore, de Saigon, pour la grande charité avec laquelle ils sont venus à notre aide, soit par des collectes organisées parmi les compatriotes de nos réfugiés, soit par les soins prodigués aux pauvres émigrés.

    Leur charité na cependant pas été appréciée partout par ceux qui en étaient lobjet. Un convoi de 350 réfugiés devait se rendre à Saigon, où, grâce aux démarches de Mgr Dumortier, des Compagnies de plantations leur offraient du travail à des conditions exceptionnellement favorables. Le P. Coiffard, qui accompagnait ces émigrants pour les aider dans leur installation en pays inconnu, eut le même sort que Moïse conduisant le peuple hébreu vers la Terre promise. Arrivés à Saigon, ces malheureux se laissèrent circonvenir par des émissaires de Compagnies chinoises rivales, qui voyaient dun mauvais il leur échapper ces nouveaux-venus. Ces associés leur dépeignaient, sous les couleurs les plus noires, les conditions qui leur seraient faites : cétait une contrée, disaient-ils infectée de tigres, fourmillant de sangsues, insalubre et meurtrière, où tous périraient en peu de temps. Effrayés et affolés, nos émigrés se révoltèrent, vomissant les pires injures contre lEvêque et les Missionnaires. Les uns senfuirent, dautres se laissèrent embaucher par les Compagnies chinoises. Finalement la moitié de ce convoi fut rembarquée et ramenée au beau pays de Chine, où ils pourront goûter à satiété les délices du paradis rouge.

    En Chine il nest pas toujours facile de faire du bien aux gens ; les difficultés quy rencontrent les Missionnaires ne viennent pas toutes des bolchéviques,

    Le 17 Mars.

    Nanning

    Nous jouissons, au Kwang-Si, dune situation presque privilégiée. Pendant que la guerre au communisme continue, les sentiments anti-Etrangers vont satténuant de jour en jour. A Nanning, en particulier, grâce à linfluence des uvres charitables, confiées à nos bonnes Religieuses Canadiennes, qui font le bien sans bruit, la sympathie de la population à légard de lEglise Catholique semble aller grandissant.

    On poursuit de tous côtés la construction de routes carrossables. Il y a déjà un service public dautos entre Nanning et Lieou-Tcheou, ainsi quentre Nanning et Koui-Hien. La route qui va de Lang-Son à Long-Tcheou sera bientôt prolongée jusquà Nanning ; on y travaille activement depuis un an. Avant peu, il sera possible de faire le trajet de Nanning à Hanoi en deux jours.

    Le Père Costenoble, notre cher provicaire, qui est en France depuis 18 mois, nous donne de bonnes nouvelles de sa santé ; il espère sembarquer pour la Chine vers la fin de mars. Les Pères Caysac et Rigal nous laissent espérer leur retour pour la fin de lautomne.

    15 février.

    Le mois dernier, un missionnaire, le P. Albouy, a eu la douleur de voir les païens dun village de son district persécuter quelques familles devenues depuis peu catéchumènes. Celles-ci, boycottées pour avoir embrassé le christianisme, se sont vues retirer les rizières quelles cultivaient. Bref, elles navaient plus quà quitter le pays ou à apostasier. Les pauvres gens tinrent bon, mais depuis lors ils sont à la charge du missionnaire, qui cherche à acheter pour eux des rizières, afin de leur donner les moyens de gagner leur vie sans détriment pour leur âme.

    Les grands mouvements de conversions, qui existent dans dautres Missions, ont été, jusquà présent, inconnus des missionnaires du Kwang-Si ; létat actuel des esprits nest guère propre à déclancher de pareils mouvements. Que la Providence soutienne donc notre courage en attendant quil lui plaise damener un changement dans les circonstances !

    6 Mars.

    Hanoi

    Nous sommes en plein Carême. Il ne se manifeste guère, extérieurement du moins, dans la capitale tonkinoise. Théâtres, salles de bals, cinémas demeurent ouverts et se remplissent régulièrement. Le samedi soir surtout, il y a foule aux guichets pas à ceux des confessionnaux et lassistance à la messe du dimanche nest pas sans en souffrir. On motive, il est vrai, on excuse ces danses et ces spectacles par des buts philanthropiques... Espérons que, Pâques approchant, Dieu sera enfin servi et sera effacée limpression fâcheuse que produit sur les vrais chrétiens toute cette dissipation.

