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Chronique des Missions et des Etablissements communs 3

Chronique des Missions et des Etablissements communs Tôkyô S. G. Mgr Chambon a choisi le Père Flaujac comme Vicaire Général. Le Père Cadilhac a été nommé Vicaire Général honoraire.
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    Chronique des Missions et des Etablissements communs
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    Tôkyô

    S. G. Mgr Chambon a choisi le Père Flaujac comme Vicaire Général. Le Père Cadilhac a été nommé Vicaire Général honoraire.

    Les nouveaux confrères, arrivés à Tokyo dans le cours de lannée dernière, ont reçu les destinations suivantes : Le P. Larrieu est adjoint au P. Tulpin, âgé de 75 ans, curé dAzabu, à Tôkyô, pour laider dans ladministration de sa grande paroisse. Le P. Patrouilleau, qui est guéri de son rhumatisme articulaire, est chargé, à la résidence archiépiscopale de Sekiguchi, de léconomat de la maison et de la direction du pensionnat des étudiants. Le P. Delbos a été envoyé à Utsunomiya pour se former sous la direction du P. Cadilhac à létude de la langue et à la pratique du ministère.

    Le P. Mayet, qui, pendant plusieurs années, a rempli à Sekiguchi la charge dont le P. Patrouilleau est actuellement titulaire, a été placé à la tête de la nouvelle paroisse érigée dans la banlieue ouest de Tôkyô, à Koenji. Linauguration du nouveau poste et la bénédiction de léglise ont été faites par S. G. Mgr Chambon le dimanche 15 janvier.

    Le dimanche 5 février, le P. Breton inaugurait à son tour la jolie église, flanquée de deux tours, quil venait dachever sur le terrain récemment acheté dans le centre populeux dOmori et où étaient aménagés déjà un hôpital, la maison des Surs japonaises de la Visitation et le presbytère. Le nouveau sanctuaire, dédié au mystère de lEpiphanie, a été bénit solennellement par S. E. le Délégué Apostolique, Mgr Giardini, à 9 heures du matin ; la cérémonie a été suivie dune messe pontificale. Laprès-midi, à 3 heures, S. G. Mgr lArchevêque de Tokyo présidait à une autre cérémonie, dans laquelle cinq novices de la congrégation mentionnée plus haut faisaient leur profession religieuse et trois postulantes prenaient lhabit. Le P. Anchen, de la Mission de Hakodaté, leur avait prêché la retraite ainsi quaux autres Religieuses. Une nombreuse assistance, parmi laquelle on remarquait plusieurs membres catholiques des corps diplomatiques et consulaires, remplissait les trois nefs, tandis que de la tribune le chur, fourni par la communauté des Surs et leurs auxiliaires, exécutait les chants liturgiques.

    Trois jours avant linauguration, le jeudi 2 février, à 7 heures du soir, les PP. Iwashita et Candau avaient donné dans léglise même des conférences pour les païens, auxquelles ont assisté environ trois cents auditeurs, parmi lesquels bon nombre détudiants.

    Actuellement le Japon se trouve en pleine fièvre électorale. Le ministère Tanaka, se trouvant en minorité à la Chambre des députés, où le parti dopposition Minseito (caractères chinois) occupe 219 sièges, tandis que le parti gouvernemental Seiyukuai (caractères chinois) en occupe 190, a fait décréter par lEmpereur, à la séance du 21 janvier, la dissolution de la Chambre. Cest la première fois quon fait appel au suffrage universel pour les élections législatives. Les électeurs, qui étaient 3.500.000 sous le régime du suffrage restreint, sont maintenant au nombre de 12.500.000 ; les 322 nouvelles circonscriptions électorales, plus larges que les anciennes, doivent fournir 466 députés. A côté des anciens partis, qui se livrent une lutte acharnée, ont pris place les partis dits populaires : social-démocratiques, paysans, ouvriers et paysans, qui mettent en ligne, pour commencer, une cinquantaine de candidats. Les bonzes, dores et déjà, ont voulu aussi entrer en lice, et, malgré lopposition de plusieurs sectes bouddhiques, une vingtaine de candidats se présentent, soutenus par la Ligue des Bouddhistes associés. Les élections ayant été fixées au 20 février, et le nombre des électeurs ayant considérablement augmenté, il nest plus possible aux candidats de recourir comme autrefois aux visites personnelles à domicile. Aussi, cest à qui rivalisera pour lutilisation des moyens modernes de publicité : pamphlets, affiches illustrées, projections, tournées de conférences-express en automobiles, records de phonographes, etc.. La police est chargée de tenir la main ferme à lexécution des règlements qui interdisent les diffamations aussi bien que les pratiques communes de corruption électorale. Les candidats des partis populaires, qui dénoncent les privilèges capitalistes et les agissements des anciens partis, ont protesté à plusieurs reprises, contre des interventions quils jugent antilibérales et tyranniques vis-à-vis de leurs partis.

    6 janvier.

    Nagasaki

    Le lundi 22 janvier, les confrères du voisinage se sont fait un devoir daller à Biwasaki faire leurs adieux à M. labbé Bulteau, qui va quitter lhôpital des lépreux. Intrépide encore, malgré lapproche de ses 70 ans, ce bon Père va fonder un poste chez les vieux chrétiens de Iki-tsuki, et il sera sous la houlette de Mgr Hayasaka.

    M. Bulteau nest pas membre de la Société des Missions-Etrangères, mais il en a lesprit dobéissance, de dévouement, de sacrifice et de dévotion envers le Souverain Pontife.

    Son successeur à Biwasaki est le P. Joseph Bois, qui ne manquera pas de continuer son uvre.

    28 janvier.

    Osaka

    Mgr le Supérieur de la Société vient de nommer le P. Marmonier Directeur à la Maison de Nazareth, Hongkong. Notre confrère se prépare à prendre, le 21 courant, le Général Metzinger des MM. pour aller rejoindre son nouveau poste. Ce départ enlève à notre Mission un excellent missionnaire adoré de ses chrétiens et que tous ses confrères vénéraient profondément. Le sacrifice, que ses supérieurs lui demandent, a dû lui être extrêmement pénible. Mais habitué depuis longtemps à ne considérer en tout que la volonté de Dieu, ce sacrifice, le P. Marmonier la fait certainement hilari corde et animo volenti. Nos vux fraternels laccompagnent dans le nouveau champ où le Père de famille lappelle à travailler et nous lui souhaitons bonne santé sous le climat de Hongkong. La Maison de Nazareth peut se féliciter de faire, avec le P. Marmonier, une recrue de choix, dont la douce piété et lexpérience des voies surnaturelles laideront grandement à remplir la fin que lui assignèrent ses fondateurs.

    Le P. Anoge, arrivé en Mission au mois de novembre 1926, a été désigné pour prendre à Maizuru la place du P Marmonier.

    Le chroniqueur de la Mission dOsaka est en retard pour signaler au Bulletin quelques faits dignes dêtre notés. Il profite de loccasion pour réparer sa négligence.

    Lan dernier, le 7 mars, un violent tremblement de terre, qui secoua pendant plusieurs jours le sol de la province du Tango, y occasionna une épouvantable catastrophe. Le P. Relave, dont la résidence est à Myazu, ville principale de la province, eut son église fortement endommagée. Le calme revenu, ce confrère a dû se mettre à la réparer. Il a profité de loccasion pour lagrandir et la consolider en lembellissant. Mgr dOsaka est allé bénir le nouvel édifice le 13 novembre dernier. Une demi-douzaine de confrères avaient pu rehausser de leur présence la cérémonie qui, dans ce pays encore en deuil de la catastrophe, garda un caractère dintimité.

    Intime fut aussi la fête organisée à cette occasion par les chrétiens pour commémorer les 40 ans de résidence, dans ce poste, du P. Relave qui en est et le fondateur et le titulaire depuis le commencement.

    Le poste de Kishiwada fut fondé, il y a quelque 50 ans, par le P. Cousin (mort évêque de Nagasaki), alors que ce nétait encore quun gros village sur la côte Est du golfe dOsaka. Aujourdhui, le village est devenu un centre industriel de 40.000 âmes. La modeste chapelle en bois, bâtie il y a 50 ans, servait toujours, mais menaçait ruine et se trouvait trop étroite pour la population chrétienne qui la fréquente. Le P. Puissant, actuellement chargé de ce poste, souhaitait depuis longtemps la remplacer par une construction neuve, plus en rapport avec le chiffre de ses fidèles. Il a remué ciel et terre pour y arriver, et Dieu a récompensé sa peine et sa persévérance. Depuis novembre dernier, ses chrétiens peuvent prier dans une chapelle vaste et toute neuve, ornée dun clocher dont la cloche, 3 fois par jour, proclame dans les airs le mystère de lIncarnation et invite les âmes de bonne volonté à profiter de la grâce du salut qui leur est offerte.

    Le 21 janvier, la Révérende Mère Mathilde, Supérieure de lécole Sainte Marie à Kobe, a été emportée subitement par une attaque dapoplexie, à lâge de 73 ans. La vénérable Religieuse comptait 50 ans de profession religieuse dans la Congrégation des Surs du St Enfant-Jésus de Chaufailles, 40 ans de Japon et 23 ans de supériorat à lécole Ste Marie.