    Pendant que le monde court à ses plaisirs, pasteurs et brebis fidèles se donnent rendez-vous dans les églises pour les exercices de la mission. Comme toujours, notre vénérable évêque Mgr Gendreau, sest réservé, cette année, sa large part de travail et de fatigues. Sa Grandeur est, depuis un mois et jusquà la Semaine-Sainte, en tournée dans la région du Vicariat qui avoisine les montagnes. A 79 ans, la tâche est bien pénible ; mais elle est de tradition, elle est aimée, elle est fructueuse : devant de telles raisons doivent céder nos filiales remontrances et nos inquiétudes.

    Mgr le Coadjuteur, redevenu par la force des circonstances professeur au Grand Séminaire, est contraint à une vie plus sédentaire. Il en profite pour préparer, entre ses cours, la réédition de son estimé Compendium Theologi moralis.

    Nos écoles élémentaires nous donnent, tous ces temps-ci, des tracas dordres divers. Dabord, les délais, accordés pour les mettre en règle avec les décrets et arrêtés de 1924, 1925, sur le contrôle de lenseignement privé, sont expirés. Il faut établir pour chaque directeur et professeur les dossiers exigés par la Direction de lInstruction publique. Cest un travail assez minutieux, que viennent retarder encore lhabituelle lenteur et la répugnance instinctive de nos Annamites pour toutes ces déclarations et formalités administratives.

    Ensuite il faut pourvoir toutes ces écoles la Mission de Hanoi en a déclaré plus de 100 dun personnel enseignant et diplômé. Pour les instituteurs, lécole Saint Thomas de Nam-Dinh, le petit séminaire, le magnifique probatorium que la Mission vient de construire à Hanoi assurent lavenir. Mais le nombre de nos institutrices indigènes est encore infime. Cest pour combler cette grave lacune que lon édifie, en ce moment, une école-noviciat, où se formeront à leur rôle de religieuses institutrices, sous la direction des Surs de St-Paul de Chartres, les futures Amantes de la Croix.

    En construction également un vaste local qui abritera le journal Trung-Hoa, une librairie catholique et les autres services de la Bonne Presse. Et voici que lon creuse les fondations dun nouvel évêché-procure, qui est devenu nécessaire par suite de limportance sans cesse grandissante de Hanoi comme lieu de passage et base de ravitaillement pour un grand nombre de Missions.

    Tous ces travaux ne vont pas sans de lourdes dépenses ni, sans doute, sans soucis pour nos administrateurs. Espérons que la bonne Providence fournira les moyens de les conduire à terme.

    Le 13 mars.

    Vinh

    Rien de sensationnel à noter au cours du mois de février, sinon la visite que nous avons eue de deux Religieux Trappistes de Phuoc Son, le R. P. Dom Benoît, prieur du monastère, accompagné dun jeune Frère comme socius.

    Pour nos bons Annamites qui navaient jamais vu de moines, cette visite a été vraiment sensationnelle. Il fallait les voir écarquiller les yeux et regarder longuement et de près, les inspectant pour ainsi dire de la tête aux pieds, ces deux bons Religieux dapparence assez chétive et grelottant presque sous leur mince tunique.

    Pour nous, ce fut une vraie satisfaction dapprendre de la bouche du P. Prieur les débuts, les difficultés, le progrès, le développement un peu lent trop lent à son gré de cette congrégation de Notre-Dame dAnnam, fondée pour offrir un asile aux jeunes gens qui veulent, loin du monde, tendre à la perfection par la pratique des conseils évangéliques. Une expérience de bientôt dix ans prouve que la vie austère et mortifiée des Trappistes est accessible aux Annamites. Sans doute, tous ceux qui sont entrés au monastère de Phuoc Son ny sont pas restés, il en est bien sorti les deux tiers, il est à croire que dans les premières années un bon nombre sont venus sans trop savoir ce quétait la vie monacale , mais ceux qui restent (ils sont actuellement près de 40) donnent des garanties sérieuses de persévérance.

    Cette fondation, si conforme aux désirs du Saint-Siège, est un grand progrès pour lEglise annamite qui, depuis longtemps déjà pourvue de monastères féminins, navait pas encore dOrdre contemplatif pour les hommes. Et cest aussi une aide fort appréciable pour le progrès de lévangélisation, puisque le but de ces bons moines est de travailler, par la prière et la pénitence, à la conversion des infidèles, en obtenant du ciel les grâces de lumière et de force nécessaires aux pauvres humains pour abandonner le chemin de lerreur et marcher dans celui de la vérité. Puisse le monastère de Phuoc Son prospérer et se remplir peu à peu de Religieux fervents cho sáng danh Chúa và cho chúng tôi được nhờ ! ainsi que se plaisent à dire les Annamites.