    Cette école Ste Marie a été établie pour les enfants de la population étrangère de la ville de Kobe. Le 23, les funérailles, présidées par Mgr dOsaka, ont eu lieu au milieu dun grand concours de fidèles et de non-catholiques. Mgr Thiry, évêque de Fukuoka, de passage à Kobe, un grand nombre de missionnaires, les enfants de lécole et leurs familles, les nombreux amis des Religieuses ont accompagné la Révérende Mère Mathilde à sa dernière demeure.

    10 février.

    Moukden

    Nouvel incident sino-japonais en Mandchourie. Les autorités de la province, inquiètes de lafflux toujours croissant des Coréens en Mandchourie (plus dun million, dit-on), ainsi que des abus qui ont pu provenir de leur situation spéciale et des privilèges dont ils jouissent en tant que sujets japonais, ont édicté des règlements très sévères à leur endroit : interdiction aux Chinois de leur vendre ou de leur louer des terrains, obligation pour tous de porter le costume du pays et de se faire naturaliser chinois sous peine dexpulsion. De là, réaction violente en Corée, assaut des consulats chinois, émeutes sanglantes, des blessés, des morts. Puis, comme toujours, échange de protestations entre les Gouvernements de Pékin et de Tôkyô.

    Le calme étant à peu près rétabli, les consuls japonais en Mandchourie se livrent maintenant à des enquêtes pour trouver des preuves de cette persécution de leurs protégés et inviter les deux Gouvernements à ouvrir des négociations à ce sujet, pendant que S. E. le Gouverneur de la province se met en route pour Pékin, se disant disposé, du reste, à atténuer la rigueur des réglements qui ont provoqué cette mauvaise aventure.

    Sans cette affluence de Coréens, la population de la province nen continuerait pas moins à saccroître très rapidement. Les réfugiés, venus du Chantong et du Tchely pendant lannée 1927, ont été si nombreux que la Compagnie du South Manchuria Railway a jugé utile détablir pour eux des trains spéciaux avec réduction de 40 % sur les tarifs ordinaires. Ce service ayant été suspendu pour la durée de lhiver, ladministration du S. M. R. publie aujourdhui une statistique, dont les chiffres ont étonné même ceux qui avaient vu dans les rues de nos grandes villes le misérable défilé de ces immigrants. Chaque jour 2300 personnes en moyenne ont ainsi débarqué en Mandchourie, 1700 à Dalny et 600 à Newchwang, sans compter les réfugiés venus par voie de terre ou par des ports moins importants.

    Nul doute que, parmi ces nouveaux venus, il ne se trouve des familles chrétiennes. De même que les chrétiens de la Mission nous quittent en grand nombre pour aller chercher fortune dans les régions du nord nouvellement ouvertes à la culture, de même cette immigration qui dépeuple les chrétientés des Missions voisines amène parmi nous de nombreux fidèles. Lignorance, la timidité, la misère, la négligence aussi, font que souvent ils ne se font pas connaître et attendent quon aille à leur rencontre. A Moukden, le P. Pérès, qui a ouvert lan dernier un oratoire dans un faubourg de la ville et sest livré dans ce quartier à la recherche de ce nouveau genre de brebis égarées, en a déjà enregistré plus de cent cinquante ; il estime que le chiffre de ceux quil ne connaît pas est encore plus élevé.

    6 janvier.

    La Congrégation des Vierges chinoises du Saint-Cur de Marie, établie en 1913 par Mgr Choulet, a atteint en ces quelques années un développement qui autorise les plus belles espérances. Elle comprend aujourdhui 123 membres, dont 54 professes et 69 aspirantes. Les professes, réparties dans les divers districts de la Mission, apportent aux missionnaires, par leur exemple et leur travail, le concours le plus précieux dans les écoles et les catéchuménats, tandis que les plus jeunes sappliquent à létude et aux vertus de leur état sous la direction des Surs de la Providence de Portieux.

    Toutes se sont trouvées réunies au noviciat de Moukden, il y a quelques jours, pour la retraite qui leur a été donnée par le P. Caubrière, directeur de la Congrégation : retraite qui fut suivie avec lattention et la piété que méritent léloquence et la longue expérience du prédicateur. A la clôture de la retraite, 23 aspirantes ont été admises à prononcer leurs vux. Après cette cérémonie, les plus anciennes ont été invitées à choisir parmi elles, par voie de suffrage, une présidente et quatre conseillères, lesquelles, sans prendre encore dune manière définitive la direction de luvre, auront cependant désormais auprès des supérieurs, un rôle plus prépondérant et prendront une part plus active dans la vie et ladministration de la maison et de luvre toute entière.

    8 février.

    Kirin

    Mgr Gaspais est rentré à Kirin le 9 janvier. S. G. a visité plusieurs districts situés, les uns (Houlan, Payen, etc.) au nord du Soungari, dans la province du Hei-long-kiang, les autres (Fouyu, Acheho, Soukiawozsou, etc.), au sud du fleuve dans la province de Kirin. Le pays est assez tranquille et pendant cette longue randonnée, qui a duré exactement cent jours, Mgr na fait aucune mauvaise rencontre. Daigne la Providence nous conserver cet état de paix pendant lannée qui vient de commencer !

    Pendant le mois de janvier ont ordinairement lieu les retraites de nos Religieuses tant européennes que chinoises. Cette année, le P. Sagard a prêché la retraite des Surs Franciscaines M. de M., tant à Chang-choun quà Harbin. Le P. Cubizolles a prêché celle des Religieuses indigènes du S. Cur de Marie à Siao-pa-kia-tze, tandis quà Houlan le prédicateur était un prêtre chinois, le P. Tien.

    Notre séminariste. M. Paul Yu, qui fait ses études au Séminaire de la Propagande, a été reçu Docteur en Philosophie.

    2 février.

    Suifu

    Le mois de janvier fut exclusivement consacré aux retraites : du premier au six, celle des Religieuses Franciscaines Missionnaires de Marie ; du 8 au 13, celle des Filles indigènes de la Doctrine Chrétienne ; du 17 au 20, celle des catéchistes-baptistes ; du 21 au 26, celle des grands séminaristes. Elles furent respectivement prêchées par les PP. Couvet, Mansuy, Mathias Hiong et Morge. Le prédicateur, écouté avec une attention soutenue, de la retraite annuelle des prêtres indigènes et des missionnaires fut notre coadjuteur, sa Grandeur Monseigneur Renault ; la première eut lieu du 7 au 13, et la seconde du 21 au 26.

    Après un calme relatif de huit mois, consécutif à léchauffourée du 31 mars dernier, à Chungking, au cours de laquelle plus de 600 manifestants, dit-on, furent tués ou blessés, la campagne anti-chrétienne, reprise à Suifu, à Fouchouen et à Yachow, à loccasion des fêtes de Noël, sest étendue, dans le courant de janvier, à presque tout le vicariat. Ici, comme à Suifu et à Fouchouen, elle est menée par des professeurs et des étudiants ; là, comme à Louikiang, par des chefs militaires. Jusquà présent elle na consisté quen discours, palabres et placards, mais, dun jour à lautre, elle peut dégénérer en persécution violente. Et lon constate, avec anxiété, quil ne se trouve pas, dans toute la province, une seule autorité établie, disposée à protéger efficacement les biens et le personnel des Missions. Mais, heureusement, Dieu est là, et il veille sur ses enfants.

    Voyez du reste, comme Il sait tirer le bien de la malice humaine. Le jour de Noël, à la suite des élèves des écoles officielles, une foule nombreuse envahit les établissements de la Mission catholique à Pehouatchang. Elle était menaçante et lon pouvait sattendre au pire. Le P. Jean Tchang ne sémut pas pour cela. Au contraire, payant daudace, il monta sur une table et se mit à faire lapologie de la religion catholique et des missionnaires. Son auditoire fut bientôt retourné, devint sympathique, et peu sen fallut quil ne fît un mauvais parti aux meneurs.

    Tatsienlu

    S. G. Mgr Valentin est sorti le 15 décembre pour faire la visite canonique et donner la Confirmation dans les districts situés au N. E. de Tatsienlu. Le premier poste, Tampa, est distant de cinq étapes ; le P. Hiong, prêtre thibétain fort avancé en âge, y administre 170 chrétiens. Le second, Mongkong, à 15 lieues plus à lest, est une enclave dans le vicariat de Tchengtou, desservie par le P. Charrier, qui gouverne un troupeau de 140 fidèles baptisés. Ces régions, récemment évangélisées, navaient pas encore eu la visite dun évêque. Nous souhaitons à Mgr de Zeugma de ne pas faire dans ces parages montagneux la rencontre des brigands.

    Les séminaristes, au nombre de quatorze, profitent de ce voyage de Mgr, leur professeur et supérieur, pour prendre quelques vacances dans leurs familles. Lexamen trimestriel eut lieu le 13 décembre. Les sept philosophes ont prouvé par les notes obtenues quils pouvaient aborder la science des sages et donner bon espoir.

    Les débris de lancienne armée des Marches Thibétaines (Rien kuin), augmentés dautres épaves de divers régiments ou de nouvelles recrues, sont partis de Tatsienlu sous le commandement du colonel Tin ; ils ont pris la direction de Litang et Batang. Quelques soldats sont morts de froid en traversant les cols. Ce régiment dépend du commandant en chef des Marches, Sen Han.

    Une nouvelle brigade lui succède, commandée par le général Tchen ; celui-ci est un subordonné de Lieou Tsekien. Larrivée de cette brigade est signalée par des palabres (ien-cho) et des placards qui propagent les idées partout et tant ressassées, chères aux nationalistes révolutionnaires. La population fait, comme par le passé, un accueil laconique à ces élucubrations enfantines. Quelle personne sensée, en effet, peut croire, par exemple, que les troupes chinoises viennent sur les Marches pour sauver la patrie, en arrêtant une attaque éventuelle des... Anglais, venus des Indes par le Thibet ?

    15 décembre.

    S. G. Mgr Valentin arrive aujourdhui même de sa tournée pastorale à Tampa et Mongkong. Mgr le Coadjuteur a administré plus de 50 Confirmations et dans les deux districts une retraite préparatoire a amené un grand concours de chrétiens.

    Le retour a failli être compromis par les hostilités entre deux partis chinois. En effet, les troupes du colonel Tin, qui avaient cédé la place aux soldats nationalistes de Lieou Tsekien, devaient marcher sur Batang et délivrer cette ville assiégée par les Thibétains. Arrivé à Tongolo et Hokeou, ce régiment ne voulut plus remplir sa mission et se dirigea vers les montagnes du Nord, cherchant à séchapper par Tampa. Les troupes nationalistes partirent en hâte garder les issues et jusquà ce jour la bataille na pas été engagée. Ainsi, Mgr le Coadjuteur a pu prendre le chemin du retour sans être inquiété en chemin.

    Que nous réserve lavenir ? Les Thibétains sont fort surexcités par ces allées et venues de soldats chinois qui ne se gênent pas pour vivre à leurs dépens.

    10 janvier.

    Ningyuanfu

    Le 3 décembre, fête de S. François-Xavier, Mgr inaugurait son ministère épiscopal par lordination dun sous-diacre et de trois prêtres. Bien avant la cérémonie, la foule sentassait dans les bas-côtés et encombrait la nef et même le parvis. Avec les délégations venues des quatre coins de la Mission, les parents des ordinands et les chrétiens de la ville, sétait introduite une affluence considérable de païens. Mais ce qui donne à cette cérémonie son caractère spécial, ce nest pas le chiffre encore bien modeste des ordinands, mais le fait que voici la première promotion sortie du Séminaire ouvert à Ningyuanfu en 1912. Plaise à Dieu quelle suscite pour cette chère maison de nombreuses et ferventes recrues !

    Venant de Ho-si le 11 décembre, le P. Grosjean eut à passer un mauvais quart-dheure. Quelques lis avant darriver à Ningyuanfu, au sommet du Yao-chan, le Père fut pris dun mal de reins subit, qui lobligea à descendre en rampant jusquau bas de la montagne. Ses hommes ayant pris les devants, il était seul, et la nuit était venue ; les soldats chinois le prirent pour un Lolo et tirèrent sur lui deux coups de feu qui heureusement ne latteignirent pas. Avertie à 8 heures du soir, la Mission envoya à sa rencontre une chaise et une escorte qui le ramenèrent ici vers 11 h.. Remis en quelques jours de son indisposition, le Père a repris, le 16, la route de Tchang-pin-tse.

    Le 13 décembre, deux Religieuses chinoises Franciscaines M. de M. arrivaient à Ningyuanfu. Leur voyage à travers nos montagnes fut excellent ; mais avant dy parvenir, il navait pas été sans incident. Elles étaient parties de I-tchang pour Chungking sur un navire italien ; celui-ci fut attaqué par des bandes armées occupant les deux rives du fleuve, et qui finalement lassaillirent et lobligèrent à redescendre à I-tchang. Elles repartirent, quelques jours plus tard, sur un petit bâtiment chinois qui les transporta heureusement à Chungking, doù elles purent continuer leur route par Suifu et Kiatin.

    Vers le sud, les voyages deviennent de plus en plus difficiles. Les caravanes de Houili à Ningyuanfu nont lieu quune fois par mois sous escorte. Par la dernière, le 18 décembre, cinq de nos séminaristes ont pris la route de Penang pour y terminer leurs études.

    20 décembre.

    Nous avons eu de très belles fêtes de Noël à Ningyuanfu : 300 communions et 31 baptêmes dadultes. Dans tous les districts il y a eu aussi grande affluence de fidèles et de nombreuses communions.
    Le P. Burnichon nous a quittés le 9 janvier pour redescendre à Kiang-tcheou ; il avait hâte daller visiter ses nouveaux chrétiens de Pe-hiang-gai.

    La route du sud est tranquille actuellement, disent les muletiers qui arrivent de Yunnanfu. Nos cinq séminaristes en route pour Penang ont quitté Houili avec une caravane le 5 janvier.

    Nos voisins Lolos continuent leurs exploits sous le nez des soldats chinois, et souvent à leurs dépens. Cest ainsi que dernièrement, à Iatsikeou, les barbares du fameux Ma-mong-chan leur ont soustrait. délicatement 40 fusils... Dautre part, le 1er janvier, une caravane a été pillée au Ta-chan (nord-est de Foulin) : 20 charges ont été enlevées, ainsi que 20 chevaux de selle que notre chef militaire se proposait doffrir à des gros bonnets de lextérieur... La poste a également été pillée.

    16 janvier.

    Yunnanfu

    Par décision de Mgr dAila, le P. Guyomard est nommé Procureur, en remplacement du P. Guilbaud, qui est nommé curé de Tong-tchouan.

    Le siège de Ku-tsin par les troupes de Long-Yuin a pris fin le 14 janvier, par suite de la fuite, durant la nuit du 12 au 13, de Fou Joiu et Tchang Jouy, viâ O-yuen-tchang, avec leurs troupes. Comment expliquer cette fuite malgré le nombre des assiégeants ?... Bref, les soldats du Kwei-chow, restés en ville, se rendirent ensuite. Leurs armes et munitions furent remises à Fou Yn, le chef de lexpédition. Actuellement, il semble bien que de ce côté de lEst (frontière du Kweichow) il ny a plus rien à craindre. Yunnanfu prépare, pour le 15 de la lune, une brillante réception à Fou Yn.

    Un décret du Gouvernement central (Tsiang Kaiche), reçu par télégramme, nomme Long Yuin chef du Directoire et du 10ème corps darmée. Ce même décret appelle Fou Joiu et Tchang Jouy à Nankin pour lexpédition contre le Nord et défend aux deux provinces, Kweichow et Yunnan, de se faire la guerre. Puissent de si belles dispositions se réaliser !

    5 février.

    Kouiyang

    Les fêtes de Noël, au Petang et au Lantang, ont revêtu un éclat tout particulier. Pour décorer les églises, les chrétiens y sont allés largement de leur temps et de leur argent. Le grand succès du Petang a été la crèche ainsi quune grande croix de guerre et deux étoiles lumineuses quon avait suspendues au fond de la cour, devant la cathédrale. Au Lantang, léclairage électrique, tant à lintérieur de léglise quà lextérieur, eut un grand succès ; mais il est juste de mentionner aussi la grotte avec sa belle statue de N. D. de Lourdes, devant laquelle sarrêtèrent émerveillés de nombreux païens. Malgré la foule, grâce à lamabilité du Gouverneur qui assura le service dordre par ses soldats, ces jours de fête se passèrent très bien, sans le moindre incident.

    Jamais aussi, à Tsintchen, le P. Palissier navait vu à Noël une si joyeuse fête et même un tel entrain de la part des païens. Espérons que la paix continuera de régner dans la Mission et que nous pourrons tous témoigner notre reconnaissance à lEnfant-Jésus par des fêtes plus grandioses encore !

    La route de Kouiyang à Tsintchen est complètement terminée. Son inauguration officielle a eu lieu le 15 de la XIIe lune. Le Gouverneur y avait invité Sa Grandeur et le P. Bacqué qui se firent un plaisir daccepter. Le voyage (65 ly) seffectua en moins dune heure à laller et en moins de ¾ dheure au retour. A cette occasion, il y eut de grandes danses de Miaotse, surtout à Tsintchen. Là, le Gouverneur harangua longuement la foule. Ce boulevard, dit-il, témoigne quil sait mener à bonne fin ce quil entreprend. Les Yunnanais, les communistes et les partisans de lunion libre, tous ces ennemis et malfaiteurs doivent se le tenir pour dit !

    On dit aussi que la route entre Tsintchen et Ganchouen est achevée. Un autre plan est élaboré, une route qui ira de Kouiyang au Kouang-Si, passant par Longly, Kouytin, Touchan et Lypo. Les travaux commenceront à la première lune et devront être terminés dans trois mois.

    15 janvier.

    Canton

    Le dimanche, 22 janvier, Mgr a ordonné trois nouveaux prêtres : Grégoire Leuong, André Lin et André Tchan. Après quelques jours passés dans leurs familles, le P. Lin est allé à Tchouk-Yun-Tao occuper le poste laissé vacant par la mort du P. Ly ; le P. Leuong a été chargé de Long-Moon et de Tsangshing, et le P. Tchan a été nommé au petit séminaire.