    Quinhon

    Du 7 au 12 février, les dix prêtres annamites de Kontum ont eu leur retraite prêchée par le P. Tòng de la Mission de Saigon. Le même prédicateur; dès son retour à Lòng-sông, a donné la retrait du 15 au 21, à 58 prêtres annamites. Le P. Tòng a su touche tous les curs par son éloquence et en ravir plus dun par sa science profonde. Que le bon Dieu lui rende dans sa paroisse saigonnaise le bien quil a fait dans notre Mission !

    Deux Rédemptoristes apprennent la langue chez nous : lun à Trà-kiêu avec le P. Lalanne, et lautre à la Nhà-đá avec le P. Sion. Comme on sattache toujours au premier lieu où lon travaille, nous sommes certains de pouvoir compter plus tard sur laide de ces deux Religieux.

    Le P. Tardieu, Supérieur du Grand Séminaire, nous est revenu de France le 12 février et a repris, quelques jours plus tard, sa place au Grand Séminaire. Le P. David, qui le remplaçait depuis bientôt deux années, est devenu professeur de français au Petit Séminaire.

    Tourane, qui jouissait déjà dun séminaire protestant, vient de voir souvrir un séminaire bouddhique. Le bonze Trần-quang-Hung, de la pagode Tư-vân, a obtenu lautorisation douvrir une école, qui semploiera aussi à la traduction en quốc-ngữ, (caractères latins) des livres renfermant la doctrine du Bouddha. Les aumônes versées à la pagode seront employées à linstruction des enfants pauvres, futurs moines bouddhiques.

    Le 10 Mars.

    Saigon

    Le 17 février, Sir Clifford, Gouverneur de Singapore et de la presquîle de Malacca, est venu, en compagnie de Lady Clifford, visiter notre ville de Saigon. A la réception au palais du Gouverneur de la Cochinchine, le samedi 18, lorsque Monseigneur lui fut présenté, il lui dit aussitôt quil irait assister à la messe de 8 heures à la cathédrale le lendemain dimanche. Lattitude religieuse des deux époux impressionna vivement les paroissiens, quand ils les virent entrer dans la Cathédrale, le dimanche matin, à 8 heures. Le P. Soullard les reçut à la porte, pour les conduire aux fauteuils qui leur avaient été préparés. Ils se tinrent à genoux jusquau moment de lEvangile ; et, pendant toute la messe, leur recueillement a été pour les fidèles un grand sujet dédification. Au sortir de léglise, leurs noms étaient dans toutes les bouches ; et lon semblait regretter que lon neût pas plus fréquemment de tels exemples sous les yeux.

    Le R. P. Thomas, provicaire apostolique de Canton, avait dépeint, lors de son passage à Saigon, la détresse de plusieurs milliers de chrétiens de la Mission de Swatow, privés de leurs biens et réfugiés auprès de leur Evêque après avoir fui le massacre. Mgr Dumortier, nécoutant que son zèle apostolique, a demandé à Monsieur le Gouverneur de la Cochinchine sil ne pourrait pas admettre ici un certain nombre de ces malheureux ; et celui-ci, suivant une tradition toute française de générosité et dhospitalité, sest empressé de proposer ces Chinois comme main-duvre à plusieurs sociétés agricoles. La maison Michelin & Cie a accepté. Il y a tout lieu de croire quelle naura pas à regretter cet engagement ; car ces Chinois de la campagne sont réputés comme travailleurs et bons chrétiens. Trois cents sont déjà arrivés sous la conduite du P. Coiffard, un de leurs curés, privé lui aussi de ses biens et de sa paroisse.

    le 9 Mars.

    Hué

    Vraiment les maladies dyeux finiront par devenir à la mode dans la Mission ! Dabord ce fut le Père Piéters, puis voici deux prêtres indigènes, les Pères Hân et Bá, professeurs au petit séminaire dAn-Ninh, qui ont été atteints dune affection ophtalmique et ont été obligés à prendre un repos complet. Heureusement, le P. Bá a attendu le retour de son confrère à An-Ninh pour tomber malade. Sans cela, il aurait fallu sans doute envoyer du renfort à ces Messieurs du petit séminaire, à qui labsence dun professeur donne un gros surcroît de travail.