    Des fêtes ont été organisées pour célébrer le 25e anniversaire de lécole paroissiale Yat-San. Ces fêtes ont duré quatre jours, du 28 au 31 janvier. Il y a eu affluence de visiteurs.

    La rentrée des écoles a eu lieu le 4 février. Le petit séminaire sest augmenté dune classe de 22 élèves, Lécole paroissiale comptera 200 élèves.

    Les Pères Thomas et Pierrat, en route pour France, nous écrivent que leur voyage se poursuit dans dexcellentes conditions.

    Nous avons appris avec un très vif regret la mort, à Phnompenh, de M. Charles Hardouin, ancien Consul de France à Canton.

    Quelques notabilités de Canton, convaincues ou soupçonnées dentretenir des relations avec le parti communiste, entre autres lamiral Ly Chi-Loung, Ho Hoi-Ping, chef des détectives, ont été fusillées.

    Pour la première fois depuis trois ans, les Consuls ont été invites à un dîner de gala par le Gouvernement. Ly Chai-Sam, Chang Ming-Shu et tous les officiels sy trouvaient.


    Swatow

    La vague rouge monte et sétend ; elle menace de submerger toute notre Mission. Les districts (sous-préfectures) de Fouilai et Loukfoung sont complètement ravagés. La vieille chrétienté de Peh-né, dont la fondation remonte au XVIIme siècle et qui comptait plus de mille chrétiens, nexiste plus. Depuis deux ans, tant à cause de son nom chrétien que pour sa réputation de riche (quelques familles vivaient dans une bonne aisance), ce village était en butte aux attaques des extrémistes (brigands, noung-min, etc.) de toute couleur. Plusieurs fois il eut à repousser les attaques de ces bandes de pillards. Après Noël, ces bandes revinrent à la charge, mais renforcées cette fois par plusieurs centaines de soldats rouges expulsés de Canton et armés de mitrailleuses et de grenades. Les chrétiens se défendirent bien, infligeant de lourdes pertes aux assaillants, mais au bout de deux jours leurs munitions étaient épuisées et la milice du pays, quils avaient appelée au secours, abandonna le village. Pour échapper à un massacre certain, ils résolurent de quitter leurs foyers et de chercher un refuge ailleurs. Dans la nuit du 16 janvier, profitant dun moment daccalmie, tous, le P. Becmeur et les chrétiens, partirent, emmenant avec eux enfants, vieillarde et infirmes. Par une protection spéciale de Dieu, aucun enfant ne pleura, aucun chien naboya. Ils purent ainsi traverser les lignes ennemies et gagner la ville de Fouilai. En dehors de cinq jeunes gens tués pendant le siège, il ny eut pas dautres victimes à déplorer. Vers laube, les assiégeants, voyant le village sans défense, y entrèrent et pillèrent tout ce quils purent, puis mirent le feu aux maisons. Le soir il ne restait plus de tout le village que les murs calcinés ; église, écoles, orphelinat, résidence du Missionnaire, tout est détruit. Quelques jours plus tard, tous ces malheureux, dépouillés de tout, arrivèrent à Swatow. Ils vont maintenant prendre la route de lexil et se diriger vers les pays plus hospitaliers du Siam, de la Malaisie, de lIndochine, en attendant des jours meilleurs.

    Après Peh-né ce fut le tour de Kwei-tham, gros marché de dix mille habitants dont 700 chrétiens. Les communistes avaient, à plusieurs reprises, essayé de sen emparer, mais avaient, à chaque fois, été repoussés avec pertes. Le 13 de ce mois, après une lutte de plusieurs jours, ils réussirent à y pénétrer. Furieux de la résistance quils avaient rencontrée, ils mirent tout à feu et à sang. Jusquici nous navons pas de renseignements détaillés sur les pertes des chrétiens ; les routes des alentours sont gardées par les rouges, qui ne laissent passer personne. Le P. Coiffard, chargé de ce poste, a pu se mettre en lieu sûr ainsi que quelques dizaines de chrétiens, avant lattaque finale.

    Pendant ce temps les communistes du Loukfoung ne chômaient pas. Voyant que les troupes régulières, qui traversaient le pays, ne les inquiétaient pas, ils continuèrent leurs conquêtes en occupant village après village, pillant et massacrant ceux qui osaient leur résister. Les PP. Waguette et Tsai eurent juste le temps de se retirer dans une chrétienté voisine, pensant pouvoir rentrer à la suite des troupes régulières quon espérait voir arriver dun jour à lautre pour mettre fin aux méfaits des bandes rouges. Jusquà ce jour aucun secours nest venu ; un grand nombre des chrétiens de ces deux confrères sont dispersés dans les montagnes ou réfugiés dans la région de Ho-po, moins exposés, pour le moment, aux incursions des rouges. Leurs églises et oratoires, écoles et résidences ont été pillés et en partie démolis.

    Dans les sous-préfectures de Tchao-yang, Pou-nin, les communistes sont à peu près maîtres du pays, Kieh-yang, Foung-choun, Tchang-loh sont fortement entamés. Partout règne la terreur, avec massacres, pillages et incendies ; des myriades de réfugiés arrivent à Swatow cherchant à sauver leur vie et à mettre à labri ce quils ont de plus précieux. La misère est grande dans toute la région et saggrave tous les jours. Pour ne parler que de ce qui concerne la Mission, notons quà cette date nous avons près de 3000 chrétiens sans abri, en fuite, 4 résidences centrales et leurs églises et écoles, une trentaine doratoires incendiés, pillés ou occupés ; et la liste sallonge chaque jour.

    Cependant il y a des milliers de soldats à Swatow et dans dautres centres ; mais les chefs militaires sont entièrement absorbés par leurs intrigues politiques et rivalités personnelles et se désintéressent des malheurs du peuple. Deus misereatur !


    Pakhoi

    Les Pères de Picpus, chargés de Hainan, et avec eux toute la mission de Pakhoi, sont en deuil. Le R. P. Nogue a été tué par des soldats, le 15 janvier, dans le village de Sang-to.

    Depuis plusieurs mois ce village était devenu la proie de bandes communistes et les missionnaires venaient dobtenir que lautorité militaire y mît une garnison pour rétablir lordre. Ce sont des soldats de cette garnison qui ont fait le coup ! Le Père a été abattu de trois coups de feu tirés par eux à bout portant, au moment où il intervenait pour leur faire lâcher deux jeunes filles dont ces bandits sétaient emparés, on devine dans quel but.

    Le Père Nogue, jeune encore et plein de zèle, nétait à Hainan que depuis treize mois. La perte est cruelle pour les Pères de Picpu et même la Mission qui espérait voir rapidement augmenter le nombre des missionnaires de Hainan. Les lecteurs du Bulletin voudront bien prier pour lâme du défunt et pour ses frères qui restent sur la brèche.

    Les autres missionnaires, tant à Hainan que sur le continent, ne semblent pas trop exposés pour le moment. Lensemble du Vicariat est moins troublé que le reste de la province, bien que des bandes armées fassent encore parler delles.

    Les Pères Lemaire et Léauté, rentrés chez eux depuis longtemps, signalent une accalmie sensible. Ils en ont profité, lun pour faire une tournée dans les montagnes, lautre pour donner, avec le concours du Père Richard, une retraite à ses Religieuses indigènes.

    7 Février.

    Nanning

    Rien de bien spécial à signaler dans notre Mission, si ce nest un petit fait qui marque bien lévolution des idées dans la jeunesse chinoise.

    Jusquà ces dernières années, la femme et la jeune fille chinoises devaient penser comme son mari et ses parents : cétait de règle. Il eût été inouï quune jeune personne pût disposer de son avenir, préparer son mariage ou seulement manifester sa volonté de garder la continence ; toutes, à peu dexceptions près, étaient mariées selon le goût de leurs parents. Depuis quelque temps, dans les villes, elles pouvaient plus facilement disposer delles-mêmes pour le choix de leur fiancé, mais on nen avait encore jamais vu qui veuillent garder la virginité. Or, le mois dernier, en deux endroits différents du Kouang-Si, quelques païennes, auxquelles le mariage répugne, ont demandé à se joindre à des chrétiennes pour garder la virginité. Il ne sagit, sans doute, que dun feu de paille ; cela marque, à nen pas douter, combien, sous linfluence de la révolution, les idées changent en milieu chinois ; aussi les missionnaires continuent-ils despérer que malgré tout, la Religion trouvera son profit à tant de bouleversements, quand lheure marquée par la Providence aura sonné.

    Le cher Père Labully na pas perdu son temps en France ; il vient de nous arriver plein de santé, jallais dire de jeunesse, malgré ses 61 ans. Il va reprendre, dans le district de Hing-Ye sa tâche interrompue depuis deux années.


    Vinh

    La retraite annuelle des missionnaires, prêchée par le R. P. Cousineau, Supérieur des Rédemptoristes de Hué, a eu lieu dans la dernière semaine de décembre. Tous les confrères, au nombre de 24, ont pu y prendre part.

    La voie ferrée de Vinh à Hué (366 kilomètres) est livrée à lexploitation depuis le 4 décembre. Cest un gros avantage pour notre Mission, dont le plus grand district, celui de Binh-Chinh (environ 30000 chrétiens) qui était jusquà présent daccès difficile, nest plus maintenant quà une demi-journée de chemin de fer de Vinh. Les 30 prêtres annamites, qui desservent ce district, faisaient jusquici leur retraite annuelle à part, à Huong-Phong. Cette année ils ont pu très facilement venir à Xa-doai où ont eu lieu, à huit jours dintervalle, dans les trois premières semaines de janvier, les deux retraites du clergé annamite, prêchées lune et lautre par le R. P. Klingler. Le nombre des retraitants était de 81 pour la première et de 66 pour la seconde.

    A la fin de la retraite des confrères ont eu lieu quelques nominations. Le P. Clavreul est nommé vicaire du P. Doquet, dans le district du Laos. Il remplace le P. Bos auquel est confiée la surveillance des travaux du Probatorium, qui vont commencer après le tết annamite, dans le district du Dong-Thanh, près de la mer. Le P. Lambert aussi, précédemment dans le district de Dong-Thap, est nommé dans celui de Bot-Ba où les conversions sont si nombreuses, que le P. Gautier, titulaire du district, a dû demander du renfort. A nos trois jeunes confrères, les Pères Bos, Lambert et Clavreul, bon succès chacun dans son nouveau poste !

    Lun de nos vieux prêtres annamites, le P. Ly, né en 1856, et curé de la paroisse de Tho-Ninh depuis son ordination sacerdotale en 1891, a obtenu de pouvoir cette année résilier ses fonctions et prendre un repos bien mérité. Le P. Ly, avant dêtre promu au sacerdoce, avait été servant du P. Frichot, ancien provicaire de notre Mission. Que Dieu accorde à ce digne prêtre une heureuse et sainte vieillesse, avant la grande récompense de là-haut !

    20 Janvier.

    Hunghoa

    Comme dhabitude, nous avons eu nos retraites durant le mois de janvier : celle des prêtres annamites fut prêchée par un de leurs confrères la Mission de Hanoi ; celle des Missionnaires lavait été par le Père Hedde, Dominicain de la Mission de Lạng-Sơn. Ses instructions sur les Béatitudes, toutes pleines de doctrine et de sages et pratiques encouragements, eurent vite conquis notre attention ; la clarté et léloquence persuasive, avec lesquelles étaient exposées ces considérations sur le bonheur du prêtre fidèle et la récompense quil se prépare ici-bas et dans lautre vie, nous ont profondément impressionnés et nous soutiendront fortement dans notre labeur journalier.

    A lissue de cette retraite, Mgr Ramond célébra une messe pontificale dans la cathédrale de Hunghoa ; aux accords mélodieux que nous fit entendre le Père Méchet, notre organiste des grands jours, se joignit lexécution irréprochable des mélodies grégoriennes de la messe de lEpiphanie que tous purent apprécier. Le lendemain, comme chaque année, une messe fut dite pour les confrères défunts de la Mission de Hunghoa, et Sa Grandeur donna labsoute solennelle.

    Le cher Père Cornille est revenu de France avec une mine superbe ; mais, hélas ! à quel régime de trappiste lont astreint les médecins ! Notre confrère sy soumet, le sourire aux lèvres. Après la retraite, il est reparti pour ses montagnes de Nghĩa-Lộ où, depuis une vingtaine dannées, il se dévoue inlassablement à lévangélisation des Máns et des Thổs. Prions la Providence de lui garder la bonne santé retrouvée !

    Après la visite du Père Ferrières, Représentant des Missions de Cochinchine au Conseil central de Paris et compatriote de Mgr Ramond, nous avons eu, à Hưng-hoá, celle de Frère Benoît (Père Denis), Supérieur de la Trappe de Phước-Sơn (Annam). Nos prêtres annamites étaient en retraite, et une dizaine dentre eux avaient connu, au Séminaire de Philosophie de Kẻ-Sở, le jeune religieux, son compagnon de route.

    La vue des deux Religieux et les détails donnés sur le réglement de la Trappe furent une excellente prédication sur le détachement des biens de ce monde, et les conseils que leur donna Frère Benoît firent certainement impression sur lâme de ses auditeurs. Que Dieu bénisse son uvre, et toute sa communauté ! Plaise à Dieu que, dici quelques années, il puisse fonder aussi un monastère dans le Haut-Tonkin, où la place, certes, ne manque pas ! Placé sur lune de nos montagnes, ce serait, en même temps quun centre dévangélisation, un lieu de repos où nous pourrions, de temps à autre, refaire nos forces spirituelles et corporelles.

    Le Père Méchet, qui vient de terminer la construction de léglise de Trù-Mật, est rentré dans son poste de Vân-Du. Après une absence de cinq ans, il y retrouve avec joie la tranquillité et le calme de ses forêts. Une fois de plus, les fourmis blanches lui ont fait pratiquer la vertu de détachement.

    Elles en ont fait bien dautres à Lao-Kay, où le Père Jacques, nommé en remplacement du regretté Père Robert, trouva la maison complètement ravagée ; une solive, quil pensait pouvoir, utiliser comme barre fixe, tomba en poussière à ses pieds. Depuis, les dégâts sont réparés, et notre confrère est à labri des intempéries et ne redoute plus leffondrement de sa toiture ; puisse-t-il durer aussi longtemps que sa nouvelle maison !

    Les travaux du Petit-Séminaire sont commencés. La colline de Hà-Thạch, jadis si calme, est devenue subitement un centre de vie intense : briques, chaux, sable, pierres, sy accumulent ; les chantiers sy multiplient de jour en jour, scieurs de long, terrassiers, extincteurs de chaux, maçons, charpentiers, tous habilement dirigés-par le Père Pierchon.

    Pour notre Confrère, la vie si régulière dun Petit-Séminaire était assez nouvelle ; il avoue humblement avoir eu quelque peine à sadapter aux murs de la tribu professorale.

    Enfin, les fondations sont faites, et tout profane peut déjà se rendre compte quil y aura un bâtiment central et deux ailes, le tout en parfaite symétrie avec la belle chapelle, construite, en 1900, par le Père Méchet ; et nous sommes assurés que le Père Pierchon, très au courant de la technique architecturale et des matériaux nouveaux et dont le goût artistique est connu, réalisera quelque chose de bien.

    Pendant ce temps, les élèves continuent leurs études, sans trop de distractions. Une fois ou lautre, quelques bruits insolites leur font craindre ou lexplosion dune mine souterraine, ou laffaissement subit de leurs paillottes ; aucun obstacle, en effet, narrête notre entrepreneur, et, sil sen présente, il le supprime.

    Pauvre Père Quioc qui, après vingt-huit ans de séjour à Hà-Thạch, se perd, quand la nuit vient, dans le dédale des fondations et risque, par les temps de crachin, dy choir inopinément !

    20 janvier.

    Phatdiem

    Après les Pères Pléneau et Lambert, voici que le Père Bruyère, qui a passé presque tout son temps de Mission dans le Chau-Laos, vient de nous quitter pour un monde meilleur.

    Trois confrères en 6 mois !
    Si lon se souvient que la mort du P. Varengue, également de la partie Chau-Laos de notre Mission, est encore douloureuse à notre mémoire, et que, dans un autre ordre didées, le raz de marée et le typhon ont réduit à peu de chose les ressources de notre Mission, nous pouvons dire en toute vérité que nous sommes au temps de lépreuve.

    Le 13 janvier, deux Surs de N. D. des Missions nous sont arrivées. On nous annonce que prochainement deux autres Surs vont venir, dont une est munie du diplôme dinfirmière, et lautre de celui dinstitutrice.

    Le 4 janvier sest clôturée la retraite des Surs prêchée par le P. Dionne, Rédemptoriste. A lissue de cette retraite, nous vîmes une émouvante cérémonie encore inconnue à Phat-Diem : une Sur européenne a fait ses vux perpétuels, et 3 postulantes, prémices dAnnam chez les Surs de N. D. des Missions, ont reçu le saint habit. Comme dans les autres Ordres religieux, les postulantes paraissent avant la cérémonie au milieu de leurs parents en costume de mariées, leur long voile soutenu par de charmantes fillettes, leurs surs. Elles prennent place au chur de la chapelle, et Mgr Marcou leur fait une instruction sur la vie religieuse, avec le cur que S. G. sait mettre dans ces sortes de discours et qui fit couler bien des larmes de joie. Ensuite les postulantes rentrent dans la clôture et reparaissent en costume religieux au chant du Qu est ista au milieu de lémotion générale ; ce sont les Surs Maria-Ine (Agnès), Maria-Isave (Elisabeth) et Maria Sainte-Rose. Enfin, les nouvelles Surs échangent le baiser avec leurs aînées pendant que le chur chante le Ecce quam bonum....

    Le 11 janvier, sept jeunes filles, des meilleures familles de la Mission, prirent le voile blanc comme postulantes. Lavenir est assuré.