    Le Père Cadière nous a donné une sérieuse alerte. Une crise cardiaque, probablement compliquée dune angine de poitrine, la mis à deux doigts de la mort. Il se rendait lui-même si bien compte de la gravité de son état quil a demandé lExtrême-Onction, et elle lui a été donnée par le Père Roux. Aujourdhui il va aussi bien que possible et se prépare à attendre la prochaine crise. Espérons quelle viendra plus tard possible.

    Le Délégué Apostolique de lIndochine française, S. Exc. Mgr Aiuti, est arrivé à Hué le 11 février. Ainsi quon la dit dans une des chroniques précédentes, Son Excellence sinstalle définitivement ici. En attendant la construction de la Délégation qui sera tout près de la cathédrale de Phu-Cam, sur une hauteur qui domine toute la ville de Hué, Mgr le Délégué habitera une maison de louage, en plein centre français.

    Le même jour (11 février) est également arrivé à Hué Mr. le Chanoine Poncet, de lOrdre des Chanoines Réguliers de Saint-Augustin de lAbbaye de Saint-Maurice dAgaune, dans le Valais ; il est venu étudier sur place les possibilités de la fondation en Indochine dun établissement denseignement secondaire classique. Notre Révérend Chanoine a reçu un excellent accueil de toutes les autorités du Protectorat. Dans quelle partie de la terre indochinoise fixera-t-il dabord sa tente ? En Cochinchine, en Annam ou au Ton-kin ? En ce moment Dieu seul le sait.

    Le 19 février, à lEvêché, Mgr le Délégué a remis à Mme Denys Lê Phát An la croix Pro Ecclesiâ et Pontifice et à M. Denys la décoration de Chevalier Commandeur de lOrdre de Saint-Sylvestre, pape, avec plaque dargent, en présence de Mgr Allys, de S. Exc. Nguyên huu Bài, Président du Conseil des Ministres, dune quarantaine de missionnaires et prêtres indigènes et de plusieurs notabilités catholiques de Hué. La Mission de Saigon, à laquelle appartiennent les deux nouveaux décorés, était représentée par le Père Detry et le Père Nhiêm, professeur au Séminaire de Saigon. Le Saint-Père, en accordant ces faveurs insignes à M. et à Mme Denys Lê Phát An, a voulu les récompenser de leur dévouement à la cause catholique et de leur générosité envers le Saint-Siège lui-même.

    S. Exc. M. Bài a été aussi honoré dune nouvelle décoration pontificale, celle de Grand-Croix de lOrdre de Saint-Grégoire. La remise en aura lieu plus tard, sans doute en la Solennité de saint Joseph, le 25 avril.

    Depuis un certain temps, les protestants américains et les sectateurs dune nouvelle religion, le Caodaïsme ou Bouddhisme indochinois rénové, se livraient à peu près dans toutes les provinces de lAnnam à la propagande de leurs idées soit verbalement soit par écrit. La Cour de Hué, émue des conséquences néfastes que la prédication de ces deux religions est susceptible de produire dansk le peuple annamite, vient de rendre une ordonnance prohibitive de ces doctrines. En voici la traduction :

    Conformément aux dispositions de larticle 13 du traité de 1884, la religion catholique est la seule religion admise sur le territoire de notre royaume. Il ny a donc que les évêques, les prêtres et autres maîtres de la religion catholique romaine qui soient autorisés à prêcher.

    Or, il nous revient que ces derniers temps, non seulement en Cochinchine, mais encore dans les provinces du Sud-Annam, le Protestantisme, vulgairement appelé en annamite LA BONNE NOUVELLE, et le Caodaïsme répandent leurs doctrines. Si ces deux religions prennent de lextension dans le pays, les fauteurs de troubles ne manqueront pas den profiter pour y causer du désordre et tromper les honnêtes gens. Il ne faut pas oublier que, jadis, les nommés Vỏ-Trừ et Trần-cao-Vân, sous les dehors de propagande religieuse, fomentèrent des troubles et firent de nombreuses victimes de leurs agissements.

    En conséquence, il y a lieu de défendre la prédication du Protestantisme et du Caodaïsme dans toute létendue du territoire de lAnnam. Ceux qui contreviendront à ces prescriptions seront sévèrement punis. Le Conseil de lEmpire en a délibéré avec M. le Résident Supérieur, qui a approuvé cette ordonnance, et la porte à la connaissance de tous les habitants du royaume.

    Des sanctions ont déjà été prises, à la suite de cette ordonnance, contre des résidents américains et contre des Annamites qui faisaient de la propagande religieuse. Un bon point à la Cour dAnnam et aux autorités françaises du Protectorat ! Puisse cette ordonnance empêcher ici la diffusion des idées danarchie auxquelles aboutissent presque infailliblement le Protestantisme et, sans doute aussi, le Caodaïsme !