    Depuis un an que le noviciat est érigé, les Surs de N. D. des Missions comptent 3 novices, 15 postulantes et 2 juvénistes.

    A lissue de la retraite des prêtres indigènes, nous avons eu la visite de Dom Benoît, abbé de la Trappe de Phuoc-Son, qui a vivement intéressé son auditoire de retraitants en parlant sur la vie monastique. Il serait à désirer que le bon Père trappiste vienne ainsi souvent prêcher par lexemple autant que par la parole, pour nous faire monter avec lui sur les sommets de la vie de réparation.

    La retraite des confrères a été prêchée, à la satisfaction de tous, par le P. Dalaine, de la Mission de Vinh. Ses instructions remplies. de science théologique ont particulièrement intéressé les retraitants.

    Le 26 avril prochain va souvrir à Phat-Diem un congrès eucharistique ; à côté des épreuves que nous avons subies, ce sera une source de grâces. Le plan des réunions est déjà arrêté ; les prédicateurs et les orateurs ecclésiastiques et laïcs ont déjà accepté les propositions que Mgr Marcou leur a faites. Une grandiose procession se déroulera dans la paroisse et Notre-Seigneur sera glorifié plus magnifiquement encore que dordinaire.

    La station pluviométrique, qui était assurée gracieusement par la Mission de Phat-Diem depuis sept ans, est devenue, avec les instruments et les appareils nécessaires envoyés par lObservatoire central, une station climatologique. Cest le P. A. Barbier, par décision du Gouverneur Général de lIndo-Chine et après un stage passé à lObservatoire, qui en est chargé, avec lagrément de Mgr Marcou.

    Depuis le 12 janvier, le P. Dionne, Rédemptoriste, a un compagnon dans la personne du R. P. Couture, lui aussi Canadien-Français, qui sest mis aussitôt à létude de la langue annamite.

    25 janvier.

    Quinhon

    Le P. Labiausse, Provicaire, est venu sinstaller définitivement à lEvêché. Il a été remplacé à la tête de son district de Binh-dinh par le P. Laborier qui avait bien voulu faire lintérim de limprimerie. Le P. Maheu en a repris la direction à son retour de Cochinchine, bien que sa santé ne soit pas encore très brillante.

    En fin dannée, la mort nous a enlevé le cher P. Mathey le 19 décembre et le P. Luc le 23 du même mois. Le premier a fait un véritable Purgatoire dans ses dernières années à cause de la cruelle maladie qui le terrassa. Le second avait récemment pris un district et avait de grandes espérances de catéchumènes. Que le bon Dieu leur permette à tous deux, de Là-Haut, de nous aider à mener lus rapidement et mieux lavènement de son règne en notre cher Annam !

    13 janvier.

    Hué

    Les retraites ont été le grand événement spirituel de janvier et de février. La nôtre a eu lieu du 11 au 17 janvier. A défaut de prédications, nous avons entendu des lectures qui, vivifiées par la grâce divine, ont sûrement produit une impression efficace et durable sur les auditeurs. Le dernier jour de la retraite, notre Procureur de Tourane, le Père Saulot, est venu faire une visite à tous ses procurés de Hué.

    Le 17 janvier, à lEcole Pellerin, 39 Frères des Ecoles chrétiennes des différentes maisons du district de lIndochine française commençaient une grande retraite qui sest terminée hier à midi. Le 4 février, six de ces retraitants, deux Français et quatre Annamites, ont fait leur profession perpétuelle. Le prédicateur a été le R. P. Cousineau, Supérieur des Rédemptoristes, et le conférencier, le cher Frère Sous-Directeur du Noviciat de Hué.

    Du 28 janvier au 5 février, les Frères de lEcole Pellerin, qui ne prenaient pas part aux grands exercices spirituels, ont fait leur retraite annuelle sous la présidence du Cher Frère Visiteur. Ils ont été tout à la fois charmés et édifiés par les sermons de leur aumônier, qui fut en cette occasion leur prédicateur.

    Le 30 janvier, les Pères Rédemptoristes ont commencé la construction de leur premier monastère indochinois. Si tout marche à souhait, elle sera terminée avant un an. Ce sera certainement plus rapide que lacquisition du terrain lui-même. A certains moments, ces bons Pères paraissaient quasi découragés à la vue des obstacles qui ne cessaient de surgir, Heureusement, en Annam, tout finit par sarranger ! Il y faut tout simplement un peu plus de temps quen Amérique et quailleurs !

    Les trois nouveaux Pères Rédemptoristes, arrivés en décembre dernier, ont quitté Hué pour aller apprendre lannamite, lun à Phat-Diêm, où il a retrouvé un de ses confrères qui y est installé depuis un an environ, et les deux autres dans la Mission de Qui-Nhon, dans les districts des Pères Lalanne et Sion. Le Père Lavoie est allé se perfectionner chez un prêtre indigène de notre Mission, le Père Phu. Quant au Père Larouche, il doit être déjà un as en annamite, puisquil vient de prêcher une retraite aux Religieuses du Père Reyne à Duong-Son.

    Le choléra a de nouveau fait son apparition à Hué et dans les environs. Daprès les prévisions de la Faculté, il doit être beaucoup plus virulent cette année que lan dernier. Aussi redouble-t-on dactivité pour empêcher le vibrion datteindre toute sa virulence. La vaccination anticholérique est, dit-on, devenue obligatoire. Des médecins auxiliaires de lAssistance médicale sont envoyés dans les villages pour en vacciner tous les habitants et, dans les tares, des infirmiers pratiquent la même opération sur les voyageurs qui nont pas de bulletin de vaccination. Et, malgré toutes ces mesures, il y a encore de la fraude ! On ne serait plus en Annam ou lAnnam serait bien changé, sil en était autrement !

    6 février.

    Malacca

    Nos voyageurs à Dalat, les Pères Louis et Henri Duvelle, viennent de rentrer en excellente santé, enchantés de leur séjour là-haut. Un voyage à Dalat, disent-ils, vaut presque un retour en Europe. A qui le tour ?

    Décembre et janvier ont été à la fois des mois de pluie et de sécheresse en Malaisie : pluie au sud, sécheresse au nord ; inondations du côté de Singapore, manque deau à Pinang.

    Les travaux des églises en voie dagrandissement ou de construction savancent rapidement à lAssomption, à Klang, à Singapore. Le jour du Nouvel An Chinois, Mgr Perrichon, officiant pontificalement à St Pierre et St Paul, a baptisé cinq jolies cloches, destinées à léglise Ste Thérèse et offertes par Joseph Tshan Tek I, un bienfaiteur aussi modeste que généreux. A la cérémonie assistaient son Excellence le Gouverneur avec Lady Clifford et lAide de Camp, ainsi que M. Li A Tchuin, le Consul Général de Chine à Singapore.

    A la suite du Célébrant, les invités et les fidèles ont pu s assurer que les nouvelles baptisées, qui sétaient très bien tenues pendant la cérémonie, nétaient pas muettes et quelles pourront chanter harmonieusement les gloires de Dieu et de la Petite Fleur.


    Birmanie Méridionale

    Un église chinoise, dédiée à Ste Thérèse de lEnfant-Jésus, a été bénite à Rangoon le 20 novembre dernier. Un correspondant bénévole avait promis de faire un compte-rendu de la petite fête. Je crois que les pirates chinois ont dû mettre la main sur cette narration. Cela importe peu. Mais on peut rendre service aux Confrères de Chine en leur faisant savoir quil y a à Rangoon une église, école (High School) et Couvent chinois, et quils peuvent y adresser leurs chrétiens qui émigrent vers des pays plus tranquilles que le Céleste Empire. Ladresse est : Catholic Chinese Mission, 97 Mission Road, Rangoon. Les deux confrères en charge sont les PP. G. Allard et P. Roy.

    Trois confrères se sont embarqués pour la France : deux de notre Mission, le P. Granger que des guerres intestines forcent à aller demander sa guérison au climat natal et le P. Cathébras quun catarrhe a réduit au point que seul un bon climat et des soins assidus pourront le remettre sur pied. Le 3e est le P. Ghier, de Mandalay, que son asthme fait de plus en plus souffrir. Au bonheur de les revoir sous peu complètement rétablis et reprenant un bail de vie de Mission !

    Les Surs du Bon Pasteur ont célébré les noces dor de Sur Alphonse. De très nombreuses personnes amies, parmi lesquelles la femme du Gouverneur, sont venues offrir leurs vux à la jeune jubilaire. Et cest à bon droit, car que de générations sont passées par les mains de Sur Alphonse ! Elle a instruit les arrière-grandmères, les grandmères, les mères et, maintenant les filles !... Elle a été la cheville ouvrière de luvre déducation du Couvent de Rangoon. Toujours souriante, aimable, serviable, elle est aussi active quune jeune Sur. Cest pourquoi, à loccasion de ses noces dor, la reconnaissance jaillissait de tous les curs pour Sur Alphonse, et tout naturellement nous lui avons souhaité : Ad multos annos !

    1er février.

    Siam

    Monseigneur Perros, au nom de la Mission Catholique, a été heureux de saluer, à son arrivée à Bangkok, S. E. Monsieur Réau, Ministre de France à la cour du Siam. Monsieur Réau, qui a passé presque toute sa carrière diplomatique en Chine, est connu de beaucoup de missionnaires quil veut bien compter parmi ses meilleurs amis.

    Pour la première fois, la retraite annuelle des Pères Indigènes a été prêchée, durant janvier, par lun deux, le Père Jacques, ancien professeur au Séminaire de la Mission. Cest une innovation quil faut encourager et une louable initiative.

    Le Frère Urban, salésien de Macao, est venu se joindre au contingent salésien de la Mission de Bangkok, où il est arrivé le 31 janvier dernier.

    Le nombre des immigrants chinois à Bangkok, durant le mois de janvier, sest élevé à 8.217 dont 7.623 arrivés directement de Hoihow et de Swatow. On sattend dailleurs à en recevoir beaucoup plus en 1928.

    Le mois de janvier a été particulièrement chaud cette année à Bangkok. 35º à lombre ont été enregistrés le 27, alors que la moyenne est de 250 environ. Cela promet pour avril. Aussi le Gouvernement vient-il de promulguer des mesures préventives contre le choléra. Une trentaine de cas sont journellement signalés.

    10 février.

    Laos

    Aux examens, le P. Boher a eu la satisfaction de voir le No 1 de la cession (35 concurrents) attribué à lun de ses élèves. A Song-Khon, le P. Figuet a eu aussi le plaisir denregistrer le succès des 17 candidats quil avait envoyés devant le jury. Dans ces heureux résultats il y a surtout une consolation pour notre Mission qui, en constatant les progrès de léducation, espère trouver plus facilement dans cette jeunesse studieuse les secours dont elle a si grand besoin.

    Le P. Chatenet, retenu au poste par la maladie du P. Dabin, navait pas pu venir à la retraite. Le mois dernier il est arrivé à Nong-Seng. Autrefois il lui fallait trois jours de pirogue pour faire ce voyage ; cette fois-ci sept heures lui ont suffi. Par chaloupes et en auto il est venu dOubone à Pakse ; de Pakse à Nong-Seng, en chaloupe des Messageries Fluviales. Sa retraite terminée et ses nombreuses affaires réglées, il est allé à Don-Don visiter lécole des catéchistes du P. Lazare, puis à Sieng-Vang en compagnie, du P. Figuet ; tout cela entre deux bateaux ! In cauda venenum : la chaloupe pour le départ fut trop matinale, le P. Chatenet faillit bien la manquer ! Mais à un voyageur alerte et expérimenté comme lui ce malheur ne peut pas arriver. Il eut donc tout juste le temps de la prendre, non toutefois, dans sa précipitation, sans laisser, par mégarde, quelques souvenirs à lévêché. La chaloupe était déjà loin quand le Père sen aperçut !... Mais enfin, qui osera dire que notre heureux pays du Laos est encore bien en retard ?...


    Birmanie Septentrionale

    Encore un départ. Cette fois, cest le P. Ghier que la Faculté renvoie en France. Notre confrère a quitté la Birmanie le 26 janvier.

    Il en coûte des vies humaines pour faire parvenir quelques sous à nos voisins du Thibet-Yunnanais ! Des seize thibétains qui accompagnaient M. Barton jusquau Fort Hertz, en Birmanie (V. Bulletin doctobre), six seulement ont revu leurs foyers. Les autres dorment leur dernier sommeil en terre birmane ou chinoise, emportés par une maladie que les Chinois, nous écrit le P. Ouvrard, appellent tchang ki et les Thibétains tsa né, maladie de chaleur, qui est sans doute une malaria terrible. M. Barton, lui, est arrivé sain et sauf à Mandalay et espère bien, à la bonne saison, refaire le même voyage.

    Le 25 janvier nos curs étaient tout à la joie. Notre diacre, Nicolas, tout récemment arrivé de Penang, recevait la prêtrise des mains de Mgr Foulquier, en léglise cathédrale de Mandalay, bondée de monde. Les deux minorés, qui étaient rentrés avec notre nouveau prêtre, ont été envoyés à Maymyo pour faire, sous la direction du P. Moindrot, en même temps que leur année de probation, leur cours de pastorale. Six nouvelles recrues vont les remplacer à Penang où, à la rentrée des classes, nous aurons 19 séminaristes.

    26 janvier.

    Pondichéry

    Dans le sud de lInde, le mois de janvier est le bon mois, le mois de la fraîcheur. Aussi, Religieux, Religieuses, prêtres etc., en profitent-ils pour faire leur retraite annuelle, avant que limplacable soleil des tropiques ne vienne paralyser leurs facultés intellectuelles. Du 2 au 9 janvier, retraite à la maison principale des Surs de St Joseph de Cluny. Du 9 janvier au 25, retraite des missionnaires et prêtres de larchidiocèse. Cest le P. Béchu, vicaire général de Coïmbatore, qui, dans des instructions substantielles, nous a rappelé nos devoirs de prêtres. Environ 62 retraitants.

    Les conversions en masse par villages se font plutôt rares. Les beaux temps de lévangélisation semblent avoir subi une éclipse au moins temporaire. Dans le district de Villupuram le P. Cussac vient cependant de réussir un joli coup de filet. Trente-cinq familles du village de Vegandur demandèrent le baptême. Après sêtre assuré, in quantum possum, de leurs bonnes dispositions, ces familles furent admises au catéchuménat. Maintenant elles sont baptisées. Une école, bâtie après leur conversion, assure leur persévérance et perfectionne linstruction religieuse des enfants, espoir de demain. Dautres familles demandent à venir se faire instruire et tout porte à croire que, dans un avenir plus ou moins prochain, le village sera complètement chrétien. Un bon point au P. Cussac.

    Notre brave Père Mignery, un de nos doyens, est toujours à Montbeton, soignant son cancer. Sil ny a pas de progrès sensibles, du moins il ny a pas non plus daggravation sérieuse. Et le brave Père, malgré ses 74 ans, attend la guérison avec une impatience égale à celle du partant qui attend le départ du navire, pour revenir dans sa chère Mission et reprendre son travail dapôtre ad gentes. Daigne N. S. combler bientôt ses désirs et... les nôtres aussi !

    Du 17 au 20 janvier a eu lieu, à Tindivanam, la retraite des catéchistes et maîtres décole chrétiens. Ils étaient 145. Les sermons ont été donnés par le Père Marie Louis S. J., de Trichinopoly.

    La mousson du nord-est ne nous a pas donné laverage de pluie habituelle. Fleuves et étangs sont à sec. Le riz sur pied se dessèche en beaucoup dendroits. Forcément la récolte sera en déficit et les prix seront très élevés... naturellement.

    Le 19 janvier, quatre hydroplanes, montés par des officiers anglais, ont, pour la première fois, au grand ébahissement des habitants, traversé avec un bruit formidable le beau ciel de Pondichéry. As-tu vu la voiture qui vole ? As-tu vu le navire qui vole ? Telle est la question que chacun se posait en sabordant.


    Kumbakônam

    Des étrennes !
    Dans une circulaire datée du 2 décembre, Mgr Chapuis, envoyant ses vux de bonne année aux missionnaires européens et aux prêtres indiens de son diocèse, leur faisait part, en guise détrennes, de la nomination dun second Vicaire Général. Sa Grandeur nous écrivait : Je suis heureux de vous annoncer la nomination du R. P. M. A. Xavier comme Vicaire Général. Vous connaissez tous sa prudence, son zèle et son activité. En le nommant, jai voulu récompenser sa vertu et ses travaux. Il exercera ses fonctions conjointement avec le P. A. Sovignet.

    Des étrennes, il ny en avait pas seulement pour les confrères in globo, certains dentre eux furent favorisés dune manière spéciale. Tel, par exemple, le P. R. Michotte, manager de lécole industrielle, qui recevait ses étrennes dans la personne dun jeune prêtre indien nommé assistant manager. Tel encore le P. Chevallier ; notre confrère, revenu de France tout récemment, achevait à peine de refourbir un peu son tamoul, quil recevait sa nomination de curé de Kareyour. Tel, enfin, notre petit dernier, le P. Jusseau, qui se voyait attribuer le poste de vicaire de la cathédrale.

    Des étrennes ! Même au fond de ses lointains quartiers, situés ad gentes, le Père Prunier na pas été oublié. Pour lui permettre de fêter à la missionnaire lanniversaire de son installation à Namakal, notre confrère, un beau matin, recevait à limproviste une douzaine de gringalets indiens. Cétaient des orphelins, petits payens qui, jusquà ce jour, avaient erré à laventure dans les rues de Namakal en quête des aumônes, à la recherche des débris dans les tas dordures, aumônes et débris quils mettaient en commun et dont ils faisaient leur pain quotidien. Fatigués de ce genre dexistence quils trouvaient précaire, surtout par les temps de disette, mais ne voulant pas renoncer à la vie commune, nos petits bonshommes, dun commun accord, sen allèrent trouver le représentant de Celui qui a dit : Laissez venir à moi les petits enfants.