    Le 6 Mars.

    Phnompenh

    Après une longue attente de plusieurs mois, la bonne nouvelle est enfin arrivée : le Père Herrgott, provicaire de la Mission, est nommé coadjuteur de Mgr Bouchut. Le choix des confrères a été ratifié par le Saint-Siège, et tous ont reçu la nouvelle avec joie. Sa longue expérience des affaires de la Mission, auxquelles il a été mêlé pendant lépiscopat de Mgr Grosgeorges et de Mgr Bouchut, nous fait espérer de beaux jours pour la Mission du Cambodge : ad multos et ad felices annos !

    Les cérémonies de lincinération de sa Majesté Sisowath sont commencées ; elles se termineront le 11 mars. Tout le Cambodge, peut-on dire, vient rendre ses derniers hommages à son vieux roi ; cest une procession ininterrompue et toujours renouvelée autour du Men (monument funéraire). Tout, dans la construction et lornementation, a été prévu suivant des règles immuables. On se croirait au milieu des splendeurs que les touristes admirent sur les monuments dAngkor. Aucune innovation, tout est maintenu dans son cadre fixé depuis toujours, sauf ces guirlandes électriques qui, avec leurs six mille lampes, donnent à lensemble des édifices un aspect de féerie.

    Puis, lorsque les dernières flammes du bûcher seront éteintes, quand les restes de Sa Majesté Préa Bat Samdach Préa Sisowath seront consumés, ses cendres iront, dans leur urne, rejoindre les cendres des vieux rois Kmers, ses ancêtres. Sic transit gloria mundi!

    Le 8 mars.

    Malacca

    En Malaisie on se plaint que les affaires ne marchent pas ; les prix du caoutchouc sont très bas et ne remontent pas malgré les prophéties des gens du métier. On discute toujours la question de la restriction. Les grosses Compagnies ne semblent pas en avoir souffert ; seuls les petits propriétaires, nos chrétiens, ont lieu de se plaindre. Mauvais temps pour les souscriptions.

    Malgré le malheur des temps, le P. Burghoffer vient dachever la construction dun magnifique Hall faisant face au presbytère. Cela lui fait une vaste salle pour les meetings de Congrégations et autres.

    La persécution en Chine nous a amené nombre de réfugiés ; plusieurs centaines de chrétiens sont venus de Peh Né. Dautres les ont suivis. Recevoir et loger, même provisoirement, ces braves gens, cétait toute une affaire ; les placer nétait pas moins difficile. Aidé des catéchistes et de chrétiens de bonne volonté, le P. Etienne Li avait tout préparé pour leur réception. Rien na manqué aux exilés pendant leur séjour dans la ville de Singapore. Un certain nombre dentre eux ont pu trouver du travail à Singapore même, à Sarangong, à Bukit Timah, à Johore. Les autres ont été dirigés sur Malacca.

    Le 9 Mars.

    Birmanie Méridionale

    Monseigneur a fait une ordination : deux tonsurés ont reçu les ordres mineurs. Ils seront prêtres en mars.

    La fête de Notre-Dame de Lourdes a été célébrée comme dordinaire à Nyaunglebin. Des trains spéciaux ont amené de nombreux pèlerins, pèlerins de toute race, que leur dévotion unissait au pied de la Grotte de la bonne Mère. Il est merveilleux que le Père Mignot, malgré sa cécité, puisse continuer dorganiser ces belles fêtes annuelles. Notre-Dame de Lourdes veille sur son apôtre.

    Les nouvelles de nos voyageurs, PP. Granger, Cathébras et Ghier, sont bonnes. A part une petite secousse en mer Rouge, leur voyage vers la France se continue dans dexcellentes conditions.

    Est passé par Rangoon le Père Manna, Supérieur Général des Missions-Etrangères de Milan. Il visite les Missions de sa Société. Ancien Missionnaire de Birmanie, ce fut pour lui un grand bonheur de revoir, après 20 ans, sa vieille Mission. Dici, il ira à Hongkong.

    Le 29 février.

    Birmanie Septentrionale

    Cest le 20 décembre que, ses cinq ans révolus, le premier Gouverneur de la Birmanie, Sir Harcourt Butler, quittait la Government House et sembarquait pour lInde. Nommé à la tête du pays à un tournant dangereux de son histoire, il en a conduit les destinées dune main prudente et sûre, et cest grâce à son grand talent dadministrateur, quaujourdhui le calme et lordre règnent chez nous. Il a toujours aussi porté un vif intérêt à toutes nos uvres et nous en a souvent donné des preuves. A une lettre dadieu et de remercîments, quen son nom et celui des missionnaires de la Hte Birmanie, Mgr Foulquier lui adressait à loccasion de son départ, son Excellence répondait, courrier par courrier, combien il appréciait nos bons sentiments envers sa personne, notre loyalisme envers le Gouvernement de Sa Majesté le Roi-Empereur, en Birmanie, et tout le bien que nous faisions dans le pays. De tout cela, terminait-il, il ne manquerait pas den informer son successeur, Sir Charles Innes.

    Le 26 décembre.

    Siam

    Mgr Perros a solennellement béni, le 2 février, le nouvel Etablissement scolaire Mater Dei, dirigé par les Religieuses Ursulines. Cest une intéressante fondation que la Mission du Siam est heureuse denregistrer.

    S. E. le Gouverneur des Etats Malais, Sir Hugh Clifford, accompagné de Madame et dune suite nombreuse, est arrivé à Bangkok le 6 février. Hôte du Roi du Siam, il fut salué, à la descente de son wagon-salon, par lAide de Camp Général de Sa Majesté, par le Ministre Plénipotentiaire Britannique et tout le personnel de la Légation, enfin par Mgr Perros accompagné du R. P. Chonin. Fervent Catholique, il sut gré à Monseigneur de son aimable démarche et voulut lui rendre visite à lAssomption malgré ses nombreux engagements.

    Le Docteur Legendre, lexplorateur et lethnologue si connu, a passé plus dun mois au Siam. Plusieurs de ses journées furent consacrées à la visite des différents Etablissements de la Mission Catholique. Nous croyons savoir quil en reste vivement impressionné. Ses manières très simples et ses conversations très nourries de faits, lui ont, par ailleurs acquis la sympathie des missionnaires du Siam qui lont rencontré.

    La Mission du Siam a envoyé, le 8 février, 5 grands séminaristes au Collège Général de Penang.

    La Mission de Swatow, impuissante à sauvegarder efficacement certains de ses chrétiens poursuivis par les Bolchévistes, vient denvoyer un premier contingent de réfugiés au Siam. Provisoirement recueillis par le Révérend Père Guillou, curé de lEglise chinoise de Bangkok, dont la sollicitude et le dévouement envers ces pauvres persécutés ont été admirables, tous au bout de quelques jours furent dispersés dans plusieurs postes chinois de la Mission, entre autres Lamsai et Bangxang. De plus, une quête a été ordonnée par Mgr Perros dans toutes les églises de la Mission tant pour couvrir les frais généraux des émigrés de Bangkok que pour répondre à lappel de secours de Mgr Rayssac.

    Près de 330 touristes du Belgenland ont visité Bangkok le lundi 20 février. La plupart étaient de nationalité américaine. Nous signalerons seulement, parmi les passagers de marque, Sa Grandeur Mgr OBrien, des Great-Falls, Montana. Malgré le peu de temps dont il disposait, il vint à lEglise de lAssomption pour réclamer des Cendres, quil voulait bénir le mercredi suivant sur le paquebot et distribuer aux quatre-vingt dix catholiques dont il avait charge.

    Le 1er Mars.

    Laos

    Ce mois-ci, nous avons reçu la visite du P. Doquet, de la Mission de Vinh. Ce confrère est, lui aussi, missionnaire du Laos, mais de lautre versant de la montagne. Ensemble, nous avons parcouru quelques postes, car le P. Doquet avait surtout pour but de senquérir de notre méthode dévangélisation.

    On connaît le terrible accident qui est arrivé au Trentinian. Cette chaloupe des Messageries-Fluviales a sauté juste en face de la Mission Catholique de Nong-Seng. Quatre Européens et un grand nombre de Laotiens et dAnnamites y ont trouvé la mort. Mais tout le monde doit savoir aussi que, dans cette bien triste circonstance, la Mission Catholique a fait tout son devoir. Dès quil entendit lexplosion, le P. Paulin sortit en toute hâte de chez lui et arriva le premier sur le lieu de la catastrophe ; avec laide de la Rde Mère Ursule et de Sur Marie, il organisa les premiers secours de sauvetage. Grâce à leur dévoûment et leur savoir-faire, beaucoup de vies humaines ont pu être sauvées.

    Le 17 février.