    Notre confrère est du nombre, très petit, de ceux que rien nétonne. Ainsi que leût fait Monsieur Vincent, laumônier des Galères et sans plus de ressources, il reçoit les petits miséreux. La communauté passe tout dun coup du joug du démon sous la règle du Christ ; ses membres sont passés au grand nettoyage, préliminaire nécessaire à Namakal de toute entreprise sérieuse. Cela se fait à lextérieur avec de leau et du savon ; à lintérieur avec de leau et 35 grammes de sel de magnésie. Puis, les voici revêtus du nouvel uniforme : culotte kaki, veste kaki, le tout sur fond brun et le tout serré par une ceinture. Maintenant, cette petite communauté naissante, qui donc va la nourrir ? Deus providebit, répond le P. Prunier.

    Que ne suis-je moi-même ministre du Très-Haut ! A cette époque de lannée, dans les rizières, dont la récolte vient dêtre faite, les canards pullulent en troupes innombrables. On en trouve même ailleurs, palmipèdes qui vivent solitaires, vont de ci de là, voltigent incessamment, ont toujours leurs ailes éployées et sans cesse font entendre leurs coins, coins inlassables. Que ne puis-je les prendre, ces maudits palmipèdes ! avec quel plaisir jen ferais présent au P. Prunier ! Pendant bien des mois, ce dernier pourrait fournir à ses orphelins un Koujambou succulent.

    31 janvier.

    Séminaire de Paris

    Le dimanche 4 décembre, Mgr le Supérieur, invité par Mgr Le Senne, donna un sermon sur les Missions dans la cathédrale de Beauvais, tandis que, dans cette même ville, M. Gérard parlait à toutes les messes de la paroisse S. Etienne. Ce même jour, M. Robert prêcha à cinq messes consécutives dans la ville de Compiègne.

    Le 5 décembre, à lInstitut Catholique, M. Robert donna une conférence sur la condition de la femme du peuple en Chine.

    Le 6 décembre, M. Gérard adressa la parole aux Dames associées de luvre des Surs Catéchistes Missionnaires de Marie, à loccasion de leur réunion générale.

    Le dimanche, 11 décembre, eut lieu louverture de lExposition Missionnaire à Orléans. Cette Exposition dura huit jours, et, à cette occasion, MM. Gérard, Montagu et Nassoy se sont dépensés en faveur de nos Missions. Le 17, Mgr Hayasaka arriva à Orléans et fut lhôte de Mgr Courcoux. S. G. présida des cérémonies, visita les communautés et parla aux fidèles. A la cérémonie de clôture, le 18, à la cathédrale, le sermon fut donné par Mgr le Supérieur. Cette Exposition eut un très grand succès.

    Ce même jour, 11, à Amiens, M. Robert présida la réunion de luvre des Partants ; M. Depierre y donna une conférence avec projections.

    Le 19 décembre, Mgr le Supérieur a ordonné 4 prêtres, 18 diacres, 5 sous-diacres, il exorcistes et acolytes, 11 ostiaires et lecteurs et 10 tonsurés. Ce même jour 19, S. E. le cardinal Dubois invita à déjeuner lévêque de Nagasaki, et, le soir, celui-ci était reçu au cercle du Luxembourg par les étudiants de notre foyer de Bourg-la-Reine, qui lui offrirent un thé, de concert avec les étudiants catholiques de la Conférence Ozanam.

    Le 20 décembre, au couvent des Oiseaux, Mgr le Supérieur donna la Confirmation à Melle Mariette Ngouan Huu Hao, qui appartient à une grande famille catholique de Saigon.

    Pendant le chant du Gloria in excelsis, à la messe de Minuit, sest produite une panne délectricité qui a duré toute la messe et est venue ainsi donner une note de couleur locale à la fête de lanniversaire de la naissance de lEnfant-Divin.

    Le 28 décembre, ont été célébrées à S. Sulpice les obsèques du vénérable M. Vigourel, doyen dâge des Sulpiciens de la rue du Regard (85 ans). Mgr le Supérieur, qui lavait eu jadis pour professeur, assistait, avec M. Gérard, à la cérémonie.

    Le 29 décembre, Mgr Hayasaka adressa la parole aux aspirants, à la salle des exercices. Après avoir été présenté par Mgr de Guébriant, Mgr de Nagasaki tint à proclamer toute la reconnaissance quil doit à la Société des Missions-Etrangères. Il donna ensuite à nos jeunes séminaristes de très sages avis sur la formation apostolique, non seulement au séminaire, mais aussi en Mission ; il invita les futurs ouvriers apostoliques à sadapter le plus parfaitement possible à la mentalité de ceux quils se proposeront dévangéliser. Ce même jour, 29, Mgr de Nagasaki baptisa à S. Philippe-du-Roule la fillette nouveau-née de M. Kawai, chargé daffaires du Japon.

    M. Henri Sy, Supérieur de notre Séminaire de Paris et membre du Conseil Central, a été nommé archiviste. On lui a donné comme assistant M. Edmond Papinot, qui se trouve rattaché à notre communauté de Paris.

    Le 2 janvier, anniversaire de la naissance de Ste Thérèse de lEnfant-Jésus, Mgr Hayasaka a célébré pontificalement dans la chapelle de luvre des Apprentis-Orphelins dAuteuil. Les chants furent exécutés par notre communauté de Paris.

    Le lendemain, 3, Mgr de Nagasaki alla faire une ordination au couvent franciscain de Mont-en-Baril ; il était accompagné par le P. Richard, franciscain, frère du P. Deffrennes, notre confrère du Japon.

    Le 4 janvier, M. Gérard a assisté aux funérailles de M. F. Berteaux, Ministre Plénipotentiaire, Directeur du personnel au Ministère des Affaires-Etrangères, décédé subitement le 1er janvier. Durant de longues années Consul de France en Corée et en Mandchourie, le cher défunt avait en maintes circonstances témoigné de tout son attachement à nos Missions et avait gagné la sympathie de tous nos confrères qui ont eu loccasion de le connaître.

    Avec le même empressement paternel que lannée dernière, Mgr Maglione, Nonce Apostolique, a accepté de présider notre fête de lEpiphanie. Son Exc. a célébré la messe pontificale, adressé aux aspirants des deux communautés réunies une allocution pleine de cur, et pris part au déjeuner auquel assistaient également Mgr Baudrillart, Mgr Boucher, Mgr Mério, Mgr de Moucheron, M. Verdier, Sup. Général des Lazaristes, M. Verdier, Sup. du Séminaire des Carmes, MM. les Curés de St François-Xavier et de St Sulpice, etc.. etc....

    Pendant lOctave de lEpiphanie, Mgr le Supérieur a adressé à chacun des membres de la Société sa circulaire accoutumée. Il sexcuse de navoir pas eu le temps matériel de répondre à tous les souhaits de bonne année, quil a reçus de la part de nombreux confrères. Il remercie très affectueusement tous ces confrères.

    Le 7 janvier, Mgr le Supérieur, Mgr de Nagasaki et Mgr Olichon jouirent à Reims de la très bienveillante hospitalité de S. E. le Cardinal Luçon. Le lendemain, dimanche, prédications missionnaires, visite au Grand Séminaire etc... Le 9, Mgr Hayasaka, répondant à linvitation de Mgr Ginisty, se rendit à Verdun. Mgr le Supérieur alla faire une conférence à Bourges et rentra à Paris.

    Le P. Langlais, supérieur provincial des Dominicains de langue française au Canada, est arrivé à Paris. Il revenait de Rome où il avait offert ses services à la Propagande pour une Mission vacante ou à créer. La Propagande lui a proposé le diocèse dHakodaté, dont notre Société serait déchargée. Le P. Langlais et son confrère de Paris, le P. Louis, ont déjeuné au Séminaire le 7 janvier.

    Le 10 janvier nous avons eu le plaisir de recevoir chez nous Mgr lEvêque de Chartres, de passage à Paris, et son Vicaire Général, le Chanoine Gaudron.

    Le 12 janvier, M. Gérard présida deux fêtes de la Ste Enfance, lune à N. D. de Grâces de Passy, lautre, à Ste Marthe des Quatre-Chemins. Le soir, il donna une conférence sur les Missions à Auteuil.

    Le dimanche, 15, la paroisse de S. Honoré dEylau a donné une splendide journée des Missions à laquelle ont pris part Mgr le Supérieur, M. Gérard et M. Montagu.

    Le P. de Jonghe, cédé par la Mission de Tchentou à Son Exc. Mgr Costantini, Délégué Apostolique, qui le demandait instamment pour faire partie dun Comité permanent fonctionnant à Pékin pour la presse, les écoles et les uvres de jeunesse, est dores et déjà installé à son poste dont voici ladresse : commission Synodale, 6a Naitsefu, Pékin.

    Le séjour de Mgr Hayasaka en Europe touche à sa fin. Mgr se plaît à nous déclarer quil emportera le meilleur souvenir de laccueil enthousiaste quil a reçu partout en France ; vers la France sa pensée senvolera toujours con amore. S. G. sembarquera au Hâvre le 8 février, à bord de lIle-de-France, pour retourner au Japon, viâ America.

    Ont été admis comme aspirants, en décembre, MM. Alexis Griffon, du diocèse de Poitiers et, No 44, Marcel Brouchon, du diocèse de Nancy.

    1928/161-191
    161-191
    Anonyme
    France et Asie
    1928
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