    Mysore

    Dans sa récente visite au Kollégal, Monseigneur a pu se rendre compte de lexcellent travail quy font les Frères Franciscains. Ces Frères, dont on dit grand bien dans toutes les missions de lInde, avaient depuis plusieurs mois pris charge dun de nos orphelinats de Bangalore, et tous sont unanimes à vanter le bon ordre et le bon esprit de leurs orphelins. Plus récemment, ils ont accepté de visiter et catéchiser les païens dans la province assez écartée de Kollégal. Le P. Graton fait limpossible pour les visiter de temps à autre, mais ils ont souvent à rester sans messe et sans sacrements. Il y a bon espoir que leur zèle portera avant longtemps ses fruits.

    Nous nous attendions à revoir sous peu le P. Michel, après le repos quil était parti prendre en Europe. Les dernières nouvelles, malheureusement, signalent un état de santé précaire, qui certainement le retiendra en France pour un temps notable. Le P. Bozon, lui aussi obligé de redemander des forces au climat dEurope, nous signale son arrivée en Italie, après une traversée assez pénible.

    Le 26 février.

    Coïmbatore

    Au début de janvier et, de nouveau, vers la mi-février, Mgr a donné la Confirmation à Saveriarpalayam, Palghat et Melarkode. A Saveriarpalayam Sa Gdr. a béni une nouvelle église, dont la construction commencée, il y a quelques années, par le P. Hedde vient dêtre terminée par le P. Marie Joseph.

    LExaminer vient de soulever dans ses colonnes une controverse intéressante. Le P. Heras S. J., professeur au Collège St François-Xavier à Bombay, veut enseigner aux Missionnaires à missionner et préconise lIndianisation du Missionnaire, de son costume, de sa nourriture, lIndianisation des églises, des statues, des chants etc En somme, il voudrait revenir aux vieilles méthodes abandonnées depuis longtemps, parce quelles ne donnaient pas de résultats satisfaisants. En réponse aux articles du Professeur, des échos divers se sont fait entendre du fond de la brousse. Quon y vienne voir si nous ne sommes pas indianisés, dit lun. Que les professeurs commencent par se missionnariser, répond lautre. Et les autres continuent à lunisson : Ce nest tout de même pas la soutane blanche du missionnaire indien, ni lhabit de St Antoine, ni la robe dorée de la Ste Vierge, ni les clochers de nos églises qui empêchent les Hindous de se convertir. Nous ne pouvons pas tout de même indianiser la religion catholique, ni nationaliser lEglise, ni habiller à lindienne la morale et le dogme. Nous avons mission de christianiser lInde et non pas dindianiser le Christianisme... Bref, le docte Professeur na pas converti beaucoup de missionnaires à ses théories et chacun de son côté continue de faire son possible, selon les circonstances et selon ses moyens pour convertir les payens ; la grâce de Dieu fait le reste.

    La grande question du jour est la visite de la Commission Simon, venue dAngleterre pour étudier sur place la constitution du Gouvernement de lInde et voir quelles concessions nouvelles pourraient être accordées au Home Rule. Certains leaders ne sont pas contents, parce quil ny a pas dIndien parmi les membres de la Commission, et quelques groupes politiques ont, en conséquence, décidé de boycotter la commission royale. Le jour de son arrivée dans lInde le 3 février, il y eut à Bombay, à Calcutta et à Madras des troubles regrettables dans lesquels les étudiants se distinguèrent. Nonobstant, la Commission continue son chemin avec sérénité et, le 26 février, elle est arrivée à Madras où elle a été mieux reçue quon ne sy attendait. Les citoyens de Coïmbatore, qui, pourtant, ne sont pas en retard en politique, conservent leur calme et bonne tenue habituels. La corporation des ouvriers a même envoyé ses souhaits de bienvenue aux membres de la commission.

    Les catholiques gardent aussi à légard de la Commission royale une attitude digne et loyale.

    Le 29 février.

    Séminaire de Paris

    Dans la nuit du 20 au 21 janvier est décédée à Paris une des plus fidèles associées de luvre des Partants, Mme de Broc, elle-même fille de la Comtesse de Sémallé décédée il y a cinq ans et lune des fondatrices de luvre. Aux obsèques, à Ste Clotilde, le 25 janvier, Mgr le Supérieur a donné labsoute. De profundis.

    Invité à prendre part à une réception organisée au Musée Guimet en lhonneur du Roi et de la Reine dAfghanistan, Mgr le Supérieur est allé Dimanche après vêpres saluer les Souverains dun Etat qui, seul peut-être au monde, nest rattaché ecclésiastiquement à aucune juridiction même missionnaire, tant le christianisme en est radicalement absent. Plus tard dans la soirée, Mgr le Supérieur et le P. Robert assistaient à une réception de clôture du congrès annuel dA. C. J. F. chez le président général, M. de Menthon.

    Mgr Hayasaka, rentré de Nancy à Paris le 16 janvier, en est reparti le 18 avec Mgr Olichon pour la Hollande et la Belgique, doù il doit rentrer lundi soir 30.

    De passage à Paris, M. le Chanoine Roch, Supérieur du Séminaire des M.-E. de la Province de Québec (à Montréal), a déjeuné au Séminaire le 18 janvier. Douze de ses prêtres travaillent déjà en Mandchourie chez Mgr Blois.

    Le Dimanche 22 janvier, nous avons reçu la visite de Mgr Hoggers, Préfet Apost. de Tatung (Chine), depuis de longues années ami des Missions-Etrangères.

    Après un intérim de plusieurs mois, très obligeamment rempli par le P. Chabagno, le Secrétariat général, vacant depuis lélévation de Mgr Chambon à lépiscopat, a désormais un titulaire en la personne du P. Montagu.

    Mgr Hayasaka a quitté la France le 8 février, à 10 h. du soir, à bord du paquebot De Grasse. Une superbe cérémonie dadieux avait eu lieu au Hâvre à 5 h. 1/2 dans léglise Notre-Dame. La présence des autorités civiles et militaires, lattitude de la très nombreuse assistance, la parole éloquente de Mgr lArchevêque de Rouen, le drapeau japonais partout à lhonneur et les égards extraordinaires, dont le premier évêque japonais a été lobjet avant et après son embarquement, sont de nature à impressionner grandement ses compatriotes même païens.

    Avant de quitter Paris, Mgr de Nagasaki avait déjeuné, le 1er février, dans la famille de Mgr de Guébriant et, le lendemain, avec Mgr le Supérieur et Mgr Boucher, fait une visite à la communauté de Bièvres, à laquelle il adressa une cordiale allocution. A son dernier repas aux M.-E., le 3, il adressa au Supérieur et à la Société un toast chaleureux que La Croix a reproduit fidèlement. Et le samedi, 4, conduit à la gare St Lazare par Mgr le Supérieur, les PP. Gérard, Chabagno, Montagu, salué par le Chargé dAffaires du Japon, il prenait le train pour Lisieux.

    Le soir même, Mgr le Supérieur prenait le train de nuit pour Montbeton, où il passait la semaine presque entière. La retraite du Sanatorium a été suivie par plus de vingt confrères.

    Le samedi, 11, Mgr le Supérieur, après un arrêt de quelques heures à Villefranche-de-Rouergue, rejoignait à Rodez les PP. Gérard et Montagu, arrivés, le même jour, de Paris par Rocamadour. Cétait journée de missions le dimanche, 12, dans le diocèse. Les prédications furent données à Millau par Mgr Olichon, le P. Nassoy et deux PP. Blancs ; à St-Affrique par le P. Sibers ; à Espalion par le P. Depierre ; à Villefranche par le P. Rigal, et à Rodez par Mgr le Supérieur et les PP. Gérard, Montagu et Caysac. Malgré un temps détestable, laffluence a été partout considérable et dune tenue très édifiante. Les quêtes à toutes les messes, aux vêpres et à la conférence avec projections donnée par le P. Gérard ont rapporté des sommes importantes aux trois uvres Pontificales.

    Le 3 février, le P. Misson a été opéré dun calcul aux reins dont il souffrait depuis très longtemps. Il est hospitalisé à lhôpital Cochin et se remet lentement mais sûrement. Grâce à larrivée en temps utile du P. Tessier et au concours du P. Aucouturier, chargé des Sciences, les cours de Bel-Air ne souffriront pas.

    A luvre des Partants, Mme Tuffier, femme du célèbre chirurgien, a bien voulu accepter la présidence, à la place de la vénérable Mme de Laubespin âgée de 92 ans et qui reste Présidente dhonneur. La vente de luvre aura lieu les 23 et 24 mai.

    Départ de Pâques. Ont reçu leur destination : M. Colin pour Séoul ; M. Boyer pour Kwei Yang ; M. Laubie pour Hunghoa ; M. Bonamy pour Singapore.

    A été admis comme aspirant M. Pierre Gaulin, du diocèse de Lyon.

    Le 15 février.


    1928/233-256
    233-256
    Anonyme
    France et Asie
    1928
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